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Fernand Leger

Le tableau de Fernand Léger 'Le Mécanicien' représente un ouvrier musclé en buste dans un style géométrique moderne. Bien que peint après la Première Guerre mondiale, l'œuvre célèbre le travail physique à travers la pose détendue du sujet. Léger cherchait à concilier modernité et classicisme dans ses peintures de l'entre-deux-guerres.

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Le tableau de Fernand Léger 'Le Mécanicien' représente un ouvrier musclé en buste dans un style géométrique moderne. Bien que peint après la Première Guerre mondiale, l'œuvre célèbre le travail physique à travers la pose détendue du sujet. Léger cherchait à concilier modernité et classicisme dans ses peintures de l'entre-deux-guerres.

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Fernand Léger

Proposition de Alexandre Holin, guide-conférencier au LaM

Fernand Léger
Le Mécanicien
Huile sur toile, 65 x 54
1918
© Adagp, Paris 2010

Dossier pédagogique des collections – LaM - Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut.
I – Description : une représentation moderne et positive du travailleur

Un ouvrier au repos

Devant un fond organisé par des formes géométriques abstraites


disposées en aplats de couleurs vives, un homme représenté en buste
fume une cigarette. Le cadrage serré met en valeur sa musculature
composée de volumes luisants comme le métal. Le titre de l’œuvre,
Le Mécanicien, ancre immédiatement le tableau dans un univers :
celui de la machine, de l’effort, du travail physique de l’homme du
peuple. Pas d’évocation de la dureté du labeur cependant. Le visage
impassible, la pose détendue, la moustache souriante, le port altier et
l’anatomie puissante sont autant d’indices qui laissent à penser que
ce personnage savoure pleinement un instant de repos, au cœur
d’une journée de travail. Peint en 1918, au sortir de la Grande
Guerre, Le Mécanicien concilie « esprit moderne » et « populaire ». Il
est en cela caractéristique de l’évolution de ses recherches non-
figuratives1 d’avant-guerre vers des sujets en prise avec le monde qui
l’entoure.

II - Contexte : le «Retour à l’ordre » après la Grande Guerre

Le virage classique de Fernand Léger

Au cours des années 20, la plupart des artistes d’avant-garde


semblent revenir à un certain classicisme et aux références aux
maîtres anciens. Généralement appelé « Retour à l’ordre », cette
tendance touche aussi bien Pablo Picasso, dans les portraits délicats
qu’il réalise d’Olga, sa dernière épouse, que Matisse et Derain qui
adoucissent l’intensité de leur palette et les déformations qui
caractérisaient leurs toiles d’avant-guerre. Le Mécanicien, par son
relatif hiératisme s’inscrit dans ce questionnement nouveau de la
tradition. A cette époque, au fil de sa correspondance avec son
marchand, Léonce Rosenberg, Léger fait état de l’admiration qu’il
voue aux maîtres qui, selon lui, privilégient « l’invention sur
l’imitation », c'est-à-dire tous ceux qu’il oppose aux artistes de la
Renaissance. « Les Egyptiens, les Nègres, les Primitifs, Poussin et
David » occupent une place de choix dans son musée imaginaire.
Représenté avec le corps de face et le visage de profil, Le Mécanicien
évoque ainsi certaines figures assyriennes ou égyptiennes, alors que
ses volumes saillants et marqués lui confèrent la calme sérénité des
sculptures de la Grèce archaïque.

La « loi des contrastes » contre le « Retour à l’ordre »

Malgré ses allégeances classiques, Le Mécanicien garde un contact


étroit avec les recherches plastiques menées par Léger avant-guerre et
avec les peintures « mécanomorphes » développées à son retour du
front. Entre 1912 et 1914, l’artiste peint un ensemble de tableaux, les
Contrastes de formes, qui traduisent la vitesse du monde moderne
par le biais d’un vocabulaire plastique marqué par le cubisme et le

1
Les mots surlignés sont définis dans le glossaire en dernière page

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futurisme, tout en y apportant l’emploi des couleurs pures. Issu de
cet ensemble, le Paysage du LaM est construit suivant un principe de
confrontation maximale des éléments picturaux : opposition des
droites et des courbes, des couleurs primaires et complémentaires,
des zones peintes et de la toile laissée vierge. Bien que statique, Le
Mécanicien est construit selon cette même « loi du contraste » qui
lui confère son dynamisme : contraste des couleurs – entre les
teintes vives en aplats et les gris modelés de la figure ; des formes –
entre les orthogonales et les courbes ; des registres de lecture – entre
le fond abstrait et la figure du mécanicien ; des sources, enfin, qui
associe à l’abstraction géométrique issue de Mondrian au portrait
classique. « L’une des grandes forces de Léger en tant qu’artiste,
résume John Golding, réside dans son aptitude à réunir des
conceptions esthétiques apparemment contradictoires ou
inconciliables2 ». Le Mécanicien en témoigne.

« J’ai horreur de la peinture discrète »

La question fondamentale du contraste dans l’esthétique de Léger le


pousse à travailler avec la même attention chaque élément du
tableau, fond et figure, détail et composition, objet et personnage.
Appliqué à la représentation humaine, ce principe devient celui de
la « figure-objet » qui dépouille le visage de ses valeurs
sentimentales et psychologiques pour en faire un élément comme un
autre. « L’objet, dans la peinture moderne actuelle, écrit Léger,
devrait devenir le personnage principal et détrôner le sujet. Si donc à
leur tour, le personnage, la figure, le corps humain, deviennent
objets, une liberté considérable est offerte à l’artiste moderne (…) A
ce moment dans l’esprit de l’artiste moderne, un nuage, une
machine, un arbre sont des éléments de même intérêt que les
personnages ou les figures3 ». Ces idées sont à l’œuvre dans Le
Mécanicien. Ses membres s’articulent comme les pièces d’une
machine, son visage est aussi lisse et impassible qu’une pièce de
métal. Il faut comprendre ce parti-pris comme une conception
"démocratique" du tableau où chaque élément agit en relation avec le
tout, dans une optique d’efficacité visuelle. La minutie du traitement
des éléments plastiques et l’attention portée aux surfaces associées
aux contrastes vifs des couleurs, produisent une saturation visuelle.
Léger qui déclare avoir « horreur de la peinture discrète », s’inspire
ainsi de l’audace colorée des affiches publicitaires, comme des
images d’Epinal et des chromos populaires.

III - Place de l’œuvre dans le travail pictural de Léger : pour une peinture moderne
populaire

Une icône qui parle l’argot des poilus

Faire une peinture populaire sans renier son appartenance à la


modernité est un véritable leitmotiv pour Léger à partir de la
Première Guerre Mondiale, moment décisif dans sa vie d’homme et
pour sa carrière d’artiste. En 1946, il s’en souvient comme

2
John Golding John, Fernand Léger, Le Mécanicien, Galerie nationale du Canada, Ottawa, 1976.
3
Fernand Léger, La forme humaine dans l’espace, "A propos du corps humain considéré comme un objet", Montréal, 1945, cité par
Robert L. Herbert, "Léger, la renaissance et le primitivisme", Fernand Léger, Musée des beaux arts de Lyon, 1 juillet – 20 septembre
2004.

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l’expérience qui lui a permis « de découvrir le Peuple et de [se]
renouveler entièrement4. » Le front lui permet de côtoyer « des
mineurs, des terrassiers, des artisans du bois et du fer ». Léger est
touché par « la richesse, la variété, l’humour, la perfection de
certains types d’homme… leur sens exact du réel utile, de sa valeur
pratique, son application opportune au milieu de ce drame… ».
Malgré la violence du conflit, la solidarité entretenue par les poilus
renforce sa foi en l’humanité. En 1917, il conçoit La Partie de cartes,
comme un hommage à ses compagnons et, surtout, comme le premier
tableau où il choisit son sujet, selon ses propres mots, dans
« l’époque moderne5 ». S’en suivront plusieurs mécaniciens (le poilu
redevenu civil) dont celui du LaM , particulièrement monumental.
Sa composition générale sera reprise deux ans plus tard, dans un
tableau de plus grand format aujourd’hui conservé à Ottawa. La
carnation de l’ouvrier y prend une teinte chaire tandis que le
tatouage d’une ancre se dessine sur son bras, détail anecdotique à lire
comme un trait d’humour, une sorte d’argot visuel, langue dont Léger
aime l’inventivité. Dès lors, le sujet de l’ouvrier connaît un
développement fulgurant dans sa peinture, trouvant son plein
développement dans les magistraux Constructeurs des années 50.

L’homme-machine de la vie quotidienne

Si l’expérience de la guerre est à l’origine d’une nouvelle conscience


sociale de l’artiste, elle engendre aussi une révélation esthétique
capitale faisant de la machine, symbole du savoir-faire humain
moderne, un objet esthétique, au même titre qu’une œuvre d’art. « Je
fus ébloui, explique Léger, par une culasse de canon de 75 ouverte en
plein soleil, magie de la lumière sur le métal blanc. Il n’en fallut pas
moins pour me faire oublier l’art abstrait de 1912-1913. Révolution
totale comme homme et comme peintre6 ». Cette prise de conscience
de la beauté intrinsèque de l’objet industriel explique en grande
partie la synthèse du corps humain avec la machine qu’opère Le
Mécanicien, hybride moderne qui traduit une vision optimiste du
progrès technique, promesse d’une vie meilleure.

Autoportrait de l’artiste en ouvrier

Le Mécanicien est non seulement le portrait symbolique de l’artiste,


par les préoccupations sociales et esthétiques dont il est l’emblème,
mais il est aussi, par sa ressemblance physique avec Fernand Léger,
un véritable autoportrait. De fait, mieux que tout autre sujet, le
mécanicien, et par extension l’ouvrier, permettent à l’artiste de
définir, par analogie, son propre travail de créateur : « Créer le bel
objet en peinture, écrit-il en 1924, c’est rompre avec la peinture
sentimentale. Un ouvrier n’oserait livrer une pièce autrement que
nette, polie, brunie. Rien n’y est éparpillé, tout fait bloc. Le peintre
doit chercher à réaliser le tableau propre, possédant le fini. (…)
L’artiste met sa sensibilité au service d’un travail7 ». Le travail
pictural se distingue néanmoins, même pour Léger, d’une tâche
mécanique quelconque. L’humain y laisse encore sa trace. Observée
de près, la peinture laisse apparaître des traces de repentir ou des

4
Arts en France, n° 6, "L’art et le peuple (causeries sur l’art)", Paris, 1946.
5
Citation et anecdote tirées du catalogue Fernand Léger, 1881-1955, Paris, Musée des arts décoratifs, juin - octobre 1956.
6
Citation tirée du catalogue Fernand Léger, Paris, Grand Palais, octobre 1971 – janvier 1972.
7
Bulletin de l’Effort Moderne, n°1, janvier 1924, in Fonctions de la peinture, préface de Robert Garaudy, Paris, 1965

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oublis. Témoignages d’une facture manuelle, ces zones assurent des
respirations entre les plans, évitant ainsi le classicisme plaqué d’une
opposition figure/fond. Pour prendre d’autres exemples, citons la
couleur rouge qui fuse sous le bras gauche du Mécanicien, écho au
rectangle de la même couleur qui le jouxte, et de même, dans La
Femme au bouquet, la surface jaune qui se glisse comme par
mégarde entre les tiges des fleurs. Pour reprendre un terme emprunté
à la mécanique, Fernand Léger laisse du « jeu » entre les pièces de
ses compositions, dont un huilage trop parfait serait, sans doute, en
contradiction avec son goût du contraste. Jeu qui aménage aussi des
surprises visuelles pour le spectateur et laisse son regard vagabonder
sur la surface de la toile, à l’encontre des évidences.

IV - Glossaire
Abstrait
Tendance artistique née au vingtième siècle qui ne cherche pas à représenter la
réalité visible. La peinture abstraite s’éloigne de l’imitation de la nature en inventant un
langage autonome qui privilégie la façon de poser les couleurs et la manière d’inscrire
les formes sur la toile sans qu’un sujet naturaliste ne soit identifiable.

Classique
Terme qui désigne ce qui a rapport avec l’Antiquité gréco-latine et les œuvres qui s’en
inspirent à partir de la Renaissance. Le terme est également synonyme de traditionnel
et de conservateur.

Composition
Position des différents éléments organisés sur la toile.

Contraste
Différence entre la densité la plus forte et la densité la plus faible au sein d’une image.
Opposition importante entre deux formes.

Couleurs primaires / couleurs secondaires


Les couleurs primaires sont les couleurs de base qui ne peuvent être composées par
le mélange d’aucune autre. Il s’agit du bleu, du rouge et du jaune. Les couleurs
secondaires sont les couleurs résultant du mélange des couleurs primaires : Bleu +
Rouge = Violet ; Bleu + Jaune = Vert ; Rouge + Jaune = Orange.

Figuration
Tendance artistique qui s'attache à donner une représentation fidèle du monde, par
opposition à l'art non figuratif ou abstrait.

Modelé
Relief donné aux formes par le sculpteur. Par extension représentation et rendu du
relief en peinture et en dessin.

Modernité
En art, terme général utilisé pour décrire la tentative délibérée de rompre, à la fin du
e e
XIX siècle et au début du XX siècle, avec la tradition académique basée sur le
respects des canons de la Renaissance, l’illusionnisme et la narration, lui opposant des
recherches de formes nouvelles en adéquation avec les bouleversements techniques
et la liberté d’invention de l’artiste.

Palette
En plus de désigner l’instrument de bois ou de plastique sur lequel l’artiste dispose et
mélange ses couleurs, le terme palette qualifie également l’ensemble des couleurs
utilisées pour concevoir une œuvre.

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Plans
Les plans sont les différentes portions de l’espace d’un tableau ou d’une image
bidimensionnelle qui représente une profondeur. Ils permettent de donner
l’impression d’éloignement. L’avant-plan désigne un élément qui chevauche le premier
plan et dont la plus grande partie est hors champ. Le second plan se situe derrière le
premier plan et ainsi de suite jusqu’au dernier plan également appelé arrière-plan.

Repentir
Partie du tableau qui a été recouverte en cours d’exécution par le peintre pour
masquer ou modifier certains éléments suite à un changement d’aspiration.

Saturation
La saturation est l'intensité d'une teinte spécifique. Elle est fondée sur la pureté de la
couleur. Une teinte hautement saturée est vive et intense tandis qu'une teinte moins
saturée paraît plus fade. Sans aucune saturation, une teinte devient un niveau de gris.

Teinte
Couleur complexe obtenue par mélange. Elle désigne également le pouvoir colorant
d’une couleur qui est saturée lorsqu’elle est au maximum de son intensité.

Texture
Aspect visuel et tactile de toute matière.

Service des projets éducatifs et culturels


1 Allée du Musée
F-59650 Villeneuve d’Ascq

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