Creux de tension et coupures brèves
Creux de tension et coupures brèves
DOCUMENTATION
02/10/2008
Qualité de la tension
Creux et coupures brèves
par Roger OTT
Ingénieur senior, EDF Recherche et développement
1. Définitions.................................................................................................. D 4 262 - 2
2. Origine......................................................................................................... — 2
2.1 Réseau du distributeur ................................................................................ — 2
2.2 Réseau de l’utilisateur ................................................................................. — 3
3. Caractérisation ......................................................................................... — 4
4. Mesures....................................................................................................... — 4
5. Conséquences ........................................................................................... — 4
5.1 Différentes perceptions ............................................................................... — 4
5.2 Matériels existants....................................................................................... — 5
5.2.1 Contacteurs ......................................................................................... — 5
5.2.2 Moteurs ............................................................................................... — 5
5.2.3 Équipements à vitesse variable......................................................... — 6
5.2.4 Automates et systèmes informatiques ............................................. — 7
5.2.5 Éclairage .............................................................................................. — 7
6. Atténuation et élimination.................................................................... — 8
6.1 Réduction du nombre et de l’amplitude des perturbations ..................... — 8
6.1.1 Sur les réseaux du distributeur ......................................................... — 8
6.1.2 Sur les réseaux de l’utilisateur : cas particulier des creux de
tension ................................................................................................. — 9
6.2 Réduction des conséquences ..................................................................... — 9
6.2.1 Applications informatiques................................................................ — 9
6.2.2 Applications industrielles................................................................... — 10
Cet article fait partie d’un ensemble consacré à la qualité de la tension dans les réseaux. Les
autres articles traitent des sujets suivants :
— D 4 261 - Introduction ;
— D 4 263 - Fluctuations et flicker ;
— D 4 264 - Harmoniques ;
— Doc. D 4 265 - Pour en savoir plus.
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Tableau 1 – Principales caractéristiques des défauts enregistrés aux différents niveaux de tension
Type Principales causes Occurrence des défauts Occurrence des défauts
Principaux types
de réseau des défauts HTB HTA
Conditions climatiques Monophasés
Aérien Amorçages avec des corps Peu fréquents Fréquents
extérieurs Fugitifs
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400 kV
Poste HTA
225 kV
Défaut R R
Client A Client B
R réenclencheur
A D1 90/63 kV D2
20 % 80 %
Longueur de la ligne T0 T1 T2 T3 T4 T5 T6 T7
U
Tension au point A
T0 T1 T2 T3 T4 T5 T6 T7
0
t (s) T0 apparition du défaut
80 à 300 ms 5 à 10 s
T1 ouverture du disjoncteur en tête de départ 200 ms plus tard
T2 fermeture du disjoncteur en tête de départ 300 ms plus tard
300 à 800 ms
T3 ouverture du disjoncteur en tête de départ 500 ms plus tard
O1 O2 F2 O2 T4 fermeture du disjoncteur en tête de départ 15 à 30 s plus tard
O1 ouverture du disjoncteur D1 T5 ouverture du disjoncteur en tête de départ 500 ms plus tard
O2 ouverture du disjoncteur D2 T6 fermeture du disjoncteur en tête de départ 15 à 30 s plus tard
F2 fermeture du disjoncteur D2 T7 ouverture définitive du disjoncteur en tête de départ 500 ms plus tard
Figure 1 – Séquence d’élimination d’un défaut permanent Figure 2 – Séquence d’élimination d’un défaut sur un réseau HTA
sur un réseau HTB (> 50 kV) (1 à 50 kV)
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3. Caractérisation 4. Mesures
La connaissance du nombre et des caractéristiques de creux de Il importe que les mesures faites par différents appareils soient
tension et de coupures en un point du réseau est nécessaire pour reproductibles, dans les limites de leur précision. C’est pour cela
deux raisons principales : que la normalisation électrotechnique internationale (Commission
électrotechnique internationale : CEI) étudie une norme définissant
— dans des installations existantes, afin de déterminer les
les méthodes de mesure des paramètres de l’onde de tension : il
meilleures solutions techniques et économiques aptes à résoudre
s’agit de la norme CEI 61000-4-30. Dans son état d’avancement
les problèmes posés ;
courant 2002, cette norme a été votée positivement comme
— pour des installations futures, afin de définir le type de maté-
« avant-projet de norme ». Elle sera amendée et soumise au vote
riel ou les adaptations nécessaires pour éviter les incidents de fonc-
final comme norme internationale fin 2002. Elle sera ensuite sou-
tionnement ultérieurs.
mise au Comité européen de normalisation (CEN) pour devenir une
Il faut remarquer que l’estimation de ces caractéristiques est par- norme européenne. La détection des creux de tension est faite à
ticulièrement difficile du fait de : partir de la mesure de la tension efficace définie sur une période
— la nature aléatoire des causes qui les produisent (conditions du signal (soit sur 20 ms pour le 50 Hz). Cette mesure est rafraîchie
climatiques) ; toutes les demi-périodes (soit toutes les 10 ms pour le 50 Hz).
— la structure des réseaux susceptible d’être modifiée. Par
exemple, l’alimentation en antenne ou en boucle d’un utilisateur
conduit à deux objectifs contradictoires : les coupures ou les creux
de tension sont favorisés dans l’un ou l’autre des cas. 5. Conséquences
Ce n’est qu’avec une connaissance de ces caractéristiques et de
celles de l’installation, qu’une étude économique de modification
des installations d’un client pourra être engagée. 5.1 Différentes perceptions
■ Creux et coupures brèves
Il n’y a perturbation sur un réseau que si le fonctionnement
L’amplitude du creux de tension est conditionnée par la structure d’un récepteur en service sur ce réseau est affecté par cette per-
du réseau, notamment la puissance de court-circuit et la distance turbation.
entre le point de défaut et le point où est situé l’utilisateur sur le
réseau. Ainsi, plus la puissance de court-circuit en amont de l’uti- Les creux et les coupures de tension (comme d’ailleurs toutes les
lisateur est élevée ou plus le défaut est éloigné du point de raccor- autres perturbations) ne sont pas perçus de façon objective car
dement de l’utilisateur, moins l’amplitude du creux de tension c’est toujours à travers le fonctionnement d’un appareil qu’on les
ressenti est importante, ou plus la profondeur est faible (figure 3). apprécie. De plus, la perception des creux et des coupures dépend
La durée du creux de tension est conditionnée par le temps de également de ses caractéristiques : ainsi, pour certains équipe-
maintien du défaut (§ 2.2). Cette durée dépend du temps de ments, une coupure de quelques minutes est sans effet tandis que
détection, des temporisations éventuelles mises en œuvre pour pour des durées supérieures, des effets mesurables se produisent.
assurer la sélectivité des déclenchements et du temps d’ouverture Par ailleurs, les fabricants de matériel doivent résoudre le double
des disjoncteurs. problème suivant :
— produire à un coût le plus faible possible (au moins égal sinon
■ Coupures longues inférieur à celui des concurrents) ;
En cas de défaut permanent sur un ouvrage, après avoir épuisé — avoir des conditions de fonctionnement aussi parfaites que
toutes les éventuelles tentatives de réenclenchement automatique possible, même en présence de perturbations d’un niveau « accep-
(§ 2.1), le dernier déclenchement n’est pas suivi de réenclenche- table ».
ment et est donc triphasé. On l’appelle « déclenchement triphasé Le marché entraîne donc une certaine autorégulation de l’immu-
définitif ». Une coupure est alors perçue chez les utilisateurs rac- nité des matériels face aux perturbations usuellement rencontrées
cordés en antenne. sur les réseaux. Mais, dans une économie de marché, la régulation
La durée d’une coupure est le temps pendant lequel le disjonc- des échanges commerciaux est « contractuelle », ce qui implique
teur est ouvert. nécessairement que des limites soient spécifiées. Un système de
normalisation a donc été mis en place afin d’obtenir la régulation
recherchée. Ainsi, des normes internationales et européennes
([D 4 261], § 4) définissent :
— des limites classifiées en niveaux à la fois pour les niveaux de
perturbation et pour les niveaux d’immunité des matériels ;
U — pour les produits, les performances attendues vis-à-vis de
chaque perturbation.
Tension
déclarée Ainsi, pour une fonction et une perturbation données, on obtient
Profondeur du des produits tout à fait différents (donc de coûts différents) selon
creux de tension le niveau de performance souhaité. La performance des produits
Amplitude du face aux perturbations se décline en quatre niveaux :
creux de tension 1. les produits fonctionnent conformément à leur destination,
Durée même en présence de perturbation ;
Durée du creux de tension 2. les produits ont un fonctionnement perturbé pendant les per-
turbations, mais retrouvent leur fonctionnement normal dès la fin
des perturbations ;
Variation de la valeur efficace de la tension
3. le produit doit être remis en service après une perturbation ;
4. des dégradations, qui nécessitent des réparations, peuvent se
Figure 3 – Caractérisation du creux de tension produire après une perturbation.
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Le moteur ne pourra accélérer et reprendre sa vitesse de rotation et il n’y a plus de tension résiduelle induite au stator. Ces moteurs
normale que si le couple Cm1 est supérieur à Cr1 , ce qui est géné- sont, à cause de leur construction, moins aptes que les moteurs à
ralement le cas. Sinon, le moteur n’atteindra pas sa vitesse nomi- cage à supporter transitoirement des courants forts. Les risques
nale et il y aura déclenchement des protections du moteur. mentionnés précédemment pour une remise sous tension en pré-
La différence entre couple moteur et couple résistant doit être sence d’une tension résiduelle, sont complétés par des risques de
suffisante pour que la reprise du régime s’effectue dans une durée destruction des enroulements du rotor (bobinage, bagues, balais).
suffisamment courte afin d’éviter les suréchauffements inadmis- ■ Influence des condensateurs de compensation d’énergie réactive
sibles.
Le relativement faible facteur de puissance des moteurs asyn-
Pour les coupures brèves, le fonctionnement est différent. En chrones peut conduire, pour des raisons économiques, à installer
effet, le moteur est mis hors tension. Il est donc déconnecté de son des batteries de condensateurs destinées à compenser l’énergie
alimentation. Cependant, la tension à ses bornes ne s’éteint pas réactive appelée.
immédiatement. Il subsiste aux bornes du moteur une tension
alternative initialement d’amplitude élevée, proche de la tension Lorsque la valeur de la puissance réactive de compensation est
nominale, et dont l’amplitude et la fréquence décroissent dans le trop élevée par rapport à la puissance du moteur, à la disparition
temps. de la tension d’alimentation, il peut se produire une excitation du
moteur par la batterie de condensateurs et le moteur se comporte
Cette tension est due à l’amortissement du champ rotorique qui alors comme une génératrice asynchrone. Des tensions supérieu-
s’éteint avec une constante de temps élevée (effet de la cage res à 500 V ont pu être constatées pour des moteurs à 380 V à la
d’amortissement) et qui induit donc aux bornes des enroulements suite d’une coupure brève. Cette tension est en pratique limitée par
du stator, une tension résiduelle tant que le rotor continue de la saturation du circuit magnétique des moteurs, mais elle est en
tourner. mesure d’endommager les bobinages des moteurs ainsi que tous
L’évolution de la tension résiduelle dépend de la vitesse de les autres appareils raccordés au même circuit. De plus, elle pré-
rotation du moteur, donc de la charge. Plus la charge a une inertie sente un danger pour les personnes car la seule mise en rotation
faible ou un couple résistant élevé, plus la tension résiduelle d’un moteur surcompensé provoque la mise sous tension d’une
s’éteint rapidement. partie des circuits.
Au retour de la tension, un déphasage, voire une opposition de Nota : ce phénomène apparaît même après une coupure prolongée car le seul flux
rémanent du rotor suffit pour qu’un moteur se comporte en génératrice (cas des ascen-
phases entre les tensions du réseau d’alimentation et les tensions seurs en particulier).
résiduelles, entraîne des surintensités extrêmement importantes
(dix à douze fois la valeur du courant nominal). Cette surintensité
peut avoir des conséquences sur le moteur (essentiellement, 5.2.3 Équipements à vitesse variable
efforts électrodynamiques et contraintes sur l’arbre du moteur, sur
l’accouplement de la machine entraînée, sur les circuits magné- ■ Variateurs de vitesse pour moteurs asynchrones
tiques, etc.), sur la machine entraînée (endommagement des Un creux de tension monophasé ou biphasé sur l’alimentation
pièces de transmission, casse de la machine, etc.) et sur le réseau d’un variateur de vitesse pour moteurs asynchrones (figure 5a)
d’alimentation (incidents sur les contacteurs, les appareils de peut entraîner :
mesure, etc.).
— le fonctionnement du redresseur sur deux bras au lieu de trois,
Fort heureusement, l’expérience montre que de telles avaries d’où des surintensités dans le redresseur ;
sont peu fréquentes. — des fluctuations de la tension continue Vdc qui sont à l’origine
Quelques chiffres sont disponibles pour quantifier les risques de de l’augmentation du taux de courant harmonique appelé sur le
surintensité. réseau ;
— une diminution du couple moyen qui peut entraîner un décro-
Les courants de réaccélération peuvent atteindre des valeurs
chement de la machine asynchrone alimentée et donc un arrêt total
importantes lorsque la charge est constituée de machines
de l’entraînement ;
asynchrones :
— dans le cas où la machine aurait décroché, une surintensité
— 3 In pour les perturbations d’une durée de 400 à 500 ms ; importante qui apparaît au retour de la tension normale d’alimen-
— 4 à 6 In pour les perturbations d’une durée de 600 à 700 ms, tation.
avec In l’intensité nominale.
Ces phénomènes peuvent entraîner le fonctionnement des dis-
Les tensions résiduelles s’annulent typiquement entre 300 et positifs de protection contre les surintensités et provoquer l’arrêt
500 ms pour des machines d’environ 10 kW et en quelques du système.
secondes pour des puissances de l’ordre de la centaine de kilo-
watts. En règle générale, on peut redémarrer automatiquement les Lors d’une coupure brève triphasée de la tension d’alimentation,
moteurs ayant une puissance inférieure à 50 kW dès le retour de la le variateur de vitesse n’est plus alimenté et la machine tend à
tension. s’arrêter. Pendant la période de ralentissement, le moteur fournit
une tension résiduelle. Une réalimentation non contrôlée de
Dans les petites machines, l’entrefer étant relativement impor- l’onduleur peut entraîner des surintensités très importantes. Le rac-
tant, la réactance de la machine augmente et donc la valeur du cordement de l’onduleur est aléatoire car les organes de protection
courant de redémarrage diminue. peuvent ne pas protéger complètement la machine, qui risque
Dans des cas extrêmes, le déclenchement est suivi d’un réen- alors d’être endommagée.
clenchement différé, analogue à la procédure de démarrage nor- De plus, quand des batteries de condensateurs sont enclen-
mal. chées, des transitoires de courant peuvent provoquer le déclenche-
■ Cas particulier des moteurs asynchrones à rotor bobiné ment du variateur lorsque le bus continu du variateur forme un
circuit résonnant avec le réseau.
Le phénomène décrit ci-avant suppose que le rotor soit toujours
en court-circuit pour que le courant résiduel subsiste. Cela est tou- Pour éviter de tels problèmes, les variateurs se mettent généra-
jours le cas pour les moteurs à cage, mais ne l’est pas pour les lement en défaut et se déconnectent donc pour toute chute de
moteurs à rotor bobiné à bagues mis en court-circuit par un tension d’amplitude supérieure à 15 %.
contacteur extérieur. La disparition de la tension résiduelle dépend Lorsque la nature de la charge le permet, une autre technique
du comportement de celui-ci sur une coupure de tension : s’il est plus sophistiquée consiste, au moment de la réalimentation de
maintenu fermé, la tension résiduelle évolue de manière analogue l’onduleur, à le piloter à partir des tensions résiduelles afin de mini-
à celle du moteur à cage ; s’il est ouvert, le courant rotor est annulé miser la valeur des courants de redémarrage.
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L L
Machine
Machine à courant
asynchrone continu
Réseau
Réseau
C Vdc
Charge
Charge
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attention car des défauts d’éclairage, même momentanés, peuvent L’utilisation des départs en câble souterrain peut être mise à pro-
être à l’origine d’accidents de personnes, de moments de panique fit pour exploiter les jeux de barres en jeux de barres spécialisés,
dans des réunions publiques. lorsque la structure du poste source le permet. Ainsi, tous les
départs souterrains sont raccordés à un même jeu de barres et les
Exemple : lors d’une finale de coupe de France de football, le Stade
départs en lignes aériennes à un autre jeu de barres. La partie de
du Mans a perdu le match par forfait en raison d’une interruption pro-
réseau constituée par des câbles souterrains aura un taux de cou-
longée de l’éclairage.
pures « longues » bien plus faible que celui de la partie constituée
par les lignes aériennes.
Par ailleurs, des actions spécifiques au niveau de tension peu-
vent être mises en œuvre.
6. Atténuation et élimination
■ Sur le réseau HTB
Les solutions techniques qui doivent être engagées permettront La mise en place de câbles de garde au-dessus des lignes per-
de : met de diminuer considérablement le nombre d’impacts directs de
— diminuer le nombre et l’amplitude des perturbations, ce qui foudre sur les conducteurs, donc les défauts. En 2002, toutes les
implique à la fois le distributeur et l’utilisateur ; lignes neuves (400, 225, 90, 63 kV) en sont équipées. Sur les lignes
HTB anciennes, il est pratiquement exclu d’ajouter des câbles de
— maîtriser ensuite les conséquences sur les matériels et les garde du fait de la résistance mécanique insuffisante des supports.
processus :
• par une bonne conception des réseaux industriels ainsi que L’amélioration des prises de terre des supports permet de dimi-
par une bonne maintenance, nuer les surtensions dues à l’écoulement à la terre du courant de
• par une bonne conception et un réglage adéquat du foudre, ce qui diminue le nombre de défauts dus à l’amorçage « en
contrôle-commande des processus, retour » (amorçage entre la structure du pylône et un ou plusieurs
• par l’installation d’alimentations de secours. conducteurs).
L’utilisation d’isolateurs « spéciaux » (isolateurs possédant une
ligne de fuite plus grande que celle strictement nécessaire pour le
6.1 Réduction du nombre niveau de tension considéré) permet de limiter les risques de
contournement dus à la pollution des chaînes d’isolateurs.
et de l’amplitude des perturbations La construction de stations de lavage sous tension des isola-
teurs dans certains cas de pollution marine (cas particulier de
6.1.1 Sur les réseaux du distributeur lignes à 400 kV près de la Manche) est également utilisée.
Nota : cette technique a été créée au Japon et y est largement utilisée.
Les dispositifs qui sont mis en place sur le réseau du distribu- ■ Sur le réseau HTA
teur visent à améliorer le niveau de qualité du réseau. Cepen- La mise en place de dispositifs du type parafoudre, depuis la fin
dant, le niveau « zéro défaut » ne pourra jamais être atteint, des années 1980, en remplacement des éclateurs à cornes associés
malgré tous les efforts techniques et financiers du distributeur, aux chaînes d’isolateurs, est maintenant quasiment terminée en
du fait d’événements extérieurs imprévisibles et inévitables tels France. Les parafoudres retrouvent leur capacité d’isolement (de
que la foudre. tenue diélectrique) après écoulement d’un courant de foudre. Leur
emploi permet de transformer en coupures brèves, la moitié des
Les principaux moyens mis en place sur le réseau du distributeur coupures qui seraient longues avec l’emploi d’éclateurs.
concernent le réseau aérien, source de nombreux défauts fugitifs. La mise en place du nouveau régime du neutre (bobine de
Ils permettent soit de réduire le nombre de défauts qui affectent les compensation entre le neutre et la terre) en remplacement de
ouvrages, soit de diminuer la durée des creux de tension et des l’impédance de limitation, permet de limiter le courant de défaut à
coupures. des fins de sécurité vis-à-vis du public et favorise l’extinction de
l’arc de façon plus certaine et plus rapide. En conséquence, le nom-
6.1.1.1 Réduction du nombre de défauts bre de coupures brèves est réduit, le nombre de défauts fugitifs et
semi-permanents monophasés diminuant.
Un premier moyen consiste à améliorer l’isolation du réseau.
D’importantes campagnes d’élagage des arbres avoisinant les
lignes aériennes (couloir dit de servitudes) sont régulièrement réa- 6.1.1.2 Réduction de la durée des défauts
lisées.
La réduction de la durée des défauts oblige à améliorer le
De plus, une politique d’auscultation systématique des réseaux système de protection.
pour détecter les défauts latents (analyse de la forme des défauts
fugitifs) a été mise en place. ■ Sur le réseau HTB
Indiquons l’importante politique des travaux sous tension qui Le remplacement des protections électromécaniques par des
permettent d’améliorer très sensiblement la continuité de la four- protections électroniques permet une détection et donc une élimi-
niture d’électricité. nation plus rapide des défauts. Dans un poste, le changement de
Enfin, le remplacement par câble souterrain de tronçons de type de protections est généralement le motif de rénovation des
lignes aériennes (90, 63, 20 kV) est également pratiqué. postes anciens. Le remplacement n’améliore la situation que si
Les câbles souterrains ne sont pas sensibles aux phénomènes cela est fait sur tous les postes d’une zone.
atmosphériques. Ils sont exclusivement le siège de défauts perma- La mise en place d’un réenclencheur rapide permet de réduire la
nents qui nécessitent une lourde intervention extérieure pour leur durée des coupures. Ce dispositif ne peut être installé sur un
réparation. Les utilisateurs raccordés par un câble subissent moins départ qu’après prise en compte des moteurs de forte puissance
d’interruptions que s’ils étaient raccordés par une ligne aérienne, (100 kVA environ) qui peuvent s’y trouver. Un retour trop rapide de
mais, généralement, le temps de coupure est plus long. La décision la tension après une coupure peut se faire dans des conditions de
de remplacement des lignes aériennes par des câbles souterrains phase telles que des ruptures d’accouplement, voire de ligne
est essentiellement liée aux contraintes d’environnement. d’arbre, sont à craindre (§ 5.2.2.2).
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monophasé
requiert, mettre en place un dispositif à réserve d’énergie qui ali-
Défaut
mente l’ensemble de l’installation pour couvrir l’absence momen-
tanée de tension. La réserve d’énergie doit être suffisante pour
R 300 A effectuer a minima les opérations nécessaires de sauvegarde, pour
S S
a b c a b c permettre à des groupes électrogènes de prendre le relais de l’ali-
R
mentation ou pour basculer sur une deuxième alimentation.
Il s’agit des alimentations sans interruption (ASI ou UPS : unin-
terruptable power supply ) : ASI statiques, ASI dynamiques, ou de
groupes à volant d’inertie (figure 8).
Absence de défaut Shuntage d'un défaut
■ ASI statiques (onduleurs)
D disjoncteur shunt
Ils sont constitués (figure 9a ) :
R résistance de mise à la terre du neutre
— d’un redresseur qui transforme la tension alternative en ten-
T bobinage MT du transformateur du poste source sion continue ;
— d’une batterie (réserve d’énergie) ;
Figure 7 – Disjoncteur shunt — d’un onduleur recréant une tension sinusoïdale presque pure.
En fonctionnement normal, la charge est constamment alimen-
tée par le redresseur et l’onduleur, assurant une régulation perma-
■ Sur le réseau HTA nente de la tension et de la fréquence de sortie. La batterie n’est
pas sollicitée mais reste simplement en charge.
La mise en place d’un disjoncteur shunt de façon systématique
pour les ouvrages aériens a permis d’éliminer les défauts mono- En cas de creux de tension ou de coupure sur le réseau d’alimen-
phasés sans provoquer de coupures pour les utilisateurs (figure 7). tation, la batterie garantit l’alimentation de la charge sans délai de
Ce dispositif est installé dans les postes sources dont le neutre est commutation.
mis à la terre par une résistance. Le disjoncteur shunt est raccordé À partir d’une puissance de quelques kilovoltampères, un circuit
à la source du réseau qu’il protège (jeu de barres du poste). Il est by-pass permet d’utiliser l’énergie du réseau en cas de défaut ou
normalement ouvert. En cas de défaut monophasé, il met la phase de surcharge de l’onduleur (afin, par exemple, de permettre la
en défaut à la terre, permettant ainsi à l’arc de s’éteindre. détection puis l’élimination d’un éventuel court-circuit situé en
Les tensions entre phases sont peu affectées. Notons que la aval, sur le réseau secouru).
valeur de la tension entre phase et terre des phases non mises à Leur gamme de puissance s’étend de quelques kilovoltampères
la terre est égale à la valeur de la tension composée, ce qui à plusieurs mégavoltampères. Les valeurs les plus élevées se ren-
implique d’avoir une bonne tenue diélectrique de celle-ci. contrent dans des centres spécialisés regroupant des serveurs
La mise en place d’un disjoncteur réenclencheur en réseau (DRR) Internet, tous les services étant intégrés : ce sont des « hôtels
au début d’une dérivation, permet d’éliminer les défauts qui appa- Internet ». Dans le cas de grandes puissances, plusieurs dispositifs
raissent sur celle-ci sans perturber les utilisateurs alimentés en tête peuvent être mis en parallèle pour augmenter la puissance ou pour
de départ. La séquence de fonctionnement est du type de l’auto- assurer un meilleur niveau de fiabilité. L’autonomie, qui dépend de
matisme de réenclenchement (§ 2.1). la batterie, est en général de 10 à 15 min, un ou plusieurs groupes
électrogènes pouvant prendre les relais si la coupure est de durée
La manœuvre des interrupteurs aériens télécommandés (IAT), supérieure et si le niveau de performance le requiert.
soit depuis un poste de commande central, soit depuis un véhicule
de service dans lequel est « embarqué » le matériel de télé- Ils représentent 95 % des dispositifs à réserve d’énergie installés
commande et de radio, soit depuis le domicile des « agents chez les utilisateurs.
d’astreinte », permet de réduire la durée des coupures longues. Nota : pour mémoire, deux autres types de fonctionnement d’ASI statique existent,
plutôt réservés à des applications monopostes ou de faibles puissances (quelques
kilovoltampères) : attente passive et interaction avec le réseau.
6.1.2 Sur les réseaux de l’utilisateur : ■ ASI dynamiques
cas particulier des creux de tension Dans ce cas, un alternateur fournit la tension de sortie.
Dans le cas où les creux de tension ont pour origine l’installation Il existe deux types d’ASI dynamiques suivant le mode de stoc-
du client, plusieurs solutions permettent de limiter la perturbation : kage de l’énergie.
— alimenter le plus en amont possible les charges perturbatrices ● Batterie (figure 9b)
de manière à bénéficier de la plus grande puissance de court- Un mutateur et un ensemble moteur (primaire)/alternateur
circuit ; (secondaire) fournissent la tension de sortie. En régime normal,
— séparer les charges perturbatrices des charges sensibles en les l’énergie transite par le redresseur, le mutateur et l’ensemble
alimentant par des départs différents à partir du transformateur moteur/alternateur. En régime perturbé, la batterie garantit l’ali-
général ; mentation. L’autonomie dépend de la capacité de la batterie (en
— mettre en place un système de démarrage ou un compen- général, entre 10 et 15 min).
sateur d’énergie réactive afin de compenser le courant appelé par
● Accumulateur d’énergie cinétique (figure 9c )
les moteurs au moment de leur démarrage.
Ce dispositif est constitué d’un système d’inductances, d’un
générateur synchrone et d’un accumulateur d’énergie cinétique.
6.2 Réduction des conséquences En régime normal, l’alimentation se fait par le réseau via le filtre
composé de l’association de l’inductance et de la machine syn-
Sur le réseau de l’utilisateur, les remèdes qui sont proposés dif- chrone. De l’énergie est stockée sous forme cinétique (rotor accu-
férent selon les applications. mulateur ou volant d’inertie tournant à vitesse élevée monté sur
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1 kVA 10 kVA 100 kVA 150 kVA 500 kVA 1 MVA 1,5 MVA Puissance unitaire
100 %
100 %
80 % 20 %
90 % 10 %
ASI dynamique
80 % 20 %
Groupe no-break
proportion alimentant des applications informatiques Il y a possibilité de mettre en parallèle les ASI statiques
on-line, les ASI dynamiques et les groupes no-break
afin d'augmenter la puissance installée.
proportion alimentant des applications industrielles
l’arbre d’une machine synchrone pouvant agir en génératrice). du réseau (double alimentation), soit par la mise en œuvre d’un
Lorsqu’un creux de tension ou une coupure brève se produit sur le groupe électrogène. En revanche, le temps de la permutation de
circuit d’alimentation, cette énergie cinétique permet d’alimenter la source ou du démarrage du groupe doit, si nécessaire, être couvert
charge pendant une période allant de quelques secondes à environ par un ASI.
1 min.
Leur gamme de puissance unitaire s’étend d’une centaine de
kilovoltampères à 1,5 MVA ; il y a également possibilité de mettre
6.2.2 Applications industrielles
les dispositifs en parallèle. Les contacteurs et les relais de commande de moteurs sont
Lorsqu’un moteur Diesel est associé à ces dispositifs, on obtient souvent alimentés soit par une tension entre phase et neutre, soit
ce que l’on appelle des groupes no-break (figure 9d ). Ceux-ci per- par une tension entre phases. Un creux de tension affectant cette
mettent de compenser aussi bien les creux de tension et les cou- tension fait donc retomber contacteurs et relais, ce qui arrête le
pures brèves que les coupures longues. L’énergie stockée dans la moteur, alors que fréquemment les deux autres tensions aux
batterie ou dans la réserve cinétique garantit l’alimentation jusqu’à bornes du moteur conservent une valeur suffisante qui aurait per-
ce que le moteur démarre. mis au moteur de continuer à tourner sans modification impor-
tante du couple ou de la vitesse. Une solution, autre que celle de
■ Groupes à volant d’inertie la temporisation, consiste à alimenter relais et contacteur par
Ces dispositifs ont été longtemps utilisés, mais tendent mainte- combinaison des trois tensions triphasées.
nant à disparaître au profit des ASI. La réserve d’énergie est Il arrive que les coupures brèves ou les coupures de plus longue
constituée par un volant d’inertie en fonte (figure 9e ) sur une ligne durée soient aggravées par le simple fait que l’installation du client
d’arbre d’un moteur existant ou d’un groupe moteur-alternateur. n’a pas été prévue pour redémarrer automatiquement. Des
En cas de coupure ou de creux de tension, le volant d’inertie main- protections à manque de tension fonctionnant trop rapidement
tient en rotation l’alternateur ou la machine synchrone (fonction- empêchent, par exemple, le redémarrage des machines. Il suffit
nant alors en génératrice), donc l’alimentation. Pratiquement, dans alors soit de temporiser convenablement les contacteurs de
les cas usuellement rencontrés, des durées de 0,3 à 1 s peuvent commande des machines lorsque le démarrage est possible sous
être couvertes. la pleine tension, soit de prévoir un dispositif automatique ne per-
Leur puissance unitaire se situe entre quelques voltampères et mettant le réenclenchement des contacteurs qu’après avoir remis
quelques centaines de kilovoltampères. les circuits auxiliaires des machines en position initiale de démar-
rage. Dans tous les cas, il convient de s’assurer au préalable que
■ Deuxième source d’alimentation le courant total appelé par les machines démarrant simultanément
Pour se prémunir des coupures longues, on peut utiliser une ne provoquera pas un nouveau creux de tension préjudiciable à
deuxième source constituée soit par une autre alimentation issue l’installation ou un déclenchement du disjoncteur général par
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D 4 262 − 10 © Techniques de l’Ingénieur, traité Génie électrique
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● Réenclenchement temporisé génératrice transite par le bus continu pour alimenter les machines
Si le maintien des contacteurs n’est pas réalisable, il faut pro- fonctionnant en moteur, ce qui rend l’installation moins sensible
céder à un arrêt suivi d’un réenclenchement temporisé après écou- aux creux de tension (figure 10). Après une certaine durée de
lement du temps nécessaire à l’extinction du flux du moteur. Cette creux de tension, l’énergie disponible ne permet plus de conserver
procédure consiste à : un fonctionnement normal, le contrôle commun à l’ensemble mul-
timoteur-variateurs assure une baisse coordonnée de la vitesse
— détecter rapidement l’apparition d’une coupure brève ; linéaire des machines du début de la perturbation jusqu’au redé-
— déclencher l’alimentation du moteur afin d’éviter les risques marrage des moteurs après le retour de l’alimentation. L’installa-
éventuels liés aux renvois de tension ; tion est alors immunisée contre les creux de tension, sans risque
— remettre le moteur sous tension, lorsque la tension du réseau de dégradation de matériel ou d’arrêt de production.
est revenue et que la tension résiduelle du moteur est inférieure à
une valeur de seuil admissible (afin d’éviter tout couplage avec une
tension résiduelle qui ne serait pas en phase avec celle du réseau).
Cette fonction peut être réalisée par un démarreur électronique, si Machines
les conditions du moteur ont conduit à adopter ce mode de Onduleurs asynchrones
démarrage.
Si la temporisation n’est pas acceptable, il convient alors de pré-
Bus continu
voir un automatisme pour arrêter le process proprement puis pour
le redémarrer automatiquement.
Réseau
Mode générateur
■ Variateurs de vitesse pour machines asynchrones triphasé
Le niveau de désensibilisation et les solutions préconisées en
fonction des caractéristiques des creux de tension et des coupures
brèves sont indiquées dans le tableau 3.
Pour les applications multimoteurs, l’utilisation d’un bus continu Échange
commun constitue la meilleure solution, en particulier pour les Mode moteur
d'énergie
applications « très sensibles ». Elle peut également permettre l’ins-
tallation d’une réserve d’énergie par batterie. Dans ce dispositif, si
certaines machines travaillent en génératrice pour le freinage,
d’autres en moteur — comme pour la fabrication ou l’enroulement
de matériaux tendus (papier, textile, bandes et films divers, tréfile-
rie, imprimerie, etc.) —, l’énergie fournie par celles fonctionnant en Figure 10 – Bus continu commun
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