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Comprendre la science en philosophie

Ce document définit la science comme une connaissance objective, méthodique et rigoureuse du réel. Il explique les différences entre sciences formelles et expérimentales, et discute la notion de vérité scientifique et le critère de la scientificité selon Popper.

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Comprendre la science en philosophie

Ce document définit la science comme une connaissance objective, méthodique et rigoureuse du réel. Il explique les différences entre sciences formelles et expérimentales, et discute la notion de vérité scientifique et le critère de la scientificité selon Popper.

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Cours de Philosophie 2023 - 2024

LA SCIENCE

Définition

La science est la connaissance objective, méthodique et rigoureuse du réel.

objective : elle ne modifie pas l’objet étudié et les scientifiques vérifient la conformité des théories à cet objet.
Ex : l’étude de l’électricité permet de dégager les lois de tension et d’intensité dans un circuit. Elle donne lieu à
des applications techniques concrètes.

méthodique : elle repose sur un cheminement rationnel : démonstration abstraite (ex : mathématiques,
physique) ou vérification par l’expérience (ex : protocole expérimental en biologie). Repère : théorie et pratique

rigoureuse : elle recherche l’exactitude.

Elle se présente comme le modèle du savoir vrai : elle délivre des connaissances rationnelles, nécessaires et
universelles. Repère : universel, général, particulier, singulier

Pourtant, les connaissances scientifiques peuvent évoluer : les vérités qui semblaient les mieux
établies hier apparaissent alors comme des croyances et non plus comme un véritable savoir. Ex : on
croyait que le soleil tournait autour de la terre (héliocentrisme) alors que c’est la terre qui tourne autour
du soleil (géocentrisme). Les progrès de la science brouillent les frontières entre croire et savoir.
Repères : croire / savoir

Par ailleurs, nous avons une représentation ambivalente de la science à la fois :


- Fortement valorisée car elle établit des connaissances exactes, vérifiées, indiscutables : nous
parlons de « faits scientifiquement prouvés », d’« autorité scientifique »
- Mais qui peut cependant se commettre des erreurs : la parole des savants est parfois remise
en cause, des vérités établies sont contestées.
- Et dans laquelle on ne peut pas avoir pleinement confiance : certaines recherches
scientifiques soulèvent la désapprobation (ex : expérimentation sur les animaux, clonage,
nucléaire etc.).
- Le progrès scientifique peut être source d’optimisme mais aussi d’inquiétude voire
d’angoisse. La science doit s’interroger sur les limites entre le pouvoir scientifique (ce que la
science peut faire techniquement) et le devoir moral (ce que la science doit faire moralement),
entre ce qui peut exister en fait et ce qui doit exister en droit.
- Repères : en fait, en droit
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RAPPEL : Les repères servent à analyser les différents sens d’une notion et à construire votre réflexion
autour des problèmes philosophiques qu’elle soulève, en dissertation comme en explication de texte.

Repères : Théorie / Pratique

Théorie
En science, ensemble formé d’hypothèses, de connaissances vérifiées et de règles logiques. En théorie indique
qu’une hypothèse ou une affirmation sont valables du point de vue de la pensée.

Pratique
Exercice d’une activité. En pratique indique qu’une affirmation peut être vérifiée dans l’expérience ou qu’un
projet peut être réalisé ou exécuté.

Exemple : En théorie, on s’accorde sur le fait qu’il ne faut pas mentir mais en pratique, le mensonge est parfois
utile.

Repère : Croire / Savoir

Croire
Attitude de l’esprit qui adhère à une idée sans que celle-ci fasse l’objet d’une démonstration

Savoir
Appréhender par l’esprit des connaissances rigoureuses reposant sur une démonstration et/ou une expérimentation

Exemples
Je crois qu’il existe des formes de vie sur d’autres planètes que la nôtre. Mais je suis incapable d’en apporter la preuve pour
le moment.

Après l’examen radiologique, je sais maintenant qu’une de mes côtes est fêlée

Repère : En fait / En droit

En fait

Ce qui existe dans la réalité, que nous pouvons observer

En droit

Ce qui devrait exister. Renvoie à une norme, une référence qui indique comment la réalité devrait être

Exemples

On proclame que les individus naissent égaux en droit, mais on peut objecter que les inégalités socio-économiques sont en
fait évidentes dès la naissance
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Qu’est-ce que la science ?

Pour la pensée commune, science est synonyme de connaissance exacte, vérifiée et indiscutable.
Pourtant, les connaissances scientifiques évoluent et les vérités qui semblaient les mieux établies hier
s’avèrent parfois inexactes. Qu’est-ce donc que la science ? Quel est le critère de la scientificité ?
Quelle vérité la science peut-elle atteindre et par quelles méthodes ?

I. Différences entre sciences formelles et sciences expérimentales

La logique et les mathématiques constituent ce qu’on appelle les sciences formelles parce qu’elles ne
s’occupent d’aucun contenu concret.

1. La logique établit la forme des raisonnement valides (rigoureux) indépendamment de tout


contenu.

On peut en effet faire abstraction du contenu d’un raisonnement pour n’en retenir que la forme.

Exemple :

- Tout homme est mortel Tout A est B

- Or Socrate est un homme Or, A est C

- Donc Socrate est mortel Donc, C est B

Tout raisonnement de cette forme est valide, quel que soit son contenu. Même si ce contenu n’est
pas en accord avec le réel :

Exemple :

- Tout ce qui est rare est cher Tout A est B

- Or un âne boiteux est rare Or, A est C

- Donc un âne boiteux est cher Donc, C est B

2. Les mathématiques sont vraies par la forme de leurs raisonnements, c’est-à-dire par leur
rigueur logique et non par leur accord avec la réalité concrète.

Les mathématiques peuvent certes s’appliquer au réel, mais leurs raisonnements concernent des idées
abstraites. Par exemple, on chercherait vainement dans le réel un cercle parfait ou un point
mathématique (sans extension).

Des plus, les démonstrations mathématiques reposent sur des principes (postulats ou axiomes) dont
le statut est problématique. Par définition ils ne peuvent être démontrés puisqu’ils constituent les
points de départ de toutes les démonstrations. On les considérait autrefois comme des évidences.
PASCAL affirme ainsi que les principes sont connus de manière immédiate et intuitive « ce sont », dit-
il « des connaissances du cœur et de l’instinct ».
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Il existerait ainsi deux sortes de certitudes : celle des propositions que l’on démontre, que l’on établit
par une déduction rigoureuse, et celle des principes qui se fonde sur ce que l’on « sent ».

MAIS les travaux de mathématiciens du XIXème (Lobatchevski, Rieman) ont montré qu’il était
possible de concevoir des géométries différentes de celle d’Euclide (les géométries non euclidiennes)
reposant sur des postulats différents et démontrant des théorèmes différents. Par exemple, dans la
géométrie d’Euclide (la géométrie classique), « la somme des angles d’un triangle est égale à deux
droits (180 °) » alors qu’elle peut être supérieure ou inférieure à deux angles droits dans les géométries
non euclidiennes, selon les postulats choisis.

Les principes sont donc des hypothèses que l’on peut changer sans qu’il en résulte des contradictions.
On parle de système hypothético déductif.

➢ Ainsi, les démonstrations mathématiques n’établissent pas des vérités absolues mais des
vérités relatives. Par exemple, « La somme des angles d’un triangle est égale à deux droits
(180 °) » n’est pas une vérité absolue.

3. Contrairement aux sciences formelles, les sciences expérimentales, comme la physique, la


chimie ou la biologie, se réfèrent au monde réel.

Elles se fondent sur l’observation et l’expérimentation. Elles ne sont pas vraies seulement
formellement mais aussi matériellement, c’est-à-dire parce que leur contenu est en accord avec le
réel ou supposé tel. Par exemple, la loi de l’attraction universelle est vraie car on peut observer que
tous les corps s’attirent : elle est conforme à la réalité observable.

Claude BERNARD, un physiologiste du XIXème siècle a dégagé les étapes de la méthode


expérimentale :

1) Observer les phénomènes sans idées préconçue.


2) Formuler des hypothèses ou idées expérimentales capables d’expliquer les faits observés. Ces
idées sont suggérées par les faits et demandent à être vérifiées.
3) Vérifier les hypothèses par l’expérimentation. Mais cette démarche est sans fin car
l’expérimentation fait naître de nouveaux phénomènes qu’il faut observer.

Les méthodes des sciences expérimentales sont inductives : elles remontent des faits à la loi, de cas
particuliers à une explication générale ensuite vérifiée.

Note : Les sciences humaines étudient l’homme dans sa dimension spirituelle et culturelle. Par exemple,
l’histoire, la sociologie, la psychologie, l’anthropologie etc. cherchent à comprendre les
comportements humains etc. sans toujours pouvoir les expliquer car ils incluent une part de liberté et
d’imprévisibilité. (Repère : expliquer / comprendre). Leurs méthodes sont plus discutées, car elles
reposent en partie sur l’intuition mais elles n’en sont pas moins argumentées et rigoureuses.
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II. Popper : le critère de la scientificité

Mais Karl Popper, un épistémologue du XXème siècle, montre que l’expérimentation ne vérifie pas à
proprement parler les hypothèses scientifiques. Une théorie scientifique n’est pas à proprement
parler vérifiable, mais testable et falsifiable.

➢ La falsifiabilité est donc le critère de la scientificité. Les théories non scientifiques (comme le
marxisme ou la psychanalyse) ne sont pas testables, elles sont invérifiables et irréfutables. Elles
ne sont donc pas scientifiques.
➢ Une théorie scientifique vraie n’est donc pas vérifiée par l’expérience, mais on la tient pour
vraie jusqu’à preuve du contraire parce qu’aucune expérience n’a permis de la réfuter.
➢ La vérité des théories scientifiques n’est pas absolue et éternelle, mais seulement relative et
provisoire.

POPPER considère ainsi que la psychanalyse, l’astrologie sont des pseudo-sciences car on ne peut pas
les réfuter.

Ce critère de falsifiabilité est important à une époque comme la nôtre, marquée par une certaine
suspicion à l’égard de la science (ex : les climatosceptiques affirment un discours vis-à-vis de la crise
climatique sans apporter de preuves scientifiques).

Il est essentiel aujourd’hui de se rappeler que la science n’est pas une idéologie parmi d’autres, mais
qu’elle s’appuie sur la raison universelle que tous les hommes partagent.

« … un système faisant partie de la science empirique doit pouvoir être réfuté par l’expérience. Ainsi,
l’énoncé « il pleuvra ou il ne pleuvra pas demain » ne sera-t-il pas considéré comme empirique pour la
simple raison qu’il ne peut pas être réfuté, alors que l’énoncé « il pleuvra ici demain » sera considéré
comme empirique (…). Or, je prétends que les théories scientifiques ne peuvent jamais être
totalement justifiées ou vérifiées mais qu’elles peuvent néanmoins être soumises à des tests. »

K. POPPER, La logique de la découverte scientifique, 1973


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IV. BACHELARD : « Rien n’est donné, tout est construit ».

Activité : analyse d’une phrase du texte de BACHELARD


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Ce que l’on peut retenir du texte de BACHELARD

1. La connaissance du réel n’est jamais immédiate

Pour les Anciens, connaître, c’est contempler l’Univers. Pour la science moderne, il s’agit plutôt d’en
construire une représentation possible. Bachelard souligne ainsi le rôle que jouent les constructions
théoriques à chaque étape de la démarche expérimentale : même les faits sont construits, c’est-à-dire
que le phénomène scientifique est une construction de l’esprit.

En effet, l’observation n’est pas un phénomène passif : « L’observation scientifique est toujours une
observation polémique, elle confirme ou infirme une thèse antérieure. », écrit Bachelard. Elle doit
apporter une réponse à un « problème scientifique » (= quelque chose qui pose une difficulté,
constitue un obstacle à une explication).

La construction théorique a un rôle essentiel dans l’expérimentation puisque celle-ci sert à vérifier
une hypothèse. « La connaissance du réel n’est jamais immédiate... Rien ne va de soi. Rien n’est donné.
Tout est construit. » écrit Bachelard.

2. Les concepts scientifiques se forment par rectification.

Bachelard souligne également que les concepts et les théories scientifiques se forment par
rectifications successives, en surmontant des obstacles épistémologiques : « On connaît par une
connaissance antérieure, en détruisant des connaissances mal faites ». Par exemple, la masse a
longtemps été confondue avec le poids (un objet a la même masse sur Terre et sur la lune mais pas le
même poids).

« Quand on cherche les conditions psychologiques des progrès de la science, on arrive bientôt à cette
conviction que c’est en termes d’obstacles qu’il faut poser le problème de la connaissance scientifique. Et il ne
s’agit pas de considérer des obstacles externes, comme la complexité et la fugacité des phénomènes, ni
d’incriminer la faiblesse des sens et de l’esprit humain : c’est dans l’acte même de connaître, intimement,
qu’apparaissent, par une sorte de nécessité fonctionnelle, des lenteurs et des troubles. C’est là que nous
montrerons des causes de stagnation et même de régression, c’est là que nous décèlerons des causes d’inertie
que nous appellerons des obstacles épistémologiques. La connaissance du réel est une lumière qui projette
toujours quelque part des ombres. Elle n’est jamais immédiate et pleine. Les révélations du réel sont toujours
récurrentes. Le réel n’est jamais « ce qu’on pourrait croire » mais il est toujours ce qu’on aurait dû penser. La
pensée empirique est claire, après coup, quand l’appareil des raisons a été mis au point. En revenant sur un passé
d’erreurs, on trouve la vérité en un véritable repentir intellectuel. En fait, on connaît contre une connaissance
antérieure, en détruisant des connaissances mal faites, en surmontant ce qui, dans l’esprit même, fait obstacle
à la spiritualisation.

Gaston Bachelard, La Formation de l’esprit scientifique, 1934.

1. « épistémologique » : qui se rapporte à l’acte de connaissance scientifique. L’épistémologie analyse, étudie et critique toutes les
disciplines de la science, ainsi que leurs méthodes et leurs découvertes.
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Selon Thomas Samuel Kuhn, un épistémologue américain du XXème siècle , l’histoire des sciences est
marquée par des « révolutions scientifiques » au cours desquelles un paradigme scientifique (un
modèle théorique fondamental) est supplanté par un modèle radicalement différent
(incommensurable). Ce dernier impose un vocabulaire et des concepts nouveaux ainsi qu’une véritable
conversion intellectuelle qui engendre des conflits et des débats. Par exemple, la révolution
copernicienne.

Puisque la vérité scientifique évolue, cela conduit à remettre en cause la conception commune de la
vérité comme accord avec le réel. Par exemple, EINSTEIN compare le physicien à un horloger qui aurait
à expliquer le mécanisme d’une montre sans pouvoir l’ouvrir.

La vérité dite « objective » n’est que la théorie qui explique le plus simplement possible l’ensemble
des phénomènes que l’on a pu observer jusqu’à présent.

Une théorie scientifique est donc une construction de l’esprit qui rend les phénomènes intelligibles,
permet de les anticiper et de les maîtriser.
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La science est-elle la seule manière d’atteindre la vérité ?

Définition

Définition : La vérité désigne, de façon générale, le fait qu’une représentation, une croyance ou un
discours correspond à la réalité.

Ce qui est vrai est donc vrai a priori pour tout le monde.

Exemples : représentation : Paris est la capitale de la France ; croyance : je pense qu’il fait froid à
Paris en ce moment) ; discours (je lis dans un livre que Platon « était un philosophe de l’Antiquité
grecque »).

Définition : La science est la connaissance objective, méthodique et rigoureuse du réel.

Définitions

La science vise une connaissance objective allant au-delà des opinions subjectives et arbitraires afin
de connaître le réel. Sa démarche se veut rigoureuse, elle est susceptible d’être reproduite. Elle prouve
ou démontre ce qu’elle avance.

De son côté, la vérité se définit comme la conformité entre une pensée, une idée, une théorie, etc. et
la réalité.

D’après ces deux définitions, la science serait donc le domaine par excellence où la vérité devrait
triompher.

Problématisation : mise en tension des définitions

Cependant, il existe une histoire des sciences qui démontre que les vérités scientifiques évoluent au
cours du temps. Ceci conduit à remettre en cause la conception commune de la vérité comme accord
avec le réel. La vérité dite « objective » produite par la science ne serait donc que la théorie qui
explique le plus simplement possible l’ensemble des phénomènes que l’on a pu observer jusqu’à
présent.

Si, en théorie et, selon sa définition, la science semble proposer une démarche parfaite pour
rechercher la vérité, on constate, qu’en pratique, la science établit des vérités dont le caractère
provisoire est admis comme étant constitutif.

Problématique sous forme de paradoxe

La science a-t-elle le privilège exclusif de conduire à la vérité ou bien y-a-t-il, au sein de la démarche
scientifique des éléments susceptibles de rendre contestable le fait que la vérité scientifique soit
érigée en modèle de vérité ? Et, si la science n’est pas le mode d’accès optimal à la vérité, est-ce que
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d’autres domaines de l’activité humaine pourraient se prétendre exemplaires en la matière comme,


par exemple, l’art ou la religion ? En d’autres termes, existe-t-il aussi des vérités non scientifiques qui
soient aussi légitimes que celles de la science sinon davantage ?

Afin de répondre à ces questions, nous verrons dans un premier temps comment la science peut se
présenter effectivement comme une quête de vérité exemplaire. Nous envisagerons ensuite de
quelle manière la démarche scientifique rend cependant complexe voire incertaine l’accès à la vérité.
Nous examinerons enfin pourquoi la science seule ne peut prétendre donner accès à « la » vérité car
il existe d’autres formes de vérités que la vérité scientifique.

I. La science est une démarche spécifique visant à connaître le réel, une


quête de vérité

Réel = ce qui existe objectivement, de façon effective, ce qui n’est pas un produit de la pensée.

Réalité = ensemble de tout ce qui est

1. La science recherche la vérité contre le mythe

Comme évoqué dans notre cours d’introduction, au VIème siècle avant JC, des penseurs
présocratiques (précédant Socrate) comme Thalès, Pythagore, Anaximandre, Héraclite…, ont
considéré pour la première fois la nature comme un objet de questionnement rationnel.

Les premiers physiciens cherchaient à rendre compte d’effets physiques déterminés (ex : chaud/
froid ; sec / humide ; opposition / attraction…) sans faire référence à l’action de puissances divines
décrites dans les mythes.

➢ La science, originellement, entend donc se débarrasser de récits issus de l’imagination.

2. La science recherche la vérité contre l’opinion

Le mot « science » vient du latin « scientia » qui signifie « connaissance ». Le nom « scientia » vient
lui-même du verbe « scire » qui veut dire « savoir » et désigne la faculté mentale propre à la
connaissance.

La science est indissociable d’une recherche de vérité c’est-à-dire de la conformité entre une
pensée (une idée, une théorie, etc.) et la réalité.

Alors que l’opinion ou la foi sont des croyances, la science fait appel à la raison et repose sur une
exigence d’objectivité pour construire un savoir.

Etymologie : Le terme de « raison » vient du latin « ratio », qui désigne à l'origine le « calcul ».

Définition : La raison est la faculté de l’esprit qui permet de calculer, d'organiser, d'ordonner.
Elle permet de distinguer le vrai du faux (domaine de la connaissance), le bien du mal (domaine de
l’action). => Voir cours sur « La Raison »
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3. La science veut être savoir objectif visant des vérités universelles

La vérité se définit comme la conformité entre une pensée (une idée, une théorie) et la réalité. Or
une pensée ne peut être conforme à la réalité que si elle est objective. C’est pourquoi la science se
présente comme le domaine par excellence où la vérité est sensée triompher.

La science étudie des « phénomènes » et non simplement les « choses » que nous percevons grâce à
nos sensations. Les « choses » de l’expérience commune se transforment en « phénomènes
scientifiques » dès que leur est enlevée toute qualité subjective.

Par exemple, un chimiste qui étudie l’eau ne s’intéresse pas au goût de cette eau qui pourrait lui être
communiqué par ses sens. Il se concentre uniquement sur l’étude des molécules qui la constituent.

En effet, la science ne s’intéresse pas à des phénomènes particuliers ou à des expériences subjectives
mais veut découvrir les lois générales ou universelles, c’est-à-dire les relations qui unissent
nécessairement les phénomènes.

Par exemple, NEWTON ne voulait pas expliquer la chute d’une pomme particulière mais trouver une
loi universelle qui explique la chute de tous les corps, la loi de la gravité. (Repères : universel / général
/ particulier / singulier ; exemple / preuve ; contingent / nécessaire)

Repère : universel / général / particulier / singulier

Universel

Ce qui vaut pour tous les individus d’une catégorie donnée sans aucune exception

Général
Ce qui vaut dans la majorité des cas, mais peut admettre quelques exceptions

Particulier
Ce qui vaut pour quelques cas

Singulier
Ce qui vaut pour un seul cas

Exemple
La loi de l’attraction est universelle
En général, les élèves sont plus jeunes que leurs professeurs
Le fait que l’eau bout à 100 ° est un cas particulier de la loi de l’ébullition
Toute vie est singulière

Repère : Exemple / Preuve

Exemple
Cas particulier qui permet d’expliquer ou de faire comprendre une affirmation

Preuve
Fait, résultat ou témoignage susceptible de démontrer la vérité d’une affirmation

Exemples
Les parents peuvent bien montrer l’exemple devant leur enfant en se comportant de la manière qu’ils leur prescrivent. Cela ne fournit pas
pour autant la preuve que ce comportement est le meilleur.

Repère : Contingent / Nécessaire

Contingent
Ce qui peut ne pas être ou être autrement qu’il est
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Nécessaire
Ce qui peut ne peut pas ne pas être ou être autrement qu’il est

Exemples
Dormir est nécessaire au maintien de la vie de l’être humain.

Dormir jusqu’à midi est contingent, on peut se lever plus tôt

Transition : Expliquer scientifiquement un phénomène, c’est donc prouver son existence en


déterminant une loi générale ou universelle qui permettra de déduire sa cause.

Mais voilà qui est plus facile à dire qu’à faire…

En effet, la science repose sur deux piliers, l’expérience et la théorie, dont les relations sont
complexes et ne rendent pas simple l’accès à la vérité.

II. La science, une démarche spécifique qui rend complexe l’accès à la


vérité

1. Les sciences formelles ne conduisent pas à des vérités absolues

Les mathématiques sont vraies par la forme de leurs raisonnements, c’est-à-dire par leur rigueur
logique et non par leur accord avec la réalité concrète.

Les principes mathématiques sont des hypothèses que l’on peut changer sans qu’il en résulte des
contradictions. On parle de système hypothético déductif.

Cela signifie que les démonstrations mathématiques n’établissent pas des vérités absolues mais des
vérités relatives. Par exemple, « La somme des angles d’un triangle est égale à deux droits (180 °) »
n’est pas une vérité absolue.

2. Dans les sciences expérimentales, la vérité scientifique provient-elle de l’expérience ?

Contrairement aux sciences formelles, les sciences expérimentales, comme la physique, la chimie ou
la biologie, se réfèrent au monde réel et cherche à en rendre compte.
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Le courant empiriste estime que toute connaissance provient uniquement de l’expérience des sens.
Il est représenté entre autres par John LOCKE (1632 – 1704) et David HUME (1711 -1776).

« Au commencement l’âme est ce qu’on appelle une table rase, vide de tout caractères, sans aucune
idée, quelle qu’elle soit. Comment vient-elle à recevoir des idées ? (…) D’où puise-t-elle tous ces
matériaux qui sont comme le fond de tous ses raisonnements et de toutes nos connaissances ? A cela,
je réponds en un mot, « l’expérience ». »

LOCKE, Essai sur l’Entendement humain, 1690

Toutefois, fonder la science sur l’observation de la nature soulève des difficultés comme nous allons
le voir.

Comment l’observation de faits particulier peut-elle conduire à une vérité universelle ?

Mise en activité

Lisez attentivement le Texte de HUME et le Texte CHALMERS de p347 du manuel


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Répondez aux 3 questions ci-dessous :

1) Quelle connaissance du monde permet l’observation des phénomènes selon HUME ?


2) Pourquoi l’induction semble-t-elle un raisonnement peu fiable selon CHALMERS ?
3) Comment rechercher une vérité universelle si nous restons dans l’observation des faits ?

Eléments de réponse :

1) Chez HUME, la compréhension des phénomènes passe par l’expérience, qui peut nous assurer
une connaissance suffisante du monde à défaut d’être certaine.
2) Le raisonnement inductif accumule une grande quantité d’observations particulières
concordantes sur un phénomène. Mais cela ne garantit pas de manquer le seul cas qui
rendrait la théorie fausse.
3) A la lecture de ces deux textes, on ne peut plus dire qu’une théorie scientifique se forme
simplement par l’accumulation de données d’observation qui seraient ensuite mises en
relation et généralisées sous la forme d’une loi.
Cette manière un peu naïve de se représenter la démarche scientifique se nomme induction
et consiste à tirer des conclusions à partir de prémisses.

Prémisse : on a toujours observé que les cygnes sont blancs. On peut en déduire la loi générale selon
laquelle tous les cygnes sont blancs. Or, il existe des cygnes noirs, donc la conclusion n’est pas valide.

➢ Par conséquent, ces textes nous montrent que nous aurons beau avoir accumulé une
quantité infinie d’observations concordantes sur un phénomène, il se pourrait toujours
qu’on soit passé à côté du seul cas qui rendrait la théorie fausse.

Transition : Comment le scientifique surmonte-t-il cette difficulté ? Quelles garanties peut-il avoir
d’accéder des vérités qui ne soient pas contingentes mais nécessaires ? Peut-on continuer à dire avec
les empiristes que l’expérience est première dans la démarche scientifique ?
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3. Pour parvenir à l’élaboration de vérités scientifiques, la théorie doit déterminer le rôle de


l’expérience

• L’empirisme : une position naïve source d’erreurs

Pour CHALMERS, l’empirisme souffre de 3 faiblesses principales qu’il décrit dans « Qu’est-ce que la
science ? »

- D’un point de vue logique : dans un raisonnement inductif, la vérité des prémisses (prémisses
= début, commencement d’un raisonnement) ne garantit pas la vérité de la conclusion. C’est
l’exemple de la « dinde inductiviste » qui par raisonnement inductif, affirme : « je suis
toujours nourrie à 9h00 du matin ». Or, cette conclusion se révéla fausse quand, un jour de
Noël, à la même heure, on lui a tordu le cou.

- La sélection des données pertinentes à analyser n’est pas déterminé par le principe
d’accumulation mais au contraire par les cas limites.

- Observer sans théorie conduit à une observation aveugle : la dinde n’a pas de théorie sur les
raisons pour lesquelles on la nourrit chaque jour. Elle fait une observation aveugle
concernant la répétition des repas.

Transition : ainsi, penser que la science se fonde sur l’observation de la nature, l’expérience directe
des choses et que l’induction serait sa méthode privilégiée ne correspond pas à ce qu’est une
véritable observation scientifique.

En réalité, il faut admettre qu’en science la théorie est première pour rechercher la vérité.

• La théorie est première

En effet, la théorie sert à délimiter un terrain de confrontation avec le réel qui prend souvent la forme
de l’expérimentation, c’est-à-dire la provocation artificielle et encadrée du phénomène.

Par conséquent, c’est seulement quand on est armé d’une hypothèse à tester que l’on devient
capable d’effectuer une observation pertinente.

Ainsi, la théorie précède l’expérience car :

- elle définit les hypothèses qui guident l’observation,


- elle oriente la recherche,
- elle donne un cadre pour interpréter les données.

L’expérience vient alors seulement confirmer (ou contredire) la pertinence d’une théorie.

Pour KANT, c’est seulement lorsque la raison « prend les devants » sur l’expérience qu’elle réussit à
dégager les lois de la nature.
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« Il faut donc que la raison se présente à la nature tenant d'une main, ses principes qui seuls peuvent
donner aux phénomènes concordants entre eux l'autorité de lois, et de l'autre, l'expérimentation qu'elle
a imaginée d'après ces principes, pour être instruite par elle. »

Emmanuel KANT, Critique de la raison pure, (1781 – 1787)

• Par conséquent, le « phénomène scientifique » est une production de l’esprit et non une
observation passive du réel.

Comme le souligne le philosophe des sciences Gaston BACHELARD (1884 – 1962) : en science les
« faits » sont « construits » théoriquement à chaque étape de la démarche expérimentale, ils ne sont
pas simplement donnés.

« La connaissance du réel n’est jamais immédiate (…). Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est
construit. »

BACHELARD - La formation de l’esprit scientifique -1938

C’est aussi pourquoi, selon Georges CANGHUILEM (1904 – 1985) :

« Le fait n’est pas ce dont la science est faite mais ce que fait la science en se faisant. »

III. La science ne donne pas accès à « la » vérité ni à toutes les vérités

1. Selon Popper : la vérité absolue et immuable n’est pas le critère de la scientificité

Mais Karl Popper, un épistémologue du XXème siècle, montre qu’une théorie scientifique n’est pas à
proprement parler vérifiable, mais testable et falsifiable.

➢ La falsifiabilité est donc le critère de la scientificité.


➢ Une théorie scientifique vraie n’est donc pas vérifiée par l’expérience, mais on la tient pour
vraie jusqu’à preuve du contraire.
➢ La vérité des théories scientifiques n’est pas absolue et éternelle, mais seulement relative et
provisoire.

2. La science ne répond pas à toutes les questions et ne permet pas d’identifier toutes les
vérités que nous cherchons

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » écrit Rabelais. La science et la technique nous
offrent les moyens d’atteindre nos objectifs, mais elles ne disent rien de leur valeur morale. De
nombreuses questions morales ou éthiques se posent auxquelles la science ne sait pas répondre. Par
exemple : est-il légitime de cloner un être humain ? Doit-on cultiver des Organismes Génétiquement
Modifiés ? Peut-on utiliser les découvertes scientifiques et techniques pour améliorer la condition
humaine en augmentant nos capacités physiques et mentales comme le veut le transhumanisme ?

La science ne nous dit pas non plus comment organiser la société humaine parce que celle-ci doit
être guidée par des idéaux et des valeurs comme la liberté ou la justice, qui ne peuvent être validées
Cours de Philosophie 2023 - 2024

scientifiquement. De plus, le scientisme conduit à la technocratie qui retire le pouvoir au peuple pour
le confier aux experts.

➢ La science ne peut donc tenir lieu de morale ni de politique.

Elle conduit aussi à se poser des questions métaphysiques qui ne relèvent pas de sa compétence.

Par exemple : un astrophysicien peut se demander si l’histoire de l’univers réalise un projet divin. On
ne peut pas apporter de réponses vérifiables à ce genre de questions mais doit-on pour autant
renoncer à se les poser ?

Kant observe que la Raison est naturellement conduite à dépasser les limites de l’expérience possible
et donc de la science. Elle pose donc des questions métaphysiques insolubles. : le monde a-t-il un
commencement ? L’univers est-il infini ? La liberté est-elle possible ou se produit-elle seulement selon,
les lois de la nature ?

La métaphysique ne peut être une science. Toutefois, ce qu’on ne peut pas savoir ou connaître
scientifiquement, on peut quand même le penser. Et même l’admettre pour des raisons morales.
Par exemple, la liberté est concevable et Kant estime que nous devons nous considérer comme des
êtres moralement libres et responsables.

3. Des vérités non scientifiques sont concevables

On peut espérer atteindre la vérité ou certaines vérités par d’autres voies que la science.

• La quête de la vérité est au cœur de la démarche philosophique, quand bien même la vérité
demeurerait inaccessible.

La philosophie libère l’esprit des préjugés en y introduisant le questionnement et le doute.

Ex: Platon; Descartes

Par exemple, le dialogue chez Platon, peut être considéré comme permettant d’établir une vérité au
moins probable par l’échange et la confrontation rationnelle des points de vue.

• La quête de la vérité est essentielle en matière de morale et d’éthique.

Habermas soutient que la discussion permet de déterminer si une règle de conduite ou d’action ou un
comportement sont moraux. Il élabore ainsi une éthique de la discussion qui vise à établir les normes
qui doivent permettre à un débat de se dérouler de manière satisfaisante.

Voir aussi la démocratie délibérative qui fait de la délibération publique le fondement de la légitimité
politique.

• Dans l’art, il existe une vérité intuitive (Bergson).

L’art nous permet de saisir ce qu’il y a d’unique et d’inexprimable dans les choses et d’accéder par la
même à une vérité qui échapperait à la science. Ex : comprendre l’avarice mis en scène dans une pièce
de théâtre et non à partir d’un traité de psychiâtrie.

Conclusion

Si la vérité est le but clairement affiché de la démarche scientifique, il existe cependant d’autres formes
de vérités que la vérité scientifique. Il convient donc de démythifier le rapport supposé étroit qui lie la
vérité à la science.

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