TEXTE 7 :
Poème « Zone », extrait du recueil Alcools, Guillaume Apollinaire, 1913
INTRODUCTION :
* Poème liminaire d’Alcools donc grande importance (valeur programmatique)
* Programme du recueil : moderne ≠ ancien ; 0 ponctuation ; variété d’écriture.
* Apollinaire l’a placé au dernier moment en 1er pour répondre à Vendémiaire : 4
thèmes communs : l’Aurore, le renouveau, Paris, l’ivresse
* Zone = sens étymologique : ceinture, boucle = réponse au dernier poème + terrains
vagues qui entouraient à l’époque les fortifications de Paris.
Remarque préliminaire sur la forme du poème :
- Vers libres de longueurs variées + qq rimes rare et suivies (pas très significatives)
- Rythme différent dans chaque mouvement grave à la typographie : 1 = beaucoup de blanc
typographique + monostiches (rythme lent) # 2 = deux grandes strophes (8tain + 10tain),
rythme accélère (célébration)
MOUVEMENT 1 : v.1 à 10 Apollinaire évoque le monde ancien.
D’ABORD il se plaint du monde ancien tout en citant le moderne, v.1 à 4 :
Sa plainte se traduit explicitement aux v.1 et 3 avec les termes explicites : « las », « as assez »
=> preuves de sa lassitude/fatigue
Nous comprenons qu’il parle du monde ancien car il le cite clairement dans le vers 1.
Puis illustre son propos : « antiquité grecque et romaine », réf (v.3) à d’anciennes civilisations.
MAIS il se plaint de manière originale :
- Parle de lui à la 2e pers/sing « tu » => lecteur impliqué + certaine humilité
- Diérèse v.1 pour alexandrin = vers classique par excellence => A. est facétieux (ironie) car procédé
ancien (≠plainte)
- Il cite le monde moderne :
v.2 -> apostrophe « Bergère » assimilé par métaphore à la « tour Eiffel » + la sacralise « Ô » lyrique.
Ce vers s’achève par la métaphore filée « le troupeau des ponts bêle ce matin » = A. évoque peut-être les
automobiles et leurs bruits.
CEPENDANT au v.4 il déstabilise son lecteur avec une antithèse « automobiles » ≠ « anciennes » :
pourtant pas anciennes au début du siècle.
TRANSITION :
Apollinaire nous laisse dérouté dès ces 4 premiers vers en alternant ancien et moderne.
ENSUITE il va évoquer la religion, ce qui est original, v.5 à 10 :
Il commence par évoquer le christianisme, v.5 à 8 :
- Série d’antithèses dans ces 4 vers : « toute neuve », « simple » ≠ « religion », v.5-6
« tu n’es pas antique » ≠ « christianisme », v.7
« le plus moderne » ≠ « Pape Pie X », v.8
- Comparaison à l’aviation v.6 = surprenant car inverse de simple et moderne
=> A. a une vision originale.
Puis il fait part d’une anecdote, v.9-10 :
« tu » = emploie original, s’adresse directement + sentiment explicite : « la honte » = il a honte de rentrer
dans une église + métonymie « des fenêtres » qui l’observe
=> Peut-être la traduction de la mauvaise conscience d’A. qui se juge comme étant un mauvais chrétien.
TRANSITION :
Le lecteur reste déstabilisé de par : la stature du poème qui dit « tu », la critique du monde ancien et la
modernisation de la religion. Ces idées sont originales et vont à l’encontre de la pensée commune.
MOUVEMENT 2 : v.11 à 24 Il célèbre désormais le monde moderne.
Cet éloge de la modernité facilite la compréhension du lecteur, de plus le poète s’exprime en son nom
« je », ce qui apporte de la clarté.
D’ABORD il célèbre une écriture moderne, v.11 à 14 :
Il propose une nouvelle conception de la littérature notamment de la « poésie » :
Le terme introductif « voilà », v.12 nous annonce une présentation.
Au vers 11, il y a une énumération d’éléments publicitaires du quotidien « prospectus, catalogues,
affiches » ces termes sont personnifié par le verbe « chanter » => conservation du lyrisme.
Ensuite il associe la « prose » à :
Un lexique de la presse (v.12 à 14) = « journaux », « livraisons à 25 centimes », « aventures policières »,
« grands hommes », « titres divers ».
ENSUITE il vente la beauté d’une rue industrielle : ce qui est plutôt original, v.15-16 :
Il la qualifie avec des adjectifs mélioratifs « jolie », « neuve et propre ».
On repère une anacoluthe au v.16 => « elle était le clairon du soleil »
A. mêle 2 sens : la vue « j’ai vu » & l’ouïe « clairon » => inspire un côté magique à cette rue.
ENFIN il aborde un thème nouveau, celui du travail en usine, v.17 à 24 :
- Citation de 3 métiers (v.17) : « directeurs », « ouvriers », « sténodactylographes »
- Il expose le rythme infernale et enchainé des usines :
Phrases inverbales « du lundi matin au samedi soir » => large amplitude
+ « quatre fois par jours » => cadence infernale
Illustre les usines oppressantes.
- Métaphorise le bruit : « sirène y gémit » + « cloche » assimilé à « rageuse » + « aboie » = chien
Bruits forts et désagréables
=> Apollinaire semble empathique vis-à-vis des personnes dans cette situation
- Comparaison (v.22) « perroquets » au vb péjoratif « criaillent » ≠ réaliste (imaginaire car désigne
affiche « plaques des avis »
Le poète conclu par une expression explicite (v.23) grâce au verbe « aimer » et au nom « grâce » qui
désignent tous deux la rue industrielle => affirme son penchant pour la modernité
Cette modernité est prouvée (v.24) avec 2 toponymes (lieu géographiques existants), « rue Aumont-
Thiéville » et « avenue des Ternes ».