Radionucléides : Guide sur l'Uranium
Radionucléides : Guide sur l'Uranium
Xx
en sources non scellées.
L’objectif n’est pas de se substituer
à la réglementation en vigueur,
mais d’en faciliter la mise en œuvre
231 234 234m
Unat/ 90 Th, 90 Th, 91 Pa en réunissant sur un support unique,
pour chaque radionucléide,
les informations les plus pertinentes
ainsi que les bonnes pratiques
de prévention à mettre en œuvre.
Ces fiches sont réalisées à l’intention
Émissions principales de l’uranium naturel (à l’équilibre avec des personnes en charge
ses premiers descendants) : de la radioprotection : utilisateurs,
_ : E de 4,2 à 4,8 MeV personnes compétentes
`– : Emax = 2,3 MeV en radioprotection, médecins
X – a : 13 keV, 186 keV, 1 MeV (< 1 %) du travail.
l’uranium-235 qui a une période radioactive de 7,04 x 108 ans 46-53 5,9
et une activité massique de 8 x 104 Bq/g ; 71-88 6,6
13-16 8,3
l’uranium-234 qui a une période radioactive de 2,46 x 105 ans
et une activité massique de 2,3 x 108 Bq/g. 63 2,3
X– a
93 2,7
Compte tenu de leur contribution à l’activité (48,3 % pour
186 1,3
l’uranium-238 ; 2,3 % pour l’uranium-235 ; 49,5 % pour l’ura-
* Tenant compte des rapports isotopiques et de l’équilibre radioactif
nium-234), 1 g d’uranium naturel contient 2,6 x 104 Bq. Une fois avec les premiers descendants des isotopes de l’uranium naturel.
à l’équilibre radioactif avec ses premiers descendants, ce même
gramme d’uranium naturel contient au total 5,1 x 104 Bq.
Les isotopes de l’uranium naturel se désintègrent principale- Propriétés biologiques de l’uranium
ment par émission de particules alpha. Cette transition nucléaire
(désintégration) est accompagnée par l’émission d’électrons, de Le comportement biologique de l’uranium dans l’organisme
rayonnements X et de rayonnements gamma. Cependant, l’ura- dépend de la forme chimique avec laquelle il est incorporé et
nium-235 et l’uranium-238 sont les parents de deux chaînes de avec laquelle il est transformé après incorporation. Les oxydes
désintégrations complexes qui comptent respectivement 10 et UO2 et U3O8 sont très insolubles alors que les composés conte-
13 radionucléides émetteurs _, ` et a avant d’atteindre respecti- nant de l’uranium hexavalent sont plus solubles.
vement le plomb-207 et le plomb-206 stables (tableau I).
Pour l’inhalation, la Commission internationale de protection
radiologique (CIPR), à partir de données humaines et animales,
retient pour l’uranium le type de solubilité S (absorption
sanguine lente) pour l’UO2 et l’U3O8. Le type M (absorption
2 Radioprotection ED 4321
sanguine moyenne) est recommandé pour l’UO3, l’UF4 et l’UCl4. 3. Paramètres dosimétriques
Le type F (absorption sanguine rapide) est recommandé pour
la plupart des composés hexavalents, en particulier pour l’UF6,
Exposition externe
l’UO2F2 et l’UO2(NO3)2.
En cas d’ingestion d’uranium, 2 % de la quantité ingérée passe Note préalable : Les données dosimétriques ci-après sont obtenues par calcul,
en l’absence de toute protection.
dans la circulation sanguine, valeur recommandée par la CIPR
dans les cas non spécifiés ; pour les composés peu solubles
Outre les émissions de particules _, l’uranium naturel seul
(UO2, U3O8, UF4), la CIPR recommande la valeur de 0,2 %.
n’émet que des électrons et des rayonnements X de basse
Après passage dans le sang, l’uranium est rapidement transféré énergie. Les descendants de l’uranium naturel émettent quant
aux tissus ou excrété dans l’urine. La fraction transférée aux à eux des rayonnements, en particulier `, d’énergies nettement
tissus se distribue pour l’essentiel dans le squelette et les reins, plus élevées.
et à moindre degré dans le foie. La quantité retenue par l’os
Le tableau III donne pour des sources contenant 1 MBq d’ura-
diminue très lentement avec le temps. Dans les reins, tandis
nium naturel, considéré à l’équilibre avec ses premiers des-
que plus de 90 % est éliminée rapidement (de l’ordre de 1 jour),
cendants, le débit d’équivalent de dose, exprimé en μSv/h, en
le reste est retenu plus longtemps (30 à 340 jours). . .
fonction de la distance. Les grandeurs H p (0,07) et H p (10) ont
La majeure partie de l’uranium incorporé qui ne passe pas dans été calculées avec un code Monte-Carlo (MCNPX). Les valeurs
la circulation sanguine est éliminée dans les selles. L’uranium inférieures à 1 x 10–2 μSv/h ne sont pas reportées (inférieures au
qui passe dans la circulation sanguine est en majorité excrété bruit de fond naturel).
par voie urinaire ; seule une faible fraction de l’uranium passé
Le tableau III est donné à titre indicatif. L’effet joué par le
dans le sang (de l’ordre du %) est éliminée dans les selles.
volume de la source est pris en compte. Dans le cas de l’ura-
Une partie importante de l’uranium filtrée par les reins est au nium naturel, une source de 1 MBq atteint en effet une masse
préalable retenue dans les tubules rénaux. La toxicité chimique et un volume tels qu’elle ne puisse plus être traitée comme
.
de l’uranium apparaît pour un seuil de concentration de l’ordre une source ponctuelle. La figure 1 pour Hp (10) et la figure 2
.
de 0,6 à 3 μg/g de rein. Pour des composés solubles, la CIPR rap- pour H p (0,07) considèrent des sources sphériques de différents
pelle les recommandations de l’OSHA de 1989 (Occupation Safety volumes en fonction de l’activité. Comme l’illustrent ces résul-
and Health Administration, USA) de ne pas dépasser, en milieu de tats, l’évaluation des débits d’équivalent de dose à la peau et
travail, une concentration atmosphérique de 0,05 mg/m3, corres- au corps entier pour différentes sources nécessite un calcul au
pondant à une incorporation journalière de 0,5 mg. cas par cas.
4,2E – 05
.
1,0E – 06
L’uranium naturel est utilisé en recherche et dans l’industrie 1,0E – 07
sous forme scellée, comme source d’étalonnage, et sous 1,0E – 08
4,7E – 08
Activité (Bq)
des solutions d’acétate d’uranyle…
Figure 1. Débit d’équivalent de dose à 10 mm de profondeur dans les tissus
On notera que cette fiche fait partie d’une série qui se pour des sources sphériques de différents rayons en fonction de l’activité,
à 30 cm du centre de la source. L’écart entre le trait en pointillés et le trait plein
rapporte essentiellement à l’utilisation de radionucléides indique l’amplitude de l’atténuation par la source d’uranium naturel (masse
sous forme de sources non scellées. Néanmoins, le risque volumique = 19 g/cm3) de 1 à 103 et 106 Bq dans ces conditions.
d’exposition à l’uranium naturel existe lors de la fabrication
des sources scellées ou en cas d’endommagement de ces
dernières.
ED 4321 Radioprotection 3
Rayon de la source
m
Le facteur f1 indique quelle fraction de la radioactivité présente
m 8 mm
0,08 m 0,8 m
1,0E + 02 dans l’intestin grêle passe dans le sang. Il caractérise l’absorp-
1,0E + 01 tion gastro-intestinale des composés.
1,0E + 00
30 cm 9,1E – 01
Selon la modélisation de la CIPR(1), les organes contribuant
1,0E – 01
1,0E – 02
principalement à la dose efficace (contribution ≥ 10 %) sont les
H p (0,07) [μSv/h]
8,3E – 03
1,0E – 03
suivants :
1,0E – 04
5,0E – 05
après inhalation, type F : moelle osseuse, surface osseuse,
1,0E – 05 foie, gonades ;
.
1,0E – 06
après inhalation, types M et S : poumons ;
1,0E – 07
4 Radioprotection ED 4321
maintenue sèche. On peut également mesurer les premiers recommandé de pratiquer une simulation de toute nouvelle
descendants de l’uranium naturel avec un contaminamètre ` opération pour définir les règles de manipulation et en maîtri-
donnant une lecture en Bq/cm2. Veiller à ce que l’appareil soit ser les gestes et la durée.
adapté à cette mesure. En cas de doute, contacter le construc-
L’uranium naturel étant composé d’émetteurs _, il est pri-
teur ;
mordial de se prémunir contre le risque d’exposition interne.
soit indirectement par frottis (dont le taux de comptage est Toutefois, même en ne considérant que les premiers des-
mesuré avec une sonde de surface supérieure ou égale à celle cendants, le risque d’exposition externe par contamination
du frottis) en ayant pris soin de définir une surface standard cutanée ne doit pas être négligé du fait des émissions de rayon-
et un rendement de frottis représentatif des conditions du nements ` associées.
prélèvement. La technique du frottis est délicate compte tenu
de la difficulté de proposer une valeur précise de rendement.
Installation des locaux
Dans le cas où celui-ci ne peut pas être évalué, il est suggéré
de retenir la valeur de 10 % comme indiqué dans la norme
Dans les cas particuliers où le risque d’exposition sous forme
NF-ISO 7503-1(2).
de source non scellée ou de dégradation d’une source scellée
existe, les locaux doivent être adaptés à la manipulation de
l’uranium naturel. Ils sont réservés à ces activités et situés à
Relation entre le taux de comptage et l’activité surfacique
l’écart des circulations générales :
n
As =— le revêtement des sols et des surfaces de travail est en maté-
Rd x S x K
riau lisse, imperméable, sans joint et facile à décontaminer ;
où As est l’activité surfacique en Bq/cm2
n est le taux de comptage en impulsions par seconde après les équipements de travail, mis en dépression, doivent béné-
soustraction du bruit de fond ficier d’une ventilation indépendante du système général de
Rd est le rendement de détection de la sonde en % (sous 4π) ventilation ;
S est la surface frottée ou la surface utile de la sonde en cm2 le sas vestiaire pour le personnel est conçu et aménagé pour
K est un facteur correctif, égal à 1 si c’est une mesure du taux permettre la séparation, dans deux secteurs distincts, des
de comptage fourni par la sonde, égal à 0,1 si c’est une mesure
de frottis
vêtements de ville et des vêtements de travail (y compris les
chaussures), et comporte douche et lavabo ainsi qu’un appareil
de contrôle de la contamination ;
les éviers susceptibles de recevoir des effluents liquides
La mesure par frottis complète souvent la mesure directe pour
contaminés sont clairement identifiés, comportent des robinets
distinguer une contamination labile d’une contamination fixée,
à commande non manuelle et sont reliés à des dispositifs de
ou en présence de conditions défavorables (géométrie non
rétention (conteneur, cuves…).
adaptée à la mesure directe…).
Le cas échéant, le transfert d’une source d’un local à un autre
La recherche de petits foyers de contamination est réalisée avec
doit se faire à l’aide d’un dispositif adapté évitant le risque de
les mêmes techniques moyennant l’utilisation de sondes de
dispersion.
petite taille.
ED 4321 Radioprotection 5
Protection contre l’exposition externe Délimitation des zones réglementées
Le port de gants et de lunettes est nécessaire pour se protéger Le zonage est justifié et formalisé sous forme d’un document
du risque de contamination. Compte tenu des activités mani- à conserver (à joindre au document unique relatif aux risques
pulées le risque d’exposition externe autre que celui lié à une professionnels). Il est formalisé par l’affichage de panneaux
contamination cutanée est peu significatif. conformes aux dispositions réglementaires en vigueur.
Toute mesure appropriée est prise pour empêcher l’accès non
autorisé aux zones où les matières radioactives sont entrepo-
6. Délimitation et contrôle sées et utilisées.
La délimitation des locaux prend en compte les risques d’expo-
des locaux sition liés aux matières manipulées et entreposées (tableaux
VI et VII).
Sous réserve de la présence d’une signalétique adaptée, il est
possible de limiter les zones réglementées à une partie des locaux
dans lesquels de l’uranium naturel est entreposé et manipulé.
Tableau VI
EXPOSITION EXTERNE ET INTERNE DE L’ORGANISME ENTIER
Dose efficace (E) susceptible d’être reçue en 1 heure
et, pour ce qui concerne les zones spécialement réglementées, débit d’équivalent de dose (DDD)
Zones réglementées
Zones spécialement réglementées
Zone non réglementée Zone surveillée Zone contrôlée Zone contrôlée Zone contrôlée Zone interdite
gris-bleu verte jaune orange rouge
Dose efficace E < 7,5 μSv E < 25 μSv E < 2 mSv E < 100 mSv E > 100 mSv
susceptible d’être reçue et et ou
par un travailleur DDD < 2 mSv/h DDD < 100 mSv/h DDD > 100 mSv/h
E < 80 μSv/mois
Contrôle de l’état
de propreté radiologique
si risque de
contamination dans
les zones réglementées
attenantes
Tableau VII
EXPOSITION DES EXTRÉMITÉS (MAINS, PIEDS, CHEVILLES ET AVANT-BRAS)
Dose équivalente (H) susceptible d’être reçue en 1 heure
Zones réglementées
Zones spécialement réglementées
Zone non réglementée Zone surveillée Zone contrôlée Zone contrôlée Zone contrôlée Zone interdite
gris-bleu verte jaune orange rouge
Pas de valeur affichée H < 0,2 mSv H < 0,65 mSv H < 50 mSv H < 2,5 Sv H > 2,5 Sv
6 Radioprotection ED 4321
Contrôles Parmi les travailleurs exposés, ceux susceptibles de recevoir une
dose efficace supérieure à 6 mSv/an (la limite annuelle de dose
Les contrôles techniques réglementaires de radioprotection réa- efficace étant de 20 mSv) ou une dose équivalente supérieure
lisés sous la responsabilité de l’employeur sont présentés dans le aux trois dixièmes des limites annuelles d’exposition fixées
tableau VIII ; les appareils de mesure recommandés pour réaliser pour les extrémités (500 mSv), la peau (500 mSv) ou le cristallin
ces contrôles sont donnés au tableau V. (150 mSv(3)) sont classés par l’employeur en catégorie A après
avis du médecin du travail (tableau IX) ; ceux ne relevant pas de
la catégorie A sont classés en catégorie B.
Contrôles réglementaires Tableau VIII
Mise en œuvre La femme enceinte, l’étudiant ou l’apprenti de moins de dix-
En continu
huit ans ne peuvent être affectés à un poste impliquant un
Mesure de contamination surfacique (Bq/cm )
2
(3) Attention : La valeur limite actuelle de 150 mSv/an devrait être abaissée
à 20 mSv/an suite à la révision des normes de base européennes (directive
2013/59/EURATOM).
ED 4321 Radioprotection 7
en cas de grossesse, il appartient au médecin du travail d’éva- 8. Effluents et déchets
luer si la femme enceinte peut rester au poste de travail. La dose
de l’enfant à naître reste dans tous les cas inférieure à 1 mSv
Chaque établissement met en œuvre un plan de gestion indi-
entre la déclaration de grossesse et l’accouchement ;
vidualisé définissant les modalités de tri, de conditionnement,
il est interdit d’affecter ou de maintenir une femme allaitante d’entreposage, de contrôle et d’élimination des effluents et des
à un poste de travail comportant un risque d’exposition interne déchets produits. L’efficacité de ce plan repose sur une organisa-
à des rayonnements ionisants ; tion garantissant la traçabilité des différents déchets (registres,
étiquetages…).
la carte individuelle de suivi médical est remise par le
médecin du travail (contacter l’IRSN : www.siseri.com) ; Les déchets et effluents doivent être gérés dans des filières
autorisées. Aucun rejet direct n’est autorisé.
l’attestation d’exposition professionnelle est établie lors du
départ du salarié, en s’appuyant sur la fiche individuelle d’expo- Les déchets contaminés sont entreposés dans un lieu réservé
sition aux rayonnements ionisants. à ce type de déchets. Ce lieu est fermé et son accès est limité
aux seules personnes habilitées par le titulaire de l’autorisation.
Surveillance dosimétrique des travailleurs exposés Les déchets solides et liquides des producteurs ou des déten-
teurs de déchets radioactifs hors secteur électronucléaire (uni-
Exposition interne versités, laboratoires de recherche, industries…) font l’objet
d’un tri répondant aux spécifications de l’Agence nationale
La surveillance dosimétrique des travailleurs exposés nécessite la pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA). Ce tri consiste
connaissance de la forme physico-chimique de l’uranium mani- à séparer les déchets en prenant en compte leur nature phy-
pulé. sico-chimique et les risques spécifiques autres que le risque
radiologique (les traitements ultérieurs ne sont pas les mêmes
En routine, l’exposition interne à de l’uranium naturel est évaluée
en fonction des caractéristiques des déchets). Pour aider les
par analyse radiotoxicologique des urines (prélèvement sur 24
producteurs, l’ANDRA édite et diffuse chaque année un guide
heures) et des selles (prélèvement sur 72 heures). L’analyse des
d’enlèvement détaillant les différentes catégories de déchets.
selles est d’autant plus indiquée que la solubilité du composé est
faible (types M et S dans le cas de l’inhalation) ; elle est nécessaire Les déchets liquides sont entreposés sur des dispositifs de
pour l’UO2 et l’U3O8. Ces analyses doivent tenir compte de l’ura- rétention permettant de récupérer les liquides en cas de fuite
nium incorporé naturellement via l’apport alimentaire. de leur conditionnement.
Dans le cas de manipulation régulière d’uranium naturel, l’inter- Le cas échéant, les effluents liquides sont entreposés vers un
valle maximal entre deux examens recommandé par l’Organisa- système d’entreposage (cuve, conteneur…). Les canalisations y
tion internationale de normalisation (ISO) est de 90 jours pour sont étanches et résistent à l’action physique et chimique des
l’analyse urinaire et de 180 jours pour l’analyse fécale(4). Dans effluents concernés. Les cuves d’entreposage sont, quant à elles,
le cas des composés les plus solubles pour lesquels l’analyse équipées de dispositifs de mesure de niveau et de prélèvement.
des selles n’est pas requise (type F dans le cas de l’inhalation), Elles fonctionnent alternativement en remplissage et en entre-
l’intervalle maximal entre deux analyses urinaires est abaissé à posage. Ces systèmes sont installés dans un local indépendant,
30 jours, sauf pour l’UF6. L’ISO tient compte dans ses recomman- ventilé et fermé à clé. Ils sont situés au-dessus d’un cuvelage de
dations des toxicités chimique et radiologique. sécurité permettant la rétention de liquide en cas de fuite et
sont munis d’un capteur de fuite.
Lorsqu’il s’agit d’utilisations ponctuelles, les examens sont réali-
sés après chaque campagne de manipulations. Les effluents gazeux sont retenus sur des filtres qui sont contrô-
lés puis éliminés comme déchets radioactifs solides.
En cas de résultat positif, le médecin du travail demande des
contrôles ultérieurs pour suivre l’évolution du niveau de l’expo-
sition interne ; il analyse les circonstances de l’exposition avec
l’appui de la personne compétente en radioprotection (PCR).
9. Procédures administratives
Exposition externe d’autorisation et de déclaration
La dosimétrie des extrémités (de type bague) est fortement
(détention et utilisation de
recommandée pour toute manipulation d’uranium naturel à sources scellées et non scellées)
l’équilibre avec ses premiers descendants et en tout état de cause
obligatoire lorsque la dose équivalente aux extrémités est sus-
ceptible de dépasser 50 mSv par an. Pour la détention et l’utilisation d’uranium naturel (application
non médicale) :
8 Radioprotection ED 4321
Régime d’autorisation ou de déclaration Tableau X
du code de la santé publique publique Se référant au règlement de transport des matières radioac-
pour l’uranium naturel (à l’équilibre tives(6), la démarche de base est ici décrite de manière succincte
avec ses premiers descendants) par trois prescriptions générales.
Concentration
< 10 Bq/g ≥ 10 Bq/g L’expéditeur est le premier responsable du respect des exi-
Quantité gences qui sont détaillées dans les règlements applicables aux
< 104 Bq Exemption* Exemption transports. En particulier, le choix de l’emballage dépend du
≥ 10 Bq
4
Exemption* Autorisation requise niveau de risque associé à la matière transportée. Un niveau
d’activité de référence dit « A2 » permet de choisir le type de
* Pour autant que les masses des substances mises en jeu soient au plus égales
à 1 tonne. colis en fonction de l’activité contenue dans le colis.
La règle générale qui s’applique pour la contamination non
fixée sur les surfaces externes d’un colis est d’être maintenue
Cependant, si une activité nucléaire relève du régime des ins-
aussi faible que possible et en tout état de cause de ne pas
tallations classées pour la protection de l’environnement (ICPE)
dépasser en moyenne sur 300 cm2 0,4 Bq/cm2 pour les émet-
pour une autre rubrique de la nomenclature, la déclaration
teurs _ et 4 Bq/cm2 pour les émetteurs `/a.
auprès du préfet du département est imposée lorsque l’acti-
vité détenue est égale ou supérieure à 104 Bq pour l’uranium L’expéditeur est également responsable de la signalisation
naturel. À partir de 108 Bq (seuil d’exemption x 104), l’autorisa- des colis qui est destinée à limiter les risques d’exposition des
tion est requise. personnes du public ou des travailleurs en cours de transport.
Cette signalisation est effectuée par l’une des étiquettes 7A, 7B
De plus, quelle que soit l’application : au titre de la réglemen-
ou 7C représentées ci-dessous, choisie en fonction des débits
tation sur la protection et le contrôle des matières nucléaires
d’équivalent de dose mesurés autour du colis (tableau XI).
relevant du code la défense, la détention d’uranium naturel
est soumise à déclaration à partir de 1 kg ; à partir de 500 kg
elle est soumise à autorisation du ministre de la défense pour
les matières nucléaires destinées aux besoins de la défense et
du ministre chargé de l’énergie pour les matières destinées à
tout autre usage. À noter que dès lors qu’une matière nucléaire
est soumise à autorisation, toute autre matière nucléaire
également détenue par le titulaire est soumise aux mêmes
exigences quelle que soit sa quantité.
Les activités industrielles employant de l’uranium naturel pour n° 7A n° 7B n° 7C
ses propriétés autres que radioactives ne sont pas assujetties
au régime de déclaration ou d’autorisation. En revanche, elles Correspondance entre la catégorie Tableau XI
restent soumises aux dispositions de l’arrêté du 25 mai 2005(5). de l’étiquette apposée sur le colis, l’indice
de transport et le le débit d’équivalent de dose (DDD)
Indice de transport Débit d’équivalent de dose
Étiquette
(IT)(7) en tout point de la surface
10. Transports routiers 0 DDD ≤ 5 μSv/h I – BLANCHE
Plus de 0
5 μSv/h < DDD ≤ 500 μSv/h II – JAUNE
Tous les transports ne sont pas soumis à la réglementation mais pas plus de 1
concernant le transport des matières dangereuses (matières Plus de 1
500 μSv/h < DDD ≤ 2 mSv/h III – JAUNE
radioactives : classe 7). Pour l’uranium naturel, cette réglemen- mais pas plus de 10
tation ne s’applique pas si l’activité massique de la matière III – JAUNE
Plus de 10 2 mSv/h < DDD ≤ 10 mSv/h(8)
transportée est inférieure à 10 Bq/g ou si l’activité totale est et transport exclusif
inférieure à 104 Bq.
Si les deux seuils d’activité massique et d’activité par envoi sont Au titre de la réglementation des matières nucléaires relevant
dépassés, le transport est soumis aux dispositions réglemen- du code la défense, des mesures supplémentaires sont prises
taires en vigueur, soulignant ici que l’uranium naturel contient pour assurer une protection physique appropriée à partir de
de l’uranium-235 (à ce titre, la matière peut être considérée 500 kg.
comme fissile par la réglementation).
ED 4321 Radioprotection 9
11. Conduite à tenir Contamination cutanée
en cas d’incident/accident Contrôler avec du matériel adapté les mains, la blouse, les
cheveux, la barbe, les chaussures (éventuellement, les sécré-
Le traitement de l’urgence vitale médico-chirurgicale prime sur tions nasales).
toute action de décontamination.
Faire ôter les vêtements contaminés.
Sans préjudice de ce principe général, la conduite à tenir en cas
Procéder à la décontamination par un lavage à l’eau savon-
d’incident/accident implique de hiérarchiser les actions dès la
neuse de préférence (ou un produit équivalent non abrasif)
découverte de l’événement, pour caractériser le risque de conta-
sans irriter la peau afin de ne pas favoriser le passage transcu-
mination des locaux et/ou du matériel, évaluer l’exposition
tané du contaminant.
d’une personne, et enfin déclarer l’événement.
Contrôler après la décontamination et, si nécessaire, recom-
mencer la procédure.
Dès la découverte de l’événement
Si une contamination cutanée persiste, un pansement
Suivre les consignes de sécurité affichées. étanche peut être placé sur la zone contaminée afin de faire
transpirer la peau et faciliter l’élimination du radionucléide.
Alerter la personne compétente en radioprotection, le res-
ponsable de l’installation et le médecin du travail. Il est impératif d’obtenir une décontamination aussi complète
que possible de façon à éviter une contamination interne
Avertir le personnel et si nécessaire le faire évacuer de la
induite.
zone.
Toute contamination cutanée d’une personne doit faire suspec-
Engager au plus tôt les opérations de décontamination des
ter et rechercher une contamination interne (voir dispositions à
personnes.
prendre ci-après).
Contacter, si nécessaire, l’IRSN pour un appui technique (dis-
Toute contamination du personnel doit être analysée car elle
positif d’alerte de l’IRSN : 06 07 31 56 63).
peut être le seul signe apparent d’une contamination d’un local
ou d’une zone.
Contamination des locaux et/ou du matériel
Contamination oculaire
Déterminer l’étendue de la zone contaminée, délimiter et
baliser un périmètre de sécurité (voir partie 4). Laver abondamment sous l’eau à température ambiante.
Décontaminer de l’extérieur vers l’intérieur avec du matériel Consulter un médecin en lui indiquant la forme chimique du
jetable. Si les surfaces sont contaminées, il est recommandé contaminant.
d’utiliser des détergents de laboratoire exemple : TFD 4, FDK…
Toute contamination oculaire d’une personne doit faire suspec-
En fin de décontamination, procéder à des contrôles afin de ter et rechercher une contamination interne (voir dispositions à
s’assurer de l’absence de contamination résiduelle. prendre ci-après).
Toute contamination de locaux et/ou de surfaces de travail
Contamination interne
doit conduire à rechercher une contamination éventuelle des
personnes présentes.
Il est nécessaire de :
Les personnes intervenant dans des locaux suspectés ou avérés
déterminer l’activité manipulée ;
contaminés portent, a minima, des gants, des lunettes, une
surtenue, et des surbottes (étanches en cas déversement de pour tous les composés : débuter immédiatement les prélè-
liquide) ; dans le doute, un appareil de protection des voies res- vements urinaires (sur une période de 24 heures) pour examen
piratoires est recommandé. par l’IRSN ou par un organisme agréé. En outre, des prélève-
ments pour analyse du mucus nasal sont recommandés ;
Exposition externe et interne d’une personne pour les composés solubles et moyennement solubles : une
analyse radiotoxicologique des premières mictions est égale-
Le suivi dosimétrique des travailleurs contaminés nécessite ment recommandée ;
la connaissance de la forme physico-chimique de l’uranium
pour l’UF4 et l’UO3 : l’analyse radiotoxicologique des selles,
manipulé.
prélevées sur une période de 72 heures complète l’analyse des
urines ;
Exposition des extrémités
pour l’UO2 et l’U3O8 : l’analyse radiotoxicologique des selles,
Transmettre les dosimètres passifs pour exploitation en prélevées sur une période de 72 heures est recommandée en
urgence et pour comparaison éventuelle avec les résultats des plus de l’analyse des urines ;
dosimètres des autres personnels impliqués.
pour les composés peu solubles, l’examen anthroporadiomé-
Réaliser une première investigation en vérifiant le débit trique pulmonaire est envisageable ;
d’équivalent de dose de la source et le temps de présence des
personnels impliqués.
10 Radioprotection ED 4321
si le résultat est positif, le médecin du travail demande des Exemple numérique
analyses ultérieures pour suivre l’évolution de la contamination
L’analyse des urines des 24 heures prélevées dans les trois jours (J1,
interne.
J2 et J3) suivant la contamination donne les résultats suivants :
Le traitement d’urgence doit être effectué sous contrôle médical
AJ1 = 26 Bq sur 24 heures
(le plus tôt possible et de préférence dans les 2 heures qui
suivent la contamination). Le traitement préconisé est l’admi- AJ2 = 1,3 Bq sur 24 heures
nistration de bicarbonate de sodium. Contacter l’IRSN pour plus
AJ3 = 0,75 Bq sur 24 heures
d’information (dispositif d’alerte de l’IRSN : 06 07 31 56 63).
Suivant le tableau XII, l’évaluation de l’activité inhalée sur la
Exemple d’évaluation de la dose efficace engagée (inhalation base des mesures d’excrétion à J1, J2 et J3 donne :
d’uranium naturel sous forme particulaire (5 μm), type M)
IJ1 = 26 / (2,3 x 10–2) = 1,1 x 103 Bq
Le calcul de la dose efficace engagée s’effectue de la manière IJ2 = 1,3 / (1,1 x 10–3) = 1,2 x 103 Bq
suivante :
IJ3 = 0,75 / (8,5 x 10–4) = 8,8 x 102 Bq
I = Am/F(t)
E(Sv) = I(Bq incorporé) x DPUI (Sv/Bq incorporé) L’activité incorporée est égale, en première approche, à la
moyenne des trois valeurs de I :
Avec :
E = dose efficace engagée I = 1,1 x 103 Bq
I = activité incorporée lors de la contamination
Ce qui donne en prenant la DPUI correspondante (tableau VI) :
Am = activité mesurée (soit en excrétion, soit en rétention) au
jour J après la contamination E = (1,1 x 103) x (1,9 x 100) = 2 090 μSv
F(t) = fraction excrétée ou retenue au jour J pour 1 Bq incorporé
DPUI = dose efficace engagée par unité d’incorporation
Déclarations à effectuer
Le tableau XII présente les valeurs d’excrétion urinaire évaluées
par la CIPR pour l’inhalation d’uranium qui sont utilisées pour Tout incident ou accident est consigné dans le registre d’hy-
interpréter les valeurs d’activités mesurées. giène et de sécurité et fait l’objet d’une information au CHSCT.
Tout accident du travail est déclaré par l’employeur auprès de la
Valeurs d’excrétion urinaire, Tableau XII caisse primaire d’assurance maladie.
en Bq par Bq incorporé, pour l’inhalation
d’uranium naturel sous forme particulaire Tout événement significatif répondant aux critères définis dans
(5 μm de type M) les guides de l’ASN(9) (notamment le critère 1 relatif à la pro-
Temps après l’incorporation (J) Excrétion urinaire journalière tection des travailleurs) est déclaré, dans les meilleurs délais,
par l’employeur auprès de la division territoriale compétente
1 2,3 x 10–2 de l’ASN.
2 1,1 x 10–3
En cas de dépassement d’une limite de dose annuelle, l’ins-
3 8,5 x 10–4 pecteur du travail est également prévenu, ainsi que l’IRSN qui
4 7,9 x 10–4 pourra apporter son support au médecin du travail.
5 7,3 x 10–4
Tout incident ou accident intervenant lors d’un transport
6 6,9 x 10–4 (notamment en cas de perte ou détérioration du colis) est
7 6,5 x 10–4 signalé à l’ASN, au préfet compétent et à l’IRSN.
8 6,1 x 10–4
9 5,7 x 10–4
10 5,4 x 10–4
ED 4321 Radioprotection 11
Cette fiche a été élaborée par un groupe de travail animé
par l’INRS et l’IRSN auquel ont participé des experts de l’AP-HP,
CEA, CH de Poissy-St-Germain, CNRS, INSERM et la DGT.
Les experts qui ont plus particulièrement contribué
à cette fiche sont :
• Marc Ammerich (CEA),
• Patricia Frot (INSERM),
• Denis-Jean Gambini (AP-HP),
• Christine Gauron (INRS),
• Gilbert Herbelet (CH Poissy-St-Germain),
• Thierry Lahaye (DGT),
• Patrick Moureaux (INRS),
• Pascal Pihet (IRSN),
• Alain Rannou (IRSN).
Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire
31, avenue de la Division-Leclerc 92260 Fontenay-aux-Roses
•
Tél. 01 58 35 88 88 www.irsn.fr
Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles
• • •
65, boulevard Richard-Lenoir 75011 Paris Tél. 01 40 44 30 00 Internet : www.inrs.fr e-mail : [email protected]
Radioprotection ED 4321 1re édition • août 2014 • 2 000 ex. • ISBN 978-2-7389-2137-6 • Mise en pages : José Vilela