FACULTE DE DROIT
Niveau : Licence 2/S3
Année académique 2023-2024
TRAVAUX DIRIGES
DROIT ADMINISTRATIF
Exposé
Sujet : « La décentralisation congolaise :
une symphonie inachevée »
Travail présenté par :
1. EKIRI-IBOKO Roger Dieuveil
2. NDINGA ELENGA Burgess
3. BATSINGA Machilie Dorcasse
4. IBARA GABAH Priscille
Enseignant : Docteur Stève Christian AKERA ITOUA
Plan
I- L’organisation décentralisée de la République du Congo
A- Organisation des collectivités locales
B- Fonctionnement des collectivités locales
II- Inefficacité du système de décentralisation congolaise
A- Inefficacité fonctionnelle et organisationnelle
B- Hétéronomie des administrations décentralisées
INTRODUCTION
Maurice Hauriou relevait que : « S’il ne s’agissait que du point de vue administratif, la
centralisation (prise ici au sens de la déconcentration), assurait au pays une administration
plus habile, plus impartiale, plus intègre, plus économe que la décentralisation. Mais les pays
modernes n’ont pas seulement besoin d’une bonne administration, ils ont aussi besoin d’une
liberté politique »1. En effet, dans le cadre de la gestion administrative et politique, les sociétés
modernes ont apporté deux correctifs au système centralisé de l’État2 : la déconcentration et la
décentralisation, l’un s’agissant en un aménagement du pouvoir central et l’autre prometteur de
la liberté à gérer les affaires publiques locales par les localités elles-mêmes. Ainsi, seule la
décentralisation ici retient notre attention. La décentralisation se définit comme un système
d’administration consistant à permettre à une collectivité humaine (décentralisation territoriale)
ou à un service (décentralisation technique) de s’administrer eux-mêmes sous le contrôle de
l’État, en les dotant de la personnalité juridique, d’autorités propres et de ressources3.
Historiquement la loi n°8-94 du 3 juin 1994 fixant les orientations fondamentales de la
décentralisation en République du Congo est l’un des textes de références les plus importants
sur la décentralisation congolaise et avait consacré dans son article 2, le principe de libre
administration des collectivités locales. À titre de comparaison, en France, en matière de
décentralisation on peut se référer aux lois des 7 janvier et 22 juillet 1983 modifiant la
répartition des compétences entre les communes, les départements, les régions et l’État. Le sujet
soumis à notre analyse, présente des enjeux théoriques et pratiques. Un tel intérêt réside dans
l’appréciation de la notion de la décentralisation par multiples situations dont l’administration
s’est toujours vue confrontée. D’abord, au plan théorique la doctrine est divisée, certains
pensent que l’existence des collectivités territoriales résulte d’une reconnaissance
constitutionnelle de l’État, si elles s’administrent librement, elles sont véritablement autres par
rapport à l’État4. Par-là Jacques Viguier nous fait comprendre que la constitutionnalité de
l’existence des collectivités territoriales ainsi que leur liberté d’administration pourraient
affecter le caractère unitaire de l’État. Si certains pensent ainsi, d’autres pensent au contraire
que la décentralisation ne demeure qu’une simple technique d’organisation politico-
administrative de l’État. En effet, Pierre Richard affirme que le sentiment national y est dans ce
cadre suffisamment fort pour que la décentralisation n’entraine aucun risque pour l’unité du
pays5. Ainsi la Constitution congolaise de 2015 reprend cette démarche, l’article 1er dispose
que : « La République du Congo est un État de droit, souverain, unitaire et indivisible,
décentralisé, laïc et démocratique ». Ensuite, au plan pratique on peut tantôt assister à des
incomplétudes du système de décentralisation, tantôt à l’hétéronomie des services décentralisés.
À cet égard le professeur Placide MOUDOUDOU qualifie la décentralisation congolaise d’une
symphonie inachevée6. Dès lors, on peut se poser la question suivante : la décentralisation
congolaise est-elle réellement un système inachevé, ou mieux inefficace ? La réponse à cette
interrogation nous conduit à étudier d’une part, l’organisation décentralisée (I) et d’autre part,
son inefficacité (II).
1
Hauriou (M), Précis de droit administratif, p. 110.
2
André Legrand & Céline Wiener in Le droit public, édition 2017. La documentation française, p. 14.
3
Lexique des termes juridiques Dalloz 2023, p. 336.
4
Jacques Viguier, La décentralisation : d’une manière d’être de l’Etat vers une manière d’être hors l’Etat, p. 29-
57.
5
Pierre Richard, Décentralisation une doctrine pour la société de demain.
6
(P) Moudoudou, Droit administratif congolais, Paris, Harmattan, 1ere éd, 2003, p. 53.
I- L’organisation décentralisée de la République du Congo
A- Organisation des collectivités locales
Comme l’Etat, les collectivités locales sont des personnes morales de droit public. Elles ont un
statut constitutionnel. L’article 208 de la constitution congolais dispose que : « les collectivités
locales de la République du Congo sont le département localité et la commune ». Outre, d’autres
collectivités locales peuvent être créées par la loi, en dehors de celles mentionnées par la
constitution, elles peuvent être supprimées par la loi.
Les collectivités locales congolaises s’administrent librement : l’article 209 de la
Constitution de 2015 dispose que : « les collectivités locales s’administre librement par des
Conseils élus et dans des conditions prévues par la loi, notamment en ce qui concerne leurs
compétences et leurs ressources ».
En 1994, une loi du 03 juin 1994 fixant des orientations fondamentales de la décentralisation,
incluait une multitude de catégories de collectivités locales au Congo. L’article 20 de cette loi,
dispose qu’ « au titre de la présente loi. Les collectivités locales en République du Congo sont :
la Région, la Commun, le District et l’Arrondissement ». Cette loi distinguait largement les
collectivités de plein exercice, celles jouissant de toutes les attributions et les collectivités de
moyen exercice, qui avaient des compétences limitées.
En 2003, la République du Congo avait réformé sans système de décentralisation et a
uniformisé les échelons décentralisés que sont le département et la commune. Ces deux formes
de collectivités sont dotées des Conseils élus pour les besoins de leurs fonctionnements. Le
département étant placé sous l’autorité du Conseil départemental doté d’un président, la
commune quant à elle, est placée sous l’autorité du Conseil municipal présidé par le maire.
Toutefois après avoir décrit, les différents types de collectivités en République du Congo, on
peut également évoquer leur fonctionnement.
B- Fonctionnement des collectivités locales
Dotées de certaines ressources propres, d’autonomie, et d’autorités, pour leur
fonctionnement les collectivités locales disposent de moyens juridique, financier, et matériel.
Suivant ainsi le principe de libre administration des collectivités locales, ce qui suppose la
liberté de la gestion des affaires locales par les localités elles-mêmes.
Les moyens juridiques permettent aux collectivités d’accomplir certains actes pour satisfaire
aux besoins locaux, assurer un service public par exemple. Les actes administratifs unilatéraux
pris par des autorités administratifs locales pour les besoins de police administrative (salubrité,
circulation routière) ou des actes individuels portant par exemple sur des autorisations
d’occupation, et des contrats administratifs pour les besoins de marchés publics ou de
commandes publiques et/ou des besoins des administrations des collectivités.
Outre le fonctionnement des collectivités par des moyens juridiques, il y a des moyens
financiers et matériels. Les collectivités locales ont une autonomie financière (finances
publiques locales) pour mieux fonctionner les services locaux, les affaires locales qui renvoient
à quelque peu aux services régaliens de l’Etat se trouvant dans les collectivités. Ces moyens
financiers composent la fiscalité locale : les centimes additionnels à la TVA, impôt sur les
propriétés bâties et non bâties. Au plan matériel et humain, les recrutements des agents locaux
créent avec évidence une fonction publique territoriale, ainsi les collectivités doivent avoir à
leur disposition un certain nombre de moyens nécessaire à satisfaire ou à combler ces besoins
multiples.
La décentralisation congolaise est organisée certes, elle n’aboutit pas toujours à un résultat
efficace.
II- Inefficacité du système de décentralisation congolaise
A- Inefficacité fonctionnelle et organisationnelle
Le problème de la décentralisation est qu’elle est mal conduite, les collectivités entant
constitutionnellement reconnues, elles sont véritablement devenues autres par rapport à l’Etat.
Ainsi, la dépense publique peut s’avérer à la dépense locale. On peut tantôt assister à la réticence
de l’Etat à apporter de l’aide financière aux collectivités qui devrait se faire par diverses
dotations destinées à compenser l’insuffisance de la fiscalité locale en raison de la protection
de la conjoncture économique et politique.
Au plan organisationnel, la mauvaise répartition des collectivités territoriales peut affecter
la loi fondamentale de l’Etat, il en est ainsi de la loi du 3 juin 1994 dont le professeur Placide
MOUDOUDOU qualifie d’inconstitutionnelle. La distinction entre les collectivités locale de
plein et de moyen exercice instauré par cette loi aux articles 6, 20, 22, et 26 portait atteinte aux
dispositions de l’article 170 de la Constitution en vertu duquel : « x ». Le juge constitutionnel
avait admis l’inconstitutionnalité de cette loi par la requête de trois (3) députés de l’opposition.
Au plan fonctionnel, les incompétences des autorités administratives justifient largement
l’inefficacité de ce système. Les autorités administratives peuvent dans ce cas intervenir dans
les matières autres que leurs attributions. Ces incompétences sont parfois territoriales en raison
du lieu de l’exercice d’une fonction administrative, parfois matérielle et temporelle. On peut ici
se poser la question de savoir si le maire de Mindouli peut intervenir dans les affaires qui
concernent la ville de kinkala.
B- Hétéronomie des administrations décentralisées
Sous le fondement du principe d’indivisibilité de l’Etat énoncé par l’article 1er de la
Constitution congolaise, dans l’exercice des compétences qui leurs sont attribuées, les
administrations locales ou mieux décentralisées se trouvent être contrôlées. Ainsi, soulève le
problème de légalité des décisions administratives, lorsque par exemple sous le fondement
d’une mesure de police administrative, les autorités administratives peuvent voir être saisis
leurs actes par le juge administratif qui en contrôle la légalité au moyen du préfet.
Tout de même, le professeur Placide MOUDOUDOU a sui le dire jadis dans son œuvre : le
préfet est un surveillant. Étant une autorité déconcentrée, et suivant la notion selon laquelle les
collectivités sont sous le contrôle de l’Etat, le préfet est ici un délégué de l’Etat qui se voit une
mission de contrôler l’action administrative des collectivités locales c’est-à-dire des
administrations décentralisées.
Par ailleurs il peut être exercé un contrôle budgétaire des finances locales (contrôle sur la
fiscalité des collectivités locales), l’article 3 de la loi organique n°32-2023 du 25 octobre 2023
déterminant l’organisation, la composition et le fonctionnement de la Cour des comptes et de
discipline budgétaire prévoit le contrôle des finances des collectivités locales par cette
juridiction financière.
À travers tous ces aspects de contrôle des collectivités locales ici évoqués, on peut aisément
dire qu’au-delà de la libre administration des collectivités territoriales, la décentralisation
congolaise n’est pas toujours autonome.
Bibliographie
1. Constitution du 25 octobre 2015.
2. Loi n°7-2003 du 6 février 2003 portant organisation et fonctionnement des
collectivités locales.
3. Loi. n°5-2005 du 25 mai 2005 portant statut de la fonction publique territoriales
4. Droit administratif congolais, édition Paris Harmattan 2003, (P) Moudoudou.
5. C.E., 17 janvier 1913, congrégation des sources de saint Regis, Rec.72. Concl.
Corneille.
6. C.E., 16 mai 1969, Syndicat national autonome du personnel des chambres de
commerce, Rec. 253 ; C.E., 21 janvier 1997, Moisand, Rec. 34 ; C.E., 16 mars 1984,
Brodie et autres, Rec.118.