Artillerie Rayée : Révolution 1858-1869
Artillerie Rayée : Révolution 1858-1869
Sources principales :
Avertissement :
Ce dossier se limite à présenter les munitions des pièces rayées de campagne, de montagne, de siège et de place
durant la période 1858 - 1869. Les caractéristiques qui sont données dans cet article, peuvent être légèrement
différentes selon les documents consultés.
Sommaire
Introduction p2
Les projectiles p6
Les fusées p 11
Les charges p 17
Annexe p 22
1
Introduction
Imaginé en 1833 par le major Cavalli officier piémontais, le premier canon rayé est essayé en Suède en 1845
et 1846. L’artillerie française est intéressée, puisqu’elle envoie le chef d’escadron Lepage assister à ces
essais. Le capitaine d’artillerie Tamisier entreprend des travaux en 1847 sur les canons rayés. En mars 1850
il développe dans un mémoire ses propositions pour une artillerie rayée. Les expérimentations interrompues
par la Révolution de 1848 vont alors reprendre.
A la suite des premiers essais très satisfaisants en 1857, lors d’une expédition en Grande Kabylie, du canon
de montagne de 4 rayé, Napoléon III décide dans une note concernant les canons rayés :
- «Les canons de 24 rayés, tirant un projectile de 23 kilogrammes, serviraient pour les côtes et les
places.»
- « Le canon de 12, tirant un boulet de 12 kilogrammes, au lieu de celui de 16 tirant un projectile de 16
kilogrammes, servirait pour le siège (c’est à décider). »
- « Le canon de 4 tirant un projectile de 4 kilogrammes, formera la seule artillerie de campagne..»
En 1858, l’artillerie française adopte les tubes rayés du système La Hitte (voir site A.M.A.D.) et leurs
nouvelles munitions spécifiques, puisque les boulets pleins disparaissent totalement pour la seule artillerie de
campagne. Cette nouvelle artillerie va coexister avec les pièces « lisses » que conserve l’artillerie de siège,
de place et de montagne.
La campagne d’Italie et l’expédition de Chine confirment le bien-fondé du choix de l’artillerie française :
canon rayé chargé par la bouche avec projectiles entièrement en fer et à tenons en zinc. En 1864, l’Autriche,
le Piémont, l’Espagne, le Portugal, Tunis, l’Egypte, la Hollande, le Suisse et la Russie qui ont suivi la France
ont une artillerie rayée de même type.
L’expérience montrera pour l’artillerie de campagne française, le besoin en calibres plus importants. Les
artilleries de siège et de place auront aussi une partie de leurs pièces rayées, comme l’artillerie de côtes.
En 1860, la Chambre accorde les crédits pour la transformation de l’artillerie lisse en artillerie rayée. 14
millions de francs sont alloués à l’artillerie de campagne et de montagne pour cette transformation et 800 000
francs pour l’artillerie de siège et de place. Mais les crédits sont annualisés : 320 000 francs pour l’artillerie
de campagne (environ 44 annuités) et 80 000 francs (10 annuités) pour l’artillerie de siège et de place.
La transformation des pièces de l’artillerie française se déroule lentement du fait des crédits mis en place,
même si l’Artillerie se démène pour rayer ses canons. Commencés en 1858 la fabrication de canons de cette
nouvelle artillerie et le rayage des canons anciens font qu’au 1er juillet 1870 seulement environ 40 % des
canons de l’artillerie de campagne sont rayés.
Le général Suzanne écrit en 1871 à propos de l’artillerie de campagne : « …, malgré la dérisoire allocation
de 320 000 francs accordée par le budget pour la transformation de l’artillerie de campagne lisse, en
artillerie de campagne rayée, allocation à peine suffisante pour remplacer les canons, les affûts et les
voitures usées et les munitions consommées dans les exercices des troupes, l’artillerie trouvait moyen, en
faisant flèche de tout bois, d’augmenter notablement son matériel rayé aux dépens de l’ancien matériel
lisse…1 »
L’arrivée de ces pièces nécessitent de nouveaux projectiles non sphériques (290 000 francs sont accordés
chaque année pour les projectiles) et de toutes nouvelles fusées métalliques.
C’est une innovation importante pour l’artillerie française et surtout pour l’artillerie de campagne qui va
modifier aussi son emploi et perturber les habitudes des artilleurs.
1
« L’artillerie avant et depuis la guerre » par le général Suzanne 1871.
2
Les premiers canons rayés
I - Généralités
L’artillerie de terre, contrairement à la Marine décide que ses pièces rayées seront en bronze2. Le
chargement par la bouche3 est conservé bien que le système de chargement par la culasse est connu. Le
capitaine d’artillerie Tamisier pour ses premières expérimentations, prudent et voulant la réussite de son
projet, malgré sa préférence pour le chargement par la culasse, ne le choisit pas pour ne pas heurter les
habitudes des artilleurs. Il ne veut pas abandonner le bronze qui offre au canonnier une sécurité
sanctionnée par un emploi de plusieurs siècles4 du fait d’une plus grande élasticité que l’acier.
Le système de mise en rotation de l’obus se compose de rayures hélicoïdales à inclinaison constante, dans
lesquelles glissent les ailettes d’un obus de forme cylindro-ogivale. Le numérotage des rayures est apparent
sur la bouche de la pièce (dans le sens anti-horaire).
Afin de définir le calibre de ces pièces, le poids arrondi en kilos de leurs projectiles sert de référence.
Les artilleurs vont rapidement s’apercevoir de la supériorité du canon rayé sur le canon lisse même si
certains critiquent son tir insuffisamment tendu. Le colonel Brialmont du Génie belge écrit en
1870 : « Depuis 1859, le canon rayé a été admis dans toutes les artilleries de l’ancien et du nouveau
monde. Il n’est pas un Etat qui ne se soit cru obligé d’introduire dans son matériel cet admirable engin de
destruction, et il n’est pas un artilleur digne de ce nom qui ne l’ait pas reconnu supérieur au canon lisse,
sous tous les rapports5.»
II - Les pièces
2
Comme toutes les pièces en bronze, ces canons sont fondus dans les fonderies d’état de Douai, Strasbourg et
Toulouse pour le Ministère de la Guerre et dans celle de Ruelle pour ceux de la Marine.
3
Ce qui nécessite un certain vent afin de pouvoir enfoncer l’obus jusqu’au fond de l’âme.
4
« Les canons en bronze résiste moins longtemps aux efforts de la poudre, mais ils offrent la sécurité la plus grande
aux servants qui n’ont jamais à craindre que la pièce éclate sans qu’on en soit averti par des dégradations
progressives toujours faciles à reconnaître. » (Source : « La fabrication et la manœuvre des armes au XIXe siècle –
deuxième partie » par le capitaine Rous 1869).
5
« Sur la fortification polygonale » par le colonel Brialmont dans la « Revue des armes spéciales – supplément
mensuel de la Revue Militaire Suisse » du 31 mai 1870.
6
Même si plus le poids du canon est important, moins le recul est grand.
3
tube et 120 kg pour l’affût avec les roues. Il sera aussi en dotation dans la Marine7.
La même année, le canon-obusier de 128 devient, après modifications (ajout de rainures de l’âme et d’une
hausse latérale) le canon-obusier de 12 rayé de réserve9. Il change d’appellation en mars 1860 et devient le
canon de 12 rayé de réserve
(calibre 121,3 mm). Enfin en mars
1863 il porte le nom de canon de
12 rayé de campagne. Par souci
d’économies, il fallait modifier des
pièces déjà existantes (et conserver
des canons à âme lisse).
L’artillerie de siège et de place a besoin de pièces plus performantes. En 1860 le Comité propose rayer des
canons de place de 12 et de 24.
Le ministre approuve en novembre 1860 cette proposition. Ainsi l’ancien canon de 12 de réserve prend
l’appellation, après modifications, de canon rayé de 12 de siège. Le canon de 24 de siège Mle 1866 est une
pièce nouvelle.
Pour l’artillerie de place, il est décidé de rayer en 1864 l’ancien canon de 24 de place et en 1865 le canon
de 12 de place.
Le tableau ci-dessous montre le nombre de pièces rayées de 4, 12 et 24 que l’artillerie française possède au
moment de l’entrée en guerre, ainsi que la situation après la guerre. Les différences négatives sont dues
aux pertes occasionnées par les combats, et les prises ou destructions par les Allemands11.
II - Le phénomène de dérivation
Dès les premiers essais de tirs de projectiles oblongs, les observateurs constatent que les projectiles dévient
latéralement vers la droite12 d’une quantité constante lorsque les conditions de tir sont identiques
7
Par décision ministérielle du 8 juin 1861, ce canon arme les embarcations de combat et sert comme artillerie des
compagnies de débarquement. Ces compagnies sont formées exclusivement de marins.
8
Le canon-obusier de 12 Mle 1853 (ou canon de l’Empereur).
9
L’artillerie de réserve a pour missions principales : « … de renforcer les points où l’artillerie divisionnaire se
trouverait insuffisante, de combler une lacune qui serait survenue dans l’ordre de la bataille, d’appuyer par des effets
considérables et imprévus un mouvement offensif destiné à décider de la lutte. »
10
C’est pour quoi il n’est pas fait mention dans cet article de ses munitions.
11
Les pièces usées ou en mauvais état sont comptabilisées.
4
(phénomène déjà connu pour les fusils à canon rayé). Le sens de la déviation alors appelée dérivation
dépend du sens de rotation des rayures de l’âme.
L’importance de la dérivation est fonction du pas des rayures (2,25 m pour les canons de 4 et 3 m pour le
12 de campagne). Plus le pas est court, plus la vitesse de rotation de l’obus dans l’âme est rapide et plus la
dérivation est grande. Lorsque l’angle de tir augmente, celle-ci augmente aussi.
Cette dérivation va obliger l’artilleur à introduire une correction supplémentaire13 au moment du pointage.
Jusqu’à présent l’efficacité du pointage relevait de l’adresse et de l’expérience du pointeur (un artilleur a dit
que les tables de tir restaient le plus souvent dans la cantine).
Les portées des canons rayés étant plus grandes, une hausse latérale mobile est ajoutée à la hausse médiane
classique, qui ne sert que pour les tirs à courtes distances (jusqu’à 900 m pour le canon de campagne de
12).
A de faibles distances la dérivation n’est pas importante, contrairement à celle obtenue lors de tirs plus
longs. Le règlement sur les bouches à feu de 1869 donne la
valeur de cette déviation qui se produit surtout dans la branche
descendante de la trajectoire, et qui n’est pas linéaire : elle
augmente avec la distance et plus rapidement que celle-ci (elle
est de 1/10 de l’abaissement du projectile, dû à la pesanteur par
rapport à la ligne de tir14 pour le canon de 4 et de 2/25 pour le
canon de 12).
12
C’est vrai pour les canons du ministère de la Guerre, par contre pour ceux de la Marine le sens de rotation des
rayures est inverse, sauf pour le canon de 4 de montagne.
13
Il y a déjà une correction pour compenser le dévers de la pièce en batterie sur un sol non horizontal.
14
La ligne de tir est la direction de l’axe de la pièce.
15
La densité de l’air, l’angle de tir et la vitesse initiale de l’obus (donc la charge) ont une influence sur l’amplitude de
la dérivation.
5
Les projectiles
I - Généralités
La mise en place d’une nouvelle artillerie rayée appelée système La Hitte (ou système 1858) nécessite des
munitions adaptées. Le Comité d’Artillerie ne veut pas multiplier les calibres et pouvoir utiliser les mêmes
munitions pour différentes pièces (par exemple trois types de canon de 12). Les canons rayés tirent des
obus non plus sphériques mais oblongs16 et des boîtes à mitraille qui se chargent par la bouche. C’est le
poids approximatif en kg de l’obus ordinaire qui définit le calibre de la pièce. L’arrivée de l’obus oblong
entraîne la disparition complète du boulet rond pour l’artillerie de campagne.
Lorsque l’artilleur voulait augmenter le poids d’un boulet sphérique, il augmentait aussi le diamètre de
l’âme du canon à âme lisse. L’obus oblong, de part sa forme, permet de limiter l’augmentation du calibre
du canon lorsque le poids du projectile augmente. C’est une nouveauté pour l’artillerie.
L’adoption des projectiles oblongs permet tout en produisant les mêmes effets, d’employer un calibre
moindre, ce qui a pour conséquence d’alléger le matériel, et malgré cela d’obtenir une plus grande portée et
une plus grande précision.
Les obus de forme cylindro-ogivale sont en fonte douce afin que leur ogive, percée d’un trou taraudé
appelé lumière. Celle-ci permet le chargement de l’obus et la mise en place de la fusée.
La longueur des projectiles est égale à environ deux calibres. Afin d’assurer leur rotation dans le tube, ils
sont équipés d’ailettes.
- l’obus ordinaire qui agit par le choc comme l’ancien boulet sphérique, mais aussi par éclatement. Du
fait de sa forme, il pénètre plus profondément dans les terres ou les maçonneries. C’est une possibilité
nouvelle pour l’artillerie de campagne qui voit son canon de 4 aussi efficace qu’un canon de 24 lisse. Il
est utilisé pour des tirs de plein fouet contre les abris, les murailles, les murs de clôture, les parapets en
terre, les maisons et contre l’artillerie ennemie. Cet obus équipé d’une fusée fusante (à temps) peut
alors avoir un effet sur la troupe grâce à ses éclats ;
- l’obus à balles utilisé contre les buts animés (les hommes et chevaux) ;
- la boîte à mitraille est employée contre les troupes à découvert et à faible distance.
C’est l’obus ordinaire qui est le plus utilisé. En 1869, le caisson de munitions du canon de 4 de campagne
contient 33 obus ordinaires, 4 obus à balles et 3 boîtes à mitraille. En 1869 une batterie transporte avec ses
caissons son 1er approvisionnement qui est de 240 coups par pièce pour une batterie de 4 de campagne, et
186 coups pour une batterie de 12 de campagne. La batterie de 4 de montagne ne transporte que 150 par
16
Oblong : « c’est ce qui est plus long que large » (source : Dictionnaire de la langue française Émile Littré 1872 -77).
6
pièce. Le deuxième approvisionnement en caissons roulants, à peu près égal au premier est détenu dans un
ou des parcs d’artillerie (parc de corps d’armée, grand parc).
Ces nouveaux projectiles ainsi que leurs fusées sont plus coûteux à fabriquer, mais leurs tirs nécessitent des
charges de poudre bien moins importantes, ce qui entraîne un coût des tirs à peu près équivalant18.
II - Caractéristiques :
Les diamètres moyens des obus sont de 84 mm pour le calibre de 4, de 118 mm pour le calibre de 12 et de
148,5 mm pour les canons de 24.
Obus ordinaire
Coupe d’un obus ordinaire Ces obus sont équipés de fusées fusantes en laiton à deux durées
source BASART
(distance) : 1400 à 1600 m et 2750 à 2950 m pour les fusées Mle
1860 et 1863. Afin d’éviter l’oxydation, les projectiles sont peints en noir (ailettes comprises).
17
Les différences entre ces modèles concernent essentiellement les modifications du diamètre des lumières dans
lesquelles viennent se visser les fusées.
18
« La fabrication et la manœuvre des armes au XIXe siècle – deuxième partie » par le capitaine Rous 1869.
19
Ces poudres de guerre sont parmi les premières et leur dosage est de 75 parties de salpêtre, 12,5 parties de charbon
et 12,5 de soufre. Le procédé de fabrication de la poudre MC 30 utilise des meules pour la trituration qui dure 30
minutes, alors que pour la poudre à canon ordinaire, le pilon est utilisé durant 11 heures ( source : Manuel à l’usage
des sous-officiers chargés des manipulations et artifices dans l’artillerie à pied... 1913).
7
Obus à balles
Le soufre versé dans l’obus sous forme liquide immobilise en se refroidissant les balles, et forme une
couche isolante qui empêche la poudre de la charge de se mélanger au sable. Les balles de ces obus sont
des balles déjà utilisées pour des armes individuelles :
- balles de pistolet de gendarmerie en plomb (diamètre moyen de 14,7 mm et poids moyen de 19,2 gr)
pour l’obus de 4 ;
- balles en plomb du fusil d’infanterie (poids de 27 gr et diamètre de 16,7 mm) pour l’obus de 12 ;
- balles de fusil de rempart en fer forgé (diamètre 20 mm et poids de 47,5 gr) pour l’obus de 24.
L’obus à balles est réellement efficace lorsqu’il éclate entre 50 à 100 mètres en avant du but, et à 6 à 10
mètres au-dessus du sol. Mais c’est un engin délicat qui exige une appréciation exacte des distances. Pour
les canons de 4 et de 12 de campagne, il est conseillé d’utiliser l’obus à balles entre 500 et 1300 m. En
effet, la vitesse des balles est celle de l’obus au moment de son éclatement. Pour le canon de 4 par exemple,
la vitesse restante à 1500 mètres n’est plus que de 220 m/s alors que la vitesse
initiale était de 325 m/s. La vitesse des balles va décroître rapidement dès
qu’elles sont expulsées de l’obus. Le tir en montagne étant particulier, des
expériences sont estimées nécessaires en 1869, afin de déterminer les
conditions particulières d’emploi de cette munition pour le canon de 4 de
montagne.
Boite à mitraille
La boite à mitraille est utilisée lors d’attaques rapprochées et permet de couvrir une grande partie du terrain
avec ses balles métalliques. Ces boites ont une enveloppe fine en tôle de zinc laminé (de 2 mm d’épaisseur
pour la boîte de 4) et deux culots en zinc coulé. Elles peuvent indifféremment être introduite dans le tube
par une extrémité ou par l’autre, sauf la boite de 24 qui du fait de son poids, possède sur un de ses deux
culots en bois une sangle pour le transport.
Les boites à mitraille de 4 et de 12 contiennent des balles n° 6 (diamètre 26,5 mm d’un poids moyen de 70
gr) en fer forgé.
La boite de 24 contient des balles n°5 ou 5 bis en fonte ou en fer forgé d’un poids de 135 gr et d’un
diamètre de 33,5 mm. Ces balles graissées avec du vieux oing22 sont immobilisées dans la boite par du
soufre.
Du goudron est coulé afin d’assurer l’étanchéité de la boîte. Au départ du coup l’enveloppe cylindrique très
mince se déchire dans l’âme. Les balles se heurtent les unes contre les autres, ainsi qu’aux parois de l’âme
et sortent du tube avec des vitesses différentes et dans des directions différentes formant une gerbe conique.
Certaines balles selon la nature du sol peuvent ricocher. Des essais faits dans un polygone donne pour des
tirs de boite à mitraille de 12 sur un but de 2 x 30 mètres une moyenne de :
- 38,8 balles qui atteignent le but situé à 400 m (14,8 balles le traversent) ;
- 20,6 balles si le but est à 500 m (5 balles le traversent) ;
- si le but est à 600 m, seules 5,3 balles atteignent la cible et 1,8 balles la traversent.
Ses essais montrent que le tir de la boite à mitraille pour être efficace, ne peut se faire qu’à des distances
inférieures à 400 ou 500 m pour les canons de campagne de 4 et de 12. Pour le canon de 4 de montagne la
zone de tir à mitraille efficace ne va pas au delà de 300 m. La boite à mitraille est pour l’artillerie de
campagne, la munition de la dernière chance, surtout lors de charges de la cavalerie adverse. C’est
pourquoi pour le canon de 4 de campagne, deux boites à mitraille et leurs gargousses sont rangées à portée
de main dans un des deux coffrets d’affût fixés sur l’essieu de part et d’autre du canon.
Pour les pièces de siège le tir à mitraille est efficace jusqu’à 500 mètres. Les balles de la boite de 24
peuvent atteindre 1500 mètres et traversent à cette distance des panneaux de bois de 54 mm.
L’arrivée des canons à balles ou mitrailleuses fera disparaître les
boites à mitraille.
Le capitaine Tamisier déjà connu pour ses travaux sur les balles de
fusil, entreprend avant la Révolution de 1848 des travaux sur le
système de mise en rotation de l’obus23, grâce à des tenons24 ou
ailettes.
Après l’exil de Tamisier25, d’autres officiers (dont le capitaine Boulets et obus Tamisier
Demarest le concepteur de la première fusée à impact française) ©BNF/Gallica
22
« Vieille graisse de porc fondue, dont on se sert pour frotter les essieux des voitures et pour d’autres usages. »
(Source : Dictionnaire de l’Académie française, 6e édition 1835).
23
Le dessin montre des projectiles pleins (boulets) et creux (obus) cylindro-ogival. Les cannelures sur le corps du
projectile permettent de ramener, lors d’une déviation, l’axe de celui-ci dans l’axe de la trajectoire.
24
Le nom de tenon est plutôt utilisé par l’artillerie de marine.
25
Député, il s’oppose fortement à Napoléon III président de la République à la suite du coups d’état du 2 décembre
1851. Il s’exile en Belgique jusqu’en 1858. Amnistié, il rentre en France.
9
reprennent les travaux et de nombreux essais sont effectués à Vincennes puis à
La Fère26.
La solution arrêtée est d’équiper tous les obus, quels que soient leurs calibres,
de 12 ailettes en zinc disposées en deux couronnes afin d’avoir un bon centrage
de la munition dans l’âme, et de supprimer le ballottement de l’obus dans l’âme.
Ces ailettes sont logées dans des alvéoles aménagées lors de la coulée du corps
de l’obus, et qui présentent sur leur pourtour une queue d’aronde.
Ces alvéoles sont alignées dans l’axe des rayures. Légèrement chauffées (afin
d’éviter les fissures), ces ailettes sont posées dans les arsenaux soit à la main à
l’aide d’un marteau, soit à l’aide d’une machine qui permet la pose simultanée
de plusieurs ailettes. Elles font saillie de 3,6 mm pour les obus de 4 et de 4,6
mm pour les obus de 12.
Pose des ailettes
© BASART
La rayure possède deux flancs dont
l’inclinaison est différente. Sur un des flancs appelé flanc de tir
vient s’appuyer les ailettes lorsque l’obus est chassé vers l’avant.
Lors de l’introduction de l’obus, les ailettes s’appuient sur l’autre
flanc appelé flanc de chargement. L’ailette est moins large que la
rayure afin de faciliter le chargement. Pour positionner l’obus
dans l’âme, la rayure se rétrécie dans sa partie postérieure amenant
Coupe d’une rayure © BASART
l’ailette au contact des deux flancs.
Mais le mode de guidage de l’obus grâce à des ailettes en zinc n’est pas exempt de défauts. Vers 1868 le
général Le Bœuf écrit dans une note confidentielle27 à propos du système en bronze : « …beaucoup
d’officiers pensent, … que l’usure rapide des rayures par les ailettes est un inconvénient grave, non
seulement parce que la bouche à feu perd rapidement de la précision de son tir, mais encore parce que,
l’usure n’étant pas uniforme d’une pièce à l’autre, il peut arriver, dans un service courant, que les hausses
à donner aux pièces d’un même calibre varient sensiblement.
26
On essaie un système à 4 ailettes, puis à 6. Le cuivre puis un alliage d’étain, d’antimoine et de plomb sont utilisés
pour les ailettes, mais c’est le zinc qui est choisi. Différents profils d’ailettes sont testés (source : « Traité de
balistique – deuxième édition » par le général Didion 1860).
27
« Les responsabilités de l’artillerie française en 1870 » par le commandant C. Romain 1913.
10
Les fusées
I - Généralités
La fusée est le dispositif pyrotechnique qui permet de faire exploser l’obus. Le capitaine d’artillerie belge H.
Romberg écrit en 1871 que « l’effet destructeur de l’artillerie de campagne et de siège augmente en raison
de la perfection des fusées qu’elles emploient ». Les fusées de l’artillerie du système 1858 sont fabriquées
par l’école de pyrotechnie de Metz pour l’artillerie de terre et par celle de Toulon pour la Marine. Grâce à la
stabilisation de l’obus cylindro-ogivale sur sa trajectoire, obtenue par les rayures du canon, il est possible de
placer une fusée à l’extrémité de l’ogive de l’obus, permettant l’utilisation de fusées percutantes ce qui
n’était pas possible avec l’obus sphérique).
Les obus oblongs peuvent être équipés de trois types de fusées à tête hexagonale ou carrée :
La fusée se visse dans l’œil de l’obus. Le filetage de cet œil est dans le sens inverse du sens de rotation des
rayures de l’âme. Lorsqu’on veut changer la fusée d’un obus, il faut engager l’obus dans l’âme en ayant les
ailettes dans les rayures. L’obus ainsi bloqué permet au canonnier de dévisser la fusée à l’aide de la clé, et de
mettre en place la nouvelle fusée.
Du fait de la position de la fusée dans l’obus et du chargement par la bouche, un refouloir à godet ogival est
nécessaire afin d’éviter la détérioration ou l’éclatement prématuré de la fusée. Pourtant l’enquête sur le
matériel d’artillerie employé durant la guerre de 1870 – 1871 diligentée par le Ministre de la Guerre en juin
1871 montre que : « Le chargement par la bouche nécessite l’emploi de l’écouvillon qui n’est pas sans
danger quand des projectiles, armés de fusées percutantes, se coincent dans l’âme par suite de
l’encrassement de la pièce ou d’un défaut de calibrage.28»
Cette fusée à refoulement du capitaine Demarest est la première fusée percutante française. Elle est fournie
tardivement à l’armée d’Italie, mais ne séduit pas tous les artilleurs.
Cette fusée en bronze ou laiton se compose d’un corps fileté surmonté d’une tête hexagonale. Le mode de
fonctionnement de cette première fusée percutante est simple : sous le
choc à l’impact un tampon de bois en cormier ou en orme portant un
rugueux en acier s’enfonce, mettant le feu à à une amorce contenant
une composition fulminante (2/3 de sulfure d’antimoine et 1/3 de
chlorate de potasse).
Le dispositif de sûreté est assez simpliste : sur le dessus de la fusée,
une plaque en fer entourée d’un ruban de fil est fixée dans le tampon
de bois par deux clous en laiton. Deux pointes d’arrêt en laiton
enfoncées latéralement empêchent le déplacement accidentel du
tampon en bois lors du transport, de la manipulation ou du tir.
Fusée Desmaret Mle 1859 Pour armer la fusée le canonnier décoiffe celle-ci en tirant sur le ruban
© BNF/Gallica ce qui entraîne l’arrachement de la plaque. Si le tir effectué est un tir
28
« L’enquête sur le matériel d’artillerie employé pendant le guerre de 1870 – 1871 » dans la « Revue d’artillerie »
deuxième année Tome IV Avril – Septembre 1874 1874.
11
plongeant29 à des distances inférieures à 800 mètres, le canonnier retire à l’aide de la pointe d’un couteau une
des deux pointes d’arrêt afin d’augmenter la sensibilité au choc de la fusée.
Le Comité d’artillerie interdit le transport d’obus armés de cette fusée, même si cela occasionne des pertes de
temps sur un champ de bataille. Pourtant lors de la guerre du Mexique, une batterie traverse sur de mauvais
chemins le pays sur 1500 km avec ses coffres chargés d’obus équipés de fusées percutantes sans avoir
d’accidents. Au moment de la guerre ce principe sera en partie abandonné30.
Le Comité craint aussi que la fusée ne fonctionne pas lorsque l’obus tombe sur un terrain peu consistant,
entraînant un raté. Pour le général Favé cette fusée est surtout adaptée aux obus de l’artillerie de siège : pour
l’artillerie de campagne, le tir le plus fréquent est le tir contre les troupes nécessitant des fusées fusantes.
L’estimation de la distance de l’impact n’est pas chose aisée, et l’utilisation de fusées fusantes ayant
seulement de deux à six durées complique le problème. Lors d’un tir avec une fusée fusante, le coup éclate
soit trop haut avant son point de chute, si la durée de combustion choisie est trop courte, soit loin après des
ricochets si la durée de combustion est trop grande. Il est alors difficile de régler les tirs. Par contre, la fusée
percutante assure l’éclatement de l’obus dans le voisinage du but à atteindre, facilitant ainsi le réglage31.
Conscient du problème, le Comité d’artillerie demande, lors de la séance du 11 février 1867, que l’on étudie
le moyen de profiter de l’éclatement des obus percutants pour apprécier la distance de l’objectif et ainsi
régler le tir. Un autre avantage de la fusée percutante est qu’elle permet le tir par dessus les troupes amies
avec moins de risques.
Il est à noter qu’en 1869, l’artillerie n’utilise pas de fusées percutantes pour ses canons rayés, car celles-ci ne
permettent pas le tir à ricochets. L’artilleur tient encore à ce mode de tir car il a du mal à estimer les
distances au delà de 1000 mètres. Mais la guerre de 1870 va permettre le retout de cette fusée à impact.
En novembre 1872 le ministre de la guerre ordonne que les obus oblongues ordinaires de l’artillerie de
campagne seront systématiquement armés de la fusée percutante, et en mai 1873 il décide que pour les
canons de 4, 8 et 12 tirant des obus à balles cette fusée remplace la fusée fusante à quatre canaux32.
Cette fusée subit plusieurs modifications : fusée de 25 mm Mle 1866 et fusée de 30 mm Mle 1867.
Il y a après 1869 aussi des fusées de 20 mm, 30 mm et 31 mm pour d’autres canons que ceux de 4, 12 et 24.
Les fusées percutantes Demarest sont encore en service en 1880.
La mise à feu d’une fusée fusante se fait facilement dans un canon se chargeant par la bouche. Le vent
nécessaire au chargement permet aux gaz enflammés, lors de l’inflammation de la charge, de mettre le feu à
l’évent débouché de la fusée.
Ces fusées ont leurs évents fermés par des bouchons en cuir. Lors de la
campagne du Mexique, où les fusées à deux durées sont utilisées pour la
première fois, on s’aperçoit que ces bouchons sous l’effet de l’humidité et de la
chaleur se dilatent et se rétractent occasionnant des ratés.
Un même modèle de fusée fusante est monté sur des obus tirés par des canons
de campagne, de montagne, de place ou de siège de calibres différents. Ces
pièces tirent à plein fouet (à charge maximale) avec des charges différentes, ce
Marquage fusée à 2 durées
qui a pour conséquence d’avoir pour les obus des vitesses initiales différentes. © GoogleBooks
Les distances indiquées aux niveaux des évents par des rectangles de papier
29
Le tir plongeant permet de tirer à charge réduite sous un angle de 8° à 24°, sur un objectif que l’on n’aperçoit pas. Ce
tir donne une trajectoire plus courbe que le tir de plein fouet.
30
Dès les premiers combats en 1870, les fusées fusantes ne donnent pas entièrement satisfaction lors de tirs à longue
distance contre l’artillerie adverse. Le ministre de la Guerre décide en octobre 1870 que chaque batterie de 4 et de 12 de
campagne doit transporter respectivement 90 et 70 obus munis à l’avance d’une fusée percutante.
Le 28 juin 1871 le ministre de la Guerre prescrit une enquête sur le matériel d’artillerie durant la guerre de 1870 - 1871.
Pour les officiers d’artillerie interrogés, le transport d’obus armés de fusées percutantes Demarest n’a donné lieu à
aucun accident. Ils indiquent aussi qu’il n’est pas nécessaire d’enlever la plaque de sécurité lors de tir contre des
maçonneries (source : « Revue d’artillerie » Tome IV avril à septembre 1874).
31
La pièce doit donc être approvisionnée d’obus à fusée fusante et de quelques obus à fusée percutante pour les réglages
de tir.
32
« Revue d’artillerie » Tome II (avril à septembre 1873 1873).
12
varient donc en fonction de la pièce qui va tirer l’obus. C’est pourquoi ces fusées sont identifiées par un
rectangle de papier rouge collé sur la tête indiquant le type de canon ex : «canon de 4, rayé, de montagne ».
Pour la fusée deux durées du canon de 12 de campagne, le papier est bleu. L’évent correspondant à la plus
petite distance d’une fusée est toujours recouvert d’une rondelle de papier rouge. Pour les autres évents, les
rondelles de papier sont de couleurs différentes : par exemple pour la fusée à 6 durées, les rondelles sont de
couleur jaune, bleu, verte, violette ou blanche.
Le tableau ci-dessous donne les différentes distances d’éclatement d’obus à balles équipés d’une même fusée
à quatre durées Mle 1865, et tiré de pièces différentes.
Types
de canon
Distance Event n°1 Event n°2 Event n°3 Event n°4
d’éclatement
4 de campagne 500 m 800 m 1000 m 1200 m
12 de siège 535 m 850 m 1165 m 1450 m
12 de place 545 m 860 m 1215 m 1510 m
En 1859 la fusée hexagonale en laiton à six évents Mle 1859 de 22 mm proposée par le capitaine Demarest
de la Commission de La Fère est adoptée pour le canon de 12 de campagne et les canons de 4 de campagne
et de montagne. Cette fusée fusante permet alors l’éclatement de l’obus à 6 distances différentes. Fabriquée à
la hâte, elle est employée pour la première fois lors de la campagne d’Italie en 1859 et surtout lors de la
bataille de Solférino, mais elle ne donne pas satisfaction.
Les évents numérotés de 1 à 6 permettent l’explosion de l’obus à 800 m, 1100 m,
1400 m, 1700 m, 2000 m ou 2200 m. Le diamètre des canaux est de 7 mm pour le
canal principal et de 5 mm pour les canaux parallèles aux pans de la tête.
Les cinq premiers évents sont fermés par une rondelle en cuir et le dernier, l’évent
n° 6 est fermé par un ruban de fil portant un rectangle de papier blanc. Par souci
d’efficacité il faut toujours déboucher l’évent n° 6, quelque soit la distance choisie.
Le canal principal est garni de poudre à canon et les canaux horizontaux de
pulvérin.
Dans un compte-rendu fait après cette guerre, le général Le Boeuf qui a fait la
campagne d’Italie écrit : « Les fusées à six évents ont... présenté d’assez nombreuses
anomalies : une partie des éclatements prématurés donnés par ces fusées tenait
sans doute à la difficulté qu’éprouvaient les pourvoyeurs à faire un choix entre les
six évents pour déboucher l’évent indiqué. » Il préconise de limiter le nombre
Fusée à 6 durées d’évents à deux ou trois.
Domaine public
En 1863, cette fusée est modifiée afin de pouvoir être montée sur des obus de
modèles 1861 et 1863 dont la lumière est de 25 mm.
Cette fusée modifiée par souci de simplification devient le modèle 1860 : il n’y a plus que deux durées 5,9 et
14,8 secondes correspondantes aux distances moyennes d’éclatement de 1400 à 1600 mètres et de 2750 à
2950 mètres pour le canon de 4. La modification est simple : 4 évents sont bouchés et recouverts de peinture
blanche. Elle donne satisfaction lors de la guerre du Mexique33.
Afin de pallier au manque de distances de fonctionnement de la fusée à deux temps l’artillerie française
imagine d’utiliser une méthode de tir déjà connue : le tir à ricochet. Le principe est simple : chaque fois que
33
C’est la 7e batterie de l’artillerie de Marine dotée de canon rayé de 4 de campagne venue de Guadeloupe qui participe
à la 1ère expédition . Elle est renforcée par le 1er RA d’Alger, le 3e RA de Vincennes, le 7e RA de La Fère, le 9e RA de
Vincennes et le 11e RA de Rennes qui fournissent chacun une batterie de guerre. Ces unités sont dotées entre autres de
canons de 4 et de 12 rayés.
13
l’obus ricoche sur le sol, sa vitesse diminue et puisque la durée de fonctionnement de la fusée est fixe, l’obus
explose plus tôt.
La Commission permanente du camp de Châlons effectue des essais de tir à ricochet en 1868 avec des
canons rayés de campagne de 4 et de 1234. Il s’agit d’avoir plus de possibilités de « battre » le terrain avec
des obus ordinaires. Selon l’angle de tir et l’évent débouché on obtient de nombreuses distances
d’éclatement de la fusée. Si le premier ricochet est par exemple à 200 mètres, l’obus éclatera après 5 ou 6
ricochets à 1360 ou 2000 mètres selon l’évent débouché.
En faisant varier la distance du premier ricochet de 200 mètres à 2500 mètres, on fait varier la distance
d’éclatement de 1360 mètres à 2640 mètres, mais aussi sa hauteur (cf. tableau ci-dessous).
Cette technique est aléatoire car l’obus va plus ou moins ricocher selon la nature du terrain, et subir des
déviations éventuelles. La Commission de Châlons confirme le 20 septembre 1868 en partie les résultats des
essais : les distances intermédiaires peuvent être atteintes si les premiers ricochets se font entre 200 m et
1000 m. Mais cette information n’est pas connue des régiments.
La fusée à 6 évents Mle 1859 ne donne pas satisfaction pour les obus à balles. Elle est modifiée et devient la
fusée à trois durées Mle 1861 pour les obus à balles de 12. Trois évents sont bouchés par des bouchons de
cuir recouverts de peinture rouge. Les autres trois évents permettent les tirs à 800, 1000 et 1200 mètres.
La fusée à deux durées Mle 1863 est identique à la fusée Mle 1859 modifiée en 1860, sauf son diamètre qui
passe de 22 mm à 25 mm.
Adoptée par le Comité d’artillerie le 27 avril 1864, la fusée à quatre durées Mle
1864 est en laiton et son diamètre est de 25 mm. Destinée aux obus à balles Mle
1864, elle est percée de 4 canaux longitudinaux parallèles chargés de poudres de
compositions différentes qui donnent des distances d’éclatement différentes. La
tête de la fusée est carrée et les angles ont été abattus par des pans coupés. Les
distances d’éclatement sont indiquées par des entailles à côté de chaque évent : 1 Fusée 4 durées Mle 1964
pour la distance de 500 mètres, 2 pour celle de 800 mètres, 3 et 4 pour les évents Domaine public
de 1000 et 1200 mètres (pour le canon de 4). Ces entailles permettent de
34
« Observations relatives au matériel d’artillerie française en 1870 et à son emploi » dans la « Revue d’artillerie» par
le général G. Herment Avril 1912
35
Certains documents mentionnent une fusée 4 durées Mle 1965. S’agit-il de la même ?
14
reconnaître facilement, même la nuit, l’évent à déboucher.
Dès 1859 le commandant Maucourant affecté à l’Ecole de pyrotechnie de Metz puis aux ateliers de Saint-
Thomas d’Aquin dirige des travaux de recherche sur une fusée mixte. Les fusées qu’il propose sont essayées
en 1867 en 1868 puis en 1869 par toutes les écoles d’artillerie. En janvier 1868, le Comité fait exécuter au
camps de Châlons des essais de 200 fusées Maucourant puis de 600 fusées.
Le 24 juin 1869 (anniversaire de la bataille de Solférino) Napoléon III assiste à des essais de la fusée qui
donne les meilleurs résultats. Le 24 juin c’est en présence du maréchal Bazaine que des essais sont
renouvelés36. Après quelques modifications, le 31 décembre 1869 le Ministre de la Guerre fait adopter la
fusée mixte à deux durées Mle 1869. Elle sera réglementaire de 1869 à 1873, mais seule une faible quantité
est fabriquée avant la guerre.
Elle est destinée aux obus oblongs ordinaires de 4, 8 et de 12. L’arrivée de cette
fusée Maucourant Mle 1869 dite à double effet (percutante et/ou fusante) doit
résoudre le problème du tir de réglage.
L’inconvénient de cette fusée est la perte de temps pour changer de bouchon pour un tir percutant. Durant la
guerre, elle sera fabriquée à Paris en ne conservant que le système percutant, et sera utilisée par les canons de
7 du système de Reffye37.
IV - Les problèmes
Lorsque la guerre débute en 1870, les fusées réglementaires en service dans l’artillerie de campagne
française sont :
- la fusée fusante à deux durées Mle 1863 et la fusée percutante Demarest Mle 1859 pour les obus
ordinaires ;
- la fusée fusante à quatre durées Mle 1864 pour les obus à balles.
Notre artillerie n’utilise que les fusées fusantes. Dans les premiers combats l’utilisation des fusées fusantes
va pénaliser l’artillerie française.
En effet, la fusée à deux durées ne donne pas satisfaction : le principale reproche qui lui est fait est que le tir
de plein fouet est inefficace si l’ennemi se trouve entre les deux distances de 1500 et 2800 mètres38.
36
« Journal des débats politiques » du 11 juillet 1869.
37
En juillet 1870 il existait seulement deux prototypes de ce canon se chargeant par le culasse. Les plans définitifs ne
seront terminés qu’en décembre 1870.
38
Les expériences au camp de Chalons ont montré que les obus oblongs ordinaires équipés d’une fusée à deux durées
éclataient en moyenne à 1575 et 3000 mètres.
15
Zones dangereuses d’un obus avec fusée à deux durées © Google Books
Le dessin ci-dessous montre les zones dangereuses lors d’un tour de plein fouet du canon de 4 de campagne.
En fonction de l’évent sélectionné, les éclats d’obus sont projetés dans les zones a - b et c - d. En réalité
seule la première moitié de ces zones est véritablement dangereuse.
Lors de tirs trop longs, l’obus ordinaire équipé de cette fusée fait fougasse dans des terres molles : l’obus
s’enterre et puis explose.
Il en est de même pour la fusée à quatre durées.
L’autre inconvénient majeur de la fusée fusante est qu’il est long et difficile de régler les tirs (voir annexe).
Le général de Rochebouët commandant l’artillerie du 3e corps écrit le 30 juillet 187039 qu’une des questions
les plus importantes pour l’artillerie est de régler rapidement son tir sur le champ de bataille. C’est
pourquoi il ordonne malgré le danger supposé de faire préparer à l’avance, dans toutes les batteries du corps
d’armée, trois projectiles par pièce, armés d’une fusée percutante pour le réglage des tirs.
Ces fusée fusantes sont en partie abandonnées. Quelques mois après les premiers combats, le ministre de la
Guerre décide en octobre 1870 que chaque batterie de 4 et de 12 de campagne doit transporter
respectivement 90 et 70 obus équipés d’une fusée percutante40.
39
« La guerre de 1870 - 1871 – Journées des 30 et 31 juillet » Tome III rédigée par la Section historique de l’État-major
de l’armée 1901.
40
« La guerre de 1870 - 1871 » dans « Revue d’histoire » n° 109 de janvier 1910 rédigé par la Section historique de
l’État-major de l’armée.
41
Le K sur la tête de la fusée indique la zone de mise à zéro (source : « Handbuch für die offiziere der königlich
preußichen artillerie 1877).
42
« Contribution à l’histoire de l’artillerie – Les responsabilités de l’artillerie française en 1870 » par le commandant
Charles Romain 1913.
43
Le général de Blois commandant l’artillerie du 15e corps écrit : « … nos fusées fusantes si l’on n’en débouche pas les
évents correspondants aux petites distances (ce qu’il faut généralement éviter), agissent comme projectiles pleins aux
premiers points de chute, et, tant qu’ils n’ont pas éclaté inquiètent l’ennemi, même au delà de ses lignes » (source :
Ibid.)
16
Les charges
I - Généralités
La poudre à canon utilisée en France est dosée de la façon suivante : 75% de salpêtre, 12,5% de charbon et
12,5% de soufre. Ce mélange est battu au pilon pendant 11 heures, puis les grains de poudre sont calibrés. Sa
densité gravimétrique, c’est à dire le poids d’un litre de poudre non tassée doit se situer entre 830 gr et 870
gr. La vivacité de la poudre est testée au mortier éprouvette, et la moyenne des portées ne peut être inférieure
à 225 m.
Les charges de poudre utilisées pour des canons rayés sont inférieures à celles des canons à âme lisse afin
entre autres de ne pas endommager les rayures44, et ce pour un résultat pratiquement comparable. En effet,
pour une portée quasi identique, le canon-obusier de 12 (ou canon de l’Empereur) à âme lisse utilise une
charge de 4 kg pour tirer un obus de 4,200 kg, alors que le canon rayé de 4 n’a besoin que d’une charge de
0,550 kg pour son obus oblong de 4 kg. Mais pour un tir à une même distance les charges augmentent avec
l’usure des pièces et diminuent avec leur encrassement : augmentation ou diminution du vent.
Une des conséquences de l’inflammation de la poudre au moment du tir est le recul. Pour les canons lisses de
campagne (12, 8, 4) le recul selon le terrain (et l’angle de tir) peuvent varier de 1,50 m à 10 m. Les canons
rayés utilisent des charges de poudre moins importantes, et par conséquence une vitesse initiale plus faible
des projectiles, donc un recul moindre.
Le tableau ci-dessous donne l’importance du recul pour les canons de campagne tirant à charge normale :
0,550 kg de poudre pour le canon de 4 de campagne, 0,350 kg pour le 4 de montagne et 1 kg pour le 12 de
campagne :
Recul en mètres
Nature du sol Type de canon sous l’angle de tir de :
0° 5° 10° 15°
Terres grasses, canon de 4 de campagne 1,40 1,22 1,21 1,09
détrempées à la canon de 4 de montagne 2,38 2,70 2,72 2,25
surface canon de 12 de campagne 1,97 2,10 2 1,90
Terres fortes canon de 4 de campagne 1,78 / / /
recouvertes d’un canon de 4 de montagne 3,57 / / /
gazon humide canon de 12 de campagne 3,80 / / /
Terres de canon de 4 de campagne 2,12 1,88 / /
moyenne canon de 4 de montagne 5,87 4,77 / /
résistance canon de 12 de campagne 4,13 3,07 / /
Gazon uni sec canon de 12 de campagne 6 / 4,40
Le recul du canon de 4 de montagne est plus important que celui de 4 de campagne, malgré une charge de
poudre plus faible. Cela est dû au poids du canon de montagne en batterie qui n’est que de 218 kg, alors que
celui de campagne est de 702 kg.
Les gargousses sont séparées du projectile, alors que les canons lisses ont leurs projectiles réunis à une
gargousse (cartouches à boulets, boite à mitraille). La poudre est livrée en barils de 50 kg, sur lesquels sont
inscrits entre autres la densité gravimétrique et la portée moyenne au mortier-éprouvette, éléments
indispensables pour les artificiers des parcs d'artillerie ou de batteries lors la confection des gargousses.
44
La vitesse initiale plus faible des canons rayés (325 m/s pour le canon de 4 de campagne et 500 m/s pour le canon de
4 Gribeauval) est compensée par une perte moindre, par rapport au boulet, de la vitesse de l’obus durant sa trajectoire
17
Les charges de poudre sont contenues dans des sacs de forme
cylindrique en papier parchemin45 appelés gargousses (pièces de
siège ou de place) ou en serge de laine que l’on appelle sachets
(pièces de petits calibres). La serge de laine est choisie car elle
brûle presque entièrement dans le canon et ne laisse pas tamiser la
Gargousse © BNF/Gallica
poudre (ce qui peut être une source d’accident). Les gargousses
remplies sont fermées par un cordonnet. Les sachets ou gargousses
seront aussi fabriqués plus tard en toile amiantine46. Mais couramment la charge confectionnée, quelque soit
la nature du sachet, est appelée gargousse.
Les charges de poudre des canons de 4 et de 12 de campagne sont contenues dans des sachets en serge de
laine blanche préparés à l’acétate de plomb (il s’agit de protéger la serge contre les insectes). Sur les sachets
est indiqué le poids de poudre qu’ils renferment.
Le diamètre des gargousses des canons rayés est inférieur à celui de l’âme : 105 mm pour les canons de 120
dont le diamètre de l’âme est de 121,3 mm. Il en est de même pour les canons de 4 (86,5 mm) qui utilisent
des gargousses de 83,7 mm de diamètre. Cela permet une meilleure propagation de l’inflammation de la
charge.
45
Le papier-parchemin est fabriqué entièrement avec des matières animales (chutes de peau etc), le parchemin est
fabriqué à partir de peaux de moutons ou de chèvres et le papier parcheminé est un papier ordinaire recouvert d’un
enduit composé de matières animales.
46
Proposée par le Comité d’artillerie en janvier 1875 concurremment, suivant le prix, avec la serge. Comme son nom ne
l’indique pas, la toile amiantine est en bourre de soie. Elle a la propriété d’être solide et de brûler sans laisser de résidus.
47
Des mesures à poudre cylindriques en cuivre rouge dont la contenance peut varier de 10 g à 3 kg sont utilisées par les
artificiers. Le volume des mesures tient compte de la densité gravimétrique de la poudre qui est de 0.840 kg et du fait
qu’elle est tassée dans les mesures.
48
Trois servants de la pièce s’assoient sur le coffre à munitions de l’avant-train et un servant sur un coffret d’affût.
18
fixes et réduites pour le tir plongeant.
Pour les manuels d’artillerie, « le tir de plein fouet est un tir à trajectoire tendue, dirigé sur un but visible ;
c’est le tir habituel en campagne50 ».
La charge qui permet pour un canon le tir direct de plein fouet est la charge maxima que peut utiliser une
pièce. Appelée charge normale, elle est la quantité de poudre contenue dans les gargousses qui forment
l’approvisionnement réglementaire de la
bouche à feu considérée.
La charge étant unique pour un type de
canon et quelque soit la munition tirée,
la distance de tir est atteinte en jouant
sur l’élévation du tube.
Pour chaque portée il y a une seule
trajectoire. Ce mode de tir permet le tir à
ricochets appelé auparavant tir roulant
(si l’angle de tir est inférieur à 11° pour
les canons de 4 et de 12 de campagne).
Pour les canons dont la portée est plus
importante, des charges de poudre moins
importantes permettent de tirer à des distances moindres sous des angles de tir plus faibles : le canon de 24
de siège peut ainsi tirer à 1000 mètres avec une charge de 2,5 kg, de 2 kg ou de 1,5 kg en variant l’angle de
tir.
Pour cette artillerie de campagne plus légère et plus mobile, la charge unique permet de
tirer tous les types de projectiles. Le choix d’une charge unique est dû au fait que le
déroulement rapide des opérations ou leur soudaineté ne permet pas la confection
rapide de charges de poudre adaptées. Le tir en est facilité d’autant plus que la hausse
latérale Mle 1867 des canons de campagne et de montagne est graduée en distance (et
en millimètres) pour le tir de plein fouet avec la charge normale d’un obus oblong. Les
tables de tir ne sont donc pas nécessaires avec la charge normale.
Pour un tir à obus à balles il n’y a pas de graduations spécifiques, mais le Règlement
sur le service des bouches à feu de 1870 donne un moyen simple de ne pas avoir
recours aux tables de tir. Il suffit d’inscrire la hausse en millimètres correspondante à la
distance de tir pour un obus normal, augmentée de 100 mètres. Le pointage est
légèrement approximatif, mais la dispersion des balles est censée corrigée l’erreur. La Table des hausses
hausse aussi porte des graduations en distances propre au tir de boites à mitraille. du canon de 4 de
campagne
Artillerie de siège et de place
Du fait de son poids la gargousse du canon de 12 de campagne est entouré d’une bande de tirage en serge
afin de faciliter l’extraction de la charge stockée dans une caisse à poudre.
Pour les canons de 12 et 24 de siège et le canon de 24 de place, le côté droit de la hausse est gradué en
degrés. Pour ces pièces l’utilisation de tables de tir est nécessaire. Si le canon de 12 de place n’a qu’une seule
charge, les canons de 24 disposent chacun en plus de leur charge normale, de deux charges plus réduites
dites spéciales. Elles permettent par exemple au canon de 24 de siège de tirer des obus ordinaires plus près
(100 m au lieu de 400 m et moins loin (2000 m au lieu de 5000 m). L’utilisation de ces charges a pour
conséquence d’avoir des angles de tir (donc des angles de chute) moins importants, mais aussi d’économiser
de la poudre par rapport à un tir à charge normale pour une distance plus faible. Ces charges spéciales
permettent aussi d’éviter de fatiguer les tubes.
49
« Tir de plein fouet, celui dans lequel le projectile arrive directement sur le but, sous un angle faible.» (source :
Dictionnaire de la Langue Française Littré 1872 – 1877).
50
« Nouveau manuel d’artillerie pour le service des bouches à feu - règlement du 17 avril 1869 ».
19
IV - Charges pour tir plongeant51
Le tir plongeant52 : c’est un tir à charge réduite. Pour chaque portée , il y a autant de trajectoires qu’il y a de
charges réduites différentes.
C’est un tir qui demande une évaluation précise de la distance de tir et une précision dans la mesure du poids
de poudre de la gargousse qui est adaptée à la distance de tir et à l’angle de chute de l’obus. C’est pourquoi il
est bien plus adapté aux tirs de l’artillerie de siège qu’à ceux de l’artillerie de campagne.
Le tir plongeant peut être effectué sur un but visible ou invisible. Il est surtout efficace lorsque les obus sont
munis de fusées percutantes. Si le tir est prévu à l’avance les charges préparées sont fournies par le parc.
Lors de tirs inopinés les charges sont confectionnées par la batterie.
- on fait varier l’angle de tir en utilisant une charge fixe réduite. L’avantage de ce mode de tir est que la
pièce peut tirer rapidement, la charge étant déjà prête. La portée augmente avec l’angle de tir ;
- il est parfois nécessaire pour détruire un but non visible que l’obus arrive avec un angle de chute
dépendant de l’angle de tir. Le Règlement sur le service des pièces Titres I et II de 1870 dit que pour
toucher un but couvert avec des pièces de campagne, il est logique et habituel de déterminer l’angle de
chute de l’obus et de faire varier la charge. L’artilleur sait que si il veut que l’obus arrive sous un angle
x, il faut que l’angle de tir d’un canon de 12 soit de x - 2°, et que celui d’un canon de 4 de campagne soit
de x - 3°. C’est alors que l’on fait varier la charge pour atteindre l’objectif tout en conservant l’angle de
tir. Une fois l’angle de tir et la charge convenable trouvée on effectue le tir. Mais comme les moyens
habituels de pesée de la poudre manquent de précision, il est plus facile si l’on veut corriger le tir, de
faire varier légèrement l’angle de tir plutôt que de modifier légèrement le poids de la charge.
Tir plongeant
types charges plus faible portée plus forte portée
de canon réduites charge mini. charge max.
fixes en gr. en gr.
4 de campagne 100 ou 100 ou 400 m ? 1000 m
de montagne 150 gr 150 ? +?
12 de campagne 330 et 550 gr / 500 m / 1600 m
de siège / 86 200 m 696 2000 m
de place / 116 200 m 816 2000 m
24 de siège / 187 300 m 2080 3500 m
de place / 170 300 m 1745 3500 m
Pour effectuer un tir plongeant des charges spéciales sont utilisées. Leurs poids est de 100 ou 150 g pour les
canons de 4 de campagne et de montagne, et de 300 ou 550 g pour le canon de 12 de campagne. Si un angle
de chute spécifique est choisi, il faut alors confectionner une charge particulière.
Afin de pouvoir satisfaire aux besoins en tirs plongeants, les parcs de réserve du corps d’armée transportent.
1/3 de charges confectionnées et la poudre et les sachets pour les 2/3 restants. La dotation globale pour une
pièce est de :
- 20 gargousses de 550 gr. et de 20 gargousses de 350 gr. pour le canon de 12 ;
- 20 gargousses de 150 gr. et de 20 gargousses de 100 gr. pour les canons de 4.
En cas d’urgence lorsque ce genre de tir n’a pas été planifié, chaque batterie dispose de 60 sachets vides afin
de pouvoir confectionner sur place des gargousses.
51
« Tir plongeant ; le projectile, lancé à faible charge, décrit une trajectoire courbe de manière à venir frapper le but
placé derrière un obstacle. » (source : Dictionnaire de la Langue Française Littré 1872 – 1877).
52
Si l’angle de tir dépasse 45°, on parle de tir vertical.
20
Le côté gauche de la hausse est gradué directement en distance pour les deux
charges facilitant le pointage. Cette distance de tir ne peut dépasser alors 1000
mètres pour les canons de 4 et de 1600 mètres pour le canon de 12. La table ci-
contre donne la hausse en millimètres.
Pour effectuer un tir plongeant sous un angle donné on utilise le côté droit de la
hausse latérale Mle 1867 de ces canons. Celui-ci est gradué en degrés et en
demi degrés jusqu’à 15°, et donne pour chaque angle de tir le poids de la charge
en grammes pour atteindre la distance de 1000 m. Par exemple, pour le canon
de 4 de campagne, 165 g sont nécessaires pour un tir à 1000 m sous un angle de
12°. La charge diminue si l’angle augmente.
S’il faut tirer au delà ou en deçà de 1000 mètres sous un angle défini, on calcule
Table des hausses pour tir
plongeant du canon de 4
la charge en prenant comme référence le poids de la charge nécessaire pour un
© BNF/Gallica tir à 1000 mètres et en faisant une simple règle de trois. L’approximation est
suffisante même si on part du principe que pour un même angle de tir les
charges sont proportionnelles aux portées.
Pour les canons de 12 de siège et les canons de 24, les tirs plongeants se font à 8°, 12°, 16°, 20° et 24° mais
le canon de 12 de siège a la possibilité de tirer à 35°. Les tables de tir indispensables donnent le poids de la
charge en fonction de l’angle de tir choisi et pour des distances de tir de 300 mètres à 3500 mètres. Le
Règlement sur le service des bouches à feu de 1870 stipule que pour des tirs sous d’autres angles ou pour
d’autres distances il suffit de faire une règle de trois.
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Annexe
Renseignements fournis par le capitaine Léon, commandant la 5e batterie du 7e d’artillerie, sur l’emploi des
fusées percutantes à la bataille de Sedan53
« Le 1er septembre, à 9 heures du matin, la 5e batterie du 7e d’artillerie a ouvert son feu contre
plusieurs batteries prussiennes établies le long d’une crête sur le plateau d’Illy. Les premiers coups qui
étaient tirés à 1,500 mètres selon les indications d’une batterie du 2e (batterie Chardon) étaient ou du moins
paraissaient trop courts, car toutes les fusées éclataient en l’air. Le pointage fut modifié jusqu’à 1,700
mètres ; on ne déboucha plus que la grande distance et malgré cela il y eut coup sur coup plusieurs
éclatements prématurés. Pendant ce temps, les artificiers avaient, sur ordre du capitaine, remplacé plusieurs
fusées fusantes par les fusées percutantes contenues dans les coffres d’arrière-train des caissons.
Le tir avec ces fusées percutantes permit de régler immédiatement le pointage de chaque pièce et il
paraît que l’effet produit fut beaucoup meilleur, car les batteries ennemies qui nous avaient répondu très
froidement jusqu’à ce moment là, concentrèrent tous leurs feux sur notre position, et non seulement la
batterie de combat, mais les réserves de nos batteries divisionnaires qui étaient à 200 mètres en arrière dans
un ravin, eurent beaucoup à souffrir.
L’effet des fusées percutantes est incontestable car nous avons vu des batteries ennemies se déplacer,
cesser le feu pour recommencer un instant après, etc.…, toutes choses que nous n’observions pas quand
nous nous servions des fusées fusantes. Malheureusement l’approvisionnement en fusées percutantes étaient
très restreint (40 environ par pièce) et nous n’avons pas pu nous en procurer d’autres. (Dès le matin j’en
avais fait demander au parc du 7e corps par mon adjudant et il m’avait été répondu qu’on avait que celles
qui étaient renfermées dans les caissons chargés.)
…En résumé, pour en revenir au principe de la fusée percutante, quelle que soit cette fusée, il est
parfaitement reconnu que la fusée fusante doit disparaître de notre artillerie… les résultats obtenus à Sedan
n’ont fait que nous confirmer dans cette idée que la fusée percutante est la seule fusée pratique en
campagne…»
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« La guerre de 1870-71 L’Armée de Chalons T III -Sedan – Documents annexes » Éditeur : R. Chapelot et Cie
(Paris) 1907.)
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