REPUBILQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO
MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET UNIVERSITAIRE
INSTITUT SUPERIEUR DE TECHNIQUES APPLIQUEES
« ISTA »
B.P. 6593 KIN 31
KINSHASA ─ BARUMBU
Notes de cours d’entrepreneuriat
Par :
Prof. ADJANGA NATORO
Collaborateur : Ass2. KASUKUMA KAMIKUNGA Philippe
2021 -2022
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient -1- Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Introduction
La pauvreté est un mal curable qui ne peut être guéri de l’extérieur.
Un proverbe africain ne rappelle-t-il pas à juste titre que «la main qui donne est
toujours au-dessus de celle qui reçoit ». Le développement économique durable
passe nécessairement par le développement d’une véritable culture
entrepreneuriale assurant ainsi un développement endogène croissant et une
plus grande création de richesse.
Le secteur privé peut atténuer la pauvreté en contribuant à la
croissance économique et à la création d’emplois et de revenus pour les pauvres.
Il peut également autonomiser les pauvres en leur fournissant une large gamme
de produits et de services à des prix inférieurs. Les petites et moyennes
entreprises peuvent être des moteurs de la création d’emploi, des pépinières
d’innovation et d’esprit d’entreprise.
Il suffit de se rendre dans le village le plus pauvre les jours de marché
et d’y voir les entrepreneurs à l’œuvre pour se rendre compte que
l’entrepreneur pauvre occupe dans le secteur privé une place aussi importante
que les multinationales.
Une société qui désire plus d’entrepreneurs pour assurer sa survie
et sa croissance à long terme, doit travailler à développer d’abord la culture
entrepreneuriale dans son milieu.
C’est pour cette raison que chaque année, plusieurs milliers
d’entrepreneurs se lancent, malgré de nombreux obstacles auxquels ils se
heurtent dans « l’aventure » de créer une entreprise.
Créer une entreprise c’est à la fois une idée, une invention, un
besoin et un capital. Cela peut se traduire aussi par la rencontre entre un
fournisseur de travail, de moyens de production et un marché. Mais l’essentiel
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient -2- Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
se trouve dans la volonté du créateur, son sens de responsabilité et son goût
d’entreprendre ; en d’autres termes, dans l’entrepreneuriat.
L’entrepreneuriat c’est la volonté de créer qui se traduit par le goût
d’entreprendre.
Une entreprise ne peut pas naître du néant, sans disposer d’un
minimum des moyens financiers ou autres ; l’argent n’étant pas la seule
condition ni surtout la plus importante. Tout repose sur la motivation, souvent,
le créateur d’entreprise recherche son indépendance, sa liberté, effrayé par les
perspectives de longues années de salariat et donc, de subordination.
La naissance d’une entreprise démarre fréquemment avec la mise
au point d’une invention, soit purement technique, soit immatérielle. Cette
démarche découle tout d’abord d’une idée nouvelle qu’après divers
tâtonnements, l’inventaire réussi à concrétiser.
Pour tout créateur d’entreprise, vient un jour la nécessité de
regrouper un capital minimum : une installation, des machines ou de l’outillage,
des matières premières, des fournitures, de la trésorerie… Ces éléments vont
représenter le premier investissement pour lequel il faut donc trouver les
moyens de financement.
Il est assez rare que ses seuls capitaux suffisent ; il faut alors, soit
faire appel aux associés : parents, amis, etc., soit emprunter auprès des
institutions appropriées pour le soutien.
Objectifs généraux et objectifs spécifiques du cours
Ce cours permet à l'étudiant de :
❖ développer des connaissances essentielles pour assurer le démarrage
éventuel d’une entreprise ou la gestion d’une PME.
❖ apprendre à développer des modèles d’affaires innovateurs et des
stratégies gagnantes.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient -3- Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
❖ comprendre mieux le milieu de la PME et de l’entrepreneuriat.
❖ décrire les processus et les réalités de l’action entrepreneuriale, ainsi
que les facteurs incitant les individus à entreprendre et à réaliser leur
projet ;
❖ se familiariser avec les contraintes du passage de la créativité au projet,
de l’action à la réussite ;
Bref, ce cours vise à présenter à l’étudiant les outils nécessaires
permettant la conception d’une idée conduisant à la création d’une PME et avoir
les aptitudes pour pérenniser la PME ainsi créée. Il vise donc à développer le sens
de l’initiative et l’esprit d’entreprise chez l’étudiant et ce, afin de lui faire
découvrir et exploiter son plein potentiel entrepreneurial. Les connaissances
transmises à l’étudiant concernent à la fois l’entrepreneur et le processus créatif
par lequel il mène son projet à terme.
En définitive, ce cours traite du processus entrepreneurial.
L’étudiant découvre la manière dont les entrepreneurs prospères reconnaissent
ou découvrent les occasions d’affaires, trouvent des idées et organisent leurs
ressources afin de lancer des projets ou des entreprises qui, tout en répondant
à des besoins du marché, leur apportent de grandes satisfactions personnelles.
Pour ce faire, le contenu de ce cours se présente comme suit :
Chapitre I. Analyse des concepts de base
Chapitre II. Dimension économique et sociale de l’entrepreneuriat
Chapitre III. Paradigmes en entrepreneuriat
Chapitre IV. Processus entrepreneurial : de l’idée au plan d’affaires
Chapitre V. Survie et performance de l’entreprise créée.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient -4- Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Chapitre I. Analyse des notions de base
L’entrepreneuriat et son acteur entrepreneur n’ont pas réussi à
réunir un consensus quant à leur définition et compréhension. C’est pour cette
raison que ce chapitre est essentiellement consacré à l’analyse de différents
concepts clés voisins à l’entrepreneuriat.
I.1. Entrepreneuriat
L’Entrepreneuriat (ou, selon une orthographe un peu moins
courante, entreprenariat) est l’action de créer de la richesse et/ou de l'emploi
par la création ou la reprise d'une entreprise. L’entrepreneuriat est une activité
difficile et bon nombre de créations d'entreprises se soldent par un échec. Les
formes d’entrepreneuriat sont variées selon le type d’organisation qui est mis en
place.
L’entrepreneuriat est un phénomène combinant un individu et une
organisation, son action induit du changement et conduit à une modification
partielle de l’ordre existant.
L’entrepreneuriat est un processus, mis en œuvre par une ou
plusieurs personnes, englobant toutes les actions de création d’une nouvelle
organisation de manière indépendante ou avec un employeur.
L’entrepreneuriat est un processus qui consiste à identifier, évaluer
et exploiter des opportunités d’affaires.
L’entrepreneuriat correspond à la création de richesse économique
et sociale à partir de l’initiative, l’imagination, la volonté d’une personne qui
réussit à développer une activité à partir des ressources existantes.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient -5- Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Beaucoup de créations d’entreprises « à haut potentiel » font appel
au capital risque1 pour développer leur activité. De nombreuses structures
existent aujourd’hui pour aider les entrepreneurs potentiels telles que des
agences gouvernementales, des incubateurs, des pépinières d’entreprises et
certaines organisations non gouvernementales. La compréhension que nous
avons de l’entrepreneuriat doit beaucoup à l’économiste Joseph Schumpeter
ainsi qu’à l’école autrichienne. Pour Schumpeter (1950), un entrepreneur est
une personne qui veut et qui est capable de transformer une idée ou une
invention en une innovation réussie.
L’entrepreneuriat conduit à une « destruction créatrice » dans les
marchés et les secteurs de l’économie parce que de nouveaux produits et
modèles d’affaires arrivent qui remplacent les anciens. Ainsi, la destruction
créatrice est à l’origine du dynamisme industriel et de la croissance à long terme.
L’entrepreneuriat consiste à prendre des risques. L’entrepreneur
est une personne qui est prête à mettre en jeu sa carrière et sa sécurité
financière pour mettre en œuvre une idée, à mettre son temps et son capital
dans une entreprise risquée. Une autre définition de l’entrepreneuriat décrit le
processus de découverte, d’évaluation et d’exploitation d’occasions.
Deux lectures de l’entrepreneuriat sont alors possibles : le
processus et le phénomène.
Considéré comme processus, l’entrepreneuriat est compris comme
étant les phases ou étapes par lesquelles un individu passe lorsqu’il entreprend,
c’est-à-dire que ce processus peut partir de l’idée au plan d’affaires en passant
par l’opportunité ou l’occasion d’affaires, le modèle d’affaires, la vision
stratégique. Le porteur du projet doit trouver une idée d’affaires qu’il met au
1
Le capital risque désigne des prises de participation temporaires ou minoritaires dans des entreprises nouvelles
ou en phase de création.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient -6- Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
point, il évalue la capacité de cette idée à rencontrer un marché et, ainsi devenir
une opportunité. Il élabore son modèle d’affaires puis sa vision stratégique qu’il
formalise dans un plan d’affaires qui est la version rédigée de cette vision.
L’on considère l’entrepreneuriat comme un événement qui doit
être éclairé à partir des niveaux d’analyse pertinents, c’est le cas de quatre
paradigmes de l’entrepreneuriat que nous allons présenter dans les pages qui
suivent.
L’entrepreneuriat peut être considéré comme une initiative portée
par un individu (ou plusieurs individus s’associant pour l’occasion) construisant
ou saisissant une opportunité d’affaires, dont le profit n’est pas forcément
d’ordre pécuniaire, par l’impulsion d’une organisation pouvant faire naître une
ou plusieurs entités, et créant de la valeur nouvelle pour les parties prenantes
auxquelles le projet s’adresse.
L’entrepreneuriat est donc la symbiose entre l’organisation créée et
l’individu (ou l’équipe d’individus associés pour entreprendre) ayant impulsé
cette organisation.
Nous pouvons dire que l’entrepreneuriat est une appropriation et
une gestion des ressources humaines et matérielles, dans le but de créer,
développer et d’implanter des solutions permettant de répondre aux besoins
des individus.
I.2. Entrepreneur
I.2.1. Compréhension du concept
L’entrepreneur est un individu inspiré manifestant le désir d’altérer
l’état d’une situation insatisfaisante pour ainsi renverser le statu quo d’un
équilibre sous-optimal.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient -7- Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
C’est aussi un créatif qui pense et qui développe une alternative
avantageuse par rapport aux précédentes. Il ne se contente pas d’optimiser ces
dernières en modifiant une de leurs composantes : il propose une nouvelle
approche vis-à-vis du problème.
C’est également celui qui est inspiré par l’opportunité entretenue,
proposant une alternative à la situation, il agit directement. Plutôt que
d’attendre qu’un autre intermédiaire s’enquerre du problème, il met lui-même
en place le produit, service ou processus permettant d’améliorer la situation.
L’entrepreneur est celui qui démontre du courage puisqu’il prend
les risques associés à l’innovation. Il est persévérant dans la mesure où il mène
à terme ce qu’il apporte au marché, et ceci en dépit des imprévus. Il fait ainsi
face aux défis rencontrés en vue de permettre à ce qu’il propose d’être adopté
par le marché.
Pour Schumpeter, l'entrepreneur n'est pas l'inventeur qui fait une
découverte, mais l'individu qui saura l'introduire dans l'industrie. La fonction
spécifique de l'entrepreneur consiste donc à vaincre une série de résistances.
Dans cette même tradition schumpetérienne, l’entrepreneur est bien celui qui
propose des nouvelles combinaisons de produit et/ou manière de faire.
L'entrepreneur est avant tout un individu qui anticipe un besoin,
assemble et organise les outils et les compétences nécessaires pour satisfaire ce
besoin. Ce faisant, il prend le risque que ce besoin ne se matérialise pas ou que
les moyens qu'il a mis en place pour le satisfaire se révèlent inadéquats.
C’est aussi un réalisateur de projets, quelqu’un qui dans une société
perçoit une opportunité et imagine une façon de répondre à ce besoin avant que
d’autres ne le fassent ; c’est une personne qui, face à une situation
problématique, développe un projet, une vision qui transforme le problème en
occasion d’affaires.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient -8- Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Ainsi un entrepreneur peut être défini comme quelqu’un qui agit
non en fonction des ressources qu’il contrôle actuellement, mais qui poursuit
inlassablement une occasion.
L’entrepreneur est défini comme étant une personne ou groupe de
personnes qui crée, développe et implante une entreprise dont il assume les
risques, et qui met en œuvre des moyens financiers, humains et matériels pour
en assurer le succès et pour réaliser un profit.
L’entrepreneur, c’est quelqu’un qui sait percevoir (identifier,
sélectionner et exploiter) une opportunité et créer une organisation pour
l’exploiter. Il contribue à la création de valeur nouvelle.
L’entrepreneur crée l’entreprise. Encore là, celui-ci peut être
féminin ou masculin, individuel ou collectif. L’entrepreneur, c’est une personne
habile à transformer un rêve, un problème ou une opportunité en une entreprise
viable. L’entrepreneur, c’est un cadeau pour une société.
L’entrepreneur, c’est le fruit de son milieu. Un milieu qui n’aime pas
les entrepreneurs et n’en veut pas, a de bonnes chances d’être exaucé. Par
ailleurs, si au contraire, on en désire comme dans le sport, il devient alors utile
d’établir une complicité entre la famille, l’école, la cité et les entreprises
existantes pour développer un terreau fertile, un milieu incubateur
d’entrepreneurs, à terme, une véritable culture entrepreneuriale.
En définitive, dans le cadre de ce cours, un entrepreneur est tout
porteur de projet entrepreneurial dont la réalisation lui sert d’une source de
financement de ses besoins et de création d’emplois et de valeur.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient -9- Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
I.2.2. Types d’entrepreneur selon l’histoire économique
1° Capitalisme marchand
Au XVIIème et XVIIIème siècle, l’activité économique est
essentiellement dominée par les marchands et les commerçants. Ce sont les
grandes compagnies de commerce qui se développent avec les colonies et les
comptoirs coloniaux. L’entrepreneur est un parfait négociant qui tient les
marchés et l’entrepreneuriat se réduit au seul comportement qui consiste à faire
naître le profit de l’échange des produits et de la circulation de la monnaie : c’est
le « capitalisme marchand ».
Dans cette phase du développement économique, l’entrepreneur
(donc le commerçant) est un preneur de risque car il engage ses capitaux dans
un métier où les achats se font à des prix certains mais les ventes, les recettes,
donc le profit sont par contre aléatoires.
L’évaluation de l’état de marché (savoir fixer les prix convenables
pour ses marchandises et acceptés par les acheteurs) constitue dans ce contexte
un acte essentiel de l’entrepreneur.
2° Capitalisme industriel
A côté des marchands, J-B Say théorise au début du XIXème siècle
l’entrepreneur industriel. Celui-ci réunit et harmonise les facteurs de production
pour créer pour son compte, à son profit et à ses risques un produit quelconque
: « c’est le capitalisme industriel ». Dans la pensée de Say, diriger et organiser
d’une part, prendre des risques, d’autre part, sont les deux traits les plus
caractéristiques de l’activité de l’entrepreneur. En distinguant marchandises et
richesses, il souligne que la production (l’activité de l’ingénieur-entrepreneur) est
avant tout création des richesses, donc d’utilité et soutient que le bien-être d’un
pays repose sur sa population active et sur le dynamisme de ses entrepreneurs.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 10 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
3° Capitalisme managérial
Avec l’industrialisation et avant la crise des années 1970, on observe
une diminution progressive et relative, du degré de maîtrise de l’entrepreneur
sur son outil de production et son système de distribution, lesquels dépendent,
dans une large mesure, des données techniques et de l’évolution rapide des
marchés. Le développement du capitalisme s’appuie sur le mythe de la grande
entreprise, hiérarchisée, bénéficiant des avantages liés à la grande dimension et
à la diversification des activités. Dans un tel contexte, il vaut mieux que les
entreprises existantes croissent, plutôt que de créer de nouvelles entreprises. Le
centre d’intérêt et d’étude se déplace, en conséquence, de l’entrepreneur vers
l’entreprise. S’ouvre alors, l’ère des managers qui supplantent progressivement
les entrepreneurs individuels : « c’est le capitalisme managérial ». La petite
entreprise subsiste, mais elle est présentée très souvent comme un sous-traitant
ou un partenaire de la grande entreprise industrielle et financière.
4° Capitalisme entrepreneurial
La crise des années 1970 a conduit à renverser petit à petit la
proportion pour mettre au premier plan l’importance de la création d’entreprise.
Cette position correspond à la nécessité de trouver de nouveaux emplois,
essentiellement dans les services, pour remplacer les emplois disparus (dans
l’agriculture et dans l’industrie), mais aussi pour répondre à des technologies
nouvelles et des besoins nouveaux.
On a donc vu apparaître des politiques industrielles, pratiquement
dans tous les pays du monde, axées sur la promotion d’entreprises nouvelles ou
de petites tailles, à l’aide d’incitations financières et fiscales, de soutiens
matériels et technologiques, pour l’essentiel. L’entrepreneur devient donc le
personnage-clé de la dynamique capitaliste dans la mesure où il assume les
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risques inhérents au fonctionnement du marché : « c’est le capitalisme
entrepreneurial ». De nos jours, l’entrepreneuriat dépasse le simple phénomène
de mode. Au-delà de la seule observation des pratiques de gestion individuelle
d’unités de petite taille, force est de constater l’émergence d’une société et
d’une économie entrepreneuriales, suscitant l’attention des politiques, en
termes notamment de dispositions législatives destinées à accompagner, puis à
encourager la création d’entreprises.
I.3. Projet
I.3.1. Notions et définitions
Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non
reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et l’intégration d’une
grande diversité de contribution, et répondant à un besoin exprimé.
Les sociétés modernes sont devenues des « sociétés à projets ». Les
projets concernent autant les institutions (projet scolaire, projet d'établissement
hospitalier, projet de loi, projet politique, projet de société...) que les individus,
à tous les stades de la vie (du projet éducatif au projet de retraite, en passant
par les projets professionnels, familiaux, existentiels...).
Cette omniprésence du mode projet dans tous les aspects de
l'activité humaine renvoie à une vision idéalisée de ce mode d'action. Le projet
semble alors devenu un instrument qui donne l'espoir à l'homme de ne plus
seulement subir les évènements, mais de pouvoir maîtriser le cours de l'histoire
et forger le futur à sa façon.
En principe un projet n'est pas une simple idée jetée en l'air, mais
suppose d'être décrit et planifié, par exemple selon la méthode CQQCOQP
• Quoi (les actions)
• Qui (les gens concernés)
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 12 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
• Où (les domaines touchés par le projet, voire les lieux)
• Quand (programmation dans le temps)
• Comment (moyens, méthodes...)
• Combien (le budget)
• Pourquoi (les motifs et les objectifs)
On doit répondre clairement à ces questions pour bien commencer
le projet, et veiller à ce que les objectifs du projet soient clairement bien définis
et bien compris par les parties prenantes.
Un projet est un ensemble cohérent et organisé d’activités qui vise
à atteindre les objectifs clairement définis dans les délais et l’espace fixés
moyennant un budget donné.
Les projets sont généralement réalisés par des entreprises. Le but
du projet étant d’apporter de l’innovation pour augmenter la valeur du produit
et donc avoir des produits compétitifs. Seulement, les projets n’ont pas tous la
même ampleur et toutes les entreprises sont différentes. Ainsi, on voit
apparaître différents types d’entreprise à projet :
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Projet en Projet avec plusieurs Entreprise ayant beaucoup de ressources
coopération entreprises avec des projets internes et une
coentreprise.
L’entreprise qui réalise des projets en coopération est une
entreprise qui n’a pas les capacités ou les ressources pour créer un projet par ses
propres moyens. Elle fait donc appel à des entreprises extérieures pour réaliser
certaines parties du projet. La sous-traitance peut concerner plusieurs parties du
projet et non pas uniquement la production comme on le pense souvent. En
effet, une entreprise peut faire appel à une autre entreprise pour la production,
mais aussi la conception, l’aspect mercatique … L’industrie de l’automobile est
un bon exemple des entreprises qui effectuent des projets en coopération.
Les projets qui sont réalisés par plusieurs entreprises sont des
projets qui font appel à des domaines complètement différents et qui sont donc
gérés par plusieurs entreprises à niveau d’investissement équivalent.
L’organisation est centrée sur le projet et non sur les entreprises. Ainsi, ces types
de projets ont la nécessité d’un coordinateur de projet pour gérer les différentes
ressources humaines. Le domaine du BTP est régi par ce type d’organisation où
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chacune des entreprises apportent une compétence particulière (électricité,
toiture, maçonnerie,…).
I.3.2. Cycle du projet
Il est très important de procéder à la gestion du cycle ou des phases
du projet. De manière classique, la gestion du cycle du projet se divise en quatre
grandes phases. Les étapes du cycle du projet sont présentées dans la figure
suivante:
Projet
Evaluation Identification
Appréciation de la performance du On réunit toutes les informations
projet de sa conception à sa mise en pertinentes sur l’idée de projet. On
œuvre. cible les forces et les faiblesses du
projet dans lequel on veut se lancer
Mise en œuvre Formulation
- Le démarrage S’interroger sur la couverture des coûts et le
- La mise en place des activités niveau de revenus. L’on peut également évaluer
- Monitoring à ce stade certains indicateurs du choix des
projets : VAN, TIR ou TRI, DRCI, Ip
Etape 1 : Identification : Identifier une idée de projet, Déterminer les objectifs,
Choisir une stratégie
Etape 2 : Formulation : Construire le cadre logique, Planifier les activités,
Déterminer les ressources et les moyens
Etape 3 : Mise en œuvre du projet : Il s’agit de la phase opérationnelle du projet.
Elle doit aboutir à des résultats concrets afin d'atteindre les objectifs du projet.
Durant l’étape de mise en œuvre, il y a le suivi du projet qui consiste à vérifier la
bonne exécution des activités du projet, identifier les éventuelles difficultés, et
à réajuster les moyens nécessaires pour atteindre les résultats attendus.
Etape 4 : Evaluation : Elle se déroule généralement en fin de projet, mais des
évaluations intermédiaires permettent une réorientation des actions du projet.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 15 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
L'évaluation consiste à porter une appréciation sur le projet en s'intéressant à
son identification, sa formulation, sa mise en œuvre et ses résultats en fonction
des objectifs initiaux. Elle est un outil d'aide à la décision pour la conception d'un
futur projet.
I.3.3. Critères d’un bon projet
Les 6 qualités d’un projet Les questions à vous poser pour tester votre projet
Pertinence : L’idée du projet est elle adaptée à la réalité du milieu/contexte?
Répond t - elle à un problème prioritaire pour les bénéficiaires?
Efficience : Le projet atteint-il son objectif à des coûts raisonnables/sans
gaspillage ?
Efficacité : elle mesure la relation entre objectifs et résultats. Généralement,
son évaluation se fait ex-post car il s’agit du degré de réalisation des
objectifs qualitativement et quantitativement
Durabilité : Les conditions sont elles réunies pour que les résultats durent dans
le temps ? C’est donc la pérennité qui se traduit par la capacité de
l’entreprise à vivre le plus longtemps possible.
Ainsi, Mapapa Mbangala présente ces critères de la manière
suivante en tenant compte des objectifs, des moyens et des
résultats du projet.
Objectif
s
Efficacité
Pertinence
Moyens Efficience Résultats
Il existe quatre critères d’appréciation d’un d’investissement:
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 16 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
• La valeur actuelle nette : C’est la comparaison de la somme actualisée des
flux nets de liquidité au montant investi. C’est la différence entre les cash-
flows actualisés sur la durée de vie du projet et les capitaux investis :
n
CF
t =1
t
VAN = - I + Où K: Coût du capital (lié au financement)
(1 + K ) t
• Le délai de récupération du capital investi : C’est le temps au bout duquel
le montant cumulé des cash-flows actualisés est égal au montant du
capital investi. Ainsi, plus le délai est court, plus le projet est supposé être
intéressant en raison :
- du risque couru par l’entreprise (plus l’horizon est éloigné, moins les
prévisions sont fiables et plus l’environnement est incertain) ;
- de la rentabilité (en général, plus le délai de récupération est court, plus
le projet est rentable).
• Le taux interne de rentabilité (TIR) ou le taux de rentabilité interne (TRI) :
c’est le taux auquel il faut actualiser les flux nets de liquidités pour que la
somme actualisée de ces flux soit égale au montant investi. Autrement dit,
c’est le taux qui annule la V.A.N. C’est donc le taux k pour lequel il y a
équivalence entre le capital investi et les cash-flows générés par ce projet.
n
CF
t =1
t
A ce taux, I = +
(1 + k ) t
• L’indice de profitabilité Ip: Pendant que la VAN mesure l’avantage absolu
susceptible de retenir un projet d’investissement, l’indice de profitabilité
mesure l’avantage relatif, c’est-à-dire pour 1 Franc congolais de capital
investi. Pour cela, l’on divise la somme des cash-flows actualisés par le
montant de l’investissement.
n
CF (1 + r )
i
−i
+ VRn (1 + r ) −n
I + VAN
Ip = i =1
ou I P =
I0 I
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 17 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Chapitre II : Dimension économique et sociale de l’entrepreneuriat
Dans un environnement économique extrêmement changeant et
difficilement prévisible, la petite entreprise suscite l’intérêt permanent des
politiques, des économistes et des sociologues dans la mesure où elle est source
d’emplois, d’innovations, de richesses et de prospérité.
II.2. Entrepreneur, moteur de la dynamique économique
L’entrepreneuriat a un rôle primordial dans l’économie puisqu’il est
à l’origine de création d’entreprises et d’emplois, d’innovations de rupture.
L’entrepreneuriat et la croissance économique entretiennent des
rapports favorables. La croissance économique (croissance endogène) dépend
de la diffusion et de l’assimilation de nouvelles conditions d’activité par
l’ensemble de l’économie (donc du progrès technique).
En effet, l’entrepreneur « innovateur » entraîne dans son sillage
nombre d’imitateurs leur dictant un changement radical dans leur façon de
produire et d’organiser le travail. Par ailleurs, les innovations qui se diffusent
dans l’économie vont bouleverser les modes de consommation en imposant de
nouveaux besoins. Les marchés vont s’en trouver alors profondément modifiés.
Pour satisfaire ces nouveaux besoins, il suffit d’investir et d’innover et ainsi de
suite. Ce jeu d’innovation-imitation amène un changement perpétuel avec
l’ascension et le déclin sans cesse renouvelé des entrepreneurs et plus largement
de certains groupes sociaux. C’est cette fonction de destruction créatrice de
l’innovation que l’on considère comme source de la croissance.
II.2.1. Entrepreneuriat et croissance économique
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 18 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Le premier élément important est le reflet du rôle des grandes
entreprises bien établies, qui assurent une représentation nationale dans le
commerce international. L’hypothèse qui sous-tend cet élément est que, si les
conditions structurelles nationales générales sont développées
convenablement, la situation concurrentielle des grandes entreprises au niveau
international s’en trouve améliorée.
A mesure qu’elles gagnent en maturité et en taille, ces entreprises
engendrent une demande importante de biens et services dans leur économie
nationale. Cette croissance de la demande crée à son tour des débouchés pour
nombre de micro-petites et moyennes entreprises. Ce scénario est
particulièrement solide lorsque les échanges internationaux se limitent à des
produits stables dont les marchés et la technologie de production subissent peu
de variations.
Le deuxième élément important qui détermine la croissance
économique met l’accent sur le rôle que joue l’entrepreneuriat dans la création
et le développement de nouvelles entreprises. Selon cette réflexion, une autre
série de facteurs contextuels, désignés sous le nom de « cadre entrepreneurial »
s’interpose entre le contexte socioculturel et l’émergence et le développement
de nouvelles entreprises.
Deux caractéristiques du processus entrepreneurial peuvent être
spécifiées: l’émergence ou la présence d’occasions de marché et la capacité
(motivation et aptitudes) des gens à démarrer de nouvelles entreprises en
cherchant à saisir ces occasions. Le processus entrepreneurial est
particulièrement efficace dans le cadre d’un marché dynamique où le succès est
déterminé par des niveaux élevés de créativité, d’innovation et de rapidité
d’accès au marché.
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La richesse réside probablement dans la nature complémentaire de
ses éléments, où les grandes entreprises bien établies offrent souvent des
occasions aux nouvelles firmes grâce aux retombées technologiques, à
l’essaimage d’entreprises et à l’accroissement de la demande de biens et
services. Les sociétés entrepreneuriales, quant à elles, fournissent aux
entreprises déjà établies, qui sont d’ailleurs leurs principaux clients, un avantage
concurrentiel sur le marché mondial en leur offrant une réduction de coûts et
une accélération du développement technologique.
En stimulant la croissance, l’activité entrepreneuriale affecte
l’économie dans son ensemble. En particulier, ses effets sur les marchés du
travail ne peuvent être ignorés. Plus de croissance peut d’une part signifier plus
d’opportunités de profit pour les entrepreneurs.
Ainsi, le «Global Entrepreneurship Monitor » (ou projet de suivi
global de l’entrepreneuriat) présente un modèle qui marque le rôle clef de
l’entrepreneuriat dans la croissance économique d’un pays, comprenant six
variables principales : la croissance économique, la dynamique économique, les
opportunités et capacités d’entreprendre, les conditions cadres pour
entreprendre, les conditions cadres nationales et le contexte culturel, social et
politique.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 20 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Modèle du rôle clef de l’entrepreneuriat dans la croissance économique d’un
pays
Conditions-cadres nationales Grandes Eses
• Gouvernement
• Marchés financiers
• Technologie, R&D
• Management (compétences)
• Marché du travail P.M.E et
• Institutions micro-Eses
Dynamiques
économiques
* Restructurations Croissance
Contexte économique
* Fermetures
social, * Créations • PIB
culturel et * Expansions • Emploi
politique
Opportunité
d’entreprendre
Conditions-cadres pour entreprendre
Existence
• Financement
Perception
• Politique gouvernementale
• Programmes spécifiques
• Enseignement et formation
• Infrastructure légale et commerciale Capacités
• Ouverture du marché intérieur, etc. d’entreprendre
* Compétences
* motivation
L’entrepreneuriat parce qu’il profite à la fois à l’entrepreneur et à la
communauté justifie qu’une collectivité le favorise sur son territoire. Il est donc
utile d’identifier les facteurs qui l’influencent. Pour cela, le GEM a montré que
deux ensembles de facteurs sont primordiaux, en particulier pour le cas de la
France : l’ordre socio-économique et les « conditions-cadres » pour
entreprendre. Ces facteurs peuvent parfois être agencés ou présentés d’une
autre façon mais ils reviennent constamment dans les propos des experts et des
professionnels de l’entrepreneuriat.
Selon l’ordre socio-économique, il y a six principaux facteurs socio-
économiques qui influencent l’activité entrepreneuriale tels que présentés
comme suit :
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 21 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
1. La présence de l’État : les tendances montrent que les pays qui ont une
plus forte activité entrepreneuriale sont ceux où l’État joue un rôle
relativement limité dans l’économie.
2. La fiscalité : une fois de plus, une moindre présence de l’État est associée
avec une activité entrepreneuriale significativement plus élevée.
3. La disparité des revenus : s’il existe bien une corrélation entre la disparité
des revenus et le taux d’activité entrepreneuriale, la direction de la
relation de la cause à effet est en revanche pour ce facteur plus difficile à
établir
4. Le marché du travail : il existe une relation sans équivoque entre d’une
part le coût élevé de la main d’œuvre et les rigidités du marché du travail
et d’autre part le taux d’activité entrepreneuriale.
5. La participation des femmes : la relation entre l’index de participation des
femmes et le taux d’activité entrepreneuriale est très fort.
6. La formation postsecondaire : il existe une forte relation entre la
formation et le taux d’activité entrepreneuriale.
Concernant les conditions – cadres pour entreprendre, il y a les
normes socioculturelles, l’enseignement et la formation, les programmes
spécifiques et les structures d’accompagnement, la politique gouvernementale,
le financement et les transferts en Recherche et Développement.
II.2.2. Entrepreneuriat et l’économie de la RDC
En République Démocratique du Congo, l’importance de la création
de nouvelles entreprises (PME de services) résulte de la nécessité de trouver de
nouveaux emplois en remplacement de ceux perdus à la suite de la crise des
années 1970 (échecs des politiques de zaïrianisation) et de scènes de pillage
intervenus dans les années 1990. Il y a eu apparition des politiques axées sur la
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 22 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
promotion d’entreprise nouvelle ou de petites tailles, à l’aide d’incitations
financières et fiscales (voir la création de l’OPEC en 1973). Malgré ces efforts, les
PME/PMI congolaises ne sont pas à même de créer un tissu économique de base
favorisant la multiplication des échanges sur tout le territoire et ainsi faire
décoller l’économie.
L’étude de Kabuya (2006) sur l’entrepreneuriat associatif au Congo,
fournit un diagnostic clair sur les facteurs limitant la contribution de
l’entrepreneuriat à l’économie nationale. Parmi ces facteurs dont la plupart sont
contextuels, les deux plus importants demeurent « l’informel » et « l’instabilité
politique ». En effet, en RDC, les PME formelles appartenant aux autochtones,
connaissent une concurrence forte et déloyale de l’informel du fait de leur
positionnement dans des secteurs à faible barrière à l’entrée. L’informel,
profitant d’une totale absence de contraintes en matière d’imposition et de
réglementation sociale, met sur le marché des produits et des services qui se
vendent deux fois moins chers que ceux vendus par les PME formelles. Cette
stratégie de domination par les coûts due aux avantages de l’informel a conduit
à la cessation d’activité de beaucoup de PME/PMI formelles.
Si l’informel joue négativement chez les entrepreneurs
autochtones, il y a lieu d’observer qu’il joue positivement chez les entrepreneurs
étrangers (plus précisément chez les asiatiques). Du fait de leur positionnement
dans des secteurs d’activité à fort barrage à l’entrée (import-export, exploitation
minière, industrie), ils arrivent à intégrer l’informel dans leur chaîne de valeur.
Par exemple, plusieurs commerçants ambulants congolais, voire certaines
boutiques des autochtones servent d’intermédiaires dans la commercialisation
des produits (chaussures, cosmétiques, habits) de grands commerçants chinois,
libanais, pakistanais ou ouest-africains.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 23 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Dans le secteur pharmaceutique tout comme dans l’informatique,
beaucoup de congolais qui étaient employés par les Indiens montent leurs
propres affaires (très souvent dans l’informel), bénéficiant ainsi du savoir faire
et des réseaux de leur ex-patron. Dans la mode (couture), les PME libanaises
n’hésitent pas à sous-traiter une partie de leur activité à des ateliers ou des
individus (très expérimentés mais travaillant "au noir") qui font le travail chez
eux ou dans des locaux cachés, dans des conditions de sécurités insuffisantes, en
utilisant une main d’œuvre mal payée, souvent logée sur place. Cela permet de
comprendre les faibles tarifs qu’ils pratiquent sur le marché.
Ainsi, la contribution du secteur informel à la relance de l’économie
congolaise dépend dans une large mesure de la compétence de ses
entrepreneurs et donc des activités de formation en leur faveur. Dans cette
perspective, toute politique publique qui cherche à favoriser la création
d’emploi, à promouvoir l’innovation et à rajeunir les marchés devrait appuyer
l’entrepreneuriat du pauvre et promouvoir l’entrepreneuriat scientifique.
Enfin pour se couvrir contre le risque de change, ces PME travaillent
en étroite collaboration avec des cambistes congolais qui mettent à leur
disposition des devises nécessaires à l’importation des marchandises ou des
intrants. La figure qui suit présente cette double face de l’informel sur
l’économie du pays.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 24 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Schéma : Double face de l’informel en République Démocratique du Congo
+
Entreprises publiques
Croissanc
économiq
Nationale
innovatio
(emplois,
Quelques PME / PMI
Conditions structurelles
ue
n)
e
nationales d’ensemble +
- Pas de créations
nouvelles ++
Désinvestissement I
N
Pillages Chômage F
O
Hyper inflation R
Pouvoir d’achat
Contexte social, culturel et
M
Salaires modiques E
et irréguliers Paupérisation L
Emergence
d’entreprises
Guerres Déplacements
+
politique
Multinationales
Cadre entrepreneurial PME /PMI des étrangers
Ce modèle montre que le secteur informel présente double face
selon qu’il s’agit des entrepreneurs congolais ou étrangers.
La nationalisation des entreprises a conduit au désinvestissement
des entreprises des étrangers et les différents pillages qui ont eu lieu en 1991,
1993 et lors de la guerre dite de libération ont augmenté le taux de chômage
dans le pays.
La non maitrise du cadre macroéconomique et le financement du
déficit budgétaire par l’émission monétaire ont provoqué l’hyper inflation. A
côté de cette hyper inflation, l’on a constaté que dans les entreprises publiques
et dans quelques PME et PMI qui existent au pays, les salaires payés sont très
modiques (ne permettant pas de nouer les deux bouts du mois) et interviennent
de manière irrégulière. Cette situation a amenuisé le pouvoir d’achat de la
population qui a augmenté le degré de pauvreté.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 25 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Les guerres de libération 1997 et de 1998 ainsi que d’autres troubles
ont provoqué les déplacements de la population abandonnant leurs milieux de
vie et leurs emplois ont également exacerbé le niveau de la pauvreté.
C’est pour cette raison que beaucoup de congolais se sont lancés
dans les activités informelles qui influencent positivement les PME et PMI des
étrangers étant donné que ces derniers en profitent et écouler parfois leurs
produits de cette manière en utilisant parfois des vendeurs ambulants. Alors que
les entrepreneurs congolais en souffrent car leurs prix de vente semblent être
élevés à cause des exigences légales (fiscalité, législation du travail et autres). Ce
qui freine l’élan entrepreneurial en RDC car les autochtones ne sont pas
compétitifs.
Toutefois, il a lieu de faire remarquer à travers ce modèle que ce
sont les PMI et PME des étrangers qui influencent plus la croissance économique
de la RDC.
II.3. Accompagnement et diffusion de l’esprit d’entreprendre
Comme dit précédemment, la création d’entreprise correspond à
des enjeux socioéconomiques majeurs en termes de renouvellement de
l’économie et de création des emplois.
II.3.1. La demande en création d’entreprise
La création d’entreprise fait l’objet d’une demande sociale émanant
d’un certain nombre d’acteurs. L’on identifie généralement quatre types
d’acteurs différents:
1° L’Etat
Pour l’Etat, la création d’entreprise est une solution possible au
problème du chômage, un moyen indispensable au renouvellement du tissu
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 26 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
productif, un levier efficace au lancement et au développement d’activités
innovatrices et rapidement exportatrices. Le secteur public doit, pour favoriser
la concurrence (améliorer la qualité et baisser les prix à la consommation), faire
appel à la « sous-traitance » et donc à la création d’entreprise.
Ainsi, l’ensemble constitué par les entreprises de petite taille
fonctionnerait comme une sorte de vivier dont la taille augmentera ou
diminuera selon le contexte économique, social et politique. Ce vivier permet à
la fois de fournir des emplois, donc, un revenu et un statut social, mais aussi des
produits et services nouveaux.
Dans cette logique, les gouvernements doivent alléger les formalités
de la création d’entreprise et mettre en place des politiques publiques d’aide à
la création soutenant les activités innovatrices et l’entrepreneuriat du pauvre.
L’Etat doit pour cela investir dans l’entrepreneuriat scientifique (en faisant
émerger autour des grands campus des incubateurs et des pépinières de telle
sorte que la recherche [innovation] soit au service du marché) et dans
l’entrepreneuriat du pauvre (en mettant en place des dispositifs qui accordent
des aides à la création d’entreprise aux personnes en difficultés économiques et
sociales).
2° Les grandes entreprises
Ces entreprises s’efforcent de procéder à des reconversions de sites
industriels en favorisant l’essaimage ou en participant activement à la création
et au développement d’entreprise dans les territoires concernés. Par ailleurs,
elles stimulent en leur sein l’esprit d’entreprise en favorisant l’émergence
d’activités nouvelles et innovantes.
3° Les institutions financières (sociétés de capital risque, banques, IMF)
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 27 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Elles s’intéressent à cette clientèle nouvelle et essaient d’identifier
le plus tôt possible les jeunes entreprises à potentiel de développement élevé. Il
est donc clair que dans une telle démarche, l’avis d’une structure
d’accompagnement soit un élément important de l’analyse.
4° Les ménages (salariés, chômeurs, étudiants)
Ils voient dans la création d’entreprise un moyen de réinsertion
professionnelle et sociale, une façon de maîtriser leur destin, de s’accomplir ou
de satisfaire un besoin élevé d’indépendance ou d’autonomie.
Face à l’importance de cette demande sociale, un véritable marché de la création
d’entreprise s’est structuré.
II.3.2. L’offre en création d’entreprise : accompagnement et formation
Bien souvent, les créateurs ont peu d’expérience en gestion et dans
la direction d’entreprise. L’accompagnement leur permet de répondre à un
certain nombre de questions qu’ils se posent et de faire face aux difficultés
inhérentes à la phase du développement de l’entreprise. Dans ce nouveau
contexte, il n’est plus question de détecter les meilleurs potentiels pour en faire
les meilleurs entrepreneurs, mais d’aider davantage des personnes communes à
révéler leur fibre entrepreneuriale et de favoriser leur réussite. Plutôt que de
parler d’un environnement homogène dans lequel les entrepreneurs pourraient
trouver aide et appui, il est plus réaliste de considérer des environnements
spécifiques d’accompagnement qui dépendent notamment des critères
géographiques (dispositif national vs dispositif régional), des critères liés à la
nature du projet (création vs reprise), ou des critères sectoriels (entreprises
innovantes et entreprises commerciales).
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 28 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
II.3.2.1. Les compétences pour créer et développer une organisation
Un créateur doit disposer dans le cadre du processus
d’accompagnement: compétences entrepreneuriales, compétences
managériales et compétences fonctionnelles :
1° Compétences entrepreneuriales :
Identifier des opportunités d’affaires : de l’idée à l’opportunité
• Imaginer des produits ou services potentiels à partir des besoins
insatisfaits et des besoins futurs de marchés existants ou des besoins
induits par l’apparition de nouvelles techniques ou technologies ;
• Concevoir ces nouveaux produits ou services en analysant leur faisabilité
technique, commerciale et financière (mise au point technique du
produit/service, étude des attentes des prospects, analyse de la
concurrence potentielle, étude de la rentabilité)
Elaborer une vision entrepreneuriale : de l’opportunité au projet
• Formaliser un système d’offre en fonction des attentes du prospect et les
autres parties prenantes (financeurs, collaborateurs, fournisseurs,
partenaires institutionnels, etc.) ;
• Positionner un système d’offre par rapport aux concurrents existants et
potentiels ;
• Etablir les stratégies de développement de l’entreprise ;
• Faire le diagnostic des moyens disponibles et manquants (financières,
humaines, matérielles, techniques) formalisés dans un plan d’affaires ou
business plan ;
• Déterminer les modalités d’actions envisagées pour combler les écarts
constatés.
Impulser une organisation : du projet à la structure
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 29 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
• Concevoir une organisation en rassemblant les moyens financiers,
matériels et humains à partir des objectifs fixés ;
• Répartir et coordonner les moyens obtenus.
2° Compétences managériales
Leadership
• S’imposer en tant que leader ;
• Susciter l’adhésion et l’implication de ses collaborateurs et/ou partenaires.
Communiquer
• Faire circuler l’information en interne et à l’externe en utilisant les bons
supports (mails, réunions, rencontres informelles, courriers internes) ;
• Tenir un discours clair et cohérent face à une personne ou un groupe de
personnes.
Management des hommes
• Planifier le travail de ses collaborateurs en fonction des objectifs fixés dans
le plan d’affaires
• Déléguer et responsabiliser ses collaborateurs ;
• Suivre et contrôler la bonne atteinte des objectifs ;
• Evaluer les résultats obtenus sous la forme d’un bilan ;
• Récompenser l’effort et la performance ;
• Mobiliser, stimuler, motiver, encourager, accompagner ses collaborateurs
;
• Résoudre les conflits au sein de l’équipe.
3° Compétences fonctionnelles
Marketing
• Identifier des cibles commerciales en segmentant le marché ;
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 30 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
• Réaliser une étude de marché afin d’identifier et mieux cerner la cible et
ses attentes ;
• Définir la stratégie commerciale en établissant les «4P» (Product, Price,
Place, Promotion);
• Promouvoir son entreprise et ses produits auprès des différentes cibles
identifiées en utilisant les supports publicitaires adaptés (presse, internet,
courrier, e-mail, porte à porte…).
Commercial
• Elaborer un argumentaire de vente adapté au client / prospect visé ;
• Prospecter en utilisant le moyen approprié (téléphone, fax, mail…) ;
• Déployer l’argumentaire de vente pour susciter l’adhésion et négocier les
conditions de la vente du produit ou service ;
• Ecouter le client / prospect, identifier ses attentes pour mieux répondre à
sa demande en vue d’adapter et/ou enrichir l’offre ;
• Relancer le client/prospect en utilisant les techniques appropriées ;
• Fidéliser le client en effectuant des relances régulières et en entretenant
avec lui des relations privilégiées ;
Ressources humaines
• Définir un besoin de recrutement en fonction des objectifs stratégiques de
l’entreprise et des besoins en compétences ;
• Traduire ces besoins de recrutement en termes de métier, d’activités et
de compétences
• Choisir les employés adéquats en fonction du poste à pouvoir (partenaires
institutionnels, cabinets de recrutement, intérim, écoles, Internet) ;
• Formaliser, en amont, un entretien de recrutement en adaptant son
questionnement au poste à pourvoir et au profil recherché ;
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 31 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
• Mener un entretien de recrutement en respectant les étapes essentielles
(accueil, présentation de l’entreprise, du poste à pourvoir et du candidat,
questionnement réciproque et conclusion).
Gestion administrative-juridique
• Connaître la réglementation en vigueur concernant les contrats de travail
et diverses aides à l’embauche ;
• Choisir le contrat de travail le plus performant pour l’entreprise
(répondant à la fois aux moyens et aux objectifs de l’entreprise) ;
• Rédiger un contrat de travail en respectant les obligations légales et en y
intégrant, si besoin, des clauses particulières ;
• Fixer la rémunération du collaborateur en fonction de son métier, des
échelles de rémunération correspondantes sur le marché et des moyens
de l’entreprise ;
• Connaître les obligations légales en matière de fiscalité liée aux salaires
(charges salariales, patronales, organismes collecteurs) ;
• Rédiger un bulletin de paie.
Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences
• Planifier les ressources humaines en fonction des besoins à court, et
moyen terme de l’entreprise (objectifs stratégiques, besoins en postes et
en compétences, ressources disponibles et évaluation des écarts) ;
• Détecter des perspectives de développement pour l’entreprise en
fonction des compétences de chacun de ses salariés ;
• Evaluer et valoriser les compétences des collaborateurs ;
• Développer les compétences des collaborateurs en fonction des besoins
de l’entreprise et de leurs diverses aspirations ;
• Favoriser le transfert des compétences en encourageant les échanges
interindividuels
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 32 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
• et le travail d’équipe.
Finance :
Gestion de la trésorerie
• Anticiper et gérer les délais d’encaissement et de décaissement auprès des
clients et des fournisseurs
• Identifier les postes principaux de trésorerie : ventes, achats, organismes
sociaux, impôts, frais divers, etc.
• Anticiper et gérer les flux de trésorerie : activité, financement et
investissement sous la forme d’un tableau de bord « trésorerie » (EXCEL
ou autre logiciel spécialisé)
• Gérer le niveau de trésorerie résultant à la fin d’une période (solde positif
ou négatif)
Gestion financière
• Identifier/prévoir les besoins financiers de l’entreprise à court et long
terme investissements et les faire évoluer dans le temps (par exemple en
prenant en compte les exigences des banques)
• Identifier les ressources possibles de financement à court et long terme
• Articuler dans le temps les besoins et les ressources et les faire évoluer en
fonction des perspectives de développement de l’entreprise (un tableau
de financement)
• Se projeter dans le temps en développant une approche anticipative du
risque (financier et exploitation) et la rentabilité en utilisant des outils
prévisionnels (compte de résultat prévisionnel, plan de financement,
budget, etc.)
• Gérer et anticiper les impacts fiscaux et financiers d’une décision
d’investissement (recrutement, location / achat, opportunités en fonction
des cadres légaux…)
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 33 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Gestion administrative – juridique
• Connaître et anticiper les contraintes et les opportunités sociales et
fiscales (Impôts, taxes sur les salaires, taxe d’apprentissage, TVA,
allègements…) ;
• Mettre en place un système de gestion efficient, interne ou externe, afin
de faire face aux diverses échéances sociales et fiscales.
II.3.2.2. Les structures d’accompagnement
L’on compte généralement quatre types d’intervenants
susceptibles d’apporter un appui aux créateurs ou repreneurs d’entreprise :
1° L’entourage familial et personnel : Les entrepreneurs proviennent le plus
souvent des familles où les parents ou autres personnes proches sont eux-
mêmes dans les affaires, ou encore, à leur compte. On peut penser que le
jeune, grandissant dans ce genre de famille ou d'entourage, profite de
l’expertise de ses proches pour faire aboutir le processus entrepreneurial.
2° L’entourage professionnel : les entrepreneurs peuvent bénéficier des appuis
provenant de leurs anciens patrons, anciens collègues de service, voire leurs
futurs clients/fournisseurs. Les grandes entreprises proposent parfois des
mesures et des dispositifs destinés à inciter et à accompagner leurs salariés
(en matériels, locaux, savoir-faire, financement) dans des créations
d’entreprise.
3° Structures professionnelles non dédiées à la création : leur vocation n’est pas
d’apporter spécifiquement un appui aux créateurs, mais leur activité courante
les amène néanmoins à entrer en relation avec les futurs chefs d’entreprise.
Dans cette catégorie, il y a : les experts comptables, les banques et les
organismes de capital-risque, les organismes de formation, les conseils privés
dans le domaine juridique et fiscal, les conseils en innovation ou propriété
industrielle, les consultants en management… ;
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 34 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
4° Structures professionnelles dédiées à la création d’entreprise : elles ont au
moins une des vocations d’apporter un appui aux candidats à la création
d’entreprise.
➢ les chambres de commerce et d’industrie : qui appuient les créateurs en
mettant à leur disposition des « Espaces Entreprendre » qui les aident
dans la mise en place d’une chronologie pour l’élaboration du projet
d’entreprise et les mettent en contact avec divers partenaires (experts-
comptables, avocat, banque, formateur). La Fédération des Entreprises du
Congo (FEC) devrait normalement jouer ce rôle en RDC.
➢ Les chambres des métiers : qui aident les créateurs et les repreneurs à
construire et valider leur projet d’entreprise, puis à piloter leur entreprise
en phase de démarrage. Elles jouent également un rôle d’accueil,
d’information et d’orientation des porteurs de projet d’activités
artisanales ;
➢ les structures non bancaires d’appui au financement de la création
d’entreprise : elles apportent, après analyse du projet, des financements
sous forme de prêts à des taux relativement dérisoires voire nuls
permettant aux porteurs de projet de compléter leurs crédits bancaires ou
disposer de fonds de roulement indispensable au démarrage d’activité. Le
Fonds de Promotion de l’Industrie (FPI) finance les porteurs de projets
industriels.
➢ Les structures d’appui et de conseil spécialisées dans la création : dans
cette dernière catégorie on retrouve :
1° les boutiques de gestion (une association de conseil et formation en
création d'entreprises, qui accompagne les créateurs dans toutes les
étapes de leur projet. Malgré ses difficultés financières et sa sous
capitalisation, la COPEMECO en constitue un cas de figure;
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 35 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
2° les pépinières d’entreprise (c'est un lieu d'hébergement, des locaux, une
infrastructure et un ensemble de services pour aider les créateurs
d'entreprise dans leur phase de démarrage);
3° les incubateurs (portés généralement par les institutions
d’enseignement et de recherche, ils apportent aux créateurs
d’entreprises innovantes, l’ensemble des moyens et conseils
nécessaires à la réalisation de leur projet).
II.3.2.3 La formation à l’entrepreneuriat
La culture entrepreneuriale se développe difficilement dans un
milieu sans la contribution de l’école tant dans les attitudes et les valeurs, que
dans les connaissances et les compétences. Les établissements d’enseignement
supérieur et les organismes de formation qui interviennent pour préparer,
sensibiliser et former les entrepreneurs font également partie des dispositifs
d’accompagnement.
Ils doivent répondre à des objectifs multiples et faire face à une
réelle demande sociale. Les objectifs concernent la sensibilisation des étudiants
pour les aider à voir, dans l’acte d’entreprendre, une option de carrière possible,
et développer en eux des aptitudes favorables vis-à-vis des situations
entrepreneuriales.
Les objectifs peuvent tourner également sur le transfert et le
développement des connaissances, compétences et techniques spécifiques
destinées à accroître leur potentiel entrepreneurial.
En République Démocratique du Congo, l’enseignement de
l’entrepreneuriat vient à peine d’être imposé dans le système éducatif. Malgré
ce rattrapage en retard, l’on déplore le fait que les programmes et les pratiques
pédagogiques développés un peu partout dans les universités dans ce domaine,
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 36 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
sont encore peu connus et les quelques uns qui existent portent sur des objets
qui ne sont pas claires.
Des initiatives doivent donc être lancées au cours des prochaines
années pour tenter d’harmoniser cette situation dans l’ensemble du pays. Elles
se traduiraient par des études, des rapports et des enquêtes visant à produire
des connaissances sur l’état de l’enseignement de l’entrepreneuriat dans nos
écoles et universités et à proposer des recommandations qui mettent l’accent
sur des actions à entreprendre pour harmoniser et développer la formation à
l’entrepreneuriat.
Un écart se fait remarquer entre la RDC et les autres pays
notamment la France et les Etats Unis par rapport aux systèmes de formation.
Cet écart ne pourra être rattrapé que par une série d’actions à mener à savoir :
sensibiliser, enseigner, former et conseiller.
Sensibiliser : il faut montrer aux apprenants que devenir entrepreneur constitue
un choix professionnel et ne doit pas être interprété comme une
alternative au problème d’insertion sur le marché de l’emploi ; leur
faire voir que le dynamisme des pays et leur croissance économique
dépendent, pour une part importante des activités des
entrepreneurs.
Enseigner : les apprenants doivent savoir qu’entreprendre n’est pas un
phénomène inné, naturel, mais une pratique et une discipline dont
les principes peuvent s’apprendre et demandent à être
systématiquement appliqués. Par l’enseignement, ceux-ci
maîtriseront des savoir-faire et des compétences nécessaires pour
entreprendre.
Former et conseiller : pour ceux qui vont concrétiser leur projet (démarrer
l’entreprise), il faut leur accorder des aides et des appuis (en
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 37 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
formation et conseil) de manière à mieux maîtriser le
processus initié et pour augmenter leurs chances de réussite.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 38 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Chapitre III. Paradigmes en entrepreneuriat
III.1. Compréhension de l’entrepreneuriat selon les disciplines
Le champ de l’entrepreneuriat apparaît éclaté et comprend un très
grand nombre de spécialistes (historiens, sociologues, psychologues,
anthropologues, économistes, gestionnaires) dont chacun a tendance à
privilégier telle ou telle autre approche de sa discipline d’appartenance.
Pour les sociologues, l’entrepreneuriat serait le fruit d’une
détermination culturelle : les gens créent des entreprises parce qu’ils ont
l’habitude d’agir ainsi, ou parce que c’est obligatoire ou c’est naturel.
Les anthropologues et psychologues se focalisent sur l’entrepreneur
: ils étudient ses traits de personnalité, ses motivations, ses attitudes, ses
comportements, ses choix : l’entrepreneur type a un fort besoin de réalisation
personnelle, il a confiance en lui, il veut être autonome et indépendant, il aime
les risques modérés, et il est plein de motivation et d’énergie.
Les économistes mettent en exergue la fonction d’entrepreneurs
(leur métier) ainsi que le rôle qu’ils jouent dans la croissance économique.
L’entrepreneur est un preneur de risque, il s’engage de façon ferme vis-à-vis d’un
tiers, sans garantie de ce qu’il peut en attendre. C’est aussi celui qui combine les
facteurs de production pour créer une utilité nouvelle. C’est un décideur et
coordonnateur de ressources rares. Schumpeter voit en lui la fonction
d’innovateur et de gestionnaire du changement, son rôle est de reformer ou de
révolutionner la routine de production en exploitant une invention ou plus
généralement une possibilité technique inédite.
Les gestionnaires, enfin, s’intéressent à l’entreprise et à son
processus d’émergence. L’accent est mis sur le caractère complexe et
multidimensionnel de l’acte d’entreprendre. L’entrepreneuriat est considéré
comme un processus complexe de détection et d’exploitation (via la création
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 39 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
d’organisation) d’une opportunité et l’entrepreneur comme l’initiateur de ce
processus.
D’autres chercheurs inscrivent l’entrepreneuriat dans le cadre de la
dialogique individu/création de la valeur. Enfin, l’entrepreneur est considéré
comme un créateur persistant, impulsant en permanence une organisation. En
l’absence d’impulsion permanente (plus de veille, refus d’exploiter des
opportunités éventuelles, refus d’innover ou de créer de la valeur), il perd de
facto ce statut précieux, car incapable de satisfaire durablement ses parties
prenantes.
Face à ce clivage du champ de l’entrepreneuriat, Hernandez et
Marco notent que celui-ci restera constamment menacé d’éclatement et pourra
même disparaître et ce, malgré la profusion de travaux empiriques qui ne
cessent de voir le jour.
Ils précisent que les chercheurs plus intéressés par l’aspect création
d’entreprise iraient naturellement vers le champ de la petite entreprise, ceux
plus intéressés par l’innovation iraient vers le champ du management
stratégique, plus particulièrement le secteur de l’innovation, et ceux plus
fascinés par les caractéristiques de l’entrepreneur et de la société à laquelle il
est issu iraient vers la psychologie ou la sociologie.
Pour offrir un cadre minimal d’accumulation des connaissances et
faire progresser ce champ, les chercheurs doivent approfondir leur réflexion
théorique dans le cadre des paradigmes unificateurs : « Il ne faudrait pas
cependant croire à un paradigme unique », car l’entrepreneuriat a moins besoin
de ce dernier que de l’unité de sa communauté.
III.2. Principaux paradigmes en entrepreneuriat
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 40 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
L’expansion de l’usage du terme « entrepreneuriat », de son verbe
« entreprendre » et de son adjectif « entrepreneurial » dans la pratique et la
politique a pu contribuer à une certaine confusion. Il n’est pas déraisonnable de
considérer qu’une firme doit entreprendre ou qu’un individu puisse posséder un
tempérament entrepreneurial (esprit d’entreprise). Ces différents concepts
renvoient-ils à des actions relevant toujours de l’entrepreneuriat ou du domaine
de recherche en entrepreneuriat ?
Il devient alors nécessaire de situer les contours de
l’entrepreneuriat, non pas pour définir ce que l’usage prend de fait, mais pour
permettre, à des niveaux plus ou moins agrégés (paradigmes), une accumulation
dite scientifique des connaissances ». Face à la multiplicité des recherches
disponibles actuellement, il n’est guère difficile d’identifier les chercheurs qui
lient, pour les uns, « entrepreneuriat et innovation »; pour les autres, «
entrepreneuriat et opportunité »; pour d’autres encore « entrepreneuriat et
création de valeur ou de richesse »; «entrepreneuriat et création d’organisation
».
III.2.1. L’entrepreneuriat, c’est la création d’une organisation
Etudier l’entrepreneuriat revient à étudier la manière dont une
organisation vient au monde, en d’autres termes, les activités permettant à
quelqu’un de créer une nouvelle entité plutôt que celles liées au
développement, à la maintenance ou au changement d’unités existantes
(théorie de l’émergence organisationnelle).
Une création réussie est un processus diachronique lié à la capacité
d’apprentissage du créateur, à l’adéquation des ressources financières, aux
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 41 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
fréquents dérapages, à l’évolution de la stratégie en fonction du marché
rencontré.
Ainsi, on peut conclure d’une part que, si l’entrepreneuriat étudie la
création d’organisation, il devrait plus se focaliser sur celles qui réussissent, les
plus intéressantes pour l’environnement économique. Cela constituerait
probablement un pas de plus vers une théorie de l’entrepreneuriat moins sujette
à controverse que les diverses tentatives ayant déjà eu lieu.
L’on propose par conséquent un modèle qui intègre : « les
caractéristiques sociologiques et psychologiques du créateur à tous les niveaux
(comportement entrepreneurial) et l’on considère l’opportunité comme moteur
de la décision de création ; reconnait à la stratégie un rôle essentiel dans la
réussite future de la firme ; met en avant la performance comme condition de
pérennité ; fait apparaître le caractère diachronique de la création avec des
ajustements plus ou moins longs aux opportunités et menaces de
l’environnement ».
Dans les années 1975, l’on expliquait l’évènement entrepreneurial
à travers la combinaison de quatre variables : variable de situation, variable
psychologique, variable sociologique et variable économique selon le modèle de
SHAPERO.
C’est le modèle le plus connu depuis sa mise en œuvre en 1975.
Dans ce modèle, SHAPERO explique la création d’entreprise comme un
phénomène multidimensionnel, c’est-à-dire par plusieurs éléments explicatifs.
En effet, pour analyser le phénomène entrepreneurial, il faut prendre en
compte, en plus des caractéristiques psychologiques du créateur, un certain
nombre de facteurs contextuels.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 42 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
En plus de sa personnalité propre, variable psychologique, trois
autres variables, de situation, sociologique et économique, influent sur le
créateur potentiel et entraînent le déclenchement de l’événement
entrepreneurial. SHAPERO a estimé que les facteurs contextuels sont de trois
ordres : la discontinuité, la crédibilité et la faisabilité.
Figure : Modèle de l’événement entrepreneurial de SHAPERO
DISPOSITION A L’ACTION CREDIBILITE DE L’ACTE
• Motivations • Milieu familial
• Attitudes • Groupes de référence
- Dogmatisme • Environnement local
- Idéologie d’affaires • Environnement organisationnel
- Maîtrise du destin • Essaimage
• Intuitions
Variable Psychologique Variable Sociologique
ENTREPRENEUR POTENTIEL EVENEMENT ENTREPRENEURIAL
Avec son bagage personnel, comme : Création
• Scolarité • Achat
• Expériences • Succession
Variable de Situation Variable Economique
DISCONTINUITE ou DEPLACEMENT
FAISABILITE DE L’ACTE
• Négatifs : « Pushes »
• Main-d’œuvre
• Positifs : « Pulls »
• Ressources financières
• Technologie
• Marchés
• Supports de l’Etat
Etant donné que la compréhension du processus entrepreneurial
tient compte du contexte dans lequel se baigne l’entrepreneur, nous allons plus
nous attarder sur les variables sociologique et économique.
➢ Variable sociologique
C’est la variable qui concerne la crédibilité de l’acte et l’auteur la
considère comme constituant une condition essentielle de la création de
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 43 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
l’entreprise : « pour mettre en place une entreprise qui est nouvelle, différente
et novatrice, vous devez être capable de vous imaginer dans le rôle. C’est-à-dire
que l’acte doit être crédible ».
La variable psychologique renvoie à la disposition à l’action
d’entreprendre, c’est-à-dire à l’attrait que représente la création pour l’individu,
son désir de s’engager dans l’acte (attitudes, motivations personnelles). Dans
cette variable on retrouve les caractéristiques personnelles de l’individu qui sont
censées avoir une influence sur le succès entrepreneurial. L’on se réfère ici à
l’importance que l’environnement social accorde à l’acte d’entreprendre. Ainsi,
cet acte d’entreprendre devient crédible (désirable et désiré) lorsqu’une
complicité s’établit entre la famille, l’école, la cité, l’église et les entreprises
existantes pour accroître l’attitude (l’intention) des individus envers la création
d’entreprise.
La présence d’images d’imitation et d’une culture entrepreneuriale
développée va favoriser le passage à l’acte.
Cette variable sociologique intervient à différents niveaux :
• La famille : la présence d’un parent entrepreneur peut être considérée
comme un facteur réellement discriminant de l’entrepreneuriat dans une
population étudiée. Nous pouvons dire qu’à l’unanimité des chercheurs,
la famille constitue une variable déterminante de la création d’entreprise.
• L’entreprise : l’intrapreneuriat et l’essaimage1 sont encouragés lorsque les
entreprises développent une mentalité entrepreneuriale pour son
personnel.
• Le milieu professionnel : il s’agit ici de l’existence d’une région propice à
l’entrepreneuriat dans la mesure où certains environnements sont plus
1
C’est lorsque les entreprises arrivent à cultiver la mentalité entrepreneuriale parmi leur personnel jusqu’à les
inciter à créer leur propre unité de production (entreprise).
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 44 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
propices à la création que d’autres. Cependant, certains milieux
professionnels sont plus propices à la constitution des réseaux qui ont une
importance incontestable dans la création d’entreprise. Selon José
Arocéna (1984) : « la réussite de la création est une affaire de réseaux.
Beaucoup plus que tout autre considération, la capacité du créateur à se
situer dans l’environnement institutionnel sera la condition fondamentale
de la réussite ». l’on peut ainsi dire comme les autres chercheurs que
l’accessibilité à des réseaux est une variable significative pour prédire les
créations d’entreprise.
• Le milieu social au sens large : Il peut être plus ou moins favorable à la
culture entrepreneuriale. Pour Weber, la religion constitue un
déterminant essentiel dans l’entrepreneuriat en relevant que le
protestantisme aurait favorisé le développement de l’esprit capitaliste. En
outre, il a été remarqué dans les pays développés que les personnes les
plus brillantes sur le plan scolaire ont tendance à se diriger vers la fonction
publique, réputée plus sécurisante, plutôt que de créer leur propre
entreprise.
➢ Variable économique
L’entrepreneur doit disposer de certaines ressources pour créer son
entreprise. Cette variable renvoie à la faisabilité perçue de l’acte d’entreprendre
: le degré avec lequel l’individu se sent capable de créer une entreprise, sa
perception de la présence ou l’absence des ressources pour faire aboutir le
comportement entrepreneurial. La création est faisable lorsque le créateur
potentiel est capable de réunir du capital de démarrage d’activités, trouver une
main-d’œuvre compétente et bon marché, s’entourer d’une équipe de
collaborateurs compétents et accéder au marché.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 45 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
La faisabilité de l’acte dépend de six types de ressources, appelées
aussi les 6 « M » de l’entreprise : Money, Men, Machines, Materials, Market,
Management. Parmi ces ressources, le modèle de SHAPERO a retenu les
suivantes :
• Capital : parmi les ressources précitées, on met souvent l’accent sur le
capital de départ. La disposition d’un capital financier de départ
encourage l’entrepreneuriat. Lorsque le créateur n’a pas les fonds
suffisants pour démarrer, il rencontre les plus grandes difficultés pour
trouver le capital manquant. En d’autres termes, un entrepreneur ne
disposant pas des moyens financiers nécessaires rencontrera plusieurs
difficultés.
• Main-d’œuvre : la présence de la main-d’œuvre qualifiée dans la zone
d’implantation est un facteur qui favorise l’entrepreneuriat. Le coût de la
main-d’œuvre est déterminant dans la délocalisation de certaines
entreprises, car dans la zone où la main-d’œuvre est bon marché, il y a
accroissement du taux de création d’entreprise.
• Encadrement compétent : trouver un encadrement compétent est
également difficile pour une jeune entreprise car souvent elle ne peut pas
offrir à ses cadres les mêmes avantages matériels qu’une grande
entreprise.
• Accessibilité au marché : l’existence des marchés ouverts influence
positivement la création d’entreprise.
➢ Variable de situation, la discontinuité ou le déplacement
Ce sont les événements de la vie qui précipitent l’acte
d’entreprendre Généralement, l’on oppose des situations ressenties comme
négatives (situations pushes) par le créateur potentiel (Ex. le déplacement avec
son corollaire la perte de statut social comme incitation à la création
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 46 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
d’entreprises ; l’insatisfaction dans le travail ; le chômage et diverses
discontinuités telles que la sortie de prison, la fin du service militaire, l’abandon
scolaire, la mort du chef de ménage) et celles ressenties comme positives
(situation pulls) telles que la découverte d’un nouveau produit, la possibilité de
financer la nouvelle entreprise, la rencontre d’un future associé etc.
Dans les situations négatives, il peut s’agir de :
• déplacements au sens physique du terme : il y a lieu de relever à ce niveau
qu’il y a la plus grande propension à la création dans le certaines
catégories de populations réfugiées ou déplacées dans la mesure où la
création d’entreprise constitue la seule possibilité d’intégration dans leur
nouveau milieu de vie. L’entrepreneuriat constitue un vecteur stratégique
en vue de favoriser l’intégration des immigrants dans le pays d’accueil,
tant au plan économique que social. Dans cette perspective, l’apport au
pays d’accueil des entrepreneurs immigrants est considérable en termes
notamment de contribution à la croissance économique, au
développement local, à l’insertion de l’économie d’accueil au marché
mondial (les flux commerciaux, financiers et technologiques) dans ce
contexte de mondialisation, à travers notamment la réalisation des
investissements directs étrangers.
• Situations liées à l’emploi : c’est le cas du chômage dû à un licenciement
ou par l’impossibilité de trouver un premier emploi ; insatisfaction dans
le travail, absence de possibilités de promotion, …
• Discontinuités diverses : la fin des études, la sortie de prison, etc.
Les situations positives par contre sont rares. Ces facteurs positifs
peuvent se matérialiser par la découverte d’un nouveau produit ou d’un
nouveau marché pour un produit existant, la rencontre d’un partenaire, d’un
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 47 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
futur associé, une possibilité de financer la nouvelle activité ou la rencontre d’un
futur gros client potentiel.
En dehors du modèle de SHAPERO, Gartner a constaté une
multitude de variances entre les entrepreneurs et entre leurs firmes et a
construit un cadre théorique qui intègre quatre dimensions de recherches :
l’individu, le processus, l’organisation et l’environnement.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 48 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Figure : Modèle multidimensionnel de Gartner (1985)
INDIVIDUS
Besoin de réussite
Lieu de contrôle
Tendance à la prise de
risques
Satisfaction au travail
Expérience professionnelle
antérieure
Parents entrepreneurs
Age
Education
ENVIRONNEMENT
ORGANISATION
Disponibilité de capital-risque
Présence d’entrepreneurs expérimentés
Main-d’œuvre qualifiée
Domination par les coûts
Présence de fournisseurs
Différenciation
Présence de clients ou de nouveaux marchés Focalisation
Influences gouvernementales Le nouveau produit ou service
Proximité d’universités Concurrence parallèle
Disponibilité de terrains et d’équipements Entrée sur le marché par la franchise
Présence de moyens de transport Transfert géographique
Attitude de la population environnante Manque d’approvisionnement
Exploitation des ressources inutilisées
Disponibilité de services de soutien
Contrat client
Condition de vie Devenir une source de recours
Grande diversité de l’emploi et de l’industrie Associations
Pourcentages élevés d’immigrants récents dans la population Licences
Importante base industrielle Abandon du marché
Zones urbaines plus importantes Vente d’une division
Achat favorisé par le gouvernement
Disponibilité des ressources financières
Barrières à l’entrée
Rivalité entre les concurrents existants
Pression des produits de substitution
PROCESSUS
L’entrepreneur identifie une possibilité d’affaires
L’entrepreneur accumule des ressources
L’entrepreneur propose au marché des produits et des services
L’entrepreneur produit le produit
L’entrepreneur construit une organisation
L’entrepreneur répond au gouvernement et à la société
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 49 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Limiter l’entrepreneuriat à la seule perspective de création d’une
organisation conduirait à ignorer un autre résultat aussi important du processus
entrepreneurial, qu’est « la reprise d’entreprise ».
L’autre faiblesse du paradigme de création d’organisation est
d’analyser le résultat du modèle en termes de création ou non de l’organisation
(seul compte le démarrage), sans se préoccuper de résultats obtenus par
l’entrepreneur, des performances de cette organisation nouvellement créée.
Ceci est tout à fait conforme à l’attitude générale, et en particulier
à celle des pouvoirs publics de la plupart des pays, qui consiste à se préoccuper
du nombre d’entreprises créées, voire à mettre en place des mesures pour
soutenir le phénomène et à accorder beaucoup moins d’intérêt à la survie et la
réussite des unités créées.
La pérennité de l’organisation et la persistance entrepreneuriale (la
théorie du comportement entrepreneurial) vont être mobilisées dans les autres
paradigmes.
III.2.2. L’entrepreneuriat, c’est l’innovation
L’entrepreneuriat et l’innovation sont associés depuis que
l’économiste autrichien Joseph. Schumpeter a évoqué la force du processus de
« destruction créatrice », entendu comme le processus par lequel des
entreprises nouvelles, fondées sur des innovations, se substituent à des
entreprises vieillies et routinières.
Cinq types d’innovation sont mis en avant :
• procédés de fabrication nouveaux ;
• les produits et services nouveaux ;
• nouveaux types d’organisation industrielle ;
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 50 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
• nouveaux marchés et
• nouvelles sources d’approvisionnement.
Pour cet auteur, l’innovation permet de discriminer les
entrepreneurs des gestionnaires (non entrepreneurs). Les gestionnaires (les
comptables, financiers, ingénieurs de production) ne font qu’appliquer de
manière routinière des techniques, tandis que les entrepreneurs luttent contre
le goût pour la routine et la tendance à la "bureaucratie". Ces êtres, peu
nombreux, (isolés) capables de parvenir à leurs fins, forment ainsi une sorte
d’élite.
Quant à la motivation de l’entrepreneur, Schumpeter note que
celui-ci est motivé et guidé par la réalisation de bénéfices supplémentaires
générés par les risques pris en innovant et la réussite lorsqu’elle est au rendez-
vous.
Selon les économistes classiques, en raison de la concurrence que
se livrent les entreprises, le profit a tendance à diminuer voire à s’annuler. Pour
Schumpeter, une des stratégies pour un entrepreneur de réaliser un profit malgré
cette concurrence est d’innover. L’innovation dans un nouveau produit le mettra
dans une position de monopole (tant que les autres entreprises n’imiteront pas
l’entreprise innovante). C’est ce monopole provisoire qui finalement va générer
la croissance, car pour préserver cette position de monopole ou la conquérir de
nouveau, le seul secret est d’investir et d’innover.
L’innovation est l’instrument spécifique de l’esprit d’entreprise.
Celle-ci doit apparaître très clairement comme le meilleur moyen de préserver et
de perpétuer l’existence de l’entreprise, comme le fondement même de la
sécurité de l’emploi et de la réussite de chaque manager.
Pour pouvoir innover, l’entreprise doit accepter le principe selon
lequel ses produits actuels, ses services, ses marchés, ses canaux de distribution,
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 51 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
ses processus existants, ses techniques employées, n’ont qu’une espérance de
vie limitée, et même extraordinairement courte. Cette remise en cause est
qualifiée de radiographie de l’entreprise fournit à l’entrepreneur les
informations indispensables pour définir de quelle dose d’innovation a besoin
l’entreprise, dans quels domaines et dans quel cadre temporel.
Parmi les auteurs fortement intéressés par le paradigme de
l’innovation dans le champ de l’entrepreneuriat figurent ceux ayant travaillé sur
les entreprises technologiques. L’innovation, consiste à créer une entreprise
différente de ce qu’on connaissait auparavant, à proposer une nouvelle façon de
faire, à distribuer ou à vendre.
En croisant dans un tableau le paradigme de création d’organisation
et celui de l’innovation, Emile-Michel Hernandez et L. Marco montrent que le
second paradigme mettait déjà en exergue la notion de « l’entrepreneuriat
interne » ou « l’intrapreneuriat ».
L’entreprise existante fera œuvre d’entrepreneur, esprit
d’entreprise (ou management d’entrepreneur) si elle s’organise de façon à être
la première à rendre obsolètes ses produits et ses services sans attendre qu’un
concurrent ne le fasse à sa place. Elle doit être gérée pour percevoir la
nouveauté comme une opportunité et non comme une menace, pour travailler
dès maintenant sur les produits, les services, les processus et les techniques qui
rendront demain différent d’aujourd’hui. Cette entreprise innovante recherche
sans cesse les gens (intrapreneurs) et les unités qui font mieux et différents.
Ainsi vu, entreprendre c’est innover, innover c’est entreprendre,
croyance dont les impacts ont été systématiquement référencés par les travaux
sur l’entrepreneuriat technologique légitimant ainsi cet objet d’étude, certains
chercheurs ont vite soulevé le risque de voir d’autres formes d’entrepreneuriat
être écartées du champ de l’entrepreneurship. Notamment les formes les plus
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 52 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
modestes et pourtant tout aussi importantes et accessibles à des porteurs de
projets aux ambitions ou valeurs plus sociales, voire solidaires. Projets que l’on
qualifierait d’innovants si on adopte une conception plus large de l’innovation
(par ex. valeur, satisfaction nouvelle).
III.2.3. L’entrepreneuriat, c’est la création de la valeur
Le succès des entreprises réside dans leur capacité à réussir
l’équilibrage entre les compétences internes (capacité à innover grâce aux
ressources internes) et les opportunités externes (biens et services répondant
aux attentes du marché). Dans cette perspective, les entrepreneurs couronnés
de succès visent haut. Ils ne se satisfont pas d’améliorer ce qui existe déjà ou de
le modifier mais tentent de créer des valeurs et des satisfactions nouvelles et
différentes. C’est ce changement qui ouvre toujours la voie de la nouveauté et
de la différence. La création de valeur a été empiriquement identifiée comme
l’un des thèmes situés au cœur de l’entrepreneuriat.
L’objet scientifique étudié dans le champ de l’entrepreneuriat est la
dialogique individu/création de valeur. Cette dialogique s’inscrit dans une
dynamique de changement et se définit ainsi : l’individu est une condition
nécessaire pour la création de valeur, il en détermine les modalités de production,
l’ampleur… Il en est l’acteur principal. Le support de création de valeur, une
entreprise par exemple, est la chose de l’individu (1 ère flèche : individu vers la
création de valeur)
La création de valeur, par l’intermédiaire de son support, investit
l’individu qui se définit, pour une large part, par rapport à lui. Elle occupe une
place prépondérante dans sa vie (son activité, ses buts, ses moyens, son statut
social,…), elle est susceptible de modifier ses caractéristiques (savoir-faire,
valeurs, attitude,…).
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 53 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Individu Création de valeur
Pour représenter le champ de recherche en entrepreneuriat, Bruyat
utilise un graphique à deux dimensions, où l’on trouve en abscisse le caractère
plus ou moins nouveau de la valeur apportée et en ordonnée le changement
qu’induit cet apport de valeur chez celui qui en est le promoteur. Pour cet auteur,
l’innovation (réussie) correspond à une situation de forte création de valeur et
celle-ci est supposée apporter un grand changement chez l’individu qui en
bénéficie.
Tout comme dans les autres paradigmes, celui de la création de la
valeur possède ses écueils. Trois écueils méritent d’être soulignés :
- l’exigence de création de valeur n’est pas spécifique à l’entrepreneuriat.
Elle s’impose à toute organisation, car elle en assure la pérennité.
- toutes les initiatives entrepreneuriales ne sont pas créatrices de valeur.
On en a eu un exemple avec les difficultés de nombreuses Start-up qui ont
détruit plus de valeurs qu’elles n’en ont créées. Pourtant, elles relèvent
incontestablement du champ de l’entrepreneuriat.
- la notion de création de valeur s’étend essentiellement dans son
acception financière. Cela ne constitue pas d’objectif principal de
nombreux entrepreneurs, en particulier des demandeurs d’emploi, qui
visent surtout à créer leur propre emploi et à s’insérer socialement.
Toutefois, les tenants de ce paradigme s’accordent à reconnaître
que la notion de création de valeur est présente, plus ou moins dans une idée
entrepreneuriale, mais l’idée de départ est rarement celle qui permet de
valoriser au mieux le potentiel de création de valeur.
III.2.4. L’entrepreneuriat, c’est la détection et l’exploitation d’opportunité
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 54 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Pour les tenants de ce paradigme, l’opportunité constitue le point
de départ incontournable de tout processus entrepreneurial, qui ne peut être
considéré comme tel qu’à partir du moment où les connaissances, informations
et/ou l’expérience de l’entrepreneur potentiel peuvent être mises à profit pour
faire émerger et développer une idée d’affaires intéressante.
Certains auteurs conditionnent le début du processus
entrepreneurial par la détection d’opportunité. Ces derniers auteurs vont même
plus loin pour dire que cette phase constitue l’habileté la plus importante parmi
toutes celles dont doit faire preuve l’entrepreneur à succès. En présentant
l’apport de l’école autrichienne en entrepreneuriat, l’opportunité apparaît
toujours en toile de fond des autres approches de l’entrepreneuriat : traiter de
la question de l’opportunité conduit inéluctablement à s’interroger sur
l’organisation, sur la création de valeur et sur l’innovation.
Le lien entre opportunité et création d’organisation a été révélé
dans la définition de l’entrepreneuriat. Pour Schumpeter, cette notion est
simplement synonyme de l’innovation. L’on voit en cette notion, des occasions
où de nouveaux biens, services, matières et méthodes d’organisation peuvent
être présentés et vendus à un prix plus élevés que leur coût de production
(opportunité de profit).
Les opportunités sont à opposer aux menaces, elles sont le fruit de
changements exogènes qui touchent aux conditions sociales, démographiques,
politiques ou économiques.
Enfin, une opportunité est une imperfection du marché ou un
déséquilibre économique qui peut être exploité par un entrepreneur en
ramenant le marché à son équilibre : bref l’existence d’une demande non ou mal
satisfaite sur le marché ainsi que les ressources requises disponibles.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 55 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Devant cette multitude de définitions, certains auteurs pensent
qu’il est possible de mettre en exergue deux approches ontologiques relatives
aux opportunités. Celle qui voit dans les opportunités une réalité objective,
identifiable en tant que telle : « les opportunités existent indépendamment des
entrepreneurs qui les découvrent ». Et celle qui adopte une perspective
constructiviste avec l’idée que : « l’opportunité est une construction sociale qui
naît des interactions et des confrontations entre un individu et un
environnement ». Dans ce contexte, « l’opportunité se construit dans un
processus d’émergence ».
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 56 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
La figure qui suit résume ces deux approches dominantes sur l’opportunité
Figure n° : les deux tendances sur l’opportunité
Approche objectiviste de l’opportunité Approche subjectiviste de l’opportunité
Entrepreneuriat = Identification + Recherche des infos spécialisées :
Exploitation d’opportunités
1) les opportunités du marché ;
Les opportunités existent déjà dans
2) les menaces environnementales ;
l’environnement, mais elles se présentent
Bref, déséquilibres du marché
rarement aux individus d’une manière toute
prête à l’exploitation
"DO" nécessite un travail de veille
"IO" nécessite un travail de
stratégique (vigilance entrepreneuriale)
recherche et d’investigation
"EO" nécessite la cohérence "
individu-marché- organisation"
Posséder les infos spécialisées : Entrepreneuriat = Détection +
1) les ressources inutilisées ; Exploitation d’opportunités
2) les nouvelles technologies ; Les opportunités sont découvertes
3) la demande non assouvie ; grâce à un processus d’écoute
anticipative des signaux de
4) les mutations politiques et
l’environnement
réglementaires
Individu (groupe d’individus) :
1) Expérience, connaissances ;
2) réseaux des contacts ;
3) moyens financiers ;
Il convient de retenir que la capacité à découvrir et à identifier les
opportunités est l’une des compétences les plus importantes devant être
maîtrisées par un entrepreneur. Cette nécessité de générer des idées nouvelles
porteuses et d’être à l’écoute permanente de l’environnement ramène la
créativité et la veille stratégique à la base même du processus entrepreneurial.
L’importance cruciale de cette première phase du processus de création
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 57 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
d’entreprise devrait se traduire dans les préoccupations des intervenants
sociaux-économiques chargés de soutenir, aider et accompagner les individus
dans leur cheminement entrepreneurial ». Les outils stratégiques mis à la
disposition des entrepreneurs restent plus fortement marqués par un esprit de
résolution de problèmes que celui d’une heuristique de détection et de
repérage. L’ignorance ou le peu d’importance accordé à la reconnaissance de
l’opportunité d’affaires dans certains modèles de création.
Peut-on alors affirmer que tous ceux qui créent des entreprises le
font pour mettre en œuvre une idée nouvelle ou exploiter une opportunité saisie
? Pour tenter de répondre à cette question E-M. Hernandez croise dans une
matrice les deux courants dominant la recherche en entrepreneuriat.
Création d’organisation
Oui Non
I II
Oui Création d’organisation et opportunités = Opportunité mais pas création
Opportunités
d’organisation = intrapreneuriat
entrepreneuriat
IV III
Ni opportunités, ni création d’organisation
Non Création d’organisation mais pas opportunités
= pas entrepreneuriat
= entrepreneuriat ?
Les cases I, II et IV correspondent incontestablement à des
démarches entrepreneuriales.
• La case I est la création ex nihilo d’une organisation pour exploiter une
opportunité, c’est donc un processus d’émergence organisationnel.
• La case II est le développement d’une activité nouvelle au sein d’une
organisation existante, cela relève du comportement organisationnel.
• La case IV, enfin, est malheureusement un cas fréquent : la création
d’entreprise en l’absence d’une véritable opportunité. C’est souvent le fait
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 58 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
de créateurs qui entreprennent plus pour créer leur propre emploi que
pour véritablement exploiter une opportunité bien identifiée.
C’est souvent le fait de créateurs qui entreprennent plus pour créer
leur propre emploi que pour véritablement exploiter une opportunité bien
identifiée. Pour ceux-là le risque d’échec est maximal.
Si l’innovation (y compris la création de valeur) n’est ni une
condition nécessaire, ni une condition suffisante pour qu’un processus puisse
être qualifié d’entrepreneurial, nous nous accordons que la création d’une
organisation et la détection et l’exploitation d’opportunité sont, elles, des
conditions suffisantes mais pas nécessaires.
Malgré la pluralité des paradigmes, il en existe des
complémentarités évidentes. Gartner (1990) montre qu’à la notion
d’entrepreneuriat sont empiriquement associées des dimensions clés telles que
l’innovation, la création d’organisation, la création de valeur…
Le schéma qui suit permet de bien comprendre l’inter relation
existant entre les différents paradigmes :
Figure n° : Présentation des liens entre les quatre paradigmes de
l’entrepreneuriat.
Paradigme de l’opportunité
1
Paradigme de la création
d’une organisation
6 5
4 2
Paradigme de l’innovation Paradigme de la création de
valeur
3
Source : VERSTRAETE T. et FAYOLLE A., 2004
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 59 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Sans pourtant présenter de manière exhaustive les relations entre
les différents paradigmes, VERSTRAETE T. et FAYOLLE A. (2004) ont décelé six
liens que nous avons préféré présenter dans le tableau suivant :
Tableau n° : Description des liens entre les quatre paradigmes de l’entrepreneuriat.
N° Relations entre paradigmes Explications des liens / relations
Opportunité – Création d’une Pour exploiter une opportunité d’affaires, il convient de
1
organisation s’organiser en cristallisant les ressources en une organisation.
L’organisation ne peut exister durablement sans fournir à ses
Création d’une organisation – création
2 parties prenantes la valeur qu’elles attendent et dont elle tire les
de valeur
ressources nécessaires à son fonctionnement.
Lorsque la valeur apportée est importante, une innovation en est
3 Création de valeur – Innovation
souvent à l’origine.
Une innovation peut correspondre à la construction d’une
4 Innovation – Opportunité
opportunité mise sur le marché.
Toute exploitation d’une innovation, à l’instar d’une opportunité,
5 Création d’une organisation – Innovation appelle une organisation et l’existence de celle-ci favorise les
interactions créatives nécessaires à l’innovation.
Une opportunité n’est exploitée que si elle est perçue comme
6 Opportunité - Création de valeur susceptible de dégager de la valeur au moins pour celui qui l’a
identifiée.
Source : Jérôme PIODI LUZOLO à partir des éléments présentés par VERSTRAETE T. et FAYOLLE A., 2004
III.3. Contextualisation de la théorie de l’entrepreneur
Si au départ les concepts entrepreneuriat et entrepreneur étaient
sujets à équivoque au plan sémantique, il apparaît évident au stade où nous
sommes qu’il y a désormais des critères qui les rendent de plus en plus univoque,
du moins en terme de courant de pensée. L’entrepreneur est tour à tour
considéré comme un créateur (ou repreneur) d’organisation, un innovateur ou
agent de changement, un générateur de nouvelle valeur et un agent en quête
d’opportunités. Quelle que soit la définition adoptée, les chercheurs s’accordent
à reconnaître qu’on ne naît pas entrepreneur mais qu’on le devient. Dans cette
perspective, un certain nombre de facteurs génériques influencent l’acquisition
du statut d’entrepreneur : les capacités personnelles et humaines de
l’entrepreneur, ses capacités managériales, sa connaissance du secteur choisi et
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 60 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
son habileté à réunir des ressources nécessaires à la réussite de son projet
entrepreneurial.
Malgré tous ces facteurs corrélés au succès de la démarche
entrepreneuriale, il convient de ne pas perdre de vue que le contexte dans
lequel baigne l’entrepreneur n’est pas neutre quant à son succès ou à son échec.
Comment l’entrepreneuriat s’exprime-t-il en différents endroits du
monde ? Y a-t-il une spécificité de l’entrepreneuriat africain, de l’entrepreneuriat
asiatique, de l’entrepreneuriat européen ou américain ? Ces interrogations
mettent donc en exergue l’impact de la culture sur l’entrepreneuriat. Pour les
chercheurs qui ont réfléchi sur cette problématique, deux niveaux d’analyse
méritent d’être abordés. Le premier niveau insiste sur "un facteur" de la culture
susceptible de discriminer les entrepreneurs opérant dans différents contextes.
Le second niveau par contre adopte une démarche à plusieurs facteurs
discriminants.
III.3.1. Une approche unidimensionnelle de la culture sur l’entrepreneuriat
Les premiers auteurs qui ont utilisé cette approche se sont
intéressés aux relations entre les grandes religions du monde et les formes de
développement économique. En effet, dans une œuvre multidisciplinaire, Max
Weber montre que le développement des entreprises capitalistes s’est nourri de
représentations protestantes. En effet, la conviction des protestants puritains
comme : le dur labeur, fructifier la terre et accumuler de l’argent, le
dépassement, l’abondance matérielle sont des tâches voulues par Dieu. Ces
valeurs selon l’auteur, créent un terreau favorable pour les adeptes qui
consacrent leur énergie à une affaire viable. En appliquant l’hypothèse de Weber
à la religion Islamique, Gary Tribou voit des similitudes entre l’Islam et le
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 61 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
protestantisme. Il défend et soutient l’idée d’un entrepreneur musulman qui
trouve dans sa religion la nourriture spirituelle à son activité économique :
« La philosophie religieuse islamique insiste sur la liberté individuelle, malgré
l’assujettissement de la personne à un invisible qui la transcende ; l’Islam favorise
la propriété, encourage ‘enrichissement économique et la réalisation du bien-
être sur la terre en accord avec la religion ; l’Islam magnifie le travail industriel
ainsi que le commerce ; enfin, l’Islam accepte l’innovation, sauf en matière de
religion, compense l’interdiction de l’usure par l’institution de banques
islamiques dans le financement du risque ».
D’autres chercheurs ont par contre discriminé les comportements
entrepreneuriaux de milieux par rapport à l’image de l’entrepreneur qui y est
véhiculée. En comparant les entrepreneurs d’origine indienne et ceux d’origine
haïtienne de Montréal, Dana montre que les Indiens avaient une conception
différente de l’entrepreneuriat. Pour eux, entreprendre est une activité positive
et recherchée alors que les Haïtiens ont tendance à la considérer comme une
occupation peu digne d’estime envisagée uniquement lorsque l’objectif initial
d’insertion sur le marché ne peut être atteint. Cette valorisation indienne du
statut de l’entrepreneur a été également observée chez les Chinois d’outre-mer
dans l’étude de Gordon Redding: chez les Chinois d’outre-mer, « la propriété
jouit d’un grand prestige, alors que le salariat est jugé dévalorisant ». En
conséquence, ce sont les riches (entrepreneurs) qui peuvent réaliser de la façon
la plus éclatante l’idéal moral de la société et gagner ainsi le respect de leurs
semblables. Relayés par les modes d’encouragement pratique tels que la
socialisation familiale, l’assistance financière ou les stages d’initiation au monde
de l’entreprise, ces traits généraux amplifient la capacité de la société chinoise à
produire des entrepreneurs et à affiner leur qualité.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 62 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
III.3.2. Une approche multidimensionnelle de la culture sur l’entrepreneuriat
Pour les tenants de cette approche, plusieurs facteurs vont
discriminer les cultures d’entreprise nationales. Un certain nombre d’auteurs
ont choisi d’étudier la culture entrepreneuriale sous l’angle de la taxonomie de
Hofstede et d’autres, par contre, ont mis en place leurs propres critères.
1) Les explications basées sur la taxonomie de Hofstede
Il existe une corrélation entre la culture nationale ou régionale et
certaines mesures de l’entrepreneuriat (innovations nationales, le taux de
création des nouvelles entreprises). A partir d’une grille instrumentale, on décrit
quatre dimensions qui permettent de différencier les cultures nationales
d’entreprises :
La première dimension, ce sont les relations entre les individus
(individualiste/collectiviste) : dans des sociétés individualistes, chaque individu
entretient des liens lâches avec les autres (il veille à ses propres intérêts et à ceux
de sa famille immédiate). A l’opposé, dans des sociétés collectivistes, les liens
entre individus sont plus forts (il est soumis aux intérêts collectifs et reçoit en
retour la protection du groupe en cas de menace). Plus une société devient riche,
plus elle évolue vers l’individualiste.
La deuxième dimension est la distance hiérarchique : elle mesure le
degré d’acceptation des inégalités par les membres de la société. Une forte
distance hiérarchique traduirait les sociétés qui acceptent les inégalités
physiques, intellectuelles entre les classes sociales. La réduction de ces inégalités
renvoie à une situation de faible distance hiérarchique.
La troisième dimension est le contrôle de l’incertitude c’est-à-dire
l’inquiétude des membres face à des situations inconnues ou incertaines. Fort
contrôle de l’incertitude, c’est se prémunir contre l’incertain, avoir une vision de
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l’avenir, limiter l’impact des catastrophes. Dans des sociétés à faibles contrôle
de l’incertitude, les individus ne se sentent pas très menacés par l’avenir inconnu
et déploient peu de dispositifs institutionnels pour tenter de les maîtriser.
La quatrième dimension oppose les sociétés "masculines" aux
sociétés "féminines". Dans les sociétés masculines les rôles de deux sexes sont
nettement différenciés (l’homme doit être fort, s’imposer et s’intéresser à la vie
matérielle, tandis que la femme est censée être plus modeste, tendre et plus
concernée par la qualité de la vie). Les sociétés féminines permettent par contre
aux deux sexes de jouer des rôles identiques.
Pour les auteurs qui s’inscrivent dans cette approche, serait propice
à l’éclosion d’aspirants entrepreneurs une culture caractérisée par :
• une faible distance hiérarchique (car tout le monde peut entreprendre,
riche ou moins riche) ;
• un fort individualisme (le besoin d’auto réalisation, intérêt personnel) ;
• une forte masculinité (l’entrepreneuriat c’est plus l’affaire des hommes) ;
• une faible maîtrise de l’incertitude (on prend le risque malgré tout risque
calculé)
2) Les spécificités de l’entrepreneuriat africain
La littérature consacrée à l’entrepreneuriat africain lui attribue un
certain nombre de traits qui le distingue de l’entrepreneuriat asiatique ou
occidental. Ces traits régissent le comportement et les relations sociales de
l’entrepreneur. Nous en avons recensé cinq:
1) Le communautarisme : c’est la tendance à considérer que la terre et les
moyens de production appartiennent à la communauté. Il est souvent admis par
rapport à ce facteur que le système socioculturel des pays africains à l’instar de
celui des asiatiques serait plus communautaire (ou collectiviste) que les
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 64 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
systèmes occidentaux. La manifestation du communautarisme est souvent
qualifiée de « tributariat », pour traduire l’importance de l’influence
communautaire sur l’entreprise dans la culture africaine. L’on fait généralement
état d’un impact positif de la parentèle dans l’apport initial de fonds lors du
démarrage de leur activité et du recrutement de la main d’œuvre. Ainsi, le
management du tributariat, consiste pour l’entrepreneur à faire constamment
des ajustements et des arbitrages entre le respect des obligations
communautaires (échapper au mauvais sort) et l’intériorisation d’impératifs de
rentabilité de ses affaires.
2) La forte implication de la famille : A l’instar du fonctionnement des petites
entreprises en Afrique, la participation des conjoints ainsi que des enfants à la
vie de l’entreprise des migrants est fréquente, mais le plus souvent de nature
informelle. Le parent travaille souvent sans rémunération et sans statut. Il s’agit,
en fait, d’entraide familiale, celle-ci prenant parfois place dès le démarrage des
démarches de création et notamment, au cours de la phase de montage du
dossier et d’accompagnement.
3) Les croyances au domaine magico-religieux : beaucoup d’entrepreneurs
africains pensent que le destin est lié au pouvoir magique, aux fétiches, à la
sorcellerie, aux dieux et à un Dieu. Bref, la réussite sociale ou la carrière au sein
de l’entreprise est fonction des actions occultes. Ce facteur constitue un
véritable frein au développement de l’entreprise ethnique en Afrique.
Cependant la rationalité économique doit être à l’avant plan par rapport aux
critères socioculturels susceptibles de traduire la performance de
l’entrepreneur.
4) L’imbrication de l’économie formelle et de l’économie informelle : si en
Occident le secteur informel apparaît comme un phénomène économique
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 65 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
marginal, en Afrique comme en Asie il devient, par son dynamisme, un
phénomène économique structurel avec lequel il faut désormais compter dans
tout projet entrepreneurial. En effet, l'informel a envahi toutes les activités
économiques. Le secteur bancaire est devenu individualisé, et le chèque ne
constitue plus dans plusieurs pays d’Afrique noire un médium pour effectuer des
transactions.
5) Le faible recours au financement bancaire : Aux côtés des modes de
financement endogènes et des modes de financement externes, figure, en plus
ou moins bonne place, l’accès à des modes de financement informel par le biais
de la tontine dans certains milieux ethniques.
Nous pensons que « l’entrepreneuriat, c’est l’émergence
organisationnelle et sa pérennisation. Et l’entrepreneur c’est l’initiateur de ce
processus complexe qui consiste à détecter et à exploiter les opportunités
d’affaires dans un contexte économique, historique, socioculturel et
technologique donné ».
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 66 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Chapitre IV. PROCESSUS ENTREPRENEURIAL : DE L’IDEE AU PLAN
D’AFFAIRE
À la base de toute création d’entreprise, il y a une idée. Cette idée
peut être la vôtre, ou un concept mis au point par d’autres personnes et que
vous allez développer grâce à des accords juridiques, comme le contrat de
franchise.
Opportunité Vision stratégique
Temps
Modèle d’affaires Plan d’affaires
Idée
IV.1. L’importance de l’idée dans les affaires
Certains créateurs potentiels expriment le désir d’entreprendre
avant même de posséder l’idée pouvant servir de base à un modèle d’affaires.
Une idée n’est rien puisque livrée à l’état brut elle n’est pas exploitable, elle
s’oublie. Pour que le projet ou l’affaire puisse se concrétiser, l’idée doit révéler
une véritable opportunité d’affaires, que nous considérons comme la rencontre
entre une idée et une réalité socio-économique disposée à recevoir l’entreprise.
Ainsi, sans l’idée les affaires ne peuvent s’imaginer.
Tout projet de création d'entreprise commence par une idée.
Qu'elle naisse de votre expérience, de votre savoir-faire, de votre imagination
ou d'un simple concours de circonstance, il s'agit souvent au départ d'une
intuition ou d'un désir qui s'approfondit et mature avec le temps.
Aucune idée ne peut être considérée, de prime abord, comme
supérieure par rapport à une autre dans le domaine de la création d'entreprise.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 67 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Puis, une fois l’idée définitivement retenue, l’idéal est de la coucher
sur le papier dans le détail, d’élaborer une véritable feuille de route pour lister
toutes les étapes à franchir et bien mettre en évidence vos objectifs.
Il existe plusieurs sources de l’idée :
• une expérience antérieure : c’est la principale source d’idées. Le contact
avec les marchés, les clients, les fournisseurs, les concurrents, etc. offre
de multiples occasions de voir d’apparentes opportunités à saisir. Il peut
s’agir de dupliquer l’existant pour son propre compte lorsque le contrat
de travail ne l’interdit pas, de modifier un produit en l’améliorant,
d’exploiter un nouveau produit ou de développer un service
complémentaire à l’activité actuelle de l’entreprise employant l’individu.
Cette dernière peut exploiter l’idée de son salarié. Lorsqu’elle ne souhaite
pas, le salarié peut sortir de l’entreprise, avec éventuellement le soutien
de son employeur (essaimage), pour impulser la sienne.
• Les clients : ils peuvent être considérés comme sources d’idées nouvelles.
Cette source d’inspiration est particulièrement fructueuse en milieu
industriel, où les clients, poussés par une logique économique, sont
souvent capables, en tout cas davantage que leurs homologues du grand
public, de décrire exactement de quel type nouveau de matériel ou de
composant ils ont besoin.
• Une passion : elle fait partie des motivations de nombreux créateurs.
• L’idée inattendue : la vie de tous les jours nous place dans des situations
où il nous semble que les choses pourraient être mieux faites. Est-ce un
hasard, un accident ? C’est plutôt le sens critique, combiné à la créativité
d’un individu, qui sert l’apparition d’idées pour mieux faire les choses.
• L’idée apparaissant lors de la résolution d’un problème : le bricoleur fait
parfois preuve d’ingéniosité pour résoudre les problèmes auxquels il est
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 68 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
confronté. Les situations professionnelles peuvent placer également
devant la nécessité d’imaginer des solutions que les éléments à notre
disposition ne permettant pas de concevoir.
• L’idée rapportée d’un voyage à l’étranger : les personnes qui voyagent à
l’étranger s’étonnent parfois devant un produit ou un service tout à fait
pertinent, pourtant non disponible dans leur pays.
• La recherche délibérée d’une idée : les candidats à l’entreprise ne
possédant pas toujours l’idée de la création souhaitée, peuvent recourir à
différentes sources d’idées :
- La reprise d’entreprise : racheter une entreprise existante livre
d’emblée l’idée par les activités déjà disponibles dans le
portefeuille de l’entreprise. Ces activités sont sources de
nouvelles idées que le repreneur développera éventuellement.
- Les brevets et les licences : certaines inventions ou découvertes
ne sont pas exploitées commercialement par leurs inventeurs.
IV.2. Détecter et évaluer une opportunité
L’opportunité d’affaires est considérée comme un des piliers de la
recherche en entrepreneuriat, au point que certains auteurs ont défini
l’entrepreneuriat comme un processus de transformation d’opportunités en
démarrages d’affaires.
Il faut tester l’idée pour vérifier l’opportunité d’affaires.
L’évaluation d’une opportunité, c’est-à-dire la mesure de l’aptitude d’une idée à
satisfaire plus ou moins durablement les parties prenantes (en premier lieu des
clients) n’est pas aisée pour le néophyte.
Pour déceler une opportunité, il convient tout d'abord de se mettre
dans une disposition d'esprit favorable, se résumant à :
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 69 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
• Avoir en permanence l'esprit critique pour juger :
➢ des situations commerciales présentes,
➢ des réels mérites des positions acquises par certaines entreprises,
➢ des lacunes des systèmes établis,
➢ des défauts des produits ou services offerts, etc.
Les nouveaux concepts de produits, de services ou de prestations
sont souvent le fruit d'une remise en cause ou d'une carence constatée dans
l'offre par rapport aux problèmes rencontrés dans la vie en général.
• Exercer en permanence une grande curiosité intellectuelle : le monde
change vite. Pour en saisir les opportunités encore faut-il rester en prise
avec lui. Cela nécessite une disponibilité intellectuelle importante pour
s'informer, analyser, comprendre, anticiper, voire prédire certaines
évolutions.
• Faire preuve d'une grande ouverture d'esprit et savoir accepter les
apports extérieurs, les savoir-faire ou pratiques différentes qui peuvent
ouvrir de nouvelles possibilités commerciales.
Cette étape passe généralement par l’étude de marché, pour tester
la viabilité de votre projet. Très souvent négligée par le porteur de projet, l’étude
de marché constitue le préalable indispensable à toute création d’entreprise. Et
si les créateurs bâclent souvent cette étape, c’est qu’ils n’en maîtrisent pas
forcément le contenu. Parfois, ils la réalisent même sommairement sans le
savoir.
L’étude de marché a pour objectif de cerner avec précision
l’organisation du secteur économique dans lequel la nouvelle entreprise va
s’insérer, et la place qu’elle envisage de prendre au sein de ce secteur. Celle-ci
dépend du produit, des clients et des concurrents. Dès lors que vous avez mené
cette étude de façon approfondie, vous devez disposer de suffisamment
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 70 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
d’éléments sur l’ensemble de ce mix (produit/clients/concurrents) pour fixer les
objectifs de la nouvelle entité, mesurer la part de marché que vous souhaitez
conquérir et définir les moyens à mettre en œuvre pour atteindre ces objectifs.
Cette étude de marché ne doit pas forcément être très complexe, mais elle doit
principalement faire preuve de bon sens et répondre à des questions simples :
quels types de produits ou de services seront vendus ? Qu’existe t-il déjà sur le
marché ? Quels sont les clients potentiels ? Quelle est la part de marché à
conquérir ? Quel chiffre d’affaires pourra être réalisé ?
Les chiffres alignés, tant en quantité qu’en valeur, permettent de
mieux concrétiser les perspectives et de s’immerger complètement dans le
projet. Cette analyse constitue un outil précieux pour convaincre les futurs
partenaires de l’entreprise, les organismes financiers notamment, mais aussi, si
le projet se situe dans le domaine de la production ou du négoce, les fournisseurs
de matières premières et de marchandises. Il est donc important de mettre en
valeur les travaux et démarches effectués pour l’établir.
IV.3. Concevoir un modèle d’affaire
Lorsque le créateur d’entreprise, rassuré quant à l’existence d’une
véritable occasion d’affaires et sachant qu’il détient les ressources et les
compétences nécessaires pour la saisir, peut avoir la tentation de prendre sa
plume, et sans plus attendre, rédiger dans les règles de l’art le business plan
destiné à partager sa conviction à toute personne utile à son initiative.
Pour convaincre un possesseur de ressources de devenir une partie
prenante, un créateur d’entreprise doit lui montrer la valeur qu’il peut tirer du
projet. Cet exercice de conviction peut être mieux compris grâce au recours à la
théorie des conventions.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 71 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
IV.3.1. Définition et contenu d’un modèle d’affaire
C’est le point de jonction entre un porteur de projet et ses parties
prenantes.
Un modèle d'entreprise est un cadre de travail destiné à la création
économique, sociale et/ou d'autres formes de valeurs. L'anglicisme business
model est utilisé de différentes manières, généralement pour décrire les aspects
principaux d'une activité, incluant objectifs, offres, stratégie, infrastructure,
organisation, pratiques de diffusion ou de distribution, processus et règles de
fonctionnement.
De façon concise, nous pourrons définir le BM comme un exercice
de conviction issue d’une construction intellectualisée d’un projet d’affaires ou
d’entreprise qui réussit à mobiliser divers partenaires que ledit projet élaboré a
besoin pour son développement. En ce sens, on dirait que le projet crée ou a
crée de la valeur pour les Parties prenantes.
Dans son sens le plus élémentaire, un modèle d'entreprise est la
manière affichée et promue par une entreprise pour réaliser ses affaires - qui est
génératrice de revenu. Le modèle d'entreprise énonce la manière dont une
entreprise gagne de l'argent en précisant où (et comment) elle se positionne
dans son ou ses marchés.
L'application d'un modèle d'affaires devrait impliquer la prise en
compte de conventions puisqu'il nécessite une chaîne d'adhésion des diverses
parties prenantes du partage de la valeur du modèle.
Le modèle d’affaires peut être considéré comme le socle de la vision
stratégique d’un entrepreneur ou d’un porteur de projet.
Le modèle d'entreprise durable devrait donc tenir compte à la fois
de l'État (la réglementation), et des parties prenantes qui représentent la société
civile.
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 72 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Le modèle d'entreprise doit tenir compte des attentes et des
intérêts des parties prenantes. Dans cette optique, l'entreprise doit constituer
des communautés d'intérêt.
Ainsi, le modèle d’affaires se repose sur la théorie des Parties
Prenantes et celle des conventions. Leur articulation éclaire l’exercice de
conviction que doit déployer l’entrepreneur pour emporter l’adhésion de
possesseurs de ressources en les transformant en Parties Prenantes. Le
problème majeur d’un porteur de projet de création d’entreprise ou d’un
entrepreneur est de convaincre des possesseurs de ressources d’adhérer à son
projet.
Autrement dit, le modèle d’affaires doit convaincre du potentiel de
chiffre d’affaires et préciser les canaux par lesquels la rémunération de la valeur
apportée au marché parviendra à certaines catégories de PP.
IV.3.2. Conception d’un modèle d’affaires
La compréhension d’un business model peut être plus facile si l’on
réfère au schéma suivant :
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 73 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
Inexistence, aujourd’hui,
Idée
d’un marché pour cette
idée
Repérage, aujourd’hui, d’un marché pour cette idée
Opportunité d’affaires
Pas de Compétences
suffisantes
Compétences mobilisables
BM
Convention Valeur
Accord sur le mode de rémunération
Parties prenantes Désaccord sur le mode
de rémunération
Perception de la Valeur du BM
Possesseurs des ressources Valeur du BM non perçue
Ce schéma peut être résumé comme suit :
Idée d’affaires Opportunité Identification des potentiels
(Offre) d’affaires partenaires du projet Parties prenantes Valeur créée
(Marché / (Possesseurs des
clients) ressources)
Convention
Partant du haut, l’idée doit rencontrer une réalité socio-
économique pour que puissent se réaliser la création ou l’exploitation d’un
marché, à défaut duquel, en absence d’opportunité d’affaires, le processus
retourne à la case de départ. En fait, il ne s’agit pas toujours véritablement d’un
retour en arrière car la confrontation à la réalité fournit bien souvent des
apprentissages intéressants. Mais pour concevoir un modèle d’affaires, c’est-à-
dire aussi modeler l’offre, encore faut-il réunir et exploiter des ressources, et
plus encore des compétences. Celles-ci sont mobilisables, qu’elles soient
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 74 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
possédées en propre par l’organisation ou par des partenaires constitutifs du
système d’offre. Sans ces compétences, le système ne sait offrir ce qui est perçu
comme attendu et deux possibilités émergent alors. La première est de revenir
sur l’opportunité pour en redéfinir les pourtours, même si cela doit parfois
imposer un nouveau travail sur l’idée. La seconde est de patienter en espérant
pouvoir développer ou réunir les compétences nécessaires, sans oublier qu’une
opportunité peut s’exprimer au travers d’une fenêtre temporelle et n’est pas
éternelle.
Mais la compréhension d’un modèle d’affaires ne peut évincer une
lecture ascendante du schéma. Des possesseurs de ressources doivent percevoir
la valeur du modèle d’affaires, c’est-à-dire croire en son potentiel à engranger
suffisamment de chiffre d’affaires. Un possesseur de ressource ne peut se
transformer en partie prenante (stakeholder) s’il ne croit pas possible la
rencontre avec les clients. Mais ce n’est pas suffisant, car il faut encore
s’accorder sur le mode de rémunération de la valeur échangée sur le marché. Un
premier passage obligé consiste à convaincre que les ressources financières vont
effectivement transiter par le canal prévu dans la modélisation. Le second
correspond au partage de cette rémunération, puisque ce qui intéresse les
possesseurs de ressources disposés à devenir des parties prenantes, c’est ce
qu’ils vont gagner à soutenir le projet. Bref, des possesseurs de ressources ne
percevant pas la valeur du modèle d’affaires stagnent à ce stade, et des
stakeholders qui ne sont pas en accord avec la rémunération de la valeur ne
participent pas à la conception du modèle d’affaires qui perd alors de
stakeholders.
La valeur et la convention interviennent à chacune des étapes de ce
processus de modélisation. En reprenant la lecture descendante, le passage de
l’idée à l’opportunité peut être conceptualisé comme la reconnaissance, à la fois,
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 75 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
de la valeur de cette idée et d’une convention sur ce qu’est le marché. Le passage
de l’opportunité au modèle d’affaires suppose de posséder de ressources
valorisables, la convention s’exprimant par la coordination de celles-ci.
Dans une lecture ascendante, tout possesseur de ressources ne
peut devenir partie prenante qu’après avoir été convaincu grâce au déploiement
de l’exercice de conviction par le créateur, c’est-à-dire l’explicitation de la
convention d’affaires qu’il propose. Cet exercice de conviction portera, d’une
part, sur la valeur du modèle d’affaires et, d’autre part, sur le partage de cette
valeur. Ces efforts de la part du créateur appellent une prestation orale, c’est-à-
dire une rencontre avec les possesseurs de ressources destinées à en faire des
parties prenantes, et accompagnée d’un document écrit, puisqu’une convention
à l’œuvre dans le monde des affaires est de réaliser un plan d’affaires.
Ainsi, les questions suivantes peuvent permettre de construire un
modèle d’affaires
1. Disposez-vous d’une idée d’affaires? (offre d’un produit ou d’un service
nouveau ou à développer)
2. Cette idée, comment se définit-elle? (conceptualisation)
3. Existe-t-il un marché ou des clients pour cette idée? Savez-vous les identifier
et les localisez? (opportunité d’affaires)
4. Disposez-vous des compétences nécessaires pour la mise en œuvre de cette
idée? (adéquation homme/projet)
5. Avez-vous identifié et localisé les potentiels partenaires pour votre
idée/projet? (possesseurs des ressources)
6. Y en a-t-il qui adhère déjà à votre idée? (Parties prenantes)
7. Si oui, que leur avez-vous proposé comme rémunération? (Valeur créée)
8. Avez-vous préalablement conclu un marché avec eux? (Convention)
2021-2022 On ne naît pas entrepreneur, on le devient - 76 - Devenir entrepreneur, est un choix professionnel
IV.4 Elaborer un plan d’affaires
L’élaboration d’un plan d’affaires ne doit pas être envisagée comme
une contrainte, mais comme une occasion de préciser sa vision stratégique, qui
est par nature transversale.
IV.4.1. Notions et définition
Pour construire un plan d’affaires cohérent, il y a lieu de construire
avant tout son modèle d’affaires qui fixera préalablement les valeurs créées pour
les possesseurs des ressources à qui l’entrepreneur présentera le plan. Comme
pour dire que le plan d’affaires contient le BM et s’y appuie pour se faire
accepter.
Un plan d’affaires, ou simplement plan d'entreprise, est un résumé
de la stratégie d'entreprise, des actions et moyens qu’un entrepreneur ou un
cadre compte mettre en œuvre dans un projet entrepreneurial afin de
développer au cours d'une période déterminée les activités nécessaires et
suffisantes pour atteindre des objectifs visés.
Le plan d’affaires est la forme écrite de l’exercice de conviction
communicant la vision stratégique du porteur de projet (porteurs de projet) et
montrant que le modèle envisagé peut générer suffisamment de valeur
partageable pour être soutenu par la partie à laquelle le document est adressé,
et dont des ressources sont attendues. Il inscrit le projet dans le temps par
l’explicitation des ressources nécessaires et employées pour atteindre les
objectifs et, ainsi, réaliser la vision.
Il formalise par écrit le Business model de l’entreprise ou du projet
d’entreprise. Pour construire un plan d’affaires cohérent, il y a lieu de construire
avant tout son modèle d’affaires qui fixera préalablement les valeurs créées pour
les possesseurs des ressources à qui l’entrepreneur présentera le plan. Comme
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pour dire que le plan d’affaires contient le BM et s’y appuie pour se faire
accepter.
Le plan d’affaires est rédigé tant pour un usage interne pour le
management ou la planification que pour communiquer à l’extérieur et
convaincre les banques d’accorder des financements ou le capital risque
d’investir dans l’entreprise.
Un plan d’affaires est souvent conçu à l'occasion d'une création
d'entreprise, ou de la mise en place d'une phase de développement important
et sera alors l'outil de base pour chercher des financements. Il constitue un
instrument typologique de management prévisionnel de synthèse qui quantifie
avec le plus de précision possible les conséquences des décisions prises lors
notamment de la création d’une entreprise, du développement d’un projet, de
l’extension géographique d’un projet, de la relance des affaires en difficultés…Et
d’une manière générale, l’élaboration d’un business plan s’impose lorsqu’il faut
simuler des situations ayant des conséquences financières dans le futur.
IV.4.2. Rôle et importance du plan d’affaires
Le rôle premier du plan d’affaires est de conforter le créateur sur la
faisabilité de son projet, notamment sur l'aspect financier : rentabilité,
cohérence du plan de financement, etc. ». Pour cela, il intègre sur un même
document les éléments constitutifs du projet et les met en adéquation avec des
facteurs extérieurs tels que le marché, la clientèle, les données financières, la
communication, etc. S’il n’existe pas de présentation idéale, un plan d’affaires
doit traduire le projet en termes d’objectifs chiffrés tout en présentant les
moyens pour le réaliser.
Ensuite, « un plan d’affaires sert à compléter le dossier fourni au
partenaire banquier en vue de l'obtention du financement nécessaire ». En
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présentant ainsi sa démarche, on dispose de l’outil de communication idéal pour
convaincre les investisseurs. Inutile, donc, de jouer les créateurs passionnés. S’il
est clair, concis, complet et cohérent, un plan d’affaires a toutes les chances
d’être performant.
Toutefois, il convient de retenir qu’un plan d’affaires n’est pas un
document rigide. Il doit pouvoir évoluer en fonction de la conjoncture du
moment et s’adapter à ses interlocuteurs. Car il sert aussi à présenter son projet
à l’ensemble des partenaires du projet (actionnaires, clients, personnel, etc.).
Enfin, plus qu’un simple dossier, « un Business Plan sert de tableau
de bord dans le suivi de l'entreprise lors du démarrage de l'activité ». « Véritable
reflet d’une réflexion, il fixe les priorités sur la base d’objectifs quantifiés,
planifiés et mesurables ». Un bon moyen d’éviter les causes d’échec les plus
fréquentes en matière de création de projet comme celle de ne pas allouer les
ressources là où elles sont vraiment nécessaires.
Cela devant être fait rapidement c’est-à-dire que le document doit
être concis, concret, cohérent et hiérarchisé. Le document doit en outre être
clair et lisible pour en faciliter l'accès à tout type de lecteurs, il doit également
pouvoir s'adapter au type de lecteur en apportant des sections particulières
adaptées aux différents types de partenaires. Selon que le lecteur désire ou non
des détails il peut approfondir ou non sa lecture. Le plan d’affaires doit
impérativement être honnête car un mensonge se détecte et ruine une relation
et le document doit inspirer confiance. Enfin un plan d’affaires doit être sobre et
éviter les effets de style qui ne servent pas le contenu.
Le business plan est principalement élaboré en vue d’informer et
surtout de convaincre les différents partenaires ou interlocuteurs (banquiers,
investisseurs, clients, fournisseurs …) intéressés par lesdites opérations en vue
de créer confiance et synergie autour du projet. Pour ce faire, il doit être
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suffisamment riche sur le plan quantitatif et qualitatif ; il inclut à cet effet les
éléments du plan de financement et d’investissement et du plan de trésorerie
ainsi que les documents de synthèse prévisionnels …
Il constitue une manière pour l’entreprise de mettre sur papier ce
qu’elle veut et où elle va, mais aussi, d’avoir les moyens de vérifier les
hypothèses, de contrôler la gestion et de corriger le tir quand l’activité tourne. Il
va donc traduire par écrit la vision de l’entrepreneur, des dirigeants, du
management et toute l’entreprise ainsi que la charpente dont elle dispose déjà
ou qu’elle compte se donner. Le B.P permet d’éviter une navigation à vue et doit
garder pour ce faire, une souplesse d’adaptation
Au moment de la création d’entreprise, le B.P permet :
▪ La validation de la faisabilité financière
▪ La conviction des futurs actionnaires
▪ L’obtention des financements
Critères d’élligibilité :
- Secteur d’intervention
- Nature de financement (investissement ou l’exploitation).
- Montant à financer
- Modalités de remboursement (durée, taux …)
- Gage ou garantie
Dans la gestion courante de l’entreprise, le B.P est important dans la
mesure où il permet la coordination de l’action à moyen terme et la
communication à l’intérieur de l’entreprise.
CONTENU-TYPE D’UN BUSINESS PLAN
Un business plan d’un projet bancable comprend généralement
deux volets importants :
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I. Présentation de l’entreprise (promoteur) et du projet
1.1. La page titre, nom et logos de l’entreprise
La présentation de l’entreprise doit être brève et doit avoir au maximum
deux pages.
1.2. Nom et coordonnées du responsable du projet
1.3. Nom et coordonnées de la personne qui a élaboré le plan du
développement d’affaires
1.4. Résumé du projet
- le secteur dans lequel le projet va évoluer
- études des marchés menées
- objectifs de vente fixés
- bénéfices prévisionnels, besoin de financement
- sources de financement et brève description de l’équipe de direction du
projet
Table des matières
II. Description détaillée du projet
Description du projet
- Caractéristiques du projet
- Secteur d’activités et son évolution
- Technologie appliquée
- Etude de l’environnement
- Diagnostic des forces et faiblesses de l’entreprise
Equipe de direction
- Présentation de dirigeants et leurs compétences
- Répartition des tâches et des responsabilités
- Evaluation des forces et faiblesses de l’équipe (l’on peut faire mention de
la présence des conseillers externes)
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Plan marketing (étude du marché et stratégie de mise sur marché)
Ressources matérielles
- Emplacement retenu
- Matériel et équipement requis
- Aménagement du lieu
- Gestion et contrôle des activités de production
- Calendrier d’organisation
Ressources humaines
- tâches à accomplir
- besoin en ressources humaines
- organigramme
- politique de formation
- plan de carrières des employés
Ressources financières
- Besoins financiers
- Coût du démarrage du projet
- Exploitation prévisionnelle (seuil de rentabilité si possible)
- Bilan prévisionnel et plan de trésorerie
- Moyens financiers (fonds propres, subvention, emprunt et modalités de
remboursement)
Dimension organisationnelle
- Statut juridique
- Obligation du promoteur des autres actionnaires
- Brevet, licence, autorisation et permis à obtenir
- Implication juridique liée à l’implantation ou à l’expansion du projet
Conclusion (il faut chercher à faire ressortir les points forts afin d’attirer le
bailleur de fonds)
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Chapitre V. Survie et performance de l’entreprise créée
La base de la survie et de la croissance de PME passe par la théorie
de 3E (Entrepreneur, entreprise et l’environnement).
V.1. Notions sur l’entreprise
L’entreprise est un agencement dynamique et durable d’hommes,
de moyens techniques et de capitaux, organisés en vue de l’exercice d’une
activité économique débouchant sur la réalisation d’un produit brut, permettant
d’attribuer des revenus bruts ou nets à tous ceux qui ont concouru à sa
réalisation.
L’entreprise est une unité économique et juridique qui a pour
principale fonction la production de biens et services destinés à être vendus sur
un marché. L’activité d’une entreprise peut être décomposée en deux phases
distinctes :
❖ l’activité productive, c’est à dire la création de biens ou services.
Par l’opération de production, l’entreprise transforme des flux d’entrée
(Inputs) en flux de sortie (outputs).
Les inputs peuvent être classés en trois catégories :
- Le travail fourni par le personnel de l’entreprise
- Le capital technique : bâtiments, matériels, etc.
- Les consommations intermédiaires : matières premières, produits
semi-finis, énergie…..ou les services (publicité, transport, etc.)
incorporés au processus de production.
❖ l’activité de répartition des richesses en contrepartie des biens ou
services.
La contrepartie de l’activité de production de l’entreprise se traduit par la
vente. Le produit de cette vente doit permettre à l’entreprise de :
- rémunérer les facteurs de production ;
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- payer ses charges sociales et fiscales ;
- réaliser un surplus destiné à assurer son avenir.
Une fois les richesses créées, l’entreprise distribue les rémunérations aux
agents qui ont participé à la réalisation de la production. Ainsi :
- les employés perçoivent des salaires ;
- l’Etat, les organismes sociaux reçoivent les impôts et les cotisations
sociales;
- les prêteurs reçoivent des intérêts ;
- les apporteurs de capitaux reçoivent les dividendes ;
- l’entreprise garde pour elle les revenus non distribués.
Par ailleurs, l'entreprise ne vit pas en vase clos : elle est active dans
un environnement mouvant, dont elle subit généralement plus qu'elle
n'influence le comportement.
V.2. L’environnement de l’entreprise
L’environnement de l’entreprise est l’ensemble des facteurs
extérieurs à l’entreprise et qui ont une influence sur elle.
On distingue :
1° le macro-environnement : environnement général de l’entreprise qui intègre
les aspects sociologiques, économiques, juridiques, techniques … tant nationaux
qu’internationaux.
Une entreprise qui décide de lancer, par exemple un nouveau
produit doit savoir que la demande future est fonction de multiples facteurs.
• Démographiques : Structure par âge, natalité, mortalité, projection future
de la pyramide des âges…
• Culturels : État et évolution, des valeurs et des croyances, niveau
d’éducation…
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• Juridiques : Règlement, interdiction, conditions de garantie, conditions de
vente,….
• Economiques : Croissance économique, évolution des prix, politiques
économiques de l’Etat (impôt, taux d’intérêt…)
2° le micro-environnement : environnement spécifique de l’entreprise constitué
de ses clients, de ses fournisseurs, de ses sous-traitants, de ses concurrents…Il
est constitué par ses partenaires sur le marché. L’entreprise désirant connaître
son environnement spécifique doit apprécier les différents aspects le
concernant. Cette étude de l’environnement spécifique constitue le contenu
essentiel des études de marché réalisées par les entreprises.
Les composantes suivantes sont plus particulièrement analysées
dans l’environnement externe de l’entreprise :
• les clients et les fournisseurs de l'entreprise,
• le marché de l'emploi,
• les concurrents, en termes de produits similaires et de produits de
substitution,
• les Pouvoirs Publics,
• la technologie et l'environnement.
Clients
Marché Fournisseurs
du travail
Entreprise
Pouvoirs Concurrents
Publics Marchés
Technologie
financiers
& bancaire
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Les questions du devenir et de la performance, lorsqu’elles
s’appliquent à une nouvelle entreprise, sont en réalité liées, car être en vie au
bout de quelques années équivaut déjà à avoir franchi le cap toujours difficile de
la période de démarrage. Quel que soit l’indicateur choisi, la recherche des
facteurs explicatifs de la réussite ou de l’échec constitue une interrogation
majeure, tant son importance est grande à la fois pour les décideurs publics et
privés concernés par les enjeux de la création d’entreprise.
L’entreprise a une vie qui évolue selon un cycle de vie qui va de la
création à la disparition. La période de démarrage est relevée comme critique
principalement en raison de la fragilité inhérente à l’entité créée, sa jeunesse
présente un risque majeur qui engendrerait les problèmes les plus cruciaux à
résoudre : comment effectuer les transactions avec des acteurs inconnus
auparavant, et obtenir des parts de marché aux dépens des entreprises établies.
Peu de temps après son démarrage, le créateur est confronté à des
problématiques qui ressortent de logiques classiques de gestion et il n’est pas
épargné des obstacles qui jalonnent le parcours des entreprises établies. Comme
elles, il faut s’insérer dans un cycle d’activités, accepter l’engrenage commun à
toute entreprise qui consiste à fournir des résultats conformes à ses prévisions,
et de nature à satisfaire les attentes parfois contradictoires des parties
prenantes impliquées dans son projet.
La survie de l’entreprise naissante dépend de l’accomplissement de
tâches telles que : respect des délais, bonne exécution des commandes,
accomplissement à temps de formalités administratives, etc.
Le créateur doit surmonter deux difficultés :
- la première correspond aux problèmes spécifiques à la période
de création
- la seconde renvoie aux problèmes inhérents à toute entreprise.
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Le créateur doit être un entrepreneur et un manager pour assurer
la performance de l’entreprise créée.
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Bibliographie sélective
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