Tfe Lea Labat
Tfe Lea Labat
Je tiens également à remercier, ma famille, mes amis de Paris et de Bayonne pour leur
soutien et leur temps passé à relire ce mémoire.
Je remercie les professionnels qui m’ont aidée lors de l’élaboration de cet écrit pour
les précieuses informations qu’ils ont pu m’apporter.
Table des matières
Introduction
2. Cadre conceptuel
2.2 L’éthique
2.2.2.2 L’hôpital
7|
2.2.3 Les différents contextes éthiques rencontrés en santé
2.2.3.2 La procréation
2.2.3.3 La Transplantation
2.2.3.4 La culture
8|
2.2.3.3 La démarche éthique
2.3.1 Définition
2.3.2 Intrication entre l’éthique et la qualité des soins
3. Enquête de terrain
Conclusion
Bibliographie
9|
Annexes
Résumé et Abstract
10 |
Introduction
La formation en IFSI demande d’appliquer « les principes éthiques dans des situations
de soins posant un dilemme, utiliser un raisonnement et une démarche de questionnement
éthique dans le contexte professionnel et évaluer les conséquences de la notion de
responsabilité professionnelle1 » ceci permettant aux étudiants « de prendre des décisions
mesurées, centrées sur le sens et les finalités de l’action, tout en considérant les limites de
leur responsabilité2 ». Dans cette optique, il est également demandé aux infirmiers diplômés
d’état de participer à des évaluations des pratiques professionnelles dans le cadre de la
certification des établissements de santé3. Cette analyse est l’une des bases structurelles du
soignant et lui permet d’être dans une approche réflexive au cours de sa prise en charge.
L’objet de ma recherche se centre plus particulièrement sur la réflexion éthique par le
soignant et son impact sur ses pratiques et donc sur la qualité des soins en SCD.
Dans ce mémoire, j’ai choisi tout d’abord de contextualiser ma recherche en
définissant la situation de soin, la pratique et l’analyse de pratique professionnelle puis de
développer le concept de l’éthique au travers de son histoire, des situations de soin, de son
ancrage institutionnel et de son application. Par la suite, je me suis concentrée sur le concept
de la qualité des soins et de son intrication avec l’éthique. Lors de cette recherche j’ai pu
rencontrer un professionnel du centre d’éthique clinique, une infirmière travaillant dans une
« Maison des Enfants » et une infirmière d’une équipe mobile de soins palliatifs et
d’hématologie qui m’ont apporté de précieuses informations pour cet écrit et pour ma
soutenance. Parallèlement, j’ai effectué une enquête exploratoire via des entretiens grâce à un
questionnaire semi directif auprès de trois infirmières afin de les questionner sur des points
précis tout en leur permettant de pouvoir s’exprimer relativement librement : la première
travaillant dans un service de médecine pneumologie, diplômée depuis 1981, la seconde issue
du même service, diplômée depuis 2012 et la troisième, diplômée depuis 2015, travaillant
dans un service de chirurgie digestive ; ces trois travaillant dans deux hôpitaux de la région
parisienne. J’ai voulu recueillir des informations auprès de ces professionnelles pour voir s’il
y avait une différence entre une jeune et une ancienne diplômée mais également entre ces
différents services conventionnels.
1
JUNCA-LAPLACE Geneviève. L’approche de la réflexion éthique par les étudiants en soins infirmiers.
2
Ibid.
3
HAUTE AUTORITE DE SANTE. Manuel de certification des établissements de santé V2010. p68
11 |
1. De la situation d’appel à la question de départ
Le lendemain matin, j'étais dans le couloir lorsque j'ai vu Madame B se diriger vers la
nouvelle chambre de Madame G. Elle s'est placée devant la chambre de Madame G, a ouvert
la porte et a regardé à l'intérieur pendant plusieurs secondes. Surprise, je me suis approchée
d'elle et lui ai dit de manière hésitante « Madame B, vous avez besoin de quelque chose ? Que
faites-vous ? » Elle a fermé la porte et m'a dit. « Je voulais prendre des nouvelles de la dame,
ils l'ont changée de chambre hier et ma mère et moi, voulions savoir comment elle allait. »
12 |
Elle m'a regardée avec insistance, je lui ai répondu : « Ah ! D'accord » en continuant la lecture
de ma planification. Elle est restée quelques secondes à côté de moi, puis comprenant que je
n'allais pas répondre à sa question, elle est retournée dans sa chambre.
En ce qui concerne les soignants, l'article 9 du Code Civil4 indique tout d'abord que «
Chacun a droit au respect de sa vie privée ». Ce droit ne s'impose pas seulement comme un
droit du patient mais également comme un droit de tout un chacun. L'article L 4314-3 du
Code de la Santé Publique explique que « Les infirmiers et infirmières et les étudiants des
instituts de formation [….] sont tenus au secret professionnel [...]5 » par ailleurs l'article
R4312-2 précise que l'infirmier « respecte la dignité et l'intimité du patient et de sa famille6 »
et le R 4312-4 indique que le secret professionnel « Couvre non seulement ce qui lui a été
confié, mais aussi ce qu'il a vu, lu entendu, constaté ou compris 7 ». Les soignants et les
étudiants en soins infirmiers ont le devoir de prendre des précautions afin de protéger le secret
professionnel et la vie privée du patient. Faire les transmissions dans le poste de soin, les
portes fermées par exemple. Le problème est qu'il est parfois difficilement applicable lorsque
les patients se trouvent dans une chambre double. Il est souvent impossible de faire sortir un
patient de la chambre (patient grabataire, dormant, repos lit strict, etc.) quand l'on s'occupe de
l'autre et inversement. Il est donc logique que Madame B soit partiellement consciente de
4
Légifrance.fr Article 9 du Code Civil, Titre 1er : Des droits civils.
5
Legifrance.fr Article L 4314-3 du Code de la Santé Publique. Chapitre IV : Disposition pénale.
6
Legifrance.fr Article R4312-2 du Code de la Santé Publique. Sous-section 1 : Devoirs généraux.
7
Legifrance.fr Article R4312-4 du Code de la Santé Publique. Sous-section 1 : Devoirs généraux.
13 |
l'état de santé de Madame G malgré la non divulgation directe du secret. Il est également fort
probable que les patients discutent entre eux de leur état de santé.
Par ailleurs, l'article 226-13 du Code Pénal indique que « La révélation d'une
information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire […] par profession
[….] est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende8 ». Comme la
personne qui essaye d'obtenir un secret professionnel, le détenteur du secret encourt lui aussi
une peine pénale. De plus, le soignant peut encourir également une poursuite disciplinaire : la
révélation d'un secret professionnel constitue une faute professionnelle appelant une sanction
de la part de la chambre disciplinaire. Cette dernière déterminera si la faute est avérée ou non
et en appliquant l’article L 4124-6 du Code de la Santé Publique prévoit les peines possibles
suivantes : avertissement, blâme, interdiction temporaire avec ou sans sursis, radiation du
tableau. Nonobstant, lorsque l'on travaille dans la fonction publique, une sanction
administrative (de la part de l'employeur) peut se rajouter aux deux autres9.
En outre, le secret professionnel est un secret qui est partagé entre les professionnels
de santé ; c'est grâce à lui que la continuité des soins est possible. J'ai narré la scène à
l'infirmière référente de ce secteur qui m'a simplement dit : « C'est une situation délicate et
c'est gênant vis-à-vis de Madame G ». Nous n'avons pas cherché à approfondir la situation sur
le moment.
En ce qui concerne les patients, la loi du 4 Mars 2002 relative aux droits des patients
indique dans son article L. 1110-4 que « Toute personne prise en charge par un
professionnel, un établissement, un réseau de santé [...] a droit au respect de sa vie privée et
du secret des informations la concernant10 ». La jurisprudence assimile la chambre d’hôpital
comme un lieu privé, le patient peut refuser des visites11. Sachant que Madame G ne pouvait
pas formuler d'accord en ce qui concerne la présence de Madame B dans sa chambre, l'on peut
dire que dans cette situation la vie privée de Madame G a été mise à mal du fait que Madame
B ait regardé à l'intérieur de la chambre. Parallèlement Madame G aurait pu accepter la visite
de Madame B.
8
Légifrance.fr Article 226-13 du Code Pénal. Paragraphe 1 : De l'atteinte au secret professionnel.
9
Ordre-infirmier.fr La sanction disciplinaire.
10
Legifrance.fr Loi du 4 Mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé.
11
FEDERATION HOSPITALIERE DE FRANCE, La protection juridique de l'intimité.
14 |
Il s'agit d'une situation où le pronostic est grave « le secret médical ne s'oppose pas à
ce que la famille, les proches de la personne malade ou la personne de confiance définie à
l'article L 1111-6 reçoivent les informations nécessaires destinées à leur permettre d'apporter
un soutien direct à celle-ci, sauf opposition de sa part12. ». De ce fait, la loi permet au
soignant de cibler l'information pour la famille ou les amis pour leur permettre d'affronter la
situation avec clairvoyance. Ainsi, Madame B n'étant pas de la famille ou des amis, il n'est
pas possible de lui délivrer des informations d'un point de vue juridique sur l'état de santé de
Madame G Par ailleurs, si elle tente d'obtenir des informations qui sont protégées par le
secret professionnel, elle encourt une peine pouvant aller jusqu'à « un an d'emprisonnement et
de 15 000 € d'amende13 ». La loi protège donc les patients en leur garantissant le maintien de
leur secret professionnel par les soignants, mais punit également toute personne essayant
d'obtenir une information contenue dans le secret professionnel. La loi confirme donc qu'il est
impossible de divulguer des informations sur l'état de santé d'un patient à un autre patient et
qu’aucun patient n'est autorisé à regarder dans la chambre d'un autre patient, sans son accord,
au nom du respect de la vie privée.
12
Legifrance.fr Article L 4314-3 du Code de la Santé Publique. Chapitre IV : Disposition pénale.
13
Ibid.
14
ABBADI Kamel (sous la dir.) Tout sur l'UE 4 - Sciences et techniques infirmière, interventions – Diplôme
d’état Infirmier – IFSI. Définition de l'intimité par BATES Alan.
15
WESTIN A. S. in FORMARIER, M. ; JOVIC et al. Les concepts en sciences infirmières. (Concept d'intimité).
15 |
cultures : ce qui est de l'ordre de l'intime pour l'un ne l'est pas forcément pour l'autre. Certains
peuples ont un rapport à l'autre très tactile naturellement alors que d'autres peuples non. Ainsi,
peut-être que Madame B ne pensait pas être intrusive mais se sentait simplement préoccupée
par l'état de santé de Madame G.
Par ailleurs, Madame B a aussi eu un AVC et elle connaît bien cette pathologie. Cela
a pu créer un lien supplémentaire entre les deux femmes. Ce lien a été défini par HALL (un
anthropologue américain et un spécialiste de l'interculturel) comme la proxémie : « c'est la
notion de relation avec les autres […] distance physique et psychologique, une étude de
l'organisation et de l'utilisation de l'espace16 ». La distance physique mis entre les individus
est différente suivant les cultures et les relations des individus. À l'hôpital, l'espace entre deux
personnes vivant dans la même chambre est réduit et peut rentrer dans le cercle de la distance
personnelle17. La distance physique réduite a pu favoriser un rapprochement psychologique
entre Madame B et Madame G. Madame B a peut-être eu envie de prendre soin de Madame G
d'une part parce ce qu'elle recevait peu de visites de sa famille et amis, alors que Madame B
en recevait tous les jours. D'autre part, ces deux femmes traversant en même temps une
période de maladie, leur distance psychologique a pu en être réduite.
Par ailleurs, ces interprétations de situation peuvent être tout simplement liées entre
elles et faire partie d'un tout. Madame B a sûrement choisi d'agir grâce ou à cause de ces trois
points : l'inquiétude, sa perception de l'intimité et la proxémie qui ont pu être engendrées par
l'hospitalisation. De plus, il est possible que Madame B ait eu d'autres motivations que je n'ai
pas su identifier.
16
HALL E. T. in FORMARIER, M. ; JOVIC, L et al. Les concepts en sciences infirmières. (Concept de
proxémie).
17
Psychologiesociale.com, La proxémie.
18
AMIEC Recherche Dictionnaire des soins infirmiers et de la profession infirmière.
16 |
dictionnaire LAROUSSE la communication se définit comme « transmettre, donner
connaissance, faire partager à quelqu’un, à un être en relation, en rapport, en
correspondance avec quelqu’un19 ». La communication est composée du langage verbal et du
langage non verbal. Dans cette situation, le langage non verbal indiquait clairement que je
n'étais pas à l'aise avec la situation. En effet, je lui ai tourné le dos et « j'ai regardé ma
planification ». Par ce geste, je lui indiquai que je ne voulais pas poursuivre la conversation
parce qu'elle me gênait. Par ailleurs, le ton de ma voix et une réponse évasive ont pu
également indiquer mon refus de communication.
S'il l'on recherche à comprendre le point de vue de Madame B, l'on peut imaginer que
l’hôpital peut être perçu comme un lieu stressant, bruyant par les patients : il peut être difficile
de conserver son intimité avec toutes les allées et venues des soignants. Historiquement,
l'hôpital (hospice) était un établissement d’assistance, une œuvre de charité pour les plus
pauvres mais aussi un mouroir20. Il est possible que Madame B ait pu penser que Madame G
était sur le point de mourir et que cela était anxiogène pour elle. Le fait d'être confronté à la
dégradation de Madame G a pu déclencher une angoisse de mort chez Madame B. Par
ailleurs, le fait que l'état de Madame G se soit dégradé, cela a pu avoir un impact sur Madame
B, se traduisant par un besoin morbide de voir Madame G. Il s'agit, par l'observation de l'autre
qui se dégrade, de se rassurer sur son état d'être vivant.
En ce qui concerne Madame G, nous avons su par l'équipe des soins palliatifs que
Madame G avait toujours une conscience (partielle ou totale) de ce qui se passait autour d'elle
grâce à sa respiration qui changeait lorsque l'on était amené à lui parler. Il est possible que
Madame G ait compris ce qui était en train de se produire. Si c'est le cas, elle aurait pu
19
DICTIONNAIRE LAROUSSE. Définition du mot communication.
20
FEDERATION HOSPITALIERE DE France. Un peu d'histoire.
17 |
ressentir de la gêne, de la surprise ou bien de la colère. Par ailleurs, il aurait été possible que
la visite de Madame B ait fait plaisir à Madame G parce qu’elles ont pu créer un lien.
Du point de vue des soignants, divers points ont été discutés : la surprise,
l'incompréhension entre autre. Nous nous sommes rendu compte de la délicatesse de la
situation vis-à-vis du respect de la vie privée de Madame G sans pour autant savoir quoi faire
de plus. Par ailleurs, nous n'avons pas cherché à comprendre l’attitude de Madame B sur le
moment. Il est possible que les soignants aient eux aussi utilisé l’esquive comme mécanisme
de défense en ne cherchant pas à aller parler à Madame B de la situation.
En ce qui concerne le comportement du soignant lors de la relation, l'on peut dire que
sur le moment, j'ai été fortement interpellée et heurtée négativement par l'acte de Madame B
et j'ai ressenti cela comme une intrusion dans la chambre de Madame G. Je n'avais pas réussi
à comprendre la raison sous-jacente de la venue de Madame B. Son comportement a heurté
mes représentations en ce qui concerne l'intimité ainsi que la représentation que j'ai du cadre
institutionnel de l'hôpital. Le fait qu'il n'y ait pas eu au préalable, de la part de Madame B, une
demande d'autorisation d’entrer dans la chambre de Madame G auprès de l'équipe soignante a
heurté également ma représentation du soignant « gestionnaire de ses patients », c'est à dire de
celui qui a la responsabilité de ses patients. J’ai été surprise, ce qui m’a également empêché
d’être dans une posture réflexive et de donner une réponse professionnelle à Madame G, Je
me suis sentie démunie, car je ne savais du tout comment répondre à sa question. Par ailleurs,
pour éviter d'entrer en conflit avec Madame B car cela me faisait peur, j'ai utilisé l’esquive
21
CLEMENT Michèle, GAGON Éric, Le comité d’éthique, la vie privée et l’intimité. Interpréter les droits des
usagers.
18 |
comme mécanisme de défense pour ne pas faire face à la situation. La psychanalyste
RUSZNIEWSKI a décrit neuf mécanismes22 de défense dont l’esquive. « Le soignant dévie
les interrogations du malade avec une réponse superficielle. Le malade ne reçoit pas d’écoute
ni de réponse à son angoisse23 ». Un conflit interne s'est créé entre valeur personnelle et
attitude professionnelle ce qui a engendré l'apparition du mécanisme de défense. Cette
réaction soignante est fréquente mais n'apporte pas de réponse au patient. C'est un facteur
frein de la relation. Le problème est qu’un simple mécanisme de défense peut induire une
contre attitude chez le patient comme une perte de confiance en ce qui concerne le
soignant, ce qui peut altérer négativement l'alliance thérapeutique construite auparavant.
L'absence de réflexion induite par le ressenti du soignant fasse à un problème heurtant ses
valeurs et donc son éthique a eu un impact sur la gestion de la situation.
Il est important pour le soignant d'écarter ses idées préconçues et d'aborder chaque
situation avec neutralité et empathie. Dans cette situation, il aurait été possible dans un
premier temps de faire un rappel des règles : d'une part expliquer l'obligation du soignant de
respecter le secret professionnel et d'autre part qu'il doit s'assurer du respect de l'intimité du
patient. Cela permet de restituer le cadre de soin au patient et de lui expliquer pourquoi l'on ne
peut pas lui donner d'information. De cette manière, le patient peut comprendre la raison de
l’absence de réponse directe et cela permet qu'il puisse se sentir écouté. De plus, le fait
« d'implanter » un cadre peut avoir une fonction étayante et donc de rassurer. Dans un second
temps le soignant peut faire preuve d'écoute active et/ou de reformulation pour améliorer la
compréhension de la situation. Dans un troisième temps, après une compréhension de
l'anxiété du patient, une action de réassurance peut être mise en place afin de prendre en
charge l'anxiété sans pour autant trahir le secret professionnel. La surprise et mes a priori ne
22
RUSZNIESWSKI. M. Face à la maladie grave. In PITARD Laurence, PERUZZA Elisabeth, CLARET
Nathalie et le collège national des acteurs en soins infirmiers de la SFAP Soins, de confort et de bien-être,
relationnels, palliatifs et de fin de vie.
23
PITARD Laurence, PERUZZA Elisabeth, CLARET Nathalie et le collège national des acteurs en soins
infirmiers de la SFAP Soins, de confort et de bien-être, relationnels, palliatifs et de fin de vie.
19 |
m'ont pas permis sur le moment d'analyser l'attitude de Madame B et d'adapter mon
comportement en conséquence entre rappel des règles et réassurance.
Il s'impose parfois au soignant d'agir d'une manière qui ne lui est pas habituelle
comme d'adapter son comportement face à une situation qui lui pose problème. Le but
recherché par le soignant est de venir en aide à une personne qui est dans le besoin donc de
faire quelque chose de positif, aller dans le sens du soigné, avec son accord. Or dans ce type
de situation, le soignant peut être amené à s'opposer à l'autre et donc d'aller dans le sens
contraire du patient. À l’hôpital, des comités d'éthique peuvent être appelés à aider à la
résolution de problématique soignante. Ils effectuent des discussions éthiques en équipe
pluridisciplinaire dans le but de trouver une solution grâce aux compromis et aux consensus.
24
Guide de l'ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario « La prévention et la gestion des conflits. »
20 |
1.3 Problématique et question de départ
Les concepts principaux en lien avec cette question qui sera la question de départ du
mémoire sont : l'éthique des soins et la démarche de qualité et son évaluation. L’éthique dans
les soins se caractérise par un questionnement philosophique qui intègre les valeurs et les
normes de notre société en tenant compte des aspects culturels des situations de soin. La
démarche de qualité quant à elle, intègre une analyse personnelle, en équipe ou par
l’établissement de situation de soin, de leurs évaluations avec pour objectif une amélioration
des soins. En partant de cette question, je vais explorer ses concepts qui me permettront
d’enrichir ma recherche et mon questionnement.
2. Cadre conceptuel
En ce qui concerne les analyses professionnelles faites par les infirmiers, deux
catégories peuvent être identifiées : les analyses de situations (de soin) professionnelles et
21 |
les analyses de pratiques professionnelles. Quelle est la différence entre ses deux types
d’analyse ?
Afin de contextualiser cette recherche il est primordial que j’explique ce que j’entends
par situation de soin. Selon le dictionnaire LAROUSSE, une situation est un « ensemble
des événements, des circonstances, des relations concrètes au milieu desquels se trouve
quelqu'un, un groupe ».25 En ce qui concerne le soin, il est important de distinguer le soin, des
soins. « Au pluriel, les soins se rapportent à des actes plus ou moins techniques […] Ils
désignent essentiellement des pratiques par lesquelles on conserve ou on rétablit la santé. Au
singulier, […] c’est agir avec application, minutie, sérieux. […] Il s’agit de porter une
attention particulière à l’autre, de faire preuve de prévenance, de sollicitude26 ». L’on
pourrait dire que le soin se rapporte au concept du care (le prendre soin) et que les soins eux
se rapportent au cure (soigner, traiter).
Une situation de soin est donc une circonstance au cours de laquelle l’infirmier
effectue des actes techniques ou agit avec sollicitude. Elle est la résultante d’une interaction
entre soignant ou les soignants et le patient et/ou les proches. Il peut s’agir d’un évènement à
un instant T ou d’un ensemble d’échanges. Elle comprend donc des soins d’ordre technique et
relationnel.
25
DICTIONNAIRE LAROUSSE. Définition du mot situation.
26
SVANDRA Philippe. L’éthique soignante.
27
DIRECTION REGIONALE DES AFFAIRES SANITAIRES ET SOCIALES PROVENCE ALPES CÖTE
D’AZUR. Situations professionnelles apprenantes.
22 |
que l’infirmier utilise pour la réalisation de ses soins ? Autrement dit, comment peut-on
définir sa pratique ? Au singulier, la pratique signifie « Activité qui vise à appliquer une
théorie ou qui recherche des résultats concrets, positifs28 » et avec un déterminant, des
pratiques ou les pratiques désignent quant à elles le « Fait d’exercer une activité particulière,
de mettre en œuvre les règles, les principes d’un art ou d’une technique29 ». Il s’agit donc
pour le soignant d’effectuer des actes, actions grâce à son acquisition de savoir théorique
(relation d’aide, surveillance de la perméabilité d’une sonde urinaire, préparation d’une
thérapie intraveineuse, planification infirmière …) ainsi que par son expérience
professionnelle. Les pratiques regroupent donc tous les soins après du patient mais également
toute l’organisation que l’infirmier met en place autour de ses soins. Les analyses de pratiques
professionnelles correspondent donc à l’exploration d’une activité contextualisée autour d’un
bénéficiaire de soin.
28
CENTRE NATIONAL DE RESSOURCES TEXTUELLES ET LEXICALES. Pratique.
29
Ibid.
30
DICTIONNAIRE LAROUSSE. Définition du mot analyse.
31
ROBO Patrick. L'analyse de pratiques professionnelles, de quoi parle-t-on ?
23 |
sens du terme (habitude et tentative), ce qui produit le savoir de l’action32 ». Au niveau
professionnel, il n’existe pas une méthode référente mais les analyses peuvent s’effectuer via
différents moyens : « Groupe de Parole (GP) […] Groupe d’Analyse de Pratiques
Professionnelles (GAPP)33 » etc. Est-ce que les infirmiers en soins de courte durée
effectuent régulièrement des analyses de pratiques professionnelles ?
2.2 L’éthique
Si oui, de quelle manière est-ce que l’éthique peut influencer et aider les soignants
dans leurs analyses de pratiques professionnelles ? Comment l’éthique a-t-elle aidé les
hommes et comment est-elle née ?
J’ai cherché dans la littérature une définition de l’éthique dans le but de la distinguer
de la morale car il m’est difficile de faire la différence entre ses deux termes.
Sachant qu’il existe différents courants de pensée en ce qui concerne l’éthique, il m’a
semblé important de les identifier afin d’obtenir une compréhension plénière du concept. Les
auteurs principaux qui ont influencé l’éthique dans le monde de la santé sont des philosophes.
Trois d’entre eux, ARISTOTE, MILL et KANT ont développé au cours des siècles différentes
32
ROBO Patrick. L’analyse de pratiques professionnelles, un dispositif de formation accompagnante.
33
ROBO Patrick. L'analyse de pratiques professionnelles de quoi parle-t-on
34
MAUFOUX-IMMERGOUT Régine, DEVERS Gilles, DEVERS Khady Badiane. Précis de législation éthique
et déontologie.
24 |
théories autour de la morale et de l’éthique. Pour ARISTOTE (philosophe grec de
l’antiquité) : « Le but de son enquête philosophique est de déterminer les conduites correctes
dans le contexte d’activités particulières ou d’exercices professionnels, en liant étroitement,
[…] la recherche du bien et la quête du bonheur 35». Les principes de la philosophie de MILL
ème
(philosophe anglais du XIX siècle) sont de rechercher le bonheur du plus grand nombre
mais également que chacun puisse jouir d’une liberté individuelle36. Et en ce qui concerne
KANT (philosophe allemand du XVIIIème siècle) sa philosophie se centre sur la question du
devoir. Pour lui, l’action morale n’a pas pour objectif d’être heureux mais d’être
intrinsèquement juste37.
Plus tard, une autre forme d’éthique est apparue au cours du XXème siècle : la
bioéthique. Durant la seconde guerre mondiale, des médecins allemands ont effectué des
expériences sur les déportés au sein des camps de concentration. À la fin de la guerre, un
jugement de ces médecins a eu lieu au cours du procès de Nuremberg. « Les juges prennent
conscience de la dimension éthique particulière de ce procès […] ils dressent le constat du
vide juridique dans le domaine des expériences menées sur l’homme. L’importance du Code
de Nuremberg […] a constitué le point de départ de la prise de conscience des dangers, des
progrès de la science, avec les dérives qu’elle peut susciter, et de la nécessité de l’encadrer
par un certain nombre de règles.38 ». Le Code de Nuremberg est le premier texte officiel
indiquant que tout acte médical doit être consenti et compris par le patient. Le deuxième écrit
important dans la continuité du Code de Nuremberg fut rédigé en février 1976 ; il s’agit du
rapport de Belmont qui consiste en « une déclaration des principes éthiques fondamentaux et
des directives qui devraient aider à résoudre les problèmes éthiques liés à la conduite de la
recherche avec des sujets humains39 ». Quatre principes éthiques fondamentaux en
ressortiront : la bienfaisance (ARISTOTE), la justice (KANT), l’autonomie (MILL) et la non
malfaisance. C’est sur ces principes que s’appuie la réflexion éthique.
35
MARANO Michela, L’éthique appliquée.
36
Ibid.
37
Ibid.
38
CAIRN. Résumé. HALIOUA Bruno, Du procès de Nuremberg : principes de l’éthique biomédicale.
39
RAPPORT BELMONT. Principes éthiques et directives concernant la protection des sujets humains dans le
cadre de la recherche.
25 |
gestion responsable de la vie humaine (ou de la personne humaine) dans le cadre de progrès
rapides et complexes des savoirs et des techniques biomédicales40 ».
L’éthique en santé existe déjà au niveau législatif mais est-il présent à l’échelle
hospitalière ? Le soignant a-t-il accès à des structures pouvant l’aider dans son
questionnement éthique ? L’éthique peut sembler être un concept déconnecté de la réalité,
pourtant elle fait aujourd’hui partie intégrante de l’organisation hospitalière. Au décours de
mes recherches, j’ai découvert qu’il existe entre autres, trois entités spécifiques qui peuvent
aider au cheminement du soignant, grâce aux connaissances spécifiques de ces lieux mais
également par l’expérience en éthique des différents professionnels présents dans ses
structures.
40
DURANT Guy in MAUFOUX-IMMERGOUT Régine, DEVERS Gilles, DEVERS Khady Badiane. Précis de
législation, éthique et déontologie.
41
LE COMITE CONSULTATIF NATIONAL D’ETHIQUE in SVANDRA Philippe. L’éthique soignante.
26 |
En Ile de France, l’espace éthique de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris créé
en 1995 « est le premier espace éthique conçu et développé au sein d’une institution 42»
depuis « 2013 il a été désigné Espace de réflexion éthique (ERE) de la région Ile-de-
France43 » suite à « l’arrêté du 4 janvier 2012 relatif à la constitution et au fonctionnement
des espaces de réflexion éthique régionaux et interrégionaux44 ». Cet espace a plusieurs
missions telles que la formation universitaire des professionnels, être un centre de
documentation, faciliter les échanges entre professionnels ; avec les associations, être un
soutien logistique, méthodologique et documentaire aux personnes souhaitant engager des
travaux de recherche, effectuer des productions scientifiques avec le CCNE et les autres ERE
et organiser des débats publics45.
Une équipe au sein de cet espace nommé « Ethique, science, santé et société46 » a
également « vocation de contribuer au développement de la recherche-action en éthique47 »
sur de nombreux thèmes tels que « cancer, annonce de la maladie, stimulation cérébrale
profonde, psychochirurgie31 ».
2.2.2.2 L’hôpital
Au niveau des hôpitaux, il existe des comités, des comités consultatifs ou des
commissions d’éthique, ceux-ci sont issus de l’organisation intra ou inter hospitalière et leurs
missions et actions sont spécifiques et adaptées aux hôpitaux auxquels ils appartiennent et
sont similaires à celles des ERE. S’il n’y a pas de comité spécifique, d’autres instances se
chargent des missions éthiques (Commission des relations avec les usagers, commission
médicale d’établissement, commission de soin48 …).
L’ERE et les comités d’éthique au niveau hospitalier sont des mines d’information
pour le soignant mais ils n’entrent peu ou pas directement en communication avec les unités
42
ESPACE ETHIQUE REGION ILE-DE-FRANCE. L’espace éthique, histoire, gouvernance et missions.
43
Ibid.
44
JOURNAL OFFICIEL DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE. Arrêté du 4 janvier 2012.
45
ESPACE ETHIQUE REGION ILE-DE-FRANCE. Les missions de l’espace de réflexion éthique de la région
Ile-de-France.
46
ESPACE ETHIQUE REGION ILE-DE-FRANCE. L’espace éthique, histoire, gouvernance et missions.
47
Ibid.
48
HAUTE AUTORITE DE SANTE. Manuel de certification des établissements de santé V2010.
27 |
de soin. Existe-t-il une instance qui peut aider les soignants à analyser des situations
cliniques ?
Mes recherches m’ont amené à prendre contact avec le CEC de l’hôpital de Cochin.
J’ai été reçue par Madame LE BON, membre du centre, qui m’en a expliqué le
fonctionnement. Ce centre, unique en France, a été créé suite à la loi du 4 mars 2002. Les
objectifs principaux du CEC sont : d’effectuer de la recherche, des publications dans le
domaine de l’éthique, d’informer un public plus large via les cafés éthiques (autour de thèmes
spécifiques) qui sont accessibles par tous et d’aider les professionnels et patients qui font face
à des situations complexes. Tout individu étant face à un évènement qui l’interroge d’un point
de vue éthique au sein d’une structure de soin peut interpeller le CEC grâce aux saisines. Le
CEC peut alors pratiquer la consultation d’éthique. Il est composé de différents
professionnels ayant connaissance du monde hospitalier (des médecins, une laborantine et
ancienne aide-soignante) ainsi que des professionnels de la branche des sciences humaines
(philosophe, sociologue, juriste). Il n’y a pas d’infirmier ou de cadre de santé au sein du
CEC. L’on m’a expliqué que lors de la création du CEC, aucun infirmier n’a été recruté et
qu’il n’y avait plus de poste à pourvoir au sein de leur équipe. Le CEC intervient
principalement au sein de l’hôpital Cochin, mais il peut répondre à tous les professionnels qui
l’interpellent.
28 |
existait des références ou des textes de lois sur lesquels le professionnel pouvait s’appuyer
afin de prendre des décisions face aux situations éthiques qu’il peut rencontrer. Voici une liste
exhaustive des cas les plus prédominants :
Est-il possible d’arrêter les traitements chez un patient atteint d’un locked in
syndrome49 ou chez un patient atteint de la maladie d’Alzheimer en face terminale50 ?
Comment pouvons-nous gérer l’arrêt d’alimentation et d’hydratation en fin de vie lorsqu’il y
a un désaccord entre la famille et/ou le patient et/ou l’équipe51 ? Comment est-ce que l’équipe
peut appliquer la sédation terminale lorsque les soignants ont des croyances et valeurs qui
diffèrent avec cette pratique52 ? Comment expliquer à une famille que l’intubation de leur
nourrisson va finir par défaillir et qu’il ne sera pas ré intubé car son handicap est « jugé » trop
lourd53 ?
29 |
bonnes pratiques médicales55. » La modification de la loi a permis de légiférer la sédation
profonde sans négliger le risque du double effet. « Le médecin met en place l’ensemble des
traitements analgésiques et sédatifs pour répondre à la souffrance réfractaire du malade en
phase avancée ou terminale, même s’ils peuvent avoir comme effet d’abréger la vie56 ». Cette
loi rend également contraignante les directives anticipées : « elles s’imposent au médecin,
pour toute décision d'investigation, d'intervention ou de traitement57 ». Par ailleurs, la loi se
veut aspécifique afin de laisser à l’équipe médicale le soin de pouvoir s’adapter à la
singularité de chaque situation.
2.2.3.2 La procréation
55
GRIMAUD Dominique. Les grands principes de la loi Léonetti.
56
SFAP. Document qui reprend le code de la santé publique avec les changements issus de cette « petite loi ».
p2.
57
Ibid. p6.
58
DURAND Guillaume. La consultation d’éthique clinique : comment respecter l’autonomie du patient ?
59
Question d’éthique. [Film] Réalisé par GEOGET Anne.
60
HAS. Fiche mémo. Stérilisation à visée contraceptive chez l’homme et chez la femme.
30 |
familial, psychologue ou psychiatre)61 » et indique au professionnel les différentes méthodes
de stérilisation possibles pour l’homme et pour la femme.
2.2.3.3 La transplantation
Est-ce que le don d’organe par un donneur vivant (don d’une partie du foie, du rein63)
est possible ? Peut-on mettre un patient sur la liste d’attente de greffe du foie sachant qu’il a
déjà fait deux tentatives de suicide ?
En France, il est possible de faire don de certains organes de son vivant tel que le rein,
une partie du foie, la moelle osseuse dans certaines circonstances (lorsque la vie du receveur
est en danger64). La loi du 7 juillet 2011 a élargi le « cercle des donneurs vivants, qui intègre
désormais toute personne ayant un lien affectif étroit et stable depuis deux ans avec le
malade, et la possibilité de pratiquer le don croisé : si le donneur A et le receveur A s’avèrent
incompatibles, et qu’un deuxième duo B se trouve dans la même situation, on étudie la
possibilité d’un don entre le donneur A et le receveur B65 ».
2.2.3.4 La culture
61
ESPACE ETHIQUE REGION ILE-DE-FRANCE. L’espace éthique, histoire, gouvernance et missions.
62
Legifrance.fr. Article L2141-1 du Code de la Santé Publique. Titre IV : Assistance Médicale à la Procréation.
63
CENTRE D’ETHIQUE CLINIQUE. Brochures.
64
DON D’ORGANE.fr. La loi de bioéthique.
65
Ibid.
31 |
2.2.3.4.1 Exemples de situation autour de la culture
Des prises en soin qui dépassent les compétences de l’établissement comme par
exemple un patient résidant dans une MAS mais qui nécessite une prise en charge régulière
dans un service somatique66. Le maintien du secret professionnel par le soignant dans les
67
chambres doubles à l’hôpital. Lorsque les directives anticipées ne sont pas applicables du
fait de la subjectivité des termes employés par le patient (je ne veux aucun tuyau). Lorsque la
personne de confiance68 ne souhaite pas toujours tenir ce rôle.
De plus, le soignant n’est pas dénué de son libre arbitre. Parfois, la loi et les capacités
organisationnelles de l’établissement peuvent sembler insuffisantes pour répondre à certaines
situations et d’autres fois, les soignants peuvent refuser d’agir en fonction de la loi. Si le
66
Question d’éthique. [Film] Réalisé par GEOGET Anne.
67
Ibid.
68
Ibid.
32 |
soignant ne trouve pas les ressources suffisantes pour répondre à ses questions éthiques,
par quel moyen peut-il s’aider lui-même ?
« Dans le domaine sanitaire […] les infirmières sont avec les médecins les premières
concernées par la dimension éthique des soins 69» pourtant « la non-participation des professionnels à
des décisions cliniques à dimension éthique, qu’il faudra cependant mettre en œuvre 70» peut entraîner
une souffrance lorsque la décision « met l’infirmière en contradiction avec elle-même 71». De ce fait,
même si le soignant « n’a pas toujours la responsabilité ultime de la décision, il doit se sentir
responsable des actes réalisés et agir en accord avec ses valeurs et ses convictions72 ». C’est pour cela
qu’il est important pour le soignant de connaître les différentes utilisations de l’éthique afin qu’il
puisse avoir les outils en main lorsqu’il fait face à des difficultés.
69
BESANCENEY J.-Cl. L’éthique et les soignants.
70
Ibid.
71
Ibid.
72
SOINS AIDES-SOIGNANTES. Principes de la démarche en éthique.
73
ROSATI Marcello Vitalli. Une éthique appliquée ?
74
Ibid.
33 |
2.2.3.2 La démarche éthique
Dans certaines situations, l’application de l’éthique par le soignant seul ne suffit pas
forcément à améliorer les situations de soin. Les décisions autour du patient ne se prennent
jamais par une seule personne et donc les décisions éthiques également. Alors, de quelle
manière l’équipe soignante peut-elle utiliser l’éthique pour aider le patient ? La
démarche éthique est un outil de réflexion permettant aux soignants, de prendre des décisions
de soin en équipe. Il s’agit d’un processus analytique qui s’effectue en collectif
pluridisciplinaire. Différentes méthodologies pouvant être utilisées lors d’une démarche
éthique, j’ai choisi de vous présenter celle de Nicole Lery (docteur en médecines, en droit et
en sciences pharmaceutiques) car cette méthode me semble complète et facilement applicable
par les soignants.
Elle explique le rôle de ce travail : « la démarche éthique aboutit à une décision. Ceci
suppose de faire un choix qui est le moins mauvais compromis entre les valeurs en jeu portées
par chacun des acteurs de la situation concrète où l’on est. La décision éthique n’est jamais
parfaite ce qui la rend vulnérable, critiquable et toujours inconfortable. Le passage à l’acte
sera toujours au bout du compte solidaire. Mais tenant compte de la réalité des autres, il n’en
sera pas moins solidaire75. » Elle se compose de quatre étapes : l’analyse de situation qui
tient en compte du contexte de soin suivi de l’argumentation des différentes possibilités pour
faire évoluer ou non la situation. Ensuite, l’équipe effectue une délibération qui consiste en
une ultime confrontation des points de vue de chacun puis une décision est prise : il s’agit de
faire le moins mauvais choix pour le patient76. La décision n’a pas pour objectif de mettre
toute l’équipe d’accord mais d’agir de manière bienveillante pour le patient, de trouver la
moins mauvaise solution, le moins mauvais compromis. Malheureusement, la démarche
éthique n’intègre pas le patient et son entourage autour de la prise de décision qui le concerne.
Comment est-il possible d’intégrer le patient, ses proches dans une réflexion éthique ?
75
NERY Nicole, MAUFOUX-IMMERGOUT Régine, DEVERS Gilles, DEVERS Khady Badiane. Précis de
législation, éthique et déontologie.
76
Ibid.
34 |
2.2.3.3 La consultation éthique
Il existe une autre forme d’éthique appliquée qui s’oriente plus vers l’aspect
institutionnel de l’éthique. « L’éthique de gestion, encore dite des affaires, organisationnelle
ou managériale qui recouvre le « bien agir » 79», cette éthique présente dans les entreprises,
se développe dans les établissements de santé. Il s’agit d’ancrer dans les structures des valeurs
77
DURAND Guillaume. La consultation d’éthique clinique : comment respecter l’autonomie du patient ?
78
Ibid.
79
DURANT Guy. Quels repères éthiques pour une gestion saine des établissements de soins ?
35 |
professionnelles et éthiques pour une « gestion saine 80» des établissements. Les
interrogations lors situations de soin concernant parfois l’organisation et la gestion des soins
(manque de matériel ou de personnel …), il est donc primordial que la structure de soin
applique une éthique organisationnelle afin d’aider les soignants dans leurs réflexions et leurs
pratiques.
L’éthique en santé est applicable par tous à tous les niveaux structurels et tout au
long du parcours de soin des patients. Grâce à l’éthique l’infirmier peut réfléchir aux
situations de soin dans l’optique d’agir au mieux (d’améliorer ses pratiques) pour le patient
quel que soit le contexte. Après cette réflexion, que se passe-t-il ? Des décisions d’action ou
d’inaction sont prises dans l’objectif d’améliorer la situation de soin du patient. La volonté
d’amélioration du soignant s’intègre parfaitement avec l’objectif de qualité des soins des
établissements de santé.
2.3.1 Définition
Pour vous exposer le lien indéniable entre la qualité des soins et l’éthique, il est tout
d’abord essentiel de développer le concept de qualité des soins. Tout d’abord, qu’est-ce-que
la qualité ? J’ai choisi une définition de HESBEEN Walter (infirmier et docteur en santé
publique) car cette dernière s’inscrit dans la perspective soignante. « La qualité est parfois
présentée comme l’excellence ou encore ce qu’il y a de mieux. On lui donne une connotation
de perfection telle l’expression d’un service parfait81. » L’on peut dire que la qualité, c’est le
fait de faire le mieux.
En ce qui concerne la qualité des soins, il s’agit selon l’OMS : « de garantir à chaque
patient un ensemble d’actes diagnostiques et thérapeutiques qui lui assurera le meilleur
résultat en terme de santé, conformément à l’état actuel de la science médicale, au meilleur
coût, au moindre risque iatrogène et pour sa plus grande satisfaction en terme de procédure,
80
Ibid.
81
HESBEEN Walter. La qualité du soin infirmier. Penser et agir dans une perspective soignante.
36 |
de résultats et de contacts humains à l’intérieur du système de soins82 » c’est-à-dire
d’effectuer les soins de la manière la plus efficiente possible. Selon MORDACQ (chercheuse
en soins infirmier) « la qualité des soins c’est l’ensemble des éléments caractérisant des
soins qui satisfassent les besoins des utilisateurs […] 83» Il s’agit d’effectuer des soins
personnalisés. La qualité de soins englobe donc le fait de pratiquer les soins optimaux en
fonction des possibilités de l’organisation hospitalière, mais également de manière
individualisée pour chaque patient. « Le service infirmier est au cœur de ce dispositif qui
englobe tous les domaines de soins : clinique, organisation, transmission, compétence du
personnel, bientraitance des patients et des familles … 84». La qualité des soins englobe les
pratiques des infirmiers. Comment est-ce que l’éthique peut influencer la qualité des soins
et donc les pratiques des soignants ?
(V2010) dans un objectif d’amélioration de la qualité des soins85. Des exigences sont aussi
formulées au niveau de l’éthique car « le rythme toujours plus soutenu des progrès de la
technologie et de la science médicale, les risques de dépersonnalisation liés à la
spécialisation très poussée d’une partie de la médecine, l’exigence accrue de maîtrise des
dépenses de santé, l’évolution des modes de légitimation de l’exercice de l’autorité rendent
nécessaire d'intégrer la réflexion et le questionnement éthique aux arbitrages auxquels est
confronté l’ensemble des professionnels exerçant en établissements de santé86 ». Les
établissements de santé doivent développer une culture de la réflexion éthique via « la
sensibilisation et la formation de l’ensemble des professionnels ; l’organisation de temps de
réflexion thématique ; l’accès à des ressources documentaires 87» car « il existe de
nombreuses situations qui doivent appeler de la part des établissements de santé une
82
OMS in FORMARIER, M. ; JOVIC, L. et al. Les concepts en sciences infirmières (Concept Qualité des
soins).
83
MORDACQ in FORMARIER, M. ; JOVIC, L. et al. Les concepts en sciences infirmières (Concept Qualité
des soins).
84
FORMARIER, M. ; JOVIC, L. et al. Les concepts en sciences infirmières (Concept Qualité des soins).
85
HAUTE AUTORITE DE SANTE. Manuel de certification des établissements de santé V2010.
86
Ibid.
87
Ibid.
37 |
démarche éthique : des questions liées aux conflits d’intérêts et aux impacts éthiques des
décisions économiques ; des situations de soins particulières et/ou complexes ; mais aussi les
situations quotidiennes88 ».
Par ailleurs certains établissements (Maison des enfants) encouragent les soignants à à
se livrer à des analyses de pratique professionnelle en groupe. Ces dernières permettent de
faire évoluer « l’identité professionnelle des praticiens dans ses différentes composantes :
renforcer les compétences requises dans les activités professionnelles exercées, accroître le
degré d’expertise, faciliter l’élucidation des contraintes et enjeux spécifiques de leurs univers
socioprofessionnels, développer des capacités de compréhension et d’ajustement à
autrui…89 ». Ainsi, le soignant peut avoir en théorie toutes les cartes en main pour effectuer et
assurer des soins de qualité. « On peut d’ailleurs affirmer qu’il n’est pas de soin, pas de
qualité de soin, sans éthique.90 ». Que connaissent réellement les professionnels de
l’éthique et de la qualité de soin ? Utilisent-ils la réflexion éthique, la démarche éthique ?
3. Enquête de terrain
J’ai réalisé trois enquêtes de terrain via des entretiens semi-directif auprès
d’infirmières travaillant en soins de courte durée, au sein de deux hôpitaux de la région
parisienne. Je leur ai posé neuf questions concernant l’éthique et la qualité des soins (voir
annexe 1). Au cours de mes entretiens j’ai dû rajouter des éléments dans le but de préciser
mes questions ou aider à la formulation des professionnelles. Ces entretiens ont été réalisés
dans des lieux calmes et nous n’avons pas été dérangées au cours de ces rencontres. J’ai pu
enregistrer et retranscrire ces entretiens à l’aide d’un dictaphone tout en respectant l’anonymat
des professionnelles (voir annexe 2, 3, 4).
88
Ibid.
89
CAIRN.INFO Extrait. FABELET Dominique. Les groupes d’analyses des pratiques professionnelles une visée
avant tout formative.
90
DAVID Anne-Marie. Ethiques et soins infirmiers.
38 |
J’ai choisi d’analyser les réponses de ces entretiens en les regroupant en cinq sous
thèmes qui sont : les valeurs infirmières et l’éthique face au patient, la manière de gérer les
problèmes et les résultats après les situations éthiques, les différentes situations d’ordre
éthique avec la définition de l’éthique, la qualité des soins et les pistes de réflexion pour
améliorer les prises en soins et la connaissance ou non de l’organisation institutionnelle de
l’éthique. De plus, dans un souci de cohésion et pour faciliter la compréhension, j’ai
rassemblé au sein de chaque item l’analyse quantitative et qualitative des entretiens.
Cette première partie se centre sur les valeurs éthiques des infirmiers face au patient.
Elle se réfère à la question pouvez-vous me parler de la manière dont vous vous occupez d’un
patient ?
Lorsque de l’on se réfère aux concepts existant en éthique on retrouve les principes
utilisés dans le rapport Belmont91, il s’agit de l’autonomie, la justice, la bienfaisance et la non
malfaisance. L’on peut retrouver la volonté des infirmières interrogées à agir dans la
bienfaisance au travers des termes employés comme « être à l’écoute » pour les infirmières A
et C. L’on peut supposer que ces mots se réfèrent aux soins relationnels mis en place par
91
RAPPORT BELMONT. Principes éthiques et directives concernant la protection des sujets humains dans le
cadre de la recherche.
39 |
l’infirmier. Pour « être à l’écoute », l’infirmier doit mobiliser une écoute active qui va
permettre d’identifier les besoins et volontés spécifiques des patients. Par ailleurs, les trois
infirmières vont discuter avec le patient pour organiser ses soins, voir avec lui les
« priorités », les « soucis » ou voir s’il a « oublié de dire des choses » ; cela va également les
aider pour déduire les besoins du patient via des questions plus précises comme « voir s’il a
mal ». Cette identification des besoins et volontés du patient peut permettre au soignant
d’analyser et de poser des diagnostics infirmiers et ainsi de comprendre les attentes du patient.
Cette écoute du patient peut aussi permettre un meilleur respect des volontés de celui-ci et
donc de son autonomie. Pour être bienfaisant, il faut pouvoir prendre en compte l’autonomie
du patient. Le fait de « prendre le temps » et d’aller voir le patient « le plus tôt possible » sont
rajoutés par C. Ces termes peuvent également se référer à la bienfaisance dans une volonté du
soignant d’accorder le maximum du temps possible au patient. L’on peut supposer que la
temporalité pour un soignant et un soigné n’est pas la même. Est-ce que la temporalité est
différente entre les infirmiers en fonction de leur expérience ? En outre, des actions soignantes
sont mises en place par B et C au travers d’une « prise en charge globale » du patient. Il
s’agit là de n’oublier aucun élément et donc toujours d’améliorer la connaissance du
bénéficiaire de soin. L’infirmière B a parlé du fait qu’il est important d’effectuer une « bonne
prise en charge au niveau de l’accueil ». Il est possible qu’elle insiste sur les premiers
instants de rencontre avec le patient car c’est à ce moment-là que la relation de confiance va
se créer. Par ailleurs, l’infirmière A explique qu’elle « aide si besoin » le patient et B parle de
« mettre en place ce qu’il faut pour le soigner ». Tous les termes utilisés par les infirmières
peuvent donc faire référence au principe d’autonomie et de bienfaisance. L’on peut déduire
que si l’infirmier souhaite être bienveillant il ne souhaite pas être malfaisant. Je suppose que
le soignant ne souhaite pas agir de manière malfaisante. Nous retrouvons ainsi le principe de
non malfaisance. Je n’ai pas retrouvé le principe de justice dans les dires des soignants, peut-
être parce que lorsque l’on se réfère au concept de justice en éthique. Il s’agit plus du fait
d’être juste à l’égard des autres patients (au sens organisationnel, économique du terme),
c’est-à-dire au sens de la société et non au sens de l’individu. Il s’agit de la justice comme
Kant a pu la définir92.
92
MARANO Michela, L’éthique appliquée
40 |
3.2.2 La manière de gérer les problèmes et les résultats après la situation
Cette deuxième partie se concentre sur la gestion des situations de soins complexes par
l’infirmier, les objectifs face à un problème ou questionnement, les bénéfices ou déficits de la
réflexion durant la situation et des potentiels changements de leurs pratiques. Ce chapitre se
réfère aux questions, de quelle manière gérez-vous dans le service les situations qui vous
questionnent ou vous posent problème ? Après avoir réfléchi à la situation en équipe ou seul,
qu’est-ce que cela vous apporte ? Et de par cette situation, est-ce que vos pratiques se
modifient ? Si oui, de quelle manière ?
Pour ce qui est de la gestion des problèmes, l’infirmière A dit que lorsqu’elle est face
à un problème, elle essaye « d’en parler », l’infirmière B dit « parler aux transmissions, voir
avec les collègues » et l’infirmière C dit qu’elle « demande aux collègues ». Les trois
infirmières s’adressent aux « médecins » « internes » s’il y a un « souci médical » pour A. B
et A citent d’autres collègues tel que « cadre », « assistante sociale » « diététicien » et
s’adressent à eux dans le cadre de leurs spécificités. L’infirmière B va plus loin en parlant de
« staff avec les médecins » et de « travail en équipe pluridisciplinaire » A dit que si elle a
« un petit souci » « j’essaie de le gérer moi-même » et l’infirmière C demande « au patient »
car ils sont « conscients de leurs pathologies et même ils connaissent leur traitement ».
93
ROSATI Marcello Vitalli. Une éthique appliquée ?
41 |
développer une démarche similaire à celle de la consultation éthique adaptée à l’infirmier ou
est-ce que ses compétences relationnelles suffisent ? Pour répondre à leur questionnement, les
trois infirmières interrogées discutent des situations complexes avec les autres infirmières. Il
est possible que la confrontation avec l’expérience et les connaissances des autres infirmières
leurs permettent de pratiquer de manière informelle des analyses de pratiques
professionnelles94. L’infirmière B, parle également du fait qu’elle puisse s’aider via le « staff
avec les médecins » et le « travail en équipe pluridisciplinaire » ; il ne semble pourtant pas
que ces équipes pratiquent la démarche éthique95 mais effectuent une réflexion éthique
commune de points particuliers et cherchent à améliorer les situations de cette manière.
Il semblerait que les objectifs des infirmières face aux situations atypiques soit de
chercher de meilleurs solutions, des modifications de situation pour A et B et d’améliorer leur
compréhension des situations principalement pour B. Ces objectifs semblent faire écho à la
qualité de soin96 car ils visent perfectionner les conditions de soin pour les patients.
94
ROBO Patrick. L'analyse de pratiques professionnelles, de quoi parle-t-on ?
95
NERY Nicole, MAUFOUX-IMMERGOUT Régine, DEVERS Gilles, DEVERS Khady Badiane. Précis de
législation, éthique et déontologie.
96
HESBEEN Walter. La qualité du soin infirmier. Penser et agir dans une perspective soignante.
42 |
encore en travers, enfin je sais que cette situation. Je n’ai pas compris pourquoi, les internes
et les chirurgiens se sont acharnés sur cette patiente ». Je leur ai également demandé s’il y
avait eu des changements dans leurs pratiques. L’infirmière B dit « je l’accepte mieux » et
que sa pratique « prend du sens ». L’infirmière A souligne, quant à elle « avec l’âge […], y a
des choses que tu vas faire sans poser la question, […] ou alors tu demandes au médecin
pourquoi on fait pas ça » et « moi suivant le médecin, je vais le faire avant qu’il y ait eu
prescription écrite, après, ce n’est pas bien non plus ».
Pour ce qui est de la réflexion durant une situation, deux résultats s’opposant sont
décrits par les infirmières. Pour l’infirmière B, il semble que la réflexion a un impact positif
car elle a pu atteindre d’une part l’objectif de compréhension de la situation « je comprends
mieux » et d’autre part parce que ça lui permet « de trouver des solutions pour le confort du
patient ». Vu que les objectifs de la réflexion sont atteints, il semble que cela donne de la
crédibilité aux actions de l’infirmier et donc, cela le rassure sur le fait qu’il a effectué un acte
bienfaisant « ça me rassure ». Dans le même sens, la pratique de la soignante « prend du
sens » et « je l’accepte mieux ». L’infirmier comprend pourquoi il intervient et donc se sent en
accord avec ses actes car il agit de manière éthique. Si l’infirmier se sent mieux dans son
rôle de soignant voudra- t-il améliorer sa pratique ? A l’inverse, l’infirmière C explique que sa
réflexion « m’a pas apporté grand-chose ». Il semble que C n’a pas pu atteindre les objectifs
de compréhension « je n’ai pas compris pourquoi, les internes et les chirurgiens se sont
acharnés sur cette patiente » et de modification de la situation et donc ne se sent pas sa
pratique en accord avec la situation « ça me reste encore en travers ». L’on peut dire qu’elle a
vécu un conflit intérieur et que la non résolution de la situation a eu un impact négatif sur C.
L’on peut se demander, s’il y a un risque pour C qu’elle perde confiance en ses capacités ainsi
qu’en son équipe ? Et à long terme, y a-t-il un risque que l’infirmier rationnalise toutes ses
actions soignantes et ne cherche plus à améliorer les situations de soin ? L’infirmière A parle
du fait que, avec l’expérience, les actions de l’infirmière se modifient. Il est possible que le
soignant a pu être confronté à de nombreuses situations complexes et a donc pu observer et
réaliser de nombreuses réflexions qui lui permette d’affronter de nouvelles situations il est
donc plus « facile » de résoudre les problèmes. Parallèlement, les pratiques peuvent se
modifier pour le bien du patient mais peuvent engendrer un risque pour l’infirmier. A
explique « moi suivant le médecin, je vais le faire avant qu’il y ait eu prescription écrite,
après ce n’est pas bien non plus ». Est-ce qu’il faut s’écarter des bonnes pratiques ? Où est la
43 |
limite lorsque l’on agit pour le bien du patient ? Par quel moyen allier bonne pratique et
bienfaisance pour le patient ?
En ce qui concerne les situations d’ordre éthique. Pour l’infirmière A « ce n’est pas
des problèmes » mais « c’est des organisations de travail » ; elle donne comme exemples «
c’est la façon dont les médecins font leurs prescriptions sans prévenir » ou « les patients qui
partent en examen ou tu n’es pas au courant donc tu peux même pas les préparer
physiquement ni les préparer psychologiquement ». Elle parle également situation de la fin de
vie particulière lorsque un médecin de garde met « de la morphine alors que voilà
normalement c’est pas à un médecin de garde de le faire » elle rajoute « une fin de vie voilà le
médecin lui il va pas gérer, il est pas là ». Des problématiques autour de la fin de vie sont
également soulevées par l’infirmière B « on ne met pas en place des seringues de morphine
pour soulager sachant que le patient il est en fin de vie » et rajoute « certains médecins ont
des problèmes avec ça […] mettre en place, de la morphine et de l’Hypnovel ». L’infirmière
C a aussi rencontré une situation de fin de vie complexe concernant une patiente âgée avec
« un état de santé […] dégradé » qui a « enchainé les opérations […] deux mois de prise en
charge où elle a eu peut-être cinq opérations à la suite ». Elle décrit « Il y avait vraiment rien
à faire […] décédée trois jours après une opération. ». Elle développe également deux
éléments qui ont rajouté de la complexité à la situation ; il s’agit du fait « qu’il fallait peut-
être en parler avec son mari » et aussi du fait que « les chirurgiens n’étaient pas en accord
entre eux ». L’infirmière B donne d’autres exemples de situations éthiques qu’elle a pu
rencontrer « l’avortement » qui n’est pas effectué par tous les médecins, les médicaments
« placebo » donné par les infirmiers. Elle parle aussi de traitements « qui apporte beaucoup
44 |
de cancer et qui ont beaucoup d’effets secondaires ». Les infirmières A et B expriment leurs
ressentis par rapport aux situations ; l’infirmière A dit « ça met en colère » et explique « c’est
de l’éthique pour nous si […] le médecin a pas fait le nécessaire » elle illustre « lui son but
c’est qu’il ait son rendez-vous. Toi ton but, c’est que le rendez-vous se passe bien ». Elle dit
également que les médecins doivent agir en fonction de l’éthique médicale et « c’est vrai
qu’on a peut-être pas le même, la même notion d’éthique que eux » elle rajoute que pour elle,
les problèmes éthiques sont « entre parenthèses plutôt les façons d’agir par rapport aux
médecins ». L’infirmière B dit en ce qui concerne les problèmes éthiques « on ne comprend
pas trop, on aimerait être un peu plus au courant […] pourquoi ils font ça et pourquoi ils ne
le font pas ».
La problématique principale décrite par les infirmières sont les situations autour de la
fin de vie notamment à propos de la sédation terminale (posant un problème éthique au
médecin car peut être assimilé à de l’euthanasie passive) mais également à propos du passage
du curatif au palliatif (obstination déraisonnable). La fin de vie est l’un des thèmes
prédominant en éthique et elle est sujette encore aujourd’hui à de nombreuses questions qui
ont appelé à une modification de la loi97. L’infirmière B parle également de l’administration
des placebos ou des traitements à fort pouvoir cancérigène (s’agit-il d’une action
bienfaisante ? juste ?) et aussi de l’avortement (refus par certains médecins). Il est vrai que
grâce à ces entretiens j’ai pu découvrir de nouvelles situations complexes que je n’avais pas
pensé aborder dans ce mémoire. Etonnamment, le fond du problème semble concerner « des
organisations de travail ». Les trois infirmières décrivent des incompréhensions par rapport
aux choix des médecins « pourquoi ils font ça et pourquoi ils ne le font pas ». Les trois
semblent décrire des difficultés de compréhension et de communication entre le corps
médical et le corps infirmier mais également au sein de l’équipe médicale pour C. Il me
semble qu’il s’agit là du principal frein pour l’amélioration de situations complexes.
L’infirmier seul ne peut pas résoudre tous les problèmes auquel il est confronté, il est
important qui puisse faire appel à l’équipe lorsqu’il en a besoin. Je suppose que la confiance
en l’équipe doit être suffisante pour pouvoir résoudre les problèmes. De plus l’infirmière A
explique que pour elle, il y a une différence d’objectif dans le soin entre l’infirmier et le
médecin « lui son but c’est qu’il ait son rendez-vous. Toi ton but c’est que le rendez-vous se
passe bien ». Si l’on caricature, le médecin souhaite que le patient ait son rendez-vous pour
97
Légifrance.fr. Loi n°2016-87 du 2 février 2016 créant de nouveaux droits en faveur des malades et des
personnes en fin de vie.
45 |
qu’il puisse poser un diagnostic et ainsi traiter le patient et éventuellement le guérir et
l’infirmière souhaite que le patient puisse être rassuré, qu’il comprenne pourquoi il passe cet
examen afin qu’il vive le moins mal possible sa période d’hospitalisation.
Deuxièmement, pour ce qui est la définition de l’éthique, l’infirmière A parle tout
d’abord « d’une série de lois […] de règles », « ce que tu dois faire » B rajoute « ça permet
aussi de mettre des limites pour pas faire n’importe quoi ». Les deux premières infirmières
parlent du « sens moral », l’infirmière B rajoute « les questions qu’on peut se poser qui ont un
rapport avec la mort, la vie ». L’infirmière C dit que « c’est très complexe parce que en même
temps on se doit d’agir […] d’améliorer l’état de santé de la personne » et que l’éthique est «
difficile à […] appliquer ».
2.3.4 La qualité des soins et les pistes de réflexion pour améliorer les prises en soins
J’ai demandé aux infirmières si les situations éthiques qu’elles ont pu rencontrer
faisaient écho à la qualité des soins via la question : au regard des différents exemples que
vous m’avez donnés, est-ce que cela fait écho à la qualité des soins ?
98
MAUFOUX-IMMERGOUT Régine, DEVERS Gilles, DEVERS Khady Badiane. Précis de législation éthique
et déontologie.
46 |
L’infirmière A dit que la qualité permet de « travailler en harmonie » et qu’il s’agit de
« la façon dont tu travailles ». L’infirmière B dit que le fait que l’« on se pose des questions
[…] on essaye de comprendre les choses » vont permettre « de mettre en place des actions
pour forcément améliorer nos soins » et que « on est là aussi pour le patient et pour son
confort ». L’infirmière C a expliqué comment la prise en charge qu’elle a connue aurait pu
être améliorée « ne pas agir, laisser la personne partir […] faire des soins de confort, c’était
le plus logique ».
Si l’on reprend la définition de la qualité des soins « la qualité des soins c’est
l’ensemble des éléments caractérisant des soins qui satisfassent les besoins des utilisateurs
[…]99 » cela peut correspondre aux concepts éthiques de bienfaisance, d’autonomie, et de non
malfaisance. Je pense comprendre aux travers des mots employés par les infirmières que la
qualité des soins est en lien avec la communication et la cohésion d’équipe « travailler en
harmonie » mais également grâce à la réflexion et la compréhension « on se pose des
questions […] on essaye de comprendre les choses » et que cela permet « de mettre en place
des actions pour forcément améliorer nos soins » pour le bénéficiaire de soin. Autrement dit,
la communication et la cohésion d’équipe améliore la dynamique de travail et peut être même,
le bien être du soignant. Est-ce qu’un soignant qui se sent bien dans son travail est un
soignant qui veut bien faire son travail ? De par la réflexion éthique et la compréhension de
ses actions, le soignant est plus apte à améliorer ses soins et donc la qualité de ses soins car il
est libéré du conflit intérieur auquel il peut être parfois confronté. L’infirmier peut donc agir
avec bienfaisance, être non malfaisance et respecter l’autonomie du patient car il est en accord
avec lui-même.
Par ailleurs, les infirmières ont rajouté des éléments de réflexion pour améliorer les
prises en soins d’ordre éthique. L’infirmière B parle « de mettre en place plus de réunions »
et qu’elle souhaite être « plus au courant de ce qui se passe réellement au niveau de la loi
[…] pour mieux comprendre les choses ». L’infirmière C se demande pour la situation qu’elle
a rencontrée « s’il y a eu une discussion thérapeutique », un « rendez-vous avec la
99
MORDACQ in FORMARIER, M. ; JOVIC, L. et al. Les concepts en sciences infirmières (Concept Qualité
des soins).
47 |
psychologue ou en tout cas pluridisciplinaire avec l’époux » et « une communication entre les
chirurgiens et l’équipe ».
Pour améliorer les situations et la réflexion, les infirmières suggèrent des options,
outils qui ont tous comme point central la communication et la compréhension comme de
créer des réunions informatives, utiliser tous les membres de l’équipe pour débloquer les
situations. Peut-être serait-il opportun pour les équipes de connaitre la démarche éthique, la
consultation éthique ainsi que l’analyse des pratiques professionnelles pour les aider lorsqu’ils
font face à des difficultés.
Les soignantes ne savent pas s’il y a un comité d’éthique ou non dans leur
établissement. Pourtant, il s’avère être un autre point de référence éthique et d’aide aux
professionnels. Pourquoi est-ce que ses infirmières ne connaissent pas le comité d’éthique ? Il
est possible que les comités de ses hôpitaux n’interagissent pas directement avec les
professionnels ou n’ont pas eu l’occasion d’interagir avec les professionnels que j’ai
interrogés.
Il ressort de l’analyse des entretiens que les infirmiers appliquent l’éthique via une
réflexion éthique même s’ils ne le formulent pas de cette manière en essayant de respecter les
principes d’autonomie, de bienfaisance et de non malfaisance. Ils gèrent les difficultés soit
seul, soit avec les autres infirmiers ou avec l’équipe. Ils font face principalement à des
problématiques de fin de vie et des difficultés de compréhension entre l’équipe médicale et
paramédicale. Schématiquement, lorsque les questionnements ont pu avoir une réponse,
l’infirmier comprend, veut améliorer la qualité des soins et est en accord avec lui-même et à
48 |
contrario, s’il n’y a pas de réponse ou une réponse qui n’est pas accepté face à un
questionnement, l’infirmier reste dans l’incompréhension et vit un conflit intérieur car même
s’il n’est pas d’accord, la prise en soin continu. Les infirmiers connaissent globalement le
sens de l’éthique mais ne savent pas comment s’organise l’éthique au niveau de l’hôpital.
Il est possible que j’ai influencé sans le vouloir l’entretien de l’infirmière C en voulant
l’aider dans la formulation de ses idées. Il est vrai que les infirmières que j’ai rencontrées
n’ont pas de formation spécifique en éthique et elles ont donc pu s’appuyer seulement sur leur
expérience professionnelle pour me répondre.
L’éthique est présente dans tous les domaines de la santé et elle est l’une des bases de
réflexion sur laquelle le soignant peut s’appuyer. Les questionnements d’ordre éthique sont
nombreux puisqu’ils sont singuliers à chaque patient et équipe soignante. Pourtant, un facteur
frein de la résolution de problème éthique est apparu au détours de mes entretiens : il s’agit du
manque de communication pouvant impacter la cohésion d’équipe. Comment améliore-t-on la
communication dans une équipe ? Est-ce qu’une meilleure communication favorise la
résolution de problème éthique ? Est-ce que le soignant améliore ses pratiques lors qu’une
solution lui permet d’être en accord avec lui-même ? Les méthodes existantes d’analyses en
équipe permettent elle d’améliorer la cohésion d’équipe ?
49 |
En quoi des séances d’analyse de pratiques des équipes soignantes, au sein des
services, vont permettre aux infirmières d’améliorer la prise en charge des situations de
soins d’ordre éthique ?
Conclusion
Après plus d’une année de travail, je suis heureuse de pouvoir conclure ce mémoire.
J’ai débuté ma recherche par l’analyse d’une situation qui m’a questionnée autour de
l’intimité et du secret professionnel. Afin d’explorer cette situation d’appel, j’ai utilisé trois
champs disciplinaires qui concernent le domaine juridique, le domaine des soins infirmiers et
le domaine de la psychologie. J’ai pu constater que la situation que j’avais rencontrée
possédait un aspect éthique. Je me suis alors demandé en quoi l'analyse des situations de soin
interrogeant le soignant en soin de courte durée d’un point de vue éthique va améliorer ses
pratiques et assurer la qualité des soins ?
J’ai également pu interroger trois infirmières qui m’ont permis de comprendre qu’elles
étaient les situations éthiques prédominantes au quotidien. J’ai pu également comprendre que
les infirmières appliquaient la réflexion éthique au quotidien et que la bonne cohésion et
communication au sein de l’équipe était le principal facteur permettant la résolution des
problématiques éthiques.
50 |
pourtant être un outil indispensable à l’infirmier et je l’utiliserai dans ma future pratique
professionnelle lorsque j’en ressentirai le besoin. Le développement de l’utilisation et de
l’apprentissage par les infirmiers de la démarche éthique, de la consultation éthique et tout
simplement des principes de l’éthique clinique me semble être une plus-value pour la
profession car elle est une aide méthodologique précieuse pour les soignants en difficulté et
peut permettre de modifier les situations de soin et parfois même de les améliorer. Je souhaite
également travailler dans une équipe où la cohésion est présente car il me semble qu’il s’agit
d’un facteur clé pour une prise en charge optimale du patient.
Bibliographie100
Article en ligne :
100
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52 |
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53 |
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que+les+autres+doivent+%C3%AAtre+exclus&source=bl&ots=Jclurr9rTd&sig=Mv3LTVY
ViuHBUTqS7tWJ5iP95mE&hl=fr&sa=X&ei=XPczVaLgM8X5apClgaAO&ved=0CCEQ6A
EwAA#v=onepage&q=le%20sentiment%20%C3%A9prouv%C3%A9%20par%20une%20per
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ieLien=id
56 |
57 |
Annexes
Annexe 6 : Retranscription de l’entretien avec E, infirmière depuis 2006 dans une équipe
mobile de soins palliatifs et en hématologie.
58 |
Annexe 1 : Le guide d’entretien
2) De quelle manière gérez-vous dans le service les situations qui vous questionnent ou
vous posent problème ?
C) Lieux ?
- Hors de l’établissement.
- Réunion en grande équipe dans le poste de soin.
- Autres lieux.
3) Les situations qui vous questionnent ou qui vous pose problème sont-elles d’ordre
éthique et si oui, pouvez-vous me donner des exemples ?
59 |
- Les situations d’arrêt de traitement.
- L’arrêt d’alimentation et d’hydratation en fin de vie.
- La sédation terminale.
- Des prises en soin qui dépassent les compétences de l’établissement.
- Le maintien du secret professionnel par le soignant (chambre double à l’hôpital,
demande de la famille…).
- Les directives anticipées (difficulté d’application ou absence…).
- La personne de confiance (ne souhaite pas toujours tenir ce rôle…).
- L’autonomie de l’individu (le refus de soin, la sexualité en établissement
hospitalier…).
- Les incompréhensions culturelles (vol de cadavre …).
- Autres.
4) De par les exemples que vous m’avez donnés, comment définissez-vous l’éthique ?
« Un questionnement critique sur la morale dont elle interroge les règles et recherche à
leur égard des orientations réfléchies et correctes. »
6) Après avoir réfléchi à la situation en équipe ou seul, qu’est-ce que cela vous apporte ?
6bis) De par cette situation, est-ce que vos pratiques se modifient ? Si oui, de quelle
manière ?
60 |
7) Au regard des différents exemples que vous m’avez donnés, est-ce que cela fait écho à
la qualité des soins ?
8) Quel est votre parcours professionnel ? Depuis combien de temps êtes-vous diplômé ?
- Ouverture du dialogue.
61 |
Annexe 2 : Retranscription de l’entretien avec A, infirmière depuis
1981 en pneumologie.
ESI : La première question c’est : est-ce que tu peux me parler de la manière dont tu t’occupes
d’un patient ?
ESI : En général.
A : On va dire qu’un peu c’est de la routine tous les jours, le matin c’est les constantes, les
bilans, les remises de traitement après voir s’il y a des soucis dans l’immédiat et euh qu’est-ce
qu’il y a d’autre auprès d’un patient ? Et puis, être en même temps à l’écoute et puis l’aider si
besoin. Je ne sais pas si j’ai bien répondu mais bon.
ESI : Ok, non c’est bien merci. Euh de quelle manière, est-ce que tu gères les situations dans
le service qui te questionnent ou qui te posent problème ?
A : Euh s’il y a, s’il y a un souci, oh ben s’il y a un souci médical ; j’essaie au plus vite de
voir avec un médecin. Si c’est plutôt administratif, j’essaie de voir ça avec les cadres ou alors
si c’est un petit souci, un souci que je peux gérer ou d’intendance ou de question que le
patient se pose, ben là, j’essaie de gérer moi-même, chacun, chacun son rôle.
ESI : Ok, euh est-ce qu’il y a des situations, un exemple de situation qui te questionne ou qui
te pose problème ?
A : Non problème, non tu râles parce qu’il y a des choses qui ne vont pas très bien mais ce
n’est pas des problèmes, c’est des petites accumulations qui font que, à la fin de la journée, tu
crois que c’est des problèmes mais c’est des organisations de travail, c’est la façon dont les
médecins euh font leurs prescriptions sans prévenir, c’est voilà, les patients qui partent en
examen ou tu n’es pas au courant, donc tu peux même pas les préparer physiquement ni les
62 |
préparer psychologiquement donc voilà. Je ne dis pas que c’est des problèmes, c’est voilà,
c’est tout ça plus tout ça font que ça, ça met en colère et puis euh, et puis voilà quoi, ce n’est
pas, des problèmes non j’en ai pas, ça fait longtemps que je n’ai pas eu de situation, du moins
de problème dans ce service.
ESI : D’accord.
A : Ça dépend après des services, j’ai travaillé avec des toxicos. Ben là, des fois, tu as des
situations de…, qui peuvent poser problème.
ESI : Est-ce que dans les situations que tu as pu rencontrer, est-ce qu’il y en a qui sont d’ordre
éthique ?
A : Je ne peux pas dire, ce n’est pas vraiment, ouais c’est pareil, ça rejoint l’autre question. Ce
n’est pas …, c’est une façon de faire voilà que les médecins peuvent avoir donc, c’est vrai
qu’on a peut-être pas le même, la même notion d’éthique qu’eux. Nous l’éthique, on va plus
le voir côté bien être du patient et tout donc, comment on doit agir, comment on doit réagir et
tout que le médecin ça va plus être, euh comme une fin de vie voilà. Le médecin lui, il va pas
gérer, il est pas là, donc nous on est là donc c’est de l’éthique pour nous si voilà le médecin a
pas fait le nécessaire et que ça se fait en pleine nuit, c’est un médecin de garde qu’on doit,
c’est encore arrivé ce week-end qui doit mettre de la morphine alors que voilà normalement
c’est pas à un médecin de garde de le faire. Donc ça c’est des problèmes d’éthique mais euh
entre parenthèses plutôt les façons d’agir par rapport aux médecins.
A : Euh là non, dans le service, je ne peux pas te dire, ou alors je suis passée à côté, ou ça n’en
était pas pour moi.
ESI : D’accord, euh donc quand tu as un problème après avoir réfléchi à ce problème, soit en
équipe soit seule est-ce que, qu’est-ce que ça t’apporte ?
A : Ben d’en parler voilà mais pour voir, pour voir si on peut faire changer les choses mais
bon. Comme on le voit, les choses ne bougent pas beaucoup, ou pas vite voilà mais bon, on en
parle entre nous, on en parle entre nous voilà. Et après en parler aux médecins ou au cadre
pour que ça change… Les cadres vont répéter aux médecins, déjà que le fait de répéter, les
mots ne sont pas les mêmes donc euh se sera, l’impact doit pas être pareil.
63 |
ESI : Et est-ce que dans tes pratiques, il y a des modifications ?
A : Modification des pratiques ? Euh ben déjà avec l’âge tu…, y a des choses que tu vas faire
sans poser la question, est-ce que tu…, ou alors, tu demandes au médecin pourquoi on fait pas
ça, alors que quand tu débutes, tu vas plus suivre la prescription, suivre voilà, alors que quand
tu es un peu plus vieille, tu peux aussi aller voir le médecin pour dire voilà est-ce que on peut
pas faire ça et ça. Euh autrement, euh si dans l’éthique, on entend euh tout ce qui est, tout ce
que tu fais doit être prescrit ce n’est pas toujours, toujours le cas quoi. Y a des choses que je
vais faire parce que le médecin l’a dit oralement, y en a qui vont attendre que ce soit prescrit
pour le faire. Moi suivant le médecin, je vais le faire avant qu’il y ait eu prescription écrite,
après, ce n’est pas bien non plus, donc ça c’est, ça dans l’éthique normalement non, mais euh
dans le … tous les jours voilà, mais bon après tu fais attention avec quel médecin tu fais ça.
A : Voilà le sujet, l’éthique, euh l’éthique, pour moi l’éthique c’est euh, c’est toute une, toute
une série de lois et de, de règles, de règles que tu dois faire pour que voilà, pour pas faire,
pour bien suivre les prescriptions, pour bien suivre ton … le sens moral aussi, dans l’éthique
donc tu as ce qui est écrit, ce qui, voilà ce que tu dois faire, tu dois pas faire, comment tu dois
le faire et puis l’éthique aussi, on discute après il n’y a pas d’écrit pour tout ce qui est moral,
par rapport au patient, toujours pareil en fin de vie, ou même un patient qui part en examen et
qui n’est pas préparé dans l’éthique. Moi, j’aimerais bien pouvoir parler au patient avant et
puis lui expliquer un peu l’examen et ça le médecin, il s’en fout un peu, c’est, lui son but c’est
qu’il ait son rendez-vous. Toi ton but, c’est que le rendez-vous se passe bien.
ESI : Alors, après, au regard des différents exemples que tu m’as donnés, est-ce que ça te fait
écho à la qualité des soins ?
A : Ben oui, ça, automatiquement, c’est euh…, c’est pour pouvoir travailler en harmonie,
c’est euh…, d’un côté comme on dit les règles de bases qui sont immuables et d’un côté,
euh…, la façon dont le secteur, comment tu travailles dans un service quoi donc euh…, ça y
joue et ça … Ouais ça joue sur la qualité des soins, pour tout le monde.
64 |
ESI : Quel est ton parcours professionnel ?
A : Diplômé depuis 81, j’ai fait, j’ai fait un peu de médecine, après j’ai fait pendant 15 ans du
VIH de l’infectieux et puis après re médecine et pneumo, voilà. Ça fait 35 ans.
A : Euh non, j’espère que j’ai bien compris l’éthique en tout cas, ce que c’était.
ESI : Merci A.
65 |
Annexe 3 : Retranscription de l’entretien avec B, infirmière depuis
2012 pneumologie.
ESI : Est-ce que tu peux me parler de la manière dont tu t’occupes d’un patient ?
B : Alors, c’est déjà l’accueil, une bonne prise en charge au niveau de l’accueil, euh...,
toujours, euh…, voir les priorités, euh…, si c’est, euh…, s’il a mal, s’il est mal installé, s’il a
du mal à respirer donc euh…, organiser les priorités et prise en charge globale, c’est-à-dire
euh…, à court terme, moyen terme et long terme. A court terme, c’est voir les priorités, à
moyen terme, ben c’est mettre en place tout ce qui faut pour le soigner et à long terme, c’est la
prise en charge après, après la sortie.
ESI : De quelle manière, est-ce que tu gères dans le service, les situations qui te questionnent
ou qui te posent problème ?
B : Alors lesquelles ? Les situations qui me posent problème je vais, ben déjà, je vais en parler
aux transmissions, euh…, voir avec les collègues ce qu’on peut mettre en place, voir avec les
médecins en fait c’est un travail interdisciplinaire avec toute l’équipe. Alors, c’est aussi voir
l’assistante sociale si y a un problème social euh…, voir le diététicien s’il y a une mauvaise
prise en charge au niveau de son alimentation. Après voilà, toute l’équipe paramédicale
globale aussi.
ESI : Est-ce qu’il y a des moments particuliers où tu vas gérer le problème, à part les
transmissions ?
B : Pendant le staff avec les médecins, quand ils nous présentent les patients une fois par
semaine et ben là, j’en profite pour poser le maximum de questions et essayer de comprendre
ben où sont enfin, mettre en place des solutions par rapport aux difficultés que j’ai
rencontrées.
B : Euh…, au niveau de la, surtout des prises en charge, au niveau des fins de vie, euh…, par
rapport à la douleur. Des fois, on ne met pas en place des seringues de morphine pour
soulager sachant que le patient il est en fin de vie et on le laisse comme ça souffrir, donc voir
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avec les médecins, enfin la mise en place, de, de soins pour la…, les fins de vie et voir aussi
mettre à jour les prescriptions qui apparaissent même si la personne va mourir, sa, sa nous
pose aussi souvent problème.
ESI : Les situations dont tu viens de me parler te font-elle penser à des situations d’ordre
éthique ?
B : Bien sûr, la fin de vie, c’est vraiment euh…, une question éthique. Certains médecins ont
des problèmes avec ça, est-ce que mettre en place, de la morphine et de l’Hypnovel, va pas
accélérer le processus, sachant que maintenant, on est tous d’accord que c’est mise en place
de, enfin de ses protocoles un petit peu par rapport aux fins de vie, c’est pour soulager la
douleur et c’est pas du tout pour accélérer le processus, voilà.
ESI : Après avoir réfléchi à la situation en équipe ou seule, qu’est-ce que cela t’apporte ?
ESI : D’accord, est-ce que dans ce cas-là, tes pratiques elles se modifient ou pas ?
ESI : Ok, à partir de l’exemple que tu m’as donné, est-ce que tu peux me donner une
définition de l’éthique ?
B : Alors, définition de l’éthique, c’est euh…, tout ce qui concerne, oh ! La, la ! L’éthique
pour moi, c’est toutes les questions qu’on peut se poser qui ont un rapport avec la mort, la vie
d’ordre, enfin toutes les questions aussi d’ordre moral et aussi, ça permet aussi de mettre des
limites pour pas faire n’importe quoi aussi, voilà.
B : Très bonne question ! Euh…, je pense que les médecins doivent avoir peut-être une
réunion où ils se concertent parce que, ils sont souvent, enfin c’est eux qui mettent en place
les prescriptions et qui décident. Donc, je pense qu’ils doivent se concerter mais euh…, est-
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ce qu’il existe un comité, oui ça c’est sûr, alors dans l’hôpital je ne pense pas, ou peut-être il y
a un médecin référent mais je pense que c’est plus d’ordre national quoi.
ESI : Et par rapport à l’exemple que tu m’as donné, est-ce que ça fait écho à la qualité des
soins pour toi ?
B : Bien sûr, c’est en relation à 100%, on se pose des questions, on essaye de comprendre les
choses, de mettre en place des actions pour forcément améliorer nos soins. On est là aussi
pour le patient et pour son confort et aujourd’hui c’est eux et demain ça sera nous, donc
forcément ça va jouer énormément sur la pratique.
B : Ben, j’ai eu mon diplôme un peu tard mais ça fait environ 5 ans que je suis infirmière.
B : Je n’ai fait que la pneumologie, j’ai eu mon diplôme et je suis rentrée ici directement, euh
j’ai eu une toute petite période où j’ai vu un, enfin j’avais essayé de faire quelques soins, enfin
quelques vacations mais c’est vrai que j’ai fait plus de médecine que de chirurgie.
B : Par rapport à l’éthique ? Ben, c’est un problème qui se pose énormément et c’est vrai que
c’est bête mais, ce serait intéressant de mettre en place plus de réunions et, et pour pouvoir se
concerter par rapport à toutes, tous ces problèmes éthiques que l’on peut rencontrer à
l’hôpital, y a que la fin de vie, y a beaucoup de choses, y a l’avortement, y a là, certains
produits aussi qu’on fait passer à certains patients et je pense qu’on devrait être plus au
courant de ce qui se passe réellement au niveau de la loi, pour mieux comprendre les choses.
Je pense que si on fait les choses sans les comprendre, c’est là qu’on devient dangereux quoi.
ESI : Quand tu as dit les produits tu parlais de quoi ? Tu as dit les produits que l’on donne
aux patients ?
B : Oui. Il y a des protocoles, qu’on met en place, ou des fois ils ont des placebos alors que
des fois, ils ont des produits on sait qu’ils sont … qui apportent beaucoup de cancer et qui ont
beaucoup d’effets secondaires mais est-ce que voilà, qu’est-ce qu’on privilégie les soins ou
euh …, enfin le sauver ou…. Enfin, y a plusieurs questions qui se posent et nous des fois, on
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fait passer des produits et on ne comprend pas trop, on aimerait être un peu plus au courant
par rapport à tout ce qui se passe derrière, cette façon de travailler des médecins quoi. Nous,
on fait des prescriptions, on fait passer des produits, idem aussi pour la fin de vie, on met en
place la morphine, l’Hypnovel, on voit le patient partir mais c’est vrai qu’on aimerait être un
peu plus au courant par rapport, déjà à ce que pensent les médecins et pourquoi ils font ça et
pourquoi ils ne le font pas et voilà.
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Annexe 4 : Retranscription de l’entretien avec C, infirmière depuis
2015 en chirurgie digestive.
ESI : Alors, est ce que tu peux me parler de la manière dont tu t’occupes d’un patient ?
C : Très bien. [Rire] Non, ben, vu que je suis infirmière de nuit, en douze heures, en chirurgie
digestive. Dès que j’arrive voilà… je prends mes transmissions et je vais voir le patient le plus
tôt possible avant qu’il aille dormir. Donc je fais en sorte, voilà, de prendre le temps avec les
patients, dès que je peux en tout cas. D’être à son écoute, de voir comment a été la journée,
s’il a oublié de dire des choses, où, voilà, de voir au niveau de ça, de son, de sa prise en
charge, voilà si ça s’est bien passé quoi, s’il a des choses qu’il a oublié de nous dire. Sinon
voilà. On fait le lien avec les médecins qui sont présents même la nuit et voilà. Au niveau de
la prise en charge, je pense qu’elle est plutôt globale, comme on s’occupe des nursings aussi
la nuit, donc voilà, c’est un peu tout ça.
ESI : De quelle manière est-ce que tu gères, dans le service, les situations qui te questionnent
ou qui te posent problème ?
C : Alors moi vu que je suis jeune diplômée, on est beaucoup, comment dire. Enfin, on est
trois jeunes diplômés de nuit donc on se pose plusieurs, enfin, des …, beaucoup de questions
entre nous et on n’hésite pas aussi à demander à nos collègues, si vraiment il y a des
questions, enfin des situations qui nous questionnent et aussi les internes qui sont de garde,
voilà. Donc moi voilà, je n’hésite vraiment pas à poser des questions même au patient, parce
que la plupart, ils sont quand même conscients de leurs pathologies et même ils connaissent
leur traitement, etc., donc s’il y a des choses, des situations par rapport à une thérapie ou juste
même par rapport à… ouais un problème de santé en tout cas, je n’hésite pas à demander à
des collègues, ainsi que au patient.
ESI : Ok, les situations qui te posent problème sont-elles d’ordre éthique, et si oui, est-ce que
tu peux me donner des exemples.
C : [Silence] Non c’est rare quand même que ce soit au niveau éthique. Il y a juste [Silence]
ouais… une patiente qui nous a posé problème entre guillemets, que vraiment au niveau de ça,
son état de santé, ça se dégradait, elle était plutôt âgée. Et voilà, on faisait quand même
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qu’enchainer les opérations, même elle avait un Mikulicz, c’est un drainage spécifique et
euh… qui était très purulent, enfin vraiment il était sale, en fin de compte, le drainage devait
faire sortir les saletés etc. mais c’était, comment dire, c’était vraiment trop sale. Il y avait
vraiment rien à faire, même le drainage ne servait à rien et euh… finalement euh... Donc, ils
ont repris quand même, malgré tout l’opération alors qu’elle était très âgée et euh…
finalement, elle est décédée trois jours après. Et finalement, c’était vraiment euh… deux mois
de prise en charge où elle a eu peut-être cinq opérations à la suite et euh…, on a fait entre
guillemets tout ça aussi, à la demande aussi de son époux mais on savait très bien tous que
voilà, elle n’allait pas survivre quoi donc euh… là-dessus c’était un peu une prise en charge
où on ne savait plus trop quoi faire parce qu’il fallait peut-être en parler avec son mari un peu
le, lui dire un peu, lui expliquer voilà la situation pour qu’il comprenne qu’il fallait peut-être
aussi … Entre guillemets laisser, la laisser partir entre guillemets. Donc je pense que au
niveau de cette prise en charge, je sais pas si elle a été vraiment prise en charge, enfin si
euh… l’époux vraiment a été informé, ou s’il y a eu une discussion thérapeutique avec lui que
sachant que je suis de nuit, je ne sais pas vraiment ce qui se passe tout le temps dans la
journée mais je ne pense pas qu’il y est vraiment euh… de rendez-vous avec la psychologue
ou en tout cas pluridisciplinaire avec l’époux et donc voilà c’était une prise en charge qui m’a
un peu questionnée. Je me disais : mais à quoi bon quoi l’opérer à chaque fois, enfin en peu de
temps c’est pas possible de tenir même une personne jeune, enfin on peut pas vraiment
survivre à tout ça. C’était un peu spécial comme prise en charge et c’est tout. Vraiment la
seule prise en charge éthique qui m’a, qui m’a questionnée.
ESI : Ok, euh à partir de l’exemple que tu m’as donné, est-ce que tu peux me définir
l’éthique ?
C : Pour moi c’est euh…, l’éthique, pour moi c’est, c’est … Elle rentre en compte dans le
milieu oui paramédical et médical, vu que, c’est quelque chose qui faut prendre en compte,
c’est très complexe parce que, en même temps, on se doit d’agir de d’essayer de, de comment
dire, favoriser le soin, enfin de vraiment, d’améliorer l’état de santé de la personne et quand
l’état de santé est, comment dire, [Silence] mal en point, enfin quand la personne est vraiment
mal en point, je me demande si l’éthique, voilà, comment dire. Quel est le rôle de l’éthique
parce que en fin de compte, il faut vraiment qu’il y ait une discussion pluridisciplinaire, je
pense et avec la famille et le rôle, enfin notre rôle propre de soignant et quand même remis en
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question je pense et donc, c’est quand même des …, comment dire, une définition difficile,
enfin. Quelque chose de difficile a, a, comment dire…
C : Oui à appliquer, oui dans le rôle hospitalier, enfin dans le monde hospitalier. En tout cas
dans certaines situations.
ESI : Ok, est-ce que tu sais si au sein de ton établissement, il y a un comité d’éthique ?
C : Non, non je ne sais pas non, c’est-à-dire c’est … Qu’est-ce que c’est un comité d’éthique ?
C : D’accord. [Rire]
ESI : Après avoir réfléchi à la situation qui t’a posé problème soit seule ou en équipe qu’est-
ce-que ça t’apporte ?
C : [Silence]. Ça m’apporte, euh…, en vrai ben je ne sais pas, ça m’a pas apporté grand-
chose. En fait, je me suis juste dit, enfin, voilà cette patiente, elle est décédée et euh…, ça
nous a pas, enfin, je trouve que la prise en charge n’a pas été euh…, vraiment, euh…, enfin
comment dire… n’a pas été adapté finalement à la situation, donc non enfin, ça m’a pas. Je
pense qu’on aurait dû euh… prendre en compte tous les facteurs pour euh… mieux prendre en
charge cette patiente c’est tout. Mais, je ne sais pas, ça m’a pas, ça m’a rien apporté de plus au
contraire, euh…, ça me reste encore en travers, enfin je sais que cette situation. Je n’ai pas
compris pourquoi, les internes et les chirurgiens se sont acharnés sur cette patiente quoi c’est
tout. Ça ne m’a pas apporté grand-chose.
C : Non, après moi je suis, voilà, au niveau de ma prise en charge euh …, je suis plutôt quand
même dans l’écoute et tout dès qu’il y a quelque chose qui n’a pas été dit dans la journée, je
transmets. Donc voilà au niveau de la prise en charge même la nuit quand y a des patients qui
sont dans des états, enfin son mal en point donc voilà, on prend en charge directement euh,
enfin on va appeler les internes, les chirurgiens qui sont disponibles à n’importe quelle heure.
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Donc moi, en fait non, ma prise en charge est toujours la même euh…, je pense que je fais en
sorte de régler les problèmes dès que, dès qu’il faut quoi et de transmettre en tout cas à mes
équipes de jour qui sont plus en contact avec la famille et les psychologues etc.
ESI : Au regard de l’exemple que tu m’as donné, est-ce que ça fait écho à la qualité des
soins ?
C : Par rapport à la situation éthique là encore ? [Silence] Echo à la qualité des soins ?
[Silence]. Oui en quelque sorte parce que au début, on a essayé de, d’avoir une prise en
charge optimale vraiment, d’essayer de vraiment de la faire vivre finalement et de, de régler
tous les problèmes de santé de cette patiente mais euh…, je pense que l’équipe s’est investie
jusqu’au bout, enfin mais bon. Après, la qualité des soins était là mais il y avait, entre
guillemets, rien à faire, le corps ne suivait pas, on va dire.
ESI : Après derrière qualité il n’y a pas, tu sais ce n’est pas forcément, le non agir, ça peut
être de la qualité aussi, tu vois.
C : Ouais pour moi oui, c’est sûr que ça aurait été le cas, moi c’est ce qui est, je pensais en
tout cas qu’on devait faire finalement. Ne pas agir, de laisser la personne partir, faire des soins
de confort, c’était le plus logique en tout cas pour beaucoup de notre équipe, c’est sûr c’est
vraiment ce qu’il fallait faire mais les chirurgiens n’étaient pas en accord entre eux, qu’on a
plusieurs chirurgiens en plus dans notre, dans notre équipe donc souvent ils sont en contra..,
enfin, pas en accord et finalement la prise en charge n’est pas optimale finalement ouais et
donc euh... La qualité des soins, je pense oui il manquait peut-être juste euh…, comment dire,
une communication entre les chirurgiens et l’équipe. Nous, on est vraiment en contact avec la
famille, la patiente aussi qui était consciente et les chirurgiens donc on voyait peut-être que la
qualité des soins n’a pas, on n’a pas agi vraiment en équipe finalement pluridisciplinaire donc
euh…, il y a des choses qui n’ont pas été dites et on aurait pu agir autrement je pense.
C : Ben, je suis diplômée depuis juillet 2015, j’ai débuté, enfin après le diplôme j’ai fait aide-
soignante dans le sud, dans une maison de retraite et j’ai débuté en septembre en chirurgie
digestive, enfin générale et digestive à Bichat de nuit. Enfin, j’ai fait une intégration de jour et
je suis passé de nuit et c’est tout.
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C : Non du tout.
ESI : Est-ce que tu peux me parler de la manière dont tu t’occupes d’un patient ?
D : Ah ouais, euh… ben du coup, moi, c’est vraiment particulier, là où je travaille, parce que
du coup si tu veux il y a plus de cinq cents enfants et euh… du coup, on a une petite
infirmerie. Donc en fait, la différence de l’hôpital, c’est que la plupart du temps c’est des
enfants qui viennent à nous, tu vois qui viennent jusqu’à l’infirmerie donc euh… c’est
quasiment impossible pour moi de faire une organisation de soin. Tu arrives le matin, tu sais
jamais vraiment ce qui va se passer etc... [Silence] Et autrement, il y a aussi des enfants et toi,
en tant qu’infirmière, tu gères aussi les traitements etc.., et c’est à ce moment-là que tu vas
faire ton tour et que tu vas aller au contact des lieux de vie de chaque enfant. Je ne sais pas si
tu veux plus, si ta question elle est plus orientée vers la relation, c’est ça ? Euh… moi, ce que
je préfère faire c’est, j’essaie tout le temps de rendre le plus propice possible la relation de
confiance en fait, tu vois. Donc du coup pour ça, j’essaie de me montrer le maximum à
l’écoute et j’essaie surtout de comprendre les demandes et surtout les demandes implicites et à
partir de ce moment-là, la personne, elle se sent comprise et du coup, là le lien de confiance se
crée et je pense que c’est à partir de ce moment-là qu’on peut vraiment commencer quelque
chose d’intéressant.
ESI : Ok merci, alors deuxième question de quelle manière est-ce que tu gères au sein de ton
établissement les situations qui te questionnent ou qui te posent problème ?
D : La plupart du temps, on a la chance d’avoir une équipe, c’est une petite équipe mais on
sait qu’on peut vraiment toutes se soutenir et la plupart du temps c’est rediscuté avec les
membres de mon équipe et même avec ma cadre, elle est vraiment très, très impliquée dans la
dynamique de groupe, tu vois et du coup, à chaque fois qu’il y a une, quelque chose qui a été
difficile, on peut en parler dans des temps informels et chaque semaine, on a des, des…, une
réunion d’équipe où on a des infirmières et la cadre dans un premier temps, donc on peut, si
on a un souci, il n’y a pas de problème, on peut en parler au début de ce temps-là avec la
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cadre et après, elle nous laisse un petit temps pour pouvoir débriefer et souvent il y a d’autres
professionnels qui vont nous rejoindre comme la psychologue l’ergothérapeute etc. qui
s’occupe aussi des enfants et du coup des fois, on parle vraiment de ces situations qui sont
vraiment compliquées avec ses personnels là et ça nous permet d’avoir un angle de vue plus
large. Je pense que c’est vraiment dans ces temps-là que c’est le plus aisé et il y a aussi euh…
comment ça s’appelle ? C’est comme l’APP mais vraiment pour les professionnels, tu sais, un
temps.
D : Ouais voilà, ouais c’est ça... Une fois par mois et ça par contre c’est, c’est pas une
obligation, mais c’est vrai que surtout dans ce centre, il y a des situations des fois qui peuvent
être un peu dures, un peu, « interrogeantes » et du coup, c’est intéressant pour ça, ce temps-là
une fois par mois.
Julia : Alors euh, il y a vraiment deux pièces, qui sont vraiment faites pour les réunions, mais
pour tous les professionnels du centre, même si c’est juste des gens qui vont, qui sont dans
l’administratif, qui vont faire une réunion, ça va être là. C’est vraiment deux salles qui sont
juste réservées aux réunions, donc c’est vraiment, tu sais les tables en U avec, il y a des
tableaux si jamais, il y a des idées à noter voilà. Mais elle est, et puis c’est des pièces qui sont
pas super grandes ce qui fait qu’on est assez rapproché, tu vois. Je ne sais pas mais je pense
que, au niveau de la dynamique, euh… tu vois de la parole, ça circule mieux que si on est
vraiment … On se sent du coup plus concerné, tu vois.
ESI : Et euh…, tu m’as dit pour les analyses de situation professionnelle, euh…, c’est pour
qui ? Pour tous les employés ?
D : Oui, c’est pour tous les employés paramédicaux, non c’est ça, paramédicaux, il n’y a pas
de médecin par contre tu vois. Il y avait vraiment les infirmières, on y va chaque mois en fait,
euh…, la kiné beaucoup, euh…, les psychologues aussi. La cadre n’y participe pas et moi
quand j’y étais en tant qu’étudiante, ils m’y ont conviée.
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ESI : Mais, il y a des aides-soignants dans ta structure ?
D : Il y a une aide-soignante mais elle a une fonction, un peu particulière dans le sens où elle
ne va pas aider aux soins propres, aux soins du corps physique, elle en fait, les enfants qu’on a
ils ont beaucoup de problèmes de santé parallèles, donc il va falloir les amener chez le
dentiste etc. parce que il y a beaucoup de, des enfants qui sont placés pour défaut de soin etc.
Et elle, elle va se charger de les accompagner jusqu’au lieu de rendez-vous parce que, toi en
tant qu’infirmière, tu ne peux pas être à la fois sur l’extérieur et être présente pour tous les
enfants. Du coup, c’est elle qui va se charger de ça tu vois, et après, elle fait la liaison et puis
voilà. Et par contre, elle assiste aussi si elle veut à cette réunion mensuelle, elle peut.
ESI : Ok, alors les situations qui te posent problème, est-ce qu’elles sont d’ordre éthique ? Et
si oui, est-ce que tu peux me donner des exemples ?
D : Ça va être un peu plus compliqué. J’essaie de me rappeler quand j’étais, je suis vraiment
arrivée sur ce lieu de travail. Oui après, par exemple, il y a des situations, tu vois, qui me
posent des questions mais ce n’est pas vraiment par rapport à mon rôle d’infirmière, tu vois,
parce que du coup, là dans le centre où je travaille, il y a des enfants qui sont placés parce
qu’ils ont été victimes de…, d’attouchements sexuels par exemple, et il a d’autres enfants qui
sont placés parce qu’ils ont été agresseurs, tu vois, et en fait, ces enfants-là, on est sensés leur
apporter une sécurité notamment les enfants qui ont été déjà victimes etc… et au final on les
.., on les place dans et on les fait vivre en cohabitation avec des enfants qui ont … tu vois. Et
en fait, c’est plus des questionnements comme ça et toi, en tant qu’infirmière, tu ne rentres pas
vraiment dedans tu vois. Après, au niveau éthique là [Silence].
ESI : Ou des situations qui te posent problème, qui t’ont posé problème en général, ne te
bloque pas sur l’éthique peut-être ça va t’aider.
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avait l’air vraiment super éveillée, elle avait juste cinq, six ans, elle s’exprimait vraiment
super bien etc. Elle respirait vraiment la joie de vivre et certaines fois, on ne connaît même
pas le motif de placement des enfants et en fait, quand il y avait eu le, la visite médicale, je me
suis aperçue que au final, quand on a déshabillé cette petite fille pour vraiment faire un check
up, elle était, elle avait des griffures partout, des bleus partout, une coloration de peau pas
naturelle, tu vois enfin, qui ne donnait pas l’air d’être sain et la médecin, elle lui a carrément
fait, du coup elle regarde vraiment partout, elle avait regardé si cette petite fille n’avait pas été
violée et effectivement, c’était un petit peu irrité. En fait, j’avais fait toute mon APP sur cet
énorme paradoxe entre ce que cet enfant il pouvait renvoyer quand tu le rencontrais comme ça
et du coup, cette première idée que tu vas te faire et du coup, tu vas peut-être commencer à
anticiper une façon d’être et au final, quand tu vois le corps de la petite fille, tout ce qu’elle
n’exprime pas encore tout ce qu’il y a à découvrir et tu vois et en gros, quel est ton rôle ? Est-
ce que du coup, tu essaies de conforter cette petite fille dans cette joie de vivre qu’elle a déjà
ou est-ce que tu vas essayer de la questionner et peut-être lui renvoyer des choses
douloureuses pour essayer de savoir ce qui s’est réellement passé. Est-ce que ça va être
thérapeutique pour elle de faire ça quoi. Je sais que j’avais fait mon APP là-dessus. Je ne sais
pas si ça peut t’aider.
ESI : Ok ! C’est bien, merci, euh…, alors avec les exemples que tu m’as donnés, est-ce que tu
pourrais me donner une définition de l’éthique ?
D : En plus franchement, c’était des UE qui m’intéressaient trop. L’éthique pour moi, euh, j’ai
l’impression que l’éthique c’est souvent un, c’est toujours un questionnement mais euh… qui
a, qui a une réponse très, très compliquée. Je pense que les questions d’éthique, c’est vraiment
les questions qui peuvent faire avancer au mieux le soin euh… mais c’est les questions en
fonction du point de vue que tu vas adopter, qui peuvent avoir une réponse complètement
différente de l’autre individu.
ESI : Après que tu aies réfléchi à la situation qui t’a posé problème, seule ou en équipe,
qu’est-ce que cela t’apporte ?
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D : Euh… déjà des pistes de compréhension. Je vais d’abord dire des pistes de réflexion et de
compréhension. Euh…, je pense qu’à chaque fois qu’on fait part de nos problèmes, ça va
aussi renouer cette dynamique d’équipe en fait parce que, au final on, on fait part aussi de nos
limites et nos collègues ont, du coup, ça permet une espèce de complémentarité, tu vois pour
les situations futures et c’est surtout que ça te donne des pistes pour euh… les prochaines fois.
Il n’y a jamais deux situations similaires, donc quand tu auras une situation qui y ressemblera
ça permettra de mettre ça à distance te dire d’accord ça, ça s’est déjà passé comme ça et j’ai
…, tu vois. Je l’ai vécu de telle manière. En discutant, tu as eu des pistes pour savoir comment
à nouveau ré affronter cette situation et du coup, tu te sens certainement plus armée.
ESI : Est-ce que, au regard des différentes réponses que tu m’as données, est-ce que tout cela
ça fait écho à la qualité des soins ?
D : En parlant d’exemple ?
ESI : Tous les questionnements, toute la réflexion est-ce que ça fait écho à la qualité des
soins ?
D : Bien sûr, bien sûr, bien sûr ça fait écho à la qualité des soins dans le sens ou ben, je pense
que chaque fois, enfin, qu’on met en mots les choses, ça fait avancer et euh… et ça t’aide
parfois à améliorer ta pratique c’est sûr.
D : Euh… je suis diplômée de juillet. Du coup, j’avais fait mon stage pré pro dans ce foyer de
l’enfance et ensuite à, le jour du diplôme, j’ai commencé mon travail de nuit là-bas, j’ai
travaillé de nuit tout l’été après toute la période d’automne. J’étais sur les remplacements. Du
coup je faisais autant les nuits que les jours, autant j’étais sur chaque pôle, donc autant la
pouponnière, que la petite enfance, que les ados, que les préados et voilà, je continue comme
ça.
D : Euh… non.
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ESI : Ok merci D.
Ethique organisationnelle : Les enfants qui, arrivés au jour de leur majorité, doivent quitter le
foyer de l’enfance sans qu’il y ait forcément de solution de logement pour la suite.
Ethique autour de l’autorité parentale : La situation d’un garçon de 15 ans qui était entré au
foyer de l’enfance pour conflit avec sa mère. Ce garçon fumait jusqu’à une quinzaine de joints
de cannabis par jour. Il était en souffrance par rapport au sevrage du cannabis, il voulait se
sevrer et l’équipe ne pouvait pas autoriser ce garçon à fumer. La mère a refusé que son fils
reçoive des traitements pour l’aider au sevrage. L’équipe soignante s’est retrouvée sans
solution face à cette situation.
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Annexe 6 : Retranscription de l’entretien avec E, infirmière depuis
2006 dans une équipe mobile de soins palliatifs et en hématologie.
ESI : Alors, est-ce que vous pouvez me parler de la manière dont vous vous occuper d’un
patient ?
E : La manière dont je m’occupe d’un patient en fin de vie, en soins palliatifs ? Non, mais en
général ?
ESI : Oui
E : Pas forcément sur le palliatif ? Je travaille pas que sur le palliatif c’est pour ça.
ESI : D’accord
E : C’est vaste quand même. Une prise en charge lambda ? Je sais pas comment dans la
présentation et tout ?
E : Au niveau relationnel ? Ben déjà se présenter dire qui on est, il me semble que c’est la
base, s’identifier puisque lui, il s’identifie à nous quelque part. Euh, je rebalaie un petit peu
l’histologie, sa maladie de du pourquoi il est hospitalisé aujourd’hui pour m’assurer de de ce
qui s’est dit au niveau des connaissances médicales, informations et voir si je peux recadrer,
réexpliquer, réorienter ses demandes voilà, bien cibler les demandes du patient en fonction de
ses besoins et après ben je vois sur le côté clinique, symptômes, première chose douleur,
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regarder le corps, soulever des draps, voilà je regarde le patient de A à Z, au niveau du corps
et après au niveau moral, le côté psychologique est hyper important aussi, côté entourage
voilà balayer la prise en charge globale du patient.
ESI : Ok, est-ce, de quelle manière est-ce que vous gérez les situations qui vous questionnent
ou qui vous posent problème ?
E : Euh…, ben les… Déjà, me poser prendre deux minutes pour réfléchir, parce que, si on se
lance trop vite, des fois on va au carton. Essayer de trouver, voilà ce recul, [Souffle] ce
moment de…, de paix, on va dire pour se retrouver un peu. Après, si je suis sûre de moi, si
j’ai une réponse qui est évidente, ben je donne une réponse, je formule une réponse. Si j’ai
besoin d’un appui de collègue, si je suis pas sûre à cent pourcent, ben je vais demander à
l’équipe pluridisciplinaire de se réunir autour pour se questionner sur le patient et sur ses
besoins.
ESI : Est-ce que vous avez des exemples de situations qui vous questionnent ou qui vous
posent problème ?
E : Euh… on peut oui… Alors, je vais parler du palliatif, au niveau éthique, c’est ça qui me
vient comme ça, sur l’arrêt d’alimentation, d’hydratation sur des fins de vie, sur des situations
neurologiques, notamment des AVC où c’est difficile où euh… il faut prendre de la distance
par rapport à l’accident vasculaire. Et des fois, les patients, ils récupèrent à distance. Donc, on
est tout le temps, questionné, remis en question par rapport à nos pratiques. Peut-être deux
jours avant, on aurait aimé faire un protocole thérapeutique et puis deux jours après, il
récupère le patient. Donc tout le monde est perturbé, la famille et nous les soignants. Donc, on
est en balance. Peut-être pour ça, pour des prises de décision d’arrêt thérapeutique, d’arrêt
d’alimentation, d’hydratation.
ESI : Euh…, après avoir réfléchi à la situation qui vous a posé problème, qu’est-ce que cela
vous apporte ?
E : Ben… une sérénité déjà, euh… Ça me rassure dans mes pratiques professionnelles, ça fait
toujours du bien parce que ça nous remet en question au quotidien, dans nos pratiques quoi.
Euh… ben ça apporte aussi l’échange avec le reste de l’équipe pluridisciplinaire quand on a
besoin de s’appuyer sur eux, pour travailler euh… voilà. On est une équipe quoi de se sentir
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dans un groupe. Et ça donne de l’appui auprès du patient aussi quoi, avoir plus d’arme, plus
d’outils.
ESI : Euh… de par les exemples que vous m’avez donnés, comment est-ce que vous
définissez l’éthique, vous pourriez définir l’éthique ?
ESI : Ok.
E : Bonne réponse ou … ?
ESI : Si, si, si c’est très bien, c’est très bien. Au sein de l’établissement, est-ce qu’il y a un
comité d’éthique ?
ESI : Est-ce que vous avez des relations avec eux, en tant qu’équipe mobile de soins palliatifs
ou pas ?
E : Alors directement comme ça, non alors ce qui est rigolo, c’est que P, le médecin de
l’équipe mobile, il fait partie du groupe éthique.
ESI : D’accord.
E : Et donc après donc lui déjà, il bosse avec nous. Enfin, je veux dire, on est très proche de
lui quand y a des problèmes à ramener. Ben, il les fait ressortir au groupe éthique. Donc, on
est en première ligne, quelque part avec lui. Ensuite ben…, il y a l’autre médecin et mon autre
collègue infirmière qui se forment actuellement au DU d’éthique, donc on est quand même
bien baignés dedans.
ESI : Et du coup y a des infirmiers au, y a pas d’infirmier au comité … au groupe de parole ?
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E : Si y a des infirmiers ? Ouais, ouais, dans chaque service de l’hôpital après y a, on
demande des volontaires dans le groupe douleur, le groupe éthique dans les groupes de
travail, donc il y a des infirmiers référents oui.
ESI : Alors, au regard des différents exemples que vous m’avez donnés, est-ce que ça vous
fait écho à la qualité des soins ?
E : Ah oui carrément, oui dans le sens ou l’éthique euh…, voilà c’est tout ce qui est moral,
prise de décision, quel est le meilleur pour le patient, ou qu’est-ce qui pourrait être le moins
pire plutôt pour le patient. Oui ça, je mets en parallèle avec le soin au quotidien au patient
voilà savoir prendre la bonne décision, savoir ne pas être trop invasif, euh…, savoir se
remettre en question sur un soin est-ce que c’est le moment de le faire ou pas, est-ce que, est-
ce que c’est adapté ? Oui je trouve que c’est hyper adapté.
ESI : Quel est votre parcours professionnel et depuis combien de temps est-ce que vous êtes
diplômée ?
E : Alors diplômée depuis 2006, dix ans, ben… c’est horrible ça va vite. Donc j’ai, ben… en
troisième année, j’avais fait mon stage pré pro en hémato. Donc, j’ai intégré l’hôpital, j’ai fait
très peu de temps, on va dire d’abord sur l’hôpital M à H avec les polyhandicapés, les Prader-
willi et ben… j’ai fait trois mois là-bas, ça me convenait pas, donc après, je suis venue ici, à
l’hôpital de B et vu qu’ils me connaissent en hémato suite à mon stage pré pro, ben… ils
m’ont ouvert les portes, donc j’ai fait les rempla d’été, j’ai fait du Sics, service de
remplacement pendant trois ans de l’hôpital.
E : Ouais, c’est un pool de remplacement. Donc j’ai fait jour, nuit, j’ai fait presque tous les
services et ensuite ben…, ils m’ont proposé un poste sur l’hémato, donc euh… j’y suis allée
en courant et donc j’étais à 100% là-bas et en 2010, j’ai passé mon DU de soins palliatifs
parce que ça me tenait à cœur, je voulais le faire dès l’école infirmière, même avant j’avais
pensé à ça. Donc mon DU de soins palliatifs 2010, j’ai intégré l’équipe mobile de soins
palliatifs en début 2011 et aujourd’hui, je suis à 80% suite à ma deuxième petite fille. Et là, je
suis à 40-40, 40 soins palliatifs et 40 hématologie.
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E : Euh… sur l’éthique, sur l’éthique ouais, que je me pose la question de me former aussi
peut-être pas de là à aller faire un DU, mais peut-être avoir juste la formation intra-
hospitalière déjà au niveau du CFPS, c’est le Centre de formation pour les personnels,
Professionnels de Santé, c’est la formation interne de l’hôpital en fait. Donc, déjà peut-être
faire cette formation qui est sur trois quatre jours, au niveau de l’hôpital, peut-être pas un DU
parce que là, j’ai pas la tête à me replonger dans un DU, mais ouais, c’est hyper riche, c’est
des réflexions, c’est hyper intéressant, ça envoie au débat pour avancer au niveau soignant et
dans les relations humaines. Enfin c’est énorme quoi, ouais, je crois que c’est un point hyper
important et positif à développer quoi, voilà.
DU : Diplôme Universitaire
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Résumé : Ce mémoire de fin d’études explore l’intérêt de l’analyse de pratique
professionnelle lors de situation d’ordre éthique à l’hôpital ainsi que son impact sur la qualité
des soins et sur les pratiques des soignants. J’ai choisi de traiter ce sujet car j’ai été confrontée
à une situation d’ordre éthique que je n’ai pas pu résoudre, J’ai donc voulu analyser cette
situation dans l’objectif d’améliorer ma prise en soin en tant que future professionnelle.
Après avoir développé mes recherches sur les thèmes de l’éthique et de la qualité des soins en
m’aidant de la littérature et sur la rencontre de trois professionnels, j’ai interrogé trois
infirmières travaillant en soins de courte durée autour de mes thèmes. L’analyse de ces
entretiens m’a permis d’identifier et de comprendre qu’elles étaient les difficultés éthiques
rencontrées en service et quels étaient les facteurs favorisants et freins pour affronter les
situations de soin d’ordre éthique.
Ainsi, cette recherche a enrichi ma culture soignante et m’a donné des clés pour comprendre
les situations d’ordre éthique, ce qui me permettra d’agir de manière efficiente lorsque je ferai
face à des difficultés lors de soin.
Abstract : This research paper explore the interest of the analyse of professionals praticals
during an ethic situation in the hospital and also the impact on the quality of care and on the
nurses praticises. I chose to treat that subject because I was confronted with an ethic situation
witch i can not resolved, I wanted to analyse this situation with the purpuce, to improuve my
cares in the optic of being a future professional.
After focusing my searches on the main of ethic and quality of cares heaping me with
literature and the meeting with three professionals, I interviewed three nurses who worked in
short during care around my mains. The interviews analysis allowed me to identify and
understand witch was the ethic difficulties meet in the unit and wich was the favoring and
unfavoring factors to face the ethic care situations.
So, this research has feed my nurse culture and gave me the keys for understand the ethic care
situations wich will allow me to act efficentely when I will face difficulties during cares.