0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
49 vues60 pages

Position10 Web FR

Transféré par

Elisee
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
49 vues60 pages

Position10 Web FR

Transféré par

Elisee
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

La consécration selon la vision réformée

This page was generated automatically upon download from the Globethics Library.
More information on Globethics see https://www.globethics.net. Data and content
policy of Globethics Library repository see https://repository.globethics.net/pages/
policy

Item Type Book

Authors Wüthrich, Matthias D.

Publisher Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS / Éditions


Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS

Rights With permission of the license/copyright holder

Download date 28/05/2024 22:08:16

Link to Item http://hdl.handle.net/20.500.12424/173349


FEPS Position 10
Selon la conception réformée, les fidèles sont tous appelés à témoigner
de l’Évangile en paroles et en actes. Mais pour pouvoir assumer sa tâche
de proclamation publique de la Parole, l’Église élit certaines personnes en
particulier. Le choix des personnes destinées à remplir ce Ministère et la
manière de l’exercer sont révélateurs de la conception que l’Église se fait
d’elle-même. La conception de la vocation – qu’elle se manifeste par une
consécration ou par une remise de charge – est donc un point essentiel,
non seulement dans le débat œcuménique, mais encore dans la collabora-
tion entre les Églises membres de la FEPS. En exprimant sa position dans
ce document, le Conseil de la FEPS entend clarifier les bases théologiques
de la consécration et permettre ainsi un rapprochement entre les Églises
membres. Il rejoint les discussions déjà engagées au sein des Églises mem-
La consécration
bres et tient compte du débat œcuménique et théologique actuel.
selon la vision réformée

Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS


Collection FEPS Positions

1 La question du rebaptême. Considérations et recommandations du Conseil de


la Fédération des Églises protestantes des Suisse SEK-FEPS, 2005, 30 p.*
2 La Cène selon la vision protestante. Considérations et recommandations du
Conseil de la Fédération des Églises protestantes des Suisse SEK-FEPS, 2005,
42 p.*
3 Couples du même sexe. Repères éthiques sur la «Loi Fédérale sur le partena­
riat enregistré entre personnes du même sexe», 2005, 38 p.*
4 Réformer l’ONU pour la rencontrer, 2005, 62 p. (épuisée – peut être télé­
chargée sur www.feps.ch). This document is also available in English.
5 Globalance. Perspectives chrétiennes pour une mondialisation à visage
humain, 2005, 120 p., CHF 12.–.
6 Placer l’être humain dans son droit. Les droits de l’homme et la dignité
humaine d’un point de vue théologique et éthique, 2007, 73 p., CHF 12.–.
This document is also available in English.
7 Les valeurs fondamentales selon la vision protestante, 2007, 80 p., CHF 12.–.
8 La vérité dans l’ouverture. La foi chrétienne et les religions, 2007, 57 p.,
Éditeur Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS CHF 12.–.
Auteur Matthias D. Wüthrich 9 Vivre la mort. Un regard protestant sur les décisions en fin de vie, 2007, 43 S.,
Traduit de l’allemand par Laurent Auberson CHF 12.–. This document is also available in English.
en collaboration avec Jacques-Antoine von Allmen
Collection FEPS Positions 10 La consécration selon la vision réformée, 2009, 111 p., CHF 15.–.
This document is also available in English.
Photo de couverture Aki Müller, ref.ch
Mise en page Büro + Webdesign GmbH, Berne
Impression Roth Druck AG, Uetendorf
*Ces brochures sont distribuées gratuitement.
Ce texte a été approuvé par le Conseil de la Fédération des Églises protestantes
de Suisse le 3 septembre 2007. Alle Broschüren sind auch auf Deutsch erhältlich.

Internet www.feps.ch Les brochures peuvent être commandées ou téléchargées dans notre shop sur
Courriel [email protected] www.feps.ch ou par courriel [email protected].

© 2009 Éditions Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS, Berne


Édition allemande 2007
ISBN 978-3-7229-6030-2
Sommaire
Préface . .................................................................................................... 5

1. Introduction ........................................................................................ 7
1.1 Nature et objet de l’étude .......................................................... 7
1.2 Aperçu historique sur la question
de la consécration au sein de la FEPS .......................................... 9
1.3 État actuel de la question ......................................................... 14

2. Aperçu des problèmes actuels .......................................................... 16


2.1 Points communs dans la conception de la consécration ............ 16
2.1.1 Le sacerdoce universel .....................................................16
2.1.2 La nécessité d’une consécration . .....................................17
2.1.3 Une consécration à réserver en priorité aux pasteurs .......17
2.1.4 L’accès des personnes non consacrées
aux fonctions de direction d’Église ..................................18
2.1.5 La disposition au dialogue prescrite par la CEPE ..............18
2.2 Les divergences dans la conception de la consécration .............. 19
2.2.1 Consécration à un ou à plusieurs ministères ? ..................19
2.2.2 Qui consacre ? . ...............................................................20
2.2.3 Où consacrer ? ................................................................20
2.2.4 Service spécifique ou champ d’activité ? ..........................20
2.2.5 La nature de l’acte de consécration . ................................20
2.2.6 La conception de la consécration dans l’EELG et l’EEM . ..20
2.3 Autres points à définir .............................................................. 21
2.4 Le ministère et la consécration dans une société
en pleine mutation ................................................................... 22
2.4.1 Le ministère pastoral .......................................................22
2.4.2 La question des genres ....................................................24
2.4.3 Les Églises issues de l’immigration ...................................25
2.4.4 Les théologiens indépendants .........................................25
2.4.5 Les théologiens étrangers ................................................25
2.4.6 La diminution des ressources financières .........................26
2.4.7 Le rapport entre l’Église et l’État . ....................................26

1
3. La conception réformée de l’Église ................................................... 27 3e recommandation du Conseil de la FEPS .............................. 66
3.1 Le fondement de l’Église . ......................................................... 27 4e recommandation du Conseil de la FEPS .............................. 71
3.2 La mission de l’Église ................................................................ 27 5.4 Qui consacre ? .......................................................................... 71
5e recommandation du Conseil de la FEPS ...............................76
4. Le Ministère et les ministères selon la vision réformée ................... 31 5.5 Qu’est-ce qui se passe dans l’acte de consécration ? ................. 76
4.1 La justification théologique du Ministère .................................. 32 5.5.1 Les éléments liturgiques de l’acte de consécration ...........76
4.1.1 Le texte biblique .............................................................32 5.5.2 Commentaire sur les éléments liturgiques ........................78
4.1.2 Les deux positions protestantes .......................................36 6e recommandation du Conseil de la FEPS .............................. 84
4.1.3 Le rapport entre Ministère et communauté . ....................38 5.6 La consécration est-elle valable pour toute la vie ? . .................. 85
4.1.4 Le charisme de Ministère et la consécration 5.6.1 Une validité « absolue » et illimitée .................................85
comme sacrement ...........................................................39 5.6.2 La suspension de la consécration .....................................86
4.1.5 Autres enseignements à tirer de la doctrine 5.6.3 La reconsécration ............................................................88
paulinienne des charismes ...............................................42
7e recommandation du Conseil de la FEPS............................... 89
4.2 Ministère et ministères ............................................................. 43
5.7 Consécration et installation . .................................................... 90
4.2.1 Ministère et communauté ...............................................44
5.7.1 Le rapport entre consécration et installation ....................90
4.2.2 Un Ministère, quatre ministères . .....................................45
5.7.2 Dans quels ministères est-on installé ? .............................91
4.2.3 Champs d’activité ............................................................47
8e recommandation du Conseil de la FEPS............................... 92
4.2.4 La collégialité des ministères ...........................................49
5.7.3 Qui est installé dans sa charge ? ......................................93
4.2.5 Ministères exercés à titre professionnel ou bénévole . ......51
5.7.4 Qui procède à l’installation ?............................................94
5. La consécration selon la vision réformée .......................................... 52
5.7.5 Qu’est-ce qui se passe lors d’une installation ?.................95
5.1 Les racines néotestamentaires ................................................... 52
5.2 Qui est consacré ? .................................................................... 55
6. Résumé des recommandations du Conseil de la FEPS...................... 97
1re recommandation du Conseil de la FEPS.............................. 55
5.2.1 La reconnaissance de la formation ...................................56
7. Bibliographie ..................................................................................... 99
5.2.2 La vocation intérieure . ....................................................57
5.3 Quels sont les ministères pour lesquels on est consacré
Annexe 1 Le Ministère dans l’Église et ses ministères . ..................... 106
et ceux pour lesquels on est investi d’une charge ? ................... 58
Annexe 2 Les activités centrales . ....................................................... 107
5.3.1 La situation actuelle parmi les Églises membres ...............58
Annexe 3 La conception de la consécration et
5.3.2 La consécration au ministère pastoral ..............................59
du Ministère dans l’EEM .................................................... 108
2e recommandation du Conseil de la FEPS .............................. 59
5.3.3 La question de la consécration au ministère diaconal .......61
5.3.4 Consécration et activités centrales ...................................64
5.3.5 Les ministères pour lesquels une personne
est investie d’une charge .................................................66

2 3
Préface
Selon la conception réformée, les fidèles sont tous appelés à témoigner
de l’Évangile en paroles et en actes. Mais pour pouvoir assumer sa tâche
de proclamation publique de la Parole, l’Église élit certaines personnes
en particulier et marque cette élection en les consacrant. Le choix des
personnes destinées à remplir ce Ministère et le manière de l’exercer
sont révélateurs de notre conception de l’Église et de l’importance re-
lative que nous accordons à ses diverses missions. Nous sommes tou-
jours Église au sens plein. La parole et les actes ne se peuvent dissocier.
Cependant, il existe diverses manières d’envisager l’Église, selon que
l’on privilégie la proclamation de la Parole, la célébration, l’assistance
spirituelle et diaconale ou l’enseignement religieux. La conception de
la vocation, que celle-ci prenne la forme d’une consécration ou d’une
remise de charge, est donc un point essentiel aussi bien dans les débats
œcuméniques que dans le travail conjoint des Églises membres de la
FEPS.

La consécration – on ne s’en étonnera donc pas – est une question qui


préoccupe la FEPS depuis longtemps. En 2004, un projet de liturgie
commune de consécration a été soumis à ses Églises membres en même
temps qu’à diverses organisations ecclésiastiques et à des experts en
théologie. Ce projet a suscité des appréciations très diverses et n’a pas
pu réunir un consensus. Le besoin s’est alors nettement fait sentir d’une
clarification théologique sur la conception de la consécration, fonde-
ment nécessaire sur lequel il serait ensuite possible de développer les
éléments flexibles d’une liturgie de consécration. En automne 2005, le
Conseil a présenté à l’Assemblée des délégués sa réponse à un postulat
de l’Église évangélique réformée du canton de Zurich qui demandait
une clarification de la conception de la consécration, eu égard notam-
ment aux directives de la Communion d’Église protestantes en Europe
(CEPE). Cette réponse contenait une série de points nécessitant encore
un examen théologique plus approfondi. C’est ce qui a amené le Conseil
de la FEPS à concevoir le présent document, qui explique sa position
sur la consécration selon la vision réformée.

5
Ce document a pour but de clarifier les fondements théologiques de la 1. Introduction
consécration et de favoriser ainsi un rapprochement entre les Églises
membres de la FEPS. Il rejoint des discussions qui sont déjà engagées Définition préliminaire :
parmi les Églises membres et tient compte des débats œcuméniques et
théologiques actuels. En revanche, il ne saurait être une étude détaillée La consécration/ordination peut se définir comme la vocation extérieure, ré-
glée au moyen d’une ordonnance, par laquelle une Église appelle une per-
des structures des ministères dans les Églises membres sous l’angle de
sonne à son service pour la proclamation de l’Évangile. « Consécration » et
la théorie de l’organisation ou de la sociologie de l’Église. Ces struc­ « ordination » sont utilisés comme synonymes (voir plus bas 5.5.2).
tures sont en effet trop diverses pour offrir une base de discussion
­commune.
1.1 Nature et objet de l’étude
Les délégués de la FEPS, lors de l’assemblée du 5 novembre 2007, ne l’ont
pas entendu autrement. L’Assemblée ne s’est pas contentée de prendre La consécration est comme l’expression condensée de la conception
connaissance du document, elle a aussi exprimé sa volonté de pour- qu’une Église se fait du Ministère. Cette conception détermine la ma-
suivre la discussion sur cette base afin de parvenir à une conception et nière dont sont installés celles et ceux qui se mettent ainsi au service
à une pratique communes de la consécration. Les Églises membres ont de l’Église. Mais la conception du Ministère est essentiellement liée à
fait savoir ainsi qu’elles sont également à la recherche de points com- la conception de l’Église elle-même, comme le montre suffisamment le
muns sur la question de la consécration et que, fidèles à leur vocation long débat œcuménique sur le Ministère dans l’Église. La consécration
originaire, elles se considèrent comme des Églises semper reformandae. n’est donc pas un débat théologique de second ordre que l’on pour-
rait liquider par voie purement juridique dans le cadre d’une révision
Le Conseil de la FEPS remercie tous les spécialistes des Églises ­membres en cours des règlements ecclésiastiques. Elle est un point essentiel de
et des universités qui par leurs avis ont facilité la réalisation de ce toute l’ecclésiologie, de la doctrine chrétienne et du discours sur l’Église.
­document. Et par conséquent aussi un point essentiel dans le rapprochement des
Églises membres de la Fédération des Églises protestantes de Suisse.
Thomas Wipf, pasteur Mais qu’en est-il au juste de la question de la consécration dans les
Président du Conseil de la FEPS Églises membres ? Ont-elles vraiment encore besoin d’une étude sur la
conception de la consécration ?

On pourrait pour répondre à cette question rappeler d’abord qu’en ma-


tière de consécration, il règne un consensus parmi les Églises membres
de la FEPS et que pareille étude confine à l’argutie théologique sans rap-
port avec la réalité des problèmes. Un consensus relatif existe entre les
Églises membres sur la conception de la consécration (et sur quelques
éléments de la conception du Ministère qui lui sont directement liés),
c’est un fait. Les principaux éléments de ce consensus sont décrits plus
bas (chapitre 2.1). Mais il est non moins vrai qu’il existe aussi des diver-

6 7
gences non négligeables : des différences dans plusieurs domaines et Il est important tout d’abord d’identifier les problèmes et de les définir
d’importance inégale. Or il y a un besoin de clarifier la situation quant à précisément. L’étude commence donc par une analyse de la situation
ces divergences. Les Églises membres l’ont nettement fait savoir lors de actuelle en matière de consécration (chapitre 2). C’est sur cette base que
la consultation organisée en 2004 sur une liturgie commune de consé- peut être ensuite esquissée une conception réformée de la consécra-
cration. Ce besoin ne se manifeste d’ailleurs pas seulement en Suisse, il tion. Comme la consécration, ainsi que nous l’avons dit, est l’expression
est ressenti également au niveau européen. d’un faisceau de conceptions de l’Église et de ses ministères, l’exposé est
construit progressivement à partir de la conception de l’Église (chapitre
Les Églises membres de la FEPS font automatiquement partie de la 3) et de la conception du Ministère (chapitre 4). Enfin est développée la
Communion d’Églises protestantes en Europe (CEPE). La FEPS a signé conception de la consécration, avec sa justification (chapitre 5).
la Concorde de Leuenberg, qui est le document fondateur de la CEPE.
Les divergences doctrinales dont ce document fait état entre les Églises Comme le titre l’indique, la conception de la consécration est expliquée
protestantes sur ce qui concerne « le Ministère et l’ordination » ne sont du point de vue réformé. Ce n’est pas là l’expression d’un confessionna-
pas considérées comme propres à entraîner une séparation. Toutefois, il lisme borné, mais simplement le reflet de la réalité confessionnelle des
y est aussi rappelé que la réalisation d’une pleine communion d’Églises Églises membres de la FEPS, à deux exceptions près toutefois, l’Église
demande la poursuite de l’étude théologique de divers points de diver- évangélique libre de Genève (EELG) et l’Église évangélique méthodiste
gence dont celui-ci1. Lors de sa sixième assemblée générale à Budapest de Suisse (voir le chapitre 2.1). Il ne sera pas possible de s’accorder en
en 2006, la CEPE a décidé de poursuivre cette étude théologique dans tous points avec la position de ces deux Églises, mais nous nous efforce-
le cadre d’une nouvelle série d’entretiens doctrinaux placés sous le titre rons autant que possible de maintenir l’argumentation ouverte à leurs
« Ministère, Ordination et Épiskopé », et d’approfondir la réflexion au- attentes. La référence permanente à la communauté des Églises protes-
delà des documents existants. Les documents actuels de la CEPE sur la tantes dans leur ensemble, et notamment aux documents de la CEPE,
question du Ministère et de la consécration sont fortement marqués permet aussi d’écarter le reproche de confinement. Sur bien des points,
de l’empreinte luthérienne. Il est donc important que le point de vue l’argumentation rejoint les positions luthériennes, même si cela n’est
réformé puisse aussi être pris en compte dans les entretiens doctrinaux. pas toujours souligné explicitement. Les implications œcuméniques se-
Mais cela n’est possible pour la FEPS que si ses Églises membres par- ront également traitées, non pas dans un chapitre distinct, mais tout au
viennent à se mettre d’accord sur les grandes lignes. long de l’argumentation.

Les différences entre les Églises membres sont le reflet de la complexité


de la question de la consécration. Dans ce domaine, les recettes toutes 1.2 Aperçu historique sur la question
faites et les solutions prêtes à l’emploi sont suspectes. Il est plus utile de de la consécration au sein de la FEPS
clarifier la situation et d’émettre des propositions. La présente étude a
également été conçue en fonction de ce contexte et des exigences qu’il La présente étude, on l’a dit, entend contribuer à faire avancer la procé-
pose. dure de clarification sur la question de la consécration parmi les Églises
membres de la FEPS. Cette manière d’exprimer les choses pourrait lais-
ser entendre que la procédure n’en est qu’à ses débuts et que la FEPS
1 Concorde entre Églises issues de la Réforme en Europe (Concorde de Leuenberg), 1973, ne s’y intéresse activement que depuis peu. En réalité, la question de la
art. 39.

8 9
consécration préoccupe la FEPS depuis une quarantaine d’années. La s’appuyant sur des données empiriques. Il suscite ensuite aussi en
présente étude ne constitue pas un premier pas, mais une étape de plus. ­Suisse allemande un débat sur les ministères diaconaux4.
Rappelons ici les principales étapes qui l’ont précédée :
Mais le débat au sein de la FEPS n’est véritablement lancé qu’après la
Début d’un intérêt pour la question dans les années 1960 parution en 1982 du document du COE, dit « de Lima », intitulé Bap-
En 1966 est instituée la Commission de dialogue protestants / catho­ tême, Eucharistie, Ministère5 et conçu sous forme d’une question adres-
liques-romains, dont l’une des tâches explicites est, dès le début, de sée aux Église membres. Une série de déclarations de la FEPS ou ­émises
­traiter de la question du Ministère et de la consécration. en collaboration avec la FEPS attestent cet intérêt croissant pour la
question :
La question de la consécration est à nouveau débattue après 1967, de-
puis l’introduction d’un nouveau modèle de formation pour les diacres • Il convient de citer d’abord une étude de Lukas Vischer, Die ordi-
et la consécration des premières diaconesses en Suisse romande. Mais nierten Dienste in der Kirche (1984), qui se voulait un « débat préli-
c’est à partir de 1984 seulement que la Suisse allemande commence minaire » entre les Églises membres de la FEPS et examine en dé-
véritablement à s’intéresser à cette pratique et à la conception de la tail le Document de Lima. Cette étude paraissait opportune, l’auteur
consécration qui la sous-tend. constatant dans son avant-propos que parmi les réformés suisses,
les conceptions sur le Ministère sont « bien plus floues encore » que
Le débat sur les documents d’Accra dans les années 1970 celles sur le baptême et l’Eucharistie6.
Durant les années 1970, la consultation organisée par la Commission
Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises (COE) sur les • En ce qui concerne les ministères diaconaux, la discussion est un peu
documents dits d’Accra concernant le baptême, la Cène et le Ministère plus avancée, et l’étude de la FEPS sur les « ministères diaconaux »7
donne lieu ponctuellement à des discussions au sein de la FEPS sur la (1984) y tient une place importante. Le regain de sensibilité pour
conception du Ministère et, du coup, de la consécration2. cette question est explicitement mis en relation avec le débat sur le
Document de Lima8.
Le Document de Lima et ses suites dans les années 1980
En 1983, la FEPS fait paraître un rapport intitulé « Pfarrermangel –
­Pfarrernachwuchs »3 deux ans après un colloque organisé sur le ­sujet.
Ce document relance la discussion sur la conception du Ministère, en

4 La discussion donne lieu à l’enquête sur « les ministères diaconaux » (1984), puis, par
la poursuite des échanges au sein du groupe des représentants des services diaconaux
(KIKO), aboutit à l’« accord sur la reconnaissance du service de diaconie sociale et la
création de conditions d’admission communes pour les collaboratrices et collaborateurs
diaconaux au service des Églises membres » (1991).
5 Baptême, Eucharistie, Ministère. Convergence de la foi. Foi et Constitution. Conseil œcu-
ménique des Églises. Texte français établi par Fr. Max Thurian, Paris, 1982.
2 Voir Rapport de la Commission théologique sur le document « Foi et Constitution » :
Baptême – Eucharistie – Ministère, Fédération des Églises protestantes de Suisse, Berne, 6 L. Vischer, op. cit., pp. 5–6.
1976, pp. 19–28. 7 Les ministères diaconaux. Rapport et recommandations. Fédération des Églises protestan-
3 « Pénurie de pasteurs et relève pastorale. » Le rapport, rédigé par une commission ad tes de Suisse, dactyl., Berne, 1984.
hoc, n’existe qu’en allemand. 8 Rapport cité, p. 5.

10 11
• Sur le plan œcuménique, la Commission de dialogue protestants / but de parvenir, parmi les Églises membres de la FEPS, à une vision
catholiques- romains9 fait paraître en 1984 un document de travail commune de la consécration et de l’installation. »13
intitulé « Das Amt der Kirche und die kirchlichen Ämter »10, qui se
réfère également au Document de Lima, référence que révèle aussi Les symposiums de Hünigen et de Berne dans les années 1990
l’adoption de la structure tripartite du Ministère apostolique (évêque Malgré ces débats au niveau de la FEPS sur le Document de Lima, la
– presbyter – diacre). question de la consécration ne rencontre qu’un faible écho parmi les
Églises membres. Même l’étude détaillée commandée par la FEPS sur
• En 1986, la FEPS publie un rapport sur Baptême, Sainte Cène et Mi- le « ministère des anciens »14, qui en réponse à une consultation inter-
nistère11, qui traite notamment des divers débats sur la conception nationale plaide en faveur de la consécration des anciens, ne change
réformée du Ministère et de la conception du Ministère dans le Docu- apparemment rien à cette situation.
ment de Lima, des réactions enregistrées parmi les Églises membres
et de l’abondante discussion à laquelle elles ont donné lieu lors d’une La Conférence des commissions de liturgie de la FEPS essaie alors
conférence tenue au Louverain. Ce rapport constate lui aussi que le d’aborder la question de la consécration sous l’angle pratique, sous l’ef-
débat ne fait que commencer, que certaines questions importantes fet notamment des discussions sur le surmenage des pasteurs. Deux
restent encore pour une bonne part sans réponse, et que de ce fait, il symposiums spécialisés, tenus au château de Hünigen (1997) et à Berne
représente plutôt « un début de discussion » sur le Ministère12. (1998) sont à l’origine d’un « accord sur les ministères dans l’Église et
sur la consécration » en sept points, signé (à titre personnel) par plus de
• Lors de l’Assemblée des délégués de 1986 à Locarno, le Document cinquante représentants des Églises membres de la FEPS15.
de Lima fait l’objet d’une discussion nourrie, appuyée sur une prise
de position de douze pages du Conseil de la FEPS, remise avec le Fin du millénaire :
rapport mentionné ci-dessus. L’assemblée adopte aussi, dans la prise Une ébauche de liturgie de consécration commune
de position, une résolution dont la teneur est la suivante : « L’Assem- Se fondant sur cet accord, un groupe de travail institué par la Confé­
blée des délégués invite le Conseil à engager une réflexion dans le rence des commissions de liturgie de la FEPS élabore un projet de li-
turgie de consécration qui, augmenté d’un commentaire théologique,
est mis en consultation en 2004 auprès des Églises membres, d’orga-

9 Cette commission de dialogue a été instituée par la Conférence des évêques suisses et le
Conseil de la Fédération des Églises protestantes de Suisse. 13 Schweizerischer Evangelischer Kirchenbund, Protokoll der Abgeordnetenversammlung,
10 « Das Amt der Kirche und die kirchlichen Ämter. Ein Arbeitspapier der Evangelisch Locarno, 15. bis 17. Juni 1986, p. 58.
– Römisch-katholischen Gesprächskommission Schweiz », tiré à part de : Freiburger 14 Le ministère des anciens dans les Églises réformées aujourd’hui, dans la tradition réfor-
Zeitschrift für Philosophie und Theologie, 31, 1984, pp. 241–309 (avec résumé en fran- mée, dans le témoignage biblique, Éd. Lukas Vischer (Textes de l’Office protestant pour
çais : « Le ministère de l’Église et les ministères dans l’Église », pp. 294–309). l’œcuménisme en Suisse, 15), publiés à la demande de la Fédération des Églises protes-
11 Baptême, Sainte Cène et Ministère. Rapport de la Fédération des Églises protestantes de tantes de Suisse, Berne, 1992. Voir aussi L. Vischer, (Éd.), The Ministry of the Elders in
Suisse (FEPS) concernant une consultation du Conseil œcuménique des Églises, éd. par la the Reformed Church. Papers Presented at a Consultation Held in Geneva in August 1990,
Commission théologique de la Fédération des Églises protestantes de Suisse sur mandat Berne, 1992.
du Conseil de la FEPS, Berne, 1986, pp. 78–110. 15 Cet accord a été annexé au projet de consultation sur la liturgie de consécration de la
12 Rapport cité ci-dessus, p. 78. FEPS (cf. infra).

12 13
nisations ecclésiastiques, d’experts en théologie, etc.16 Les résultats de Les récents efforts visant à améliorer la formation des pasteurs dans
la consultation sont ensuite présentés à ceux qui y ont pris part. Il en le sens d’une homogénéisation entre les Églises membres de la FEPS
ressort qu’une liturgie commune de consécration est généralement – efforts qui concernent indirectement aussi la conception de la consé-
considérée comme souhaitable. En revanche, les appréciations sont très cration – montrent que des changements sont possibles à l’échelle de
diverses sur la liturgie proposée, qui sous cette forme ne remporte pas la Suisse, « vers une liturgie de consécration commune » (voir supra).
une adhésion suffisante pour un consensus. Bon nombre des arguments discutés durant les quarante dernières an-
nées sont traités dans le présent document et examinés du point de vue
Presque au même moment, en automne 2003, l’Église évangélique ré- théologique. Le moment paraît opportun de faire dans ce domaine un
formée du canton de Zurich soumet à l’Assemblée des délégués un pos- pas en avant attendu depuis longtemps et d’amener le processus de cla-
tulat demandant une clarification de la conception de la consécration, rification à un point où il soit possible de récolter les fruits de quarante
compte tenu du cadre général défini par la CEPE. Le Conseil donne le ans d’efforts. Puisse cette étude y contribuer.
résultat de l’analyse et sa réponse au postulat à l’assemblée de l’auto­mne
2005 en signalant les points qui doivent encore être approfondis17.

1.3 État actuel de la question


Les étapes évoquées ci-dessus montrent que la question de la consé-
cration a été traitée par à-coups, en réaction à des impulsions venues
de l’extérieur ou de l’intérieur. Les approches sont diverses : liturgique,
pratique, théorique. Il n’est cependant pas exagéré de dire que ces im-
pulsions n’ont guère eu d’effets – que ce soit quant au fond ou dans les
structures – dans les Églises membres et dans leurs relations entre elles.
Le constat est sévère : depuis des années, on multiplie les demandes,
mais sans résultat. À quoi cela tient-il ? À une prétendue non-perti-
nence de la question ? À l’attachement des Églises réformées de Suisse
au principe absolu de subsidiarité, principe qui entrave toute tentative
de changement au niveau des Églises cantonales comme au niveau de
la FEPS ? À une ignorance œcuménique ? À la complexité mal cernée
de la question de la consécration ?

16 Vers une liturgie de consécration commune aux Églises réformées de Suisse. Liturgie et
commentaire théologique. Proposés à la demande du Conseil de la Fédération des Églises
protestantes de Suisse par le groupe de travail Liturgie de consécration de la Conférence
des commissions de liturgie de la FEPS, dactyl., mars 2004.
17 « Consécration et Concorde de Leuenberg. Réponse au postulat de l’Église évangélique
réformée du canton de Zurich au sujet de la consécration. » Les délégués ont pris connais-
sance de la réponse au postulat lors de leur assemblée des 7 et 8 novembre 2005.

14 15
2. Aperçu des problèmes actuels éléments fondamentaux : la conviction que tous les chrétiens et chré-
tiennes, du fait de leur « sacerdoce », sont habilités et chargés de pro-
Il faut tout d’abord faire le point sur la situation actuelle. Au début clamer l’Évangile, d’intercéder et de faire don de leur personne dans la
de cette étude, nous avons fait observer qu’il existe entre les Églises succession du Christ19.
membres de la FEPS, quant à la conception de la consécration, un relatif
consensus qui ne saurait pourtant cacher des divergences non négli- De nos jours encore, les Églises issues de la Réforme, dans le débat œcu-
geables. C’est à ces points communs et à ces différences que nous nous ménique sur le Ministère, continuent à se distinguer par leur adhésion
attacherons pour commencer. au principe du sacerdoce universel20. Pour les Églises membres de la
FEPS, cette universalité exclut la restriction de la consécration aux per-
2.1 Points communs dans sonnes d’un seul sexe, de même que, du moins dans la conception de
la conception de la consécration la plupart des Églises membres, la consécration ne saurait être réservée
aux personnes d’orientation hétérosexuelle.
Les points énumérés ci-dessous, concernant la conception de la consé-
cration et divers autres éléments relatifs à la conception du Ministère 2.1.2 La nécessité d’une consécration
qui lui sont directement liés, sont ceux sur lesquels il existe un consen- Il y a une quarantaine d’années en Suisse, on discutait de la possibilité
sus. d’exercer un ministère sans avoir été consacré, mais aujourd’hui, les
Églises membres de la FEPS reconnaissent la nécessité d’avoir à leur
2.1.1 Le sacerdoce universel service des personnes dûment consacrées21.
Le développement théologique des principes mis en place par la Ré-
forme a fait apparaître que tous les chrétiens sont pleinement habilités 2.1.3 Une consécration à réserver en priorité aux pasteurs
à proclamer l’Évangile. Il n’y a pas dans l’Église de catégories de per- Le ministère pastoral est sans conteste celui dont il s’agit en premier
sonnes distinctes dotées d’un statut spirituel plus élevé. Par le baptême, lieu, en raison du rôle essentiel du service de la Parole et du sacrement
tous sont « consacrés » prêtres. Cette conception se résume dans la no- dans la vie de l’Église. L’accord régnant sur la place centrale accordée
tion de sacerdoce universel commun à tous les croyants. à ce ministère se reflète dans les similitudes de la formation des pas-
teurs, telle qu’elle se manifeste par exemple dans la récente réforme du
Dans le baptême s’accomplit, comme le dit Luther, une sorte de « consé- concordat ou dans les efforts visant à rapprocher les trois systèmes de
cration à la prêtrise » qui abolit l’ancienne distinction entre prêtres et formation pratiqués en Suisse, à savoir ceux du Concordat, des Églises
laïcs et place tous les hommes en position d’égalité devant Dieu. La
notion de sacerdoce universel se fonde notamment sur deux passages 19 Ulrich H.J. Körtner, Wohin steuert die Ökumene ? Vom Konsens- zum Differenzmodell,
Göttingen, 2005, p. 155.
bibliques (1 P 2.5,9 et Ap 1.6) et sur la doctrine de Luther. Le réforma-
20 La notion de « sacerdoce universel » ne se rencontre pas exclusivement en contexte pro-
teur use d’un langage polémique qui vise l’Église catholique-romaine de testant. L’Église catholique-romaine, par exemple, l’utilise aussi, dans un sens toutefois
son temps : « Car tout ce qui provient du baptême peut se vanter d’être passablement différent. Voir Körtner, op. cit., pp. 150, 151 ; et pour le point de vue d’un
déjà consacré prêtre et évêque et pape. »18 Sa conception regroupe trois œcuméniste catholique : P. Neuner, Ökumenische Theologie. Die Suche nach der Einheit
der christlichen Kirchen, Darmstadt, 2005 (1997), pp, 222, 223.
21 Il convient cependant d’observer que dans l’Église protestante de Genève, la consécra-
18 Martin Luther, À la noblesse chrétienne de la nation allemande, trad. Maurice Gravier, in tion du candidat au service pastoral est recommandée, mais laissée à son libre choix. Elle
Luther, Les grands écrits réformateurs, Paris, 1992, p. 109. n’y est donc pas une condition impérative à l’exercice du ministère.

16 17
réformées de Berne – Jura – Soleure et de la Conférence des Églises 2.2 Les divergences dans la
romandes (CER). conception de la consécration

2.1.4 L’accès des personnes non consacrées Malgré le consensus sur les points évoqués, il subsiste des divergences
aux fonctions de direction d’Église entre les Églises membres de la FEPS. Elles se manifestent à des ni-
Il est inutile de mentionner tous les ministères et services dont il est veaux très divers et tiennent autant à des traditions propres à chacune
unanimement admis qu’ils ne doivent pas être soumis à consécration. des Églises quant à la pratique de la consécration qu’à des prescriptions
De même, il n’y a pas lieu de s’étendre sur l’avis largement partagé qui de droit ecclésiastique ou à des différences théologiques sur la concep-
préconise d’organiser les structures de directions d’Église (l’épiskopé) tion de la consécration, qui sont elles-mêmes l’expression de diverses
à tous les niveaux de manière à y associer, à titre constitutif, des per- conceptions du Ministère et de l’Église.
sonnes non consacrées.
2.2.1 Consécration à un ou à plusieurs ministères ?
2.1.5 La disposition au dialogue prescrite par la CEPE Les différences les plus manifestes portent sur la question de savoir
Il est important, dans cette question, de tenir compte de l’adhésion des s’il faut consacrer à un ou à plusieurs ministères dans le contexte du
Églises membres de la FEPS à un consensus au niveau œcuménique ­Ministère unique de proclamation de l’Évangile, et auxquels.24
européen. La Concorde de Leuenberg, acte fondateur de la CEPE, signée
par la FEPS, définit aussi la communion d’Églises comme une commu- Il existe encore d’autres différences qui pour être peu frappantes n’en
nion de prédication et de sacrement, ce qui « inclut la reconnaissance soulèvent pas moins des questions délicates :
mutuelle des ordinations (sic) et la possibilité de l’intercélébration »22. Il
convient toutefois d’opérer une distinction entre reconnaissance théo-
logique de la consécration et conditions juridiques d’engagement des
personnes consacrées. Comme on l’a vu, ce consensus implique aussi
que, s’agissant du Ministère et de la consécration, les divergences doctri- 24 Ici, le texte allemand introduit une distinction entre deux conceptions :
nales ne sont pas considérées comme causes de division ecclésiale, mais
1) Le Ministère unique (Amt), qui se diversifie en différents services (Dienste).
doivent faire l’objet d’un examen théologique23. En toute bonne logique,
C’est la terminologie standard qu’utilise le texte. En les nommant services, cette termi-
cette exigence, qui est un élément de la concrétisation de la communion nologie exprime la cohésion entre les différentes activités accomplies dans une commu-
d’Églises, ne s’applique pas seulement au niveau de la CEPE, mais égale- nauté. Elle montre une certaine continuité entre les activités accomplies par les minis-
tères et celles accomplies par les autres services.
ment à celui de la FEPS. Le débat mené dans l’ensemble de la Suisse sur
2) Différents ministères (Ämter), éventuellement assortis d’autres services (Dienste).
la conception du Ministère et de la consécration est d’une portée qui dé-
passe les frontières des Églises cantonales, puisque les Églises membres En Suisse romande, le terme usuel pour désigner les services à dimension spirituelle
accomplis dans l’Église est celui de ministère. C’est pourquoi la distinction germano-
de la FEPS s’y sont indirectement engagées. On part également de l’idée phone ne fait pas sens en français. L’Église évangélique réformée du canton de Vaud,
que la disposition au débat théologique est généralement partagée. par exemple, connaît deux ministères qui, dans l’acception donnée à ce terme, peuvent
corres­pondre en allemand aussi bien à la notion d’Amt qu’à celle de Dienst.
En règle générale, nous traduirons par Ministère (en majuscule, toujours singulier)
22 Art. 33 de la Concorde entre Églises issues de la Réforme (Concorde de Leuenberg), « Amt » au sens de l’institution qui accomplit la mission de l’Église entière et par
1973. ministère(s) « Dienst(e) » au sens des services différenciés que l’Église institue pour me-
23 Art. 39. ner à bien sa mission (voir aussi p. 31ss. Note de l’adaptateur).

18 19
2.2.2 Qui consacre ? divergences caractéristiques d’avec celle des autres Églises membres de
La question par exemple de savoir qui consacre et installe la personne la FEPS, qui elle-même est déjà loin d’être homogène. ­Toutefois, ces dif-
consacrée dans sa charge, et en particulier : l’acte de consécration est- férences ne débordent pas du cadre consensuel auquel ces deux ­Églises
il réservé à des personnes elles-mêmes consacrées (et s’il y a plusieurs adhèrent également. Il existe en outre, au-delà des conceptions de la
ministères consacrés, lesquels y donnent droit ?), ou des personnes non consécration, un consensus sur plusieurs points, et nombre d’autres
consacrées sont-elles également autorisées à consacrer ? convergences27. Les traits principaux de la conception de la consécra-
tion et du Ministère dans l’Église méthodiste montrent des différences
2.2.3 Où consacrer ? exemplaires et font l’objet de l’annexe 3. Il sera question brièvement de
La question précédente est liée à celle du lieu de la consécration : au l’EELG plus loin.
sein d’une paroisse locale ou en un lieu plus représentatif aux yeux de
la direction de l’Église ? 2.3 Autres points à définir
2.2.4 Service spécifique ou champ d’activité ? Toutes ces différences observées entre les Églises membres de la FEPS
Il faut se demander encore si la consécration est liée à l’affectation à sont un motif suffisant pour procéder à une clarification de la concep-
une fonction bien définie ou si elle marque l’entrée dans un champ d’ac- tion de la consécration. Mais la clarification s’impose également en
tivité qui peut, dans certaines circonstances, être couvert par plusieurs raison de certaines confusions (parfois même dans les règlements des
ministères : ainsi, il peut y avoir des activités communes par exemple Églises membres). Il y a confusion sur les points suivants :
entre le ministère pastoral et le ministère diaconal25.
1. Les personnes qui assistent à un culte de consécration, mais égale-
2.2.5 La nature de l’acte de consécration ment les candidats à la consécration, s’interrogent souvent sur la
Quant à la nature de l’acte de consécration, l’observation faite autrefois sig­nification de l’acte de consécration. S’agit-il d’un rite sacramentel
selon laquelle l’accent est mis en Suisse alémanique sur l’aspect fonc- ou d’un acte purement fonctionnel ? Est-ce un acte spirituel ? Ou
tionnel et juridique et en Suisse romande plutôt sur l’aspect personnel simplement la reconnaissance de compétences professionnelles, l’ad-
et spirituel semble toujours se vérifier. Toutefois, ces différences ont mission à un corps de métier, ou les deux à la fois ? Si la consécration
tendance à perdre de leur importance26. se fait par l’imposition des mains – geste essentiel –, quel est alors le
contenu de ce geste ?
2.2.6 La conception de la consécration dans l’EELG et l’EEM
Les conceptions de la consécration de l’Église méthodiste de Suisse 2. La question de la nature sacramentelle de la consécration est étroi-
(EEM) et de l’Église évangélique libre de Genève (EELG) présentent des tement – voire nécessairement – liée à celle de la justification de
la consécration à un ministère en particulier dans un contexte de
25 Dans l’EERV, les diacres sont consacrés et peuvent, à certaines conditions, exercer des
sacerdoce universel. Y a-t-il donc une distinction hiérarchique struc-
tâches qui dans d’autres Églises cantonales sont réservées exclusivement aux pasteurs, turelle ou spirituelle entre le sacerdoce des personnes consacrées et
comme l’administration des sacrements. le sacerdoce de l’ensemble des croyants ?
26 Voir Baptême, Sainte Cène et Ministère. Rapport de la Fédération des Églises protestantes
de Suisse (FEPS) concernant une consultation du Conseil œcuménique des Églises, éd. 27 Pour l’Église méthodiste, voir : 75 Jahre Methodistisch-Reformierte Kirchengemeinschaft
par la Commission théologique de la Fédération des Églises protestantes de Suisse sur im SEK 1922–1997, Schweizerischer Evangelischer Kirchenbund, Berne, 1997, en part.
mandat du Conseil de la FEPS, Berne, 1986, p. 91. pp. 44–46.

20 21
3. Une autre question sans réponse nette est celle de la durée de vali- e­ ncore d’être des Églises du peuple et pour le peuple, mais que la réalité
dité d’une consécration, ou de la possibilité d’en suspendre la vali- sociologique met de plus en plus en situation de minorité. À la charge
dité. Est-il possible de procéder à une reconsécration28, par exemple de légitimation et de représentation d’une Église multitudiniste conçue
lorsqu’une personne s’engage dans un autre ministère consacré ? comme un « prestataire de services » se joint, dans l’exercice du minis-
tère pastoral, la charge de l’animation d’une Église participative. L’acti-
4. Quel est le rapport exact entre consécration et installation ? vité pastorale se trouve donc tiraillée entre communauté de bénévoles
au service de l’Église et une organisation qui fournit ses services de
5. Lors d’une consécration, quels sont les organes de l’Église qui s’en­ manière professionelle29.
gagent à l’égard de la personne consacrée ? Et quelles sont les obliga-
tions de la personne consacrée à l’égard de l’Église ? La concurrence sur le marché du religieux
On a souvent pu observer ces derniers temps une concurrence sur le
Tels sont les principaux points qui exigent une clarification entre les « marché » des religions et de la religiosité. Les espaces publics à réso-
Églises membres de la FEPS. Mais à cela s’ajoutent d’autres pro­blèmes nance médiatique sont investis pour des manifestations à forte conno-
qui ont un rapport au moins indirect avec la consécration. Ceux-ci tation symbolique. Du côté réformé au niveau local, les acteurs religieux
­trouvent leur origine dans les mutations de notre société et contribuent qui sont perçus par le public sont le plus souvent les pasteurs. Ils sont
encore à compliquer la situation. l’incarnation de la visibilité réformée, lorsque celle-ci se manifeste. Les
regards extérieurs voient en eux des « prêtres », des figures ­religieuses
2.4 Le ministère et la consécration mar­quantes. L’effacement des communautés paroissiales dans l’envi­
dans une société en pleine mutation ronnement social ne fait qu’accentuer cette focalisation sur les per­
sonnes. Mais ce rôle dont ils se voient investis est pour les pasteurs
Commençons par caractériser brièvement cette mutation : en contradiction avec celui qu’ils ont appris au cours de leur sociali-
sation ecclésiale et théologique. Car contrairement aux tendances de
2.4.1 Le ministère pastoral la médiatisation et de la psychologie religieuse, les pasteurs se voient
La récente évolution que connaît notre société n’allège pas les exigences refuser dans leur milieu ecclésial leur qualité de « prêtres » ou leur
à l’égard des personnes au service de l’Église, au contraire. Quelques apparte­nance à une élite ecclésiastique, et cela au nom du sacerdoce
points concernant le ministère pastoral nous permettront de l’illus- universel, bien que, dans la réalité, l’attribution des rôles à l’intérieur de
trer : l’Église puisse s’écarter de ce point de vue. Comment assumer cet écart
entre l’attribution des rôles donnée par la psychologie religieuse et celle
La crise du pastorat ­donnée par l’ecclésiologie et la théologie ? Comment faut-il concevoir
La « crise du pastorat » dont il est si souvent question est peut-être le précisément le ministère pastoral pour lequel on procède à une consé-
symptôme d’une crise plus profonde. Le ministère pastoral ­focalise cration ?
­toutes les tensions que connaissent des Églises dont l’ambition est

28 Dans l’ensemble de cette étude, les termes reconsacrer et reconsécration (Neuordination)


peuvent désigner aussi bien l’itération d’une consécration (par exemple après une sus- 29 Sur ces deux derniers points, voir R. Kunz, « Ohn Habit und Kragen die Wahrheit sa-
pension) que la consécration nouvelle à un autre service dans l’Église. (Note du traduc- gen – vom Kerngeschäft im Pfarramt », in J. Bauke, M. Krieg (Éd.), Die Kirche und ihre
teur) Ordnung, pp. 77–96, en part. 92, 94.

22 23
L’évolution du champ d’activité 2.4.3 Les Églises issues de l’immigration
Le champ d’activité des pasteurs se déplace et se différencie. Il ­suffit de En Suisse, le nombre d’Églises d’immigrants est en nette augmen­
penser par exemple à la communication interreligieuse ou aux di­verses tation. Elles ne sont encore que très inégalement perçues par les ­Églises
situations de la vie quotidienne dans lesquelles il faut faire ­valoir sa ­membres de la FEPS, mais elles exigeront toujours plus d’attention.
propre tradition religieuse auprès de personnes toujours plus ­distantes Il n’est assurément pas possible de réduire ces diverses Églises à une
de l’Église30. identité culturelle, confessionnelle ou dénominationnelle unique. On
remarque cependant que nombre d’entre elles propagent et pratiquent
Face à la réalité de ces exigences, il faut redonner plus d’importance une conception charismatique du Ministère qui diverge passablement
au problème de l’identité dans la consécration, non seulement en tant des structures des Églises cantonales de notre pays. Cela devrait inciter
qu’habilitation spirituelle à un service, mais aussi en considération des les Églises membres de la FEPS à clarifier leur propre conception du Mi-
obligations des Églises dans le domaine de l’assistance spirituelle aux nistère et du charisme, voire à s’inspirer des autres sur tel ou tel point.
pasteurs, ­qu’elles doivent assumer sans en abuser à des fins de pouvoir. C’est la raison pour laquelle la présente étude se penche également sur
la question du rapport entre charisme et Ministère.
2.4.2 La question des genres
La question de la consécration est toujours plus liée à celle de l’égalité Il convient de mentionner encore ici deux problèmes actuels qui ont un
entre les sexes. La consécration des femmes n’est assurément pas mise rapport au moins indirect avec la consécration :
en cause au sein des Églises membres de la FEPS. Elle fait en re­vanche
l’objet d’une controverse dans le dialogue œcuménique, et même dans 2.4.4 Les théologiens indépendants
certaines Églises membres de l’Alliance réformée mondiale31. Les ­Églises Il existe actuellement un certain nombre de théologiens et des colla-
membres de la FEPS ont une responsabilité qui les oblige à prendre borateurs ecclésiastiques (parfois engagés à temps partiel dans une
posi­tion sans ambiguïté là où se dessine une tendance à remettre en Église) – y compris des théologiens consacrés – qui travaillent comme
question la consécration des femmes. De plus, si la consécration doit indépendants, ou d’autres qui, après avoir quitté le service de l’Église,
être conçue comme l’attribution d’une certaine fonction, les Églises proposent des rites qui doivent être qualifiés d’actes de substitution
­doivent examiner si ce service peut s’accomplir dans des conditions aux rites ecclésiastiques traditionnels. Les Églises membres de la FEPS
respectueuses du principe de l’égalité des sexes32. auraient probablement intérêt à clarifier la situation et à définir dans
quelle mesure de tels actes sont compatibles avec leur conception d’un
service ecclésiastique. Cette réalité redonne aussi de l’importance à la
30 La récente parution du vade-mecum « Ratgeber Pfarramt », de la Société pastorale suisse question de l’engagement réciproque qu’implique la consécration et à
(Neuchâtel, 2006), témoigne de l’urgent besoin de clarifier les choses dans le domaine. celle de la possibilité de suspendre une consécration.
31 Voir H. Hoppe, A. Walder Pfyffer : « Die Gleichstellung der Frau in leitenden Positionen
der protestantischen Kirchen. Eine globale Perspektive », in Cl. Bandixen, S. Pfeiffer, F.
Worbs (Éd.) : Wenn Frauen Kirchen leiten. Neuer Trend in den reformierten Kirchen der
2.4.5 Les théologiens étrangers
Schweiz, Zurich 2006, pp. 103–125, en part. 105–106. De plus en plus de théologiens étrangers présentent leur candidature à
32 En 1997 déjà, la FEPS a consacré une étude à ce sujet : Martine Haag, Pasteur : une des postes pastoraux en Suisse. Cette tendance exige une précision des
profession féminine ? Analyse sociologique de l’accès des femmes au ministère pastoral rapports entre consécration et critères d’engagement des ministres.
dans les Églises membres de la Fédération des Églises protestantes de Suisse, Lausanne,
1997 (Études et rapports de l’Institut d’éthique sociale de la Fédération des Églises pro-
testantes de Suisse, 55).

24 25
2.4.6 La diminution des ressources financières 3. La conception réformée de l’Église
La diminution constante des ressources financières soulève la question
de savoir s’il ne serait pas plus avantageux de confier certaines tâches
pastorales à d’autres ministères de l’Église (qu’elles soient assumées 3.1 Le fondement de l’Église
à plein temps, à temps partiel ou à titre bénévole). Tout récemment,
l’Église luthérienne allemande (VELKD) a présenté un document qui L’Église a pour fondement l’action élective de Dieu en Jésus-Christ, ac-
prend position sur ce point et prévoit d’associer aux tâches cultuelles (y tion par laquelle elle a part à l’alliance divine engagée avec Israël et
compris la célébration de la Cène) des personnes non consacrées mais portée à son achèvement en Jésus-Christ. L’élection divine se manifeste
régulièrement investies de cette charge33. Cette voie est-elle praticable ? par la constitution d’une communauté de croyants. L’Église, l’ekklesia
au sens propre, est donc la communauté des croyants appelée par Dieu.
2.4.7 Le rapport entre l’Église et l’État Cet appel divin se transmet par la Bonne Nouvelle, la parole de l’Évan-
La question ci-dessus doit être examinée dans le cadre plus large d’une gile, annonciatrice de la grâce libératrice de Dieu en Jésus-Christ. Là où
problématique plus audacieuse. Tout au long de l’histoire des Églises cette Parole est adressée et rencontre la foi en communauté, Dieu crée
réformées, il est apparu que les rapports entre l’Église et l’État (ou les l’Église. Il est donc possible de qualifier l’Église de créature de la Parole,
autorités de la collectivité publique) exercent une influence non négli- creatura verbi.
geable sur la constitution de la structure du Ministère. Il suffit pour s’en
convaincre d’observer les différentes orientations prises par la Réforme L’appel de Dieu peut être expliqué encore plus précisément. Le Nou-
à Zurich et à Genève et les structures respectives auxquelles elles ont veau Testament montre comment Jésus, d’annonciateur de la proche
donné naissance. S’agissant de la situation actuelle, il conviendrait de venue du Royaume de Dieu, devient, après Pâques, lui-même objet de la
se demander si les rapports entre « l’Église et l’État » ne sont pas en proclamation. La Parole de Dieu – l’Évangile – n’a pas seulement Jésus-
train de glisser vers des rapports entre « les communautés religieuses et Christ pour objet, elle est aussi Jésus-Christ désormais ressuscité qui par
l’État », avec les conséquences financières importantes qui en dé­coulent l’Esprit saint proclame sa Parole, son Évangile. C’est donc Jésus-Christ
pour les Églises et le traitement de leur personnel. Quel effet cette évo- lui-même qui par sa Parole fonde l’Église, la constitue et la fait venir à
lution aura-t-elle sur les structures des Églises membres de la FEPS ? lui. Jésus-Christ en son Évangile manifeste le corps du Christ avec toute
Parmi les tâches d’assistance sociale, par exemple, quelles sont celles la diversité de ses membres. On peut donc préciser le sous-titre et dire :
que devront assumer respectivement l’État et l’Église, dans des sociétés le fondement de l’Église, c’est Jésus-Christ.
en proie au vieillissement démographique ?
3.2 La mission de l’Église
Après l’exposé de ces problèmes, nous allons aborder progressivement
la question de la consécration, en commençant par la conception de Le fondement de l’Église, c’est donc Jésus-Christ. C’est sur ce fonde-
l’Église et du Ministère. Il ne sera cependant pas possible de traiter tous ment qu’elle existe et vit. Mais ce fondement lui échappe, elle ne peut
les problèmes évoqués précédemment. elle-même le constituer, il ne peut que lui être offert. C’est ce qui fait
l’immense vulnérabilité de l’Église, mais aussi sa force. L’Église se ma-
nifeste sur ce fondement vis-à-vis d’elle-même et vis-à-vis du monde
33 « Ordnungsgemäss berufen ». Eine Empfehlung der Bischofskonferenz der VELKD zur Be-
rufung zu Wortverkündigung und Sakramentsverwaltung nach evangelischem Verständ- qui l’entoure, et c’est à cela que tient son existence tout entière. Elle le
nis (VELKD-Texte 136/2006), Hannover, 2006.

26 27
fait en rendant visible son fondement, Jésus-Christ, par la proclamation hors de sa portée. Cela ne signifie cependant pas que les membres de
de l’Évangile. De ce fait, la proclamation de l’Évangile fait partie de la l’Église ne sont pas habilités spirituellement à cette proclamation. L’idée
mission existentielle de l’Église. Cette mission est finalement donnée dont il faut partir est plutôt qu’il existe entre les membres de l’Église
par Jésus-Christ lui-même, qui veut prendre la parole dans la proclama- une diversité de dons spirituels ou de charismes (voir le chapitre 4)
tion de l’Évangile par l’Église afin de fonder l’Église dans cette Parole qui autorise chacun de manière différente à se mettre au service de la
proclamée. L’Église n’a pas d’autre mission, et cette mission, elle peut et mission de proclamation de la Parole. L’autorisation d’accomplir cette
doit l’assumer en toutes circonstances par égard pour elle-même. Étant mission mission est aussi une obligation, et vice-versa.
une créature de la Parole divine, elle doit seulement veiller à ce que cette
Parole se traduise en un témoignage et en un service. La constitution La proclamation de l’Évangile se fait par le témoignage et le service,
même de l’Église et son « envoi » (missio, voir Mt 28.18–20) résident pour reprendre les termes de la Concorde de Leuenberg. Ou pour le
dans l’accomplissement de cette mission. dire plus simplement, en paroles et en actes, que ce soit dans un mi-
lieu marqué par la tradition chrétienne ou dans d’autres milieux. On
Mais l’Église ne peut pas garantir que dans sa proclamation de l’Évan- aborde ainsi la dimension diaconale de la proclamation de la Parole, qui
gile, c’est Jésus-Christ lui-même qui parle, que la Parole se fait Évangile. s’étend sur l’ensemble de l’existence chrétienne35. La proclamation de
Elle vit du souvenir et de l’expérience de la foi, de l’espoir, de la certi- l’Évangile, sous quelque forme qu’elle se fasse, est toujours un service
tude même, inspirée par la foi, qu’il en sera de même à l’avenir. Elle ne par amour, et là où l’amour du prochain (qui peut être l’étranger) est à
peut également faire en sorte que la Parole qu’elle proclame soit écoutée l’œuvre, il y a aussi proclamation de la Parole. Pourrait-il d’ailleurs en
et emporte l’adhésion de la foi en tant que parole d’Évangile. Mais la être autrement, dès lors que l’on identifie le Jésus miséricordieux des
reconnaissance des limites des efforts humains pour la proclamation de évangiles au Christ ressuscité qui est le fondement de l’Église ?
la Parole n’entame en rien la mission de l’Église.
La chose ne va pourtant pas de soi. Dans la tradition réformée, deux
La mission de proclamation de l’Évangile est donnée à l’Église tout en- caractéristiques suffisent à qualifier une Église : la prédication confor-
tière et à chacun de ses membres. Comme le précise un document de mément à l’Évangile et l’administration des sacrements36. Il faut tout
la CEPE : d’abord constater que l’une et l’autre doivent être comprises comme
une proclamation. La Parole de Dieu, l’Évangile, se manifeste sous ces
« L’annonce de l’Évangile et l’offre de la communauté de salut sont des deux formes. Mais il convient alors de se demander si ce n’est pas res-
missions confiées à la communauté dans son ensemble et à chacun de treindre par trop l’Évangile et la proclamation de la Parole que de les
ses membres, qui par le baptême sont appelés au témoignage du Christ limiter exclusivement à leur expression cultuelle37. Ne faudrait-il pas
et au service les uns des autres et pour le monde, et qui par la foi ont introduire un troisième critère, comme l’exigent diverses voix parmi les
part au ministère sacerdotal d’intercession de Jésus-Christ. »34
35 Voir les considérations plus nuancées de la CEPE : Die Kirche Jesu Christi. Der reforma-
L’Église, nous l’avons vu, peut et doit assumer sa mission de proclama- torische Beitrag zum ökumenischen Dialog über die kirchliche Einheit (Leuenberger Texte
1), Éd. W. Hüffmeier, Frankfurt a.M., 32001, pp. 30–44.
tion de l’Évangile, mais la réussite de cette mission est en fin de compte
36 C’est ce que stipule l’article VII de la Confession d’Augsbourg (voir Birmelé/Lienhard, La
foi des Églises luthériennes, p. 47).
34 Sakramente, Amt, Ordination (Leuenberger Texte 2), Éd. W. Hüffmeier, Frankfurt a.M., 37 C’est aussi l’avis de G.W. Locher, « Das ordinierte Amt. Überlegungen in reformierter
1995, p. 104 (deuxième thèse de Tampere). Perspektive », in Annuaire suisse de droit ecclésial, 11, 2006, pp. 11–31, en part. 27–29.

28 29
réformés en particulier, pour mieux valoriser l’aspect éthique et diaco- 4. Le Ministère et les ministères
nal de la nature de l’Église38 ? On montrerait ainsi une autre conception, selon la vision réformée
plus tangible, de la Parole de Dieu et de sa proclamation.
La mission de proclamation de l’Évangile est le Ministère de l’Église.
Sous ce terme de « Ministère » (voir la note 24), il ne faut pas entendre
une institution ecclésiastique ou étatique ni même une quelconque ins-
titution formée par l’homme.39 On peut donc dire que la mission de
proclamation de la Parole fait partie du Ministère de la communauté. La
communauté en tant qu’ensemble et chacun de ses membres répondent
de ce Ministère.

La question est maintenant de savoir comment il peut exister, outre


ce Ministère confié à tous, un Ministère dans l’Église, un Ministère qui
est une institution produite et formée par l’homme, un Ministère qui
se présente à la communauté sous la forme des personnes investies de
cette charge. Quelle justification théologique donner à cela ?

Fig. 1 : Le Ministère et l’Église

38 Les propositions de L. Vischer, par exemple, vont dans le même sens : « …satis est ? Ge- 39 Ici, le texte distingue entre Église (Kirche) et communauté (Gemeinde). Pour souligner
meinschaft in Christus und Einheit der Kirche », in K. Herbert (Éd.), Christliche Freiheit que le Ministère et les ministères ne sont pas des fonctions de l’Église en tant qu’ins-
– im Dienst am Menschen. Deutungen der kirchlichen Aufgabe heute. Festschrift Martin titution, mais qu’ils découlent de la mission qu’a reçue la communauté des croyants,
Niemöller, Frankfurt a.M., 1972, pp. 243–254, en part. 247, 248. Chez les réformés, la il parle de Ministère de la communauté (Amt der Gemeinde) et de Ministère dans la
troisième caractéristique était traditionnellement souvent prise en considération dans la communauté (Amt in der Gemeinde). Pour la traduction, nous préfèrons la terminologie
discipline de l’Église. Mais il paraît difficile de reprendre directement cette conception. Ministère de l’Église et Ministère dans l’Église.

30 31
4.1 La justification théologique du Ministère
Dans la perspective du dialogue avec l’Église catholique-romaine – dia-
4.1.1 Le texte biblique logue qui malgré son importance n’est pas de notre propos –, la figure
La justification théologique du Ministère dans l’Église doit d’abord se de Pierre joue un rôle essentiel. Une chose est sûre : Pierre, tant comme
référer au texte biblique. Il nous suffira, pour la présente étude, d’es- disciple de Jésus que comme apôtre et missionnaire, après la Résurrec-
quisser les structures des premières communautés chrétiennes telles tion, est une figure éminente du christianisme primitif et décisive pour
que les décrit le Nouveau Testament, en partant de leur enracinement son unité. Il n’empêche cependant qu’ « on est encore très loin, dans le
dans l’Ancien Testament et de ses prolongements dans le judaïsme (par Nouveau Testament, de toute idée qui pourrait ressembler à celle de pri-
exemple la fonction des anciens), sur lesquels nous ne reviendrons pas. mauté de Pierre sur l’ensemble de l’Église ou de ministère de ­Pierre »44.

Le Nouveau Testament ne donne aucune dénomination correspondant Les Épîtres de Paul ne révèlent encore aucune tendance à la définition
à un Ministère ecclésiastique. Tout au plus y rencontre-t-on la notion de ministères bien distincts. On y trouve plutôt une diversité de mi-
générale de « service » (diakonia). L’absence de terminologie spécialisée nistères ­entre lesquels il n’y a ni conflit ni ignorance réciproque. Tous
dans ce domaine témoigne du faible degré d’organisation institution- sont dirigés vers la constitution et la mission des communautés (voir 1
nelle des premières communautés chrétiennes. Co 12.7,11). Ils sont considérés comme des dons de la grâce du Saint-
Esprit (c’est-à-dire des charismes) offerts à tous les membres de la com­
Jésus en tant que personne historique n’a fondé ni Église ni service ins- munauté par le baptême (1 Co 12.13). Dans le langage métaphorique
titutionnalisé, pas même en réunissant les douze apôtres. paulinien, la communauté forme le corps du Christ, qui se compose de
plusieurs membres aux qualités charismatiques différentes. Parmi ces
Chez les apôtres, par leur autorité de témoins de la Résurrection et qualités, Paul insiste notamment sur les fonctions attestant l’action de
de personnes chargées de la proclamation de la Parole, se manifes- l’Esprit (prophétie, parler en langues, don de guérison) et les fonctions
tent certains aspects du service (voir 1 Co 15.1–11 ; Ga 2.11–24). Les diri­geantes, mais évoque aussi des activités telles que l’aumône (voir 1
apôtres n’ont pas réglé leur succession en désignant des anciens ou des Co 12.4 et suiv. ; 28 et suiv. ; Rm 12.6 et suiv.). Paul mentionne comme
évêques40. Leur autorité était de nature unique. personnes établies par Dieu notamment les apôtres, les prophètes et
les hommes chargés de l’enseignement (1 Co 12.28) ; ailleurs sont évo-
Trois apôtres peuvent être considérés comme des figures fondamen- qués aussi les diacres (Ph 1.1 ; Rm 16.1 ; 12.7) et les « épiscopes » (Ph
tales du christianisme primitif à l’époque postapostolique : Jacques (le 1.1), c’est-à-dire des surveillants dont la fonction n’est pas précisément
frère du Seigneur), Pierre et Paul41. Le fait que les successeurs immé- connue45. Dans les milieux décrits par Paul, le mode de direction semble
diats ou plus lointains des apôtres aient écrit leurs lettres sous un pseu- d’ailleurs avoir été différent d’une communauté à l’autre46.
donyme en les attribuant à ces figures majeures42 montre qu’il n’y avait
pas à cette époque d’autorité comparable à celle des premiers apôtres, Durant l’époque postapostolique, diverses tendances se manifestent.
et que l’on n’avait pas réglé la succession des personnes et des charges43. D’une part, la structure du service marque peu à peu le pas devant la

40 Les faits relatés par Ac 14.23 ne sont pas établis historiquement avec certitude. 44 Ibid., p. 137.
41 Chr. Link, U. Luz, L. Vischer : Sie aber hielten fest an der Gemeinschaft… Einheit der 45 Dans la suite du texte, nous utiliserons l’adjectif « épiscopal » dans ce sens qu’il avait
Kirche als Prozess im Neuen Testament und heute, Zurich, 1988, pp. 131–144. pour l’Église primitive. Il correspond à l’allemand episkopal et non bischöflich. (Note du
traducteur)
42 L’épître de Jacques, les deux épîtres de Pierre et les lettres deutéropauliniennes.
46 Voir Link, Luz, Vischer, op. cit., p. 145.
43 Voir Link, Luz, Vischer, op. cit., pp. 120, 125–127.

32 33
prophétie et l’action de l’Esprit, comme par exemple dans l’Évangile de Cette réalité se manifeste aussi dans l’histoire des Églises, qui n’ont
Matthieu (Mt 23.8–10 : le refus des titres ; Mt 18.15–18 : la communau- pas donné au Ministère une structure uniforme. C’est même le cas
té fraternelle) ou dans les écrits johanniques, où l’onction seule guide pour la distinction traditionnelle entre « épiscope », ancien et diacre.
et enseigne la communauté (1 Jn 2.27). D’autre part, les ministères « À ­chaque époque et dans chacune des traditions ecclésiastiques, le
s’institutionnalisent. Les Épîtres pastorales mentionnent une triade : ­Ministère tri­partite a une signification différente. »49 La liberté que
l’« épiscope » (1 Tm 3.2 ; Tt 1.7) au sens de « surveillant », qui devien- laisse la Bible dans l’organisation des structures du Ministère resp. des
dra plus tard l’évêque ; l’ancien (presbyter : 1 Tm 5.17 ; Tt 1.5), qui don- ministères laisse aussi une liberté aux Églises d’aujourd’hui, avec la
nera naissance à la fonction de prêtre/pasteur ; le diacre (1 Tm 3.8). Ces responsabilité de trouver l’organisation qui convient le mieux à leur
trois fonctions se réfèrent encore au niveau de la communauté locale. mission50. Il en va de même pour la question de l’égalité des sexes dans
L’épiscope et l’ancien ne sont pas encore distincts l’un de l’autre : le l’accès au Ministère. Dans l’Église catholique-romaine, la structure tri-
premier est probablement un ancien chargé de fonctions particulières47. partite fait essentiellement partie de son identité comme l’Église, tandis
Ce n’est que depuis Ignace d’Antioche que la triade épiscope – ancien que l’accent mis sur cette liberté est une caractéristique de la position
– diacre prend une structure hiérarchique constitutive de l’Église et protestante. Cette position entraîne une exigence œcuménique, à savoir
de son unité. Mais dans cette structure, le ministère de l’épiscope ne que « nulle forme de direction ecclésiastique et de structure du Minis-
s’exerce toujours que dans la communauté locale. Il n’exerce pas encore tère issue d’une évolution historique ne peut et ne doit être reconnue
de fonctions ­dépassant la région48. comme une condition préalable de communion et de reconnaissance
mutuelle (des Églises) »51.
À propos des ministères exercés par des femmes, le Nouveau Testament
fournit des informations diverses. Selon les Épîtres pastorales, seuls des Cette liberté n’empêche naturellement pas de tirer profit de certains
hommes (mariés) étaient prévus pour les ministères d’épiscope et d’an- aspects de la conception biblique du Ministère pour le présent, comme
cien tandis que la diaconie pouvait aussi être exercée par des femmes par exemple de la doctrine de Paul sur l’action de l’Esprit dans le
(probablement des veuves ; voir 1 Tm 5.9–10). Les choses paraissent ­Ministère. Elle ne délie pas non plus les Églises de leur responsabilité
avoir été un peu différentes dans l’entourage de Paul, où des femmes mutuelle et de leur obligation de donner des structures convergentes
ont revêtu des ministères (par exemple Phoebé, diaconesse : Rm 16.1). à leurs Ministères ou pour le moins de les agencer dans la perspective
Chez Paul, la différence entre les sexes est abolie par raison christolo- d’une reconnaissance mutuelle.
gique (Ga 3.28) et du fait que le service dans la communauté est défini
par référence au charisme. C’est pourquoi la subordination de la femme
dans ce domaine était abolie au moins d’un point de vue théologique,
sinon dans la réalité des faits.

L’analyse du texte biblique montre clairement qu’il n’est pas possible 49 L. Vischer, Die ordinierten Dienste. Zwölf Überlegungen zum Text der Kommission für
d’en tirer une justification directe de la structure actuelle du Ministère. Glauben und Kirchenverfassung über das Amt (Texte der Evangelischen Arbeitsstelle
Ökumene Schweiz 3), Berne, 1984, p. 12.
50 Ibid. Cela correspond aussi à l’orientation des textes de Leuenberg ; voir : Sakramente,
47 Ibid., p. 149. Amt, Ordination (Leuenberger Texte 2), Éd. W. Hüffmeier, Frankfurt a.M., 1995, p. 88
48 Ibid., pp. 152–155. Sur le Nouveau Testament dans son ensemble, voir aussi H. von Lips, (thèses de Neuendettelsau, série de thèses I.2).
art. « Amt », in Religion in Geschichte und Gegenwart, 1, 41998, pp. 424–426. 51 Ibid., p. 106 (thèse 3 de Tampere).

34 35
4.1.2 Les deux positions protestantes tion »52. La question de la justification théologique du ou des ministères
La question de la justification du Ministère, que le Bible laisse ouverte, se pose de manière similaire dans les milieux réformés53.
est depuis longtemps débattue parmi les théologiens protestants chez
qui, pour résumer, deux positions se font face : La question est – intentionnellement sans doute – laissée ouverte dans
les déclarations de la CEPE. On y souligne d’une part que, découlant du
La théorie « de la délégation » sacerdoce universel, le service de proclamation de l’Évangile est confié
Selon la première, le Ministère dans l’Église est fondé sur le prin- à l’Église dans son ensemble et à chacun de ses ­membres et placé sous
cipe du sacerdoce universel. En vertu de ce principe, tous les chré- leur responsabilité54. Mais d’autre part, ce service, sous la forme du
tiens sont aptes et habilités à exercer ce Ministère. Mais ce Minis- ­ministère consacré, « repose sur une mission particulière du Christ »55.
tère est public : la proclamation de l’Évangile se fait en public, elle U.H.J. Körtner a récemment attiré l’attention sur cette tension56.
s’adresse à la communauté chrétienne, ainsi qu’au public hors de la
­communauté puisque l’Évangile est ouvert au monde entier. Il ne fait
toutefois ­guère sens que tous proclament l’Évangile. Pour éviter le
chaos mais aussi pour assurer en permanence un examen critique de
la conformité de la proclamation aux Écritures, il est indispensable
52 Voir H. Goertz, Allgemeines Priestertum und ordiniertes Amt bei Luther (Marburger
que le Ministère de proclamation de la Parole soit confié par la com- Theologische Studien 46), Marburg, 1997, en part. p. 219 et suiv. Sur les deux positions
munauté, d’une manière précise et pour une durée non limitée, à cer- abordées ici : ibid., pp. 1–27, et U.H.J. Körtner, Wohin steuert die Ökumene? Vom Konsens-
tains membres capables de l’assumer (théorie dite « de la délégation » zum Differenzmodell, Göttingen, 2005, p. 163 et suiv.

– Übertragungstheorie). 53 Heinrich Ott distingue chez les réformés la justification « par la base » et une justifica-
tion « par le sommet » : « Kirchliches Amt und Ordination aus der Sicht eines reformier-
ten Theologen », in H. Vorgrimler (éd.), Der priesterliche Dienst. Amt und Ordination in
La théorie « de l’institution » ökumenischer Sicht (Quaestiones disputatae 50), pp. 152–164.
Selon la deuxième position, le Ministère institutionnalisé dans l’Église En milieu réformé, il convient de mentionner aussi les tentatives fondées sur la
se réfère à un don immédiat offert par Dieu indépendamment du sa- conception de Calvin et visant à développer une justification des trois ministères à
partir du triple Ministère de Jésus-Christ (prophète, prêtre, roi). Voir M. Freundenberg,
cerdoce universel. Le Ministère dans l’Église est donc une institution « Vom dreifachen Amt Christi zu den Diensten der christlichen Gemeinde.
de Dieu qui s’ajoute au Ministère de l’Église confié à tous. Poussée à Perspektiven zum reformierten Verständnis der Ämter », in M. Freudenberg et al. (Éd.),
Amt und Ordination aus reformierter Sicht (reformierte akzente 8), Wuppertal, 2005,
l’extrême, cette théorie « de l’institution » (Stiftungstheorie) remet en
pp. 45–67.
question l’aptitude spirituelle de tous les croyants à la proclamation de 54 Sakramente, Amt, Ordination (Leuenberger Texte 2), Éd. W. Hüffmeier, Frankfurt a.M.,
l’Évangile. 1995, p. 104 (thèse 2 de Tampere).
55 Ibid., p. 105.
Luther lui-même ne paraît pas avoir présenté une double justification 56 U.H.J. Körtner, Wohin steuert die Ökumene ? Vom Konsens- zum Differenzmodell, Göt-
du Ministère, mais doit plutôt être rattaché à la théorie « de la déléga- tingen, 2005, pp. 152, 153, 164. Goffried W. Locher donne des documents de la CEPE
une interprétation allant dans le sens de la théorie « de l’institution », et se demande
si la conception du Ministère, du moins dans son application pratique par les Églises
réformées suisses, n’est pas en contradiction avec celle des Églises réformées europé­
ennes (G.W. Locher, « Das ordinierte Amt. Überlegungen in reformierter Perspektive »,
in Annuaire suisse de droit ecclésial, 11, 2006, pp. 11–31, 17–19). Il n’y a cependant pas
contradiction dans la mesure où il a choisi lui-même les textes de la CEPE pour son pro-
pos.

36 37
Le débat a de multiples ramifications qui ne seront pas exposées ici en mais seulement des compléments, des précisions57. Les textes pauli-
détail. Le Conseil de la FEPS soutient une position qui fait découler le niens évoquent déjà une diversité : tous les membres de l’Église re-
Ministère dans l’Église du sacerdoce universel dans le sens où le conçoit çoivent de la grâce divine un don pour le Ministère, et ces charismes,
la théorie « de la délégation » présentée ci-dessus. outre leurs aspects individuels, ont aussi des aspects collectifs. Mais
ils sont de nature diverse et inégalement répartis, et sont liés à des ac-
4.1.3 Le rapport entre Ministère et communauté tivités différentes. Selon Paul, cette pluralité des charismes se fonde
À partir de cette position, quelques précisions doivent être données sur sur le baptême, ce qui nous ramène à l’idée du sacerdoce universel.
les rapports entre Ministère et Église : Il est évident – précision nécessaire aujourd’hui – que le charisme
repose aussi sur les dispositions et les attitudes de la personne elle-
1. Le Ministère institutionnel a été désigné ci-dessus comme Mi- même. Mais le don de mettre ces dispositions et ces attitudes avec
nistère dans l’Église et distingué du Ministère de l’Église, qui est un pouvoir spirituel au service de l’édification et de la mission de la
conféré à tous. Il en découle que le Mnistère institutionnel est communauté, n’est offert qu’avec le baptême.
issu de la communauté et demeure ancré en elle. Et c’est ainsi
ancré que le Ministère fait face à la communauté ecclésiale. Le 4.1.4 Le charisme de Ministère et la consécration comme sacrement
Ministère dans l’Église assume devant la communauté, envers elle Le Ministère dans l’Église, comme nous le verrons au chapitre 4.2,
et pour elle, la mission de proclamation par procuration et pub- se divise en plusieurs ministères qui requièrent chacun un charisme
liquement. L’Église, en perpétuelle constitution par l’action de la particulier. Nous soutiendrons donc ici l’opinion selon laquelle le cha-
Parole divine, investit certains de ses membres de la fonction de risme donné au baptême et prédisposant à un ministère est reconnu et
proclamation de la Parole envers elle-même. Par nature, le Mi- confirmé dans l’acte de consécration. Cette conception, répandue chez
nistère dans l’Église est donc foncièrement un service envers la les protestants, quoique contestée, diffère de celle qui voit dans l’acte de
communauté. L’institution du Ministère n’est pas liée à un pou-
voir. L’autorité, la dignité et le rayonnement du Ministère résident
exclusivement dans la tâche publique de proclamation de la Parole
de Dieu, et non dans la valeur spirituelle individuelle de ceux qui
sont chargés de cette mission. 57 Ulrich H.J. Körtner a récemment signalé que, d’un point de vue historique, l’idée du
sacerdoce universel ne représente pas l’élément dominant de la conception du Ministère
à l’époque de la Réforme. Contrairement aux écrits de Luther lui-même, il est à peine
2. L’idée du sacerdoce universel souligne l’égalité de tous les baptisés question du sacerdoce universel dans les confessions de foi luthériennes et réformées,
quant à leur habilitation à proclamer l’Évangile. Mais nous aborde- et il n’est de ce fait pas possible d’y trouver une justification du Ministère. La place pri-
mordiale réservée à cette idée est plutôt le résultat d’un développement des impulsions
rons la question de manière à montrer la diversité des formes sous données par la Réforme. Körtner propose donc de rattacher l’idée que nous nous faisons
lesquelles les croyants sont habilités au Ministère. Il ne s’agit nulle- aujourd’hui du sacerdoce universel de la doctrine paulinienne des charismes (op. cit., pp.
ment d’apporter des restrictions au principe du sacerdoce universel, 146–148). A. Rauhaus a sans doute raison d’observer que la diversité des dons représente
un trait fondamentalement réformé, et l’importance accordée à l’égalité spirituelle de
tous les chrétiens, un trait fondamentalement luthérien : Rauhaus, A. « Amt und Ordi-
nation in der reformierten Kirche » in M. Freudenberg et al. (Éd.), Amt und Ordination
aus reformierter Sicht (reformierte akzente 8), Wuppertal, 2005, pp. 69–102, en part. 75.
Chez Calvin d’ailleurs, l’idée du sacerdoce universel n’a qu’une importance marginale,
sa doctrine du Ministère étant essentiellement christologique (Institution de la religion
chrétienne, IV,3).

38 39
consécration l’octroi d’un « charisme du Ministère »58. Le débat peut se le Ministère apostolique62. L’apostolicité n’est donc pas liée à un charisme du
résumer ainsi : Ministère conféré par la consécration. Mais il convient ici sans doute de se
demander si ces divergences sur un point fondamental ­doivent vraiment être
considérées comme une cause de division des Églises63.
La succession apostolique
Parmi les exégètes, les avis divergent quant à savoir si le charisme (le « don
de la grâce ») accompagné de l’imposition des mains par les anciens en 1 Tm
La consécration comme sacrement ?
4.14 peut être compris comme un « charisme du Ministère »59. Si c’était le
cas, cela serait en contradiction avec l’idée paulinienne du don de la grâce La question de savoir si, lors de la consécration, est conféré un cha­
par le baptême déjà60. Car selon Paul, les chrétiens ne transmettent pas le risme du Ministère est liée à celle de l’interprétation de la consécration
don de la grâce, mais le reçoivent comme un don du Saint-Esprit lors du comme sacrement. En fondant le Ministère dans le sacerdoce universel
baptême, et cela est aussi vrai pour les charismes pour un service ou un et dans la doctrine paulinienne des charismes, nous avons déjà donné
ministère particuliers. Cette discussion touche à un point sensible dans le
dialogue œcuménique.
l’orientation de la réponse. En effet, le sacerdoce universel et le don de
la grâce ont leur fondement dans le baptême et de ce fait, le don spi-
L’Église confessée dans le Symbole de Nicée-Constantinople a pour carac- rituel pour l’exercice d’un ministère n’est offert nulle part ailleurs que
téristiques l’unité, la sainteté, la catholicité et l’apostolicité. C’est ce dernier dans le baptême. Il n’y a besoin d’aucun acte ecclésiastique supplémen-
point qui fait problème ici: comment assurer fidélité de l’Église à la tradition
des apôtres? Il ne faut pas s’étonner que ce soit un point de cristallisation
taire pour obtenir ce don. C’est la raison pour laquelle il faut rejeter la
de divergences confessionnelles, principalement entre protestants et catho- conception qui prétend placer la consécration dans l’action rédemptrice
liques-romains. Car pour l’Église catholique-romaine, l’apostolicité est liée de Dieu sur le même plan que les sacrements du baptême et de la Cène,
au Ministère. L’Église est apostolique en tant que son Ministère (épiscopal61) tout comme l’idée d’une transmission sacramentelle possible du cha-
est en succession ininterrompue depuis les apôtres, qui ont institué leurs suc-
risme du Ministère (voir le chapitre 5.5.2).
cesseurs, et ainsi de suite. Il existe donc jusqu’à nos jours une suite continue
de consécrations par l’imposition des mains et la prière. Les protestants ne
partagent pas cette conception de la succession apostolique : ils la compren- La question de la justification du Ministère, comme le montre l’argu-
nent non pas au sens « historique » par le ministère épiscopal, mais au sens mentation développée, est donc directement liée à la conception de la
d’une conformité, quant au fond, avec la tradition apostolique attestée par le
consécration. La justification selon la théorie « de l’institution » aura
texte biblique. Pour les réformateurs, c’était précisément la fidélité à la tra-
dition apostolique qui rendait nécessaire la rupture avec la succession dans
62 C’est ce que signale Lukas Vischer, Die ordinierten Dienste in der Kirche. Zwölf Überlegun-
gen zum Text der Kommission für Glauben und Kirchenverfassung über das Amt (Texte
der Evangelischen Arbeitsstelle Ökumene Schweiz 3), Berne, 1984, p. 26.
63 Des rapprochements paraissent possibles par exemple là où la succession du Ministère
58 Sur ce point, même le Document de Lima n’échappe pas totalement aux contradictions, est interprétée comme un signe – essentiel mais non unique – de l’apostolicité. Pour le
puisque d’une part il conçoit le ministère consacré lui-même comme un charisme (art. point de vue catholique : P. Neuner, Ökumenische Theologie. Die Suche nach der Einheit
32, 43, 48 ; cf. aussi art. 39), mais d’autre part voit aussi dans l’acte de consécration une der christlichen Kirchen, Darmstadt, 2005 (1997), pp. 230, 231. Il subsiste bien sûr entre
reconnaissance des dons (déjà disponibles) de l’Esprit (art. 41, 44) : Baptême, Eucharistie, les conceptions catholique et protestante des différences de taille. Mais, du côté réformé,
Ministère. Convergence de la foi. Texte français établi par Fr. Max Thurian. Foi et Consti- il devrait être possible de « considérer la succession épiscopale comme un signe, bien
tution. Conseil œcuménique des Églises, Paris, 1982, pp. 68, 76, 78. que pas une garantie, de continuité et d’unité de l’Église », comme le propose l’art. 38
59 Voir aussi 2 Tm 1.6. M.N. Ebertz, art. « Charisma, Neues Testament und älteres Christen- du Document de Lima (op. cit., p. 72). Pour le débat en Suisse, voir « Das Amt der Kirche
tum », in Religion in Geschichte und Gegenwart, 2, 41999, pp. 113–115. und die kirchlichen Ämter. Ein Arbeitspapier der Evangelisch – Römisch-katholischen
Gesprächskommission Schweiz », tiré à part de : Freiburger Zeitschrift für Philosophie
60 C’est l’avis de J.H. Schütz, , art. « Charisma, Neues Testament », in Theologische Realen- und Theologie, 31, 1984, 3, pp. 241–293 (avec résumé français : « Le ministère de l’Église
zyklopädie, pp. 688–693, en part. 691. Cette conclusion est assurément controversée. et les ministères dans l’Église. Une étude de la Commission de dialogue protestants /
61 Ici au sens usuel moderne (bischöflich). (Note du traducteur) catholiques-romains de Suisse », pp. 294–309), en part. pp. 281, 282.

40 41
tendance à assimiler l’acte de consécration à un sacrement, tandis que 4.2 Ministère et ministères
cela n’est guère possible à partir de la théorie « de la délégation ».
Le Ministère institutionnel dans l’Église se différencie en plusieurs mi-
4.1.5 Autres enseignements à tirer nistères (voir la note p. 19)64. .
de la doctrine paulinienne des charismes
Nous terminerons ce chapitre par deux remarques sur la doctrine pauli- Pareille différenciation est tout à fait usuelle. Le Document de Lima,
nienne des charismes par rapport à la justification du Ministère : par exemple, propose, en se référant à la structure de l’Église ancienne
et à celle de l’Église catholique-romaine, un Ministère (consacré) com-
1. Nous avons défendu l’idée d’une justification du Ministère selon la prenant trois parties : évêque, ancien (presbyter), diacre65. Toutefois, la
théorie « de la délégation ». Le Ministère dans l’Église est fondé « par majorité des Églises membres de la FEPS ont fait part de leurs réserves
la base », par délégation de la communauté, et non par institution critiques quant aux possibilités d’adapter cette structure66. Peut-elle être
divine. Mais cela ne signifie pas pour autant une dissociation de l’ac- transposée au niveau de la communauté locale en un schéma : pasteur
tion divine et de l’action humaine quant à la justification de ce Minis- (évêque) – ancien – diacre ? Ou correspond-elle plutôt à une structure :
tère. Le Ministère institutionnel dans l’Église ne peut pas être imputé direction de la communauté (épiscope au sens de surveillant) – pasteur
à une disposition divine, mais le charisme qui permet d’assumer un (presbyter) – diacre ? Dans la tradition réformée, qui a toujours conçu
ministère est clairement un don du Saint-Esprit. Il ne saurait être la structure du Ministère en fonction du contexte, la question se pose
question d’opposer charisme et Ministère : cela est important pour régulièrement de savoir si le presbyter doit être assimilé au pasteur
le dialogue avec les Églises libres de mouvance charismatique et pour (consacré) ou à l’ancien (non consacré)67. Zwingli, puis dans son sillage
le dialogue œcuménique avec les Églises d’autres confessions. la Deuxième Confession helvétique de Bullinger, ne concevait qu’un
seul ministère, celui de la prédication, c’est-à-dire de pasteur, comme
2. Si l’on adhère à l’approche fondée sur la doctrine paulinienne des le faisait déjà Luther. En revanche, Calvin, sous l’influence de Bucer,
charismes, il est d’autres raisons encore qui manifestent la nécessité propose d’abord une structure quadripartite (pasteurs – docteurs – an-
du Ministère dans l’Église. Là où l’on croit qu’il existe dans l’Église ciens – diacres) pour revenir ensuite à la structure tripartite (pasteurs
diverses formes de charisme, il est important de ne pas seulement de – anciens – diacres).
discerner les esprits, mais aussi de les éveiller et de les encourager.
Ces tâches ne sont pas de la seule responsabilité du Ministère dans
l’Église : elles concernent l’ensemble de la communauté. Le Minis- 64 Otto Weber utilise la notion de « Ministère ecclésiastique multiple » (mehrfältiges
tère doit conduire, par le culte et par l’assistance spirituelle, l’invo- ministerium ecclesiasticum) (Grundlagen der Dogmatik, vol. 2, Neukirchen, 1962, p. 635
et suiv.).
cation commune de l’Esprit Saint afin que celui-ci renouvelle sans
65 Op. cit., p. 36 et suiv.
cesse ou fasse apparaître le don de la grâce offert avec le baptême.
66 Baptême, Sainte Cène et Ministère. Rapport de la Fédération des Églises protestantes de
Suisse (FEPS) concernant une consultation du Conseil œcuménique des Églises, éd. par la
Commission théologique de la Fédération des Églises protestantes de Suisse sur mandat
du Conseil de la FEPS, Berne, 1986, pp. 98–103.
67 Le ministère des anciens dans les Églises réformées aujourd’hui, dans la tradition réfor-
mée, dans le témoignage biblique, Éd. Lukas Vischer (Textes de l’Office protestant pour
l’œcuménisme en Suisse, 15), publié à la demande de la Fédération des Églises protes­
tantes de Suisse, Berne, 1992, 64–65, passim.

42 43
Cette diversité réformée dans l’agencement du Ministère se retrouve 4.2.2 Un Ministère, quatre ministères
parmi les Églises membres de la FEPS, au point qu’il n’est guère pos­sible Le Ministère comprend les ministères suivants : le ministère pastoral,
de dresser un tableau systématique de la question. Les constitutions et le ministère diaconal, le ministère épiscopal ou le ministère des anciens
les règlements ecclésiastiques énumèrent les différentes charges avec (c’est-à-dire de direction de la communauté) et le ministère catéchétique.
une précision théologique inégale, à quoi s’ajoutent des divergences À première vue, ce schéma reproduit la structure quadripartite du Mi-
sémantiques : il est une fois question de « ministère » (Amt, avec éven- nistère chez Calvin. Mais dans la forme concrète de ces ministères au
tuellement une précision : ministère ecclésiastique, particulier, consa- sein des Églises membres de la FEPS, les choses ont considérablement
cré), ailleurs de « ministères » ou de « services », il arrive même qu’il évolué depuis Calvin, pas seulement dans les ministères considérés iso-
ne soit fait aucune mention explicite du ministère consacré68. La signi- lément, mais aussi dans leur interaction69.
fication de la notion de ministère est également floue : a-t-elle un sens
théologique et ecclésiologique ou un sens juridique ? Selon la significa-
tion, les catéchètes, les collaborateurs diaconaux, le personnel soignant,
les sacristains et les musiciens d’église peuvent aussi figurer sous la
rubrique « ministères » (Ämter).

Nous avons retenu cinq caractéristiques fondamentales des ministères.


La question de savoir lesquels de ces services doivent entrer en considé-
ration pour une consécration sera traitée plus tard (chapitre 5.3).

4.2.1 Ministère et communauté


Tout ce qui a été dit jusqu’ici du rapport entre Ministère et Église s’ap-
plique logiquement aussi aux ministères : la communauté est respon-
sable de ces ministères, qui sont pour elle le moyen d’assumer sa mission Fig. 2 : Un Ministère, quatre ministères
de proclamation publique de la Parole. Ces ministères de­mandent des
dons particuliers qui peuvent avantageusement s’associer aux autres Légende
P: Le ministère pastoral
dons dans la proclamation de la Parole et servent à la constitution et à D: Le ministère diaconal
la mission de la communauté. C: Le ministère catéchétique
E: Le ministère épiscopal (niveaux paroisse, direction d’Église cantonale, FEPS)

Pourquoi ces quatres ministères appartiennent-t-ils au Ministère et non


d’autres services ?

68 On peut souscrire aux observations de Gottfried W. Locher sur ce point (« Das ordinierte
Amt. Überlegungen in reformierter Perspektive », in Annuaire suisse de droit ecclésial, 69 Voir les Ordonnances ecclésiastiques de 1541 et 1561 (Ioanni Calvini Opera quae super-
11, 2006, pp. 11–31, en part. 12–17, 19. sunt omnia, vol. X. Pars prior, Brunsvigae, 1871, col. 15–38 et 91–124).

44 45
Le premier critère est le rapport à la Bible. La question n’est cependant Il existe cependant certains services dont le lien avec la Bible et le ca-
pas de savoir si la personne en charge de ce service lit souvent la Bible. ractère public est faible, mais qui ont une grande importance dans la
La lecture de la Bible n’est pas en effet un privilège réservé à quelques constitution et la mission de la communauté. Ce sont notamment les
membres de la communauté, mais l’affaire de tous ses membres. La tâches de sacristain, de collaborateur des services des soins et de l’assis-
question est plutôt de savoir dans quelle mesure le rapport à la Bible tance spirituelle, de collaborateur de la catéchèse, et enfin de l’adminis-
est une condition pour pouvoir assumer la charge de manière appro- tration. Les musiciens d’Église remplissent-ils les deux critères énoncés
priée. Ce critère fait apparaître une des caractéristiques communes aux ci-dessus?
quatre ministères : leur dimension spirituelle. De plus, le rapport à la
Bible exige un minimum de connaissances d’exégèse et d’herméneu­ Une catégorie de services doit encore être considérée à part. À propos
tique. – Il est évident que ces considérations ne correspondent que très des quatre ministères, on pense naturellement d’abord aux activités qui
imparfaitement à la réalité pratiquée, mais cela ne nous dispense pas de s’exercent dans le cadre paroissial. Il ne faut cependant pas oublier les
l’obligation de mentionner ce critère. Cette réalité rappelle d’ailleurs la ministères de directions d’Église ou les ministères au niveau suisse (la
nécessité de revaloriser le ministère des anciens. FEPS principalement). Ces activités ne comprennent pas seulement le
ministère épiscopal du Conseil synodal et du Synode ou de l’Assemblée
Le second critère est d’ordre formel : c’est la caractère public des mi- des délégués, mais aussi des théologiens engagés par les Églises, des
nistères de proclamation de l’Évangile. Car tous ces services sont émi- mandats pastoraux spécialisés, ainsi que toutes les tâches au sein des
nemment publics. Le témoignage et le service de l’Évangile ne se mani- œuvres et des missions des Églises. Il serait judicieux d’examiner s’il
festent pas seulement à l’intérieur de l’Église, mais touchent aussi (ou existe encore d’autres services qui correspondent à la mission de procla-
cherchent à toucher) un public plus large dans la société70. C’est une mation de l’Évangile, et dont l’exercice devrait théoriquement donner
raison suffisante pour exiger que l’installation des personnes à qui les lieu à une remise de charge marquée par un acte public. Il faudrait alors
charges sont confiées se fasse publiquement au cours d’un culte, sous que ces services puissent être considérés comme analogues aux quatre
la forme d’une consécration ou d’une remise de charge. Nous y revien- services du Ministère.
drons au chapitre 5.3.
4.2.3 Champs d’activité
Ces deux critères ne sont pas absolus. Leur portée est limitée et ils ne Des ministères, il convient de distinguer les activités et les tâches
peuvent être que partiellement concrétisés. Mais ils permettent des mo- concrètes qui leur sont attribuées71. Si au premier niveau, les ministères
difications dans les structures du Ministère. Il n’est en effet pas admis- sont faciles à distinguer les uns des autres, les chevauchements sont
sible d’imposer des critères absolus, ne serait-ce que pour des raisons fréquents au niveau des activités concrètes. Il appartient généralement
bibliques, comme nous l’avons vu (au chapitre 4.1.1). aux ministères de direction de la paroisse – compte tenu des directives
de l’Église cantonale – de définir le détail des champs d’activité. Les
Églises membres de la FEPS montrent à cet égard une diversité légitime
70 Nous faisons ici à nouveau référence au caractère public du Ministère (voir 4.1) En
contexte luthérien, on y recourt le plus souvent à propos de la justification du Minis- et dont il y a lieu de tenir compte en toute circonstance.
tère par le sacerdoce universel. Ce critère se fonde sur l’article XIV de la Confession
d’Augsbourg, qui précise : « Au sujet du gouvernement de l’Église, on enseigne que, dans 71 Cette distinction se rattache à celle qu’opère Ralph Kunz entre « communauté de ser-
l’Église, nul ne doit enseigner ou prêcher publiquement ni administrer les sacrements vice » et « prestataire de service » (« Ohn Habit und Kragen die Wahrheit sagen – vom
sans une vocation régulière. » (Birmelé/Lienhard, La foi des Églises luthériennes, p. 49). Il Kernge­schäft im Pfarramt », in J. Bauke, M. Krieg (Éd.), Die Kirche und ihre Ordnung
reste naturellement à préciser de cas en cas ce que l’on entend par « publiquement ». (denkMal 4), Zurich, 2003, pp. 77–96, en part. 77, 91, 94, 95.

46 47
L’exemple des diacres et des collaborateurs socio-diaconaux (SDM) 4.2.4 La collégialité des ministères
Prenons un exemple. Les Églises membres de la Conférence du Diaconat Entre les ministères, il n’y a pas d’ordre hiérarchique, mais une
(Diakonatskonferenz) ont réussi à se mettre d’accord pour remplacer l’an-
cienne abondance de désignations de professions dans les services diaco-
collégialité entendue d’abord au sens d’égalité de valeur. Il n’y a là
naux de Suisse allemande (diacres, collaborateurs diaconaux, collaborateurs rien qui ne soit dans la bonne tradition réformée74. Mais au fond,
socio-diaconaux, diacres sociaux, travailleurs sociaux ecclésiastiques, assis- cela correspond aussi à la justification du Ministère dans l’Église à
tants de paroisse) par un terme unique : collaborateur socio-diaconal (so- partir du sacerdoce universel et de la doctrine paulinienne des cha-
zial-diakonischer Mitarbeiter, SDM)72. Soit, mais dans la réalité que recouvre
rismes : ­lorsque le Ministère est conçu comme issu de la commu-
ce terme unique, il subsiste des différences non négligeables qui font sentir
leurs effets notamment dans la formation du personnel diaconal. En Suisse nauté et des dons qui y sont à l’œuvre, l’introduction subséquente
romande en revanche, le ministère diaconal a été revalorisé, et son champ d’une hiérarchie dans ce Ministère n’a guère de sens. Et dès le mo-
d’activité se rapproche davantage de celui du ministère pastoral qu’en Suisse ment où l’on refuse d’assimiler la consécration à un sacrement, la
allemande. Le diacre désigne une réalité très différente du SDM, tout comme
distinction entre ministères consacrés et ministères non consacrés ne
est différente l’interprétation théologique qui est donnée de cette fonction73.
peut pas remettre en question le principe de collégialité. De ce fait,
Une précision s’impose ici. Toute légitime qu’elle est, la diversité dans aucun des ministères ne saurait être considéré comme le préalable
l’attribution des ministères aux champs d’activité ne doit pas estomper à un autre, comme le ­prévoit par ex­emple l’organisation du Minis-
les contours de ces différents ministères. Il doit y avoir des activités tère dans l’Église ­catholique-­romaine75. Mais collégialité ne signifie
centrales qui ne soient pas indifféremment interchangeables d’un mi- pas seulement égalité, elle implique aussi l’inter­action constructive
nistère à l’autre. Cela vaut surtout pour l’administration des sacrements et novatrice entre les ministères dans l’édification et la mission de la
propre au ministère pastoral (voir le chapitre 5.3.4). communauté. Le Ministère unique dans l’Église agit, dans la diversité
de ses ministères, comme une unité, pour l’unité de la communauté,
et partant de l’Église dans son ensemble.

Ici aussi, il faut ajouter deux précisions.

1. L’égalité entre les ministères ne signifie ni similitude ni niv­ellement


72 L’accord s’intitule précisément : « Übereinkunft betreffend Anerkennung des sozial- des dons de l’Esprit qui habilitent à ces services. Les dons sont certes
diakonischen Dienstes und Schaffung gemeinsamer Voraussetzungen für die gegen-
seitige Zulassung von Sozial-Diakonischen Mitarbeiterinnen und Mitarbeitern in den
Dienst der Mitgliedkirchen » (« Accord concernant la reconnaissance du ministère de 74 Frank Jehle a donné un exposé détaillé de la structure du Ministère réformé d’après
diaconie sociale et la création de conditions communes pour l’admission réciproque des Calvin (« Die andere Kirchenstruktur. Die Teilung der Ämter », in M. Krieg, G. Zangger-
collaboratrices et collaborateurs de la diaconie sociale au service des Églises membres » Derron (Éd.), Die Reformierten. Suchbilder einer Identität, Zurich, 22003, pp. 57–62. Le
(1991). principe de collégialité – tout comme l’idée d’un ministère divisé en plusieurs ministères
– est en contradiction avec la conception d’un ministère unique de proclamation (le
73 Pour la définition des activités et des tâches du service diaconal, il importera aussi à pastorat) dont découlent les ministères de la communauté. Pareille position, tout à fait
l’avenir de tenir compte des derniers résultats de la recherche, susceptibles de renouve- défendable du point de vue réformé, est défendue par exemple par I.U. Dalferth, « Was
ler notre compréhension de la diaconie dans le Nouveau Testament. Voir à ce sujet H.-J. nicht zur Debatte steht », in J. Bauke, M. Krieg (Éd.), Die Kirche und ihre Ordnung (denk-
Benedict, « Beruht der Anspruch der evangelischen Diakonie auf einer Missinterpreta- Mal 4), Zurich, 2003, pp. 63–65.
tion der antiken Quellen ? John Collins Untersuchung ‹Diakonia› », in V. Herrmann,
M. Horstmann (Éd.), Studienbuch Diakonik, vol. 1 : Biblische, historische und theologi­ 75 La question de savoir si, dans les premières communautés réformées, il a vraiment existé
sche Zugänge zur Diakonie, Neukirchen-Vluyn, pp. 117–133. un type de diacres qui, comme le suppose von Allmen, était conçu comme une étape
de passage vers le pastorat, doit rester ouverte (von Allmen, Le saint ministère selon la
conviction et la volonté des Réformés du XVIe siècle, Neuchâtel 1968, pp. 189–190.

48 49
tous fondés dans le baptême et contribuent pareil­lement à l’édifi- 4.2.5 Ministères exercés à titre professionnel ou bénévole
cation et à la mission de la communauté. Mais cela n’em­pêche pas En principe, les ministères et services peuvent tous être exercés à titre
qu’il existe des dons particulièrement marqués et, fondés sur eux, professionnel, bénévole ou partiellement bénévole. Les difficultés non
des ministères qui se distinguent des autres (notamment le minis- négligeables que cela peut causer ne sont un mystère pour personne.
tère pastoral). Ce point met au jour une certaine contradiction entre Mais ce point devrait devenir toujours plus important pour l’avenir des
l’idée de sacerdoce universel (qui souligne l’égalité à l’égard de la pro- Églises membres de la FEPS, dont la situation financière continuera
clamation de la Parole) et la doctrine paulinienne des charismes (qui probablement à se dégrader.
souligne la diversité des dons)76. Mais il faut tenter de concevoir les
deux ensemble : égalité d’une part, mise en valeur dans la diversité
de l’autre.

2. Il faut sans cesse réexaminer la manière dont cette collégialité, avec


ses nuances, se traduit dans la réalité des activités. Car à ce niveau,
l’égalité entre les ministères ne peut pas signifier que ­toutes les per-
sonnes doivent présenter des compétences professionnelles, spi-
rituelles et personnelles identiques, même si les champs d’activité
se chevauchent en partie. De manière similaire, la com­munauté ne
confère pas à tous les ministères les mêmes attributions, les mêmes
droits ni les mêmes devoirs. Il existe ici des différences légitimes.
La longue formation nécessaire à l’accès au ministère pastoral, par
exemple, peut parfaitement avoir des effets sur la collaboration
concrète avec d’autres ministères, comme le ministère épiscopal. On
est pour le moins en droit de se demander si l’on recourt encore suf-
fisamment aujourd’hui aux compétences des pasteurs dans les pro-
cédures de décision paroissiales. Une meilleure prise en compte de
ces compétences n’exclut d’ailleurs nullement que les ministères for-
ment entre eux une communauté où chacun apprend quelque chose
de l’autre.

76 L’opposition apparaît déjà au sein même de la tradition réformée. Elle détermine aussi
pour une bonne part l’approche calviniste d’Otto Weber (Grundlagen der Dogmatik, vol.
2, Neukirchen, 1962, p. 625 et suiv., en part. 641–644.)

50 51
5. La consécration selon Tt 1.5)79 et des Actes (6.6, 14.23, 20.28 et peut-être 13.3). Les principales
la vision réformée caractéristiques de ces passages peuvent se résumer ainsi :

Donnons tout d’abord une définition de ce que nous entendons par • Ces témoignages permettent de conclure à la consécration de pres-
consécration: bytres (presbyteroi : Tt 1.5 ; voir Ac 14.23 et 20.28, évent. 1 Tm 5.22)
et de diacres (Ac 6.1.6). Si l’on admet, comme nous l’avons suggéré,
La consécration est la vocation extérieure, réglée par une ordonnance, par que l’épiscope et le presbyter ne formaient pas encore à cette époque
laquelle une Église appelle une personne à son service pour la proclama- des ministères distincts, l’épiscope étant un presbyter chargé de
tion de l’Évangile. D’un point de vue liturgique, c’est un acte de prière de
la communauté, caractérisé par le signe de l’imposition des mains et dont fonctions particulières, il faut considérer que les épiscopes étaient
l’ancrage communautaire se manifeste dans la Cène. aussi consacrés.

Les considérations qui suivent complètent et précisent cette définition. • L’institution qui consacre est le collège des anciens (presbyterion : 1
Tm 4.14)80, quoique la forme passive laisse entendre que c’est finale-
5.1 Les racines néotestamentaires ment Dieu qui est le sujet agissant dans la consécration.

Il se trouve dans l’Ancien Testament plusieurs idées qui pourraient être • Conformément à la définition donnée ci-dessus, l’acte de consécra-
comprises comme des formes primitives de ce qui deviendra ensuite tion se caractérise par l’imposition des mains, probablement inspirée
la consécration ou l’ordination, tels la bénédiction des prêtres (peut- de pratiques vétérotestamentaires. Il comprend vraisemblablement
être déjà d’Aaron et de ses fils), l’onction du grand prêtre, l’acte par aussi les paroles d’exhortation à la personne chargée de mission (1
lequel Moïse a « imposé » les mains à Josué, ou les récits de vocation Tm 4.14), la transmission de l’enseignement paulinien (2 Tm 2.2 ;
des prophètes. Il y a aussi dans le Nouveau Testament des allusions à voir 1 Tm 6.20 et 2 Tm 1.12–14), une réponse sous forme de profes-
ces conceptions anciennes77. Mais elles ne peuvent guère être considé- sion de foi (1 Tm 6.12) et se déroule en présence de la communauté
rées, historiquement, comme des équivalents directs de la consécration (2 Tm 2.2 ; voir 1 Tm 6.12)81.
chrétienne78.
• Les textes bibliques ne disent rien sur la possibilité d’exercer un ser-
C’est en vain que l’on chercherait dans le Nouveau Testament une vice consacré une vie durant.
conception uniforme de l’installation à une charge. Si l’on entend par
ce qui sera plus tard la consécration un acte d’installation par imposi- • On ne relève aucun indice direct sur la consécration de femmes.
tion des mains lors d’un culte, on ne pourra se référer qu’à quelques
passages des Épîtres pastorales (1 Tm 4.14, 2 Tm 1.6 ; voir 1 Tm 5.22,

79 1 Tm 6.11–16 représente peut-être une partie d’une formule de consécration.


80 La mention de Paul comme consacrant (2 Tm 1.6) est fictive et tient au caractère litté-
77 Voir Ac 6.1–6, à rapprocher de Nb 27.15, ou 2 Tm 1.6, à rapprocher de Nb 27.18, 23 et Dt raire de la lettre (testament).
34.9. 81 Voir H. von Lips, art. « Ordination, Neues Testament », in Theologische Realenzyklopädie,
78 F. Hartenstein, art. « Ordination, Altes Testament », in Religion in Geschichte und Ge- 25, pp. 340–343, et D. Sänger, art. « Ordination, Neues Testament », in Religion in Ges-
genwart, 6, 42003, p. 618. chichte und Gegenwart, 6, 42003, p. 619.

52 53
• L’imposition des mains est interprétée comme un acte par l­equel est précisément dans le geste de l’imposition des mains, il se produit une
transmis le don de la grâce. C’est ainsi que la conçoivent les Épîtres anamnèse du baptême84.
pastorales, mais il n’est pas sûr qu’il s’agisse d’un don pour le minis-
tère. Elle apparaît aussi dans d’autres situations du Nouveau Testa- La question n’est pas nouvelle, mais mérite toujours réflexion : le débat
ment : lors des guérisons opérées par Jésus, lors d’actes de bénédic- œcuménique sans issue sur la conception du Ministère ne doit-il pas
tion et – ce qui est particulièrement important pour notre propos commencer par réfléchir sur l’expérience commune du baptême ?
– lors du don de l’Esprit saint inhérent au baptême (Ac 19.5 ; voir
8.17–19 ; 9.17). 5.2 Qui est consacré ?
Les éléments tirés du Nouveau Testament à propos de la consécration On peut pour commencer faire ce constat très prosaïque : n’ont accès à
doivent être considérés comme des repères qu’il ne sera pas toujours la consécration que les personnes qui remplissent les conditions d’ad-
possible de suivre, ne serait-ce que parce qu’ils concernent une part mission de l’Église concernée (l’Église évangélique réformée du canton
restreinte des textes bibliques (les Épîtres pastorales et les Actes des de Vaud, par exemple, dispose d’une Commission de consécration pour
apôtres). N’ayant pas une valeur absolue et intangible, ces éléments ne l’examen des candidatures).
sauraient être utilisés sans un examen critique.
Du point de vue du Conseil de la FEPS, il est important de stipuler que l’on
La consécration, rappel du baptême consacre aussi bien des femmes que des hommes. Les Églises ­membres de
Le rapport entre la consécration, l’imposition des mains et le baptême la FEPS adhèrent unanimement à l’idée de la consécration des femmes.
ne signifie pourtant pas qu’il faille concevoir le baptême comme une Quoiqu’elle soit remise en question, y compris parfois dans des Églises
sorte de « consécration de base », ainsi qu’on a parfois tenté de le faire réformées, on ne peut produire contre elle aucun argument théologique
dans le débat œcuménique82, ou que le baptême soit une consécration décisif : au contraire, le sacerdoce universel et la doctrine paulinienne
générale à distinguer d’une consécration particulière, comme cela a été des charismes sont des éléments en sa faveur. Et il en va de même de la
suggéré parfois, en Suisse aussi83. Le baptême fonde la consécration, il consécration de personnes à orientation homosexuelle.
en est la condition, mais il ne lui est pas identique. Dans le baptême,
le membre de la communauté reçoit un don particulier qui, dans la 1re recommandation du Conseil de la FEPS
consécration, est confirmé et attribué à un ministère. Si ce charisme Le Conseil recommande aux Églises membres de la FEPS de procéder
n’est pas donné dans la consécration elle-même, cela n’implique pas à la consécration aussi bien de femmes que d’hommes, en vertu du
que la consécration, en tant qu’acte ecclésiastique, doit s’effacer der- sacerdoce universel et de la doctrine paulinienne des charismes (voir
rière le baptême. Il est plus exact de dire que lors de la consécration, et aussi chapitre 5.4).

Pour répondre à la question initiale, il ne faut pas partir de l’aspect for-


82 Voir G. Vischer, Apostolischer Dienst. Fünfzig Jahre Diskussion über das kirchliche Amt in mel des conditions d’admission, mais de la conception de la consécra-
Glauben und Kirchenverfassung, Frankfurt a.M., 1982, pp. 161, 162 et 229.
83 Baptême, Sainte Cène et Ministère.Rapport de la Fédération des Églises protestantes de
Suisse (FEPS) concernant une consultation du Conseil œcuménique des Églises, éd. par la
Commission théologique de la Fédération des Églises protestantes de Suisse sur mandat 84 Voir G. Vischer, op. cit., p. 229. Il est naturellement d’autres actes ecclésiastiques qui, par
du Conseil de la FEPS, Berne, 1986, p. 90. nature, sont une anamnèse du baptême : la confirmation et la Cène.

54 55
tion, celle-ci étant définie comme une vocation au service de la procla- Outre le Concordat, il existe actuellement en Suisse deux systèmes de
mation de l’Évangile. La vocation extérieure comprend deux aspects : formation, celui des Églises réformées de Berne – Jura – Soleure et celui
de la Conférence des Églises romandes (CER). Les trois systèmes sont
5.2.1 La reconnaissance de la formation en train de renforcer leur collaboration dans le but de faciliter le pas-
Le premier aspect est la reconnaissance d’une formation et des compé- sage de l’un à l’autre et l’adéquation réciproque des formations, et à plus
tences requises pour un ministère. Il ne s’agit pas, soulignons-le, uni- long terme de parvenir à un Concordat suisse.
quement de la compétence théologique, mais aussi d’une compétence
personnelle et sociale, et de l’interaction de ces compétences. Pour ce qui La Concorde de Leuenberg, nous l’avons vu, inclut aussi la « reconnais-
est du ministère pastoral, par exemple, les Églises liées par le Concor- sance mutuelle des ordinations »87 entre les Églises signataires. Cette dé-
dat85 se sont mises d’accord sur les compétences suivantes (qui sont claration de la CEPE s’applique également entre les Églises membres de la
surtout les compétences à développer lors du stage pastoral) : théologie FEPS. En rapprochant les trois systèmes de formation, les Églises membres
et herméneutique, qualités personnelles intégrant l’égalité des sexes, de la FEPS réalisent, au niveau institutionnel (les conditions d’admission à
qualités spirituelles, qualités de communication et de représentation86. la consécration au service pastoral), un élément de communion ecclésiale.
Mais la reconnaissance demandée par la CEPE se situe à un niveau théo-
Même si la reconnaissance d’une formation au moment de la consécra- logique et ecclésiologique ; appliquée à un niveau de droit ecclésiastique,
tion est un événement ponctuel, elle suppose néanmoins un chemine- elle se réfère à la reconnaissance de la qualification permettant d’être élu
ment formateur commun entre l’Église qui consacre et les personnes et non déjà à l’éligibilité. Il faudrait envisager un développement similaire
consacrées et qui trouve un terme provisoire dans la consécration. Ce pour le système de formation en Suisse, eu égard notamment au service
n’est pas au niveau du stage pastoral que l’Église doit commencer à diaconal. Ce point fait actuellement l’objet d’une controverse.
se préoccuper sérieusement des personnes qu’elle chargera d’un minis-
tère. L’Église connaît et apprécie les compétences et les aptitudes parti- 5.2.2 La vocation intérieure
culières des personnes qu’elle prend à son service. Un tel cheminement Le second aspect de la vocation extérieure est d’ordre spirituel. Il ne peut
commun permet de discerner si une personne doit vraiment être ordon- être dissocié du premier, qu’il inclut, qu’il rend possible et dont il est même
née. La récente réforme du Concordat a encore précisé les exigences de la condition. L’Église qui concacre et adresse une vocation extérieure, croit
cette phase préalable commune, qui doit comprendre : le suivi régulier en la vocation intérieure des candidats à la consécration et part de l’idée
par un pasteur, un examen des aptitudes (en plusieurs étapes), un se- qu’elle existe. Calvin déjà accordait beaucoup d’importance à la « vocation
mestre d’ecclésiologie pratique, le stage pastoral et la formation conti- secrète »88. Mais il est préférable de renoncer à une conception spiritualiste
nue durant les premières années de ministère. de la vocation intérieure. La vocation à un ministère est concomitante du
don d’un certain charisme dans le baptême. Elle est donc implantée dès le
début dans la communauté chrétienne qui baptise. La vocation peut devenir
85 Le Concordat réunit une majorité des Églises membres de la FEPS, soit les Églises réfor-
dès le baptême l’expérience d’une vocation intérieure 89, mais elle peut aussi
mées des cantons suivants : AG, AR/AI, BL, BS, FR, GL, GR, LU, NW, SG, SH, SO, SZ, TG,
TI, UR, ZG, ZH.
87 Art. 33.
86 Voir la lettre d’information de décembre 2006, no 8, sur la réforme du Concordat (www.
konkordat.ch). Les compétences y sont définies de manière claire et avec sensibilité pour 88 Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, IV.11.
les problèmes actuels ; tout au plus pourrait-on se demander si, dans la terminologie, la 89 La vocation intérieure est donc la croyance subjective dans le don du charisme pour un
notion de théologie n’y est pas traitée de manière trop restrictive. service dans l’Église.

56 57
ne le devenir que plus tard, sous l’effet peut-être des encouragements de la Trois modèles
communauté90. C’est pourquoi une Église ne peut se permettre de ne se pré-
occuper sérieusement de ses futurs ministres qu’à partir du stage pastoral. 1. consécration que pour le ministère pastoral
 adopté par l’Église évangélique réformée du canton de Zurich
La vocation intérieure confère à la consécration une dimension difficile à
saisir. On peut penser qu’elle se manifeste avant la consécration déjà, par 2. consécration pour le ministère pastoral et pour le ministère diaconal
certaines « œuvres » et par certaines compétences qui se font jour. Les cha-  adopté par l’Église évangélique réformée du canton de Vaud
rismes ne doivent pas être opposé aux compétences concrètes ac­quises ou
innées ni en être considéré comme le supplément spirituel. Du point de 3. consécration pour le ministère pastoral, le ministère diaconal et pour
vue de la foi, ils constituent plutôt la concrétisation de ces compétences en le ministère catéchétique
vue d’un service spirituel pour la communauté et conformément à L’Évan-  est discuté par les Églises réformées de Berne – Jura – Soleure
gile. Mais il est dangereux de vouloir établir un lien logique direct entre les (après une phase d’approbation de la consécration pour le ministère
œuvres ou les compétences et la vocation intérieure, et la théologie réfor- diaconal et pour le ministère catéchétique, ont décidé un mora-
mée a toujours manifesté une saine méfiance envers cette attitude. L’Église toire pour ces deux consécrations; état de la question le 3 septem-
consacre en ayant confiance en Dieu, sachant que par les personnes nouvel- bre 2007).
lement consacrées, il con­tinuera à lui révéler son Évangile.
Les avis exprimés par les Églises membres lors de la consultation de
5.3 Quels sont les services pour lesquels on est consacré 2004 sur les fondements d’une liturgie de consécration commune ont
et ceux pour lesquels on est investi d’une charge ? mis au jour les divergences sur la question. Aucun des trois systèmes
ne remporte l’adhésion de la majorité ; le troisième est le moins repré-
Parmi les ministères, il faut distinguer entre ceux pour lesquels on est senté. Mais la consultation a aussi révélé l’attitude des Églises, qui sont
consacré et ceux pour lesquels on est investi d’une charge. Même si ouvertes au changement et dans lesquelles les choses bougent sur ce
notre étude porte avant tout sur la consécration, nous serons amenés à point. Ce qui donne un relief accusé aux divergences, c’est que les trois
faire quelques remarques sur la remise de charge. plus grandes Églises cantonales ont chacune une position différente.

5.3.1 La situation actuelle parmi les Églises membres 5.3.2 La consécration au ministère pastoral
L’Église évangélique libre de Genève (EELG) « consacre (…) des anciens,
des pasteurs, docteurs, évangélistes, diacres et autres »91. L’Église évan- 2e recommandation du Conseil de la FEPS
gélique méthodiste (en Suisse) pratique la consécration pour le minis- Le Conseil recommande aux Églises membres de la FEPS de consacrer
tère des pasteurs-anciens et pour le ministère diaconal. Dans les autres exclusivement au ministère pastoral ; la consécration au ministère
Églises membres de la FEPS, trois systèmes sont actuellement représen- diaconal, telle qu’elle est pratiquée traditionnellement par diverses
tés ou au moins à l’étude. Églises membres, reste possible pour autant qu’elle soit appliquée sur
tout le territoire de l’Église cantonale et ne soit pas laissée à la libre
90 Voir G. Vischer, Apostolischer Dienst. Fünfzig Jahre Diskussion über das kirchliche Amt in appréciation des personnes concernées.
Glauben und Kirchenverfassung, Frankfurt a.M., 1982, p. 230.
91 EELG, chap. 5, Constitution (1982).

58 59
Un point délicat : la proclamation de la Parole déjà signalé cette contradiction à propos du principe de collégialité
Le principe de la consécration au ministère pastoral est unanimement (chapitre 4.2.4). Si l’on tient au principe de collégialité, la contradic-
accepté par toutes les Églises membres de la FEPS et par les Églises tion ne peut se résoudre que si – ceci dit de manière simplifiée – l’on
d’autres confessions. Les réformateurs accordaient une importance pri- consacre tous les ministères ou si l’on défend une conception du Minis-
mordiale au ministère pastoral consacré, même Calvin, qui définit pour- tère de la proclamation de l’Évangile qui exclut le ministère diaconal, le
tant plusieurs ministères. ministère épiscopal et le ministère catéchétique, avec le risque de don-
ner un monopole au ministère pastoral et de restreindre ainsi la com-
Nous avons vu que le Ministère institutionnel de l’Église est aussi ­public. préhension de la Parole de Dieu. Mais la contradiction se détend si l’on
Il s’exerce pour elle et devant elle, en un face-à-face qui n’est pas fondé se représente la nature spirituelle fondamentale de la consécration au
dans une institution divine du Ministère mais se justifie par le fait que ministère pastoral : en procédant à cette consécration, l’Église exprime
dans cette proclamation publique, la Parole de Dieu peut, envers la com- à quel point elle est vulnérable et dépendante du succès de ce ministère
munauté, se manifester comme un agent critique et libérateur. Ce face- de proclamation de l’Évangile en son sein. Il ne s’agit pas d’institution-
à-face entre le Ministère et la communauté est caractéristique de tous naliser la primauté d’un ministère, mais par cette consécration, l’Église
les ministères, mais il l’est tout particulièrement du ministère pastoral, manifeste les points sur lesquels elle doit tout particulièrement s’en re-
dont les activités essentielles sont la proclamation de la ­Parole dans mettre à l’aide et à la miséricorde de Dieu.
le culte et l’administration des sacrements. Ces deux activités ­exigent
une compréhension de la Bible et des capacités herméneutiques carac- Concentration sur le pasteur ou position centrale
téristiques du ministère pastoral. Dans le culte, le face-à-face entre le du ministère pastoral ?
Ministère et la communauté prend une forme extrêmement fragile et Cette position particulière du ministère pastoral oblige à se deman-
vulnérable, mais aussi digne et vigoureuse. On y appelle la présence de der en permanence s’il ne faudrait pas procéder à une distinction plus
Dieu par la prière et la communauté y fait l’expérience intense de sa tranchée entre la position centrale – légitime – du ministère pastoral et
qualité de créature de la Parole de Dieu. Elle en fait l’expérience dans le une concentration peu judicieuse de toutes les activités et de toutes les
face-à-face avec le ministère pastoral qui mène cette acte de proclama- ­tâches sur les personnes qui exercent ce ministère92. Le charisme pour
tion, le dirige ou tout au moins en est responsable. Il faut une vocation le ministère pastoral ne consiste pas à être capable d’assumer soi-même
intérieure et extérieure particulière pour assumer ce rôle de face-à-face. ­toutes les tâches, mais à concevoir ce ministère de manière que les acti­
La mission de proclamation de la Parole cristallise ce face-à-face à un vités et les tâches qui y sont liées contribuent au mieux à l’édification et
point très sensible et c’est justement pourquoi l’Église a besoin d’une à la mission de la communauté.
vocation extérieure dûment distinguée par une consécration.
5.3.3 La question de la consécration au ministère diaconal
Il faut cependant bien voir qu’en réservant la consécration à un seul Les réflexions exposées jusqu’ici sur la conception de l’Église peuvent
ministère, on met à mal le principe de la valeur égale des ministères. justifier la consécration pour le ministère diaconal. Nous avons tenté,
S’agissant de la consécration, la structure calvinienne – avec ses quatre dans la présentation de la mission de l’Église (chapitre 3.2) de prévenir
ministères – subit une espèce de réduction zwinglienne. Nous avons une conception trop restrictive de la Parole de Dieu et de mettre en évi-
92 C’est l’orientation proposée par R. Kunz, « Ohn Habit und Kragen die Wahrheit sagen –
vom Kerngeschäft im Pfarramt », in J. Bauke, M. Krieg (Éd.), Die Kirche und ihre Ordnung
(denkMal 4), Zurich, 2003, pp. 77–96, en part. 95.

60 61
dence l’aspect diaconal de la Proclamation. Car cet aspect est finalement 1. Ne devraient être consacrées au ministère diaconal que des personnes
inclus dans la miséricorde de Jésus-Christ, fondement de l’Église. Jésus- disposant des connaissances théologiques requises et ayant un lien
Christ est lui-même la Parole de Dieu à proclamer et il se proclame lui- avec l’Église, faute de quoi les personnes concernées ne seraient
même dans l’Église. L’aspect diaconal fait donc essentiellement partie pas en mesure de comprendre l’acte de consécration dans toute sa
de la mission de proclamation, du Ministère de l’ensemble de l’Église profondeur. La consécration d’assistants sociaux ne remplissant pas
et par conséquent du Ministère dans l’Église. Les activités et les tâches les conditions requises est à déconseiller ou alors il faut veiller à ce
du ministère pastoral ont de toute évidence aussi un aspect diaconal, que ces personnes aient la possibilité d’acquérir ailleurs les connais­
mais l’Église rend un service d’amour à elle-même et à son entourage sances nécessaires pour satisfaire aux conditions.
en consacrant les personnes chargées du ministère diaconal, c’est-à-dire
en renforçant cet aspect et en montrant, par ses actes ecclésiastiques, 2. Le Ministère, nous l’avons vu, est de la responsabilité de l’ensemble
que ce ministère fait aussi partie de la proclamation de la Parole de de la communauté. Il en va de même pour la consécration des minis-
Dieu. Mais une telle justification de la consécration du ministère dia- tères. Nous avons vu aussi comment la consécration pour le minis-
conal repose sur des arguments qui n’ont pas une valeur absolue. En tère diaconal trouve son fondement dans la mission de proclamation
passant de l’aspect diaconal dans la conception de la Parole de Dieu et de la Parole et dans la conception que l’Église se fait de la Parole. De
dans la conception de l’Église à la consécration du ministère diaconal, ce fait, il n’est pas possible de laisser la consécration au libre choix
on franchit un pas qui n’est pas commandé par la logique. De plus, il des personnes, sans compter l’incohérence dans la conception de soi-
n’est par principe pas impossible de mettre l’accent sur d’autres aspects même et d’autrui qui en résulterait parmi les personnes chargées
de la conception de la Parole de Dieu et de l’Église et, partant de là, de de ce ministère. Il convient donc, pour des raisons théologiques, de
consacrer d’autres ministères93. Mais avant d’aller jusque-là et d’envi- renoncer aux formulations optionnelles dans les textes juridiques
sager une consécration au ministère catéchétique, il faudrait examiner, concernant la consécration au ministère diaconal94. Ou bien il existe
du point de vue de la tradition réformée, l’opportunité de consacrer au une obligation d’être consacré valable dans l’ensemble de l’Église can-
ministère épiscopal, et cela non seulement au niveau local mais encore tonale, ou bien il n’y a pas de consécration.
au niveau des Églises cantonales et de la FEPS. Comparée à la triade tra-
ditionnelle (épiscope – presbyter – diacre), cette solution serait mieux 3. Les textes de la CEPE sur la conception du Ministère reconnaissent
adaptée au dialogue œcuménique, formellement du moins. Mais il ne eux aussi la possibilité de consacrer les diacres, ou du moins en font
faut pas que la consécration serve à la revalorisation des critères d’enga- mention95. On ne peut cependant faire l’économie de ce constat :
gement d’une profession. Il existe d’autres moyens de valorisation plus dans le fond, les textes de la CEPE sur la conception du Ministère
appropriés. n’envisagent la consécration qu’à un seul ministère ou service, celui
de la Parole et des sacrements, c’est-à-dire le ministère pastoral : « La
Trois remarques doivent encore être faites à propos de la consécration
au ministère diaconal.
94 Comme le prévoient encore les Églises réformées de Berne – Jura – Soleure dans leur
ordonnance sur les actes ecclésiastiques, la consécration et l’installation (« Verordnung
über die kirchlichen Amtshandlungen, die Ordination und die Amtseinsetzung » (1993,
93 Sur la difficulté à justifier la consécration, voir aussi M. Zeindler, « Das Amt der Kirche KES 41.010), al. III, 1.
und die Ämter in der Kirche », in J. Bauke, M. Krieg, (éd.), Die Kirche und ihre Ordnung 95 Sakramente, Amt, Ordination (Leuenberger Texte 2), Frankfurt a.M., 1995, p. 92 (thèses
(denkMal 4), Zurich, 2003, pp. 67–76, en part. 73, 74. de Neuendettelsau, II,3.2).

62 63
consécration est une vocation au ministère de la proclamation de la sable que chaque méditation et chaque célébration de culte soit prési-
Parole et de l’administration des sacrements. »96 dée par le ministère pastoral. En revanche, il est de la responsabilité non
seulement de l’ensemble de la direction de la communauté, mais aussi
5.3.4 Consécration et activités centrales et en particulier du ministère pastoral, que cela se fasse conformément
Lorsque la consécration n’est pas réservée au ministère pastoral mais à l’Évangile.
étendue au ministère diaconal, il se pose la question de savoir s’il s’agit
d’une seule et même consécration à deux ministères ou s’il y a deux Il faut toutefois réserver une exception pour les cultes où sont célébrés
consécrations. Dans le Document de Lima par exemple, la triade épis- des sacrements (baptême ou Cène) : la célébration devrait alors se faire
cope – presbyter – diacre est identifiée à un Ministère consacré. Il y a uniquement par le ministère pastoral, ce qui n’exclut pas une délégation
donc consécration pour un Ministère, et la consécration est unique97. pastorale à titre exceptionnel. Mais ces cas exceptionnels doivent être
précisément définis et réglés pour l’ensemble de l’Église cantonale, et il
Mais cela n’est pas possible selon la conception proposée ici, puisque doit exister des dispositions réglant les solutions transitoires de longue
le Ministère dans l’Église comprend aussi des ministères qui ne sont durée. Les délégations pastorales ne doivent pas pouvoir se prolonger
pas consacrés. Nous proposons donc deux consécrations : la consécra- de manière à laisser s’instituer en sous-main un ministère pastoral de
tion au ministère pastoral et la consécration au ministère diaconal. La seconde catégorie, sinon la délégation pastorale manquerait son objectif
consécration ne donne pas accès à une sorte d’« équipe ministérielle » qui est justement de clarifier les attributions.
commune virtuelle, mais est plutôt une affectation fonctionnelle à un
ministère spécifique. Et cette affectation, dans son expression liturgique, Cette clarification n’a rien d’un repli crispé sur les privilèges d’un corps
doit faire apparaître la différence entre les formes de ministère. de métier. La définition des attributions proposée ici est théologique-
ment parfaitement défendable. En effet, s’il est vrai que le sacerdoce
Le meilleur moyen de distinguer consiste probablement à nommer universel autorise potentiellement tout croyant à administrer les sacre-
« activités centrales » les activités liées à chacun des ministères. La dis- ments, pour le bon ordre de la vie de l’Église et pour la cohésion de la
tinction entre deux consécrations doit notamment écarter le risque de communauté, il n’est pas de la compétence de chacun ou de chaque ser-
créer un ministère pastoral de seconde catégorie. Ce risque existe là où vice de le faire publiquement. L’administration publique des sacrements
des activités centrales de ministère pastoral sont assumées par le minis- ne doit pas être réduite à une simple aptitude technique. Elle exige une
tère diaconal (ou par d’autres ministères), en particulier la proclamation interpénétration spirituelle des thèmes du baptême et de la Cène. Cet
de la Parole (au sens restreint de prédication et d’actes pastoraux) et aspect spirituel reflète aussi toute l’intensité de la vocation intérieure au
l’administration des sacrements. Il n’est naturellement pas indispen- ministère pastoral. Mais la célébration des sacrements exige encore une
interpénétration théologique des thèmes du baptême et de la Cène. Elle
96 Op. cit., p. 93 (thèses de Neuendettelsau, II,9). Mais les textes de la CEPE ne précisent pas s’inscrit en effet dans un cadre herméneutique qui manifeste l’Évangile
si les trois ministères réformés qui y sont mentionnés (ancien, docteur et diacre), dans le
cas où ils sont consacrés, impliquent aussi une consécration au service de la Parole et du de Jésus-Christ par les signes tangibles du baptême et de la Cène. La Pa-
sacrement ainsi que cela semble être le cas pour le prédicateur ancien bénévole (op. cit., role et le sacrement sont liés et s’expliquent mutuellement. Pour mener
p. 92, thèse de Neuendettelsau, II,3.2), ou s’il s’agit de ministères particuliers auxquels on cette interprétation et lui donner forme, il faut une exactitude théolo-
con­sacre.
gique telle qu’on ne peut guère l’acquérir que par des études universi-
97 Baptême, Eucharistie, Ministère. Convergence de la foi. Texte français établi par Fr. Max
Thurian. Foi et Constitution. Conseil œcuménique des Églises, Paris, 1982, sections II et taires, et qui est donc logiquement dans les attributions du ­ministère
III, p. 50 et suiv.

64 65
pastoral98. Toute autre position sur la question serait difficilement dé- Il n’est pas possible de développer la réflexion sur la signification théo-
fendable sur le plan œcuménique. logique de la remise de charge par l’Église. Nous nous contentons d’évo-
quer ci-dessous quelques aspects concernant le rapport avec la consé-
Il y a incontestablement aussi de bonnes raisons, théologiques notam- cration.
ment, de faire preuve de plus de souplesse dans l’attribution – liée à la
consécration – de la proclamation de la Parole et de l’administration • De manière analogue au ministère pastoral, il y a une remise de
des sacrements au ministère pastoral. L’Église évangélique réformée du charge pour le ministère épiscopal, le ministère catéchétique et le
canton de Vaud (EERV) confie parfois l’administration des sacrements ministère diaconal, si ce dernier ne fait pas l’objet d’une consécra-
au ministère diaconal. tion. Comme la consécration, la remise de charge est valable dans
l’ensemble de l’Église cantonale (il serait souhaitable d’étendre
Des raisons financières pourraient aussi commencer à jouer un rôle : cette validité à toute la Suisse, mais cela ne paraît pas encore réa-
confier le plus possible de tâches du ministère pastoral au ministère lisable actuellement). Ces deux actes n’ont pas la même significa-
diaconal permet de faire des économies. Mais ces considérations finan- tion. Les autres ministères n’ont en effet pas comme le ministère
cières ne doivent pas être prédominantes dans la réflexion sur la théo- pastoral cette particularité du face-à-face public dans la mission
logie du Ministère. Il faudrait même retourner la question : les Églises de proclamation de l’Évangile, qui nécessite pour l’Église une vo-
peuvent-elles se permettre d’instituer en sous-main un ministère pasto- cation extérieure éminente sous la forme d’une consécration (voir
ral de seconde catégorie et de contourner ainsi l’obligation d’une forma- plus haut). La remise de charge est limitée dans le temps à l’exercice
tion universitaire en théologie ? d’un ministère, ce qui la distingue sur le plan formel de la consé-
cration, qui vaut pour toute la vie (voir le chapitre 5.6.3 ci-dessous).
5.3.5 Les ministères pour lesquels une personne est
investie d’une charge • Les Églises cantonales investissent d’une charge pour le ministère ca-
Les ministères non consacrés sont non moins essentiels pour la procla- téchétique, pour le ministère épiscopal et éventuellement pour le mi-
mation de l’Évangile dans la communauté. Et il est important que cela nistère diaconal. Ces trois domaines font sans doute penser d’abord
se manifeste dans les actes de l’Église et revête une forme visible. aux activités au niveau paroissial. Mais nous avons cité au chapitre
4.2.2 plusieurs autres services analogues aux quatre ministères et qui
3e recommandation du Conseil de la FEPS s’exercent au niveau de l’ensemble de l’Église et au niveau suisse
Le Conseil recommande aux Églises membres de la FEPS de procéder (principalement la FEPS)99. Il faut ranger dans cette catégorie non
à une remise de charge pour le ministère catéchétique, le ministère seulement le ministère épiscopal assumé par le Conseil de la FEPS100,
épiscopal et le ministère diaconal (si celui-ci ne donne pas lieu à une les Conseils synodaux ou institutions équivalentes et les Synodes ou
consécration) . l’Assemblée des délégués, mais aussi par exemple le service auprès
des œuvres ecclésiastiques et des missions. La position est un peu

99 La question de la remise de charge comme musicien d’église a été laissée ouverte.


98 Si la proclamation de la Parole ou les sacrements sont confiés à un étudiant avancé en 100 Encore faudrait-il se demander si une nomination au Conseil de la FEPS constitue en-
théologie ou à un remplaçant, la responsabilité en appartient au ministère pastoral com- core une remise de charge par l’Église cantonale ou s’il s’agit d’une remise de charge à
pétent qui a convenu de cette manière de faire avec l’organe dirigeant de la paroisse. Du un niveau ecclésiologique plus élevé. On aborde ainsi l’éternelle question de la nature
point de vue réformé, il n’y a pas de difficultés sur ce point. ecclésiologique de la FEPS.

66 67
plus réservée à l’égard des services dans les médias ecclésiastiques, légitimation à la proclamation de la Parole et à l’administration des
la presse écrite en particulier. Mais ce serait peut-être l’occasion de sacrements. Le débat œcuménique ne fait que souligner l’importance
signaler qu’il n’existe aucune contradiction entre liberté de presse essentielle de ce point.
et mission ecclésiastique de proclamation de l’Évangile. Il convient
d’examiner sérieusement si ces services ne devraient pas eux aussi Critique de la position de l’Église luthérienne allemande
faire l’objet d’une remise de charge. Dans ce cas, les théologiens (et L’Église luthérienne allemande (VELKD), nous l’avons vu, a publié en 2006
une recommandation intitulée « Ordnungsgemäss berufen » (« Une voca-
diacres) déjà consacrés appelés à remplir une tâche « épiscopale »
tion régulière »)101. On y défend notamment, à partir de solides réflexions
devraient être investis spécifiquement de cette charge. Mais cette de politique ecclésiastique et d’économie, que le droit d’administrer des
exigence devrait encore se conformer au principe de collégialité ­entre sacrements doit être conféré non seulement aux pasteurs consacrés, mais
les ministères (voir chapitre 4.2). Il ne serait pas totale­ment injustifié encore à d’autres personnes régulièrement investies de leur charge mais non
de contester cette remise de charge à des personnes déjà consacrées consacrées. Cette position a fait l’objet de critiques de la part de l’Église
catholique-romaine (mais aussi au sein des Églises protestantes) qui lui re-
en rappelant que selon la conception réformée, la consécration est proche de couper les ponts œcuméniques. La question œcuménique de la
toujours liée à l’exercice de fonctions dirigeantes dans l’Église. De ccommunion eucharistique a aussi un rapport avec la définition des minis-
même, les changements de service à l’intérieur du ministère diaco- tères habilités à administrer les sacrements. Et il ne s’agit pas seulement de
nal, du ministère catéchétique et du ministère épiscopal s’accompa- savoir si ce sont des ministères consacrés ou non, mais encore quels services
consacrés peuvent présider à la Cène ou à l’Eucharistie. Cela paraît être une
gnent d’une nouvelle remise de charge (voir aussi chapitre 5.6). raison de plus pour ne pas s’écarter des activités centrales.

• La remise de fonction peut elle aussi être comprise comme une voca-
tion extérieure au service public de la proclamation de l’Évangile. De
même que la consécration, elle est liée à des conditions d’admission
définies par chaque Église cantonale en fonction de la formation (du
moins pour le ministère diaconal et le ministère catéchétique). Elle
suppose également une vocation intérieure appropriée à ce minis-
tère.

• La remise de charge, de même que la consécration, doit être comprise


comme une affectation à un service précis et aux activités centrales
de ce ministère (dont la définition n’est pas encore harmonisée au
niveau de l’ensemble de la Suisse). C’est l’occasion de rappeler qu’il
existe naturellement des chevauchements entre les champs d’acti-
vité des différents ministères, mais que ces chevauchements doivent
être autant que possible évités pour les activités centrales. Ce qui a
été dit pour l’activité centrale du ministère pastoral s’applique égale-
ment aux ministères pour lesquels les personnes sont investies d’une
101 « Ordnungsgemäss berufen ». Eine Empfehlung der Bischofskonferenz der VELKD zur
charge : la remise d’une charge pour un ministère ne confère aucune Berufung zu Wortverkündigung und Sakramentsverwaltung nach evangelischem Vers-
tändnis (VELKD-Texte 136/2006), Hannover, 2006.

68 69
Activités centrales 4e recommandation du Conseil de la FEPS
Le Conseil recommande aux Églises membres de la FEPS d’associer la
consécration ou la remise de charge en vue d’un ministère déterminé
à l’affectation aux activités centrales de ce ministère.

5.4 Qui consacre ?


Qui agit au fond lors de la consécration ? Dieu, la direction de l’Église
(épiskopè), la communauté ?

Du point de vue de la théologie, les trois sujets agissent simultanément


chacun à leur manière. Nous avons défini la consécration comme un
acte de prière de la communauté. Le Ministère dans l’Église implique la
responsabilité de l’ensemble de la communauté et c’est donc aussi à elle
qu’il appartient de consacrer aux ministères. C’est la communauté tout
entière qui consacre.

Mais, nous l’avons vu, ce Ministère dans l’Église est d’une manière gé-
nérale fondé dans le Ministère de proclamation de l’Évangile, qui lui-
même correspond à la mission de proclamation de Jésus-Christ. Il faut
Fig. 3 : Activités centrales des ministères que soit sans cesse renouvelé le don qui permet à la communauté d’as-
sumer cette mission essentielle. Elle doit et peut donc toujours invoquer
Légende Dieu pour son Ministère de proclamation de l’Évangile. Cette prière est
P: Le ministère pastoral
D: Le ministère diaconal surtout une intercession pour ceux qui, dans la communauté, exercent
C: Le ministère catéchétique publiquement ce Ministère devant elle et pour elle. La consécration cris-
E: Le ministère épiscopal (niveaux paroisse, direction d’Église cantonale, FEPS)
tallise cette prière d’intercession à un degré particulièrement élevé et
exemplaire, car en elle, on invoque l’Esprit de Dieu pour affermir le cha-
risme divin et l’aptitude à ce Ministère. Dans la consécration, la commu-
nauté exprime par la prière sa confiance en l’action de Dieu. C’est Dieu
qui consacre. Non pas en conférant un Ministère institutionnel, mais en
affermissant par son Esprit le charisme pour un ministère, habilitant
ainsi la personne à accomplir ce ministère.

70 71
Pour pouvoir consacrer, la communauté a besoin d’un ministère qui point de vue réformé, la chose est tout à fait possible103. En revanche, les
procède régulièrement et publiquement à l’acte de consécration. Cette arguments utilisés pour réserver l’acte de consécration aux seuls théo-
activité est de la responsabilité de la direction ecclésiastique, du minis- logiens consacrés ne sont pas absolument irréfutables et témoignent
tère « épiscopal » des anciens. Les Églises réformées sont unanimes sur plutôt d’un souci d’adéquation. Ces arguments sont les suivants :
ce point102. Il est donc possible de dire : c’est la direction de l’Église qui
consacre, dans la mesure même où c’est la communauté qui consacre et 1. La tradition réformée
où elle le fait avec la confiance que Dieu consacre. Selon les réformateurs (tant les luthériens que ceux de la mouvance ré-
formée), l’acte de consécration devait être accompli par des pasteurs104.
Les réflexions qui précèdent serviront de base théologique à l’examen Il faudrait dire aujourd’hui par des théologiens consacrés, puisque par
détaillé des fonctions de consécration du ministère épiscopal. exemple un président de Conseil synodal ou de Conseil de fédération
d’Églises peut exercer sa charge à plein temps, mais être pasteur de
Il y a lieu de se demander qui, dans la direction de l’Église, est habilité formation.
à consacrer. Il s’agit en l’occurrence de savoir non pas qui apporte son
aide à l’acte de consécration, mais qui en assume la responsabilité litur- 2. La compatibilité œcuménique
gique et qui procède à l’imposition des mains. Pour le dialogue entre Églises protestantes, il n’est pas insignifiant
que les textes de la CEPE sur le Ministère ne parlent que de la consé-
Dans les Églises membres de la FEPS, on admet généralement que l’acte cration par des personnes consacrées (au ministère de la Parole et du
doit être confié à un membre du Conseil synodal (souvent le président). sacrement)105. En Suisse, par égard pour le dialogue œcuménique avec
Il n’y a plus unanimité en revanche dès lors qu’il s’agit de décider, pre- l’Église catholique-romaine, il est préconisé de s’en tenir à la consé-
mièrement si ce membre du Conseil synodal doit être lui-même consa- cration par des théologiens consacrés106. Il est ainsi possible d’obtenir
cré, et deuxièmement, dans le cas d’une personne consacrée, si ce doit une convergence au moins formelle sur la question de la succession
être un théologien ou si un diacre consacré peut aussi remplir cet of- apostolique. Du point de vue catholique-romain en effet, la « succession
fice. presbytérale » (c’est-à-dire la transmission pastorale de la consécration)

Disons-le d’emblée : dans toutes les considérations qui précèdent sur la


103 Du côté réformé, il est possible par exemple d’envisager une consécration par des pas-
conception du Ministère, il n’y a rien qui s’oppose à la consécration par
teurs, des diacres et des anciens consacrés. Voir Le ministère des anciens dans les Églises
des personnes non consacrées. Le principe du sacerdoce universel et réformées aujourd’hui, dans la tradition réformée, dans le témoignage biblique, Éd. Lukas
la doctrine paulinienne des charismes l’autorisent parfaitement. Sur la Vischer (Textes de l’Office protestant pour l’œcuménisme en Suisse, 15), publié à la de-
mande de la Fédération des Églises protestantes de Suisse, Berne, 1992, pp. 20–22.
question des diacres consacrés, le constat est le suivant : en application
104 H.J.U. Körtner, Wohin steuert die Ökumene, op. cit., pp. 172, 173 ; Calvin, Institution,
du principe de la collégialité, il n’y a pas d’obstacle à la consécration IV.3.16 ; IV.4–14–15.
– aussi bien de théologiens que de diacres – par des diacres ; selon le 105 Sakramente, Amt, Ordination (Leuenberger Texte 2), p. 92 (thèses de Neuendettelsau,
II.6).
106 Voir « Das Amt der Kirche und die kirchlichen Ämter. Ein Arbeitspapier der Evange-
lisch – Römisch-katholischen Gesprächskommission Schweiz », tiré à part de : Freibur-
102 Bruno Bürki : « Ordination in der Schweiz. Evangelisch-reformierte Tradition im Span- ger Zeitschrift für Philosophie und Theologie, 31, 1984, 3, pp. 241–293, en part. 270 (ré-
nungsfeld ökumenischer Herausforderungen und zeitgenössischer Gegebenheiten », in sumé français p. 301, chiffre 2.16). Dans ce document, la question de la consécration des
Jahrbuch für Liturgie und Hymnologie, 37, 1998, pp. 35–57, en part. 56. ­diacres est laissée ouverte (p. 288 / 307).

72 73
constitue un point de rapprochement, ou du moins il est possible d’en un lien particulier avec le lieu de célébration du culte ou représentent
discuter107. des institutions ayant un rapport constitutif avec l’Église. La question
de la présence, au culte de consécration, de représentants d’autres
3. Le lien liturgique avec la Cène ­Églises membres de la FEPS, du Conseil de la FEPS ou de la CEPE (voire
Enfin, un argument d’ordre liturgique. Le culte de consécration est par d’autres Églises de diverses confessions), en signe de communion et
excellence un culte de la communauté puisqu’il doit affermir et habili- d’unité en devenir de l’Église, mérite réflexion. Mais d’un autre côté,
ter des personnes à l’accomplissement d’un service. D’où aussi l’impor- on peut dire, en s’appuyant sur la tradition réformée, qu’il suffit, pour
tance de la Cène au cours de ce culte : à cette occasion, la communauté se l’unité de l’Église, qu’une communauté locale se réunisse pour la Parole
constitue à nouveau au cours de sa relation aux ministères consacrés, et et le sacrement110. Ces deux conceptions de l’unité sont possibles, et
se manifeste en tant que communion de fidèles. Il n’est certes pas impé- sont de fait appliquées parmi les Églises membres de la FEPS. Elles ont
ratif, mais judicieux que l’acte de consécration et la liturgie de Cène soient d’ailleurs une influence sur le choix du lieu pour le culte de consécration.
présidés par la même personne, c’est-à-dire par un théologien consacré. Celui-ci est célébré certaines Églises membres dans un édifice imposant
ou chargé d’une signification particulière (par exemple la cathédrale
Le rapport avec l’Église « catholique » de Lausanne). Dans d’autres, la consécration est célébrée chaque fois
La consécration se fait donc par un théologien consacré dans l’exercice à un endroit différent, mais toujours sous la direction du Synode. Une
du ministère épiscopal, et au nom de la communauté. Traduit au niveau autre solution consisterait à faire coïncider le lieu du culte de consécra-
concret des structures des Églises membres de la FEPS, cela signifie que tion avec le lieu de travail de la personne à consacrer, c’est-à-dire faire
l’acte de consécration est accompli par un conseiller synodal sur man- coïncider aussi consécration et première installation. Mais c’est une vue
dat du Synode et au nom de l’ensemble de l’Église cantonale. Les Églises théorique qui ne sera pas retenue ici (voir plus bas le chapitre 5.7.1).
réformées partagent avec les autres Églises chrétiennes la foi en l’Église
une et catholique (au sens primitif d’universelle), pour reprendre la for- S’il y a aussi consécration de diacres, il est tout à fait possible de pro-
mule de la confession de foi de Nicée-Constantinople108. La consécration céder à la consécration aux deux ministères dans le même culte. C’est
au sein d’une Église cantonale se fait dans la perspective de l’Église même une manière symboliquement expressive de faire apparaître la
universelle109. collégialité des ministères et de rappeler qu’il y a consécration à plu-
sieurs ministères.
L’unité visible et le lieu de la consécration
Il est probablement juste d’associer à l’acte de consécration plusieurs Qui investit d’une charge ?
parties, y compris des personnes non consacrées qui, par exemple, ont Il reste pour terminer à établir si les dispositions sur la consécration
présentées dans ce chapitre sont également applicables à la remise de
107 C’est l’avis d’un œcuméniste catholique, Peter Neuner : Ökumenische Theologie. Die
charge pour d’autres ministères. Les remises de charge sont de la res-
Suche nach der Einheit der christlichen Kirchen, Darmstadt, 2005 (1997), p. 232. ponsabilité de la direction de chaque Église cantonale au même titre que
108 Le « Symbole de Nicée-Constantinople », document fondateur important au niveau œcu- les consécrations ; elles peuvent naturellement aussi être présidées par
ménique, est reproduit dans le recueil Alléluia des Églises réformées ­suisses de langue
françaises, no 64-69. 110 Voir l’article VII de la Confession d’Augsbourg : « Car pour que soit assurée l’unité véri-
109 C’est éminemment le cas dans l’Église évangélique méthodiste de Suisse, comme le re- table de l’Église chrétienne, il suffit d’un accord unanime dans la prédication de l’Évan-
lève Gottfried W. Locher (« Das ordinierte Amt. Überlegungen in reformierter Perspek- gile et l’administration des sacrements conformément à la Parole de Dieu. » (Trad. du
tive », in Annuaire suisse de droit ecclésial, 11, 2006, pp. 11–31, en part. 16–17). texte allemand, cit. in Birmelé/Lienhard, Éd., La foi des Églises luthériennes, p. 47).

74 75
des membres non consacrés de la direction de l’Église. Mais, pour des L’ordre de succession des éléments peut assurément être défini libre-
raisons pratiques, les responsables des directions ­d’Église n’ont guère la ment113. Nous reprenons ici, avec quelques modifications, la proposition
possibilité de procéder eux-mêmes à toutes les remises de charge. Cela soumise dans le projet de consultation pour une liturgie de consécration
serait tout au plus envisageable pour les remises de charge collectives commune aux Églises membres de la FEPS (2004), projet qui a rencon-
(pour le ministère diaconal ou le ministère catéchétique), mais pas pour tré un accueil majoritairement favorable, du moins pour sa structure
les remises de charge pour le ministère épiscopal (au niveau de la com- formelle. Les éléments qu’il convient de citer sont les suivants : action
munauté locale). Il en va de même des remises de charge pour d’autres de grâce – chant – reconnaissance de la vocation (intérieure) et de la
services analogues (voir le chapitre 5.3). Il est donc préférable de nom- formation – engagement de l’Église – vœux prononcés par la personne à
mer des délégués qui ont pouvoir d’agir au nom du Conseil synodal111, consacrer – épiclèse (invocation de l’Esprit Saint) / prière d’intercession /
ainsi que c’est déjà le cas pour les installations de personnes consacrées bénédiction / envoi par imposition des mains – chant.
(voir le chapitre 5.7.4).
Quelques précisions tout d’abord sur la succession des éléments :
5 recommandation du Conseil de la FEPS
e

Le Conseil recommande aux Églises membres de la FEPS de confier 1. Dans la littérature, les quatre notions d’épiclèse, prière d’interces-
la présidence de la consécration et de la remise de charge à des repré- sion, bénédiction et envoi se rencontrent tantôt isolément, tantôt di-
sentants de la direction de l’Église cantonale (au chapitre pastoral ou versement associées. Toutes quatre ont leur raison d’être, mais elles
à d’autres délégués de l’Église cantonale), en réservant la présidence ne doivent pas être comprises comme des actions séparées. Elles for-
de la consécration à des théologiens consacrés.* ment au contraire divers aspects d’un seul ensemble de prières qui
trouvent leur expression symbolique dans l’imposition des mains.
* Remarque : Au demeurant, ce qui a été dit au chapitre 5.2 sur le sexe des person- Dans l’épiclèse, l’Église invoque l’Esprit de Dieu afin qu’il bénisse
nes à consacrer s’applique ici par analogie. celles et ceux qui seront ses serviteurs. Inversement, on peut dire que
c’est dans la bénédiction et l’envoi que s’exprime la demande d’in-
5.5 Qu’est-ce qui se passe dans l’acte de consécration ? tercession à l’adresse de l’Esprit Saint. Les quatre aspects s’éclairent
mutuellement. Nous les désignerons désormais du terme unique de
5.5.1 Les éléments liturgiques de l’acte de consécration « partie épiclétique » de la liturgie de consécration.
On peut lire souvent que l’acte de consécration se déroule « par la prière
et l’imposition des mains »112. L’acte est ainsi résumé à ses caractéris­ 2. Le moment fort, dans la succession liturgique proposée ci-dessus, ne
tiques essentielles. La formulation pourrait laisser entendre que l’impo­ réside ni dans les vœux prononcés par les personnes à consacrer
sition des mains constitue une action supplémentaire, distincte de la ni encore moins dans la reconnaissance de leur vocation et de leur
prière. Or ce n’est pas le cas, comme le montre un examen attentif des formation. Dans ce cas en effet, on risquerait fort de donner à l’acte
différents éléments de l’acte de consécration. de consécration un arrière-goût de simple mesure administrative ou

113 Bruno Bürki présente trois formes différentes de pratique de consécration dans les
111 S’agissant des remises de charge au niveau de la FEPS, il conviendrait d’établir si elles ­Églises réformées de Suisse : « Ordination in der Schweiz. Evangelisch-reformierte Tra-
sont encore du pouvoir des Églises cantonales (voir la note 100). dition im Spannungsfeld ökumenischer Herausforderungen und zeitgenössischer Ge-
112 Par exemple dans le document de la CEPE, Sakramente, Amt, Ordination (Leuenberger gebenheiten », in Jahrbuch für Liturgie und Hymnologie, 37, 1998, pp. 35–57, en part.
Texte 2), p. 92 (thèses de Neuendettelsau, série de thèses II.6). 47–52.

76 77
de fête de remise de diplôme. Il est vrai que nous avons donné pour et en actes, et de se mettre au service de l’édification et de la mis-
fondement au Ministère dans l’Église l’idée d’une délégation par la sion de la communauté. La manière dont cette proclamation doit se
communauté (voir le chapitre 4.1), et que cela donne toute leur im- faire n’est réglée par aucune confession de foi, et la consécration ne
portance et leur nécessité à des éléments comme la reconnaissance, fait pas référence à une confession de foi précise. Il conviendrait
l’engagement de l’Église et les vœux. Mais l’autre aspect de l’acte de néanmoins d’examiner si les vœux de consécration ne devraient pas
consécration n’a pas été moins souligné : la communauté dans la contenir une référence à une confession de foi réformée (encore à
prière exprime sa confiance que c’est Dieu lui-même qui consacre, déter­miner). En ce cas, il faudrait préciser explicitement que l’en-
qui affermit en vue du ministère les dons conférés par l’Esprit gagement n’est pas aussi fort qu’envers la Bible. Il ne s’agit que de
Saint dans le baptême. L’acte de consécration possède un aspect qui pouvoir se prémunir contre des interprétations complètement arbi-
échappe fondamentalement à l’homme et peut tout au plus trouver traires de l’Écriture sainte. Car même dans une Église à réformer per-
une expression verbale dans la prière. L’acte de consécration est donc pétuellement selon la Parole de Dieu, le rapport à la Bible ne peut pas
avant tout un acte spirituel dont le moment fort comprend l’épiclèse, être laissé à l’arbitraire le plus absolu… Par ses vœux, la per­sonne ac-
la prière d’intercession, la bénédiction et l’envoi. cédant à la consécration s’engage envers les ordonnances de ­l’Église
qui la consacre (et qui peuvent aussi être comprises comme une
3. De ce fait, tout autre geste que l’imposition des mains, que ce soit une « confession de foi »). Cet engagement envers les ordonnances ecclé-
poignée de main ou des applaudissements par exemple, qui mettent siastiques inclut déjà le devoir de respecter le secret professionnel,
en avant l’engagement ou la reconnaissance, serait déplacé et bureau- qu’il n’est donc pas nécessaire de demander par une promesse spé-
cratique. Il n’en sera donc pas question ici. ciale. Il a un caractère obligatoire au regard du droit ecclésias­tique,
et la direction de l’Église peut s’y référer en cas d’abus. L’engage-
5.5.2 Commentaire sur les éléments liturgiques ment à mener une vie exemplaire est inclus dans celui de proclamer
Les éléments de la liturgie de consécration n’ont pas tous besoin d’un l’Évangile en paroles et en actes. Il faut sur ce point mettre en garde
commentaire détaillé. Nous ne traiterons ici que de ceux qui offrent une contre toute platitude moralisante, qui risque d’avoir une charge nor-
possibilité d’approfondir la conception de la consécration, au-delà de ce mative beaucoup plus forte que toute forme de confession de foi.
qui a déjà été dit. (La reconnaissance de la vocation intérieure et de la
formation a déjà été traitée au chapitre 5.2.) Si le ministère diaconal donne aussi lieu à une consécration, il est
particulièrement important que dans les vœux prononcés, dans l’en-
Vœux prononcés par la personne à consacrer gagement pris par l’Église et dans la partie épiclétique, il soit bien
et engagement de l’Église précisé quelles sont la nature de ce ministère et ses activités cen-
La consécration contient un engagement réciproque entre l’Église qui trales.
consacre et la personne qui accède à la consécration. Quelques éclaircis-
sements s’imposent à propos de l’une et l’autre parties : • L’Église qui consacre – c’est-à-dire en Suisse l’Église cantonale – s’en-
gage elle aussi à l’égard des personnes qu’elle consacre pour l’accom­
• Les personnes se présentant à la consécration s’engagent envers plissement d’un ministère. Représentée par au moins un membre
l’Église qui les consacre en prononçant un vœu. Elles promettent de du Conseil synodal, elle s’engage (aussi au regard du droit ecclésias­
proclamer la Bonne Nouvelle conformément à la Bible, en paroles tique) à offrir son appui et ses encouragements à celles et ceux qui

78 79
s’ap­prêtent à assumer pour elle un ministère. À tous les niveaux, c­ omme une démonstration de pouvoir, elle fait aujourd’hui l’objet d’un
depuis la paroisse jusqu’au Conseil synodal, il est demandé à l’Église regain d’intérêt pour sa symbolique. Nous suggérons ici quelques pistes
de ­prendre sous sa protection les personnes (consacrées ou non) qui de réflexion.
sont à son service et de soutenir spirituellement celles qui se sen-
tent isolées ou surmenées. C’est donc un engagement d’assistance Nous avons souligné la dimension spirituelle de l’acte de consécration.
spirituelle que l’Église prend envers elle-même. L’Église assume ainsi L’Église ne peut que prier pour que Dieu affermisse la vocation des
sa tâche de surveillance telle qu’elle est déjà décrite dans le Nou- personnes consacrées et leur donne le pouvoir de mettre leurs cha-
veau Testament (le sens primitif du mot épiskopé est effectivement rismes au service de l’édification et de la mission de la communauté.
« surveillance »). Cette tâche est en premier lieu celle des ministères Elle ne peut rien de plus. Elle procède à la consécration dans la cer-
« épiscopaux » de l’Église cantonale. Mais elle est finalement aussi titude confiante que Dieu entend sa prière. À la base de tout l’acte de
celle de chaque membre de la communauté, puisque le Ministère, consécration, il y a la profonde impuissance de l’Église et l’aveu de sa
considéré du point de vue théologique, est placé sous la responsa- fragilité quant à la poursuite de la proclamation de l’Évangile. Sa prière,
bilité de l’ensemble de la communauté. Du fait de cet engagement, son impuissance même et sa fragilité se cristallisent dans le geste de
l’acte de consécration lui-même contient déjà une composante d’as- l’imposition des mains. Pour ceux qui le servent, la certitude que leur
sistance spirituelle. L’Église qui consacre fait ainsi non seulement prière est entendue est une bénédiction et un soutien qui les habilitent
savoir qu’elle est prête à offrir sa protection, son appui et ses en- à leur ministère. Comment dès lors voir encore dans l’imposition des
couragements, mais aussi qu’elle fera preuve d’ouverture à l’égard mains un acte de pouvoir et de domination de la part de la direction de
des personnes consacrées en se laissant inspirer par les charismes l’Église ? La consécration révèle l’imbrication entre la vulnérabilité et
de ces personnes afin de favoriser la créativité dans la proclamation la force spirituelle, qui sont liées comme la Croix et la Résurrection et
de l’Évangile et les charismes de l’Église. On aborde ainsi le dernier amènent à la Cène qui suit l’acte de consécration.
point : la consécration habilite à une responsabilité déterminée dans
l’Église et confère aux per­sonnes consacrées des compétences déci- L’interprétation de la consécration comme la remise d’un charisme de
sives pour la vie de l’Église. Par son engagement, l’Église témoigne Ministère ne peut être retenue, ainsi que nous l’avons vu (chapitre 4.1).
aussi sa confiance envers celles et ceux qui la serviront, sachant Nous allons maintenant encore plus loin en donnant la prééminence
qu’elle remet ces compétences en de bonnes mains, à des personnes non pas l’imposition des mains comme don, mais comme prière, même
qui mettront tous leurs efforts pour les utiliser conformément au si, naturellement, le don est aussi demandé par la prière. L’imposition
sens de l’Évangile. des mains lors de la consécration ne confère pas à la personne consa-
crée un statut spirituel inaltérable (une ­marque ineffaçable, character
Épiclèse, prière d’intercession et envoi en indelebilis), comme c’est le cas dans l’Église catholique-romaine114. Elle
mission marqués par l’imposition des mains ne donne pas non plus l’aptitude à une activité spirituelle contribuant à
La partie épiclétique est au cœur de la liturgie de consécration. Pour son la rédemption, car cette aptitude a déjà été donnée avec le baptême. La
interprétation, notre approche partira en quelque sorte de l’extérieur, consécration dans son ensemble est plutôt une affectation à un minis-
du signe visible de l’imposition des mains. Dans le Nouveau Testament
déjà et dans l’Église primitive, l’imposition des mains est un signe es- 114 Du côté catholique-romain, le character indelebilis peut aussi être compris, plus sim-
plement, comme le signe de la validité illimitée dans le temps de la consécration. Voir
sentiel de la consécration. Elle est aussi un signe qui relie les diffé­rentes P. Neuner, Ökumenische Theologie. Die Suche nach der Einheit der christlichen Kirchen,
confessions. Considérée dans les années 1960 par certains réformés Darmstadt, 2005 (1997), pp. 228, 229.

80 81
tère déterminé, et dans l’acte de consécration, la personne est confirmée pitre 5.1). Il n’est donc pas judicieux d’envisager l’institution d’un
dans son charisme et habilitée à ce ministère, et l’acte est marqué par troisième sacrement qui s’ajouterait au baptême et à la Cène116.
le geste de l’imposition des mains. L’imposition des mains manifeste
un lien d’intercession et de bénédiction avec le charisme offert dans le 2. De toute conception associant l’imposition des mains à une
baptême. Il ne se produit donc, dans l’acte de consécration, aucun chan- ­quelconque pratique magique ou théurgique. Pareille conception est
gement du statut de la personne quant à sa perspective de salut. Ce qui indéfendable lorsque la consécration est aussi fortement ancrée dans
naturellement n’empêche pas que la consécration représente une étape la prière de la communauté. Si par ailleurs on veut bien se rappe-
dans la vie de la personne ni qu’elle puisse amener à un changement ler que le geste de l’imposition des mains est généralement pratiqué
spirituel, notamment en ce qui concerne sa vie dans la communauté. dans les Églises réformées pour la bénédiction finale, pour le bap-
Une conception purement fonctionnelle de la consécration serait assu- tême, la confirmation, le mariage et l’installation, on a de la peine à
rément insuffisante. Elle doit être complétée par une dimension per- comprendre les réticences de nombreux réformés de Suisse alémani-
sonnelle qui révèle en quelque sorte le versant spirituel intérieur de la que face à l’imposition directe des mains lors de la consécration.
consécration et manifeste que le service à accomplir intègre l’ensemble
de la personne et de son existence. Cette dimension personnelle paraît Quelques mots enfin sur l’envoi dans la partie épiclétique. L’imposition
mieux rendue par le terme de « consécration » que par celui d’« ordina- des mains est aussi un symbole de l’envoi de la personne consacrée.
tion » utilisé et dans le domaine germanophone (Ordination)115. La bénédiction donnée est aussi un envoi. Il n’y a pas d’abord bénédic-
tion puis envoi dans une étape ultérieure. L’affermissement des per-
Le commentaire que nous avons donné de l’acte de consécration et de sonnes consacrées dans leur charisme les place au cœur du Ministère
l’imposition des mains vise aussi à se distancier de deux interpréta- de proclamation de l’Évangile en vue de l’édification et de la mission
tions : de la communauté. L’envoi pour proclamer l’Évangile constitue la na-
ture apostolique au sens propre de l’acte de consécration (le mot grec
1. D’une interprétation de la consécration – et, partant, du geste de ­apostellein signifie en effet envoyer) et non l’inscription dans une ligne
l’imposition des mains – comme sacrement. Le lien établi avec le de succession du Ministère.
baptême (chapitre 4.1) écarte déjà cette interprétation, de même que
l’anamnèse du baptême symbolisée par l’imposition des mains (cha-
116 Les réformateurs n’ont pas donné à la consécration une signification sacramentelle.
Néanmoins, chez Melanchthon du côté luthérien et chez Calvin du côté réformé (en rai-
son de l’importance accordée à la justification christologique du Ministère), la dimension
sacramentelle n’est pas expressément exclue (Institution, IV.19.28, 31).
Le Document de Lima donne aussi une interprétation sacramentelle de l’acte de consé-
115 Calvin par exemple parle d’ordination. C’est aussi le terme utilisé dans la version fran­
cration (art. 41 et 43) : Baptême, Eucharistie, Ministère. Convergence de la foi. Texte fran-
çaise du « Document de Lima ». Dans l’usage contemporain, on fait généralement obser-
çais établi par Fr. Max Thurian. Foi et Constitution. Conseil œcuménique des Églises,
ver que le terme utilisé en Suisse alémanique (Ordination) met en avant l’aspect fonc-
Paris, 1982, pp. 75, 76.
tionnel et juridique, tandis que la consécration souligne l’élément personnel et spirituel.
Mais comme ces deux aspects ne peuvent être objectivement dissociés, nous donnons ici Parmi les réformés suisses, Bruno Bürki a récemment défendu une conception sa-
la même valeur à la consécration et à l’ordination. La sensibilité des réformés suisses de cramentelle de la consécration : « Ordination in der Schweiz », art. cit., p. 41, 44, 45,
langue française n’associe à la notion de consécration aucune connotation catholique- 50. Georg Vischer est plus réservé (Apostolischer Dienst. Fünfzig Jahre Diskussion
romaine ni même simplement sacramentelle. Voir Cl. Bridel, art. « Consécration », in über das kirchliche Amt in Glauben und Kirchenverfassung, Frankfurt a.M., 1982,
Encyclopédie du protestantisme, pp. 247, 248. p. 229).

82 83
L’acte de remise de charge 5.6 La consécration est-elle valable pour toute la vie ?
Examinons encore, pour terminer, le rapport entre l’acte de consécra-
tion et l’acte de remise de charge. La remise de charge doit également 5.6.1 Une validité « absolue » et illimitée
être considérée comme un acte spirituel dont le moment fort se trouve Les effets de la consécration ne sont limités ni dans le temps ni dans
dans un ensemble comprenant l’épiclèse, la prière d’intercession, la l’espace. Si par exemple elle était limitée à la paroisse où s’exerce le
bénédiction et l’envoi. Sur le plan liturgique, la différence ne porte ni ministère, la durée de l’emploi à cet endroit correspondrait à la durée
sur le nombre et le déroulement des éléments, ni sur la mise en scène de validité de la consécration, et la consécration se confondrait avec
et la gestuelle. Elle réside dans le contenu spécifique des éléments li- l’installation. Notre position donne au contraire une valeur absolue à
turgiques et c’est naturellement dans la reconnaissance de la vocation la consécration. On ne répète pas la consécration après un changement
intérieure et de la formation, ainsi que dans les vœux prononcés qu’elle de poste et ses effets se prolongent au-delà d’une interruption ou d’une
se manifeste avec le plus de netteté. Il y a aussi une différence quant à cessation des rapports de travail. On pourrait être tenté de voir là une
la portée : les vœux de consécration ont une plus grande portée que les conception selon laquelle la consécration confère à la personne un sta-
vœux de remise de charge pour un ministère épiscopal par exemple. tut privilégié inaltérable, mais toute l’argumentation qui précède suffit
Il convient en outre de se demander s’il ne serait pas préférable de re- à écarter ce reproche comme au titre d’interprétation erronée.
noncer au signe extérieur de l’imposition des mains lors de remises de
charge, afin d’éviter une confusion qui risquerait d’être préjudiciable à La validité non limitée de la consécration résulte de la nature et de la
une vision œcuménique du Ministère. mission particulières du ministère pastoral pour l’édification et la mis-
sion de la communauté (voir le chapitre 5.3.2). La validité de la vocation
6e recommandation du Conseil de la FEPS – interne ou externe – à ce ministère ne peut être limitée ni dans le
Le Conseil recommande aux Églises membres de la FEPS de faire temps ni dans l’espace. Le charisme particulier et la vocation qui s’y rap-
accompagner l’acte liturgique de la consécration (et éventuellement porte marque et remplit immédiatement la totalité de l’existence de la
aussi celui de la remise de fonction) du geste de l’imposition des per­sonne, même si le service concret de l’Église n’accapare pas ­chaque
mains. instant de la vie avec la même intensité. Dire que la consécration est
valable pour la vie est d’abord une affirmation de la qualité de la vo-
cation et ensuite seulement une affirmation sur la durée. Cette durée
De même que la consécration, la remise de charge est une affectation illimitée peut aussi être mise en relation avec l’acte de consécration lui-
fonctionnelle à un ministère déterminé. Il est donc important, ici aussi, même. Comme nous l’avons vu, dans l’acte de consécration, l’Église qui
que dans les vœux prononcés, dans l’engagement pris par l’Église et consacre, en sa vocation extérieure, exprime qu’elle croit en la vocation
dans la partie épiclétique, il soit bien précisé quelles sont la nature de ce intérieure des personnes à consacrer. Il n’est pas possible d’admettre
ministère et ses activités centrales. Il est préférable de ne pas renoncer que cette foi soit ponctuelle ni limitée dans le temps : elle s’étend sur
aux vœux, qui manifestent le lien avec l’Église. toute la vie à venir des personnes admises à la consécration. Cet acte de
foi de l’Église qui consacre est aussi un acte de volonté : la volonté de la
part de l’Église de croire en cette vocation durablement et de manière
sans cesse renouvelée. Ce sont ces motifs qui donnent à la consécration
une validité « absolue » pour la vie.

84 85
5.6.2 La suspension de la consécration être totalement dissociés. Si le ministère n’est pas accompli conformé-
Le terme « absolu » est intentionnellement mis entre guillemets. ­L’Église ment à l’Évangile, si l’activité exercée n’est plus au service de l’édifica-
qui consacre ne peut en effet ne pas reconnaître que parfois, même en tion et de la mission de la communauté, ce n’est plus un ministère. Les
considérant les choses avec beaucoup d’indulgence, la manière dont les critères permettant d’établir si le service est accompli conformément à
services sont accomplis ne mérite plus d’être qualifiée de conforme à l’Évangile et donc dans le sens souhaité par l’Église découlent de la te-
l’Évangile et devient intolérable pour l’édification et la mission de la neur même de l’acte de consécration, et en particulier des vœux, même
communauté. Si dans ce cas, l’on fait une distinction entre aptitude à si ces critères prêtent à diverses interprétations : conformité à l’Écriture
l’élection (en raison de la consécration) et éligibilité (qualification en sainte, éventuellement à des confessions de foi réformées, engagement
tout temps réexaminable pour un ministère), il faut d’abord envisager envers les ordonnances de l’Église quant à la proclamation de l’Évan-
la possibilité d’un retrait de l’éligibilité. Mais dans les cas graves, une gile. Si un ministère n’est plus accompli en application de ces critères,
suspension de la consécration doit aussi pouvoir être prononcée. Com- on est en présence d’une infraction au vœu de consécration, susceptible
ment justifier théologiquement une telle décision ? d’entraîner la suspension. Mais la suspension doit toujours être une me-
sure de dernière extrémité.
Faut-il dénier à ces personnes leur vocation intérieure ? Ce serait théo-
logiquement risqué. La vocation intérieure échappe en effet à tout exa- Les théologiens consacrés indépendants
Il faut ici évoquer une particularité en considération de laquelle il convien-
men de la part de la direction de l’Église, et il faut s’en tenir à ce prin-
drait d’examiner plus en détail la question de la suspension de la consécra-
cipe tout en se gardant de favoriser une conception spiritualiste de la tion. Il s’agit de l’activité (à temps complet ou à temps partiel) de personnes
vocation intérieure. Dans le chapitre 5.2, nous avons signalé le danger consacrées agissant en qualité de pasteurs indépendants. Notre propos n’est
qui consiste à se fonder sur des actions et des compétences extérieures pas ici de porter un jugement dépréciatif global sur les conseils ou autres
prestations rituelles offertes aux personnes qui se sont distanciées de l’Église.
pour en tirer des conclusions sur la vocation intérieure d’une personne
Cet appui hors de l’Église correspond à un besoin. La question est seulement
et la lui contester sans autre forme de procès sur la foi d’une analyse de savoir s’il doit être offert par des personnes qui selon les termes de leur
de faits qui prétendument l’accableraient. On aurait alors de bonnes consécration sont entièrement appelées au service dans l’Église. La consécra-
raisons de soutenir que la perception de la vocation intérieure, toujours tion accapare la personne tout entière, indépendamment du statut d’enga-
gement concret. On ne peut nier, fractionner ni mettre en réserve le charisme
subjective, peut être pervertie, et que la vocation correspond à une pro-
pour la proclamation de l’Évangile. On ne peut être à la fois consacré au
jection, à une construction mentale exacerbée. Mais qui oserait alors service de l’Église et pratiquer une activité professionnelle similaire qui, en
jeter la première pierre (Jn 8.7) ? Ce moralisme simpliste ne serait-il pas partie du moins, fait concurrence à l’Église et dont le fondement est précisé-
contraire à l’esprit de la Réforme ? Théologiquement, il n’est donc pas ment de ne pas être « ecclésiastique ». Il n’est en revanche pas exclu de pra-
tiquer un métier profane à côté du ministère. Nous ne voulons pas non plus
judicieux d’associer la suspension de la consécration à la vocation inté-
laisser entendre que le ministère ne doit pas s’adresser aussi aux personnes
rieure. Cela n’est raisonnable que si la personne consacrée dénonce elle- areligieuses ou qui se sont distanciées de l’Église ; bien au contraire. Mais
même explicitement cette vocation, ce qui ne signifie pas un désaveu ce lien qui amène à la foi chrétienne passe par l’Église. L’idée de vivre la foi
de la vocation telle qu’elle a été à l’œuvre jusqu’alors, mais seulement chrétienne ou une spiritualité chrétienne plus globale par diverses pratiques
qu’elle ne peut plus être assumée présentement. rituelles au-delà de l’Église repose sur une conception terriblement réduc-
trice de la signification de l’Église. Elle remet ainsi en question la conception
plus large et plus ouverte de l’Église qui s’exprime dans la consécration. Les
Il est par conséquent indiqué de donner à une suspension de consécra- rites proposés par des personnes consacrées exerçant une activité indépen-
tion des motifs liés moins à la personnalité (vocation intérieure) qu’à dante hors du cadre de l’Église et sous leur propre responsabilité sont assi-
l’aspect fonctionnel de la consécration, quoique les deux ne puissent milables à des activités au sein d’une « Église » nouvellement créée. Ils sont

86 87
en contradiction avec le vœu de consécration et avec la consécration dans confession réformée : la reconsécration équivaudrait alors à un démen-
son ensemble. ti de la communion d’Églises concrétisée dans la CEPE. Mais qu’en est-il
lors d’une conversion du catholicisme à la foi réformée ? Nous avons vu
Encore une remarque sur le ministère diaconal. Si une Église consacre en effet au chapitre 4.1 combien la question cruciale de la succession
aussi ses diacres, elle doit appliquer à leur égard les mêmes dispositions apostolique divise les Églises quant à leur conception du Ministère et
qu’envers les pasteurs. La consécration des diacres est donc valable de la consécration. Quelle valeur accorder à ces divergences ? Sont-elles
toute la vie, elle a un caractère « absolu » et ne devrait être suspendue un argument qui s’oppose à la reconsécration d’un ancien prêtre catho­
qu’en dernière extrémité. lique converti qui souhaite obtenir l’aptitude à l’élection pastorale dans
une Église réformée ? Dans tous les cas, la dispense de reconsécration
5.6.3 La reconsécration ne devrait pas libérer de l’obligation d’attester des connaissances suffi-
Abordons maintenant la question de la reconsécration117. Les considé- santes en théologie protestante.
rations qui précèdent ont suggéré avec suffisamment de clarté la réser-
ve dont il convient de faire preuve à l’égard des reconsécrations. Il y a 7e recommandation du Conseil de la FEPS
cependant des cas où une reconsécration devrait être envisagée. Nous Le Conseil recommande aux Églises membres de la FEPS de donner à
pensons d’abord au rapport entre ministère pastoral et ministère diaco- la consécration une validité non limitée dans le temps, de ne procéder
nal, dans le cas où ce dernier fait aussi l’objet d’une consécration. La vo- à une suspension de la consécration qu’en dernière extrémité et de
cation intérieure ne s’applique qu’à l’une de ces deux formes de minis- ne pratiquer la reconsécration qu’avec une très grande réserve, sans
tère. Par conséquent, le passage de l’une à l’autre devrait logiquement pour autant exclure par principe cette possibilité.
se manifester par une reconsécration (et, afin de respecter le principe
de collégialité, autant pour le ministère pastoral que pour le ministère
diaconal)118. La reconsécration n’invalide pas la première consécration. La durée de la charge dont on est investi
Quant à la remise de charge, elle se réfère uniquement à l’exercice d’une
La possibilité d’une reconsécration (au même ministère ou à un autre) charge pour une durée limitée. L’échéance est donnée selon les cas par
après suspension devrait être très sérieusement examinée, tant du côté l’âge de la retraite, par la durée règlementaire du mandat pour les mi-
de l’Église que de celui de la personne qui demande à être reconsacrée, nistères épiscopaux ou par la durée de l’engagement auprès des services
mais ne devrait pas être exclue par principe. Tant il est vrai que l’Esprit généraux de l’Église. Une suspension avant échéance est néanmoins
de Dieu est libre d’appeler à son service qui il veut et quand il veut… pos­sible en cas de nécessité. Ici aussi, la teneur du vœu de remise de
charge peut servir de critère sommaire d’appréciation. À la différence
Est-il nécessaire, du point de vue réformé, de procéder à une reconsécra­ de la reconsécration, il n’y a pas de raison d’émettre des réserves à l’en-
tion dans le cas où la personne vient d’une autre confession chrétienne ? contre de l’itération d’une remise de charge. Un changement de fonc-
Certainement pas si la personne passe de la confession luthérienne à la tion au sein du ministère diaconal, du ministère catéchétique ou du
ministère épiscopal s’accompagne d’une nouvelle remise de charge. Et
117 Voir note 29 sur la définition de la reconsécration. même pour les théologiens (et diacres) consacrés, l’accès à un ministère
118 C’est la position soutenue par Alfred Rauhaus pour les pasteurs et les anciens : « Amt épiscopal doit être marqué d’une nouvelle remise de charge, par souci
und Ordination in der reformierten Kirche » in M. Freudenberg et al. (Éd.), Amt und
Ordination aus reformierter Sicht (reformierte akzente 8), Wuppertal, 2005, pp. 69–102, de conformité au principe de collégialité (voir le chapitre 4.2.4). Si le
en part. 77.

88 89
droit ecclésiastique le permet, il n’y a pas non plus d’obstacle théolo- • La consécration se rapporte à l’accomplissement d’un ministère dé-
gique à ce qu’une personne soit investie de charges dans plusieurs mi- terminé, et en cas de changement de lieu de travail, on procède à une
nistères (par exemple un catéchète accédant à une fonction épiscopale). reconsécration. Cela reviendrait de fait à abolir la différence entre
consécration et installation, ce qui ne serait guère défendable sur le
5.7 Consécration et installation plan œcuménique, puisque l’unité de l’Église serait pour ainsi dire
réduite à l’unité de la communauté paroissiale.
D’abord une remarque concernant la terminologie: La notion d’instal-
lation est sans conteste peu appropriée dans le contexte du Ministère • Une autre solution consiste à ne procéder à une consécration en vue
dans l’Église. Il évoque plutôt une prestation technique en plomberie d’un ministère déterminé que lors de l’accès au premier poste, puis
qu’un acte dynamique dans l’Église. Le vocable a cependant acquis lors d’un changement de poste, à installer la personne sans la re-
comme terme technique – au moins en milieu d’Église – une certaine consacrer. C’est une position intermédiaire qui tend aussi à « absolu-
diffusion et univocité, de sorte que nous nous y tenons ici provisoire- tiser » la consécration, quoique d’une manière un peu atténuée. En
ment. On pourrait envisager de le remplacer par « envoi » (Sendung). effet, la consécration reste valable même après l’abandon momen-
Celà prêterait toutefois à confusion, puisqu’un envoi a lieu au cours de tané ou définitif d’une fonction concrète.
la liturgie de consécration et de remise de charge.
Mais aucune de ces deux solutions n’offre d’argument décisif contre la
5.7.1 Le rapport entre consécration et installation position défendue par le Conseil de la FEPS sur le rapport entre consé-
Dans la tradition réformée, la différence entre consécration et installa- cration et installation.
tion n’est pas très marquée, et d’autant moins que l’on n’y conçoit pas
la consécration comme un sacrement. Le Conseil de la FEPS part de Nous abordons encore quelques questions destinées à préciser la concep-
l’idée d’une consécration « absolue », c’est pourquoi il recommande de tion de l’installation et de ce fait aussi la relation entre consécration et
dissocier concécration et installation. La consécration signifie l’entrée installation. L’installation n’étant pas l’objet principal de cette étude, les
dans le Ministère de la proclamation publique de l’Évangile pour une développements seront limités à l’essentiel.
Église. L’installation est l’entrée en fonction concrète dans une paroisse
ou un autre orga­nisme ecclésiastique. La consécration est en quelque 5.7.2 Dans quels ministères est-on installé ?
sorte l’accréditation spirituelle, l’installation est l’établissement dans Nous avons déjà traité aux chapitres 4.2 et 5.3.5 les quatre ministères
une fonction (au sens juridique) avec les droits et les devoirs que cela (ministère pastoral, ministère diaconal, ministère épiscopal et minis-
implique. L’installation est par conséquent liée à une fonction exercée tère catéchétique) et soulevé la question de l’opportunité d’y ajouter les
en un lieu et n’est pas valable pour toute la vie. Elle doit être renouvelée fonctions de musicien d’Église et les fonctions exercées dans les ser­
à chaque changement de poste. vices généraux d’une Église ou au niveau suisse (FEPS), les fonctions
des conseillers synodaux, membres du Synode ou délégués, les pasteurs
Il existe théoriquement d’autres moyens de définir la relation entre spécialisés et les fonctions exercées dans les œuvres et missions de
consécration et installation. Nous en mentionnerons deux : l’Église. Actuellement, certains de ces services donnent lieu à une instal-
lation, d’autres pas. Il n’y a pas d’uniformité dans la pratique en Suisse.

90 91
ou au niveau suisse, il faut faire un usage plus souple du titre de pasteur et
8e recommandation du Conseil de la FEPS l’appliquer aussi à tous les théologiens consacrés et installés (à la suite de la
Le Conseil recommande aux Églises membres de la FEPS de dissocier remise d’une charge précise) dans les fonctions ecclésiastiques mentionnées
ci-dessus, cela d’autant plus que ces personnes effectuent souvent des rem-
consécration et installation et de procéder à une installation pour tous placements pour les cultes dans les paroisses.
les ministères pour lesquels il y a consécration ou remise de charge.
Les services sans installation
Remise de charge et installation Outre ces fonctions, pour lesquelles l’installation se fait publiquement
Il convient toutefois d’émettre ici une réserve d’ordre pratique. Il n’est lors d’un culte, il en est d’autres dont l’importance pour la vie de la com-
en effet pas toujours judicieux de traiter la remise de charge et l’instal- munauté n’est pas moindre. Ce sont par exemple les sacristains, les col-
lation comme deux actes ecclésiastiques distincts. Il n’est par exemple laborateurs des services des soins et de l’aumônerie, les collaborateurs
pas opportun de procéder d’abord à une remise de charge pour le mi- catéchétiques, les employés des services administratifs de l’Église. Ces
nistère épiscopal des responsables de la communauté paroissiale puis personnes, il convient de les présenter publiquement lors d’un culte119. Il
de célébrer peu après leur installation. La remise de charge implique est bon en effet que la communauté soit informée de la diversité de ses
en effet déjà la composante fonctionnelle concrète et l’échéance dans le membres et qu’elle soit invitée à collaborer avec ces services et à leur
temps auxquels se réfère l’installation. S’agissant des services assimilés apporter son appui. C’est aussi une manière de faire voir que ces ser-
par analogie, limités à la durée d’un mandat ou des rapports de travail vices ne sont pas des entreprises privées, mais agissent constamment
(voir le chapitre 5.3.5), la remise de fonction et l’installation se confon- en vue de la constitution et de la mission de la communauté.
dent (surtout dans les ministères épiscopaux à tous les niveaux).
5.7.3 Qui est installé dans sa charge ?
Il paraît donc indiqué de ne procéder à une installation dissociée de la Est installée toute personne remplissant les conditions d’admission dé-
remise de charge que là où une distinction est possible quant aux aspects finies par l’Église cantonale pour un ministère déterminé ou les critères
fonctionnels et concrets et quant à la durée d’une fonction exercée. Cette d’éligibilité, et a été en conséquence élue ou engagée par la commu-
distinction concerne en premier lieu le ministère de la diaconie et ce- nauté ou l’organe ecclésiastique compétent.
lui de la catéchèse, pour lesquels la remise de charge se fait au niveau
de l’Église cantonale et l’installation manifeste l’entrée dans un service Depuis quelque temps, les Églises sont de plus en plus souvent confron-
déterminé au sein d’une paroisse. Quant à la consécration, nous avons tées aux demandes d’aggrégation au ministère de théologiens consacrés
vu qu’il ne peut y avoir de coïncidence entre la consécration et l’instal- étrangers. L’augmentation des candidatures devrait inciter les Églises
lation. Si un théologien ou un diacre consacré est investi d’une charge membres de la FEPS à uniformiser leurs pratiques d’engagement ou du
dans un ministère épiscopal, il y a coïncidence entre remise de charge et moins à mieux s’accorder entre elles. Il est important de rappeler ici la
installation, mais cela n’a rien à voir avec la consécration. distinction à laquelle nous avons déjà fait allusion.

Le titre de pasteur À l’occasion de l’engagement de théologiens consacrés luthériens, on


Une petite digression s’impose sur la question du titre de pasteur. Dans le
a l’habitude de se référer à l’article 33 de la Concorde de Leuenberg
protestantisme, on qualifie généralement de pasteurs les personnes consa-
crées au service de l’Église, qui exercent à temps complet, à temps partiel ou qui stipule la reconnaissance mutuelle de la consécration. Mais il faut
à titre bénévole un ministère de prédication lié à un poste pastoral déterminé
dans une paroisse. Si l’on étend la pratique de l’installation à des fonctions
119 Les propositions du document « Ordination, Amtseinsetzung und Amtsantritt » (2000)
analogues au service pastoral au niveau des services généraux de l’Église
de l’Église réformée du canton de Berne vont dans le même sens.

92 93
préciser que cette exigence est de portée théologique et ecclésiologique l’installation de personnes consacrées à des personnes qui sont elles-
et non juridique. La même Concorde de Leuenberg dit en effet à l’ar- mêmes théologiens consacrés. Pour le reste, le choix des participants à
ticle 42 : « La déclaration de la communion ecclésiale n’anticipe (sic) l’acte d’installation est fonction de la nature du service dans lequel on
pas sur le règlement au (sic) plan du droit ecclésiastique, des questions installe et des habitudes de chaque Église cantonale. Il est assurément
particulières entre Églises et à l’intérieur des Églises. »120 Au regard du important, lors d’installations dans les paroisses, d’y associer d’une ma-
droit ecclésiastique, la reconnaissance de la consécration devrait être nière ou d’une autre des représentants de la communauté œcuménique
interprétée comme une reconnaissance de la qualification permettant locale.
d’être élu.
5.7.5 Qu’est-ce qui se passe lors d’une installation ?
Il est dès lors important de rappeler que l’installation – et non seule- L’installation se déroule publiquement lors d’un culte spécifique. Nous
ment la consécration – constitue un acte spirituel : elle se réfère aux ne mentionnons ici que les principaux moments liturgiques qui de-
charismes particuliers des personnes et à leur vocation intérieure (c’est- vraient marquer l’acte d’installation :
à-dire à la perception consciente de l’assimilation des dons qu’ils ont
reçus dans le baptême) pour tel ou tel service (voir le chapitre 5.2.2). Et 1. la vocation extérieure, qui fait suite à la vocation intérieure (ici, à la
de même que lors de la consécration et de la remise de charge, l’instal- différence de la consécration, la reconnaissance de la formation est
lation soumet ces charismes à la bénédiction de Dieu, en le priant de les secondaire) ;
mettre au service de l’édification et de la mission de la communauté.
2. les engagements réciproques ;
5.7.4 Qui procède à l’installation ?
Les dispositions appliquées en Suisse sont très diverses et fortement 3. la partie épiclétique (avec les éléments connus : épiclèse, prière d’in-
dépendantes des rapports entre l’Église et l’État. Demander une unifor- tercession, bénédiction et envoi en mission), qui manifeste combien
misation n’aurait pas grand sens. Il serait bon toutefois de parvenir à un l’installation est aussi un acte spirituel.
consensus sur un point: Que les personnes installées soient consacrées
ou investies d’une charge, le culte d’installation doit être présidé par Si ce sont des personnes consacrées qui sont installées, l’installation de-
un membre ou un représentant de la direction de l’Église cantonale ou vient aussi une anamnèse de la consécration122, qui rappelle le consen-
du chapitre pastoral121. Il en va de même en cas de coïncidence entre tement et les engagements pris alors. Dans ce cas, les trois moments de
remise de charge et installation. Le plus indiqué semble être de confier l’installation sont formulés en conséquence. Si ce sont des per­sonnes
non consacrées qui sont installées, les trois moments liturgiques doi-
120 Cette traduction officielle de la Concorde de Leuenberg par le Secrétariat de la CEPE vent exprimer les exigences particulières à l’égard des ministères dans
(Konkordie reformatorischer Kirchen in Europa ; site Internet) est évidemment très lesquels elles sont installées. Afin d’éviter toute confusion avec la consé-
inexacte. L’allemand dit : « Durch die Erklärung der Kirchgemeinschaft werden kirchen-
rechtliche Regelungen von Einzelfragen zwischen den Kirchen und innerhalb der Kir-
cration, il est indiqué, comme pour la remise de charge, de renoncer ici
chen nicht vorweggenommen », ce qui, correctement traduit, signifie : « La déclaration à une imposition des mains.
de la communion ecclésiale ne préjuge pas du règlement, sur le plan du droit ecclésias-
tique, des questions particulières entre Églises et à l’intérieur des Églises. » (Note du
traducteur).
121 Ici aussi se pose la question de la signification d’une installation au niveau de la FEPS 122 L’anamnèse de la consécration lors de l’installation est recommandée par G. Vischer,
(voir les notes 100 et 111). Apostolischer Dienst, p. 232.

94 95
Il y aurait encore lieu d’examiner l’opportunité d’instituer, par symétrie 6. Résumé des recommandations
avec l’installation, une forme liturgique pour la prise de congé au terme du Conseil de la FEPS
de l’exercice d’une charge123.

Le Conseil recommande aux Églises membres de la FEPS :

1. de procéder à la consécration aussi bien de femmes que d’hom-


mes, en vertu du sacerdoce universel et de la doctrine paulinienne
des charismes (chapitres 5.2 et 5.4) ;

2. de consacrer exclusivement au ministère pastoral ; la consécra-


tion au ministère diaconal, telle qu’elle est pratiquée traditionnel-
lement par diverses Églises membres, reste possible pour autant
qu’elle soit appliquée sur tout le territoire de l’Église cantonale et
ne soit pas laissée à la libre appréciation des personnes concer-
nées (Chapitres 5.3.2 et 5.3.3) ;

3. de procéder à une remise de charge pour le ministère catéché-


tique, le ministère épiscopal et le ministère diaconal (si celui-ci ne
donne pas lieu à une consécration) (chapitre 5.3.5) ;

4. d’associer la consécration ou la remise de charge en vue d’un mi-


nistère déterminé à l’affectation aux activités centrales de ce mi-
nistère (chapitre 5.3.4) ;

5. de confier la présidence de la consécration et de la remise de


charge à des représentants de la direction de l’Église cantonale
(au chapitre pastoral ou à d’autres délégués de l’Église cantonale),
en réservant la présidence de la consécration à des théologiens
consacrés (chapitre 5.4) ;

6. de faire accompagner l’acte liturgique de la consécration (et éven-


123 Voir à ce sujet le formulaire des Églises réformées allemandes : Reformierte Liturgie. tuellement aussi celui de la remise de fonction) du geste de l’im-
Gebete und Ordnungen für die unter dem Wort versammelte Gemeinde, im Auftrag des position des mains (chapitre 5.5) ;
Moderamens des Reformierten Bundes erarbeitet u. hrsg. v. Peter Bukowski u.a., Neukir-
chen-Vluyn 1999, p. 525 et suiv.

96 97
7. Bibliographie
7. de donner à la consécration une validité non limitée dans le
temps, de ne procéder à une suspension de la consécration qu’en Jean-Jacques von Allmen : Le saint ministère selon la conviction et la
dernière extrémité et de ne pratiquer la reconsécration qu’avec volonté des Réformés du XVIe siècle, Neuchâtel, 1968.
une très grande réserve, sans pour autant exclure par principe
cette possibilité (chapitre 5.6) ; « Das Amt der Kirche und die kirchlichen Ämter. Ein Arbeitspapier der
Evangelisch – Römisch-katholischen Gesprächskommission Schweiz »,
8. de dissocier consécration et installation et de procéder à une ins- tiré à part de : Freiburger Zeitschrift für Philosophie und Theologie, 31,
tallation dans tous les ministères pour lesquels il y a consécration 1984, 3, pp. 241–293. (Avec résumé français : « Le ministère de l’Église
ou remise de charge (chapitres 5.7.1 et 5.7.2). et les ministères dans l’Église. Une étude de la Commission de dialogue
protestants / catholiques-romains de Suisse », pp. 294–309).

Baptême, Eucharistie, Ministère. Convergence de la foi. Texte français


établi par Fr. Max Thurian. Foi et Constitution. Conseil œcuménique
des Églises, Paris, 1982 (Document dit « de Lima »).

Baptême, Sainte Cène et Ministère. Rapport de la Fédération des Églises


protestantes de Suisse (FEPS) concernant une consultation du Conseil
œcuménique des Églises, éd. par la Commission théologique de la Fédé-
ration des Églises protestantes de Suisse sur mandat du Conseil de la
FEPS, Berne, 1986.

Hans-Jürgen Benedict : « Beruht der Anspruch der evangelischen Diako-


nie auf einer Missinterpretation der antiken Quellen ? John Collins Un-
tersuchung Diakonia », in Volker Herrmann, Horstmann Martin (Éd.),
Studienbuch Diakonik, Bd. 1 : Biblische, historische und theologische
Zugänge zur Diakonie, Neukirchen-Vluyn, pp. 117–133.

André Birmelé, Marc Lienhard (Éd.) : La foi des Églises luthériennes.


Confessions et catéchismes. Traductions de André Jundt et Pierre Jundt
avec le concours de Michel Dautry et Robert Wolff, Paris-Genève, 1991
(pp. 33–93, Confession d’Augsbourg).

Claude Bridel : art. « Consécration », in Encyclopédie du protestantisme,


Paris-Genève, 1995, pp. 247, 248.

98 99
Bruno Bürki : « Ordination in der Schweiz. Evangelisch-reformierte Martine Haag : Pasteur : une profession féminine ? Analyse sociologique
Tradition im Spannungsfeld ökumenischer Herausforderungen und de l’accès des femmes au ministère pastoral dans les Églises membres de
zeitgenössischer Gegebenheiten », in Jahrbuch für Liturgie und Hymno- la Fédération des Églises protestantes de Suisse, Lausanne, 1997 (Études
logie, 37, 1998, pp. 35–57. et rapports de l’Institut d’éthique sociale de la Fédération des Églises
protestantes de Suisse, 55).
Jean Calvin : Ioanni Calvini Opera quae supersunt omnia, vol. X. Parts
prior, Brunsvigae, 1871, col. 15–38 et 91–124 (Ordonnances ecclésias­ Friedhelm Hartenstein : art. « Ordination, Altes Testament » in Religion
tiques de 1541 et 1561). in Geschichte und Gegenwart, 6, 42003.

Jean Calvin : Institution de la religion chrétienne, Éd. Labor et Fides, Hulla Hoppe, Anne Walder Pfyffer : « Die Gleichstellung der Frau in
Genève, 1958. leitenden Positionen der protestantischen Kirchen. Eine globale Pers-
pektive », in Claudia Bandixen, Silvia Pfeiffer, Frank Worbs (Éd.) :
« Consécration, postulat de l’Église évangélique réformée du canton de Wenn Frauen Kirchen leiten. Neuer Trend in den reformierten Kirchen
Zurich, du 10 novembre 2003 », Fédération des Églises protestantes de der Schweiz, Zurich, 2006, pp. 103–125.
Suisse, Assemblée des délégués des 7 et 8 novembre 2005 à Berne.
Frank Jehle : « Die andere Kirchenstruktur. Die Teilung der Ämter »,
Ingolf U. Dalferth : « Was nicht zur Debatte steht », in Jan Bauke, Mat- in Matthias Krieg, Gabrielle Zangger-Derron (Éd.) : Die Reformierten.
thias Krieg (Éd.) : Die Kirche und ihre Ordnung (denkMal 4), Zurich, Suchbilder einer Identität, Zurich, 22003, pp. 57–62.
2003, pp. 63–65.
Die Kirche Jesu Christi. Der reformatorische Beitrag zum ökumenischen
Michael N. Ebertz : art. « Charisma, Neues Testament und älteres Chris- Dialog über die kirchliche Einheit (Leuenberger Texte 1), im Auftrag des
tentum », in Religion in Geschichte und Gegenwart, 2, 41999, pp. 113– Exekutivausschusses für die Leuenberger Kirchengemeinschaft hrsg. v.
115. Wilhelm Hüffmeier, Frankfurt a.M., 32001. (Il n’existe pas de traduction
française de ce document de la Communion d’Églises protestantes en
Fédération des Églises protestantes de Suisse : Protokoll der Abgeordne- Europe).
tenversammlung, Locarno, 15. bis 17. Juni 1986.
Konkordie reformatorischer Kirchen in Europa (Leuenberger Konkordie)
Matthias Freudenberg : « Vom dreifachen Amt Christi zu den Diensten 1973, Dreisprachige Ausgabe mit einer Einleitung von Friedrich-Otto
der christlichen Gemeinde. Perspektiven zum reformierten Verständnis Scharbau, im Auftrag des Exekutivausschusses für die Leuenberger Le-
der Ämter », in M. Freudenberg et al. (Éd.), Amt und Ordination aus re- hrgespräche hrsg. v. Wilhelm Hüffmeier, Frankfurt a.M., 1993.
formierter Sicht (reformierte akzente 8), Wuppertal, 2005, pp. 45–67.
Ulrich H.J. Körtner : Wohin steuert die Ökumene ? Vom Konsens- zum
Harald Goertz : Allgemeines Priestertum und ordiniertes Amt bei Luther Differenzmodell, Göttingen, 2005.
(Marburger Theologische Studien 46), Marburg, 1997.

100 101
Ralph Kunz : « Ohn Habit und Kragen die Wahrheit sagen – vom Ker- The Nature and Mission of the Church. A Stage on the Way to a Common
ngeschäft im Pfarramt », in Jan Bauke, Matthias Krieg (Éd.) : Die Kirche Statement (Faith and Order Paper 198, World Council of Churches), Ge-
und ihre Ordnung (denkMal 4), Zurich, 2003, pp. 77–96. neva, 2005.

Christian Link, Ulrich Luz, Lukas Vischer : Sie aber hielten fest an der Peter Neuner : Ökumenische Theologie. Die Suche nach der Einheit der
Gemeinschaft… Einheit der Kirche als Prozess im Neuen Testament und christlichen Kirchen, Darmstadt, 2005 (1997).
heute, Zurich, 1988.
Ordination, Amtseinsetzung und Amtsantritt, Reformierte Kirche Bern,
Hermann von Lips : art. « Amt, Neues Testament », in Religion in Ge- Berne, 2000 (ne concerne que les paroisses de langue allemande de
schichte und Gegenwart, 1, 41998, pp. 424–426. l’Église bernoise).

Hermann von Lips : art. « Ordination, Neues Testament », in Theolo- « Ordnungsgemäss berufen. » Eine Empfehlung der Bischofskonferenz
gische Realenzyklopädie, 25, pp. 340–343. der VELKD zur Berufung zu Wortverkündigung und Sakramentsverwal-
tung nach evangelischem Verständnis (VELKD-Texte 136/2006), Hanno-
Gottfried W. Locher : « Das ordinierte Amt. Überlegungen in refor- ver, 2006.
mierter Perspektive » in Annuaire suisse de droit ecclésial, 11, 2006, pp.
11–31. Heinrich Ott : « Kirchliches Amt und Ordination aus der Sicht eines re-
formierten Theologen », in Herbert Vorgrimler, Gerald F. Moede (Éd.) :
Martin Luther : Les grands écrits réformateurs (À la noblesse chrétienne Der priesterliche Dienst. Amt und Ordination in ökumenischer Sicht
de la nation allemande ; La liberté du chrétien), trad. Maurice Gravier, (Quaestiones disputatae 50), Freiburg i. Br., 1970–1973, pp. 152–164.
Paris, 1992.
« Pfarrermangel – Pfarrernachwuchs ». Bericht und Anträge einer ad hoc-
75 Jahre Methodistisch-Reformierte Kirchengemeinschaft im SEK 1922– Kommission, Schweizerischer Evangelischer Kirchenbund, Berne, 1983.
1997, Schweizerischer Evangelischer Kirchenbund, Berne, 1997.
Rapport de la Commission théologique sur le document « Foi et Constitu-
Le ministère des anciens dans les Églises réformées aujourd’hui, dans tion » : Baptême – Eucharistie – Ministère, Fédération des Églises protes-
la tradition réformée, dans le témoignage biblique, Éd. Lukas Vischer tantes de Suisse, Berne, 1976, pp. 19–28.
(Textes de l’Office protestant pour l’œcuménisme en Suisse, 15), publié
à la demande de la Fédération des Églises protestantes de Suisse, Berne, Ratgeber Pfarramt, Schweizerischer Reformierter Pfarrverein, Neuchâ-
1992. tel, 2006.

Les ministères diaconaux. Rapport et recommandations. Fédération des Alfred Rauhaus : « Amt und Ordination in der reformierten Kirche » in
Églises protestantes de Suisse, dactyl., Berne, 1984. Matthias Freudenberg et al. (Éd.), Amt und Ordination aus reformierter
Sicht (reformierte akzente 8), Wuppertal, 2005, pp. 69–102.

102 103
Reformierte Liturgie. Gebete und Ordnungen für die unter dem Wort Otto Weber : Grundlagen der Dogmatik, vol. 2, Neukirchen, 1962.
versammelte Gemeinde, im Auftrag des Moderamens des Reformierten
Bundes erarbeitet u. hrsg. v. Peter Bukowski u.a., Neukirchen-Vluyn, Matthias Zeindler : « Das Amt der Kirche und die Ämter in der Kir-
1999. che », in Jan Bauke, Matthias Krieg (Éd.), Die Kirche und ihre Ordnung
(denkMal 4), Zurich, 2003, pp. 67–76.
Sakramente, Amt, Ordination (Leuenberger Texte 2), im Auftrag des
Exekutivausschusses für die Leuenberger Kirchengemeinschaft hrsg. v. Compléments bibliographiques en langue française :
Wilfried Hüffmeier, Frankfurt a.M., 1995. (Il n’existe pas de traduction
française complète de ce document de la Communion d’Églises protes- Alexandre Ganoczy : Calvin, théologien de l’Église et du ministère, Paris,
tantes en Europe). 1964.

Dieter Sänger : art. « Ordination, Neues Testament », in Religion in Ge- Bernard Hort : art. « Ministères », in Encyclopédie du protestantisme,
schichte und Gegenwart, 6, 42003, p. 619. Paris-Genève, 1995, p. 975.

John H. Schütz : art. « Charisma, Neues Testament », in Theologische Bernard Reymond : art. « Installation », in Encyclopédie du protestan-
Realenzyklopädie, 7, pp. 688–693. tisme, Paris-Genève, 1995, pp. 725, 726.

Vers une liturgie de consécration commune aux Églises réformées de


Suisse. Liturgie et commentaire théologique. Proposés à la demande du
Conseil de la Fédération des Églises protestantes de Suisse par le groupe
de travail Liturgie de consécration de la Conférence des commissions de
liturgie de la FEPS, dactyl., mars 2004.

Georg Vischer : Apostolischer Dienst. Fünfzig Jahre Diskussion über das


kirchliche Amt in Glauben und Kirchenverfassung, Frankfurt a.M., 1982.

Lukas Vischer : « …satis est ? Gemeinschaft in Christus und Einheit


der Kirche », in K. Herbert (Éd.), Christliche Freiheit – im Dienst am
Menschen. Deutungen der kirchlichen Aufgabe heute. Festschrift Martin
Niemöller, Frankfurt a.M., 1972, pp. 243–254.

Lukas Vischer : Die ordinierten Dienste in der Kirche. Zwölf Überle-


gungen zum Text der Kommission für Glauben und Kirchenverfassung
über das Amt (Texte der Evangelischen Arbeitsstelle Ökumene Schweiz
3), Berne, 1984.

104 105
Annexe 1 Annexe 2
Le Ministère dans l’Église et ses ministères Les activités centrales

Légende
P: Le ministère pastoral
D: Le ministère diaconal
C: Le ministère catéchétique
E: Le ministère épiscopal (niveaux paroisse, direction d’Église cantonale, FEPS)

106 107
Annexe 3 Toutes ces formes de ministère comprennent deux éléments fondamen-
La conception de la consécration taux : premièrement une recommandation par l’assemblée de district
(conférence de district au niveau local) et deuxièmement une autori-
et du Ministère dans l’EEM124 sation de prêcher délivrée et renouvelée par l’assemblée de district ou
la conférence annuelle (comparable à un synode réformé). Les laïcs
Dans l’Église méthodiste, chaque baptisé est appelé à une mission de chargés de ces missions sont tenus de suivre une formation continue.
service. À l’intérieur du peuple de Dieu, quelques-uns sont appelés à La commission des ministères consacrés peut fixer un programme de
un ministère comme diacres ou diaconesses et d’autres à un ministère formation continue. Tous les quatre ans, l’autorisation de prêcher doit
comme anciens. L’Église méthodiste connaît donc deux types de consé- être renouvelée et les personnes confirmées dans leur mandat.
cration : la consécration des diacres et celle des anciens. Ces personnes
consacrées sont réunies en une alliance destinée à favoriser l’entraide, La vocation est décisive pour le ministère pastoral dans l’Église métho-
l’assistance et la responsabilité à l’égard de la mission commune. La diste. Cette vocation est d’une part la certitude intérieure de se savoir
consécration doit aider à conduire le peuple de Dieu et à assurer le Mi- appelé par Dieu, d’autre part un appel extérieur par la communauté
nistère apostolique par des gens habilités par le Saint-Esprit, désireux qui doit confirmer la vocation et recommander la personne adéquate.
de vivre en conformité avec l’Évangile et dévoués à sa proclamation. La direction de l’Église et la commission des ministères consacrés dé-
L’Église méthodiste de Suisse conçoit l’alliance du ministère consacré cident du déroulement de la candidature en ordonnant des études ou,
comme une obligation à vie. si le candidat a déjà achevé ses études théologiques, en l’affectant à un
ministère au sein de la communauté.
De la proclamation de la Parole découlent dans l’Église méthodiste des
ministères non soumis à consécration et exercés sous la surveillance d’un Une fois ses études achevées, la personne est admise à l’essai et est
ancien : a) les assistants prédicateurs, qui ont reçu de l’assemblée de dis- appelée à exercer un ministère. La période d’essai dure généralement
trict une autorisation de prêcher ; b) les prédicateurs laïques, élus à huis trois ans. La remise de charge (Beauftragung) est un acte ecclésiastique.
clos par la conférence annuelle des pasteurs après avoir ­accompli les Elle est la confirmation de la réponse du candidat à l’appel de Dieu et
études nécessaires ; c) les missionnaires laïques ; d) les pasteurs ­laïques. la reconnaissance de son aptitude au ministère qu’il devra exercer. Elle
s’effectue par une présentation de la personne lors de la conférence an-
Les prédicateurs laïques, appelés à un ministère pastoral à temps com- nuelle et par une prière. Durant la période d’essai, le candidat se prépare
plet ou partiel dans l’Église, peuvent recevoir de l’évêque une affecta- à la consécration, encadré par un mentor. Le candidat à l’essai porte le
tion à un ministère et une autorisation pour un ministère de proclama- titre de « pasteur ». Sauf en de rares exceptions, il a le droit de vote à
tion de la Parole, d’administration des sacrements et de direction d’une la conférence annuelle. Si son intention est de s’engager pleinement en
communauté. Durant le temps de ce mandat, ils font partie des pasteurs menant une vie d’ancien, il s’exerce durant sa période d’essai aux tâches
locaux de l’Église et sont membres de la conférence pastorale. de proclamation de la Parole, d’administration des sacrements et de di-
rection de communauté, après en avoir reçu l’autorisation. De même,
le candidat désireux de mener une vie de diacre s’exerce aux tâches
diaconales et y est habilité.
124 L’exposé qui suit est emprunté à Markus Bach, président de district de l’Église métho­
diste de Suisse

108 109
Pour pouvoir être consacré, le candidat doit avoir été admis en plein Lorsqu’une personne consacrée quitte le Ministère de l’Église métho-
engagement par la conférence annuelle. Cette admission se fait sur diste pour adhérer à une autre Église, elle remet son certificat de consé-
recommandation de la commission des ministères consacrés à la réu- cration au président de district, qui le conserve. Si la personne le désire
nion des membres de la conférence annuelle. Elle doit être acceptée (parce qu’une autre Église, par exemple, est disposée à reconnaître la
par deux tiers des membres. Seuls les membres en plein engagement consécration donnée par l’Église méthodiste), le certificat de consécra-
sont éligibles à la consécration comme pasteur-ancien ou comme diacre. tion peut, sur décision des membres en plein engagement de la confé-
La réunion des membres en plein engagement décide également, sur rence annuelle, lui être remis, muni alors de la mention « départ hono-
proposition de la commission des ministères consacrés et à une ma- rable ».
jorité des deux tiers, de la consécration d’une personne. Ceux qui sont
chargés de tâches de direction dans le domaine diaconal et instruisent Les évêques sont des pasteurs-anciens en plein engagement, chargés du
d’autres personnes à ces ministères diaconaux par l’enseignement, la ministère de la direction générale et de la surveillance. Ils sont nommés
proclamation de la Parole et le culte, et qui aident les pasteurs-anciens pour huit ans par la conférence centrale et les surintendants (ou les
dans l’administration des sacrements sont consacrés diacres ou diaco- présidents de districts) parmi les pasteurs-anciens. L’installation d’un
nesses. Ceux dont le service comprend la prédication et l’enseignement évêque dans sa charge se fait par une consécration lors d’un culte.
de la ­Parole de Dieu, l’administration des sacrements et la direction de
l’Église conformément à sa mission et en application du règlement, sont L’Église méthodiste de Suisse fait partie de la United Methodist Church,
consacrés pasteurs-anciens. L’évêque consacre ces personnes dans un au niveau mondial. Elle a sa propre conception de la consécration, expo-
culte de consécration à l’occasion de la conférence annuelle. On établit sée dans son règlement ecclésiastique, qui est une adaptation du Book
alors un certificat de consécration. of Disciplin. De ce fait, elle n’adhérera pas à une position de la FEPS sur
la consécration, mais est ouverte à une discussion sur la reconnaissance
Lorsqu’une personne consacrée quitte le Ministère de l’Église métho- mutuelle des ministères.
diste, elle remet ses documents de consécration au président de district
et n’a dès lors plus le droit de porter le titre de « pasteur ». Elle peut, sur
demande, se faire accorder une « assignation honorable », qui lui laisse
le statut de pasteur de l’Église méthodiste, mais sans affectation à un
ministère par l’évêque. Ces personnes ne peuvent exercer des tâches
pastorales qu’avec l’autorisation du pasteur du district où elles sont en-
registrées comme membres. Elles rendent compte de leur activité à la
conférence de district et au pasteur et continuent à répondre envers la
conférence annuelle de leur mode de vie et des droits inhérents à leur
consécration. La compétence de décision sur toute demande relative
à une cessation de service appartient à la commission des ministères
consacrés. Il en va de même pour les éventuelles demandes de réadmis-
sion au Ministère dans l’Église méthodiste.

110 111

Vous aimerez peut-être aussi