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Ce résumé présente l'exception d'inexécution comme un droit permettant à une partie à un contrat synallagmatique de suspendre l'exécution de ses obligations tant que l'autre partie n'a pas exécuté les siennes. Il décrit brièvement le cadre juridique et les conditions d'application de cette exception.

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Ce résumé présente l'exception d'inexécution comme un droit permettant à une partie à un contrat synallagmatique de suspendre l'exécution de ses obligations tant que l'autre partie n'a pas exécuté les siennes. Il décrit brièvement le cadre juridique et les conditions d'application de cette exception.

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UNIVERSITE D’ABOMEY-CALAVI

***********
ECOLE DOCTORALE DES SCIENCES JURIDIQUES,
POLITIQUES ET ADMINISTRATIVES
*************
MASTER II RECHERCHE DROIT ET INSTITUTIONS JUDICIAIRES

MATIERE : DROIT DES OBLIGATIONS APPROFONDIES

SUJET

L’EXCEPTION D’INEXECUTION

Présenté par : Chargé du cours


ADJAHO Estelle Prof. Joseph DJOGBENOU
KOUTEGNON Angelo Agrégé des Facultés de Droit
ZOKPATCHE Evrard

Année Académique: 2020-2021

1
ABREVIATIONS

Al. : Alinéa
Art. : Article
Assoc. : Association
Bull. : Bulletin
Cass. : Cassation
Ch. ; Chambre
C. civ. : Code civile
Civ. : Civile
Com. : Commerciale
[Link]. : Compagnies des Travaux
dir.: direction
éd. : édition
Ibid. : Ibidem, au même en droit
n° : numéro
Op. Cit. : Opere Citato (dans l’ouvrage précité)
p. : Page
pp. : Pages
S. : suivants
Soc. : Sociale
t. : tome

2
SUJET de Recherche: L’EXCEPTION D’INEXECUTION

Sommaires

INTRODUCTION…………………………………………………………………..…4

I- L’encadrement juridique de l’exception d’inexécution…………………...7

A- Une exception inhérente à des contrats déterminés……………………..7


1- Les contrats synallagmatiques……………………………………………….7
2- Les contrats synallagmatiques imparfaits et les quasi-contrats……….9
3- Les rapports synallagmatiques……………………………………………….9

B- Une exception soumise à des conditions……………………..………....11


1- Les conditions de l’exception d’inexécution classique…………………11
2- Les conditions tenant à l’exception d’inexécution par anticipation….14

II- La mise en œuvre de l’exception d’inexécution……………………...…..16

A- Les conditions liées à l’exercice de l’exception d’inexécution…...….16


1- Les conditions liées à l’exercice de l’exception d’inexécution
classique.........................................................................................................16
2- Les conditions liées à l’exercice de l’exception d’inexécution par
anticipation…………………………………………………………………………19

B- Les effets de l’exception d’inexécution.................................................20


1- Les effets de l’exception d’inexécution entre les parties……………….20
2- Les effets de l’exception d’inexécution à l’égard des tiers………….…23

CONCLUSION………………………………………………………………………24

BIBLIOGRAPHIE……………………………………………...…………………...25

3
INTRODUCTION
Le contrat inonde la vie des hommes en société. Les individus passent
de nombreux contrats pour se nourrir, se loger, se déplacer, se distraire, etc.
Le contrat accompagne par ailleurs les échanges commerciaux. Outils de
gestion, il apparait en effet comme l’instrument essentiel de la vie des affaires.
En raison des obligations réciproques que la plus part de ces contrats mettent
à la charge des parties après leurs formations, ces dernières sont tenues de
l’exécuter de bonne foi. Il arrive fréquemment que l’exécution de ces contrats
engendre certaines difficultés, notamment lorsqu’une partie décide de ne pas
exécuter sa part du contrat ou ne l’exécute pas conformément à ce qui a été
convenu. Tout défaut d’inexécution par une des parties peut inciter la seconde
partie à refuser d’exécuter ces propres obligations qu’elle tient du contrat. En
dépit de l’adage selon lequel nul ne peut se faire justice à soi-même, dont la
valeur, au demeurant, est loin d’être absolue 1 , le créancier de l’obligation
inexécutée dispose de plusieurs moyens de justice privée considérée comme
licites par le droit parmi lesquels nous avons l’exception d’inexécution.

Pour une appréhension claire et univoque du sujet, une clarification


conceptuelle s’impose. Ainsi, il sera question de définir successivement les
termes « exception », « inexécution » ainsi que le groupe de mot « exception
d’inexécution ».

En effet, le vocable exception, du latin « exceptio » qui signifie


limitation, restriction ou réserve, au sens premier s’oppose à la règle. Dans
un deuxième sens, elle est une règle ayant vocation à régir tous les cas
compris en son domaine 2. C’est encore le moyen soulevé dès le début de
l’instance par le défendeur afin de faire reconnaitre par le juge l’irrégularité de
la procédure, son incompétence ou pour obtenir qu’il sursoit à statuer.

Le mot inexécution est un non-accomplissement d’une obligation qui


peut, total ou partiel, résulter d’une omission ou d’une initiative, être dû à une
faute de la part du débiteur ou à une cause étrangère3. C’est aussi le fait de
ne pas remplir en tout ou en partie l’obligation à laquelle on est tenue.

En résumé, l’exception d’inexécution, que l’on désigne aussi sous


l’expression latine exceptio non adimpleti contractus, est le droit qu’à chaque
partie à un contrat synallagmatique de refuser d’exécuter son obligation tant
qu’elle n’a pas reçu la prestation qui lui est due4. Elle se définie également
comme le droit d’une partie à un contrat synallagmatique de suspendre

1
BEGUIN (J.), Rapport sur l’adage « nul ne peut se faire justice à soi-même » en droit français, Trav. Assoc. H.
CAPITANT, t. XVIII, 1966, p.’&, cité par FAGES (Bertrand, manuel Droit des Obligations, L.G.D.J.)
2
CORNU (G.), le Vocabulaire juridique, Association henri Capitant, puf 8 e éd., p.380
3
CORNU (G.), Op. Cit. p.488
4
MALECKI (C.), L’exception d’inexécution, LGDJ, 1999 cité par FAGES (B.), Droit Des Obligations, L.G.D.J, p. 258
4
l’exécution de ses obligations tant que son partenaire n’a pas exécuté les
siennes5. Il est conforme au bon sens que le contractant qui ne reçoit son dû
ne veuille pas à payer immédiatement sa prestation consécutive 6 . Elle est
donc à la fois une garantie pour le créancier, qui n’aurait pas à payer sans
avoir reçu la prestation qui lui est due, et un moyen de pression sur le débiteur
qui doit exécuter s’il veut obtenir la prestation promise7.

Ce sujet réflexif permet d’aborder la question de l’exception


d’inexécution sous un angle objectif. Le champ de cette étude aura pour base
l’inexécution avérée ou future dans les contrats qui mettent à la charge des
parties des obligations réciproques.

Jusqu’à l’adoption de l’ordonnance du 10 février 2016, le Code civil ne


reconnaissait aucune portée générale à l’exception d’inexécution qui n’était
envisagée que par certaines dispositions traitant de contrats spéciaux comme
en matière de contrat de vente (art. 1612, 1653), de contrat d’échange (art.
1704), contrat d’entreprise (art. 1799-1) ou encore de contrat de dépôt
(art.1948). Bien que réservée, sinon contre (Cass. req., 1er déc. 1897),
l’extension du champ d’application de l’exception d’inexécution en dehors des
textes où elle était envisagée, la jurisprudence, sous l’impulsion des travaux
de grande qualité de René Cassin, a finalement admis qu’elle puisse être
généralisée à l’ensemble des contrats synallagmatiques. Dans un arrêt du 5
mars 1974, la Cour de cassation a, par exemple, jugé que « le contractant
poursuivi en exécution de ses obligations, et qui estime que l’autre partie n’a
pas exécuté les siennes, a toujours le choix entre la contestation judiciaire et
l’exercice à ses risques et périls de l’exception d’inexécution » (Cass. civ. 1re,
5 mars 1974). La généralisation, par la jurisprudence, de l’exception
d’inexécution reposait sur deux principaux arguments. D’une part, en
autorisant la partie envers laquelle l’engagement n’a pas été exécuté à forcer
l’autre à l’exécution de la convention, l’ancien article 1184, al. 2 du Code civil
n’interdisait nullement le recours à l’exception d’inexécution dans la mesure où
elle consiste précisément en un moyen indirect de provoquer l’exécution du
contrat. D’autre part, on ne saurait voir dans les textes qui envisagent
l’exception d’inexécution une portée restrictive, mais une application d’un
principe général.

Si la réforme des sûretés avait amorcé la généralisation de l’exception


d’inexécution en introduisant un article 2286 qui confère un droit de rétention
sur la chose à « celui dont la créance impayée résulte du contrat qui l’oblige à
la livrer », c’est l’ordonnance du 10 février 2016 portant réforme du droit des

5
CABRILAC (R.), Droit Des Obligations, 7e éd., 2006, pp. 135-136
6
BENABENT (A.), Droit Civil : Les Obligations, 11e éd., p. 272
7
CABRILLAC (R.), Op. Cit., p. 136
5
obligations qui l’érige en principe général. Désormais, l’exception d’inexécution
est présentée, à l’article 1217 du Code civil, comme la première des sanctions
dont dispose le créancier d’une obligation en souffrance. Les articles 1219 et
1220 en définissent quant à eux le régime. Tandis que le premier de ces
articles pose les conditions d’exercice de l’exception d’inexécution, le second
autorise, et c’est là une nouveauté, le créancier à mettre en œuvre cette
sanction de façon anticipée

Ce sujet présente un intérêt à la fois théorique et pratique.


Théoriquement, le sujet nous amène à appréhender l’une des remèdes liées
à l’inexécution des contrats synallagmatiques qui est l’exception d’inexécution.
Pratiquement, le sujet nous permet de découvrir, comment un créancier peut,
en cas d’inexécution de la part de son contractant, mettre en œuvre
l’exception d’inexécution, les formalités à suivre ainsi que ses effets.

Quel est donc le régime juridique de l’exception d’inexécution ?

L’exercice de l’exception d’inexécution doit répondre à la réunion de


certaines conditions depuis son invocation jusqu’à sa mise en œuvre avec les
effets qu’elle produit. En raison de cela, nous nous efforcerons à apporter une
réponse à la question dégagée du sujet en expliquant la mise en œuvre de
l’exception d’inexécution (II) et ce, après avoir constaté son encadrement
juridique (I).

6
I- L’ENCADREMENT JURIDIQUE DE L’EXCEPTION
D’INEXECUTION
En généralisant, la légitimité du recours par le cocontractant victime
d’une inexécution à un moyen de pression spécifique qu’est l’exception
d’inexécution, la jurisprudence l’a spécialement limité à des types de
contrats déterminés (A). Cependant son invocation est soumise à certaines
conditions (B).

A- UNE EXCEPTION INHERENTE A DES CONTRATS


DETERMINES
L’exception d’inexécution est un principe « inhérente aux contrats
synallagmatiques » en ce qu’elle est fondée sur l’interdépendance des
obligations réciproques prévues dans de tels contrats8. Pourtant, ces derniers
ne sont pas les seuls où l’on peut observer un lien de connexité entre les
obligations 9 , raison pour laquelle le champ d’application de l’exception
d’inexécution est particulièrement large. En effet, il s’étend aux contrats
synallagmatiques (1), aux quasi-contrats et contrats synallagmatiques
imparfaits (2) ainsi qu’aux rapports synallagmatiques10 (3).

1- Les contrats synallagmatiques

Selon le vocabulaire juridique un contrat synallagmatique est celui « Qui


engendre des obligations réciproques et interdépendantes ». Il est également
utilisé pour « des contrats ou conventions par lesquels les contractants
s’obligent réciproquement les uns envers les autres ». 11 L’interdépendance
des obligations nées d’un contrat synallagmatique explique le fait qu’une partie
peut suspendre l’exécution de ses obligations tant que son partenaire
n’exécute pas lui-même.

L’exception d’inexécution trouve naturellement à s’appliquer à tous les


contrats synallagmatiques12. Reposant sur l’idée de « donnant donnant », et
d’une exécution « trait pour trait » du contrat, l’exception d’inexécution ne se
conçoit qu’en principe que dans les contrats synallagmatiques : elle est
impossible à mettre en œuvre dans les contrats unilatéraux où il n’y a pas de

8
Cass., 13 septembre 1973, R.C.J.B., 1974, p. 352, note M. STENGERS.
9
DUBUISSON (B.) et TRIGAUX (J-M), « l’exception d’inexécution en droit Belge », in les sanctions de
l’inexécution des obligations contractuelles. Etude du droit comparé, p. 69
10
WÉRY (P.), Droit des obligations, op. cit., p. 754.
11
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, 12è ed., 2018, PUF, pp.1228-1229 ; - C. civ., Art. 1106
12
VAN OMMESLAGHE (P.), op. cit., p. 877. - Code de droit économique, M.B., 29 mars 2013, Art.
VII.92 ; - GERMAIN (J. F.), op. cit., p. 130.
7
contre-prestation13. Parmi ceux-ci, on retrouve notamment le contrat de vente,
le contrat d’entreprise, le contrat de bail et le contrat de travail. Concernant ce
dernier, l’employé victime d’une inexécution de la part de son employeur
pourra dès lors se défendre en suspendant l’exécution de ses propres
obligations14. De plus, la Cour de cassation considère que la participation à
une grève pourrait entrainer la suspension des obligations de l’employeur,
lorsque le travailleur, en raison d’un tel événement, ne fournit plus son
travail15. On peut toutefois se demander si la grève ne serait pas constitutive
d’une situation de force majeure, rendant l’application de l’exception
d’inexécution incompatible et laissant place au mécanisme de la suspension.
Notons que l’exception d’inexécution ne peut être invoquée sans limite par
l’employeur puisque d’après la loi sur le contrat de travail, l’employeur ne peut
retenir les instruments de travail ou les effets personnels de son employé16.

En revanche, l’application de l’exception d’inexécution ne s’étend pas au


contrat de prêt à usage, caractérisé par sa gratuité 17 . En raison de cet
élément, l’emprunteur a un strict devoir de restitution qui lui interdit d’invoquer
l’exception d’inexécution18.

Bien que les obligations de faire et de donner puissent faire l’objet d’un
refus provisoire d’exécution et laisser place à l’exception d’inexécution, il n’en
va pas de même des obligations de ne pas faire19. Selon Bernard Dubuisson
et Jean-Marc Trigaux, « la suspension d’une obligation de ne pas faire
entraîne l’inexécution irrémédiable et définitive de celle-ci », de telle sorte que
l’exception d’inexécution ne puisse être invoquée par le débiteur d’une telle
obligation 20 . Ainsi, dans le cadre de la violation d’une clause de non-
concurrence, faisant dès lors naître une obligation de ne pas faire, la Cour de
cassation a rejeté l’exceptio non adimpleti contractus invoquée par le débiteur
de l’obligation21.

13
LIBCHABER (V.), Defrénois 2006.610, cité par BENABENT (A.), Op. Cit., p.273
14
C. trav. Liège, 10 juin 1976, J.T.T., 1976, p. 277, cité par P. VAN C. trav. Liège, 10 juin 1976, J.T.T.,
1976, p. 277, cité par P. VAN
15
- BOULANGER (C.), L'exception d'inexécution et la doctrine de l'anticipatory breach of contract,
solutions à l'inexécution effective ou prévisible des obligations. Faculté de droit et de criminologie,
Université catholique de Louvain, 2019, p.11 (Cass. 23 novembre 1967, Pas., 1968, I, p. 39, cité par
P. VAN OMMESLAGHE, Droit des obligations, [Link]., p. 877.)
16
Loi du 3 juillet 1978 relative aux contrats de travail, M.B., 22 aout 1978, art. 20, 7° : « L’employeur a
l’obligation (...) d'apporter
les soins d'un bon père de famille à la conservation des instruments de travail appartenant au
travailleur et des effets personnels que celui-ci doit mettre en dépôt ; il n'a en aucun cas le droit de
retenir ces instruments de travail ou ces effets ».
17
VAN OMMESLAGHE (P.), op. cit., p. 877
18
Ibid.
19
DUBUISSON (B.) et TRIGAUX (J-M.), op. cit., p. 95.
20
Ibid.
21
Cass., 24 avril 1947, Pas., 1947, I, p. 174, cité par B. DUBUISSON et J-M TRIGAUX, op. cit., p. 96.
8
2- Les contrats synallagmatiques imparfaits et les quasi-contrats

L’exception d’inexécution peut aussi être invoquée dans les quasi-


contrats22, comme la gestion d’affaires23 et dans les contrats synallagmatiques
dits imparfaits24. Ces derniers sont des contrats présentant les caractéristiques
d’un engagement unilatéral mais dont l’exécution engendre des obligations
réciproques25. C’est le cas du contrat de dépôt gratuit prévu par l’article 1948 26
du Code civil qui permet au dépositaire de refuser la restitution de la chose
déposée aussi longtemps qu’il n’a pas été remboursé des frais engagés pour
sa conservation 27 . Comme le montre cette dernière application, la frontière
entre l’exception d’inexécution et le droit de rétention, qui permet à un
créancier de refuser de rendre à son débiteur une chose lui appartenant tant
qu’il n’a pas été payé, est parfois difficile à tracer en pratique. 28 L’engagement
du dépositaire était a priori unilatéral mais son exécution a généré une
obligation réciproque dans le chef du déposant. Ainsi, l’interdépendance ne
dépend pas exclusivement de la volonté des parties.29

3- Les rapports synallagmatiques

Le champ d’application de l’exception d’inexécution ne se limite pas aux


seuls contrats synallagmatiques et quasi-contrats. En effet, il s’étend à tout
rapport synallagmatique, c’est-à-dire toutes les situations où les obligations
des parties sont liées par une connexité, les rendant interdépendantes. 30 Il est
donc possible de soulever l’exception d’inexécution en présence d’un rapport
synallagmatique pour autant que les obligations visées soient suffisamment
connexes.31 Ainsi, l’exception d’inexécution pourra s’appliquer aux obligations
réciproques de restitution consécutives, à l’annulation ou à la dissolution du

22
Ancien Code civil, Art. 1371 : « Les quasi-contrats sont les faits purement volontaires de l'homme,
dont il résulte un engagement quelconque envers un tiers, et quelque fois un engagement réciproque
des deux parties » (Art.1300 Nouveau [Link])
23
Code civil, Art. 1301 : « Celui qui, sans y être tenu, gère sciemment et utilement l'affaire d'autrui, à
l'insu ou sans opposition du maître de cette affaire, est soumis, dans l'accomplissement des actes
juridiques et matériels de sa gestion, à toutes les obligations d'un mandataire.» (Art.1372 Ancien
[Link])
24
WÉRY (P.), Droit des obligations, op. cit., p. 754.
25
[Link]
26
Code civil, Art. 1948 « Le dépositaire peut retenir le dépôt jusqu’à l’entier paiement de ce qui lui est dû à
raison du dépôt ».
27
WÉRY (P.), Droit des obligations, op. cit., p. 754.
28
CABRILLAC (R.), Op. Cit, p.137
29
DUBUISSON (B.) et TRIGAUX (J-M.), op. cit., p. 70.
30
J.-F. GERMAIN, « Responsabilité contractuelle et remèdes à l’inexécution du contrat » in Droit des
obligations, Bruxelles, Bruylant, 2014, pp. 129-130 ; F. GEORGE, Op. cit., p. 776.
31
WÉRY (P.), Droit des obligations, op. cit., p. 754.
9
contrat synallagmatique 32 . Lorsqu’un contrat exécuté par les parties est
dissout rétroactivement, l’interdépendance des obligations réciproques justifie
le droit pour une partie de refuser la restitution de ce qu’elle a reçu tant que
l’autre ne restitue pas les prestations qu’elle a elle-même reçu ou n’offre pas
de le faire 33 . Le mécanisme s’appliquera aussi aux « situations
synallagmatiques résultant d’un groupe de contrats indissolublement liés »34.
Si deux conventions forment, dans l’intention des parties, un ensemble
indissociable et qu’un lien réciproque les unit, l’inexécution d’une obligation
découlant de l’une des conventions peut justifier la suspension d’une
obligation provenant de l’autre convention. 35 En pratique, beaucoup de
contrats contiennent une clause « d’unicité » permettant cette union. 36
Toutefois, la connexité entre les différentes obligations peut parfois provenir
du législateur lui-même.37

Quid des conditions nécessaires pour invoquer l’exception


d’inexécution ?

32
GEORGE (F.), « Le droit des contrats à l’épreuve de la faillite », Bruxelles, Larcier, 2018, op. cit., p.
776.
33
WÉRY (P.), Droit des obligations, op. cit., p. 754.
34
VAN OMMESLAGHE (P.), op. cit., pp. 877-878.
35
GERMAIN (J. F.), op. cit., p. 130.
36
Ibid.
37
Ibid.
10
B- UNE EXCEPTION SOUMISE A DES CONDITIONS
L’ordonnance de 2016, en codifiant les solutions jurisprudentielles
établies, innove en introduisant, à coté de la possibilité de ne pas exécuter son
obligation, quoiqu’elle soit exige, parce que l’autre n’exécute pas la sienne,
une autre possibilité : celle de suspendre l’exécution de son obligation
(exigible) alors même que l’obligation du contractant n’est pas encore
inexécutée parce qu’elle n’est pas encore arrivée à exigibilité : c’est l’exception
d’inexécution par anticipation.38

Les conditions d’invocation de l’exception d’inexécution différent selon


qu’il s’agit de l’exception d’inexécution classique (1) ou de l’exception
d’inexécution par anticipation (2).

1- Les conditions de l’exception d’inexécution classique

L’exercice de l’exception d’inexécution classique est subordonnée à la


réunion de deux conditions cumulatives qui tiennent : aux obligations des
parties, à l’inexécution d’une obligation39.

D’abord, les conditions tenant aux obligations des parties comprennent


d’une part l’exigence de réciprocité des obligations. En effet, l’exception
d’inexécution ne se conçoit qu’en présence d’obligations réciproque, ce qui
implique que les parties endossent l’une envers l’autre tout à la fois la qualité
de créancier et de débiteur. Cette exception ne présente, en effet, d’intérêt
que si le créancier peut exercer un moyen de pression sur son débiteur. Or ce
moyen de pression consiste en la suspension de ses propres obligations. En
l’absence de réciprocité cette suspension s’avérera impossible dans la mesure
où le créancier n’est débiteur d’aucune obligation envers son cocontractant. A
cet égard, comment le bénéficiaire d’un don pourrait-il exercer l’exception
d’inexécution alors qu’il n’est débiteur d’aucune obligation envers le
donateur ? De toute évidence, le donataire sera bien en peine de suspendre
l’exécution d’obligations qui ne lui incombent pas. C’est la raison pour laquelle,
l’existence d’une réciprocité d’obligation est primordiale. L’exception
d’inexécution puise sa raison d’être dans cette réciprocité.

D’autre part, elles comprennent aussi une exigence d’interdépendance des


obligations qui, bien que l’article 1219 du code civil français n’exige pas
expressément que les obligations des parties soient interdépendantes pour
que l’exception d’inexécution puisse jouer, il définit néanmoins cette sanction
comme « la possibilité offerte à une partie de ne pas exécuter son obligation si

38
BUFFELAN-LANORE (Y.) et LARRIBAU-TERNEYRE (V.), « Droit civil : Les obligations », 16è éd., Dalloz, 2018-
2019, p.598
39
BANDE (A.) et BOURDOISEAU (J.), Le droit dans tous ses états, Septembre 2O19
11
l’autre n’exécute pas la sienne » 40 . Traduction juridique qui reflète du
« donnant, donnant », l’exception d’inexécution ne se conçoit alors que dans
les contrats synallagmatiques, caractérisés par l’interdépendance des
obligations réciproques41. L’exigence d’interdépendance est ici sous-jacente :
l’exception d’inexécution est subordonnée à la démonstration par le créancier
que la créance inexécutée dont il se prévaut est issue d’un rapport juridique
ayant donné naissance à l’obligation qui lui échoit envers son débiteur. Un lien
d’interdépendance doit donc exister entre les deux obligations réciproques.
Pour être interdépendantes, ces obligations doivent se servir mutuellement de
cause, soit avoir été envisagées par les parties comme la contrepartie de l’une
à l’autre. Ainsi, dans le contrat de vente, le prix est stipulé en contrepartie
d’une chose, raison pour laquelle on dit que les obligations de délivrance et de
paiement du prix sont interdépendantes.

En fin, le troisième critère est relatif à l’exigence du caractère certain,


liquide et exigible de la créance du créancier. Ainsi, pour que le créancier soit
fondé à se prévaloir de l’exception d’inexécution, il doit justifier d’une créance
au moins certaine et exigible.

Sur le caractère certain de la créance, une créance présente un caractère


certain lorsqu’elle est fondée dans son principe. L’existence de la créance doit,
autrement dit, être incontestable. Pour que l’exception d’inexécution puisse
jouer, la créance du créancier doit être certaine, à défaut de quoi il y aurait là
quelque chose d’injustice à suspendre l’exécution d’une obligation dont
l’existence est contestable. Aussi, cela explique-t-il pourquoi en matière de
bail, la Cour de Cassation dénie au locataire le droit d’exercer l’exception
d’inexécution en réaction au refus du bailleur d’effectuer des travaux. 42 Tant
que la question de savoir si la demande de réalisation de travaux n’est pas
tranchée par un juge, la créance dont se prévaut le locataire n’est pas fondée
dans son principe ; elle demeure hypothétique. Dans l’arrêt du 7 Juillet 1955,
la Cour de Cassation a considéré en ce sens que « les preneurs ne peuvent
pour refuser le paiement des fermages échus, qui constituent une créance
certaine, liquide et exigible, opposer au bailleur l’inexécution par lui de travaux
qui représente une créance incertaines »43.

Sur le caractère exigible de la créance, une créance présente un caractère


exigible lorsque le terme de l’obligation est arrivé à l’échéance. Pour que
l’exception d’inexécution puisse être invoquée, encore faut-il que la créance
dont se prévaut l’excipiens soit exigible. A défaut, il n’est pas fondé à en

40
Art. 1219 : « Une partie peut refuser d’exécuter son obligation, alors même que celle-ci est exigible, si l’autre
n’exécute pas les sienne et si cette inexécution est suffisamment grave ».
41
FAGES (B.), Droit des Obligations, L.G.D.J., p.259
42
Cour de Cass., Ch. com., 30 Mai 2007, n° 06-19.068
43
Cour de Cass., Ch. soc., 07 Juillet 1955
12
réclamer l’exécution et, par voie de conséquence, à suspendre l’exécution de
ses propres obligations. Pour déterminer si une obligation est exigible, il
convient de se reporter au terme stipulé dans le contrat. A défaut de
stipulation d’un terme, il faut se référer à l’article 1305-3 44 du code civil
français.

En ce qui concerne le caractère liquide de la créance, une créance


présente un caractère liquide lorsqu’elle est susceptible d’être évaluable en
argent ou déterminée. Tout autant que l’absence de caractère certain de la
créance interdit l’exercice de l’exception d’inexécution, il a été admis dans
certaines décisions que l’absence de liquidité puisse également y faire
obstacle. La Cour de Cassation a par exemple statué en ce sens dans un arrêt
du 6 Juillet 1982, toujours, en matière de contrat de bail, considérant que les
travaux réclamés par le locataire à son bailleur « représentent une créance
indéterminée »45. Cette jurisprudence est toutefois contestée par une partie de
la doctrine qui soutient que la liquidité de la créance est indifférente, s’agissant
de l’exercice de l’exception d’inexécution. La Cour de Cassation dans l’arrêt
du 20 Février 1991, a adopté la solution contraire46.

En suite, quant aux conditions relatives à l’inexécution, il faut que celui qui
invoque l’exception d’inexécution puisse prouver l’inexécution par l’autre partie
de son obligation.47 L’article 1219 du code civil français prévoit que l’exception
d’inexécution ne peut être soulevée par le créancier qu’à la condition qu’il
justifie « d’une inexécution suffisamment grave »48. La question qui se pose
immédiatement est de savoir comment apprécier cette gravité ? L’examen de
la jurisprudence antérieure révèle que pour apprécier le caractère
suffisamment grave de l’inexécution, n’est pas pris en compte, la cause de
l’inexécution,49 le caractère partielle ou totale de l’inexécution50 ou encore le
caractère essentiel ou accessoire de l’obligation objet d’inexécution51.

De plus, pour apprécier le bien fondé de l’exercice de l’exception


d’inexécution, les juridictions cherchaient moins à évaluer la gravité du
manquement contractuel en tant que tel qu’à regarder si la riposte du
créancier était proportionnelle à l’importance de l’inexécution invoquée. Dès
lors que cette riposte était proportionnelle à la gravité du manquement, alors
44
Art.1305-3 [Link] « Le terme profite au débiteur, s’il ne résulte de la loi, de la volonté des parties ou des
circonstances qu’il a été établi en faveur du créancier ou des deux parties ».
45
Cour de Cass., 3e Ch. civ., 6 Juillet 1982
46
Cour de Cass., 3e Ch. civ., 20 Février 1991, n° 89-18.372
47
FAGES (B.), idem.
48
Idem.
49
Ce principe présente quelques exceptions. L’exception d’inexécution ne pourra pas jouer lorsque la créance
est éteinte, lorsque le débiteur justifie d’une force majeure ou lorsque l’inexécution procède d’une faute de
l’excipiens.
50 ère
1 civ.,18 juill. 1995, n°93-16.338
51 ère
1 civ., 25 nov. 1980
13
les juridictions avaient tendance à considéré que l’exception d’inexécution était
justifiée. Dans le cas contraire, le créancier engage sa responsabilité.

2- Les conditions tenant à l’exception d’inexécution par anticipation

Outre les conditions propres à l’exception d’inexécution classique, l’article


1220 pose trois autres conditions que sont : le caractère futur de
l’inexécution, le caractère manifeste (probable) de l’inexécution à venir, la
52

gravité des conséquences attachées à l’inexécution à venir53.

Concernant le caractère futur de l’inexécution, la mise en œuvre de ce


mécanisme nécessite que l’inexécution redoutée soit ultérieure, sans quoi il ne
s’agirait que d’une simple exception d’inexécution classique. Il faut noter
cependant que Fall Paraiso remet en cause l’existence de cette dernière au
motif qu’elle n’aurait que pour seul objectif de suspendre l’exécution des
obligations du créancier dans l’attente que la résolution ou l’exécution forcée
du contrat ne prenne effet. L’auteur qualifie alors l’exception d’inexécution
d’’’abstention contentieuse’’ ou de ‘’mise en demeure qui ne dit pas son
nom’’.54

En ce qui concerne le caractère manifeste de l’inexécution à venir, pour


que le créancier soit fondé à exercer l’exception d’inexécution par anticipation,
il doit être en mesure de prouver que le risque de défaillance du débiteur à
l’échéance est manifeste. Autrement dit, la réalisation de ce risque doit être
prévisible, si non hautement probable. Le créancier devrait donc simplement
avoir de sérieuse raison de douter de l’exécution par le débiteur des
obligations à échoir. Si le créancier ne réagit pas, par anticipation, en
suspendant l’exécution de ses obligations, il risque une défaillance de son
débiteur et par voie de conséquence, cette défaillance lui cause préjudice. La
probabilité de cette défaillance doit être suffisamment forte pour justifier
l’exercice de l’exception d’inexécution.

En suite, quant à la gravité des conséquences attachées à l’exception


d’inexécution à venir, l’exercice de ce droit par anticipation est subordonné à
l’établissement de la gravité des conséquences susceptibles de résulter de
l’inexécution. La formulation de l’article 1220 est différente de celle utilisée par
l’article 1219 qui vise, non pas la gravité des conséquences du manquement
mais la gravité intrinsèque du manquement.55 L’article 1220 invite, en d’autres
termes, le juge à apprécier les conséquences de l’inexécution plutôt que ses

52
QUINONES (G.), L’anticipation des risques d’inexécution du contrat, 2014, p.54
53
Art.1220 « une partie peut suspendre l’exécution de son obligation dès lors qu’il est manifeste que son
cocontractant ne s’exécutera pas à l’échéance et que les conséquences de cette inexécution sont suffisamment
graves pour elle. Cette suspension doit être notifiée dans les meilleurs délais ».
54
PARAISO (F.), Le risque d’inexécution de l’obligation contractuelle, PUAM 2011, p.226
55
BANDE (A.) et BOURDOISEAU (J.), Le droit dans tous ses états, Septembre 2O19
14
causes. Par gravité des conséquences du manquement, il convient
d’envisager le préjudice susceptible d’être causé au créancier du fait de
l’inexécution. Ce préjudice peut consister soit en une perte, soit en un gain
manqué. Ce qui donc peut justifier l’exercice de l’exception d’inexécution ce
n’est donc pas le risque de non paiement du prix de la prestation par le
débiteur, mais les répercussions que ce défaut de paiement est susceptible
d’avoir sur le créancier.

15
II- LA MISE EN ŒUVRE DE L’EXCEPTION D’INEXECUTION
Principe consacré par la jurisprudence et intégré par l’ordonnance de
2016 dans le code civil français, la mise en œuvre de l’exception d’inexécution
semble être soumise à certaines formalités (A) et présente des effets (B).

A- LES CONDITIONS LIEES A L’EXERCICE DE


L’EXCEPTION D’INEXECUTION
Les articles 1219 et 1220 du code civil français abordent différemment
les conditions liées à l’exercice de l’exception d’inexécution. Il est donc
nécessaire de différencier ces conditions selon qu’il s’agit de l’exception
d’inexécution classique (1) ou l’exception d’inexécution par anticipation (2).

1- Les conditions liées à l’exercice de l’exception d’inexécution classique

Selon le Code civil français, fraîchement réformé, « une partie peut


refuser d’exécuter son obligation, alors même que celle-ci est exigible, si
l’autre n’exécute pas la sienne et si cette inexécution est suffisamment grave
» 56 . En se basant sur cette disposition se rapportant à l’exception
d’inexécution classique, aucune condition ne semble être nécessaire pour son
exercice.57

Par conséquent, d’une part, se pose dès lors la question controversée


de la mise en demeure du débiteur défaillant ou d’une éventuelle notification
préalable.58 En effet, la bonne foi impose au créancier d’avertir son débiteur
avant de pouvoir invoquer l’exception d’inexécution.59 Il convient de rappeler
qu’une mise en demeure consiste en une interpellation, claire et non
équivoque, par le créancier rappelant au débiteur défaillant d’exécuter en
nature l’obligation qui est attendue de lui.60 A la source de cette controverse,
se trouve la question de savoir si l’exception d’inexécution constitue un moyen
de défense ou une sanction.

En effet, selon la doctrine et la jurisprudence traditionnelles, la mise en


demeure ne constitue pas une condition préalable à l’exception d’inexécution
puisque cette dernière se présente essentiellement comme un moyen de

56
Article 1219 code civil français
57
FABRE-MAGNAN (M.), Droit des obligations, 1è éd., 2018, PUF, p.606
58
BOULANGER (C.), L'exception d'inexécution et la doctrine de l'anticipatory breach of contract, solutions à
l'inexécution effective ou prévisible des obligations. Faculté de droit et de criminologie, Université catholique
de Louvain, 2019, p.22
59
KOHL (B.), Contrat d’entreprise (sous la dir. de ANDERSEN R., DU JARDIN J., FORIERS P. A. et SIMONT L.),
Bruxelles, Bruylant, 2016, pp. 508-512.
60
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, 12è ed., 2018, PUF, p.710
16
défense.61 La Cour de cassation l’a même confirmé dans son arrêt de 1846. 62
Selon cette conception, il ne serait pas logique d’exiger un avertissement
avant de se défendre.63

Toutefois, certains auteurs tels que Bernard Dubuisson et Jean- Marc


Trigaux pensent qu’il est nécessaire pour le créancier de mettre en demeure
son débiteur avant d’invoquer l’exception d’inexécution.64 En effet, selon eux,
l’exception doit être appréhendée en tant que sanction de l’inexécution. 65 Dès
lors, le principe de la mise en demeure préalable à toute sanction civile ayant
auparavant été consacré par la Cour de cassation, il serait illogique de ne pas
l’appliquer à l’exception d’inexécution.66 Cette mise en demeure doit être faite
avant la suspension des obligations puisque le manquement du débiteur ne
sera consommé qu’à partir de l’envoi de cette dernière.67 C’est évidemment
sous réserve des hypothèses de dispense de mise en demeure.68

Par ailleurs, cette controverse se retrouve dans l’avis des praticiens


interrogés sur le sujet : « Selon Maître Kauten, la mise en demeure est
indispensable car elle démontre la crédibilité de celui qui invoque l’exception.
De son côté, Maître Lequeux estime qu’il faut parfois s’en passer en raison de
l’urgence ou de la nature du conflit. »69 Cependant, bien qu’en principe, les
sanctions de l’inexécution exigent une mise en demeure préalable 70 ,
l’exception d’inexécution constitue avant tout un moyen de défense et qu’il
n’est nullement nécessaire d’avertir le débiteur de l’intention de l’invoquer.

61
DUBUISSON (B.) et TRIGAUX (J-M), « L’exception d’inexécution en droit belge », in Les sanctions de
l’inexécution des obligations contractuelles. Etudes de droit comparé (sous la dir. de FONTAINE M. et VINEY G.),
Bruxelles et Paris, Bruylant, 2001, pp. 57-100. p. 83.
62
Cass., 16 mars 1846, Pas., 1846, I, p. 368 : « ce droit est l’exceptio non adimpleti contractus, par laquelle une
partie peut se refuser d’exécuter un contrat lorsque celui avec lequel elle a contracté ne l’exécute pas de son
côté, et sans qu’il soit besoin pour cela de demande en justice ni de mise en demeure »..
63
JANSEN (S.), « L’exception d’inexécution : capita selecta » in Les obligations contractuelles, Bruxelles, Larcier,
2016, p. 237.
64
DUBUISSON (B.) et TRIGAUX (J-M), « L’exception d’inexécution en droit belge », in Les sanctions de
l’inexécution des obligations contractuelles. Etudes de droit comparé (sous la dir. de FONTAINE M. et VINEY G.),
Bruxelles et Paris, Bruylant, 2001, pp. 57-100. p. 84
65
Idem
66
Cass., 9 avril 1976, Pas., 1976, I, p. 887, cité par DUBUISSON (B.) et TRIGAUX (J-M.), op. cit., p. 84.
67
DUBUISSON (B.) et TRIGAUX (J-M), « L’exception d’inexécution en droit belge », in Les sanctions de
l’inexécution des obligations contractuelles. Etudes de droit comparé (sous la dir. de FONTAINE M. et VINEY G.),
Bruxelles et Paris, Bruylant, 2001, pp. 57-100. p. 85
68
S. JANSEN, « L’exception d’inexécution : capita selecta » in Les obligations contractuelles, Bruxelles, Larcier,
2016, pp. 237-238.
69
BOULANGER (C.), L'exception d'inexécution et la doctrine de l'anticipatory breach of contract, solutions à
l'inexécution effective ou prévisible des obligations. Faculté de droit et de criminologie, Université catholique
de Louvain, 2019, p.23 (Voir interviews de Maître Kauten et Maître Lequeux présentées en annexe pp.71-81)
70
La mise en demeure est exigée pour la mise en œuvre des autres sanctions attachées à l’inexécution
contractuelle que sont : l’exécution forcée en nature (Art. 121 et 1222 [Link]), la réduction du prix (Art 1223
[Link]), l’activation de la clause résolutoire (Art. 1225 al. 2 [Link]), la résolution par notification (Art. 1226 al. 1
[Link]), l’action en responsabilité contractuelle (Art. 1231 [Link]).

17
D’un autre côté, une mise en demeure pourrait utilement renforcer l’effet de
pression créé par ce mécanisme.71

En principe, en se basant sur les dispositions de l’article 1219 du code


civil, le créancier ne devrait pas notifier son intention d’invoquer l’exception,
sous réserve toutefois de certaines hypothèses, notamment lorsqu’il subsiste
un doute quant à l’ordre d’exécution des prestations ou quant à l’inexécution
en tant que telle.72 Cela a été confirmé récemment par la Cour de cassation : «
Toutefois, dans certaines circonstances et sur la base de la bonne foi, il peut
être exigé du débiteur qu’il informe au préalable le créancier de son intention
de suspendre l’exécution de son obligation et, le cas échéant, des
conséquences de cette suspension. Il en est ainsi lorsque l’exécution doit se
faire dans un délai déterminé sous peine de devenir sans objet et que le
créancier sait ou doit savoir que cela expose le débiteur à un dommage
irréparable ».73

D’autre part, cette disposition n’exige pas que le créancier, pour exercer
l’exception d’inexécution, saisisse le juge aux fins qu’il constate l’inexécution
du contrat. En effet, l’exception d’inexécution, en tant que moyen de justice
privée ou extrajudiciaire peut être invoquée sans avoir préalablement recours
à l’intervention du juge. Cependant, dans certains cas, et plus précisément en
France, l’exception d’inexécution ne peut être envisagée sans l’autorisation
de ce dernier. Ainsi, dans les contrats de fourniture d’énergie, comme les
contrats de distribution d’eau qui même si sa nature a eu à faire l’objet de
controverse doctrinale,74 un contrôle va être exercé a priori par le juge.75 C’est
donc une application judiciarisée de l’exception d’inexécution. A côté de cela,

71
JANSEN (S.), « L’exception d’inexécution : capita selecta » in Les obligations contractuelles, Bruxelles, Larcier,
2016, p. 239.
72
idem
73
Cass., 13 janvier 2017, R.G. n° C.15.0417.N., traduit par F. GEORGE, op. cit., p. 781.
74
- BOULANGER (C.), L'exception d'inexécution et la doctrine de l'anticipatory breach of contract, solutions à
l'inexécution effective ou prévisible des obligations. Faculté de droit et de criminologie, Université catholique
de Louvain, 2019, pp.23-24
- La doctrine est divisée quant à la question de savoir si le contrat de distribution d’énergie est de nature
contractuelle ou réglementaire. Les « contractualistes » invoquent l’autonomie de la volonté et considèrent ce
rapport comme un contrat d’adhésion tandis que les « réglementistes » sont d’avis que la distribution
d’électricité, de gaz et d’eau constitue un service public soumis à des règles propres.
75
Le décret de la Région wallonne du 12 février 2004 relatif à la tarification et aux conditions générales de la
distribution publique de l’eau en Wallonie admet le mécanisme de l’exception d’inexécution dans les contrats
de distribution d’eau mais soumet sa mise en œuvre à l’autorisation préalable du juge : « la distribution
publique d’eau à un immeuble affecté en tout ou en partie à l’habitation ne peut être interrompue (...) qu’en
l’exécution d’une décision judiciaire est rendue pour non-paiement et autorisant le recours à l’interruption de la
distribution » 262. Le distributeur d’énergie est donc tenu d’opérer un détour par le juge pour mettre en œuvre
l’exceptio non adimpleti contractus consacrée par le décret wallon.
- VANDEBURIE (A.) « Coupures d’eau, de gaz et d’électricité: ça suffit! L’article 23 de la Constitution à la
rescousse des besoins énergétiques fondamentaux », note sous J.P. Mouscron-Comines-Warneton, 24 mai
2004, R.G.D.C., 2008, p. 276.
18
l’article 23 de la Constitution française apporte une autre limite à l’usage de
l’exception d’inexécution basée sur la dignité humaine.76

2- Les conditions liées à l’exercice de l’exception d’inexécution par


anticipation

A la différence de l’article 1219 qui, pour l’exercice de l’exception


d’inexécution ordinaire, n’exige pas que le créancier adresse, au préalable,
une mise ne demeure au débiteur, l’article 1220 impose l’accomplissement de
cette formalité, lorsque l’exception d’inexécution est exercée par anticipation.
Plus précisément, cette disposition prévoit que la suspension de l’exécution
des obligations du créancier « doit être notifiée dans les meilleurs délais » au
débiteur. Quid du contenu du courrier de mise en demeure ? Le texte ne le dit
pas. On peut en déduire, que le créancier n’a pas l’obligation de motiver sa
décision, ni d’informer le débiteur sur les conséquences de sa défaillance. Il
n’est pas non plus tenu d’observer des formes particulières quant aux
modalités de notification.77

Il est toutefois conseillé, a minima, d’adresser la mise en demeure au


créancier par voie de lettre recommandée avec accusé de réception.

Quant à la sanction de l’absence de mise en demeure du débiteur


préalablement à l’exercice de l’exception pour risque d’inexécution, l’article
1220 du Code civil est également silencieux sur ce point.

Le plus probable est que cette irrégularité soit considérée comme une
faute entachant l’exercice par anticipation de l’exception d’inexécution et que,
par voie de conséquence, cela expose le créancier à une condamnation au
paiement de dommages et intérêts.78

Une fois mise en œuvre, l’exception d’inexécution présente des effets.

76
BOULANGER (C.), L'exception d'inexécution et la doctrine de l'anticipatory breach of contract, solutions à
l'inexécution effective ou prévisible des obligations. Faculté de droit et de criminologie, Université catholique
de Louvain, 2019, p.25
77
BAMDE (A.) et BOURDOISEAU (A.), L’exception d’inexécution ; domaine, conditions, effets, 2021
78
Idem
19
B- LES EFFETS DE LA MISE EN OUEVRE DE
L’EXCEPTION D’INEXECUTION
La mise en œuvre de l’exception d’inexécution présente des effets
différents selon qu’il s’agit des parties (1) ou les tiers (2).

1- Les effets de l’exception d’inexécution entre les parties

Entre les parties, les effets de la mise en œuvre de l’exception


d’inexécution présente quelque peu des différences selon qu’il s’agit de
l’exception d’inexécution classique ou l’exception d’inexécution par
anticipation.

Pour l’exception d’inexécution classique, son exercice a pour effet de


suspendre l’exécution des obligations du créancier,79 tant que le débiteur n’a
pas fourni la prestation à laquelle il s’est engagé. Aussi, le contrat n’est
nullement anéanti, il subsiste : l’exigibilité des obligations de l’excipiens est
seulement suspendue temporairement, étant précisé que cette suspension est
unilatérale.

Ainsi, c’est un moyen de justice privée, qui constitue une sorte de


« légitime défense contractuelle ». 80 Elle est présente deux avantages et un
risque. Le premier avantage est la souplesse et la rapidité : le contractant
impayé suspend aussitôt ses prestations. Le second, qui découle d’ailleurs du
premier, est l’efficacité : cette suspension constitue un puissant moyen de
pression sur la partie défaillante, qui ne reçoit pas ou plus la contrepartie
attendue. Le risque quant à lui réside précisément dans cette efficacité : un
contractant qui reçoit une prestation mais l’estime non conforme pourrait tenter
d’abuser de l’exception ou en prendre prétexte pour se dérober à sa propre
obligation (ex : invoquer un léger défaut pour retenir tout le prix). C’est ce qui
pourrait justifier l’expression « inexécution suffisamment grave » selon les
termes de l’article 1219 du Code civil.

Dès lors que le débiteur aura régularisé sa situation, il incombera au


créancier de lever la suspension exercée et d’exécuter ses obligations.

L’exception d’inexécution se traduit par une simple suspension de


l’exécution des obligations de celui qui l’invoque : elle n’a pas d’incidence sur
l’effet obligatoire du contrat, mais a pour but seulement de faire pression sur le
cocontractant pour obtenir de lui qu’il respecte ses engagements.

79
FABRE-MAGNAN (M.), Droit des obligations, 1è éd., 2018, PUF, p.607 ; - LARROUMET (Ch.), Droit civil : Les
obligations, le contrat, 5è éd., 2003, p.793 ; - BENABENT (A.), Droit civil : les obligations, 11è éd., 2007,
Montchrestien, pp.274-275 ; -CABRILLAC (R.), Droit des obligations, 6è ed. 2004, pp.126-127
80
BENABENT (A.), Droit des obligations, 17è ed., 2018, LGDJ, p.303
20
En tout état de cause, l’exercice de l’exception d’inexécution n’autorise
pas le créancier à rompre le contrat.81 Pour sortir de la relation contractuelle, il
n’aura d’autre choix que de solliciter la résolution du contrat, selon l’une des
modalités énoncées à l’article 1224 du Code civil.82

En l’absence de réaction du débiteur, le créancier peut également saisir


le juge aux fins de solliciter l’exécution forcée du contrat.

A l’inverse dès lors que l’exercice de l’exception est justifié, le débiteur


est irrecevable à solliciter l’exécution forcée du contrat ou sa résolution. Le
créancier est par ailleurs à l’abri d’une condamnation au paiement de
dommages et intérêts.

Quant à l'exception pour risque d'inexécution, sa mise en œuvre


entraîne également une suspension des obligations contractuelles du
créancier. Elle offre au créancier la faculté de suspendre l'exécution de ses
propres obligations lorsqu'il est manifeste que le débiteur n'exécutera pas les
siennes à échéance. Il convient toutefois de rappeler, et c'est ce qui fait tout
l'intérêt de ce mécanisme, qu'à l'instar de l'exception d'inexécution classique 83,
le contrat survit. Seule la résolution entraîne la libération des parties84. Notons
toutefois que l'article 1188 du code civil qui dispose que "ce qui n'est dû qu'à
terme, ne peut être exigé avant l'échéance du terme" s'oppose à ce que le
créancier puisse conditionner la levée de la suspension à l'exécution
immédiate des obligations par le débiteur. Ce dernier pourra en revanche
fournir une garantie suffisante de la bonne exécution de ses obligations aux
fins d'ordonner la levée de la suspension.85

Il est également possible dans le cas de l’exception pour risque


d’inexécution d’admettre la faculté de basculer vers une résolution anticipée
afin d'éviter que la suspension ne perdure inutilement.

Il est en effet inopportun de laisser la suspension perdurer lorsque le


contrat est voué à l'échec. Telle est la raison pour laquelle nous pourrions, en
nous inspirant des dispositions de l'article 71 86 et 72 87 de la convention de

81
[Link].1er dec.1992, n°91-10930
82
Art.1224 code civil « La résolution résulte soit de l'application d'une clause résolutoire soit, en cas d'inexécution
suffisamment grave, d'une notification du créancier au débiteur ou d'une décision de justice. »
83
Com. 15 janvier 1973, bull. civ IV, n°24, p.18, D.1973.473
84
Com. 1er décembre 1992, rtd civ 1993. 578 obs. Mestre (J.)
85
QUINONES (G.), L’anticipation des risques d’inexécution du contrat, 2014, p.57
86
Article 71 convention de vienne sur les contrats de vente internationale de marchandises « 1) Une partie
peut différer l’exécution de ses obligations lorsqu’il apparaît, après la conclusion du contrat, que l’autre partie
n’exécutera pas une partie essentielle de ses obligations du fait:
a) D’une grave insuffisance dans la capacité d’exécution de cette partie ou sa solvabilité; ou
b) De la manière dont elle s’apprête à exécuter ou exécute le contrat.
2) Si le vendeur a déjà expédié les marchandises lorsque se révèlent les raisons prévues au paragraphe
précédent, il peut s’opposer à ce que les marchandises soient remises à l’acheteur, même si celui-ci détient un
21
Vienne 88 , concevoir que le créancier puisse, à la suite d'une demande
d'"assurance adéquate d'exécution" au débiteur, mettre fin au contrat. La
probabilité de l'inexécution ultérieure devenant une certitude apparente, la
résolution anticipée serait justifiée. Si le débiteur fournit les justifications
demandées, le créancier ne pourra en revanche mettre en œuvre ladite
résolution mais devra également lever la suspension de ses obligations. 89 Il
faut également ajouter qu'une telle demande ne pourra être formulée qu'en
présence d'un risque sérieux d'inexécution de la part du débiteur et que toute
demande intempestive sera sanctionnée 90 . Autrement dit, les conditions
relatives à l'exception pour risque d'inexécution doivent avoir été dûment
remplies afin de pouvoir demander une telle attestation. Il est donc de l'intérêt
du créancier de manier cette faculté avec précaution car si la mise en œuvre
abusive d'une exception pour risque d'inexécution résultant d'une mauvaise
appréciation du risque d'inexécution, engagerait la responsabilité du créancier
fautif, l'application abusive d'une résolution anticipée découlant d'une
demande d'assurance d'exécution intempestive à laquelle le débiteur n'aura
pu répondre malgré l'absence de risque sérieux d'inexécution, entraînera a
fortiori un dommage bien plus élevé qu'il conviendra de réparer. Celle-ci ne
saurait constituer un subterfuge pour échapper à l'exécution de ses propres
obligations contractuelles.91

Cette faculté de demander une "assurance adéquate d'exécution" aux


fins de résoudre le contrat, à la suite d'une exception pour risque
d'inexécution, démontre l'évidente complémentarité entre ces deux outils
juridiques. L'exception pour risque d'inexécution ne devrait en réalité
constituer qu'un préalable à la résolution anticipée 92 . Lorsque le risque

document lui permettant de les obtenir. Le présent paragraphe ne concerne que les droits respectifs du
vendeur et de l’acheteur sur les marchandises.
3) La partie qui diffère l’exécution, avant ou après l’expédition des marchandises, doit adresser immédiatement
une notification à cet effet à l’autre partie, et elle doit procéder à l’exécution si l’autre partie donne des
assurances suffisantes de la bonne exécution de ses obligations. »
87
Article 72 convention de vienne sur les contrats de vente internationale de marchandises « 1) Si, avant la
date de l’exécution du contrat, il est manifeste qu’une partie commettra une contravention essentielle au
contrat, l’autre partie peut déclarer celui-ci résolu.
2) Si elle dispose du temps nécessaire, la partie qui a l’intention de déclarer le contrat résolu doit le notifier à
l’autre partie dans des conditions raisonnables pour lui permettre de donner des assurances suffisantes de la
bonne exécution de ses obligations.
3) Les dispositions du paragraphe précédent ne s’appliquent pas si l’autre partie a déclaré qu’elle n’exécuterait
pas ses obligations. »
88
Comme le fait remarquer Andréa Pinna, la combinaison de ces deux articles démontre que la Convention de
Vienne relative à la vente internationale de marchandise ne poursuit pas le but de l'exception pour risque.
PINNA (A.), L’exception pour risque d’inexécution, RTD civ 2003 p.31 et s.
89
QUINONES (G.), L’anticipation des risques d’inexécution du contrat, 2014, p.58
90
LAITHIER (Y-M.), Etude comparative des sanctions de l'inexécution du contrat, LGDJ 2004, p.578
91
QUINONES (G.), L’anticipation des risques d’inexécution du contrat, 2014, p.58
92
Andréa Pinna a pu démontrer qu'au regard de la convention de la vienne relative à la vente internationale de
marchandise, l'exception pour risque d'inexécution constituait une mesure préalable à la résolution anticipée.
22
d'inexécution est manifeste, le créancier peut directement procéder à la
résolution du contrat. Mais lorsqu'un tel risque n'est que sérieusement
probable, le créancier pourra suspendre l'exécution de sa propre prestation.
Toutefois, afin d'éviter que la situation ne perdure inutilement, le créancier
aura la faculté de demander une "assurance adéquate d'exécution" aux fins de
procéder à la résolution du contrat en cas de défaut d'obtention. L'exception
pour risque d'inexécution aurait donc principalement pour objet de permettre
au créancier de suspendre l'exécution de ses obligations dans l'attente que la
simple probabilité d'inexécution devienne un risque manifeste en raison de
l'absence d'assurance suffisante d'exécution. L'on peut toutefois noter que le
créancier pourra malgré tout s'abstenir de formuler une telle demande, lourde
de conséquences, et opter pour la suspension de sa prestation jusqu'à
l'échéance des obligations du débiteur.93

2- Les effets de l’exception d’inexécution à l’égard des tiers

L’article 1165 du Code civil de 1804, siège du principe d’effet relatif,


disposait que « les conventions n’ont d’effet qu’entre les parties
contractantes ; elles ne nuisent point au tiers, et elles ne lui profitent que dans
les cas prévu par l’article 1121 ». Cette disposition est reprise dans une
formulation rajeunie par l’ordonnance du 10 février 2016 en son article 1199
qui dispose « Le contrat ne crée d’obligation qu’entre les parties ». En se
basant sur cette disposition l’on peut déduire qu’une exception d’inexécution
invoquée par un créancier contre son contractant ne devrait en principe avoir
d’effet à l’égard des tiers. Cependant, il faut noter qu’il est admis que
l’exception d’inexécution peut être opposable aux tiers qui réclament
l’exécution du contrat, par exemple par le biais de l’action oblique.94

93
QUINONES (G.), L’anticipation des risques d’inexécution du contrat, 2014, p.58
94
FABRE-MAGNAN (M.), Droit des obligations, 1è éd., 2018, PUF, p.607
23
CONCLUSION
Le sujet intitulé l’exception d’inexécution, nous a conduit à s’interroger
les modalités de l’exception d’inexécution. L’exception d’inexécution constitue
un moyen de pression permettant en effet à un cocontractant de suspendre
l’exécution de ses propres obligations jusqu’à ce que l’autre exécute les
siennes. Elle peut être invoquée dans le cas d’une inexécution avérée ou
encore par anticipation. Le cocontractant qui décide de mettre en œuvre
l’exception d’inexécution doit s’assurer que certaines conditions de fond
comme de forme sont remplies. Ces conditions différent selon qu’il s’agit de
l’exception d’inexécution classique ou par anticipation. La mise en œuvre de
l’exception d’inexécution produit des effets entre les parties qui peuvent
s’étendre au tiers.

Généralisé par la jurisprudence et institué au code civil français en ces


articles 1219 et 1220 grâce à l’ordonnance du 10 février 2016 portant reforme
du droit des obligations, l’exception d’inexécution ne se retrouve pas dans le
Code civil français de 1804 applicable au Bénin qui ne prévoit l’exception
d’inexécution que dans certaines dispositions traitant de contrats spéciaux tels
que le contrat de vente, le contrat d’échange, contrat d’entreprise ou encore le
contrat de dépôt.

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BIBLIOGRAPHIE

I- OUVRAGES GENERAUX

- CORNU (G.), Vocabulaire juridique, Association Henri Capitant, PUF,


e
8 éd., 2018
- KOHL (B.), Contrat d’entreprise (sous la dir. de ANDERSEN R., DU
JARDIN J., FORIERS P. A. et SIMONT L.), Bruxelles, Bruylant, 2016

II- OUVRAGES SPECIAUX

- BUFFELAN-LANORE (Y.) et LARRIBAU-TERNEYRE (V.), « Droit


civil : Les obligations », 16è éd., Dalloz, 2018-2019
- BENABENT (A.), Droit Civil : Les Obligations, 11e éd., Montchrestien,
2007
- BENABENT (A.), Droit des obligations, 17è éd., LGDJ, 2018
- CABRILLAC (R.), Droit des obligations, 6è éd. 2004
- CABRILAC (R.), Droit Des Obligations, 7e éd., 2006
- DUBUISSON (B.) et TRIGAUX (J-M), « L’exception d’inexécution en
droit Belge », in les sanctions de l’inexécution des obligations contractuelles.
Etude du droit comparé. (sous la dir. de FONTAINE M. et VINEY G.),
Bruxelles et Paris, Bruylant, 2001
- FABRE-MAGNAN (M.), Droit des obligations, 1è éd., 2018
- GEORGE (F.), « Le droit des contrats à l’épreuve de la faillite »,
Bruxelles, Larcier, 2018
- GERMAIN (J. F.), « Responsabilité contractuelle et remèdes à
l’inexécution du contrat » in Droit des obligations, Bruxelles, Bruylant, 2014
- JANSEN (S.), « L’exception d’inexécution : capita selecta » in Les
obligations contractuelles, Bruxelles, Larcier, 2016, p. 237.
- LAITHIER (Y-M.), Etude comparative des sanctions de l'inexécution du
contrat, LGDJ, 2004
- MALECKI (C.), L’exception d’inexécution, LGDJ, 1999
- PARAISO (F.), Le risque d’inexécution de l’obligation contractuelle,
PUAM 2011
- WÉRY (P.), Droit des obligations, vol. I, Théorie générale du contrat,
2ème ed., Bruxelles, Larcier, 2011
- VAN OMMESLAGHE (P.), De Page – Traité de droit civil belge, t. II,
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- FAGES (B.), Droit des Obligations, L.G.D.J., 2007

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III- ARTICLES

- BANDE (A.) et BOURDOISEAU (J.), Le droit dans tous ses états :


« L’exception d’inexécution : Domaine, conditions, effets », Sep., 2O19
- VANDEBURIE (A.) « Coupures d’eau, de gaz et d’électricité: ça suffit!
L’article 23 de la Constitution à la rescousse des besoins énergétiques
fondamentaux », note sous J.P. Mouscron-Comines-Warneton, 24 mai 2004,
R.G.D.C., 2008

IV- THESES / MEMOIRES

- BOULANGER (C.), L'exception d'inexécution et la doctrine de


l'anticipatory breach of contract, solutions à l'inexécution effective ou prévisible
des obligations, Faculté de droit et de criminologie, Université catholique de
Louvain, 2019
- QUINONES (G.), L’anticipation des risques d’inexécution du contrat,
2014, p.54
- PINNA (A.), L’exception pour risque d’inexécution, RTD civ 2003

V- TEXTES ET LOIS

- Code civil de 1804


- Convention de vienne sur les contrats de vente internationale de
marchandises
- L’ordonnance du 10 février 2016 portant reforme du droit des
obligations (Farnce)
- Loi du 3 juillet 1978 relative aux contrats de travail (France)

VI- JURISPRUDENCES

- Cass., 13 septembre 1973, R.C.J.B., 1974


- Cass. 23 novembre 1967, Pas., 1968
- Cass., 24 avril 1947, Pas., 1947
- Cour de Cassation, Chambre com., 30 Mai 2007, n° 06-19.068
- Cour de Cassation, Chambre soc., 07 Juillet 1955
- Cour de Cassation, 3e Chambre civ., 6 Juillet 1982
- Cour de Cassation, 3e Chambre civ., 20 Février 1991, n° 89-18.372
- 1ère civ.,18 juill. 1995, n°93-16.338

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- 1ère civ., 25 nov. 1980
- Cass., 16 mars 1846, Pas., 1846, I, p. 368
- Cass., 9 avril 1976, Pas., 1976, I, p. 887
- Cass., 13 janvier 2017, R.G. n° C.15.0417.N.,
- [Link].1er dec.1992, n°91-10930
- Com 15 janvier 1973, bull. civ IV, n°24, p.18, D.1973.473
- Com 1er décembre 1992, rtd civ 1993.

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