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ECOLE DOCTORALE DES SCIENCES JURIDIQUES,
POLITIQUES ET ADMINISTRATIVES
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MASTER II RECHERCHE DROIT ET INSTITUTIONS JUDICIAIRES
SUJET
L’EXCEPTION D’INEXECUTION
1
ABREVIATIONS
Al. : Alinéa
Art. : Article
Assoc. : Association
Bull. : Bulletin
Cass. : Cassation
Ch. ; Chambre
C. civ. : Code civile
Civ. : Civile
Com. : Commerciale
[Link]. : Compagnies des Travaux
dir.: direction
éd. : édition
Ibid. : Ibidem, au même en droit
n° : numéro
Op. Cit. : Opere Citato (dans l’ouvrage précité)
p. : Page
pp. : Pages
S. : suivants
Soc. : Sociale
t. : tome
2
SUJET de Recherche: L’EXCEPTION D’INEXECUTION
Sommaires
INTRODUCTION…………………………………………………………………..…4
CONCLUSION………………………………………………………………………24
BIBLIOGRAPHIE……………………………………………...…………………...25
3
INTRODUCTION
Le contrat inonde la vie des hommes en société. Les individus passent
de nombreux contrats pour se nourrir, se loger, se déplacer, se distraire, etc.
Le contrat accompagne par ailleurs les échanges commerciaux. Outils de
gestion, il apparait en effet comme l’instrument essentiel de la vie des affaires.
En raison des obligations réciproques que la plus part de ces contrats mettent
à la charge des parties après leurs formations, ces dernières sont tenues de
l’exécuter de bonne foi. Il arrive fréquemment que l’exécution de ces contrats
engendre certaines difficultés, notamment lorsqu’une partie décide de ne pas
exécuter sa part du contrat ou ne l’exécute pas conformément à ce qui a été
convenu. Tout défaut d’inexécution par une des parties peut inciter la seconde
partie à refuser d’exécuter ces propres obligations qu’elle tient du contrat. En
dépit de l’adage selon lequel nul ne peut se faire justice à soi-même, dont la
valeur, au demeurant, est loin d’être absolue 1 , le créancier de l’obligation
inexécutée dispose de plusieurs moyens de justice privée considérée comme
licites par le droit parmi lesquels nous avons l’exception d’inexécution.
1
BEGUIN (J.), Rapport sur l’adage « nul ne peut se faire justice à soi-même » en droit français, Trav. Assoc. H.
CAPITANT, t. XVIII, 1966, p.’&, cité par FAGES (Bertrand, manuel Droit des Obligations, L.G.D.J.)
2
CORNU (G.), le Vocabulaire juridique, Association henri Capitant, puf 8 e éd., p.380
3
CORNU (G.), Op. Cit. p.488
4
MALECKI (C.), L’exception d’inexécution, LGDJ, 1999 cité par FAGES (B.), Droit Des Obligations, L.G.D.J, p. 258
4
l’exécution de ses obligations tant que son partenaire n’a pas exécuté les
siennes5. Il est conforme au bon sens que le contractant qui ne reçoit son dû
ne veuille pas à payer immédiatement sa prestation consécutive 6 . Elle est
donc à la fois une garantie pour le créancier, qui n’aurait pas à payer sans
avoir reçu la prestation qui lui est due, et un moyen de pression sur le débiteur
qui doit exécuter s’il veut obtenir la prestation promise7.
5
CABRILAC (R.), Droit Des Obligations, 7e éd., 2006, pp. 135-136
6
BENABENT (A.), Droit Civil : Les Obligations, 11e éd., p. 272
7
CABRILLAC (R.), Op. Cit., p. 136
5
obligations qui l’érige en principe général. Désormais, l’exception d’inexécution
est présentée, à l’article 1217 du Code civil, comme la première des sanctions
dont dispose le créancier d’une obligation en souffrance. Les articles 1219 et
1220 en définissent quant à eux le régime. Tandis que le premier de ces
articles pose les conditions d’exercice de l’exception d’inexécution, le second
autorise, et c’est là une nouveauté, le créancier à mettre en œuvre cette
sanction de façon anticipée
6
I- L’ENCADREMENT JURIDIQUE DE L’EXCEPTION
D’INEXECUTION
En généralisant, la légitimité du recours par le cocontractant victime
d’une inexécution à un moyen de pression spécifique qu’est l’exception
d’inexécution, la jurisprudence l’a spécialement limité à des types de
contrats déterminés (A). Cependant son invocation est soumise à certaines
conditions (B).
8
Cass., 13 septembre 1973, R.C.J.B., 1974, p. 352, note M. STENGERS.
9
DUBUISSON (B.) et TRIGAUX (J-M), « l’exception d’inexécution en droit Belge », in les sanctions de
l’inexécution des obligations contractuelles. Etude du droit comparé, p. 69
10
WÉRY (P.), Droit des obligations, op. cit., p. 754.
11
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, 12è ed., 2018, PUF, pp.1228-1229 ; - C. civ., Art. 1106
12
VAN OMMESLAGHE (P.), op. cit., p. 877. - Code de droit économique, M.B., 29 mars 2013, Art.
VII.92 ; - GERMAIN (J. F.), op. cit., p. 130.
7
contre-prestation13. Parmi ceux-ci, on retrouve notamment le contrat de vente,
le contrat d’entreprise, le contrat de bail et le contrat de travail. Concernant ce
dernier, l’employé victime d’une inexécution de la part de son employeur
pourra dès lors se défendre en suspendant l’exécution de ses propres
obligations14. De plus, la Cour de cassation considère que la participation à
une grève pourrait entrainer la suspension des obligations de l’employeur,
lorsque le travailleur, en raison d’un tel événement, ne fournit plus son
travail15. On peut toutefois se demander si la grève ne serait pas constitutive
d’une situation de force majeure, rendant l’application de l’exception
d’inexécution incompatible et laissant place au mécanisme de la suspension.
Notons que l’exception d’inexécution ne peut être invoquée sans limite par
l’employeur puisque d’après la loi sur le contrat de travail, l’employeur ne peut
retenir les instruments de travail ou les effets personnels de son employé16.
Bien que les obligations de faire et de donner puissent faire l’objet d’un
refus provisoire d’exécution et laisser place à l’exception d’inexécution, il n’en
va pas de même des obligations de ne pas faire19. Selon Bernard Dubuisson
et Jean-Marc Trigaux, « la suspension d’une obligation de ne pas faire
entraîne l’inexécution irrémédiable et définitive de celle-ci », de telle sorte que
l’exception d’inexécution ne puisse être invoquée par le débiteur d’une telle
obligation 20 . Ainsi, dans le cadre de la violation d’une clause de non-
concurrence, faisant dès lors naître une obligation de ne pas faire, la Cour de
cassation a rejeté l’exceptio non adimpleti contractus invoquée par le débiteur
de l’obligation21.
13
LIBCHABER (V.), Defrénois 2006.610, cité par BENABENT (A.), Op. Cit., p.273
14
C. trav. Liège, 10 juin 1976, J.T.T., 1976, p. 277, cité par P. VAN C. trav. Liège, 10 juin 1976, J.T.T.,
1976, p. 277, cité par P. VAN
15
- BOULANGER (C.), L'exception d'inexécution et la doctrine de l'anticipatory breach of contract,
solutions à l'inexécution effective ou prévisible des obligations. Faculté de droit et de criminologie,
Université catholique de Louvain, 2019, p.11 (Cass. 23 novembre 1967, Pas., 1968, I, p. 39, cité par
P. VAN OMMESLAGHE, Droit des obligations, [Link]., p. 877.)
16
Loi du 3 juillet 1978 relative aux contrats de travail, M.B., 22 aout 1978, art. 20, 7° : « L’employeur a
l’obligation (...) d'apporter
les soins d'un bon père de famille à la conservation des instruments de travail appartenant au
travailleur et des effets personnels que celui-ci doit mettre en dépôt ; il n'a en aucun cas le droit de
retenir ces instruments de travail ou ces effets ».
17
VAN OMMESLAGHE (P.), op. cit., p. 877
18
Ibid.
19
DUBUISSON (B.) et TRIGAUX (J-M.), op. cit., p. 95.
20
Ibid.
21
Cass., 24 avril 1947, Pas., 1947, I, p. 174, cité par B. DUBUISSON et J-M TRIGAUX, op. cit., p. 96.
8
2- Les contrats synallagmatiques imparfaits et les quasi-contrats
22
Ancien Code civil, Art. 1371 : « Les quasi-contrats sont les faits purement volontaires de l'homme,
dont il résulte un engagement quelconque envers un tiers, et quelque fois un engagement réciproque
des deux parties » (Art.1300 Nouveau [Link])
23
Code civil, Art. 1301 : « Celui qui, sans y être tenu, gère sciemment et utilement l'affaire d'autrui, à
l'insu ou sans opposition du maître de cette affaire, est soumis, dans l'accomplissement des actes
juridiques et matériels de sa gestion, à toutes les obligations d'un mandataire.» (Art.1372 Ancien
[Link])
24
WÉRY (P.), Droit des obligations, op. cit., p. 754.
25
[Link]
26
Code civil, Art. 1948 « Le dépositaire peut retenir le dépôt jusqu’à l’entier paiement de ce qui lui est dû à
raison du dépôt ».
27
WÉRY (P.), Droit des obligations, op. cit., p. 754.
28
CABRILLAC (R.), Op. Cit, p.137
29
DUBUISSON (B.) et TRIGAUX (J-M.), op. cit., p. 70.
30
J.-F. GERMAIN, « Responsabilité contractuelle et remèdes à l’inexécution du contrat » in Droit des
obligations, Bruxelles, Bruylant, 2014, pp. 129-130 ; F. GEORGE, Op. cit., p. 776.
31
WÉRY (P.), Droit des obligations, op. cit., p. 754.
9
contrat synallagmatique 32 . Lorsqu’un contrat exécuté par les parties est
dissout rétroactivement, l’interdépendance des obligations réciproques justifie
le droit pour une partie de refuser la restitution de ce qu’elle a reçu tant que
l’autre ne restitue pas les prestations qu’elle a elle-même reçu ou n’offre pas
de le faire 33 . Le mécanisme s’appliquera aussi aux « situations
synallagmatiques résultant d’un groupe de contrats indissolublement liés »34.
Si deux conventions forment, dans l’intention des parties, un ensemble
indissociable et qu’un lien réciproque les unit, l’inexécution d’une obligation
découlant de l’une des conventions peut justifier la suspension d’une
obligation provenant de l’autre convention. 35 En pratique, beaucoup de
contrats contiennent une clause « d’unicité » permettant cette union. 36
Toutefois, la connexité entre les différentes obligations peut parfois provenir
du législateur lui-même.37
32
GEORGE (F.), « Le droit des contrats à l’épreuve de la faillite », Bruxelles, Larcier, 2018, op. cit., p.
776.
33
WÉRY (P.), Droit des obligations, op. cit., p. 754.
34
VAN OMMESLAGHE (P.), op. cit., pp. 877-878.
35
GERMAIN (J. F.), op. cit., p. 130.
36
Ibid.
37
Ibid.
10
B- UNE EXCEPTION SOUMISE A DES CONDITIONS
L’ordonnance de 2016, en codifiant les solutions jurisprudentielles
établies, innove en introduisant, à coté de la possibilité de ne pas exécuter son
obligation, quoiqu’elle soit exige, parce que l’autre n’exécute pas la sienne,
une autre possibilité : celle de suspendre l’exécution de son obligation
(exigible) alors même que l’obligation du contractant n’est pas encore
inexécutée parce qu’elle n’est pas encore arrivée à exigibilité : c’est l’exception
d’inexécution par anticipation.38
38
BUFFELAN-LANORE (Y.) et LARRIBAU-TERNEYRE (V.), « Droit civil : Les obligations », 16è éd., Dalloz, 2018-
2019, p.598
39
BANDE (A.) et BOURDOISEAU (J.), Le droit dans tous ses états, Septembre 2O19
11
l’autre n’exécute pas la sienne » 40 . Traduction juridique qui reflète du
« donnant, donnant », l’exception d’inexécution ne se conçoit alors que dans
les contrats synallagmatiques, caractérisés par l’interdépendance des
obligations réciproques41. L’exigence d’interdépendance est ici sous-jacente :
l’exception d’inexécution est subordonnée à la démonstration par le créancier
que la créance inexécutée dont il se prévaut est issue d’un rapport juridique
ayant donné naissance à l’obligation qui lui échoit envers son débiteur. Un lien
d’interdépendance doit donc exister entre les deux obligations réciproques.
Pour être interdépendantes, ces obligations doivent se servir mutuellement de
cause, soit avoir été envisagées par les parties comme la contrepartie de l’une
à l’autre. Ainsi, dans le contrat de vente, le prix est stipulé en contrepartie
d’une chose, raison pour laquelle on dit que les obligations de délivrance et de
paiement du prix sont interdépendantes.
40
Art. 1219 : « Une partie peut refuser d’exécuter son obligation, alors même que celle-ci est exigible, si l’autre
n’exécute pas les sienne et si cette inexécution est suffisamment grave ».
41
FAGES (B.), Droit des Obligations, L.G.D.J., p.259
42
Cour de Cass., Ch. com., 30 Mai 2007, n° 06-19.068
43
Cour de Cass., Ch. soc., 07 Juillet 1955
12
réclamer l’exécution et, par voie de conséquence, à suspendre l’exécution de
ses propres obligations. Pour déterminer si une obligation est exigible, il
convient de se reporter au terme stipulé dans le contrat. A défaut de
stipulation d’un terme, il faut se référer à l’article 1305-3 44 du code civil
français.
En suite, quant aux conditions relatives à l’inexécution, il faut que celui qui
invoque l’exception d’inexécution puisse prouver l’inexécution par l’autre partie
de son obligation.47 L’article 1219 du code civil français prévoit que l’exception
d’inexécution ne peut être soulevée par le créancier qu’à la condition qu’il
justifie « d’une inexécution suffisamment grave »48. La question qui se pose
immédiatement est de savoir comment apprécier cette gravité ? L’examen de
la jurisprudence antérieure révèle que pour apprécier le caractère
suffisamment grave de l’inexécution, n’est pas pris en compte, la cause de
l’inexécution,49 le caractère partielle ou totale de l’inexécution50 ou encore le
caractère essentiel ou accessoire de l’obligation objet d’inexécution51.
52
QUINONES (G.), L’anticipation des risques d’inexécution du contrat, 2014, p.54
53
Art.1220 « une partie peut suspendre l’exécution de son obligation dès lors qu’il est manifeste que son
cocontractant ne s’exécutera pas à l’échéance et que les conséquences de cette inexécution sont suffisamment
graves pour elle. Cette suspension doit être notifiée dans les meilleurs délais ».
54
PARAISO (F.), Le risque d’inexécution de l’obligation contractuelle, PUAM 2011, p.226
55
BANDE (A.) et BOURDOISEAU (J.), Le droit dans tous ses états, Septembre 2O19
14
causes. Par gravité des conséquences du manquement, il convient
d’envisager le préjudice susceptible d’être causé au créancier du fait de
l’inexécution. Ce préjudice peut consister soit en une perte, soit en un gain
manqué. Ce qui donc peut justifier l’exercice de l’exception d’inexécution ce
n’est donc pas le risque de non paiement du prix de la prestation par le
débiteur, mais les répercussions que ce défaut de paiement est susceptible
d’avoir sur le créancier.
15
II- LA MISE EN ŒUVRE DE L’EXCEPTION D’INEXECUTION
Principe consacré par la jurisprudence et intégré par l’ordonnance de
2016 dans le code civil français, la mise en œuvre de l’exception d’inexécution
semble être soumise à certaines formalités (A) et présente des effets (B).
56
Article 1219 code civil français
57
FABRE-MAGNAN (M.), Droit des obligations, 1è éd., 2018, PUF, p.606
58
BOULANGER (C.), L'exception d'inexécution et la doctrine de l'anticipatory breach of contract, solutions à
l'inexécution effective ou prévisible des obligations. Faculté de droit et de criminologie, Université catholique
de Louvain, 2019, p.22
59
KOHL (B.), Contrat d’entreprise (sous la dir. de ANDERSEN R., DU JARDIN J., FORIERS P. A. et SIMONT L.),
Bruxelles, Bruylant, 2016, pp. 508-512.
60
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, 12è ed., 2018, PUF, p.710
16
défense.61 La Cour de cassation l’a même confirmé dans son arrêt de 1846. 62
Selon cette conception, il ne serait pas logique d’exiger un avertissement
avant de se défendre.63
61
DUBUISSON (B.) et TRIGAUX (J-M), « L’exception d’inexécution en droit belge », in Les sanctions de
l’inexécution des obligations contractuelles. Etudes de droit comparé (sous la dir. de FONTAINE M. et VINEY G.),
Bruxelles et Paris, Bruylant, 2001, pp. 57-100. p. 83.
62
Cass., 16 mars 1846, Pas., 1846, I, p. 368 : « ce droit est l’exceptio non adimpleti contractus, par laquelle une
partie peut se refuser d’exécuter un contrat lorsque celui avec lequel elle a contracté ne l’exécute pas de son
côté, et sans qu’il soit besoin pour cela de demande en justice ni de mise en demeure »..
63
JANSEN (S.), « L’exception d’inexécution : capita selecta » in Les obligations contractuelles, Bruxelles, Larcier,
2016, p. 237.
64
DUBUISSON (B.) et TRIGAUX (J-M), « L’exception d’inexécution en droit belge », in Les sanctions de
l’inexécution des obligations contractuelles. Etudes de droit comparé (sous la dir. de FONTAINE M. et VINEY G.),
Bruxelles et Paris, Bruylant, 2001, pp. 57-100. p. 84
65
Idem
66
Cass., 9 avril 1976, Pas., 1976, I, p. 887, cité par DUBUISSON (B.) et TRIGAUX (J-M.), op. cit., p. 84.
67
DUBUISSON (B.) et TRIGAUX (J-M), « L’exception d’inexécution en droit belge », in Les sanctions de
l’inexécution des obligations contractuelles. Etudes de droit comparé (sous la dir. de FONTAINE M. et VINEY G.),
Bruxelles et Paris, Bruylant, 2001, pp. 57-100. p. 85
68
S. JANSEN, « L’exception d’inexécution : capita selecta » in Les obligations contractuelles, Bruxelles, Larcier,
2016, pp. 237-238.
69
BOULANGER (C.), L'exception d'inexécution et la doctrine de l'anticipatory breach of contract, solutions à
l'inexécution effective ou prévisible des obligations. Faculté de droit et de criminologie, Université catholique
de Louvain, 2019, p.23 (Voir interviews de Maître Kauten et Maître Lequeux présentées en annexe pp.71-81)
70
La mise en demeure est exigée pour la mise en œuvre des autres sanctions attachées à l’inexécution
contractuelle que sont : l’exécution forcée en nature (Art. 121 et 1222 [Link]), la réduction du prix (Art 1223
[Link]), l’activation de la clause résolutoire (Art. 1225 al. 2 [Link]), la résolution par notification (Art. 1226 al. 1
[Link]), l’action en responsabilité contractuelle (Art. 1231 [Link]).
17
D’un autre côté, une mise en demeure pourrait utilement renforcer l’effet de
pression créé par ce mécanisme.71
D’autre part, cette disposition n’exige pas que le créancier, pour exercer
l’exception d’inexécution, saisisse le juge aux fins qu’il constate l’inexécution
du contrat. En effet, l’exception d’inexécution, en tant que moyen de justice
privée ou extrajudiciaire peut être invoquée sans avoir préalablement recours
à l’intervention du juge. Cependant, dans certains cas, et plus précisément en
France, l’exception d’inexécution ne peut être envisagée sans l’autorisation
de ce dernier. Ainsi, dans les contrats de fourniture d’énergie, comme les
contrats de distribution d’eau qui même si sa nature a eu à faire l’objet de
controverse doctrinale,74 un contrôle va être exercé a priori par le juge.75 C’est
donc une application judiciarisée de l’exception d’inexécution. A côté de cela,
71
JANSEN (S.), « L’exception d’inexécution : capita selecta » in Les obligations contractuelles, Bruxelles, Larcier,
2016, p. 239.
72
idem
73
Cass., 13 janvier 2017, R.G. n° C.15.0417.N., traduit par F. GEORGE, op. cit., p. 781.
74
- BOULANGER (C.), L'exception d'inexécution et la doctrine de l'anticipatory breach of contract, solutions à
l'inexécution effective ou prévisible des obligations. Faculté de droit et de criminologie, Université catholique
de Louvain, 2019, pp.23-24
- La doctrine est divisée quant à la question de savoir si le contrat de distribution d’énergie est de nature
contractuelle ou réglementaire. Les « contractualistes » invoquent l’autonomie de la volonté et considèrent ce
rapport comme un contrat d’adhésion tandis que les « réglementistes » sont d’avis que la distribution
d’électricité, de gaz et d’eau constitue un service public soumis à des règles propres.
75
Le décret de la Région wallonne du 12 février 2004 relatif à la tarification et aux conditions générales de la
distribution publique de l’eau en Wallonie admet le mécanisme de l’exception d’inexécution dans les contrats
de distribution d’eau mais soumet sa mise en œuvre à l’autorisation préalable du juge : « la distribution
publique d’eau à un immeuble affecté en tout ou en partie à l’habitation ne peut être interrompue (...) qu’en
l’exécution d’une décision judiciaire est rendue pour non-paiement et autorisant le recours à l’interruption de la
distribution » 262. Le distributeur d’énergie est donc tenu d’opérer un détour par le juge pour mettre en œuvre
l’exceptio non adimpleti contractus consacrée par le décret wallon.
- VANDEBURIE (A.) « Coupures d’eau, de gaz et d’électricité: ça suffit! L’article 23 de la Constitution à la
rescousse des besoins énergétiques fondamentaux », note sous J.P. Mouscron-Comines-Warneton, 24 mai
2004, R.G.D.C., 2008, p. 276.
18
l’article 23 de la Constitution française apporte une autre limite à l’usage de
l’exception d’inexécution basée sur la dignité humaine.76
Le plus probable est que cette irrégularité soit considérée comme une
faute entachant l’exercice par anticipation de l’exception d’inexécution et que,
par voie de conséquence, cela expose le créancier à une condamnation au
paiement de dommages et intérêts.78
76
BOULANGER (C.), L'exception d'inexécution et la doctrine de l'anticipatory breach of contract, solutions à
l'inexécution effective ou prévisible des obligations. Faculté de droit et de criminologie, Université catholique
de Louvain, 2019, p.25
77
BAMDE (A.) et BOURDOISEAU (A.), L’exception d’inexécution ; domaine, conditions, effets, 2021
78
Idem
19
B- LES EFFETS DE LA MISE EN OUEVRE DE
L’EXCEPTION D’INEXECUTION
La mise en œuvre de l’exception d’inexécution présente des effets
différents selon qu’il s’agit des parties (1) ou les tiers (2).
79
FABRE-MAGNAN (M.), Droit des obligations, 1è éd., 2018, PUF, p.607 ; - LARROUMET (Ch.), Droit civil : Les
obligations, le contrat, 5è éd., 2003, p.793 ; - BENABENT (A.), Droit civil : les obligations, 11è éd., 2007,
Montchrestien, pp.274-275 ; -CABRILLAC (R.), Droit des obligations, 6è ed. 2004, pp.126-127
80
BENABENT (A.), Droit des obligations, 17è ed., 2018, LGDJ, p.303
20
En tout état de cause, l’exercice de l’exception d’inexécution n’autorise
pas le créancier à rompre le contrat.81 Pour sortir de la relation contractuelle, il
n’aura d’autre choix que de solliciter la résolution du contrat, selon l’une des
modalités énoncées à l’article 1224 du Code civil.82
81
[Link].1er dec.1992, n°91-10930
82
Art.1224 code civil « La résolution résulte soit de l'application d'une clause résolutoire soit, en cas d'inexécution
suffisamment grave, d'une notification du créancier au débiteur ou d'une décision de justice. »
83
Com. 15 janvier 1973, bull. civ IV, n°24, p.18, D.1973.473
84
Com. 1er décembre 1992, rtd civ 1993. 578 obs. Mestre (J.)
85
QUINONES (G.), L’anticipation des risques d’inexécution du contrat, 2014, p.57
86
Article 71 convention de vienne sur les contrats de vente internationale de marchandises « 1) Une partie
peut différer l’exécution de ses obligations lorsqu’il apparaît, après la conclusion du contrat, que l’autre partie
n’exécutera pas une partie essentielle de ses obligations du fait:
a) D’une grave insuffisance dans la capacité d’exécution de cette partie ou sa solvabilité; ou
b) De la manière dont elle s’apprête à exécuter ou exécute le contrat.
2) Si le vendeur a déjà expédié les marchandises lorsque se révèlent les raisons prévues au paragraphe
précédent, il peut s’opposer à ce que les marchandises soient remises à l’acheteur, même si celui-ci détient un
21
Vienne 88 , concevoir que le créancier puisse, à la suite d'une demande
d'"assurance adéquate d'exécution" au débiteur, mettre fin au contrat. La
probabilité de l'inexécution ultérieure devenant une certitude apparente, la
résolution anticipée serait justifiée. Si le débiteur fournit les justifications
demandées, le créancier ne pourra en revanche mettre en œuvre ladite
résolution mais devra également lever la suspension de ses obligations. 89 Il
faut également ajouter qu'une telle demande ne pourra être formulée qu'en
présence d'un risque sérieux d'inexécution de la part du débiteur et que toute
demande intempestive sera sanctionnée 90 . Autrement dit, les conditions
relatives à l'exception pour risque d'inexécution doivent avoir été dûment
remplies afin de pouvoir demander une telle attestation. Il est donc de l'intérêt
du créancier de manier cette faculté avec précaution car si la mise en œuvre
abusive d'une exception pour risque d'inexécution résultant d'une mauvaise
appréciation du risque d'inexécution, engagerait la responsabilité du créancier
fautif, l'application abusive d'une résolution anticipée découlant d'une
demande d'assurance d'exécution intempestive à laquelle le débiteur n'aura
pu répondre malgré l'absence de risque sérieux d'inexécution, entraînera a
fortiori un dommage bien plus élevé qu'il conviendra de réparer. Celle-ci ne
saurait constituer un subterfuge pour échapper à l'exécution de ses propres
obligations contractuelles.91
document lui permettant de les obtenir. Le présent paragraphe ne concerne que les droits respectifs du
vendeur et de l’acheteur sur les marchandises.
3) La partie qui diffère l’exécution, avant ou après l’expédition des marchandises, doit adresser immédiatement
une notification à cet effet à l’autre partie, et elle doit procéder à l’exécution si l’autre partie donne des
assurances suffisantes de la bonne exécution de ses obligations. »
87
Article 72 convention de vienne sur les contrats de vente internationale de marchandises « 1) Si, avant la
date de l’exécution du contrat, il est manifeste qu’une partie commettra une contravention essentielle au
contrat, l’autre partie peut déclarer celui-ci résolu.
2) Si elle dispose du temps nécessaire, la partie qui a l’intention de déclarer le contrat résolu doit le notifier à
l’autre partie dans des conditions raisonnables pour lui permettre de donner des assurances suffisantes de la
bonne exécution de ses obligations.
3) Les dispositions du paragraphe précédent ne s’appliquent pas si l’autre partie a déclaré qu’elle n’exécuterait
pas ses obligations. »
88
Comme le fait remarquer Andréa Pinna, la combinaison de ces deux articles démontre que la Convention de
Vienne relative à la vente internationale de marchandise ne poursuit pas le but de l'exception pour risque.
PINNA (A.), L’exception pour risque d’inexécution, RTD civ 2003 p.31 et s.
89
QUINONES (G.), L’anticipation des risques d’inexécution du contrat, 2014, p.58
90
LAITHIER (Y-M.), Etude comparative des sanctions de l'inexécution du contrat, LGDJ 2004, p.578
91
QUINONES (G.), L’anticipation des risques d’inexécution du contrat, 2014, p.58
92
Andréa Pinna a pu démontrer qu'au regard de la convention de la vienne relative à la vente internationale de
marchandise, l'exception pour risque d'inexécution constituait une mesure préalable à la résolution anticipée.
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d'inexécution est manifeste, le créancier peut directement procéder à la
résolution du contrat. Mais lorsqu'un tel risque n'est que sérieusement
probable, le créancier pourra suspendre l'exécution de sa propre prestation.
Toutefois, afin d'éviter que la situation ne perdure inutilement, le créancier
aura la faculté de demander une "assurance adéquate d'exécution" aux fins de
procéder à la résolution du contrat en cas de défaut d'obtention. L'exception
pour risque d'inexécution aurait donc principalement pour objet de permettre
au créancier de suspendre l'exécution de ses obligations dans l'attente que la
simple probabilité d'inexécution devienne un risque manifeste en raison de
l'absence d'assurance suffisante d'exécution. L'on peut toutefois noter que le
créancier pourra malgré tout s'abstenir de formuler une telle demande, lourde
de conséquences, et opter pour la suspension de sa prestation jusqu'à
l'échéance des obligations du débiteur.93
93
QUINONES (G.), L’anticipation des risques d’inexécution du contrat, 2014, p.58
94
FABRE-MAGNAN (M.), Droit des obligations, 1è éd., 2018, PUF, p.607
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CONCLUSION
Le sujet intitulé l’exception d’inexécution, nous a conduit à s’interroger
les modalités de l’exception d’inexécution. L’exception d’inexécution constitue
un moyen de pression permettant en effet à un cocontractant de suspendre
l’exécution de ses propres obligations jusqu’à ce que l’autre exécute les
siennes. Elle peut être invoquée dans le cas d’une inexécution avérée ou
encore par anticipation. Le cocontractant qui décide de mettre en œuvre
l’exception d’inexécution doit s’assurer que certaines conditions de fond
comme de forme sont remplies. Ces conditions différent selon qu’il s’agit de
l’exception d’inexécution classique ou par anticipation. La mise en œuvre de
l’exception d’inexécution produit des effets entre les parties qui peuvent
s’étendre au tiers.
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BIBLIOGRAPHIE
I- OUVRAGES GENERAUX
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III- ARTICLES
V- TEXTES ET LOIS
VI- JURISPRUDENCES
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- 1ère civ., 25 nov. 1980
- Cass., 16 mars 1846, Pas., 1846, I, p. 368
- Cass., 9 avril 1976, Pas., 1976, I, p. 887
- Cass., 13 janvier 2017, R.G. n° C.15.0417.N.,
- [Link].1er dec.1992, n°91-10930
- Com 15 janvier 1973, bull. civ IV, n°24, p.18, D.1973.473
- Com 1er décembre 1992, rtd civ 1993.
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