CHAPITRE 1
MODÈLES MATHÉMATIQUES
NOUREDDINE DAILI
Abstract. Dans ce chapitre on donne une introduction aux modèles mathé-
matiques.
1. Introduction
Le mot “modèle”, à fortiori additionné de l’épithète “mathématique”, est sou-
vent entouré d’une aura de complexité et d’inaccessibilité de la part du public,
notamment débutant.
2. Qu’est-ce qu’un modèle mathématique ?
À l’origine, le mot “modèle”est un terme des Beaux Arts utilisé au XV I e siècle
pour décrire une “représentation en petit de ce qui sera reproduit en grand”(comme
une maquette).
L’emploi scienti…que du mot apparaît beaucoup plus tard, dans la seconde moitié
du XX e siècle, se répandant alors rapidement dans diverses sciences y compris les
sciences humaines (économie, sociologie, linguistique, etc.).
Dans son sens scienti…que général, un modèle est une représentation ou une
description, bien dé…nie et bien organisée, d’un aspect du monde réel, phénomène
physique ou biologique, économique ou écologique, chimique ou commercial, ...
auquel on s’interesse.
Le décrivant avec précision, il permet d’en prévoir certains aspects, par exemple
son évolution dans le futur, et éventuellement de l’expliquer à partir de phénomènes
plus simples ou de principes généraux.
Les exemples en sont nombreux en physique, comme le modèle de Newton
décrivant la rotation de la terre autour du soleil.
En…n, dans la mesure où un modèle quanti…e et non seulement quali…e un
phénomène, on utilise de plus en plus fréquemment le terme de “modèle mathé-
matique” plus que le seul mot “modèle”.
Le modèle est mathématique dans la mesure où il décrit un e¤et dans un lan-
gage mathématique (en appliquant les techniques et théories mathématiques) le
phénomène étudié, et éventuellement traduit les résultats mathématiques obtenus
en prédiction dans le monde réel.
Date : Mars 4, 2022.
1991 Mathematics Subject Classi…cation. Primary 05C38, 15A15; Secondary 05A15, 15A18.
Key words and phrases. Introduction, modèle mathématique, dé…nitions.
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3. Pourquoi utiliser un modèle mathématique ?
Les modèles mathématiques sont une traduction simpli…ée de la réalité.
Formalisant un phénomène complexe, ils permettent d’en étudier di¤érents paramètres,
et les relations qui existent entre eux, de façon quantitative ou qualitative. Générant
ou testant des hypothèses, ils conduisent à une première compréhension de systèmes
très complexes. Les modèles mathématiques sont ainsi le moyen de jeter un pont
entre un niveau et un autre.
4. Comment construire un modèle
Modéliser, c’est convertir un problème concret, issu du monde réel, en termes de
nature mathématique.
C’est transformer un besoin, plus ou moins bien exprimé, en équations, en es-
sayant de rendre compte de toutes les contraintes.
Le mathématicien, qui ne voit que l’aspect mathématique, s’imagine toujours
que la modélisation est chose facile ; pour lui, l’étape glorieuse est la résolution
du problème mathématique une fois formalisé. Mais cette conception des choses
est absolument erronée : c’est l’étape de modélisation qui est la plus délicate, la
plus longue, et la plus périlleuse ; elle relève plus de l’art que de la science ; il faut
parvenir, par de nombreuses discussions avec l’utilisateurs, à bien comprendre leurs
problèmes. On leur soumet un premier modèle, qui en général ne répond pas à
leurs attentes, et on le modi…e petit à petit, jusqu’à y parvenir aussi complètement
que possible. Donc
modéliser consiste à appliquer des mathématiques à un fragment de réalité.
Pour être pertinente, une modélisation doit donc respecter quelques règles sim-
ples que nous allons suivre au fur et à mesure à propos d’un travail donné.
Etape 1: retenir des hypothèses
Le choix d’un modèle ne peut être fait qu’après avoir énoncé précisément les lois
régissant le phénomène observé.
Les lois doivent être énoncées sous forme mathématique. Ce travail délicat néces-
site en général des compétences extérieures au champ strictement mathématique
et consiste en premier lieu par simpli…er ce que l’on observe en ne retenant que
quelques propriétés que l’on juge saillantes et en négligeant toutes les autres.
Etape 2 : mettre en équation
Le choix des inconnues et des variables du problème est une étape importante et
délicate qu’il ne faut pas bâcler dans la mise en équation.
Etape 3 : résoudre
On résout analytiquement si possible le modèle formulé sinon numériquement.
Etape 4 : analyser les résultats
La partie proprement mathématique est maintenant terminée. Il reste à examiner
les résultats et analyser la pertinence de la modélisation.
Le problème de la validité du modèle est un phénomène très di¢ cile en général.
5. Les qualités d’un modèle. Intérêts et limites
Il est important de comprendre que la complexité mathématique n’est pas un
critère su¢ sant pour juger si un modèle est pertinent ou non.
À résultat comparable, c’est le modèle le plus simple qui est préférable.
un modèle sera pertinent :
C H APITRE 1 M O D ÈLES M ATH ÉM ATIQ U ES 3
. s’il couvre bien le champ du problème réel ;
. s’il permet d’obtenir le résultat escompté (description du phénomène avec le
niveau de précision souhaité ou prévisions se révêlant juste à postériori ;
. accessoirement s’il est réutilisable.
6. Concept de variable
De…nition 1. On appelle variable toute expression algébrique (habituellement une
seule lettre : x, y, z, t, ... ) par laquelle est remplacée une valeur (physique,
économique, temporelle, ... etc) inconnue.
Le rôle de la variable est d’occuper la position que prendrait une valeur si celle-ci
était disponible.
Example 1. Considérant que le taux d’imposition est de 17%. Quel montant
d’impôt un individu devrait-il payer ?
Solution 1. Répondre à une telle question nécessite la connaissance du salaire
annuel de l’individu.
Puisque le salaire est inconnu, nous le remplaçons par une variable. Par exemple,
si on dé…nit la variable
s = le salaire annuel de l’individu
alors celui-ci aurait à payer 17% de s en impôt, c’est-à-dire
I(s) = Impôt = 17%s = 0; 17s.
La variable s occupe donc la position du salaire - en attendant que celui-ci soit
découvert - dans la formule du calcul d’impôt.
7. Modélisation Mathématique
De…nition 2. - On appelle modélisation d’un problème ou modèle mathématique
un procédé par lequel nous utilisons des expressions mathématiques pour décrire une
situation quantitative réelle.
- Modéliser consiste à écrire en notation mathématique ce qui est exprimé d’abord
en mots en faisant intervenir des variables au besoin.
Example 2. Un individu souhaite investir dans une action qui lui rapportera 15%
annuellement.
Quel montant aura-t-il au bout de l’année ?
Solution 2. L’investissement initial de l’individu est inconnu. Dé…nissons
x : le montant que l’individu investit dans cette action.
Le montant accumulé à la …n de l’année sera
s(x) = x + (15%)x = x + 0; 15x = 1; 15x:
Example 3. Un ébéniste (ouvrier qui fait ou répare les meubles) produit et vend ses
propres meubles. Les tables en pin (n.m. genre de conifères, à feuillage toujours
vert) sont vendues 6500 DA, les tables en mérisier (n.m. cerisier sauvage) se
vendent 7500 DA et les tables en érables (n.m. arbre à bois léger et solide), 8500
DA.
Quel sera le revenu annuel de l’ébéniste ?
4 NOUREDDINE DAILI
Solution 3. Le revenu annuel de l’ébéniste ne peut être obtenu que si le nombre
de tables vendues de chaque type est connu. Des variables doivent donc remplacer
ces quantités, toutes inconnues pour l’instant.
Dé…nissons :
x : le nombre de tables en pin vendues au cours de l’année ;
y : le nombre de tables en merisier vendues au cours de l’année ;
z : le nombre de tables en érable vendues au cours de l’année.
Chaque table en pin produit un revenu de 6500 DA.
Si x tables de pin sont vendues, un revenu de 6500 DA fois x sera obtenu.
De même pour les autres types de tables. Par conséquent,
Revenu total := RT = 6500x + 7500y + 8500z.
Example 4. Les trois phases d’un projet doivent s’e¤ ectuer de façon séquentielle,
ce qui signi…e qu’une phase ne peut pas débuter avant que la phase précédente soit
terminée.
On sait que le coût de réalisation de chacune des phases se décompose en un coût
…xe, indépendant de sa durée, et en un coût variable qui en dépend.
Le table suivant résume la situation :
Phase 1 1 2 3
Coût …xe 318 000 DA 212 000 DA 220 000 DA
Coût variable 15 000 DA=jour 14 000 DA=jour 16 000 DA=jour
Le concepteur du projet doit proposer un prix pour le projet. Il voudrait que ce prix
lui assure une marge de pro…t d’au moins 10 %.
Exprimer le coût total du projet et le prix que le concepteur devrait proposer en
fonction de la durée de chaque phase du projet ?
Solution 4. La durée de chaque phase étant inconnue, dé…nissons les trois vari-
ables suivantes :
x = durée de la phase 1 (en jours) ;
y = durée de la phase 2 (en jours) ;
z = durée de la phase 3 (en jours).
Le coût de la phase 1 se décompose en un coût …xe (318 000 DA) et un coût
variable (15 000 DA par jour). Si la phase 1 dure x jours, le coût de cette phase
sera
Coûtphase 1 := 318 000 + 15 000x :
Le même principe s’applique pour les deux autres phases :
Coûtphase 2 := 212 000 + 14 000y :
Coûtphase 3 := 220 000 + 16 000z :
Le coût total du projet peut s’exprimer comme la somme des coûts des trois phases
:
CT := Coût total du projet = Coûtphase 1 +Coûtphase 2 +Coûtphase 3 :
C’est-à-dire
CT := (318 000 + 15 000x) + (212 000 + 14 000y) + (220 000 + 16 000z)
:
= 15 000x + 14 000y + 16 000z + 750 000
Le prix proposé pour le projet par son concepteur doit lui assurer une marge de
pro…t d’au moins 10 %.
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Le prix doit donc être au moins 10 % plus élevé que le coût total :
P = Prix CT + 10% CT = 1; 1CT =
1:1(15 000x + 14 000y + 16 000z + 750 000):
D’où
P = Prix 16500x + 15400y + 17600z + 825 000:
Example 5. (Application Pharmaceutique) La gélule est une forme médicamenteuse
utilisée quand le médicament qu’elle contient a une odeur forte ou un goût désagréable
que l’on souhaite cacher. On trouve des gélules de di¤ érents calibres. Ces calibres
sont numérotés de “000” à “5” comme le montre l’illustration ci-contre
F ig:1:
(“000” désignant le plus grand calibre et “5” désignant le plus petit).
Le tableau suivant donne la longueur de ces di¤ érents calibres de gélile :
Calibre de la gélule 000 00 0 1 2 3 4 5
Longueur L de la gélule (en mm) 26; 1 23; 3 21; 7 19; 4 18; 0 15; 9 14; 3 11; 5
On considère une gélule constituée de deux demi-sphères identiques de diamètre
9; 5 mm et d’une partie cylindrique d’une hauteur de 16; 6 mm comme l’indique le
croquis suivant :
F ig:2:
1) À quel calibre correspond cette gélule ?
2) Calculer le volume arrondi au mm3 de cette gélule.
On rappelle les formules suivantes ;
Volume d’un cône
Volume d’un cylindre Volume d’une sphère
de rayon de base R et
de rayon R et de hauteur h : de rayon R :
de hauteur h :
V (R; h) = R2 h R2 h V (R) = 34 R3
V (R; h) = 3
3) Ali tombe malade et son médecin lui prescrit comme traitement une boîte
d’antibiotique conditionné en gélules correspondant au croquis précident. Chaque
gélule de cet antibiotique a une masse volumique de 6; 15 10 4 g=mm3 . La boite
d’antibiotique contient 3 plaquettes de 6 gélules.
Quelle masse d’antibiotique Ali a-t-il absorbée durant son traitement ? Donner
le résultat en gramme arrondi à l’unité.
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Solution 5. 1) Description géométrique :
F igure 3
Description Physique :
Une gélule est constituée d’une partie cylindrique et de deux hémisphères. Pour
obtenir sa longueur il faut ajouter la hauteur du cylindre à deux fois le rayon de la
sphère, c’est-à-dire le diamètre de la sphère.
L(h; r) = h + r + r = h + 2r:
Numériquement : h = 16; 6 mm ; r = 4; 75, d’où
L(h; r) = 16; 6 mm + 2 4; 75 = 26; 1mm
c’est une gélule de calibre 000.
2) Le volume de la partie cylindrique vaut
Vc (h; r) = r2 h = Surface de base hauteur
= (4; 75 mm)2 16; 6
= 374; 5375 mm3 ' 1176 mm3 :
Le volume des deux hémisphères, c’est-à-dire de la sphère vaut :
4 3 4
VS (r) = Vhs (r) = r = (4; 75mm)3 ' 449mm3 ;
3 3
et
Vg = Vc (h; r) + Vhs (r) = le volume de la gélule
= 1176 + 449 = 1625mm3 :
Le volume de la gélule est 1625 mm3 .
3) La masse volumique = mv = 6; 15 10 4 g=mm3 : Donc
6; 15 10 4 g=mm3 signi…e que 1 mm3 d’antibiotique a une masse de 6; 15
4
10 g = 0; 000615 g.
La boite contient 3 plaquettes de 6 gélules, c’est-à-dire,
3 6 = 18 gélules.
Le volume d’une gélule est Vg = 1625 mm3 (d’après question 2)) donc comme
18 1625 mm3 = 29250 mm3 ;
le volume absorbé est 29250 mm3 .
Comme 6; 15 10 4 29250 ' 18.
Ali a absorbé environ 18g d’antibiotique pendant sont traitement.
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Department of Mathematics
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