Ressources marines et commercialisation – Bulletin de la CPS n° 16 – Mars 2007
13
Le commerce de poissons de récifs vivants destinés à
la restauration précipite la diminution des mérous queue carrée
(Plectropomus areolatus) sur un site de concentration
de reproducteurs à Manus (Papouasie-Nouvelle-Guinée)
Richard J. Hamilton1 et Manuai Matawai2
Contexte 33)3 n’ont jamais été ouverts au commerce de poissons
de récifs vivants destinés à la restauration, tandis que le
Il est avéré que la surpêche imputable au commerce de troisième (site 35) a été exploité de juillet à décembre
poissons de récifs vivants destinés à la restauration est 2005 pour alimenter ce commerce. D’après nos premiers
l’une des principales menaces qui pèse sur les concen- résultats, par rapport aux deux sites “témoins” non
trations de poissons de récifs coralliens en vue du frai exploités, l’abondance et la densité de Plectropomus areo-
(Johannes et Riepen 1995; Sadovy et Vincent 2002; latus sur le site 35 ont diminué très rapidement dès le
Sadovy et al. 2003; Warren-Rhodes et al. 2003). On dis- début des opérations commerciales. Les résultats des
pose toutefois de peu de preuves directes de la dispari- comptages visuels en plongée montrent aussi que la
tion ou du déclin de sites de concentration sous l’effet concentration de P. areolatus a culminé sur les sites 29 et
d’activités de ce secteur dans la région Indo-Pacifique 33 entre mars et juin 2006, comme des pêcheurs locaux
(Rhodes and Warren-Rhodes 2005), la majorité des l’avaient prédit. Pendant la même période, on n’a pas
comptes rendus écrits s’appuyant sur les savoirs des décelé de saison de pointe marquée sur le site 35.
pêcheurs locaux (Johannes et al. 1999; Hamilton et al.
2006; Sadovy 2005; Sadovy et Domeier 2005). Dans l’ar- Contexte écologique et social
ticle qui suit, nous apportons des témoignages de Méla-
nésie qui démontrent, chiffres à l’appui, l’impact du Les sites, les paramètres biologiques et l’état de plus de
commerce de poissons de récifs vivants destinés à la res- dix sites de concentration de mérous à Manus (figure 1)
tauration sur les concentrations de mérous queue carrée ont été étudiés dans le cadre de plusieurs enquêtes sur
(Plectropomus areolatus) en vue du frai. Pour cela, nous les savoirs locaux et comptages visuels en plongées effec-
avons recouru à des données recueillies par comptage tués à la demande du Service national des pêches de
visuel en plongée sur trois sites de concentration de Papouasie-Nouvelle-Guinée, The Nature Conservancy
mérous, sur la côte méridionale de Manus, en Papouasie- (TNC) et la Society for the Conservation of Reef Fish
Nouvelle-Guinée. Deux des trois sites étudiés (sites 29 et Aggregations (SCRFA) (Squire 2001; Hamilton 2003;
Figure 1. Manus et îles Hermit, Papouasie-Nouvelle-Guinée.
1. The Nature Conservancy, Indo-Pacific Resource Centre, PO Box 8106, Woolloongabba, Qld 4102, Australie. Tél: +617 3214 6913.
Fax: +617 3214 6999. Courriel: rhamilton@[Link]
2. The Nature Conservancy, Manus Field Office, PO Box 408, Lorengau, Manus Province, Papouasie-Nouvelle-Guinée. Tel: +675 470
9368. Courriel: [Link]@[Link]
3. Par convention, The Nature Conservancy désigne les sites de concentration par des numéros et non par leur nom géographique,
pour éviter de divulguer le lieu de ces concentrations.
14 Ressources marines et commercialisation – Bulletin de la CPS n° 16 – Mars 2007
Hamilton et al. 2004). Sur l’ensemble des sites de concen- La NGISP exprima immédiatement son intérêt pour l’ex-
tration connus, trois (sites 29, 33 et 35) ont été estimés ploitation des sites 29, 33 et 35, ainsi que plusieurs autres
appeler des mesures de conservation urgentes. Ces trois sites connus de concentration de mérous de cette région.
sites se trouvent sur des promontoires récifaux, le long Les propriétaires traditionnels des sites 29 et 33 n’autori-
de la côte sud de l’île de Manus, et sont la propriété cou- sèrent pas l’entreprise à accéder à leurs récifs (les
tumière de quatre communautés de la tribu Titan. Ce pêcheurs locaux y pêchaient en réalité, et vendaient leurs
sont les plus vastes des sites connus de concentration de prises à la NGISP), mais ceux du site 35 lui donnèrent
mérous à Manus, et ils présentent tous une riche biodi- leur autorisation. De juillet à décembre 2005, la commu-
versité (Hamilton et al. 2005b). Le mérou queue carrée4, nauté propriétaire du récif où se trouve le site 35 captura
le mérou marron (Epinephelus fuscoguttatus) et le mérou 13 tonnes de poissons pour le commerce de poissons de
camouflage (E. polyphekadion) sont connus pour leur récif vivants destinés à la restauration. Près de la moitié
concentration sur ces sites, à des dates et des endroits qui de ces prises étaient composées de P. areolatus, les napo-
peuvent se chevaucher. Selon les pêcheurs locaux, une léons (Cheilinus undulatus) et E. fuscoguttatus étant les
concentration de P. areolatus se forme sur les sites 29, 33 deuxième et troisième espèces les plus représentées. Au
et 35 au cours du troisième quartier de chaque mois moins la moitié de P. areolatus capturés était prélevée du
lunaire de l’année, avec un pic en mars, avril et mai, pen- site 35 (observation personnelle de l’auteur, Manuai
dant lequel l’abondance de P. areolatus sur les sites de Matawai, de juillet à décembre 2005).
concentration est d’un ordre de grandeur supérieure à
celle des autres mois de l’année. Nombre de P. areolatus étaient capturés par des pêcheurs
à la ligne, depuis des pirogues, mais certains pêcheurs
Au début de 2004, nous avons organisé des réunions utilisaient un engin original et très efficace pour capturer
d’information dans les communautés pour les sensibili- cette espèce. Un pêcheur équipé d’un tuba nage à la sur-
ser à l’importance de la conservation des sites de concen- face, sur le site 35, en tenant une petite palangrotte.
tration de mérous par les quatre tribus Titan proprié- Quand il repère un P. areolatus sur le récif, il fait des-
taires des récifs sur lesquels se trouvent les sites 29, 33 et cendre un hameçon appâté, sous les yeux du poisson. Le
35. Toutes les communautés ont ensuite manifesté leur poisson ferré est ensuite remonté par le nageur et placé
intérêt pour la gestion de leurs sites de concentration, et dans une pirogue. Selon les pêcheurs, cette méthode
demandé à TNC de leur apporter une aide technique à donne un taux de prises par unité d’effort supérieur à la
cet effet. Pendant plusieurs mois, les communautés ont pêche à la palangrotte depuis une embarcation.
débattu ces questions entre elles, et nous ont priés de
leur donner des conseils sur les diverses options de ges- Méthodes de comptage visuel en plongée
tion qu’elles envisageaient pour leurs sites de frai. En
mai 2004, les quatre communautés Titan ont interdit la Les premières enquêtes par comptage visuel en plongée
pêche au harpon sur ces trois sites durant les dix jours réalisées sur les sites 29, 33 et 35 ont été conduites au
précédant la nouvelle lune de chaque mois de l’année. cours de la semaine précédant la nouvelle lune de mars
Elles ont aussi interdit la capture de poissons à des fins 2001 (Squire 2001). La méthode de Squire consiste à des-
commerciales. La pêche vivrière à la ligne était autorisée cendre à une profondeur de 20 à 30 m en scaphandre
sur ces sites, mais les pêcheurs n’avaient le droit de cap- autonome, et à nager le long du site de concentration
turer que les poissons nécessaires à leur consommation dans le sens du courant dominant, tout en notant sur du
quotidienne. Les communautés Titan se sont toutes atta- papier imperméable le nombre total de P. areolatus, E. fus-
chées à ne pas divulguer la durée de ces mesures de res- coguttatus et E. polyphekadion observés. Les caractéris-
triction. Elles ont en revanche déclaré que la pertinence tiques dénotant le frai chez ces espèces — changement
et l’efficacité de ces premières mesures seraient rééva- de couleur, territorialité et femelles gravides — ont éga-
luées d’ici à quelques années. lement été notées. Manuai Matawai a montré à Squire les
emplacements des sites 29, 33 et 35, et a participé aux
Bien que ces règles aient été généralement bien respec- enquêtes menées par Squire en 2001. En mai et juin 2004,
tées, la résistance de la gestion communautaire à des il a de nouveau examiné ces trois sites selon des
pressions commerciales étrangères a été mise à rude méthodes identiques.
épreuve en juin 2005, lorsque le Service des pêches et le
gouvernement provincial de Manus ont autorisé la Les enquêtes conduites par Manuai Matawai en 2004
société New Guinea Islands Sea Products (NGISP), qui confirmaient la présence de grandes concentrations de
pratique le commerce de poissons de récif vivants desti- P. areolatus et E. fuscoguttatus sur les trois sites. Sur tous
nés à la restauration, à exploiter la côte sud de Manus5. les sites, P. areolatus et E. fuscoguttatus ont des distribu-
4. Dans le présent article, nous nous limitons à l’effet du commerce de poisons de récif vivants sur les concentrations de P. areolatus,
espèce de mérous la plus abondante sur les trois sites.
5. Une deuxième entreprise de commerce de poisons de récif vivants destinés à la restauration, Golden Bowl PNG Ltd, a commencé
à opérer autour des îles Ninigo et Hermit, dans la province de Manus, à l’ouest de l’île de Manus, en juin 2005. C’est la même
zone qui avait été exploitée à des fins commerciales de 1990 à 1992. Les autorités de la province avaient mis un terme à ces opé-
rations en 1992, car celles-ci suscitaient diverses inquiétudes d’ordre social et écologique (Richards 1993; Gisawa and Lokani
2001). En 2005, la Bowl PNG Ltd avait acheté 4 tonnes de mérous et de napoléons (Cheilinus undulatus) provenant des îles Ninigo
et Hermit en l’espace d’un mois environ. Dès le premier mois d’exploitation, les propriétaires de la ressource et des représentants
de l’entreprise se sont heurtés de front, apparemment parce que celle-ci pêchait dans des zones tambu (pêche interdite) que la
communauté avait réservées à des fins de conservation. Les représentants de l’entreprise quittèrent ensuite la région et, en sep-
tembre 2005, la Golden Bowl PNG Ltd avait quitté la province de Manus (Hamilton et al. 2005b).
Ressources marines et commercialisation – Bulletin de la CPS n° 16 – Mars 2007
15
tions spatiales qui se chevauchent, bien que P. areolatus se P. areolatus recueillies sur chaque site, le long des tran-
concentre surtout dans la partie la moins profonde de ces sects peu profonds de 1 000 m2, sont présentées ici. À
sites (à 3–15 m de profondeur), tandis que E. fuscogutta- l’exception des données de Squire (2001), tous les
tus préfère la partie plus profonde (15-40 m). Les comp- comptages de P. areolatus présentés ici ont été effectués
tages visuels en plongée réalisés sur les sites 29, 33 et 35 par Manuai Matawai.
en mai et juin 2004 ont révélé que le nombre de mérous
et les zones où ils se regroupaient étaient trop importants Résultats des comptages visuels en plongée
pour permettre de décompter tous les individus en une
seule plongée. Il a donc été décidé que, pour les enquêtes Les pêcheurs Titan affirment que la plus grande
futures, on ne compterait les poissons que sur une partie concentration de P. areolatus pour le frai se forme sur le
de la zone de concentration (Hamilton et al. 2004). site 35 (Hamilton 2003; Hamilton et al. 2004). Cette
hypothèse est corroborée par les campagnes de comp-
En juillet 2004, après avoir consulté les communautés tage visuel en plongée conduites en mars 2001 et en mai
concernées, on a disposé des transects en bande perma- et juin 2004 (figure 3). Durant l’ensemble des années et
nents sur les sites 29, 33 et 35 (figure 2). Deux transects des mois concernés, P. areolatus était au moins deux fois
ont été posés sur chaque site : un transect profond avec plus abondant sur le site 35 que sur les sites 29 et 33. Il
une ligne médiane à 25 m, pour échantillonner les faut noter que ces comptages de P. areolatus sous-esti-
concentrations de E. fuscoguttatus (forte densité) et de
P. areolatus (faible densité), ainsi qu’un transect à faible
profondeur, avec une ligne médiane à 10 m, pour échan-
tillonner les concentrations de P. areolatus (forte densité)
et de E. fuscoguttatus (faible densité). Les transects per-
manents mesurent tous 100 m de long et 10 m de large.
Les transects ont été installés selon la méthode décrite
dans le manuel de surveillance des sites de concentration
de reproducteurs établi par TNC (Pet et al. 2006). Des
difficultés d’ordre logistique ont empêché l’observation
mensuelle durant une grande partie de 2004 et le pre-
mier semestre 2005.
La surveillance mensuelle de routine a commencé en
juillet 2005 sur les sites 29, 33 et 35, et s’est poursuivie
jusqu’à présent. Elle est effectuée les trois jours précé-
dant la nouvelle lune de chaque mois par deux plon-
geurs autonomes. Ceux-ci comptent tous les P. areolatus,
E. fuscoguttatus et E. polyphekadion qu’ils observent dans
l’aire délimitée par les transects. Chaque transect est Figure 2. Manuai Matawai (à gauche) et Jerry Pakop (à
examiné une fois par mois. Pour les besoins du présent droite) en plongée le long des transects permanents du
article, seules les données mensuelles concernant site 33. Crédit photographique et copyright
Eric Henningsen, Ion Digital Films
600
500
Nombre total estimé
400 Site 29
Site 33
300 Site 35
200
100
0
Mars ( 2001) Mai (2004) Junin (2004)
Figure 3. Nombre de P. areolatus comptés sur chaque site en une seule plongée, avant la
nouvelle lune (le but de ces comptages était d’approcher le nombre total de poissons sur
chaque site). Les données de mars 2001 ont été recueillies par Squire (2001), celles de
mai et juin 2004 par Manuai Matawai (Hamilton et al. 2004).
16 Ressources marines et commercialisation – Bulletin de la CPS n° 16 – Mars 2007
ment largement l’abondance totale pendant les mois où Discussion
de grandes concentrations se forment. Les enquêtes de
2001 et 2004 ont surtout porté sur les eaux profondes, Comme l’avaient annoncé les pêcheurs locaux, les
afin d’obtenir des chiffres exacts sur E. fuscoguttatus, enquêtes par comptage visuel en plongée montrent que
mais P. areolatus se concentre sur les platiers à 2-3 m de P. areolatus est présent sur les sites de concentration pour
profondeur. Nous estimons qu’en mai 2004, les le frai pratiquement tous les mois entre juillet 2005 et
nombres totaux de P. areolatus sur les trois sites obser- septembre 2006. On observe un pic saisonnier sur les
vés étaient en réalité au moins le double des chiffres sites 29 et 33 entre les mois de mars et de juin 2006. Ces
issus du comptage (Hamilton et al. 2004). enquêtes montrent en outre que, lors de la saison de
pointe de 2006, on a observé sur les deux sites non
Un suivi régulier, à la nouvelle lune, le long des tran- exploités une abondance de P. areolatus bien supérieure à
sects permanents, a été entrepris en juillet 2005. La celle du site exploité à des fins commerciales. Ce constat
figure 4 montre la densité de P. areolatus le long des contredit manifestement les savoirs traditionnels et les
transects de 1000 m2, à faible profondeur, sur chaque données historiques des comptages visuels en plongée,
site de concentration, entre juillet 2005 et septembre selon lesquels, avant 2006, les plus grandes concentra-
2006.6 Les données obtenues par comptages visuels en tions de P. areolatus se formaient sur le site 35 (Squire
plongée montrent que, contrairement aux observations 2001 ; Hamilton 2003 ; Hamilton et al. 2004). En réalité,
de 2001 et 2003–2005, la densité de P. areolatus sur le site pendant la saison de pointe de 2006, l’abondance de
35 était inférieure à celle des deux sites non exploités en P. areolatus sur le site 35 était nettement inférieure à celle
2006, et que, en 2006, on n’a pas observé de pic saison- observée sur ce site pendant la fin de la saison de 2005.
nier sur le site 35. L’absence de pic saisonnier observable sur le site 35 en
200
Nombre de P. areolatus par 1000 m2
Site 29
180
Site 33
160 Site 35
140
120
100
80
60
40
20
0
5
5
6
5
05
5
-06
-06
06
5
t-0
p-0
r-0
p-0
l-0
c-0
r-0
i-0
n- 0
l-0
v-0
ût-
ût-
Jan
Fév
J ui
Ma
Jui
Ma
Oc
Av
Dé
No
Jui
Se
Se
Ao
Ao
Figure 4. Nombre de P. areolatus comptés dans l’aire de 1000 m2 à faible profondeur, sur
les sites 29, 33 et 35 (ces chiffres ne sont pas directement comparables à ceux de 2001 et 2004).
Le symbole indique qu’il n’a pas été effectué de comptage visuel en plongée au cours de
ce mois. De juillet à décembre 2005, le site 35 a été exploité au profit d’une entreprise
de commerce de poissons de récif vivants destinés à la restauration.
6 . Les transects à faible profondeur sur les sites 29 et 35 couvrent respectivement 15 et 12 % environ des zones de concentration de
P. areolatus en eau peu profonde (Hamilton et al. 2005b). On peut estimer l’abondance totale de P. areolatus à des profondeurs de
3 à 15 m sur les sites 29 et 35, au cours d’un mois donné, en multipliant les chiffres obtenus par comptage le long de transects par
6,72 et 8,13 respectivement.
Ressources marines et commercialisation – Bulletin de la CPS n° 16 – Mars 2007
17
2006 pourrait aussi dénoter un effet de la surpêche prati- porté à cette activité commerciale demeure élevé. Pour
quée par des entreprises de commerce de poissons de conclure sur une note positive, on notera que les inquié-
récif vivants destinés à la restauration. tudes d’ordre social et écologique suscitées par le com-
merce de poissons de récif ont amené les communautés
Les séries de données dont nous disposons jusqu’à pré- propriétaires des sites 29 et 33 à ne pas prendre part à ces
sent sont toutefois limitées, et il nous faudra plusieurs activités commerciales en 2005 et, en 2006, incité la com-
années de suivi continu avant de pouvoir évaluer avec munauté propriétaire du site 29 à décréter l’interdiction
certitude l’impact du commerce de poissons de récif totale de pêcher sur le site 29, par toute méthode que ce
vivants destinés à la restauration sur le site 35. À ce soit, afin de protéger l’aire de concentration de mérous
stade, nos données ne permettent pas d’exclure l’hypo- reproducteurs. Cette communauté s’emploie aussi à faire
thèse que la variation annuelle du nombre de P. areolatus reconnaître et approuver ses règles de gestion commu-
observés sur le site 35 représente une variation naturelle nautaire de la pêche au travers de règlements édictés par
explicable par des facteurs tels que des variations du les autorités locales.
niveau de recrutement. De fait, un programme de suivi à
long terme portant sur trois sites de concentration, à Remerciements
Palau, a mis en évidence une variation considérable de la
taille de la zone de concentration de P. areolatus pendant Nous tenons à remercier en premier lieu les communau-
plusieurs années consécutives, alors que cette variabilité tés de Pere, Locha, Tawi and Peli, qui nous ont aidés à
ne pouvait être attribuée à la pression exercée par la conduire nos enquêtes sur leurs sites de concentration de
pêche (Johannes et al. 1999). Ces considérations mises à mérous, au cours des deux dernières années. Nous expri-
part, toutes les observations tendent à prouver que, en mons également nos remerciements particuliers à Jerry
l’espace de six mois seulement d’activité de ces entre- Pakop, qui a effectué des comptages visuels en plongée
prises commerciales, l’abondance de P. areolatus sur le en compagnie de Manuai Matawai, chaque mois depuis
site 35 a chuté au tiers de ce qu’elle était auparavant. 2005. Kevin Rhodes et Andrew Smith ont formulé de
précieuses observations sur une première version de cet
L’étude du cas de Manus présentée ici fournit des ensei- article. Nos travaux ont bénéficié du généreux concours
gnements dont pourraient profiter les écologistes et les de l’Agence des États-Unis pour le développement inter-
gestionnaires des pêcheries travaillant en Papouasie- national, de la Fondation Oak et de la Fondation David
Nouvelle-Guinée. Elle montre qu’une simple campagne and Lucile Packard. L’USAID a octroyé des fonds à The
de sensibilisation aux conséquences écologiques que Nature Conservancy par l’intermédiaire de l’Office of
peuvent avoir la pratique du commerce de poissons de Procurement au titre du contrat n° LAG-A-00-99-00045-
récif vivants destinés à la restauration et l’exploitation de 00. Les opinions exprimées dans le présent article sont
zones de concentration de reproducteurs n’empêchera celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement
pas nécessairement des communautés de se lancer dans celles de l’USAID.
ces activités commerciales. Au sud de Manus, la même
communauté qui s’était empressée d’imposer et faire Bibliographie
appliquer certaines restrictions à la pêche sur le site 35,
au début de 2004, à la suite de campagnes de sensibilisa- Gisawa L. et Lokani P. 2001. Une tentative d’exploitation
tion conduite par TNC, n’a pas manqué de se lancer dans et de gestion communautaires des poissons de récif
des opérations commerciales à la première occasion. Ce vivants destinés à la restauration est en cours en
revirement de la communauté propriétaire du site 35 Papouasie-Nouvelle-Guinée. Ressources marines et
montre bien les difficultés auxquelles se heurtent les res- commercialisation, Bulletin de la CPS 8:3–5.
ponsables de la conservation de la biodiversité et de la
gestion durable des ressources halieutique dans les Hamilton R. 2003. A report on the current status of exploi-
régions éloignées, peu développées, de Papouasie-Nou- ted reef fish aggregations in the Solomon Islands
velle-Guinée. En Mélanésie, il existe souvent des diver- and Papua New Guinea – Choiseul, Ysabel, Bou-
gences fondamentales entre les aspirations de différents gainville and Manus Provinces. Western Pacific
secteurs d’une communauté en ce qui concerne le degré Fisher Survey Series, Volume 1 (confidential appen-
d’exploitation des ressources et la gestion et la conserva- dix). Society for the Conservation of Reef Fish
tion des sites de concentration de reproducteurs. La ges- Aggregations.
tion et la conservation effectives d’une aire de concentra- Hamilton R.J., Matawai M. and Potuku T. 2004. Spaw-
tion de reproducteurs exigent des méthodes qui tiennent ning aggregations of coral reef fish in New Ireland
compte de ces divergences et les concilient. and Manus Provinces, Papua New Guinea: Local
knowledge field survey report (unrestricted access
L’activité commerciale conduite sur le site 35 en 2005 a version). TNC Pacific Island Countries Report No.
profondément divisé la communauté propriétaire ; de 4/04 (Unrestricted). Pacific Island Countries Coas-
nombreuses personnes furent déçues du profit qu’elles tal Marine Program, The Nature Conservancy. iv +
en retirèrent et se sont inquiétées des dégâts causés à 99 p.
l’environnement. Malgré tout, en juillet 2006, le site 35 et
les récifs environnants ont été à nouveau ouverts à ces Hamilton R.J., Matawai M., Potuku T., Kama W., Lahui
opérations. Il est évident que, malgré les problèmes P., Warku J. et Smith A. 2006. Gestion des sites méla-
sociaux et écologiques qu’entraîne le commerce de pois- nésiens de concentration de mérous fondée sur les
sons de récif vivants destinés à la restauration, l’absence connaissances locales et scientifiques. Ressources
de débouchés rémunérateurs pour les habitants des marines et commercialisation, Bulletin de la CPS
zones côtières et rurales de Manus explique que l’intérêt 14:7–19.
18 Ressources marines et commercialisation – Bulletin de la CPS n° 16 – Mars 2007
Hamilton R.J., Mous P. and Smith A. 2005. Advanced Sadovy Y. 2005. Gros temps pour un trio d’amoureux:
workshop on monitoring reef fish spawning aggre- trois mérous aux prises avec le commerce de pois-
gations, 2–11 June 2005, Pere, Manus Province, sons de récif vivants destinés à la restauration. Res-
Papua New Guinea. TNC Pacific Island Countries sources marines et commercialisation, Bulletin de la
Report No. 6/05. Pacific Island Countries Coastal CPS 14:3–6.
Marine Program, The Nature Conservancy. v + 37 p.
Sadovy Y. and Domeier M. 2005. Are aggregation-fishe-
Johannes R.E. and Riepen M. 1995. Environmental, eco- ries sustainable? Reef fish fisheries as a case study.
nomic, and social implications of the live reef fish Coral Reefs 24(2):254–262.
trade in Asia and the Western Pacific. The Nature
Conservancy and the South Pacific Forum Fisheries Sadovy Y.J. and Vincent A.C.J. 2002. The trades in live
Agency. 79 p. reef fishes for food and aquaria: Issues and impacts.
p. 391–420. In: Sale P.F. (ed.). Coral reef fishes:
Johannes R.E., Squire L., Graham T., Sadovy Y. and Ren- Dynamics and diversity in a complex ecosystem.
guul H. 1999. Spawning aggregations of groupers San Diego: Academic Press.
(Serranidae) in Palau. Marine Conservation
Research Series Publication No.1. Honolulu, Sadovy Y.J., Donaldson T.J., Graham T.R., McGilvray F.,
Hawaii: The Nature Conservancy. Muldoon G.J., Phillips M.J., Rimme M.A., Smith A.
and Yeeting B. 2003. While stocks last: The live reef
Pet J.S., Mous P.J., Rhodes K. and Green A. 2006. Intro- food fish trade. Manila: Asian Development Bank.
duction to monitoring of spawning aggregations of 147 p.
three grouper species from the Indo-Pacific: A
manual for field practitioners. Version 2.0 (January Squire L. 2001. Live reef fish trade at M’burke Island,
2006). Sanur, Bali, Indonesia: The Nature Conser- Manus Province: A survey of spawning aggregation
vancy Southeast Asia Centre for Marine Protected sites, monitoring and management guidelines. The
Areas. 93 p. Nature Conservancy. 32 p.
Rhodes K.L. and Warren-Rhodes K. 2005. Management Warren-Rhodes K., Sadovy Y.J. and Cesar H. 2003.
options for fish spawning aggregations of tropical Marine ecosystem appropriation in the Indo-Paci-
reef fishes: A perspective. TNC Pacific Island Coun- fic: A case study of the live reef fish food trade.
tries Report No. 7/05. Pacific Island Countries Coas- Ambio 32(7):481–488.
tal Marine Program, The Nature Conservancy. 65 p.
Richards, A. 1993. Live reef fish export fisheries in Papua
New Guinea: Current status and future prospects.
FFA Report No. 93/10. Honiara: Forum Fisheries
Agency (FFA) Research Coordination Unit. 16 p.