CHAPITRE IV - LA DISSOLUTION DES SOCIETES
La dissolution est le terme de la personne morale et est, en principe, suivie d’une liquidation.
I. LES CAUSES DE DISSOLUTION
Les causes communes à toutes les sociétés sont données par l'article 1844-7 du Code civil,
elles sont de 3 ordres.
A. Dissolution de plein droit
Le juge n’a aucun pouvoir d’appréciation, il ne peut que constater la dissolution qui s’opère à
la date de l’événement et non au jour du jugement.
1) L’arrivée du terme
Les sociétés ont une durée de vie de 99 ans sauf clause contraire des statuts. A l’arrivée du
terme, les associés peuvent décider à la majorité fixée dans les statuts de proroger la société.
Afin d’éviter la dissolution, la loi impose aux dirigeants de convoquer un an au moins avant le
terme les associés, pour décider ou non de cette prorogation. En cas de carence des dirigeants,
tout associé peut demander au juge de désigner un mandataire pour convoquer cette
assemblée générale.
Depuis une loi de 2019 lorsque la consultation des associés n’a pas eu lieu, le président du
tribunal, statuant sur requête à la demande de tout associé dans l’année suivant la date
d’expiration de la société, peut constater l’intention des associés de proroger la société et
autoriser la consultation à titre de régularisation dans un délai de 3 mois, le cas échéant en
désignant un mandataire de justice chargé de la provoquer.
Les associés peuvent décider de ne pas continuer la vie sociale, la société est alors dissoute, ce
qui est le cas si aucune décision n'a été prise.
2) La réalisation de l’objet ou son extinction
La réalisation de l’objet : l’opération pour laquelle la société a été créée et qui est
définitivement finie. L’extinction de l’objet, c’est que l’activité de la société est devenue
impossible, mais en principe l’objet est défini de façon très large.
La cessation provisoire d’activité n’est pas cause de dissolution : une société peut être mise en
sommeil mais elle doit toujours établir des documents comptables, payer les impôts et
assurances, avoir une réunion annuelle d’associés… La mise en sommeil est mentionnée au
RCS. Au bout de 2 ans, de cessation temporaire d'activité, le greffier du tribunal de commerce
peut procéder à la radiation d'office de l'intéressé, après en avoir informé la personne morale
par lettre recommandée avec avis de réception. Le dirigeant dispose d'un délai de 6 mois pour
la contester auprès du juge commis à la surveillance des registres.
3) Annulation de la société
La société est dissoute de plein droit quand elle a été annulée. Si elle continue à fonctionner,
elle devient société de fait.
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B. La dissolution volontaire
Les associés peuvent décider à tout moment, à la majorité requise pour la modification des
statuts, de la dissolution de la société. C’est de la seule compétence des associés. Ainsi, le
dirigeant ne peut pas vendre le fonds de commerce nommément désigné dans les statuts alors
que l’objet exclusif de la société est l’exploitation de ce fonds de commerce.
C. La dissolution judiciaire
1) La réunion des droits sociaux en une seule main
L’associé devenu unique dispose d’un délai d’un an pour régulariser la situation. Pendant ce
temps, la société continue à fonctionner. Passé ce délai, tout intéressé peut demander en
justice la dissolution de la société, dans ce cas un délai de régularisation de 6 mois peut être
donné. Si l’associé ne régularise pas ou ne veut pas régulariser, il peut provoquer la
dissolution de la société à tout moment par une déclaration au greffe du tribunal, dans ce cas
l’associé unique personne physique doit procéder obligatoirement à la liquidation alors que
l’associé unique personne morale a le choix entre la dissolution ou la transmission universelle
(dans ce cas les créanciers ont un droit d’opposition dans les 30 jours de la publicité légale).
L’associé unique qui décide de liquider peut devenir le liquidateur ou nommer quelqu’un
d’autre pour tenir ce rôle.
2) Dissolution pour justes motifs
La dissolution judiciaire peut être prononcée à la demande d’un associé pour juste motif et la
loi donne deux exemples non limitatifs :
- Inexécution par un associé de ses obligations : Cas très rare car la seule obligation d’un
associé est de libérer son apport.
- Mésentente entre les associés : Il faut qu’il y ait paralysie de la société et existence de faits
compromettant gravement les intérêts sociaux. L’action appartient aux associés, même s’il
s’agit de l’associé fautif ou à l’origine de la mésentente peut la demander. Le juste motif doit
être prouvé mais le juge peut demander une expertise.
Cette situation peut même donner lieu à l’exclusion de l’associé fautif s’il existe une clause
statutaire le permettant sinon c’est impossible.
3) En raison d’une infraction
La dissolution peut être la sanction d’une infraction pénale. Elle est prononcée par le juge
pénal mais la dissolution reste de la compétence du tribunal de commerce ou du tribunal
judiciaire.
Conclusion : Les autres causes de dissolution : Clauses statutaires de dissolution.
Liquidation judiciaire. Causes propres aux sociétés.
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II. LES EFFETS DE LA DISSOLUTION
La dissolution fait l’objet d’une publicité légale et doit être mentionnée sur les papiers
commerciaux. En cas de défaut de publicité la dissolution est inopposable aux tiers et la
société est considérée comme fonctionnant normalement.
Le nom de la société doit être suivi de la mention « société en liquidation ». Elle met fin aux
pouvoirs de gestion sauf à ceux du CAC. Les pouvoirs de gestion sont donnés au liquidateur.
Les associés dans la phase de liquidation ne trouvent pas leurs droits affectés.
A. Le maintien de la personne morale pour les besoins de la liquidation
La personne morale continue pour les besoins de la liquidation jusqu'à la publicité légale de la
clôture mais sa capacité de jouissance est limitée et donc sont nuls tous les actes qui
contredisent l’idée même de liquidation.
Cette continuité de la personne morale dure jusqu'à la publicité légale de la clôture de la
liquidation. Pour éviter des délais trop longs, tout intéressé peut saisir le juge afin que toutes
les mesures soient prises si la clôture n’est pas intervenue dans les 3 ans de la dissolution.
Lorsque la personne morale a disparue, la jurisprudence admet en fait que la personne morale
d’une société subsiste aussi longtemps que les droits et obligations à caractère social ne sont
pas liquidés. Dans ce cas un mandataire ad hoc doit être demandé en justice.
A. La liquidation
La liquidation, c’est l’ensemble des opérations consécutives à la dissolution. Elle poursuit 3
objectifs : apurer le passif social, rembourser les apports effectués par les associés et établir
une masse active nette qui pourra être répartie par voie de partage entre les associés.
1) Le régime juridique de la liquidation
La liquidation statutaire ou conventionnelle : régime qui laisse aux statuts ou à une
convention entre associés, le soin d’organiser la liquidation sous réserve de respecter les
dispositions impératives. Si la convention est muette ou incompréhensible sur un point, on
applique le régime légal.
La liquidation légale s’applique à défaut d’accord ou par décision de justice à la demande des
associés ou des créanciers.
2) Le liquidateur
Sa désignation est obligatoire et entraîne la cessation des fonctions des organes de gestion.
Son choix est libre mais il ne doit pas être déchu du droit de gérer. Il est désigné par les
associés, soit par avance dans les statuts, à défaut on applique le régime légal. Il peut aussi
être nommé par décision judiciaire. Il faut une publication légale + BALO si la société est
cotée.
La durée des fonctions est fixée par les statuts ou par accord des associés. Elle peut être
prorogée si le liquidateur n’arrive pas à mener à bien la liquidation dans le temps imparti.
Dans la liquidation légale, la durée de 3 ans est renouvelable pour juste motif. Ses fonctions
prennent fin lors de la clôture de la liquidation. Il peut être révoqué par les associés ad nutum
qui doivent en nommer un autre. Quand il a été désigné par le juge, il doit être relevé de ses
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fonctions et remplacé par le juge. Il peut démissionner de ses fonctions du moment qu’il
n’agit pas à contretemps. Si le liquidateur a été nommé par le juge, il doit lui demander d’être
déchargé de ses fonctions.
Il a une responsabilité civile : Il répond de ses fautes qui ont porté préjudice et l’action est
portée devant le tribunal de commerce. Cette action se prescrit par 3 ans à compter du fait
dommageable ou de sa révélation. Il a une responsabilité pénale : Par exemple, il peut
encourir des peines de prison d’au moins 6 mois et une amende en cas de non-publication de
sa nomination dans le mois qui suit, ou en cas de non-convocation des associés en fin de
liquidation.
3) Les opérations de liquidation
Le liquidateur doit dresser l’inventaire, recouvrer les sommes dues, réaliser l’actif.
Il a interdiction de réaliser l’actif au profit de lui-même, de ses ascendants, descendants et
salariés. Quand la réalisation a lieu au profit d’une personne ayant eu dans la société la qualité
d’associé en nom, de commandité, gérant administrateur, DG, membre du CS ou du
directoire, CAC ou contrôleur, il doit avoir l’autorisation de tous les associés ou à défaut,
l’accord du tribunal. De plus en cas de cessation globale de l’actif de la société ou en cas
d’apport de l’actif à une autre société, il faut une délibération spéciale des associés.
Il doit désintéresser les créanciers sociaux c’est à dire régler le passif social, mais avant tout
paiement, il doit dresser un état liquidatif de la société et s’il estime la solvabilité incertaine
ou qu’il découvre une cessation des paiements, il doit la déclarer et demander l’ouverture
d’une procédure collective.
4) Procédure d’information et obligations du liquidateur
Le liquidateur doit convoquer une AG pour une information initiale dans les 6 mois de sa
nomination (peut demander en justice un délai de 12 mois). Il doit présenter un rapport sur la
situation de la société et doit détailler la poursuite de la liquidation. Il doit faire statuer sur les
comptes pour la période allant du début de l’exercice jusqu’au jour de la dissolution.
Dans les 4 mois de la clôture de l’exercice, il doit établir les comptes et établir un rapport et
ensuite convoquer une AG annuelle. Il procède à toutes les formalités qui incombent au
dirigeant. Il doit à la fin convoquer une AG de clôture.
5) La clôture de la liquidation et partage
Elle doit avoir lieu dans les 3 ans de la dissolution, sauf prolongation pour justes motifs, sinon
tout intéressé peut saisir le juge pour que la liquidation s’achève. Une AG est convoquée : le
liquidateur demande le quitus et que l’on mette fin à son mandat. Le liquidateur doit publier la
clôture et demander la radiation de la société au RCS dans le mois de la publicité de la clôture
puis dans le délai de 8 jours, le greffier insère un avis au BODACC.
Le partage est l’opération relative à la récupération de leurs apports par les associés. Il est
souvent concomitant à la clôture. Si des apports en nature restent toujours dans la société, les
apporteurs en nature les reprennent (sinon ils récupèrent la valeur). Si le bien a bénéficié
d’une plus-value, elle est répartie entre les associés. Il est possible de prévoir une attribution
préférentielle d’un bien à un associé à charge pour lui de verser une soulte (elle peut être aussi
légale : par exemple pour celui qui a mis en valeur une exploitation agricole).
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S’il reste un boni de liquidation, il est réparti en fonction des statuts ou de la proportion dans
le capital.