Démonstration élémentaire du TNP
Démonstration élémentaire du TNP
Introduction 2
2 Majorations 12
A Non-annulation de la fonction zêta . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
B La fonction de Mangoldt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
C Majoration en vue du dernier chapitre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
3 La formule de Perron 22
A Un premier calcul d’intégrale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
B Une intégrale intermédiaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
C Sommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
4 La démonstration du TNP 29
A Combinaison des résultats précédemment établis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
B Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
Annexes 36
A Résolution du problème de Bâle par Leonhard Euler . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
B Sur l’ordre du k-ième nombre premier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
Bibliographie 43
Notes 44
1
Introduction
A mateur de mathématiques ou non, nous avons tous déjà été confrontés aux nombres pre-
miers. Pour exemple, imaginez que vous devez partager de façon équitable un paquet de
bonbons. Il s’agit de se demander si le nombre de bonbons est un multiple du nombre de gourmands.
Si quel que soit le nombre de gourmands, différent de un et de celui des bonbons, il est impossible
de partager équitablement le paquet, on dit alors que le nombre de bonbons est un nombre premier.
Cette notion naturelle a donc logiquement été introduite très tôt. Dès l’Antiquité, Euclide a
même constaté que les nombres premiers sont plus nombreux que n’importe quelle quantité finie
fixée à l’avance, autrement dit, il en existe une infinité, comme nous le démontrerons dans le premier
chapitre (Théorème 1.5). Puis, pendant près de deux millénaires, aucune avancée générale notable
n’a été effectuée concernant ces nombres mystérieux. L’arithmétique, et en particulier l’étude des
nombres premiers, est un domaine à la fois sublime et terrifiant pour la même raison : il regorge
de problèmes dont la difficulté de la solution, si toutefois elle existe, est démesurée par rapport à
la simplicité de l’énoncé. Pour n’en citer qu’un : on ne sait toujours pas si les couples de nombres
premiers séparés par un seul entier, comme par exemple 11 et 13, sont en nombre fini. D’ailleurs,
il est bien souvent déraisonnable, lorsque le nombre est très grand, de tester tous ces diviseurs po-
tentiels donc savoir reconnaître un nombre premier est un enjeu majeur qui peut se révéler très ardu.
Une autre question très naturelle est celle de leur répartition. Peut-on trouver une formule qui
permette de décrire la distribution des nombres premiers ? Aucune formule n’a été découverte pour
le moment, et l’avis des mathématiciens sur la question est souvent pessimiste. D’après Leonhard
Euler : « Certains mystères échapperont toujours à l’esprit humain. Pour nous en convaincre, il suffit de
jeter un œil aux tableaux des nombres premiers, et l’on verra qu’il n’y règne ni ordre ni règle ». Pour
illustrer cette citation, voici la liste des 35 nombres premiers inférieurs à 150 :
2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19, 23, 29, 31, 37, 41, 43, 47, 53, 59, 61, 67, 71, 73, 79, 83, 89, 97,
101, 103, 107, 109, 113, 127, 131, 137, 139, 149
À première vue, le nombres premiers semblent se raréfier mais ils le font de manière chaotique ;
en effet, on remarque par exemple qu’il n’y a aucun nombre premier compris strictement entre 113
et 127, alors que 137 et 139 sont deux nombres premiers, séparés par un seul entier. Il fallut attendre
la fin XVIIIe siècle pour que la première conjecture sur la répartition des nombres premiers appa-
raisse. C’est le mathématicien allemand Carl Friedrich Gauß qui émit l’hypothèse que le nombre de
nombres premiers de 1 à N est à peu près N/ log(N ). En termes plus rigoureux le Théorème des
Nombres Premiers (TNP) affirme que le nombre de nombres premiers inférieurs ou égaux à x est
(asymptotiquement) équivalent à x/log(x), quand x tend vers l’infini. C’est à dire, de façon équiva-
lente (voir l’annexe B), que le k-ième nombre premier est (asymptotiquement) équivalent à klog(k).
De nombreux mathématiciens ont contribué à l’élaboration d’une preuve du TNP et ce n’est qu’en
1896 que deux mathématiciens, le Français Jacques Hadamard et le Belge Charles-Jean de la Vallée
Poussin, en donnèrent finalement, de façon indépendante, une démonstration complète. Leurs dé-
monstrations reposent sur l’application de la théorie des fonctions holomorphes, comme suggéré
2
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
par Bernhard Riemann quarante ans plus tôt. L’histoire de ce théorème est riche en anecdotes, et il
n’est pas difficile de trouver de la littérature sur ce sujet [Der07].
La démonstration dont l’exposé détaillé est l’objet de notre projet est traditionnellement quali-
fiée d’élémentaire, mais ce mot n’a de sens que si l’on précise quels sont les « éléments de mathé-
matiques » que nous nous autorisons. La plupart des résultats sont issus de l’analyse réelle et de
la théorie des fonctions arithmétiques. Nous invoquerons également quelques résultats concernant
les transformées de Fourier, notamment dans L2 . Nous nous sommes en grande partie inspirés de la
preuve de Xavier Gourdon [Gou08].
Cette preuve est divisée en quatre chapitres : le premier est consacré aux séries et surtout à la
fonction zêta de Riemann et son lien avec les nombres premiers ; le second établit divers résultats
sur certaines fonctions arithmétiques importantes dans le but d’apporter un maillon crucial pour le
TNP ; le troisième montre La Formule de Perron 3.4 qui fait le lien entre la fonction sommatoire
d’une suite complexe et sa série de Dirichlet ; enfin le dernier chapitre termine l’argumentation en
assemblant les résultats des chapitres 2 et 3.
3
Chapitre 1
P armi les découvertes les plus surprenantes concernant les nombres premiers figure sans
doute le lien qu’ils entretiennent avec une certaine fonction définie comme une somme infi-
nie portant sur l’ensemble des entiers naturels. À ce jour, on ne connaît d’ailleurs aucune démons-
tration du Théorème des Nombres Premiers n’invoquant pas cette correspondance. Ce chapitre a
pour but d’introduire cette célèbre fonction et d’exhiber la pertinence de son étude vis-à-vis de la
distribution des nombres premiers.
A Un peu d’histoire
L’étude des sommes infinies débute à la fin du Moyen-Âge avec les Questions sur la Géométrie
d’Euclide (1360) [Ore61] de l’érudit français Nicole Oresme. Il y propose une règle permettant de
calculer la somme d’une série géométrique, ainsi qu’une démonstration de la divergence de la série
harmonique. Voici en quoi consistait sa preuve. Nous noterons traditionnellement, pour N ≥ 1,
N
X 1
HN =
n=1
n
la somme partielle de la série harmonique. Oresme remarqua alors que chaque paquet de la forme
N +1
2X
1 1 1
H2N +1 − H2N = ≥ (2N +1 − 2N ) N +1 =
n 2 2
n=2N +1
dépasse un demi. Le nombre de tels paquets étant infini, il s’en déduit en effet que :
+∞
X 1
= +∞.
n=1
n
À la fin du XIVe siècle, les séries acquirent progressivement un statut mathématique à part en-
tière, bien qu’elles n’aient encore que très peu d’applications. Il faudra attendre près de trois siècles
4
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
pour voir cette théorie se développer notablement, suite à deux avancées majeures : l’introduction
des logarithmes par John Neper [Nep14] puis Henry Briggs [Bri24], et le développement du calcul
intégral par Bonaventura Cavalieri et John Wallis.
Le prêtre italien Pietro Mengoli, élève de Cavalieri, proposa en 1647 une nouvelle démonstra-
tion de la divergence de la série harmonique1 . Il calcula en 1659 la somme de la série alternée mais
ne parvint qu’à majorer la somme de la série des inverses des carrés des entiers. Le calcul exact de
cette dernière somme, connu sous le nom de problème de Bâle2 , résista à de nombreux mathémati-
ciens pendant 80 ans3 . C’est le jeune Suisse Leonhard Euler qui fut le premier, en 1735, à résoudre ce
problème. Les idées d’Euler sont exposées dans l’annexe A ; nous en présenterons ici une démonstra-
tion plus moderne, s’appuyant sur un résultat d’analyse harmonique, théorie introduite par Joseph
Fourier quelques décennies plus tard. Considérons la fonction 2π-périodique égale à l’identité sur
]−π, π[, nulle en π, et calculons ses coefficients de Fourier, pour n 6= 0 (par parité, c0 = 0) :
Z π π Z π
i(−1)n
−int dt IPP 1 i −int i
e−int dt =
déf
cn = te = te − .
−π 2π 2π n −π 2nπ −π n
Euler, très fier de son résultat4 , poursuivit sur sa lancée et calcula la valeur aux entiers pairs de la
fonction ζ définie pour tout réel x strictement plus grand que un par la formule :
+∞
déf
X 1
ζ (x) = .
n=1
nx
Par ailleurs, Euler exprima les valeurs de la fonction ζ sous la forme d’un produit infini, dévoilant
ainsi le lien intime qu’entretiennent les nombres premiers avec la fonction ζ, que nous développe-
rons dans la section sur le produit d’Euler.
Cette fonction sera par la suite appelée plus traditionnellement la « fonction ζ de Riemann »
pour la raison suivante. Bernhard Riemann, influencé par les travaux de ses maîtres Carl Friedrich
Gauß et surtout Johann Peter Gustav Lejeune Dirichlet5 , eut l’idée géniale de rassembler la formule
du produit infini d’Euler avec des résultats d’analyse. Ses travaux furent présentés dans son article
fondateur Sur le nombre de nombres premiers inférieurs à une grandeur donnée6 où il étend la fonc-
tion ζ, introduite par Euler, à tout le domaine ouvert D des nombres complexes de partie réelle
strictement plus grande que un,
déf
D = {s = σ + it ∈ C, σ > 1}.
La notation inhabituelle du nombre complexe sous la forme σ + it est la trace de son article,
généralement adoptée dans l’étude de la fonction ζ. Cette remarque montre à quel point les idées
présentes dans le texte de Riemann ont révolutionnés la théorie des nombres et continue d’influen-
cer les mathématiciens de notre époque.
5
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
Définition-Propriété 1.1
La fonction ζ de Riemann définie par :
+∞
X
déf 1
∀ s ∈ D, ζ (s) =
n=1
ns
Démonstration La fonction ζ est bien définie et continue sur D car la série qui la définit est
normalement convergente sur tout compact de D. En effet, pour σ0 > 1, notons :
déf
Dσ0 = {s = σ + it ∈ C, σ ≥ σ0 } ⊂ D.
1 1 1
s
= σ ≤ σ0
n n n
par le terme général, indépendant de s, d’une série positive convergente car σ0 > 1. Tout compact
de D étant inclus dans un Dσ0 pour σ0 assez proche de 1, par continuité de σ + it 7→ σ, le résultat
s’en déduit.
Pour obtenir la majoration du module de ζ (s), on passe par les intégrales : soient N ≥ 2 et
s = σ + it ∈ D, on a :
N N N Z n
X 1 X 1 X dt
s
=1+ σ
≤1+
n=1
n n=2
n n=2 n−1
tσ
et donc :
N Z N
X 1 dt 1 1 σ
s
≤1+ σ
=1+ 1 − σ−1 ≤ .
n=1
n 1 t σ−1 N σ−1
Ceci étant valable quel que soit N ≥ 2, on en déduit par inégalité triangulaire que :
+∞
X 1 σ
|ζ (s)| ≤ s
≤ .
n=1
n σ − 1
On verra dans la suite d’autres fonctions de la famille des « séries de Dirichlet » dont la fonction
ζ de Riemann fait partie. Une série de Dirichlet f correspond à la donnée d’une suite de nombres
complexes (an )n≥1 par la définition formelle suivante :
déf
X an
f (s) = .
n≥1
ns
La fonction ζ de Riemann est alors la série de Dirichlet associée à la suite constante égale à 1.
Établissons une expression fondamentale du reste de la série définissant la fonction ζ. Cette
formule nous sera bien utile pour la suite.
6
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
La formule en découle.
7
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
Par produit et somme de fonction continues, on conclut que η est continue sur D.
1
Enfin, comme : s 7→ est définie et continue sur D\{1}, on peut affirmer que l’expression :
s−1
1
ζ(s) = η(s) + permet de prolonger ζ en un fonction continue sur D\{1}.
s−1
On continuera à noter ζ le prolongement continu précédemment établi.
Remarquons que si f : C ' R2 → C ' R2 est une fonction holomorphe, la limite du taux
d’accroissement complexe existe et coïncide avec la dérivée partielle par rapport à l’axe réel :
f (z + h) − f (z) ∂f
∀z = r + it ∈ C, lim = (r + it).
h→0
h∈C?
h ∂r
La définition précédente est donc cohérente avec la théorie des fonctions holomorphes, non utilisée
ici.
Pour obtenir davantage de propriétés sur la fonction ζ, nous allons présenter le lien qu’Euler
avait soulevé entre elle et les nombres premiers. Ce pont entre analyse et arithmétique justifie l’im-
portance de la fonction ζ dans la preuve du TNP.
C Le produit d’Euler
8
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
Théorème 1.5
L’ensemble des nombres premiers est infini. On notera (pk )k≥1 la suite croissante de ces
nombres.
Démonstration Raisonnons par l’absurde. Supposons qu’il existe un nombre fini N de nombres
premiers : p1 , ..., pN . Soit alors :
N
Y
Q= pi + 1.
i=1
Venons-en à l’identité fondamentale qui fait le lien entre la fonction zêta de Riemann et les
nombres premiers. Elle nous permettra, presque sans effort, de montrer que ζ ne s’annule pas sur
D, l’ensemble des nombres complexes de partie réelle strictement plus grande que 1.
1 1
∀ k ≥ 1, s
= σ < 1.
pk pk
Dans ce cas :
+∞
1 X 1
= .
1 − p−s
k pns
n=0 k
m X
M +∞
Y 1 X 1 X 1 X 1 X 1 X 1
ζ (s) − = − = ≤ ≤ .
k=1 ik =0
(pikk )s n=1
ns
n∈A
n s
m,M n≥1,n∈A
/ m,M
ns
n≥1,n∈A
/ m,M
nσ n≥N nσ
9
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
Le terme de droite est le reste d’une série convergente, donc tend vers 0 lorsque N tend vers l’infini.
En remarquant que m ≥ m0 −→ +∞, on obtient finalement en passant à la limite :
N →+∞
m
Y 1
sup ζ (s) − −→ 0.
s∈Dσ0 k=1
1 − p−s
k
m→+∞
Y 1
Ainsi : converge uniformément vers ζ (s) sur Dσ0 pour tout σ0 > 1. On a donc conver-
k≥1
1 − p−s
k
gence uniforme sur D tout entier et l’identité d’Euler en découle.
Conséqence 1.7
∀ s ∈ D, ζ (s) 6= 0
10
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
c’est-à-dire :
+∞ K
Y 1 Y 1 −Ls
−s = lim −s = e > 0.
k=1
1 − p k
k→+∞
k=1
1 − p k
11
Chapitre 2
Majorations
L es préliminaires du premier chapitre vont nous permettre d’établir différents résultats concer-
nant le comportement de la fonction ζ sur D\{1} et en particulier sur la bande
déf
B = {s ∈ C, 1 ≤ <(s) ≤ 2}
Lemme 2.1
+∞
X cos(nt log(x))
∀x > 1, ∀s = σ + it ∈ D, log 1 − x−s = −
n=1
nxnσ
Soit x > 1 et s = σ + it ∈ D. On a :
1 1 1
log |1 − x−s | = log (1 − x−s )(1 − x−s ) = log(1 − x−s ) + log(1 − x−s ).
2 2 2
Le fait que |x−s | = x−σ < 1 permet d’écrire :
+∞ +∞ +∞ +∞
−s 1 X x−ns 1 X x−ns 1 X x−ns + x−ns 1 X 2<(e−ns log(x) )
log |1 − x | = − − =− =− .
2 n=1 n 2 n=1 n 2 n=1 n 2 n=1 n
12
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Comme e−ns log(x) = e−nσ log(x) (cos(−nt log(x)) + i sin(−nt log(x)), on obtient le résultat :
+∞ −nσ +∞
−s
X x cos(−nt log(x)) X cos(−nt log(x))
log |1 − x | = − =− .
n=1
n n=1
nxnσ
3+4 cos(θ)+cos(2θ) = 3+4 cos(θ)+2 cos2 (θ)−1 = 2(1+2 cos(θ)+cos2 (θ)) = 2(1+cos(θ))2 ≥ 0
Soit p un nombre premier et σ > 1. Pour tout t ∈ R, on a, d’après le Lemme 2.1 précédent :
et donc :
1 1 1
−σ −σ−it
≥ 1.
3
|1 − p | |1 − p | |1 − p−σ−2it |
4
Cela est vrai pour tout nombre premier p. En prenant le produit infini et en utilisant la formule
d’Euler, on obtient l’inégalité attendue :
Conséqence 2.3
∀s ∈ D\{1}, ζ (s) 6= 0
Démonstration On a déjà montré que ζ ne s’annule pas sur D. Il s’agit donc de montrer
que pour tout s 6= 1 tel que <(s) = 1, ζ(s) ne s’annule pas. Pour cela on raisonne par l’absurde.
Supposons qu’il existe τ 6= 0 tel que : ζ(1 + iτ ) = 0.
On sait, d’après le premier chapitre, que ζ est dérivable en 1 + iτ . En particulier :
ζ(σ + iτ ) − ζ(1 + iτ )
−→ ζ 0 (1 + iτ ).
σ−1 σ→1+
13
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
Cette quantité peut donc être rendue arbitrairement petite lorsque σ → 1+ , ce qui contredit l’inéga-
lité précédente. Conclusion : l’application t 6= 0 7→ ζ(1 + it) ne s’annule jamais.
B La fonction de Mangoldt
Définition 2.4
La fonction de Mangoldt est définie pour tout n ≥ 1 par :
déf log(p) si n = pk avec k ∈ N? et p premier,
Λ(n) =
0 sinon.
Cette fonction va jouer un rôle important dans la démonstration du Théorème des Nombres
Premiers. En effet : grâce à la formule de Perron établie dans
P le chapitre 3, on obtiendra le compor-
tement asymptotique de la fonction sommatoire ψ : y 7→ 1≤n≤y Λ(n). Le TNP découlera alors du
lien entre ψ et π.
Mais avant d’en arriver là, introduisons la série de Dirichlet de Λ(n) et exprimons-la en fonction
de ζ.
∀s ∈ D, ζ(s)Z(s) = −ζ 0 (s).
Démonstration Montrons dans un premier temps que Z est bien définie et continue sur D.
Soient σ0 > 1 et s ∈ Dσ0 fixés. Soit n > 0 :
1
Toutes les applications s 7→ s sont continues sur D.
n
S’il existe k > 0 et p premier tel que : n = pk , alors : log(n) = k log(p).
log(n) Λ(n) log(n)
Donc : Λ(n) = ≤ log(n). Sinon : Λ(n) = 0 ≤ log(n). Ainsi : s
≤ donc :
k n nσ0
Λ(n) log(n)
sup s
≤ .
s∈Dσ0 n nσ0
14
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
On a ainsi majoré par le terme générale d’une série de Bertrand convergente (car σ0 > 1).
X Λ(n)
La série converge donc normalement sur Dσ0 . Ainsi Z est bien définie et continue sur Dσ0
n≥1
ns
pour tout σ0 > 1, donc est bien définie et continue sur D tout entier.
Montrons maintenant l’égalité entre ζ, Z et ζ 0 .
Soit s ∈ D. Connaissant la définition de Λ, on peut sommer seulement sur les entiers de la forme pj
avec j > 0 et p premier :
+∞ +∞ X
+∞ +∞ +∞ +∞
X Λ(n) X log(pk ) X log(pk ) X 1 X log(pk ) 1
Z(s) = = = = ,
n=1
ns k=1 j=1
(pk j )s k=1
pk s j=0
(pk s )j k=1
pk s 1 − pk −s
série qui converge normalement (donc uniformément) vers Z(s) sur Dσ0 pour tout σ0 > 1.
Notons dorénavant : n
Y 1
∀s ∈ D, ∀n ≥ 1, Pn (s) = .
k=1
1 − pk −s
On a vu dans la preuve de l’identité d’Euler que (Pn )n≥1 converge uniformément vers ζ sur Dσ0
pour tout σ0 > 1.
La question qui se pose alors est la suivante : la suite (Pn0 )n≥1 converge-t-elle uniformément vers ζ 0
sur Dσ0 pour tout σ0 > 1 ?
Nous allons montrer que oui et l’égalité annoncée du même coup.
Commençons par dériver Pn .
Rappelons la formule de la dérivée logarithmique d’un produit :
Si f1 , ..., fn sont n fonctions dérivables qui ne s’annulent pas, alors :
0 n
( nk=1 fk ) fk0
Q X
Qn = .
k=1 fk k=1
fk
Pn est un produit fini de fonctions dérivables sur D qui ne s’y annulent pas, donc est dérivable sur
D et ne s’annule pas. Et on a surtout :
log(pk )pk −s
n − n
Pn0 (s) X (1 − pk −s )2 X log(pk )pk −s
= = − .
Pn (s) 1 1 − pk −s
k=1 k=1
1 − p−s
k
D’où : n
X log(pk )pk −s
Pn0 (s) = −Pn (s) .
k=1
1 − pk −s
On a ainsi exprimé Pn0 comme un produit de deux fonctions dont on sait qu’elles convergent uni-
formément respectivement vers −ζ et Z sur tout Dσ0 avec σ0 > 1. Pour conclure correctement,
utilisons le principe selon lequel :
Si (fn ) et (gn ) sont deux suites d’applications sur une partie A de C qui convergent uniformément vers
f et g respectivement avec f et g bornées sur A, alors : (fn gn ) converge uniformément vers f g sur A.
Il reste donc à borner ζ et Z sur tout Dσ0 avec σ0 > 1.
Soit s = σ + it ∈ Dσ0 , la première propriété du chapitre 1 offre :
σ 1 1 σ0
|ζ(s)| ≤ =1+ ≤1+ = < +∞.
σ−1 σ−1 σ0 − 1 σ0 − 1
Λ(n) log(n)
Passons à Z. Comme : ns
≤ n σ0
, alors toujours grâce aux séries de Bertrand :
+∞
X log(n)
|Z(s)| ≤ < +∞.
n=1
nσ0
15
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
n
X log(pk )pk −s
On peut alors appliquer le lemme à : A = Dσ0 , fn (s) = −Pn (s) et gn (s) = .
k=1
1 − pk −s
On obtient que : (Pn0 (s)) converge uniformément vers −ζ(s)Z(s) sur Dσ0 .
Mais comme (Pn ) converge simplement vers ζ sur Dσ0 (car uniformément), alors par théorème :
ζ 0 = −ζZ sur Dσ0 et cela pour tout σ0 > 1. Conclusion : ζ 0 = −ζZ sur D tout entier.
Conséqence 2.6
ζ 0 (s)
∀s ∈ D\{1}, Z(s) = − .
ζ(s)
Propriété 2.7
∃M1 > 0, ∃T1 > 0, ∀σ ∈ [1, 2], ∀|t| ≥ T1 , |ζ(σ + it)| ≤ M1 log |t| ,
∃M2 > 0, ∃T2 > 0, ∀σ ∈ [1, 2], ∀|t| ≥ T2 , |ζ 0 (σ + it)| ≤ M2 log2 |t| .
La preuve de la propriété de prolongement a montré que, pour N = 1, cette expression est valable
pour s ∈ D\{1}. Il est facile de voir que le même raisonnement vaut pour tout N ≥ 1. La formule
16
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
du reste est donc vraie sur D\{1}, donc en particulier sur B\{1}.
Soit donc : s = σ + it ∈ B\{1}. Par inégalité triangulaire, on a :
N Z +∞
X 1 1 N 1−s N −s
|ζ(s)| ≤ + |s| dx + + .
n=1
ns N 2xs+1 s−1 2
Comme σ ≥ 1 , il vient :
N Z +∞
X 1 1 1 1
|ζ(s)| ≤ + |s| 2
dx + + .
n=1
n N 2x s−1 2
N Z +∞
X 1 1 1
Or : ≤ log(N ) + 1 et 2
dx = .
n=1
n N 2x 2N
Alors :
|s| 1 1
|ζ(s)| ≤ log(N ) + 1 + + + .
2N s−1 2
1 1 1
Pour |t| ≥ 2, on a : ≤ ≤ .
s−1 |t| 2
Tout cela étant vrai pour tout N ≥ 1 , on prend N = b|t|c de manière à avoir, par croissance du
logarithme :
|σ + it| |σ + it|
|ζ(s)| ≤ log(b|t|c) + 1 + + 1 ≤ log(|t|) + + 2.
2b|t|c 2b|t|c
Sachant que 1 ≤ σ ≤ 2 et que |t| ≥ 2, on a :
2
4 + t2
|σ + it| 1
≤ 2
−→ ,
2b|t|c 4(|t| − 1) |t|→+∞ 4
donc :
|σ + it|
= O (1) .
2b|t|c |t|→+∞
Cette majoration permet de se défaire de la dépendance en σ. Il existe donc une constante C > 0
telle que pour tout 1 ≤ σ ≤ 2 et pour |t| suffisamment grand :
|ζ(s)| ≤ log(|t|) + C + 2.
17
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Comme 1 ≤ σ ≤ 2 et que l’on prend |t| ≥ 2, alors, comme pour la majoration de |ζ(s)|, on a :
N +∞
1 + |s| log(x)
Z
0
X log(n) log(N ) 1 log(N )
|ζ (s)| ≤ + 2
dx + + + .
n=2
n N 2x 2 4 2N
log(x)
La décroissance de x 7→ sur [3, +∞[ permet d’obtenir la majoration :
x
N Z N Z N
X log(n) log(x) log(x)
≤ dx ≤ dx.
n=4
n 3 x 1 x
Nous aurons également besoin de la proposition suivante, où l’on évalue cette fois l’asympto-
tique de l’inverse de ζ sur B.
Propriété 2.8
m0
∃m0 > 0, ∃T > 0, ∀1 ≤ σ ≤ 2, ∀|t| ≥ T, |ζ(σ + it)| ≥ .
log7 |t|
18
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
∃M1 > 0, ∃T1 > 0, ∀σ ∈ [1, 2], ∀|t| ≥ T1 , |ζ(σ + it)| ≤ M1 log |t| ; (1)
∃M2 > 0, ∃T2 > 0, ∀σ ∈ [1, 2], ∀|t| ≥ T2 , |ζ 0 (σ + it)| ≤ M2 log2 |t| (2).
Ainsi pour T = max(T1 , T2 , 2) :
∃M1 > 0, ∃M2 > 0, ∀σ ∈ [1, 2], ∀|t| ≥ T, |ζ(σ + it)| ≤ M1 log |t|, |ζ 0 (σ + it)| ≤ M2 log2 |t|.
σ 3/4
D’après la Défintion-Propriété 1.1 : |ζ(σ)|3/4 ≤ .
(σ − 1)3/4
Combiné à l’inégalité (1), on obtient :
1 σ 3/4 1/4
≤ M (log |2t|)1/4 .
ζ(σ + it) (σ − 1)3/4 1
1 log27/4 |t|
Mais ici : σ − 1 ≥ , donc : ≤ .
log9 |t| (σ − 1)3/4 3/4
De plus, pour |t| ≥ 2 : log |2t| = log(2) + log |t| ≤ 2 log |t|.
D’où :
1/4
1 23/4 M1 21/4 log27/4 |t| log1/4 |t| log7 |t|
≤ = (??),
ζ(σ + it) 3/4 A3/4
1
où : A = 1/4
.
2M1
Lorsque : 1 ≤ σ < St , on écrit :
Z St
ζ 0 (x + it)dx = ζ(St + it) − ζ(σ + it).
σ
Donc :
Z St Z St
0
|ζ(σ + it)| = ζ(St + it) − ζ (x + it)dx ≥ |ζ(St + it)| − ζ 0 (x + it)dx
σ σ
Ainsi :
St
A3/4
Z
|ζ(σ + it)| ≥ |ζ(St + it)| − |ζ 0 (x + it)|dx ≥ 7 − (St − σ)M2 log2 |t|.
σ log |t|
La dernière inégalité s’obtenant d’une part en remarquant que St ≤ 2 ce qui permet d’utiliser la
majoration (??) et d’autre part en utilisant (2).
Comme : St − σ = 1 − σ + 9 ≤ , alors :
log |t| log9 |t|
19
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
L’étude de l’application : f : > 0 7→ 3/4 A − M2 montre que pour > 0 suffisamment petit, on
a : f () > 0. Soit 0 > 0 vérifiant cela et (?), notons : m1 = f (0 ) > 0.
Remarquons que 0 dépend de A , M2 et T , donc de M1 , M2 et T et non de σ.
On obtient :
m1
∀1 ≤ σ < St , |ζ(σ + it)| ≥ .
log7 |t|
3/4
Si l’on introduit m2 = A0 , la majoration (??) se réécrit :
m2
∀St ≤ σ ≤ 2, |ζ(σ + it)| ≥ .
log7 |t|
On a alors le résultat : F est prolongeable en une fonction continue sur D tout entier et vérifie :
ζ 0 (s)
∀s ∈ D\{1}, F (s) = − − ζ(s).
ζ(s)
Étudions le comportement de F en 1.
On utilise la Propriété De Prolongement 1.3 et la Définition-Propriété 1.4.
Il existe η : C → C dérivable de dérivée continue sur D telle que :
1
∀s ∈ D\{1}, ζ(s) = η(s) + .
s−1
20
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
1
|ζ(σ + it)| ≤ M1 log |t|, |ζ 0 (σ + it)| ≤ M2 log2 |t|, ≤ M3 log7 |t|.
ζ(σ + it)
Dans ce cas :
ζ 0 (σ + it)
|F (σ+it)| ≤ |ζ(σ+it)|+|Z(σ+it)| = |ζ(σ+it)|+ ≤ M1 log |t|+M2 (log2 |t|)M3 log7 |t|.
ζ(σ + it)
Mais :
log |t| 1 1
9 = 8 ≤ .
log |t| log |t| log8 T
D’où :
M1
|F (σ + it)| ≤ 8 + M2 M3 log9 |t| = m0 log9 |t|.
log T
Cela montre (?).
Il reste à contrôler |F | sur le compact : K = [1, 2] + i[−T, T ].
F a été prolongée sur D de manière continue, donc est continue sur K compact, donc est bornée :
∃m0 > 0, ∃m1 > 0, ∀σ ∈ [1, 2], ∀t ∈ R, |F (σ + it)| ≤ m0 log9 |t| + m1 log9 2.
21
Chapitre 3
La formule de Perron
O n établit dans ce chapitre une formule intégrale, reliant une série de Dirichlet à sa fonction
sommatoire, célèbre en théorie des nombres. Ce résultat se déduit traditionnellement du fa-
meux théorème des résidus de la théorie des fonctions holomorphes. Fidèles à notre engagement,
nous nous passerons de ces résultats puissants, en démontrant cette formule au moyen du théorème
d’inversion des transformées de Fourier dans L2 . Une fois établie, cette formule nous amènera à une
identité importante dans la démonstration du TNP.
Lemme 3.1
Pour tout x réel, on a les formules :
Z +∞
déf cos (xt) π −|x|
C (x) = dt = e ,
0 1 + t2 2
Z +∞
tsin (xt) π
dt = signe (x) e−|x| .
déf
S (x) = 2
0 1+t 2
Démonstration Le calcul de C(x) étant plus facile que celui de S(x), nous nous contenterons
de montrer seulement la seconde formule :
Z +∞
tsin (xt) déf π
dt = f (x) où f : x ∈ R 7→ signe (x) e−|x| .
déf
S (x) = 2
0 1+t 2
Ce résultat découle du théorème d’inversion pour la transformée de Fourier dans L2 (R). Com-
mençons donc par invoquer ce théorème. La fonction f étant clairement de carré intégrable, la for-
mule d’inversion est légitime :
22
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
De plus, f est intégrable donc sa transformée de Fourier est donnée par la formule :
Z +∞ Z 0
−iπt
Z
π
F (f ) (t) = −ixt (−1−it)x (1−it)x
déf
f (x)e dx = e dx − e dx = .
R 2 0 −∞ 1 + t2
Il restera donc, pour conclure, à justifier que l’égalité presque partout, jointe à un argument de
continuité, fournit une égalité pour tout x réel. C’est ce que nous exposerons à la fin de la démons-
tration ; pour le moment, justifions le fait que la transformée de Fourier inverse de F (f ) au sens L2
est bien ce à quoi l’on s’attend :
Z
1 −iπt
F (F (f )) (x) =
−1
2
e+itx dt.
2π R 1 + t
2 −iπt −t2
g : R 3 t 7−→ F (f )(t)e−t =
déf
e ∈ L1 ∩ L2 .
1 + t2
Voyons d’abord que ces (g ) convergent bien vers F (f ) au sens L2 quand tend vers 0. Cela
découle immédiatement du théorème de convergence dominée de Lebesgue ; en effet, l’hypothèse
de domination est aussitôt vérifiée :
π 2 t2 −2t2 π 2 t2
|g (t)|2 = e ≤ ∈ L1 .
(1 + t2 )2 (1 + t2 )2
À ce stade, on sait donc que f est presque partout égale à la limite des F −1 (g ) au sens L2 , qui
existe comme limite abstraite d’une suite de Cauchy dans l’espace de Banach L2 . On sait par aussi
que, quitte à extraite, une limite en norme L2 implique une limite simple presque partout.
Pour x > 0 strictement positif, montrons alors que :
Z +∞
tsin (xt)
F (g )(x) −→ S (x) =
−1 déf
dt quand tend vers 0.
0 1 + t2
Remarquons que le cas où x < 0 est strictement négatif en découle immédiatement par symétrie. On
ne peut bien sûr pas appliquer le théorème de convergence dominée de Lebesgue, toujours à cause
de la non-intégrabilité de F (f ). On va plutôt découper l’intégrale pour profiter du changement de
signe de sin(xt), raison pour laquelle l’intégrale de F (f ) est semi-convergente. Tout d’abord, par
parité, on a : Z Z +∞
1 t 2
F (g )(x) =
−1 +itx
g (t)e dt = 2
e−t sin (xt) dt
2π R 0 1+t
23
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
c’est-à-dire :
+∞ Z 2(n+1)π/x
X t 2
F −1
e−t sin (xt) dt.
déf
(g )(x) = un () où un () = 2
n=0 2nπ/x 1+t
donc il s’agit donc de montrer que l’on peut dominer un () indépendamment de par le terme général
d’une série convergente, afin de pouvoir sortir la limite à l’extérieure de la somme. En effectuant le
changement de variables t ↔ t − π/x :
Z (2n+1)π/x Z 2(n+1)π/x
t −t2 t 2
un () = 2
e sin (xt) dt + 2
e−t sin (xt) dt
1+t (2n+1)π/x 1 + t
Z2nπ/x
(2n+1)π/x
t −t 2 t + π/x −(t+π/x)2
= e − 2e sin (xt) dt
2nπ/x 1 + t2 1 + (t + π/x)
Z (2n+1)π/x Z t
d s −s2
= e ds sin (xt) dt.
2nπ/x t+π/x ds 1 + s2
le membre de droite étant clairement un terme général de série positive convergente car la fonction
1
t 7→ 1+t2 est intégrable sur [0, +∞[. On a donc montré que :
L’égalité (3.1) étant seulement valable pour presque tout x, il reste donc à justifier que l’on a
en fait l’égalité partout. À cette fin, nous allons utiliser le fait que deux fonction continues égales
presque partout sont égales. En effet, par contraposée, si f1 et f2 sont deux fonctions continues telles
que f1 (x0 ) 6= f2 (x0 ) pour un certain x0 , alors on peut trouver par continuité un voisinage de x0 sur
lequel f1 et f2 ne coïncident pas, et donc f1 et f2 ne sont pas égales presque partout.
En tant que composée de fonctions continues, la fonction f est continue sur ]0, +∞[, donc il
suffit de montrer que l’intégrale est aussi continue sur ]0, +∞[ pour aboutir à l’égalité entre S et
24
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
f sur tout ]0, +∞[, et donc par symétrie sur tout R car l’égalité est immédiate en x = 0. Attelons-
nous donc à cette tâche et fixons un réel x > 0 strictement positif. En effectuant le changement de
variable t ↔ xt, il vient que : Z +∞
tsin (t)
S(x) = dt. (3.2)
0 x2 + t2
Soit t ≥ 0 un réel positif ou nul. Donnons-nous un 0 < x < x de telle sorte que pour tout y tel
que |y − x| < x , on ait :
1 1 (x + y) (x − y) 2(x + x )
− = ≤ |y − x| .
y 2 + t2 x2 + t2 (y 2 + t2 ) (x2 + t2 ) ((x − x )2 + t2 )2
Et donc pour tout y tel que |y − x| < x , l’égalité (3.2) restant évidemment valable quel que soit
y > 0, on a donc :
Z +∞
2(x + x )
|S(y) − S(x)| ≤ |y − x| t |sin(t)| dt,
0 ((x − x )2 + t2 )2
d’où :
|S(y) − S(x)| −→ 0 quand y→x
ce qui montre bien que S est continue sur ]0, +∞[.
Propriété 3.2
Pour tout x > 0, σ > 0 deux réels strictement positifs, on a :
Z σ+it 1 si x > 1,
déf 1 x
Pσ (x) = dt = 1/2 si x = 1,
2π R σ + it
0 si 0 < x < 1.
Démonstration Soient comme dans l’énoncé, x > 0 et σ > 0 deux réels strictement positifs.
On commence par se ramener sur l’intervalle [0, T ], pour T ≥ 0, en écrivant :
T Z T σ+it
xσ+it xσ−it
Z
x
dt = + dt
−T σ + it 0
Z T σ + it σ − it
σ (xσ+it + xσ−it ) − it (xσ+it − xσ−it )
= dt
0 Z (σ + it) (σ − it)
T
σcos (t log(x)) + tsin (t log(x))
= 2xσ dt.
0 σ 2 + t2
25
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
Démonstration L’hypothèse de domination n’étant pas vérifiée, nous ne pouvons pas invo-
quer le théorème de convergence dominée pour obtenir Q0σ = Pσ , ce qui permettrait quasiment de
conclure, au moins de manière formelle. Nous allons donc le montrer autrement, en établissant la
convergence uniforme locale de la suite de fonctions (fn0 )n vers Pσ sur ]0, 1[∪]1, +∞[, où :
Z n
déf 1 xσ+it+1
∀x > 0, ∀n ≥ 1, fn (x) = dt.
2π −n (σ + it) (σ + it + 1)
Pour n ≥ 1, le support de l’intégrale définissant fn (x) étant compact, la continue dérivabilité de
l’intégrande par rapport à x suffit pour légitimer la dérivabilité de fn sous le signe intégrale :
Z n σ+it
0 1 x
fn (x) = dt. (3.3)
2π −n σ + it
Si x > 0 est différent de 1, l’intégration par parties :
(
xσ+it
du = xσ+it dt
u = i log(x)
dt
1 ⇒ −idt
v = σ+it dv = (σ+it)2
,
donne que :
n
xσ xin x−in ixit
Z
fn0 (x) = − + dt .
2iπ log(x) σ + in σ − in −n (σ + it)2
Mais d’après (3.3), Pσ (x) = limn→+∞ (fn0 (x)), donc :
σ Z +∞
x ixit
Pσ (x) = dt,
2iπ log(x) −∞ (σ + it)2
ce qui donne, par inégalité triangulaire :
xσ 2xσ
Z
2 1
|fn0 (x) − Pσ (x)| ≤ + dt ≤ .
2iπ log(x) n |t|>n t2 πn |log(x)|
Cette dernière majoration rend claire la convergence uniforme de fn0 vers Pσ sur toute partie
compacte de ]0, 1[ ou de ]1, +∞[. Or, la suite de fonctions (fn )n converge simplement vers Qσ , cela
suffit pour assurer que :
D’après la section précédente, on sait donc que Qσ est constante sur ]0, 1[ et de dérivée égale à 1
sur ]1, +∞[. Et la continuité de Qσ sur [0, +∞[ s’obtient sans effort car la condition de domination
de l’intégrande sur toute partie compacte de K ⊂ [0, +∞[ est respectée :
xσ+it+1 (sup K)σ+1
∀x ∈ K, ≤ ∈ L1 (R+ )
(σ + it) (σ + it + 1) σ 2 + t2
donc le théorème de continuité des intégrales à paramètre est légitime. L’annulation évidente de
Qσ en 0 entraine alors que Qσ est nulle sur tout [0, 1]. Sur [1, +∞[, Qσ est solution du système
différentiel élémentaire (f 0 (x) = 1, f (1) = 0), donc Qσ (x) = x − 1 pour tout x ≥ 1.
26
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
C Sommation
Cette section présente une formule, due au mathématicien allemand Oskar Perron, qui permettra
dans le prochain chapitre, de déterminer un équivalent de la fonction sommatoire
X
ϕ(y) := an
1≤n≤y
an
P
associée à la série de Dirichlet n≥1 ns , sous une certaine condition de contrôle sur la suite (an )n .
Rx
Remarque : Le membre de droite dans la formule de Perron 0 ϕ(y)dy est indépendant de σ > 1. Sous
σ+it+1 G(σ+it)
réserve d’un contrôle suffisant sur l’intégrande x(σ+it)(σ+it+1) , par exemple pour pouvoir appliquer
le théorème de convergence dominée, nous prolongerons cette remarquable formule en σ = 1.
Démonstration L’hypothèse de contrôle faite sur la suite (an )n assure aisément que la série de
Dirichlet G converge normalement sur D1+δ := {s ∈ C, <(s) ≥ 1 + δ}, pour chaque δ > 0 fixé. On
en déduit donc que l’application
+∞
déf
X an
s 7−→ G(s) =
n=1
ns
est bien définie et continue sur D = {s ∈ C, <(s) > 1}.
Fixons un σ > 1 strictement plus grand que un et démontrons la formule. Nous allons calculer
indépendamment les deux membres de l’égalité et observer qu’ils coïncident en effet ; le calcul de
celui de droite est élémentaire, tandis que nous invoquerons la formule de la section précédente pour
le membre de gauche.
D’une part on a :
Z x Z x X ! Z x X ! Z x
X
ϕ(y)dy = an dy = an 1{n≤y} dy = an 1{n≤y} dy ,
0 0 1≤n≤y 0 1≤n≤x 1≤n≤x 0
c’est-à-dire : Z x X
ϕ(y)dy = (x − n) an .
0 1≤n≤x
D’autre part, nous venons d’observer que la série G converge normalement sur {s ∈ C, <(s) =
σ}, il est donc loisible de permuter les signes de sommation :
27
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
+∞ +∞ Z
xσ+it+1 G(σ + it) 1 X +∞ xσ+it+1
Z
1 a
n
dt = σ+it
dt
2π −∞ (σ + it) (σ + it + 1) 2π n=1 −∞ (σ + it) (σ + it + 1) n
+∞
X x
= nan Qσ
n=1
n
X
= (x − n) an
1≤n≤x
28
Chapitre 4
La démonstration du TNP
C e chapitre est l’objet central de notre projet ; nous y présentons la démonstration du Théo-
rème des Nombres Premiers. À cette fin, nous établirons dans la première section une identité
clé qui amènera à un équivalent de la fonction sommatoire associée à la fonction de Mangoldt, ce
qui, nous le verrons à la deuxième section, nous conduira au Théorème des Nombres Premiers. Cette
première identité fera appel aux résultats établis dans les précédents chapitres.
déf
X Λ(n) − 1
F (s) = Z(s) − ζ(s) = ,
n≥1
ns
dont on rappelle qu’elle se prolonge en une fonction continue sur toute l’adhérence D, et on introduit
la fonction sommatoire suivante : X
ψ(y) = Λ(n).
1≤n≤y
Démonstration Soit x > 1 strictement plus grand que 1. La série de Dirichlet associée F :
+∞
X Λ(n) − 1
n=1
ns
29
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
x1+σ+it x3
∀ 1 ≤ σ ≤ 2, ∀ t ∈ R, ≤ .
(1 + σ + it)(σ + it) 1 + t2
log9 (2 + |t|)
t 7−→ est intégrable sur R,
1 + t2
l’hypothèse de domination est bien vérifiée.
Cette identité va nous permettre de déterminer un équivalent de la fonction ψ. Pour cela, nous
serons amenés à utiliser le lemme suivant.
Lemme 4.2
Soit f : R+ → R monotone telle que :
x
xk
Z
∃ k ∈ N, k ≥ 2, f (t)dt ∼ .
0 x→+∞ k
Démonstration Supposons pour la démonstration que f est croissante, le cas où f est décrois-
sante étant en tout point similaire. Soit a > 1 strictement plus grand que 1. La croissance de f
donne :
Z ax Z ax Z x
1 1
∀ x ≥ 0, f (x) ≤ f (t)dt = f (t)dt − f (t)dt .
(a − 1)x x (a − 1)x 0 0
30
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
Ceci étant vrai pour tout a > 1 strictement plus grand que 1, on en déduit, en faisant tendre a
vers 1, que :
f (x)
limsup ≤ 1. (4.1)
x→+∞ xk−1
De même, si 0 < a < 1 est strictement plus petit que 1, on a :
Z x
1
∀ x ≥ 0, f (x) ≥ f (t)dt,
(1 − a)x ax
f (x)
converge quand x tend vers l’infini, et sa limite est 1.
xk−1
déf F (1 + it)
G(t) =
(1 + it)(2 + it)
continue et intégrable sur R, de telle sorte que l’Identité clé 4.1 se réécrive :
Z x
x2 b
(ψ(y) − byc) dy = G (−log(x)) ,
0 2π
B Conclusion
Le chemin restant à parcourir avant d’obtenir le TNP n’est plus très long. En effet, il ne reste
plus qu’à expliciter le lien entre la fonction ψ et la fonction π de décompte des nombres premiers :
déf
∀ x ≥ 1, π(x) = Card{p premier inférieur ou égal à x}.
31
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
Propriété 4.4
La fonction sommatoire de Mangoldt ψ vérifie, pour tout x ≥ 1 supérieur ou égal à 1 :
X log(x)
ψ(x) = log(p),
p≤x, p premier
log(p)
log(x)
et le nombre de k ≥ 1 tels que pk ≤ x vaut :
log(p)
log(x)
pk ≤ x et pk+1 > x ⇔ k ≤ < k + 1.
log(p)
Pour établir l’encadrement, il suffit alors de remarquer que, pour tout X ≥ 1 plus grand que 1,
l’encadrement bXc ≤ X < bXc + 1 ≤ 2bXc entraîne, pour tout x ≥ 1 plus grand que 1 :
log(x) log(x)
log(p) ≤ log(x) ≤ 2 log(p).
log(p) log(p)
Donc en sommant sur les p premiers inférieurs ou égaux à x, on en déduit l’encadrement re-
cherché.
Avant de démontrer le dernier théorème qui impliquera directement le TNP, nous aurons besoin
d’un ultime lemme faisant intervenir le logarithme intégral :
Z x
déf dt
∀ x ≥ 2, Li(x) = .
2 log(t)
Lemme 4.5
x
Quand x tend vers l’infini : Li(x) ∼ .
log(x)
1 1
Démonstration Tout d’abord, il est clair que log(t)
≥ t
n’est pas intégrable sur [2, +∞[, donc
Li(x) → +∞. Une intégration par parties donne :
Z x
x 2 dt
∀ x ≥ 2, Li(x) = − + ,
log(x) log(2) 2 log2 (t)
donc il s’agit de montrer que : Z x
dt
= o (Li(x)).
2 log2 (t) x→+∞
32
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
c’est-à-dire : Rx dt
2 log2 (t)
∀ x ≥ x0 , 0≤ R x dt ≤ + .
2 log(t)
ce qu’il fallait.
Propriété 4.6
Les comportements asymptotiques des fonctions π et ψ sont reliés par la formule :
ψ(x) x
π(x) = +O .
log(x) log2 (x)
√
2 log(x)
car si x < p ≤ x, alors p > x, donc = 1.
log(p)
log(x) log(x)
De plus, l’inégalité > − 1 indique alors que :
log(p) log(p)
33
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
X X x
π(x)log(x) − ψ(x) ≤ log(p) + log
√ √ p
p≤ x, p premier x<p≤x, p premier x
X X
= log(p) + (π(n) − π(n − 1)) log
√ √ n
p≤ x, p premier x<n≤x
√
x
X x x
(π(n) − π(n − 1)) log = π(bxc)log − π(b xc)log √
√ n bxc b xc
x<n≤x
X x x
+ π(n) log − log
√ n n+1
x<n≤x−1
Notons M > 0 tel que pour tout t plus grand que 2, on ait :
t
π(t) ≤ M
log(t)
Rx
π(t) x
et montrons que 2 t
dt =O log(x)
. On a :
Z x
log(x) π(t) log(x)
0≤ dt ≤ M Li(x) = O(1)
x 2 t x
d’après le Lemme 4.5 précédent.
34
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
35
Annexes
Précisons tout de même qu’Euler était pleinement conscient de l’importance d’une démonstra-
tion rigoureuse. La plupart des justifications qui vont suivre furent d’ailleurs formulées par Euler
lui-même quelques années plus tard [Bur], témoignant sa volonté de ne laisser aucun résultat non
démontré. Néanmoins, Euler a souvent formulé des résultats sans en donner de justification rigou-
reuse, son génie créatif l’amenant régulièrement à découvrir des résultats en avance sur son temps.
k − 1 zk
déf n z k 1 2
un (k) = = 1− 1− ... 1 −
k n n n n k!
36
Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
est uniformément dominé par le terme général d’une série positive convergente, donc d’après le
théorème de convergence dominée, la permutation somme-limite est légitime, ce qui donne le ré-
sultat que nous recherchions, avec la convention un (k) = 0 si k > n :
+∞ +∞ +∞ k
z n X X X z
lim 1+ = lim un (k) = lim un (k) = = ez . (4.4)
n→+∞ n n→+∞
k=0 k=0
n→+∞
k=0
k!
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Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
|z 2 | C
∀k ∈ N\{0}, |uk | ≤ 2 2
|vk−1 | ≤ 2 .
π k k
Une étude aisée de la fonction R 3 x 7→ x − tan(x) montre que :
πk
∀n ∈ N, xk (n) = (2n + 1) tan ≥ πk.
2n + 1
Ainsi, les suites
k
z2
Y
νk (n) = z 1− et µk (n) = νk (n) − νk−1 (n)
j=1
xj (n)2
continuent de vérifier les mêmes majorations. Donc la même constante C majore uniformément en
n ∈ N les suites (µk (n)k 2 )k .
Donc les hypothèses de convergence normale sont vérifiées, ce qui rend légitime la permutation de
la limite avec la somme, en posant µk (n) = 0 si k > n :
+∞
X +∞
X +∞
X
sin(z) = lim µk (n) = lim µk (n) = uk = lim vn .
n→+∞ n→+∞ n→+∞
k=0 k=0 k=0
il s’agit de voir que l’identification formelle du coefficient de X 2 dans chaque membre de l’égalité
+∞
X2
sin(πX) Y
= 1− 2
πX k=1
k
Pour cela, remarquons que d’après le développement limité de la fonction sinus à l’ordre 3,
π2
1 sin (πx)
1 − −→ ,
x2 πx x→0 6
donc si on se fixe un > 0 strictement positif quelconque, on dispose d’un δ = δ() > 0 tel que
pour tout 0 < |x| < δ, par inégalité triangulaire, on ait :
+∞ +∞
π2 X 1
X
1 sin (πx) 1
− 2
≤+ 2 1− − .
6 n=1
n x πx n=1
n2
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Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
et donc finalement,
N
! N N
x2 x2
Y X
2
X 2
1− 1− 2 − ≤ x x2(k−1)
k=1
k n=1
n2 k=2
(k − 1)!
+∞ k
2
X (x2 ) 2
x2
≤ 2x = 2x e −1 .
k=1
k!
Donc un dispose d’un δ 0 > 0 strictement positif tel que, pour tout 0 < |x| < δ 0 :
+∞ ! X +∞
1 Y x2 1
2
1− 1− 2 − ≤ .
x k=1
k n=1
n2
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Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
peut donc être rendue arbitrairement petite, c’est bien dire que :
+∞
X 1 π2
2
= .
k=1
k 6
Coin de la Culture Des considérations similaires permettent de calculer les valeurs prises
par la fonction ζ aux entiers pairs strictement positifs.
Ce remarquable résultat fut également découvert par Euler :
22n−1 B2n 2n
∀n ≥ 1, ζ(2n) = (−1)n−1 π ,
(2n)!
où les B2n apparaissant dans la formule sont les nombres de Bernoulli, définis au moyen de la série
génératrice formelle suivante :
+∞
z X Bn n
z
= z .
e − 1 n=0 n!
Un argument de parité implique alors que les nombres B2n+1 sont tous nuls, et on a B0 = 1 et
B2 = −1/2. De plus, on peut vérifier que les nombres B2n sont tous rationnels, et donc, étant donné
que π est transcendant, il suit que ζ(2n) ∈ Qπ 2n .
En revanche, pour le moment, aucune expression aussi simple n’a été découverte pour les valeurs
prises par la fonction ζ aux entiers impairs ζ(2n+1). À titre informatif, donnons ici quelques-un des
rares résultats démontrés à ce jour sur le sujet [Riv]. Le premier est plutôt récent car il fut démontré
par le mathématicien Français Robert Apéry en 1978 : le nombre ζ(3) est irrationnel. Ce nombre est
depuis appelé la constante d’Apéry. On en connaît les 400 milliards premières décimales depuis 2015.
On sait par ailleurs que la fonction ζ prend une infinité de valeurs irrationnelles aux entiers impairs
[Riv00], et que parmi les quatre nombres ζ(5), ζ(7), ζ(9) et ζ(11), au moins un est irrationnel.
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Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
Rappelons que le Théorème des Nombres Premiers donne une approximation de la fonction π pour
les grandes valeurs de x.
x
π(x) ∼ (∗)
x→+∞ ln (x)
Nous allons montrer que cet énoncé est équivalent à la formule suivante.
ln (ln (pk ))
−→ 0 car ln (pk ) → +∞.
ln (pk )
(∗∗) ⇒ (∗) On passe du discret au continu en remarquant que π est constante sur [pk , pk+1 [, ce
qui amène à l’encadrement suivant, pour tout x dans [pk , pp+1 [.
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Projet de Magistère 2017 Alexandre Goyer & Émile Séguret
Et donc pour tout x réel, pπ(x) ≤ x < pπ(x)+1 (c). Remarquons alors que :
pk+1 (k + 1) ln (k + 1) pπ(x)+1
∼ −→ 1 ⇒ −→ 1. (d)
pk kln (k) k→+∞ pπ(x) x→+∞
En effet, revenons à la définition de la limite cette fois : soit > 0 arbitrairement petit, il existe un
entier K tel que :
pk+1
∀ k ≥ K, − 1 < .
pk
Or, π croît indéfiniment donc il existe M tel que pour tout x ≥ M , π (x) ≥ K et donc :
pπ(x)+1
∀ x ≥ M, − 1 < .
pπ(x)
et exactement les mêmes arguments qui ont permis d’établir (a) et (b) montrent que :
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Bibliographie
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Notes
Chapitre 1
1. Quarante ans plus tard, deux des frères Bernoulli, Jean (alias Johann) et Jacques (alias Jakob) en
donnèrent chacun une nouvelle démonstration.
2. Il tire ce nom de la ville suisse dans laquelle Jean et Jacques Bernoulli occupèrent successivement
la chaire universitaire de mathématiques.
3. Les frères Jean et Jacques Bernoulli s’y sont attelés pendant des décennies, en vain. Gottfried
Wilhelm Leibniz échoue également. James Stirling publia en 1730 une formule
+∞ +∞
X 1 X 3
=
n 2n
2
n=1
n n=1
3
n
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