Analyse linéaire n°1 de Gargantua
L'humanisme, une philosophie qui célèbre la dignité, la liberté et le potentiel de l'homme, plaçant
l'humanité au cœur de ses préoccupations et encourageant la recherche du bien-être collectif. Et
c’est à travers ce nouveau mouvement littéraire que certains auteurs comme Montaigne, More ou
encore Eramse que celui-ci se propage, développant ainsi la culture et l’intellect de
l’époque.L’extrait que nous allons étudier est tiré du chapitre 6 du roman Gargantua, publié par
François Rabelais, grande figure de l’humanisme, en 1534. Tout au long de l’oeuvre, nous pouvons
suivre les les aventures de Gargantua, un géant et qui parle la même occasion prône des valeurs
humanistes. Dans ce chapitre, nous assisterons à l’accouchement invraisemblable de Gargamelle, la
mère de Gargantua, et la naissance fantastique de ce dernier. Mais une question se pose : Comment
Rabelais à travers le récit surprenant de la naissance de Gargantua, illustre-t-il des idées de la
pensée humaniste ? Dans un premier temps, nous verrons les souffrances de Gargamelle avant
l’accouchement, puis nous verrons en quoi l’arrivée au monde de Gargantua est une naissance
incongrue. Et enfin nous analyserons le commentaire du narrateur qui peut amener à une remise en
question satirique des croyants
I - Les souffrances de Gargamelle avant l’accouchement
- « Peu de temps après » : CCI → lien avec la scène de fête / beuverie où Gargamelle a mangé des
tripes
- « Elle commença à soupirer, souffler, crier » gradation ascendante, rythme ternaire → évènement
soudain, début du travail, la souffrance de Gargamelle augmente qui se traduit vocalement
- « tas de sages-femmes » → GN, souligner la nécessité d’un grand nombre
- champ lexical du corps → registre littéraire réaliste, description détaillée ( Rabelais est médecin)
-quiproco comique scatologique → confusion des sages-femmes : elles ont confondu une déscente
d’organes et d’excréments avec l’arrivée de Gargantua
- « boyau cullier » = néologisme → accentuer l’effet comique, vulgaire
- « ainsi que nous l’avons déclaré plus haut » : intervention du registre didactique à l’aide d’une
subordonnée soutenue → contraste de registre : didactique vs comique scatologique
- « Alors » : adverbe de temps → 2ème rupture dans la narration car arrivée d’un nouveau
personnage
- « une vieille et sale bonne femme » → adjectifs antéposées avec des termes péjoratifs, allure de
sorcière , repoussante, inquiétante
- « grande guérisseuse » : expression ironique, charlatane
- « si horrible que (…) contractées » = exagération, empire la situation et donc décrédibilisation de
« la guérisseuse »
- « Même avec les dents » = réflexion obscène pour provoquer le lecteur renforcé par le pronom
« vous »
- référence à une anecdote religieuse = histoire de Saint Martin, diable + commères
→ volonté didactique du narrateur mais effet comique de complicité avec les lecteurs car anecdote
dérisoire, amusante, comparaison surprenante. Volonté du narrateur de montrer son érudition
II – Une naissance incongrue (ligne 12 à 18)
- CC cause + « contre temps » => registre didactique car structuration logique avec des connecteurs
à chaque début de paragraphes = perte de temps → renforce le côté incompétent des sages-femmes
- champ lexical du corps (assez technique), le narrateur décrit le parcours fantaisiste du bébé venant
du ventre à l’oreille
Dimension merveilleuse, voir épique, car il fait un grand voyage et car il y a des références à
d’autres naissances mythologiques => illustration des humanistes → désacralisation du corps et
érudition
Symbolique : oreille = écoute et sagesse, coeur = courage
- comparaison sur la négative, conjonction de coordination, répétition=> dimension unique et
héroique qu personnage dès les premiers instants et grand soif = élan vital et désir de connaissance
=> pensée humaniste
- hyperbole : si « fort » → nature gigantesque, extravertie et heureuse => le savoir tend à être
partagé
III – Commentaire du narrateur et remise en question satirique des croyants (l.19 à 26)
- arrêt de la narration, pronom « je » et « vous » → narrateur s’adresse directement aux lecteurs +
présent d’énonciation, registre didactique, commentaire
- Manipulation du lecteur : le narrateur semble accepter son doute ( adjectif : « étrange ») + « je
m’en soucie guère » puis fait mine d’ignorer le lecteur
- polyptote de « croire » => thème de la foi et de la réflexion qui sont en jeu
- ironie « un homme de bien (…) croit tout ce qu’on lui dit » → antiphrase => dénoncer le manque
de discernement des clercs qui croient aveuglément ce qu’on leur dit
- question rhétorique
En conclusion, dans cet extrait du chapitre 6 de Gargantua, le narrateur raconte la merveilleuse
naissance du géant qui deviendra l’image idéale de prince rêvé par les humanistes. Cependant, le
lecteur a du mal à y croire. Alcofribas Nasier prend la donc la parole pour tenter de le convaincre et
il fait une apologie ironique de la crédulité. C’est donc un raisonnement par l’absurde que propose
Rabelais à son lecteur pour le pousser à faire fonctionner sa raison. Il l’invite à ne pas croire tout ce
que dit l’Église et à faire preuve d’esprit critique. Cette démarche n’empêche pas la foi, à condition
qu’il s’agisse d’une foi sincère et non pas imposée. Ainsi ce passage comique est le moyen pour
Rabelais de formuler une réflexion sur la crédulité et la foi. Cette naissance merveilleuse peut nous
rappeler d’Athéna, déesse de la sagesse de la mythologie grecque. Son père, Zeus, après avoir avalé
la nymphe Métis, se plaignait de douleur à la tête. Il demanda donc à Vulcain de lui fendre le crâne,
et c’est par cette plaie que sortit Athéna.