3.2.
ECOULEMENTS SIMPLES 27
la vitesse est positive ; l’écoulement se fait bien de la région de forte pression vers la région de
faible pression. Le débit de fluide à travers le tube est donné par l’intégration du profil de vitesse :
R
πR4 ∆p
Z
Q = 2π ux rdr = (3.11)
0 8η L
Ce résultat, souvent appelé ”loi de Poiseuille1 ”, montre que le débit est proportionnel au gradient
de pression ∆p/L et inversement proportionnel à la viscosité dynamique du fluide. Il dépend très
fortement du diamètre du tube ; cette dépendance en puissance quatrième du diamètre est une
conséquence du profil de vitesse parabolique qui est lui-même une conséquence de la condition de
non glissement sur la paroi du tube. Une situation physique très différente est le transport des
électrons dans un conducteur électrique : la vitesse moyenne des électrons est la même dans toute
la section du conducteur ; la résistance du conducteur est simplement inversement proportionnelle
à sa section (πR2 ).
3.2.2 Écoulement entre deux cylindres (écoulement de Couette)
Un autre écoulement simple est celui réalisé dans l’espace compris entre deux cylindres coaxiaux
animés d’une vitesse de rotation constante dans le temps. Le cylindre extérieur (resp. intérieur)
a un rayon Re (resp. Ri ) et il est entraı̂né à la vitesse angulaire Ωe (resp. Ωi ). Nous supposons
que les cylindres sont suffisamment longs (dans la direction axiale) pour que les effets dûs aux
extrémités soient négligeables et pour qu’il n’y ait pas de composante axiale de la vitesse (le
problème, tridimensionnel dans la réalité, est ramené à un problème plan). Si l’écoulement reste
stable, nous pouvons supposer que le champ de vitesse conserve la symétrie cylindrique : la vitesse
est indépendante de le coordonnée azimuthale θ. La condition d’incompressibilité impose alors que
la composante radiale de la vitesse soit nulle. Considérons en effet un élément de volume délimité
par les rayons θ et θ + dθ et par les cercles r et r + dr. Le volume net de fluide qui entre dans cet
élément de volume est :
rur (r) dθ − (r + dr)ur (r + dr) dθ + uθ (θ) dr − uθ (θ + dθ) dr
Lorsque le fluide est incompressible, cet accroissement de volume est nul, ce qui conduit à :
∂(rur ) ∂uθ
+ =0 (3.12)
∂r ∂θ
Le champ de vitesse étant indépendant de θ pour une raison de symétrie, l’équation 3.12 conduit
à : ur = C/r. Sur les parois solides en r = Re et r = Ri la vitesse radiale est nulle (le fluide ne
peut traverser ces parois), elle est donc nulle dans tout l’écoulement.
Nous pouvons maintenant écrire l’équilibre des forces qui s’exercent sur l’élément de volume
que nous avons considéré ci-dessus. Si l’écoulement reste stable, nous pouvons supposer que chaque
élément de fluide se déplace avec une vitesse tangentielle constante sur une trajectoire circulaire.
Un tel élément a une accélération centripète égale à u2θ /r. Dans la direction radiale, le gradient de
pression équilibre cette accélération centripète. Ecrivons la résultante des forces sur l’élément de
volume projetée sur la direction radiale :
dθ u2
−(r + dr) p(r + dr) dθ + r p(r) dθ + 2p(r) dr = −ρ θ r dr dθ
2 r
Les deux premiers termes du membre de gauche proviennent de la pression exercée sur les faces
cylindriques en r et r + dr. Le troisième terme provient de la pression exercée sur les faces radiales
en θ et θ + dθ. D’où :
∂p u2
=ρ θ (3.13)
∂r r
1 du nom du médecin français qui fut le premier à montrer expérimentalement la dépendance du débit en puissance
quatrième du rayon.
28 CHAPITRE 3. DYNAMIQUE
Fig. 3.5 – Schéma de l’écoulement entre deux cylindres coaxiaux.
Dans la direction tangentielle, écrivons le couple résultant de l’action des contraintes tangentielles,
couple qui est nul puisque l’élément de volume se déplace à vitesse angulaire constante (notons
que la pression est indépendante de θ, elle n’apparaı̂t donc pas dans l’équation ci-dessous) :
−(r + dr)2 σrθ (r + dr) dθ + r2 σrθ (r) dθ = 0
soit :
∂(r2 σrθ )
=0 (3.14)
∂r
Soit, σrθ = C/r2 La contrainte tangentielle est proportionnelle à la vitesse de déformation :
∂uθ uθ ∂ uθ
σrθ = η − = ηr
∂r r ∂r r
Il faut soustraire uθ /r au gradient de vitesse pour tenir compte du fait qu’une rotation en bloc
(rotation solide avec uθ = ωr) ne provoque pas de déformation. L’intégration de l’équation de
mouvement donne : uθ = A/r + Br, les constantes d’intégration A et B étant déterminées par les
conditions aux limites sur les parois : uθ (Ri ) = Ωi Ri et uθ (Re ) = Ωe Re :
(Ωi − Ωe )Ri2 Re2 1 Ωe Re2 − Ωi Ri2
uθ = + r (3.15)
Re2 − Ri2 r Re2 − Ri2
La contrainte tangentielle sur le cylindre extérieur est donc :
(Ωe − Ωi )Ri2
σrθ (Re ) = 2η
Re2 − Ri2
et le couple induit par cette contrainte est :
(Ωe − Ωi )Ri2 Re2
Γ = 4πη (3.16)
Re2 − Ri2
Ce couple est proportionnel à la viscosité dynamique du fluide et à la différence de vitesse de
rotation des deux cylindres. Dans le cas où le rayon des deux cylindres est très grand devant leur
séparation : (Re − Ri = h Ri ), on retrouve un écoulement identique à celui observé entre deux
plaques planes parallèles, c’est-à-dire un profil de vitesse linéaire. Lorsque le cylindre extérieur est
seul en mouvement (Ωi = 0), le couple exercé sur le cylindre extérieur devient alors Γ = 2πηΩR3 /h
3.3. L’ÉQUATION DE NAVIER-STOKES 29
, où Ω = Ωe et Re ≈ Ri ≈ R. Ce type d’écoulement entre deux cylindres coaxiaux de diamètres
proches est utilisé couramment pour la mesure des viscosités. La réalisation d’un viscosimètre
de Couette est très délicate mécaniquement : il faut assurer une parfaite concentricité des deux
cylindres et éliminer les frottements au maximum. Il faut également apporter des corrections em-
piriques aux formules données ci-dessus pour tenir compte des effets de l’écoulement à l’extrémité
des cylindres. Les appareils les plus sophistiqués peuvent travailler à vitesse de rotation imposée
ou à contrainte imposée.
3.3 L’équation de Navier-Stokes
Nous avons trouvé l’équation de mouvement du fluide dans quelques cas simples. Passons
maintenant à l’établissement de cette équation dans le cas général pour un fluide visqueux incom-
pressible. La relation fondamentale de la dynamique peut s’exprimer de la manière suivante : la
variation temporelle de la quantité de mouvement d’un élément de volume V est égale à la somme
des forces qui s’exercent sur cet élément de volume, soit :
Z Z Z
D
ρu dτ = f dτ + σn dS (3.17)
Dt V V Σ
où Σ est la surface délimitant le volume V , dS est un élément de surface de normale n, f est
la force exercée par unité de volume et σ le tenseur des contraintes. La dérivée temporelle du
premier membre est une dérivée lagrangienne, c’est-à-dire, en suivant le mouvement des particules
de fluide. La masse de l’élément deR fluide ρ dτ reste constante dans ce mouvement. Il est donc
possible d’écrire le premier terme : V ρ Du/Dt dτ . RL’intégrale des forces de surface peut s’écrire,
à l’aide du théorème d’Ostrogradsky sous la forme : V ∇.σ dτ où ∇.σ est la divergence du tenseur
des contraintes, un vecteur dont la composante i est : ∂σij /∂xj . En faisant tendre le volume V
vers zéro l’équation de mouvement devient :
Du
ρ = f + ∇.σ (3.18)
Dt
Maintenant, utilisons la décomposition de la dérivée lagrangienne de la vitesse en la somme de la
dérivée eulérienne et de l’accélération convective (équation 2.1) En tenant compte de l’expression
du tenseur des contraintes pour un fluide newtonien en mouvement (équation 3.6), la contribution
des forces de surface à la composante i de l’équation de mouvement s’écrit :
∂σij ∂p ∂ 2 ui
=− +η
∂xj ∂xi ∂xj ∂xj
et l’équation de mouvement prend la forme :
∂u
ρ + ρu.∇u = −∇p + η∆u + f (3.19)
∂t
C’est l’équation de Navier-Stokes qui décrit le comportement des fluides newtoniens. Réécrivons
cette équation sous la forme suivante :
∂u 1 1
+ u.∇u = − ∇p + ν∆u + f (3.20)
∂t ρ ρ
où ν est la viscosité cinématique du fluide. L’expression de cette équation en coordonnées
cylindriques et sphériques est donnée en annexe. Notons, qu’en l’absence d’écoulement, si la seule
force en volume présente est la gravité, nous retrouvons à partir de l’équation de Navier-Stokes la
loi de la statique des fluides : ∇p = ρg.