Cue12e PDF
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L’urbanisme du réel / l’urbanisme du
fantasme / l’urbanisme du possible,
page droite:
Plan d’extension des voies de
communication de la Ville de Genève
et des communes suburbaines, y
compris Carouge, CRR/DAEL,
« 1896-2001 Projets d’urbanisme pour
Genève », 2003.
1. 4.
5.
2.
1. Zürich, Bahnofstrasse
2. Genève, rue Sénebier
3. La Chaux-de-Fonds, avenue
Léopold-Robert
4. Biel, Zentralstrasse
5. Luzern, Schweizerhofquai
Une ville diluée et morcellée par la viabilisation vitesse, nombre de files, flux, carrefours fluides, etc. La 63
recherche de l’efficacité maximale des flux a eu pour
La tendance actuelle la plus critique par rapport à l’urba- conséquence l’absence de lien structurel entre la voie et
nisme des années 50 se réfère à l’intégration de l’espace l’urbanisation environnante : le passage des piétons est
libre dans le tissu urbain, et à une relation renouvelée organisé en sous-terrain ou en passerelle. Avec l’essor
entre Plan et Projet (Siza). de la voiture – 2500 voitures en 1945 et 50’000 voitures
en 1960 – on assiste à la prolifération d’ensembles pa-
Progressivement, au milieu du XXe siècle, l’ensemble de villonnaires distants des centres urbains mais qui, à la
ces dispositifs urbains sont abandonnés au profit de la faveur des infrastructures, s’y relient aisément. Tous ces
logique du raccordement, imposée par des réseaux de secteurs de faible densité, allant de la zone monofonc-
plus en plus indépendants de la forme du territoire, des tionnelle industrielle par exemple, au lotissement péri-
quartiers et des constructions. Les plans Marais (1952- urbain, se répandent suivant la même principe satelli-
1961) marquent une rupture importante avec la sépara- taire. Un archipel de tissus extensifs et autonomes, de
tion des flux piétons et des circulations motorisées, des rues en impasses ou en boucle où il faut toujours revenir
espaces verts et des bâtiments. Avec les conséquences sur ses pas. Un espace à faible densité où le chemine-
que l’on connait sur les formes urbaines et architec- ment est interminable, inadapté aux vélos et aux piétons,
turales. La rue a été abandonnée dans sa fonction de s’est organisé en dehors de tout projet urbain.
desserte des immeubles et d’interface entre l’espace
public et l’espace privé. A la même époque, sous l’égide
de l’ingénieur J. L. Biermann, les projets des grandes
voiries urbaines et périurbaines élaborées avant la Se-
conde Guerre mondiale sont détournées au profit du
réseau à grande vitesse, avec son registre formel de
ponts, de viaducs, de talus et de dénivelés qui s’enfon- L’architecture franchisée doit être un
cent jusqu’au cœur des villes (T 104, pont de l’Ecu, route produit routier accessible, visible et
des Jeunes, avenue Vibert, dénivelé Micheli-du-Crest, espacé : localisation et accessibilité
des magasins Ikea en France, « La
etc.). La conception de ces grandes voiries routières ré- ville franchisée, formes et structures
pondait à des critères précis qui liaient intimement les de la ville contemporaine »,
tracés aux caractéristiques fonctionnelles de la voie : pp.122-123.
La Commission a exprimé ses réserves quant à une Même si la règle de la séparation des circulations mo-
conception du réseau des nouveaux quartiers avec des torisées et des déplacements des piétons ne devrait
voies en impasse. Lors de l’examen du plan directeur plus être admise comme une valeur de la modernité,
de quartier La Chapelle-Les Sciers, elle avait souligné on constate que le désenclavement du PAC MICA, par
l’abandon de plusieurs maillons du réseau secondaire la création d’un nouveau raccordement entre la route
visant à assurer la perméabilité du tissu urbain, notam- de Jussy et la rue Mirany, repose toujours sur ce prin-
ment dans le secteur en zone industrielle et artisanale cipe, ainsi que sur une géométrie routière favorisant
et en direction des quartiers adjacents. Afin de limiter le la vitesse. La Commission relève que le dispositif pro-
transit, dans le cas du PLQ de Meyrin - Les Vergers, la posé ne garantit pas la perméabilité transversale entre
Commission relevait que l’aménagement en impasse de les différents quartiers. Si sur l’ensemble du tracé, les
l’unique rue d’accès (la promenade des Vergers) risquait deux passages piétonniers prévus sont insuffisants, tout
de compromettre la viabilité des activités et des services franchissement supplémentaire est compromis par les
prévus. S’appuyant sur les expériences des écoquartiers mouvements de terrains prévus (1,5 mètre environ). Par
menées à Freiburg in Brisgau, l’abandon de la desserte ailleurs, la spécialisation des voies selon leurs fonctions
de quartier au profit d’une « desserte par poche » produit et leurs modes de transport « sites propres », favorise
des quartiers tranquilles et presque uniquement rési- la vitesse maximale de chaque mode et, de ce fait, l’in-
dentiels. Or, la Commission considère qu’on surestime sécurité des traversées. Ce principe va, de plus, à l’en-
les nuisances consécutives à la desserte locale et qu’on contre des études de comportement des automobilistes
est en train d’imposer une nouvelle forme de zonage. En qui ont montré que la perception de nombreux obstacles
effet, les nouveaux quartiers devraient également être dans un champ de vision rapproché favorise l’attention,
l’occasion de réfléchir à la place des lieux de travail ter- la prudence, autrement dit des comportements urbains.
tiaire contemporains ou de services à la personne, d’ar- De plus, la géométrie routière du nouveau maillon per-
tisanat, etc. qui sont constamment repoussés dans des met aisément de grandes vitesses dans les courbes; elle
zones ad hoc. crée de nombreux « délaissés de voirie » et déconnecte
bâtiments et voies. In fine, ce dispositif procurera un
sentiment d’espacement considérable des objets et des
quartiers entre eux.
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Aménagement de la Schwarzen-
burgstrasse, Köniz, canton de Berne, Place Lect-Livron : nouvelle entrée de
22’000 v/j largeur de chaussée : Meyrin depuis le viaduc du TCMC,
4,5/1,5/4,5, y compris 1,5 piste Manzoni Schmidig, Ville de Meyrin,
cyclable, source Metron. 2010.
70 dominent aujourd’hui sur l’ensemble de ces dispositifs, Perte de culture urbaine à Genève
alors que des arbitrages doivent être effectués pour
aboutir à un véritable projet d’aménagement urbain. Le tramway, par son impact évident sur la voie publique,
Elle souligne qu’en plus des systèmes d’accrochages oblige pour accueillir au mieux toutes ses potentialités,
des lignes électriques, les boucles de rebroussement de reconsidérer le partage de la rue entre ses divers uti-
produisent des espaces difficilement utilisables et in- lisateurs. Ce travail de recomposition de la voie publique
tégrables en bordure des nouveaux quartiers : quartier rencontre plusieurs obstacles, freinant les réflexions et
des Semailles (PDQ Les Semailles), place des Nations, réalisations. En matière d’aménagement en faveur de la
gare de Chêne-Bourg, etc. La Commission constate voiture individuelle, il n’est pas rare que les élus antici-
également que la loi H 1 50 sur le réseau des transports pent sur les vœux de leurs administrés. Depuis les trente
publics qui date de 1988, et dont fait partie l’opération glorieuses, les acteurs de l’urbanisme se sont désinté-
« Constellation », devrait être réétudiée dans le cadre de ressés des questions formelles, c’est-à-dire des dispo-
la révision du plan directeur cantonal (PDCn), estimant sitifs concrets adoptés pour donner forme et équiper
qu’il y a une limite à faire converger la majeure partie les territoires urbains. Certains ont souvent donné une
des lignes de TP vers deux des trois principaux centres part plus importante aux conditions d’élaboration des
de transbordement. Elle souligne que pour atteindre des projets, concertation des associations (vélos, habitants,
objectifs plus ambitieux en matière d’aménagement, la par exemple) ou à l’exploitant TPG qui impose ses vues,
maîtrise d’œuvre des projets tram doit être entièrement qu’à une réflexion sur les dispositifs urbains. Cette situa-
reconsidérée, pour que la vision spatiale précède et in- tion a sans doute favorisé une perte de certains savoirs
tègre l’ensemble des contraintes techniques. Compte techniques sur la ville et d’une manière plus large d’une
tenu des considérations qui précèdent, elle souhaite non culture urbaine commune à l’ensemble des intervenants.
seulement que les projets concernant les infrastructures Or, les infrastructures routières et de tram s’accompa-
lui soient soumis, comme la loi le préconise, mais en- gnent de nombreux équipements induits (parkings, ar-
courage les autorités politiques à opérer de nouveaux rêts de transport en commun, franchissements, murs
arbitrages pour réaliser les objectifs du PDCn. anti-bruits, etc.) où les enjeux de l’aménagement urbain
et des créations architecturale et paysagère doivent être
directement sollicités. Le défi consiste à réaliser un es-
pace public qui facilite la vie sociale en offrant à chacun
le confort urbain qu’il attend.
La notion de boulevard urbain relation entre le quartier traversé – le local – et les néces- 71
sités des déplacements à l’échelle de l’agglomération.
Une telle voie peut tout autant servir de tracé « fonda-
Je préfère la coexistence de piétons et voitures, si vi- teur » pour l’organisation d’un nouveau quartier, comme
vante à Rome, ou à Naples dans la multiplicité de dia- dans le cas des développements prévus à Bernex-Nord,
logues et même de protestations. Je considère qu’il qu’apporter une armature pour la requalification de quar-
est indispensable d’éviter les points de rupture dans la tiers perturbés par une voirie que l’on souhaite réinsérer
continuité des villes. L’insistance paternaliste d’éliminer dans le tissu urbain. La rue de Genève est exemplaire
tous les dangers est contreproductive, car un piéton qui de cette situation et la Commission se réjouit de consta-
sort d’une rue réservée aux piétons rencontre tout d’un ter que les autorités communales de Thônex évoquent
coup toutes les menaces desquelles il s’est moins habi- dans leur plan directeur communal l’intention de réamé-
tué à se défendre (Siza). nager cet axe, en concrétisant les intentions du projet
« Espace-Rue, charte d’aménagement transfrontalière »
La réalisation d’un transport en commun en site propre, (1999). Elle tient également à appuyer le souci des auto-
devrait inciter les collectivités à concevoir la voirie comme rités communales de Meyrin qui souhaitent promouvoir
un boulevard urbain. Selon le centre d’études sur les ré- un aménagement urbain cohérent de l’avenue Louis-
seaux, les transports, l’urbanisme et les constructions Casaï (secteur de Cointrin).
publiques (CERTU), les boulevards urbains constituent
un outil essentiel pour concilier urbanisation et circula-
tion. Dans la hiérarchie des voies, le boulevard urbain
appartient donc à la famille des artères urbaines où les
vitesses doivent être maîtrisées. À la différence d’une
autoroute urbaine, l’emprise du boulevard ne se limite
pas à la seule largeur de la chaussée, mais doit prendre
en compte de nombreux usages. En effet, une emprise
large est aussi l’occasion d’une meilleure appropriation
de la voie par les piétons en leur réservant une large
part. Il n’existe cependant pas de profil en travers type ;
chaque projet doit être étudié au cas par cas, dans la
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Relevé des différents profils de rues avec Aménagement des espaces publics
insertion du tramway, des plantations, complémentaires à l’insertion d’une
Stübben, J., « Der Stätdtebau », nouvelle ligne de tram, place centrale
1ère Edition 1890, Edition Vieweg, et renforcement de l’intermodalité,
pp.97, 231, 1980. Le Havre, Y. Lyon, MRS transport et
développement, Werk, p.31, n°3 2010.
72 La profondeur de champs oblitérée Concevoir la rue comme un espace desservant deux
rives
Garder ouvert le vide : c’est le plus grand de tous les arts !
(Handke). Qu’il s’agisse du prolongement du tram TCOB au-delà
de la croisée de Bernex, du TCMC au-delà du CERN,
L’hypothèse de créer une synergie entre l’arrivée du tram ou de l’avenue des Communes-Réunies, le choix de
(TCMC) et le centre commercial de Balexert montre l’in- changer la position centrale du site pour un site propre
térêt des grandes enseignes à l’égard des transports latéral, semble motivée par une analyse des rives exis-
collectifs. Toutefois, la Commission rappelle qu’une tantes et par le constat de ce que l’une d’elles comporte
route appartient au domaine public et que son appro- plus d’utilisateurs que l’autre (ce qui ne sera plus le cas à
priation par le « privé » doit demeurer exceptionnelle. La terme). En rompant avec les règles de symétrie de la rue
Commission s’est montrée défavorable à l’extension du traditionnelle, on introduit un déséquilibre qui renforce in
centre commercial car le volume annexé occasionne un fine l’aspect routier de la voie. La position centrale de la
espace couvert de 130 mètres de long sur 5 mètres de plate-forme du tramway offre de nombreux avantages
haut. Si la Commission admet à l’évidence que l’entrée puisqu’elle permet de scinder la chaussée en deux et
piétonne actuelle doit être améliorée, elle souligne les facilite la traversée des piétons. La plate-forme tram
qualités de dégagement et la profondeur de champs de joue alors le rôle d’un terre-plein. La ligne peut couper
la route de Meyrin. Son tracé typique des routes fran- un rond-point (comme dans le cas de la Seftigenstrasse,
çaises du dix-huitième siècle dite « en droiture » épouse
»«»«;«««;«…:÷ Wabern, Berne) et elle permet de fluidifier l’ensemble du
le relief et ouvre des vues sur le grand paysage, qui sont trafic sur la voie, en obligeant chacun à se tenir dans son
oblitérées par le nouveau volume bâti. La Commission espace. Il est important de relever que l’ensemble des
a suggéré de ménager une entrée dans l’épaisseur du traités d’urbanisme publiés dans l’entre-deux-guerres
parking existant, en supprimant quelques places de sta- au moment du développement des réseaux de tramway,
tionnements correspondant au report d’une partie de la défendent nettement la position centrale pour les voies
clientèle vers le tram (estimé à 25%) et de densifier la situées dans les zones urbaines et la position en acco-
pointe du site occupée notamment par un garage. tement sur les trottoirs pour les espaces de faible den-
sité. « On ne peut se satisfaire de façon durable de voies
dissymétriques, excepté lorsqu’on a affaire à un mur, un
fleuve ou un parc » (Joyant, E., « Traité d’urbanisme », Pa-