L'art
de
diriger
ses
rêves
Stephen
LaBerge
Science
et
Avenir
Hors-‐Série
Le
Rêve
Dec.
96
Par
Stephen
LaBerge,
fondateur
du
Lucidity
Institute,
Centre
de
recherche
sur
le
sommeil
de
l'université
de
Stanford,
aux
Etats-‐Unis.
Traduit
de
l'américain
par
Roger
Ripert,
fondateur
de
l'association
Oniros.
Est-‐il
possible
d'orienter
le
cours
de
nos
rêves
?
Peut-‐on
avoir
conscience
de
rêver
en
rêvant?
C'est
ce
qu'affirme
le
physiologiste
américain
Stephen
LaBerge,
qui
mène
depuis
plusieurs
années
des
expériences
de
"
rêve
lucide
"
dont
les
résultats
bousculent
la
partition
traditionnelle
des
états
de
vigilance
(éveil,
sommeil,
rêve).
L'EXPÉRIENCE
DU
RÊVE
LUCIDE
Nous
ignorons
la
plupart
du
temps
que
nous
rêvons
lorsque
nous
rêvons.
Nos
rêves
semblent
d'un
tel
réalisme
pour
notre
cerveau
endormi
que
nous
leur
accordons
d'ordinaire
un
statut
de
réalité
matérielle.
Au
cours
d'une
nuit
typique
de
sommeil,
la
réalité
de
nos
expériences
oniriques
parait
incontestable,
comme
l'est
le
présupposé
que
nous
sommes
éveillés.
Ainsi
que
l'a
observé
Havelock
Ellis,
"
les
rêves
sont
réels
-‐
tant
qu'ils
durent.
"
Ce
n'est
qu'au
réveil,
lorsque
nous
entrevoyons
quelques
images
fugitives
de
ce
qui
venait
juste
de
nous
traverser
l'esprit,
que
nous
reconnaissons
qu'il
s'agit
d'un
vécu.
Dans
la
lumière
crue
du
matin,
ce
qui
nous
paraissait
si
réel
durant
la
nuit
ne
semble
guère
autre
chose
qu'un
tour
d'illusionniste,
un
mirage,
ou
un
rêve.
Bien
que
le
terme
d'hallucination
s'applique
à
la
façon
dont
nous
vivons
généralement
nos
rêves
en
général,
il
existe
une
situation
d'exception
qui
met
en
cause
nombre
d'hypothèses
sur
la
nature
du
sommeil
et
les
capacités
du
cerveau.
Cette
exception
significative
est
qu'il
arrive
parfois
en
rêve
que
nous
sachions
parfaitement
que
nous
sommes
en
train
de
rêver.
Cet
état
mental
remarquable
est
dénommé
"
rêve
lucide
",
un
énoncé
forgé
par
le
psychiatre
néerlandais
Frederik
Willems
Van
Eeden
en
1913.
Les
rêveurs
lucides
disent
être
en
pleine
possession
de
leurs
facultés
cognitives
(c'est
là
le
sens
du
mot
"
lucide
")
:
ils
sont
à
même
de
raisonner
clairement,
de
se
souvenir
de
leur
vie
de
veille
et
d'agir
à
volonté
-‐
de
manière
réfléchie
ou
selon
des
plans
d'action
établis
avant
le
sommeil.
Ils
n'en
demeurent
pas
moins
profondément
endormis,
vivant
de
manière
intense
dans
un
monde
onirique
qui
semble
étonnamment
réel.
Parce
qu'ils
savent
que
le
monde
onirique
est
purement
imaginaire,
les
rêveurs
lucides
possèdent
une
maîtrise
tout
à
fait
remarquable
du
contenu
de
leurs
songes:
ils
peuvent
le
transformer
(en
faisant
apparaître
ou
disparaître
à
volonté
des
personnages
ou
des
objets
oniriques,
par
exemple)
et
transgresser
les
lois
physiques
(voler
ou
transpercer
la
©http://sommeil.univ-‐lyon1.fr/articles/savenir/lucide/lucide.php
Page 1 sur 6
matière,
par
exemple),
facultés
qui
sembleraient
magiques,
voire
impossibles
dans
le
monde
matériel.
Que
ce
soit
à
l'état
de
veille
ou
au
cours
du
sommeil,
l'une
des
tâches
les
plus
cruciales
de
notre
cerveau
est
de
construire,
en
tant
que
conscience,
un
modèle
du
monde
environnant
dont
nous
faisons
l'expérience.
A
l'état
de
veille,
ce
modèle
est
essentiellement
fondé
sur
les
données
sensorielles,
meilleure
source
d'information
disponible
sur
notre
environnement.
Dans
la
mesure
où
ce
modèle
nous
aide
à
survivre,
ce
processus
de
construction
du
monde
suppose
la
prise
en
compte
de
nos
besoins
actuels,
de
nos
émotions
et
de
nos
buts.
Durant
le
sommeil,
du
fait
que
nous
n'avons
accès
qu'a
très
peu
d'informations
sensorielles
sur
notre
environnement,
notre
modèle
du
monde
est
principalement
construit
à
partir
de
nos
motivations
(comme
les
"
désirs
"
freudiens,
mais
aussi
les
peurs)
et
de
nos
attentes,
informations
tirées
de
notre
expérience
passée
sur
ce
qui
est
"
susceptible
"
de
se
produire.
En
conséquence,
ce
qui
survient
en
rêve,
lucide
ou
non,
est
en
grande
partie
déterminé
par
nos
attentes.
Dans
les
rêves
ordinaires,
nous
sommes
limités
par
nos
présupposés
sur
les
choses
possibles
provenant
de
notre
expérience
passée
du
monde
matériel.
Puisque
les
rêveurs
lucides
savent
que
la
gravitation
n'existe
pas
en
rêve,
rien
ne
les
empêche
de
voler;
et
ils
volent
effectivement
avec
délice.
La
plupart
des
gens
ont
fait
l'expérience
du
rêve
lucide,
au
moins
de
manière
passagère
et
occasionnelle.
Dans
le
scénario
courant,
à
la
fin
d'un
cauchemar,
le
rêveur
réalise
que
"
ce
n'est
qu'un
rêve
"
et
se
réveille
soulagé
quelques
secondes
plus
tard.
Mais
le
rêveur
qui
se
réveille
pour
échapper
à
son
cauchemar
ne
fait
probablement
qu'en
partie
lucide.
Le
rêveur
pleinement
lucide,
lui,
a
conscience
que
son
cauchemar
est
aussi
inoffensif
qu'un
film
d'horreur;
et,
de
ce
fait,
il
continue
à
rêver,
affronter
ses
peurs
cauchemardesques
et
parvient
à
les
surmonter.
En
conséquence,
il
se
réveille
avec
une
confiance
accrue
en
lui-‐même
et,
peut-‐être,
avec
une
peur
moins
irrationnelle.
Cette
approche
apparaît
comme
très
prometteuse
et
pourrait
être
une
méthode
pour
vaincre
les
cauchemars.
Elle
a
été
décrite
à
l'origine
par
le
marquis
d'Hervey
de
Saint-‐Denys
dans
son
livre
Les
Rêves
et
les
moyens
de
les
diriger,
publié
en
1867.
Le
plus
souvent,
les
rêveurs
deviennent
lucides
lorsqu'ils
s'interrogent
sur
les
anomalies
du
contenu
onirique
et
parviennent
à
la
conclusion
explicative
qu'il
s'agit
d'un
rêve.
Bien
que
pour
la
majorité
des
gens
le
rêve
lucide
demeure
une
expérience
exceptionnelle,
comme
l'affirmait
Léon
d'Hervey
il
y
a
un
siècle,
il
est
une
faculté
qui
peut
faire
l'objet
d'un
apprentissage.
Malgré
les
témoignages
comme
ceux
d'Aristote,
de
Descartes,
de
Van
Eeden
et
d'Hervey
de
Saint-‐Denys,
les
assertions
quant
à
l'existence
du
rêve
lucide
ont
longtemps
été
accueillies
avec
scepticisme.
Au
regard
de
certains
raisonnements,
le
concept
de
"
sommeil
conscient
"
est
apparu
si
paradoxal
que
des
philosophes
ont
même
écrit
des
ouvrages
visant
à
démontrer
que
le
"
rêve
lucide
"
est
une
absurdité
irréaliste.
Faute
de
preuve
objective,
les
hypnologues,
quant
à
eux,
ont
mis
en
doute
le
fait
que
le
cerveau
soit
capable
d'atteindre
en
rêve
un
niveau
de
conscience
et
de
fonctionnement
mental
aussi
élevé.
©http://sommeil.univ-‐lyon1.fr/articles/savenir/lucide/lucide.php
Page 2 sur 6
A
la
fin
des
années
soixante-‐dix,
la
preuve
requise
fut
fournie
grâce
à
une
nouvelle
technique
faisant
appel
à
des
signaux
transmis
par
les
mouvements
oculaires,
technique
développée
de
manière
indépendante
par
des
chercheurs
scientifiques
aux
Etats-‐Unis,
à
l'université
de
Stanford,
et
en
Angleterre.
Cette
technique
était
fondée
sur
des
recherches
antérieures
menées
par
William
Dement
et
H.
P.
Roffwarg,
qui
avaient
montré
que
les
directions
des
mouvements
oculaires
enregistrées
durant
le
sommeil
paradoxal
coïncidaient
parfois
avec
les
orientations
du
regard
en
rêve
rapportées
par
les
sujets.
Partant
de
ma
propre
expérience
du
rêve
lucide,
j'ai
estimé
que
les
rêveurs
lucides
étant
capables
d'agir
volontairement,
ils
devraient
le
prouver
en
adressant
un
signal
sous
la
forme
de
mouvements
oculaires
prédéterminés
pour
indiquer
le
moment
exact
de
leur
accès
à
la
lucidité.
Utilisant
cette
approche
à
Stanford,
mes
collègues
et
moi
ont
rapporté
que
les
rêves
présumés
lucides
de
cinq
sujets
avaient
été
effectivement
associés
aux
mouvements
oculaires
convenus.
Tous
les
signaux,
et
donc
tous
les
rêves
lucides,
se
produisirent
durant
une
période
ininterrompue
de
sommeil
paradoxal.
Une
technique
presque
identique
de
signalisation
par
mouvements
oculaires
a
été
développée
de
manière
indépendante
par
Keith
Hearne
et
Alan
Worsley
en
Angleterre.
Des
recherches
menées
dans
plusieurs
autres
laboratoires
ont
abouti
essentiellement
aux
mêmes
résultats,
montrant
clairement
que
si
le
rêve
lucide
est
apparemment
paradoxal,
son
existence
est
démontrée.
Au
cours
d'une
série
de
recherches
ultérieures,
le
groupe
de
Stanford
a
mis
en
évidence
que,
généralement,
les
rêveurs
deviennent
lucides
soit
aussitôt
après
un
retour
au
sommeil
paradoxal
succédant
à
un
bref
réveil,
soit
lors
de
périodes
d'activation
assez
intense
au
cours
du
sommeil
paradoxal
"
phasique
".
On
a
trouvé
aussi
que
les
rêves
lucides
se
produisaient
plus
fréquemment
au
cours
des
dernières
périodes
de
sommeil
paradoxal.
Il
ressort
que
le
rêve
lucide
résulte
de
la
conjonction
de
facteurs
psychologiques
et
physiologiques:
une
activation
cérébrale
suffisante
et
une
attitude
mentale
appropriée.
Le
niveau
requis
d'activation
cérébrale
ne
peut
normalement
être
atteint
qu'au
cours
du
sommeil
paradoxal
phasique,
ce
qui
expliquerait
pourquoi
il
est
rarement
fait
état
de
rêves
lucides
au
cours
des
autres
stades
du
sommeil.
Le
fait
que
les
rêveurs
lucides
soient
capables
de
se
souvenir
d'actions
prédéterminées
à
accomplir
et
de
les
signaler
en
laboratoire
a
été
à
l'origine
d'une
nouvelle
forme
de
recherche
onirologique
:
les
rêveurs
lucides
peuvent
exécuter
en
rêve
diverses
expérimentations
en
signalant
le
moment
exact
de
la
survenue
d'événements
oniriques
spécifiques,
permettant
ainsi
d'établir
des
corrélations
psychophysiologiques
précises
et
de
vérifier
les
hypothèses.
Le
groupe
de
Stanford
a
mis
à
profit
cette
stratégie
au
cours
d'une
série
de
recherches
montrant
un
degré
étonnant
de
parallélisme
psychophysiologique
au
cours
du
rêve
lucide
paradoxal.
Par
exemple,
une
étude
du
"
temps
onirique
"
a
révélé
que
les
laps
de
temps
estimés
en
rêve
lucide
sont
très
proches
du
temps
réel.
Dans
une
autre
étude,
on
a
de
mande
a
des
sujets
de
respirer
rapidement
ou
de
retenir
leur
respiration
(au
cours
de
leurs
rêves
lucides),
et
de
signaler
par
des
mouvements
oculaires
le
laps
de
temps
correspondant
au
changement
de
respiration.
Les
enregistrements
polygraphiques
ont
montré
une
correspondance
exacte
avec
les
©http://sommeil.univ-‐lyon1.fr/articles/savenir/lucide/lucide.php
Page 3 sur 6
schèmes
indiqués
par
les
rêveurs.
D'autres
études
ont
permis
d'observer
que
les
mouvements
rêvés
se
traduisent
par
des
contractions
musculaires
correspondantes
et
que
l'activité
sexuelle
en
rêve
est
liée
à
des
réactions
physiologiques
très
proches
de
celles
de
l'activité
sexuelle
réelle.
Les
résultats
de
ces
recherches
et
d'autres
études
similaires
peuvent
se
résumer
ainsi
:
au
cours
du
sommeil
paradoxal,
les
événements
dont
nous
pensons
faire
l'expérience
en
rêve
proviennent
de
schèmes
d'activité
cérébrale
qui
produisent
en
retour
des
effets
sur
notre
corps
et
notre
système
nerveux
périphérique.
Ces
effets
modifiés
dans
une
certaine
mesure
par
les
conditions
spécifiques
du
sommeil
paradoxal,
demeurent
néanmoins
proches
de
ceux
qui
seraient
produits
si
nous
étions
amenés
à
vivre
les
événements
correspondant
à
l'état
de
veille.
Si
ce
n'est
du
fait
de
notre
paralysie
musculaire
durant
le
sommeil
paradoxal,
nous
ferions
réellement
ce
que
nous
rêvons
faire.
C'est
peut-‐être
la
raison
qui
explique
en
partie
le
fait
que
nous
prenions
si
souvent
nos
rêves
pour
la
réalité
:
pour
les
processus
cérébraux
qui
construisent
notre
modèle
expérientiel
du
monde,
rêver
de
percevoir
ou
de
faire
quelque
chose
est
équivalent
au
fait
de
le
percevoir
ou
de
le
faire
réellement.
L'existence
même
du
rêve
lucide
pose
des
difficultés
conceptuelles
par
rapport
aux
croyances
traditionnelles
au
sujet
du
"
sommeil
",
qui
présupposent
des
limites
à
l'activité
mentale
onirique.
En
un
sens,
la
nature
inattendue
du
rêve
lucide
rejoint
celle
de
cet
étrange
état
spécifique
que
l'on
a
dénommé
sommeil
paradoxal.
Si
la
découverte
du
sommeil
paradoxal
a
entraîné
un
élargissement
de
notre
conception
du
sommeil,
les
preuves
-‐
passées
en
revue
ci-‐dessus
-‐
des
liens
unissant
le
rêve
lucide
au
sommeil
paradoxal
nécessitent
un
élargissement
similaire
de
notre
conception
du
rêve
ainsi
qu'une
clarification
de
notre
conception
du
sommeil.
Le
rêve
lucide
pourrait
bien
être
le
phénomène
le
plus
paradoxal
du
sommeil
paradoxal.
Pour
aider
la
conscience
du
dormeur
à
surgir
au
beau
milieu
d'un
rêve,
Stephen
LaBerge
a
mis
au
point
un
procédé,
baptisé
DreamLight.
Des
lunettes
opaques
munies
de
capteurs
détectent
sous
les
paupières
fermées
du
dormeur
ses
mouvements
oculaires.
Un
ordinateur
analyse
ces
signaux
et
,
lorsqu'il
identifie
les
signaux
caractéristiques
du
sommeil
paradoxal,
déclenche
des
flashes
lumineux
dans
les
lunettes.
Le
rêveur
comprend
alors
qu'il
est
train
de
rêver.
L'ordinateur
et
les
lunettes
ne
tiennent
pas
plus
de
place
qu'un
gros
livre
et
sont
en
vente
au
Lucidity
Institute,
2555
Park
Boulevard.
Suite
#2,
Palo
Alto,
Californie,
USA.
Comme
l'a
noté
Freud,
il
est
possible
de
transférer
dans
le
sommeil
un
schème
mental
spécifique,
tel
que
la
volonté
de
se
souvenir
des
ses
rêves,
de
se
réveiller
à
une
certaine
heure
ou
quand
le
bébé
crie.
Le
sommeil
étant
compatible
aussi
avec
l'intention
de
faire
des
rêves
lucides,
plusieurs
méthodes
efficaces
pour
l'induction
de
la
lucidité
onirique
ont
été
développées
à
partir
de
ce
procédé.
La
pratique
assidue
de
certaines
de
ces
méthodes
permet
ainsi
à
des
personnes
très
motivées
et
capables
d'un
bon
rappel
onirique
de
devenir
lucides
à
volonté.
Une
autre
approche
de
l'induction
du
rêve
lucide
se
rapporte
au
biofeeback:
elle
consiste
à
envoyer
durant
le
sommeil
paradoxal
de
légers
stimuli
sensoriels
qui,
une
fois
incorporés
au
rêve,
peuvent
amener
le
rêveur
à
se
souvenir
de
son
état
de
vigilance.
LaBerge
et
ses
collègues
ont
testé
à
Stanford
tout
une
©http://sommeil.univ-‐lyon1.fr/articles/savenir/lucide/lucide.php
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variété
d'indices,
y
compris
le
plus
évident:
l'enregistrement
sur
cassette
de
la
phrase
"
C'est
un
rêve!
".
Malheureusement,
les
stimuli
auditifs
ont
tendance
à
nous
réveiller
et,
jusqu'à
présent,
les
résultats
les
plus
prometteurs
ont
été
obtenus
par
des
flashes
lumineux.
Un
appareil
pour
l'induction
du
rêve
lucide,
portatif
et
à
usage
domestique,
le
DreamLight,
a
été
récemment
mis
sur
le
marché.
Une
étude
a
montré
que
le
DreamLight,
utilisé
avec
une
préparation
mentale
adéquate,
multipliait
par
cinq
la
fréquence
rapportée
des
rêves
lucides.
Si,
à
l'évidence,
les
méthodes
d'induction
du
rêve
lucide
fondées
sur
l'informatique
ne
peuvent
que
dater
de
quelques
années,
on
notera
que
les
bouddhistes
tibétains
ont
pratiqué
durant
plus
de
mille
ans
une
forme
de
yoga
du
rêve
destiné
à
maintenir
jusqu'à
l'état
de
rêve
la
pleine
conscience
de
l'état
de
veille.
S.
LB.
Dès
l'âge
de
13
ans,
le
marquis
Léon
d'Hervey
de
Saint-‐Denys
note
chaque
jour
ses
rêves.
En
1867,
il
publie
Les
Rêves
et
les
moyens
de
les
diriger,
où
sont
consignées
toutes
ses
observations
sur
les
songes.
Il
y
développe
en
particulier
l'idée
d'une
faculté
hors
du
commun,
celle
"
d'avoir
conscience
en
dormant
de
notre
situation
véritable
".
A
partir
de
cette
hypothèse,
Hervey
de
Saint-‐Denys
a
proposé
plusieurs
clés
censées
permettre
au
rêveur
d'agir
sur
ses
songes.
Avant
de
passer
la
nuit
dans
notre
laboratoire
du
sommeil,
le
sujet,
un
rêveur
lucide
entraîné,
avait
reçu
pour
consigne
d'effectuer
des
schèmes
déterminés
de
mouvements
oculaires
toutes
les
fois
où
il
prendrait
conscience
de
rêver.
A
la
suite
d'un
réveil,
au
bout
d'une
période
de
rapid
eyes
movements
(REM)
de
30
minutes
(ne
sont
montrées
ici
que
les
huit
dernières
minutes),
le
sujet
rapporta
avoir
effectué
5
signaux
par
mouvements
oculaires
(marqués
1
à
5
sur
la
figure).
Le
premier
signal
(1,
deux
paires
de
mouvements
oculaires
gauche-‐droite:
GD-‐GD)
indique
le
début
du
rêve
lucide,
durant
une
période
ininterrompue
de
sommeil,
5
minutes
avant
la
fin
de
la
période
REM.
Au
cours
des
90
secondes
qui
suivirent,
le
sujet
était
en
train
d'explorer
le
monde
onirique
en
volant
jusqu'à
ce
qu'il
crut
s'être
réveillé,
effectuant
alors
le
signal
du
réveil
(2,
GD-‐
GD-‐GD-‐GD).
Au
bout
d'une
autre
période
de
90
secondes,
le
sujet
prit
conscience
qu'il
rêvait
toujours
et
le
signala
par
trois
paires
de
mouvements
oculaires.
Réalisant
que
ses
signaux
avaient
été
trop
nombreux,
il
signala
correctement
par
deux
paires
de
mouvements
oculaires
(4).
Ce
détail
montre
que
le
sujet
effectuait
consciemment
les
signaux
dans
l'intention
de
communiquer
son
expérience.
Finalement,
se
réveillant
réellement
100
secondes
plus
tard,
le
sujet
fit
les
signaux
de
manière
adéquate
(5,
GD-‐GD-‐GD-‐GD).
S.
LB.
Dans
une
étude
du
temps
en
rêve,
des
sujets
estimèrent
un
laps
de
temps
de
dix
secondes
au
cours
de
leurs
rêves
lucides.
Des
signaux
marquant
le
début
et
la
fin
des
laps
de
temps
subjectifs
permirent
une
comparaison
avec
le
temps
objectif.
Dans
tous
les
cas,
les
durées
estimées
durant
les
rêves
lucides
furent
très
proches
du
temps
réel
séparant
les
signaux.
A
l'état
éveillé,
le
sujet
émet
un
signal
par
mouvements
oculaires,
évalue
dix
secondes
en
comptant,
signale
à
nouveau,
estime
dix
secondes
sans
compter,
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et
signale
une
troisième
fois.
Le
tracé
inférieur
montre
le
sujet
effectuant
la
même
tâche
au
cours
du
sommeil
lucide
paradoxal
avec
des
résultats
manifestement
très
similaires.
S.
LB.
Le
marquis
d'Hervey
de
Saint-‐Denys
fut
le
premier
à
pratiquer
le
conditionnement
sensoriel
en
associant
une
odeur
spécifique
à
un
souvenir
particulier.
Il
s'employa
par
exemple,
en
imprégnant
son
mouchoir
d'une
essence
particulière,
à
établir
une
corrélation
entre
deux
parfums
et
deux
souvenirs,
celui
de
l'atelier
de
peinture
de
son
maître
Paul
Delaroche
et
celui
d'un
séjour
dans
le
Vivarais.
Il
demanda
à
son
domestique
de
verser
un
mélange
de
ces
deux
essences
sur
son
oreiller
alors
qu'il
était
endormi.
"
On
jugera
par
le
récit
de
mon
rêve
qu'elle
ne
pouvait
me
laisser
aucun
doute
sur
l'efficacité
des
moyens
de
rappel
psychiques
que
j'avais
employés.
Je
me
crois
dans
la
salle
à
manger
de
l'habitation
vivaraise,
dînant
avec
la
famille
de
mon
hôte
réunie
à
la
mienne.
Tout
à
coup,
la
porte
s'ouvre
et
l'on
annonce
M.
D.
(Paul
Delaroche),
le
peintre
qui
fut
mon
maître.
Il
arrive
en
compagnie
d'une
jeune
fille
absolument
nue,
que
je
reconnais
pour
l'un
des
plus
beaux
modèles
que
nous
ayons
eus
jadis
à
l'atelier.
"
(Voir
illustration,
en
haut.
Le
deuxième
personnage
en
partant
de
la
droite
est
Léon
d'Hervey.
Dans
l'illustration
du
bas,
le
marquis
a
représenté
ses
visions
hypnagogiques
qui
surviennent
pendant
l'endormissement.)
Les
rêves
et
les
moyens
de
les
diriger,
d'Hervey
de
Saint-‐Denys,
Oniros,
Ile
Saint-‐Denis,
1995.
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