Théorème Taubérien fort
Léo Gayral
2017-2018
ref : Gourdon – Analyse, 2e édition – p.289
R1
Lemme 1. Soit P ∈ R[X]. On a (1 − x) xn P (xn ) −→−
P
P (t)dt.
n∈N x→1 0
Démonstration.
Il suffit de le montrer sur X k , puis de conclure par linéarité du passage à la
limite et de l’intégrale. Dans ce cas, on a bien :
1
n(k+1) 1−x 1 1 Z
tk dt .
X
(1 − x) x = = → =
n∈N 1 − xk+1 1 + x + · · · + xk k+1
0
Théorème 1. Soit (an ) ∈ RN un O n1 , de sorte que la série entière F (x) =
an xn a un rayon de convergence supérieur ou égal à 1. Si F (x) −→− 0,
P
n∈N x→1
n
ak −→ 0.
P
alors
k=0 n→∞
Démonstration. n
Soit ϕ : [0, 1] → R. Pour x ∈ [0, 1[, lorsque ak ϕ xk converge pour
P
k=0
n → ∞, on note Sϕ (x) sa limite. On s’intéresse par la suite à Φ l’ensemble
des fonctions pour lesquelles Sϕ (x) −→− 0. On veut montrer que g := 1[ 1 ,1] ∈
x→1 2
n
1
−→ 1 on a la convergence de
P
Φ. Dans ce cas, pour xn = √
n
2 n→∞
ak =
k=0
Sg (xn ) −→ 0.
n→∞
Si x ∈ [0, 1[, alors xn n→∞
−→ 0 donc (an g (xn )) est nulle à partir d’un rang.
En d’autres termes, Sg ∈ R[0,1[ est bien définie, il faut juste étudier son
comportement en 1− . On va pour ce faire encadrer g par des polynômes.
1
Pour k > 0, X k : x 7→ xk et x ∈ [0, 1[, on a an X k (xn ) sommable, de
limite F xk . En particulier, F xk −→ 0, donc X k ∈ Φ. Il en découle
x→1−
X · R[X] ⊂ Φ.
(
1 1
g(x)−x x
si x ≥ 2
Posons h(x) := = 1 1 . On peut encadrer h par s1 ≤
x(1−x)
x−1
si x < 2
R1
h ≤ s2 continues, de sorte que s2 −s1 ≤ . Par le théorème de Weierstrass, on
0
peut uniformément approcher s1 − (resp. s2 +) par un polynôme Q1 ∈ R[X]
R1
(resp. Q2 ) à près sur [0, 1]. Il en découle Q1 ≤ h ≤ Q2 et Q ≤ 5 avec
0
Q = Q2 − Q1 ≥ 0. Soient donc Pi = X + X(1 − X)Qi ∈ X · R[X] ⊂ Φ :
on a alors l’encadrement P1 ≤ X + X(1 − X)h = g ≤ P2 , et la majoration
R1 R1
1
P 2 − P1 = x(1 − x)Q(x)dx ≤ 5. Comme an = O n
, on a M > 0 telle
0 0
que :
|Sg (x) − SP1 (x)| ≤ |an | (g (xn ) − P1 (xn ))
P
n∈N
≤ |an | (P2 (xn ) − P1 (xn ))
P
n∈N
P P2 (xn )−P1 (xn )
≤ M n
n∈N
1−xn n
≤ M x Q (xn )
P
n
n∈N
≤ M (1 − x)xn Q (xn )
P
n∈N
n n−1
car (1 − x ) = (1 − x) (1 + x + · · · + x ) ≤ n(1 − x). Par le premier lemme,
R1
on en déduit que le terme de droite converge vers M Q ≤ 5M :
0
|Sg (x)| ≤ |SP1 (x)| + 5M + o − (1) .
x→1
d’où lim− |Sg (x)| ≤ 5M pour > 0 arbitrairement petit, Sg (x) −→− 0.
x→1 x→1
Autrement dit, g ∈ Φ, ce qui conclut la preuve.
Remarque 1. Quitte à remplacer F par F − F (1− ) dans la preuve précé-
dente, le résultat est plus généralement vrai dès que F converge pour x → 1− .
Avec des arguments de convergence monotone pour les (an ) positifs, on peut
plus généralement supposer (nan ) minorée, plutôt que bornée comme ici.
C’est ce résultat plus général qui est connu sous le nom de théorème
Taubérien fort de Hardy-Littlewood.
∞
(−x)n
Application 1. Soit F (x) = ln(1 + x) = − . On a F (1− ) = ln(2),
P
n
n=1
∞
(−1)n
converge vers − ln(2).
P
donc la somme alternée n
n=1