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MUTEBA - Thèse 2014

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COMMUNAUTE FRANÇAISE DE BELGIQUE

ACADEMIE UNIVERSITAIRE WALLONIE-EUROPE

UNIVERSITÉ DE LIÈGE-GEMBLOUX AGRO-BIO TECH

CARACTERISATION DES MODES DE CONSOMMATION


ALIMENTAIRE DES MENAGES A KINSHASA :
Analyse des interrelations entre modes de vie et habitudes alimentaires

MUTEBA KALALA Damien

Dissertation originale présentée


en vue de l'obtention du grade de docteur en
Sciences agronomiques et Ingénierie biologique

Membres du jury
Monsieur le Professeur : FRANCIS F., Président
Messieurs les Professeurs : LEBAILLY Ph., Promoteur
NTOTO M'VUBU R., Co-Promoteur (UNIKIN/ RDC)
BURNY Ph.
MICHEL B.
PONCELET M.
KINKELA Ch. (UNIKIN/RDC)

- 2014 -
Copyright
Aux termes de la loi belge du 30 juin 1994, sur le droit d’auteur et les droits voisins, seul
l’auteur a le droit de reproduire partiellement ou complètement cet ouvrage de quelque façon
et forme que ce soit ou d’en autoriser la reproduction partielle ou complète de quelque
manière et sous quelque forme que ce soit. Toute photocopie ou reproduction sous autre
forme est donc faite en violation de la dite loi et des modifications ultérieures.
REMERCIEMENTS

Au terme de ce travail qui sanctionne la fin de nos recherches doctorales, c’est pour nous, un
agréable devoir de remercier toutes les personnes physiques et morales qui ont contribué
d'une manière ou d'une autre à sa réalisation. Nous tenons à exprimer de manière particulière
nos sentiments de gratitude et nos remerciements aux personnes suivantes :
Le Professeur Philippe Lebailly, Responsable de l'Unité d'économie et développement rural
de Gembloux Agro-Bio Tech/Université de Liège, Promoteur de cette thèse, pour la confiance
témoignée à notre égard, en nous acceptant comme doctorant au sein de l'Unité d'économie et
développement rural. Ses observations, encouragements et surtout ses qualités humaines nous
ont permis d'aboutir à la réalisation de cette thèse;
Monsieur le regretté Professeur Fidèle Tshingombe Mulubay, le premier Co-Promoteur de la
présente étude, qui nous a quitté à mi-parcours de nos recherches doctorales alors que ses
interventions nous ont été déjà d'une très grande importance.
Monsieur Ntoto M'vubu Alphonse-Roger qui n'a pas hésité à répondre favorablement à la
demande lui adressée pour devenir le nouveau Co-Promoteur de la présente étude. Sa
disponibilité et ses compétences nous ont permis d'être bien encadré surtout pendant nos
recherches de séjour à Kinshasa;
Les professeurs Philippe Burny, Baudouin Michel, Marc Poncelet et Charles Kinkela pour
leurs contributions et suggestions dont les qualités scientifiques ont permis d'affiner les fruits
de nos recherches ;
Monsieur Thomas Dogot pour les orientations administratives et scientifiques ainsi que
Mesdames Nadine Stoffelen, Anne Pompier et Christine Fadeur dont l'assistance
administrative et scientifique nous a été précieuse dans la conduite de nos recherches à l'Unité
d'économie et développement rural de Gembloux Agro-Bio Tech ;
Messieurs les Professeurs de la Faculté des Sciences Agronomiques de l'Université de
Kinshasa, particulièrement ceux du département d'Economie agricole qui nous ont
constamment soutenu d'une manière ou d'une autre pendant notre formation doctorale.
Nos remerciements et gratitudes s'adressent également à : notre père Mbikayi Alphonse, notre
défunte mère Kankolongo Marie, Maman Muswamba Marie, notre épouse Ndilu Mireille, nos
enfants Muteba Princesse, Muteba Prince et Muteba Altesse, nos sœurs Kashika Detty,
Mujinga Antho, Justine Ntumba, Kapinga Clarisse, Meta Patience et Kabedi Sandrine, sans
oublier nos regrettées sœurs Ngalula Chantal et Kabishi Annie qui nous ont été très chères.
Nous pensons à tous nos cousins et cousines, neveux et nièces, oncles et tantes, beaux-frères
et belles-sœurs: Maman Mbuyi, Oncle Kabamba, Papa Tshimanga, Larose, Baron, Bellegrace,
Ketsia, Miradi, Joys, Jemira, Jesmie, Jephté, Jael, Nathan, Papy, Mamie, Esther, Papitshou,
José, Guillain, Rachel, Bongo, Michaux, Désange, Calvin, Cliping et Tshim.
Nous exprimons une profonde gratitude à l'endroit de nos amis en Belgique et en Europe dont
la marque de sympathie nous a été très fraternelle nous pensons particulièrement à Béatrice, à
son feu mari Claude Temo, ainsi qu'à leur famille.
Nous exprimons notre gratitude à tous les doctorants, étudiants, chercheurs et toute la
communauté congolaise de Gembloux dont l'accueil, le soutien moral et les conseils nous ont
permis d'avoir des séjours agréables en Belgique.
Nous pensons également à tous les serviteurs de Dieu, frères et sœurs de la communauté
Mission Chrétienne dans le Monde (MCM), à tous nos amis et collègues.
Nous tenons à remercier la Coopération Belgo-Congolaise qui nous a octroyé la bourse de
doctorat à travers la Coopération Technique Belge (CTB).
Que tous ceux dont les noms n'ont pas été cités dans ces lignes se rassurent de notre
reconnaissance envers eux, qu'ils trouvent ici l'expression de notre profonde gratitude.
Enfin nous rendons grâce à l'Eternel Dieu père de notre Seigneur Jésus-Christ pour son
amour, ses bénédictions et sa protection envers nous.

Damien-Joseph Muteba Kalala

- ii -
Damien Muteba Kalala (2014). Caractérisation des modes de consommation alimentaire des
ménages à Kinshasa : Analyse des interrelations entre modes de vie et habitudes alimentaires
(Thèse de doctorat). Université de Liège-Gembloux-Agro-Bio Tech, Belgique, 179 p., 59
tabl., 10 fig., 4 cartes et 5 photos.

RESUME

La présente étude a été initiée au départ d’une hypothèse selon laquelle des ménages se
retrouvent dans une situation d’insécurité alimentaire lorsque leurs modes de vie et moyens
d’existence ont changé ou ne se sont pas adaptés et qu’ils n’ont pas la capacité de trouver un
équilibre entre un ensemble de besoins. La demande alimentaire des ménages ne peut donc
être analysée indépendamment de l’ensemble des moyens d’existence et conditions de vie.
Pour réaliser cette étude, une méthodologie basée sur les enquêtes auprès des ménages a été
adoptée. Sur base de leur niveau présumé de richesses, trois quartiers ont été choisis ; le
Quartier Résidentiel à Limete, le quartier Mabulu à Makala et les Quartiers I et VII à N'djili.
Un échantillon de 346 ménages a été constitué. Les résultats de la première enquête sur la
caractérisation des ménages ont permis d’atteindre les trois premiers objectifs de l’étude :
- Analyser les caractéristiques socio-économiques des ménages kinois ;
- Analyser la structure des dépenses de consommation des ménages ;
- Analyser les facteurs qui influencent les pratiques alimentaires des Kinois.
La deuxième enquête a consisté en un suivi des ménages ciblés par rapport aux critères précis.
Trente ménages ont été choisis, à raison de 10 dans chacun des trois quartiers. Ils ont été
suivis d’abord en saison sèche pendant trois mois, de juin à août 2011, et par la suite en saison
pluvieuse, pendant trois mois également, entre février et avril 2012.
Les résultats issus de cette étude ont montré, entre autres, que les dépenses alimentaires sont
beaucoup plus importantes en saison pluvieuse qu'en saison sèche. Cependant, les quantités
consommées sont relativement plus élevées en saison sèche qu'en saison pluvieuse. La
quantité d’aliments consommés par personne et par jour a été estimée en saison sèche
respectivement à 1202g (dans les ménages aisés), 833g (dans les ménages moyens) et 506g
(dans les ménages pauvres). En saison pluvieuse, les quantités consommées sont
respectivement dans l’ordre de 1120g (dans le quartier aisé), 801g (dans les ménages moyens)
et de 493g (dans les ménages les moins aisés).
Les apports énergétiques par personne et par jour en saison sèche sont respectivement de 2571
calories (dans les ménages aisés), 1864 calories (dans les ménages moyens) et de 1094
calories (dans les ménages pauvres). Les apports énergétiques sont également en baisse en
saison pluvieuse. Ils sont respectivement de 2452 calories (dans les ménages aisés), 1838
calories (dans les ménages moyens) et de 1130 calories (dans les ménages pauvres).
Les apports protéiques par personne et par jour ont été estimés en saison sèche respectivement
à 102g (ménages aisés), 81g (dans les ménages moyens) et 51g (dans les ménages pauvres).
En saison pluvieuse, ces apports sont également faibles. Ils sont de l’ordre de 100g dans les
ménages aisés; 80g dans les ménages moyens et 50g dans les ménages pauvres.
L’analyse de différents modes de consommation a montré que les habitudes alimentaires des
Kinois ne semblent pas rencontrer les exigences nutritionnelles. Entre les deux considérations,
les ménages ont de plus en plus de difficultés à trouver un point d’équilibre. Les éléments qui
justifient ce difficile équilibre sont notamment : la monotonie alimentaire dans les ménages, la
tendance à favoriser la consommation des aliments bon marché, le choix des aliments sans
lien avec les considérations diététiques, l’apparition de plus en plus de problèmes de santé
publique liés aux modes de consommation alimentaire. Toutefois, le déséquilibre alimentaire
dans les ménages kinois n’est pas toujours lié au revenu

Mots clés : Aliments, Consommation, Ménages, Mode de vie, Kinshasa.

- iv -
Damien Muteba Kalala (2014). Characterization of households’ food consumption features in
Kinshasa: Analysis of Lifestyle and Food Habits Interrelations. (PhD Thesis). University of
Liege-Gembloux-Agro-Bio Tech, Belguim, 179 p., 59 tabl., 10 fig., 4 maps and 5 photos.

SUMMARY

This study was initiated at the start of a hypothesis that households are in a situation of food
insecurity when their lifestyles and livelihoods have changed or have not adapted and they
have not the ability to find a balance between a set of needs. Households’ food demand
cannot be analyzed independently from all livelihoods and living conditions.
For this study, a methodology based on household surveys was adopted. Based on their
supposed wealth level, three districts were selected, the Residential Area in Limete, the
Mabulu neighbourhood in Makala and Quarters I and VII in Ndjili. A sample of 346
households was selected. The results of the first survey on the characterization of households
have achieved the first three objectives of the study.
The second survey consisted of a household monitoring defined according to specific criteria.
Thirty households were selected at the rate of 10 in each of three quarters. They were
followed first during the dry season for three months, from June to August 2011, and
subsequently in the rainy season for three months also between February and April 2012.
The results of this study show among other things that food expenditures are much higher in
the rainy season than in the dry season. However, the quantities consumed are relatively
higher in the dry season than in the rainy season. The amount of food consumed per person
per day was estimated in the dry season respectively at 1.202g (in the richest households),
833g (in average households) and 506g (in poor households). During the rainy season,
quantities consumed are respectively of 1.120g (in the richest neighborhood), 801g (in the
average households) and 493g (in less well-off households).
Energy intake per person per day in the dry season is respectively 2571 calories (in the richest
households), 1.864 calories (in average households) and 1,094 calories (in poor households).
Energy intake was also lower in the rainy season. It reaches respectively 2.452 calories (in
wealthy households), 1,838 calories (in average households) and 1,130 calories (in poor
households).
Protein intake per person per day was estimated in the dry season respectively at 102g
(wealthier households), 81g (in average households) and 51g (in poor households). During the
rainy season, these contributions are also low. They are around of 100g in the wealthier
households, 80g in the average households and 50g in poor households.
The analysis of different consumption patterns showed that the dietary habits of Kinshasa do
not seem to meet the nutritional requirements. Considerations between the two parameters
show that households are scarcely managing to find a balance. The evidence supporting this
difficult balancing includes: food monotony in households, the tendency to promote the
consumption of cheap food, food choices unrelated to dietary considerations, the appearance
of more and more public health problems related to food consumption patterns. However, the
dietary imbalance in Kinshasa households is not always linked to income.

Keywords: Food, Consumption, Households, Lifestyle, Kinshasa.


TABLE DES MATIERES

Remerciements ............................................................................................................................. I

Résumé ....................................................................................................................................... III


Summary ..................................................................................................................................... V
Table des matières ..................................................................................................................... VII
Liste des tableaux ........................................................................................................................ XI
Liste des figures ......................................................................................................................... XIII
Listes des cartes ........................................................................................................................ XIII
Liste des photos ......................................................................................................................... XIII
Liste des abréviations ................................................................................................................. XV
INTRODUCTION GENERALE ..................................................................................................1
1. CONTEXTE DE L’ETUDE .......................................................................................................................1
2. PROBLEMATIQUE ET ETAT DE LA QUESTION ......................................................................................2
3. HYPOTHESES .......................................................................................................................................5
4. BUT ET OBJECTIFS ...............................................................................................................................6
5. METHODOLOGIE DE L’ETUDE .............................................................................................................6
6. DELIMITATION DE L’ETUDE ................................................................................................................6
7. INTERET ET JUSTIFICATION DE L’ETUDE .............................................................................................7
8. SUBDIVISION ET STRUCTURE DE L’ETUDE...........................................................................................7

PREMIÈRE PARTIE : CADRE THÉORIQUE GÉNÉRAL ET CONTEXTE DE L'ÉTUDE


CHAPITRE I.
CADRE THEORIQUE ET CONCEPTUEL ..................................................................................11
INTRODUCTION ........................................................................................................................................ 11
1.1. CONSOMMATION ALIMENTAIRE .................................................................................................. 11
1.1.1. Définition des concepts ....................................................................................................... 11
1.1.2. Fonctions de la consommation alimentaire ......................................................................... 12
1.1.3. Evaluation de la consommation alimentaire ........................................................................ 13
1.2. MODELE AGRO-NUTRITIONNEL (MAN) ........................................................................................ 19
1.2.1. Définition ............................................................................................................................ 19
1.2.2. Classification agro-nutritionnelle des aliments .................................................................... 20
1.2.3. Méthodologie de construction des roses nutritionnelles ..................................................... 21
1.2.4. Typologie des modèles agro-nutritionnels dans le monde ................................................... 22
1.2.5. Composition du régime nutritionnel dans les grandes régions du monde ............................ 23
1.2.6. Consommation alimentaire et santé publique. .................................................................... 24
1.3. MODELE DE CONSOMMATION ALIMENTAIRE (MCA) ................................................................... 26
1.3.1. Définition des concepts .............................................................................................................. 26
1.3.2. Analyse de modèles de consommation alimentaire .................................................................... 28
1.3.3. Déterminant des modèles de consommation alimentaire ........................................................... 32
1.3.4. Evolution des MCA ..................................................................................................................... 32
1.4. LA SECURITE ALIMENTAIRE ................................................................................................................ 33
1.4.1. Définition.................................................................................................................................... 33
1.4.2. Evolution de la sécurité alimentaire ............................................................................................ 33
1.4.3. Sécurité alimentaire en lien avec la consommation alimentaire ................................................. 34
CONCLUSION PARTIELLE ........................................................................................................................... 36

CHAPITRE II.
CARACTERISTIQUES PHYSIQUES ET SOCIO-ECONOMIQUES DE LA ZONE D’ETUDE ..............39
INTRODUCTION ........................................................................................................................................ 39
2.1. PRESENTATION DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO ...................................................... 39
2.1.1. Situation géographique .............................................................................................................. 39
2.1.2. Population .................................................................................................................................. 40
2.1.3. Situation socio-économique ....................................................................................................... 40
2.1.4. Etat de la sécurité alimentaire en RD Congo ............................................................................... 41
2.1.5. Contribution du secteur agricole à la sécurité alimentaire en RDC .............................................. 42
2.1.6. Importations alimentaires en RDC .............................................................................................. 43
2.2. PRESENTATION DE LA VILLE DE KINSHASA ......................................................................................... 44
2.2.1. Localisation géographique et administrative ............................................................................... 44
2.2.2. Organisation politique et administrative ..................................................................................... 45
2.2.3. Démographie et structure de la population de Kinshasa ............................................................. 45
2.2.4. Caractéristiques culturelles et socio-économiques ..................................................................... 46
2.3. PRESENTATION DE LA ZONE D’ETUDE: LIMETE, NDJILI ET MAKALA .................................................... 51
2.3.1. Justification du choix .................................................................................................................. 51
2.3.2. Situation géographique de la zone d’étude ................................................................................. 51
2.3.3. Caractéristiques spécifiques de chaque zone .............................................................................. 52
CONCLUSION PARTIELLE ........................................................................................................................... 56

DEUXIÈME PARTIE : PRESENTATION DES RESULTATS ET DISCUSSION DES TRAVAUX


EMPIRIQUES SUR LES MODES DE CONSOMMATION ALIMENTAIRE DES MENAGES
CHAPITRE III.
METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE ..................................................................................59
3.1. CARACTÉRISTIQUES DE LA ZONE D’ÉTUDE ......................................................................................... 59
3.2. ENQUÊTES DE TERRAIN ...................................................................................................................... 59
3.2.1. Première enquête sur la caractérisation des ménages ................................................................ 60
3.2.2. Deuxième enquête relative au suivi des ménages basé sur les modes de vie et de consommation
alimentaire ........................................................................................................................................... 62
3.2.3. Analyse de l’information et interprétation des résultats ............................................................. 63

CHAPITRE IV.
RESULTATS RELATIFS A LA CARACTERISATION DES MENAGES ............................................67
INTRODUCTION ........................................................................................................................................ 67
4.1. CARACTÉRISTIQUES SOCIO-ECONOMIQUES DES MENAGES. .............................................................. 67
4.1.1. Profils des chefs de ménages et des conjoints ............................................................................ 68
4.1.2. Composition et caractéristiques des ménages ............................................................................ 71
4. 2. STRUCTURE DES DEPENSES DECONSOMMATION DES MENAGES. ..................................................... 73
4.2.1. Dépenses des consommations alimentaires ............................................................................... 73
4.2.2. Dépenses non alimentaires. ........................................................................................................ 85
4.2.3. Dépenses globales (alimentaires et non alimentaires) mensuelles .............................................. 87
4.3. FACTEURS INFLUENCANT LES PRATIQUES ALIMENTAIRES A KINSHASA .............................................. 88

- viii -
4.3.1. Facteurs influençant les consommations alimentaires dans les ménages.................................... 88
4.3.2. Facteur influençant l’alimentation hors ménages : durée de travail. ........................................... 91
CONCLUSION PARTIELLE ........................................................................................................................... 91

CHAPITRE V.
RESULTATS DES SUIVIS DES MENAGES RELATIFS AUX MODES DE VIE ET DE
CONSOMMATION ALIMENTAIRE .......................................................................................93
INTRODUCTION ........................................................................................................................................ 93
5.1. CATEGORISATION DES MENAGES DANS L'ECHANTILLON ................................................................... 93
5.1.1. Catégorisation des ménages sur base de leurs dépenses ............................................................ 93
5.1.2. Catégorisation des ménages par rapport à la qualité de l’habitat ............................................... 95
5.1.3. Catégorisation des ménages par rapport à leur niveau d’équipements et raccordements .......... 96
5.2. CRITERES DE SELECTION DES MENAGES ET MODALITES PRATIQUES DES SUIVIS ................................ 97
5.3. MODES DE VIE, MOYENS D’EXISTENCE ET ORGANISATION DES MÉNAGES. ........................................ 98
5.3.1. Composition des ménages .......................................................................................................... 98
5.3.2. Gestion des ménages et rapport entre les membres ................................................................... 99
5.3.3. Organisation des ménages pour accéder à l’alimentation ......................................................... 101
5.3.4. Estimation des revenus des ménages dans l'échantillon ........................................................... 102
5.3.5. Organisation des repas ............................................................................................................. 103
5.4. MODES DE CONSOMMATION ALIMENTAIRE DES MENAGES ............................................................ 106
5.4.1. Importance relative des aliments dans les dépenses................................................................. 106
5.4.2. Fréquences et modes de consommation des aliments .............................................................. 110
5.4.3. Estimation des quantités d’aliments consommées et des apports nutritionnels ....................... 124
CONCLUSION PARTIELLE ......................................................................................................................... 128

TROISIÈME PARTIE : CADRE THEORIQUE GENERAL ET CONTEXTE DE L’ETUDE


CHAPITRE VI.
PERSPECTIVES SUR L’EVOLUTION
DES MODES DE CONSOMMATION ALIMENTAIRE A KINSHASA ......................................... 133
6.1. DIFFICILE EQUILIBRE ENTRE MODE DE VIE, MODE DE CONSOMMATION ALIMENTAIRE
ET EXIGENCES NUTRITIONNELLES ........................................................................................................... 133
6.1.1. Monotonie alimentaire dans les ménages ................................................................................ 133
6.1.2. Déséquilibre alimentaire non toujours lié aux revenus ............................................................. 134
6.1.3. Tendance à favoriser la consommation des aliments bon marché ............................................ 134
6.1.4. Choix des aliments sans lien avec les considérations diététiques .............................................. 135
6.1.5. De plus en plus de problèmes de santé publique liés
à des modes de consommation alimentaire ....................................................................................... 135
6.1.6. Apparition des pratiques alimentaires particulières et exprimées sous formes
des « codes » propres aux Kinois ........................................................................................................ 136
6.2. FACTEURS INQUIETANTS DANS L’EVOLUTION DES MODES DE CONSOMMATION
ALIMENTAIRE A KINSHASA...................................................................................................................... 137
6.2.1. Expansion démographique de la ville de Kinshasa..................................................................... 137
6.2.2. Manque de progrès évidents dans le secteur de l’agriculture ................................................... 138
6.3. RECOMMANDATIONS ...................................................................................................................... 139
6.3.1. Recommandations à l’endroit des ménages.............................................................................. 139
6.3.2. Recommandations à l’endroit du pouvoir public ....................................................................... 140
CONCLUSION PARTIELLE ......................................................................................................................... 142

- ix -
CONCLUSION GENERALE .................................................................................................. 145
BIBLIOGRAPHIE .........................................................................................................................151
ANNEXES...................................................................................................................................151

-x-
LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1. Classification agro-nutritionnelle des aliments ................................................................21


Tableau 2. Analyse du modèle de consommation alimentaire ..........................................................29
Tableau 3. Nombre moyen de repas par ménage par jour en 2008 ..................................................42
Tableau 4. Emploi à Kinshasa en comparaison avec l’ensemble de la RDC .......................................48
Tableau 5. Activités économiques dans la ville de Kinshasa par secteur en millions de FC ...............48
Tableau 6. Caractéristiques numériques de la zone d’étude en 2008 ...............................................59
Tableau 7. Répartition des ménages dans l’échantillon. ...................................................................62
Tableau 8. Profils des chefs de ménages ...........................................................................................68
Tableau 9. Taille des ménages ...........................................................................................................71
Tableau 10. Caractéristiques de l’habitat (%) ......................................................................................72
Tableau 11. Sources de revenu des ménages ......................................................................................73
Tableau 12. Nombre de repas par jour ................................................................................................74
Tableau 13. Aliments de base les plus consommés et leurs dépenses mensuelles (en fc) ..................75
Tableau 14. Accompagnements d’origine végétale et leurs dépenses mensuelles (en fc) ..................76
Tableau 15. Accompagnements d’origine animale et leurs dépenses mensuelles (en fc) ...................76
Tableau 16. Dépenses mensuelles des épices, huiles et autres ingrédients (en fc) .............................77
Tableau 17. Aliments du petit déjeuner et leurs dépenses mensuelles dans le ménage (en fc)..........77
Tableau 18. Aliments consommés en tant que dessert et leurs dépenses mensuelles (en fc) ............78
Tableau 19. Boissons consommées et leurs dépenses mensuelles par ménage (en fc) ......................79
Tableau 20. Aliments fast-food et leurs dépenses mensuelles (en fc) .................................................80
Tableau 21. Dépenses alimentaires totales dans les ménages et par individu (en fc)/mois ................80
Tableau 22. Proportion (%) des chefs de ménages et conjoints consommant hors ménages .............81
Tableau 23. Dépenses alimentaires hors ménages des chefs de ménages
et des conjoints (fc/mois).................................................................................................82
Tableau 24. Dépenses alimentaires mensuelles hors ménage des enfants (en fc) ..............................83
Tableau 25. Dépenses mensuelles des consommations hors ménage (en fc) .....................................83
Tableau 26. Dépenses mensuelles de la consommation alimentaire (en fc) .......................................84
Tableau 27. Dépenses non alimentaires (fc/mois) ..............................................................................85
Tableau 28. Structure des dépenses des consommations mensuelles des ménages (en fc) ...............87
Tableau 29. Synthèse des tests de Khi-deux significatifs .....................................................................88
Tableau 30. Caractérisation par rapport aux dépenses alimentaires dans les ménages (en fc) ..........93
Tableau 31. Catégorisation des ménages par rapport aux dépenses non alimentaires (en fc)............94
Tableau 32. Dépenses globales (alimentaires et non alimentaires) mensuelles (en fc).......................94
Tableau 33. Catégorisation des ménages par rapport à la qualité de l’habitat. ..................................95
Tableau 34. Catégorisation des ménages par rapport au niveau des équipements
et raccordements .............................................................................................................96
Tableau 35. Taille et composition des ménages ..................................................................................98
Tableau 36. Renseignements sur les chefs de ménages ....................................................................100
Tableau 37. Nombre de sources et pourvoyeurs des revenus ...........................................................101
Tableau 38. Revenu gagné par les activités des membres des ménages par semaine (en fc) ...........103
Tableau 39. Le nombre de préparations et l’heure de repas par semaine ........................................104
Tableau 40. Fréquence et qualité des personnes préparant les repas par semaine ..........................105
Tableau 41. Nombre de consommateurs ..........................................................................................106
Tableau 42. Dépenses alimentaires (en fc) par semaine par ménage et par saison ..........................107
Tableau 43. Résultat du test de comparaison des moyennes des dépenses des aliments ................109
Tableau 44. Fréquence et modes de consommation des céréales par ménage/semaine/saison ......110
Tableau 45. Fréquence et modes de consommation des racines
et tubercules par ménage/semaine ...............................................................................112
Tableau 46. Fréquence et modes de consommation des légumes par ménage/semaine .................114
Tableau 47. Fréquence et modes de consommation des viandes par ménage/semaine ..................115
Tableau 48. Fréquence et modes de consommation des poissons par ménage/semaine/saison .....116
Tableau 49. Fréquence et modes de consommation des légumineuses par ménage/semaine.........117
Tableau 50. Fréquence et modes de consommation des fruits par ménage/semaine/saison...........118
Tableau 51. Fréquence et dépenses de consommation des œufs par ménage/semaine/saison. .....119
Tableau 52. Fréquence et dépenses des produits laitiers par ménage/semaine ...............................120
Tableau 53. Fréquence et dépenses de consommation des huiles par ménage/semaine .................121
Tableau 54. Fréquence et dépenses de consommation des sucres par ménage/semaine ................121
Tableau 55. Fréquence et dépenses de consommation des boissons par ménage/semaine ............122
Tableau 56. Quantité journalière d’aliments consommée par ménage et par saison (en g) .............125
Tableau 57. Test de comparaison des moyennes des quantités consommées..................................126
Tableau 58. Apports énergétiques journaliers par ménage et par saison (en calories) .....................126
Tableau 59. Apports journaliers des protéines par ménage et par saison (en grammes) ..................127

- xii -
LISTE DES FIGURES

Figure 1. Dimensions de la sécurité alimentaire en lien avec la consommation alimentaire ............35


Figure 2. Schéma conceptuel de l’étude ...........................................................................................38
Figure 3. Taux de croissance du PIB (%) en volume et PIB par habitant
(dollars à prix constant 2000) .............................................................................................41
Figure 4. Pyramides des âges de la population kinoise .....................................................................46
Figure 5. Niveau d’instruction ...........................................................................................................69
Figure 6. Activité professionnelle ......................................................................................................70
Figure 7. Province d’origine des chefs des ménages et conjoints .....................................................70
Figure 8. Statut des chefs de ménages vis-à-vis de la parcelle ..........................................................71
Figure 9. Importance relative (%) des aliments prépondérants dans les dépenses alimentaires ....107
Figure 10. Importance relative (%) des aliments mineurs dans les dépenses alimentaires ...............108

LISTE DES CARTES

Carte 1. Catégories des communes de Kinshasa ................................................................................3


Carte 2. Carte administrative de la RD du Congo .............................................................................40
Carte 3. Carte de la ville de Kinshasa : subdivision administrative ...................................................45
Carte 4. Situation géographique de la zone d’étude ........................................................................52

LISTE DES PHOTOS

Photo 1: Habitations et infrastructures du quartier Résidentiel dans la commune de Limete .........53


Photo 2: Habitations et infrastructures dans les quartiers I et VII dans la commune de N’djili ........55
Photo 3: Habitations et infrastructures dans le quartier Mabulu dans la commune de Makala .......56
Photo 4 : Boulangerie artisanale de fabrication des pains avec bois de chauffe à N’djili .................111
Photo 5 : Restaurants de fortune à Kinshasa appelés Malewa ........................................................136
LISTE DES ABREVIATIONS

BIT Bureau International du Travail


BNPS Bureau National de Promotion Sociale
BS Boissons et Stimulants
CE/EAOC Commission Européenne/Europe Aide Office de Coopération
CECOMAF Centre de Commercialisation des Produits Maraichers et Fruits
CEPLANUT Centre National de Planification de Nutrition Humaine
COHYDRO Congolaise des Hydrocarbures
COMESA Common Market for Eastern and Southern Africa
CR Céréales, Racines et tubercules
CTB Coopération Technique Belge
DSCRP Document de Stratégie de Croissance et Réduction de la Pauvreté
EBC Enquête Budget de Consommation
FAO Fonds des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture
FAOSTAT Division Statistique de la FAO
FC Franc Congolais
FIKIN Foire Internationale de Kinshasa
GHI Global Hunger Index
IDH Indice de Développement Humain
IFPRI International Food Policy Research Institute
INS Institut National de Statistique
LF Légumes et Fruits
LS Légumineuses ou Légumes Secs
LT Lait et produits laitiers
MAN Modèle Agro-Nutritionnel
MCA Modèle de Consommation Alimentaire
MCM Mission Chrétienne dans le Monde
MG Matières Grasses
MPE Malnutrition Protéino-Energétique
OCC Office Congolais de Contrôle
OFIDA Office de Douane et Accises
OMD Objectifs du Millénaire du Développement
OMS Organisation Mondiale de la Santé
ONG Organisation Non Gouvernementale
ONL Office National de Logement
ONPTZ Office National de Poste et Télécommunication du Zaïre
PAM Programme Alimentaire Mondial
PDDAA Programme Détaillé de Développement de l’Agriculture en Afrique
PFNL Produits Forestiers Non Ligneux
PIB Produit Intérieur Brut
PMEA Petites et Moyennes Entreprises Agricoles
PNUD Programme des Nations-Unies pour le Développement
PRG Produits Riches en Glucides
PRL Produits Riches en Lipides
PRP Produits Riches en Protéines
PS Poissons et fruits de mer
RDC République Démocratique du Congo
REGIDESO Régie de Distribution d’eau
SEP-CONGO Service des Entreprises Pétrolières Congolaises.
SM Sucre et Miel
SMIG Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti
SNEL Société Nationale de l’Electricité
SNHR Service National d’Hydraulique Rurale
SOCIR Société Congolaise des Industries de Raffinage
UNICEF Organisation des Nations Unies pour les Droits et le bien-être des
Enfants
UNIKIN Université de Kinshasa
UNOPS Bureau des Nations Unies pour les Services d’Appui aux Projets
USD Dollar American
USEC Unités Socio-Economiques de Consommation
VO Viandes, abats et Œufs
WFP World Food Programme

- xvi -
INTRODUCTION GENERALE

1. CONTEXTE DE L’ETUDE

« Pendant les années 70, les préoccupations relatives aux conséquences à court et à long
termes de la faim et de la malnutrition ont mobilisé les organismes internationaux de
développement ainsi que de nombreux gouvernements; ils ont consacré une attention nouvelle
et des ressources additionnelles à l’amélioration de l’état nutritionnel de leurs populations.
Les pays riches tels que les Etats-Unis et la Suède et aussi pauvres que le Bangladesh, les
Philippines, le Mexique et le Sénégal développèrent les plans et des mesures conçus par les
diététiciens et fondés sur les connaissances récentes sur les besoins alimentaires de l’homme »
(Timmer et al. , 1986).
A l’heure actuelle, les questions qui touchent la consommation alimentaire se posent encore
avec acuité aussi bien dans les pays dits industrialisés que dans ceux du tiers-monde. Au
centre du débat actuel se trouve la question sur l’avenir de l’agriculture « paysanne »: sera-t-
elle encore en mesure de nourrir la planète ? Les ouvrages qui tentent de répondre à cette
question ont été très nombreux ces dernières années (Renard, 2009).
Pourtant, la question alimentaire est d’autant plus cruciale qu’il faut répondre d’ici 2050 au
défi de nourrir 9 milliards de personnes, ce qui nécessitera de doubler la production tout en
préservant la planète. Cela doit reposer sur un développement durable des agricultures locales
fondé sur une reconnaissance des enjeux environnementaux (changement climatique,
désertification, perte de biodiversité). C’est la seule stratégie responsable pour permettre un
bon approvisionnement des marchés. La crainte qui naît dans l'esprit des consommateurs n’est
pas nécessairement une pénurie alimentaire dans le sens de la prédiction de Malthus, mais
c'est plutôt la qualité des aliments qui suscite de plus en plus d’interrogations.
En effet, la qualité des produits alimentaires est devenue de nos jours une préoccupation pour
les consommateurs. Les produits de la filière agroindustrielle bon marché sont de plus en plus
consommés surtout dans le tiers-monde. « Les exportations massives et incontrôlées de
découpes de « poulet congelé », de l’Union européenne vers l’Afrique subsaharienne -
exportations bénéficiant de subventions indirectes constituent une catastrophe pour les
paysans-producteurs, les économies nationales et la santé des populations» (Horman, 2004 ).
Dès lors, la question sur la sécurité alimentaire resurgit et mérite d’être reposée. « Sécuriser
aujourd’hui l’alimentation de la planète, ce n’est pas seulement assurer une production
alimentaire suffisante, ou fournir des aliments plus sûrs, ou garantir une meilleure
accessibilité aux aliments à toutes les couches sociales, ou se préoccuper des conditions de
production des aliments et donc de la protection de l’environnement, ou encore préserver la
santé et la nutrition des populations, mais c’est tout cela (…) les systèmes alimentaires sont
partout, au Nord comme au Sud, aux prises avec des changements majeurs et très rapides,
notamment l’industrialisation de ces systèmes et l’urbanisation des populations et des modes
de vie, dans un contexte général de mondialisation» (Delpeuch, 2006)
Dans les pays développés comme la France, en 2008, pour la première fois depuis une
trentaine d’années, les Français ont boudé les achats dans les grandes surfaces, le volume de
ventes de produits de grande consommation y a reculé de 1,8%, suite à l’envolée des prix liée
à la hausse des cours des matières premières et la crise internationale. Les acheteurs font ainsi
les arbitrages dans leurs dépenses. Derrière ces indicateurs se cachent des évolutions en
profondeur des comportements des consommateurs (Papin et Pelt, 2009)
Dans les pays en voie de développement l’envolée des prix des produits alimentaires est très
redoutable. A Kinshasa par exemple, l’indice des prix pour l’alimentation est passé de 288 en
juin 2007 à 366 en juin 2008. Cette évolution à la hausse de l’indice des prix s’est accentuée
particulièrement pour les denrées alimentaires comme le témoignent les statistiques publiées
par l’observatoire des prix de la FAO. Cette variation des prix a un impact certain sur le
pouvoir d’achat de la population à cause de son incidence sur le coût du panier de la
ménagère. Si on considère la seule période comprise entre le 2 mai et le 7 juillet 2008, le coût
du panier de la ménagère a connu une augmentation de l’ordre de 42% (FAO et UNIKIN,
2008).
De ce qui précède, il apparait que la consommation alimentaire au sein des ménages a subi
des grandes évolutions. La nécessité de comprendre les évolutions des modes de
consommation, c'est-à-dire, « comment la ration alimentaire change-t-elle quand les
conditions de vie des gens sont modifiées », constitue un défi pour traiter spécifiquement et
efficacement le problème de la faim.

2. PROBLEMATIQUE ET ETAT DE LA QUESTION

Avec plus de 7 millions d’habitants, Kinshasa compte 11% de la population nationale et 34%
de la population urbaine de RDC. La ville connaît une démographie galopante : la population
s’est multipliée par 7 en 40 ans et la densité de population y est très élevée (577 hab/km²)
(PNUD/RDC, 2009).
La ville de Kinshasa, connaît des grandes disparités de classes sociales au sein de la
population. Après l’indépendance du pays en 1960, la ville s'est structurée suite à la
croissance démographique et aux niveaux socio-économiques beaucoup plus différenciés de
ses habitants (Houyoux, 1973). Ces disparités sociales se traduisent par de grandes différences
de niveaux de vie au sein de la population.
Il existe plusieurs classifications de la ville de Kinshasa en se référant au niveau de
l'urbanisation et aux modes de vie des populations des différents quartiers. Déjà en 1967, la
ville de Kinshasa présentait une grande disparité représentée en six strates: les cités
résidentielles; les anciennes cités; les nouvelles cités; les cités planifiées; les extensions Sud et
les Excentriques (Houyoux, [Link]). Au fil du temps, la ville a connu de nouvelles évolutions
donnant lieu à de nouvelles classifications dont celle présentée par Delbart (2000) avec neuf
strates :
 Les cités résidentielles ou cités européennes: elles comprennent les quartiers de la
commune de la Gombe, une partie de la commune de Limete.
 Les anciennes cités : Barumbu, Kinshasa, Lingwala et Kitambo
 Les nouvelles cités: Kasa-Vubu, Ngiri-ngiri
 Les cités planifiées: Lemba, Bandalungwa, Kalamu, Matete et Ndjili.
 Les cités d’extension Sud: Makala, Ngaba
 Les cités d'extension à l'Est: Kimbanseke, Masina
 Les cités d'extension à l'extrême-Est: Maluku et Nsele qui sont des quartiers urbano-
ruraux.
 Les cités collinaires de haut standing: Ngaliema, Mont Ngafula et Lemba (Righini). Ce
sont des quartiers résidentiels. Les cités collinaires planifiées après 1970 sont représentées
par le quartier Salongo dans la commune de Lemba, la cité Maman Mobutu et la cité Verte
dans la Commune de Mont Ngafula
 Les cités collinaires populeuses du Sud: Bumbu, Selembao et Kisenso

-2-
La carte 1 ci-dessous présente les différentes catégories des communes de la ville de
Kinshasa. Les qualificatifs "européens " ou indigènes" permettent de faire la différence entre
les communes habitées par les colons et celles des indigènes (populations locales) pendant la
période coloniale.

Carte 1. Catégories des communes de Kinshasa


Source : Delbart, 2000

Les disparités au sein de la ville sont aussi manifestes dans la subdivision administrative et
géographique de la ville de Kinshasa en quatre districts urbains inégaux en termes de
superficie, d'effectifs démographiques, de niveau d'urbanisation, de niveau de vie et de qualité
des infrastructures de base (Lelo, 2008). Ces disparités et ces inégalités devraient être prises
en compte dans les études touchant la consommation alimentaire, car celles-ci ont une grande
incidence dans les modes de consommation alimentaire des ménages des Kinois.
En effet, la plupart des ménages kinois vivent dans des conditions précaires, dans un
environnement caractérisé par une forte crise économique. Dans les ménages, les femmes
doivent apporter leur contribution aux sources de revenus et les petits emplois souvent
informels qu’elles exercent les contraignent d’être absentes du domicile parfois jusque tard
dans la soirée. Les heures de repas et leur fréquence s’en trouvent modifiées et ceux-ci ne sont
plus dès lors préparés dans le foyer : ils sont consommés hors domicile ou des préparations
sont ramenées pour les autres membres du ménage.
Cet abandon des pratiques culinaires est d’autant renforcé dans les ménages pauvres que le
coût des combustibles ligneux (principalement le charbon de bois) est très élevé suite à la
surexploitation des zones forestières à proximité de Kinshasa.
Les habitudes alimentaires subissent de profondes modifications : on assiste, à titre
d’exemple, à une diminution de la consommation de plats traditionnels comme la
Chikwangue (bâton de manioc) en faveur du pain (préparé à base de céréales importées)
consommé à tout moment de la journée. Le succès grandissant des grandes boulangeries
installées à Kinshasa témoigne de ces nouveaux comportements en milieu urbain (Muteba et
al,2010). La finalité alimentaire du pain n’est pas la même que celle de la Chikuangue et/ou le

-3-
Fufu (pâte de manioc). En effet, la consommation de Fufu ou de la Chikwangue est ce que les
Kinois considèrent comme « avoir mangé » alors que le pain pris le matin ou à tout moment
de la journée est considéré comme casse-croûte ou pour calmer la faim.
Dans un contexte de crise tel que vécu en RDC, l’alimentation prend une connotation
essentiellement quantitative : les ménages se tournent vers les produits les moins coûteux et
d’apport calorique élevé au détriment d’aliments riches en protéines, ce qui aboutit à des
régimes déséquilibrés. Ce déséquilibre est accru par un afflux de produits importés, souvent
de qualité nutritionnelle douteuse mais à des prix très concurrentiels et répondant à de
nouvelles pratiques alimentaires des consommateurs urbains.
Si les modifications des habitudes de consommation alimentaire observées ainsi que les
stratégies individuelles ou collectives adoptées dépendent assurément du pouvoir d’achat des
ménages, elles comportent probablement des déterminants socio-culturels qu’il conviendrait
de cerner pour l’élaboration d’axes stratégiques d’une politique alimentaire durable.
L’insécurité alimentaire des ménages kinois est la résultante d’un système complexe de «
facteurs de vulnérabilité », elle est largement due à un manque de pouvoir d’achat et, face à
des crises, à la faible résilience des ménages. Des ménages se retrouvent dans une situation
d’insécurité alimentaire lorsque leurs modes de vie et moyens d’existence ont changé ou ne se
sont pas adaptés et qu’ils n’ont pas la capacité de trouver un équilibre entre un ensemble de
besoins (Sen, 1981). La demande alimentaire des ménages ne peut donc être analysée
indépendamment de l’ensemble des moyens d’existence et conditions de vie des ménages :
relations sociales, ressources disponibles, localisation géographique.
Les données statistiques des enquêtes réalisées auprès des consommateurs renseignent sur les
quantités d’aliments consommées lorsqu’il s’agit d’enquêtes nutritionnelles ou, pour les
enquêtes sur le budget des ménages, enregistrent les dépenses consacrées à l’alimentation
ainsi que toutes les autres dépenses des ménages et les sources de revenus.
Si ces enquêtes budget sont d’une grande utilité en Economie alimentaire dans les pays
industrialisés, elles présentent, selon nous, davantage de risques d’erreur dans le contexte
africain : le fait de se limiter à l’enregistrement des dépenses implique que la grande majorité
des aliments consommés proviennent du marché, ce qui n’apparaît pas être le cas dans les
pays africains où les approvisionnements non marchands (autoconsommation, transferts
sociaux) sont non négligeables, même dans le cas de ménages urbains.
De surcroît, les dépenses alimentaires réalisées sous forme de consommation hors domicile
sont difficilement comptabilisables du fait de l’autonomie des membres des ménages. De
même, il est difficile d’enregistrer de façon fiable les revenus du ménage qui souvent
proviennent de plusieurs membres et d’emplois informels. En outre, ces enquêtes ne donnent
aucune indication quant au mode d’approvisionnement, aux pratiques alimentaires et à leur
évolution au sein des ménages.
L’ensemble des données issues des enquêtes telles que décrites ci-dessus et disponibles pour
Kinshasa, ne semblent pas suffisantes pour appréhender le fait alimentaire en termes de
stratégies d’accès et d’utilisation par les ménages. A ce jour, très peu d’analyses de groupes
de ménages et de moyens d’existence ont été menées sur le territoire national (Ministère de
l’agriculture, pêche et élevage, 2012). Ainsi, une actualisation nous semble utile, car les
données les plus récentes datent de 2005 (enquête 1-2-3 : condition de vie des ménages); 1999
(CEPLANUT, 2000) ; 1994 (Goossens, 1995) ; 1986 (Houyoux, 1986).
Cependant, à ce jour, les conditions socio-économiques des Kinois ne cessent de se détériorer.
Les différentes guerres que le pays a connues dans les années 1997 et 2000, les mouvements
migratoires qui en ont suivi, les crises alimentaires des années 2007 et 2008 et surtout le

-4-
développement d’agro-production de grands groupes transnationaux dont les produits
inondent les marchés kinois, sont autant de nouveaux facteurs nécessitant d’être intégrés dans
la dynamique de consommation alimentaire à Kinshasa.
La présente étude a été initiée avec l'ambition de jeter un regard analytique sur les modes de
consommation alimentaire à Kinshasa à l’aide de la combinaison d’outils de collecte
d’information. Les dimensions socio-économiques et culturelles des consommateurs étant
prises en compte de façon intégrée, et ce, dans une approche de proximité avec des ménages
concernés.
La question formulée au départ de cette étude est la suivante :
Quelles sont les caractérisations des modes de consommation alimentaire des ménages kinois,
en prenant en compte l’ensemble de leurs moyens d’existence et leur localisation
géographique ?
Cette question donne lieu à cinq sous-questions formulées comme suit :
 Quelles sont les caractéristiques socio-économiques des ménages kinois ?
 Comment se structurent leurs dépenses de consommation?
 Quels sont les facteurs qui influencent les pratiques alimentaires des Kinois ?
 Quels sont les moyens d’existence des ménages, les modes de vie et leur organisation pour
accéder à l’alimentation ?
 Quelle est l'importance relative des différents modes de consommation alimentaire des
ménages?

3. HYPOTHESES

La présente étude a pour hypothèse de départ le fait que les ménages kinois se retrouvent dans
une situation d’insécurité alimentaire parce que leurs modes de vie et moyens d’existence ne
se sont pas adaptés et qu’ils n’ont pas la capacité de trouver un équilibre entre un ensemble de
besoins. Les modes de consommation alimentaire des ménages kinois se caractérisent en
fonction de l’ensemble des moyens d’existence et conditions de vie des ménages: relations
sociales, ressources disponibles et localisation géographique.
Les cinq hypothèses suivantes ont été formulées pour les sous-questions de recherche posées
précédemment :
Première hypothèse : Les ménages kinois seraient caractérisés par des conditions de vie qui
refléteraient celles de leur zone d’habitation. Les ménages les plus aisés seraient établis dans
des zones urbanisées tandis que les ménages les moins aisés seraient établis dans les
bidonvilles.
Deuxième hypothèse : La structure des dépenses des ménages kinois indiquerait la
prédominance des dépenses alimentaires qui font partie des besoins incompressibles aussi
bien pour les non pauvres que pour les pauvres.
Troisième hypothèse : Les facteurs socioculturels : le goût, le plaisir et les habitudes
alimentaires influenceraient les modes de consommation des ménages aisés alors que pour les
moins aisés, seules les considérations économiques importeraient : les prix des aliments et les
moyens disponibles influeraient sur leur mode de consommation alimentaire.
Quatrième hypothèse : L’accès à l’alimentation dans les ménages kinois serait rendu possible
grâce aux stratégies des groupes (relation de proximité, relation vendeur-acheteur,
marchandage, entraide, partage, solidarité) aussi bien au niveau des ménages ou hors ceux-ci

-5-
(milieux professionnels, écoles, universités, rue). Les ménages avec de bonnes stratégies
seraient ceux qui peuvent maintenir leur sécurité alimentaire tandis que ceux sans stratégies
demeureraient des ménages vulnérables, courant toujours un risque d’insécurité alimentaire.
Cinquième hypothèse : A Kinshasa, comme dans la quasi-totalité des pays du Tiers-Monde,
les modes de consommation seraient caractérisés par une forte consommation relative de
céréales et/ou de racines et tubercules, complétées parfois par des produits riches en protéines,
essentiellement les légumineuses.

4. BUT ET OBJECTIFS

La présente étude a pour but de caractériser les modes de consommation alimentaire dans les
ménages à Kinshasa. Les objectifs spécifiques sont les suivants ;
 Analyser les caractéristiques socio-économiques des ménages kinois ;
 Analyser la structure des dépenses de consommation des ménages ;
 Analyser les facteurs qui influencent les pratiques alimentaires des Kinois ;
 Décrire et analyser les conditions d’existence des ménages, leur mode de vie et leur
organisation pour accéder à l’alimentation,
 Décrire et analyser les différents modes de consommation alimentaire des ménages.

5. METHODOLOGIE DE L’ETUDE

Pour converger vers le but assigné à cette étude, la démarche scientifique est partie d’une
série d’observations particulières aux modes de consommation alimentaire des ménages
kinois tout en intégrant les informations issues de la revue de la littérature.
Dans la réalisation de cette étude, la revue de la littérature a été la première étape de la
recherche. Cette revue de la littérature a permis de formuler les hypothèses de départ et le
cadre conceptuel de l'étude. Compte tenu de l’importance des concepts attachés à la
consommation alimentaire, la revue de la littérature a été orientée dans plusieurs secteurs,
notamment : l’agriculture, l’agriculture périurbaine, la sociologie, la psychologie, la nutrition,
l’économie.
Deux types d'enquête ont été réalisés pour recueillir les données nécessaires à l'élaboration de
ce travail. La première enquête du type aléatoire a permis de faire une catégorisation des
ménages sur base notamment de leurs dépenses tant alimentaires que non alimentaires. La
deuxième enquête du type non aléatoire a consisté en une série de suivis auprès des ménages,
ceux-ci choisis sur base de certains critères précis. Ces suivis ont permis de récolter les
informations quantitatives et qualitatives permettant de caractériser le style de consommation
alimentaire des ménages.
Deux approches ont été prises en considération. Il s'agit du modèle agro-nutritionnel (MAN)
et du modèle de consommation alimentaire (MCA). Par rapport au MCA, il a été question
d’analyser la manière dont les ménages s’organisent pour accéder à l’alimentation ainsi que
leur style de consommation alimentaire. L’approche par le MAN a permis de mesurer la
valeur nutritionnelle des aliments consommés par des groupes sociaux.

6. DELIMITATION DE L’ETUDE

La présente étude se limite, du point de vue spatial, à la Ville de Kinshasa. Les enquêtes ont
été réalisées dans trois communes différentes. Il s’agit du quartier Résidentiel dans la

-6-
commune de Limete, des quartiers 1 et 7 dans la commune de N’djili et du quartier Mabulu
dans la commune de Makala. Ces enquêtes ont été menées auprès des ménages.
Sur le plan temporel, l’étude s’est étendue de 2010 à 2012. C’est au cours de cette période que
les différentes données exploitées dans ce travail ont été collectées à travers une série
d’enquêtes et d’entretiens informels avec les informateurs clés.

7. INTERET ET JUSTIFICATION DE L’ETUDE

L’insécurité alimentaire est un aspect majeur de la pauvreté urbaine (Bonfiglioli, 2007). Les
ménages urbains consacrent une fraction plus importante de leurs revenus à l’achat d’aliments
que les ruraux et sont donc plus vulnérables aux variations de prix et à la dégradation des
termes de l’échange.
Les modes de consommation alimentaire en milieu urbain et à Kinshasa en particulier ont
considérablement évolué depuis quelques années. Or, ils sont aujourd’hui mal connus et
relativement peu étudiés pendant que les enjeux liés à la sécurité alimentaire sont, depuis les
émeutes de la faim liées à la flambée des prix des produits agricoles en 2008, à l’ordre du jour
des partenaires de coopération au développement.
La République Démocratique du Congo, en sigle RDC, figure parmi les 30 pays, dont 16 en
Afrique, retenus au niveau mondial pour produire des rapports nationaux sur la réalisation des
OMD. Pour atteindre cet objectif, il faut mesurer les progrès enregistrés par la RDC dans la
réalisation des OMD.
Cependant, la principale difficulté rencontrée dans la rédaction du rapport est l’état
défectueux du système statistique national. En effet, le suivi des Objectifs du Millénaire pour
le Développement n’est possible que lorsque la disponibilité des données statistiques récentes
et fiables est assurée. D’où la nécessité de réhabiliter le système statistique congolais
(Ministère du Plan, 2010).
Toutefois, la réalisation des études comme celle dont il est question dans ce travail, permettra
à la RDC de disposer de plus en plus de données récentes et complémentaires aux statistiques
nationales.

8. SUBDIVISION ET STRUCTURE DE L’ETUDE

La présente étude est un aboutissement des travaux de recherches effectués pendant une
période de quatre ans. Outre sa partie introductive, la présente étude se structure en trois
parties subdivisées en six chapitres.
La première partie de l’étude fixe le cadre conceptuel, le milieu et le contexte de l’étude. Dans
son premier chapitre, elle définit les concepts clés, le modèle conceptuel qui reconstitue le fil
conducteur de l’étude et fixe les bases théoriques de l’orientation méthodologique empruntée.
Le deuxième chapitre se focalise sur le contexte national de l’étude et les caractéristiques
physiques de la zone d’étude, qui est constituée de trois quartiers parmi les communes
administratives de la ville de Kinshasa.
La deuxième partie, basée sur des données primaires issues d’une série d’enquêtes, présente
les principaux résultats des travaux empiriques. Le troisième chapitre aborde la méthodologie
détaillée de chacune des enquêtes ayant fourni les données analysées. Le quatrième chapitre
présente les résultats de l'enquête sur la caractérisation des ménages. Le cinquième chapitre
présente les résultats des suivis des ménages relatifs aux modes de vie et de consommation
alimentaire.

-7-
La troisième partie, qui traite des perspectives, comprend le sixième chapitre qui porte sur
l’évolution des modes de consommation alimentaire à Kinshasa. Ce dernier chapitre est suivi
par la conclusion générale.

-8-
PREMIERE PARTIE :
CADRE THEORIQUE GENERAL ET CONTEXTE DE L’ETUDE
CHAPITRE I.
CADRE THEORIQUE ET CONCEPTUEL

INTRODUCTION

Le concept de base autour duquel s’articule cette étude est "la consommation alimentaire". En
effet, la consommation alimentaire est un concept que les économistes et les sociologues
définissent différemment : les économistes la définissent comme une démarche dans le cadre
de l’affectation d’un budget de consommation. Pour les sociologues, elle peut faire l’objet
d’une approche socio- historique en termes de modèles de consommation.
L’approche la plus riche est celle des styles alimentaires, approche culturelle prenant en
compte l’aliment et les pratiques qui lui sont liées. Mais une combinaison de ces approches
est toujours nécessaire.
Dans le cadre de cette étude, il sera question de définir la consommation alimentaire d’abord
sur son aspect physique, c'est-à-dire la consommation alimentaire comme "aliment" ou
" alimentation ", ensuite dans ses aspects socioculturels, c'est-à-dire "les modèles " et " styles"
de consommation alimentaire.
Des concepts comme nutrition, nutriment, nourriture, repas étant de plus en plus assimilés à la
consommation alimentaire, seront analysés et définis de façon claire et sans ambigüité. Enfin,
la consommation alimentaire étant quantifiable, plusieurs approches méthodologiques ont été
mises en pratique pour l’évaluer. C'est ainsi qu'il a été évoqué les différentes approches
méthodiques, du moins les plus utilisées.

1.1. CONSOMMATION ALIMENTAIRE

1.1.1. Définition des concepts

1° Consommation alimentaire
La cinquième enquête mondiale sur l’alimentation de la FAO avait défini la consommation
alimentaire comme l’ensemble des aliments accessibles à un groupe de population, quelle
qu’en soit l’origine (production locale ou importations) (FAO 1987).
La consommation alimentaire est appréhendée comme une ration alimentaire apportant à
l’organisme une certaine quantité d’énergie évaluée en calories et un certain nombre de
nutriments nécessaires à son équilibre. Cette définition permet de disposer d’unités pour
évaluer les disponibilités alimentaires. En projetant dans le temps disponibilités et besoin, il
est possible de faire de la prévision (Requier-Desjardins, 1989).

2° Aliment et alimentation
Un aliment est une denrée comportant des nutriments, donc nourrissante, susceptible de
satisfaire l’appétit, donc appétante et habituellement consommée dans la société considérée,
donc coutumière (Trémolièress et al. 1968). Si l'on retient la définition de Trémolières, il est
évident que l'alimentation doit comporter de telles qualités, sous réserve que les denrées ne
recèlent pas de produits nocifs pour les consommateurs en général ou pour certains d'entre
eux (Ruasse, 2013). Cette précision est importante dans la mesure où elle permet de ne pas
considérer comme aliment les substances nocives comme le tabac notamment.
De ce qui précède, on peut considérer que l’aliment est une substance, en général naturelle et
de composition complexe qui, associée à d’autres substances en proportion variable, est
capable d’assurer le cycle régulier de la vie d’un individu et la persistance de l’espèce à
laquelle il appartient (Habault, 1983).
Selon l’analyse de Trémolières cité par Malassis et Padilla (1986), l’aliment a trois
caractéristiques fondamentales . Il est nourrissant parce qu’il contient des nutriments. Il est
appétissant, c'est-à-dire qu’il excite l’appétit. Il est aussi coutumier parce qu’il est
habituellement consommé au sein d’une société donnée.
L'alimentation est l'action ou la manière de fournir aux êtres vivants la nourriture dont ils ont
besoin pour leur croissance, leur développement, leur entretien. Cette acception fonctionnelle
souligne une évidence : l'alimentation assure le cycle de vie d'un individu et la persistance de
l'espèce à laquelle il appartient. S'intéresser à l'alimentation de l'homme, c'est, comme pour
n'importe quelle espèce, considérer les aspects quantitatifs, le bilan entre ses besoins et ses
ressources. C'est aussi considérer les aspects qualitatifs, en particulier sanitaires. C'est enfin
ne pas oublier que l'alimentation est empreinte de plaisir et de peurs, qu'elle est, chez
l'homme, un fait culturel essentiel (Nairaud, 2013).
Le caractère universel des aliments est d’être nourrissant. Mais les champs alimentaires ne
coïncident pas : certaines substances nourrissantes, telles que insectes, escargots, grenouilles,
crapauds, chiens, singes, porcs, etc., sont acceptées par certaines sociétés ou par certains
groupes sociaux à l’intérieur d’une société donnée et rejetées par d’autres.

3° Nutrition et nutriment
La nutrition peut être considérée comme une science qui consiste à porter un regard normatif
sur l’apport alimentaire (Mazzocato et Stéphane, 2008). Mais, la nutrition peut être considérée
comme une intégration de la chimie, la physique et la physiopathologie, à la solution des
problèmes qui lient les aliments et la vie. Pour satisfaire ses besoins d’entretien, de croissance
et d’activité, l’homme consomme des aliments dont les principes actifs sont les nutriments.
Un nutriment est un constituant minéral ou organique, directement assimilable et utilisé par
l’organisme pour la production d’énergie ou la construction. Un nutriment qui ne peut pas être
synthétisé par l’organisme en quantité suffisante pour permettre son bon fonctionnement est
appelé nutriment indispensable. Il doit obligatoirement être apporté par l’alimentation (Alary
et al, 2009). Les principaux nutriments sont : les protides, les glucides, les lipides, les micro-
nutriments (minéraux, vitamines) et les fibres végétales non digestibles. L’univers nutritionnel
est apparemment simple, en réalité il est fort complexe car chacune des catégories de
nutriments comprend plusieurs formes.
Les nutriments glucidiques, lipidiques et protidiques apportent à l’organisme l’énergie dont il
a besoin. L’énergie utilisable est en moyenne de 4 kcal pour les glucides ainsi que les
protéines et de 9 kcal pour les lipides. Mais ces substances ne sont pas seulement
énergétiques, elles ont chacune dans l’organisme un rôle spécifique et la ration doit fournir un
ensemble nutritionnel équilibré (Malassis et Ghersi, 1995).

1.1.2. Fonctions de la consommation alimentaire

Manger répond à trois impératifs : se nourrir, se socialiser, se faire plaisir. Aucun de ces
impératifs ne peut être exclu (Rigaud, 2004). La consommation alimentaire remplit trois
principaux types de fonctions pour l’homme : une fonction nutritionnelle, une fonction
identitaire et une fonction hédonique (Bricas, 1998).

- 12 -
1° Fonction nutritionnelle
La fonction principale de la consommation alimentaire est d’abord nutritionnelle. En effet,
l’homme se nourrit pour satisfaire ses besoins biologiques. Il a besoin, pour vivre, d’ingérer
des nutriments : calories, sels minéraux, oligo-éléments. Ces nutriments sont dans les
aliments. De ce fait, en consommant les aliments, l’homme consomme essentiellement les
nutriments.

2° Fonction identitaire
L’alimentation est porteuse d’identité et permet à un groupe de marquer ses différences. Elle
est source d’identification au même titre que le langage (Hubert, 1991). L'homme utilise
l’alimentation, parmi d’autres choses pour construire et faire connaître son identité
individuelle et collective. Par la façon dont il sélectionne les produits qu’il utilise, dont il les
combine sous forme de préparation culinaire, dont il organise ses repas, l’homme marque vis-
à-vis de lui-même et des autres son histoire propre et son appartenance à un ou des groupes
socioculturels. Cette fonction identitaire ne se limite donc pas à l’ingestion d’aliments.
Toutes les sociétés secrètent des idéologies alimentaires définies comme des attitudes sociales
à l’égard des faits alimentaires. Selon le principe d’incorporation : « on est ce qu’on mange »
(Rozin, 1994), les aliments acquièrent ainsi une forte valeur symbolique. Le choix a donc
souvent une valeur de démarcation : il existe des aliments de riches et de pauvres, des plats
urbains et ruraux, mais la distinction peut aussi être religieuse ou morale (Gerbouin et Dupin,
1993).

3° Fonction hédonique
L’homme mange aussi pour se faire plaisir. Ce plaisir ne se limite pas aux aspects gustatifs, il
concerne aussi le plaisir de la prise des repas, la satisfaction de se sentir en accord avec ses
principes de vie et ses valeurs au travers de l’alimentation. Le plaisir provient en particulier de
la palatabilité et celle-ci est fortement liée aux sucres et aux graisses. Cette préférence est
d’origine génétique (Lahlou, 2005).
Des facteurs psychoaffectifs (humeur, émotions, anxiété, stress psychologique) influencent
clairement le comportement alimentaire. Ils peuvent interagir en particulier avec les signaux
sensoriels liés à la prise alimentaire (aspect, odeur, goût des aliments). Le traitement
hédonique, génétiquement présent chez tous les humains, fait que l’aliment n’est jamais
neutre. L’aliment peut être plus ou moins agréable ou désagréable, et de ce fait recherché ou
évité (Chiva, 1996).

1.1.3. Evaluation de la consommation alimentaire

Les enquêtes alimentaires sont des méthodes développées pour évaluer les apports
alimentaires d’un individu, ou d’un groupe d’individus. Certaines permettent d’estimer les
consommations sur des jours définis, d’autres évaluent les consommations habituelles.
Comme tout outil, les méthodes d’enquêtes alimentaires présentent des limites qu’il convient
de connaître pour l’interprétation des résultats.
Le choix de la méthodologie à utiliser dépend de très nombreux critères : objectifs de l’étude
(nutriments, aliments, groupe d’aliments), caractéristiques de la population (âge, sexe,
éducation, lettrisme, motivation, niveau socioculturel, etc.), recueil d’informations sur un
groupe ou sur un individu, volonté d’estimer des apports absolus ou relatifs, temps et moyens
disponibles. (Université Médicale Virtuelle Francophone, 2010).

- 13 -
Selon Poulain (2003), l’étude des pratiques alimentaires pose deux types de problèmes
méthodologiques : par où entrer dans l’espace social alimentaire ? Et quels types de données
collecter ? Elle peut être engagée à quatre niveaux : les disponibilités, les achats, l’espace
domestique, les consommations.

1° Première approche : entrée par les disponibilités ou bilan alimentaire


Pour évaluer la consommation alimentaire en termes de disponibilité alimentaire, la FAO a
mis en place un outil qu’on appelle «bilan alimentaire» ou encore «bilan de la disponibilité
alimentaire». Ces disponibilités peuvent être regroupées à l’échelle d’une région, d’un pays,
d’un district ou d’une communauté (PAM, 2009).
Selon la FAO (2003), le bilan alimentaire donne l’idée d’ensemble des approvisionnements
alimentaires d’un pays durant une période de référence donnée. La quantité totale des denrées
alimentaires produites dans un pays, majorée de la quantité totale importée et ajustée en
fonction des variations éventuelles des stocks depuis le début de la période de référence,
correspond aux disponibilités durant cette période.
Du côté de l’utilisation, il faut distinguer les quantités exportées, utilisées pour l’alimentation
animale, employées comme semences, transformées à des fins alimentaires ou autres, les
pertes en cours de transport, de stockage et les approvisionnements disponibles pour
l’alimentation humaine au niveau du détail, c'est-à-dire lorsque les denrées quittent le magasin
de détail et qu’elles entrent dans le ménage.
Pour obtenir les disponibilités par habitant de chaque denrée utilisée pour la consommation
humaine, on divise les quantités respectives par le nombre des personnes qui ont eu
effectivement accès à cet approvisionnement. Les disponibilités alimentaires par habitant sont
exprimées en quantités et aussi en calories, en protéines et en lipides.
Etablis régulièrement sur plusieurs années, les bilans alimentaires annuels montrent
l’évolution des disponibilités alimentaires nationales totales, révèlent les changements qui
peuvent être intervenus dans les types d’aliments consommés, donc dans la structure du
régime alimentaire, et indiquent dans quelles mesures les approvisionnements alimentaires du
pays sont dans l’ensemble ajustés aux besoins nutritionnels.
Les bilans alimentaires présentent des faiblesses que voici :
- Difficile de réconcilier la pratique avec la théorie. Par conséquent, il est souvent reproché
aux bilans alimentaires de ne pas toujours répondre à l’attente des utilisateurs de données
statistiques.
- Les bilans alimentaires donnent la mesure de la consommation humaine dans la
perspective de la disponibilité alimentaire.
- Ils ne donnent aucune indication sur les différences de régime alimentaire qui peuvent
exister entre divers groupes de population qui se distinguent, par exemple, par la catégorie
socio-économique, l’aire écologique ou la zone géographique de résidence, à l’intérieur du
même pays.
- Les bilans ne fournissent pas non plus d’indication sur les variations saisonnières des
disponibilités alimentaires
- A ces faiblesses, il sied d’ajouter que le manque de statistiques fiables dans certains pays
peut donner lieu à des bilans alimentaires totalement erronés.

2° Deuxième approche : entrée par les achats ou budget consommation.


C’est la démarche des études dites « de consommation ». Elles saisissent des données
factuelles correspondant à des comportements d’achats réels, soit observés de façon directe

- 14 -
(panier de la ménagère), soit objectivés à travers des variations macro ou micro-économiques.
Ces données sont ensuite croisées avec des données sociologiques, dotées du statut de
variables d’intégration comme « l’habitus », « le mode de vie », le style de vie ou encore les
logiques d’action (Herpin, 1984).
Cette approche est connue sous l’appellation « enquête budget consommation des ménages».
En effet, les enquêtes Budget/Consommation permettent d’appréhender la consommation
alimentaire par le biais des dépenses que réalisent les ménages ou les individus pour leur
alimentation. Ces enquêtes permettent de mesurer soit le revenu des ménages, soit leurs
dépenses, soit l’écart existant entre les deux, c’est-à-dire l’impossibilité d’assurer l’équilibre
budgétaire.
Les enquêtes mesurant les dépenses distinguent le type de dépenses effectuées. Elles sont
classées selon le critère alimentaire, non alimentaire ou d’autres critères (produits de première
nécessité, habillement, habitat, etc.). Les dépenses alimentaires permettent de déterminer la
quantité de produit acheté pour l’alimentation (en fonction des prix). A partir de ces données,
la quantité d’énergie disponible au sein du ménage en est déduite. Ces enquêtes permettent de
déterminer si les calories disponibles sont suffisantes pour satisfaire les besoins des membres
du ménage (CE/EAOC, 2002). La méthode par achat présente les avantages suivants:
- la prise en compte des difficultés d’accessibilité aux produits alimentaires.
- l’identification des groupes vulnérables, l’évaluation de la proportion de ménages vivant
sous le seuil de pauvreté afin de mettre en évidence les inégalités entre les ménages ;
- l’identification des causes et la mesure de l’insécurité alimentaire au niveau national et à
l’intérieur d’un pays ;
- la suivi de l’évolution de la situation alimentaire si les enquêtes sont répétées. (CE/EAOC,
Op. cit.) .
Cependant les enquêtes budget consommation présentent également des faiblesses dont les
plus importantes sont :
- les achats n’étant pas la consommation proprement dite, et même si elles se dénomment
« études de consommation », ces recherches ne sont en fait que des études d’achat et
possèdent différents points aveugles, notamment la non évaluation des achats jetés sous
forme de déchets ménagers. « Ce qui est acheté n’est pas forcément consommé, et ce qui
est consommé n’est pas forcément acheté » (Université Médicale Virtuelle Francophone,
2010).
- en ne considérant que les achats, ces méthodes ne prennent donc pas en compte
l’autoconsommation, pourtant, dans de nombreux pays africains, on a constaté que les
approvisionnements alimentaires non marchands sont non négligeables, même en ville
(Bricas, Op. Cit).
- la quantification des variables qui caractérise les EBC ne permet pas d’explorer des items
qualitatifs comme les variables socioculturelles (Delgado et Rerolle, 1993).

3° Troisième approche : entrée par les pratiques domestiques


Cette approche entre dans la problématique alimentaire par le ménage et son organisation :
pratiques d’achats, d’auto-production, de préparation et de consommation alimentaire. Elle
intègre le fait qu’un ménage économique est non seulement une unité de consommation, mais
aussi une unité d’auto-production d’aliments bruts (jardinage, pêche, chasse, prélèvement sur
l’exploitation ou entreprise pour les exploitants agricoles, artisans des professions de bouche),
et également d’autoproduction culinaire (activité de préparations alimentaires).

- 15 -
Ces préparations peuvent être quotidiennes ou différées. Les limites de ce type d’approche
sont de trois ordres :
- les pratiques de table ne sont toujours saisies que verbalement et ne peuvent au mieux
qu’être des données reconstruites dont la qualité dépend de l’outil de collecte,
- l’espace domestique n’est pas le seul lieu de consommation,
- une part importante de l’alimentation hors repas échappe à l’analyse, du fait de son
absence des études d’achat.

4° Quatrième approche : entrée par les pratiques alimentaires ou méthodes de mesures


directes des quantités
La voie d’entrée est ici la consommation alimentaire (au sens restreint), c’est-à-dire le
comportement alimentaire, les pratiques de table et leurs représentations. Les difficultés
matérielles de collecte des données comportementales expliquent, en grande partie, le peu
d’informations disponibles sur la question. Les données factuelles peuvent être saisies :
- au niveau de la restauration, par l’observation concrète des menus consommés, des
structures de plateaux, du temps passé, des restes après repas, des horaires, du contexte de
socialisation…
- dans l’univers familial, soit par observation ethnologique participative, soit par des
techniques de saisie automatique (par des caméras devant le frigo, dans la salle à
manger…). La pratique plus au moins sûre du cahier alimentaire peut également être
utilisée, avec des populations motivées.
Les mesures directes de quantités sont réalisées à travers ce qu’on appelle des enquêtes par
pesées. Sur un échantillon de population, on réalise durant une ou quelques journées
complètes, une pesée systématique des aliments utilisés pour les préparations culinaires ou à
consommer directement. En parallèle sont enregistrées les données sur le nombre de
personnes à qui sont destinés ces aliments. Ce type de mesure peut être répété plusieurs fois
dans l’année pour tenir compte des variations saisonnières de la consommation. Afin d’alléger
ce dispositif, on peut remplacer les pesées par une mesure des volumes utilisés à l’aide de
récipients normalisés.
Selon Mahmoud (1990), divers types d’enquêtes peuvent être utilisés, selon le niveau de
quantification recherché. Elles peuvent prendre diverses formes, mais elles ont en commun un
certain nombre de traits essentiels :
- Il s’agit d’enquêtes par sondage dont le principal objectif est de recueillir des données
portant sur les quantités d’aliments consommées ou acquises pour la consommation au
niveau du ménage ;
- Elles ont un caractère micro-économique ;
- Elles peuvent avoir un objectif unique ou multiple.
Ces méthodes ont trois applications principales :
- Elles fournissent des données quantitatives détaillées sur la structure de la consommation
alimentaire des groupes socio-économiques, culturels et géographiques. Elles permettent
ainsi d’identifier des problèmes liés à l’alimentation et de déterminer les rapports qui
existent entre les caractéristiques des ménages et les niveaux de consommation alimentaire.
- Les informations quantitatives sur la consommation alimentaire peuvent être évaluées en
termes d’apports en énergie et autres nutriments pour cerner les problèmes nutritionnels de
façon plus précise.

- 16 -
- En rassemblant des informations sur les quantités d’aliments achetées et sur les dépenses
correspondantes, elles permettent de calculer les prix moyens effectivement payés pour
différents produits par différents groupes de ménages.

5° Les méthodes directes utilisées pour évaluer la consommation alimentaire


Les méthodes d’évaluation de la consommation alimentaire peuvent être réparties en deux
groupes : les méthodes basées sur l’analyse chimique de l’alimentation consommée pendant
une période de temps et les méthodes faisant appel aux tables de composition des aliments.

a) Pesée avec analyse chimique


Cette méthode consiste à analyser directement en laboratoire une portion aliquote ou une
portion identique des aliments consommés par les sujets. Tous les aliments, notamment ceux
pris hors repas, doivent être pris en compte. C’est une méthode de grande précision,
quantitativement et qualitativement la plus proche de la vraie consommation des sujets. Elle
présente déjà toutes les difficultés décrites pour la pesée simple.
C’est une méthode très lourde, nécessitant des moyens importants, du personnel et une plus
grande coopération des sujets étudiés. En ce qui concerne la mesure sur portion identique, il
est nécessaire de faire cuisiner par la ménagère systématiquement des portions
supplémentaires d’aliments, d’où un coût élevé qui doit s’ajouter au coût des dosages
chimiques des aliments. Le prélèvement représentatif d’une portion aliquote est souvent
difficile à réaliser et entraîne une perte de précision (Galan et Hercberg, 1985).

b) Méthodes faisant appel aux tables de composition des aliments


Il existe deux groupes de méthodes qui font appel aux tables de composition des aliments : les
méthodes par entretien faisant appel à la mémoire et les méthodes par enregistrement.
B1) Méthodes par entretien faisant appel à la mémoire
Divers termes sont utilisés pour désigner ces méthodes qui font appel à la mémoire de
l’enquêté. Elles sont aussi appelées : rétrospective, par anamnèse, par interrogatoire ou encore
d’interrogations. Les plus courantes sont le rappel diététique et l’histoire alimentaire.

- Le rappel diététique
Le principe de cette méthode est d’estimer la consommation alimentaire, de la façon la plus
précise possible sur la période précédant immédiatement l’interview. La période sur laquelle
repose l’interrogatoire peut être plus ou moins longue. La méthode la plus souvent utilisée est
le rappel des 24 heures. Celle-ci vise à reconstituer le plus précisément possible l’alimentation
de la veille (Péquignot, 1991). Cette technique peut également porter sur deux jours voire
plus, une semaine. Elle nécessite une table de composition très détaillée avec notamment la
composition d’aliments cuits.
Depuis quelques années, le rappel de 24 heures répété est utilisé. L’avantage principal du
rappel diététique est sa simplicité et sa rapidité qui le rend utilisable sur de grands
échantillons. Cette méthode est relativement peu coûteuse et nécessite un personnel d’enquête
moins qualifié (Galan et Hercberg, 1985 Op. cit.).
Son inconvénient majeur réside dans les biais qui peuvent être importants puisqu’il ne prend
en compte que l’alimentation de la veille et n’apporte aucun élément sur la consommation
habituelle de l’individu. Il ne peut donc renseigner parfaitement sur l’alimentation habituelle
de la population étudiée (Musse et Mejean, 1991). De plus, les sujets peuvent ne pas rapporter

- 17 -
la réalité de leur prise alimentaire, soit par défaut de mémorisation, soit en raison de
l’intervention de facteurs cognitifs tels que le désir d’approbation sociale (Bresson, 2001).

- L’histoire alimentaire
Cette méthode essaie d’apprécier les habitudes alimentaires et le type d’alimentation plutôt
que l’alimentation actuelle des sujets. C’est la méthode de choix dans les enquêtes
rétrospectives (Galan et Hercberg, Op. cit.). Elle utilise une table de composition des aliments
simplifiée (70 à 80 rubriques) exprimée en aliments crus tels qu’achetés (Péquignot, 1991).
C’est une méthode plus lourde que le rappel diététique mais elle peut être réalisée sur des
échantillons relativement importants et représentatifs de la population à étudier. La durée de
l’enquête (entre 20 et 60 minutes par personne) lui confère une bonne acceptabilité, d’autant
plus qu’elle se fait en une seule fois et n’exige pas un endroit particulier pour sa réalisation.
Les enquêteurs doivent être parfaitement entraînés. Les façons de poser les questions et les
méthodes d’évaluation des quantités d’aliments doivent être harmonisées.
B2) Méthodes par enregistrement des quantités consommées pendant une période
L’enregistrement est le plus souvent réalisé pendant trois jours ou une semaine, à l’échelon
individuel ou familial, soit par pesée précise soit par évaluation en mesures ménagères. Il peut
aussi porter sur les achats alimentaires. Ces méthodes intéressent particulièrement les
nutritionnistes qui se soucient de faire des calculs sur les consommations en termes de
nutriments. Elles apportent la meilleure précision quant aux quantités effectivement
consommées au foyer (Thiombanio, 1992).

- Pesée des aliments à chaque repas


Le principe de la méthode consiste à peser pendant la durée de l’étude, chaque jour et à
chaque repas, les différents composants utilisés pour la préparation ainsi que les déchets
laissés dans l’assiette et en dehors des repas. Dans les enquêtes familiales par pesée, il est
possible d’utiliser une table détaillant la composition :
 Des aliments crus tels qu’achetés entrant dans la composition des repas
 Des aliments services (pain, conserves, pâtisseries, viennoiseries, etc.) et éventuellement
les plats commercialisés, prêts à la consommation. Pour les enquêtes individuelles, il faut
en plus une table de composition des aliments cuits (Péquignot, 1991, [Link].).
La méthode des pesées a deux principaux avantages : la précision des données recueillies et
son application à tous les types de population lorsque la pesée est faite par un enquêteur
extérieur. Cette méthode a aussi des inconvénients. Comme les pesées représentent une gêne
pour la personne qui s’en occupe, la ménagère tend à modifier ou à simplifier les repas pour
se faciliter la besogne. Ceci peut alors constituer un biais. Par ailleurs, la lourdeur de la
méthode nécessite une bonne coopération de la population ce qui ne la rend praticable que sur
de petits échantillons.

- Journal alimentaire
Dans cette technique, les quantités d’aliments consommées sont enregistrées en détails
quotidiennement pendant la période de l’étude, repas par repas, sur un semainier ou journal
prévu à cet usage. Les quantités d’aliments prêts à être ingérés sont estimées en mesures
ménagères : portions, verres, tasses, cuillères, tranches, morceaux, pièces, etc. Pendant
l’enquête, un contrôle doit avoir lieu régulièrement pour s’assurer que le semainier est
correctement rempli.

- 18 -
Cette méthode assez simple est appliquée sur des échantillons plus importants que pour la
méthode par pesée. La remise d’un journal bien conçu facilite le recueil des données et évite
les oublis. Cette méthode demande une grande coopération des sujets étudiés. La nécessité
d’une participation active peut être un facteur biaisant la représentativité de l’échantillon des
sujets qui acceptent l’enquête (Galan et Hercberg, [Link].). De plus, le fait de noter les
aliments peut modifier à la fois le type d’aliments, leur nombre et les quantités consommées
(Bresson, 2001).

6° Outils de réalisation des enquêtes

a) Outils pour évaluer les quantités d'aliments ingérées


La détermination des quantités reste un problème essentiel des enquêtes alimentaires. Pour
aider l’enquêté à formuler ses réponses, l'enquêteur doit lui fournir une aide. Pour cela,
l’enquêteur doit disposer :
- d’un questionnaire pré-établi qui permet, pour chacune des différentes prises d’aliments ou
de boissons de la journée, de dénombrer ce qu’un sujet peut consommer ;
- des mesures ménagères qui permettent d’estimer les rations d’aliments à partir d’ustensiles
culinaires usuels (cuillères, bol, tasse, verre, etc.) dont la contenance et/ou le poids moyen
des aliments manufacturés sont mesurés au préalable (conditionnement assimilé à des
mesures). Il s'agit de présenter à l’enquêté des ustensiles, des aliments réels, des modèles
en plastique ou encore des images papier d’aliments et de plats ou portions individuelles
qui correspondent à des tailles et des poids différents.

b) Outils de conversion des quantités d'aliments en quantités de nutriments


La conversion des quantités d’aliments en quantités de nutriments se heurte à d’autres
difficultés en rapport avec les pourcentages de déchets, la diversité des compositions
alimentaires des végétaux (selon les processus de production, les variétés, le degré de
maturité, les conditions de la récolte et éventuellement de la transformation), les types de
préparation culinaire, etc. Les analyses concernant la composition des aliments revêtent
souvent un caractère trop global et les tables de composition sont rarement adaptées à la
diversité agricole et alimentaire (Malassis et Ghersi, 1996). Compte tenu des faiblesses de
chacune de ces méthodes, il est souhaitable de combiner les approches afin d’obtenir les
résultats avec très peu d’erreurs.

1.2. MODELE AGRO-NUTRITIONNEL (MAN)

1.2.1. Définition

Un modèle agro-nutritionnel est une représentation des disponibilités alimentaires moyennes


par habitant, calculée sur la base des bilans alimentaires et de la classification agro-
nutritionnelle des aliments (Malassis et Ghersi, 1992). Un MAN est un modèle de
consommation qui se rapporte au volume et à la structure nutritionnelle des disponibilités
pour un ensemble géographique déterminé (Alary et al, 2009 op. cit.).
Les MAN sont une représentation de la consommation apparente et en aucun cas de la
consommation moyenne réelle. Ils sont basés sur les bilans d’approvisionnement alimentaires,
bilans qui sont l’expression comptable de l’utilisation des denrées agricoles jusqu’aux
disponibilités alimentaires humaines totales pour un ensemble géographique donné (pays ou
région).

- 19 -
1.2.2. Classification agro-nutritionnelle des aliments

La FAO publie une liste des produits alimentaires disponibles dans le monde et une liste
simplifiée en 16 groupes. D’après cette liste et la classification internationale des aliments, la
classification dite agro-nutritionnelle est établie en neuf catégories de produits. Selon cette
classification, les aliments consommés sont exprimés en équivalents produits de base répartis
d’après leur richesse nutritionnelle. Elle constitue une tentative de liaison entre phénomènes
nutritionnels et agricoles.
Cette classification simple, synthétique, n’est cependant pas pleinement satisfaisante. La
difficulté tient à la composition nutritionnelle diversifiée des aliments. A l’exception du sucre
(saccharose) et des huiles et graisses qui ne contiennent que des calories du groupe
nutritionnel auquel ils appartiennent (respectivement glucides et lipides), la plupart des
aliments ont des compositions diversifiées et exercent en réalité plusieurs fonctions
nutritionnelles. Celles-ci dépendent de la composition des aliments et de leur importance
relative dans la consommation. C’est ainsi que les céréales qui sont très riches en glucides (70
à 80% de la partie comestible) et relativement pauvres en protéines (8 à 10%) exercent
cependant une fonction protéique très importante dans le monde en raison de leur forte
importance relative dans la consommation mondiale.
L’une des caractéristiques des produits agricoles de base est de fournir des produits conjoints,
dont la valorisation dépend des conditions économiques. Il en est ainsi notamment des noix et
oléagineux. Les graines d’arachide, par exemple, fournissent 46 à 52% de lipides et 25 à 30 %
de protéines et les tourteaux (après extraction de l’huile) 2 à 8 % de lipides (selon les
méthodes d’extraction) et 45 à 50% de protides. Selon l’usage qui en est fait, ces graines
peuvent donc remplir des fonctions lipidiques ou protéiques ou les deux à la fois.
Les légumes et les fruits classés dans la catégorie des produits riches en glucides ont en réalité
une faible valeur calorifique, mais leur fonction nutritionnelle principale est de fournir des
minéraux, des vitamines et des fibres alimentaires, aspects qui ne sont pas explicitement
considérés dans la classification simplifiée. D’autre part, fruits et légumes ne constituent pas
des catégories nutritionnelles homogènes : c’est ainsi que certains sont riches en glucides
(bananes, dattes, etc.), d’autres en lipides (olives, avocats, etc.) et certains en protides
(légumes-feuilles).
La classification agro-nutritionnelle, qui a l’avantage de la simplicité, nécessite d’être
correctement interprétée. Insuffisante pour le nutritionniste, elle est plus significative pour
l’agroéconomiste (Malassis et Padilla, 1986).
Il existe plusieurs classifications agro-nutritionnelles, le point de différenciation étant le
nombre de groupes d'aliments pris en compte. Il y a ainsi, la classification agro-nutritionnelle
en huit groupes d'aliments telle que présentée par Malassis et Padilla (1982). Lorsqu’on
considère les boissons comme un groupe à part entière, on arrive à une classification avec
neuf groupes d’aliments, telle que proposée par Malassis et Padilla (1986). Il y a également
des classifications avec 10 groupes ou plus. Tout dépend des critères utilisés pour regrouper
les aliments.
Dans les lignes qui suivent, il sera présenté une classification avec neuf groupes d'aliments.
Cette classification se présente comme suit:
- Groupe I : céréales, racines et tubercules (CR)
- Groupe II : sucre et miel (SM)
- Groupe III : légumes et fruits (LF)
- Groupe IV : légumineuses ou légumes secs (LS)

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- Groupe V : viandes, abats et œufs (VO)
- Groupe VI : lait et produits laitiers (LT)
- Groupe VII : poissons et fruits de mer (PS)
- Groupe VIII: matières grasses (MG)
- Groupe IX : boissons et stimulants (BS)
Le tableau 1 ci-après présente une combinaison entre les catégories nutritionnelles, les
produits agricoles de base et les groupes agro-nutritionnels.

Tableau 1. Classification agro-nutritionnelle des aliments


Catégories nutritionnelles Produits agricoles de base Groupes agro-nutritionnels
-Sucres et miel SM
-Céréales
CR
Produits riches en glucides (PRG) -Racines et tubercules
-Fruits
FL
-Légumes
-Légumineuses (légumes secs) LS
-Viandes et abats
VO
Produits riches en protéines (PRP) -Œufs
-Poissons et fruits de mer PS
-Lait et produits laitiers LT
-Huiles et graisses végétales
Produits riches en lipides (PRL) -Huiles et graisses animales MG
-Noix et oléagineux
-Epices
Boissons et stimulants (BS) -Stimulants BS
-Boissons alcoolisées et autres
Source : Malassis et Padilla (1986)

Les aliments des groupes I à III (CR, SM, LF) sont glucidiques, ceux des groupes IV à VII
(LS, VO, LT et PS) sont riches en protides, et le groupe VIII (MG) est essentiellement
lipidique.

1.2.3. Méthodologie de construction des roses nutritionnelles

Pour rendre plus apparentes les spécificités des modèles, ceux-ci sont visualisés par la
construction de roses nutritionnelles. (Malassis et Pedilla, Op. cit.). Les modèles sont ainsi
exprimés sous forme de profils agro-nutritionnels de l’ensemble des disponibilités
alimentaires humaines.
Ces disponibilités alimentaires totales sont ensuite divisées par le nombre de personnes
constituant la population, pour en déduire les disponibilités alimentaires par habitant et par an
en volumes. Ces calculs sont réalisés par produit (blé, fromages, les fruits…), qui peuvent être
groupés dans les dix classes suivantes répondant à une logique nutritionnelle : céréales,
racines et tubercules, légumineuses, fruits et légumes, graisses végétales, graisses animales,
viandes et œufs, lait et produits laitiers, poissons, sucres et miel.
Pour chacun de ces produits et chaque pays, les disponibilités alimentaires en kilogrammes
sont ensuite transformées, grâce à des tables de composition des aliments, en énergie
(calories) et en macronutriments (protides, lipides, glucides), voire en micronutriments
(vitamines, minéraux). Sur cette base, il est possible de procéder à des typologies en calculant

- 21 -
les indices relatifs des disponibilités exprimées en calories finales par groupe de produits, par
rapport à une référence.
Pour rendre plus apparentes les spécificités de chaque pays par rapport à la référence, des
roses alimentaires sont construites, exprimant des profils agro-nutritionnels. Il suffit de porter
sur chaque axe d’un décagone parfait, représentant les niveaux de disponibilités par habitant
du modèle de référence, les indices relatifs de disponibilités pour chaque groupe de produits.
En regroupant les différents profils agro-nutritionnels similaires, on aboutit à des typologies
(Alary et al. Op. cit.).

1.2.4. Typologie des modèles agro-nutritionnels dans le monde

A partir des bilans alimentaires, de très nombreuses typologies ont été mises au point ;
certaines sont à visée plus sociologique, économique ou agronomique. D’autres sont à visée
alimentaire.
Selon Alary et al (Op cit.), à partir de l’analyse de l’ensemble des pays du monde pour
lesquels les informations sont disponibles, il a été mis en évidence trois modèles
fondamentaux et neuf sous-modèles.

1° Le modèle occidental
Ce modèle se caractérise par une forte proportion de produits animaux et une ration fortement
énergétique avec 3500 à 3800 calories disponibles. Il se compose de trois sous-ensembles :
a) Le modèle méditerranéen : essentiellement végétarien, qui se caractérise par une tradition
céréalière, fruitière et légumière, aliments complétés par des légumineuses et des poissons.
Cette diète est également riche en huiles végétales.
b) Le modèle scandinave : regroupe les pays du nord de l’Europe, gros consommateurs de
poissons et de produits laitiers.
c) Le modèle européen : où l’on retrouve les pays anglo-saxons d’Amérique, d’Océanie et
d’Europe, ainsi que la majeure partie des pays d’Europe de l’Est. Le MAN relatif est riche en
graisses, en sucres et en viandes.

2° Les modèles traditionnels agricoles


Ces modèles caractérisent la quasi-totalité des pays du Tiers-Monde africain et asiatique. Les
rations alimentaires y sont peu élevées avec 2000 calories disponibles par jour en moyenne.
Les céréales et tubercules y jouent un rôle prépondérant ; ils sont complétés par des
légumineuses qui apportent leurs protéines, et les produits animaux n’entrent que pour 5%
environ. Ils se composent de trois sous-groupes :
a) Le modèle céréalier : c’est le modèle le plus fréquent dans le monde ; caractéristique
d’une grande partie de l’Afrique subsaharienne, de la grande majorité du Proche-Orient et de
l’Asie de l’Est et de la quasi-totalité de l’Asie du Sud.
b) Le modèle racines : la base de l’alimentation se trouve dans les racines et tubercules
complétés par les protéines végétales à l’image du Rwanda et plus largement de l’Afrique
centrale.
c)Le modèle sucre : il est de type traditionnel céréalier combiné avec des légumineuses et du
sucre en abondance. On le trouve essentiellement au Mexique, en Amérique centrale et en
Colombie.

- 22 -
3° Les modèles traditionnels mixtes
Ces modèles comportent de fortes disponibilités relatives en céréales ou/et de racines et
tubercules ainsi que de certains produits animaux. La ration alimentaire quotidienne est
modérée : entre 2400 et 3000 calories disponibles. On peut distinguer trois types de modèles
traditionnels mixtes :
a) Le modèle pastoral : fondé sur l’association entre les céréales et le lait et les produits
laitiers issus de l’élevage extensif, comme en Somalie. C’est l’alliance entre les cultivateurs et
les nomades.
b) Le modèle japonais : où le poisson accompagne les céréales comme en Asie du Sud et
dans certains pays africains côtiers comme le Sénégal.
c) Le modèle uruguayen : il est typique des grandes zones d’élevage extensif d’Amérique
latine (Argentine) ou d’Asie (Mongolie) où il y a abondance de viandes et de céréales.

1.2.5. Composition du régime nutritionnel dans les grandes régions du monde

Sur base de l’Agri-Monde et FAOSTAT, Rastoin et Ghersi (2010) ont décrit les régimes
nutritionnels dans les grandes régions du monde. Dans les pays d’Asie on note jusqu'à plus de
205 kg de céréales par tête/an. La consommation de sucre et de produits sucrés varie
sensiblement d’une région à l’autre. Elle est particulièrement élevée en Amérique du Nord
(71kg par tête/an). Elle est plus modérée en Europe occidentale, en Océanie et en ex-URSS
(plus de 36 kg/tête/an). Elle est beaucoup plus faible en Afrique, en Asie et en Chine.
La différence essentielle entre les modèles de consommation des pays du Sud et ceux du Nord
concerne les produits de l’élevage : viande, œufs, lait. On constate que les pays occidentaux
consomment en moyenne trois fois plus la viande par tête et par an que les pays du Sud à
économie de marché. Un Nord-Américain consomme huit fois plus de viande qu’un Africain,
deux fois plus d’œufs et six fois plus de lait. Cependant, le raisonnement en termes de calories
est certes intéressant et révélateur, mais ne donne qu’une vision partielle de la diète, car le
contenu énergétique est très variable selon les aliments. Une approche par les nutriments est
donc nécessaire.
En combinant les critères énergétiques et nutritionnels, on trouve trois typologies dans
lesquelles on distingue trois grands groupes de régimes nutritionnels, avec une bonne
corrélation entre le niveau énergétique mesuré par les calories ingérées et le niveau protéique :
- Groupe 1 : diète des pays riches, avec plus de 3500 calories/tête/jour et plus de 90g de
protéines.
- Groupe 2 : diète des pays pauvres, avec moins de 2200 calories et moins de 60g de
protéines.
- Groupe 3 : diète intermédiaire, située autour de 2500 calories et de 90g de protéines.
Les deux premiers groupes correspondent à une ration alimentaire déséquilibrée du point de
vue des nutritionnistes : excédentaire dans le premier cas, déficitaire dans le second, avec des
conséquences néfastes sur la santé : obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires et cancer,
frappant toutes les catégories sociales, ou troubles liés aux carences, particulièrement chez les
groupes vulnérables (femmes enceintes, enfants, personnes âgées). Le troisième groupe se
caractérise par une bonne correspondance entre les besoins et les apports tant énergétiques
que protéiques.

- 23 -
1.2.6. Consommation alimentaire et santé publique.

L'étude de l'impact de l'évolution des habitudes alimentaires sur la santé s'appuie en grande
partie sur des études épidémiologiques d'observation qui mettent en regard l'évolution des
pratiques alimentaires et les indicateurs de santé. La diversité des comportements
alimentaires, la complexité de leur formation, les difficultés inhérentes à leur mesure, et leur
constante évolution rendent difficile l'appréhension des pratiques nutritionnelles.
De plus, l'évolution des indicateurs de santé dépend de multiples facteurs qui potentialisent ou
annulent les influences nutritionnelles. Dès lors, la mise en évidence de relations entre
l'évolution des habitudes alimentaires et des indicateurs de santé apparaît particulièrement
complexe (Etiévant et al, 2010).
On peut faire deux catégories de risques que les mangeurs courent dans leur consommation
alimentaire. Il s’agit de risques liés à la manipulation des aliments (risques non liés à la
structure interne des aliments) ou risque externe des aliments et les risques liés à la structure
interne des aliments ou risques internes des aliments.

1° Les risques liés à la manipulation des aliments


L'alimentation est reconnue comme facteur de risque de certaines maladies (Debry, 1992;
Dupin, 1984). Les intoxications d’origine alimentaire font partie des maladies qui affectent le
plus grand nombre d’individus et causent le plus de décès. Les aliments proviennent de
l’environnement immédiat, mais aussi, de plus en plus, de pays divers. Il est exigé que les
aliments soient sans danger pour la santé.
Cependant, il arrive que ces aliments soient contaminés, en cours de production, de
transformation, de transport et de manipulation par des substances potentiellement
dangereuses pour la santé. L’environnement est contaminé par des agents chimiques,
physiques et biologiques qui risquent de porter atteinte à la santé.
La contamination de l’alimentation peut se faire de façon accidentelle ou, s’il s’agit de
produits liés à une technologie alimentaire particulière, de façon volontaire et, en principe,
sécuritaire. Divers contaminants peuvent donc être captés par la chaîne alimentaire et ainsi
être transférés à l’être humain par la voie digestive (Panisset et al, 2003). Pour ces auteurs, les
risques liés à la manipulation des aliments proviennent de:

c) Résidus chimiques :
- les produits appliqués sur les cultures et sur les aliments entreposés ou directement
additionnés aux aliments (pesticides, additifs alimentaires)
- produits dont l’utilisation permet une accumulation dans les aliments (médicaments
vétérinaires et résidus médicamenteux),
- contaminants environnementaux (métaux lourds : plomb, cadmium, arsenic, etc.)

- 24 -
b) Toxi-infections alimentaires : contamination virale, parasitoses, contamination
bactérienne.

d) Intoxication par les plantes : substances toxiques naturelles des plantes, produits
d’herboristerie, mycotoxines.

e) Substances toxiques introduites au cours de la transformation des aliments : additifs


alimentaires notamment.

f) Nouvelles biotechnologies
Trois éléments sont nécessaires pour prédire les effets sur la santé de la contamination
alimentaire : la toxicité du contaminant, la quantité de contaminant dans l’alimentation et la
quantité d’aliment contaminé ingérée.

2° Les risques liés aux modèles agro-nutritionnels

a) Modèles nutritionnels des pays développés et problèmes de santé publique


Selon Hercberg et al (1982), les modèles nutritionnels des pays développés sont caractérisés
sur le plan alimentaire par :
- Une grande diversification, c’est-à-dire une participation importante de tous les groupes
d’aliments ;
- Un apport protéique élevé dont plus de 2/3 d’origine animale ;
- Un apport lipidique élevé avec plus de 2/3 d’origine animale, source de lipides saturés,
- Un apport glucidique faible avec en excès la part de sucres simples aux dépens de la
consommation de sucres complexes ;
- Un faible apport de fibres alimentaires.
Dans ce contexte alimentaire se développent des maladies chroniques liées à l’alimentation :
surpoids, obésité, maladies cardio et cérébrovasculaires (cardiopathies coronariennes et
hypertension artérielle), diabètes, maladies bucco-dentaires et certains cancers (James et
al,1990), qui sont en émergence et/ou en croissance rapide dans beaucoup de sociétés.
L’obésité touche 7 à 15 % des adultes autour de la quarantaine dans les pays industrialisés
(FAO/OMS, 1992) et l’obésité infantile progresse dans de nombreux pays. L’OMS relève que
la moitié des décès, survenant avant l'âge de 65 ans dans les sociétés industrialisées, sont dus
aux maladies cardio-vasculaires, aux cancers et aux affections digestives (James et al., 1990 ;
Delpeuch, 2005).

b) Les modèles nutritionnels des pays non développés et problèmes de santé publique
Les modèles nutritionnels des pays non développés sont caractérisés par Hercbeg et al. (Op.
cit.) :
- Une alimentation monotone où l’aliment de base fournit 60 à 90 % de l’apport
énergétique ;
- Une faible part des produits animaux dans la composition de la ration ;
- Un apport glucidique élevé essentiellement sous forme de sucres complexes ;
- Un apport protéique plus ou moins faible, essentiellement d’origine végétale ;
- Un apport élevé de fibres alimentaires.
Dans ce contexte alimentaire on observe les carences protéino-énergétiques, minérales ou
vitaminiques. La malnutrition fœtale conduit à la naissance des bébés avec un poids trop

- 25 -
faible. Ensuite, on observe un retard de croissance et/ou l’insuffisance pondérale chez les
enfants de moins de 5 ans. Les adultes et en particulier les femmes souffrent d’un poids
insuffisant à cause d’une malnutrition. Bien des personnes de tous âges sont touchées, à des
degrés divers par des carences en micronutriments tels que le fer, la vitamine A, l’iode ou le
zinc (Delpeuch et al, 2005 ; Le Bihan et al, 2002). Les conséquences de ces malnutritions sur
la santé et le développement des sociétés sont considérables ces dernières décennies :
mortalité et morbidité accrues, développement physique et intellectuel altéré, capacité
d’apprentissage et compétence sociale diminuées, effet intergénérationnel, etc. (Delpeuch et
al, Op. cit.).

1.3. MODELE DE CONSOMMATION ALIMENTAIRE (MCA)

Le modèle de consommation alimentaire (MCA) est une notion beaucoup plus complexe ; il
se rapporte à la façon dont les hommes s’organisent pour consommer (Unité Socio-
Economique de Consommation : USEC), à leurs pratiques alimentaires, à la nature et à la
qualité des aliments consommés, aux rapports de consommation et aux conduites alimentaires
(Malassis et Ghersi, 1995; Padilla, 1992).
Le MCA est une conception développée par l’économie de l’alimentation inspirée des
théories des années 1960-1970. Il est né de la dialectique des conditions sociales de la
production et de la consommation (Malassis et Padilla, Op. cit.). Ce concept englobe
l’ensemble des approches relatives à la consommation alimentaire. Il est basé sur des
observations au niveau des ménages (OMS/FAO, 1973) en tant qu’Unité Socio-Economique
de Consommation ou USEC (Malasssis et Ghersi, 1995 ; Padilla, 1996), mais aussi sur des
observations relatives à chaque membre de l’USEC observée.
De ce qui précède, on peut considérer qu’un modèle alimentaire correspond à l'ensemble des
règles sociales et culturelles qui régissent l'acte alimentaire. De celui-ci dépendent les produits
qui peuvent être mangés, ainsi que la manière de les cuisiner. Le modèle définit aussi une
structure du repas, des horaires précis et une manière de manger.
Le MCA est un concept fort décrit par les auteurs. Dans la littérature, on trouve plusieurs
notions attachées au MCA, telles que le modèle alimentaire, le style alimentaire et le système
alimentaire. Avant de développer la notion de MCA il s’avère donc nécessaire de définir
clairement chacun de ces concepts.

1.3.1. Définition des concepts

1° Modèle alimentaire
Les modèles alimentaires sont des ensembles sociotechniques et symboliques qui articulent
un groupe humain à son milieu, fondent son identité et assurent la mise en place de processus
de différenciation sociale interne. Ils sont un corps de connaissances technologiques,
accumulées de génération en génération, permettant de sélectionner des ressources dans un
espace naturel, de les préparer pour en faire des aliments, puis des plats, et de les consommer.
Mais ils sont en même temps des systèmes de codes symboliques qui mettent en scène les
valeurs d’un groupe humain participant à la construction des identités culturelles et aux
processus de personnalisation (Poulain, 2002).
Le modèle alimentaire est un ensemble d’ingrédients et de techniques mis en œuvre pour
transformer et préparer des aliments mais aussi surtout un système complexe de normes et de
règles implicites structurant les représentations et les comportements (Fischler, 1996). Selon
cet auteur, le concept de modèle alimentaire est pris dans un sens large d’ensemble des règles

- 26 -
de sélection, de préparation, de service et de consommation. Selon Marenco (1992), un
modèle alimentaire est un "rassemblement de l'ensemble du groupe domestique, à heures
impérativement fixes, autour de plats préparés à la maison, dans une ambiance chaleureuse et
confiante".

2° Style alimentaire
Le style alimentaire est un concept qui est utilisé différemment par les auteurs. Pour les uns ce
concept est synonyme du modèle de consommation alimentaire. A ce titre, ils emploient l’un
ou l’autre terme pour dire la même chose. Tandis que pour les autres, le style alimentaire est
employé pour faire la différence entre ce qu’on appelle style alimentaire traditionnel et le
style alimentaire moderne. Mais la distinction entre le style traditionnel et le moderne reste
floue (Elwert, 2001). Pour d’autres auteurs encore, il existe une pluralité des styles au-delà de
la vision duale opposant tradition et modernité (Bricas, 2008).

3° Système alimentaire
En prenant en compte les considérations de complexité du système tel que le définit
Lemoigne (1995), le système alimentaire peut se définir comme "un réseau interdépendant
d’acteurs (entreprises, institutions financières, organismes publics et privés), localisé dans un
espace géographique donné (région, Etat, espace plurinational), et participant directement ou
indirectement à la création de flux de biens et services orientés vers la satisfaction des besoins
alimentaires d’un ou plusieurs groupes de consommateurs localement ou à l’extérieur de la
zone considérée".
Cette définition fait appel à trois référentiels : morphologique (les acteurs constitutifs), spatial
(zones géographiques d’activité interne/externe), dynamique (origine et circulation des flux de
biens et services) (Rastoin et Ghersi, 2010). Pour ces deux auteurs, la théorie des systèmes
permet de prendre en compte en premier lieu la finalité de l’activité agroalimentaire. Elle
caractérise ensuite les interactions entre les agents de toute nature formant le système (les
producteurs, les intermédiaires de service, les consommateurs, les nutritionnistes-
prescripteurs, les médias, les associations de consommateurs, les pouvoirs publics nationaux
et supra-nationaux, etc.
La dimension technologique est de nos jours une des composantes les plus déterminantes du
système alimentaire mondial. Ce qui permet à Poulain (2002) de considérer que le système
alimentaire correspond donc à l’ensemble des structures technologiques et sociales, de la
collecte jusqu’à la préparation culinaire en passant par toutes les étapes de la production-
transformation. Elle constitue le système d’action qui permet à un aliment d’arriver jusqu’à un
consommateur. Cette technologie est à la base de ce qu’on peut appeler " système
agroalimentaire".

4° Habitudes alimentaires
Pour mettre l’accent sur la dimension sociale de l’alimentation, on dit souvent : « les hommes
ne mangent pas des nutriments mais des aliments ». S’ils mangent parfois des aliments, cette
situation est en réalité relativement rare. Les hommes se nourrissent surtout de plats : les
carottes râpées, le steak haché, la purée, la mousse au chocolat, c’est-à-dire d’aliments
combinés entre eux, au sein de préparations culinaires. Même un plat aussi simple que les
carottes râpées suppose certaines préparations (éplucher, laver, râper…) et l’adjonction d’une
vinaigrette (qui associe de façon variable du vinaigre ou du jus de citron, de l’huile, du sel, du
poivre, de la moutarde…). De surcroît, ces plats sont associés à d’autres plats pour former des
repas.

- 27 -
Les hommes ne mangent ni des nutriments ni des aliments, ils mangent des aliments cuisinés,
le plus souvent combinés entre eux dans le cadre de repas organisés. L’acte alimentaire se
déroule toujours selon des protocoles imposés par la société. Les règles portent sur le choix
des produits, sur la manière de les cuisiner, de les associer pour en faire des plats, de
combiner ces derniers entre eux pour en faire des repas, sur les modalités de partage, sur les
manières précises de les consommer (les manières de table) (Poulain, [Link].)
Les habitudes alimentaires recouvrent l’ensemble des dimensions matérielles et symboliques
qui recouvrent l’acte alimentaire : nature et diversité des aliments consommés; quantités et
dépenses afférentes ; cuisine et approvisionnement; horaire et structure des repas. La notion
de pratique sociale insiste sur les aspects concrets et matériels, elle est définie selon ses
déterminants (culturels, économiques), ce qui revient à s’interroger sur les règles et les
normes conditionnant sa mise en œuvre (Etiévant et al, 2010).
La consommation alimentaire ne peut s’interpréter indépendamment de l’acte alimentaire,
acte que l’homme réalise plusieurs fois par jour sous forme de prises ordonnées, les repas.
C’est au cours de cet acte que chaque personne assure à son organisme la couverture de ses
besoins, en énergie, en matériaux indispensables, en macro et micro-nutriments, etc.
Mais le rôle des prises alimentaires ne s’arrête pas à la couverture des besoins métaboliques.
En effet, l’acte alimentaire est générateur de symbolisme, de vie sociétale, de couverture de
besoins psychologiques et sociologiques. Il résulte d’un comportement où alternent les stades
de faim, de rassasiement et de satiété, états régulés au niveau du cerveau (Haut Comité de la
Santé Publique, 2000).

1.3.2. Analyse de modèles de consommation alimentaire

Etudier un modèle de consommation alimentaire, c’est répondre aux trois questions


classiques : Qui ? Quoi ? Comment ? (Alarzy et al, 2009). Selon Malassis et Ghersi (1996),
l’analyse de la consommation alimentaire procède ainsi de l’examen de deux distributions :
celle, d’une part, des disponibilités moyennes par habitant à l’échelle internationale et
nationale (approche macro-économique), et celle, d’autre part, de la distribution de ces
disponibilités entre les différentes strates sociales d’une société donnée (approche micro-
économique). La constatation de distributions inégales incite à rechercher les facteurs
économiques et sociaux qui en sont la cause afin de corriger ces inégalités par la mise en
place de politiques appropriées.
Différents types d’informations doivent être réunis en vue de caractériser les modèles de
consommation alimentaire. Ces informations ont à la fois un contenu quantitatif et qualitatif et
elles doivent répondre à la double question : Que consomment-ils ?, c’est réunir les éléments
quantitatifs et qualitatifs permettant de définir le volume et la structure de l’alimentation. Cela
conduit à analyser la consommation alimentaire dans ses trois composantes fondamentales :
- Le régime alimentaire (qui définit la nature et le volume des aliments),
- Le régime nutritionnel (qui permet de déterminer la valeur énergétique de la ration
alimentaire, l’origine des calories : végétales ou animales et leur qualité nutritionnelle :
protéines, lipides ou glucides, micronutriments et fibres végétales),
- Le budget alimentaire qui donne la valeur, la répartition de la dépense alimentaire et
l’importance de cette dernière dans l’ensemble des dépenses de consommation du ménage.
Répondre à la question : comment consomment-ils, c’est réunir l’ensemble des informations
susceptibles de décrire les pratiques alimentaires et les rapports de consommation et de
rappeler les liens qui unissent société et consommation. Le tableau 2 ci-dessous indique la

- 28 -
complexité de la notion de MCA. L’analyse du MCA doit procéder d’une approche
pluridisciplinaire, mais de telles approches sont rares.

Tableau 2. Analyse du modèle de consommation alimentaire


Caractères fondamentaux
- Dimension
- Composition et caractéristiques socio-économiques
1. Caractéristiques socio-économiques
- Rapport entre production et consommation alimentaire
des USEC
- Répartition des activités et budget temps consacrés à
l’alimentation
- Approvisionnement
- Stockage
2. Pratiques alimentaires - Préparation des repas
- Organisation de la ration
- Elimination des déchets
- Régime alimentaire
3. Volume et structure de l’alimentation - Régime nutritionnel
- Dépenses alimentaires
- Rapport de consommation
4. Comportement alimentaire - Répartition
- Conduite alimentaire
Source : Malassis et Ghersi, (1996).

1° Caractéristiques socio-économiques des USEC


Les hommes s’organisent pour consommer à l’intérieur de ces petits ensembles que sont les
USEC dont les caractéristiques sociales et économiques varient dans le temps et dans
l’espace. La consommation alimentaire au sein des USEC dépend non seulement de leurs
caractéristiques (dimension, composition, stabilité, niveau des revenus, etc.) mais aussi des
rapports sociaux, économiques et techniques qui s’établissent entre les membres qui les
composent, qu’il s’agisse de la production, de la consommation ou de la répartition.
Dimension de l’unité de consommation : varie de la communauté de consommation ou de la
famille élargie (patriarcale ou matriarcale) aux ménages des sociétés industrielles qui
regroupent un nombre moins élevé de personnes. Les limites de l’unité se déterminent sur la
base de l’intensité des liens qui unissent un certain nombre de personnes. L’instabilité de ces
liens n’est pas seulement dépendante du cercle familial. Elle procède aussi de la
consommation "inter-unités" (invitations, fêtes, cadeaux, etc.), de la mobilité de plus en plus
grande des membres de ces communautés et du phénomène grandissant des repas pris à
l’extérieur, en particulier sur les lieux de travail.
Composition de l’USEC : est caractérisée par le nombre, le sexe et l’âge des individus qui la
composent. Les caractéristiques socio-économiques sont la proportion d’actifs, le type et le
volume des activités, les revenus engendrés, le niveau d’éducation des membres et surtout du
chef du ménage, la religion pratiquée, les caractéristiques techniques, etc.
Parmi ces variables, les revenus par actif et par personne vivant dans le ménage contribuent à
expliquer le pouvoir d’achat, facteur fondamental de détermination des modèles de
consommation alimentaire.
Les rapports entre production et consommation alimentaire au sein d’une USEC donnée
dépendent fondamentalement de la division sociale des activités qui concourent à la fonction

- 29 -
alimentaire. Dans les économies domestiques, toutes les opérations de la chaîne
agroalimentaire (production, transformation, conservation et préparations culinaires) sont
effectuées à l’intérieur de la même USEC.
Dans les économies agro-industrielles, la plupart des tâches ne font plus partie des activités
des ménages. Elles sont réparties le long des filières agro-alimentaires entre des unités très
spécialisées. La plupart des tâches domestiques sont transférées aux industries et aux services
alimentaires qui approvisionnent le consommateur en une quantité grandissante "d’aliments
services" ou encore "d’aliments servis" (restaurants, cantines, etc.). Entre ces deux extrêmes
que sont le modèle domestique et le modèle agro-industriel, il y a forcément de nombreux
modèles intermédiaires.
Répartition des activités : au sein de l’USEC, elle caractérise leur organisation en vue
d’acquérir et de transformer les aliments. A titre d’exemple, dans les sociétés traditionnelles
africaines, la femme assume dans sa grande majorité la responsabilité nourricière de la
famille. Elle cueille, cultive et récolte, porte les aliments ainsi que le bois et l’eau, assure la
conservation des produits agricoles, pile et écrase, cuisine, sert et dessert, récupère les
déchets, nettoie, etc. Dans la société industrielle, les activités domestiques et ménagères sont
de plus en plus réduites dans le "budget temps" des ménages. La préférence est donnée aux
activités économiques, c’est-à-dire aux tâches rémunératrices qui contribuent à augmenter le
pouvoir de consommation, tout en récupérant du "temps libre" affecté à l’hygiène, à la santé,
aux loisirs et à la culture.

2° Le repas et les pratiques alimentaires


Les USEC exercent de bien des façons les fonctions d’approvisionnement, de conservation,
de stockage, de préparations culinaires, d’organisation des repas et d’élimination des déchets
dont elles ont la charge. Ces fonctions correspondent à ce qu’il est convenu d’appeler les
pratiques alimentaires.
Approvisionnement et stockage: Dans les sociétés industrielles, l’approvisionnement peut être
quotidien et diversifié, mais il tend à se concentrer (une fois par semaine), ce qui est souhaité
par "économie de temps" et rendu possible par la nature des produits agro-industriels (faciles
à conserver) et grâce à l’équipement des ménages (réfrigérateurs, congélateurs).
Dans l’économie de subsistance, l’approvisionnement est lié à la récolte et aux saisons,
impliquant souvent de longues et difficiles périodes de conservation et posant de graves
problèmes de soudure. L’alimentation a un caractère saisonnier et les aliments de base sont
constitués de produits agricoles de conservation relativement facile, comme les céréales ou les
racines et tubercules.
Par manque de moyens de conservation des denrées fortement périssables, les ménages des
pays non industrialisés ont réussi à mettre en place des savoir-faire et techniques non
frigorifiques (séchage au soleil, fumage, friture, salage, grillage) qui sont applicables
essentiellement aux produits d’origine animale. Le fumage autrefois utilisé pour conserver
seul le gibier est devenu un moyen par excellence pour conserver les caprins et les ovins
(Kalau et al, 2004) .
Préparation des repas ou l’art culinaire : L’homme mélange et cuit : il cuisine. L’acte culinaire
est spécifique à l’espèce humaine. Il est fondamentalement culturel. En économie domestique,
la préparation des aliments est essentiellement assurée au sein des USEC. Dans les économies
agro-industrielles, ces tâches ont été progressivement transférées en amont des ménages. Les
industries agro-alimentaires ainsi que le secteur de la restauration et des services assurent
alors une part grandissante de la transformation des aliments et de l’organisation des repas.

- 30 -
L'organisation des repas est très liée aux activités économiques et aux habitudes sociales. Les
anthologues distinguent « repas » et « snack ». Le repas est un événement nutritionnel et
social structuré, organisé selon des règles de temps (heures précises), de lieu (cuisine, salle
commune dehors) et comportant des séquences alimentaires (différents plats des menus).
Tandis que le snack dépend des disponibilités dans le réfrigérateur, donnant lieu à une prise
alimentaire socialement non structurée (Fischler, 1979). Les repas peuvent être quotidiens ou
festifs (banquets agraires, agapes bourgeoises). La différenciation des repas entraîne dans la
société industrielle la double restauration: rapide (fast-food) et conviviale.
Dans tous les régimes alimentaires, sauf ceux d’extrême pauvreté, la ration est fractionnée en
plusieurs prises alimentaires ou repas. Dans les sociétés agraires atteignant une aisance
relative, la dureté du travail et le besoin de repos entraînent plusieurs repas dans la journée
jusqu’à cinq. Dans les sociétés urbaines, le nombre de repas est réduit généralement à trois,
mais la répartition de la ration entre ces trois repas diffère, selon les habitudes alimentaires.
Breakfast et café au lait l’illustrent, et opposent deux structures des rations bien différentes.
Les manières de table sont le reflet des structures sociales, des disparités sociales, des
disparités de moyens et des traditions ; elles sont des comportements des modèles culturels.
Elles se rapportent à la façon d’organiser la présentation des plats (sur une table ou sur le sol),
de répartir les mets entre convives (qui est servi en priorité ?), à la façon de manger (à table
assis sur chaise en Europe, accroupi en Asie, assis sur le sol en Afrique).
L’élimination des déchets: fait partie des fonctions alimentaires des USEC. Dans de
nombreuses sociétés, c’est le rôle exclusif de la femme et des filles ; dans la société
industrielle, le partage des rôles n’est pas clairement établi. Les déchets alimentaires, rares
chez les pauvres, sont souvent très abondants chez les riches.

3° Volume et structure de l’alimentation


Répondre à la question « Que consomment les USEC? », c’est réunir les éléments quantitatifs
et qualitatifs permettant de définir le volume et la structure de l’alimentation. Cela conduit à
analyser la consommation alimentaire dans ses trois composantes fondamentales :
- Régime alimentaire, qui définit la nature et le volume des aliments. En fonction de la
nature des aliments on peut distinguer les aliments de base et les aliments
d’accompagnement.
- Régime nutritionnel, qui permet de déterminer la valeur énergétique de la ration
alimentaire, l’origine des calories (végétales ou animales) et leur qualité nutritionnelle:
protéines, lipides, glucides, micronutriments (vitamines et minéraux) et fibres végétales.
- Budget alimentaire, qui donne la valeur, la répartition des dépenses alimentaires et le
coefficient budgétaire (part des dépenses alimentaires dans le total des dépenses du
ménage).

4° Comportement alimentaire
Répartition et localisation des activités : les aliments disponibles au niveau des USEC sont
répartis au sein de celles-ci selon des modalités qui dépendent des besoins des personnes
composant l’USEC et des rapports internes de consommation. Ceux-ci sont le reflet des
rapports sociaux et de production.
Conditions matérielles de production, distribution et mode d’utilisation de la force de travail:
dans le cas de pénurie, la priorité peut être donnée aux actifs masculins au détriment des
femmes, des enfants et des vieillards. Ces catégories sont dans ce cas dans une situation

- 31 -
nutritionnellement critique. Le problème n’est pas celui de l’égalité de répartition mais de
l’équité, c'est-à-dire de la distribution interne selon les besoins bio-culturels de chacun.

1.3.3. Déterminant des modèles de consommation alimentaire

Selon Malassis et Ghersi (1996), dans une société donnée, à un moment donné, existent des
forces sociales convergentes qui conduisent à la formation d’un MCA dominant. Mais dans
cette société, existent aussi des forces divergentes qui conduisent à la différenciation des
MCA. Les forces convergentes et divergentes sont contenues dans les modes de production
qui sous-tendent les modèles de consommation, auxquels s’intègrent les modèles de
production agricole et les MCA. Ainsi, ils regroupent les facteurs qui déterminent les MCA en
quatre composantes ou variables principales: la capacité d’approvisionnement alimentaire, le
pouvoir de consommation, les conditions objectives de la consommation et les modèles
socioculturels.
1°) La capacité d’approvisionnement alimentaire dépend de la capacité de produire des
aliments, mais aussi de l’achat des produits alimentaires sur les marchés nationaux ou
internationaux. Ces capacités déterminent, pour une population donnée, les disponibilités
moyennes par habitant.
2°) Le pouvoir de consommation dépend des rapports de production dont la distribution
sociale détermine la capacité d’accès des différentes catégories sociales aux disponibilités
alimentaires.
3°) Les conditions objectives de la consommation sont déterminées par l’infrastructure
productive.
4°) Les modèles socioculturels sont liés aux comportements alimentaires.

1.3.4. Evolution des MCA

L’alimentation humaine a évolué à travers les âges et elle continue d’évoluer de plus en plus
vite sous l’impulsion de très nombreux facteurs. Trois grandes ères sont définies : ère
préhistorique, ère agricole et ère agro-industrielle (Claudian, 1984; Malassis, 1994). Selon
Lambert (1987), l’évolution des MCA est déterminée par la dynamique du développement des
forces productives et des modes de production. Les caractéristiques de l’offre alimentaire
(quantités, qualités, prix des produits) et des besoins nutritionnels, ainsi que les niveaux de
disponibilité des revenus et du temps des USEC dépendent de cette dynamique.

1° Evolution des MCA dans les pays développés


Dans les pays industrialisés, l’évolution des MCA s’est faite dans le sens d’un accroissement
quantitatif de la ration alimentaire mais surtout dans le sens d’un changement qualitatif de
cette ration. Au cours de leur histoire, ces pays ont franchi les "étapes agro-alimentaires"
suivantes (Malassis, 1979, cité par Bedrani, 1984): la période pré- agricole (la nourriture
provient de la cueillette, de la chasse et de la pêche) ; la période de l’agriculture de
subsistance, la période d’approvisionnement diversifié et la période de l’agro-industrie.
Dans ces dernières décennies, dans tous les pays industrialisés, les habitudes alimentaires ont
changé. De nouveaux produits ont été introduits dans la ration et d’autres ont pratiquement
disparu de la composition des repas (Hercberg et al, 1985). D’après Dupin et Hercberg
(1985), le mode habituel de consommation a profondément évolué suite à : des progrès
technologiques ; des modifications profondes des modes de vie (Padilla, 2001; Padella et al,

- 32 -
2005); la modification du goût des consommateurs et de la valeur symbolique attachée aux
différents aliments ; le développement de la restauration collective.

2°Evolution des MCA dans les pays non développés


Selon Hercberg et al, (1985), pour les pays non développés, c’est le phénomène de la
colonisation avec le développement d’une économie d’échange monétaire, l’introduction de
cultures de plantation, l’accès du paysannat à l’économie de marché, qui ont constitué un
bouleversement historique entraînant une transformation brutale, entre autres du mode de vie,
et du système alimentaire des populations colonisées. Les transformations récentes ont
accéléré les changements alimentaires.
Le développement des moyens de transport, de l’urbanisation, des importations alimentaires,
les rôles des sociétés de production et de distribution agro-alimentaire ainsi que les
mouvements de population ont contribué à la formation de nouveaux modes de consommation
(Malassis et Ghersi, 1996). Selon Allaya et al (1988), l’urbanisation rapide qu’ont connue et
que connaissent encore tous les pays en voie de développement est sans aucun doute le
facteur clef de l’évolution actuelle des MCA. L’aide alimentaire destinée aux pays pauvres a
contribué à la création des habitudes de consommation de produits occidentaux.

1.4. LA SECURITE ALIMENTAIRE

La consommation alimentaire et la sécurité alimentaire sont deux concepts qui vont souvent
de pair, bien que différents l’un de l’autre. C’est ainsi, qu’il semble important d’aborder dans
les lignes qui suivent le concept de la sécurité alimentaire de manière à établir le lien avec la
consommation alimentaire.

1.4.1. Définition

La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès
physique ou économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive, leur permettant de
satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie
saine et active (FAO, 1996).

1.4.2. Evolution de la sécurité alimentaire

Il y a une trentaine d’années, les problèmes de la faim et de la famine étaient abordés


principalement sous l’angle de l’offre qui était soit insuffisante soit non garantie, en faisant
une liaison directe entre la sécurité alimentaire et la quantité de nourriture disponible, en
référence à la théorie de Malthus.
Mais, avec le temps, et la publication des travaux de Sen (1981), la sécurité alimentaire est
posée de plus en plus en termes de demande solvable ou d’accès à la nourriture, en fonction
de l’hypothèse généralement acceptée selon laquelle, sur le plan mondial, l’offre alimentaire
excède les besoins actuels. La disponibilité alimentaire est alors considérée comme une
condition nécessaire, mais pas suffisante. Sen (Op. cit.) affirme, à ce propos, que la famine a
souvent surgi malgré une disponibilité suffisante des vivres dans la région.
En 1986, la Banque Mondiale définit la sécurité alimentaire, qui est une partie intégrante de la
sécurité d’existence, comme un droit fondamental qu’a tout être humain d’accéder à chaque
instant à une nourriture suffisante en quantité et en qualité pour pouvoir mener une vie active
et saine (Banque Mondiale, 1986). De cette manière, l’équation alimentaire est posée en
fonction de deux termes : la disponibilité des biens et la capacité des individus à les acquérir.

- 33 -
Mais vers les années 90, la prise en compte de la dimension culturelle de l’alimentation
permit à Maxwell et Smith (1992) d’élargir le concept en évoquant « un plus haut degré de
sécurité alimentaire qui prend en compte non seulement un accès garanti et stable à la
nourriture en quantité suffisante, mais aussi un accès à la nourriture qui soit de qualité
appropriée d’un point de vue nutritionnel, culturellement acceptable, attribuée sans perte de
dignité et d’autodétermination, et sans négliger l’accomplissement des autres besoins
fondamentaux ». A partir du contenu de ce concept ainsi dégagé, on peut déduire cinq étapes
par lesquelles la sécurité alimentaire peut être assurée à chaque individu (Tollens, 2000) :
- garantir en tout temps une disponibilité alimentaire suffisante sur les marchés ;
- permettre à chaque individu d’accéder à une nourriture suffisante et adéquate ;
- acquérir individuellement une alimentation suffisante et adéquate ;
- consommer individuellement une alimentation suffisante et adéquate ;
- digérer l’alimentation consommée.

1.4.3. Sécurité alimentaire en lien avec la consommation alimentaire

La sécurité alimentaire passe par quatre dimensions principales : disponibilité de quantités


suffisantes de nourriture ; accès économique, physique et social aux ressources nécessaires
pour acheter de la nourriture ; stabilité des deux dimensions précédentes ; et utilisation des
aliments, notamment en ce qui concerne la nutrition, la salubrité et la qualité des aliments
(Prospectives, 2010). Toutes les quatre dimensions doivent être appliquées simultanément
afin d’atteindre tous les objectifs de la sécurité alimentaire CE/FAO (2008). La figure 1 ci-
dessous établit le lien entre la sécurité alimentaire, la consommation alimentaire et l’état
nutritionnel des individus.
La disponibilité physique des aliments porte sur le « côté de l’offre » de la sécurité
alimentaire et est déterminée par le niveau de production alimentaire, les niveaux de
provisions, et les importations alimentaires.
La stabilité des apports alimentaires dans le temps est une exigence adéquate pour ne pas
tomber dans la rupture des stocks. Les conditions climatiques défavorables (sécheresses,
inondations), l’instabilité politique (troubles sociaux), ou les facteurs économiques (chômage,
augmentation du prix des aliments) peuvent causer des instabilités alimentaires tant sur les
marchés que sur le système de production occasionnant ainsi de l’insécurité alimentaire.
L’accès économique et physique des aliments : de bonnes provisions alimentaires au niveau
national ou international ne garantissent pas en soi la sécurité alimentaire des ménages. Les
inquiétudes par rapport à l’accès insuffisant aux aliments ont mené à une concentration
sérieuse des politiques sur le revenu, les dépenses, le marché et le prix des aliments pour
atteindre les objectifs de sécurité alimentaire.
L’utilisation des aliments porte sur la façon dont le corps optimise les différents nutriments
présents dans les aliments. De bonnes pratiques de soins et d’alimentation, de préparation des
aliments, de diversité du régime alimentaire, et de distribution des aliments à l’intérieur du
ménage ont pour résultat un apport adéquat d’énergie et de nutriments. Ceci s’ajoute à une
bonne utilisation biologique des aliments consommés, et détermine l’état nutritionnel des
individus. Une approche de l’utilisation de la nourriture implique une double dimension de la
sécurité alimentaire, à savoir : la consommation individuelle d’une alimentation suffisante et
adéquate et la digestion de l’alimentation consommée (Tshingombe, 2007).

- 34 -
PRATIQUES DE SOINS
Soins aux enfants
Pratiques alimentaires
Education nutritionnelle
DISPONIBILITES Préparation des aliments
ALIMENTAIRES Habitudes alimentaires
(Tendances et niveaux)
CONTEXTE POLITIQUE Réparation des aliments au
Production sein du ménage
ET Importations (nettes)
SOCIOECONOMIQUE Utilisations (alimentaire,
non alimentaire)
Niveau national Stocks

Population
Education CONSOMMATION
Macroéconomie ALIMENTAIRE
Contexte politique STABILITE DES
DISPONIBILITES Apport énergétique
Richesse en Ingestion d’éléments
ressources naturelles ALIMENTAIRES ET ACCES
(Variabilités) nutritifs
Secteur agricole
Conditions du marché Revenus
Marchés
ETAT
Niveau infranational Droits sociaux
NUTRITIONNEL
Caractéristiques du
ménage ACCES A LA NOURRITURE
Modes de subsistance (Tendance et niveaux)
Institutions sociales UTILISATION DES
Pouvoir d’achat ALIMENTS PAR LE
Attitudes culturelles Intégration sur le marché COPRS
Accès aux marchés Etat de santé

SANTE ET HYGIENE
Qualité de l’eau
Assainissement
Qualité et salubrité des
aliments

Figure 1. Dimensions de la sécurité alimentaire en lien avec la consommation alimentaire


Source : FAO, 2000.

L’alimentation suffisante et adéquate se réfère à la quantité et à la qualité de la nourriture


consommée. Les organismes des Nations Unies intéressés par les problèmes de l’alimentation
(FAO, OMS) ont pu mettre au point des indicateurs permettant d’évaluer l’état nutritionnel et
les besoins nutritionnels des individus.
L’expression « état nutritionnel » désigne l’état de l’organisme résultant de l’ingestion, de
l’absorption et de l’utilisation des aliments. Les indicateurs utilisés sont notamment les
mesures anthropométriques (la taille, le poids et la circonférence du bras). Les mesures prises
chez un individu sont comparées aux valeurs de référence pour son âge et son sexe.
L’expression « besoins nutritionnels » désigne la quantité d’énergie et de nutriments,
exprimée sur une base journalière, nécessaire à une catégorie d’individus donnés pour
permettre à ces individus d’être en bonne santé, de se développer et de mener une vie
normale. En ce qui concerne la quantité suffisante d’énergie, la consommation minimale
d’énergie se situe par jour, pour un adulte de 55 kg, à 2.450 cal.
Pour ce qui est de nutriments, la norme est de 75g par jour de protéines de bonne qualité,
c’est-à-dire de protéines animales contenues dans le lait, l’œuf, la viande et le poisson et dont
tous les acides aminés essentiels sont assimilables à 100%. Pour l’adulte consommant une
ration alimentaire de type africain, les nutriments recommandés peuvent se chiffrer à un
gramme de protéines par kg de poids corporel et par jour (FAO/OMS/UNU 1986). Par rapport

- 35 -
à ces besoins nutritionnels, peuvent être définis les concepts de sous-alimentation,
malnutrition et famine :
La sous-alimentation évoque l’idée d’une insuffisance (surtout) quantitative dans l’utilisation
de la nourriture, particulièrement en référence à la dose énergétique requise. La malnutrition
évoque l’idée d’une insuffisance (surtout) qualitative dans l’utilisation de la nourriture. C’est
une situation dans laquelle les besoins nutritionnels d’un groupe ou d’un individu ne sont pas
correctement satisfaits par des apports en nutriments indispensables que le corps ne peut pas
produire et qui sont essentiels à sa survie. Si l’alimentation n’apporte pas en quantité
suffisante les 10 acides aminés essentiels, de graves complications, connues sous l’appellation
de malnutrition protéique, apparaissent en particulier chez les enfants dont les besoins en
protéines et en acides aminés essentiels sont élevés. Cette malnutrition peut être chronique,
saisonnière, quotidienne ou fluctuante. D’une manière générale, on aime parler de la
malnutrition protéino-énergétique (MPE) en référence à un apport alimentaire insuffisant
(quantitativement et qualitativement) ou à une mauvaise absorption ou utilisation de
nutriments, faisant que les besoins de l’organisme ne sont pas satisfaits.
La famine est définie comme une forme de malnutrition générale, prolongée et persistante, qui
dure plusieurs mois et affecte la majorité d’une population sur une zone plus ou moins
étendue et qui provoque une totale désorganisation économique et sociale et la mort massive
par inanition. Le grand nombre de personnes qui souffrent de maladie suite à la carence en
certains micro-éléments comme la vitamine A, le fer ou l’iode, montre en suffisance l’extrême
importance de la qualité de la nourriture. D’autre part, une bonne consommation et digestion
de la nourriture supposent la santé et de bonnes conditions sanitaires.
De ce qui précède, il y a lieu de considérer que la sécurité alimentaire rencontre la
consommation alimentaire (l’utilisation des aliments), non seulement lorsque les aliments en
quantité et qualité sont accessibles à tous les individus, mais aussi lorsque ces aliments ont été
obtenus en tenant compte des habitudes et pratiques alimentaires de la population. Toutefois,
une question reste posée ; comment concilier les habitudes alimentaires et les besoins nutritifs
pour que les individus soient en bonne santé et mènent une vie active ? Tel est le défi qu’il
faut relever.

CONCLUSION PARTIELLE

Le cadre théorique et conceptuel a permis de constater que les différentes méthodes utilisées
pour analyser la consommation alimentaire peuvent bien s’appliquer dans le cadre de cette
étude. En effet, l’étude des pratiques alimentaires pose deux types de problèmes
méthodologiques (Poulain, 2003): par où entrer dans l’espace social alimentaire ? Et quels
types de données collecter ?
Dans le cadre de cette étude, il nous semble que les différentes portes d’entrée (bilan
alimentaire, budget et consommation ou les pratiques alimentaires) peuvent être combinées de
manière à fournir les informations complémentaires sur les modes de consommation des
ménages. Toutes les données pouvant permettre de faire la catégorisation des ménages
(niveau d’urbanisation du quartier d’habitation, niveau de vie, niveau de revenu, dimension
ou composition, etc.) ; les informations sur les profils des chefs des ménages notamment sont
nécessaires et doivent donc être collectées, car elles ont une corrélation avec les modes de
consommation.
Les deux modèles théoriques développés, à savoir le modèle agro-nutritionnel (MAN) et le
modèle de consommation alimentaire (MCA) tels que développés par Bricas (1998), semblent
pertinents pour la présente étude. Le premier permettra d’identifier les principaux aliments qui

- 36 -
constituent les sources d’énergie et de protéines pour la population sous étude, tandis que le
second va permettre d’analyser la manière dont les consommateurs kinois s’organisent pour
accéder à l’alimentation ainsi que leurs pratiques alimentaires.
Les différentes méthodes (directes ou indirectes) de mesures de consommation alimentaires :
pesée des aliments, méthodes faisant appel aux tables de composition des aliments, méthodes
par entretien faisant appel à la mémoire, tout comme les méthodes par enregistrement des
quantités consommées, sont susceptibles d’être appliquées dans la présente étude. En outre,
les outils de réalisation des enquêtes (questionnaires pré-établis, les outils des conversions des
quantités des aliments en nutriments) permettent d’évaluer non seulement les quantités des
aliments consommées mais aussi d’estimer la quantité de calories et de protéines acquises au
départ des aliments consommés.
Enfin, la prise en compte, d’une part, des caractéristiques physiques et socio-économiques de
la République Démocratique du Congo en général et celles de la ville de Kinshasa en
particulier et, d’autre part, l’analyse de différentes politiques en matière d'agriculture et de
sécurité alimentaire permettra de dégager les perspectives sur les questions touchant à la
consommation alimentaire à Kinshasa. La figure 2 ci-dessous présente le schéma conceptuel
de l’étude en établissant les liens entre les différents concepts afin d’aboutir à l’analyse des
modes de consommations alimentaires des ménages à Kinshasa.

- 37 -
Ménages : Localisation géographique
Niveau présumé des richesses

Ménages Ménages Ménages


présumés présumés présumés
riches moyens pauvres

Première enquête : caractérisation des ménages

Caractéristiques socio- Structure des dépenses des Facteurs influençant


économiques des ménages ménages la consommation

ANALYSES

Ménages Ménages Ménages


effectivement effectivement effectivement
aisés moyens pauvres

Deuxième enquête : Suivi des ménages sur


leurs modes de consommation alimentaire

Modèle de Consommation
Modèle Agro-Nutritionnel
Alimentaire (MCA)
(MAN)

Importance Modes de Modes de vie, Energie : Protéines :


relative des consommation organisation cal/pers/jour g/pers/jour
aliments alimentaire des ménages

DISCUSSION ET
ANALYSE DES
RÉSULTATS

PERSPECTIVES

Figure 2. Schéma conceptuel de l’étude


Source : L’auteur

- 38 -
CHAPITRE II.
CARACTERISTIQUES PHYSIQUES
ET SOCIO-ECONOMIQUES DE LA ZONE D’ETUDE

INTRODUCTION

Les modes des consommations alimentaires ne dépendent pas seulement des habitudes
alimentaires des individus ni des moyens (financiers) dont disposent les ménages, mais aussi
du contexte général dans lequel se trouve le pays ou la région. Les caractéristiques physiques,
socio-économiques et politiques ont une influence considérable sur les modes de
consommation. Le présent chapitre a pour objectif de présenter les caractéristiques physiques
et socio-économiques d’abord du pays (République Démocratique du Congo), ensuite de la
ville-Province de Kinshasa, et enfin des trois communes dans lesquelles les recherches ont été
orientées.

2.1. PRESENTATION DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

2.1.1. Situation géographique

La République Démocratique du Congo (RDC) est située au cœur de l'Afrique où elle figure
parmi les géants du continent, avec une superficie de 2.345.000 Km², soit 4 fois la France. Ce
pays continent s’étend de l’océan Atlantique au plateau de l’est et correspond à la majeure
partie du bassin du fleuve Congo. Le nord du pays est un des plus grands domaines de forêt
équatoriale au monde, l’est du pays borde le grand rift est-africain, domaine des montagnes,
des collines, des grands lacs mais aussi des volcans. Le sud et le centre, domaine des savanes
arborées, forment un haut plateau riche en minerai. À l’extrême ouest, sur une quarantaine de
kilomètres au nord de l'embouchure du fleuve Congo s’étale une côte sur l’océan Atlantique
(PAM et INS, 2008).
Le pays est limité : au Nord, par la République centrafricaine et le Soudan du Sud ; au Sud,
par la Zambie et l’Angola ; à l’Est, par l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie et la
Zambie ; à l’Ouest, par la République du Congo/Brazzaville, le Cabinda et l’étroite bande du
littoral ouvrant le pays à l’Océan Atlantique sur une longueur de 40 km.
La carte 2 ci-dessous, présente les subdivisions administratives des provinces de la
République Démocratique du Congo, les pays frontaliers et sa situation dans la carte de
l’Afrique.
Carte 2. Carte administrative de la RD du Congo
Source : L’auteur à partir de [Link]

2.1.2. Population

La population congolaise et sa densité démographique sont estimées respectivement à environ


65.256.000 habitants et 26 hab/km². Il faut noter que le dernier recensement général de la
population de la RDC date de 1984. La RDC est le pays le plus peuplé d’Afrique centrale
avec un taux de croissance de 3 %. Les femmes représentent 52 % de cette population. La
structure de la population montre que la population est jeune (49 % de la population sont âgés
de moins de 15 ans), cela reflète l’ampleur des besoins en termes de soins de santé et
d’éducation pour les jeunes (Ministère du plan et INS, [Link].).

2.1.3. Situation socio-économique


En analysant les principaux indicateurs de l’économie de la RDC, on a l‘impression que la
situation socio-économique de la population a tendance à se détériorer malgré les
améliorations récentes du cadre macro-économique général. En effet, le Congo a affiché un
taux de croissance moyen de –7%, une inflation moyenne de 842%, et une dépréciation
monétaire de plus de 50 % durant la décennie 1990- 2000.
De 2002 à 2009, la RDC a réalisé une croissance moyenne de 5,6 % et celle-ci a été tirée par
les industries extractives, le commerce de gros et de détail, les télécommunications. La
croissance s’est ralentie en 2006 en raison, entre autres, du relâchement des politiques
macroéconomiques. Une croissance de 10,2 % était prévue en 2008, mais l’année s’est
achevée avec un taux ne dépassant pas 6,2 % à cause des effets de la crise économico-
financière mondiale qui s’est amplifiée avec la résurgence de la guerre à l’Est du pays,
laquelle a entraîné une crise humanitaire grave avec le déplacement de 250 000 personnes.

- 40 -
En 2009, le cadre macroéconomique s’est sensiblement détérioré, le taux d’inflation a franchi
la barre de 50% et le taux de croissance est tombé à 2,7 % alors que le taux de croissance
démographique est de 3 %. Ce repli de la croissance a entraîné une forte réduction d’emplois
(surtout dans le secteur minier) et des mises en congé technique dans plusieurs entreprises.
Nonobstant le retour de la croissance et l’amélioration des fondamentaux de l’économie
durant la décennie 2000-2010, la RDC reste marquée par une pauvreté de masse et de grandes
disparités de niveaux de revenu entre milieu urbain et milieu rural (Ministère du Plan, 2010
Op. cit). La figure 3 ci-dessous renseigne sur l’évolution du PIB en volume et PIB par
habitant comparé avec les autres pays africains.

Figure [Link] de croissance du PIB (%) en volume et PIB par habitant (dollars à prix constant 2000)
Source : BAFD/OCDE (2008) à partir des données du FMI

Il ressort de cette figure que malgré l’amélioration du cadre macroéconomique au


cours de la période 2002 à 2009, les conditions de vie de la population congolaise ne se sont
pas améliorées. Car le PIB par habitant ne dépasse pas les 100$, alors qu’il est de plus de
300$ pour les autres pays de l’Afrique centrale.

2.1.4. Etat de la sécurité alimentaire en RD Congo

La République Démocratique du Congo est l’un des pays les plus frappés par la faim et
l’insécurité alimentaire au Monde. Selon le rapport IPC (Cadre intégré de classification de la
sécurité alimentaire) d’octobre 2011, 4,53 millions de Congolais seraient en crise alimentaire
et de moyens de subsistance aiguë en RDC.
Un autre rapport publié en la même période par International Food Policy Research Institute
(IFPRI) montre que la RDC se trouve parmi les 6 pays où la situation de la faim s’est empirée
entre 1990 et 2011. Selon le même rapport, la RDC est l’un des 4 pays où la sécurité
alimentaire est décrite comme « extrêmement alarmante » en 2011. Par ailleurs, le rapport des

- 41 -
Nations Unies sur le développement humain 2011 a classé la RDC en dernière position sur les
187 pays, montrant que les conditions de vie se sont effectivement détériorées au cours de ces
dernières années dans le pays (WFP, 2011).
Cette situation paradoxale tire son origine de la baisse continuelle de l’activité économique
depuis environ une vingtaine d’années, suite à une conjugaison dramatique des facteurs
comme : la détérioration de la conjoncture économique internationale après les chocs
pétroliers, la mauvaise gestion macro-économique accentuée par des politiques perverses
(zaïrianisation, radicalisation,..), une longue transition politique dans l’instabilité, entrecoupée
par deux pillages (1991 et 1993) et deux guerres (1996-1997 et 1998 à 2003), provoquant une
situation d’insécurité dans tous les domaines, y compris dans celui de l’alimentation.
En 2005, l’incidence de la pauvreté monétaire nationale était de 71,34% de la population.
L'incidence de la pauvreté a été plus grande dans les zones rurales (75,72%) que dans les
zones urbaines (61,49%). Cette situation a favorisé la migration urbaine en RDC. Dans des
conditions telles que décrites, les besoins alimentaires non couverts ont hypothéqué la sécurité
alimentaire de la population.
En 2010, la RDC était parmi les pays dont l’indice de la faim dans le monde (Global Hunger
Index en sigle GHI) est extrêmement alarmant. En effet l’index GHI était de 24,7 sur la
période 1988–1992 et de 41 entre 2003 et 2008. 75% de la population souffrent de la
malnutrition (2004–2006) et 28,2% des enfants de moins de 5 ans souffrent d’un retard de
croissance. Le tableau 3 ci-dessous renseigne sur le nombre de repas par ménage et par jour.

Tableau 3. Nombre moyen de repas par ménage par jour en 2008


Consommation alimentaire
pauvre limite acceptable moyenne
Nombre moyen de repas/jour/enfant 1,91 2,25 2,60 2,25
Nombre moyen de repas/jour/adulte 1,64 1,98 2,10 1,90
Source : Ministère du Plan (2011) sur base des données de PAM /INS (2008).

Il en résulte le constat selon lequel, quel que soit le niveau de consommation alimentaire, le
nombre de repas par jour est autour de deux, dont un est dans la plupart des cas constitué par
un petit déjeuner. Ce tableau permet de faire aussi un constat selon lequel les adultes
consomment moins de repas par rapport aux enfants dans les ménages.

2.1.5. Contribution du secteur agricole à la sécurité alimentaire en RDC

La croissance agricole est un moyen particulièrement efficace de réduire la faim et la


malnutrition. La plupart des populations très pauvres tirent une bonne partie de leurs moyens
d’existence de l’agriculture et d’activités apparentées. La croissance agricole obtenue par les
petits agriculteurs, et notamment les femmes, réduit de manière particulièrement efficace la
pauvreté extrême et la faim lorsqu’elle augmente le rendement de la main-d’œuvre et crée des
emplois pour les pauvres (FAO, 2012).
Dans les lignes qui suivent, il sera abordé la question de la contribution du secteur agricole
dans la sécurité alimentaire, car la RDC est considérée comme un pays à vocation agricole
étant donné que plus de 80% de la population vit de l’agriculture. Les principales
informations que nous présentons sont issues de l’étude du secteur agricole, bilan et
diagnostic (Ministère de l’agriculture, pêche et élevage, 2009). L’agriculture traditionnelle de
type familial s’intéresse surtout aux cultures vivrières, dont elle réalise plus de 80% de la

- 42 -
production du pays. Le paysan s’adonne à ces cultures en vue d’assurer son alimentation, en
cultivant un peu de tout (manioc, maïs, riz, légumes, fruits).
Les cultures vivrières occupent annuellement une moyenne de 5 millions ha avec une
production estimée en 2006 à 20 millions de tonnes, composées essentiellement de plantes à
tubercules, de banane plantain, de maïs, de riz, d’arachide et de haricot et cultivées selon un
système traditionnel itinérant sur brûlis, associé à une longue jachère allant jusqu’à 5 ans et
plus. Le manioc représente 80% de la production vivrière, compte tenu de son importance
dans le régime alimentaire des Congolais.
La production vivrière nationale est en deçà des besoins alimentaires actuels évalués à 25
millions de tonnes par an. Par ailleurs, cette production ne progresse que de 2% par an tandis
que la croissance démographique est estimée à plus de 3%. Le déficit alimentaire est évalué
entre 20 et 30% selon les régions. Les besoins alimentaires sont donc couverts, de façon
croissante, par des importations de maïs, riz, blé, sucre, volaille, poisson, viande et autres
denrées d’herbage.
La production de viande, après un sommet de 84.663 tonnes en 1994 n’atteignait que 68.278
tonnes en 2006, dont à peine 33.800 tonnes de viande produite sur des pâturages (12.380
tonnes de viande bovine, et 21.320 tonnes de viande de petits ruminants pour un cheptel
national d’environ 7 millions de têtes de petits et gros bétails, comptant 60 % de caprins, 15
% de porcins, 14 % d’ovins et 11 % de bovins (environ 750.000 têtes). Il apparaît donc que ce
vaste potentiel est sous-exploité, le taux d’utilisation actuel se situant largement en deçà de 10
% du potentiel estimé. La production locale de viande au cours des dix dernières années est
évaluée à une moyenne de 20 kg de viande/personne, alors que la norme internationale est de
36 kg/personne. (COMESA et al, 2009).

2.1.6. Importations alimentaires en RDC

Selon la Banque centrale du Congo, les importations alimentaires atteingnent une valeur
annuelle de plus d’un milliard de dollars, soit 15% de la valeur des importations totales du
pays. Les échanges nets des denrées alimentaires (exportations – importations) sont estimés
par la FAO à – 5% du PIB total (Lebailly, 2010).
Les importations alimentaires en RDC ne cessent de croître. Le pays importe surtout des
céréales (maïs, farine de maïs, riz, blé dur), du sucre et l’huile végétale et des produits carnés
(viande et poisson). Selon PAM et INS (Op. cit.) ces importations se caractérisent comme
suit :
- Blé dur et farine de blé: la RDC importe environ 200.000 t d’équivalent en farine de blé. Il
provient des Etats-Unis, à cause du taux de change dollar/euro favorable aux importations
de blé dur de la zone dollar. Ces importations augmentent régulièrement et font que le
pain, ou plutôt la baguette, sont d’une consommation très courante dans les villes, surtout
comme alimentation hors du domicile;
- Riz: 100.000 à 200.000 tonnes sont importées chaque année, surtout en provenance d’Asie,
dont 30 pour cent de brisures de riz (« brokenrice »).
- Maïs et farine de maïs: la RDC importe essentiellement du maïs et de la farine de maïs à
Kinshasa pour les besoins de l’aide alimentaire. Au Katanga et dans les deux Kasaï, où le
maïs est la composante essentielle de la consommation alimentaire avec le manioc, le
grand déficit de la production locale oblige la RDC à importer massivement, surtout des
pays voisins et d’Afrique du Sud.

- 43 -
- Sucre: la RDC importe environ 60.000 t de sucre par an, surtout du Brésil. Le sucre est un
produit très conjoncturel dans la mesure où la consommation augmente lorsque les revenus
augmentent. Les brasseries locales sont également de grosses consommatrices de sucre;
- Viande bovine: 30.000 à 40.000 tonnes par an de viande bovine sont importées. Le pays
importe aussi actuellement beaucoup de viande de buffle venant d’Inde;
- Poulet: le pays importe surtout du poulet à bouillir (anciennes poules pondeuses), des
croupions de dinde et des poulets découpés de l’Union européenne et du Brésil. Ces
importations sous forme congelée s’élèvent à environ 30.000 à 50.000 t/an
- Chinchard (Mpiodi) est un poisson, congelé, non trié et non éventré, pêché dans les eaux
territoriales de la Namibie ou de la Mauritanie par des bateaux de pêche industrielle. La
RDC en importe plus de 100.000 tonnes par an. Presque tous les ménages urbains
consomment le Mpiodi.
- Huile végétale: la RDC importe actuellement de grandes quantités d’huile végétale, 50.000
à 60.000 t/an essentiellement en provenance de Malaisie via Singapour ou de l’Union
européenne (huile de colza). Cette huile importée est le plus souvent raffinée et ne contient
plus les vitamines A et D qu’on trouve abondamment dans l’huile de palme brute.

2.2. PRESENTATION DE LA VILLE DE KINSHASA

On parle parfois de la Ville Province de Kinshasa parce que Kinshasa est non seulement la
capitale et une ville, mais aussi une province constituée de 18 communes urbanisées et 6
communes rurales (De Saint Moulin et Kalombo, 2005).
Les principaux indicateurs qui seront évoqués dans cette section relèvent de l’enquête 1-2-3
réalisée par le Ministère du plan et l’Institut National de Statistique en 2004 et dont les
résultats ont été publiés en 2005. Suite à la rareté des enquêtes et au manque de données
statistiques sur la ville de Kinshasa, la plupart des études se réfèrent encore aujourd’hui aux
résultats de l’enquête de 2004.

2.2.1. Localisation géographique et administrative

La ville de Kinshasa s’étend sur 9.965 km2. Elle est située à l’Ouest du pays entre, 3,9 et
5,10° de latitude Sud et entre 15,2 et 16,6° de longitude Est. Elle est limitée au Nord-Est par
la province du Bandundu, au Sud par celle du Bas-Congo, au Nord-Ouest et à l’Ouest par la
République du Congo Brazzaville, sur une frontière naturelle formée par une partie du Fleuve
Congo.
La Ville de Kinshasa est reliée directement aux Provinces de Bandundu et Bas-Congo par
route et avec les autres Provinces par eau et air et aussi par voie ferrée particulièrement vers
les Villes Portuaires de Matadi et de Boma, jusque dans les cités de Moanda et de Banana,
situées au bord de l’Océan Atlantique. C’est un carrefour national, par où passent, pour la
consommation de sa population, en importation, en exportation ou en transit, plusieurs
marchandises de la RDC destinées aux transactions nationales ou internationales. Le Fleuve
Congo avec ses affluents baigne aussi la Ville de Kinshasa. Il constitue la toile de fond du
réseau national de transport intégré, eau, rail, route, et complété par la voie aérienne qui met
en liaison cette Ville avec toutes les autres provinces du pays.
L’exploitation totale de l’espace aérien congolais par les multiples sociétés de
télécommunication moderne, installées pratiquement toutes à Kinshasa, supprime les longues
distances naturelles liées à l’énorme étendue du territoire national. Toutes les villes, grandes
cités et localités importantes du pays sont reliées par téléphone cellulaire portable à la Ville de
Kinshasa, Capitale de la République Démocratique du Congo (Ministère du Plan 2005).

- 44 -
2.2.2. Organisation politique et administrative

Carte 3. Carte de la ville de Kinshasa : subdivision administrative


Source : [Link]

Administrativement, Kinshasa est subdivisée en 24 communes et 326 quartiers. Kinshasa est


gérée par un Gouvernement Provincial dirigé par un Gouverneur assisté d’un Vice-
Gouverneur, tous deux élus par l’Assemblée Provinciale. Ils sont assistés par les
24 Bourgmestres administrant les communes.
Le Gouvernement provincial compte 10 Ministres provinciaux nommés par le Gouverneur de
la province dirigeant les ministères suivants : (i) Plan et Reconstruction, (ii) Economie et
Finances, (iii) Population, Sécurité et Décentralisation, (iv) Agriculture et Développement
Rural, (v) Transport, Mines et Energie, (vi) Education, Information, Condition Féminine et
Famille, (vii) Santé et Affaires Sociales, (viii) Fonction Publique, Urbaine et Emploi, (ix)
Sports, Cultures et Arts, Tourisme et Jeunesse et (x) Affaires foncières, Urbanisme et Habitat
(PNUD/RDC, 2009).

2.2.3. Démographie et structure de la population de Kinshasa

1° Démographie
Par absence de recensement de la population congolaise en général et celle de Kinshasa, dont
le dernier a eu lieu en 1984, plusieurs chiffres sont avancés pour estimer la population de la
ville de Kinshasa. Sur base des projections réalisées par l’Institut National des Statistiques
(INS), la population de Kinshasa était de 7.017.000 habitants en 2005. Mais pour la plupart
des ONG internationales et agences des Nations Unies, la population de Kinshasa est de 5,8
millions d’habitants en 2005 (Ministère du Plan, 2005).

2° Structure de la population par sexe


La supériorité numérique masculine se remarque dès l'âge de 40 ans pour se maintenir dans
tous les groupes d'âge supérieurs. Soulignons qu’au plan national, on a 51% de femmes contre
49% d’hommes ; Kinshasa serait donc une ville d’hommes.

- 45 -
3° Structure de la population par ménage
La taille moyenne d'un ménage à Kinshasa est de 6,7 personnes avec une répartition très
importante au-delà de 7 personnes : près de la moitié des ménages (46%) compteraient 7
personnes et plus contre 37% qui en compteraient 4 à 6 et 17% des ménages ne compteraient
pas plus de 3 personnes.

4° Pyramides des âges de la population kinoise par tranche d’âge


La figure 4 ci-après présente la pyramide des âges de la population de la ville de Kinshasa.
L’allure de la pyramide des âges correspond bien à celle des autres villes des pays en
développement. La base est large et illustre la forte proportion de moins des 15 ans. Le
sommet est très effilé et illustre la faible espérance de vie à la naissance.

Figure 4. Pyramides des âges de la population kinoise


Source : Auteur à partir du modèle de Lelo et Nzuzi (2004)

2.2.4. Caractéristiques culturelles et socio-économiques

1° Principaux groupes ethniques


En République Démocratique du Congo, il existe cinq principaux groupes ethniques qui sont :
les pygmées, les bantous, les soudanais, les nilotiques, les hamites. Tous ces principaux
groupes ethniques qui se subdivisent chacun en différentes tribus, évaluées en RD Congo au
nombre de 450, sont pratiquement tous représentés dans la Ville de Kinshasa. Cela confirme
le caractère cosmopolite de la ville Province de Kinshasa. Les migrations vers Kinshasa
seraient en grande partie responsables de la configuration socio-ethnique actuelle de la
Capitale.

2° Pauvreté et modes de vie


Le Kinois en général vit dans un état de précarité et de pauvreté très avancé sur tous les
plans : monétaire, alimentaire et humain. Deux facteurs justifient la détérioration des
conditions de vie dans la ville de Kinshasa : l’explosion démographique (la population de

- 46 -
Kinshasa augmente d’une façon vertigineuse) et la crise politique et économique (les
différentes guerres, la nationalisation des entreprises étrangères). C’est Kinshasa qui paye le
lourd tribut des crises politiques et économiques (Lelo et Tshimanga, Op. cit.).
Selon les résultats de l’enquête 1-2-3 réalisée par le Ministère du plan et INS (2004), quatre
typologies de ménages ont été distinguées selon le secteur institutionnel d'activité du chef de
ménage. Il s’agit des typologies suivantes: les "ménages publics", les "ménages privés
formels", les "ménages privés informels" et les "ménages inactifs ou chômeurs». Les
"ménages informels" constituent le groupe le plus nombreux : plus de quatre ménages sur dix,
Viennent ensuite dans l’ordre les "ménages chômeurs ou inactifs" (plus d’un ménage sur
quatre) et les "ménages publics" dirigés pour la plupart par des fonctionnaires (18,5 %). Avec
12,9 % de l’ensemble, les "ménages privés formels", sont minoritaires.

3° Emplois et Revenus
Comme dans la plupart des villes africaines, l’emploi à Kinshasa relève du secteur structuré et
du secteur non structuré ou informel. Dans le secteur structuré, l’Etat, directement par lui-
même (Administration Publique) ou indirectement (via les entreprises publiques) se présente
comme employeur aux côtés des privés. Mais à Kinshasa, c’est le secteur informel qui est le
principal pourvoyeur d'emplois. En effet, le marché du travail kinois est dominé par le secteur
informel, notamment le secteur informel non agricole. Ce dernier fournit 65,6% des emplois,
suivi de loin par l’administration publique (11,9%), le secteur privé formel (8,8%),
l’agriculture (5,2% actifs occupés) et enfin les entreprises publiques (5%) (Ministère du Plan
et INS, Op. cit.)
La ville de Kinshasa compte 875.500 unités informelles. Ce chiffre montre l’importance
économique des activités informelles pour la population de la capitale. Le secteur informel
joue un rôle positif au sens où il fait partie des stratégies de survie des ménages en période de
crise. Mais la multiplication des unités de production informelles dans un contexte de
stagnation économique se traduit également par une précarisation croissante des emplois
créés. Des appuis spécifiques à ce secteur sont indispensables, d’autant plus que la majorité
des unités de production informelles déclarent rencontrer des problèmes, notamment pour
l’accès au crédit (58,6%), la forte concurrence (54,6%) et l’approvisionnement (31,3%).
Le chômage est nettement plus élevé à Kinshasa (15,0%) qu’au niveau national (3,7%). Il
touche plus particulièrement les jeunes de 15 à 24 ans (29,5%). Le phénomène de sous-emploi
est répandu à Kinshasa puisqu’il touche 53,1% des actifs occupés (PNUD/RDC, Op. cit.).
Le chômage selon la définition du Bureau International du travail (BIT) est peu répandu à
Kinshasa : seulement 6,3 % des actifs kinois sont au chômage. En élargissant la notion du
chômage aux chômeurs découragés, le taux global est nettement plus élevé : il s’établit à
11,3 % (13,2 % chez les hommes et 9,5 % chez les femmes). Globalement, le chômage touche
plus les hommes que les femmes et les jeunes davantage que les personnes plus âgées. D’une
manière générale le chômage atteint son maximum dans la tranche d’âges de 25-29 ans.
(Ministère du Plan et INS, Op. cit.)
En ce qui concerne le revenu, la situation des Kinois comme partout ailleurs à travers le pays
est caractérisée par : l’absence de politique nationale des salaires ; la baisse constante et
catastrophique du pouvoir d’achat de la majorité de la population. Parmi les actifs occupés,
près d’un tiers gagnent moins du SMIG (1 USD par jour) (PNUD/RDC, 2009). Le tableau 4
ci-dessous établit un lien entre le niveau de revenu et les secteurs pourvoyeurs à Kinshasa et
dans l’ensemble de la RDC.

- 47 -
Tableau 4. Emploi à Kinshasa en comparaison avec l’ensemble de la RDC
Kinshasa RDC
Revenu mensuel moyen des ménages ($) 84 42
Origine du revenu des ménages (%)
Secteur informel 90 95
Secteur public 6 4
Secteur privé informel 4 1
Source : PNUD/RDC, 2009

Le revenu d’activité moyen par actif est faible à Kinshasa : 45USD par actif par mois.
Néanmoins, il est largement supérieur au revenu moyen des actifs sur l’ensemble de la RDC
(22USD). Ce niveau de revenu varie selon le secteur institutionnel, ce sont les actifs agricoles
qui ont le revenu le plus faible (27USD). Ils sont suivis par les actifs du secteur informel non
agricole (34USD) et les fonctionnaires de l’administration publique (34USD), montrant la
précarité de leurs conditions de vie. Enfin, les revenus les plus élevés se retrouvent dans le
secteur privé formel (63USD), dans les associations (75USD) et enfin dans les entreprises
publiques (106USD). En agrégeant l’ensemble des revenus d’activités des ménages, on
obtient un revenu moyen par ménages de 84USD dans la province de Kinshasa (contre
42USD sur l’ensemble de la RDC). Comme le marché du travail est dominé par le secteur
informel (agricole ou non), il s’ensuit que 90% du revenu des ménages de cette province sont
issus de ce secteur, 6% proviennent du secteur public et enfin la contribution du secteur privé
formel est réduite à 4% du revenu total des ménages (PNUD/RDC, [Link].).

2.2.6. Activités économiques dans la ville de Kinshasa


Les principales informations présentées dans cette section sont issues du plan quinquennal de
croissance et de l’emploi de la Province ville de Kinshasa (République Démocratique du
Congo, 2011). Le tableau 5 ci-dessous présente le niveau de production de la ville de
Kinshasa en francs congolais et par secteur.

Tableau 5. Activités économiques dans la ville de Kinshasa par secteur en millions de FC


2008 2009 2010
Secteurs en volume en % en volume en % en volume en %
Primaire :
· Agriculture 1,34 8,60 1,54 8,21 1,63 7,73
· Pêche 1,25 8,02 1,37 7,30 1,43 6,79
· Elevage 1,72 11,04 2,31 12,31 2,40 11,38
· Foresterie 1,85 11,87 1,87 9,97 1,88 8,91
· Mines 1,19 7,64 1,25 6,66 1,30 6,16
Secondaire :
· Production industrielle 1,39 8,92 1,92 10,23 2,35 11,14
· Production électricité 1,01 6,48 1,01 5,38 1,01 4,79
Production eau potable 1,00 6,42 1,03 5,49 1,03 4,88
· BTP 1,38 8,86 1,95 10,39 2,39 11,33
Tertiaire :
· Services marchands 1,38 8,86 2,01 10,71 2,49 11,81
· Services non marchands 2,07 13,29 2,50 13,33 3,18 15,07
TOTAL 15,60 100,00 18,80 100 21,10 100,00
Source : Plan quinquennal de la croissance et de l’emploi (RDC, 2011).

- 48 -
Il en ressort que les activités agricoles jouent un rôle prépondérant dans la satisfaction des
besoins de base des Kinois. L’analyse du secteur primaire par composante, montre que la
production de l’élevage est prédominante, elle est suivie de la foresterie et de l’agriculture;
viennent ensuite les mines.
Quatre zones constituent le grenier de la ville en ce qui concerne la production des cultures
vivrières. Il s’agit de la vallée de Kimwenza, de CECOMAF à N’djili et de la rivière Nswenge
où se pratique la culture maraîchère et le Plateau des Bateke où l’on produit des vivres telles
que le manioc, la banane plantain, le maïs, le riz, les fruits et les arachides. La faible étendue
(2000 km2) et l’état du sol (sol sablonneux) du plateau des Bateke affectent le rendement de
ce secteur pour la ville de Kinshasa. Outre son hinterland immédiat, la ville dépend des
produits vivriers qui viennent du Nord du pays et même des pays étrangers.
La poussée démographique constitue une autre contrainte de taille dans la mesure où elle
réduit assez sensiblement les superficies cultivables. Cette poussée démographique
s’accompagne d’une forte demande en produits agricoles. Elle se fait également dans un
contexte de pauvreté généralisée. Il en résulte que les produits agricoles ne sont pas forcément
à la portée de toutes les bourses.
C’est dans la banlieue de la capitale que se pratique à grande échelle l’élevage. On y note la
présence des activités avicoles, du petit bétail (porcin, caprin) et parfois du bovin. Cet élevage
serait l’initiative de quelques bourgeois nationaux qui auraient bénéficié de quelques
financements extérieurs. Ils entretiendraient de petites fermes sur le plateau des Bateke. Par
rapport à la demande locale, la production animale issue de ces fermes reste largement très
faible.
La capitale dispose du Pool Malebo où se pratique la pêche. Quant aux activités piscicoles,
elles se concentrent principalement à Kimwenza. Les pêcheurs sont pour la plupart mal
équipés. Suite à l’absence des infrastructures de conservation appropriées, les poissons frais
locaux sont rares, coûteux et moins consommés par rapport aux poissons importés congelés et
moins chers.
Le commerce constitue un des secteurs importants dans la Ville-Province de Kinshasa. La
grande partie de ces activités commerciales sont dans les PMEA (80%) et s’exercent dans
l’informel (90%), échappant ainsi à la recension fiscale. Cette situation a un impact négatif
sur la capacité d’amélioration et de programmation du développement durable de la Ville-
Province de Kinshasa. Il faut aussi noter que la commercialisation des produits fait face à de
nombreuses contraintes, notamment le manque d’intégration spatiale des marchés, aussi bien
à l’intérieur d’une province que sur les marchés des provinces voisines. C’est le cas du
manque d’intégration, notamment entre les marchés de la province du Bas-Congo et ceux de
la Ville de Kinshasa (Mpanzu, 2012).
La Ville-Province de Kinshasa constitue un marché important pour les industries de type
manufacturier, sidérurgique, de transformation et commercial qui produisent des biens de
première nécessité.
L’énergie électrique dans la Ville-Province de Kinshasa est fournie par les barrages d’Inga,
Zongo et Nsanga ainsi que des groupes électrogènes, panneaux solaires, bois de chauffage et
charbon de bois. La demande kinoise est continuellement insatisfaite, 59,9% des Kinois
accèdent irrégulièrement à une énergie électrique de mauvaise qualité (Ministère du plan,
2009).
Pour ce qui concerne les hydrocarbures, il y existe des sociétés importatrices dites
fournisseurs dont GLENCORE, X-OIL Refining, ORION, TRAFIGURA, etc. La société
SOCIR a été créée pour le raffinage du brut, mais aujourd’hui elle est chargée du transport,

- 49 -
allègement et stockage des produits pétroliers, tandis que l’entreprise SEP-Congo se charge
de leur entreposage et de leur livraison aux fins de commercialisation. Par ailleurs, les
entreprises ENGEN, TOTAL, COBIL, COHYDRO et bien d’autres sont chargées de la
distribution et la commercialisation des produits pétroliers auprès des utilisateurs ultimes.
S’agissant de l’eau, la Ville de Kinshasa est dotée d’un réseau de distribution d’eau potable
(REGIDESO) de qualité douteuse. L’extension rapide de la Ville fait qu’il se pose des
problèmes tant sur le plan de l’exploitation que sur celui de la distribution. Pour résoudre ce
déficit, la Ville recourt aux services du SNHR (Service National d’Hydraulique Rurale) pour
suppléer le réseau classique par le forage des puits d’eau dans les communes périphériques.
(par exemple à Mont-Ngafula). Les difficultés d’accès à l’eau potable constituent d’une
manière générale un obstacle majeur au développement de la ville province de Kinshasa et
une menace permanente pour la santé de toute la population kinoise.
Le tourisme se présente comme une activité qui favorise les relations entre les hommes. Il
revêt un caractère important au niveau économique, social, culturel et environnemental. La
Ville-Province de Kinshasa compte plusieurs sites touristiques dont la réorganisation et la
qualité des services peuvent contribuer au développement socio-économique, culturel et au
renforcement de l’attractivité. Malgré une forte demande dans le secteur, on observe une
insuffisance criante d’infrastructures d’accueil et un manque criant de transport touristique
approprié.

2.2.7. Consommation alimentaire et son évolution à Kinshasa


Pour analyser l’évolution de la consommation alimentaire, il a été pris en compte les résultats
des principales études réalisées à Kinshasa. Il s’agit essentiellement : des études de Houyoux
de 1975 et 1986, les travaux de Goossens en 1995, l’enquête CEPLANUT en 2000 et
l’enquête 1-2-3 du Ministère du plan et l’INS en 2005. Tollens et Biloso (2006) ont fait des
analyses sur ces études, ils ont trouvé que : la consommation de certains aliments avait
augmenté, celle des autres aliments était en diminution et un troisième groupe d’aliments
avait gardé le niveau de consommation presque constant.
Les aliments dont la consommation a diminué sont : le manioc, la farine de blé, les boissons
alcoolisées (bière), l’huile et autres matières grasses, (surtout l’huile de palme), le poulet, le
sucre, la viande bovine, le haricot, et l’arachide. Dans les groupes des aliments dont la
consommation a tendance à augmenter on trouve : le riz (local et importé), le plantain, le maïs
grain, le lait, les poissons fumés, salés et séchés. Cependant, les légumes (feuilles fraîches) et
les poissons frais et conservés (congelés, surtout chinchard) ont maintenu leur niveau de
consommation presque inchangé.
A partir de 1980, l’effondrement économique et la dégradation du pouvoir d’achat qui en a
découlé ont induit de profondes modifications dans les habitudes de consommation des
Kinois. On observe une dépendance de plus en plus grande du ménage kinois vis-à-vis des
produits de la chasse et de la cueillette (Yeki et al. 1998; PAM, 2004).
La cueillette apporte des plantes alimentaires ou condimentaires (feuilles, tubercules, fruits et
noix) mais aussi des insectes et petits animaux divers (larves, escargots, batraciens) avec une
saisonnalité très marquée, ce qui constitue d’ailleurs l’une des caractéristiques essentielles de
ces produits. (CEPLANUT, 2000). La demande des produits forestiers non ligneux (PFNL) en
provenance des milieux ruraux devient de plus en plus importante dans les grands centres
urbains des provinces, notamment à Kinshasa. Elle est influencée par une transposition des
habitudes alimentaires de ceux qui ont souhaité garder les goûts et préférences de mets
traditionnels après leur exode rural (Mbemba, et al. 1992; Biloso, 2003). S’agissant de

- 50 -
l’apport en calories, les différentes études ont montré que la tendance est à la baisse, elle est
autour de 1.400 calories/personne/jour.

2.3. PRESENTATION DE LA ZONE D’ETUDE: LIMETE, NDJILI ET MAKALA

2.3.1. Justification du choix

L’insécurité alimentaire des ménages est la résultante d’un système complexe de facteurs de
vulnérabilité, elle est largement due à un manque de pouvoir d’achat et, face à des crises, au
manque de résilience des ménages. Des ménages se retrouvent dans une situation d’insécurité
alimentaire lorsque leurs modes de vie et moyens d’existence ont changé ou ne se sont pas
adaptés et qu’ils n’ont pas la capacité de trouver un équilibre entre un ensemble de besoins
(Sen, Op. cit.). La demande alimentaire des ménages ne peut donc être analysée
indépendamment de l’ensemble des moyens d’existence et conditions de vie des ménages :
relations sociales, ressources disponibles, localisation géographique.
C’est dans le souci d’intégrer les moyens d’existence des ménages et leur localisation
géographique aux modes de consommation alimentaire, qu’il a été jugé nécessaire de cibler
trois zones pour cette étude. Une première zone fort urbanisée et dont les habitants ont un
mode de vie relativement aisé. Une deuxième zone de précarité et dont les habitants vivent
dans les conditions moins aisées. Enfin, une troisième zone pouvant servir d’intermédiaire
entre les deux précédentes.
C’est sur base de toutes ces considérations que le choix des zones a été opéré. La commune de
Limete (le quartier Residentiel) a été choisie comme étant un quartier aisé. La commune de
Makala (Quartier Mabulu) a été choisie suite aux conditions de précarité qu’on y trouve.
Enfin, la commune de Ndjili (quartiers 1 et 7) a été désignée à cause de son caractère jugé
intermédiaire.

2.3.2. Situation géographique de la zone d’étude

La carte 4 ci-dessous permet de situer les trois communes de la zone d’étude dans la ville de
Kinshasa. La commune de Limete (en jaune) est située au Nord de la ville. Ndjili (en rose) se
trouve dans la partie Sud-est et la commune de Makala (en rouge) se trouve à l’ouest de
Kinshasa.

- 51 -
Carte 4. Situation géographique de la zone d’étude
Source : L’auteur

2.3.3. Caractéristiques spécifiques de chaque zone

1° Commune de LIMETE

a) Situation géographique
Limete moderne est le résultat d’un plan de lotissement de 1950 pour désencombrer le
quartier industriel et commercial de la Gombe constitué d’un prolongement à l’Est. Elle est
limitée à l’ouest par les communes de Kalamu et Barumbu, à l’Est par la commune de
Masina, au Sud par les communes de Ngaba, Lemba, Matete, au Nord par le fleuve Congo,
avec une superficie de 67,70 km2. Elle est traversée, du nord au sud par le boulevard
Lumumba et est subdivisée en 14 quartiers (Commune de Limete, 2008).

- 52 -
b) Situation socio-économique
Depuis 1969, Limete abrite les installations de la Foire Internationale de Kinshasa (FIKIN).
Cet équipement vient renforcer la fierté de la commune et son rôle de quartier commercial et
industriel. A côté des pavillons et des aires d’exposition, la FIKIN comprend aussi un Motel
de plusieurs logements. Construits à l’origine pour héberger les exposants et les visiteurs
étrangers, ces logements sont actuellement cédés en location à des particuliers. Les classes
dirigeantes de la société nationale, de hauts cadres, des commerçants, des religieux avec leurs
couvents et procures des missions catholiques et une population diversifiée y établissent leur
demeure.
Le boulevard Lumumba sépare les deux principaux quartiers qui caractérisent la Commune :
le Quartier Industriel et le Quartier Résidentiel. La route des Poids-Lourds est la deuxième
grande voie qui traverse la commune. Le long du boulevard Lumumba sont construites de
célèbres et grandes écoles secondaires des réseaux public et privé, les amateurs de tennis et de
basket-ball vont au cercle Saint-Dominique et à la place commerciale. Les amateurs du
football se retrouvent à la paroisse Saint-Dominique. Des cafés, des restaurants, des terrasses
de divers standings sont concentrés à la Place commerciale. A Kingabwa, le port de pêcheurs
et la galerie « Symphonie des arts » sont à classer au nombre des sites touristiques à visiter
(Fumunzanza, 2008).
Avec les pillages, Limete a beaucoup perdu de ses infrastructures industrielles. A titre
d’exemple, sur les 503 établissements que comptait officiellement Kinshasa en 1980, cette
Commune en abritait 122 (24,25%) dont 55 petites et moyennes entreprises, 31 grandes et 5
très grandes entreprises (rapport de l’institut national de statistique, 1982). Après les pillages,
Limete n’est plus cet important centre commercial et industriel des années 50. Elle abrite, à
côté de son luxueux quartier résidentiel, des habitats spontanés comme ceux de Kingabwa,
Mombele et Mososo. Elle abrite même, fait rare à Kinshasa, trois misérables bidonvilles
construits avec des matériaux de récupération, à proximité des industries, sur d’anciennes
décharges publiques au bord du fleuve. Ces bidonvilles ont pour noms Grand-Monde, Paka-
Djuma et Bribano, qui passent inaperçus et ne sont pas connus de beaucoup de Kinois (Lelo,
2008).

c) Quartier Résidentiel

Photo 1: Habitations et infrastructures du quartier Résidentiel dans la commune de Limete

- 53 -
La bourgeoisie nationale est surtout attirée par le quartier résidentiel conçu jadis pour loger
les cadres européens des sociétés. Ses grandes parcelles, à l’ombre d’arbres tropicaux,
atteignent facilement les 1000 m2.
Les cités européennes de la Gombe et de Limete restent encore très résidentielles malgré
l’âge. Une villa de Limete de 1.000 m2 se loue entre 1.000 et 1.500$ le mois ; et se vend entre
150.000 et 200.000$. La valeur immobilière varie en fonction de la proximité avec le
boulevard Lumumba (Lelo, [Link].). Les eaux usées et les eaux de ruissellement sont
évacuées grâce à un système de canalisation généralement fonctionnel. Les activités
informelles sont faibles dans les rues.
L’accessibilité automobile et pédestre est bonne et aménagée. Les infrastructures sont
présentes en bon état, mais sous-utilisées. Il n’y a pas de forte demande de transport en
commun car les déplacements se font en véhicules individuels. Les densités sont faibles :
moins de 20 habitants à l’hectare (Lelo et Tshimanga, Op. cit.).

2° Commune de N’djili

a) Situation géographique
La commune de Ndjili est située dans la partie Est de la ville de Kinshasa, elle a une
superficie de 11.400 km2. Sa population est estimée à plus ou moins 442.138 habitants avec
une densité moyenne de 13.773 hab./km2. La commune de Ndjili comporte 13 quartiers parmi
lesquels 7 sont urbanisés et 6 non-urbanisés. La commune de Ndjili constitue par sa situation
géographique le pôle d’attraction de la zone Sud de la ville de Kinshasa. Elle est bornée au
Nord par l’intersection de l’axe du boulevard Lumumba qui la sépare de la commune de
Masina. A l’Est, par la rivière Tshangu, à l’affluent d’un caniveau qui le sépare de la
commune de Kimbaseke. Au Sud par l’axe Kumbi, jusqu’à l’intersection de l’avenue
Président Mobutu et de la trajectoire de rue Kulbi, jusqu’à la rivière N’djili. A l’Ouest par la
rivière N’djili jusqu’à l’intersection avec l’axe du boulevard Lumumba qui la sépare des
communes de Kimbanseke et Matete (Lelo et Tshimanga, [Link].).

b) Situation socio-économique
La commune de N’djili vit avec ses recettes de l’étalage dans les marchés, aussi avec celles en
provenance des chambres froides, boutiques, maisons de couture, des différents ateliers, des
maraîchers, etc. La commune de N’djili n’est pas une entité industrielle. La commune de
N’djili est réputée pour la qualité supérieure de ses mécaniciens automobiles qu’on appelle
« bana N’djili », qui sont capables de réparer un véhicule au point de le rendre de nouveau
neuf. La commune de N’djili a donné son nom à l’aéroport international de N’djili, cependant
situé dans la commune de NSELE. Le tribunal de paix de Kinshasa, le parquet de grande
instance ainsi que le tribunal de grande instance de Kinshasa ont des extensions à Ndjili. Cette
commune est une zone de santé qui comporte 13 aires de santé dont 11 sont couvertes. La
commune de N’djili compte 62 écoles maternelles, 326 écoles primaires et 225 écoles
secondaires. La commune est approvisionnée en légumes, fruits et manioc par les sites de
CECOMAF créés en 1953. De graves érosions menacent les quartiers 8 et 9 à cause du
bouchage des caniveaux.

c) Quartiers I et VII
Les quartiers I et VII appartiennent aux quartiers cadastrés, planifiés, dotés des commodités
urbaines. C’est au quartier VII que se trouve le centre administratif de la commune de N’djili,
le bureau du commissariat de la police, le tribunal de grande instance, le tribunal de paix, le
parquet, le bureau de poste, le marché municipal, etc. Le mode de vie dans ces deux quartiers

- 54 -
est du type intermédiaire, c'est-à-dire, on y trouve de plus en plus de gens qui n’ont pas trop
de moyens et qui n’en manquent pas du tout.

Photo 2: Habitations et infrastructures dans les quartiers I et VII dans la commune de N’djili

3° Commune de Makala

a) Situation géographique
Les limites géographiques de cette commune furent déterminées par l’arrêté N°69/042 du
25/01/1968 et se présentent de la manière suivante : au Nord, elle est séparée de la commune
de Kalamu par les rues Luanza et Kikwit jusqu’à son intersection avec l’avenue de
l’Université. Au Sud, elle est séparée des communes de Mont-Ngafula et de Lemba par
l’avenue de la Foire, prolongement de la route de Matadi jusqu’à son intersection avec l’artère
principale d’Elengesa. A l’Est, elle est séparée avec la commune de Ngaba par l’avenue de
l’Université jusqu’au croisement de l’avenue de la Foire vers le rond-point Ngaba. A l’Ouest,
elle est séparée des communes de Mont-Ngafula et de Bumbu par l’avenue Elengesa jusqu’au
croisement de la rue Luanza. Sa superficie est estimée à 5,6 km2 (PNUD/UNOPS, 1998).

b) Situation socio-économique
La commune de Makala, dispose d’un petit avantage du fait qu’elle est longée par la nationale
N°1 de la côte Sud, ce qui lui permet de disposer d’un marché des produits vivriers recevant
un bon nombre de négociants en provenance du Bas-Congo. En plus, tout le long de l’avenue
de l’université, il existe des dépôts qui approvisionnent la cité en produits vivriers en
provenance du Bandundu. Cependant, une bonne partie est inaccessible du fait de l’absence
d’un réseau routier praticable à l’intérieur de la commune : elle est en bonne partie enclavée.
Dans l’ensemble, la commune ne dispose pas d’unités de production importantes. L’on
compte plus au moins 6 petits marchés, 28 écoles publiques, 32 écoles privées, 37 centres
médicaux, 70 pharmacies, 29 boulangeries artisanales, 7 ONG et associations et 81 églises.
Avant les événements difficiles des années 1990, Makala était l’une des cités dortoirs de la
ville de Kinshasa. Elle abritait un nombre important d’ouvriers qui travaillaient dans la
commune de Limete. Aujourd’hui cela se manifeste encore à travers les personnes disposant
d’un emploi rémunéré à travers la cité de Makala, même si la quasi-totalité de la main-
d’œuvre est sans emploi. Par conséquent, les jeunes se débrouillent en se faisant embaucher
comme journaliers dans des entreprises à Limete. Certains ne tardent pas à se verser dans le
banditisme et le phénomène de bande connu sous le nom de « Kuluna » ; d’autres essayent de

- 55 -
gagner leur vie par des petites activités commerciales et même des activités de courtage dans
des petites transactions sur les produits vivriers. Certains par contre sont dans l’artisanat et au
pire les plus jeunes cèdent à la prostitution.

c) Quartier MABULU
Le nom Mabulu veut dire : érosion ou trou. Ce quartier porte ce nom à cause de sa
configuration géographique fort accidentée. Le quartier Mabulu est totalement enclavé. Sauf
pour quelques avenues, la plupart des routes sont bâties sur les vallées, parfois dans les
érosions, ce qui rend l’utilisation de véhicules quasi-impossible. Le mode de vie est très
précaire : pas de desserte en eau potable, ni en électricité.

Photo 3: Habitations et infrastructures dans le quartier Mabulu dans la commune de Makala

Le quartier ne comporte aucune infrastructure moderne : pas de marché, pas de route


asphaltée. Les boutiques, pharmacies et petits étalages de marché qu’on y trouve sont du type
rudimentaire et souvent dans un état de délabrement avancé. La physionomie de ce quartier
donne l’image d’un quartier pauvre.

CONCLUSION PARTIELLE

La présentation de la République Démocratique du Congo et de la ville de Kinshasa telle que


décrite permet de comprendre que le cadre économique général est caractérisé par des
alternances de croissances et récessions. Il en résulte que les conditions sociales de la grande
majorité de la population ne cessent de se détériorer et ne s’améliorent pas sensiblement
même lorsque le cadre macroéconomique général renvoie des signaux positifs.
L’analyse des données, en rapport avec la sécurité alimentaire, permet de comprendre que
dans un horizon de près de 50 ans, il y a eu bien des évolutions au niveau des modes de
consommations alimentaires. En vertu de ces évolutions, certains aliments ont vu leur
consommation augmenter et pour d’autres celle-ci s’est réduite sensiblement. Il n’y a que très
peu d’aliments dont la consommation a été presque constante au fil du temps.
Les politiques consistant à privilégier les importations alimentaires à bas prix occasionnent
une forte concurrence entre les produits locaux et les importations moins chères, ce qui a pour
conséquence l’aggravation des conditions de vie déjà difficiles en milieu rural sans pour
autant garantir une alimentation satisfaisante en ville.

- 56 -
DEUXIÈME PARTIE
PRESENTATION DES RESULTATS ET DISCUSSION DES TRAVAUX EMPIRIQUES
SUR LES MODES DE CONSOMMATION ALIMENTAIRE DES MENAGES
CHAPITRE III.
METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE

Suite à l’insuffisance des statistiques fiables sur la consommation alimentaire,


particulièrement les enquêtes qualitatives sur la consommation alimentaire à Kinshasa, l’étude
s’est essentiellement basée sur les données primaires obtenues à la suite des enquêtes de
terrain menées de 2010 à 2012.
Parallèlement à ces enquêtes classiques, d’autres méthodes de collecte des données ont été
employées pour enrichir les analyses. Il s’est agi de pesage des aliments au niveau des
marchés. Cette approche avait pour objectif de déterminer la relation prix-quantité.

3.1. CARACTÉRISTIQUES DE LA ZONE D’ÉTUDE

Le tableau 6 ci-dessous présente les caractéristiques de la zone d’étude en ce qui concerne la


population et le nombre de parcelles d’habitation telles qu'enregistrées dans les registres de
chaque administration communale en 2008.

Tableau 6. Caractéristiques numériques de la zone d’étude en 2008


Population Nombre de parcelles d’habitation
LIMETE (quartier aisé) 8.802 1.008
N'DJILI (quartier moyen) 28.586 1.385
MAKALA (quartier pauvre) 17.389 1.030
Total 54.777 3.423
Source : Les données des administrations communales (2008)
de Limete, N’djili et Makala

Dans la ville de Kinshasa, il n’existe pas de registres de ménages au niveau des communes
pouvant permettre de déterminer leur nombre. Dans le service de population communale, on
trouve parfois des registres qui ne sont jamais mis à jour depuis de longues périodes. De ce
fait, ils sont donc d’une faible importance parce qu’ils ne fournissent pas d’informations
fiables. La seule information disponible est le nombre de parcelles d’habitation par commune.
Devant pareille situation, on émet une hypothèse selon laquelle «une parcelle d’habitation
vaut un ménage». Si dans une parcelle on a plus d’un ménage, c’est le ménage principal (la
plus grande maison ou celle du propriétaire) qui est choisi comme ménage au sein duquel
l’étude doit être réalisée. Sur base de cette hypothèse, la zone d'étude a été considérée comme
étant composée de 3423 ménages.

3.2. ENQUÊTES DE TERRAIN

Deux types d’enquêtes ont été organisés dont une enquête sur la caractérisation des ménages.
Cette enquête a été menée sur base d'un échantillon aléatoire. Le deuxième type d'enquête a
porté sur une série de suivis des ménages sélectionnés sur base d'un choix raisonné. Ces
enquêtes ont été organisées afin de disposer des données quantitatives et qualitatives
susceptibles de permettre de vérifier les hypothèses théoriques formulées.
3.2.1. Première enquête sur la caractérisation des ménages

1° Objectif
Cette enquête était organisée dans le but d’aboutir à trois catégorisations des ménages qui ont
servi de point de départ pour la deuxième enquête (suivi des ménages). Pour ce faire, il a été
nécessaire de disposer des informations sur les caractéristiques socioéconomiques des
ménages d’une part et les critères de catégorisation des ménages d’autre part.

2° Les informations sur les caractéristiques socio-économiques des ménages


Les informations recherchées sont les suivantes :
- les profils des chefs de ménages et conjoints ;
- les caractéristiques des ménages ;
- les dépenses des consommations alimentaires dans les ménages et hors ménages ;
- la structure des dépenses non alimentaires ;
- les catégorisations des ménages.
Les profils des chefs de ménages et conjoints ont été obtenus à partir des informations sur :
l’âge, le genre, l’état-civil, le niveau d’instruction, les activités professionnelles et les
provinces d’origine des chefs de ménages et des conjoints.
Les caractéristiques des ménages ont été analysées à partir des informations sur : la taille des
ménages, le statut vis-à-vis de la parcelle, les éléments de confort de l’habitat, les
équipements de la maison, etc.
Les dépenses alimentaires dans les ménages ont été analysées à partir des fréquences et
montants mensuels engagés dans la consommation des aliments de base, des
accompagnements d’origine animale et végétale, les petits déjeuners, les desserts, le fast-food
et les boissons.
Les dépenses de consommation alimentaires hors ménage ont été analysées à partir des
rythme et montant de consommation hors ménages des parents (chefs de ménages et
conjoints) ainsi que des enfants à l’école.
Les dépenses alimentaires ont été obtenues par une sommation de différentes dépenses
journalières multipliées par la fréquence de consommation par semaine multipliées par 4 pour
les ramener sur une base mensuelle. Les consommations non alimentaires ont été analysées à
partir des dépenses mensuelles de: loyer, transport et communication, habillement, eau et
électricité, soins de santé, éducation des enfants etc. Certaines dépenses (habillement, soins de
santé ou éducation des enfants) ont été évaluées dans un premier temps sur une base
trimestrielle ou semestrielle et ensuite ramenées à une base mensuelle.

2° Les critères de catégorisation des ménages


a) Catégorisation en fonction des dépenses des ménages
Les dépenses ont été réparties en quatre quartiles suivant la distribution normale de Gausse.
- Le premier quartile représente les 25 premiers ménages caractérisés par le plus petit
niveau des dépenses. Ce premier quartile a permis d'obtenir la première catégorie des
ménages. Les ménages de cette catégorie sont considérés comme les plus pauvres.
- Le deuxième et le troisième quartile correspondent à la zone modale (classe centrale dans
laquelle se trouve la moyenne). Ces deux quartiles ont donné lieu à la deuxième catégorie
des ménages. Les ménages de cette catégorie sont relativement moyens.

- 60 -
- Le quatrième quartile est composé des 25 derniers ménages dont les dépenses de
consommation sont les plus élevées. Ce quatrième quartile représente la troisième
catégorie des ménagées considérés comme les plus riches.
b) Catégorisation par rapport au type de l’habitat.
Pour catégoriser les ménages en fonction de la qualité de leur habitat, il a été utilisé la
méthode des scores. Il s’agit des scores sur la qualité de l’habitation et les scores sur le niveau
des équipements et raccordements. La méthodologie ayant conduit à l’élaboration de ces
scores est décrite à l’annexe.
- Catégorisation par rapport à la qualité d’habitation.
- En fonction du score obtenu, trois catégories de ménages ont été établies comme suit:
« ménage précaire » ; « ménage acceptable » ; « ménage confortable »
- Catégorisation par rapport aux équipements et raccordements.
- En fonction du score obtenu, trois catégories de ménages ont été également établies comme
suit: « ménages bien équipés », « ménages moyennement équipés » et » ménages sous-
équipés »

3° Unité de sondage, échantillonnage et taille de l’échantillon

a) Unité de sondage :
L’unité de sondage pour cette étude est le ménage. Par ménage, il est entendu une unité
jouissant d’une certaine autonomie quant à l’organisation de ses activités, l’utilisation de ses
ressources et la gestion de son patrimoine, assumant les fonctions concomitantes de
consommation et de production. Les critères retenus pour la recherche d’une définition du
ménage sont, en général, au nombre de quatre : la communauté de résidence, les repas pris en
commun, la communauté partielle ou totale des ressources, la reconnaissance de l’autorité
d’une personne considérée comme le chef de ménage (Blaizeau et al, 1989[2]).
Comme évoqué précédemment, le manque de fichiers des ménages au niveau des
administrations communales a conduit à une hypothèse selon laquelle « une parcelle égale un
ménage ». Si dans une parcelle, il existe plusieurs ménages établis dans des maisons
différentes, alors la maison du propriétaire de la parcelle est choisie. Si tous les occupants ne
sont que des locataires, le choix est porté sur la maison la plus grande ou éventuellement celle
qui semble être la plus considérée de la parcelle. Si par contre toutes les maisons sont
identiques, un tirage au sort permet de choisir le ménage à prendre en compte.

b) Echantillonnage :
Il a été procédé par un échantillonnage systématique. La raison de ce choix est liée au souci
d’obtenir des informations qui donnent une grande précision. Selon Dagnelie (2007), pour un
même nombre d’observations, ce type d’échantillonnage possède l’avantage de donner
fréquemment des résultats plus précis que l’échantillonnage complètement aléatoire. Pour ce
faire, chaque parcelle reçoit un numéro qui va de 1 à n. Un tirage par les tables de nombres
aléatoires, permet d’identifier une première parcelle. A l’aide du pas de sondage on parvient à
sélectionner toutes les parcelles qui devront faire partie de l’échantillon.

- 61 -
c) La taille de l’échantillon :
La taille de l’échantillon a été calculée à partir de la formule de Bernoulli suivante :

Avec
N: la taille de la population qui est de 3423 ménages
I : erreur acceptable, il a été pris 10%
En appliquant la formule ci-haut, la taille de l’échantillon est de 346 ménages. Les
proportions de chaque quartier dans l’échantillon ont été déterminées comme suit :
- Le quartier Résidentiel avec 1.008 ménages ce qui correspond à 29,5% soit environ 30%
représente 104 ménages ;
- Le quartier Mabulu 1 avec 1.030 ménages correspondant à 30 % ce qui donne un effectif
de 104 ménages également ;
- Les quartiers I et VII avec un effectif de 1.385 ménages, soit 40%, cela correspond à 138
ménages.
La synthèse de l’échantillonnage et la répartition des ménages dans l’échantillon sont
présentées dans le tableau 7 ci-dessous.

Tableau 7. Répartition des ménages dans l’échantillon.


Communes (quartiers) Nombre de parcelles Echantillon
Effectif %
LIMETE (quartier aisé) 1.008 104 30
NDJILI (quartier moyen) 1.385 138 40
MAKALA (quartier pauvre) 1.030 104 30
TOTAL 3.423 346 100
Source : L’auteur sur base des données des administrations
communales (2008) de LIMETE, N’DJILI et MAKALA

En comparant l’effectif total de la population considérée (3423) par rapport à la taille de


l’échantillon calculée (346), on constate que ce dernier représente environ 10%.

4° Modalité de réalisation de la première enquête


Cette enquête s’est réalisée pendant la période allant du 1er au 7 juin 2010. Un questionnaire
(en annexe) préalablement testé a été utilisé comme outil de collecte de données. Les
répondants étaient soit les chefs de ménages soit les conjoints.

3.2.2. Deuxième enquête relative au suivi des ménages basé sur les modes de vie et de
consommation alimentaire

1° Objectif
La connaissance des conditions de vie des ménages semble être pour cette époque, une
nécessité impérative si l’on veut satisfaire pleinement aux objectifs de politique, réussir des
opérations de développement, mettre en place une planification efficace et harmonieuse. Les
enquêtes sont l’unique moyen d’obtenir des informations sur ce sujet, car les pays en
développement ne possèdent pas, en général, de fichiers de données, régulièrement mis à jour,

- 62 -
sur les conditions de vie des ménages (Dubois, 1989 [1]). L’enregistrement alimentaire a
longtemps été considéré comme la méthode de référence parce qu’il permet d’apporter des
informations précises sur les apports alimentaires. (Université Médicale Virtuelle, 2010).
L'objectif du suivi des ménages est de recueillir des informations qualitatives et quantitatives
qui n'ont pas été obtenues pendant la première enquête. Ainsi, les informations récoltées
pendant ces suivis ont fourni des renseignements complémentaires nécessaires pour la
description et la caractérisation des modes de consommation alimentaire des ménages kinois.
En effet, suite à un petit nombre de ménages triés pour le suivi, mais aussi leur sélection ayant
été établie sur base d'un choix raisonné, les résultats découlant du suivi n'ont pas permis de
faire des inférences statistiques.

2° Choix et effectif des ménages


Le choix a été opéré à partir des catégorisations obtenues à l’issue de la première enquête.
Pour ce faire, 30 ménages ont été identifiés et choisis à raison de 10 par quartier. Le choix a
été opéré comme suit :
- Dans le quartier aisé, les 10 ménages choisis ont répondu aux critères suivants : ménages
du quatrième quartile des dépenses, logement confortable et bien équipé.
- Dans le quartier moyen, les 10 ménages choisis ont répondu aux critères suivants :
ménages relevant des deuxième et troisième quartiles des dépenses, logement acceptable
et moyennement équipé.
- Dans le quartier pauvre, les 10 ménages ont répondu aux critères suivants : ménages du
premier quartile du point de vue des dépenses, logement précaire et sous-équipé.

3° Modalité pratique de cette enquête


La méthodologie pratiquée est basée sur une enquête basée sur une série de suivis des
ménages à travers leurs dépenses alimentaires quotidiennes. Ces ménages ont été suivis une
première fois pendant trois mois allant de juin à août 2011. Le deuxième suivi de trois mois
également a eu lieu pendant la période allant de février à avril 2012.
Le suivi a consisté en l’enregistrement des informations suivantes : les quantités d’aliments
consommés, les dépenses réalisées pour chaque consommation, l’estimation du prix des
aliments non achetés, le nombre de personnes qui ont pris part aux repas, le nombre journalier
de repas, l’heure du repas, la personne qui a fait la cuisine, les modes de préparation. Les
quantités consommées ont été estimées soit à partir du poids mentionné sur l’emballage soit
par des pesées systématiques à l’aide d’une balance.
L’utilisation des tables de composition des aliments a permis d’estimer la quantité de
nutriments (protéines) et énergie (calories). Les informations recueillies en deux passages par
semaine auprès des ménages ont été enregistrées dans une fiche élaborée à cet effet et
présentée à l'annexe. Des données plus qualitatives ont également été rassemblées. Les
résultats issus de ces suivis ont permis de déterminer le modèle de consommation alimentaire
(MCA) des ménages ainsi que leur modèle agro-nutritionnel (MAN).

3.2.3. Analyse de l’information et interprétation des résultats

1° Saisie des données des enquêtes


L’encodage des données a été effectué avec le logiciel EPIDATA. Les données ont été ensuite
transférées sur SPSS et Excel pour les analyses. La base de données ainsi constituée a permis
de faire des analyses.

- 63 -
2° Méthodes d’analyse utilisées

a) Le test de Khi-deux
Le test d’indépendance choisi dans le cadre de cette étude est celui de Khi-deux. Il sert à
mesurer l’écart qu’il y a entre les fréquences observées et les fréquences théoriques. Les
fréquences ont servi à dégager les caractéristiques de l’échantillon (Bernard, 2008). Le test de
Khi-deux admet l’hypothèse nulle selon laquelle il y a indépendance entre les variables
d’intérêt croisées deux à deux. Ce qui veut dire qu’il n’existe pas de relation ou d’influence
entre ces variables. L’hypothèse alternative est celle selon laquelle il existe la relation ou la
dépendance entre les variables croisées ; autrement dit cette hypothèse confirme l’explication
d’une variable dite dépendante par la variable explicative.
Ce test permet de dégager la p-value qui est définie comme étant la probabilité d’obtenir un
résultat étant donné que l’hypothèse nulle est vraie. Il constitue de ce fait, un moyen de prise
de décision. Ainsi, lorsque le seuil de signification est fixé à 0,1 soit 10% ; l’acceptation de
l’hypothèse nulle selon laquelle il y a indépendance entre les variables est justifiée au-delà du
seuil de 10% et l’hypothèse alternative selon laquelle il y a dépendance d’une variable à une
autre est justifiée par un seuil inférieur à 10%.
Dans cette étude, le test de khi-deux a été utilisé pour vérifier s’il existe ou pas la dépendance
entre les éléments du profil des chefs des ménages ainsi que les caractéristiques socio-
économiques des ménages avec les pratiques alimentaires des Kinois.

b) Analyse de la Variance (ANOVA) et le test de Student (t)


Les moyennes ont permis de résumer les caractéristiques de chaque distribution. L’ANOVA
au seuil de signification de 10% a permis de comparer les différentes moyennes calculées,
tandis que le test de Student a permis de comparer les moyennes deux à deux et d’apprécier la
signification de différence entre elles.

c) Unités monétaires, parité et taux de change utilisé


Les montants en monnaie locale ont été convertis en Dollar Américain, car le dollar constitue
l’unité monétaire de référence en économie congolaise. La parité dollar et franc congolais
étant de 920 fc pour 1USD en 2010.

3° Limites et difficultés liées à la méthodologie utilisée


L'approche utilisée a présenté les limites ci-après, tant au niveau de la collecte des informations
qu'au niveau de traitement et de l'interprétation des données;

a) Limites au niveau de la collecte des informations


La collecte des informations a été rendue difficile ou imprécise suite à certaines réalités dont
quelques-unes sont évoquées ci-dessous:
- Pas de mises à jour des registres des ménages au niveau des administrations communales.
Dans la plupart des communes de Kinshasa, les registres des ménages ne sont jamais à jour.
Parfois ces registres n'existent même pas. Il est ainsi difficile de savoir de façon précise quel
est l'effectif des ménages dans une entité. L'information la plus disponible est celle du nombre
des parcelles habitées et non habitées existant dans une entité. Pour contourner cette difficulté
il a été procédé par l'identification des parcelles d'habitation au sein desquelles des ménages
ont été choisis par la suite.

- 64 -
- Le faible niveau d'instruction de certains chefs de ménages ou des répondants
Il a été constaté que lorsque le répondant avait un niveau intellectuel très faible, les
informations fournies devenaient de moins en moins précises. C'est ainsi que certains
répondants n'ont pas pu tracer la différence entre les différentes sources de revenus et le
salaire. Dans cette confusion entretenue par déficit de connaissance, certains répondants
considéraient qu'un non salarié est une personne sans revenu peu importe tout ce qu'il gagne
ailleurs. Ou encore toute personne qui n'a pas d'emploi qui relève de l'administration publique
ou du secteur formel est donc sans revenu même si elle pratique du petit commerce.
- Les informations tendancieuses
Pendant le suivi des ménages, il a été observé que certains répondants fournissaient les
informations avec pour objectif de donner une certaine image. C'est ainsi que dans le quartier
aisé, certains répondants tenaient des propos arrogants pour se vanter, alors que dans le
quartier pauvre quelques-uns voulaient se montrer plus dépourvus en espérant recevoir des
enquêteurs quelques cadeaux.
- Le manque de collaboration par certains ménages et multiplications d’excuses par
d'autres
Le suivi étant répétitif, certains répondants ont considéré l'étude comme un dérangement.
C'est ainsi qu'il a été enregistré parfois des excuses ou l'absence des répondants au jour de
rendez-vous. Pour pallier à cette difficulté, il a été mis en place une stratégie consistant à
motiver les répondants avec des petits cadeaux.

b) Les limites au niveau de l'analyse et de l'interprétation des informations


- Les informations fournies diffèrent des réalités observées
Il a été constaté que dans certains ménages, les informations fournies présentaient des
différences avec la réalité observée. C'est le cas souvent de l'écart entre les dépenses déclarées
et la quantité ou le type d'aliment consommé. Pour pallier à cette difficulté, il a été décidé de
procéder à des vérifications complémentaires lorsque les informations ne concordent pas.
C'est ainsi que lorsque les dépenses déclarées ne correspondent pas avec les quantités
consommées, c'est à partir du prix pratiqué sur le marché que les dépenses seront estimées.
Mais, si la quantité consommée ne correspond pas à la dépense déclarée, c'est la quantité
estimée à partir des prix du marché qui sera prise en compte.
- Les informations relatives et les informations absolues
Il a été aussi observé que certains propos devraient être analysés de façon relative et non de
manière absolue. C'est le cas parfois lorsque les répondants déclarent n'avoir rien mangé au
cours d'une journée. Cette information ne veut pas nécessairement dire que rien n'a été mis
dans la bouche. Mais, cette expression est souvent utilisée pour dire qu'aucun aliment n'a été
préparé au sein du ménage au cours de la journée. Il arrive parfois que les répondants
déclarent n'avoir pas mangé alors que le riz ou le pain a été bel et bien consommé. Donc, pour
ces répondants " avoir mangé est synonyme de la prise du fufu préparé à la maison".
- La conversion des unités et l'estimation des valeurs
A Kinshasa, les taux de conversion du dollar, de l’euro ou des autres monnaies étrangères en
francs congolais ne sont pas les mêmes d'un quartier à un autre et d'une période à une autre.
Par ailleurs, la plupart des produits de base: les farines, les huiles, les graines et surtout les
légumes sont commercialisés sous formes de tas ou dans des unités dont les mesures ne sont
pas standardisées. Il est dès lors difficile d'estimer avec exactitude les grandeurs tant

- 65 -
monétaires que physiques à Kinshasa. Pour faire face à cette difficulté, le recours à des
valeurs approximatives a été la seule solution prise en compte.

4° Terminologie utilisée dans le travail


En prenant en compte les différentes considérations des ménages (niveau des dépenses,
niveau d’équipement et qualité de l’habitation), il a été adopté trois termes pour désigner les
trois quartiers de l’étude :
- le « quartier aisé » se réfère au quartier Résidentiel de la commune de Limete. Les dix
ménages choisis dans ce quartier sont qualifiés des «ménages aisés»
- le « quartier moyen » fait allusion aux quartiers I & VII de la commune de Ndjili. Les dix
ménages qui ont fait l’objet du suivi sont dits «ménages moyens»,
- par « quartier pauvre » on se réfère au quartier Mabulu dans la commune de Makala. Les
dix ménages choisis pour l’analyse sont qualifiés de «ménages pauvres».

- 66 -
CHAPITRE IV.
RESULTATS RELATIFS A LA CARACTERISATION DES MENAGES

INTRODUCTION

Les résultats de l’enquête relatifs à la caractérisation des ménages sont présentés par rapport
aux objectifs spécifiques ci-après :
 Caractéristiques socio-économiques;
 Structures des dépenses de consommation;
 Facteurs influençant les pratiques alimentaires.

4.1. CARACTÉRISTIQUES SOCIO-ECONOMIQUES DES MENAGES.

La consommation alimentaire est une activité qui engage les individus ainsi que les ménages.
Les individus sont généralement différents les uns des autres. C'est aussi le cas avec les
ménages. Les différences au niveau des individus ou au niveau des ménages occasionnent
également des différences des modes de consommation tant au niveau des individus que des
ménages. C’est pour cette raison qu’il est nécessaire de bien décrire les traits caractéristiques
des ménages ainsi que les profils de leurs membres. La caractérisation des ménages s’avère
nécessaire avant d’analyser leur mode de consommation alimentaire. Dans cette section, les
caractéristiques socio-économiques des ménages seront abordées en termes de : profils des
chefs de ménages, profils des conjoints et caractéristiques des ménages.
4.1.1. Profils des chefs de ménages et des conjoints

Le tableau 8 suivant présente les profils des chefs de ménages et des conjoints.

Tableau 8. Profils des chefs de ménages


Chefs des ménages (%) Conjoints (%)
Caractéristiques LIMETE NDJILI MAKALA LIMETE NDJILI MAKALA
(Quart. (Quart. (Quart. (Quart. (Quart. (Quart.
aisé) moyen) pauvre) aisé) moyen) pauvre)
1 Genre
Masculin 81 85 77 0 0 0
Féminin 19 15 23 100 100 100
Total 100 100 100 100 100 100
2. Etat civil
Marié(e) 78 77 74 100 100 100
Célibataire 6 11 6 0 0 0
Divorcé 2 3 5 0 0 0
Veuf (ve) 14 9 15 0 0 0
Total 100 100 100 100 100 100
3. Age
< 30 4 3 3 2 19 14
30 à 40 5 31 23 32 34 39
40 à 50 35 25 31 43 21 33
50 à 60 41 22 32 19 21 8
>60 15 19 11 4 5 6
Total 100 100 100 100 100 100
Source : Auteur, à partir des données de l’enquête (2010)

Le tableau ci-haut permet de faire les observations suivantes :

1° Genre et état-civil des chefs de ménages


Le résultat obtenu permet de faire deux observations importantes : premièrement, les chefs de
ménages sont en majorité du genre masculin. Cela semble normal étant donné que le code de
famille congolais reconnaît dans son article 44 que l’époux (l’homme) est le chef de ménage
dans le cas d’un couple marié. C’est la deuxième observation que révèle ce tableau qui semble
encore intéressante. En effet, en additionnant le taux de célibataires à celui de divorcé(e)s et
de veuf(ve)s on obtient respectivement 22% (Quartier aisé), 23% (Quartier moyen) et 26%
(Quartier pauvre). Ces chiffres sont révélateurs de l’ampleur des ménages dirigés par les
femmes. Dans ces ménages les modes de vie sont très particuliers à cause du fait que la
femme joue à la fois le rôle de mère et de gestionnaire au quotidien du ménage.

2° Age des chefs de ménages


Il ressort également de ce tableau que, globalement, les chefs des ménages de Limete et de
Makala sont relativement plus âgés (51 à 60 ans) tandis que ceux de Ndjili sont jeunes (31 à
40 ans).

- 68 -
3° Niveau d’instruction
Le niveau d’instruction est un facteur pouvant influencer les modes de consommation dans les
ménages. La figure 5 ci-dessous présente le niveau d’instruction des chefs de ménages et
conjoints.

Figure 5. Niveau d’instruction


Source : Auteur à partir de l’enquête de 2010

Les niveaux d’instruction des chefs de ménages se sont pas les mêmes d’un quartier à un
autre. Dans le quartier aisé, les chefs de ménages sont en majorité des universitaires ou
diplômés du supérieur (83%) ; une petite minorité (3%) n’a pas étudié. Dans le quartier
moyen, ils ont un niveau secondaire (48%) ou universitaire (44%), par contre dans le quartier
pauvre, les chefs de ménages ont un niveau secondaire (46%) ou primaire (32%) et les non
scolarisés s’élèvent à 17%.
Il est cependant à noter que le niveau d'instruction déclaré peut indiquer un cycle d'études
entamé, sans nécessairement que, celui-ci ne soit achevé ni sanctionné par l'obtention d'un
document attestant la fin du cycle de formation.

4° Activité professionnelle
La figure ci-dessous révèle que dans le quartier aisé les chefs de ménages sont en majorité des
salariés (66%), de même que dans le quartier moyen, mais avec des proportions inférieures
(52%). Par métiers salariés, les Kinois parlent d’un travail relativement bien rémunérateur,
qu’il s’agisse d’un travail libéral (avocat, médecin) ou des vrais salariés (fonctionnaires) ou
des employés des secteurs privés. Par contre dans le quartier pauvre, les chefs de ménages
pratiquent soit les petits commerces (31%) soit l’artisanat où l’on trouve toutes sortes de petits
métiers (29%). Les pratiquants de ces métiers artisanaux sont souvent appelés les « tous
travaux » ce qui signifie prestataires de services sans qualification professionnelle connue.

- 69 -
Figure 6. Activité professionnelle
Source : Auteur à partir de l’enquête de 2010

Un constat se dégage quant à l’activité professionnelle des conjoints. En effet, dans le quartier
aisé les femmes sont soit dans le secteur formel (38%), dans les petits commerces (27%) et
parfois sans occupation professionnelle (25%). Le petit commerce est pratiqué par les femmes
dans la proportion de 50% dans le quartier moyen et de 71% dans le quartier pauvre. Les
conjoints sans activités sont respectivement de l’ordre de 23% dans le quartier moyen et 15%
dans le quartier pauvre.
A partir de ces informations découlant de l’occupation professionnelle des femmes, on peut
dégager une tendance selon laquelle les femmes évoluant dans des ménages moins aisés sont
plus actives que celles évoluant dans des conditions aisées.

5° Province d’origine
La figure 7 ci-dessous permet de faire une observation, selon laquelle la représentativité des
provinces dans les trois quartiers est très différente d’un quartier à un autre. Dans le quartier
aisé on trouve une meilleure représentativité que dans le quartier pauvre. Il s'avère que dans le
quartier aisé les chefs de ménages sont originaires des provinces de : Bas-Congo (25%),
Bandundu (19%), Kasaï-Oriental (19%), Kasaï-Occidental (13%) et l’Equateur (12%). On a la
même tendance du côté des conjoints.

Figure 7. Province d’origine des chefs des ménages et conjoints


Source : L’auteur à partir de l’enquête 2010.

- 70 -
Dans le quartier moyen et dans le quartier pauvre, les habitants sont en grande majorité
ressortissants de deux provinces du pays en l'occurrence le Bas-Congo et le Bandundu. La
situation s’explique par le fait que les deux provinces sont les plus proches de Kinshasa. De
ce fait, leurs ressortissants sont majoritaires dans la plupart des communes de Kinshasa.

4.1.2. Composition et caractéristiques des ménages

1° Taille des ménages


Le tableau 9 ci-dessous indique qu’en moyenne, la taille du ménage est autour de 7 personnes
dans les quartiers aisé et pauvre et de 6 dans le quartier moyen.

Tableau 9. Taille des ménages


Quartier Echantillon Médiane Moyenne Ecart-type
Quartier aisé 104 8 9 4
Quartier moyen 138 6 7 3
Quartier pauvre 104 8 8 4
Ensemble 346 7 7,8 3,8
Source : Auteur à partir des enquêtes 2010.

Selon les résultats de l’enquête 1-2-3 organisée par le Ministère du Plan (2004), les ménages
de l’agglomération de Kinshasa se caractérisaient par une taille moyenne de 6,4 personnes. La
taille des ménages kinois a tendance à augmenter à cause notamment de déplacement de plus
en plus massif des membres des familles en provenance de l’intérieur du pays suite à des
conditions de vie difficiles, l’insécurité ou la guerre surtout à Est du pays.

2° Statut des chefs de ménages vis-à-vis de la parcelle d’habitation


La figure 8 ci-après révèle une situation apparemment paradoxale. En effet, on trouve que
dans le quartier pauvre (Makala), les propriétaires des parcelles (47%) sont plus nombreux
que les locataires (21%). C’est le contraire qui aurait dû se réaliser, si l’on considère que les
chefs de ces ménages dans le quartier en question sont en général des pauvres.

Figure 8. Statut des chefs de ménages vis-à-vis de la parcelle


Source : l’auteur à partir de l’enquête 2010.

- 71 -
Cependant ce paradoxe peut bien s’expliquer par des considérations bien simples. Dans ce
quartier pauvre, la plupart de ces « parcelles » sont en réalité des terrains non convenables
pour l’établissement des résidences. Il s'agit des parcelles traversées par des ravins ou des
érosions. Ce sont donc des parcelles de fortune. Dans la plupart des cas, les propriétaires de
ces parcelles ne disposent d’aucun titre foncier.

3° Qualité de l’habitat
Le tableau 10 ci-dessous renseigne sur quelques indicateurs de qualité de l’habitat. Il s’agit
notamment du raccordement au réseau de distribution de l’eau et de l’électricité, de
l’existence d’une cuisine ou d’une toilette dans la maison d’habitation.

Tableau 10. Caractéristiques de l’habitat (%)


LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Raccordement en eau
Oui 100 88 11
Non 12 89
Total 100 100 100
Raccordement en électricité
Oui 100 97 43
Non 3 57
Total 100 100 100
Existence d’une cuisine
Oui 96 41 15
Non 4 59 85
Total 100 100 100
Matériaux de toilette
Cuve 88 23 2
Fosse arable 12 77 16
Trou en terre 82
Pas de toilette
Total 100 100 100
Source : Auteur à partir de l’enquête de 2010

Il ressort de ce tableau que dans le quartier aisé, tous les ménages sont raccordés tant dans le
réseau de distribution d’eau potable que dans celui d’électricité. Par contre dans le quartier
pauvre 11% seulement des ménages sont raccordés dans le réseau de distribution de l’eau et
43% dans le réseau d’électricité. Selon les statistiques de PNUD/RDC (2009), 50% des
ménages kinois n’étaient raccordés ni en électricité ni en eau potable. En comparant leur
niveau de raccordement, on peut admettre que les ménages établis dans le quartier aisé sont
généralement dans des conditions confortables.
Dans le quartier aisé, presque tous les ménages (96%) ont une cuisine dans la maison et 88%
ont des toilettes en cuve. Dans le quartier pauvre par contre, 85 % de ménages n’ont pas
d’installations de cuisine et 82% des ménages disposent des toilettes formées de trous en terre
sans aucun autre aménagement.

- 72 -
4° Sources de revenu
Dans la plupart des pays du Tiers-monde, pour faire face aux conditions de vie de plus en plus
difficiles, les ménages ont tendance à multiplier leurs sources de revenu. Le tableau 11 ci-
dessous en est une illustration dans les ménages enquêtés.

Tableau 11. Sources de revenu des ménages


LIMETE NDJILI MAKALA
Source de revenu (%)
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Exploitation agricole 2 3 2
(salaire) Fonctions publiques 37 36 22
Pension 3 2 3
Commerce 28 37 44
Pourboire 14 2 2
Débrouillardise 1 1
Transfert d’argent 1 - 1
Autres 14 20 25
Total 100 100 100
Source : Auteur à partir de l’enquête de 2010

Plusieurs sources de revenu ont été identifiées. D’abord, c’est le salaire de la fonction
publique qui constitue la première source de revenu dans les quartiers aisé et moyen où il
représente respectivement 37% et 36%. Dans le quartier pauvre le salaire n’est pas la première
source de revenu. Il ne représente que 22%.
Le commerce en général (grand ou petit) constitue une source de revenus très importante pour
les ménages : 28% dans le quartier aisé, 37% dans le quartier moyen et 44% dans le quartier
pauvre. On peut donc considérer le commerce comme étant une activité en forte expansion à
Kinshasa et surtout dans le quartier pauvre. Les autres sources comme les dons, le revenu de
loyer, la rémunération des prestations professionnelles, sont de moins en moins importantes
tant dans le quartier pauvre que dans le quartier aisé.

4. 2. STRUCTURE DES DEPENSES DECONSOMMATION DES MENAGES.

Les dépenses de consommation sont présentées ici en deux groupes :


 les dépenses des consommations alimentaires ;
 les dépenses non-alimentaires.

4.2.1. Dépenses des consommations alimentaires

La consommation alimentaire est une activité qui peut se réaliser soit dans le ménage soit hors
de celui-ci. Dans cette section, il sera question d’estimer d’abord les dépenses dans le ménage
et ensuite les dépenses des consommations alimentaires hors ménage.

- 73 -
1° Consommations alimentaires dans les ménages

a) Nombre de repas par jour


Le nombre de repas est un indicateur important pour apprécier le niveau de la sécurité
alimentaire des ménages. Le tableau 12 ci-dessous présente la situation par rapport aux
ménages concernés par l’étude.

Tableau 12. Nombre de repas par jour


LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Effectif % Effectif % Effectif %
UN REPAS 27 26 57 41 41 39
DEUX REPAS 50 48 60 44 55 53
TROIS REPAS 27 26 21 15 8 8
Total 104 100 138 100 104 100
Source : Auteur à partir de données de l’enquête 2010.

Il apparaît qu’en général les ménages prennent deux repas par jour. Mais avec des tendances
fort différentes. Environ 74% des ménages du quartier aisé prennent 2 à 3 repas par jour. Dans
le quartier moyen, près de 85% des ménages prennent 1 à 2 repas par jour, alors que dans le
quartier pauvre plus de 92% ne prennent qu’un seul repas par jour. Les études menées par le
PAM et INS (2008 op. cit.) ont montré que le nombre de repas par jour en RDC était autour
de deux. On peut donc admettre au regard de ces informations qu'à Kinshasa, le nombre de
repas par jour qui est de deux en moyenne, tend à diminuer dans les ménages les plus pauvres.

b) Consommation des aliments de base


Le tableau 13 ci-dessous présente les trois principaux aliments de base et leurs dépenses
mensuelles en francs congolais.
A la question consistant à citer les trois aliments de base les plus consommés, il en ressort que
c’est d’abord le Fufu (une bouillie préparée sur base de farine de manioc et celle de maïs) qui
est l’aliment de base le plus consommé dans les trois quartiers. Dans le quartier aisé il
représente 40% des aliments de base consommés dans les ménages. Il est suivi du plantain
(19%) et du riz (16%). Dans le quartier moyen, les aliments de base les plus consommés
sont : le Fufu préparé sur base de manioc et maïs (50%), le Fufu préparé sur base de maïs ou
de manioc seul (13%) et le riz (11%). Dans le quartier pauvre, le Fufu de manioc et de maïs
représente 45%, la Chikwangue 15% et le Fufu sur base de manioc seul 11%.
S’agissant des dépenses, il ressort de ce tableau que ce sont des ménages du quartier aisé qui
dépensent mensuellement plus d’argent pour l’achat des aliments de base (44.160 fc) que
ceux du quartier moyen (34.040 fc) ou ceux du quartier pauvre (31.280 fc).

- 74 -
Tableau 13. Aliments de base les plus consommés et leurs dépenses mensuelles (en fc)
LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Aliments de base Fufu (manioc+maïs) Fufu (manioc+maïs) Fufu (manioc+maïs)
Banane plantain Fufu (manioc seul) Fufu (manioc seul)
Riz Chikwangue Chikwangue
Dépenses (en fc)
Médiane 44.160 34.040 31.280
Moyenne 51.500 35.604 33.120
Ecart-type 34.684 15.640 17.388
Source : Auteur à partir des données de l’enquête 2010.

Les tests de comparaison des moyennes ainsi que l’Analyse de la Variance (ANOVA) au seuil
de confiance de 90%, ont montré que les dépenses des aliments de base présentent des
différences significatives entre les ménages aisés d’une part et ceux des deux autres quartiers
d’autre part. Par contre, il n’existe pas de différence significative entre les dépenses observées
dans le quartier moyen et dans le quartier pauvre.
En analysant les données de ce tableau par rapport aux aliments déclarés, on observe une
certaine substitution dans les modèles de consommation entre les quartiers. En effet, les
ménages moyens et pauvres n’étant pas en mesure de consommer la banane plantain ou le riz
dont les coûts sont très élevés, ils les substituent soit par la Chikwangue soit par le Fufu
préparé sur base de manioc sans mélange avec le maïs, celui-ci devenant également coûteux
pour les ménages les plus pauvres.
Cette situation semble concorder avec les études de Banea (2001) sur la consommation des
aliments de base dans les ménages. Les résultats de son étude (réponse multiple possible) ont
montré que le Fufu (maïs et manioc) était l’aliment de base de 60% des ménages, le maïs seul
11%, le riz et la banane plantain 7,5% tandis que le manioc seul occupait 81,8%. En
comparant ces informations avec les résultats des enquêtes de la présente étude, il s’avère que
la situation est restée la même après environ 10 ans.

c) Consommation des aliments d’accompagnement d’origine végétale


A la question de savoir quels sont les trois aliments d’accompagnement d’origine végétale le
plus consommés, les réponses obtenues ont révélé que les feuilles de manioc appelées
« pondu » constituent le premier aliment d’origine végétal le plus consommé dans les trois
quartiers.
Le tableau 14 ci-dessous présente les trois principaux éléments de base et leurs dépenses
mensuelles en francs congolais.
Dans le quartier aisé, on consomme principalement les feuilles de manioc, le haricot et les
amarantes. Dans le quartier moyen on mentionne les feuilles de manioc, le haricot et les
feuilles de patate. Enfin, il a été déclaré dans le quartier pauvre, la consommation des feuilles
de manioc, les feuilles de patate douce et le haricot.
Au regard de ce qui précède, on peut faire les observations suivantes : les feuilles de manioc
(pondu) viennent en tête ; cela confirme qu’il s’agit du légume le plus consommé. Sa grande
consommation même au sein des ménages pauvres semble être liée à son bas prix pendant la
saison pluvieuse.

- 75 -
Tableau 14. Accompagnements d’origine végétale et leurs dépenses mensuelles (en fc)
LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Aliments végétaux Feuille de manioc, Feuille de manioc, Feuille de manioc,
Haricot, Haricot /feuille de patate, Feuille de la patate douce,
Amarante Amarante Haricot
Dépenses (en fc)
Médiane 46.184 31.096 22.724
Moyenne 50.784 33.856 25.024
Ecart-type 21.068 20.424 16.376
Source : Auteur à partir des données de l’enquête 2010.

Le haricot occupe la seconde place dans les ménages de Limete et de Ndjili. Son prix étant
souvent élevé comparativement aux légumes feuilles, on comprend bien qu’il occupe la
deuxième place dans le quartier moyen. Par contre, dans le quartier pauvre ce sont les feuilles
de patate douce qui occupent la seconde place. Le coût très faible de cette denrée considérée
comme aliment inférieur justifie bien que les feuilles de patate douce soient très consommées
dans les ménages pauvres.
Ce tableau traduit également une sorte de substitution dans la consommation des aliments : en
effet, la consommation de haricot dans le quartier aisé est substituée par celle des feuilles de
la patate dans le quartier pauvre. Car le haricot devient de plus en plus cher pour ces pauvres
ménages.

d) Consommation des aliments d’accompagnement d’origine animale


La consommation des aliments d’accompagnement d’origine animale est constituée
essentiellement de Mpiodi (Chinchard), de cuisses de poulet, d’abats et de poulets. Le tableau
15 ci-dessous présente la synthèse des trois principaux accompagnements d’origine animale
ainsi que leurs dépenses mensuelles en francs congolais.

Tableau 15. Accompagnements d’origine animale et leurs dépenses mensuelles (en fc)
LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Les aliments d’origine animale Chinchard, Chinchard, Chinchard,
Poulet, Cuisses de poulet, Abats,
Viande Abats Cuisses de poulet
Dépenses (en fc)
Médiane 126.316 64.216 32.292
Moyenne 148.856 64.952 36.432
Ecart-type 99.912 39.468 25.300
Source : Auteur à partir des données de l’enquête 2010.

Il apparaît dans ce tableau que c’est le chinchard qui est le produit d’origine animale le plus
consommé dans les trois quartiers à la fois. La consommation des poulets dans le quartier aisé
est substituée par celle des cuisses de poulet dans les deux autres quartiers. La consommation
de viande évoquée dans le quartier aisé est également substituée par celle des abats dans les
quartiers moyen et pauvre.

- 76 -
Les dépenses des accompagnements d’origine animale étant plus élevées que celles des
accompagnements d’origine végétale, les ménages pauvres ne consomment que très peu de
produits d’origine animale. Les produits animaux sont coûteux même quand ils sont
consommés sous la forme d’abats ou de sous-produits des découpes (Muteba et al, Op. cit).
Les dépenses des aliments d’accompagnement d’origine animale sont non seulement très
élevées mais elles présentent également des grandes disparités entre les quartiers. Au seuil de
confiance de 99%, le test de l’ANOVA atteste une différence significative entre les dépenses
de consommation des produits animaux dans les trois communes. La différence est dans un
rapport de 1 à 4 entre les dépenses observées entre les quartiers.

e) Ingrédients, épices et huiles


Les épices sont consommées comme des aliments d’appoint dont le rôle est de donner les
arômes particuliers à la sauce. Le tableau 16 présente les dépenses moyennes pour les épices,
les huiles et d’autres ingrédients consommés avec les aliments préparés dans les ménages.

Tableau 16. Dépenses mensuelles des épices, huiles et autres ingrédients (en fc)
Dépenses (en fc) des huiles, LIMETE NDJILI MAKALA
ingrédients et épices (Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Médiane 19.688 16.652 11.408
Moyenne 22.816 16.008 13.064
Ecart-type 10.304 8.280 7.360
Source : Auteur à partir des données des enquêtes de 2010.

En général, les dépenses pour ce groupe d’aliments sont moins élevées par rapport à celles des
aliments de base et des accompagnements. Les huiles sont consommées dans la préparation
des aliments. L’huile de palme est la plus consommée dans le quartier pauvre à cause de son
coût relativement moins élevé que celui des huiles dites raffinées. Dans le quartier aisé on
utilise de l’huile raffinée pour la plupart des mets sauf pour les aliments d’origine végétale
dont la préparation se fait avec de l’huile de palme. Le sel est aussi consommé comme
ingrédient pour assaisonner la nourriture. Son coût mensuel dans les dépenses est très
négligeable car il ne dépasse pas un dollar.

f) Petits déjeuners
Le tableau 17 présente le mode de consommation des petits déjeuners ainsi que les dépenses y
afférentes.

Tableau 17. Aliments du petit déjeuner et leurs dépenses mensuelles dans le ménage (en fc)
Modèle LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Aliments du petit déjeuner Pain, Pain, Pain,
Lait, Sucre, Sucre,
Sucre, Lait, Thé,
Dépenses (en fc)
Médiane 98.072 42.964 35.512
Moyenne 119.232 54.556 34.408
Ecart-type 93.012 43.452 28.704
Source : Auteur à partir des données des enquêtes de 2010.

- 77 -
Le pain, le sucre, le lait et thé sont les principaux produits constitutifs des petits déjeuners.
Cependant, le tableau ci-dessous révèle que les modes de consommation des petits déjeuners
sont différents d’un quartier à un autre.
Dans le quartier pauvre le premier aliment est le pain suivi du sucre et du thé. C’est un mode
simple de petit déjeuner. Car on n’y trouve généralement que le pain accompagné de l’eau
sucrée et/ou colorée par la poudre du thé dont les dépenses moyennes s’élèvent à 35.512 fc
par mois.
Dans le quartier moyen les dépenses des petits déjeuners estimées à 42.964 fc, présentent une
augmentation d’environ 7.500 fc par rapport à celles du quartier moins aisé. Cette
augmentation a occasionné aux ménages la possibilité de consommer du lait non accessible
aux ménages pauvres. Le mode de consommation du petit déjeuner qui en découle est donc
pain, sucre et lait. Toutefois, les dépenses des laits restent bien inférieures à celles du sucre.
Dans le quartier aisé, le pain vient en première position suivi du lait et du sucre. Les dépenses
du petit déjeuner étant en moyenne de 98.072fc, soit une augmentation de 62.560fc par
rapport aux dépenses du quartier pauvre. Cette augmentation confère aux ménages aisés une
grande possibilité de consommer une bonne quantité de lait mais aussi de bonne qualité.
Il a été observé que, la part des dépenses consacrées au sucre est plus importante dans le
quartier pauvre que dans le quartier aisé. Cette observation permet de confirmer que, dans un
contexte de crise, les ménages se tournent vers les produits les moins coûteux et d’apport
calorifique élevé au détriment d’aliments riches en protéines. Ce qui aboutit à des régimes
déséquilibrés (Duquesne et al, 2010 ; Padilla, 1999).

g) Desserts
Le tableau 18 renseigne sur les principaux aliments consommés comme dessert ainsi que leurs
dépenses mensuelles.

Tableau 18. Aliments consommés en tant que dessert


et leurs dépenses mensuelles (en fc)
LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Aliment des desserts Pomme, Mangue, Mangue,
Crèmes, Orange, Avocat,
Avocat. Avocat. Orange.
Dépenses (en fc)
Médiane 4.600 1.840 460
Moyenne 6.136 3275 1.104
Ecart-type 3.660 1.728 424
Source : Auteur à partir des données des enquêtes de 2010.

Dans le quartier aisé on trouve deux modes de consommation de dessert : un premier mode de
consommation basé sur la consommation des fruits (pomme, avocat) et un deuxième mode de
consommation basé sur la prise des crèmes glacées et du yaourt. Les crèmes glacées et les
pommes étant coûteux, les dépenses de consommation de dessert atteignent en moyenne
4.600 fc.
Dans le quartier moyen, le dessert est constitué essentiellement de fruits. Mais ce ne sont pas
les mêmes fruits que ceux consommés dans le quartier aisé. Il s’agit principalement de la

- 78 -
mangue, de l’orange et de l'avocat. La mangue est un fruit dont le prix est très bas. Cependant,
la consommation des fruits dans ce quartier ne se fait pas toujours en tant que dessert. Dans la
plupart de cas, les fruits sont consommés à tout moment de la journée comme casse-croûte et
non seulement après le repas.
Dans le quartier moins aisé, le dessert est de moins en moins consommé si bien que la
mangue et l’avocat sont essentiellement des produits de cueillette. Dans le quartier pauvre, on
rencontre au moins un manguier ou un avocatier par parcelle. Les mangues sont consommées
au courant de la journée mais pas nécessairement en tant que dessert tandis que l’avocat est
consommé souvent pendant les petits déjeuners.

h) Consommation des boissons


Le tableau 19 ci-dessous permet de constater que les boissons consommées sont différentes
d’un quartier à un autre. Les dépenses des boissons présentent également des différences très
considérables d’un quartier à un autre.

Tableau 19. Boissons consommées et leurs dépenses mensuelles par ménage (en fc)
LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Boissons Eau minérale, Boissons sucrées, Bière,
Boissons sucrées, Eau minérale, Boissons sucrées,
Jus de fruits ou bière Bière Boissons traditionnelles
Dépenses (en fc)
Médiane 50.508 6.532 1.656
Moyenne 61.880 13.184 4.200
Ecart-type 10.524 3.900 1.619
Source : Auteur à partir des données des enquêtes de 2010.

Dans le quartier aisé, les trois principales boissons consommées sont : l’eau minérale, les
boissons sucrées, le jus de fruits et/ou la bière.
Dans le quartier moyen, on note la consommation des boissons sucrées et de la bière et l’eau
minérale. Les ménages ne consomment pas des jus de fruits dont le coût est supérieur à celui
des boissons sucrées.
Dans le quartier pauvre, il s’avère que l’eau minérale n’est pas consommée dans le ménage.
En plus, la bière ainsi que les boissons dites traditionnelles sont consommées essentiellement
par les adultes.

i) Consommation des aliments déjà préparés « fast-food »


Le tableau 20 ci-dessous révèle que les « fast-foods » dans la logique des Kinois ne sont pas à
confondre avec le McDonald ou Quick. Pour la plupart des répondants, le fast-food est une
nourriture achetée à l’état précuit, mais dont la consommation sera effective au sein des
ménages par tous les membres ou par quelques-uns.
Dans les quartiers aisé et moyen, la consommation de fast-food ne réfère qu'à la prise des
boîtes de conserve, tandis que dans le quartier pauvre on peut citer le chinchard (Mpiodi), le
haricot, le croupion de dinde ou le poisson salé. Quel que soit le quartier, les modes de
consommation de fast-food occasionnent d’un faible niveau de dépenses.

- 79 -
Tableau 20. Aliments fast-food et leurs dépenses mensuelles (en fc)
LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Fast-food Boîte de conserve, Boîte de conserve, Chinchard,
Chawarma, Hamburger, Croupion de dindon,
Frite Charcuterie Poisson salé
Dépenses (en fc)
Médiane 1.932 920 1.104
Moyenne 19.504 10.212 4.416
Ecart-type 4.904 2.456 2.042
Source : Auteur à partir des données des enquêtes de 2010.

Pour les ménages du quartier pauvre, « le fast-food » est un mode de consommation qui
consiste en un ravitaillement en nourriture prêt à consommer, lorsque les ménages se
retrouvent dans l’impossibilité de préparer la nourriture pour tous les membres. Cette pratique
est bien connue à Kinshasa sous l’appellation « maman kangela ngai…» c'est-à-dire « maman
emballe-moi ce morceau ».

j) Consommation alimentaire totale par ménage et par individu


Le tableau 21 qui suit présente les dépenses totales de consommation alimentaire dans les
ménages. Les dépenses totales sont obtenues en additionnant les différentes dépenses
détaillées précédemment. Les dépenses par individus sont obtenues en divisant les dépenses
totales par la taille des ménages qui est respectivement de 8 dans les quartiers aisé et pauvre et
de 6 dans le quartier moyen.

Tableau 21. Dépenses alimentaires totales dans les ménages et par individu (en fc)/mois
LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Postes de dépenses
Aliments de base 44.160 34.040 31.280
Accompagnements d’origine végétale 46.184 31.096 22.724
Accompagnements d’origine animale 126.316 64.216 32.292
Huiles et ingrédients (épices) 19.688 16.652 11.408
Petits déjeuners 98.072 42.964 35.512
Desserts 4.600 1.840 460
Boissons 50.508 6.532 1.656
Fast-food 1.932 920 1.104
Dépenses totales/ménage/mois 391.460 198.260 136.436
Dépenses moyennes/individu/mois 48.933 33.043 17.055
Source : Auteur à partir des données des enquêtes de 2010.

Il ressort du tableau ci-dessous que les dépenses alimentaires mensuelles sont équivalentes à
426USD dans le quartier aisé, 216USD dans le quartier moyen et 148USD dans le quartier
pauvre.
La taille du ménage étant respectivement de 8 dans le quartier aisé et dans le quartier pauvre
et de 6 dans le quartier moyen, il en ressort que les dépenses mensuelles par individu sont de

- 80 -
l’ordre de 53USD dans le quartier aisé, 40USD dans le quartier moyen et de 19USD dans le
quartier pauvre.
Selon les résultats de l’enquête 1-2-3 menée par le Ministère du Plan et d’INS (2004), la
consommation alimentaire annuelle par tête était de 77.200fc. Considérant que la parité
dollar-franc congolais était de 400fc pour 1USD, on peut donc estimer ce montant comme
équivalent à 193USD par an, ce qui correspond à 16USD par individu/mois. Cette valeur est
bien proche de 19USD représentant la consommation alimentaire par individu /mois dans les
ménages du quartier pauvre.

2° Les dépenses des consommations alimentaires hors ménages


La consommation hors ménages est présentée essentiellement en termes des dépenses
engagées par :
 les chefs de ménages et conjoints (les parents) ;
 les enfants pour les consommations à l’école.

a) Consommation hors ménage des chefs de ménages et conjoints


Le tableau 22 ci-après présente la proportion des chefs de ménages et conjoints qui prennent
un repas hors domicile.

Tableau 22. Proportion (%) des chefs de ménages et conjoints consommant hors ménages
LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Chefs de ménages Conjoints Chefs de ménages Conjoints Chefs de ménages Conjoints
OUI 60 52 31 26 40 31
NON 40 48 69 74 60 69
Total 100 100 100 100 100 100
Source : Auteur à partir des données des enquêtes de 2010.

En comparant la situation des chefs de ménages à celle des conjoints par rapport à la
consommation hors ménages, il s’avère que ce sont les chefs de ménages qui consomment le
plus hors ménages.
C’est la longue durée de travail des chefs de ménages qui semble être la raison principale de
cette situation. En effet, il a été démontré dans la figure 8 consacrée aux activités
professionnelles que les chefs de ménages étaient en général des salariés alors que les
conjoints pratiquaient les petits commerces. Les salariés ont déclaré qu’ils passent près de 10
heures hors domicile chaque jour sans retourner à la maison pendant les heures de pause à
cause notamment de la longue distance entre le lieu de travail et la résidence.
La majorité des conjoints (épouses) pratiquent les petits commerces. En plus, ces activités
sont exercées dans la plupart des cas plus près des domiciles. De ce fait, les conjointes ont
plus de possibilités de retourner à la maison à chaque fois qu’elles le désirent pour prendre la
nourriture ou pour exercer d’autres tâches ménagères.
S’agissant des lieux de consommation hors ménage, l’étude a montré que c’est dans la
proximité des lieux de travail que les chefs de ménages consomment hors ménages,
respectivement de l'ordre de 51,3% (Limete), 52,1% (Ndjili) et de 44% (Makala). Le lieu de
consommation hors domicile pour les conjoints est le marché, qui est en réalité le lieu de
travail pour celles qui pratiquent les petits commerces.

- 81 -
Il a été observé que l’accès au restaurant est de l’ordre de 39% et 40% respectivement pour les
chefs de ménages et les conjoints dans le quartier aisé ; 31% et 18% respectivement pour les
chefs de ménages et les conjoints dans le quartier moyen. Enfin, de17% et 18%
respectivement pour les chefs de ménages et conjoints dans le quartier pauvre.
S’agissant du rythme de consommation hors ménage le résultat montre que :
- dans le quartier aisé, lorsque la durée de travail est de 5 à 8 heures par jour, 42% de chefs
de ménages ont un rythme aléatoire de consommation et 37% ont un rythme de
consommation hors ménage de 1 à 2 fois/semaine. Mais lorsque la durée du travail dépasse
les 9 heures, 63% des chefs de ménages ont un rythme de plus de 3 fois/semaine et 32%
ont un rythme aléatoire.
- dans le quartier moyen, lorsque la durée de travail varie entre 5 et 8 heures, 56% des chefs
de ménages ont un rythme aléatoire et 33% consomment 2 à 3 fois/semaine hors domicile.
Par contre lorsque la durée journalière de travail est de plus de 9 heures, 23% des chefs de
ménages ont un rythme de 2 à 3 fois/semaine et 63% consomment plus de trois
fois/semaine hors domicile.
- dans le quartier pauvre lorsque la durée de travail est inférieure ou égale à 8 heures, la
majorité des chefs de ménages ont un rythme aléatoire et lorsque la durée de travail est de
plus de 9 heures, 50% des chefs de ménages ont un rythme de consommation de 2 à 3 fois
par semaine.
Le tableau 23 ci-dessous renseigne sur les dépenses des aliments et boissons consommés hors
ménages par les chefs de ménages et par leurs conjoints.

Tableau 23. Dépenses alimentaires hors ménages des chefs de ménages


et des conjoints (fc/mois)
LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Chef de Chef de Chef de
Conjoints Conjoints Conjoints
ménages ménages ménages
Aliments hors
69.920 52.440 37.720 18.400 14.720 3.680
ménages
Boissons hors
30.360 28.520 11.040 7.360 24.840 8.280
ménages
Total 100.280 80.960 48.760 25.760 38.640 11.960
Source : Auteur à partir des données des enquêtes de 2010.

Les informations de ce tableau viennent consolider l’analyse faite ci-haut et permettent de


faire deux observations : la première est que les dépenses de consommation hors ménages des
chefs de ménages sont dans les trois quartiers supérieures à celles des conjoints. La deuxième
observation est que les dépenses des consommations hors ménages sont plus élevées dans le
quartier aisé que dans le quartier pauvre.

b) Consommation hors ménages des enfants


La consommation hors ménages des enfants est analysée en fonction de la bourse que les
parents donnent à leurs enfants pour l’école, tout en déduisant les frais de transport et d’autres
frais scolaires. Le tableau 24 ci-après présente la situation dans les trois quartiers.

- 82 -
Tableau 24. Dépenses alimentaires mensuelles hors ménage des enfants (en fc)
COMMUNE Médiane Moyenne Ecart-type
LIMETE
26.680 46.920 44.896
(Quartier aisé)
NDJILI
12.880 33.120 31.372
(Quartier moyen)
MAKALA
5.520 11.960 9.752
(Quartier pauvre)
Source : Auteur à partir des données des enquêtes de 2010.

Il en ressort que les dépenses de consommation hors ménages des enfants des quartiers aisés
s’élèvent à 26.680 fc. Ce montant est environ le double de celui des enfants du quartier moyen
(12.880 fc) et cinq fois plus par rapport à celui des enfants du quartier pauvre (5.520 fc).

c) Consommation totale hors ménages des parents et enfants


Les dépenses totales hors ménages présentées dans le tableau 25 ci-dessous ont été obtenues
par la sommation des dépenses hors ménages des parents ainsi que celles des enfants à
l’école.

Tableau 25. Dépenses mensuelles des consommations hors ménage (en fc)
LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Chefs des ménages 100.188 48.576 39.192
Conjoints 80.776 25.392 12.236
Enfants 26.588 13.248 5.336
Total 207.552 87.216 56.764
Source : Auteur à partir des données des enquêtes de 2010.

Les informations de ce tableau permettent de confirmer l’analyse faite précédemment, selon


laquelle la consommation alimentaire hors ménage dans le quartier aisé est plus de trois fois
supérieure à celle des ménages des quartiers moins aisés.

d) Les considérations liées à la consommation hors ménage à Kinshasa


L’analyse de la consommation hors ménage permet de mettre en évidence un paradoxe. En
effet, le résultat de l’étude présenté dans le tableau 22 révèle que ce sont les chefs de ménages
et les conjoints du quartier aisé qui consomment le plus hors ménage comparativement à ceux
des quartiers moyen et pauvre. Par ailleurs le rythme de consommation hors ménage est de
plus de trois fois par semaine lorsque la durée de travail par jour est de plus de 10 heures. Il a
été également démontré que ce sont les activités informelles pratiquées par les chefs des
ménages pauvres qui ont la durée de travail journalière la plus longue.
En mettant ensemble ces informations, normalement, c’est dans les ménages pauvres qu’il
devrait y avoir un rythme et un taux élevés de consommation hors ménage. Cependant c’est le
contraire qui est constaté. Deux hypothèses peuvent donc expliquer ce paradoxe.
La première hypothèse est de considérer qu’il n’y a pas de paradoxe, c'est-à-dire que les chefs
de ménages et conjoints des ménages pauvres ne disposent pas de moyens suffisants pour

- 83 -
financer leur consommation hors ménage. Cette hypothèse s’avère moins probable. En effet,
il est plus facile d’observer que la consommation hors ménage à Kinshasa est bien développée
dans le quartier pauvre et bien commue sous l’appellation de « malewa ». Ce sont les
membres des ménages pauvres qui sont les grands consommateurs de malewa.
La deuxième hypothèse qui peut expliquer ce paradoxe est que beaucoup de répondants
considèrent la question de consommation hors ménage comme un sujet tabou. En effet, dans
la plupart des ménages pauvres, les parents ne déclarent pas avoir consommé hors ménage
pour ne pas choquer les enfants si ces derniers n’ont rien à manger. Autrement, un parent qui
consomme hors ménage alors que dans son foyer les enfants n’ont pas mangé est perçu
comme irresponsable et non solidaire. C’est ainsi que pour ne pas ternir leur image des
parents, la plupart de chefs de ménages et conjoints prétendent qu’ils ne consomment pas hors
ménage. C’est probablement le cas dans ce travail dont la proportion des chefs de ménages
qui ne consomment pas hors domicile est respectivement dans l’ordre de 40% dans le quartier
aisé, 69% dans le quartier moyen et de 60% dans le quartier pauvre. On observe également la
même tendance du côté des conjoints.
A regard de ce qui précède, il apparaît que la consommation hors ménage est une pratique qui
est perçue différemment par les Kinois. Elle est très positive lorsqu’elle a lieu dans un
restaurant ou dans un site touristique (Kinkole, pique-nique). Mais ces consommations
prennent une connotation négative lorsqu’elles ont lieu dans le malewa ou le long de la rue et
surtout si ce sont des parents qui consomment sans avoir pourvu aux besoins de leurs
ménages.

3° Dépenses alimentaires totales (dans les ménages et hors ménages)


La consommation alimentaire totale est la sommation des dépenses alimentaires dans
les ménages et les dépenses de consommation hors ménages. Le tableau 26 ci-dessous en
donne une synthèse.

Tableau 26. Dépenses mensuelles de la consommation alimentaire (en fc)


LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Consommation dans les ménages 391.920 198.720 136.160
Consommation hors ménages 207.920 87.400 57.040
Total 599.840 285.200 193.200
Source : Auteur à partir des données des enquêtes de 2010.

Ce tableau permet de faire une observation selon laquelle les dépenses alimentaires tant dans
les ménages que hors ceux-ci sont dans un rapport de 1 à 3 entre les ménages aisés et les
ménages pauvres.
On peut ainsi considérer qu’autant les membres d’un ménage ont la possibilité de consommer
hors ménage, autant ce ménage évolue dans des conditions relativement bonnes. D’après le
U.S. Bureau of Labor Statistics cité par Pons (2011), aux Etats-Unis, les 20 % des ménages
ayant les revenus les plus faibles consacrent 32 % de leurs dépenses d’alimentation pour les
repas hors domicile, les 20% ayant les revenus les plus élevés leur consacrent 49%. Les
ménages les plus riches dépensent pour les repas hors domicile.

- 84 -
4.2.2. Dépenses non alimentaires.

Les dépenses non alimentaires prises en compte sont celles concernant le loyer ; l’électricité ;
l’eau ; les soins de santé ; l’éducation, l’habillement ; la communication et l’énergie. Le
tableau 27 ci-dessous présente les niveaux des dépenses non alimentaires des ménages.

Tableau 27. Dépenses non alimentaires (fc/mois)


LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Loyer 230.000 73.600 20.240
Electricité 8.280 6.440 1.840
Eau 9.200 10.120 6.440
Soins de santé 26.680 27.600 9.200
Transport 153.640 36.800 24.840
Education 84.640 27.600 15.640
Habillement 27.600 27.600 10.120
Communication 61.640 15.640 4.600
Energie 23.000 11.960 14.720
Total 624.680 237.360 107.640
Source : Auteur à partir des données des enquêtes de 2010.

1° Les dépenses de loyer


Le loyer constitue le poste le plus important parmi les dépenses non alimentaires. Dans les
enquêtes 1-2-3, le loyer occupait la deuxième position après l’alimentation. C’est aussi le cas
dans presque toutes les études réalisées, notamment celles de Houyoux (1986), Banea (2001),
Ntoto (2001) et Ministère du plan et INS (2005). Les disparités dans les montants des loyers
sont liées à beaucoup de facteurs, notamment la dimension de la maison, la situation
géographique de la parcelle, le quartier d’habitation, les matériaux de construction de la
maison et surtout la commune dans laquelle la maison se trouve établie. Ainsi, à dimension
égale, le loyer d’une maison dans le quartier aisé coûte beaucoup plus cher que dans le
quartier pauvre.

2° Les dépenses d’électricité


Dans le quartier pauvre, 43% seulement des ménages ont accès à l’électricité. En plus,
l’énergie fournie est de très mauvaise qualité : faible intensité avec beaucoup d’interruptions
ou délestage. Cet état de chose peut bien justifier que les dépenses de l’électricité ne s’élèvent
qu’à environ 2USD par mois. Toutefois, dans la plupart des études réalisées, la part de
l’électricité dans l’ensemble des dépenses des ménages ne dépasse jamais les 2%.

3° Le dépenses de l’eau
Les dépenses de l’eau sont presque égales à celles de l’électricité mais légèrement
supérieures. Le coût de l’eau est plus élevé dans le quartier pauvre. D’une part, parce que dans
ce quartier le raccordement dans le réseau de distribution en eau potable est un luxe. D’autre
part, le coût des efforts déployés afin de s’approvisionner en eau potable est très considérable.
C’est à cause de toutes ces raisons que l’eau coûte relativement cher dans le quartier pauvre.
Dans l’étude menée en 2001 par Ntoto ([Link].) dans quelques quartiers pauvres de Kinshasa,
il a été trouvé que les dépenses d’énergie (électricité, eau et autres) atteignaient

- 85 -
respectivement 16USD à Kisenso ; 10USD à Kindele et 8USD à Makala. Ces informations
traduisent la même situation que celle décrite dans cette étude.

4° Les dépenses de santé


Au cours de l'enquête, dans 74 ménages du quartier pauvre, les membres ont déclaré avoir
rencontré des problèmes de santé quelques jours avant l'enquête, contre 31 cas déclarés dans
les ménages du quartier aisé. Toutefois, il est important de signaler que les dépenses de santé
peuvent ne pas constituer des dépenses courantes, car ce n’est pas chaque mois que les
membres des ménages sont censés tomber malade.

5° Les dépenses de transport


Le coût de transport est très important dans le quartier aisé. Il est six fois plus élevé que dans
le quartier pauvre. Dans le quartier aisé, le coût de transport est élevé notamment à cause de
frais d’entretien des véhicules personnels, l’achat quotidien des carburants et autres
consommables du véhicule. Dans les cités d’extension, la marche à pied est importante. Les
transports en commun sont aléatoires (Lelo et Tshimanga ,2004).

6° Les dépenses d’éducation


La plupart des écoles de Kinshasa font payer le frais scolaires par trimestre. Ce qui donne lieu
à trois payements au cours d’une année scolaire. Les montants déclarés ont été ramenés sur
une base mensuelle. Il en est résulté que les ménages du quartier aisé consacrent une part
importante du revenu pour l’éducation des enfants par rapport aux ménages du quartier
pauvre.

7° Les dépenses d’habillement


La part des dépenses d’habillement (54%) dans le quartier moyen est plus élevé que celle
affectée à l’habillement dans le quartier aisé. L’estimation des dépenses pour l’habillement a
été faite sur une base semestrielle. Il en résulte que les dépenses mensuelles d’habillement
exprimées en francs congolais sont presqu’identiques dans les quartiers aisés et moyens.

8° Les dépenses de communication


A Kinshasa, les dépenses liées à la communication constituent une nouvelle donne qui
n’existait pas dans les ménages kinois jusqu’aux années 90. Jadis, le téléphone étant rare, il
était donc normal de constater que dans la plupart des études réalisées avant les années 90, les
dépenses liées à la communication n’y étaient pas mentionnées. Le téléphone fixe n’existait
que dans les ménages du quartier aisé par le canal de l’Office National de Poste et
Télécommunication du Zaïre (ONPTZ). C’est vers la fin des années 90 et au début des années
2000 que la communication a connu son expansion dans la ville de Kinshasa, grâce à la
libéralisation du secteur aux privés.
A ce jour, un Kinois moyen dispose d’un téléphone avec au minimum deux réseaux. Il y a
ceux qui ont presque tous les réseaux opérant à Kinshasa. Cette expansion de la téléphonie
cellulaire a occasionné l’accroissement des dépenses de communication dans les ménages.
Dans certains ménages ces dépenses dépassent même celles de l’eau et d’électricité mises
ensemble.

9° Les dépenses d’énergie (énergie de cuisson et éclairage)


L’irrégularité dans la fourniture de l’énergie électrique par SNEL a conduit les ménages
kinois à recourir à d’autres sources d’énergie surtout pour la cuisson de la nourriture. C’est le

- 86 -
charbon de bois (la braise) qui est devenu pratiquement la deuxième source d’énergie dans le
quartier aisé et la première source dans les autres quartiers. Le pétrole est surtout utilisé
comme source d’énergie pour éclairer les domiciles, surtout dans le quartier pauvre où
l’utilisation des lampes tempêtes nécessite l’usage du pétrole.

4.2.3. Dépenses globales (alimentaires et non alimentaires) mensuelles

En mettant ensemble les dépenses alimentaires et non alimentaires mensuelles des ménages,
on obtient le tableau 28 qui présente la structure des dépenses des ménages.

Tableau 28. Structure des dépenses des consommations mensuelles des ménages (en fc)
LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Dépenses % Dépenses % Dépenses %
Dépenses alimentaires dans les
ménages 391.920 32 198.720 38 136.160 45
Dépenses alimentaires hors
ménages 207.920 17 87.400 17 57.040 19
Total dépenses alimentaires 599.840 49 285.200 55 193.200 64
Loyer 230.000 19 73.600 14 20.240 7
Electricité 8.280 1 6.440 1 1.840 1
Eau 9.200 1 10.120 2 6.440 2
Santé 26.680 2 27.600 5 9.200 3
Transport 153.640 13 36.800 7 24.840 8
Education 84.640 7 25.400 5 15.640 5
Habillement 27.600 2 27.600 5 10.120 3
Communication 61.640 5 15.640 3 4.600 2
Energie de cuisson et éclairage 23.000 2 11.960 2 14.720 5
Total dépenses non alimentaires 624.680 51 237.360 45 107.640 36
Total dépenses 1.224.520 100 522.560 100 300.840 100,0
Source : Auteur à partir des données des enquêtes de 2010.

Les informations de ce tableau reflètent la situation des enquêtes 1-2-3 dont les résultats ont
révélé une prédominance des dépenses alimentaires (49%) qui font partie des besoins
incompressibles aussi bien pour les non pauvres que pour les pauvres (PNUD/RDC, 2009).
Les travaux de Joseph Houyoux sur la structure des dépenses de la consommation familiale à
Kinshasa en 1969, 1975 et 1986, au départ des données des enquêtes ont donné lieu aux
observations suivantes : premièrement de 1969 à 1975, on a constaté que la part des dépenses
affectées aux vivres décroît (60%) ce qui permet l’accroissement des autres dépenses
notamment le logement (15%), le vêtement (7%) et les dépenses diverses (3%). Cette
observation justifie bien la loi d’Engel qui stipule que lorsque le niveau de revenu augmente,
la part du revenu affectée à l’alimentation diminue. L’histoire enseigne qu’au cours de la
période 1969 à 1975, l’économie congolaise (zaïroise) était prospère grâce aux cours élevés
des matières premières d’exportation, particulièrement le cuivre, le cobalt, le diamant, etc.
Par contre, pendant la période de 1975 à 1986, le pays a connu des grandes récessions. La part
des dépenses d’alimentation augmente (62%) tandis que la part des vêtements (5%) et celle de
l’éducation (1%), notamment diminuent. En comparant les informations de Houyoux à celles
de la présente étude, on trouve que la situation évolue dans le même sens. Dans des ménages

- 87 -
du quartier pauvre les dépenses alimentaires représentent environ 64%. Les autres dépenses,
notamment le logement (7%) et le vêtement (3%) et les dépenses diverses (4%) sont de plus
en plus en diminution.
4.3. FACTEURS INFLUENCANT LES PRATIQUES ALIMENTAIRES A KINSHASA.
Dans cette section du travail il est question d’identifier les facteurs qui ont une certaine
influence sur les pratiques alimentaires des Kinois, tant au niveau des ménages que hors ceux-
ci. Deux types de facteurs ont été pris en compte : il s’agit des profils des chefs de ménages et
des caractéristiques socio-économiques des ménages.
Les facteurs liés aux profils des chefs de ménages sont : l’âge, le genre, l’état civil, le niveau
d’instruction, l’activité professionnelle, les préférences alimentaires, la durée du travail et la
province d’origine. Les facteurs socio-économiques des ménages sont : la taille, la source de
revenus; le statut d’habitation et la qualité de l’habitat. Ces deux groupes de facteurs ont été
croisés avec les variables de la consommation alimentaire ci-après:
 le nombre de repas par jour,
 les aliments de base,
 les aliments d’accompagnement d’origine végétale,
 les aliments d’accompagnement d’origine animale,
 le lieu de consommation hors ménage,
 le rythme de consommation hors ménage.
Dans cette étude, il n’a été retenu que les facteurs dont le test de Khi-deux a révélé que leur
influence sur la consommation alimentaire est significative dans les trois quartiers à la fois.
Ces facteurs sont présentés dans le tableau 29 ci-après :

Tableau 29. Synthèse des tests de Khi-deux significatifs


Quartier aisé Quartier moyen Quartier pauvre
Eléments de la
Facteurs Signif Signif. Signif
consommation alimentaire Coef. Coef. Coef.
(10%) (10%) (10%)
Nombre de repas par jour 0,052 ** 0,048 ** 0,016 ***
Taille du
Aliments de base
ménage 0,014 *** 0,011 *** 0,000 ***
consommés
Statut
Nombre de repas par jour 0,013 *** 0,028 *** 0,003 ***
d’habitation
Les Aliments d’origine végétale 0,007 *** 0,048 ** 0,016 ***
préférences Aliments d’origine animale 0,000 *** 0,011 *** 0,000 ***
Rythme consommation hors
Durée 0,002 *** 0,063 ** 0,061 **
ménage
Source : Auteur à partir de l’enquête de 2010

Il ressort de ce tableau deux catégories de facteurs : les uns influençant les consommations
alimentaires dans les ménages et les autres ayant de l'influence sur la consommation hors
ménage.

4.3.1. Facteurs influençant les consommations alimentaires dans les ménages

Trois facteurs ont été identifiés. Il s’agit de la taille des ménages, le statut vis-à-vis de la
parcelle d’habitation et les motivations des chefs de ménages

- 88 -
1° La taille du ménage
Selon le résultat du test, il s’avère que la taille du ménage influence le nombre de repas par
jour et aussi les dépenses de consommation des aliments de base.
- La taille des ménages influence le nombre de repas par jour
En croisant la taille des ménages et le nombre de repas par jour, le test est très significatif
dans le quartier pauvre tandis qu’il est significatif dans les quartiers aisé et moyen. En effet,
dans les ménages dont la taille est supérieure à 9, ils prennent un repas par jour. Cette
situation est observée à la fois dans le quartier aisé et le quartier moyen. Par contre dans le
quartier pauvre, lorsque la taille des ménages est supérieure à 5, ils prennent un seul repas par
jour.
De ce résultat du test, il apparaît que lorsque la taille augmente, les ménages se retrouvent
dans l’incapacité de préparer plus d’un repas par jour. Cette incapacité est plus élevée dans les
ménages du quartier pauvre.
- La taille des ménages influence la consommation des aliments de base
Les aliments de base les plus consommés sont d’abord le manioc en mélange ou pas avec le
maïs et ensuite le riz. Dans le quartier aisé, le test a montré que lorsque la taille des ménages
est inférieure à 5 personnes, 50% des ménages consomment le manioc et le maïs comme
aliment de base, tandis que 39% de ménages consomment le riz comme aliment de base. Pour
les ménages dont la taille est au-delà de 6 personnes, le test a montré que la proportion des
ménages qui consomment le manioc et le maïs comme aliment de base atteint les 82% et la
part des ménages qui consomment le riz comme aliment de base se réduit à 15%.
Dans le quartier moyen, lorsque la taille des ménages est très petite (3 à 5 personnes), les
résultats du test ont montré que 75% des ménages consomment le manioc et le maïs alors que
12% des ménages consomment le manioc seul (sans mélange avec le maïs). Une fois que la
taille des ménages augmente (au-delà de 6 personnes), la proportion des ménages qui
consomment le mélange de manioc et de maïs tend à diminuer (67%) et le nombre de
ménages qui consomment le manioc seul augmente et atteint 18%.
Dans le quartier pauvre, on trouve que 72% des ménages dont la taille est comprise entre 3 et
5 membres consomment le Fufu préparé avec le manioc et le maïs alors que 16% des ménages
consomment le manioc seul. Mais, lorsque la taille des ménages est de plus de 6 personnes, la
proportion des ménages qui consomment manioc et maïs se réduit à 50% ; 23% des ménages
consomment le manioc seul et 6% des ménages consomment le maïs seul.

2° Statut des chefs de ménages vis-à-vis de la parcelle d’habitation


Selon le résultat du test de Khi-deux, il s’avère que le statut des chefs de ménages par rapport
à la parcelle d’habitation a un lien avec le nombre de repas par jour. L’analyse a permis de
faire les observations suivantes :
Dans le quartier aisé, 14% des ménages propriétaires des parcelles prennent un repas par
jour ; 56% prennent deux repas/jour et 30% prennent trois repas/jour. Chez les locataires on
observe que 40% des ménages prennent un repas/jour ; 37% deux repas/jour et 23% trois
repas/jour.
Dans le quartier moyen, il a été trouvé que 41% des ménages propriétaires des parcelles
prennent un repas ; 49% prennent deux repas et 11% prennent trois repas par jour. Parmi les
locataires on trouve que 47% des ménages prennent un repas ; 27% deux repas et le reste plus
de trois repas.

- 89 -
Enfin dans le quartier pauvre, 42% des propriétaires des parcelles prennent un repas/jour ;
57% prennent deux repas et 7% trois repas. S’agissant des locataires, il s’avère que 70%
prennent un repas contre 30% qui prennent deux repas.
Les résultats de ce test sont toutefois logiques avec l’idée selon laquelle les propriétaires des
parcelles ont assez de moyens, ce qui leur permet d’avoir accès à plusieurs repas par jour
contrairement aux locataires, surtout ceux du quartier pauvre dont la majorité sont incapables
de prendre plus d’un repas par jour.

3° Motivations des chefs de ménages


Le test a montré que les motivations des chefs de ménages ont des liens avec la
consommation des aliments d’accompagnement d’origine végétale et aussi avec les
accompagnements d’origine animale.
- Les motivations des chefs de ménages en rapport avec la consommation des
accompagnements d’origine végétale
Les résultats de l’analyse ont montré que ce sont les feuilles de manioc (pondu) qui
constituent l’aliment végétal le plus consommé. Le test a montré que la consommation des
feuilles de manioc est motivée par certaines considérations comme présentées ci-dessous.
Dans le quartier aisé, il a été analysé trois motivations à la base de la consommation des
produits d’origine végétale. Il s’agit des habitudes alimentaires (95%), la satiété (87%) et le
plaisir (72%).
Dans le quartier moyen, la consommation des feuilles de manioc est liée à trois motivations :
leur disponibilité, les habitudes alimentaires et le plaisir. Par rapport à leur disponibilité,
100% des ménages considèrent que les feuilles de manioc sont disponibles. Par ailleurs 73%
des ménages consomment les feuilles de manioc par habitude alimentaire et 66% pour le
plaisir.
Enfin dans le quartier pauvre, la consommation des feuilles de manioc est motivée par les
trois considérations suivantes : les habitudes alimentaires (85%), pour la satiété (74%) et pour
leur faible prix (82%).
Il ressort de l’analyse que trois motivations sont à la base de la grande consommation des
feuilles de manioc dans des ménages : les habitudes alimentaires d’abord, ensuite le plaisir ou
la satiété. Les motivations liées au prix ne concernent que les ménages du quartier pauvre.
- Les motivations des chefs de ménages en rapport avec la consommation des
accompagnements d’origine animale
Les résultats de l’étude ont montré que c’est le chinchard qui est le produit animal le plus
consommé dans les ménages. S’agissant des motivations liées à la consommation des
chinchards, les résultats de l’analyse ont montré ce qui suit :
Dans le quartier aisé le chinchard est consommé parce qu’il est disponible (70%), pour la
satiété (67%) ou sur base des habitudes alimentaires (63%). Dans le quartier moyen, la
consommation des chinchards est motivée par leur disponibilité (82%), par les habitudes
alimentaires (59%) et pour la satiété (57%).
Dans les ménages du quartier pauvre la consommation de chinchard est motivée par les
habitudes alimentaires (94%), pour leur disponibilité (94%) et pour leur faible prix (88%). Il
résulte de cette analyse que deux motivations sont à la base de la grande consommation des
chinchards à Kinshasa : les habitudes alimentaires et leur disponibilité.

- 90 -
4.3.2. Facteur influençant l’alimentation hors ménages : durée de travail.

Le test de Khi-deux a permis d’identifier un seul facteur qui a de l'influence sur la


consommation hors ménage. Il s’agit de la durée du travail des chefs de ménages. Celle-ci
influence le rythme de consommation hors ménage. Les résultats ont montré ce qui suit :
Dans le quartier aisé, 42% des chefs de ménages dont la durée de travail est comprise entre 5
à 8 heures ont un rythme aléatoire de consommation hors ménage et 37% ont un rythme de 1
à 2 fois par semaine. Lorsque le travail dure entre 9 et 12 heures, on trouve que 63% des chefs
de ménages consomment hors ménage à un rythme de plus de trois fois par semaine et 32%
ont un rythme aléatoire.
Dans le quartier moyen, le résultat révèle que 56% des chefs de ménages dont la durée de
travail est comprise entre 5 et 8 heures ont un rythme de consommation hors ménage aléatoire
et 33% des chefs de ménages ont un rythme de 2 à 3 fois par semaine. Lorsque la durée de
travail est comprise entre 9 et 12 heures par jour, 23% des chefs de ménages ont un rythme
hors ménage de 2 à 3 fois/semaine et 63% des chefs de ménages consomment plus de trois
fois/semaine hors ménage.
Dans le quartier pauvre il apparaît que lorsque la durée de travail est de 5 à 8 heures, la
consommation hors ménage se réalise avec un rythme aléatoire. Mais lorsque la durée de
travail est de 9 à 12 heures, on trouve que 50% consomment 2 à 3 fois/semaine hors ménage.
Il ressort de ces tests que dans l’ensemble des ménages, lorsque la durée de travail est
comprise entre 5 et 8 heures, les chefs de ménages ont un rythme de consommation aléatoire.
C'est-à-dire que leur rythme de consommation hors-ménage varie d’un jour à un autre et
d’une circonstance à une autre. Cependant pour les chefs de ménages dont la durée de travail
est de plus de 10 heures, le rythme de consommation alimentaire hors ménages est de plus de
trois fois par semaine.

CONCLUSION PARTIELLE

Au terme de l’analyse des résultats de l’enquête sur la caractérisation des ménages des trois
quartiers, à savoir le quartier aisé (Limete), le quartier moyen (Ndjili) et le quartier pauvre
(Makala), les principales observations qui en découlent sont les suivantes :
Les chefs de ménages du quartier aisé et ceux du quartier pauvre ont relativement la moyenne
d'âge la plus élevée (51 à 60 ans) tandis que ceux du quartier moyen sont essentiellement
jeunes (31 à 40 ans).
La proportion des femmes chefs de ménages (célibataires, veuves ou divorcées) est
respectivement de 22% dans le quartier aisé, 23% dans le quartier moyen et de 26% dans le
quartier pauvre.
C’est dans le quartier aisé que des chefs de ménages sont en majorité (83%) des
universitaires. Dans le quartier moyen les chefs de ménages ont un niveau d’instruction
compris entre le secondaire (48%) et le niveau supérieur ou universitaire (44%) par contre
dans le quartier pauvre les chefs de ménages ont un niveau secondaire (46%) ou primaire
(32%) et les non scolarisés s’élèvent à 17%.
Dans le quartier aisé les chefs de ménages sont en majorité des salariés (66%), de même que
dans le quartier moyen mais avec des proportions inférieures (52%). Par contre dans le
quartier pauvre les chefs des ménages pratiquent soit les petits commerces (31%) soit
l’artisanat (29%) où l’on trouve toutes sortes de petits métiers.

- 91 -
Les femmes sont de plus en plus actives dans les activités de survie dans les ménages pauvres.
Ces activités sont en majorité liées au secteur informel dans la proportion de 71% dans le
quartier pauvre, 50% dans le quartier moyen et de 27% dans le quartier aisé.
La taille des ménages est en moyenne de 7 personnes. Elle est de 8 personnes dans les
quartiers aisé et pauvre et de 6 dans le quartier moyen. Les ménages établis dans le quartier
aisé sont généralement dans les conditions confortables en ce qui concerne le raccordement
aux réseaux de distribution d’eau et d’électricité qui atteint 100%. Par contre dans le quartier
pauvre 90% des ménages n’ont aucun raccordement au réseau de distribution d’eau potable et
près de 57% sont sans électricité.
La structure des dépenses des ménages présente une prédominance des dépenses
alimentaires : 49% dans le quartier aisé, 55% dans le quartier moyen et 64% dans le quartier
pauvre. Les dépenses alimentaires mensuelles dans les ménages sont respectivement de
l’ordre de 391.920 fc dans les ménages aisés, 198.720 fc dans les ménages moyens et de
136.160 fc dans les ménages pauvres. Les dépenses alimentaires hors ménages sont
respectivement de 207.920 fc dans le quartier aisé, 87.400 fc dans les ménages du quartier
moyen et de 57.040 fc dans le quartier pauvre. Ce sont les chefs de ménages qui consomment
le plus hors ménages par rapport aux conjoints. Les dépenses non alimentaires mensuelles
sont respectivement de l’ordre de 624.680 fc dans le quartier aisé, 237.360 fc dans le quartier
moyen et de 107.640 fc dans le quartier pauvre. Les dépenses globales sont de 1.224.520 fc
dans le quartier aisé, 522.560 fc dans le quartier moyen et de 300.840fc dans le quartier
pauvre.
Les facteurs influençant les pratiques alimentaires des ménages sont : la taille du ménage et le
statut vis-à-vis de la parcelle d’habitation. La taille des ménages influence le nombre de repas
par jour et aussi les dépenses de consommation des aliments de base. Les ménages ayant le
statut de propriétaires des parcelles d’habitation prennent relativement plus de repas par jour
que les ménages locataires.
Les résultats de l’étude ont montré également que les motivations des chefs de ménages
influencent la consommation des aliments d’accompagnement d’origine végétale ainsi que
ceux d’origine animale. Pour les aliments végétaux ce sont les feuilles de manioc qui sont les
plus consommées tandis que les chinchards sont les plus consommés parmi les produits
animaux, avec comme motivation : les habitudes alimentaires, le plaisir et la satiété. Les
motivations liées au prix ne concernent que les ménages du quartier pauvre.
Le seul facteur qui influence la consommation hors ménage est la durée de travail. Lorsque la
durée de travail dépasse les 10 heures, le rythme de consommation alimentaire hors ménages
est de plus de trois fois par semaine.

- 92 -
CHAPITRE V.
RESULTATS DES SUIVIS DES MENAGES RELATIFS AUX MODES DE VIE
ET DE CONSOMMATION ALIMENTAIRE

INTRODUCTION

L’objectif de ce chapitre est d’établir un rapprochement entre les modes de vie des ménages
(conditions d'existence) et leurs modes de consommation alimentaire, tout en prenant
également en compte la saison au cours de laquelle les consommations ont eu lieu. Pour ce
faire une catégorisation des ménages telle que présentée ci-dessous s'est avérée un préalable
avant la réalisation des suivis proprement dits.

5.1. CATEGORISATION DES MENAGES DANS L'ECHANTILLON

Trois principales catégorisations ont été établies à partir de l'enquête de 2010 sur la
caractérisation des ménages. La première catégorisation est basée sur les dépenses des
ménages. La seconde a été établie sur base de la qualité de l'habitat. La troisième
catégorisation a été réalisée à partir du niveau des équipements des ménages.

5.1.1. Catégorisation des ménages sur base de leurs dépenses

Deux types de dépenses ont été pris en compte pour catégoriser les ménages. Il s'agit des
dépenses alimentaires et des dépenses non alimentaires. En additionnant les montants des
dépenses alimentaires à ceux des dépenses non alimentaires on obtient une troisième catégorie
basée sur les dépenses globales des ménages.

1° Catégorisation par rapport aux dépenses alimentaires.


Le tableau 30 ci-dessous présente la catégorisation des ménages par rapport à leurs dépenses
alimentaires (dans les ménages et hors ménages).

Tableau 30. Caractérisation par rapport aux dépenses alimentaires dans les ménages (en fc)
LIMETE NDJILI MAKALA
Catégories des Ménages
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Premier quartile
153.640 à 310.960 54.280 à 150.880 34.960 à 103.960
(ménages pauvres)
Deuxième et troisième quartile
311.880 à 681.720 151.800 à 313.720 104.880 à 201.480
(ménages moyens)
Quatrième quartile
682.640 à 1.492.240 314.640 à 925.520 202.400 à 402.040
(ménages très aisés)
Source : Auteur à partir des données des enquêtes de 2010.

Les informations de ce tableau permettent de faire une observation selon laquelle, dans les
trois quartiers, il existe à la fois des ménages que l’on peut qualifier de «aisés », de
« moyens » et de «pauvres». Cette observation confirme qu’il existe bien des disparités dans
les conditions de vie des ménages tant au niveau des quartiers que dans les communes.
En vertu de cette observation, dans le quartier pauvre, ne sont considérés comme « ménages
pauvres », que seuls les ménages dont les dépenses alimentaires mensuelles ne dépassent pas
le montant de 103.960 fc. Dans le quartier aisé, les ménages dont les dépenses alimentaires
mensuelles sont supérieures ou égales à 682.640 fc sont considérés comme étant «ménages
aisés ». Enfin dans le quartier moyen, ce sont les ménages dont les dépenses alimentaires
mensuelles sont comprises entre 151.800 fc et 313.720 fc qui sont considérés comme
« ménages moyens ».

2° Catégorisation des ménages par rapport aux dépenses non alimentaires


Le tableau 31 ci-dessous présente la catégorisation des ménages par rapport à leurs dépenses
non alimentaires. A l’instar du tableau précédent, trois catégories de ménages sont mises en
évidence dans le tableau 31 ci-après en fonction du niveau de leurs dépenses non alimentaires.

Tableau 31. Catégorisation des ménages par rapport aux dépenses non alimentaires (en fc)
LIMETE NDJILI MAKALA
Catégories des Ménages
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Premier quartile
30.360 à 261.280 13.800 à 99.360 20.240 à 52.440
(ménages pauvres)
Deuxième & troisième quartile
261.280 à 557.520 100.280 à 317.400 52.440 à 126.960
(ménages moyens)
Quatrième quartile
558.440 à 2.865.800 318.320 à 141.4960 127.880 à 679.880
(ménages aisés)
Source : Auteur à partir des données des enquêtes de 2010.

Il résulte de ce tableau que dans le quartier aisé, "les ménages aisés" sont ceux dont les
dépenses non alimentaires mensuelles sont supérieures à 558.440 fc. Par contre, dans le
quartier pauvre les ménages sont caractérisés par les dépenses non alimentaires mensuelles
inférieures à 52.440 fc. Dans le quartier moyen, les ménages dits moyens sont ceux dont les
dépenses non-alimentaires mensuelles sont comprises entre 100.280 fc et 317.400 fc.

3° Catégorisation par rapport aux dépenses globales


Le tableau 32 ci-dessous présente la catégorisation des ménages par rapport à leurs dépenses
globales (alimentaires et non alimentaires) au cours d’un mois.

Tableau 32. Dépenses globales (alimentaires et non alimentaires) mensuelles (en fc)
LIMETE NDJILI MAKALA
Catégories des Ménages
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Premier quartile
241.040 à 736.920 93.840 à 299.000 76.360 à 175.720
(ménages pauvres)
Deuxième & troisième quartile
737.840 à 1.541.920 299.920 à 672.520 176.640 à 355.120
(ménages moyens)
Quatrième quartile
1.542.840 à 4.702.120 673.440 à 2.493.200 356.040 à 842.720
(ménages aisés)
Source : Auteur à partir des données des enquêtes de 2010.

Sur base de ces informations, les ménages sont considérés comme aisés, s'ils sont installés
dans le quartier aisé et que leurs dépenses globales mensuelles sont au moins de 1.542.840 fc.

- 94 -
Les ménages moyens sont ceux du quartier moyen et dont les dépenses globales mensuelles
sont comprises entre 299.920 fc et 672.520 fc. Enfin, les ménages pauvres sont établis dans le
quartier pauvre et présentent des dépenses globales mensuelles inférieures à 175.720 fc.

5.1.2. Catégorisation des ménages par rapport à la qualité de l’habitat

Le tableau 33 ci-dessous présente trois catégories de ménages en fonction de la qualité de leur


habitat.

Tableau 33. Catégorisation des ménages par rapport à la qualité de l’habitat.


LIMETE NDJILI MAKALA
Qualité de l’habitat (Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Effectif % Effectif % Effectif %
PRECAIRE 1 1 11 8 86 83
ACCEPTABLE 42 40 104 75 18 17
CONFORTABLE 61 59 23 17 0 0
Total 104 100 138 100 104 100
Source : Auteur à partir des données des enquêtes de 2010.

Ce tableau met en évidence trois catégories de ménages par rapport à la qualité de leur habitat.
Il s’agit de «habitat de qualité précaire», «habitat de qualité acceptable» et «habitat de qualité
confortable».

1° Habitat de qualité précaire


Les ménages de cette catégorie ont un logement dont le pavement est fait de morceaux de
briques ou en terre simple (terre nue). Les murs sont en tôles, en terre battue ou en paille. La
toiture est faite de paille, de bâche et rarement en tôles galvanisées. La toilette est faite d’un
trou de 1 à 2 mètres de profondeur. La maison est de très petite dimension, la superficie par
individu est inférieure à 1,75 m². Dans cette étude, sur les 346 ménages échantillonnés, 98
ménages ont été identifiés comme ayant un habitat précaire, parmi lesquels 86 sont établis à
Makala dans le quartier pauvre.

2° Habitat de qualité acceptable


Dans les ménages de cette catégorie le pavement de la maison est généralement en ciment et
rarement en carreaux. Les murs de la maison sont essentiellement faits de bloc de ciment, la
toiture en tôles galvanisées, rarement en tuiles. La toilette est du type fosse arable et rarement
en cuve. La maison est de taille moyenne dont la superficie par habitant est comprise entre
1,76 et 4,86 m². Dans cette étude, sur les 346 ménages considérés, 164 ménages ont été
identifiés comme possédant un logement de qualité acceptable parmi lesquels 104 ont été
identifiés dans le quartier moyen.

3° Habitat de qualité confortable


Dans les ménages de cette catégorie, le pavement est formé de carreaux et rarement en ciment
lisse. Les murs de la maison sont en blocs de ciment, la toiture en fibres de ciment ou en
tuiles. La toilette est en cuve. La maison est de grande dimension dont la superficie par
habitant est va de 4,87 à 5,53 m². Sur les 346 ménages échantillonnés dans cette étude, 84
ménages de qualité confortable ont été identifiés dont 61 établis dans le quartier aisé, 23 dans
le quartier moyen et aucun dans le quartier pauvre.

- 95 -
5.1.3. Catégorisation des ménages par rapport à leur niveau d’équipements et
raccordements

Le tableau 34 ci-dessous présente trois catégories de ménages en fonction de leur niveau


d’équipements et raccordements.

Tableau 34. Catégorisation des ménages par rapport au niveau des équipements et raccordements
LIMETE NDJILI MAKALA
Niveau d’équipement (Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Effectif % Effectif % Effectif %
SOUS EQUIPES 0 0 15 11 70 67
MOYENNEMENT EQUIPES 40 39 103 75 34 33
BIEN EQUIPES 64 61 20 14 0 0
Total 104 100 138 100 104 100
Source : Auteur à partir des données des enquêtes de 2010.

Ce tableau met en évidence trois catégories de ménages par rapport aux équipements de la
maison et aux raccordements auxquels les ménages ont accès. Il s’agit de : « ménages sous-
équipés » ; « ménages moyennement équipés » et « ménages bien équipés ».

1° Ménages sous-équipés
Dans les ménages de cette catégorie, le salon ne contient pas de fauteuil, ni climatiseur, ni
télévision, ni rien d’important. Dans la chambre des parents, il n’y a pas de lit, sauf parfois
des draps. On peut y trouver des nattes et parfois des éponges servant de matelas. La cuisine
n’est pas établie dans un lieu précis. C’est à l’extérieur de la maison que se fait la cuisine.
L’instrument principal utilisé pour la cuisson est le brasier ou un dispositif adapté pour les
bois de chauffe ou pour l’utilisation des copeaux de bois. Pas de matériels de transport et
aucun raccordement officiel en eau ni en électricité. 85 ménages de ce type ont été identifiés
dans la zone d’études dont 70 dans le quartier pauvre et aucun ménage de ce type n’a été
identifié dans le quartier aisé.

2° Ménages moyennement équipés


Dans ces ménages, on rencontre un bon nombre de biens d’équipement et de raccordements.
Le salon comprend généralement des fauteuils, télévision, chaîne HIFI, radio, rarement le
climatiseur. La chambre des parents est généralement équipée. On y trouve un lit avec draps
et couvertures, parfois on utilise des éponges en lieu et place de matelas.
La cuisine existe à l’intérieur de la maison mais la cuisson se fait généralement à l’extérieur
de la maison. Mais, dans tous les cas, un réchaud est toujours disponible et celui-ci coexiste
ou non avec une cuissière ou four. Le brasier est aussi présent pour servir de matériel de
cuisson, surtout à cause des irrégularités dans la fourniture de l’électricité.
Ces ménages possèdent ou pas un groupe électrogène, un ordinateur ou un véhicule comme
moyen de transport. Presque tous ont un raccordement en eau et en électricité. Quelques
antennes paraboliques ont été identifiées dans certains ménages de cette catégorie. Parmi les
346 ménages concernés dans l’étude, 177 ménages moyennement équipés ont été identifiés,
dont 103 dans le quartier moyen, 34 dans le quartier pauvre et 40 dans le quartier aisé.

- 96 -
3° Ménages bien équipés
Dans ces ménages, le salon est bien équipé. On y trouve presque tous les équipements
supposés se trouver dans un salon (fauteuil, télévision, radio, etc.). La chambre des parents
comprend un lit, matelas, draps et couvertures. Presque tous les ménages de cette catégorie
ont un moyen de transport, généralement un véhicule automobile, presque pas de motos et
vélos. L’ordinateur et le groupe électrogène ont été identifiés aussi parmi les équipements de
ces ménages.
La cuisine est bien établie dans la maison. On y trouve généralement une cuisinière munie
d’un four et tant d’autres biens de cuisine. Le brasier a été aussi identifié dans ces ménages,
car il sert à la cuisson en cas de coupure d’électricité.
Les raccordements en eau, électricité et la possession des antennes parabolique de TV existent
dans ces ménages. Il a été identifié 64 ménages bien équipés dans le quartier aisé, 20 dans le
quartier moyen et aucun dans le quartier pauvre.

5.2. CRITERES DE SELECTION DES MENAGES ET MODALITES PRATIQUES DES SUIVIS

Les ménages ont été sélectionnés sur base des catégorisations ci-haut décrites, lesquelles sont
considérées comme des critères pour le choix des ménages. Les ménages sont considérés
comme aisés s'ils sont installés dans le quartier aisé et que leurs dépenses globales mensuelles
sont au moins de 1.542.840 fc. Les ménages moyens sont ceux du quartier moyen dont les
dépenses globales mensuelles sont comprises entre 299.920 fc et 672.520 fc. Enfin, les
ménages pauvres sont établis dans le quartier pauvre et présentent des dépenses globales
mensuelles inférieures à 175.720 fc.
S'agissant de la qualité de l'habitat, les ménages choisis sont ceux dont l’habitat est de qualité
confortable (dans le quartier aisé), de qualité acceptable (dans le quartier moyen) et de qualité
précaire (dans le quartier pauvre).
Concernant le niveau d'équipements, le choix a porté sur les ménages bien équipés (dans le
quartier aisé), les ménages moyennement équipés (dans le quartier moyen) et sur les ménages
sous-équipés (dans le quartier pauvre).
La méthodologie suivie est basée sur une enquête consistant en un suivi des ménages à travers
leurs dépenses alimentaires quotidiennes. L'échantillonnage raisonné a permis de choisir 30
ménages à raison de 10 ménages dans chaque quartier en fonction des caractéristiques
présentées ci-avant, soit 10 ménages très aisés et dont l'habitat est de qualité confortable dans
le quartier aisé ; 10 ménages moyens avec habitat de qualité acceptable dans le quartier
moyen et 10 ménages moins aisés avec l'habitat de qualité précaire choisis dans le quartier
pauvre.
Ces trente ménages ont fait l'objet d'un premier suivi pendant la saison sèche (de juin à août
2011) et d'un deuxième suivi pendant la saison pluvieuse (de février à avril 2012). Le suivi a
consisté en l’enregistrement des informations suivantes : quantités d’aliments consommées,
dépenses réalisées pour chaque consommation, estimation du prix des aliments non achetés,
nombre de personnes qui ont pris part aux repas, nombre journalier de repas, heure du repas et
qualité de la personne s'occupant de la cuisine. Les quantités consommées ont été estimées
soit à partir du poids mentionné sur l’emballage soit par des pesées à l’aide d’une balance.
L’utilisation des tables de composition des aliments a permis d’estimer la quantité de
nutriments consommés, particulièrement les protéines ainsi que la quantité de calories de
chaque aliment consommé. La diversité alimentaire a été appréciée par la fréquence de

- 97 -
consommation de chaque aliment au cours de la semaine. Ce critère a permis d'apprécier la
qualité du régime alimentaire en fonction de la diversité des aliments qui le composent (Savy
et al. 2003).
Chaque aliment consommé dans les ménages a été enregistré selon son appartenance à l'un
des douze groupes alimentaires de la classification de la FAO qui distingue : céréales; racines
et tubercules; légumes; viandes; poisons; légumineuses; fruits; œufs; lait et produits laitiers;
huiles et graisses; sucreries et boissons.
Des données plus qualitatives ont également été rassemblées et ont permis de décrire les
modes de vie des ménages échantillonnés. Les résultats des suivis portent d'abord sur les
modes de vie des ménages et ensuite sur leurs modes de consommation alimentaire.

5.3. MODES DE VIE, MOYENS D’EXISTENCE ET ORGANISATION DES MÉNAGES.

Les informations en rapport avec les modes de vie des ménages sont présentées en termes de :
 Composition des ménages;
 Gestion des ménages et rapport entre les membres des ménages;
 Organisation des ménages autour de l’alimentation.

5.3.1. Composition des ménages

Le tableau 35 ci-dessous présente les ménages du point de vue de leur composition. Il ressort
de ce tableau quatre importantes informations : la taille des ménages, le nombre d’enfants
dans la famille, la situation des enfants dans les ménages, les sous-ménages ainsi que le
nombre de personnes prises en charge au sein des ménages.

Tableau 35. Taille et composition des ménages


Quartier aisé Quartier moyen Quartier pauvre
Ménages

Personnes.

Personnes.
Personnes
scolarisés.

scolarisés.

scolarisés.
en charge

en charge

en charge
ménages

ménages

ménages
Nombre

Nombre

Nombre
enfants

enfants

Enfants
Enfants

Enfants

Enfants
Taille

Sous-

Sous-

Sous-
Taille

Taille

1 11 7 7 0 0 11 6 4 0 5 8 1 0 0 2
2 11 6 6 0 5 10 2 2 0 6 7 3 3 0 3
3 9 5 fini 0 2 8 5 4 0 1 8 5 3 0 2
4 11 3 3 0 1 7 3 2 0 3 11 7 0 0 3
5 8 3 3 0 2 8 2 2 0 1 12 7 4 3 3
6 6 6 4 0 7 6 3 3 0 0 15 8 0 0 5
7 7 8 4 0 0 6 4 2 0 0 9 5 2 1 5
8 7 5 5 0 8 8 4 4 0 1 9 4 0 0 3
9 8 6 fini 0 6 6 5 3 0 2 9 4 3 1 4
10 5 9 fini 0 0 5 2 2 0 0 7 5 2 0 2
Moyen 8 6 5 0 4 8 4 3 0 2 10 5 2 1 3
Source : Auteur à partir des données de l’enquête de 2011

Il ressort de ce tableau que dans la composition des ménages quatre éléments sont à prendre
en compte. Il s'agit de la taille des ménages, le nombre d’enfants dans la famille, les sous-
ménages ainsi que le nombre de personnes prises en charge au sein des ménages.

- 98 -
1° La taille des ménages: en moyenne, la taille des ménages est de 8 dans les quartiers aisé et
moyen, mais elle est autour de 10 personnes dans les ménages du quartier pauvre. Cette taille
relativement élevée dans les ménages du quartier pauvre est en grande partie liée au
phénomène de sous-ménages fort rependu dans ce type de quartier.
2° Un sous-ménage est un ménage dans un autre ménage. Ce cas a été identifié dans 3
ménages parmi les 10 du quartier pauvre. Parmi les 3, deux ménages avaient jusqu’à trois
sous-ménages en leur sein. Ces sous ménages étant constitués des familles des enfants âgés
qui sont devenus des pères ou des mères des autres enfants sans avoir quitté le toit familial.
L'étude a montré que certains sous-ménages participent en partie dans le financement des
dépenses alimentaires des ménages au sein desquels ils sont établis. D'autres sous-ménages
ont une certaine autonomie vis-à-vis du ménage hôte en ce sens qu’ils financent eux-mêmes
leurs dépenses alimentaires.
3° Situation des enfants au sein des ménages: le nombre d’enfants dans les ménages est
compris entre 5 et 6 dans les quartiers aisé et pauvre alors que dans le quartier moyen ce
nombre est moins élevé, il est en moyenne de 4 enfants par ménage. Ces chiffres sont corrélés
avec l’âge des chefs des ménages et conjoints. S’agissant de la scolarité des enfants, dans le
quartier pauvre, seuls 2 enfants sur 5 sont scolarisés par manque de moyens pour assurer la
scolarité des autres enfants. Dans les ménages du quartier aisé, tous les enfants en âge de
fréquenter l’école sont scolarisés.
4° Personnes en charge du ménage: il s’agit des personnes établies dans les ménages sans
faire partie intégrante de celui-ci. Pour la plupart ce sont les neveux, nièces, cousins ou
proches parents soit du chef de ménage soit du conjoint qui s’installent dans le ménage
définitivement ou pendant une période généralement non définie. Dans certains ménages, il a
été identifié des personnes établies dans des ménages sans lien de parenté avec les autres
membres de ces ménages. Les informations du tableau ci-dessus montrent bien que le
« phénomène de personnes en charge » est bien présent tant dans les ménages du quartier aisé
que dans ceux du quartier pauvre. Le nombre de personnes en charge est plus élevé dans les
ménages aisés que dans les ménages pauvres parce que la richesse attire les gens.

5.3.2. Gestion des ménages et rapport entre les membres

La gestion quotidienne des ménages est une tâche qui est dévolue au chef de ménage, mais
dans certaines situations les membres des ménages participent dans la gestion. Le tableau 36
ci-dessous présente le genre des chefs des ménages, leur état-civil ainsi que leur âge. Ces
éléments sont présentés et analysés en rapport avec la capacité de diriger et de contrôler les
membres des ménages.

- 99 -
Tableau 36. Renseignements sur les chefs de ménages
LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Etat-civil
Célibataire 0 1 0
Marié 10 6 7
Divorcé 0 2 1
Veuf 0 1 2
Total 10 10 10
Genre
Homme 10 6 7
Femme 0 4 3
Total 10 10 10
Activités professionnelles
Salariés 5 5 4
Professions libérales 5 3 6
Sans activité 0 2 0
Total 10 10 10
Source : Auteur à partir des enquêtes de suivi des ménages de 2011

En analysant les informations du tableau ci-haut en rapport avec l’état-civil, l’étude révèle
deux cas : le premier est la prédominance des ménages dirigés par un couple marié et le
deuxième cas est celui des ménages dirigés par les femmes (célibataires, divorcées ou
veuves).

1° Ménages dirigés par un couple marié


Tous les 10 ménages du quartier aisé ont été classés dans ce groupe, 6 ménages dans le
quartier moyen et 7 ménages dans le quartier pauvre. Mais deux tendances ont été observées
dans ces ménages selon que le chef de ménage pourvoit aux besoins du ménage ou pas.
 Chefs de ménages pourvoyeurs :
Dans ce cas, c’est lui qui gère le ménage et il dispose du pouvoir décisionnel. C’est lui qui
finance les dépenses de l’alimentation et tous les membres du ménage mangent par rapport à
son goût. Sauf dans le quartier aisé où les membres des ménages ont la possibilité de proposer
les menus du jour, dans les autres quartiers ce sont les chefs de ménages qui proposent les
menus du jour. Si le conjoint pratique une activité rémunératrice, le revenu est apporté sous
forme d'un complément au salaire du chef de ménage pour financer les besoins de tous les
membres du ménage. Dans certains ménages les enfants apportent également leur
contribution.
 Chefs de ménages non pourvoyeurs :
Le manque d’emploi ou le fait d’avoir un emploi avec faible rémunération pour les chefs de
ménages conduit à plusieurs situations (Nambuwa, 2012):
- le rôle du père devient de plus en plus insignifiant dans la survie du ménage,
- le polycentrisme décisionnel en matière de choix des menus,
- le rapport conflictuel entre pourvoyeurs et les chefs des ménages,
- les pratiques à la fois individualistes et communautaristes de la part des membres des
ménages, etc.

- 100 -
2° Ménages dirigés par les femmes seules
Il a été observé dans le quartier moyen (4 cas sur 10) et dans le quartier pauvre (3 cas sur 10),
des ménages dirigés par une femme célibataire, veuve ou divorcée. Ces femmes-chefs de
ménages se sentent de plus en plus sans soutien pour assurer la charge des ménages. Ce
sentiment de manque d’un partenaire avec lequel on devrait codiriger le ménage est souvent
évoqué par des femmes chefs de ménages par une expression bien connue des Kinois
« loboko moko » c’est -à- dire « un manchot ».
En évoquant cette expression la femme-chef de ménage exprime sa peine à pourvoir toute
seule aux besoins des membres de son ménage. Dans les ménages où les femmes sont chefs
de ménage, l’étude a montré que les autres membres des ménages conjuguent les efforts, pour
pourvoir aux besoins de leurs ménages à côté de leurs mères. Dans ces ménages les traits les
plus caractéristiques sont :
- l’absence prolongée des femmes dans les ménages,
- la place non négligeable des filles dans le financement des besoins des ménages,
- la contribution des autres membres du ménage sous forme de cotisation.

5.3.3. Organisation des ménages pour accéder à l’alimentation

Deux principales organisations des ménages ont été identifiées pour accéder à l’alimentation :
la diversification des sources des revenus et la diversification des pourvoyeurs de revenus. Le
tableau 37 ci-dessous présente les différentes sources de revenus dans les trois quartiers
respectifs.

Tableau 37. Nombre de sources et pourvoyeurs des revenus


Paramètres LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Nombre de sources formelles de revenus 14 7 6
Nombre de sources informelles de revenus 2 14 29
Total 16 21 35
Pourvoyeurs dans les sources formelles
Monsieur (papa) 10 6 4
Madame (maman) 4 1 0
Enfants 0 0 1
Autres membres 0 0 1
Total 14 7 6
Pourvoyeurs dans les sources informelles
Monsieur (papa) 1 7 4
Madame (maman) 0 6 10
Enfants 1 0 12
Autres membres 0 1 3
Total 2 14 29
Source : Auteur à partir des enquêtes de suivi des ménages de 2012

Il ressort de ce tableau trois observations : la diversification des sources de revenus exprimée


en termes de nombre de sources, les types de revenu ainsi que les pourvoyeurs des revenus
dans les ménages.

- 101 -
1° Diversification des sources de revenus
Plusieurs sources de revenus ont été identifiées au sein des ménages en dehors de la source
principale, généralement celle qui est attachée au chef du ménage.

a) Nombre de sources de revenus


Le nombre de sources de revenus tend à augmenter lorsque les conditions de vie sont de plus
en plus mauvaises. En effet, sur base des données du tableau ci-dessus, le nombre de sources
de revenus est respectivement de 35 dans le quartier pauvre, 21 dans le quartier moyen et 16
dans le quartier aisé. Il en résulte que le nombre moyen des sources de revenus par ménage est
respectivement de 4 dans le quartier pauvre et de 2 dans les quartiers moyen et aisé.

b) Sources de revenus formelles et sources de revenus informelles


Dans le quartier pauvre, sur les 35 sources de revenu identifiées, 29 sont du type informel.
Dans le quartier moyen, sur les 21 sources mentionnées 14 sont informelles. Par contre, dans
le quartier aisé, 2 sources sont du type informel sur les 14 identifiées. On peut donc considérer
que les sources informelles de revenu ont tendance à augmenter lorsque les ménages évoluent
dans des conditions précaires.

2° Diversité des pourvoyeurs des revenus dans les ménages


Quatre pourvoyeurs des revenus ont été identifiés à savoir : le père (chef du ménage), la mère
(conjoint), les enfants et les autres membres (connaissances, proches parents). Les résultats
obtenus et présentés ci-avant révèlent que dans le quartier pauvre sur les 35 sources de
revenu, 13 relèvent des activités des enfants aînés, 10 sont liées aux activités des femmes, 8
des activités des époux et 4 sont liées à des proches parents vivant dans le pays ou à
l’étranger.
Dans le quartier moyen sur les 21 sources de revenus 14 sont du ressort des chefs de ménages
et 7 sources relèvent des activités des épouses. Enfin, parmi les 16 sources de revenus
identifiées dans les ménages aisés, 11 sont attachées aux activités des chefs de ménages, 4
relèvent des activités des épouses et une seule provient des enfants aînés.
De ce qui précède, il apparaît que : le nombre de sources de revenu tend à augmenter dans les
ménages où les conditions de vie sont de plus en plus mauvaises. Les ménages se trouvant
dans ces conditions ont tendance à pratiquer les activités informelles. Ce sont des femmes et
des enfants qui sont les grands pourvoyeurs de revenus. Par contre, dans les ménages dont les
conditions de vie sont assez bonnes, les principales sources de revenus sont du type formel.
Ce sont les chefs de ménages qui en sont les grands pourvoyeurs, suivis des femmes. Les
enfants ne contribuent presque pas dans le revenu familial.

5.3.4. Estimation des revenus des ménages dans l'échantillon

Les montants communiqués par les pourvoyeurs étaient exprimés soit en monnaie locale
(franc congolais) soit en dollar américain. Ces différents montants ont été convertis en dollars
et sont présentés dans le tableau 38.

- 102 -
Tableau 38. Revenu gagné par les activités des membres des ménages par semaine (en fc)
LIMETE NDJILI MAKALA
Ménage (Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier moins aisé)
1 220.800 174.800 11.040
2 1.656.000 131.560 11.960
3 464.600 138.000 10.120
4 552.000 244.720 67.160
5 294.400 99.360 80.040
6 - 201.480 38.640
7 322.000 276.000 69.920
8 644.000 186.760 47.840
9 276.000 119.600 22.080
10 - 93.840 16.560
Moyenne 553.840 166.520 37.720
Maximum 1.656.000 276.000 80.040
Minimum 220.800 93.840 10.120
Source : Auteur à partir des enquêtes de suivi des ménages de 2012

Il résulte de l’analyse des chiffres communiqués lors des enquêtes que, par semaine, les
ménages disposent de revenus moyens respectivement de 553.840 fc pour les ménages les
plus aisés, de 166.520 fc pour les ménages moyens et de seulement 37.720 fc pour les
ménages les plus pauvres de l’échantillon.
Au regard de ce montant, on constate que l’écart est considérable entre les trois groupes issus
de différents quartiers. En effet, le revenu moyen des ménages du quartier très aisé est
d’environ 15 fois supérieur au revenu moyen des ménages du quartier pauvre. On constate
également que les ménages évoluant dans de mauvaises conditions multiplient les sources de
revenus sans pour autant accroître sensiblement leur niveau de revenu. Dans ces conditions,
les occupations professionnelles tendent à revêtir plus un caractère de mode de vie que
d’activités génératrices des revenus.

5.3.5. Organisation des repas

L’organisation des repas est une activité qui va de la préparation des aliments à leur
consommation. Les aspects en rapport avec l’organisation des repas qui ont été analysés dans
cette section sont les suivants : la préparation culinaire, l’heure du repas, le nombre de repas,
la qualité des personnes préparant les repas, le nombre et la qualité des consommateurs.

1° Préparation culinaire
La préparation culinaire est une activité préalable à l’organisation des repas au sein des
ménages. Le tableau 39 ci-dessous présente les différentes préparations culinaires ainsi que
l’heure de ces préparations.

- 103 -
Tableau 39. Le nombre de préparations et l’heure de repas par semaine
LIMETE NDJILI MAKALA
Heures de (Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
repas Saison Saison Saison Saison Saison Saison
sèche pluvieuse sèche pluvieuse sèche pluvieuse
Les préparations des petits déjeuners
6 à 7h - 4 - 3 - -
7 à 8h 2 1 - 1 - -
8 à 9h 4 2 2 - - -
9 à 10h 1 - 3 -
après 10h - - - - 4 3
Total 7 7 5 4 4 3
Les préparations des repas
Midi 3 2 1 - -
16 à 17h 3 4 - - -
17 à 18h 5 1 2 1 - -
18 à 19h 1 4 5 4
après 19h - - 1 3 5 3
Total 12 11 9 8 5 3
Source : Auteur à partir des enquêtes de suivi des ménages de 2011 et 2012

Deux types de préparations culinaires ont été identifiés à partir des informations de ce tableau.
Il s’agit d’abord des préparations matinales et des préparations culinaires pour le reste de la
journée. Les préparations culinaires matinales concernent les petits déjeuners alors que celles
de la journée sont en rapport avec les dîners. En comparant leur nombre respectif, on constate
que, quelle que soit la saison et quel que soit le quartier, les préparations culinaires sont plus
nombreuses les après-midi que dans la matinée.
A partir des informations de ce tableau on observe qu’en moyenne, le nombre de préparations
alimentaires, y compris les petits déjeuners, est plus élevé en saison sèche qu’en saison
pluvieuse.

2° Heure des repas


Le tableau 39 renseigne également sur les heures des repas. Il s’avère que celles-ci sont
différentes d’une saison à une autre et aussi différentes selon que les ménages sont dans des
conditions aisées ou dans la pauvreté. La prise des petits déjeuners se réalise entre 8 et 9
heures 4 jours/semaine en saison sèche et un peu plus tôt, entre 6 et 7 heures du matin 4
jours/semaine en saison pluvieuse. Le petit déjeuner est très matinal en saison pluvieuse à
cause des enfants qui sont censés aller à l’école.
Dans les ménages moyens on observe la même tendance que celle des ménages aisés, à la
différence que pendant la saison sèche (période de vacances), le petit déjeuner est consommé
entre 9 et 10 heures 3 fois/semaine. Cette tendance à retarder la prise des petits déjeuners est
motivée par le fait que le repas principal intervient un peu plus tard dans la soirée. Dans le
quartier pauvre, ce petit déjeuner est consommé après 10 heures.
S’agissant des repas du reste de la journée, le résultat de l’étude montre que le repas de midi
est une particularité des ménages aisés. Il a une fréquence de 3 fois/semaine (en saison sèche)
ou de 2 fois/semaine (en saison pluvieuse). Dans les ménages moyens le repas de midi a une
fréquence d’une seule fois par semaine en saison sèche et presque pas en saison pluvieuse. Le

- 104 -
repas de la journée est essentiellement organisé entre 17 et 18 heures dans les ménages aisés
quelle que soit la saison. Dans les ménages moyens ce repas a lieu en général entre 18 et 19
heures, et dans les ménages pauvres, il intervient après 19 heures.

3° Qualité des personnes préparant les repas


La qualité des personnes s’occupant de la préparation des aliments est un facteur de différence
sociale entre les ménages. Le tableau 40 ci-dessous montre que les personnes chargées de
préparer les aliments différents d’un ménage à un autre et d’une saison à une autre.

Tableau 40. Fréquence et qualité des personnes préparant les repas par semaine
Madame Enfants Proche Boniche Chacun Moyenne de repas
(conjoint) (filles) parent pour soi préparés/
semaine
Saison sèche
Ménages
3 1 1 14 0 19
aisés
Ménages
6 5 3 0 0 14
moyens
Ménages
1 4 3 0 1 9
pauvres
Saison pluvieuse
Ménages
5 0 1 12 0 18
aisés
Ménages
7 2 3 0 0 12
moyens
Ménages
1 3 1 0 1 6
pauvres
Source : Auteur à partir des enquêtes de suivi des ménages de 2011 et 2012

S’agissant de la personne qui fait la cuisine, il a été observé que dans le quartier aisé, les
boniches (femmes de ménage) ont préparé la nourriture 14 fois sur une moyenne de 19
préparations enregistrées. Dans les ménages moyens par contre, la préparation des repas est
une tâche qui est partagée entre les épouses (6 fois/semaine) et les filles âgées (5
fois/semaine).
Le faible niveau de revenu des ménages moyens et pauvres ne leur permet pas d’employer des
femmes de ménage. Dans les ménages pauvres, la préparation des repas est une activité
essentiellement vouée aux filles. Les épouses sont souvent hors ménages dans la recherche
des moyens de survie.
En divisant les données de la dernière colonne par 7, on obtient le nombre journalier de
préparations des repas qui est respectivement de 3 repas/jour (dans les ménages aisés) ; 2
repas/jour (dans les ménages moyens) et de 1 repas/jour (dans les ménages pauvres). En
saison pluvieuse les fréquences de préparation des repas tendent à diminuer, surtout dans les
ménages pauvres.
Le « chacun pour soi » est une pratique selon laquelle chaque membre du ménage s’arrange
pour préparer sa propre nourriture. Cette pratique alimentaire a été observée dans le quartier
pauvre. Dans la plupart des cas, lorsqu’on parle de « chacun pour soi » il s’agit d’un repas
dont l’une des composantes a été achetée dans un état prêt à consommer. Souvent ce sont les

- 105 -
viandes (croupion de dinde, cuisses de poulet) ou poissons (chinchard) que l’on achète à l’état
cuit et que l’on va consommer avec le Fufu préparé à domicile.

5° Nombre et qualité des consommateurs


Le tableau ci-dessous présente le nombre de consommateurs dans les ménages.

Tableau 41. Nombre de consommateurs


Ménages Saisons Nombre total par semaine Moyenne journalière
Sèche 81 12
Ménages aisés
Pluvieuse 76 11
Sèche 72 10
Ménages moyens
Pluvieuse 63 9
Sèche 61 9
Ménages pauvres
Pluvieuse 55 8
Source : Auteur à partir des enquêtes de suivi des ménages de 2011 et 2012

Le nombre de consommateurs est plus élevé dans les ménages aisés que dans les ménages
pauvres dans toutes les saisons. On obtient en moyenne 11 à 12 personnes (dans les ménages
aisés) ; 9 à 10 personnes (dans les ménages moyens) et 8 à 9 personnes (dans les ménages
pauvres). Le niveau de richesse attire les gens ce qui accroît l’effectif journalier de
consommateurs dans les ménages aisés. Mais aussi, le déplacement des enfants pendant les
vacances a de l’influence sur la variation de l’effectif de consommateurs. Le nombre des
consommateurs au sein des ménages est très variable d’un jour à l’autre. Il varie
essentiellement en fonction de la fréquence et du nombre des visiteurs, surtout lorsque ces
derniers arrivent quelques instants avant le repas.
Outre les visiteurs, il a été également observé que le repas peut se partager également avec les
voisins en leur envoyant une partie de la nourriture qu’ils vont consommer chez eux. C'est
généralement dans les ménages pauvres ainsi que dans certains ménages moyens qu'il a été
observé cette pratique que l'on peut considérer comme une sorte de ristourne alimentaire entre
les ménages. Dans les ménages où cette pratique est d’usage, c’est souvent la mère ou les
filles aînées concernées par la préparation des repas qui sont les seules à consommer la
nourriture échangée. On qualifie ces nourritures échangées en termes de « goûter».

5.4. MODES DE CONSOMMATION ALIMENTAIRE DES MENAGES

Les modes de consommation alimentaire sont analysés ici en relation avec les modes de vie
des ménages et les saisons sèche et pluvieuse. Les informations présentées dans cette section
vont porter sur :
 Importance relative des aliments dans les dépenses alimentaires ;
 Fréquence et modes de consommation des aliments ;
 Quantité d’aliments consommés et les apports nutritionnels.

5.4.1. Importance relative des aliments dans les dépenses

L'importance relative des aliments exprime la part en pourcentage des dépenses de chaque
groupe d’aliments dans les dépenses alimentaires. Le tableau 42 ci-dessous présente les
dépenses réalisées pour l’achat des aliments de chaque groupe au cours d’une semaine.

- 106 -
Tableau 42. Dépenses alimentaires (en fc) par semaine par ménage et par saison
LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Groupes Saison Saison Saison Saison Saison Saison
d’aliments sèche Pluvieuse sèche Pluvieuse sèche Pluvieuse
Céréales 21.949 27.703 7.628 9.021 4.730 3.141
Racines &
tubercules 17.251 19.794 11.715 14.093 6.597 8.963
Légumes 8.046 11.287 3.399 3.964 1.159 1.287
Viandes 25.440 33.204 7.358 9.952 2.719 3.242
Poissons 18.310 27.358 4.601 5.835 1.786 2.058
Légumineuses 10.386 14.148 7.903 9.127 2.957 4.763
Fruits 5.068 7.230 1.815 3.808 1.173 1.431
Œufs 4.089 4.126 2.810 2.797 827 1.019
Produits laitiers 20.084 16.728 5.423 4.187 1.324 1.714
Huiles& graisses 5.134 6.178 2.669 3.705 1.937 2.057
Sucreries 7.220 7.392 4.545 5.431 2.410 2.741
Boissons 6.827 8.317 2.956 3.058 598 1.141
Total 149.803 183.463 62.820 74.977 28.215 33.556
Source : Auteur à partir des enquêtes de suivi des ménages de 2011 et 2012

En exprimant en pourcentage la part de chaque groupe d’aliments on obtient leur importance


relative dans les dépenses alimentaires. Les deux graphiques qui suivent présentent
l’importance relative des aliments pour les trois groupes de ménages constitués. Le premier
graphique présente les catégories prépondérantes dans les dépenses alimentaires tandis que le
second présente les catégories mineures.

1° Importance relative des aliments prépondérants dans les dépenses alimentaires (%)

Figure 9. Importance relative (%) des aliments prépondérants dans les dépenses alimentaires
Source : Auteur à partir des données de l’enquête 2011/2012

- 107 -
Les aliments sont dits prépondérants lorsque leur part dans les dépenses alimentaires est
supérieure ou égale à 10%. Le résultat obtenu montre qu’en saison sèche, dans les ménages
aisés, ce sont les viandes (17%) et les céréales (14%) dont l’importance relative dans les
dépenses est la plus élevée. Ils sont suivis des laits (13%), des racines et tubercules (12%) et
des poissons (12%). En saison pluvieuse, le résultat obtenu montre que c’est la viande avec
18% qui occupe l’importance relative la plus élevée dans les dépenses. Elle est suivie des
poissons (15%), des céréales (15%) et des racines et tubercules (11%).
Dans les ménages que l’on peut qualifier de moyens, pendant la saison sèche, ce sont les
racines et tubercules (18%) qui ont une grande importance relative en termes de dépenses
alimentaires. Viennent ensuite les dépenses pour des céréales (13%), des légumineuses (13%)
et des viandes (10%). Pendant la saison pluvieuse, ce sont des racines et tubercules (19%) qui
ont une grande importance relative en termes de dépenses alimentaires, ensuite ce sont les
dépenses pour les viandes (13%). Les céréales (12%) comme les légumineuses (12%)
occupent la troisième position en termes de dépenses.
Pour les ménages les plus pauvres situés dans le quartier moins aisé, la part des dépenses en
racines et tubercules (23%) est beaucoup plus importante que dans les deux quartiers
précédents. Les céréales (17%) occupent une part des dépenses plus importante que les
viandes (10%) et les poissons (10%). Pendant la saison pluvieuse la part des dépenses en
racines et tubercules atteint (27%), les légumineuses (14%) occupent une part des dépenses
plus importante que les viandes (10%).

2° Importance relative des aliments mineurs dans les dépenses alimentaires (%)

Figure 10. Importance relative (%) des aliments mineurs dans les dépenses alimentaires
Source : Auteur à partir des données de l’enquête 2011/2012

Les aliments sont dits mineurs lorsque leur part dans les dépenses alimentaires est de moins
de 10%. Le résultat obtenu révèle que pendant la saison sèche, dans les ménages aisés, les
légumineuses ont une part de 7%, les légumes, les sucres et les boissons ont chacun 5%. Les
fruits (3%), les huiles (3%) et les œufs (3%) sont les moins consommés. Pendant la saison
pluvieuse, les produits laitiers (9%) sont essentiellement consommés lors du petit déjeuner

- 108 -
avec les produits sucrés (4%). Les légumineuses (8%) et les légumes (6%) sont les principaux
aliments d’accompagnement d’origine végétale.
Pour les ménages moyens, pendant la saison sèche la part des laits (9%) est supérieure à celle
de la saison pluvieuse (6%), de même que la part du sucre (8%) est supérieure à celle de la
saison pluvieuse (7%). Les deux produits sont plus consommés en saison sèche qu'en saison
pluvieuse. La part des poissons (8%), dans les deux saisons, est bien supérieure à celle des
légumes (5%).
Pour les ménages les plus pauvres, pendant la saison sèche la part des sucres (9%) est
supérieure à celle de la saison pluvieuse (8%). La part des céréales (9%) est inférieure à celle
de la saison sèche (17%). Les céréales coûtent relativement plus cher en saison pluvieuse
qu'en saison sèche. Les légumes (4%) et les fruits (4%) et les poissons (6%) ont des
importances relatives qui ne varient pas d'une saison à l’autre. Les œufs (3%) et les boissons
(2-3%) ont une part relative la plus faible dans les dépenses.

3° Analyse des dépenses des ménages


Les données du tableau 42 ont montré que les dépenses de la saison pluvieuse sont plus
élevées que celles de la saison sèche. Toutefois, en comparant les moyennes des dépenses des
groupes des aliments entre les saisons, le test de Student à 5% de signification révèle que les
moyennes reprises dans le tableau 43 ci-dessous ne présentent pas des différences
significatives par rapport aux saisons.

Tableau 43. Résultat du test de comparaison des moyennes des dépenses des aliments
Saisons N Moyennes Ecart-type Coefficient de t P Décision
Céréales Saison A 30 11.435,47 9.953,34 -0,63 0,53 Non significative
Saison B 30 13.288,33 1.2810, 28 -0,63 0,53 Non significative
Œufs Saison A 30 2.575,17 1.671,09 -0,15 0,88 Non significative
Saison B 30 2.647,20 1.926,18 -0,15 0,88 Non significative
Laits Saison A 30 8.943,57 9.897,33 0,61 0,54 Non significative
Saison B 30 7.542,97 7.755,45 0,61 0,54 Non significative
Sucres Saison A 30 4.724,87 2.918,37 -0,58 0,56 Non significative
Saison B 30 5.187,93 3.245,30 -0,58 0,56 Non significative
Source : Auteur à partir des enquêtes de suivi des ménages de 2011 et 2012

Sur base de ce tableau on peut faire les observations suivantes. Les céréales constitue le
groupe qui a le plus d’aliments consommés dans la semaine et sous diverses formes. De ce
fait, il est possible que la baisse dans la consommation d’une céréale au cours d’une saison
soit compensée par l’accroissement dans la consommation d’une autre céréale au cours de
l'autre saison. Il en résulte que les dépenses des céréales entre les saisons ne présentent donc
pas de différences significatives.
S’agissant des laits et sucres, le test a révélé également que leurs dépenses ne présentent pas
de différences significatives d'une saison à une autre. Partant de cette observation, on peut
considérer les laits et les sucres comme étant des produits complémentaires ou substituables
selon leur mode de consommation dans les ménages. En effet, dans les ménages aisés, le lait
est consommé avec le sucre comme produits complémentaires surtout dans les petits
déjeuners. Mais, l’accroissement des dépenses de lait est toujours supérieur à celui des sucres.
C’est ce qui semble être le cas des ménages aisés dans l’échantillon. Par contre dans les
ménages très pauvres le lait et le sucre sont des produits de substitution. L’accroissement des

- 109 -
dépenses des sucres entraîne la diminution des dépenses de lait. C’est également le cas dans
les ménages pauvres de cette étude.
S’agissant des dépenses des œufs, le test a montré que celles-ci ne sont pas significativement
différentes. Cela s’explique simplement par le fait que les ménages ne consomment pas
suffisamment d’œufs, sauf les omelettes qui sont du reste consommées dans la plupart des cas
hors des ménages.
Le test de comparaison a montré en outre que les dépenses des consommations sont
significativement différentes entre les ménages aisés, les ménages moyens et les ménages
pauvres. De ce fait, on peut admettre que les trois groupes de ménages sont économiquement
différents du moins en ce qui concerne leur dépense alimentaire.

5.4.2. Fréquences et modes de consommation des aliments

Cette section a pour objectif de présenter la consommation des aliments au cours de la


semaine. La série des tableaux qui suit présente pour chaque aliment consommé, sa fréquence,
les différents modes de consommation ou modes de préparation correspondants ainsi que les
dépenses consacrées. Les informations sont présentées par rapport aux 12 groupes d’aliments
déjà évoqués dans la section précédente.

1° Les céréales
Le tableau 44 ci-après indique les fréquences de chaque céréale consommée par ménage et
par semaine ainsi que leurs modes de consommation identifiés.

Tableau 44. Fréquence et modes de consommation des céréales par ménage/semaine/saison


Céréales Modes de LIMETE NDJILI MAKALA
consommation (Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Fréquence Dépense (fc) Fréquence Dépense (fc) Fréquence Dépense (fc)
Saison sèche
Pain 7 8.100 5 2.878 4 1.064
Spaghetti 2 1.050
Gâteau 1 673
Biscuit 2 807 2 305
Blé Beignet 1 663 1 351 1 200
Fufu 3 7.015 5 3.392 3 2.457
Maïs Bouillie fluide 2 642
Riz Pâte molle 3 3.641 1 702 2 567
Total 19 21.949 14 7.628 11 4.730
Saison pluvieuse
Pain 7 9.269 5 2.903 3 721
Spaghetti 2 1.839 1 461 - -
Gâteau 2 972 - - - -
Blé Fufu - - - - 1 326
Farine ou semoule
Maïs (fufu) 4 10.467 5 4.815 2 1.792
Boulaille - - 1 302
Riz Pâte molle 3 5.155 1 841
Total 18 27.702 12 9.020 7 3.141
Source : Auteur à partir de l’enquête de 2011 et 2012.

- 110 -
Les informations qui découlent de ce tableau révèlent que le blé semble être la céréale dont la
fréquence de consommation dans les ménages/semaine est la plus élevée tant en saison sèche
qu’en saison des pluies. Une bonne gamme variée des produits à base de blé (pain, spaghetti,
gâteau, etc.) en est la principale raison. En additionnant tous les modes de consommation de
blé en saison sèche, on obtient par semaine respectivement une fréquence de l’ordre de 19
(dans les ménages aisés), 14 (dans les ménages moyens) et de 11 (dans les ménages pauvres).
En saison des pluies, la tendance est à la baisse, elle est respectivement de l’ordre de 18 (dans
les ménages aisés) ; 12 (dans les ménages moyens) et 7 (dans les ménages pauvres).
Le principal produit à base de blé est le pain consommé essentiellement dans les petits
déjeuners. C'est aussi un produit dont la consommation est de plus en plus en progression. Sa
grande fréquence dans la consommation hebdomadaire en est un indicateur important. La
consommation de plus en plus accrue du pain avait déjà été mise en évidence par les études de
Houyoux (1976; 1986). Se référant à ces études, Goossens (1997) constate que le pain est
devenu important pour le petit déjeuner et pour la consommation quotidienne dans la rue
durant la journée. Le pain, qui a l’avantage d’être préparé rapidement et consommé sans
suppléments, risque d’être difficilement remplaçable, une fois que la population s’y est
habituée, surtout si son prix concurrence celui du manioc. A Kinshasa, la consommation de
pain est passée de 1,17 kg par mois et par personne en 1976 à 1,58 kg en 1986. «
L'implantation de petites boulangeries, voire la prolifération des boulangeries artisanales
semblent favoriser la consommation des pains à Kinshasa ».

Photo 4 : Boulangerie artisanale de fabrication des pains avec bois de chauffe à N’djili

La grande consommation des pains semble aussi le cas dans bien des villes africaines,
notamment à Brazzaville. Selon les études de Souka (1989), l'alimentation importée a
profondément contribué à changer les habitudes. Le pain est devenu l'un des éléments
principaux du petit déjeuner et du repas du midi. Vendu à faible prix il se substitue au manioc
et à l'igname. Au départ réservé aux classes sociales les plus aisées, le pain est devenu un
aliment de large consommation.
Dans les ménages pauvres, il a été observé un cas où le Fufu a été préparé à partir de la farine
de blé destinée à la panification. Cette pratique peut être considérée comme une innovation
dans les modes de consommation et une nouvelle opportunité pour les ménages face aux
produits importés (Devautour et al, 2003). Le maïs sous forme de farine ou de semoule
contribue essentiellement à la préparation du Fufu en mélange ou pas avec la farine de
manioc.

- 111 -
Dans les ménages pauvres, il a été identifié un autre mode de consommation de maïs sous
forme d’une bouillie fluide consommée en mélange avec du sucre. La consommation de riz
tend à augmenter dans les ménages aisés plus que dans les ménages pauvres mais avec une
fréquence inférieure à celle du maïs. Cette fréquence de consommation de riz par semaine ne
semble pas présenter des différences entre les saisons.
S’agissant des dépenses, le résultat de l’étude révèle que c’est pendant la saison pluvieuse que
les dépenses de céréales sont les plus importantes et particulièrement pour le maïs. Le prix du
maïs est généralement élevé pendant la saison pluvieuse, d’une part à cause du fait que c’est
la période pré-récolte et d’autre part à cause du mauvais état des routes reliant l’intérieur du
pays (les zones de production) et la ville de Kinshasa (zone de consommation).

2° Les racines et tubercules


Le tableau 45 ci-après indique les fréquences des racines et tubercules consommés par
ménage et par semaine ainsi que les modes de consommation identifiés.

Tableau 45. Fréquence et modes de consommation des racines et tubercules par ménage/semaine
LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Racines et Modes de Fréquen Dépense Fréquen Dépense Fréquen Dépense
tubercules consommation ce (fc) ce (fc) ce (fc)
Saison sèche
Chikuangue 2 1.189 2 936 1 780
Fufu 4 9.056 5 5.397 4 4.156
Malemba/
Tshomba 1 651
Pomme de
terre Frite/sautée 1 1.248
Patate douce Nature/frite 2 2.404 3 1.661
Taro 1 1.054 1 930
Plantain Frite/lituma 1 4.053 1 1.048
Total 10 17.251 11 10.715 8 6.597
Saison pluvieuse
Manioc Chikuangue 3 3.260 2 18.34,3 2 728,7
Fufu 3 6.943 7 10.793 3 7.113
Manioc frais 1 8.371
Pomme de
terre Frite 1 3.393 - - - -
Taro Nature (bouillie
dans l’eau) 1 1.465 2 1.122
Plantain Lituma 1 5.361 - - - -
Total 9 19.794 10 14.092 7 8.963
Source : Auteur à partir de l’enquête de 2011 et 2012.

Les informations de ce tableau révèlent que c’est le manioc qui est l’aliment le plus
consommé parmi les racines et tubercules. Sa consommation sous forme de bouillie (le fufu)
reste très élevée au cours de la semaine quelle que soit la saison.
La fréquence de consommation du manioc préparé sous forme de fufu est de 7 fois/semaine
dans les ménages moyens. Cette forte fréquence par semaine dans la consommation de Fufu

- 112 -
comme aliment de base est un signe révélateur de la monotonie dans le régime alimentaire des
ménages
Dans le quartier aisé, la fréquence de consommation du Fufu de manioc tend à se réduire
autour de 3 fois/semaine ce qui atteste que les ménages ont tendance à diversifier leurs
aliments de base au cours de la semaine. Cette diversification est attestée par la
consommation de la Chikuangue 3 fois/semaine et celle de la pomme de terre ou le plantain
au moins une fois par semaine.
Dans les ménages pauvres, l’étude révèle que la fréquence de la consommation des racines et
tubercules en tant suivie du taro qu’aliment de base est de 7 fois/semaine. La consommation
de Fufu est de 3 fois/semaine et de la Chikuangue, consommés 2 fois/semaine chacun. Ces
deux aliments peuvent être considérés comme une consommation d’appoint au regard du
faible montant engagé pour leur consommation.
La patate douce est un aliment dont le mode de consommation a connu des évolutions. Jadis,
la patate douce nature était le principal mode de consommation de cet aliment. Cependant, de
nos jours, la patate douce présente plusieurs modes de consommation dont le plus important
est la frite. La patate douce sous forme de frites est très consommée dans les ménages pauvres
dans lesquels la consommation des frites de pomme de terre est limitée à cause du prix élevé
de cet aliment.
S’agissant des dépenses, il s’avère que c’est pendant la saison pluvieuse que celles-ci sont les
plus élevées. Le faible niveau de dépenses pendant la saison sèche est lié à l’abondance des
produits post-récolte ce qui entraîne la baisse des prix sur le marché.

3° Les légumes
Le tableau 46 ci-après présente les différents légumes, leurs fréquences de consommation par
semaine ainsi que leurs dépenses. Il ressort de ce tableau qu’il existe une grande diversité de
légumes à laquelle les ménages ont accès tant en saison sèche qu’en saison pluvieuse.
Certains légumes sont très abondants pendant la saison sèche et d’autres en saison pluvieuse.
Leur prix sur le marché connaît des variations selon que la saison est favorable ou non. A titre
d’exemple l’oseille coûte plus cher que l’amarante durant la période mai-juin alors que
pendant la saison pluvieuse, l’oseille coûte moins cher que l’amarante. Il y a abondance de
l’oseille par rapport à l’amarante sur les marchés de Kinshasa pendant la saison des pluies
(Kinkela, 2001).
Les résultats de l’étude révèlent que les feuilles de manioc restent les légumes dont la
fréquence de consommation est la plus élevée dans le quartier aisé, avec deux modes de
consommation identifiés (le Matamba et le Limbondo). Cependant, la consommation des
feuilles de manioc est fortement liée à la saison, l’absence de pluie rend difficile le
développement des jeunes feuilles de manioc, ce qui entraîne leur rareté sur le marché et par
conséquent la hausse de prix.

- 113 -
Tableau 46. Fréquence et modes de consommation des légumes par ménage/semaine
LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Légumes
Dépense Dépense Dépense
Fréquence Fréquence Fréquence
(fc) (fc) (fc)
Saison sèche
Feuille de manioc 2 4.054 1 1.155
Gnetum 1 1.300 1 702
Épinard 1 684 1 380 1 220
Feuille de patate 1 579 2 624 3 689
Amarante 1 489 1 338 1 250
Champignon 1 530
Morelle 1 419
Choux 1 480
Total 9 8.046 6 3.199 5 1.159
Saison pluvieuse
Feuille de manioc
(Matamba) 3 3.273 2 1.061 1 312
Feuille de manioc
(Limbondo) 1 912 - - - -
Gnetum 1 2.361 1 1.318 - -
Epinard 1 850 - - - -
Feuille de patate 1 829 2 645 2 401
Amarante 1 1.628 1 941 1 344
Fougère 1 646 - - - -
Pointe noire - - - - 1 230
Champignon 1 749 - - - -
Total 10 11.287 6 3.964 5 1287
Source : Auteur à partir de l’enquête de 2011 et 2012.

Les feuilles de la patate douce ont une fréquence d’une fois/semaine dans les ménages aisés et
de 2 fois/semaine à la fois dans des ménages moyens et dans les ménages pauvres. Elles
semblent être le premier légume le plus consommé dans les ménages pauvres. C’est leur
faible coût, qui semble favoriser sa consommation.
Le gnetum (Mfumbwa) semble être le légume le plus cher, car les dépenses de sa
consommation sont supérieures à celles des autres légumes quelle que soit la saison.
En dehors des feuilles de manioc et des feuilles de la patate douce, l’étude révèle que les
autres légumes (amarante, épinard, oseille, pointe noire, fougères et champignons) sont de
moins en moins consommés dans les ménages, leur fréquence de consommation est d’une fois
par semaine.

4° Les viandes
Le tableau 47 ci-dessous présente les fréquences de consommation des viandes, leurs modes
de consommation ainsi que leurs dépenses respectives.

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Tableau 47. Fréquence et modes de consommation des viandes par ménage/semaine
LIMETE NDJILI MAKALA
Modes de (Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Viandes
consommation Dépense Dépense Dépense
Fréquence Fréquence Fréquence
(fc) (fc) (fc)
Saison sèche
Viande rouge 2 12.246 2 3.416 - -
Bœuf Sabot - - - - - -
Viande 1 3.013 - - - -
Porc Sabot - - - - 1 986
Jambon 1 980 - - - -
Chèvre Viande rouge 1 4.133 - - - -
Frais 1 5.068 1 1.708 - -
Poulet
Cuisse - - 1 10.04 -
Dinde Croupion - - - - 2 1.244
Insecte Chenille 0 - 0 - 1 489
Total 6 25.440 4 6.128 4 2.719
Saison pluvieuse
Viande rouge 2 11.156 1 2.045 - -
Bœufs
Tripe - - 1 2.683 - -
Porc Sabot - - - - 1 1.081
Viande rouge 1 8.069 - - - -
Chèvre
Viscères - - 1 2.206 - -
Gibier Boucané 1 7.726 - - - -
Poulet frais 1 6.253 - - - -
Poulet
Cuisse - - 2 3.018 2 2.161
Total 5 33.203 5 9.952 3 3.242
Source : Auteur à partir de l’enquête de 2011 et 2012.

Il ressort de ce tableau que les fréquences des consommations des viandes ne sont pas très
différentes d’une saison à une autre. A l’exception des viandes des chèvres produites
localement, la plupart des viandes (bœuf, porc, poulet ou dindes) sont des produits
d’importation. Les variations des cours de change et la politique du Gouvernement en matière
d’importation alimentaire sont à la base des variations des dépenses observées au niveau des
ménages. Les variations des dépenses des viandes ne sont donc pas liées à la saison.
Les résultats de l’étude montrent également que c’est la viande rouge des bœufs qui est
l’aliment le plus consommé parmi les viandes. Elle a une fréquence de 2 fois/semaine dans les
ménages aisés. Les autres viandes (gibier ou la chèvre) sont aussi bien appréciées par ces
ménages mais leurs fréquences de consommation est d’environ une fois la semaine. Les
cuisses de poulet ont une fréquence de 2 fois/semaine au sein des ménages moyens et des
ménages pauvres. Parmi les différents aliments vendus sous forme de découpes, ce sont les
cuisses de poulet qui semblent avoir une grande consommation dans des ménages moyens et
dans des ménages pauvres.
La principale raison est liée au fait que ces cuisses de poulet présentent une chair ferme
proche de celle des poulets entiers de marque Wilki. Il est aussi important de signaler que
depuis quelques temps, il existe à Kinshasa de plus en plus de petites boutiques orientées dans
le commerce des produits animaux sous forme des surgelés. Ces commerces sont appelés du

- 115 -
nom de «vivres frais». La proximité de ces boutiques avec des ménages ainsi que leur prix
relativement moins élevé sont des raisons qui semblent favoriser leur consommation.
Toutefois la qualité de ces produits reste à désirer. La détérioration de ces produits reste un
grand risque suite aux difficultés que connaissent les vendeurs à bien conserver ces produits
alors que les coupures de l’électricité sont fréquentes à Kinshasa.

5° Les poissons
Le tableau 48 ci-dessous présente les fréquences de consommation des poissons, leurs modes
de consommation ainsi que leurs dépenses respectives.

Tableau 48. Fréquence et modes de consommation des poissons par ménage/semaine/saison


LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Poissons et fruits de mer
Dépense Dépense Dépense
Fréquence Fréquence Fréquence
(fc) (fc) (fc)
Saison sèche
Chinchard 2 3.364 2 2.152 2 1.016
Poissons d'eau douce (frais) 1 5.272 - - - -
Poissons fumés 1 4.885 1 1.306 - -
Poissons salés 1 4.789 1 1.143 1 770
Total saison sèche 5 18.310 4 4.601 3 1.786
Saison pluvieuse
Chinchard 1 5.516 2 3.778 1 1.174
Poisson frais 1 9.055 - -
Poisson fumé 1 6.749 1 2.057 - -
Poisson salé - 4.002 - - - -
Fretin 1 2.036 - - 1 884
Total saison pluvieuse 4 27.358 3 5.835 2 2.058
Source : Auteur à partir de l’enquête de 2011 et 2012.

Contrairement aux viandes, les poissons présentent certaines particularités. En effet, outre les
chinchards et certains types de poissons salés qui sont des produits d’importation, la plupart
des poissons consommés à Kinshasa (poissons fumés, poissons frais et certains poissons
salés) sont produits soit localement à Kinshasa, soit ils proviennent de l’intérieur du pays.
L’abondance des poissons pendant la saison sèche et l’état des routes relativement praticable
en saison sèche tendent à favoriser une grande consommation de poissons durant la saison. La
fréquence de consommation des chinchards dans les ménages du quartier moyen et dans ceux
du quartier pauvre est comprise entre 1 et 2 fois par semaine. La consommation de fretin
(Ndakala) est liée non seulement à son prix relativement moins élevé, mais aussi c’est un
aliment préféré par les ressortissants des provinces du Kasaï et du Katanga.
Les ménages aisés ont le choix entre les chinchards, les poissons salés, les poissons fumés ou
les poissons frais. En comparant le nombre d’aliments que l’on trouve dans le groupe des
viandes par rapport à celui des aliments du groupe des poissons, il s’avère que c’est dans le
premier qu’il existe plus d’aliments, dont certains coûtent relativement moins cher. Sur base
de cette observation, on peut bien comprendre que la consommation des poissons (à
l’exception du chinchard) semble être en recul surtout dans les ménages pauvres. Ces
derniers orientent leur choix vers les viandes (les découpes, les abats notamment) dont les
prix sont relativement moins élevés.

- 116 -
6° Légumineuses, graines et noix
Le tableau 49 ci-dessous présente les fréquences de consommation des légumineuses, leurs
modes de consommation ainsi que leurs dépenses respectives. La consommation des
légumineuses semble être liée aux trois facteurs suivants : la saison, le niveau économique des
ménages et l’origine ethnique des chefs de ménages. S’agissant de la saison, on trouve que
l’arachide fraîche semble être plus consommée en saison sèche avec une fréquence comprise
entre 1 et 2 fois par semaine.

Tableau 49. Fréquence et modes de consommation des légumineuses par ménage/semaine


LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Légumineuses
Dépense Dépense Dépense
Fréquence Fréquence Fréquence
(fc) (fc) (fc)
Saison sèche
Arachide fraîche 2 780 1 243 - -
Arachide grillée 1 1.014 1 637 - -
Pâte d'arachide 3 2.101 2 1.182 1 320
Niébé - - 1 2.107 3 1.326
Haricot 1 4.186 1 1.950
Sésame 1 931 1 808 1 677
Noix de palme 1 1.374 1 976 1 634
9 10.386 8 7.903 6 2.957
Saison pluvieuse
Arachide fraîche - - - - 1 362
Arachide grillée 1 1.218 2 738 1 457
Pâte d’arachide 2 2.451 2 942 1 496
Kundé (pois yeux
1 2.302 - - - -
noirs)
Niébé - - 1 1.676 3 1.559
Haricot 2 5.969 1 2.951
Sésame - - 1 954 2 949,8
Courge - - 1 769 2 797
Noix de palme 1 2.208 1 1.097 1 504
Total saison
7 14.148 9 9.127 10 4.763
pluvieuse
Source : Auteur à partir de l’enquête de 2011 et 2012.

Plusieurs modes de consommation de l’arachide ont été identifiés (arachide fraîche, arachide
grillée, pâte d’arachide). A cause de ses multiples modes, l’arachide est consommée tout au
long de la journée. Le matin dans les petits déjeuners sous forme de grains frais ou grillés, ou
sous forme de pâte consommée en lieu et place de la margarine. Dans les préparations des
repas de la journée, la pâte d’arachide est utilisée comme liant des sauces (sauce à la
moambe). Ces différents modes de consommation d’arachide ont été observés tant dans les
ménages aisés que dans les ménages pauvres.
Par rapport au niveau économique des ménages on constate que le haricot est consommé dans
les ménages aisés alors que dans les ménages moins aisés c’est le niébé, qui est consommé
avec une fréquence de 3 fois/semaine.

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S’agissant des considérations ethniques, l’étude révèle que certaines légumineuses n’ont été
consommées que dans les ménages où les membres sont ressortissants d’une tribu précise.
C’est le cas de Kundé (pois yeux noirs) consommés par les ressortissants des provinces des
deux Kasaï et ceux du Nord Katanga. Le Sésame est consommé par les ressortissants de
certaines tribus de la province du Bas-Congo et de la République d’Angola.

7° Les fruits
La consommation des fruits comme celle des légumes sont fortement influencées par la
saison, parce qu’à Kinshasa, les producteurs des fruits et des légumes ne disposent presque
pas des matériels pouvant permettre la conservation de ces produits agricoles fort périssables.
C’est ainsi que les fruits et légumes disponibles en saison sèche ne le seront plus en saison
pluvieuse et inversement. Le tableau 50 ci-dessous présente les fréquences de consommation
des fruits ainsi que leurs dépenses respectives.
Le résultat de l’étude montre que les fruits sont des produits saisonniers. Il existe des fruits
typiques à chaque saison. En saison sèche, c’est l’orange qui semble être le fruit le plus
consommé par les Kinois avec une fréquence de 2 à 3 fois/semaine. Son prix très abordable le
rend disponible même pour les ménages les plus pauvres. Le Monkey orange (Kalakonki) est
un fruit sauvage qui relève de la cueillette dans la périphérie de Kinshasa. Il est moins
coûteux et plus consommé dans les ménages pauvres. Les autres fruits (la papaye, l’ananas ou
l’avocat) ont une consommation moins importante avec généralement une fréquence d’une
fois par semaine.

Tableau 50. Fréquence et modes de consommation des fruits par ménage/semaine/saison.


LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Fruits
Dépense Dépense Dépense
Fréquence Fréquence Fréquence
(fc) (fc) (fc)
Saison sèche
Banane 1 1.166 1 569 2 448
Pomme verte 1 1.400 - - - -
Ananas 1 1.212 - - - -
Orange 2 1.290 3 824 2 340
Monkey orange
- - - 180 1 144
(kalankoki)
Papaye 242 1 241
Total saison sèche 5 5.068 4 1.815 6 1.173
Saison pluvieuse
Mangue 1 1.007 3 1.070 3 624
Pomme verte 2 2.100 - - - -
Safou 1 1.860 1 1.030 - -
Banane 1 1.088 1 762 1 340
Avocat 1 1.175 1 946 2 467
Total saison pluvieuse 6 7.230 6 3.808 6 1.431
Source : Auteur à partir de l’enquête de 2011 et 2012.

La mangue est l’un des fruits les plus consommés en saison pluvieuse. Son prix relativement
moins élevé tend à favoriser sa consommation surtout dans les ménages pauvres (3
fois/semaine) et dans les ménages moyens (3 fois/semaine). La banane en provenance de la

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province du Bas-Congo est très abondante en saison pluvieuse, sa consommation est d’au
moins une fois/semaine.
Le Safou en provenance du Bandundu et du Bas-Congo est également très abondant en saison
pluvieuse, avec une fréquence de consommation d’au moins une fois par semaine. Il semble
être un fruit préféré par les ressortissants des provinces de Bas-Congo et de Bandundu
principalement. Les pommes vertes sont des fruits importés, leur prix élevé limite leur
consommation dans les ménages pauvres.

8° Les œufs
Le tableau 51 ci-dessous présente les fréquences de consommation des œufs ainsi que leurs
dépenses respectives.
De tous les groupes d’aliments analysés, c’est le groupe des œufs qui présente des petites
fréquences et petites dépenses de consommation par semaine dans tous les ménages et dans
toutes les saisons. Paradoxalement à la situation présentée dans ce tableau, il semble que les
œufs soient un des aliments dont la consommation est plus intense hors ménage.

Tableau 51. Fréquence et dépenses de consommation des œufs par ménage/semaine/saison.


Consommation des LIMETE NDJILI MAKALA
œufs (Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Fréquence Dépense Fréquence Dépense Fréquence Dépense
(fc) (fc) (fc)
Saison sèche
Œufs bouillis 2 1.307 1 994 1 149
Omelette 2 2.782 2 1.816 3 678
Total saison sèche 4 4.089 3 2.810 4 827
Saison pluvieuse
Bouilli dans l’eau 2 1.786 2 1.065
Omelette 2 2.340 2 1.732 1 332
Avec sauce - - - - 1 687
Total Saison
4 4.126 4 2.797 2 1.019
pluvieuse
Source : Auteur à partir de l’enquête de 2011 et 2012.

La consommation des omelettes notamment se fait plus dans les écoles, universités et milieux
professionnels que dans les ménages. Dans les ménages pauvres, il a été observé un mode de
consommation assez particulier des œufs. Ces derniers sont préparés dans la sauce avec épices
et consommés comme accompagnement du Fufu ou de Chikuangue.

9° Les laits et produits laitiers


Le tableau 52 ci-dessous présente les fréquences de consommation des produits laitiers ainsi
que leurs dépenses respectives.

- 119 -
Tableau 52. Fréquence et dépenses des produits laitiers par ménage/semaine
LIMETE NDJILI MAKALA
Laits et produits (Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
laitiers Dépense Dépense Dépense
Fréquence Fréquence Fréquence
(fc) (fc) (fc)
Saison sèche
Lait en poudre 7 14.243 5 4.040 3 1.324
Crème (yaourt) 3 2.227 1 1.383 - -
Lait caillé 2 1.416 - - - -
Lait concentré 2 2.198 - - - -
Total saison sèche 14 20.084 6 5.423 3 1.324
Saison pluvieuse
Lait en poudre 7 11.212 4 3.787 3 1.714
Crème (yaourt) 2 2.951 - - - -
Lait caillé 1 1.468 1 400 - -
Lait concentré 1 1.096 - - - -
Total saison
11 16.727 5 4.187 3 1.714
pluvieuse
Source : Auteur à partir de l’enquête de 2011 et 2012.

Le lait et les produits laitiers constituent un groupe pour lequel les ménages aisés consacrent
une fraction importante de leurs dépenses alimentaires surtout en saison sèche. C’est
probablement à cause du climat relativement froid en saison sèche que les Kinois ont
tendance à consommer de plus en plus de thé ou café chaud en mélange avec de lait.
Les informations qui découlent du tableau ci-haut semblent confirmer cette réalité. Il s’avère
que de toutes les formes de consommation des laits, c’est le lait en poudre qui connaît une
grande fréquence de consommation par semaine ; 7 fois/semaine quelle que soit la saison dans
les ménages aisés, 5 fois/semaine en saison sèche et 4 fois/semaine en saison pluvieuse dans
les ménages moyens et 3 fois/semaine dans les ménages pauvres.
Dans le quartier pauvre, le lait en poudre est l’unique forme de consommation des produits
laitiers. Le yaourt consommé 2 à 3 fois/semaine et les laits caillés consommés 1 à 2
fois/semaine sont des produits laitiers consommés essentiellement dans les ménages aisés et
très rarement dans les ménages moyens. Les concentrés sont de moins en moins consommés,
même au sein des ménages aisés.

10° Les huiles et graisses


Le tableau 53 ci-dessous présente les fréquences de consommation des huiles ainsi que leurs
dépenses respectives.
La consommation des huiles ne semble pas être liée à la saison. La fréquence de
consommation au cours de la semaine semble être égale d’une saison à une autre. L’huile
étant un produit utilisé dans la préparation des aliments, il est normal que sa consommation ne
change pas d’une saison à une autre. C’est l’huile de palme à cause de son prix relativement
moins élevé qui est plus utilisée (3 à 4 fois/semaine) dans les ménages moins aisés. La
consommation de l’huile de palme dans les ménages aisés est très faible avec une fréquence
d’une fois la semaine.

- 120 -
Tableau 53. Fréquence et dépenses de consommation des huiles par ménage/semaine
LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Modes de
Dépense Dépense Dépense
consommation des Fréquence Fréquence Fréquence
(fc) (fc) (fc)
huiles et graisses
Saison sèche
Huile de palme 1 1.772 2 1.203 3 1.283
Huile raffinée 3 2.446 3 1.126 1 654
Margarine ou beurre 3 916 1 340 - -
Total saison sèche 7 5.134 6 2.669 4 1.937
Saison pluvieuse
Huile de palme 1 1.843 3 1.488 4 1.211
Huile raffinée 3 2.828 4 1.800 2 509
Margarine ou beurre 3 1.507 1 416 2 337
Total 7 6.178 8 3.704 8 2.057
Source : Auteur à partir de l’enquête de 2011 et 2012.

Toutefois, certains aliments tels que les légumes en général, sont préparés essentiellement
avec de l’huile de palme. Les huiles raffinées sont les plus consommées dans les ménages
aisés et dans les ménages moyens avec une fréquence de 3 fois/semaine quelle que soit la
saison. La consommation des margarines et beurres est plus importante pendant les petits
déjeuners.

11° Les sucres


Le tableau 54 ci-dessous présente les fréquences de consommation des sucres ainsi que leurs
dépenses respectives.

Tableau 54. Fréquence et dépenses de consommation des sucres par ménage/semaine


Consommation des LIMETE NDJILI MAKALA
sucres (Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Dépense Dépense Dépense
Fréquence Fréquence Fréquence
(fc) (fc) (fc)
Saison sèche
Sucre en poudre 7 5 .429 7 4.119 6 2.225
Miel 3 1.399 - - - -
Autres produits
3 3.92 3 426 1 185
sucrés
Total saison sèche 13 7.220 10 4.545 7 2.410
Saison pluvieuse
Sucre en poudre 7 4.686 7 3.882 6 2.741
Miel 3 1.774 1 994 - -
Produits sucrés
5 931 1 554 - -
divers
Total saison
15 7.391 9 5.430 6 2.741
pluvieuse
Source : Auteur à partir de l’enquête de 2011 et 2012.

- 121 -
Le sucre en poudre possède une grande fréquence parce que c’est le mode de consommation
le plus répandu à Kinshasa. Il est consommé avec une fréquence de 6 à 7 fois/semaine quel
que soit le niveau des ménages. Sa consommation est encore plus grande en saison sèche. Le
sucre est principalement consommé au cours des petits déjeuners en mélange avec du thé et
du lait.
Le miel par contre est un produit dont la consommation semble avoir progressé depuis
quelques années. Pour beaucoup de Kinois, le miel est un antidote capable de guérir une
personne empoisonnée. Depuis un certain temps, il existe de plus en plus à Kinshasa des
spéculations autour des empoisonnements dont seraient victimes plusieurs personnes et dont
certaines en seraient décédées. Devant cette psychose, certains Kinois recourent à la
consommation de miel pour se mettre à l’abri du danger. Cette tendance à consommer de plus
en plus du miel a été mise en évidence au cours de l’étude surtout dans les ménages du
quartier aisé avec une fréquence de 3 fois/semaine quelle que soit la saison.

12° Les boissons


Le tableau 55 ci-dessous présente les fréquences de consommation des boissons ainsi que
leurs dépenses respectives.

Tableau 55. Fréquence et dépenses de consommation des boissons par ménage/semaine


LIMETE NDJILI MAKALA
Boissons (Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
consommées Dépense Dépense Dépense
Fréquence Fréquence Fréquence
(fc) (fc) (fc)
Saison sèche
Thé 7 1.216 6 1.042 4 528
Café 1 218 1 164 1 70
Boissons sucrées 1 1.063 1 781 - -
Bière 2 2.705 1 969 - -
Eau minérale 3 1.625 - - - 0
Total saison sèche 14 6.827 9 2.956 5 598
Saison pluvieuse
Thé 7 960 7 444 2 183
Café 1 154 - - - -
Boissons sucrées 2 1.935 2 1.013 2 959
Jus de fruits 1 1.327 - - -
Bière 2 1.434 2 889 - -
Vin de table 1 1.490 487 - -
Eau minérale 4 1.012 1 225 - -
Total saison
18 8.312 12 3.058 4 1.142
pluvieuse
Source : Auteur à partir de l’enquête de 2011 et 2012.

Le tableau ci-haut révèle que la consommation des boissons est bien différente d’une saison à
l’autre, surtout dans les ménages aisés et dans les ménages moyens. C’est le thé qui est la
boisson la plus consommée après l’eau de robinet. Les eaux minérales sont coûteuses et leur
consommation à l’échelle du ménage n’est accessible qu’aux ménages aisés avec une
fréquence de 3 à 4 fois/semaine. La bière a une fréquence de 2 fois/semaine en saison
pluvieuse. Sa consommation se réduit (une fois/semaine) en saison sèche surtout dans les

- 122 -
ménages moyens. La bière n’est presque pas consommée dans les ménages pauvres. Sa
consommation est souvent hors ménage.
Les boissons sucrées sont généralement consommées avec une fréquence de 2 fois/semaine en
saison pluvieuse et une fois par semaine en saison sèche. Les jus de fruits sont considérés
comme une boisson de luxe que l’on offre à certains visiteurs ne prenant pas de la bière. En
effet, la consommation de la bière est interdite aux membres des églises dites de réveil. Ces
églises sont de plus en plus nombreuses dans la ville de Kinshasa. Le café est une boisson de
moins en moins consommée dans les ménages. Cependant, son prix chez les détaillants est
presque le même que celui du thé. De ce fait, il y a lieu de considérer la faible consommation
du café comme une pratique relevant des habitudes alimentaires des Kinois et non liée à des
considérations économiques.

13° Synthèse sur les fréquences et les dépenses de consommation des aliments
Les fréquences d’achat sont nettement plus élevées pour les ménages appartenant à un
quartier aisé que pour ceux appartenant à un quartier pauvre. Les fréquences de
consommation sont plus élevées en saison sèche qu’en saison pluvieuse.
La part des dépenses affectées à l’achat des céréales et les fréquences de consommation
tendent nettement à diminuer quand les ménages sont dans des conditions moins bonnes. Le
coût élevé des céréales semble en être la raison principale.
Les racines et tubercules ont une tendance opposée à celle des céréales avec les ménages les
moins aisés qui consacrent une part importante des dépenses pour l’achat de ces aliments. Les
racines et tubercules sont consommés tant lors des petits déjeuners que des autres repas de la
journée dans les ménages pauvres. Ils constituent les groupes qui fournissent les aliments de
base. En additionnant leurs parts respectives dans les dépenses, on trouve que les ménages
pauvres ont tendance à consacrer plus de dépenses pour les aliments de base et la tendance est
inversée dans les ménages aisés.
La part des dépenses des légumes ne présente pas de grandes différences entre les groupes
suite à leurs prix très bas et accessibles mais aussi à l’autoconsommation très fréquente dans
les quartiers moins aisés.
Les légumineuses semblent avoir une grande importance relative dans le quartier moins aisé.
Certains aliments du groupe des légumineuses tels que le haricot voit sa consommation liée au
prix tandis que pour d’autres aliments comme le Kundé (petit haricot rouge) leur
consommation semble être liée aux considérations ethniques.
Les ménages dépensent davantage pour les viandes que pour les poissons, dans le souci de
diversifier leurs alimentations en produits animaux. Les ménages disposent d’un large espace
de choix par rapport aux viandes (viandes rouges, viscères, abats, les découpes des volailles)
dont les prix sont à la portée de toutes les bourses. Cet espace se réduit quant à la
consommation des poissons dont le plus disponible est le chinchard. Les formes alternatives
pour la consommation de poissons (fumés, salés ou frais) sont de plus en plus coûteuses.
Les fruits et les œufs ont une importance relative assez faible. Les fruits sont des produits
saisonniers, ce qui fait que leur consommation est fortement influencée par la période. La part
des œufs dans les dépenses alimentaires est de moins en moins importante. Sa consommation
tend à augmenter sous les formes d’omelette préparée hors ménage.
Les produits laitiers et les sucres ont des tendances opposées selon le niveau de revenu des
ménages. Dans les ménages aisés, le lait est plus consommé que le sucre, la tendance est à

- 123 -
l’inverse dans les ménages pauvres. En plus, c’est pendant la saison sèche que leur part dans
les dépenses est la plus élevée.
Si on considère l’huile comme un ingrédient au même titre que les épices, sa part dans les
dépenses tend à diminuer. C’est ce qui semble être le cas dans les ménages aisés. Cependant,
si on considère l’huile comme « aliment d’accompagnement », dans ce cas, sa part dans les
dépenses tend à augmenter. C’est ce qui semble être le cas avec les ménages pauvres. Le cas
le plus fréquent est celui de la prise du riz mélangé avec de l’huile, lorsque les ménages ne
disposent que de très peu de moyens ne leur permettant pas de préparer un repas complet.
Dans ce cas l’huile est consommée comme un aliment d’accompagnement et non un
ingrédient.
Les dépenses des boissons sont élevées dans les ménages aisés notamment à cause de l’achat
de l’eau minérale mise à la disposition de tous les membres des ménages.
En convertissant en dollars américains les montants des dépenses exprimés en francs
congolais (le taux de change appliqué correspond à 1USD égal 920 FC) il en ressort qu’en
saison sèche les dépenses alimentaires/ménage/semaine sont respectivement de l’ordre de
163USD dans les ménages aisés, 68USD dans les ménages moyens et de 31USD dans les
ménages pauvres. En saison pluvieuse on trouve que ces dépenses sont respectivement de
l’ordre de 199 USD dans le quartier aisé, 82 USD dans le quartier moyen et de 36 USD dans
le quartier pauvre.
L’analyse des résultats en rapport avec les fréquences de consommation des aliments révèle
que les aliments de douze groupes décrits ci-haut sont consommés au cours de la semaine
dans les deux saisons. Les groupes les moins représentés dans la semaine sont les œufs dans
les trois quartiers avec une fréquence comprise entre 2 et 4 prises par semaine. Cette
observation révèle que tous les ménages aussi bien les plus pauvres accèdent à tous les
groupes d’aliments au cours de la semaine. Cependant, les fréquences observées ne donnent
pas d’indication sur les quantités d’aliments consommées.

5.4.3. Estimation des quantités d’aliments consommées et des apports nutritionnels

Dans cette section du travail, il est question d’estimer les quantités d’aliments consommées
ainsi que les apports nutritionnels par individu et par jour. Les trois tableaux qui suivent
présentent respectivement les quantités des différentes consommations exprimées en
grammes, les apports énergétiques exprimés en calories et les apports protéiques exprimés en
grammes dans les deux saisons.

- 124 -
1° Quantité d’aliments consommée

Tableau 56. Quantité journalière d’aliments consommée par ménage et par saison (en g)
LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Saison Saison Saison Saison Saison Saison
Groupe d’aliments sèche pluvieuse sèche pluvieuse sèche pluvieuse
Céréales 1.165 768 605 417 363 296
Racines & tubercules 1.400 1.157 1.149 1053 891 809
Légumes 2.335 2.219 1.260 1.215 702 516
Viandes 1.965 1.807 963 817 411 357
Poissons 1.345 1.009 719 408 188 145
Légumineuses 1.653 1.444 1.132 1.032 807 718
Fruits 801 633 564 482 255 202
Œufs 306 254 182 177 112 94
Produits laitiers 1.009 814 368 363 154 160
Huiles& graisses 836 685 555 447 304 279
Sucreries 646 464 518 403 286 267
Boissons 963 1.069 324 397 84 96
Total 14.423 12.324 8.329 7.210 4.557 3.940
Source : Auteur à partir de l’enquête de 2011 et 2012.

Il ressort du tableau ci-haut que les quantités des aliments consommées sont élevées en saison
sèche et plus particulièrement dans les ménages aisés. La quantité consommée par individu
dépend du nombre de personnes qui ont pris part au repas. Ce nombre est variable d’un jour à
un autre. En divisant les quantités d’aliments consommées par le nombre des personnes qui
ont pris part à ces consommations (tableau 41), il en résulte que les quantités
journalières/personne sont plus élevées en saison sèche qu’en saison pluvieuse. Elles sont en
saison sèche respectivement de 1202g (dans les ménages aisés) ; 833g (dans les ménages
moyens) et de 506g (dans les ménages pauvres).
En saison pluvieuse, les quantités consommées sont respectivement de l’ordre de 1.120g
(dans les ménages aisés); 801g (dans les ménages moyens) et de 493g (dans les ménages
pauvres). Selon une étude sur l’évolution de la consommation menée par Nkwembe (2002), la
quantité annuelle d’aliments consommée par individu et par an a été estimée à 296 kg. En
divisant ce nombre par 365 on obtient 0,8107 kg/ jour ce qui correspond à 811g. Cela donne
l’idée d’une quantité consommée dans les ménages moyens.
Les études de Houyoux ([Link]) ont montré que la consommation annuelle par individu était
de 368 kg en 1975 et de 322 kg en 1986. En ramenant ces quantités en grammes par jour on
obtient respectivement 1.008g en 1975 et 883g en 1986. Ces chiffres montrent que les
quantités journalières des aliments consommés par individu sont en baisse. La situation est
alarmante dans les ménages moins aisés, dans lesquels les quantités d’aliments consommés
par personne et par jour sont d’environ 500g quelle que soit la saison.
En considérant les informations du tableau 56 ci-haut, il s’avère qu’en général les quantités
consommées sont de plus en plus élevées en saison sèche. Le résultat du test de comparaison
des moyennes des quantités consommées présenté dans le tableau 57 ci-dessous révèle
quelques situations où les quantités ne sont pas significativement différentes.

- 125 -
Tableau 57. Test de comparaison des moyennes des quantités consommées
Ménages N Moyenne Ecart type t df p Décision
ménages Non
10 604,5 169,70 -0,124 18 0,9021
Céréales moyens significative
saison sèche ménages Non
10 613,4 148,89 -0,124 17,70 0,9021
pauvres significative
ménages Non
Racines et 10 1149,3 217,14 0,689 18 0,4996
moyens significative
tubercules
ménages Non
saison sèche 10 1070,3 290,37 0,689 16,67 0,5003
pauvres significative
Source : Auteur à partir de l’enquête de 2011 et 2012.

Il ressort de ce tableau que ce sont les céréales et les racines & tubercules dont certaines
quantités consommées ne sont pas significativement différentes entre les saisons et entre les
quartiers. Le résultat du test montre qu’en saison sèche, les quantités des céréales
consommées ne sont pas différentes entre les ménages très pauvres et les ménages moyens.
De même que pour les racines et tubercules.
De ce fait il apparaît que la baisse de prix des céréales pendant la saison sèche est très
profitable aux ménages pauvres. Ces derniers profitent de cette baisse de prix pour
consommer de plus en plus les céréales dont le prix élevé en saison pluvieuse limite la
consommation dans les ménages pauvres. Ces ménages profitent de l’abondance pendant la
saison sèche pour accroître leur consommation de racines et tubercules. Etant donné que les
racines et tubercules constituent les aliments de base de l’alimentation des ménages kinois, on
peut donc considérer que pendant la saison sèche les ménages pauvres ont une consommation
des aliments de base proche des ménages considérés comme moyens à Kinshasa.

2° Apports énergétiques

Tableau 58. Apports énergétiques journaliers par ménage et par saison (en calories)
LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Groupes d’aliments
Saison Saison Saison Saison Saison Saison
sèche pluvieuse sèche pluvieuse sèche pluvieuse
Céréales 5.480 4.904 3.883 3.008 1.165 1.022
Racines & tubercules 7.334 7.062 5.217 4.010 2.886 2.603
Légumes 3.520 2.871 1.713 1.570 1.135 902
Viandes 1.219 944 652 578 233 216
Poissons 961 689 560 422 124 108
Légumineuses 1.405 1.258 1.035 961 811 782
Fruits 1.012 953 641 585 324 309
Œufs 574 379 334 232 218 169
Produits laitiers 867 762 742 468 108 96
Huiles& graisses 4.904 3.259 2.070 1998 1.331 1.292
Sucrerie 2.592 2.864 1.841 1756 1387 1.361
Boissons 987 1.027 443 632 155 181
Total 30.855 26.972 19.131 16.220 9.877 9.042
Source : Auteur à partir de l’enquête de 2011 et 2012.

- 126 -
En procédant de la même manière que pour les quantités consommées, on trouve qu’en saison
sèche les apports énergétiques/personne/jour sont respectivement de 2.571 calories (dans les
ménages aisés) ; 1.864 calories (dans les ménages moyens) et de 1.097 calories (dans les
ménages pauvres). En saison pluvieuse, les apports énergétiques sont respectivement de 2.452
calories (dans les ménages aisés) ; 1.838 calories (dans les ménages moyens) et de 1.130
calories dans les ménages pauvres.
Il ressort de cette étude que, sauf dans le quartier aisé où la quantité de calories journalières
dépasse la norme de 2.200 calories fixée par la FAO/OMS pour un homme adulte, les apports
en énergie sont déficitaires tant pour des ménages moyens que pour des ménages pauvres. Le
rapport de la FAO sur l’état de l’insécurité alimentaire dans le monde a notamment indiqué
qu’en RD Congo la consommation journalière exprimée en calories recule : elle s’élevait à
1.610 calories/personne (FAO 2006).
L’exploitation des données de l’enquête 1-2-3 par Ulimwengu et al (2011) a montré que dans
les ménages moyens des Kinois, les apports énergétiques sont de l’ordre de 1.959,2 calories
par jour et par habitant, plus que la nécessité mais moins que la norme recommandée pour les
activités optimales. Au regard des conclusions trouvées par les études ci-haut mentionnées et
bien d’autres, il s’avère que les apports énergétiques par personne et par jour ont une tendance
à la baisse depuis de nombreuses années.

3° Apports protéiques

Tableau 59. Apports journaliers des protéines par ménage et par saison (en grammes)
LIMETE NDJILI MAKALA
(Quartier aisé) (Quartier moyen) (Quartier pauvre)
Groupes d’aliments
Saison Saison Saison Saison Saison Saison
sèche pluvieuse sèche pluvieuse sèche pluvieuse
Céréales 170 165 113 108 59 61
Racines et
111 96 67 63 43 36
tubercules
Légumes 127 109 83 68 48 39
Viandes 176 147 98 96 54 43
Poissons 121 106 72 70 38 29
Légumineuses 223 206 166 135 107 108
Fruits 57 46 33 30 17 12
Œufs 83 74 51 49 35 30
Produits laitiers 148 126 108 83 48 36
Huiles& graisses 0 0 0 0 0 0
Sucreries 0 0 0 0 0 0
Boissons 15 20 10 13 6 4
Total 1.229 1.097 799 714 456 397
Source : Auteur à partir de l’enquête de 2011 et 2012.

Au départ des données du tableau présenté ci-haut, en saison sèche les apports
protéiques/personne sont respectivement de 102g (ménages aisés), 81g (ménages moyens) et
51g (dans les ménages pauvres). En saison pluvieuse ces apports sont en baisse, ils sont
estimés respectivement à 100g dans les ménages aisés ; 80g dans les ménages moyens et 50g
dans les ménages pauvres.

- 127 -
Il apparaît que la consommation de protéines ne semble pas être largement déficitaire, tant
dans les ménages aisés que dans les ménages pauvres. En effet, selon la norme FAO/OMS, il
est recommandé 60 à 70 grammes de protéines/personne et par jour. La consommation des
légumineuses riches en protéines mais à moindre coût semble être à la base de la situation
observée en rapport avec les apports protéiques.

CONCLUSION PARTIELLE

Les résultats de suivis des ménages par rapport à leur mode de vie et leur mode de
consommation alimentaire en saison sèche et en saison pluvieuse ont donné lieu aux
observations suivantes :
Deux organisations sont mises en place au niveau des ménages pour accéder à l’alimentation :
il s’agit de la diversification des sources de revenus et de la diversification des pourvoyeurs
de revenus. Les ménages évoluant dans les conditions de pauvreté multiplient les sources de
revenus sans pour autant accroître sensiblement leur niveau de revenu. Dans ces conditions,
leurs occupations professionnelles tendent à revêtir plus un caractère de mode de vie que
d’activités génératrices de revenus.
Le nombre de préparations des aliments, y compris celui des petits déjeuners, est plus élevé
en saison sèche qu’en saison pluvieuse. On a respectivement 3 repas/jour (dans les ménages
aisés) ; 2 repas/jour (dans les ménages moyens) et 1 repas/jour (dans les ménages pauvres).
En saison pluvieuse les fréquences de préparation des repas tendent à diminuer, surtout dans
les ménages pauvres.
S’agissant de la personne qui fait la cuisine, il a été observé que dans le quartier aisé, ce sont
les boniches (femmes de ménages) avec une fréquence de 14 fois/semaine. Dans les ménages
moyens par contre la préparation des repas est une tâche qui est partagée entre les épouses (6
fois/semaine) et les filles âgées (5 fois/semaine). Le faible niveau de revenu des ménages
moyens et des ménages pauvres ne leur permet pas d’employer des femmes de ménage. Dans
les ménages pauvres, la préparation des repas est une activité essentiellement vouée aux filles.
Les femmes (épouses) sont souvent hors ménages dans la recherche des moyens de survie.
Les heures de repas sont différentes d’une saison à une autre et aussi différentes selon que les
ménages sont dans des conditions aisées ou dans la pauvreté. La prise des petits déjeuners se
réalise entre 8 et 9 heures en saison sèche et un peu tôt le matin, entre 6 et 7 heures, en saison
pluvieuse. Dans les ménages moyens on observe la même tendance. Dans le quartier pauvre
le petit déjeuner, s’il existe, intervient toujours après 10 heures.
S’agissant des repas du reste de la journée, le résultat de l’étude révèle que le repas de midi
est une particularité des ménages aisés. Dans les ménages moyens, ce repas de midi est pris
une seule fois par semaine en saison sèche et presque pas en saison pluvieuse. Le repas de la
journée intervient essentiellement entre 17 et 18 h dans les ménages aisés quelle que soit la
saison. Dans les ménages moyens ce repas a lieu en général entre 18 et 19 heures, alors qu’il
intervient après 19 heures dans les ménages les plus pauvres.
S’agissant de l’importance relative des aliments dans les dépenses, l’analyse a montré qu’il
existe des aliments majeurs dont la part dans les dépenses est supérieure à 10% et les aliments
mineurs dont la part dans les dépenses ne dépasse pas les 10%.
En saison sèche les dépenses alimentaires/ménage/semaine sont respectivement de l’ordre de
149.803 fc dans les ménages aisés, 62.820 fc dans les ménages moyens et de 28.215 fc dans
les ménages pauvres. En saison pluvieuse on trouve que ces dépenses sont respectivement de

- 128 -
l’ordre de 183.463 fc dans le quartier aisé, 74.977 fc dans le quartier moyen et de 33.556 fc
dans le quartier pauvre.
La quantité d’aliments consommée est plus élevée en saison sèche qu’en saison pluvieuse. La
quantité consommée par individu est respectivement de 1202g (dans les ménages aisés) ;
833g (dans les ménages moyens) et de 506g (dans les ménages pauvres). En saison pluvieuse,
les quantités consommées sont respectivement de l’ordre de 1.120g (dans des ménages aisés);
801g (dans les ménages moyens) et de 493g (dans les ménages pauvres). Les quantités
journalières consommées sont en baisse. La situation est alarmante dans les ménages moins
aisés, dans lesquels les quantités d’aliments consommés par personne et par jour sont
d’environ 500g quelle que soit la saison.
En saison sèche les apports énergétiques/personne/jour sont respectivement de 2.571 calories
(dans les ménages aisés) ; 1.864 calories (dans les ménages moyens) et de 1.097 calories
(dans les ménages pauvres). En saison pluvieuse, les apports énergétiques sont respectivement
de 2.452 calories (dans les ménages aisés) ; 1.838 calories (dans les ménages moyens) et de
1.130 calories dans les ménages pauvres. Sauf dans les ménages aisés, les apports en énergie
sont déficitaires tant pour les ménages moyens que pour les ménages pauvres.
Les apports protéiques/personne/jour sont respectivement de 102g (ménages aisés), 81g
(ménages moyens) et 51g (dans les ménages pauvres). En saison pluvieuse ces apports sont en
baisse, ils sont estimés respectivement à 100g dans les ménages aisés ; 80g dans les ménages
moyens et 50g dans les ménages pauvres. La consommation de protéines ne semble pas être
largement déficitaire.

- 129 -
TROISIEME PARTIE :
EVOLUTION DES MODES DE CONSOMMATION ALIMENTAIRE,
RECOMMANDATIONS ET CONCLUSION
CHAPITRE VI.
PERSPECTIVES SUR L’EVOLUTION DES MODES DE CONSOMMATION
ALIMENTAIRE A KINSHASA

L’analyse des résultats permet de dégager comme ligne directrice pour la consommation
alimentaire à Kinshasa qu’il existe un équilibre de plus en plus difficile à observer entre le
mode de vie, le mode de consommation alimentaire et les exigences nutritionnelles.
L’évolution des modes de consommation alimentaire semble avoir une tendance inquiétante
pour les ménages et suscite des questionnements.

6.1. DIFFICILE EQUILIBRE ENTRE MODE DE VIE, MODE DE CONSOMMATION ALIMENTAIRE


ET EXIGENCES NUTRITIONNELLES

L’analyse de l’évolution de la consommation alimentaire a conduit à une observation


selon laquelle les habitudes alimentaires des Kinois ne semblent pas rencontrer les exigences
nutritionnelles. Entre les deux considérations les ménages kinois semblent trouver de plus en
plus de difficultés à trouver un point d’équilibre. Les éléments qui peuvent justifier ce
difficile équilibre sont notamment :
 La monotonie alimentaire dans les ménages,
 Le déséquilibre alimentaire qui n’est pas toujours lié au revenu,
 La tendance à favoriser la consommation des aliments bon marché,
 Le choix des aliments sans lien avec les considérations diététiques,
 De plus en plus de problèmes de santé publique liés à des modes de consommation
alimentaire,
 L’apparition de plus en plus des pratiques alimentaires particulières et exprimées sous
formes des « codes » propres aux Kinois.

6.1.1. Monotonie alimentaire dans les ménages

Les analyses menées au cours de cette étude ont révélé que les aliments de base consommés
dans les trois sites d’étude sont toutefois identiques et sont d’abord représentés à Kinshasa par
le Fufu (bouillie de manioc en mélange ou non avec la farine de maïs). A cet aliment de base,
s’ajoutent comme aliments carbonés essentiellement en milieu aisé, la banane plantain et le
riz. Le plantain beaucoup plus cher n’est plus consommé par les ménages des quartiers les
plus pauvres (Muteba et al, 2010). L’alimentation des Kinois est monotone depuis des années.
Le Fufu a toujours été l’aliment de base (Houyoux et al, 1986).
Dans les ménages pauvres la monotonie alimentaire tend à se centraliser autour du manioc
dont la consommation présente des grandes fréquences au cours de la semaine. Dans cette
étude, il a été observé que l’importance relative du manioc dans les dépenses alimentaires
était de 27 % dans le quartier moins aisé en saison pluvieuse. Il en est de même des feuilles de
manioc et de la patate douce, les deux aliments de complément respectivement pendant la
saison des pluies et la saison sèche (Banea, 2001). Il a été observé qu’en dehors de ces deux
principaux légumes mentionnés, c’est le haricot qui est un produit végétal qui semble être le
plus consommé, mais surtout dans les ménages aisés. Pourtant, il existe à Kinshasa une bonne
diversité de légumes. Rien qu’avec les légumes, il y a lieu d’obtenir une meilleure diversité
alimentaire au sein des ménages.
Les produits animaux sont coûteux même quand ils sont consommés sous la forme d’abats ou
de sous-produits des découpes. Dans la plupart des ménages kinois, l’adoption du chinchard
comme poisson préféré est loin d’être liée aux seules considérations de prix. Dans cette étude,
il a été observé que le chinchard a été cité en première position à la fois dans tous les trois
quartiers de notre étude. C’est l’aliment d’origine animale le plus consommé dans les
ménages.
Quelle que soit la saison, les ménages consomment les mêmes aliments de base et les résultats
de l’analyse ont montré que les quantités consommées des céréales et racines & tubercules ne
sont pas significativement différentes entre les plus pauvres et les ménages moyens pendant la
saison d’abondance. A cause de cette monotonie alimentaire, de faibles variations à la hausse
de prix de ces produits ont tendance à renvoyer bien des ménages dans l’insécurité
alimentaire.

6.1.2. Déséquilibre alimentaire non toujours lié aux revenus

L’analyse des modes de consommation alimentaire a révélé que certains aliments ont des
petites fréquences de consommation au cours de la semaine. A cet effet, il a été observé dans
les trois quartiers à la fois, la faible consommation des œufs et des fruits. Or, les œufs comme
les fruits ne sont pas aussi coûteux que les viandes ou les boissons (bières, jus, etc.) dont la
consommation grève les dépenses.
A partir de cette observation, il apparaît que des régimes alimentaires dans lesquels la
consommation des œufs et celle des fruits est déficitaire sont naturellement déséquilibrés. Ce
déséquilibre alimentaire qui en découle touche à la fois les ménages aisés et les ménages les
plus pauvres.

6.1.3. Tendance à favoriser la consommation des aliments bon marché

Au cours de cette étude, il a été constaté que des ménages attachent plus d’intérêt à la quantité
qu’à la qualité des produits alimentaires. Parmi les trois motivations pour lesquelles le choix
alimentaire est opéré, c’est le prix qui a été cité en première position. Cette attitude des
ménages ayant été appréhendée par les offreurs des produits alimentaires, ces derniers ne
tardent pas à livrer à la consommation des produits jugés de mauvaise qualité.
Devant pareille situation, l’Office Congolais de Contrôle (OCC) est censé multiplier la
vigilance, mais comme dans la plupart des pays en voie de développement, les salaires
impayés et modiques exposent les gens à céder face à la corruption laissant ainsi la voie libre
aux produits de mauvaise qualité. Le manque de vérification des indicateurs de qualité tels
que la date de péremption de la part de certains consommateurs favorise aussi la
consommation des produits de mauvaise qualité.
Les enquêtes menées par CEPLANUT et l’UNICEF entre 1992 et 1993 ont révélé que les
ménages ont une consommation de plus en plus accrue de poisson au détriment de celle de la
viande. Il semble cependant que la tendance est en train de se renverser. En effet, avec
l’avènement de ce que les Kinois appellent « vivres frais », il existe sur les marchés une
gamme variée de viandes et volailles (pattes, langue, queue, ailes, tripes, cuisses, etc.). Ces
produits qui relèvent du groupe des viandes, sont de plus en plus disponibles pour toutes les
bourses. C’est ainsi que les ménages moins aisés, en profitent pour accéder à la
consommation des viandes, bien que parfois de mauvaise de qualité.
Le seul poisson le plus disponible et à prix assez raisonnable reste le chinchard, dont la
variation des prix dans le sens de la hausse limite de plus en plus certains ménages à le

- 134 -
consommer. Les autres formes de poissons (salés, séchés, fumés, ou frais, d’eau douce)
coûtent relativement plus cher, surtout en saison pluvieuse, que les découpes des poulets ou
certains abats de viandes. Il résulte de cette analyse que dans les conditions actuelles de
Kinshasa, les ménages semblent consommer de plus en plus de viandes et leurs sous-produits
que les poissons. Les considérations liées à la quantité priment sur celles de la qualité.

6.1.4. Choix des aliments sans lien avec les considérations diététiques

Bien que l'alimentation soit censée remplir trois fonctions : nutritionnelle, hédonique et
identitaire (Bricas, 1998), il s’avère que pour beaucoup de ménages kinois le choix des
aliments est opéré selon les deux dernières fonctions. D’abord ce sont les considérations
hédoniques c'est-à-dire le plaisir pour telle consommation et non telle autre, ensuite ce sont
les considérations identitaires ou culturelles qui orientent le choix de l’alimentation des
Kinois. En optant pour ces deux fonctions sans tenir compte de la fonction nutritionnelle, on
aboutit à des régimes alimentaires déséquilibrés.
Il a été observé que les ménages aisés consacrent une bonne partie des dépenses pour l’achat
des viandes et poissons qui représentent pour ces ménages respectivement 18 et 15% des
dépenses alimentaires. Ce constat a été également mis en évidence dans les résultats de
l’enquête 1-2-3 (Ministère du Plan, 2004). Les résultats de cette enquête ont montré que : « de
manière systématique, plus les ménages sont pauvres, plus la part du pain et des céréales et
des légumes est importante. Pour le pain et les céréales, elle représente 31,9 % de la
consommation alimentaire des plus pauvres et seulement 26,2 % de celle des plus riches. En
contrepartie, les postes "viande" et "poissons et fruits de mer" sont d’autant plus importants
que les ménages sont riches».
Au regard de ces informations, il apparaît qu’à Kinshasa, les ménages pauvres ont un régime
alimentaire végétarien tandis que les ménages aisés ont un régime alimentaire basé sur la
consommation des produits animaux. Cette attitude témoigne que les uns et les autres ne
disposent pas des connaissances sur la diététique. Une ration en grande partie végétarienne ou
en produits animaux n’est pas équilibrée. Au regard de ce qui a été observé, il y a lieu de
s’inquiéter sur l’état nutritionnel des membres des ménages kinois, tant ceux qui sont dans des
conditions aisées que ceux qui vivent dans la précarité.

6.1.5. De plus en plus de problèmes de santé publique liés à des modes de consommation
alimentaire

Avec la crise, il est apparu à Kinshasa plusieurs petits restaurants de fortune que l’on appelle
« Malewa ». Ils sont très nombreux dans les quartiers populaires, près des milieux
professionnels, près des écoles et universités. Les gens viennent manger sur place ou acheter
et emporter les aliments. Le reproche qui est formulé à ce Malewa est le manque d’hygiène.
Beaucoup de Kinois déclarent avoir rencontré des troubles de digestion après avoir fréquenté
ce restaurant. Cependant, le faible prix à payer pour avoir accès au Malewa est à la base de
son succès croissant.
Dans certains quartiers de Kinshasa à l’instar des quartiers I et VII à Ndjili (l’une des zones
de la présente étude), ces restaurants sont implantés à côté des petites activités
professionnelles et le Malewa peut être considéré comme une des nouvelles formes de
consommation qui apparaissent avec la crise (Ndoye, 2001).

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Photo 5 : Restaurants de fortune à Kinshasa appelés Malewa
Parallèlement au Malewa, la vente de l’eau dans des sachets conditionnés selon des procédés
peu contrôlés est une pratique associée aux modes de consommation alimentaire. Le
gouvernorat de la ville de Kinshasa a tenté à plusieurs reprises d’éradiquer ce phénomène sans
toutefois y parvenir.
Enfin, les consommateurs Kinois redoutent les produits utilisés dans la conservation des
aliments frais. Selon certaines sources, ces produits seraient conservés avec du formol ce qui
pourrait nuire à la santé. En l’absence d’études et analyses approfondies sur ce sujet, il est
difficile d'émettre un point de vue objectif.
Cependant, les difficultés qu’éprouvent les vendeurs des vivres frais à bien conserver leur
produit, pendant parfois plusieurs jours suite aux coupures d’électricité, peuvent amener à se
poser des questions sur la qualité des produits frais consommés par les Kinois.

6.1.6. Apparition des pratiques alimentaires particulières et exprimées sous formes des
« codes » propres aux Kinois

Beaucoup de Kinois, surtout ceux qui vivent dans des conditions de précarité ont adapté leur
pratique alimentaire aux réalités qui les entourent. De ces réalités, on voit apparaître des
modes de consommation assez particuliers et exprimés sous forme de codes dont seuls les
pratiquants ou les initiés en connaissent la signification. Pour se faire une idée, on peut citer à
titre d’exemple les pratiques alimentaires ci-après :
Le « Délestage » : cette expression est utilisée lorsque le ménage se retrouve dans
l’impossibilité financière ou matérielle de préparer la nourriture. Dans ces conditions, les
membres sont prévenus qu’il y a délestage (non service) alimentaire.
Le « Kondoko » : cette expression beaucoup utilisée dans les milieux des jeunes Kinois
signifie tout simplement la consommation de la viande du chat. Toutefois, en parlant de
« kondoko », il s’agit de toute une série d’opérations qui commencent par le piégeage d’un
chat, sa préparation, son mode de cuisson et son mode de consommation.
Le « Yango na yango » : cette expression peut se traduire littéralement par « la même chose,
choses identiques, même origine». Les Kinois utilisent cette expression pour désigner certains
modes de consommation issus d’un même produit agricole. Cette expression est souvent

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employée lorsqu’on a consommé la Chikwangue, le Fufu préparé sur base de la farine de
manioc seule sans mélange avec la farine de maïs avec comme unique accompagnement les
feuilles de manioc. Dans ces conditions un Kinois dira qu’il a mangé « yango na yango »
c'est-à-dire qu’il n’a mangé que le manioc avec le manioc.
La liste bien que non exhaustive de ces codes est présentée dans l’annexe de ce travail. En
utilisant ces codes, les Kinois expriment des pratiques alimentaires ou certains comportements
alimentaires assez particuliers. Il est important d’observer que la quasi-totalité des termes
utilisés pour exprimer ces pratiques alimentaires ont un caractère plutôt péjoratif. On peut
donc considérer ces codes comme une expression de mécontentement, de déception, de
précarité, voire de crise dans les habitudes alimentaires de certains Kinois.

6.2. FACTEURS INQUIETANTS DANS L’EVOLUTION DES MODES DE CONSOMMATION


ALIMENTAIRE A KINSHASA

Les analyses menées tout au long de cette étude ont révélé que l’évolution des modes de
consommation alimentaire des Kinois a une tendance inquiétante. Les facteurs suivants
peuvent bien justifier que l’on s’inquiète de l’évolution des modes de consommation
alimentaire à Kinshasa et en RDC en général :
 L’expansion démographique de la ville de Kinshasa ;
 Le manque des progrès évidents dans le secteur de l’agriculture.

6.2.1. Expansion démographique de la ville de Kinshasa

En 1960, une superficie de 5.500 ha à caractère urbain supportait une population de 400.000
habitants, ce qui suppose une forte densité démographique. A l’accession du pays à la
souveraineté nationale et internationale, le cadre a changé et la poussée démographique a
sensiblement modifié la configuration spatiale de la ville. A ce jour, les estimations situent à
environ 7.000.000 l’effectif de la population de la ville au point de porter la ville au rang des
grandes métropoles et des agglomérations millionnaires. Et la superficie a atteint près de
9.965 km 2.
Sous ces dimensions, Kinshasa pose des problèmes complexes d'aménagement, avec des
quartiers d'extension qui poussent comme des champignons créant ainsi de nombreux besoins
en matière de logement, d'équipements collectifs (écoles, hôpitaux, centres récréatifs etc.), de
transport et d'administration, car leur accroissement ne s'accomplit pas selon les normes
urbanistiques (Ministère du Plan, 2005b).
La problématique du développement de la Ville de Kinshasa requiert une attention
particulière et urgente de la part des autorités provinciales au regard de la gravité des
problèmes qui s’y posent. Ces problèmes concernent essentiellement l’accès aux services
sociaux de base, à savoir l’eau potable, le logement décent, l’électricité, l’éducation, la santé
et l’assainissement, l’approvisionnement en produits alimentaires de première nécessité
(Ministère du Plan, 2010).
La plupart des études sur les perspectives démographiques s’accordent sur le fait que la RDC
sera l’un des pays dont la population va sensiblement augmenter d’ici à 2050. Cependant
l’instabilité politique que le pays connaît pendant plusieurs décennies, le caractère cyclique
des guerres et conflits armés, les conditions de vie de plus en plus difficiles à l’intérieur du
pays notamment sont des facteurs qui vont contribuer à la croissance démographique de la
ville de Kinshasa.

- 137 -
Cette croissance démographique malheureusement se fait accompagner de nombreux
problèmes, notamment l’insécurité alimentaire. Selon le rapport de la FAO (2006) sur l’état
de l’insécurité alimentaire dans le monde, la RDC est le pays dont le taux d’accroissement de
l’insécurité est le plus grand au monde. Il a atteint 517% en trente ans. Ces chiffres révèlent
que l’avenir de Kinshasa en matière de sécurité alimentaire ouvre la porte à de grandes
inquiétudes.

6.2.2. Manque de progrès évidents dans le secteur de l’agriculture

Durant la période 2000–2008, l’économie de la RDC a connu un taux de croissance de l’ordre


de 5%, avec un pic de 7,9% en 2005. Le secteur agricole a été l’un des moteurs de cette
croissance, ayant contribué au PIB pour 31%, 50% et 41,1% respectivement en 1990, 2000 et
2007. Toutefois, cette évolution ne témoigne pas d'un véritable dynamisme du secteur
agricole ni d’une quelconque transformation structurelle (COMESA et al, 2009).
La RDC ne vit pas en vase clos, pour vivre en harmonie avec les autres partenaires le pays a
adhéré à la réalisation des objectifs du millénaire du développement (OMD) ainsi qu’au
Programme Détaillé de Développement de l’Agriculture en Afrique (PDDAA).
- Par rapport aux objectifs du millénaire du Développement (OMD)
Le premier objectif des OMD consiste en la réduction de l’extrême pauvreté et la faim. Par
rapport à cet objectif, le rapport du gouvernement en 2010 sur l’état d’avancement des OMD
en RDC mentionne les difficultés auxquelles le pays est confronté. Selon ce rapport, « la
majorité de la population congolaise est pauvre et cette pauvreté présente plusieurs facettes à
savoir : faible revenu, insatisfaction des besoins alimentaires, incapacité d’accéder aux soins
de santé et à la scolarisation, incapacité de se loger décemment, etc ».
Dans l’ensemble, l’incidence de la pauvreté est de 71,3% et la consommation des plus
pauvres représente à peine 7,8% de la consommation nationale. En RDC le taux de chômage
des jeunes (32%) est largement supérieur à la moyenne nationale (18%) (Ministère du Plan,
2010).
Au regard de l’état des lieux de la situation décrite ci-haut, la RDC est loin d’atteindre les
OMD, il lui faudra encore beaucoup d’années après l’échéance de 2015 fixée par la
communauté mondiale pour la réalisation de ces objectifs.
- Par rapport au Programme Détaillé de Développement de l’Agriculture en Afrique
(PPDAA)
En s’alignant sur le PDDAA, les pays membres prennent l’engagement commun de réaliser
un taux de croissance annuelle d’au moins 6% dans le secteur agricole et réaffirment
l’engagement de Maputo d’allouer au moins 10% du budget national à ce secteur. Selon le
rapport de la FAO sur la sécurité alimentaire dans le monde (2012), la RDC est classée parmi
les pays dont l’engagement par rapport au PPDAA est en progrès. Le pays consacre près de
3% de son budget dans le secteur de l’agriculture. Malgré, ce progrès, il y a lieu de constater
que celui-ci est encore très faible. En effet, dans le même rapport, certains pays africains
comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger notamment sont déjà classés comme des pays
ayant atteint et voire dépassé l’objectif de 10%.
Ce manque de progrès voire le manque de volonté politique de la part des décideurs sont
malheureusement un des traits caractéristiques de l’agriculture congolaise. En effet : « depuis
cinquante ans et l’indépendance, le développement agricole de la RD Congo n’a cessé
d’entretenir l’espoir d’une meilleure autosuffisance alimentaire réclamée avec insistance par
certains Congolais. Il a mobilisé les capitaux, les énergies et les enthousiasmes. Or, il faut

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bien constater que ces espoirs ont été déçus et que la situation s’est détériorée au lieu de
s’améliorer » (Lebailly, 2010).
Ces faibles engagements de la RDC sur les programmes dont les objectifs sont d’accroître la
production agricole ; d’améliorer la sécurité alimentaire ; ou améliorer les conditions de vie
de la population dont plus de 80% dépendent de l’agriculture, suscitent des questionnements
sur les modes de consommation alimentaire d’avenir.

6.3. RECOMMANDATIONS

L’analyse des modes de consommation alimentaire des ménages ayant suscité bien des
préoccupations, des interrogations et des inquiétudes, il est judicieux qu’au terme de cette
analyse des recommandations soient formulées afin de voir la situation alimentaire des Kinois
s’améliorer dans l’avenir. Cette amélioration ne peut intervenir que si les décideurs
manifestent la volonté de mettre en œuvre les recommandations suggérées tant dans la
présente étude que dans d’autres.
Les recommandations vont dans deux sens : d’abord à l’endroit des ménages, ensuite à
l’endroit des décideurs c'est-à-dire le pouvoir public.

6.3.1. Recommandations à l’endroit des ménages

En analysant les différents modes de consommation dans les ménages, les recommandations
suivantes sont suggérées aux responsables des ménages kinois.

1° Diversification des sources de provenance des aliments


L’analyse menée dans ce travail en rapport avec les sources de revenus a révélé que les
ménages les plus pauvres ont tendance à diversifier les sources de revenus et les sources de
pourvoyeurs des revenus sans pour autant diversifier les sources de provenance des aliments.
C’est aussi dans les ménages les plus pauvres qu’il a été observé que les tailles des ménages
sont les plus élevées notamment à cause des phénomènes de sous-ménages. Il est donc
intéressant pour ces ménages de faire une sorte de division du travail de telle manière que
chaque membre puisse avoir un rôle bien défini.
Plutôt que d’avoir quatre sources de revenus qui n’apportent pas un grand revenu tel que
l’analyse l’a démontré, il serait souhaitable que les uns s’occupent des activités génératrices
des revenus tandis que les autres s’orientent dans des activités productrices de la nourriture,
particulièrement l’agriculture, le maraîchage et le petit élevage.
La diversification des sources de provenance des aliments favoriserait sensiblement les
approvisionnements non marchands, ce qui conduirait des ménages à ne faire des dépenses
que pour les produits qui n’ont pas pu être obtenus par l’agriculture, par exemple les produits
manufacturés.
Il est vrai que dans certains ménages pauvres, il a été observé l’existence de petits champs de
légumes parcellaires, mais le niveau de production qui en découle ne permet pas aux ménages
de faire face à l’insécurité alimentaire.
Raison pour laquelle il serait souhaitable de spécialiser quelques membres des ménages dans
les activités agricoles avec comme objectif principal d’améliorer quantitativement et
qualitativement la consommation alimentaire de tous les membres des ménages. Tandis que
les autres membres seront actifs dans les autres activités pour ramener suffisamment de
revenus afin de subvenir à d’autres besoins des ménages.

- 139 -
2° La connaissance de la diététique peut contribuer à réduire les dépenses alimentaires
tout en améliorant la qualité du régime alimentaire et nutritionnel.
Dans ce travail, les modes de consommation alimentaire ont été analysés par rapport aux 12
groupes d’aliments : (1) les céréales, (2) les racines & tubercules, (3) les légumes, (4) les
viandes, (5) les poissons, (6) les légumineuses, (7) les fruits, (8) les œufs, (9) les laits et
produits laitiers, (10) les huiles, (11) les sucres et (12) les boissons.
Une bonne prise en compte de ces différents groupes d’aliments dans la consommation
alimentaire des ménages permettrait de faire de bonnes combinaisons des aliments. A titre
d’exemple, dans la plupart des cas, il a été trouvé que les repas sur base de Fufu étaient
accompagnés de légumes et de poissons. En faisant un petit bilan alimentaire on trouve qu’on
a consommé : légume plus poisson incorporé plus poisson à côté.
Dans ces conditions, les membres des ménages auront consommé : céréales, racines et
tubercules suivis des poissons et encore des poissons. Les ménages auraient pu éviter cette
dépense supplémentaire des poissons en achetant un aliment appartenant à un autre groupe ou
en économisant l’argent pour d’autres dépenses ultérieures.
L’analyse a révélé également que la consommation des légumineuses permet des apports
protéiques de l’ordre de 80 à 81grammes/personne/jour aux membres des ménages moyens et
de 50 à 51 grammes/personne/jour aux membres des ménages moins aisés. Ce niveau
d’apport protéique a été rendu possible grâce à la consommation de plus en plus grande des
légumineuses riches en protéines.
Dès lors on peut s’imaginer que les ménages moins aisés peuvent bien améliorer la qualité de
leurs régimes alimentaires en consommant les légumineuses (niébé) notamment dont le prix
est très bas, tout en complétant leur alimentation par les protéines animales issues des
aliments à moindre coût comme le fretin, les chenilles ou certaines larves comestibles.
Il est cependant aussi vrai que certains de ces produits peuvent s’avérer très coûteux, mais la
cueillette là où cela est possible peut permettre d’y accéder dans les limites des coûts
acceptables. L’exploration des sources alimentaires alternatives comme la consommation des
insectes comestibles constitue déjà pour la FAO des perspectives d'avenir en matière de
sécurité alimentaire humaine et animale (FAO, 2013).

3° Utilisation des carnets ou cahiers des menus journaliers


La façon la plus simple pour assurer une bonne alimentation, diversifiée mais relativement
moins coûteuse consiste à disposer d’un carnet de l’alimentation journalière. Cette technique
a été observée dans un ménage aisé. Dans ce ménage, on note tout ce qui a été consommé
chaque jour dans une sorte de cahier des menus.
Cette pratique pourtant simple permet aux membres des ménages d’apprécier non seulement
les aliments qu’ils ont mangés au cours d’une période mais aussi d’évaluer les dépenses d’une
période à une autre. En procédant de la sorte, il y a lieu de contrôler à la fois le régime
alimentaire, le régime nutritionnel et les niveaux des dépenses alimentaires des ménages.

6.3.2. Recommandations à l’endroit du pouvoir public

La sécurité alimentaire étant une question éminemment politique la responsabilité incombe au


pouvoir public de mettre en place des politiques qui puissent permettre aux ménages
d’améliorer sensiblement leur mode de consommation alimentaire.

- 140 -
Cependant, l’analyse de la situation alimentaire de la RD Congo en général et de la ville de
Kinshasa en particulier révèle que les interventions du pouvoir public en matière de sécurité
alimentaire restent encore modestes et sont loin d’être satisfaisantes. Les recommandations ci-
dessous sont suggérées aux décideurs dans l’intention que leur application pourrait contribuer
tant soit peu à l’amélioration des modes de consommation alimentaire des Kinois.

1° Améliorer la qualité des importations alimentaires


Les importations alimentaires représentent selon la Banque Centrale du Congo une valeur
annuelle de plus d’un milliard de dollars soit 15% de la valeur des importations totales du
pays. Les échanges nets des denrées alimentaires (exportations – importations) sont estimés
par la FAO à – 5% du PIB total (Lebailly, [Link]).
Les importations alimentaires en RDC ne cessent de croître. Le pays importe surtout des
céréales (maïs, farine de maïs, riz, blé dur), du sucre, de l’huile végétale et des produits carnés
(viande et poisson) (PAM et INS, Op. cit.).
Il est vrai que les productions locales de maïs, de riz, de blé ou de la viande ne sont pas
suffisantes pour subvenir aux besoins de la population, le recours à l’importation s’avère donc
incontournable.
Cependant, certains produits importés (poules de réforme, le croupion de dinde, etc.) sont
susceptibles de provoquer des problèmes de santé publique à cause de leur qualité jugée
inférieure pour la consommation humaine (Horman, 2004).
Le contrôle de la qualité des aliments par les services compétents tels que l’Office Congolais
de Contrôle est une tâche sur laquelle le pouvoir public est appelé à veiller pour empêcher
certains exportateurs de mauvaise foi, en complicité avec des agents du service de contrôle, de
faire entrer dans le pays les produits impropres à la consommation.

2° Encourager la production locale


Pour encourager la production locale les décideurs sont appelés à poser une double action.
D’une part de protéger les petits producteurs face aux produits importés et vendus à faible
prix sur le marché local, d’autre part de racheter aux producteurs locaux les excédents de la
production non vendue pendant la période d’abondance afin de leur épargner l’effondrement
des prix sur le marché en cas d’abondance.
Selon Ledent et Burny (2002), la politique agricole bien élaborée et équilibrée comporte
quatre secteurs complémentaires et interdépendants : la politique des marchés et des prix des
produits, la politique commerciale, la politique structurelle et la politique sociale.

3° Mettre en place des politiques sociales pour les plus démunis


Il a été analysé au cours de l’étude que dans les ménages du quartier pauvre les quantités
journalières d’aliments consommées par personne sont autour de 500g ce qui a donné lieu aux
apports énergétiques et protéiques déficitaires.
Il est donc inadmissible d’assister à une telle situation d’insécurité alimentaire dans des
ménages évoluant en milieu urbain, ce qui suscite de grandes interrogations sur la situation en
milieu rural et à l’intérieur du pays.
Pour pallier ce niveau d’extrême pauvreté et d’insécurité alimentaire le pouvoir public est
appelé à mettre en place une politique censée être de plus en plus orientée vers le social des
populations, surtout les plus démunies.

- 141 -
Il serait avantageux, pour la population, de remettre en place la politique qui a été pratiquée
dans les années 1998 par le Gouvernement du Président Laurent Désiré Kabila. En effet, au
cours de cette période, il y avait à Kinshasa une sorte de cantines populaires dénommées «
Bureau National de Promotion Sociale» en sigle BNPS. Dans ces cantines, les produits
alimentaires étaient vendus à un prix raisonnable pour permettre aux plus démunis d’avoir
accès à l’alimentation de bonne qualité.
Les conditions sociales des Congolais en général sont confrontées à des difficultés énormes. Il
est important de rappeler ici l’extrait du discours du Président Kabila prononcé le 20
novembre 2011 lors de son investiture pour le second mandat. Je cite : « Tout en saluant ces
avancées significatives, vous en appelez à une action urgente pour que des retombées
positives s'en fassent rapidement sentir sur le chômage, les revenus des ménages, la
satisfaction des besoins sociaux de base, la salubrité de nos villes, les conditions de vie dans
nos villages et la distribution de la justice; bref, sur le social et le vécu quotidien du
Congolais. Ce message a été reçu cinq sur cinq » fin de citation. Il est donc important que ce
social tant prôné devienne une réalité avec des effets palpables dans l’amélioration des modes
de consommation alimentaire des ménages.

CONCLUSION PARTIELLE

L’analyse des résultats permet de dégager comme ligne directrice pour la consommation
alimentaire à Kinshasa qu’il existe un équilibre de plus en plus difficile à observer entre le
mode de vie, le mode de consommation alimentaire et les exigences nutritionnelles.
L’évolution des modes de consommation alimentaire semble avoir une tendance inquiétante
pour les ménages et suscite des questionnements.
L’analyse de l’évolution de la consommation alimentaire a conduit à une observation selon
laquelle les habitudes alimentaires des Kinois ne semblent pas rencontrer les exigences
nutritionnelles. Entre les deux considérations les ménages kinois semblent trouver de plus en
plus de difficultés à trouver un point d’équilibre. Les éléments qui peuvent justifier ce
difficile équilibre sont notamment :
- La monotonie alimentaire dans les ménages,
- Le déséquilibre alimentaire qui n’est pas toujours lié au revenu,
- La tendance à favoriser la consommation des aliments bon marché,
- Le choix des aliments sans lien avec les considérations diététiques,
- De plus en plus de problèmes de santé publique liés à des modes de consommation
alimentaire,
- L’apparition de plus en plus des pratiques alimentaires particulières et exprimées sous
formes des « codes » propres aux Kinois.
Il apparaît tout au long de cette étude que l’évolution des modes de consommation a une
tendance inquiétante. Les facteurs suivants peuvent bien justifier que l’on s’inquiète de
l’évolution des modes de consommation alimentaire à Kinshasa et en RDC en général:
- L’expansion démographique de la ville de Kinshasa ;
- Le manque des progrès évident dans le secteur de l’agriculture.
L’analyse des modes de consommation alimentaire des ménages ayant suscité bien des
préoccupations, des interrogations et des inquiétudes, il est judicieux qu’au terme de l’analyse
des recommandations soient formulées afin de voir la situation alimentaire des Kinois
s’améliorer dans l’avenir. Cette amélioration ne peut intervenir que si les décideurs

- 142 -
manifestent la volonté de mettre en œuvre les recommandations suggérées tant dans la
présente étude que dans d’autres.
Les recommandations formulées dans le cadre de cette étude ont été orientées dans deux
sens : d’abord à l’endroit des ménages, ensuite à l’endroit des décideurs c'est-à-dire le pouvoir
public. A l’endroit des ménages il leur est suggéré d’abord la diversification des sources de
provenance des aliments. Ensuite la connaissance de la diététique qui peut contribuer à
réduire les dépenses alimentaires tout en améliorant la qualité du régime alimentaire et
nutritionnel. Enfin, l’utilisation des carnets ou cahiers des menus journaliers
Les recommandations à l’endroit du pouvoir public sont formulées comme suit : améliorer la
qualité des importations alimentaires ; encourager la production locale et mettre en place des
politiques sociales pour les plus démunis.

- 143 -
CONCLUSION GENERALE

La présente étude a été initiée au départ d’une hypothèse selon laquelle des ménages se
retrouvent dans une situation d’insécurité alimentaire lorsque leurs modes de vie et moyens
d’existence ont changé ou ne sont pas adaptés et qu’ils n’ont pas la capacité de trouver un
équilibre entre un ensemble de besoins. La demande alimentaire des ménages ne peut donc
être analysée indépendamment de l’ensemble des moyens d’existence et conditions de vie des
ménages : relations sociales, ressources disponibles, localisation géographique. Cinq objectifs
ont été fixés dans le cadre de cette étude. Pour atteindre ces objectifs, une méthodologie basée
sur les enquêtes auprès des ménages a été adoptée.
S’agissant du premier objectif de l’étude en rapport avec les caractéristiques socio-
économiques des ménages, les résultats de l’enquête ont révélé qu’il existe des
caractéristiques spécifiques à chaque quartier et des caractéristiques que l’on pourrait
considérer comme étant communes à tous les quartiers. Parmi les caractéristiques spécifiques
on trouve : le genre du chef des ménages, les activités des femmes, le niveau d’instruction et
le taux de salariat.
Le taux des chefs de ménages du genre féminin est respectivement de l’ordre de 22% dans le
quartier aisé, 23% dans le quartier moyen et de 26% dans le quartier pauvre. Il apparaît que le
nombre de femmes chefs de ménages tend à augmenter quand les ménages sont établis dans
des quartiers pauvres. Ce taux élevé des femmes chefs de ménages est lié notamment au décès
des maris ou à la désertion de ces derniers ayant trouvé refuge ailleurs, laissant des femmes
avec le statut de veuves ou divorcées. Ces femmes se retrouvent dans l’obligation de prendre
en charge la gestion et la responsabilité de leurs ménages en pratiquant des activités relevant
généralement du secteur informel.
Les activités informelles pratiquées par les femmes sont respectivement de l’ordre de 71%
dans le quartier pauvre, 50% dans le quartier moyen et de 27% dans le quartier aisé. Il est
évident que ces activités sont pratiquées sans aucune norme en termes de durée de travail par
jour, nombre de jours de travail par semaine ni de période de congé. Ce qui a pour
conséquence l’absence prolongée des femmes dans leurs ménages, confirmant ainsi les
observations évoquées dans la problématique de ce travail.
Le niveau d’instruction et le taux de salariat semblent être également les caractéristiques
spécifiques des quartiers kinois. Ces deux variables sont bien corrélées. En effet, selon le
résultat de l’étude, le taux des chefs de ménages universitaires est respectivement de l’ordre
de 83% dans le quartier aisé, 44% dans le quartier moyen et d’environ 5% dans le quartier
pauvre. En même temps, le résultat révèle que le taux des salariés est respectivement de 66%
dans le quartier aisé, 52% dans le quartier moyen et de 17% dans le quartier pauvre. En
mettant ensemble le taux d’instruction et le taux de salariés, il apparaît clairement que ce sont
les universitaires qui sont les plus employés comme « salariés». Pour certains Kinois « le
salariat» veut dire un emploi qui rémunère bien.
Dans le quartier aisé, le taux relativement élevé des chefs de ménages universitaires a
tendance à favoriser leur emploi dans les activités dites « salariales ». Par contre, dans le
quartier pauvre, le faible niveau d’instruction des chefs de ménages dont 46% ont un niveau
secondaire et 32% un niveau primaire ne peut que favoriser l’émergence des activités
informelles dont les plus importantes sont les petits commerces (31%) et l’artisanat (29%).
Ces observations confirment bien les informations présentées précédemment en rapport avec
l’emploi et les revenus à Kinshasa à partir des données de l’Institut National de Statistique
(INS). Selon ces informations, la ville de Kinshasa compte 875.000 unités informelles, celles-
ci jouent un rôle positif au sens où elles font partie des stratégies de survie des ménages en
période de crise.
De ce qui précède, il apparaît que le niveau d’instruction constituerait pour les Kinois un atout
important pour accéder à un emploi bien rémunérateur. Cela leur permettrait d’échapper à la
débrouillardise ou à des petits métiers peu rémunérateurs. Mais, le marché de l’emploi étant
très restreint, certains universitaires Kinois ne parviennent pas à accéder à ce genre d’emploi
tant souhaité, ils se retrouvent dans des métiers ne correspondant pas à leur niveau
d’instruction.
Le niveau d’équipement des ménages est aussi l’une des caractéristiques qui expliquent les
disparités au niveau des quartiers de Kinshasa. Il apparaît que les ménages établis dans le
quartier aisé sont généralement dans des conditions confortables en ce qui concerne le
raccordement aux réseaux de distribution d’eau (REGIDESO) et d’électricité (SNEL) qui
atteint les 100%. Par contre dans le quartier pauvre 90% des ménages n’ont presque pas de
raccordement au réseau de distribution d’eau potable et près de 57% sont sans électricité. Par
rapport au niveau d’équipement, trois catégorisations des ménages ont été établies : ménages
bien équipés, ménages moyennement équipés et ménages sous-équipés. Mais également trois
catégorisations ont été établies sur base de la qualité de l’habitat. Il s’agit de l’habitat
confortable, l’habitat acceptable et l’habitat précaire.
De ce qui précède, il apparaît bien que le niveau d’équipement des ménages constitue donc
une variable par excellence qui permet de confirmer la première hypothèse de la présente
étude selon laquelle : « les ménages kinois seraient caractérisés par des conditions de vie qui
refléteraient celles de leur zone d’habitation. Les ménages les plus aisés seraient établis dans
des zones urbanisées tandis que les ménages les moins aisés seraient établis dans les
bidonvilles ».
Les caractéristiques que l’on peut considérer comme communes dans tous les quartiers, c’est-
à-dire ne présentant pas des différences entre les quartiers sont : les âges des chefs de
ménages et des conjoints ainsi que la taille des ménages.
Le résultat de l’étude montre que dans le quartier aisé et dans le quartier pauvre, les âges des
chefs de ménages sont dans l’intervalle de 51 à 60 ans alors que dans le quartier moyen les
chefs des ménages sont jeunes et ils se situent dans l’intervalle de 31 à 40 ans. En prenant
également en compte les âges des conjoints qui sont respectivement dans l’intervalle de 40 à
50 ans dans le quartier aisé et de 30 à 40 ans dans le quartier moyen et pauvre, il en résulte
qu’en général, ce sont les âges jeunes qui sont dominants. Sur base de ces renseignements, il
s’avère que les chefs de ménages et les conjoints de Kinshasa sont des jeunes, ce qui
correspond à la pyramide des âges présentée dans la plupart des études y compris dans celle-
ci.
La taille des ménages semble être également une variable qui ne présente pas de différence
significative tant dans le quartier aisé que dans le quartier pauvre. Cette taille est en général de
7 personnes avec de faibles variations entre les quartiers. Dans la plupart des études menées à
Kinshasa notamment celles de Lelo et Nzuzi (2004) évoquées précédemment dans ce travail,
la taille des ménages kinois est de 7 personnes. Mais, cette taille, on peut la qualifier
« d’apparente » car elle fait penser à une famille restreinte composée de deux parents et des
enfants propres. Il existe aussi la taille des ménages que l’on peut qualifier de «réelle ou
effective » dans laquelle on dénombre toutes les personnes établies au sein du ménage. Les
différences des tailles des ménages dans les quartiers peuvent provenir du fait que les
répondants se réfèrent soit à la taille apparente (famille restreinte) ou à la taille réelle du
ménage (famille élargie).

- 146 -
S’agissant du deuxième objectif de l’étude en rapport avec les dépenses des ménages, les
résultats de l’enquête ont révélé que la structure des dépenses des ménages présente une
prédominance des dépenses alimentaires : 49% dans le quartier aisé, 55% dans le quartier
moyen et 64% dans le quartier pauvre. La part élevée des dépenses alimentaires confirme la
deuxième hypothèse de l’étude selon laquelle « la structure des dépenses des ménages kinois
indiquerait la prédominance des dépenses alimentaires qui font partie des besoins
incompressibles aussi bien pour les non pauvres que pour les pauvres ». Cette observation a
été également mise en évidence dans l’enquête 1-2-3 réalisée par le Ministère du Plan et
l’Institut National de Statistique en 2004. La prédominance des dépenses alimentaires dans la
structure des dépenses des ménages pauvres n’est qu’une confirmation logique de la loi
d’Engel.
Les dépenses globales des ménages présentent des différences significatives respectivement
de l’ordre de 1.224.520 fc soit l’équivalent de 1.331 USD dans le quartier aisé, 522.560 fc
équivalents à 568 USD dans le quartier moyen et de 300.840 fc équivalents à 327 USD dans
le quartier pauvre. Les dépenses globales mentionnées représentent les valeurs moyennes.
Une répartition établie sur base des quartiles de ces dépenses globales a donné lieu à trois
catégories de ménages : « ménages aisés » ceux qui relèvent du quatrième quartile des
dépenses, «ménages moyens » relevant du deuxième et du troisième quartile et les «ménages
pauvres» s’apparentant au premier quartile des dépenses. Ces informations confirment bien
des disparités et des inégalités au sein de la population congolaise attestées par un Indice de
Développement Humain (IDH) classant le pays en dernière ou avant-dernière position depuis
de nombreuses années.
Ces ménages dits « aisés », « moyens » ou « pauvres » représentent des catégorisations qui
traduisent des différences relatives entre eux. Cette catégorisation pourrait servir de critère
servant à cibler des classes sociales ou des ménages kinois les plus nécessiteux et les plus
vulnérables. Ces ménages une fois ciblés pourraient bénéficier d’une attention particulière de
la part du Gouvernement ou des interventions des partenaires au développement tels que la
FAO, le PAM, l’UNICEF, etc.
Par ailleurs, cette classification peut servir également de repère dans l’élaboration des
barèmes salariaux qui prennent en compte le coût du panier de la ménagère et le pouvoir
d’achat des ménages. On peut à titre d’exemple comparer ces niveaux des dépenses globales
avec les propositions de barème salarial de Mbudi signé en février 2004. Selon ce barème,
l’huissier de la fonction publique devrait toucher environ 208 USD contre 2080 USD pour le
Secrétaire Général. Il s’avère que le montant de salaire proposé pour l’échelon le plus bas
c'est-à-dire l’huissier est largement inférieur au niveau des dépenses des ménages pauvres. En
se référant à ces niveaux des dépenses, il est clair que l’application du barème de Mbudi,
pourrait ne pas apporter une amélioration dans la vie sociale des ménages pauvres dont le
niveau des dépenses mensuelles semble être plus élevé que le salaire attendu.
En comparant également ces niveaux des dépenses avec l’évolution du PIB par habitant tel
que présenté dans la figure 3 de ce travail, il en ressort que les dépenses des ménages les plus
pauvres sont plus élevées que les différents PIB/habitant depuis 2002 dont le montant est
d’environ 100 USD.
Pour ce qui est du troisième objectif de l’étude en rapport avec les facteurs qui influencent les
pratiques alimentaires des Kinois, les résultats de l’enquête permettent de confirmer la
troisième hypothèse. Selon celle-ci : « les facteurs socioculturels : le goût, le plaisir et les
habitudes alimentaires influenceraient les modes de consommation des ménages aisés alors
que pour les moins aisés, seules les considérations économiques : prix des aliments et les
moyens disponibles influeraient sur leur mode de consommation alimentaire ».

- 147 -
Les résultats de l’étude ont montré à ce sujet que les facteurs qui influencent les pratiques
alimentaires des ménages sont : la taille du ménage et le statut vis-à-vis de la parcelle
d’habitation. La taille des ménages influence le nombre de repas par jour et aussi les dépenses
de consommation des aliments de base. Les ménages ayant le statut des propriétaires des
parcelles d’habitation prennent relativement plus de repas par jour que les ménages des
locataires. Ces résultats ont montré également que les motivations des chefs de ménages : les
habitudes alimentaires, le plaisir et la satiété influencent la consommation des aliments
d’accompagnement d’origine végétale et aussi ceux d’origine animale. Les motivations liées
au prix ne concernent que des ménages du quartier pauvre. Le facteur qui influence la
consommation hors ménage est la durée du travail journalier. Lorsque la durée de travail
dépasse les 10 heures, le rythme de consommation alimentaire hors ménages est de plus de
trois fois par semaine.
S’agissant du quatrième objectif de l’étude, les résultats des suivis des ménages ont fourni les
informations sur les modes de vie des ménages, leur composition, les relations entre les
membres, leur organisation autour de l’alimentation et leurs pratiques alimentaires.
Deux principales organisations des ménages ont été identifiées pour accéder à l’alimentation :
c’est la diversification des sources de revenus et la diversification des pourvoyeurs des
revenus. Le nombre des sources de revenus tend à augmenter avec la détérioration des
conditions de vie. Le nombre de sources de revenus par ménage étant respectivement de 4
dans le quartier moins aisé ; 2 dans le quartier moyen et de 2 également dans le quartier aisé.
Les sources informelles de revenus sont les plus dominantes dans l’ensemble et
particulièrement dans les ménages pauvres.
L’organisation des ménages pour accéder à l’alimentation, la diversité des sources de revenus
et des pourvoyeurs des revenus permettent de confirmer la quatrième hypothèse de l’étude.
Cette hypothèse stipule que « l’accès à l’alimentation dans les ménages kinois serait rendu
possible grâce aux stratégies des groupes (relation de proximité, relation vendeur-acheteur,
marchandage, entraide, partage, solidarité). Les ménages avec de bonnes stratégies seraient
ceux qui peuvent maintenir leur sécurité alimentaire tandis que ceux sans stratégies
demeureraient des ménages vulnérables, courant toujours un risque d’insécurité alimentaire.
S’agissant du cinquième et dernier objectif de l’étude en rapport avec les modes de
consommation alimentaire des ménages, les résultats de l’enquête ont révélé que, d’une façon
générale, les dépenses alimentaires sont beaucoup plus importantes en saison pluvieuse qu’en
saison sèche.
Les quantités consommées ainsi que les apports énergétiques et protéiques sont déficitaires et
en baisse comparativement aux études antérieures de Houyoux qui sont citées comme
référence dans beaucoup d’études. Ces quantités et apports sont plus faibles en saison
pluvieuse qu’en saison sèche. La situation est alarmante pour les ménages pauvres dont les
quantités d’aliments consommées/individu/jour en saison pluvieuse sont inférieures à 500g
avec les apports énergétiques estimés à 1.130 calories et 50 g de protéines.
Il apparaît donc que c’est pendant la saison pluvieuse que les ménages, surtout les plus
pauvres, tombent dans l’insécurité alimentaire. C’est une sorte de période des « vaches
maigres » pour ces Kinois. C’est la saison pluvieuse qui est donc la période indiquée et
pouvant rendre plus pertinentes les interventions à caractère social ou humanitaire tant du
Gouvernement congolais que des autres partenaires.
L’analyse qui découle des quantités consommées, des apports énergétiques et protéiques
permet de confirmer la cinquième hypothèse de l’étude selon laquelle « à Kinshasa, comme
dans la quasi-totalité des pays du Tiers-Monde, les modes de consommation seraient

- 148 -
caractérisés par une forte consommation relative de céréales et/ou de racines et tubercules,
complétées parfois par des produits riches en protéines, essentiellement les légumineuses ». Il
apparaît aussi clairement que les modes de consommation des Kinois correspondent bien aux
modèles traditionnels agricoles décrits dans le premier chapitre. Ces modèles caractérisent la
plupart des pays du Tiers-Monde africain et asiatique. Les rations alimentaires y sont peu
élevées avec 2000 calories disponibles par jour en moyenne. Les céréales et tubercules y
jouent un rôle prépondérant ; ils sont complétés par des légumineuses qui apportent leurs
protéines, et les produits animaux n’entrent que pour 5% environ.
En prenant en compte les différents modes de consommation analysés, il apparaît que les
habitudes alimentaires des Kinois semblent ne pas rencontrer les exigences nutritionnelles.
Entre les deux considérations les ménages kinois ont de plus en plus de difficultés à trouver
un point d’équilibre. Les éléments qui peuvent justifier ce difficile équilibre sont notamment :
la monotonie alimentaire dans les ménages ; la tendance à favoriser la consommation des
aliments bon marché ; le choix des aliments sans lien avec les considérations diététiques ;
l’apparition de plus en plus de problèmes de santé publique liés aux modes de consommation
alimentaire. Toutefois, le déséquilibre alimentaire dans les ménages kinois n’est pas toujours
lié au revenu, parce qu’il est observé tant dans les ménages aisés que dans les ménages
pauvres.
La constitution de panels de consommateurs et la répétition des études de suivis alimentaires
au sein des ménages par exemple dans le cadre d’un observatoire de la consommation
alimentaire à Kinshasa serait un premier pas vers l’amélioration des modes de consommation
alimentaire dans cette Ville. En effet, en disposant régulièrement des informations nécessaires
sur les conditions de vie des ménages, sur les évolutions dans les habitudes alimentaires, il
serait possible de mettre en place des politiques alimentaires pouvant concilier les modes de
consommation alimentaire des Kinois et les exigences nutritionnelles.

- 149 -
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- 158 -
ANNEXE
ANNEXE 1. QUELQUES EXPRESSIONS EN RAPPORT AVEC LA CONSOMMATION

Signification dans la pratique Signification dans la pratique


N° Expressions Traduction française N° Expressions Traduction française
alimentaire alimentaire
Signification dans la pratique Signification dans la pratique
N° Expressions Traduction française N° Expressions Traduction française
alimentaire alimentaire
1 Badi ou mukapara C’est la pâte de manioc Un repas normal 27 Madeblo haricot Repas à base de haricot
Riz préparé en mélange avec Les feuilles des patates douces.
2 Boulay Un aliment complet 28 Mbetu ya ligorodo Le lit du crapaud
sauce tomate sens péjoratif
3 Bukula bua nseka Pâte sur base de maïs seul Un aliment copieux 29 Mukonzi ya ba ndunda Chef parmi les légumes Feuilles de patate douce
Riz préparé avec beaucoup d’eau Privilégier la quantité du riz à La consommation des os issus de la
4 Bivimba vimba 30 Mikopolis Les os (ossements)
(gonfler le riz avec l’eau) consommer charcuterie
5 Bidorma Le reste d’aliments de la veille Consommer le reste 31 Mokate Faim ou sans rien Quelqu’un sans rien
6 Cerveau na tour Se droguer Consommer une liqueur 32 Madia madia Qui mange tout ce qu’il voit devant lui
7 Damag Nourriture Ce qui peut se manger 33 Mutu, lipumu na lopele Couper le chinchard en 3 parties (tête, le corps et la queue
8 Délestage Passer une journée sans manger 34 Makubungu Manger les pattes (pieds et oreilles) de poule
9 Duma (dumar) Chikwuangue 35 Mbimbi Une occasion de manger, un soulagement alimentaire
10 Enfant d’abord Manger à tour de rôle Privilégier les enfants 36 Mbolongo Un petit morceau de chinchard
11 Matshika Le petit déjeuner Déjeuner à base du thé 37 Mai ya lobo Prendre de l’eau sucrée pour gagner un peu de calorie
12 Gong unique Manger une seule fois par jour 38 Nkindu Etre en état de jeune Pas manger pour prier
Manger le riz comme un oiseau
13 Kanga journée Manger un met solide, rester sans faim toute la journée 39 Nsenge Riz
(péjoratif)
14 Kabola bitumba ya bana Départager les enfants Que chacun mange à part 40 Parents d’abord Manger à tour de rôle Seuls les parents mangent
15 Kibolabola Un poisson salé de mauvaise odeur (sent la pourriture) 41 On ne sait jamais Petit sachet dont on se munit partout où l’on va, espoir
16 Likian Un petit morceau du poisson salé comme accompagnement 42 Système Toute pratique ou stratégie développée par soi-même
17 Likuti Un petit morceau de pate Juste un peu, un petit rien 43 Supu na tolo Liqueur moderne mais, avec une forte teneur en alcool
18 Liyoto Un repas de petit format 44 Tika bana Laisser les enfants Chinchard de petite dimension
19 Lokoso Gourmandise Celui qui mange tout 45 Tshiebrin (lotojo) Liqueur traditionnelle avec forte teneur en alcool
20 Kondoko La viande de chat Consommation du chat 46 Tia Lovoma Manger de manière à remplir son ventre, manger lourd
Des pratiques pouvant aider à
21 Kalai nganu kalai technique Savoir-faire pour vivre 47 Tshibelabela Viande du chien Manger la viande du le chien
quelque chose
Petit morceau de poisson salé Morceau de viande de bœuf vendu
22 kivida badi Un catalyseur 48 Tige Brochette
face à un grand fufu sous forme de brochette
23 Mandindi Un morceau de viscère cuit Un petit morceau de viande 49 Manger le fufu à base de manioc et
Yango na yango Entre-eux, choses semblables
24 Malewa Restaurant de fortune Manger hors domicile 50 les feuilles de manioc
Tout ce qui est vendu déjà cuit Brochette de la viande de chèvre
25 Maman kangela nga Maman apprête moi ça… 51 Ya jean brochette
sur la rue vendue au coin de rue
Manger un morceau de
26 Madindon Croupion de dinde 52 Zuezue Porc Manger du porc (péjoratif)
croupion
ANNEXE 2. ELABORATION D’INDICATEUR PHYSIQUE POUR LA CATÉGORISATION DES MÉNAGES SUR
BASE DES SCORES.

L’indicateur physique élaboré pour catégoriser les ménages est composite. Il est composé de
deux indices. Le premier est l’indice de qualité de logement et le second c’est l’indice de
niveau d’équipements et raccordements. Chaque indice est constitué d’une sommation des
scores attribués au ménage pour avoir ou pas disposé d’un bien pris en considération.

a) L’indice ou score de qualité de logement (SCL)

Cet indicateur concerne la qualité d’habitation. Il est composé d’une série des scores sur les
aspects ci-après : la superficie de la maison par rapport à ta taille du ménage, les installations
connexes (toilette), les matériaux de construction des murs, du pavement et de la toiture de la
maison.
L’indice élaboré sur la qualité de logement est calculé en utilisant la formule suivante :
SCL = SCsup/hab + SCpav + SCmur + SCtoit + SCtoilette

SCL = Score de qualité de logement
SCsup/hab = score superficie/habitant
SCpav = score pavement
SCmur = score mur
SCtoit = score toiture
SCtoilette = score toilette

La superficie par habitant est obtenue en divisant la superficie de la maison par la taille des
ménages. Le score correspondant est élaboré en obtenant la distribution de la superficie par
habitant en quatre quartiles, lesquels se résument dans le tableau ci-après. Ce tableau est
obtenu par la division de la courbe de Gauss en quatre quartiles, en incluant les valeurs
minimum et maximum. C’est ainsi que nous obtenons quatre quartiles.

Tableau 1. Scores sur la superficie en fonction de quatre quartiles


Superficie/habitant Scores
Premier quartile 1,00 – 1,75 1
Deuxième quartile 1,76 – 3,04 2
Troisième quartile 3,05 – 4,86 3
Quatrième quartile 4,87 – 5,53 4

S’agissant du pavement, son score est réalisé en attribuant une valeur de score à chaque type
de pavement. Il comprend un score minimum de « 1 » et un score maximum de « 6 » dont la
synthèse est présentée dans le tableau ci-dessous.

Tableau 2. Scores de l’état de pavement


Types de pavement Scores
Terre (nue) 1
Faux pavement (avec morceaux de brique) 2
Ciment 4
Carreaux 6

- 163 -
Le score sur les murs est obtenu en faisant correspondre une valeur de score à chaque matériel
de construction des murs. Il est constitué d’un score minimum de 1 et d’un maximum de 6.

Tableau 3. Scores sur les matériaux de construction des murs de la maison


Matériaux de construction des murs Scores
de la maison
Paille 1
Terre 2
Bois et tôles 3
Brique cuite et ciment 6

L’élaboration de score de la toiture s’est faite suivant le même principe que le précédent.

Tableau 4. Scores sur les matériaux de construction de la toiture


Matériaux de construction de toiture Scores
Paille 1
Bâche 2
Tôles galvanisées 4
Fibre ciment 5
Tuiles 6

Les installations hygiéniques font partie des installations connexes de l’habitat,


dont l’échelle de score varie entre 1 et 4.

Tableau 5. Scores sur les matériaux de construction de la toilette


Matériaux de construction de toilette Scores
Pas de toilette 1
Trou en terre 2
Fosse arable 3
Cuve 4

Les valeurs des scores ainsi calculées sont rapportées sur une échelle dont la
valeur maximale possible est 26. Sur cette base nous avons donc :
- Logement précaire : 10 < score ≤ 18
- Logement acceptable : 18 < score ≤ 22
- Logement confortable : 22 < score ≤ 26

Cet indice a permis de catégoriser les ménages par rapport à la qualité de


logement dans les trois quartiers concernés par cette étude. Les ménages seront donc
catégorisés en termes de logement précaire, acceptable ou confortable.

b) Score ou indice de niveau d’équipement et raccordements (SER)

L’indice d’équipements et raccordements est élaboré à partir des scores de chaque bien dont
dispose le ménage ainsi que des différents raccordements (services) accessibles. Les
équipements de la maison pris en compte sont ceux du salon, de la chambre des parents et de
la cuisine. Les équipements de transport (auto, moto ou vélo) sont aussi pris en compte avec
des scores appropriés. D’autres biens tels que les ordinateurs, groupes électrogènes ont été
également pris en compte. Les raccordements et services publics qui ont été pris en compte
sont : eau, électricité, internet, antenne parabolique notamment. L’indicateur se présente donc
comme suit :

- 164 -
Tableau 6. Scores des équipements et raccordements
Equipements de salon scores
Fauteuil 5
Climatiseur 4
Télévision 3
Chaîne musicale (HIFI) 3
Ventilateur 2
Lecteur DVD/VCD 2
Radio 1
Equipements de la chambre Scores
Lit 1
Eponge 1
Matelas 2
Drap 1
Couverture 2
Equipement de la cuisine scores
Cuisinière 5
Four 4
Réchaud 2
Brasier 1
Matériels de transport scores
Véhicule automobile 5
Moto 3
Vélo 1
Autres équipements scores
Groupe électrogène 1
Ordinateur 1
Raccordements scores
Eau 1
Electricité 1
Internet 1
Antenne parabolique(TV) 1
Total 54

L’indice élaboré sur les conditions de vie est calculé sur base de la formule suivante :
SER = SCsalon+ SCchambre+ SCcuisine+ SCtransport+ SCautres+SCraccordements

SER = Score d’Equipement et Raccordement
SCsalon= score salon
SCchambre = score chambre
SCcuisine = score cuisine
SCtransport= score transport
SCautres= scores autres équipements
SCraccordements= scores raccordements

Les valeurs des scores ainsi calculées sont rapportées sur une échelle dont la valeur maximale
possible est 54. Sur cette base nous avons :
- Ménages sous-équipés : si 2 ≤ score ≤ 15
- Ménages moyennement équipés : si 15 < score ≤ 32
- Ménages bien équipés : si 32 < score ≤ 54

- 165 -
ANNEXE 3. QUESTIONNAIRE DE L’ENQUÊTE SUR LES CARACTÉRISTIQUES DES MÉNAGES.

Commune de …………………………………………………...Quartier……………………………….
Rue………………………………N°………téléphone du chef de ménage ou conjoint…………………

ENQUETE SUR LA CONSOMMATION ALIMENTAIRE DANS QUELQUES QUARTIERS


DE KINSHASA

CONFIDENTALITE : Toutes les informations vous concernant que vous donnerez seront gardées strictement
confidentielles et utilisées qu’à des fins académiques.

QUESTIONNAIRE D’ENQUETE N°…….


N° Question A. Catégories Code B. Catégories Code
(chef du ménage) (Conjoint)
1.1. Quel est l’âge ? L’âge du chef de ménage |__| L’âge du conjoint (e) |__|
|__|__| ans |__|__| ans
1.2. Quel est le genre ? Genre du chef de ménage |__| Genre du conjoint(e) |__|
1. Masculin 2. Féminin 1. Masculin 2. Féminin
1.3. Quel est son état 1. Marié(e) 2. Célibataire |__| 1. Marié(e) 2. Célibataire |__|
civil ? 3. Divorcé 4. Veuf (ve) 3. Divorcé 4. Veuf (ve)
1.4. Quel est son niveau 1. Pas étudié 2. Primaire 1. Pas étudié 2. Primaire
d’études ? 3. [Link]érieur/Univ |__| 3. Second [Link]érieur/Univ |__|

1.5. Quelles sont les ……………………………… ………………………………


disciplines suivies ……………………………. ………………………….
par le chef de
ménage ?
1.6. Quelle est sa 1. Catholique 2. Protestante |__| 1. Catholique 2. Protestante |__|
confession 3. Egl. de réveil [Link]. 3. Egl. de réveil [Link].
religieuse : 5. Kimbanguiste 6. Non 5. Kimbanguiste 6. Non
croyant croyant
7. Autres……….. 7. Autres………..
1.7. Quelle est l’ethnie et Ethnie :……………………… |__| Ethnie :………………… |__|
Province d’origine Province :…………………… |__| Province :………………… |__|
du chef de ménage ?

II. ACTIVITE PROFESSIONNELLE DU CHEF DE MENAGE ET DU CONJOINT

N° Question A. Catégories Code B. Catégories Code


(chef du ménage) (Conjoint)
2.1. Quelle est l’activité 1. Travailleur formel 1. Travailleur formel
professionnelle du 2. Agriculteur/éleveur 2. Agriculteur/éleveur
chef de ménage ? 3. Grand commerçant 3. Grand commerçant
4. Petit commerçant (détaillant) 4. Petit commerçant (détaillant)
4. Artisan (petit métier) 4. Artisan (petit métier)
|__| |__|
5. Artiste (musicien, peintre 5. Artiste (musicien, peintre
6. Sans emploi 6. Sans emploi
7. Religieux (Pasteur, 7. Religieux (Pasteur,
8 Autres………………… 8 Autres…………………

2.2. Combien de temps 1. sur place 2.15 min ; 3. |__| 1. sur place 2.15 min ; 3. |__|
mettez-vous pour Trente min. 4. 45 min. Trente min. 4. 45 min.

- 166 -
arriver au lieu du 5. Une heure 6. 1h 30 5. Une heure 6. 1h 30
travail ? 7. 2 heures 8. Plus de 2h 7. 2 heures 8. Plus de 2h
2.3 A quelle heure Heure de sortie :………… Heure de sortie :……………
sortez-vous de Heure de retour :………… |__|
votre maison pour |__| Heure de retour :……………
le travail et à
quelle heure vous y
rentrez
2.4 Combien de jours 1. Un jour 2. Deux jours 1. Un jour 2. Deux jours
travaillez-vous par 3. Trois jours 4. Quatre jours |__| 3. Trois jours 4. Quatre jours |__|
semaine ? 5. Cinq Jours 6. Six jours 5. Cinq Jours 6. Six jours
7. Sept jours 7. Sept jours

III. IDENTIFICATION DES AUTRES MEMBRES DU MENAGE


3.1 Combien de personnes y-a-t-il dans votre |__|__| |__|
ménage
3.2 Combien sont de genre masculin |__|__| |__|
3.3 Combien sont de genre féminin |__|__| |__|
3.4 Quel est l’âge de chacun

< 12 mois 1 an 2 ans 3 ans 4 ans 5 ans


Garçons
Filles

6-12 13-18 19-25 26-30 31-40 41-50 51-60 + 60

Hommes

Femmes

3.5 Outre le père et la mère, combien des -Nombre d’élèves dans le ménage | __ | |__|
membres du ménage sont dans les -Nombre d’étudiants | __ | |__|
activités suivantes ? -Nombre de travailleurs formels | __ | |__|
-Nombre d’artisans | __ | |__|
-Nombre Artistes | __ | |__|
-Nombre d’agriculteurs/éleveurs | __ | |__|
-Nombre de commerçants | __ | |__|
-Nombre de ceux qui ne font rien | __ | |__|
-Nombre d’autres métiers à |__|
préciser……………… | __ | |__|

IV. CONDITIONS DE VIE, EQUIPEMENT ET HABITAT

3.6 Quel est votre statut 1. Propriétaire [Link]


vis-à-vis de la maison 3. Maison familiale |__|
d’habitation: 4. Autres …………………

3.7 Quelle est la dimension longueur ……………..m |__|


de votre maison ? largeur………………..m |__|

- 167 -
3.8 Le pavement de la 1. Morceaux de brique de ciment
maison est construit sur 2. Ciment
base de quels 3. Carreaux |__|
matériaux de 4. Terre
construction ? 5. Autres…………………..

3.9 Les murs de la maison 1. Brique de ciment


sont construits sur base 2. Bois
de quels matériaux de 3. Tôles |__|
construction ? 4. Terre
5. Pailles
6. Autres…………………..
3.10 La toiture de la maison 1. Tôles galvanisées
est construite sur base 2. Fibro ciment (Eternit)
de quels matériaux de 3. Tuile |__|
construction ? 4. Pailles
5. Bâche
6. Autres…………………..

3.11 Quelles sont les parties


de votre maison et leur
nombre respectif

3.12 La maison a un 12.1. Eau 1. Oui 2. Non |__|


raccordement 12.2. Electricité 1. Oui 2. Non |__|
12.3. Internet 1. Oui 2. Non |__|
12.4. Téléphone (abonnement) 1. Oui 2. Non |__|
12.5. Antenne parabolique (TV) 1. Oui 2. Non |__|
12.6. Autres………………1. Oui 2. Non |__|
3.13 Quelles sont les 13.1. TV 1. Oui 2. Non |__|
équipements de votre 13.2. Radio 1. Oui 2. Non |__|
salon 13.3. Lecteur DVD ou CD 1. Oui 2. Non |__|
13.4. Ventilateur 1. Oui 2. Non |__|
13.5. Climatiseur 1. Oui 2. Non |__|
13.6. Chaîne musicale 1. Oui 2. Non |__|
13.7. Chaises (fauteuils) 1. Oui 2. Non |__|
13.8. Autres…………… 1. Oui 2. Non |__|
3.15 Quels sont les 15.1. Réchaud 1. Oui 2. Non |__|
équipements 15.2. Cuisinière 1. Oui 2. Non |__|
(matériels) que vous 15.3. Four 1. Oui 2. Non |__|
utilisez pour faire la 15.4. Congélateur 1. Oui 2. Non |__|
cuisine 15.5. La vaisselle 1. Oui 2. Non |__|
15.6. Braisier ou Brasero [Link] 2. Non |__|
15.7. Autres………………...1. Oui 2. Non |__|

3.16 Quels sont les autres 16.1. Véhicule 1. Oui 2. Non |__|
biens dont vous 16.2. Moto 1. Oui 2. Non |__|
disposez dans votre 16.3. Vélo 1. Oui 2. Non |__|
ménage ? 16.4. Groupe électrogène 1. Oui 2. Non |__|
16.5. Ordinateur 1. Oui 2. Non |__|

- 168 -
16.6. Autres…………............1. Oui 2. Non |__|
3.17 Votre toilette est faite 1. Cuve
en ? 2. Fosse arable |__|
3. Trou en terre
4. Pas de toilette
5. Autres………………………….

IV. LE REVENU DU MENAGE


4.1 Quelles sont les 3 principales sources 1. Exploitation agricole |__|
de revenu du ménage 2. Salaire |__|
3. Pension |__|
4. Commerce
5. Donations diverses
6. Pourboire
7. Autres à spécifier
………………………………..
4.2 Combien gagne-t-on par mois |__|
(approximatif) ……………………………
4.3 Pratiquez-vous de l’épargne 1. Oui |__|
2. Non
4.4 Si oui, de quelle forme : 1. Carte [Link]
[Link]ésaurisation [Link] [Link]
|__|
4.5 Avez-vous obtenu un crédit 1. Oui |__|
2. Non
4.6 Si oui de quel montant ? …………………………… |__|
4.7 De quel organisme ? …………………………….. |__|

V. LA CONSOMMATION ALIMENTAIRE, NON ALIMENTAIRE ET MODE DE


PREPARATION
5.1 Quelle est la part de revenus ……% |__|
du ménage réservés aux
dépenses alimentaires (%)
5.2 Combien de repas prenez-vous 1. Un seul repas
par jour dans votre ménage? 2. Deux repas.
3. Trois repas. |__|
4. Autres …………..

5.3 A quel moment de la journée 3.1. Matin 1. Oui 2. Non |__|


avez-vous l’habitude de 3.2. Midi 1. Oui 2. Non |__|
manger ? 3.3. Soir 1. Oui 2. Non |__|
3.4. Nuit 1. Oui 2. Non |__|
5.4 Quels sont les 3 aliments de |__|Fufu (manioc seul) |__|
base que vous préférez ? (par |__|Fufu (maïs seul)
ordre de préférence) |__|Fufu (manioc + maïs) |__|
|__|Chikwangue
|__|Riz |__|
|__|Banane plantain
|__|Pomme de terre
|__|Patate douce
|__|Pain
|__|Autres……………….
5.5 Donnez trois raisons pour |__|Raison de plaisir (joie) |__|

- 169 -
lesquelles vous préférez les |__|Aliments de notre tradition |__|
aliments de base cités ? |__|Pour bien se rassasier |__|
|__|Ça coûte moins cher
|__|C’est aliment disponible (gratuit)
|__|Il contient plus de nutriments
|__|Raisons sanitaires
|__|Convictions d’ordre religieux
|__|Autres……………………………
5.6 Quels sont les trois aliments |__|Fufu (manioc seul) |__|
de base que vous consommez |__|Fufu (maïs seul)
régulièrement ? (par |__|Fufu (manioc + maïs) |__|
ordre de régularité) |__|Chikwangue
|__|Riz |__|
|__|Banane plantain
|__|Pomme de terre
|__|Patate douce
|__|Pain
|__|Autres……………….

5.6. Pour chaque aliment cité, donnez les quantités achetées et leurs prix respectifs
Aliments de base Quantité Prix Fréquence par
semaine
1
2
3

5.7. Pour chaque aliment cité, donnez les modes de préparation


Aliments de base Modes de préparation
1
2
3

5.8 Quels sont les 3 aliments |__|Je ne mange pas de végétaux


d’accompagnement (d’origine végétale) |__|Pondu (feuilles de manioc) |__|
que vous mangez souvent par ordre de |__|Matembele (feuilles de patate)
préférence? |__|Ngai- ngai (oseille) |__|
|__|Mfumbua
|__|Epinard |__|
|__|Bitekuteku (amarante)
|__|Madesu (haricot)
|__|Bilolo (morelle)
|__|Mayebo (champignon)
|__|Misili (fougère)
|__|Autres…………………..

5.9 Donnez trois raisons |__|Raison de plaisir (joie) |__|


pour lesquelles vous |__|Aliments de notre tradition |__|
préférez ces |__|Pour bien se rassasier |__|
aliments |__|Ça coûte moins cher
d’accompagnement |__|C’est aliment disponible (gratuit)
d’origine végétale ? |__|Raisons nutritionnelles (il contient plus de
nutriments)

- 170 -
|__|Raisons sanitaires
|__|Pour des convictions d’ordre religieux (spirituel)
|__|Autres………………………………………………

5.10. Pour chaque aliment cité, donnez les quantités achetées et les prix
Aliments de base Quantité Prix Fréquence par
semaine
1
2
3

5.11. Pour chaque aliment cité, donnez les modes de préparation


Aliments Modes de préparation
1
2
3

5.12. Pour chaque aliment cité, donnez les ingrédients utilisés pour la préparation, prix et quantités.
Aliments Ingrédients Quantité Prix
1 -
-
-
2 -
-
-
3 -
-
-

- 171 -
Quels sont les 3 aliments |__|Je ne mange pas de produits animaux |__|
d’accompagnement (d’origine |__|Mpiodi (poisson de mer)
5.13
animale) que vous mangez |__|Mbisi ya mai (poisson d’eau douce) |__|
souvent ? Par ordre de préférence |__|Mbisi ya kokauka (poisson fumé)
|__|Makayabu (poisson salé) |__|
|__|Ngombe (viande capa)
|__|Ngombe ya abattoir (viande fraîche)
|__Ngulu (viande de porc)
|__|Ntaba (viande de chèvre)
|__|Cuisses de poulet
|__|Cotes (côtelettes)
|__|Croupions de dindons
|__|Ailes des poulets
|__|Abats (mabumu, mitshiopo, mbanga…)
|__|Queues (mikila)
|__|Pattes et sabots (makoso)
|__|Gibier (mpakasa, makaku….)
|__|Chenille
|__|Autres…………

5.13 Donnez trois raisons |__|Raison de plaisir (joie) |__|


pour lesquelles vous |__|Aliments de notre tradition |__|
préférez ces aliments |__|Pour bien se rassasier |__|
d’accompagnement |__|Ça coûte moins cher
d’origine animale ? |__|C’est aliment disponible (gratuit)
|__|Il contient plus de nutriments
|__|Raisons sanitaires
|__|Pour des convictions d’ordre religieux (spirituel)
|__|Autres………………………………………………

5.14. Pour chaque aliment cité, donnez les quantités achetées et les prix
Aliments de base Quantité Prix Fréquence par semaine
1
2
3
5.15. Pour chaque aliment cité, donnez les modes de préparation
Aliments Modes de préparation
1
2
3

5.16. Pour chaque aliment cité, donnez les ingrédients utilisés pour la préparation, prix et quantités.
Aliments Ingrédients Quantité Prix
1 -
-
-
2 -
-
-

- 172 -
3 -
-
-

5.17 Prenez-vous le déjeuner le matin ? 1. Oui |__|


2. Non

5.18. Si oui, de quoi est constitué votre déjeuner du matin ?


Aliments ou produits Dépense moyenne/déjeuner Fréquence /semaine

5.19 Prenez-vous le dessert le soir ? 1. Oui |__|


2. Non

5.20. Si oui, quels sont les 5 aliments que vous prenez comme dessert (soir)
Aliment Dépense moyenne/repas Fréquence /semaine
1
2
3
4
5

5.21 Y-a-t-il des aliments que vous mangez sans les avoir 1. Oui |__|
achetés 2. Non

5.22. Si oui, citez en 5 et remplir le tableau ci-après :


Aliments non- Mode d’obtention Lieux de l’obtention Quantité Prix approximatif
achetés
1
2
3
4
5

5.23. Quels sont les 3 aliments que vous mangez occasionnellement ?


Aliments occasionnels Circonstances Dépense moyenne/repas Fréquence à préciser
1
2
3

- 173 -
5.24 Quelles sont les 3 boissons que vous |__|L’eau minérale |__|
consommez régulièrement dans votre
|__|Boissons sucrées
ménage
|__|Jus des fruits |__|
|__|Bière
|__|
|__|Vins ou whisky
|__|Boissons (traditionnelles)
|__|Autres………………….
5.25. Remplir le tableau ci-dessous pour chacune de ces trois boissons que vous consommez
régulièrement dans votre ménages

Boissons Quantités Dépense moyenne/repas Fréquence /semaine

Question A. Catégories Code B. Catégories Code


(chef du ménage) (Conjoint)
5.26 Avez-vous Cigarettes 1. Oui 2. Non |__| Cigarettes 1. Oui 2. Non |__|
l’habitude de Tangawisi 1. Oui 2. Non |__| Tangawisi 1. Oui 2. Non |__|
consommer les Noix de cola 1. Oui 2. Non |__| Noix de cola 1. Oui 2. Non |__|
biens ci-après ? Arachide 1. Oui 2. Non |__| Arachide 1. Oui 2. Non |__|
Fruits 1. Oui 2. Non |__| Fruits 1. Oui 2. Non |__|
Autres……………………… |__| Autres…………………….. |__|
……………..1. Oui 2. Non ……………..1. Oui 2. Non

VI. MODES DE CONSOMMATION ET DE PREPARATION DES ALIMENTS

6.1 Qui prépare la nourriture (qui fait la 1. Chef de ménage


cuisine) régulièrement? 2. Conjoint
3. Enfants |__|
4. Autres membres de famille
5. Boniche
6. Amis

6.2. Quels sont les 3 aliments déjà préparés (fast food) que vous mangez souvent dans votre ménage
Aliments déjà Quantité Dépense Circonstances Fréquence /semaine
préparés moyenne/repas ou motivation
1
2
3

6.3 Quelles sont les deux sources 1. Electricité


d’énergie que vous utilisez souvent 2. Braise |___|
pour faire la cuisine ? 3. Bois de chauffe
4. Pétrole
|___|
[Link] de bois
6. Autres…………

- 174 -
6.4. Remplir le tableau-ci-dessous pour chaque source d’énergie

Sources d’énergie Prix par unité Prix total pour la préparation


1
2
3
4
5
6
7 Autres…………………

VII. CONSOMMATION HORS MENAGES

N° Question A. Catégories Code B. Catégories Code


(chef du ménage) (Conjoint)
7.1 Avez-vous 1. Oui |__| 1. Oui |__|
l’habitude de 2. Non 2. Non
manger hors 3. Rarement 3. Rarement
ménage ?
7.2 Quels sont les trois 1. Au travail 2. Au marché |__| 1. Au travail 2. Au marché |__|
lieux où vous avez 3 En voiture 4. En route 3 En voiture 4. En route
l’habitude de 5. Au restaurant 5. Au restaurant
manger hors de 6. Autres……………… 6. Autres………………
votre domicile ?

7.3 Donnez le rythme 1. Chaque jour |__| 1. Chaque jour |__|


de consommation 2. Une fois par semaine 2. Une fois par semaine
hors domicile 3. Deux fois par semaine 3. Deux fois par semaine
4. Trois fois 4. Trois fois
5. Plus de trois fois 5. Plus de trois fois

7.4. Chef du ménage


Citez 3 aliments que vous mangez hors du domicile et combien dépensez-vous pour cette
consommation ?
Aliments consommés hors Montants dépensés Lieux de consommation
ménages
1
2
3

7.5. Chef du ménage


Citez 3 boissons que vous prenez hors domicile et combien dépensez-vous pour cette consommation
Boissons consommées hors Montants dépensés Lieux de consommation
ménages
1
2
3

7.6. Chef du ménage


Pour chaque élément cité, indiquez le montant dépensé ainsi que le lieu de consommation

- 175 -
Autres consommations Montants dépensés par Fréquence par Lieux de
hors ménages jour semaine consommation

7.7. Conjoint (e)


Citez 3 aliments que vous mangez hors ménage et combien dépensez-vous pour cette consommation ?

Aliments consommés et Montants dépensés Lieux de consommation


boissons hors ménages
1
2
3
7.8. Conjoint (e)
Citez 3 boissons que vous consommez hors ménage et combien dépensez-vous ?
Boissons consommées hors ménages Montants dépensés Lieux de consommation
1
2
3
7.9 Conjoint (e)
Pour chaque élément cité, indiquez le montant dépensé ainsi que le lieu de consommation
Autres consommations hors Montant dépensés par Fréquence par Lieux de consommation
ménages jour semaine

Concernant les enfants


7.12 Donnez-vous de l’argent à vos enfants pour l’école ? 1. Oui |__|
2. Non
7.13 Si oui pour quelles fins 1. Transport |__|
2. Repas à l’école
3. Autres
7.14 Combien de la somme remise à l’enfant sera affecté à ? Au transport …………………Fc
Au repas à l’école……………….Fc
A autre ……………………Fc

- 176 -
Dépenses non alimentaires
5.15. En dehors de votre alimentation, pouvez- vous énumérer les dépenses effectuées durant le mois
passé (Jours calendrier, datant du jour de l’enquête). NB. Ne pas inscrire l’équipement et l’acquisition
ou réparation des biens durables.
Nature de la dépense Coût (FC)/dépense Coût mensuel
Loyer (par mois)
Electricité (par mois)
Eau (par mois)
Soins de santé (trimestrielle)
Transport (journalier)
Scolarité et éducation (annuelle)
Habillement (semestriel)
Produits d’entretien (mensuel)
Communication (journalière)
Abonnement Internet (par mois)
Antenne parabolique (par mois)
Abonnement téléphone (par mois)
Boniche (mois)
Chauffeur (mois)
Répétiteur pour les enfants (mois)
Sécurité ou police (mois)
Autres (à spécifier)
NOM DE L’ENQUETEUR :
OBSERVATION OU COMMENTAIRE:

- 177 -
ANNEXE IV. FICHE DES SUIVIS JOURNALIERS DES MÉNAGES

Date…………………………………………Adresse……………………………
Avez- vous mangé ? Le matin. A quelle heure ?.................................. …………..
Aliments Quantité Prix Aliments non Quantité Prix estimatif Lieu Combien
achetés achetés d’obtention ont mangé

Autres (écrire
au verso)
PENDANT LA JOURNEE, A quelle heure ?………………………………………….

Aliments Quantité Prix Aliments non Quantité Prix estimatif Lieu Combien
achetés achetés d’obtention ont mangé
Aliments de
base

Accompagne
ments

Dessert

Boissons

Epices

LE SOIR OU LA NUIT, A quelle heure ?..........................................................

Aliments de
base

Accompagne
ments

Dessert

Boissons

Épices
Braise

- 178 -
1. Qui a apporté l’argent que vous utilisé pour la nourriture d’aujourd’hui ?............................
2. Combien de repas avez-vous mangé aujourd’hui ?.................................................................
3. Qui a (ont) décidé de ce que vous avez mangé
aujourd’hui ?…………………….……………
4. Est-ce que les préférences alimentaires des différents membres du ménage sont pris en
compte dans le choix de la nourriture ?………………………………………………………
5. Qui a (ont) préparé la nourriture ? Le matin………………à midi………………………le
soir…………à quelle heure ?.................................................................................................
6. Est-ce que les différents membres du ménage ont mangé ensemble oui ou non ?………..
7. Si non pourquoi ? ...................................................................................................................
8. Vous avez reçu combien de visiteurs aujourd’hui ?...............................................................
9. Quels sont les liens que ces visiteurs ont avec vous ?............................................................
10. Combien de ces visiteurs ont partagé le repas avec vous aujourd’hui ? ............................
11. Y a-t-il des visiteurs qui n’ont pas mangé aujourd’hui avec vous ?.....................................
12. si oui pourquoi ……………………………………………………………………………..
13. si non pourquoi……………………………………………………….……………………
14. Est-ce qu’un membre (du ménage) a mangé en dehors du
ménage ?…………………………..
Si oui dans quelles conditions ?................................et quel repas ? …………………Déjeuner
……………………Repas de midi……………………………… ou du soir…………………
15. Avez-vous autre chose à dire à propos de la nourriture de ce jour au sein de votre
famille ?.........................................................................................................................................
.......................................................................................................................................................
.......................................................................................................................................................

- 179 -

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