Addendum, 21avril 2016: j’ai eu quelques retours sur cet article, particulièrement d’Allemands, et donc j’ai fait un peu
de recherches complémentaires. Je n’avais pas compris exactement le choix de Dresde pour une falsification, bien que
j’ai fait une ou eux suggestions ci-dessus. Un article que je lisais récemment disait que le bilan de Dresde avait été
falsifié par les Nazis, pour créer de la sympathie. Mais, comme nous l’avons vu, des généraux américains de haut rang
ont également largement accru ces chiffres. Donc, ça n’allait pas. Et puis, je me suis rappelé la Madone Sixtine. Je me
suis rappelé avoir lu il y a des années que ce chef d’oeuvre de Raphaël avait été détruit à Dresde. J’ai pensé : peut être
que le bombardement a été simulé pour sortir des œuvres artistiques de musées publics vers des mains privées.
Problème : quand je suis retourné vers les média mainstream, il est apparu que la Madone Sixtine n’avait pas été
détruite. On dit aujourd’hui qu’elle est allée dans un coffre en Suisse, où les Russes l’ont volée. Puis ils l’ont retournée
à l’Allemagne des années plus tard.
Hmmm. Ma mémoire est meilleure que ça, normalement. Je ne suis pas capable de mémoriser des pages d’annuaire
d’un coup d’œil, mais sinon, ma mémoire est extraordinairement bonne. Je me rappelle de la date anniversaire de ma
petite amie … depuis que j’ai 9 ans. J’en ai 52. La perte d’un Raphaël majeur s’était littéralement inscrite dans mon
cerveau, pour des raisons que je ne devrais pas avoir à expliquer. Je découvre maintenant que ça n’est pas le cas. Est-ce
que l’article que j’ai lu était simplement erroné, ou me suis-je mal rappelé ? La seule chose qui vienne à l’esprit est que
peut être je l’ai lu dans un livre écrit juste après la guerre, et peut être qu’ils n’ont su que la peinture avait été volée par
les Russes que plus tard. Mais ça ne sert pas à grand-chose, puisque, si la version actuelle est vraie, les Allemands
auraient su immédiatement que le coffre avait été pillé par la Russie.
Ma mémoire revient complètement. La photo de la Madone Sixtine dans le livre était en noir et blanc, bien que les
autres fussent en couleurs. Je me rappelle avoir pensé qu’il était logique qu’elle soit en noir et blanc parce qu’ils
n’avaient pas de photo récente. Elle avait été photographiée avant les films en couleurs, puis perdue pendant la guerre.
Mais sans même ce mystère, la nouvelle version de l’histoire est quand même bizarre. Si personne ne s’attendait à ce
que Dresde soit bombardée, pourquoi le Gemaldegalerie Alte Meister a-t-il été vidé et entreposé ? Et aussi, il se trouve
que cette galerie est sur la cour du Zwinger, que nous avons vu au dessus, et qui me conduit à être doublement
soupçonneux. Finalement, pourquoi cacher cette collection dans un coffre en Suisse Allemande ? A Dresde même, on
devrait trouver quantité de coffres à l’épreuve des bombes. De tels coffres n’auraient pas à être enfouis profondément,
puisque les bombes de l’époque n’étaient pas pénétrantes. Elles étaient conçues pour faire des dégâts en surface. Rien
d’autre à Dresde n’avait davantage de valeur que les œuvres des Anciens Maîtres, ils auraient été les premiers à
nécessiter des aménagements sécurisés. Le seul argument pour déplacer la collection si loin est que cela pourrait
empêcher un occupant de trouver la collection et de filer avec. Mais apparemment ça n’a pas marché, n’est ce pas ?
Après nous devrions nous demander pourquoi l’armée Russe furetait dans les coffres cachés de la Suisse Allemande.
Ils auraient dû être suffisamment occupés à piller les grandes villes sans chercher des coffres cachés hors du pays. Il est
également curieux que la Russie ait rendu les œuvres en 1955, en « acte de bonne volonté envers l’Allemagne ». Ce
qui nous met sous l’ère Kroutchev. Le pacte de Varsovie date aussi de 1955, en réponse à l’Allemagne de l’ouest
rejoignant l’OTAN. Selon l’histoire officielle, la Russie ne montrait guère de bonne volonté à l’égard de l’Allemagne
de l’Est en 1955. Nous avons vu quelle sorte de bonne volonté la Russie ressentait pour cette partie de son empire
quand, en 1968, ils ont écrasé le Printemps de Prague avec un barrage de tanks. Dresde n’était pas si loin au nord, et
avait ressenti le même genre de bonne volonté de la part de la Russie depuis la guerre.
A l’appui de mon précédent soupçon, nous trouvons ceci sur Wikipedia :
La destruction de Dresde fut l’occasion pour Hildebrand Gurlitt, un directeur de musée majeur sous les Nazis,
et marchand d’art, de cacher une grande collection d’œuvres d’art, d’une valeur de plus d’un milliard de dollars
qui avait été volée durant l’ère Nazie, tout en déclarant qu’elle avait été détruite ainsi que sa maison située à
Dresde.
Puisque 450 œuvres de l’Alte Meister Galerie à Dresde sont déclarées manquantes ou détruites, mon idée, c’est qu’elles
ont été simplement transférées à des collections privées, avec Dresde comme excuse. Que Gurlitt fût finalement pris ne
signifie pas que tout le monde le fut.
Ceci me conduisit à examiner la Madone Sixtine de plus près. Oh, en quelque sorte, j’aurais préféré ne pas le faire. En
parcourant la liste des œuvres de Raphaël, trois se sont imposés à moi, l’un étant la Madone Sixtine et les autres la
Vierge de Foligno et la Transfiguration. Ceci reposait juste sur mon intuition d’artiste et rien d’autre, vous
comprenez ? Ca ne reposait sur rien d’autre que ce que je vais vous dire, que j’ai découvert seulement après avoir
ouvert un œil soupçonneux. Ce soupçon naquit d’abord dès l’apparition des images de deux pouces ici, mais fut
confirmé par l’examen attentif des agrandissements.
Les deux premières peintures douteuses ont à peu près la même taille, et de largeur quasi identique. Les deux datent de
1511/1512. Les deux sont sur toile, ce qui est particulier pour des œuvres de cette taille (environ 10 pieds par 6.5).
Raphaël n’avait tenté auparavant qu’une seule huile sur une toile de cette taille, la Madone au Baldaquin en 1508. Ce
fut un échec. Ça ne ressemble en rien à la Madone Sixtine, ni en style, ni en qualité de peinture. Comme pour la Vierge
de Foligno, on dit que c’est une émulsion sur bois, transférée sur toile. Jusqu’à cette date, Raphaël n’avait jamais fait
d’émulsion sur bois de cette taille. La seule autre dans son œuvre sera plus tard la Transfiguration. Napoléon est
supposé avoir ramené en France la Vierge de Foligno en 1799 en suite à ses pillages en Italie, où elle fut transférée sur
toile et restaurée. Les historiens conventionnels admettent que c’est étrange.
Le procédé de transfert d’une peinture sur toile depuis un panneau de bois était si rare qu’une note spéciale fut
laissée par le restaurateur : "Rapporto dei cittadini Guijon Vincent Tannay e Berthollet sul ristauro dei quadri
di Raffaello conosciuto sotto il nome di Madonna di Foligno”.
Bien que Wikipedia ne se fatigue pas à le traduire, cela signifie : « rapport des citoyens Guijon, Vincent, Tannay et
Berthollet sur la restauration de la peinture de Raphaël connue sous le nom de Vierge de Foligno ». Je ne comprends
rien de cela, puisque le restaurateur n’était aucun des quatre susnommés. La peinture fut censément restaurée en
France, donc pourquoi une note en Italien ?
Tout ceci devient doublement intrigant, étant donné mon dernier article sur Napoléon. Puisque qu’une bonne partie de
ce qui concerne Napoléon a été falsifié, il ne serait pas surprenant que ce soit le cas ici aussi. Mais, retournons à la
peinture.
Ce qu’ils ne vous disent pas, c’est que les transferts bois vers toile s’opèrent normalement sur des pièces plus petites. Et
habituellement, cela a été fait bien après 1800. La toile n’était pas considérée comme un substrat convenable alors,
parce qu’elle se tend et détend bien trop, spécialement sur les grandes pièces. C’est encore plus vrai pour les émulsions,
qui ne sont pas aussi souples que les huiles.
La Madone Sixtine et la Vierge de Foligno présentent toutes deux d’étranges angelots à l’arrière plan, ce qui n’est pas
le cas dans aucune de ses autres œuvres. Au-delà de ça, les visages et la qualité de peinture sont bien en dessous de ses
standards habituels, et ne ressemblent à aucun de ses autres travaux. Pas davantage l’atmosphère. Ces deux angelots
alanguis au bas de la Madone Sixtine sont très célèbres, mais leur attitude ne ressemble à rien du reste de ses oeuvres. Il
n’a jamais souligné son travail aussi grossièrement, et pour moi, l’attitude des angelots trahit une époque ultérieure, et
un artiste différent. Ca vaut aussi la peine de remarquer que les angelots reposent leurs coudes sur le bord de la
peinture, ou sur le bord du cadre. Ceci est un autre artifice que Raphaël n’a jamais utilisé avant ou après. Il ne
déconstruisait pas son espace intérieur.
C’est triste de devoir en déduire que, sur mon opinion actuelle, les portraits les plus célèbres de Raphaël ne sont même
pas de sa main, et sont bien inférieurs à son travail réel. Le premier angelot a été emprunté par le faussaire à un
précédent Raphaël de 1504, le Couronnement de la Vierge, qui représente un angelot regardant également vers le ciel,
son bras dans la même position. Mais cet angelot a une expression entièrement différente, bien moins moderne. Il
n’exprime pas le même ennui, ou l’expression d’un autre commentaire intelligent. Son regard tourné vers le haut
exprime la piété habituelle de l’époque.
Autre chose de très intriguant au sujet de la Madone Sixtine, c’est la corde du rideau en haut. Je dois penser que ça
aurait été une maladresse à l’époque. A nouveau, c’est une sorte d’indication à l’intérieur de la peinture, pointant une
époque ultérieure où ce genre de chose était considéré comme astucieux. Moi je le vois comme un indice net de
falsification.
Il y a un autre souci au sujet de la date de ces deux peintures 1511-12. Raphaël était déjà très occupé ces années là,
travaillant sur plusieurs larges fresques, dont le Parnasse, les Vertus Cardinales, le Triomphe de Galatée, et Héliodore
chassé du Temple. Il réalisait également ses portraits du pape Jules à cette époque, ainsi qu’un grand Prophète Isaie. Il
est donc peu probable qu’il ait eu aussi le temps de réaliser ces deux énormes retables de maître-autel.
Encore une chose étrange sur la page Wikipedia de la Madone Sixtine, où l’on trouve un paragraphe sur « les
composants de la peinture ». Voilà ce qui est dit :
L’analyse pigmentaire du chef d’oeuvre de Raphaël révèle l’utilisation des pigments habituels à la Renaissance,
comme la malachite liée à l’orpiment dans la draperie verte au sommet de la peinture, du bleu outremer naturel
mélangé à de la céruse dans la robe bleue de la Madone, et un mélange plomb-étain jaune, vermillon et céruse
dans la manche jaune de Ste Barbe.
Voilà un bel indice, puisque qu’aucune page Wikipedia sur les autres œuvres de Raphaël n’a de tel paragraphe.
Pourquoi essaient-ils si intensément de vous convaincre que la Madone Sixtine a été peinte avec « les pigments
habituels de la Renaissance » ? Probablement parce que ça n’a pas été le cas, et parce qu’ils savent que beaucoup de
gens regarderont la peinture et se demanderont pourquoi les couleurs ne ressemblent pas à celles des autres peintures de
Raphaël.
Au delà de cela, nous pouvons examiner la peinture ci-dessus de près. De mon point de vue professionnel, elle ne
ressemble en rien à un Raphaël. Comparez la à la glorieuse Sainte Famille un an plus tard, ou la Madone d’Alba un an
auparavant. Aucune comparaison. Regardez juste la chevelure et les sourcils dans la Madone Sixtine. Travail d’amateur
comparé à un Raphaël véritable. Cette peinture est un faux, et pas même un bon.
voila la Madone d’Alba. Remarquez comme tout est raffiné et subtil ici. C’est un miracle de traits, de couleur et de
composition. Les expressions sont tendres et authentiques. Mes lecteurs me demandent s’il reste quelque chose de vrai.
Hé bien, ceci est réel. La plupart des peintures des vieux maîtres sont réelles, et sont le signe d’une grandeur qui est
toujours parmi nous.
L’analyse que nous avons faite pour la Madone Sixtine vaut aussi pour la Vierge de Foligno et la Transfiguration. A y
regarder de plus près, les deux relèvent d’un travail d’amateur maladroit, sans rien de la grâce d’un Raphaël. La palette
des couleurs est révélatrice dans les deux cas, et il est difficile de penser qu’aucun restaurateur ou autre « expert » n’a
dénoncé le faux pour ces peintures. La Transfiguration est la pire des trois, elle est simplement affreuse de tous points
de vue. Regardez les personnages de l’avant-plan à droite, incluant le garçon avec le bras levé et l’homme qui le tient.
Personne ne peut croire que Raphaël ait quoi que ce soit à voir avec ça ?
Remarquez également que la maquette de la Transfiguration ne ressemble en rien à la peinture, non seulement dans la
composition générale mais aussi dans l’emploi des personnages.
Vous me direz que je dénigre un artiste bien plus grand que moi, mais ce n’est pas ce que je fais. Oui, Raphaël est un
artiste bien plus grand que moi, mais il n’a rien à voir avec ces trois monstruosités. En dénonçant ces falsifications, je
ne le dénigre pas, je le défends. D’ailleurs, le portrait du pape Jules II n’a rien avoir avec lui non plus. L’arrière plan
vert est un désastre, et le reste de la peinture ne ressemble en rien à du Raphaël.
Pendant que j’y suis, je pourrais en dénoncer également un autre, ce dont je me suis retenu pendant des décennies. Le
Sacrifice d’Isaac du Titien est un mauvais faux, et mes amis artistes et moi avons ri de cet éléphant dans le couloir
pendant des années.
Ca m’étonne toujours de voir que les artistes véritables ne sont pas consultés à ces sujets, mais évidemment, tout l’art
et toute l’histoire de l’art ont été confisqués aux artistes, à dessein. Il y a une autre raison pour que cela ait été fait. Ils
ne veulent pas que nous ruinions l’investissement de quiconque avec quelque chose d’aussi mineur que la vérité.
La prochaine fois que vous lirez un article par ou au sujet d’un de ces experts de l’art, demandez vous quelles
qualifications il ou elle possède. Nul doute que vous serez confrontés à une longue liste d’articles scolaires ou de
citations, mais sont-ce vraiment des qualifications ? Ca vaut aussi la peine de mentionner que ces experts de l’art ont un
track record exécrable depuis des siècles. Des centaines de falsifications majeures et de contrefaçons ont été
découvertes ultérieurement, bien qu’attestées par les meilleurs experts de l’époque. La seule qualification pertinente
pour discriminer de l’art, c’est le coup d’œil, et, si certains de ces co-diplômés avaient le coup d’œil, ils seraient
artistes. Ils sont devenus experts précisément parce qu’ils ne pouvaient pas devenir artistes. Voilà donc un autre signe
d’un monde sens dessus dessous, où les artistes sont jugés par ceux qui ne le sont pas.