Modélisation stochastique en mécanique des milieux continus
Modélisation stochastique en mécanique des milieux continus
THÈSE
Discipline : Mécanique
Tien-Thinh LE
le 21 octobre 2015
Titre de la thèse :
Jury
Résumé
Thèse de Doctorat
par Tien-Thinh LE
J’adresse mes remerciements à Monsieur Samuel Forest qui a accepté de présider le jury
de thèse. J’exprime également mes remerciements à Messieurs Djimédo Kondo et Roger
Ghanem qui m’ont fait l’honneur d’être rapporteurs de ce travail.
Mes remerciements s’adressent à tous les collègues du MSME, notamment ceux avec qui
j’ai eu des échanges scientifiques et amicaux.
Merci à tous mes amis, en France ou au Vietnam, pour les moments enthousiastes après
le travail : moments pendant lesquels j’ai pu me changer les idées et me confier.
Enfin, je remercie ma famille, mon grand-père, mes parents, mon frère, mes cousins et cou-
sines, pour leur soutien et encouragements depuis ma première année d’étude en France.
En particulier, je remercie Quynh Anh, pour son soutien depuis de nombreuses années.
iii
Table des matières
Résumé ii
Remerciements iii
Contenu iv
Notations xiii
1 Introduction 1
1 Les nanocomposites : présentation générale . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
2 Caractérisation des nanocomposites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
3 Modélisation du comportement mécanique des nanocomposites . . . . . . 5
4 Positionnement de la recherche et objectifs de la thèse . . . . . . . . . . . 7
v
Contenu vi
5 Conclusions et perspectives 89
1 Conclusions générales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
2 Perspectives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
Bibliographie 93
Table des figures
vii
Liste des figures viii
4.12 Graph de la fonction de vraisemblance δ[N ] , δbruit 7→ L3 δ[N ] , δbruit .
Le résultat sans la modélisation du bruit correspond à la courbe δ[N ] 7→
L3 δ[N ] , 0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
Liste des tableaux
2.1 Description des systèmes considérés pour une fraction volumique en ren-
forts de 4.8%. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.2 Description des systèmes considérés pour une fraction volumique en ren-
forts de 28.5%. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.3 Liste des paramètres des potentiels utilisés pour la modélisation du po-
lymère par dynamique moléculaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
2.4 Quelques grandeurs caractéristiques des systèmes estimées à l’équilibre. . 26
2.5 Paramètres du potentiel de Buckingham. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
2.6 Paramètres géométriques définissant la cellule de base pour la silice cris-
talline de type α−quartz. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
2.7 Paramètres des potentiels remplacés pour la silice. . . . . . . . . . . . . . 30
2.8 Comparaison des valeurs moyennes pour certaines propriétés structurelles
et pour la densité volumique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2.9 Répartition du nombre d’atomes dans les nanoinclusions de silice (modèle
équivalent), pour Rp ∈ {1.5, 3, 4.8, 6} (nm). . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
2.10 Paramètres des nanocomposites à l’équilibre, pour une fraction volumique
en renforts de 4.8%. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
2.11 Paramètres des nanocomposites à l’équilibre, pour une fraction volumique
en renforts de 28.5%. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
2.12 Estimation de Tg pour différents systèmes (polymère pur et nanocomposite). 44
2.13 Estimation des modules élastiques de la silice (à T = 100 K, en GPa) et
comparaison avec les données de la littérature (les travaux numériques et
expérimentaux sont signalés par les symboles (*) et (**) respectivement). 48
2.14 Estimation des modules élastiques (en GPa) du polymère pure avec 10
chaı̂nes à 100 K et leurs comparaisons. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
2.15 Estimation des modules élastiques du nanocomposite avec 10 chaı̂nes à 100
K et leurs comparaisons. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
xi
Notations
Ensembles :
Mn (R) Ensemble des matrices carrées réelles n × n
MD
n (R) Ensemble des matrices carrées réelles n × n diagonales
MSn (R) Ensemble des matrices carrées symétriques réellesn × n
M+
n (R) Ensemble des matrices carrées symétriques définies-positives réelles n × n
Variables :
x Vecteur déterministe
X Vecteur aléatoire
[X] Matrice (ou tenseur d’ordre 2) déterministe
[X] Matrice (ou tenseur d’ordre 2) aléatoire
JXK Tenseur d’ordre 4 (déterministe)
Normes :
Pn
kxk Norme euclidienne dans Rn , kxk2 = x2i i=1
k[X]kF Norme de Frobenius, k[X]k2F = tr [X] [X] T
Opérateurs :
E Espérance mathématique
T
Transposition
tr ([X]) Trace matricielle
Divers :
c Constante de normalisation 1
1. Lorsqu’aucune ambiguı̈té n’est possible, la valeur de c est susceptible de changer de ligne à ligne
sans indication spécifique.
xiii
Chapitre 1
Introduction
Ce chapitre introductif est destiné à une présentation succincte des matériaux nanocom-
posites, de leur caractérisation expérimentale à leur modélisation dans différents cadres
d’étude. Une description générale de ces matériaux est tout d’abord présentée à la Sec. 1.
La caractérisation des spécificités exhibées par de telles microstructures, et notamment le
concept d’effet nano, est ensuite brièvement exposée à la Sec. 2. La Sec. 3 est dédiée aux
méthodes de modélisation analytiques et numériques pour le comportement mécanique
de milieux nanorenforcés. Les objectifs de ce travail et le positionnement de la recherche
sont enfin dégagés, sur la base des éléments précités, à la Sec. 4.
1
Introduction 2
Figure 1.1 – Visualisation par TEM des nanorenforts particulaires (diamètre moyen :
18 nm) dans une matrice polymère [28].
Les nanocomposites à base de matrice polymère sont de fait très utilisés dans le cadre de
l’industrie, en raison de l’efficacité des procédés d’élaboration associés et du faible coût
1. On notera ici qu’il s’agit de considérations tout à fait générales et qu’a contrario, il existe des
matériaux pour lesquels l’ajout de renforts nanométriques entraı̂ne une diminution de certaines propriétés
mécaniques élastiques ou à rupture, par exemple (voir e.g. [83]).
Introduction 3
de ce type de matériau [45, 54]. La dispersion des particules dans la matrice peut s’ef-
fectuer par mélange direct du polymère soluble dans l’eau et des nanoparticules, par po-
lymérisation in situ en présence des nanoparticules ou encore par mélange de ces dernières
dans le polymère fondu [104]. Les propriétés finales du matériau dépendent de nombreux
paramètres, parmi lesquels (et de façon prépondérante) la qualité de la dispersion des
hétérogénéités dans la matrice, ou bien encore la qualité de l’adhésion entre les consti-
tuants (qui peut être améliorée par l’ajout d’agents de couplage chimiques [89]). Dans
ce cadre, on notera que l’optimisation des procédés d’élaboration est un domaine de re-
cherche très actif, en particulier pour favoriser [3] ou éviter la présence d’agrégats (qui
peuvent entraı̂ner, par l’intermédiaire de concentrations de contraintes, une diminution
des propriétés à rupture).
La prédiction des propriétés physiques exhibées par les nanocomposites est un problème
central. Pour de tels systèmes, les interactions aux échelles fines (entre les charges et
la matrice, ou entre les charges elles-mêmes) ne sont plus négligeables et doivent être
interprétées et modélisées dans un cadre multi-échelle. Une difficulté majeure ici réside
dans l’interaction entre différents phénomènes et caractéristiques, comme la nature de
l’interface ou le transfert de charge [36, 75]. L’un des aspects les plus documentés dans
la littérature, tant d’un point de vue expérimental que d’un point de vue numérique, est
l’existence d’une interphase (c’est-à-dire d’un troisième milieu de propriétés inconnues a
priori, dans le cas d’un matériau matrice-inclusions) entourant les hétérogénéités.
Dans un cadre expérimental, cette présence d’une zone perturbée autour des inclusions est
mise en évidence par des mesures de Résonance Magnétique Nucléaire (RMN), utilisées
pour étudier la mobilité locale des atomes ; voir [12, 13, 34, 47, 48, 92] pour le cas de
renforts en silice, et [62] pour des résultats similaires pour des inclusions de type de noir
de carbone. Ces travaux démontrent une diminution notable de la mobilité des chaı̂nes
de la matrice au voisinage des particules, ainsi qu’une modification de la densité locale.
L’épaisseur de cette zone intermédiaire, appelée interphase, est d’autant plus faible que la
température augmente, mais demeure contante (à la précision des mesures près) lorsque
Introduction 4
la taille des renforts est modifiée (pour une même température). Par conséquent, une
diminution de la taille des renforts induit une augmentation de la surface spécifique de
ceux-ci. Cet effet, appelé effet de surface, est couramment invoqué dans le développement
de modèles multi-échelle pour expliquer l’effet nano précité. Notons enfin que l’épaisseur
de la zone d’interphase dépend des interactions entre les renforts et la matrice. Ce point
a été spécifiquement mis en évidence dans [89], où des caractérisations par RMN sont
conduites (à 350 K) pour plusieurs systèmes composés d’une même matrice, mais avec
des renforts de tailles variables et l’intégration de deux agents de couplage différents
(l’un favorisant la création de liaisons covalentes, l’autre celle de liaisons faibles). Pour
l’ensemble des configurations testées, on observe des résultats qualitatifs similaires, mais
une épaisseur de la zone perturbée très différente en fonction de l’agent de couplage
considéré.
Ces observations expérimentales sur l’interphase dans le nanocomposite sont par ailleurs
bien corrélées par des simulations moléculaires. Ces dernières ont par ailleurs mis en
évidence une orientation préférentielle des segments de chaı̂ne, situées dans le plan tan-
gentiel au vecteur normal à la surface des nanoparticules ; voir par exemple [9, 17, 18,
30, 38, 77, 78, 83, 119] pour des simulations de dynamique moléculaire, ainsi que [125–
128, 135] pour l’utilisation de la méthode de Monte Carlo.
De façon générale, l’ajout des nanorenforts permet une amélioration de plusieurs pro-
priétés physiques, parmi lesquelles les propriétés mécaniques. Ci-dessous, on restreint
essentiellement l’exposé à l’étude des propriétés élastiques linéaires qui seront utilisées
dans la suite de ce travail (voir e.g. [50] pour une analyse, par simulations de dynamique
moléculaire, du comportement non linéaire). Une illustration du caractère renforçant est
présentée dans [28], où un réseau de polysiloxane se voit renforcé par des nanoparticules
de silice. La caractérisation expérimentale est accomplie par des essais de traction uni-
axiale, pour trois valeurs (respectivement égales à 5, 10 et 15%) de la fraction volumique
en silice. La Fig. 1.2 montre l’évolution du module d’Young mesuré par nanoindenta-
tion, pour les différentes valeurs de fraction volumique (les diamètres des particules sont
également reportés ; le module d’Young de la matrice pure est d’environ 3 GPa).
30 nm, et s’avère d’autant plus prononcé que la fraction volumique augmente. Cet effet
n’est toutefois pas mis en évidence avec les particules de diamètre 60 nm, pour lesquelles
les renforts tendent à former des agrégats à l’origine de l’augmentation très significative
du module (voir [23], par exemple). D’autres résultats expérimentaux sont disponibles
dans [23, 65, 133] et les références citées.
Méthodes de
modélisation
Outils de
modélisation
Mécanique
Nanomécanique Micromécanique Macromécanique
Quantique
Structure moléculaire
Milieu continu
discrète
Echelle de
longueur (m)
10-10 10 -8 10 -6 10 0
Echelle de
temps (sec)
10-15 10-10 10 x
Afin de contourner, dans une certaine mesure, les restrictions induites par ces différences
d’échelle, de nombreuses méthodes ont été proposées afin de coupler, de façon concourante
ou séquentielle, des simulations de dynamique moléculaire et des modélisations multi-
échelles formulées dans le cadre de la mécanique des milieux continus. L’objectif principal
ici est d’extraire l’information physique (e.g. mécanique et/ou électrique) essentielle aux
plus petites échelles, par l’intermédiaire d’une description moléculaire, puis de transférer
cette information par une transformation ad hoc dans un cadre de modélisation continue.
Notons que ce passage peut par ailleurs s’effectuer de la représentation continue vers la
description moléculaire (par la prescription de conditions aux limites par exemple) et de
façon globale ou locale (i.e. sur un sous-domaine du domaine de modélisation continue, où
la physique doit être décrite de façon moléculaire), lorsque les deux types de description
sont itérativement couplés. On pourra se référer à [2, 67, 83, 86, 87] pour des cadres
méthodologiques permettant d’extraire (de façon directe ou par une approche inverse)
des propriétés mécaniques à partir de simulations de dynamique moléculaire, ainsi qu’à
[22, 24, 93, 94, 97, 98, 102, 103, 106] pour des stratégies de couplage numérique.
Introduction 7
Du point de vue de la mécanique des milieux continus, deux types d’approche ont
été développés afin d’estimer les propriétés effectives de matériaux nanorenforcés et de
prendre en compte l’effet de surface introduit précédemment. Une première classe de
méthodes repose sur l’intégration de modèles d’interfaces dans des formulations mi-
cromécaniques classiques (e.g. de type Eshelby). La formulation repose en général sur
l’introduction d’une élasticité surfacique de type Gurtin-Murdoch [42, 43] : on obtient
alors une dépendance explicite des estimations des modules homogénéisés par rapport
aux dimensions caractéristiques des inclusions nanométriques (comme le rayon dans le cas
d’une charge sphérique). De très nombreuses applications de ce type d’approche peuvent
être trouvées dans la littérature ; voir e.g. [10, 16, 29, 51, 59, 61, 141, 142] et les références
citées. Notons que les paramètres de la loi de comportement surfacique sont inconnus a
priori et ne définissent pas un tenseur nécessairement défini-positif. Leurs valeurs peuvent
être estimées par des calculs directs ou en résolvant un problème inverse à partir de si-
mulations de dynamique moléculaire (un exemple est fourni dans [73]).
Dans un second type d’approche, l’interphase est considérée comme une phase addition-
nelle de volume fini et exhibant un tenseur d’élasticité défini-positif. Dans ce cas, les
propriétés équivalentes peuvent être déterminées par des schémas micromécaniques clas-
siques, tels que le schéma auto-cohérent généralisé [67, 83, 86, 87], ou par l’intermédiaire
d’une méthode numérique adaptée [91].
des champs de force dans les simulations de dynamique moléculaire, ou sur d’autres pa-
ramètres tels que la fraction volumique en renforts dans la formulation continue), ont
été proposées dans [137–139]. Une modélisation du bruit d’échantillonnage et d’incerti-
tudes sur les paramètres des champs de force a été également définie dans [102, 103], en
invoquant une approche d’identification Bayésienne et des représentations sur les chaos
polynomiaux [21, 39] – on trouvera une approche similaire dans [106], dans le cadre
d’un couplage concourant (concernant la transmission de conditions aux limites) entre
un modèle atomistique et un modèle continu de mécanique des fluides. Une méthode in-
verse d’identification des propriétés élastiques déterministes de l’interphase, supposée iso-
trope, est proposée dans [24]. L’approche consiste à imposer l’équivalence des propriétés
homogénéisées (au sens usuel du terme, c’est-à-dire à l’échelle du volume élémentaire
représentatif) obtenues par un calcul de dynamique moléculaire et par une formulation
continue d’homogénéisation (analytique ou numérique). Dans cette dernière, les parti-
cules sont supposées de rayon aléatoire (ce dernier étant distribué selon une loi Beta),
et distribuées de façon uniforme dans le domaine considéré. Enfin, l’analyse fiabiliste de
structures à base de matrices polymères renforcés par des nanotubes de carbone a été
étudiée dans [40], par l’intermédiaire de la propagation d’incertitudes paramétriques sur
une suite échelles pertinentes.
Ces premiers travaux constituent donc des prémices à la prise en compte de modélisations
probabilistes à l’échelle nanoscopique, ainsi qu’à leur propagation jusqu’aux échelles
d’intérêt. En particulier, on note que l’ensemble des approches proposées repose sur la
considération de lois de probabilité supposées a priori, et que l’élasticité dans la zone
d’interphase est toujours considérée comme constante d’un point de vue spatial (auquel
cas elle peut donc être modélisée par des variables aléatoires) et isotrope. L’objectif de ce
travail est donc d’apporter une contribution à ce champ de recherche, en proposant une
modélisation stochastique plus fine de l’élasticité dans l’interphase, modélisée comme un
champ aléatoire non Gaussien à valeurs tensorielles, ainsi qu’une méthodologie d’identi-
fication des hyperparamètres des modèles construits. Ces deux aspects sont abordés sur
la base de simulations de dynamique moléculaire, qui apportent un éclairage physique
sur les contraintes de modélisation mathématiques. Plus spécifiquement, ces simulations
permettent d’une part d’inférer sur certains propriétés fondamentales du champ, comme
la symétrie matérielle locale exhibée ou la structure de corrélation sous-jacente, et d’autre
part de construire une base de données de référence (sur les propriétés mécaniques macro-
scopiques, au sens de la physique statistique) dédiée à la calibration des représentations
probabilistes.
Introduction 9
L’identification des modèles stochastiques proposés fait l’objet du dernier chapitre. Les si-
mulations de dynamique moléculaire ne permettant pas une calibration directe du modèle
de champ aléatoire, un problème statistique inverse est formulé et repose sur l’équivalence
des propriétés apparentes (et donc, aléatoires) du nanocomposite estimées soit par les cal-
culs de dynamique moléculaire, soit par une méthode d’homogénéisation numérique as-
sociée à la description en mécanique des milieux continus. La méthodologie est par la suite
appliquée aux modèles probabilistes (associés au champ aléatoire des rigidités et aux ma-
trices aléatoires modélisant le bruit induit par les simulations de dynamique moléculaire)
développés au Chap. 2. On montre en particulier que les paramètres liés aux longueurs
de corrélation du champ sont du même ordre de grandeur que certains paramètres phy-
siques, tels que l’épaisseur de l’interphase, et que le bruit d’échantillonnage doit être pris
en compte afin d’estimer de façon robuste le niveau des fluctuations statistiques dans
celle-ci.
Introduction 10
Simulation du comportement du
nanocomposite par DM
1 Présentation générale
1.1 Introduction
Les simulations par dynamique moléculaire ont pour objectif d’estimer des propriétés ma-
croscopiques et/ou d’identifier des mécanismes physiques (de déformation, de conforma-
tion, etc.) associés à un système décrit par un ensemble de particules (en général identifié
11
Simulations par dynamique moléculaire 12
De façon générale, la méthode de simulation par DM est basée sur quatre étapes schémati-
sées sur la Fig. 2.1. Considérons un système constitué de N particules évoluant dans un
espace de dimension 3. Les vecteurs position, vitesse et accélération de la particule i,
1 6 i 6 N , sont notés r i = (r1i , r2i , r3i ), v i = (v1i , v2i , v3i ) et ai = (ai1 , ai2 , ai3 ) respectivement.
Dans ce qui suit, pi = mi v i (avec mi la masse de la particule en question), 1 6 i 6 N ,
désigne la quantité de mouvement. On introduit par ailleurs les notations suivantes :
∂V(r)
fi = − , 16i6N . (2.2)
∂r i
N
X kpi k2
H(r, p) = V(r) + . (2.3)
i=1
2mi
Dans un cadre d’analyse classique, des conditions aux limites périodiques sont imposées
sur les bords du domaine (borné) de simulation. Ces conditions, obtenues par une réplica-
tion virtuelle du domaine dans les trois directions de l’espace (voir la schématisation de
la Fig. 2.2 ci-dessous), se traduisent en terme de déplacements (une particule sortant du
Simulations par dynamique moléculaire 13
Etape 1: Initialisation
positions initiales
vitesses initiales
condition aux bords
Etape 2: Interaction
calcul de l'énergie potentielle
calcul des forces
calcul des accélérations
Etape 3: Intégration
intégration des équations de mouvement
nouvelles positions, vitesses
contrôle de température, pression
Non
Equilibre?
Oui
domaine voit son image la plus proche entrer dans celui-ci) et d’interactions, et permettent
de reproduire le comportement du milieu infini. Dans ce qui suit, on décrit très brièvement
chacune des étapes de la simulation par DM.
T de ce dernier sont constants (l’ensemble canonique est alors désigné par comme l’en-
semble NVT), on montre que la mesure M(r, p) dr dp du système à l’équilibre est une
mesure produit, appelée mesure de Maxwell-Boltzmann, telle que
1
M(r, p) = exp{−β H(r, p)} , (2.4)
Z
∂V(r)
fi = − , 16i6N . (2.5)
∂r i
La définition de l’énergie potentielle V s’avère critique ici, tant d’un point de vue de
la modélisation physique (le choix limitant en effet l’ensemble des interactions et des
configurations possibles, et donc les phénomènes physiques dont la simulation peut rendre
compte) que d’un point de vue numérique. Ces aspects seront abordés de façon plus
substantielle dans la suite du mémoire.
1
r(t + ∆t) ≈ r(t) + v(t)∆t + a(t)(∆t)2 , (2.6)
2
De façon similaire, on a
v(t + ∆t) ≈ v(t) + a(t)∆t (2.7)
et
v(t) ≈ v(t + ∆t) − a(t + ∆t)∆t ⇔ v(t + ∆t) ≈ v(t) + a(t + ∆t)∆t , (2.8)
Dans le cadre de simulations par DM, et sous réserve que le théorème ergodique s’applique,
on procède à l’évaluation de l’intégrale précédente par la relation
Z υ
1
< Ψ >= lim Ψ(r(t)) dt , (2.11)
υ→+∞ υ 0
où l’origine du temps est prise dans le régime stationnaire. Naturellement, la vitesse de
convergence de l’estimateur dans le membre de droite de l’équation ci-dessus dépend de
la mesure à l’équilibre et peut être lente, notamment lorsque celle-ci contient plusieurs
bassins d’attraction (et en fonction de la nature des barrières entre ces puits).
Un point crucial à observer ici est que la quantité d’intérêt concerne en général une
propriété macroscopique (telle que le tenseur des déformations du volume de simulation)
intégrée, par la suite, dans un formalisme de mécanique des milieux continus – on trouvera
des applications de ce type d’approches dans [2, 50, 67, 99, 109] par exemple. La définition
de champs continus locaux (représentants par exemple une densité volumique ou des
contraintes de Cauchy) à partir de simulations par dynamique moléculaire doit par ailleurs
être accomplie avec prudence, et dépend essentiellement de l’état (en équilibre ou hors
équilibre) du système. Pour un système à l’équilibre thermodynamique, les expressions des
tenseurs de contrainte usuels (premier et second tenseurs de Piola-Kirchhoff, tenseur de
Cauchy) peuvent notamment être obtenues par la dérivation, par rapport au gradient de
Simulations par dynamique moléculaire 17
déformation, d’une énergie libre de Helmhotz. Dans le cas de systèmes hors équilibre, les
champs locaux peuvent être construits comme des valeurs moyennes de fonctions définies
dans l’espace des phases, selon la procédure dite de Irving-Kirkwood-Noll (voir [55] et
[60, 79], ainsi que [1] pour un exposé synthétique) – les grandeurs macroscopiques sont
alors définies comme les moyennes spatiales des champs microscopiques. Notons enfin
qu’une approche différente, basée uniquement sur une prise de moyenne spatiale, a été
proposée dans [46, 76] (voir [1] pour une discussion).
N
1 X i i
T (t) = m kv (t)k2 , (2.12)
kB Nddi i=1
où Nddi désigne le nombre de degrés de liberté internes au système (Nddi = 3N en l’absence
de contraintes sur les degrés de liberté), et est telle que la moyenne de T (t) soit égale
Simulations par dynamique moléculaire 18
Dans cette section, nous présentons l’ensemble des systèmes considérés dans les simula-
tions par DM, ainsi que les différentes modélisations mises en œuvre.
Simulations par dynamique moléculaire 19
en fonction des configurations (ci-dessus, les rayons sont exprimés en nm). Afin d’identifier
les résultats associés à un système donné, les conventions suivantes sont introduites :
Table 2.1 – Description des systèmes considérés pour une fraction volumique en ren-
forts de 4.8%.
Table 2.2 – Description des systèmes considérés pour une fraction volumique en ren-
forts de 28.5%.
Simulations par dynamique moléculaire 20
Dans ce travail, la phase matrice est constituée d’un polymère prototypique linéaire
amorphe (cette dernière caractéristique conférant un caractère isotrope au matériau). Ce
dernier est constitué de npc chaı̂nes, chacune étant composée de 1000 sites CH2 représentés
par un modèle équivalent (approche de type “coarse-graining”). La masse molaire de
chaque unité CH2 est de 14.0273 g/mol ([18]). Il convient de noter que si le modèle intro-
duit est parfois utilisé dans la littérature pour la modélisation du polyéthylène, ce dernier
exhibe a contrario une structure semi-cristalline [14]. Une représentation d’une chaı̂ne et
des unités CH2 est fournie sur la Fig. 2.3.
Figure 2.3 – Visualisation d’une chaı̂ne et des sites CH2 (chaque boule représente un
site).
où le terme VB représente l’ensemble des interactions entre m sites voisins le long de la
chaı̂ne (2 6 m 6 4), et VUB définit les interactions à distance. La notation i − j est
Simulations par dynamique moléculaire 21
introduite pour désigner ci-après, de façon symbolique, la liaison entre les atomes (ou
sites) i et j. Le premier terme VB est défini par
X X X
VB (r) = Vb (rij ) + Vθ (θijk ) + Vφ (φijk` ) , (2.15)
{i,j} ∈ Bb {i,j,k} ∈ Bθ {i,j,k,`} ∈ Bφ
par les liaisons i − j et j − k, tandis que φijk` désigne l’angle entre les plans engendrés
par les couples (r ij , r kj ) et (r jk , r `k ). Les ensembles Bb , Bθ et Bφ sont les ensembles
de paires, triplets et quadruplets de sites successifs le long d’une chaı̂ne, toutes chaı̂nes
considérées par ailleurs. Il s’en suit que card(Bb ) = npc (nP − 1), card(Bθ ) = npc (nP − 2) et
card(Bφ ) = npc (nP − 3), avec nP le degré de polymérisation. La forme algébrique définie
par l’Eq. (2.15) comporte trois types de contribution, à savoir :
— un terme de rigidité à l’élongation, défini par
1
Vb (r) = Kb (r − r0 )2 , (2.16)
2
1
Vθ (θ) = Kθ (cos(θ) − cos(θ0 ))2 , (2.17)
2
5
X
Vφ (φ) = Am cosm−1 (φ) , (2.18)
i=1
où VLJ est le potentiel de Lennard-Jones 12-6 tronqué, dont l’expression s’écrit
σ 6
σ 12
VLJ (r) = 4ε − , r 6 rc , (2.20)
r r
= 0, r > rc . (2.21)
Table 2.3 – Liste des paramètres des potentiels utilisés pour la modélisation du po-
lymère par dynamique moléculaire.
son quasi-rigide pour l’élongation entre deux sites adjacents (la longueur de liaison entre
ces derniers est de 0.153 nm, avec un coefficient de variation inférieur à 1%), ce qui im-
plique que la longueur des chaı̂nes ne varie pas au cours des simulations. Cette longueur
totale de chaı̂ne, égale à 153 nm environ, permet une estimation qualitativement satis-
faisante des différentes propriétés physiques, et des discussions concernant l’influence de
ce paramètre sur les prédictions macroscopiques peuvent être trouvées dans [17, 37, 77].
Les représentations graphiques des différents potentiels ainsi définis sont reportés sur les
Figs. 2.4 et 2.5.
Simulations par dynamique moléculaire 23
800 8
700 7
600 6
500 5
V θ (θ)
V b (r)
400 4
300 3
200 2
100 1
0 0
0 0.05 0.1 0.15 0.2 0.25 0.3 95 100 105 110 115 120 125 130
r θ
Figure 2.4 – Représentation graphique des potentiels (en kcal/mol) autour des valeurs
d’équilibre : cas des potentiels de rigidité à l’élongation r 7→ Vb (r) (gauche) et à la flexion
θ 7→ Vθ (θ) (droite).
7 200
6
150
5
100
V LJ(r)
4
V φ (φ)
3
50
2
0
1
0 ¹ 50
¹ 150 ¹ 100 ¹ 50 0 50 100 150 0.3 0.35 0.4 0.45 0.5 0.55 0.6
φ r
Figure 2.5 – Représentation graphique des potentiels (en kcal/mol) autour des valeurs
d’équilibre : cas du potentiel de rigidité à la torsion φ 7→ Vφ (φ) (gauche) et du potentiel
de Lennard-Jones 12-6 r 7→ VLJ (r) (droite).
— des méthodes hybrides, dans lesquelles une méthode de Monte Carlo est utilisée
afin d’explorer les grandes modifications de conformation puis couplée de façon
séquentielle avec un algorithme de relaxation par dynamique moléculaire.
On notera que d’un point de vue théorique, le premier type d’approche est le plus perti-
nent, car il repose notamment sur un échantillonnage direct de la mesure invariante du
système. En pratique, cet échantillonnage peut toutefois s’avérer délicat, surtout pour des
systèmes de grande dimension. Dans ce travail, et par souci de simplicité, un ensemble
de configurations hors équilibre (pour un système donné, défini par le nombre de chaı̂nes
npc , avec npc ∈ {10, 80, 320, 640}) est tout d’abord généré par un algorithme de marche
aléatoire avec une condition de non recouvrement, appelé “Self Avoiding Random Walk”
(SARW) – voir [14, 50]. Deux exemples de configurations initiales obtenues par cette
technique sont représentées sur la Fig. 2.6, pour le système à 10 chaı̂nes.
Une relaxation par dynamique moléculaire est ensuite appliquée à chaque configuration
générée par SARW, par l’intermédiaire de schémas de Nosé–Hoover [49, 81] (avec des
temps de relaxation égaux à 2 ps et 1 ps pour la pression et la température, respective-
ment) et sous conditions de type NVT ou NPT. Pour l’ensemble des cas étudiés, le pas
de temps dans les simulations est fixé à 2 fs. La température cible pour l’équilibre final
est de 100 K, ce qui se situe bien en dessous de la température de transition vitreuse
du polymère (qui peut être estimée à environ 270 K ; voir le Tab. 2.12). Ce choix est
notamment motivé par le fait que dans ces conditions, le polymère exhibe un comporte-
ment élastique linéaire, et que les simulations de dynamique moléculaire permettent une
estimation satisfaisante des propriétés de volume.
Cette température induit une grande mobilité des chaı̂nes et favorise donc une ex-
ploration rapide des configurations à l’équilibre. Cette évolution est illustrée sur la
Fig. 2.7 ci-dessous.
L’objectif de cette section est de développer le modèle associé aux renforts nanoscopiques
de silice pour les simulations de dynamique moléculaire. Dans ce cadre, un modèle de
silice amorphe est retenu et permet d’obtenir un comportement macroscopique (i.e. à
l’échelle du domaine de simulation par DM) isotrope, même pour les faibles diamètres
d’inclusions (par exemple, pour npc = 10). La méthodologie générale est bâtie autour des
deux étapes suivantes [17–19, 58, 123, 132, 136] :
— tout d’abord, une structure cristalline de silice, de type α−quartz, est générée puis
rendue amorphe par une phase de relaxation par DM ;
— ensuite, un modèle élastique équivalent, dans lequel les interactions à distance sont
remplacées par des interactions de liaisons (faisant intervenir des potentiels har-
moniques dont les paramètres sont calibrés afin de garantir certaines propriétés de
conformation), est construit afin de réduire de façon substantielle les coûts calculs.
Ces étapes sont présentées dans la suite de cette section.
Simulations par dynamique moléculaire 27
La silice de type α−quartz est composée d’atomes de silicium (Si) et d’oxygène (O) (de
masses molaires respectives 28.0860 g/mol et 15.9994 g/mol), interagissant au travers
d’interactions à distance. Ces dernières font intervenir des interactions de type Van der
Waals et des interactions électriques. L’interaction de Van der Waals est modélisée par
un potentiel de Buckingham [132] :
r B3
VBCK (r) = B1 exp − − 6 , (2.22)
B2 r
où {Bi }3i=1 est un ensemble de paramètres dont les valeurs, extraites de la littérature,
sont fournies dans le Tab. 2.5 ci-dessous. Les interactions électriques sont modélisées par
q i qj
VC (rij ) = , (2.23)
4π0 rij
La silice α−quartz est obtenue par la réplication, dans les trois directions de l’espace,
d’une cellule de base définie par des longueurs et des angles notés (a, b, c) et (α, β, γ)
respectivement [107]. Les valeurs de ces paramètres géométriques sont reportées ci-dessous
dans le Tab. 2.6.
D’un point de vue numérique, la réplication de cette cellule de base est réalisée à l’aide
de l’outil Pizza.py, disponible dans le logiciel LAMMPS. Cet outil est composé d’un en-
semble de scripts Python permettant des opérations de pré- et post-traitements pour les
Simulations par dynamique moléculaire 28
Table 2.6 – Paramètres géométriques définissant la cellule de base pour la silice cris-
talline de type α−quartz.
simulations par DM. Notons ici que le nombre de réplications nécessaires pour les simula-
tions des systèmes nanocomposites (et donc, le coût calcul) dépend du nombre de chaı̂nes
considéré (puisque la fraction volumique en renforts est considérée comme constante).
Dans le cas du système à 10 (respectivement 80 et 320) chaı̂nes, 7 (respectivement 14 et
30) réplications sont nécessaires dans chaque direction. Un exemple de silice cristalline
simulée pour npc = 10 est représenté sur la Fig. 2.9. La dimension caractéristique finale
du volume ainsi généré est de 3.6 nm, ce qui permet d’extraire une inclusion de rayon
1.5 nm (en conformité avec la fraction volumique cible de 4.8%). Notons qu’en raison du
temps calcul nécessaire pour générer des configurations cristallines de grande taille, ces
dernières peuvent être utilisées pour générer une population d’inclusions de plus faible
diamètre.
Afin d’obtenir des configurations amorphes, plusieurs étapes de relaxation par DM sont
ensuite appliquées (voir [17–19, 136]). Une première phase d’équilibrage sous condition
NPT à 300 K et pour une pression (isotrope) cible à 0 bar est accomplie. Pour ce faire,
des schémas de Nosé–Hoover sont utilisés comme algorithmes de contrôle. Dans un second
temps, la température cible est augmentée jusqu’à 10 000 K, assurant ainsi la transition de
la structure cristalline vers la structure amorphe. Un refroidissement vers la température
Simulations par dynamique moléculaire 29
de 100 K est ensuite imposé, suivi d’un traitement NPT conduisant à l’équilibre final à 100
K et pour une pression isotrope de 0 bar (notons que ces différentes étapes s’accompagnent
de variations dans la forme de la boı̂te de simulation, et que ces variations sont corrigées
jusqu’à l’obtention d’un domaine de simulation de forme cubique). La transition entre les
structures cristalline et amorphe peut être visualisée sur la Fig. 2.10.
Tab. 2.7 ci-dessous. Une fois la substitution effectuée, les domaines de silice amorphe sont
ensuite soumis à une nouvelle relaxation par DM, à une température de 100 K et pour
une pression de 0 bar. Les configurations initiales alors obtenues sont ensuite utilisées afin
d’une part de déterminer (par des essais mécaniques virtuels, qui seront détaillés dans la
suite du mémoire) le comportement mécanique de la silice, et d’autre part d’extraire les
nanoinclusions qui seront insérées dans la matrice polymère.
Les valeurs moyennes extraites de ces données (la moyenne étant prise en espace et en
temps) pour les deux modèles, ainsi que celles de la densité, sont reportées sur le Tab. 2.8.
Table 2.8 – Comparaison des valeurs moyennes pour certaines propriétés structurelles
et pour la densité volumique.
Simulations par dynamique moléculaire 31
60
50
Densité de probabilité
40
30
20
10
0
0.155 0.16 0.165 0.17
Longueur de la liaison Si¹ O (nm)
0.1
0.09
0.08
Densité de probabilité
0.07
0.03
0.02
0.01
0
80 100 120 140 160 180 200
Angle de valence (deg)
Figure 2.12 – Graph des densités de probabilité pour les angles de valence Si−O−Si
(trait fin) et O−Si−O (trait épais). Trait continu : modèle complet. Trait discontinu :
modèle équivalent.
En ce qui concerne la longueur de la liaison Si−O, on observe donc des valeurs moyennes
similaires et une augmentation sensible de la variance lors du passage du modèle complet
au modèle équivalent. Dans le cas de l’angle O−Si−O (dont l’influence sur le compor-
tement macroscopique du système est la plus significative, car le nombre de liaisons de
ce type est important), on observe par ailleurs une bonne préservation de la moyenne et
de la variance. Enfin, on observe pour l’angle Si−O−Si des augmentations sensibles de
moyenne et d’écart-type.
Simulations par dynamique moléculaire 32
Figure 2.14 – Configuration initiale de l’inclusion de silice après traitement des atomes
de surface : : atome d’oxygène dans le cœur de l’inclusion ; : atome de silicium
dans le cœur de l’inclusion ; ◦ : atome de silicium dans la couche externe de l’inclusion ;
* : atome d’oxygène dans la couche externe de l’inclusion connecté avec deux atomes de
silicium (contenus dans la couche externe) ; + : atome d’oxygène dans la couche externe
de l’inclusion connecté avec un atome de silicium (contenu dans la couche externe)
Des exemples de configurations obtenues sont représentées sur la Fig. 2.15 pour Rp ∈
{1.5, 3, 4.8} (nm).
Il convient de noter que la rugosité de la surface des inclusions est d’autant plus grande
que le rayon de celle-ci est faible (et dépend du diamètre du cœur utilisé dans la création
Simulations par dynamique moléculaire 34
Table 2.9 – Répartition du nombre d’atomes dans les nanoinclusions de silice (modèle
équivalent), pour Rp ∈ {1.5, 3, 4.8, 6} (nm).
des inclusions), ce qui a pour conséquence de générer des incertitudes plus importantes
pour des systèmes renforcés par des inclusions de petits rayons (par exemple, dans le cas
Rp = 1.5 nm).
Afin de pouvoir insérer la nanoinclusion dans la matrice polymère, la volume occupé par
celle-ci est tout d’abord dilaté. Pour ce faire, une augmentation de volume sensiblement
supérieure au volume de la sphère circonscrivant l’inclusion est appliquée. Par la suite, une
porosité de forme sphérique et de rayon Rpore > Rp est créée par l’intermédiaire d’une force
répulsive appliquée au centre de la boı̂te de simulation (en pratique, Rpore = Rp + 0.2).
Celle-ci prend la forme suivante :
où r désigne la distance entre le site CH2 considéré et le centre de la boı̂te et Kpore est un
paramètre du modèle traduisant la raideur de la répulsion. L’introduction de cette force
a donc pour effet de repousser les chaı̂nes du polymère en hors de la porosité, comme
illustré sur la Fig. 2.16.
Figure 2.16 – Création progressive de la porosité (de gauche à droite) par l’introduc-
tion d’une force répulsive au centre de la boı̂te (cas npc = 10).
de Nosé-Hoover), dans laquelle seules les interactions de Van der Walls entre les sites
CH2 et les atomes d’oxygène sont prises en compte par un potentiel de Lennard-Jones.
Les paramètres du potentiel sont estimés par la formule de Lorentz–Berthelot [6], et sont
donnés par σ = 0.31 nm et ε = 0.1288 kcal/mol respectivement. Le nanocomposite est
tout d’abord relaxé à 100 K pendant 220 ps. Une augmentation de température jusqu’à
500 K est ensuite appliquée, avec une vitesse d’échauffement de 1 K/ps. Le système est
alors maintenu à 500 K pendant 200 ps, puis refroidi à 100 K (avec une vitesse 1 K/ps).
Enfin, une dernière étape sous condition NPT, pour une température de 100 K et pour
une pression cible de 0 bar, est utilisée pendant 2000 ps afin d’obtenir une configura-
tion à l’équilibre, à partir de laquelle les caractérisations structurelle et physique seront
conduites. La Fig. 2.17 suivante présente deux configurations à l’équilibre du nanocom-
posite, avec npc = 10, Rp = 1.5 et Rp = 3 nm.
Il est intéressant de souligner que les boı̂tes de simulation sont cubiques à l’équilibre
(avec des déviations angulaires inférieures à 1 deg), ce qui traduit le caractère isotrope
des systèmes (polymères et nanocomposites).
Lorsque chaque configuration est à l’état d’équilibre, les fractions massique et volumique
sont contrôlées afin d’obtenir des systèmes équivalents en terme d’effets de renforcement.
Notons ici que l’évaluation de la fraction volumique pour un système discret est délicate
(d’autant plus que les inclusions de faible diamètre sont rugueuses par ailleurs), et re-
pose en général sur une discrétisation du domaine de simulation à l’aide de tessellations
de Voronoi (voir notamment [32, 71, 84, 105]). Dans ce travail, une technique alternative
d’insertion de pores virtuels est utilisée [18], et permet une estimation qualitativement sa-
tisfaisante de la fraction volumique, pour un coût calcul raisonnable. Les caractéristiques
moyennes (suivant les configurations et le cas échéant, les directions de l’espace) ainsi ob-
tenues sont reportées sur les Tab. 2.10 et Tab. 2.11, où figurent également les longueurs
caractéristiques (c’est-à-dire les longueurs des mailles) des boı̂tes cubiques de simulation
par dynamique moléculaire.
Table 2.10 – Paramètres des nanocomposites à l’équilibre, pour une fraction volu-
mique en renforts de 4.8%.
npc 10 80
Rp (nm) 3 6
Longueur caractéristique de la boı̂te (nm) 7.34 14.75
Densité volumique (kg/m3 ) 1231.67 1248.78
Fraction massique 0.5236 0.5347
Table 2.11 – Paramètres des nanocomposites à l’équilibre, pour une fraction volu-
mique en renforts de 28.5%.
Afin de détecter une éventuelle perte de symétrie du système lors des phases de création et
d’assemblage du nanocomposite, la position du centre d’inertie de l’inclusion par rapport
au centre du domaine de simulation est caractérisée. La Fig. 2.18 représente l’évolution
Simulations par dynamique moléculaire 37
de cette quantité en fonction du temps (sur un intervalle de 500 ps), pour les systèmes
définis par npc = {10, 80} et pour une fraction volumique de 4.8%.
0.2
0.18
0.16
0.14
distance (nm)
0.12
n pc = 10
0.1
n pc = 80
0.08
0.06
0.04
0.02
0
0 100 200 300 400 500
t (ps)
On observe une distance moyenne du centre d’inertie au centre du domaine égale à 0.0527
nm pour le système à 10 chaı̂nes, et égale à 0.1512 nm pour le système à 80 chaı̂nes. Ces
distances sont très inférieures aux tailles des domaines de simulation (voir le Tab. 2.10),
ce qui confirme le centrage satisfaisant de l’inclusion dans les boı̂tes de simulation (rap-
pelons de plus ici que les inclusions ne sont pas parfaitement sphériques). Notons enfin
qu’en raison de la taille des systèmes considérés, le cas npc = 80 exhibe des fluctuations
statistiques sensiblement plus faibles.
NA Z tM SD
1 X
MSD(t0 , tM SD ) := kr A(i) (t + t0 ) − r A(i) (t0 )k2 dt , (2.26)
NA × tM SD i=1 0
où t0 est une origine arbitraire de temps (dans le régime stationnaire), tM SD désigne
l’amplitude de l’intervalle de temps sur lequel la moyenne est évaluée et A est la liste des
Simulations par dynamique moléculaire 38
indices des atomes et/ou des sites à étudier (de cardinal NA ). On peut donc, par exemple,
étudier la mobilité des sites CH2 dans la phase polymère, ou celle des atomes de silicium
et d’oxygène dans l’inclusion de silice – le coefficient de diffusion étant proportionnel à
la dérivée du MSD par rapport au temps, une pente plus grande traduit des phénomènes
de diffusion plus importants. L’évolution temporelle du déplacement quadratique moyen
(à 100 K) pour les atomes constituant l’inclusion et pour les sites de la matrice polymère
est représentée sur la Fig. 2.19.
0.5
0.45
0.3
0.25
0.2
0.15
0.1
0.05
0 0.5 1 1.5 2 2.5
pas de temps 5
x 10
On constate que les atomes de silicium et d’oxygène sont moins mobiles que les sites
CH2 , ce qui s’explique par une valeur plus grande du coefficient de diffusion dans la phase
polymère [14]. La comparaison entre le MSD dans différents nanocomposites et pour le
polymère pur (avec npc = 80) est illustrée sur la Fig. 2.20.
On observe à nouveau une faible mobilité au sein des systèmes considérés, ce qui est une
conséquence de la faible température du système (100 K).
Dans cette partie, nous étudions plus spécifiquement certains propriétés locales des chaı̂nes
de polymère, afin d’obtenir des caractérisations géométrique et structurelle des segments
dans le voisinage de l’inclusion.
Simulations par dynamique moléculaire 39
0.5
0.45
0.4
0.35
MSD ( Å 2 )
0.3
0.25
p oly mè r e pur ave c 80 chaı̂ne s
0.2 nanoc omp os it e ave c n p c = 10
nanoc omp os it e ave c n p c = 80
0.15 nanoc omp os it e ave c n p c = 320
nanoc omp os it e ave c n p c = 640
0.1
0.05
0 0.5 1 1.5 2 2.5
pas de temps 5
x 10
Mp N (Rm , t)
ρen (Rm , t) = , (2.27)
NA Vρ
où Mp est la masse molaire du polymère, N (Rm , t) est le nombre d’unités CH2 dans la
coquille considérée à l’instant t et NA désigne le nombre d’Avogadro (NA = 6.022 ×
1023 mol−1 ). La densité radiale est enfin estimée par l’estimateur ergodique :
Z ∆
m 1
ρn (R ) = ρen (Rm , t) dt , (2.28)
∆ 0
1.5
ρ n (r )/ρ p
nanoc omp osit e ave c n p c = 10
nanoc omp osit e ave c n p c = 80
0.5 nanoc omp osit e ave c n p c = 320
0
0 1 2 3 4 5 6
r − R p (nm)
On s’intéresse ici à la mobilité des sites CH2 dans les couches précédemment introduites.
L’ensemble A contient, pour r fixé, l’ensemble des indices des atomes contenus dans la
coquille de rayon moyen r (le cardinal de A fluctue donc sensiblement avec le temps). Le
résultat est présenté dans la Fig. 2.22 suivante. On observe donc une perte de mobilité (de
l’ordre de 25%) des sites CH2 les plus proches de la surface de l’inclusion, et ce jusqu’à
une distance de la surface d’environ 2 nm.
0.3
0.29
0.28
0.27
MSD ( Å 2 )
0.26
0.25
0.24
0.23
0.22
0.21
0.2
0 5 10 15 20 25 30 35
r − R p ( Å)
Figure 2.22 – Moyenne des carrés de déplacements du polymère dans les coquilles
concentriques du nanocomposite avec 80 chaı̂nes à 100 K, moyenné sur un intervalle de
temps de 5 ps qui est répété 100 fois.
et égal à 10 000, et deux longueurs de chaı̂ne sont considérées, à savoir 50 et 1000. Dans le
premier cas, la matrice polymère contient donc 200 chaı̂nes, alors que le second système est
composé de 10 chaı̂nes. La représentation graphique de la densité volumique normalisée
est représentée sur la Fig. 2.23.
1.5
1
ρ n (r )/ρ p
0
0 0.5 1 1.5 2
r − R p (nm)
Dans les deux cas, on observe des fluctuations (suivant la direction radiale) de la den-
sité analogues à celles observées précédemment (bien que la fréquence des oscillations
Simulations par dynamique moléculaire 42
semble plus chaotique, eu égard à la taille des systèmes considérés), ce qui confirme la
faible incidence du paramètre de longueur de chaı̂ne (notons que cette influence dépend
naturellement de la quantité d’intérêt).
Le second paramètre vis-à-vis duquel la sensibilité des résultats doit être étudié est la
densité initiale de la matrice polymère, fixée jusqu’à présent à 500 kg/m3 . Ci-dessous,
la Fig. 2.24 présente l’évolution radiale de la densité volumique pour différents systèmes
(npc ∈ {10, 80} et pour différentes densités initiales.
1.6
1.4
1.2
ρ n (r)/ρ p
0.8
0
0 0.5 1 1.5 2 2.5 3 3.5
r − R p (nm)
On constate que la densité initiale n’a pas d’impact significatif sur la fréquence des oscil-
lations de la densité, confirmant ainsi la valeur de l’épaisseur de la zone d’interphase.
¹3
x 10
1.4
Volume spécifique (m 3 /kg)
1.3
1.2
1.1
100 150 200 250 300 350 400 450 500
Temp erature (K)
Système Tg (K)
Polymère pur, npc = 10 264
Polymère pur, npc = 80 277
fv4.8–10c–1/R1.5 268
fv4.8–80c–1/R3 281
Si l’on observe une variation sensible de Tg entre les systèmes polymère et nanocomposite
(notons que Tg ≈ 300 K pour le polyéthylène [50]), cette modification ne semble pas
significative (contrairement aux résultats obtenus dans [66], où une variation de 50 K est
constatée). Cette différence peut être expliquée par le fait que le procédé de caractérisation
est très sensible au bruit (et donc, au procédé de lissage des résultats numériques ou
au calcul ergodique). Dans la section suivante, on considère la simulation numérique
du comportement mécanique des systèmes en dessous de la température de transition
vitreuse.
4.2 Principe
Afin de réaliser des essais mécaniques virtuels, chaque configuration initiale testée est tout
d’abord relaxée par DM pendant 2000 ps. Les moyennes des caractéristiques géométriques
de la boı̂te de simulation (i.e. les trois longueurs et les trois angles formés par les vecteurs
de base) sont ensuite estimées sur un intervalle de temps de 1500 ps. Ces valeurs servent de
références pour la caractérisation des déformations macroscopiques subies par le domaine
de DM. Chaque configuration est alors soumise à des chargements mécaniques virtuels
sous conditions NPT [2, 67, 99, 109], modélisant ainsi les essais traditionnels considérés
en mécanique des milieux continus. Notons ici que plusieurs essais sont simulés de façon
indépendante à partir de la même configuration initiale. Le tenseur de pression cible est
écrit comme :
pαβ (t)
P αβ (t)ij = (δiα δjβ + δiβ δjα ) , (2.29)
2
où 1 6 α, β 6 3 sont des entiers indexant le chargement (le cas α = β = 1 correspondant
à un essai de traction suivant la direction définie par l’axe x1 par exemple), et t 7→ pαβ (t)
est une fonction décroissante monotone correspondant à une discrétisation quasi-statique
Simulations par dynamique moléculaire 45
0.12
t r ac t ion suivant x 1
t r ac t ion suivant x 2
t r ac t ion suivant x 3
0.1
0.08
σ (GPa)
0.06
0.04
0.02
0
0 0.5 1 1.5
ϵ ¹3
x 10
0.1
c isaille me nt dans le plan ( x 2 , x 3 )
c isaille me nt dans le plan ( x 1 , x 3 )
0.08 c isaille me nt dans le plan ( x 1 , x 2 )
σ (GPa)
0.06
0.04
0.02
0
0 0.5 1 1.5
ϵ ¹3
x 10
2.27 suivantes (on rappelle que chaque point expérimental est calculé par le théorème
ergodique).
En réalisant cette séquence d’essais virtuels sur les 20 configurations initiales, le tenseur
apparent moyen (écrit suivant la convention de Kelvin-Voigt [27]) peut être estimé et vaut
Simulations par dynamique moléculaire 47
0.12
0.08
0.06
0.04
0.02
0
0 0.5 1 1.5 2 2.5 3
−(ϵ 11 + ϵ 22 + ϵ 33) ¹3
x 10
Figure 2.28 – Simulation d’un essai de compression hydrostatique sur la silice amorphe
(T = 100 K).
(en GPa) :
79.30 16.67 17.36 0.29 1.14 0.61
77.17 14.80 1.53 0.66
1.07
silice 77.48 −1.08 −0.23 1.14
[C
e
DM ] =
. (2.30)
61.86 0.71 −0.23
sym 59.68 0.32
59.95
La projection du tenseur ci-dessus sur l’espace des tenseurs isotropes s’écrit alors (en
GPa) :
77.48 16.51 16.51 0 0 0
77.48 16.51 0 0 0
iso e silice
77.48 0 0 0
P ([C DM ]) = . (2.31)
60.97 0 0
sym 60.97 0
60.97
Des estimations des différents modules élastiques sont alors extraites, et sont résumées
avec plusieurs résultats d’autres études (numériques et expérimentales) dans le Tab. 2.13
suivant.
Notons que le résultat expérimental obtenu dans [107] concerne une silice amorphe à
une température (ambiante) de 300 K et à une pression de 1 bar. On observe donc
Simulations par dynamique moléculaire 48
Eq. (2.31) Réf. [66] (*) Réf. [67] (*) Réf. [107] (**)
Mod. de compressibilité 36.84 31.8 28 37
Mod. de cisaillement 30.49 27 26.3 31
Mod. d’Young 71.69 60 54 73
Coeff. de Poisson 0.18 0.19 0.223 0.17
Table 2.13 – Estimation des modules élastiques de la silice (à T = 100 K, en GPa) et
comparaison avec les données de la littérature (les travaux numériques et expérimentaux
sont signalés par les symboles (*) et (**) respectivement).
une bonne adéquation entre les estimations obtenues par les simulations de dynamique
moléculaire avec le modèle équivalent de silice et les travaux expérimentaux ou développés
avec des modèles intégrant des interactions à distance. Il convient enfin de noter que les
résultats sur les propriétés macroscopiques exhibent peu de bruit, et qu’il n’est donc
pas nécessaire d’estimer les propriétés élastiques de la silice pour des systèmes de plus
grandes dimensions (c’est-à-dire avec un nombre de réplications plus grand dans chaque
direction).
Dans cette section, nous procédons à une étude similaire des propriétés mécaniques
élastiques du polymère pur et du système nanocomposite (pour npc = 10). Rappelons
que dans chaque cas, les systèmes subissent des traitements en température et en pression
identiques, afin d’imposer des traitements analogues, et que les propriétés sont évaluées
à une faible température (100 K) – température pour laquelle les matériaux exhibent
des comportements élastiques linéaires (rigides). Dans ce qui suit, les estimations sont
conduites pour une amplitude de déformation inférieure à 1%, avec un taux de charge-
ment de 10−4 GPa par 2 ps. Des exemples d’une configuration initiale (à l’équilibre) et
de la configuration déformée associée sont représentées sur les Figs. 2.29 et 2.30, pour un
essai de traction uniaxiale et pour un essai de cisaillement respectivement. Notons que
les états de déformation représentés sur ces figures ne correspondent pas à ceux utilisés
dans les estimations des propriétés élastiques, et sont suffisamment importantes pour per-
mettre une visualisation graphique des résultats. Les courbes de contrainte-déformation
correspondantes, ainsi que celles associées au système polymère pur, sont représentées
ci-dessous sur les Figs. 2.31 et 2.32. L’effet de renforcement de la nanoinclusion est
clairement mis en évidence, et s’avère plus prononcé dans le cas de la sollicitation en
Simulations par dynamique moléculaire 49
cisaillement. Cet effet de renforcement est également bien observé au travers de l’essai de
compression hydrostatique, pour lequel les résultats sont représentés sur la Fig. 2.33.
Le tenseur d’élasticité apparent moyen du polymère pur, estimé à partir des 20 réalisations
indépendantes, est estimé (en GPa) à
6.78 4.66 4.68 0 −0.05 −0.05
6.24 4.38 −0.07 −0.01 −0.03
pp 6.23 −0.04 −0.04 0.03
[C
e ]=
DM
. (2.32)
1.84 0.02 −0.01
sym 1.84 −0.04
1.89
Simulations par dynamique moléculaire 50
0.12
0.1
σ 11 (GPa)
0.08
0.06
polymèr e pur
0.04
nanocompos ite
0.02
0
0 0.01 0.02 0.03 0.04 0.05
ϵ 11
0.1
0.08
σ 12 (GPa)
0.06
0.04
0.02
polymèr e pur
nanocompos ite
0
0 0.01 0.02 0.03 0.04 0.05
ϵ 12
Les estimations des coefficients de variation pour les composantes a priori non nulles sont
données ci-dessous
0.20 0.23 0.21
0.15 0.19
0.14
[δ] = , (2.33)
0.07
sym 0.10
0.07
Simulations par dynamique moléculaire 51
0.18
polymèr e pur
0.12
0.1
0.08
0.06
0.04
0.02
0
0 0.005 0.01 0.015 0.02 0.025 0.03
−(ϵ 11 + ϵ 22 + ϵ 33)
La projection d’un tenseur d’élasticité triclinique [C tri ] sur l’ensemble des tenseurs iso-
tropes est définie, au sens de la distance euclidienne, par les modules de compressibilité
k iso et de cisaillement µiso tels que [31] (voir également [80] ; voir [74] et les références
incluses pour une discussion générale)
1 tri
k iso = tri tri tri tri tri
C11 + C22 + C33 + 2(C23 + C31 + C12 ) (2.34)
9
et
1
µiso = tri tri tri tri tri tri tri tri tri
2(C11 + C22 + C33 − C23 − C31 − C12 ) + 3(C44 + C55 + C66 ) , (2.35)
30
Simulations par dynamique moléculaire 52
epp
avec {Cijtri }16i,j63 les composantes de [C tri ]. La projection du tenseur [C DM ] sur l’ensemble
des tenseurs isotropes s’écrit donc, en GPa :
6.42 4.57 4.57 0 0 0
6.42 4.57 0 0 0
iso e pp
6.42 0 0 0
P ([C DM ]) = . (2.36)
1.85 0 0
sym 1.85 0
1.85
Les estimations des modules élastiques pour la matrice polymère sont listées dans le
Tab. 2.14. On constate un écart non négligeable entre les estimations obtenues dans ce
Table 2.14 – Estimation des modules élastiques (en GPa) du polymère pure avec 10
chaı̂nes à 100 K et leurs comparaisons.
travail et celles disponibles dans la littérature. Afin d’expliquer ces différences, on peut
souligner que :
— les codes de résolution et certains algorithmes de contrôle sont différents ;
— dans ce travail, les modules élastiques sont obtenus par identification sur le ten-
seur apparent moyen projeté sur l’ensemble des tenseurs isotropes, et non par une
régression directe sur les différents essais mécaniques ;
— l’algorithme de génération des configurations est différent par rapport aux travaux
présentés dans [66, 67], dans lesquels une méthode hybride basée sur une combinai-
son de Pivot de Monte Carlo et de relaxation par dynamique moléculaire est utilisée
(on rappelle qu’ici, les configurations sont obtenues par un algorithme de marche
aléatoire couplé à une relaxation par DM) ;
— le potentiel de LJ définissant les interactions de Van der Waals dans le polymère
est complet, c’est-à-dire qu’il contient des parties attractives et répulsives (contrai-
rement aux travaux de Brown et de ses collaborateurs, dans lesquels seule la partie
répulsive est considérée, avec une pression macroscopique de 5000 bar compensant
l’absence de la partie attractive).
Simulations par dynamique moléculaire 53
Enfin, il convient de noter que les modules estimés par une procédure de régression
violent en général les relations algébriques de l’élasticité, c’est-à-dire que la relation E =
9kµ/(3k + µ) (avec E le module d’Young) n’est pas vérifiée par exemple. A contrario, ces
relations sont satisfaites, par construction, dans la procédure présentée dans ce mémoire.
et la matrice des coefficients de variation pour les composantes est donnée par
0.0777 0.0892 0.0989
0.0631 0.0909
0.0686
[δ] = . (2.38)
0.0414
sym 0.0442
0.0461
ncp
Le coefficient de variation du tenseur apparent [C
e ] est estimé à δ e ncp = 0.10. On
DM [C DM ]
constate donc que le tenseur d’élasticité apparent du nanocomposite présente un niveau
de fluctuation plus faible que le tenseur apparent associé à la matrice pure, ce qui peut
être expliqué par les faibles fluctuations exhibées par la silice. Le tenseur apparent moyen
projeté (sur l’ensemble des tenseurs isotropes) est (en GPa) :
6.26 3.89 3.89 0 0 0
6.26 3.89 0 0 0
iso e ncp
6.26 0 0 0
P ([C DM ]) = , (2.39)
2.38 0 0
sym 2.38 0
2.38
ce qui permet de déduire des estimations des modules élastiques. Celles-ci sont résumées
dans le Tab. 2.15 suivant. En comparant les Tabs. 2.14 et 2.15, on note donc une aug-
Simulations par dynamique moléculaire 54
5 Conclusion
1 Hypothèses
57
Modélisation stochastique 58
où r ∈ [0, +∞[, θ ∈ [0, 2π] et ϕ ∈ [0, π]. Sur la base des résultats issus des simulations par
dynamique moléculaire, les hypothèses de modélisations suivantes peuvent être formulées.
— D’un point de vue géométrique, la région de l’interphase peut être modélisée comme
une coquille sphérique d’épaisseur constante eI = 2 nm :
2 Méthodologie de construction
où {[N s (xs )], xs ∈ DI } est un nouveau champ aléatoire à valeurs dans E sym (n) et tel que
E{[N s (xs )]} = [I6 ], ∀xs ∈ DI . Clairement, la matrice déterministe [Ms ]1/2 est inversible,
ce qui implique que la matrice aléatoire
est à valeurs dans E sym (n). En introduisant la représentation matricielle {[E i ]}5i=1 de la
base de Walpole [140] pour l’ensemble E sym (n), définie par les tenseurs d’ordre quatre
suivants :
avec [p] := n ⊗ n, [q] := [I3 ] − [p] et JIKijkl := (δik δjl + δil δjk )/2, il vient
5
X
s s
[N (x )] = Nis (xs )[E i ] , (3.9)
i=1
où le champ aléatoire {N s (xs ) = (N1s (xs ), . . . , N5s (xs )), xs ∈ DI } est à valeurs dans le
sous-ensemble Vsym ⊂ R5 (rappelons que la classe considérée ici est l’isotropie transverse)
Modélisation stochastique 60
tel que
5
X
s s
[G (x )] = Gsi (xs )[E i ] . (3.12)
i=1
On montre que ce champ aléatoire est défini de façon unique, et que {Gsi (xs ), xs ∈ DI },
i ∈ {1, . . . , 5}, est un champ aléatoire scalaire non-Gaussien à valeurs dans R [41]. La
transformation exponentielle permet donc de relaxer la contrainte de support associée
au caractère défini-positif de [N s (xs )], ce qui constitue un ingrédient clé en vue de la
construction d’un générateur de réalisations pour les champs introduits. Introduisons
enfin le champ aléatoire {Gs (xs ), xs ∈ DI } à valeurs dans R5 tel que
Dans ce qui suit, on s’intéresse donc à la construction d’un modèle probabiliste pour le
champ aléatoire {G(xs ), xs ∈ DI }. Pour ce faire, et suivant [41, 114], la méthodologie (à
deux étapes) suivante est adoptée.
— Dans un premier temps, on s’intéresse à la construction de la famille de lois mar-
ginales d’ordre un pour le champ aléatoire {G(xs ), xs ∈ DI }. Cette étape consiste
à définir la densité de probabilité de la variable aléatoire G(xs ) à valeurs dans R5 ,
pour tout xs de DI . Cette construction est accomplie dans le cadre de la Théorie
de l’Information et plus spécifiquement, en invoquant le principe du Maximum de
l’Entropie [56, 108].
— Dans un second temps, le champ aléatoire {G(xs ), xs ∈ DI } est défini par l’in-
termédiaire d’une transformation non-linéaire locale d’un champ Gaussien centré
sous-jacent, à valeurs dans R5 , telle que {G(xs ), xs ∈ DI } exhibe comme famille de
Modélisation stochastique 61
lois marginales d’ordre un la famille définie lors de la première étape. Notons dès à
présent que le champ non-Gaussien ainsi défini possède une structure de corrélation
héritée de la transformation du champ Gaussien sous-jacent.
5
X
E {Gsi (xs )} tr([E i ]) = ν , |ν| < +∞ , (3.15)
i=1
5
! 5
!
X X
−2
∀g ∈ R5 , Φ(g) = α × δ[N ] × tr exp gi [Ei ] − gi [Ei ] . (3.18)
i=1 i=1
Dans l’Eq. (3.18), α est un paramètre qui dépend de la symétrie matérielle considérée
(α ≈ 0.82 pour l’ensemble E sym (n) des tenseurs isotropes transverses, quel que soit le
vecteur n), et δ[N ] est un paramètre scalaire indépendant de xs permettant de contrôler
le niveau des fluctuations statistiques exhibées par [N s (xs )]. Dans les sections suivantes,
le champ aléatoire {G(xs ), xs ∈ DI } et son générateur de réalisations sont définies par
l’intermédiaire de la définition d’une famille de processus de diffusion indexée par xs ∈ DI .
avec
[RΞ (xs , xs )]ii = 1 , 16i65 (3.20)
paramétrages suivants :
2
2Lr 2 πτr
ρr (τr ) := sin ,
πτr 2L r !
0 2
1 r + r τ
θ
ρθ (r, r0 , τθ ) := exp − sin2 , (3.22)
2 L θ 2
!
0 2
1 r + r τ
ϕ
0
ρϕ (r, r , τϕ ) := exp − 2 sin2 .
Lϕ 2
2
2
0
0
¹2 ¹2
1 1
2 2
2 2
0 0
0 0
¹2 ¹2 ¹2 ¹2
pour tout t ∈ R+ , où Φ est la fonction potentiel définie par l’équation Eq. (3.18),
% ∈]0, +∞[ est un paramètre numérique à ajuster (sur la base d’analyse de vitesses
de convergence, par exemple) et {W (t, xs ), t > 0} est le processus de Wiener défini à
la section précédente. Les conditions initiales sont données par U (0, xs ) = U 0 (xs ) et
V (0, xs ) = V 0 (xs ) presque sûrement, où la distribution de probabilité de la variable
aléatoire (U 0 (xs ), V 0 (xs )) est supposée connue. On montre par ailleurs que Φ est telle
que la fonction u 7→ k∇u Φ(u)k :
— est localement bornée sur R5 ;
— vérifie la propriété : E{k∇u Φ(u)k} < +∞.
On montre alors le résultat de convergence suivant [115] :
loi
lim U (t, xs ) = Gs (xs ) . (3.25)
t → +∞
5 Schéma de discrétisation
Dans ce travail, l’équation différentielle stochastique définie par l’équation Eq (3.24) est
discrétisée par un schéma de Störmer-Verlet [20]. Soit ∆t le pas d’intégration, et soit
tk = (k − 1)∆t, k > 1, une discrétisation régulière de l’intervalle d’intégration. Pour
Modélisation stochastique 66
Notons, pour conclure cette partie algorithmique, que plusieurs stratégies peuvent être
mises en œuvre pour l’échantillonnage du champ Gaussien {Ξ(xs ), xs ∈ DI }, parmi
lesquelles la méthode spectrale (développée dans [110, 111] dans le cas de champs ho-
mogènes ; voir [117] pour des développements complémentaires, notamment dans le cas
non homogène) ou une méthode de factorisation. Dans ce travail, la méthode basée sur
la factorisation de Cholesky est utilisée en raison du faible temps calcul associé (la
décomposition de Cholesky de la matrice de covariance étant calculée dans une phase
de prétraitement).
Dans cette section, nous nous intéressons à la prise en compte, dans la modélisation de
mécanique des milieux continus, du bruit d’échantillonnage présent dans les simulations
par Dynamique Moléculaire – ce dernier pouvant biaiser les résultats de l’identification
Modélisation stochastique 67
inverse. Plus spécifiquement, nous supposerons ici que le bruit ne modifie pas les lon-
gueurs de corrélation spatiales (qui sont induites par les modèles d’interaction entre en-
tités atomiques), mais peut avoir un impact sur l’estimation du niveau des fluctuations
statistiques. Pour ce faire, nous procédons de la façon suivante :
— dans le cas des zones de silice et de polymère pur (i.e. hors zone d’interphase),
les propriétés mécaniques élastiques sont modélisées par des matrices aléatoires
centrées sur des moyennes données (celles considérées sans la modélisation du bruit)
et dépendante d’un même paramètre mesurant le niveau du bruit ; dans ce cas, les
propriétés des phases sont aléatoires mais ne dépendent pas du point de l’espace
considéré ;
— dans la région de l’interphase, un terme additionnel indépendant du point, centré
sur la matrice identité et générant des fluctuations tricliniques est introduit dans
la décomposition algébrique du champ (exprimée en coordonnées sphériques) ; les
fluctuations de ce terme sont contrôlées par le paramètre de dispersion introduit
précédemment pour les zones de silice et de polymère pur.
Le modèle de matrices aléatoires utilisé est défini ci-dessous.
5 + 2`
p[Y ] ([Y ]) = IM+6 (R) ([Y ]) k det([Y ])`−1 exp{− tr([Y ])} , (3.31)
2
Modélisation stochastique 68
(1 − δ[Y ] 2 ) 1 + δ[Y ] 2
`= n + . (3.32)
2δ[Y ] 2 2δ[Y ] 2
Dans les zones associées à la silice et au polymère pur, les propriétés mécaniques sont
modélisées par les matrices aléatoires d’élasticité notées [C silice ] et [C pp ], respectivement.
Ces dernières sont définies à partir des résultats estimés par les simulations de dynamique
moléculaire selon
où les matrices [Lsilice ] et [Lpp ] sont issues des décompositions de Cholesky des valeurs
moyennes définies au chapitre précédent,
et
[Z silice ] ∼ SE+ (δb ) , [Z pp ] ∼ SE+ (δb ) . (3.36)
Par construction, les matrices aléatoires [C silice ] et [C pp ] exhibent donc des fluctuations
tricliniques autour des modèles moyens estimés par les simulations de DM. Dans l’in-
terphase, on introduit le nouveau champ aléatoire {[Cb s (xs )], xs ∈ DI }, défini par une
modification de l’expression algébrique de l’Eq. (3.5) :
s
∀xs ∈ DI , b (xs )] = η[I6 ] + [Ms (xs )]1/2 [Z D ] [Ms (xs )]1/2 ,
[C (3.37)
I
Modélisation stochastique 69
où {[Ms (xs )] , xs ∈ DI } est le champ aléatoire défini aux sections précédentes, et [Z DI ] ∼
SE+ (δb ). Le modèle de champ avec bruit dépend alors
— des paramètres δ[N ] , Lr , Lθ et Lϕ définissant le modèle du champ {[Ms (xs )] , xs ∈
DI } à valeurs dans E sym (n) ;
— du paramètre de dispersion mesurant le niveau de bruit, δb .
7 Conclusion
Dans ce chapitre, nous avons proposé la construction d’un modèle probabiliste pour
le champ aléatoire non Gaussien du tenseur d’élasticité dans la zone d’interphase. La
méthodologie générale consiste à écrire le champ comme une transformation non linéaire
de champs Gaussiens sous-jacents, la transformation étant telle que le champ ainsi défini
exhibe une famille cible de lois marginales d’ordre un. Cette dernière est spécifiée dans
le cadre de la Théorie de l’Information et plus précisément, en invoquant le principe du
Maximum d’Entropie. Le problème d’optimisation associé est formulé en intégrant des
contraintes mathématiques liées à la valeur moyenne, ainsi qu’à la finitude des moments
d’ordre deux pour le tenseur des rigidités et son inverse. La symétrie matérielle est no-
tamment inférée à partir des résultats des simulations de DM présentés au Chap. 2, qui
permettent également de définir une structure de corrélation ad hoc pour les champs Gaus-
siens sous-jacents. Le générateur de réalisations associé est ensuite présenté et fait interve-
nir une famille d’équations différentielles stochastiques d’Itô discrétisées, en chaque point
de l’espace, par un schéma de Störmer-Verlet. La modélisation du bruit d’échantillonnage
induit par les simulations de DM est enfin abordée. Pour ce faire, un modèle de matrices
aléatoires à fluctuations tricliniques est utilisé afin d’introduire un bruit anisotrope dans
la zone d’interphase, ainsi que pour la modélisation des propriétés dans le polymère pur et
la silice. Les modèles ainsi construits offrent l’avantage de ne dépendre que sur un nombre
limité de paramètres (typiquement, un paramètre de dispersion et des paramètres liés à la
corrélation spatiale pour le modèle de champ), ce qui s’avère particulièrement intéressant
en vue de leur identification. Ce point est l’objectif du chapitre suivant.
Chapitre 4
1 Méthodologie d’identification
1.1 Principe
D’après le Chap. 3, le modèle probabiliste pour le champ aléatoire {[C s (xs )], xs ∈ DI }
représentant le champ des rigidités dans la zone d’interphase DI (sans prise en compte
du bruit induit par les simulations de DM) s’écrit :
∀xs ∈ DI , [C s (xs )] = η[I6 ] + [Ms ]1/2 exp{[G s (xs )]} [Ms ]1/2 . (4.1)
71
Identification du modèle probabiliste 72
Les propriétés déterministes de chaque phase isotrope (silice et polymère pur) sont ex-
traites des simulations de dynamique moléculaire, présentées au Chap. 2, et sont rappelées
ci-dessous (k et µ désignent le modules de compressibilité et de cisaillement, respective-
ment) en GPa :
— pour l’inclusion de silice, on a k silice = 36.8, µsilice = 30.5 ;
— dans le cas du polymère pur, k pp = 5.19 et µpp = 0.93.
Dans la région de l’interphase, les propriétés élastiques sont modélisés par le modèle
de champ aléatoire introduit au Chap. 3 et pour lequel la décomposition algébrique est
rappelée dans l’Eq. (4.1). Afin d’alléger les notations, on considère à partir de cette
section que le champ est indexé et exprimé dans le système de coordonnées cartésiennes
(on omettra donc l’exposant “s”).
Identification du modèle probabiliste 74
où x 7→ [σ(x)] est le champ de contrainte locale, n(x) est le vecteur unitaire normal à
∂D au point x et [Σ] est le tenseur des contraintes macroscopiques. La loi constitutive
s’écrit :
[σ(x)] = JC(x)K : [(x)] , ∀x ∈ D , (4.4)
où JC(x)K est la représentation tensorielle d’ordre quatre du tenseur d’ordre deux [C(x)].
Ce dernier est défini par morceaux, déterministe pour x ∈ Dsilice ou x ∈ DP et stochas-
tique pour x ∈ DI . Afin de favoriser un exposé synthétique, la même notation est utilisée
pour [C(x)], indépendamment de sa nature (aléatoire ou déterministe). On montre qu’il
existe un champ de tenseurs de concentration des contraintes x 7→ JB(x)K, à valeurs dans
l’ensemble des tenseurs de quatrième ordre (avec symétries mineures), tel que
et Z
1
JB(x)K dx = JIK , (4.6)
|D| D
où l’on rappelle que JIK désigne le tenseur identité symétrique du quatrième ordre. Par
construction, on a
Bijk` (x) = σijk` (x) , 1 6 i, j, k, ` 6 3 , (4.7)
où x 7→ [σ k` (x)] est le champ des tenseurs des contraintes solution du problème aux
limites précédents, dans lequel
1
Σk`
ij := (δik δj` + δi` δjk ) . (4.8)
2
Il s’en suit que le champ x 7→ JB(x)K peut être complétement reconstruit en résolvant
le problème aux limites définis par les Eqs. (4.2) et (4.5), pour six valeurs différentes
du tenseur des contraintes macroscopiques [Σk` ]. La réalisation du tenseur de souplesse
apparent JSK,
e associée à la réalisation du champ aléatoire dans l’interphase, est alors
définie comme Z
e = 1
JSK JS(x)K : JB(x)K dx , (4.9)
|D| D
où x 7→ JS(x)K est le champ du tenseur de souplesse local de quatrième ordre (JS(x)K =
JC(x)K−1 pour tout x dans D). Soit JCK e = JSK e −1 est le tenseur d’élasticité apparent
associé, et notons [Ce MMC (h1 , h2 )] sa représentation de tenseur du second ordre (où
la dépendance sur h1 et h2 est rendue explicite pour la suite de l’exposé). De même,
[C
eMMC (h1 )] désigne le tenseur apparent (dans les mêmes conditions aux limites) obtenu
en considérant une interphase avec des propriétés déterministes définies par le vecteur h1
en coordonnées sphériques.
Dans ce travail, le problème aux limites défini par les Eqs. (4.2) et (4.5) est résolu, pour
toute réalisation du champ aléatoire dans la région de l’interphase, par la méthode des
éléments finis. Le domaine D est discrétisé avec des éléments tétraèdre à 4 nœuds (avec
un point d’intégration de Gauss par élément), comme illustré sur la Fig. 4.2.
Le modèle numérique final est constitué de 190 310 éléments (correspondant à un total de
102 561 degrés de liberté). Il convient de noter qu’une telle densité du maillage fournit au
moins quatre points d’intégration par longueur de corrélation (en moyenne), quelle que
Identification du modèle probabiliste 76
Suivant les notations pour le tenseur apparent définies à la Sec. 1.3.1, le vecteur hopt
1 des
hyperparamètres optimaux pour la valeur moyenne [Ms ] du champ aléatoire {[C s (xs )], xs ∈
Identification du modèle probabiliste 77
hopt
1 := arg min L1 (h1 ) , (4.10)
h1 ∈ S1
kP iso (E{[C
e DM ]}) − P iso ([C
eMMC (h1 )])kF
L1 (h1 ) := , (4.11)
kP iso (E{[C
e DM ]})kF
Dans l’Eq. (4.11), P iso est l’opérateur de projection sur l’ensemble des tenseurs isotropes,
introduit à la Sec. 4.4 du Chap. 2.
hopt
2 := arg max L2 (h2 ) , (4.13)
h2 ∈ S2
p
où S2 =]0, 7/11[×[0, +∞[×[0, +∞[, L2 est la fonction de vraisemblance donnée par
20
Y
L2 (h2 ) := p[Ce MMC (hopt ,h2 )] [C
eDM (ωi )] (4.14)
1
i=1
20
!
Y Y
L2 (h2 ) := pCeMMC (hopt ,h2 )jk C
eDM (ωi )jk . (4.15)
1
i=1 16j6k66
Notons enfin que d’un point de vue numérique, la recherche de maximum est réalisée de
façon équivalente sur la fonction h2 7→ ln (L2 (h2 )).
2 Résultats
Le problème d’optimisation défini par les Eqs. (4.10–4.11) est résolu en utilisant la fonction
fmincon de Matlab, sous les contraintes d’inégalité issue de la définition de l’espace ad-
missible S1 (voir l’Eq. (4.12)). La convergence de l’algorithme de recherche est représentée
sur la Fig. 4.3, où minL1 (k) désigne (avec un abus de notation) la valeur minimale de la
fonction coût L1 déterminée à l’itération k.
0
10
¹2
10
min L 1 (k )
¹4
10
¹6
10
¹8
10
0 5 10 15 20 25 30 35 40
Itération k
On observe une convergence rapide de l’algorithme, avec une valeur inférieure de la fonc-
tion coût égale à 3.3 × 10−8 après 40 itérations. En notant que hopt opt opt
1 = (m1 , . . . , m5 ) et
que [Ms ] = 5i=1 mopt i
P
i [E ] (en coordonnées sphériques), il vient (en GPa) :
5.51 4.02 4.02 0 0 0
5.19 1.16 0 0 0
s
5.19 0 0 0
[M ] = . (4.18)
4.03 0 0
Sym. 4.25 0
4.25
Identification du modèle probabiliste 80
Un effet de renforcement en cisaillement est clairement observé pour le modèle moyen dans
la région de l’interphase, ce qui est en accord avec la perte de la mobilité du polymère
dans le voisinage de l’inclusion, ainsi qu’avec résultats numériques obtenus par ailleurs
(voir par exemple [99]).
Pour x fixé dans DI , l’équation différentielle stochastique d’Itô définie par l’Eq. (3.24) est
intégrée avec % = 9 et en utilisant un pas ∆t égal à 0.01 – ces valeurs ayant été estimées à
partir d’une analyse de convergence. Plus spécifiquement, la convergence vers la solution
stationnaire (pour x ∈ DI fixé arbitrairement) est caractérisée par la convergence la
fonction Niter 7→ Conv (Niter ) telle que :
Niter
1 X 2
Conv (Niter ) := Uk (x) , Niter > 1 . (4.19)
Niter k=1
1.2
1.1
1
0.9
Conv(Niter)
0.8
0.7
0.6
0.5
0.4
0.3
0.2
0 2 4 6 8 10
Niter 4
x 10
(avec k > k ∗ et x fixé arbitrairement ; la dépendance de τ11 par rapport à x n’est pas
reportée afin de simplifier les notations), où l’espérance mathématique est estimée de
manière ergodique, est représenté sur la Fig. 4.5.
0.9
0.8
0.7
Decorr(τ 11)
0.6
0.5
0.4
0.3
0.2
0.1
0
0 200 400 600 800 1000
τ 11
ε
On constate donc que τ11 = 200 pour ε = 0.1. En pratique, cette valeur correspond au
maximum τ ε recherché (voir l’Eq. (4.17)), c’est-à-dire que dans le régime stationnaire (k >
20 000), une réalisation indépendante du champ aléatoire {G(x), x ∈ DI } est obtenue
toutes les 200 pas de temps. Enfin, un ensemble de 300 réalisations indépendantes est
généré et utilisé par la suite afin d’estimer, pour des valeurs données des hyperparamètres,
les différentes densités de probabilité considérées.
2.2.2 Résolution
Le problème d’optimisation non convexe défini par les Eqs. (4.13) et (4.15) est résolu par
un échantillonnage régulier des hyperparamètres dans leurs espaces admissibles respectifs.
Afin d’interpréter plus facilement les résultats d’un point de vue physique, la longueur
de corrélation dans la direction radiale est normalisée par l’épaisseur de l’interphase eI ,
Identification du modèle probabiliste 82
tandis que les paramètres liés à la (dé)corrélation angulaire sont normalisées par le terme
2πRext , avec Rext := Rp + eI . Le graph de la fonction de coût L2 est représenté sur la
Fig. 4.6 pour différentes combinaisons des paramètres. Les valeurs optimales sont données
−30
0.5
−40
0.4 −50
δ[N ]
0.3 −60
0.2 −70
0.1 −80
20 4
15 −90
10 3
5 2 −100
2πRext /La 1 eI /Lr
ci-dessous :
opt
δ[N ] = 0.3 , Lopt
r ≈ 0.9eI = 1.8 (nm) , Lopt
a ≈ 3.85 rad × nm . (4.20)
opt
La valeur du paramètre δ[N ] indique que les fluctuations statistiques dans l’interphase
sont importantes et ne peuvent pas être totalement annihilées par une procédure d’ho-
mogénéisation (puisque la condition Lopt
r eI n’est pas satisfaite, par exemple). La
valeur optimale du paramètre La montre en outre que, pour une position radiale donnée,
le champ aléatoire d’élasticité est corrélé sur une demi-sphère et donc, par symétrie, sur
la sphère. D’un point de vue qualitatif, ce résultat est cohérent avec les résultats obtenus
par les simulations de dynamique moléculaire et notamment, avec la conformation locale
des chaı̂nes autour de l’inclusion de silice – voir l’illustration sur la Fig. 4.7. Les densités
de probabilité de certaines composantes, ainsi que les réalisations obtenues par les simula-
tions de DM, sont représentées sur les Figs. 4.8, 4.9 et 4.10. Enfin, et à titre d’illustration,
int
une réalisation du champ aléatoire {C11 (xs ), xs ∈ ∂DIext } identifié (où ∂DIext représente
la surface extérieure de DI ) est représentée sur la Fig. 4.11.
Identification du modèle probabiliste 83
Figure 4.7 – Configuration instantanée des chaı̂nes polymères piégées dans des co-
quilles sphériques d’une épaisseur de 5 Å dans la région de l’interphase. Sur la figure de
gauche (resp. droite), la coquille correspond à la coquille la plus proche (resp. éloignée)
de la surface de l’inclusion.
1
Simulations DM
0.9
Simulations MMC
0.8
Densité de probabilité
0.7
0.6
0.5
0.4
0.3
0.2
0.1
0
4 4.5 5 5.5 6 6.5 7 7.5 8
C 11 (GPa)
Dans cette section, l’effet du bruit d’échantillonnage induit par les simulations de dy-
namique moléculairesur les résultats d’identification est étudié. D’un point de vue phy-
sique, il est raisonnable de supposer qu’un tel bruit n’a pas d’impact sur la structure de
corrélation du champ aléatoire d’élasticité dans la région interphase, mais peut conduire à
Identification du modèle probabiliste 84
1
Simulations DM
0.9
Simulations MMC
0.8
Densité de probabilité
0.7
0.6
0.5
0.4
0.3
0.2
0.1
0
1.5 2 2.5 3 3.5 4 4.5 5 5.5
C 12 (GPa)
5.5
Simulations DM
5
Simulations MMC
4.5
4
Densité de probabilité
3.5
3
2.5
2
1.5
1
0.5
0
1.8 2 2.2 2.4 2.6 2.8
C 44 (GPa)
une surestimation du δ[N ] mesurant le niveau des fluctuations statistiques. Par conséquent,
ce bruit est pris en compte ci-dessous :
— en modélisant les propriétés (constantes en espace) du polymère pur et de la silice
par des matrices aléatoires ;
— en considérant un bruit triclinique, indépendant de xs , dans l’interphase où le champ
aléatoire d’élasticité est écrit en coordonnées sphériques.
Identification du modèle probabiliste 85
Pour ce faire, les modèles probabilistes introduits à la Sec. 6.2 du Chap. 3 sont uti-
lisés. Les propriétés élastiques dans la silice et dans le polymère pur sont donc définies
par les Eqs. (3.34), (3.35) et (3.36), dans lesquelles on suppose que le paramètre de
dispersion est identique – et noté δbruit . Le nouveau champ aléatoire dans l’interphase,
présentant des fluctuations statistiques tricliniques autour de la classe isotrope trans-
verse (en coordonnées sphériques), est noté {[Cb s (xs )], xs ∈ DI }. Ce champ est défini
par l’Eq. (3.37), dans laquelle on suppose également que [Z DI ] ∼ SE+ (δbruit ). En notant
[C
e MMC (δ[N ] , δbruit )] la variable aléatoire modélisant le tenseur de rigidité apparent ob-
tenu par l’homogénéisation de la microstructure aléatoire ainsi introduite (en considérant
les valeurs de hopt
1 et des paramètres Lopt
r et Lopt
a identifiées à la Sec. 2.2.2), les valeurs
optimales pour les paramètres δ[N ] and δbruit sont déterminées en maximisant la fonction
20
!
Y Y
L3 δ[N ] , δbruit = pCeMMC (δ[N ] ,δbruit )jk C
eDM (ωi )jk , (4.21)
i=1 16j6k66
p p
sur l’espace [0, 7/11[×[0, 7/11[. Le graph de la fonction de vraisemblance δ[N ] , δbruit 7→
L3 δ[N ] , δbruit est représenté sur la Fig. 4.12.
opt opt
Les valeurs optimales sont égales à δ[N ] = 0.2 et δbruit = 0.1 respectivement, ce qui montre
que le fait de négliger le bruit d’échantillonnage pour les résultats obtenus par DM induit
une surestimation de δ[N ] .
Identification du modèle probabiliste 86
"
L 3 δ [N ], δ bruit
¹ 50
¹ 100
!
¹ 150
0.5
0.4 0
0.05
0.1
0.3 0.15
0.2
0.2 0.25
0.3
0.35
0.1 0.4 δ bruit
δ [N ]
Figure 4.12 – Graph de la fonction de vraisemblance δ[N ] , δbruit 7→ L3 δ[N ] , δbruit .
Le résultat sans la modélisation du bruit correspond à la courbe δ[N ] 7→ L3 δ[N ] , 0 .
3 Conclusion
Dans ce dernier chapitre, nous avons présenté une méthodologie d’identification des
modèles probabilistes construits au Chap. 3. En ce qui concerne le champ aléatoire du
tenseur des rigidités dans l’interphase, l’identification du modèle moyen, du paramètre
de dispersion et des deux paramètres contrôlant la corrélation du champ dans la di-
rection radiale et dans les directions orthoradiales est accomplie de façon séquentielle,
par l’intermédiaire de deux problèmes inverses. De façon générale, l’idée consiste à mi-
nimiser l’écart observé entre les résultats estimés par les essais virtuels en dynamique
moléculaire (voir le Chap. 2) et ceux obtenus par une procédure d’homogénéisation
numérique en mécanique des milieux continus (sous des conditions de contraintes ho-
mogènes au contour). Le modèle moyen est donc calibré dans un premier temps en im-
posant, dans un cadre déterministe, l’équivalence du tenseur homogénéisé du domaine
dans lequel les propriétés de l’interphase correspondent au modèle moyen recherché, et la
moyenne des réalisations obtenues par dynamique moléculaire. Dans un second temps, le
paramètre de dispersion et les paramètres liés à la corrélation spatiale sont identifiés par
l’intermédiaire du principe du maximum de vraisemblance, formulé sur les composantes
du tenseur apparent. On montre que la longueur de corrélation dans la direction radiale
est proche de l’épaisseur de l’interphase, tandis que le champ est corrélé, dans les direc-
tions orthoradiales, sur une hémisphère – en accord qualitatif avec la morphologie locale
des chaı̂nes proches de la surface de l’inclusion. Ces résultats montrent en particulier que
Identification du modèle probabiliste 87
les propriétés dans la zone d’interphase ne peuvent pas être homogénéisées au sens clas-
sique du terme, puisque la condition de séparation des échelles n’est pas satisfaite dans la
direction radiale, par exemple. Ces résultats statistiques sont enfin raffinés par l’identifi-
cation du paramètre de dispersion associé au bruit d’échantillonnage, ce qui permet une
meilleure estimation du paramètre contrôlant le niveau des fluctuations du champ dans
l’interphase.
Chapitre 5
Conclusions et perspectives
1 Conclusions générales
Dans un premier temps, des simulations par dynamique moléculaire ont été conduites,
dans la lignée des travaux présentés dans [18], afin de caractériser l’interphase, tant
d’un point de vue géométrique que du comportement mécanique élastique. En accord
avec la littérature, on constate que la zone d’interphase peut être modélisée par une
coquille sphérique d’épaisseur constante, indépendante de la taille de l’inclusion (mais
dépendante de la température). Les simulations moléculaires montrent par ailleurs l’orien-
tation préférentielle des chaı̂nes du polymère proches de la surface de l’inclusion, si bien
que le tenseur d’élasticité dans la zone perturbée peut être modélisé comme un tenseur ex-
hibant une isotropie transverse radiale en coordonnées sphériques. Des essais mécaniques
virtuels ont par la suite été réalisés et permettent d’estimer des réalisations indépendantes
du tenseur d’élasticité apparent associé au domaine de simulation moléculaire. Ce tenseur
présente des fluctuations statistiques non négligeables, induites d’une part par les varia-
tions de rugosité des réalisations de la particule de silice (de faible diamètre), et d’autre
part par le bruit intrinsèque généré par les calculs de DM.
Dans une seconde partie de ce travail, la construction d’un modèle probabiliste pour le
champ aléatoire des rigidités dans l’interphase a été abordée dans le cadre de la Théorie
89
Conclusions et perspectives 90
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