« La liberté n’est que l’ignorance des causes qui nous déterminent », c’est avec cette citation
critique de la notion ordinaire de liberté, de Spinoza que je débute mon analyse, une citation
qui va en fait bien concorder avec la suite du texte.
L’extrait dont va porter notre analyse se situe dans un chapitre au nom très explicite « Qu’est
ce que la liberté ? ». Le fait d’ailleurs qu’Arendt pose ce problème philosophique dans un
ouvrage qui s’attache à la crise de la modernité est très significatif, c’est dire une aliénation du
concept de liberté de nos jours. La philosophe cherche à redonner un sens à ce concept
fondamental qui est la liberté. La liberté, avec l’allégorie de la caverne jusqu’à Sartre, est une
notion extrêmement riche, c’est la condition qui fait que les Hommes vivent ensemble, vivent
ensemble dans une organisation politique. Posons-nous la question assez rapidement que
serait la liberté sans une once de politique, sans lois. Et bien, finalement l’ind qui peut faire ce
qu’il veut quand il veut, n’est pas libre, il est à l’état animal, esclave de ses instincts et de ses
passions.
Arendt commence par affirmer clairement que ce problème n’est pas évident tant les
oppositions sont nombreuses et totales, qu’il en deviendrait impossible d’établir une définition
du concept de liberté. Toutefois, la philosophe présente une idée majeure, une contradiction
pilier de la réflexion autour du concept de liberté, qui est l’opposition entre notre conscience a
priori libre et notre expérience quotidienne menée par un déterminisme, c-a-d une nécessité
des chaines de causes, toutes les actions sont déterminées par celles d’avant. Cela fait
évidemment référence à la pensée kantienne, Kant est d’ailleurs cité à la suite de notre extrait,
et à son œuvre majeure, La critique de la raison pure, où l’Allemand s’interroge sur les liens
entre la liberté et le déterminisme, et s’ils peuvent coïncider.
Et donc, Arendt explique que dans la vie pratique et politique, la liberté de l’Homme est prise
pour une vérité fondamentale, et c’est bien sur cela que les sociétés s’organisent. L’Homme
est doté du libre-arbitre, l’Homme serait capable de décider par soi-même d’une action, savoir
ce qui l’influence pour faire des choix. Un Homme qui est libre est donc responsable de ses
actes et peut être jugé. On peut encore évidemment citer Nietzche dans le Crépuscule « Les
Hommes ont été considérés comme libres, pour pouvoir être jugés et punis, pour pouvoir être
coupable ».
Mais, Arendt montre également la visée scientifique qui repose sur la pensée épicurienne du
nihil ex nihilo, rien ne vient sans rien, rien ne vient sans cause. L’Homme n’est pas libre mais
pris dans un enchainement de causes. Cette pensée on la retrouve chez Thomas d’Aquin dans
Somme contre les gentils, « Libre est celui qui est cause de soi. » ou encore à l’image de la chute
d’une pierre de Spinoza dans sa Lettre à Schuller, comme la liberté humaine, la pierre va
tomber fruit d’une série d’évènements qu’elle ignore et les actions sont en fait déjà décidées
par des causes qui les précèdent. Arendt relève alors l’idée d’une illusion de liberté que notre
conscience nous ferait dans un enchainement de causes déterminées. La philosophe présente
alors une liberté effacée par ce principe de causalité qui ne peut être entièrement décrypté par
l’Homme. Il est aussi intéressant de citer Max Planck qui est repris ici par Arendt, c’est le
physicien allemand qui définit notamment la causalité. Il désire en fait sauver le déterminisme
malgré l’incertitude qui règne dans le monde physique, c’est en effet par le déterminisme que
les scientifiques raisonnent. Dans ses conférences il s’attache aussi à expliquer que l’homme
qui étudie la nature doit mobiliser toute sa force intérieure et toute sa discipline personnelle
pour tenter de l’expliquer, ce qui répond à la fin de l’extrait. L’Homme qui se croit en liberté,
ne connait pas toutes les causes qui précèdent ses actions.
De ce texte, émerge alors un concept fort qui est le rapport entre la liberté de conscience, de
fait et le déterminisme qui établit un enchainement de causes.
PROLONGEMENTS :
Ne tomberait-on pas dans le fatalisme en exprimant le déterminisme de nos expériences. Ex :
voleur, maillon chaine causal, remet question justice
Quel est le lien entre les actions et la liberté ?
On a Kant qui pense qu’une action peut être en même temps déterminée du point de vue
sensible, et libre du point de vue intelligible.
« Jamais nous n’avions été plus libres que sous l’occupation allemande »
Pour Sartre, la liberté de l’action se caractérise par son instantanéité, comme sous
l’occupation allemande et on rejoint Sartre. Notre liberté est véritablement mis en jeu quand
nous sommes faces à des choix portant une valeur existentielle (ici soit rester passifs,
collaborer avec les Allemands, aider les pop juives, etc)