Géomorphologie Côtière du Gabon
Géomorphologie Côtière du Gabon
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Les côtes gabonaises représentent environ 950 ki- dépôts paraliques vers
lomètres de linéaire côtier et s’étendent de l’estuaire le large au cours de la
du Mouni au nord à la lagune Mekoundji à l’ex- mise en place du bassin
trême sud du pays. Le trait de côte délimite la par- sédimentaire (Hourcq,
tie marine du bassin sédimentaire avec le continent 1966). Ainsi, le paral-
émergé. Sa physionomie varie de par sa nature et sa lélisme des dépôts et la
forme d’un secteur de côte à un autre. Au premier trajectoire actuelle du
plan, le littoral exondé se démarque par sa prograda- trait de côte font que
tion en forme de pyramide à travers une vaste plate- ce dernier les traverse
forme entraînant un trait de côte orienté nord-est/ aussi bien dans sa par-
sud-ouest, puis nord-ouest/sud-est avec un point tie septentrionale que
d’inflexion au niveau du Cap Lopez. méridionale.
L’explication du tracé actuel s’explique d’une part Les nombreux caps,
sur la structure géologique et sur les oscillations du pointes, dépressions et
niveau marin du Pléistocène au quaternaire récent, et, beach-rocks observés sur
d’autre part, par les facteurs météo-marins actuels et les plages témoignent Photo 1 - La Pointe
les actions anthropiques contemporaines. de la marque de la structure géologique sur le tracé
Ngombé, vue du large
(ph. P. Bordais, 2016,
La physionomie des côtes gabonaises et la dyna- de cette côte. Les principaux faciès (grès, argiles, cal- http://pascaletbeaauga-
mique de son trait de côte ont été l’objet de plusieurs caires marneux, calcaires gréseux, marnes et marnes bon.blogspot.fr)
études réalisées par différents auteurs (voir bibliogra- gréseuses) affleurent à la côte. Ces lithofaciès détri- Au niveau de l’estran on
observe la masse noirâtre
phie en fin de chapitre). Ces initiatives restent tout tiques déterminent aussi une côte fragmentée (Mom- de basalte mis à nu par le
de même sectorielles pour la plupart, de telle sorte bo, 1991), justifiant les nombreux promontoires dans mouvement des vagues.
les formations dures et les rentrants dans les roches L’affleurement est couvert
qu’une synthèse de ces différents travaux permet de dans sa partie supérieure
cerner les grands traits morphologiques et les enjeux meubles. L’exemple patent de ces affleurements le long par une couche latéritique
liés à la dynamique de ce rivage. de cette côte est l’intrusion volcanique basique d’un jaunâtre tapissée par une
couverture herbeuse. À
basanitoïde à olivine (Sénonien), qui s’exprime par son sommet se dresse un
Géomorphologie du trait de côte une pointe de 40 mètres d’altitude dite de « Ngombé » phare.
(photo 1).
Les formes héritées de la mise en place La marge continentale du Gabon a été formée par
du bassin sédimentaire côtier distension et affaissement subséquent des continents
La lithologie du trait de côte est constituée de for- africain et sud-américain. Les seuls accidents consta-
mations sédimentaires post-paléozoïques à épisodes tés sont ceux en lien avec la tectonique du socle lors de
évaporitiques en discordance sur le socle. Le tracé l’ouverture de l’océan Atlantique et cela a fortement
actuel s’est construit par une avancée régulière des impacté la physionomie du littoral, d’abord par une
105
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers
F le
ne
xu
Zo
o bassin atlantique
Nk occidental
re
du Mouni seraient plutôt logés dans l’axe d’un important effon-
bassin atlantique
ctu immergé émergé drement de failles transverses (Mombo, 1991). Au centre et
fra oriental
e
ed dans la partie méridionale du littoral, on observe des fais-
Zon bassin intérieur
intrusion du socle cristallin ceaux de failles sud-ouest/nord-est qui guident le réseau
(horst de Lambaréné) hydrographique et permettent une sédimentation paralique
BASSIN SUD
Gamba
du littoral et des fonds marins allant de l’Albien (avec la
Tectonique
série de Madiéla) au Pléistocène (série Akosso qui affleure
Fle
flexure
autour de la lagune Banio). Cette situation a eu pour consé-
xu
e
A tl
r
faille
an quence la mise en place d’un système deltaïque au centre
tiq
ue
Mayumba ville principale et un système lagunaire à l’extrême sud. Les sédiments ne
N sont pas tous carbonatés, une partie est composée de grès et
sables continentaux comme la série des Cirques d’âge Plio-
0 50 100 km
Pléistocène (Lebigre, 1983). Ces unités sédimentaires seront
ensuite recouvertes par les formations quaternaires d’origine
d’après Teisserenc et Villemin, 1990 Z. MENIE OVONO, S. CHARRIER marine et continentale.
Figure 1 - Schéma structural du bassin sédimentaire côtier gabonais du Dévonien au Miocène La morphologie du plateau continental
L’évolution du bassin sédimentaire a abouti à la mise en place dans la partie émergée et son influence sur le tracé du rivage
actuelle de deux bassins sédimentaires séparés par le horst de Lambaréné de direction
nord-ouest/sud-est : le bassin intérieur (environ 10 000 km²) et le bassin atlantique (environ La connaissance des irrégularités de relief du plateau
40 000 km²) lui-même divisé par la flexure atlantique en deux domaines ouest et est. La
zone de fracture océanique Nkomi distingue un domaine nord avec un domaine sud.
continental est nécessaire pour comprendre les anomalies
apparentes du tracé des littoraux sableux (Pinot, 1980). La
106
Chapitre 4 - Géomorphologie et dynamique du trait de côte au Gabon
PtePteM’Bini
M’Bini
Mouni GUINÉE ÉQUATORIALE
Pte Cocobeach
plateforme continentale du Gabon (fig. 2) porte la marque BAIE DE
Cocobeach
CORISCO Bathymétrie
de flexures et de subsidences en fond de géosynclinal due à Pte Akanda (en m)
200
100
Mond
une surcharge sédimentaire. Cet espace est compris entre la Cap Estérias 0
ah
Cap
limite supérieure de l’estran et la rupture de pente marquée Santa Clara 10
LIBREVILLE plateau
Pte Pongara 30
par l’isobathes -100 mètres correspondant à l’ancienne ligne tu a
Pte
Owendo o continental
50
Es
Pte Ngombé ire
Kom
de rivage. L’étendue marine laisse apparaître une structura- du K
omo 100
Pte Kenguérié Kango
tion en deux unités, séparées l’une de l’autre par le canyon 200
talus
Pte Nyonié continental
du Cap Lopez. La largeur moyenne du plateau continental m boué 500
Ra
Pte Ekouata plaine
oscille entre 15 et 50 km avec une pente moyenne de 0,2 % abyssale
Pte Tambinione
(voir chapitre 3 du présent ouvrage). Cette situation favorise
oué
Cap Pte Wézé Lac Azingo Og o
une forte érosion côtière et un transit littoral important. Lopez Pte Fétiche
BAIE DU Lambaréné
Lambaréné
CAP LOPEZ
La pointe du Cap Lopez marque le point de rencontre entre
Ng
ou
Lac Mandjé Canyon
nié
les eaux chaudes du courant de Guinée et les eaux froides Port- sous-marin
Gentil
du courant de Benguela. Le canyon du Cap Lopez (fig. 3) Lac Avanga
Lac Ezanga lac et
constitue un des pièges à sédiments provenant des fleuves Lac Anengué Lac Onangué lagune fleuve et
rivière
Congo, Kouilou, Nyanga et Ogooué justifiant ainsi la pro- Lagune
gradation asymétrique de la partie sud du plateau continen- Nkomi Hydrographie
tal au détriment de la partie nord. Une cinétique régressive Omboué
Rembo Nk
om i
du trait de côte est observée à la tête de ces canyons (Menie limite d’État ville principale
Pte Iguéga
Ovono, 2010). Lagune
Iguéla
Pte Sainte Bassin sédimentaire
Le plateau continental est marqué par plusieurs entailles Catherine
côtier
dont le réseau le plus dense est organisé autour de la région
Lagune
dite des « canyons du Cap Lopez » (Giresse, 1969). Ces entailles Ndogo
Pte Komandji
perpendiculaires au trait de côte sont connectées aux chenaux N
des fleuves côtiers à partir de l’isobathe -20 mètres (voir cha- Pte Pédras
Lac
Mandjé
pitre 3 du présent ouvrage). L’essentiel du budget sédimen- Gamba
0 25 50 km
taire du littoral du Gabon est géré à cet endroit. La surface OCÉAN
10
0
Ny a
a
20
ng
0
du plateau continental est caractérisée par deux traits prin- ATLANTIQUE
cipaux : d’abord une sédimentation sablo-vaseuse dominée Pte Panga
par le sable de divers calibres à l’exception des embouchures Mayumba
Lag
où la vase domine, ensuite une présence des affleurements Pte Kouango
un
eB
an
io
rocheux à travers l’ensemble du plancher océanique. Ces af-
Pte Banda
fleurements se retrouvent souvent dans le prolongement des Source : données bathymétriques SHOM (correction 2013)
CONGO
Z. MENIE OVONO, S. CHARRIER
pointes rocheuses (Mounganga, 2001), et constituent le subs- Pte Tchibodo
tratum des cordons sableux, des beach-rocks des plages qui Figure 2 - Bathymétrie de la plateforme continentale du Gabon
impactent considérablement le tracé du trait de côte. Le talus continental se situe entre 100 et 200 mètres. On note une organisation en deux
compartiments avec comme ligne de partage le Cap Lopez. L’architecture du plateau
continental se distingue par la présence au sud du Cap Lopez des canyons de la rampe de
l’Ogooué (Biscara, 2011) reliés par un complexe de chenaux-levées.
107
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers
Cap Lopez
35
Pointe du Phare -120 mètres par rapport
42 à la position actuelle.
50
57
On assiste au façonnement
Axe du canyon
65 des vallées sous-marines à l’exemple du canyon
Campagne bathymétrique
du Cap Lopez. L’estuaire du Gabon à cette époque
(ELF Gabon, 1995) n’était qu’une vaste vallée traversée par un cours d’eau
Triangulation (x, y, z) réalisée
par Z. MENIE OVONO (2010)
© LETG-Nantes Géolittomer, UMR 6554 CNRS
ancêtre du Komo actuel (Lebigre, 1983) ;
Figure 3 - Vue en perspective du - la transgression Nouakchotienne ou Holocène (de
canyon du Cap Lopez
Les variations eustatiques pendant le 8 000 à 5 000 avant J.-C.). On assiste à une remon-
Il se positionne perpendiculai-
quaternaire et leurs conséquences sur tée du volume d’eau des océans jusqu’à atteindre le
rement au trait de côte entre
la Pointe du Phare et la Pointe le tracé actuel du rivage niveau actuel vers 5 000 avant J.-C. (Clist, 1995) ;
Renard. Ce canyon constitue
un piège pour le transit littoral Le niveau marin a fluctué depuis le début du quater- - la régression Taffolienne (de 3 000 avant J.-C.
sud-nord et conditionne la naire. Les données et les courbes relatives au contexte à l’actuel) est une légère baisse du niveau marin de
croissance du crochet terminal
gabonais ont fait l’objet de publications scientifiques quelques centimètres par rapport au niveau actuel,
de la flèche Mandji. Le plateau
continental est entaillé par dont les plus pertinentes sont celles de Giresse (1969, elle est à l’origine de la formation des cordons sableux
plusieurs vallées sous-marines 1984, 1990) et de Clist (1995), qui ont reconstitué parallèles au trait de côte (Lebigre, 1983).
disposées est-ouest (Menie
Ovono, 2010). les variations eustatiques et leurs conséquences sur la Les datations des paléo-positions du rivage ré-
morphologie du trait de côte actuel. vèlent que le trait de côte vers 16 000 avant J.- C.
Les données traitant les positions occupées par le était à 55 kilomètres à l’ouest de Cocobeach, à
trait de côte pendant le quaternaire récent, au niveau 60 kilomètres à l’ouest de Libreville, à 16 kilomètres
du Gabon, ne vont pas au-delà des 15 000 ans avant à l’ouest de Port-Gentil et enfin, à 78 kilomètres à
J.-C. La période précédente, c’est-à-dire entre 40 000 l’ouest de Mayumba. À noter aussi que les îles Elo-
et 20 000 avant J.-C. (transgression Inchirienne) est bey ont été séparées du continent vers 5 000 avant
quasi la même sur l’ensemble du golfe de Guinée. J.-C. et que l’île de Corisco était encore rattachée au
continent près du Cap Estérias à peu près à la même
Quatre événements sont retenus dans le cadre de époque (Mombo, 1991). Ces paléo-fluctuations du
cette dynamique de l’océan Atlantique : niveau marin ont pour conséquence la sédimenta-
- la transgression Inchirienne (de 40 000 à 30 000 tion Holocène estuarienne, le colmatage des dépres-
avant J.-C.). Le trait de côte se situait entre -35 et sions littorales, l’ennoiement en rias et la mise en
-47 mètres par rapport à la position actuelle (Clist, place des marais à mangroves. Les paléo-environne-
1995) ; ments constituent des témoins morphologiques des
108
Chapitre 4 - Géomorphologie et dynamique du trait de côte au Gabon
épandages sableux de cet épisode de variations ma- à mangrove, pointes ou caps et falaises y alternent
rines. Il s’agit entre autre des « sablières » du nord de avec des plages sableuses adossées sur des cordons
Libreville, les sables du Cap Estérias et les accumula- quaternaires. Le littoral va de Cocobeach à la Pointe
tions sableuses au sud de Cocobeach (Mombo, Ngombé, distant de 100 kilomètres environ. C’est
1991). la province administrative de l’Estuaire.
On observe un trait de
Compartimentation Cap Estérias
Owendo
tales qui se sont succédés pendant
TU
Pointe
AI
D
des côtes primaires on adjoint les U
KO Etaméyong
critères morphologiques de pay- MO
sages d’embouchures (Moun-
Donguila
ganga, 2001). Cette dernière
se fonde sur la description de
N
la morphologie des embou- Figure 4 - Vue du littoral à
rias du Gabon
chures pendant leurs diffé-
Nzamaligue Du Nord vers le Sud se
rents stades d’évolution. Les NASA Land dressent successivement
sat Progra
côtes gabonaises sont ainsi m, 1990,
Lansat TM
, scene p1
86r060_4
Nfoulazem les rias de la Mondah
segmentées en trois systèmes t900207,
orthorectifi
é par USGS
, 07/02/19
et du Komo. De très
90, traiteme 0 nombreuses entailles du
littoraux : estuarien septentrional, del- nt image
composite
6 bandes
5 10 km trait de côte ont permis le
. Compos
taïque médian, et lagunaire méridional. ition color
ée bandes
: 5-4-3 développement de vastes
Z. MENIE
côte fragmenté par OVONO vallées fluviales envahies
Le littoral septentrional à rias par l’eau océanique et
un réseau hydrographique dense, orienté ceinturées par des marais
C’est le domaine des rias : Mouni, Mondah, Komo perpendiculairement au rivage et par de grandes inci- à mangrove.
(fig. 4). Le long de la côte, les affleurements rocheux sions structurales colmatées à la suite de variations
sont très fréquents. Milieu par excellence des vasières eustatiques Holocène par des alluvions et colluvions.
109
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers
0 10 km
Les apports alluvionnaires du bassin hydrogra- marquants l’existence au Paléocène d’une vaste baie
phique expliquent la présence des îles « Conniquet » dérivant d’une transgression marine. Le delta a col-
et des « Cailloux » qui émergent au large du port maté cet estuaire d’abord dans sa partie médiane,
d’Owendo. expliquant ainsi la présence actuelle de plusieurs lacs
La ville de Libreville, capitale politique du Gabon résiduels : Onangué, Azingo, Nyongé, Anengué. Au
marque une emprise spatiale sur la rive droite qui départ delta de fond de baie, sa morphogenèse a pro-
s’étend de la Pointe d’Owendo au Cap Santa Clara. gressivement dépassé le cadre initial pour
Cap Lopez s’étendre en
Le littoral deltaïque du centre-ouest BAIE DU
Delta mar
in
CAP LOPE
Z
Le domaine deltaïque s’étend de la région des Port-Gentil
cirques du Bam-Bam à la lagune Nkomi, ce
Île Ma
Mporaloko
Marais maritime Delta intérie
qui représente un linéaire côtier de plus de ur
ndji
de N’kondjo Plateau de
200 kilomètres. Le littoral du Gabon, dans Ntchengué Wonga Wongué
Ani m b a
jo
cette partie médiane, a développé un vaste
o nd
Plaine k
N’
delta de 5 100 km². En Afrique, le delta de Mandorové Loanda
l’Ogooué occupe le 4e rang après les deltas Ozori Lac Alombié
Ngola
du Niger (19 000 km²), de l’Okavango Ngoumbi
Enyonga Yombé
(18 000 km²) et du Nil (12 000 km²).
OCÉAN Ogoo u é Lac
Le delta s’est construit à l’exutoire ATLANTIQ
UE
Plaine Lac Mandje Ogonié
Figure 7 - Vue
Inguéssi
du fleuve Ogooué (fig. 7). C’est le satellitaire du
Marais Nkengué littoral deltaïque
fleuve le plus important du fait de é Lac Anengué
ni
N
l’étendue de son bassin hydrogra-
lu
po
lué
0 10 20 km M Ad
e Système mor-
’
111
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers
ié
Plaine
n
Inguéssi
Olendé
é
ouvrage).
Dje
Ondombo
Au-delà du delta actif est associée au littoral del-
Plaine taïque la région dite des cirques du Bambam. Le
Niongo trait caractéristique de cette région est son relief par-
mi l’un des plus hauts de tout le littoral, culminant
à plus de 284 mètres d’altitude par le mont Wonga
Essogoué Wongué. La côte y est rectiligne et orientée nord-
sud. Elle s’étend de la Pointe Ngombé à la Pointe
La
Ikenguè
eN
ATLANTIQUE Plaine
i
N’Tchongo N’tchiné
Owimbiano érodées par un réseau dense de petits fleuves côtiers.
Les amphithéâtres naturels issus de cette érosion ac-
ville Omboué tive sont localement appelés « cirques de Wonga Won-
Kongo
village gué » (voir chapitre 3 du présent ouvrage).
)
nd Vaz
(Ferna Le littoral méridional à grandes lagunes
Odimba
N
(Mission Ste Anne) C’est la région méridionale du littoral qui s’étend
0 5 10 km de l’embouchure d’Olendé à la frontière congolaise
NASA Landsat Program, 1990, Landsat TM, scene p186r061_4t900207, orthorectifié par USGS, 07/02/1990
Traitements image composite 6 bandes. Composition colorée bandes : 5-4-3 Z. MENIE OVONO
et représente 500 kilomètres environ de linéaire
Figure 8 - Le littoral
méridional à grandes
lagunes : exemple de la
lagune de N’komi
Lagune de type « semi-
fermée » circonscrite par
de vastes cordons sableux Photo 2 - Vue aérienne d’une petite lagune à
résultant de la prédominance barrière fermées par les sillons de cordons
de l’hydrodynamisme marin sableux parallèles au trait de côte du secteur de
(dérive littorale, courant Gamba (lagune Ndogo)
de marée) sur le flux conti- (ph. Delondiny, 2009, www.panoramio.com)
nental.
112
Chapitre 4 - Géomorphologie et dynamique du trait de côte au Gabon
côtier. Elle se situe au sud du delta de l’Ogooué et lièrement sur le secteur de côte entre la lagune Iguéla
sa limite orientale avec le socle est fixée par l’impo- et la lagune Ndogo (photo 2). À l’interface terre/
sant massif du Mayombe. C’est une pénéplaine com- mer, l’étendue des estrans sableux n’est rompue que
posé essentiellement de collines entourées par des par quelques affleurements de la structure du bassin
vallées fluviales. La moyenne des altitudes tourne Atlantique (formation Phanérozoïque), généralement
autour de 40 mètres par rapport au niveau de la mer. sous forme de bancs submergés à marée haute. La
L’inclinaison est-ouest du bassin côtier conflue vers trajectoire rectiligne du trait de ces côtes est segmen-
l’océan Atlantique un réseau hydrographique dense tée par des promontoires dont les plus remarquables
structuré en cinq bassins versants : l’Ogooué, Rem- sont : la Pointe Catherine, la Pointe Komandji (pla-
bo Nkomi, Rembo Echira Iguéla, Rembo Ndogo, tier diaclasé formé de roches Sénoniennes), la Pointe
Nyanga. Excepté l’embouchure de la Nyanga qui se Panga (petit plateau sableux de la série des cirques,
jette directement dans la mer, les exutoires des autres photo 4), la Pointe Kouango à Mayumba (filon de
bassins hydrographiques y aboutissent via un système dolérite). Les graus sont circonscrits par deux flèches
lagunaire. Quatre grandes lagunes se succèdent du opposées fixées de part et d’autre de la barrière et
Nord vers le Sud : Nkomi (558 km², fig. 8), Iguéla ayant chacune une extrémité sommitale libre, sous
(202 km²), Ndogo (502 km²), Banio (147 km²). influence de la marée et des vagues qui la façonne.
Les unités morphostructurales caractéristiques des Le bassin lagunaire représente le plan d’eau conti-
lagunes de ce littoral sont : le complexe de cordons nentale retenu par le lido. Dans le cadre du littoral
sableux (en aval), les bassins lagunaires (médian), les méridional du Gabon, on observe une organisation
réseaux hydrographiques (en amont). en deux compartiments distincts représentant la la-
Les plans d’eau sont séparés de l’océan Atlantique gune amont et la lagune aval.
par de larges lidos qui s’inscrivent dans une série La lagune amont héberge les embouchures fluviales
juxtaposée de cordons sableux orientés sud - sud-est/ et les conditions hydrosédimentaires sont dominées
nord - nord-ouest d’origine holocènes. Cette dyna- par les influences continentales. Elle constitue un
mique hydrosédimentaire qui remonte au quaternaire réceptacle pour les eaux et les alluvions provenant du
récent est entretenue de nos jours par les houles de bassin versant. Rabenkogo (2007) décrit ce compar-
direction sud-ouest et par la dérive littorale sud-nord timent localement appelé « Aliwa z’Iguela » comme
du courant de Benguela qui prédomine sur les apports ayant des contours irréguliers marqués par des criques
alluvionnaires fluviaux. Ces accumulations sableuses (Asséwé, Ntchonga), par des deltas intérieurs et par
larges de 5 km et longues de 40 km n’excèdent pas des entrants en forme de « V » des embouchures des
10 m de commandement. Pour les principales lagunes rivières (Rembo Nkomi, Mpiviè).
précitées, la barrière est rompue par un seul grau qui
établit la communication entre le bassin lagunaire La lagune aval appelée par les peuples autochtones
et la mer. On note cependant la présence de petites « Eliwa z’Obambacala », est un conduit qui relie la
lagunes à barrières fermées, dérivant des rivières lit- lagune amont avec le grau. La houle dominante sud-
torales à débits très faibles. On les rencontre particu- ouest de ce littoral leur confère une forme allongée
113
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers
Typologie des côtes Baie du Mouni et parallèle au rivage. Une croissance importante des
côte basse à marais vaseux
Mouni cordons littoraux peut entraîner son confinement en
Cocobeach
ou cordons sableux 500 m
200 m Cap BAIE DE Cocobeach un goulot d’étranglement pour la cellule hydrosédi-
CORISCO
côte basse artificielle (urbaine) 100 m Estérias mentaire réduisant ainsi le delta de marée. Les berges
côte mixte : plage à beach-rocks Cap sont basses de l’ordre de 3 à 6 mètres d’altitude en
Santa Clara
ou à petite falaise argileuse (<10 m)
tu a
LIBREVILLE moyenne.
côte rocheuse basse à platier Pte Pongara Es
ire d
ou à falaise (< 15 m) u Komo
Les lagunes du littoral méridional du Gabon, par
Kango
Pte Nyonié leurs attraits paysagers et leur abondance en ressources
biologiques et pétrolières, sont des lieux très convoités
ville principale
par les sociétés humaines. Au 15e siècle, les naviga-
oué
limite du bassin
sédimentaire côtier Cap Baie du
BAIE DU
Og o teurs y ont découvert des villages autochtones qu’ils
Lopez CAP
limite d’État
CapLOPEZ
Lopez Lambaréné baptisèrent de noms portugais, Fernan Vaz ou Nkomi
pour exemple. Aujourd’hui, plusieurs villes y sont ins-
Port-
lac et Gentil tallées (Omboué, Gamba, Setté Cama, Mayumba) et
fleuve et
lagune
rivière une exploitation pétrolière intense y est pratiquée.
hydrographie
Lagune
Soucieuses de l’extrême sensibilité de cet environne-
Nkomi ment, les autorités y ont mis en place une politique de
canyon sous-marin Omboué gestion intégrée qui a abouti à la création en 2002 de
Pte Iguéga
Pte Iguéga
13 parcs sur l’ensemble du territoire gabonais, et no-
Lagune
Iguéla tamment des parcs lagunaires de Loango (1550 km2),
Grands traits géologiques
Moukalaba Doudou (4550 km²), et Mayumba
sable des cordons marins
(80 km²), auxquels se sont ajoutées deux aires natu-
(Quaternaire récent) Pte Komandji
Lagune
Ndogo relles protégées (Ogooué et Rabi Ndogo).
argile et sable fluvio-lagunaire
(Quaternaire)
Quaternaire indiffériencié Gamba Typologie des côtes gabonaises
Pte Pédras
10
Tertiaire indifférencié 200
0m
Les côtes secondaires sont celles qui dérivent des
500 m
m impacts directs des agents météo-marins et intègrent
Crétacé indifférencié
sable argileux, grès,
les dynamiques locales. Il s’agit des côtes à falaise fa-
Jurassique indifférencié Pte Panga Mayumba
calcaire et marne Lag
un
çonnées par l’énergie des vagues, des plages de sables
eB
séries Agoula et Nkom (Karoo s.i) Pte Kouango an
io ou de galets des estrans mise en place par une dérive
Pré-Cocobeach ou série N
de la Noya
littorale (Bourgou et Miossec, 2010). Cette classifi-
Pte Banda
cation permet de produire une typologie des côtes
roche volcanique 0 25 50 km
(fig. 9). Entre la Pointe Mbini et la Pointe Mekound-
Sources : données bathymétriques SHOM (correction 2013), terrain Z. MENIE OVONO, S. CHARRIER
ji, le rivage offre une diversité morphologique et
dynamique à plusieurs niveaux scalaires : des formes
Figure 9 - Typologie des côtes gabonaises (sur la base des critères
topographiques et géologiques)
114
Chapitre 4 - Géomorphologie et dynamique du trait de côte au Gabon
d’accumulations diverses de sables, de vasières ; des cordons sur lesquels sont fixés
de nombreuses flèches sableuses ; des côtes rectilignes, baies et anses ; des platiers
rocheux associés à des falaises. On observe aussi une juxtaposition des types d’estrans
à divers stades d’évolution : des formes d’accumulation et d’ablation séparées par des
pointes ; des lagunes barrées par des flèches.
La distribution zonale des formes littorales est à noter : vasières, plages, cap rocheux
sont cantonnés le long du littoral septentrional. Cette situation est entretenue à la fois
par la nature lithologique des formations littorales, d’apport alluvionnaires inégaux
des bassins versants littoraux et par la diversité d’exposition du trait de côte aux houles
dominantes de direction sud-ouest. Quatre types d’estrans se distinguent.
de côte est marqué par des promontoires constituant les nombreux caps et pointes.
Le substrat rocheux peut être observé sur l’estran à marée basse ou sur la falaise. Les
faciès sont marneux, calcaires et gréseux. Ces secteurs de côtes font front aux houles
de direction sud-ouest et sud.
Ce type de côte est observable à la Pointe Mbini (Cocobeach), au secteur de côte
situé entre le Cap Estérias et le Cap Santa Clara, à la Pointe Ngombé et la côte de
Panga (entre Gamba et Mayumba), la Pointe Fouica (site du nouveau port en eau
profonde de Mayumba).
Le secteur de la Pointe de la Case - Cap Santa Clara (photo 3) est caractéristique de
ce type de côte. On observe bien un changement de direction de la trajectoire de la
ligne de rivage, dont le prolongement sous l’eau se fait par un large platier à vasques
et micro-vasques. La fracturation du platier permet d’apprécier l’importance de la tec-
tonique dans l’évolution des formes des estrans. Enfin, de part et d’autre de la pointe, Photo 4 - Paysage d’une côte à falaise argileuse proche de la
un colmatage se fait dans les milieux démantelés par la houle aptes à une sédimenta- Pointe Panga
(ph. CNDIO-CENAREST, 2011)
tion fine sableuse ou silteuse favorisant la mise en place d’une plage adossée, concave
Localité située à une trentaine de kilomètres au nord de
entre deux pointes rocheuses successives. La falaise est constituée d’une roche (grès, Mayumba. Petit plateau argilo-sableux de la série des cirques
marne, calcaire) souvent altérée ou recouverte d’une imposante masse d’altérites. reposant sur un rocher Cénomanien.
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Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers
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Chapitre 4 - Géomorphologie et dynamique du trait de côte au Gabon
Flè
de côtes protégés par les ouvrages spécifiques contre
ch
les assauts de la mer. Le bord de mer de Libreville Plaine
eM
qui s’étend de la Pointe d’Owendo au Cap Santa Mandorové
an
Mbilapé
d
Clara a connu depuis l’époque de la colonisation des
ji
mutations importantes de son rivage. Les plans d’ur- Loanda
définit le choix des ouvrages à édifier et leur emprise des côtes gabonaises les distributaires nord du fleuve
Ogooué et les nombreux chenaux
spatiale. Ainsi, à Libreville, les ouvrages installés sont La dynamique littorale s’exprime par des avancés de marée. Le delta marin actif est
mis à l’abris des facteurs météo-
les perrés bétonnés et les épis, tandis qu’à Port-Gentil, dans l’océan et par des reculs vers le continent du marins de provenance sud-ouest
les brises lames ont été privilégiés (cf. photo 10). linéaire côtier. Le long des côtes gabonaises, on peut par une imposante flèche sableuse.
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Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers
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Chapitre 4 - Géomorphologie et dynamique du trait de côte au Gabon
500 m
200 m
100 m
O E (tendance globale)
type semi-diurne avec deux marées basses et deux marées S
Cap érosion
Santa Clara
hautes. Le marnage moyen oscille entre 2 mètres pendant LIBREVILLE
Pte Pongara stable
uai Owendo
les marées de vive-eau et 50 centimètres lors des marées
E st
Pte Ngombé re d
u Komo accrétion
de morte-eau. Le domaine d’influence des marées est Kango
non définie
particulièrement important dans la partie septentrionale Pte Nyonié m boué
Ra
estuarienne où le courant de jusant va plus loin dans la
terre ferme. Celle-ci se fait sentir jusqu’au débarcadère
o ué
N Og o
Cap
d’Andock Foula, de Kango, de la Mbei situés à plus de Lopez
BAIE DU
CAP LOPEZ Pte Tambinione Lambaréné
Facteurs météomarins
O E
120 km en amont de la Pointe Pongara (Mombo, 1991). Pte Wézé direction principale de
S
Port- distribution du vent
Gentil
dérive littorale
La cinématique du trait de côte
La dynamique hydrosédimentaire du trait de côte ex-
plique les formes convexes et concaves de la trajectoire Lagune
Nkomi
Omboué
du rivage. Rembo Nk
omi
ville principale
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Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers
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Chapitre 4 - Géomorphologie et dynamique du trait de côte au Gabon
affleurements à la côte de la structure géologique en basse. La côte recule avec une vitesse
pointes rocheuses séparent les estrans sableux concaves. moyenne de 8 à 10 mètres par an, mena-
Les pointes jouent alors un rôle d’épis naturels impac- çant le phare et la route qui conduit au
tant ainsi la dérive littorale orientée à la base vers le terminal pétrolier de Total Gabon (Menie
Nord. Les houles sud-ouest ont un angle d’incidence Ovono, 2010). Sur la base des mesures
faible avec la ligne de rivage expliquant ainsi une éro- et des observations de terrain réalisées de-
sion réduite jusqu’à la limite de la Pointe Ngombé. puis 1960, on retient un recul latéral du
On n’observe pas d’apports sédimentaires continen- rivage de plus de 230 mètres, comme en
taux supplémentaires pouvant engraisser ces plages et témoigne l’impact de l’érosion au niveau
le changement de direction de la dérive littorale n’est de la Pointe du Phare (photo 9).
pas favorable à une accrétion du rivage. Cette côte est Cette avancée fulgurante de la mer sur
globalement stable. la terre ferme a mis en péril en moins de
13 ans le Phare du Cap Lopez. Au nord
De la Pointe Wézé au Cap Lopez de la Pointe du Phare, on observe une
Circonscrites à l’ouest et à l’est par la Baie d’Endou- érosion entretenue par une dynamique
gou et par la Baie de Nazaré, les conditions hydro- régressive de la tête d’un canyon sous-ma-
dynamiques sont celles d’un delta actif. Les courants rin à l’origine de la forme concave pré-
fluviaux des distributaires nord de l’Ogooué sont les sentée par ce rivage. La Pointe Odden est
seuls agents hydrodynamiques en jeu, car la presqu’île victime d’une érosion qui s’opère par des
glissements de la côte. Cette régression se
Mandji met en situation d’abri le front deltaïque nord
fait à une vitesse moyenne de 10 mètres
contre les houles puissantes du Sud-Ouest. Hormis la
par an causant des dégâts importants au Photo 9 - Érosion littorale au
segmentation du trait de côte par les embouchures des
niveau du bassin de décantation du terminal de Total phare du Cap Lopez
fleuves Animba, N’kondjo, Ngouboué et Ganboué,
Gabon. Du quai des Chaland à la Pointe Clairette, (ph. Elf Gabon, 1986 et 1999)
le littoral est marqué par une accumulation vaso-sa-
on note un engraissement du rivage sous l’impulsion Illustration d’un changement
bleuse importante avec une extension du front del- de paysage causé par le recul
des courants de marées entretenus par la morpholo-
taïque dans la Baie du Cap Lopez, justifiée par de gie des baies du Cap Lopez et de Port-Gentil. Au sud,
excessif du trait de la Pointe
du phare au Cap Lopez entre
nombreux lobes et bancs vaseux sous-marins. Une on observe un bord de mer figé par des digues arti- 1986 et 1999.
accrétion globale s’y développe du fait d’un apport ficielles qui par l’action du temps cèdent aux vagues
alluvionnaire opéré au détriment de la dérive littorale. pendant les tempêtes.
De la Pointe Akosso à la Pointe du phare, le trait
de côte est marqué par une érosion globale dont les De la côte « Bac-Aviation » (Port-Gentil) à la côte
de Mayumba
facteurs varient le long du littoral. Au niveau de la
Pointe du Phare au Cap Lopez, l’agent hydrodyna- Globalement, c’est une côte d’accumulation sa-
mique dominant est la houle de provenance sud- bleuse matérialisée par de vastes cordons sableux.
ouest, dont les vagues viennent déferler sur une côte On observe des flèches sableuses en extension avec
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Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers
Facteurs météomarins
de la côte à une vitesse moyenne de 2 à 3 mètres par
od
principale provenance
Aér
des houles (ELF, 1992) an. La disposition oblique de ce littoral par rapport
courant annuel aux houles sud-ouest explique cette érosion. La vul-
de surface (Actimar, 2004) Port-Gentil nérabilité du littoral est faible à cause de l’absence
Pte Akosso
dérive littorale des aménagements humains en bordure de plages.
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Chapitre 4 - Géomorphologie et dynamique du trait de côte au Gabon
la nature du milieu et aux actions anthropiques, pour brise-lames ont été érigés au niveau de la
l’éclairage desquels les situations observées sur les sec- pointe du Cap Lopez en 1999 et la cam-
teurs de la flèche Mandji et de la rive ouest de la baie pagne s’est étendue à l’ensemble du litto-
du Mouni, jusqu’à Cocobeach au nord, sont riches ral jusqu’en 2001 (photo 10 et 11).
d’enseignements. Le changement climatique avec ses
conséquences d’aggravation de l’érosion
La flèche « Mandji » côtière1 sur les côtes basses ont fait évo-
C’est une flèche littorale sableuse et basse avec une luer la politique de gestion côtière en op-
altimétrie moyenne à 5 mètres par rapport au niveau tant pour une nouvelle tactique d’adap-
de la mer (fig. 12). Sur la base des 40 kilomètres du tation dite de recul stratégique jusqu’à
l’horizon 2100. C’est un mode de gestion Photo 10 - Brise-lame au sud
linéaire côtier concerné, 14 kilomètres de côte sont de la Pointe du phare
impactés par l’érosion avec des vitesses de recul excé- qui consiste à délocaliser les enjeux à l’abri de l’éro- (ph. CNDIO-CENAREST, 2010)
dant parfois les 10 mètres par an. sion et à laisser la nature suivre son cours. Pour le Cet ouvrage est une initiative de
cas spécifique de Port-Gentil, un repli vers la région la société pétrolière Elf Gabon
Les causes de cette érosion sont naturelles : les de Wonga Wongué pourrait constituer une véritable actuelle Total Gabon. L’objectif
est de protéger le phare et la
houles dominantes de secteur sud-ouest, la dyna- alternative. route qui mène au terminal
mique régressive de la tête du canyon du Cap Lopez pétrolier du Cap Lopez.
et les glissements de la côte de la Pointe Odden. Cocobeach
Les actions humaines hormis celles liées à la lutte Ville côtière frontalière
contre le recul du trait de côte contribuent peu ou avec la Guinée Équatoriale,
pas au processus de l’érosion. L’intensification de elle occupe la rive gauche de
l’érosion sur un périmètre aussi réduit et à fort enjeux la baie du Mouni. La côte de
tels que le terminal pétrolier, le phare, le point d’eau Cocobeach se caractérise par
douce des « Baleiniers », le village des pêcheurs, aug- un aspect vallonné et une
menterait de toute évidence la vulnérabilité environ- succession de trois formes
nementale et sociétale de ce littoral. littorales : cordon littoral,
La combinaison d’autant de contraintes dans un
environnement aussi restreint contribue au risque 1. Les estimations d’augmentation
du niveau de la mer du GIEC (ARS)
bien au-delà de l’échelle locale. La destruction d’un font état d’une élévation probable de
bassin de décantation du pétrole brut au terminal du 52 à 98 centimètres avant 2100. Com-
Cap Lopez entraînerait par exemple une pénurie de binés aux effets des tempêtes et fortes Photo 11 - Aménagement
carburant sur l’ensemble du territoire gabonais. Une houles, cette élévation est de nature à des ouvrages de protection
accroître encore un peu plus les risques côtière au sud du phare du
stratégie de stabilisation du trait de côte des secteurs côtiers, notamment en matière d’érosion Cap Lopez
à forts enjeux et menacés par l’érosion a été déployée sur une façade littorale comme celle de (ph. CNDIO-CENAREST, 2010)
par Elf Gabon, actuelle Total Gabon. Les premiers Port-Gentil, basse et saturée d’eau.
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