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La Decentralisation en RDC Quelles Conse

Ce document analyse les conséquences de la décentralisation prévue dans la Constitution de 2006 pour la politique provinciale du Katanga en République démocratique du Congo. Il présente le contexte de la décentralisation en RDC et son caractère selon la Constitution. Il étudie ensuite la littérature soutenant l'hypothèse d'une réticence de Kinshasa à la décentralisation, particulièrement fiscale. Finalement, il analyse l'écart entre le cadre juridique et la réalité, et le rôle de la province dans le secteur minier.

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La Decentralisation en RDC Quelles Conse

Ce document analyse les conséquences de la décentralisation prévue dans la Constitution de 2006 pour la politique provinciale du Katanga en République démocratique du Congo. Il présente le contexte de la décentralisation en RDC et son caractère selon la Constitution. Il étudie ensuite la littérature soutenant l'hypothèse d'une réticence de Kinshasa à la décentralisation, particulièrement fiscale. Finalement, il analyse l'écart entre le cadre juridique et la réalité, et le rôle de la province dans le secteur minier.

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1

E c on omi s ch e, P ol i ti ek e en S o ci al e W et en s ch app e n

VAK GR O EP P OL IT IE K E W E T E NS C HA PP E N

LA DECENTRALISATION EN REPUBLIQUE
DEMOCRATIQUE DU CONG O (RDC).
Quelles conséquences pour la politique katangaise dans le secteur minier ?

Aca d emi ej aa r 20 0 8- 2009

S A M U E L L I E T AE R

Ma st e rp r o ef t ot h et beh al en v an d e g r aa d van ma st e r i n d e P ol i ti ek e
w et en s ch app en

Pr o m ot o r: P r o f. D r . Jan G o ru s
2

Remerciements

De nombreuses personnes et certaines institutions ont rendu possible la rédaction de ce travail


de fin d‟études. Je tiens à leurs adresser mes plus vifs remerciements.
Ceux-ci vont en premier lieu à l‟organisme UCOS (Universitair Centrum voor
Ontwikkelingssamenwerking) et ses collaborateurs, Guy Capals et Rafi Aghekian, qui, en
collaboration avec la Vrije Universiteit Brussel (VUB) et mon promoteur le professeur Jan
Gorus, m‟ont permis de passer un séjour de deux semaines dans la capitale katangaise. Sans
ce voyage d‟études, je n‟aurais jamais pu rencontrer certains Lushois et „Kassapards‟ de
l‟Université de Lubumbashi, qui m‟ont mis en contact avec les Honorables députés de
l‟Assemblée katangais, dont le Gouverneur Moïse Katumbi Chapwe, ainsi que des personnes
du monde des ONGs. Je tiens à remercier particulièrement „Maman‟ Bernadette Kapend du
REFED et Jean-Pierre Okenda de l‟ ACIDH pour les entretiens tant informatifs qu‟amicaux.
Je salue également la section d‟histoire contemporaine du Musée royale de l‟Afrique centrale
de Tervuren, qui, avec sa riche bibliothèque, m‟a bien aidé dans ma recherche de
documentation.
Plusieurs raisons m‟ont emmené à rédiger ce mémoire, pourtant sous l‟égide de la VUB, dans
la langue de Molière plutôt que celle de Vondel ou de Shakespeare. Le français étant la
langue véhiculaire en RDC en est la principale.

Samuel Lietaer
Bruxelles, 10 mai 2008
3

Table des matières


1. Introduction .......................................................................................................................... 4
2. Délimitation de la question de recherche ........................................................................... 5
3. Hypothèse ....................................................................................................................5

4. Théorie et concept : la décentralisation.........................................................................6

4.1. La décentralisation: vecteur de bonne gouvernance ? ............................................. 7


4.2. Caractères de la décentralisation en RDC .............................................................. 9
4.2.1. Décentralisation et déconcentration ........................................................... 10
4.2.2. Démocratie et partage du pouvoir .............................................................. 11
4.2.3. Dangers et risques ....................................................................................... 12
5. Précisions méthodologiques ............................................................................................... 13
Méthode et données ..................................................................................................... 13
6. Etude de littérature soutenant mon hypothèse ................................................................ 14
6.1. L‟Etat fragile et l‟Etat rentier ............................................................................... 14
L’Etat rentier ...................................................................................................... 16
6.2. Défi de la fiscalité et transfert des ressources .................................................... 17
Des ressources financières insuffisantes ............................................................ 18
6.3. Défis politiques et autres ...................................................................................... 20
7. Recherche ........................................................................................................................... 23
7.1. Les lois clés : écart entre le juridique et la pratique ? .......................................... 23
7.1.1. Constitution : 40% de retenu à la source ? ............................................. 23
7.1.2. Autres lois .............................................................................................. 25
7.2. Nouveau rôle de la province dans le secteur minier? .......................................... 26
Distinction entre l’artisanal et le formel ......................................................... 28
Absence provinciale ........................................................................................ 30
7.3 L‟agriculture : secteur d‟avenir pour la province ! ............................................ 32
8. Conclusion ........................................................................................................................... 34
9. Bibliographie....................................................................................................................... 36
Documents juridiques ............................................................................................... 41
Articles de presse ..................................................................................................... 42
10. Annexe (31 pages)
Audience ..................................................................................................................... 44
Interviews .................................................................................................................. 45
4

1. Introduction

La Constitution en République Démocratique du Congo (RDC) de la IIIe République de


2006 relance une décentralisation qui avait été initiée en 1982 à travers une ordonnance-loi de
réforme territoriale.
Cette direction de « bonne gouvernance » a été prise –sous forte pression internationale –
dans une période de transition politique (2003-2006). Actuellement, trois ans après
l‟avènement du nouveau gouvernement de Joseph Kabila, la constellation politique centrale
n‟a plus nécessairement les mêmes intérêts. Cette évolution amène à se poser un grand
nombre de questions, puisque nombreux sont les enjeux et défis qui peuvent affecter le bon
déroulement du processus de décentralisation dans un Etat fragile, quasi failli, tel la RDC.
(Liègeois, 2008) C‟est dans ce cadre que la question de recherche se situe.

Kinshasa ne veut pas déléguer de pouvoir aux provinces. C’est une question de manque de
volonté politique, affirme un doctorant de l‟université de Lubumbashi au Congo. Cette
énonciation forme le point de départ de ce travail : quelles sont, alors, les conséquences de la
décentralisation stipulée dans la Constitution de 2006 pour la politique provinciale du
Katanga ?

Si le cadre institutionnel formel a effectivement évolué au cours de ces dernières


années, il reste à mesurer le réel degré de cette évolution -dépendant entre autres du degré de
volonté politique du gouvernement- ainsi que la nouvelle marge de manœuvre fiscale
effective dont dispose actuellement le gouvernement provincial. L‟article propose d‟explorer
la situation de la plus riche des trois principales provinces extractives du Congo : la province
(ex-)dissidente du Katanga.

L‟article est structuré en cinq parties. La première présente un aperçu du contexte dans
lequel la décentralisation en RDC a vu le jour, ainsi que le caractère de son contenu, comme
prévu dans la Constitution. La deuxième partie est une étude de la littérature sur l‟Etat fragile
et l‟Etat rentier qu‟est la RDC soutenant mon hypothèse de la réticence de Kinshasa à la mise
en œuvre de la décentralisation en général et de la décentralisation fiscale en particulier.
Ensuite, nous abordons entre autres les défis politiques que comporte la décentralisation
fiscale. Dans la quatrième section il s‟agit de mettre en avant la différence entre le cadre
juridique établi, concernant la décentralisation, et la réalité appliquée dans ce cadre. L‟état des
5

lieux juridique basé sur les textes juridiques, d‟une part, et des interviews qualitatives, d‟autre
part, confirme en grande partie l‟hypothèse avancée. Nous proposons un plongeon sur le
territoire, dans cette même section, afin d‟y analyser le rôle et l‟implication politique et
juridique de l‟autorité provinciale dans le secteur minier. Cette analyse sera nuancée en
faisant un crochet par le secteur agricole ré-émergent au Katanga. Enfin, la conclusion tente
d‟apporter une réponse à la question de recherche.

2. Délimitation de la Question de recherche

L‟objectif de cette étude n‟est pas d‟évaluer la politique menée par le gouvernement
katangais, mais bien d‟analyser si le pouvoir provincial ressent effectivement cette
décentralisation et si elle fait l‟expérience d‟un changement au niveau de la politique qu‟elle
est capable de mener.
Pour ce faire, le terme „politique‟ (policy) dans le sens de stratégie, nécessite notre attention.
Afin de pouvoir mener sa propre politique (provinciale), la province doit disposer de
suffisamment de compétences fiscales. Il donc est impératif qu‟elle jouisse d‟un niveau
adéquat de ressources, générées localement ou transférées du gouvernement central, ainsi que
d‟un transfert d‟autorité afin de prendre des décisions au sujet des dépenses. (Smoke, 2001)
A cet effet, l‟autorité katangaise doit collecter ces moyens financiers par l‟imposition de
taxes. La manière et la mesure dans laquelle les citoyens et les entreprises (minières)
contribuent à ces taxes, ont des conséquences directes sur la vie économique de la province
d‟une part, et sur la réussite de la décentralisation d‟autre part. (Kaiser, 2006; Rapeval, 2006;
et. al.). C‟est pourquoi, la décentralisation fiscale, et le secteur minier qui est le plus important
contribuable, retiennent particulièrement notre attention.

3. Hypothèse

L'hypothèse qui sous-tend la démarche de recherche est la suivante : le processus de


décentralisation dans un États fragile comporte des défis et obstacles majeurs qui peuvent
empêcher sa mise en pratique et sa réalisation. L‟obstacle majeur auquel la RDC est confronté
est que Kinshasa ne veut pas réellement déléguer de pouvoirs aux Entités Territoriales
Décentralisées (ETD), ni aux provinces.
Je fais donc la supposition que la décentralisation n‟a, jusqu‟à ce jour, pratiquement pas eu
d‟effets sur la politique que le Katanga peut mener. La raison, ressortant d‟une vaste revue de
6

littérature plus complexe, est simple: la décentralisation (fiscale), comme prévue dans la
Constitution, reste sans portée pratique. Les dirigeants centraux ne veulent pas transférer de
pouvoirs (fiscaux) – sous la forme de compétences effectives – aux provinces. Et
particulièrement aux provinces riches en ressources naturelles, ou actives dans les secteurs
lucratifs, comme le secteur minier. Par conséquent, je m‟attends à un écart entre le cadre
juridique établi concernant la décentralisation et la réalité appliquée dans ce cadre.

Le secteur minier serait l‟exemple type de l‟échec politique au Katanga. Les


compétences transférées à la province sont multisectorielles. Bien qu‟il y ait un ministre
national des Mines, son homologue provincial devrait aussi avoir un rôle à jouer. La richesse
du sol et sous-sol katangais, générant plus de revenus que la province congolaise moyenne,
devrait permettre au gouvernement katangais de mener sa propre politique minière, ainsi que
dans d‟autres domaines. Mais l‟exploitation minière étant le secteur-clé pour les revenus du
Trésor public congolais, je présume que les compétences légales qui lui sont attribuées, se
voient en pratique fortement limitées.

La recherche de l‟existence d‟un “écart juridique”, dont la méthode sera précisée plus loin, va
permettre de confirmer ou infirmer cette hypothèse.

4. Théorie et concept : la décentralisation

Depuis son indépendance précipitée, la République Démocratique du Congo a été


plongée par sa classe dirigeante dans une agonie politique sans pareil. Depuis les années
soixante, une crise économique et sociopolitique gangrène ce pays immensément riche en
ressources naturelles. La population a été immergée dans des conflits violents, et subit depuis
de longues années des souffrances dues à la faim, à la maladie et à la déshumanisation.

Depuis l'indépendance le système centralisé a démontré son incapacité à rencontrer les défis
posés par l'immensité du territoire. (Marysse, 2005; et.al.)

Pourtant, déjà avec la Constitution dite de „Luluabourg‟ de 1964, ainsi que par six
(ordonnance ou décret-) lois de 1977 à 1998, le Congo/Zaïre sous Mobutu a tenté d‟instaurer
la décentralisation. En 1982, le pays a connu une réforme décentralisatrice essentiellement
administrative et politique ayant pour objectif le développement économique du pays avec la
7

participation des communautés de base. Toutefois aujourd‟hui, vu la composante fiscale de la


décentralisation qui s‟ajoute, l’expérience actuelle est expérimentale. (Ngoy1 : 22, interview
2.4, 10/3/2009)

Les motifs pour la décentralisation de l‟époque étaient, en grandes lignes, pareils à ceux
d‟aujourd‟hui. De la capitale, il est difficile de comprendre certaines réalités économiques,
sociologiques et politiques locales. Il est encore moins facile de porter des solutions
satisfaisantes et différenciées aux problèmes qui s‟y posent.

En situation post-conflit dans les États fragiles, la décentralisation a souvent pour principal
objet de combler le déficit de légitimité de l'appareil de l'Etat, lequel a perdu une part
importante de sa crédibilité auprès des citoyens. (Liègeois, 2008; Ndela, 2008)

Aujourd‟hui, les dirigeants du Congo se trouvent face à un nouveau défi colossal : construire
un nouveau Congo, sous la forme d‟un Etat capable d‟assurer à tous ses résidents, d‟origines,
d‟histoires et de cultures si diverses, de meilleures conditions de vie, de sécurité et de
développement économique, social et culturel.

4.1. La décentralisation: vecteur de bonne gouvernance ?

Après des décennies d‟Etats et d‟économies centralisées, une vague de


décentralisation de gouvernement s‟est propagée à travers le monde. En même temps que le
mouvement a progressé, la littérature spécialisée, relative à la décentralisation dans les Etats
fragiles et ses conséquences s‟est accrue et une division claire sur le mode normatif y est
devenue apparente.

Les défenseurs de la décentralisation – qui raisonnent à partir de théories de


gouvernement local ou de fédéralisme fiscal – argumentent que cette modalité d'organisation
de l'État favorise la bonne gouvernance2. A cet effet, les grands bailleurs de fonds et autres
organismes internationaux actifs dans l'aide au développement (FMI, BM, UE, OCDE)
semblent tenir pour acquis la supériorité du modèle décentralisé et le recommandent dès lors à
leurs bénéficiaires. Les vertus généralement reconnues à la décentralisation de l'Etat peuvent
être regroupées en quatre catégories : (1) efficacité administrative et fiscale par la délégation

1
L’intégralité des dix interviews effectuées à Lubumbashi se trouve numérotées en annexe.
2
Pour un bon aperçu sur la littérature de la bonne gouvernance, lire Tennekes (2005)
8

des responsabilités et bonne gouvernance: des services de meilleures qualités car plus proches
des administrés; (2) amélioration de la démocratie à la base et une participation accrue ; (3)
reconnaissance et prise en compte des identités locales ; (4) aide à la transformation des
conflits. (Liègeois, 2008 ; Faletti, 2004; Kaiser, 2006)

Toutes ces vertus ont aussi un impact positif sur la libéralisation de l‟économie
nationale et du secteur minier en particulier. Voilà pourquoi en 2000, la Banque mondiale et
le FMI retournent au pays, venant rompre l’isolement international3 auquel le pays était
soumis depuis plus d‟une décennie. Rapidement, les bailleurs de fonds suggèrent (en contre
partie d‟une annulation de la majeure partie la dette), une réforme rapide et en profondeur de
l‟État et des législations nationales sectorielles afin que le pays devienne une destination
privilégiée par les investisseurs. Actuellement, le pays est doté d‟un cadre institutionnel et de
normes alignées sur des standards internationaux de développement (Objectifs du Millénaire,
Stratégie de lutte contre la pauvreté) (Mazalto, 2004 ; 2008)

Les critiques, de l‟autre côté, soutiennent que la décentralisation mène à des soft–
budget constraints, à l‟instabilité macroéconomique, au clientélisme et à l‟élargissement des
bureaucraties (Rodden & Wibbels, 2002; Stein, 1998).
Quoiqu‟il n‟y ait pas de consensus sur les vertus ou les vices de la décentralisation, les deux
approches admettent que la décentralisation cause une augmentation du pouvoir des officiels
subnationaux avec des bons ou mauvais résultats.

Cependant, Faletti (2004)4 démontre qu‟une analyse plus approfondie des conséquences de la
décentralisation à travers les pays, révèle que, malgré l‟implémentation de réformes
similaires, leur impact sur la distribution de pouvoir entre les niveaux de gouvernement varie
largement d‟un pays à l‟autre.

De plus, les pays ont tendance à adopter des interprétations sélectives de la décentralisation et
à opter pour des politiques de décentralisation pour se rallier à l’idéologie dominante en
matière de développement. (Hussein, 2004 :112)

3
Expression reprise de Stefaan Marysse : « Besoins de Financement pour la reconstruction de l‟économie
congolaise : ampleur et conditions préalables », dans Reyntjens, F. & S. Marysse (dir.), L’Afrique des Grands
Lacs, Annuaire 2001-2002, Paris, l‟Harmattan, 2002.
4
Faletti (2004) a comparé 4 pays d’Amérique latine pour sa recherche doctorale.
9

4.2. Caractères de la décentralisation en RDC

En RDC, tout en restant dans un cadre d‟Etat unitaire, la nouvelle Constitution


(adoptée par référendum et entrée en vigueur en 2006) a opté pour « une décentralisation très
poussée. » (Kalume Numbi, 2006) Cela se traduit par une libre administration des provinces,
et des Entités Territoriales Décentralisées (ETD), (à savoir les villes, les communes, les
chefferies, les secteurs) et de l‟autonomie de gestion de leurs ressources humaines,
économiques, financières et techniques. La province peut ainsi élaborer son budget et définir
ses priorités de développement. Le niveau supérieur de pouvoir dispose seulement d‟un
contrôle financier limité et d‟un contrôle de tutelle administrative sur les décisions des
autorités locales.
La nouvelle Constitution prévoit que le pouvoir de l‟Etat s‟exerce à trois niveaux : le
gouvernement central, les provinces et, enfin, les ETD.
Dans le but d‟une part, de consolider l‟unité nationale mise à mal par des guerres successives
et, d‟autre part, de créer des centres d‟impulsion et de développement à la base, le constituant
a structuré administrativement l‟Etat congolais en 25 provinces (à la place de onze
précédemment) plus la ville de Kinshasa.
A travers leurs assemblées dont les députés sont élus au suffrage universel direct, les
provinces disposent d‟un pouvoir législatif. Elles peuvent ainsi voter leurs propres lois,
appelées édits. La province est dirigée par un gouvernement provincial dont les membres sont
investis par l‟Assemblée provinciale. La Constitution accorde à la Province des compétences
qui lui sont exclusives et des compétences dites „concurrentes‟, à savoir des prérogatives
qu‟elle doit partager avec le Gouvernement central. Plus bas, nous allons voir ce que cela
implique pour la politique minière du Katanga.

La nouvelle Constitution de la RDC établit un régime de type semi-présidentiel doublé


d'un régionalisme hybride, résultat d'un compromis entre les partisans d'un régime de type
fédéral, d'une part, et ceux qui prônent le maintien d'un État central fort, d'autre part.
La non qualification du modèle retenu, laisse en outre la porte ouverte à des interprétations
variables résultant soit de l'incompréhension soit de la mauvaise volonté à accepter la
nouvelle direction indiquée par la Constitution. (Liègeois, 2008)
10

4.2.1. Décentralisation et déconcentration

La littérature sur la décentralisation a produit une surabondance de définitions


concurrentes. (Smith 1985; Rondinelli 1981; Rondinelli, Nellis & Cheema 1983; Rondinelli,
McCullough & Johnson 1989; Campbell et al. 1991). Entendu dans un sens général, le terme
« décentralisation » indique un processus engageant des transferts de pouvoir d'un niveau
central à un niveau local. Le terme recouvre un éventail de concepts, qui définie différents
sortes de décentralisations. Chaque sorte – la décentralisation politique, la décentralisation
administrative et la décentralisation fiscale – suit son propre processus, suite au déclinement
sur le mode sectoriel. Nous distinguons ainsi les processus suivants :

- Politique : dévolution de pouvoirs à des entités politiques décentralisées. Elle repose sur
l‟hypothèse que les décisions prises avec une plus grande participation des citoyens sont plus
justes et qu‟ils répondent mieux aux intérêts des divers groupes dans la société, que celles que
le gouvernement central aurait prises seul. Son introduction suppose des réformes statutaires
et constitutionnelles, ainsi que l‟existence d‟un système de partis pluralistes.

- Administrative : répartition des responsabilités aux différents niveaux de pouvoirs et


organes de services locaux et semi-autonomes pour la fourniture de services à la population.
Ces responsabilités comprennent le planning, le financement et la gestion de l‟ensemble ou
d‟une partie des compétences sectorielles de l‟Etat central et ses organes par des unités
administratives sur le terrain et des services d‟Etats semi-autonomes ou des communautés
locales. (Rapeval, 2006 ; Beke, 2001, et. al.)

-Fiscale ou financière : attributions de ressources, pouvoir fiscal aux entités décentralisées.


Elle aspire aux transferts de moyens (propres moyens fiscaux et subventions), ainsi qu‟à
l‟attribution d‟autonomie de gestion de ces moyens (fixer l‟envergure de ces moyens ainsi que
leur affectation) aux organisations qui opèrent sous le niveau de l‟Etat central. (Rapeval,
2006)

On remarquera, logiquement, un lien direct entre le type de transfert de pouvoir à la


province et les possibles conséquences pour la politique provinciale. Si dans le cadre de la
question il s‟agit surtout de la décentralisation fiscale, on ne peut écarter les deux autres types
de décentralisation de l‟étude. Smoke (2003:1) nous apprend que ces trois dimensions sont
11

trop souvent traitées séparément par les décideurs et analystes politiques, alors qu’elles sont
intrinsèquement liées.

Notons aussi que le droit administratif distingue classiquement la décentralisation (qui


est fondamentalement de nature politique) de la déconcentration (qui est, quant à elle, de
nature strictement administrative), laquelle consiste à transférer à l‟échelon local des services
de l‟Etat des pouvoirs exercés jusqu‟alors par l‟administration centrale. On notera à cet égard
qu'une bonne décentralisation ne peut s'opérer sans une bonne déconcentration sous peine de
voir l'État absent en dehors de la capitale et les entités décentralisées constituer, en dehors de
cette dernière, la seule figure de la puissance publique perceptible par la population. (Faletti,
2006).

4.2.2. Démocratie et partage du pouvoir

En RDC, la phase de transition a clairement mis en évidence l'importance de la


question du partage du pouvoir dans une société divisée par plusieurs années de conflits. A
bien des égards, la même question va se poser aux différents niveaux de pouvoir mis en place
par la nouvelle Constitution congolaise. Cette fois, cependant, il n'y aura pas d'encadrement
international et ce sont les dynamiques locales qui détermineront le cours des événements.
Si la tenue des élections nationales et provinciales constitue en soi une réussite
remarquable qu'il convient de saluer, la lucidité commande toutefois de garder à l'esprit les
dangers de l'application de la règle de la majorité dans une société divisée.
Liègeois (2008) avertit du danger d‟une dictature de la majorité, en dépit d‟un gouvernement
très large. Certains aspects de ce phénomène paraissent déjà poser problème, faute de
mécanismes de pouvoirs mis simultanément en place.
L‟auteur retrouve que les institutions décentralisées relèvent d'une approche plus „intégrative‟
dans leur fonctionnement. Ceci favorise le mixage de la société civile et encourage la création
de corps intermédiaires. Ainsi, la cooptation de membres des assemblées provinciales parmi
les chefs coutumiers introduit au sein de l'organe législatif provincial une dynamique distincte
de celle des partis politiques. (Liègeois, 2008)

Les provinces ont été mises en place avant que le dispositif législatif relatif à la
décentralisation en général et les ETD en particulier n‟ait été finalisé. Ainsi, la RDC se trouve
devant un espace politique et territorial à gérer selon de nouvelles logiques qui ne sont pas
12

toujours précisées, mais dont les acteurs sont en place. De facto, les trois niveaux de pouvoirs
se retrouvent dans une situation de „concurrence‟, de „négociation‟ et même de „rapport de
force‟ avec l‟administration centrale qui n‟a pas fini, avec le législateur, de définir le contour
du dispositif. (Liègeois, 2008)
Les dangers de crispations et de discordances sont nombreux, d‟autant que s‟y rattachent des
logiques de pouvoirs et de ressources, spécialement au Katanga. En évoquant d‟abord ces
dangers et risques, les défis politiques et financiers seront analysés en détail, après quelques
précisions méthodologiques sur la recherche.

4.2.3. Dangers et risques

Le processus de décentralisation dans un État fragile, aussi nécessaire soit-il, comporte


donc des risques que l'on aura d'autant plus de chance de prévenir qu'ils auront été pris en
compte dès le début du processus. (Liègeois, 2008 : 9) En me basant sur les interviews, force
est de constater que certains des dangers potentiels énoncés par Liègeois (2008) sont déjà
devenus réalité. D‟ailleurs, il est difficile d‟éviter ces ornières, qui sont souvent utilisées
comme excuse dans la rhétorique de Kinshasa pour remettre la décentralisation à plus tard.
Nous allons voir plus bas (dans la section 7.2.) le défi de la fiscalité et des transferts de
ressources, fortement liés aux défis politiques (section 7.3.). Les actuels dangers et risques,
respectivement politiques et financiers qui retiennent notre attention, sont les suivants :

Politiques :
- Capture du pouvoir local par des forces politiques qui n'ont pas intérêt à la réussite du
processus ;
- Dispersion du pouvoir ;
- Évidement du pouvoir central ;
- Tensions sécessionnistes au Katanga et Bas-Congo;

Financiers :
- Capacité insuffisante des mandataires et des administrations décentralisées ;
- Correction insuffisante des différentiels de développement entre entités décentralisées ;
- Concurrence fiscale et réglementaire entre entités décentralisées ;
-Incohésion macroéconomique et finances publiques en difficulté ;
- Accroissement du coût de la gouvernance ;
13

5. Précisions méthodologiques
Méthode et données

Après avoir évoqué les dangers et risques, nous allons placer le projet de la
décentralisation et ses défis dans un contexte sociopolitique plus large des notions théoriques.
Plus particulièrement, la littérature concernant les notions de l‟Etat en faillite et de l‟Etat
rentier sera concernée. Cette approche (socio)constructiviste5 nous permet de mieux
interpréter et de comprendre pourquoi le pouvoir central traînerait dans ce chantier
institutionnel.
Ensuite, l‟hypothèse sur la décentralisation fiscale sera contrôlée par les faits : un état des
lieux des lois existantes à ce sujet, qui sera vérifié par des interviews d‟experts sur le terrain.
Ainsi sera „mesuré‟ – de manière „positiviste‟ sans pour le moins exclure le contexte
théorique – l‟écart entre le cadre juridique et la réalité juridique appliquée sur le terrain. Si
l‟hypothèse est confirmée par les constats, alors cet indicateur nous permet d‟exprimer de
faibles chances à de conséquences significatives de la décentralisation pour la politique
katangaise.

Les données utilisées pour l‟état des lieux juridiques sont issues de sources différentes.
Je me limite à une analyse de contenu de la Constitution actuelle mise en vigueur en 2006 et
des lois nationales ayant de majeures implications pour la fiscalité de la province katangaise.
Les textes juridiques sont publics, mais les dispositions ne sont pas toujours aussi claires et
complètes. Certains députés provinciaux y voient déjà une préméditation du législateur central
afin de pouvoir remettre perpétuellement la mise en pratique des législations incomplètes.

S‟agissant d‟une question actuellement en cours, et en évolution permanente, il faut être


conscient des limites de la qualité des données issues des interviews. Les problèmes de
fiabilité (durée de conservation limitée), de formes de biaisements des résultats de
l‟information (bias) et de la validité, qui sont inhérentes aux interviews qualitatives.

Trois députés provinciaux du Katanga de partis différents, le Gouverneur, deux professeurs,


deux chercheurs et deux personnes de la société civile de différents domaines intéressées par
la décentralisation ont été interviewés à Lubumbashi, tantôt sur la base d‟un plan de

55
Le constructivisme rompt avec la conception moderniste (ou positiviste) de la connaissance : la connaissance
est une construction sociale. Il n’y a donc pas de manière objective de savoir, car le savoir ne peut être
découplé de notre savoir subjectif.
14

questionnaire ouvert semi-structuré, tantôt en posant des questions bien précises. Des
questions ouvertes ont aussi été posées par mail. D‟autres sources d‟informations de discours
de politiciens nationaux dans la presse seront également considérées.

6. Etude de littérature soutenant mon hypothèse


6.1. L‟Etat en faillite et l‟Etat rentier

Le Fund for Peace a établi un instrument permettant de mesurer le Failed State Index
en considérant plusieurs indicateurs politiques, sociaux et économiques. Avec son très haut
score, la RDC y occupe la sixième place au monde. (www.fundforpeace.org, 8/12/2008) La
planète compte entre quarante et soixante Etats en faillite, qui abritent un milliard de
personnes. (Ghani & Lockhart, 2008)

Bien que la littérature concernant le sujet de recherche repose sur la notion de „l‟Etat
en faillite‟, une définition absolue et un terme unique référant à ce phénomène sont vains. Le
terme d’Etat en faillite sert plutôt comme large étiquette pour un phénomène qui peut être
interprété de différentes manières. Entendu dans un sens empirique, la RDC a cessé d‟exister
en tant qu‟Etat. (Reyntjens, 2007) Ainsi, alors que Gros (1996) parle d‟un „Etat fantôme‟ et
Migdal (1988) d‟un „Weak State‟, Liègeois (2008 : 20) préfère qualifier le Congo comme un
„Etat fragile, quasi failli‟. Trefon (2007) nuance que, contrairement à d‟autres Etats en faillites
comme le Libéria, Sierra Leone et la Somalie, l‟implosion de l‟Etat ne s‟est pas passée de la
même manière. En RDC, l‟Etat reste omniprésent dans le paysage social, économique et
politique. L‟Etat et ses acteurs continuent à influencer les stratégies élaborées et
implémentées sur le terrain. De plus, la société congolaise a évité la faillite en inventant et
s‟appropriant un certain mode de fonctionnement dans l‟informel et la débrouille. Ainsi,
comme l‟a souligné René Lemarchand, l’Etat en faillite est un concept relatif (2001: 16).

Par contre, la grande majorité des auteurs s‟accordent à reconnaître que la RDC n’a pas les
moyens d’assurer ses fonctions de base (Zartman, 1995:5; Fukuyama, 2005; Trefon, 2007 ; et.
al.). Comme tant d‟autres Etats en faillite, le gouvernement congolais n‟assume plus ses
responsabilités. Cette faillite peut être comprise en regardant la large faillite du modèle post-
colonial de l‟Etat-nation en Afrique. Ce modèle est mis en échec par « au-dessus » (un
leadership généralement faible), par « en bas » (déconnecté des attentes des citoyens) et par
l‟extérieur (politiques de la guerre froide et nouvelles guerres) (Migdal, 1988; Zartman 1995;
Young, 1999)
15

Après trente-deux ans de régime dictatorial et patrimonial de Mobutu, ses réseaux de


prédateurs atteignirent leurs limites vers le milieu des années 90 : son système autodestructeur
s’est consumé ne laissant que les ruines d’un Etat. (Trefon, 2004 : 5) Cette situation fut
exacerbée par la mauvaise santé du dictateur, due à son cancer de la prostate qui mit fin à sa
vie rapidement après la prise de pouvoir de Laurent Désiré Kabila en mai 1997. Ensuite, la
période de „transition‟, dominée par les guerres et les rébellions qui n‟a pas arrangé les
choses, jusqu‟au moment de transition (4+1)6 plus stable pour arriver finalement aux élections
démocratiques en 2006. Celles-ci furent fortement financées et supervisées par la
communauté internationale. Notons aussi la présence de l'ONU sur le terrain depuis plus de
dix ans (présence qui prendra plus tard la forme de la MONUC).

Actuellement en 2009, contrastant avec le Katanga relativement paisible7, certaines régions


minières -surtout dans l‟est du pays- sont toujours très instables. Ces conflits de ressources
naturelles, d‟envergures internationales, ont des répercussions non négligeables sur la
politique du gouvernement central envers les provinces minières. Reprendre le contrôle sur le
territoire national et la population (physiquement et par une administration effective) est selon
Reyntjens (2007) l‟une des trois priorités à la reconstruction de l‟Etat. Aussi, faut-il rétablir la
capacité de financement de l‟Etat. C‟est d‟ailleurs, un des défis que nous soulevons plus bas.

Cependant, dans un Etat en faillite, le respect de la loi (Rule of Law) qu‟est censé
assurer l‟Etat, n‟est plus garanti. Difficile, alors, de parler d‟un Etat de droit, qui signifie qu'il
existe une loi supérieure à n' importe quelle puissance politique. (Ndela, 2008 :2) Dans un
contexte où la responsabilité politique est quasi inexistante et les politiciens aux pouvoirs
pratiquent de manière opportuniste le rent-seeking, les principes de la „ Rule of Law‟ et de la
séparation des pouvoirs ne sont pas d‟application. Le droit public économique congolais est
en voie de formation et la fonction publique fonctionne souvent en marge de la légalité.
(Moudoudou, 2003 : 14 ; Trefon, 2007). En conséquence, ce raisonnement justifie les doutes
sur l‟application de la nouvelle Constitution démocratique et autres législations concernant la
décentralisation.

6
Le Gouvernement de transition, mis en place le 30 juin 2003, est dirigé par le Président de la république et
quatre vice-présidents. Il s'agit d'un gouvernement d'union nationale établi suite aux accords liés à la fin de la
Deuxième guerre du Congo. Il est chargé de l'établissement d'une transition démocratique dans le pays.
7
Le Katanga connaît une certaine division entre le nord et le sud. Le nord, plus turbulent a encore connu des
guerres à petite échelle après les accords de Sun City en 2002. Jusqu’ en mars 2006, le chef des milices Mai
Mai (cannibales) Gédéon terrorisait la région. (International Crisis Group, 2006)
16

L’Etat rentier

Un autre concept expliquant cette faillite démocratique de l‟Etat et soutenant la thèse


que les dirigeants centraux ne veulent pas déléguer de pouvoirs aux provinces, est le modèle
de „l‟Etat rentier‟. Selon ce modèle, les immenses richesses dont regorgent le sol et sous-sol
congolais, seraient plutôt un malheur qu‟une bénédiction. (Sachs & Warner, 2001) Dans
différentes études la stagnation économique et la baisse des autres activités exportatrices sont
liés aux revenus des ressources naturelles. La baisse de la croissance à long terme est aussi
notée, car les dirigeants sentent moins la nécessité d‟obligations réciproques via la taxation
domestique. (Dijohn, 2002) De plus, le financement des conflits par l‟intermédiaire de
l‟exploitation des ressources naturelles n‟est pas l‟apanage de la RDC. Le conflit congolais est
caractérisé par une multitude de ressources qui font l‟objet d‟une exploitation illégale ou
abusive et contribuent à la perpétuation de la guerre. (André & Marysse, 2001 ; Renauld,
2005)

Sur le plan politique, cet argent facilement gagné („unearned income’) crée un niveau
disproportionné de rent-seeking, qui engendre une instabilité démocratique et des conflits
armés. Ces ressources naturelles abondantes seraient aussi la cause d‟une augmentation de la
corruption et d‟une baisse de capacité bureaucratique. Avec peu de présence bureaucratique
dans le domaine de la collection de taxes, et une information limitée sur ce qui se passe au
niveau de base, l‟Etat est vulnérable à des prédateurs organisés. (Bannon & Collier, 2003)

Prenant en compte cette théorie, la légitimité verticale de l‟Etat congolais (c.-à-d.


recouvrir une autorité incontestée sur l'ensemble de son territoire et être reconnu comme tel)
doublée par une légitimité horizontale (un consensus sur les valeurs fondamentales dont est
animé le corps social), risque d‟être dépourvu de la nécessité cruciale d‟une vision commune
et d’une appropriation du processus par tous les acteurs (Liègeois, 2008 : 8 ; Kalume Numbi,
2006).
Nous allons voir maintenant quelques obstacles majeurs et défis bien réels qui rendent
impuissant ce „régime de semi-tutelle internationale‟. (de Villers, 2009)
17

6.2. Défi de la fiscalité et transfert des ressources

La théorie et la recherche sur les finances publiques dans les Etats fragiles – hors des
études de cas – incluent peu de travail sur le rôle et la performance du gouvernement local.

La théorie sur la décentralisation fiscale place, elle aussi, la responsabilité principale pour la
distribution des ressources au gouvernement central. Seul le gouvernement central est en
position de redistribuer les ressources de juridictions plus riches aux plus pauvres. En
conséquence, les gouvernements décentralisés sont typiquement plus contraints que le
gouvernement central au changement de la distribution de revenu. (Smoke, 2001)
Nonobstant, dans le cas de la RDC, ce changement est appréhendé avec crainte au niveau du
pouvoir central et des provinces plus pauvres. Par contre, au Katanga actuel la réforme est
acclamée.

Aril (2000:121) observe que malgré l‟introduction de réformes politiques et institutionnelles


en vu d‟une décentralisation politique et de gouvernements démocratiques locaux, la
performance des conseils locaux au Zimbabwe et en Tanzanie n’a pas été forte à cause du
contrôle exercé par le gouvernement central sur les plans locaux et à cause de l’autonomie
financière limitée des conseils locaux. Ces exemples démontrent à quel point l‟autonomie
financière des entités décentralisées est importante.

De l‟autre côté, la „bonne décentralisation‟ mesurée et identifiée par l‟amplitude de la


dévolution de revenu vers les niveaux de pouvoirs locaux (Ndegwa, 2002), s‟avère être
incorrecte. Smoke (2001) argumente cela de manière convaincante dans une étude
comparative entre l‟Ethiopie et le Kenya. Ce dernier connaît une décentralisation plus
sérieuse, même si les budgets locaux sont très inférieurs qu‟à ceux en Ethiopie. Le meilleur
fonctionnement de la décentralisation au Kenya est grandement lié au fait que le contrôle
démocratique (accountability) y est plus important et que les entités décentralisées
connaissent une restriction fiscale8 propre. Donc, plus de budget décentralisé ne signifie pas
nécessairement une meilleure décentralisation en RDC.

8
La RDC est classée au 174ème rang dans le monde des affaires sur 180 pays répertoriés par la Banque
Mondiale à cause de la lourdeur administrative et des tracasseries fiscales.
18

Au Zimbabwe et en Tanzanie, la décentralisation a encouragé des inégalités


régionales, dans le sens où des localités plus riches comme les villes ont prospéré, tandis que
le développement rural est resté à la traîne. (Aril, 2000) C‟est pourquoi la diversification ou
même la conversion à l‟agriculture est une priorité au Katanga. Nous allons y revenir dans le
dernier paragraphe. Le même problème se pose à l‟échelle nationale du pays : comment vont
s‟en sortir les provinces plus pauvres en minerais et donc moins dotés en „revenus faciles‟ ?

Des ressources financières insuffisantes

Lorsqu‟on évoque la question de la décentralisation en RDC, les premières


interrogations qu‟on soulève sont les suivantes : sur quoi les collectivités locales prélèvent-
elles les impôts et taxes puisqu‟il n‟y a quasi pas d‟importantes activités industrielles,
commerciales ou artisanales dans les régions et communes ? D‟où proviennent effectivement
leurs ressources ? Comment instituer la décentralisation dans les zones géographiques où il
n‟y ni électricité, ni téléphone, ni eau, ni moyens de transport viables ?

Dans grand nombre de pays en voie de développement, les gouvernements locaux ou


entités administratives possèdent l‟autorité légale d‟imposer des taxes, mais la base de taxe est
si faible et la dépendance des subventions du gouvernement central si forte et enracinée, qu‟il
n‟y a même pas de tentative d‟exercer cette autorité. (Rondinelli, 1981 ; Yambayamba, 2007)
Pourtant, les géologues parlent de la RDC comme d‟ un „scandale géologique‟ et les
économistes d‟un pays „potentiellement riche‟, capable de financer son propre
développement. (Reyntjens, 2007) Malheureusement, il faut plus que de la « potentialité »
pour développer cet énorme pays.

Il ressort de l‟analyse effectuée en 2003 sur les budgets de régions et communes congolaises
qu‟elles n‟ont jamais eu les moyens financiers nécessaires pour atteindre les objectifs fixés.
N‟ayant pratiquement pas de ressources financières propres, elles attendent tout de l‟Etat. Or,
comme le disait déjà en 1997, le ministre chargé de la décentralisation : « un Etat qui est en
crise depuis 15 ans a (…) d‟autres priorités que de soutenir l‟action des collectivités locales. Il
a de grands équilibres macroéconomiques à rétablir, des problèmes d‟endettement à régler
(…) pour que l‟économie redémarre. » (Moudoudou, 2003)
19

Une douzaine d‟années plus tard, la même explication est donnée par Kinshasa. (Kapend-A-
Kapend, 2009)9. Pourtant, en son article 175, la Constitution stipule que 40% des recettes
fiscales à caractère national seront attribués aux provinces et 50% à l'Etat central. Les 10%
restants alimenteront une caisse de péréquation destinée à compenser les inégalités
économiques entre les provinces. L‟argument de Kinshasa est que la dette internationale de la
RDC, suite aux élections en 2006, et l‟héritage financier catastrophique de Mobutu10, ne
permettent pas de dépenses d‟importances secondaires. Le président Kabila a précisé au NY
Times en avril 2009 que La RDC est asservie par une dette de près de 12 milliards USD, qui
lui coûte entre 50 et 60 millions de dollars par mois.
(http://www.mediacongo.net/show.asp?doc=12296, 4/4/2009)

Certes, la finance publique et de la cohésion macro-économique sont elles aussi des défis pour
la RDC. Le pouvoir central risque de rencontrer de grandes difficultés budgétaires dès
lorsqu'il sera privé de 40% de ses recettes fiscales sans voir ses charges diminuer dans les
mêmes proportions. Le risque de voir déraper son déficit budgétaire est donc réel. Au niveau
des dépenses, en l'absence de mécanismes de limitation des déficits des entités
décentralisées11, les perspectives ne sont guère meilleures. Le déficit global des pouvoirs
publics pourrait donc très vite se trouver hors de tout contrôle et faire replonger le pays dans
les affres d'une inflation galopante. (Liègeois, 2008) Evidemment, vu la différence régionale
en densité de minerais, le découpage provincial du Katanga en 4 provinces amènerait
d‟énormes disparités de recettes fiscales provinciales.

De l‟autre côté, la retenue à la source de 40% des recettes à caractère national, créerait entre
autres des centres d’impulsion économique, ce qui développerait plus vite le pays. (Kapend-
A-Kapend, 2009 : 2 ; Forum National, 2007) D‟ailleurs, les députés katangais interviewés
réclament que chaque province dispose d‟une certaine richesse naturelle qu‟elle pourrait
exploiter, telle que la foresterie, l‟agriculture, le tourisme, etc.

Dans le passé, entre 1884 et 1960, le Katanga a connu un développement rapide dû à


la présence de la Belgique qui exploitait ses richesses et développait d‟intenses activités

9
député provincial : interview 1.1. en annexe
10
La RDC est sur la liste du FMI des „Pays pauvres très endettés‟ ( PPTE)
11
Les lois organiques portant sur la décentralisation promulguées jusqu‟à présent (avril 2009) en
sont dépourvues. Ils semblent renvoyer cette question à une autre loi organique consacrée aux aspects
budgétaires.
20

agricoles. Ces richesses naturelles facilement exploitables distinguent la province du reste du


pays. Comme évoqué précédemment, la Constitution prévoit une caisse de péréquation de
10% pour les provinces moins bien nanties. Toutefois, les académiques réalistes et le pouvoir
central s‟accordent à dire que cette mesure de solidarité n‟est pas suffisante pour le
financement de la réforme institutionnelle et de son fonctionnement. (Liègeois, 2008)

Notamment, un manque général d‟expertise technique et de gestion a empêché ou a été utilisé


comme excuse (légitime) dans la plupart des pays en voie de développement. Ceci afin
d‟éviter la formation d‟institutions de gouvernements locaux, ainsi qu‟une relation de travail
effective entre le gouvernement central et les gouvernements locaux. (Marysse, 2005)
En RDC aussi, la mobilisation des ressources humaines et financières sont d‟une importance
capitale pour la mise en application des réformes constitutionnelles entamées. (Forum
National, 2007) A ce jour, avec les pratiques de corruptions, de détournement et le trafic
d‟influence qui gangrènent les institutions de l‟Etat, ces ressources ne sont toujours pas
mobilisées. Rejoignant la théorie de l‟Etat rentier, le politologue Ngoy et autres chercheurs
Lushois12, soutiennent que c‟est dans ce cadre qu‟il convient de placer la difficulté de
fonctionnement auxquelles se trouvent confrontées les institutions décentralisées
actuellement.

Liègeois (2008 :13) argumente, en effet, qu‟au moment de la formation du Gouvernement,


tout indique que les provinces ne seront pas en mesure d'exercer les compétences qui leurs
sont dévolues par la Constitution. Cela nous amène donc à des questions de choix et volontés
politiques.

6.3. Les défis politiques et autres

Outre le défi de la fiscalité, la décentralisation implique donc clairement d‟autres défis


liés à celui-ci. Le plus important, qui sous-tend d‟ailleurs l‟hypothèse de la recherche, est le
défi politique puisque ce processus complexe fait intervenir plusieurs acteurs clés avec parfois
des enjeux locaux, provinciaux et nationaux divergents. Ces acteurs, notamment le
Gouvernement central, l‟Assemblée nationale, le Sénat, les Assemblées provinciales, les
Gouvernements provinciaux, les organisations de la société civile doivent parvenir à
s‟entendre sur les modalités pratiques de sa mise en oeuvre progressive et maîtrisée. La vision

12
Okenda, Jean-Pierre ; Rhukan ; Kawele (voir les interviews en annexe)
21

partagée permet de dégager un consensus durable entre acteurs sur les grands sujets. (Kalume
Numbi, 2006)
Or, la raison principale pour laquelle les gouvernements locaux ont été négligés dans les pays
en voie de développement est que les gouvernements centraux forts s‟opposent à la
décentralisation. (Marysse, 2005) Au Zimbabwe, Botswana, Lesotho et en Tanzanie comme
ailleurs, la décentralisation fait face à des défis d‟une part dus à l‟incapacité des structures
locales de fonctionner sans guidance du centre, et d‟autre part à l‟incapacité de ces mêmes
structures de prendre des décisions. (Munro 1995:107; Oyugi 2000:12)

Le développement institutionnel est un processus complexe à plusieurs composantes


(administrative, sociologique, politique) qui déterminent conjointement les performances de
la gestion publique. Le fait de ne pas prendre suffisamment cela en compte a contribué au
faible taux de réussite de réformes de l‟Administration effectuées jusqu‟à présent en Afrique.
Le rapport du Forum national sur la décentralisation en RDC (2007 :6 ) prévient que la
décentralisation en Afrique (et donc aussi en RDC) butte sur les attitudes et comportements
des agents de l’Etat central (…), que les réformes au niveau sectoriel sont souvent bloquées
par la centralisation de la gestion financière des ressources publiques, et que les
gouvernements créent de nouvelles institutions qui délégitiment celles existantes. Tous ces
obstacles sont, effectivement, de natures politiques, et donc, les conséquences de volonté
politiques divergentes.

En effet, le fait d'avoir confié le pilotage de la décentralisation au ministère de l'Intérieur s‟est


déjà révélé préjudiciable au bon déroulement du processus13. Ceci n‟est pas étonnant, puisqu‟
il y a contradiction intrinsèque entre la fonction, régalienne par excellence, de la
préservation de l'intégrité de l'État et la mise en œuvre d'une réforme qui dépouille ce même
Etat d'une part substantielle de ses prérogatives. (Liègeois, 2008 : 13) Cette réalité rejoint la
théorie de l‟Etat rentier, évoquée précédemment.

13
Les deux quasi-homologues Denis Kalume Numbi (Ministre national de l’Intérieur, de la Décentralisation et
de la Sécurité et Jean-Marie Dikanga Kazadi (Ministre provincial de l'Intérieur, Décentralisation et Affaires
coutumières) se sont régulièrement retrouvés en confrontation sur diverses questions, souvent ayant comme
sujet de discorde les compétences de pouvoir du poste et la décentralisation. Lire par exemple l’article « RDC :
Dikanga KAZADI défie le Chef de L’Etat et inflige un camouflet à l’Etat Congolais ! », publié par imagazinefr le
25/8/2008, (http://imagazinefr.wordpress.com/2008/08/25/dikanga-kazadi-defie-le-chef-de-letat-et-inflige-
un-camouflet-a-letat-congolais/, 20/3/2009)
22

Les résultats des développements de la décentralisation politique et fiscale dans les


Etats fragiles ont donc tendance à être négatifs. Kiggundu (2000:111), par exemple soutient
que le la gestion des affaires publiques au niveau local reste centralisée malgré les
déclarations des politiciens et les pressions exercées par les bailleurs de fond internationaux
en faveur de la décentralisation.
En RDC, même lorsque les autorités présidentielles et parlementaires sont élues, la volonté
exprimée par les lois, est plutôt celles des institutions financières internationales. Notamment
celles ayant des incidences économiques, financières ou sociales sont « initiées » ou fortement
« conseillées » par les institutions financières internationales. (Livack, 1998 ; Mazalto, 2008)

Une des raisons qui explique cette réticence politique est que l‟élite au pouvoir, qui
peut être dominée par des groupes ethniques particuliers, craint la perte – inhérente à une
décentralisation poussée – de pouvoir et de richesse. De plus, les ministres centraux et partis
politiques qui contrôlent les ressources substantielles veulent rarement les partager avec des
gouvernements (semi-)autononomes. Ceci est la base de la frustration katangaise, qui
alimente les tensions fédéralistes ou même sécessionnistes. Une minorité de la classe
politique Katangaise fait appel à ces vieilles craintes lors des négociations avec Kinshasa.
Rappelons que juste après l‟indépendance sous l‟impulsion de Moïse Tshombe et des milieux
d‟affaires pro-occidentaux, le Katanga a connu une courte période d‟indépendance de trois
ans.

Bien sûr, certaines raisons à cette réticence du gouvernement central sont légitimes, comme le
besoin de la construction de la nation (nation building) dans des sociétés ethniquement
fragmentées et le contrôle macroéconomique dans des économies fragiles. La décentralisation
comporte, notamment, un risque d‟éclatement de l‟unité nationale. La décentralisation est une
idée forte quand l’Etat est fort, elle doit être examinée avec discernement si l’Etat est en
situation de faiblesse, prétendent les experts (Hussein, 2004).

Notons aussi que Moïse Katumbi Chapwe, riche homme d‟affaires -reconverti à la politique-
et Gouverneur du Katanga depuis février 2007, jouit d‟une énorme popularité. Vu que la RDC
connait une forte tendance au culte de la personnalité politique (Gankama et. al, 2008),
certains politiques à Kinshasa craignent que le champion national des voix de préférence lors
des élections en 2006 se magnifie encore plus. C‟est un scénario fort probable avec les
progrès socio-économiques que feraient vraisemblablement la province si la décentralisation
23

fiscale était appliquée. Si ce dernier est membre du même parti que le président Kabila
(PPRD) et qu‟il a appelé récemment a voté pour ce dernier aux présidentielles de 2011, il ne
reste pas moins le „héros qui dérange14‟. Ce n‟est pas étonnant que le Katanga soit à la pointe
des polémiques, puisqu‟elle est avec le Bas-Congo l‟une des provinces aux perspectives
économiques les plus prometteuses.

7. Recherche

Même si la décentralisation (fiscale) est un processus lent et permanent, l‟Etat


congolais manque de moyens financiers et de „capacités‟ humaines pour la mener
complètement à bien. (Marysse, 2005; et al.) Tant dans les provinces pauvres du pays que
dans le plus „riche‟ Katanga, l‟Etat est incapable ou n‟a pas la volonté de procéder au rythme
que souhaitent certaines provinces impatientes et finalement frustrées, dont fait partie le
Katanga. Ainsi, César Lubamba, vice-ministre des Finances, a souligné en février 2009 qu‟en
tant que processus, elle doit intégrer la dimension temps pour qu’elle atteigne pleinement sa
finalité.15 (http://www.digitalcongo.net/article/56541, 10/4/2009)

Comme nous a suggéré la littérature, et comme nous allons le constater ci-dessous, il y


a non-application et manque de toute une série de dispositifs législatifs, relatifs à la
décentralisation.
Des experts et personnes de terrains m‟ont ‟aidé à faire dans un premier temps un état des
lieux juridiques des „lois-clés‟, ainsi qu‟une analyse du (nouveau) rôle de la province dans le
secteur minier dans un second.

7.1. Les lois clés : écart entre le juridique et la pratique ?


7.1.1. Constitution : 40% de retenu à la source ?

Par rapport à la décentralisation fiscale, la Constitution s‟articule pour l‟essentiel


autour de deux idées forces, qui ne sont toujours pas mises en pratiques.

14
C’est ainsi que Colette Braeckman, journaliste spécialiste du Congo a qualifié Moïse Katumbi Chapwe dans
une analyse commentée du film « Katanga Business » dans le Soir du 4 avril 2009.
15
http://www.digitalcongo.net/article/56541, article paru dans Le Potentiel, « Loi financière : débat autour des
capacités mobilisatrices et contributrices », 14/2/2009
24

Premièrement, la mise en pratique du découpage territorial était prévue pour février


2009, mais elle se fait toujours attendre. En vue de la division du pays en 25 provinces plus
Kinshasa, la province du Katanga devrait se diviser en quatre. (art. 2 Constitution) Les ETD
qui la composent, fonctionnent avec des gouvernements locaux et des assemblées élues au
suffrage universel, mais les élections prévues pour février 2009 n‟ont toujours pas eu lieu. En
effet, certaines entités décentralisées ne peuvent naîtrent que de l'application de cette
disposition constitutionnelle. Donc, les dispositions de la Constitution relative à l'exercice du
pouvoir ne sont pas opérationnelles jusque là.
Pourtant, la composition, l‟organisation, le fonctionnement de ces entités territoriales
décentralisées ainsi que leurs rapports avec l‟Etat et les provinces ont été fixés par une loi
organique promulguée en octobre 2008.16
Les entités qui existaient suivant la configuration de l'ancienne République existent toujours
et fonctionnent comme telles. C'est-à-dire selon les règles de gestion de l'ancien système qui
n'accordait pas l‟autonomie administrative et financière prévue par l'actuelle Constitution. En
revanche, les entités décentralisées ne sont pas opérationnelles dans le sens exprimé par la
Constitution actuelle. A ce jour, chaque province essaie de s'organiser à sa manière.
Par exemple au Katanga, le gouvernement provincial accorde une subvention de vingt-cinq
milles dollars à chaque territoire pour son fonctionnement, ce qui est largement insuffisant. A
l’intérieur de la province, il n'y a rien d'existant en terme d'entités décentralisées, telles que
les chefferies, explique le chercheur interviewé Okenda (2009 : 25) revenant d‟une mission en
mars 2009. La mise en place de la décentralisation est donc restée limitée aux seuls ministères
provinciaux énumérées de l‟article 226 de la Constitution ainsi qu‟à la ville de Kinshasa.

En attendant la promulgation de la loi fixant l‟organisation et le fonctionnement de


l‟Administration publique, l‟administration d‟une entité territoriale décentralisée est
constituée des agents et organismes publics mis à sa disposition par le pouvoir central. (art.
125, loi organique du 7/10/2008)

Deuxièmement, en sus de ces compétences, les provinces en exercent d‟autres


concurremment avec le pouvoir central et se partagent les recettes nationales avec ce dernier
respectivement à raison de 40 et de 60%. La part des recettes à caractère national allouées aux
provinces est retenue à la source. (art. 175 Constitution) Cette précision exigée, montre bien
16
La loi organique n° 08/016 du 07 octobre 2008 portant composition, organisation et fonctionnement des
Entités Territoriales Décentralisées et leurs rapports avec l’Etat et les Provinces, promulguée par l’Assemblée
nationale définit les compétences qui sont confiées aux ETD.
25

le climat de suspicion dans lequel elle a été légiférée. Or jusqu‟à ce jour, à défaut de la
retenue des 40% à la source, la province est condamnée de se contenter d‟une „rétrocession‟
des recettes dont le taux est très faible par rapport au volume réel des réalisations au niveau
des régies financières en province. Ce taux est de l‟ordre de 4% 17, soit dix fois moins que ce
qui est défini par la loi18. Il dépend complètement du bon vouloir de Kinshasa. (Ngoy, 2009,
interview) La grande majorité des élus katangais critiquent sévèrement la confusion
délibérément entretenue autour des notions de capacité mobilisatrice portant sur les ressources
propres des provinces et la capacité contributrice qui a un rapport direct avec les ressources à
caractère national.

Il ressort effectivement des interviews qu‟il n‟y a pas de mécanismes efficaces et transparents
de transferts de ressources. Ni la rétrocession de la capitale vers la province d‟une part, ni les
recettes à caractère national collectées à la province renvoyées à Kinshasa d‟autre part, se
dérouleraient de manière transparente. Différents dossiers intrinsèques de la réforme ne sont
pas encore gérés de manière concomitante. A titre d‟exemple, le député provincial Kasongo
Mande, déclare avoir reçu des menaces du président lorsqu‟il a demandé de prolonger par une
pétition la session ordinaire afin de traiter des dossiers « très sensible » concernant le contrôle
budgétaire et l‟adoption d‟une rectification du budget 200819. (www.radiookapi.net,
17/4/2009)

7.1.2. Autres lois

Le vaste champ de la décentralisation comporte non seulement une série d‟autres lois
„en progrès‟ devant régir des matières particulières20, mais aussi certaines lois organiques
cruciales.
Notamment la ratification de la loi sur la Cour Constitutionnelle et la loi financière traînent.
Cette dernière est perçue par les députés questionnés (2009) comme un prétexte pour
Kinshasa de bloquer le développement de la province. En cas de conflit de compétence entre
le pouvoir central et les provinces, la Cour constitutionnelle est la seule autorité habilitée à les

17
Le député Kapend-A-Kapend, quant à lui, parlait de « 17, 18 ou 19 % de rétrocession à la province ».
18
Lire à ce sujet le Budget de la province de l’Exercice 2008, p.VI
19
Cette déclaration à ‘radio Okapi’ a été faite deux mois après son interview pour ce papier à Lubumbashi.
20
Tel est notamment le cas des lois fixant les limites des provinces ainsi que celles de la ville de Kinshasa, et de
celle portant subdivision territoriale à l‟intérieur des provinces.
26

départager. Comme elle n‟est pas encore fonctionnelle, le pouvoir central impose sa politique
au détriment de la province.
Des experts en gestion des finances publiques pensent que le retard dans la promulgation de
ces lois crée un dysfonctionnement de l‟appareil de l‟Etat, voire même un blocage.

Certains experts, comme Tutu (2009) se posent la question critique de savoir pourquoi
le législateur central n‟a pas commencé par celle-là pour permettre aux provinces de
s‟autofinancer et finalement de s‟autogérer.

Néanmoins, même si la décentralisation fiscale comme stipulée dans la Constitution


n‟est pas appliquée à la lettre, les députés confirment qu‟elle est effective dans une certaine
mesure: il y a des recettes provinciales propres, tout comme il existe des recettes nationales.
En dehors des 40% des recettes à caractère nationale que la province ne retient pas, les autres
compétences fiscales dont elle jouit, sont exercées. Dans les zones urbaines du Katanga, les
taxes et impôts sont effectivement appliqués dans la mesure des moyens. C‟est notamment le
cas pour les impôts sur les revenus locatifs, l‟impôt foncier et l‟impôt sur le véhicule (« les
vignettes »).
Si les recettes provenant de ces impôts ne couvrent pas suffisamment ne fut-ce que les
charges de fonctionnement des institutions provinciales, comment peuvent-elles servir au
financement d‟une politique proactive du secteur minier ? La province possède à peine le
budget financier pour améliorer l‟infrastructure routière, qui attirerait les investissements
d‟entreprises minières, assurées de l‟exportation du minerai.

Après avoir évoqué des problèmes d‟appropriation de la Constitution et d‟autres lois


par les gouvernements, notre analyse nous amène à considérer le rôle tenu par le pouvoir
provincial dans le secteur minier. Quelle est sa marge de manœuvre depuis les réformes et la
décentralisation dans ce secteur régulé par Kinshasa ?

7.2. Nouveau rôle de la province dans le Secteur Minier ?

Comme susmentionné, la Constitution consacre des compétences exclusives et


concurrentielles entre le pouvoir central et le pouvoir provincial. A cet effet, l‟adoption des
lois organiques était dédiée à la répartition pragmatique des compétences. A ce jour,
l‟adoption de certaines de ces lois (incomplètes) fait encore défaut. En l‟occurrence, le
27

portefeuille du Ministère des Mines, est une compétence concurrentielle, où l‟on assiste à un
empiétement de compétences. Bien de fois, les décisions prises par le gouvernement
provincial dans le secteur des mines ont été annulées par le gouvernement central. La
législation nationale prime sur l‟édit provincial. (art. 62)21. De plus, sachant que les recettes
issues de ressources naturelles – à caractère national- constituent toujours le gros des recettes
nationales, on se doute qu‟il doit y avoir des limites ou contraintes dans les compétences
provinciales. Le développement économique de la province (et du pays) pourrait entre autres
se passer par le biais du secteur minier katangais22. (RDC, 2006 ; Mazalto, 2004)
Il subsiste une forte implication des autorités de Kinshasa dans les entreprises minières au
Katanga. Elles y participent à quelque degré que ce soit : soit en tant que membre de conseil
d‟administration dans certaines minings, soit en tant qu‟actionnaire. Cela est l‟un des facteurs
faisant que le ministre provincial des mines voit ses prérogatives constitutionnelles parfois
amputées. (Ngoy, 2009, interview 2.4.)

L‟une des missions essentielles du ministre provincial de l‟Economie, des Finances et


du Commerce est la mobilisation des recettes publiques. Il veille ainsi à la campagne de
recouvrement des astreintes dus au Trésor Public au titre des exercices comptables. Bien que
ce soit le ministre provincial qui ait annoncé que le Gouvernement Provincial ne sollicitera
plus un second moratoire pour les entreprises et les opérateurs économiques défaillants
(discours 1/3/2008 de Léon Tshiakwiza Mulanda), la fiscalité minière est largement gérée par
Kinshasa via le CAMI23, qui repartit une partie des recettes à la Division Provinciale des
Mines. (code minier, 2005)

Ce serait donc illusoire de croire que le pouvoir central préfère garder la „mainmise‟ sur le
secteur afin de financer le long chantier institutionnel et national qu‟implique la
décentralisation. Les sceptiques -dont la théorie de l‟Etat rentier- n‟y voient pas de volonté la
„bien faire‟ dans l‟intérêt commun, mais plutôt une volonté de profiter personnellement de la
„guerre économique‟ que connaît ce secteur lucratif „non transparent'. Dans les deux secteurs

21
Loi du 31 juillet 2008, n°08/012 portant principes fondamentaux relatifs à la libre administration des
provinces.
22
Le „Document de la Stratégie de Croissance et de Réduction de la Pauvreté (DSCRP)‟(2007), qualifie les
mines, l‟agriculture, la foresterie et les transports comme des « secteurs porteurs de croissance ».
23
Le CAMI est un Etablissement Public à caractère administratif et technique doté de la personnalité juridique
et jouissant de l'autonomie administrative et financière. II est placé sous la tutelle des Ministres ayant les Mines
et les Finances dans leurs attributions, chacun y intervenant dans la sphère de ses attributions.
28

parallèles (formel et informel) dont se compose l‟industrie minière du Katanga il subsiste une
forte corruption (Global Witness, 2007).

Cette véritable culture de la corruption et de l‟impunité ne peut certainement pas être attribuée
au seul pouvoir central. Malgré les engagements pris dans le « contrat de gouvernance »
(République Démocratique du Congo, 2007) elle existe à tous les niveaux, tant dans la sphère
politique qu‟au sein des services publiques. Cette „mauvaise gouvernance‟ est entretenue par
le manque de moyens dont dispose l‟Etat pour rémunérer, former et encadrer ses
fonctionnaires. Toutefois, l‟absence de mise en œuvre de certaines mesures légales aux plus
hauts sommets de l‟Etat laisse envisager des accords d‟intérêts entre les élites politiques et
financières du pays. (Mazalto, 2008)

Distinction entre le formel et l’informel

Le rôle du pouvoir provincial est plus important dans le secteur „artisanal‟. Bien que
ce secteur soit largement informel, il reste dominant depuis la déconfiture des entreprises
publiques. L‟influence de la province y a un plus grand impact que dans le secteur formel. Le
secteur « artisanal », au sein duquel des dizaines de milliers de « creuseurs24 » cherchent à
extraire des minéraux de manière autonome, dans un environnement exempt de (presque)
toute réglementation25, représente une partie importante et épineuse de la politique minière
katangaise.

Depuis le retour de la „paix‟ les IFI, menées par la Banque mondiale (2001) ont initié
un processus de réforme de grande envergure dans le secteur minier. Cette réforme est basée
sur une stratégie de privatisation des entreprises minières d‟Etat et la libéralisation des cadres
légaux résultant à l‟adoption du code minier (2002). Dès lors, le Katanga attire des
investisseurs étrangers qui s‟emparent des carrières exploitées par les „creuseurs‟ artisanaux.
Ces citoyens privés d‟alternatives d‟embauche dans les entreprises minières d‟Etats sont
remplacés par des méthodes d‟exploitation industrielles. (Ndela, 2008) Celles-ci n‟ont pas la
capacité suffisante pour réabsorber les „creuseurs‟ « expulsés », se retrouvant dès lors

24
Les mineurs artisanaux sont communément appelés « creuseurs ».
25
La loi minière (2002) congolaise reconnaît l’existence des creuseurs artisanaux. La législation prévoit la
création de périmètres dits ‘artisanaux’, dans lesquels des personnes majeures de nationalité congolaise et
munies d’une carte d’exploitant sont habilitées à travailler. Aussi existe-t-il des organismes d’appui et
d’encadrement (SAESSCAM, EMAK, CMKK) et règlementations pour les comptoirs, syndicats…Mais la loi est
généralement ignorée par les détenteurs de pouvoirs et inconnue par les creuseurs. (Mazalto, 2008)
29

chômeurs sans revenu. Le ministre des Mines national évoque d‟ailleurs la coexistence
difficile entre les détenteurs des titres miniers et les exploitants miniers artisanaux.
(Kabwelulu, 2008) C‟est lui qui a le droit d‟octroyer les titres miniers – et tout ce que cela
implique – aux entreprises. La spéculation des entreprises qui préfèrent utiliser les titres
miniers pour investir „en bourse plutôt qu‟en brousse‟, fait objet de polémiques
intergouvernementales. Malgré la non reconversion des permis de recherche en permis
d‟exploitation, l‟exploitation est rendue possible grâce à des stratégies de sous-traitance, voire
à un recours illégal aux mineurs « artisanaux »26.

La province, menée par le charismatique Gouverneur Katumbi, joue un rôle de


médiateur important dans la transition économique du secteur artisanal anarchique vers cette
„révolution industrielle‟. Les populations de régions minières ont été grandement précarisées
par la reconfiguration des économies locales. Pourtant, six années après l‟amorce d‟un
processus de réformes, les indications de reprise macro-économique n‟ont pas encore les
retombées escomptées. (Mazalto, 2008)

L‟Exécutif provincial – en collaboration avec des ONG s « expertes en mines » – lutte


aussi contre les organisations parallèles. Celles-ci permettent l‟enrichissement d‟individus
censés représenter l‟Etat qui continuent de fonctionner en dehors du cadre légal et
convertissent les mines artisanales de la province en « zones de non-droit ». Cette lutte est
rendue d‟autant plus difficile que ces réseaux, pour la plupart officieux, sont d‟envergures
nationales ou internationales. Dans le cadre de l‟assainissement du secteur minier, le
Gouverneur Katumbi a interdit le 15 mai 2008 l‟export de matières premières brutes et exigé
un traitement initial des minerais au Katanga, qui se faisait en Zambie voisine.
(www.lepotentiel.com, 12/3/2009)

La province essaie également de limiter la contrebande aux postes frontaliers. La


douane de Kasumbalesa, qui marque la frontière avec la Zambie, renfloue les caisses, mais les
douanes et les droits d‟importation et d‟exportation, sont une des matières exclusives du

26
Selon les estimations de 2008 produites par le Cadastre minier (Cami) au Katanga les exploitations actuelles
proviendraient à près de 80% de zones de recherche interdites d’extraction et qui sont louées à 2, 55 USD le
carré minier (85 ha). Cette taxe est dite taxe superficiaire annuelle, alors que pour accéder à un permis en zone
d’exploitation, les investisseurs doivent payer une taxe de 424, 78 USD le carré minier de 85 ha. (Cadastre
minier du Congo, 2008)
30

pouvoir central. (Constitution 2006, art. 202) La province a été rappelée à l‟ordre en 2007
pour qu‟elle renvoie à la capitale ses recettes et redevances minières27.

Au niveau du secteur formel, la plupart des opérations minières au Katanga sont de


petites joint-ventures avec des investisseurs étrangers modestes aux moyens limités. La
corruption et l‟insécurité rebutent les plus gros investisseurs.

Les dirigeants provinciaux insistent sur la responsabilisation sociale de ces entreprises dans le
développement du secteur minier. Dans son plan triennal, le Gouverneur a profité du boom
minier pour mettre en œuvre de petites actions locales à caractère sociale ad hoc. A la place
d‟impôts en USD des deals sont conclus en nature. Ainsi la taxe n‟est pas d‟abord écrémée à
Kinshasa, mais immédiatement utilisé à la source au profit de la population.

Absence provinciale

Les sociétés étrangères et multinationales signent les gros contrats miniers –souvent
dépassant la frontière du Katanga- avec le Ministre des Mines national. Le Gouverneur
katangais (2009) affirme que le ministre provincial ne pèse pas lourd dans les négociations de
contrats d‟envergures. A titre d‟exemple, la joint-venture fort contestée entre l‟entreprise
public congolaise Gécamines et le Groupement des Entreprises Chinoises.28 Ce deal monstre
„infrastructure en échange de minerais‟, apporterait 10 milliard USD en développement
d‟infrastructure dans le pays. (Munsala, 2009)

Nous pouvons également observer l‟absence – comme auparavant29 – du ministre


provincial des Mines dans la fameuse procédure de la révision des contrats miniers
« léonins », signés entre 2002 et 2005. En vue d‟accroître ses rentrées du secteur minier, le
gouvernement a instauré une Commission de « revisitation ». Actuellement, la phase des
négociations est dirigée par une «Task Force » composée de sept ministres nationaux et du

27
Lire par exemple à ce sujet le conflit débuté en novembre 2008 par rapport aux engins au centre d'un
tiraillement entre le gouvernement central et provincial du Katanga au sujet d'exonération à la
douane (http://www.radiookapi.net/index.php?i=53&a=22118, 4/2/2009)

28
Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale trouvent que cette convention octroie un
financement non concessionnel, non compétitif, et non transparent.
29
Une Commission Spéciale de l‟Assemblée Nationale s‟est chargée de l‟examen de validité des conventions à
caractère économique et financiers conclues pendant les guerres de 1996-1997 et de 1998-2003. Lire les
rapports de la « Commission Lutundula » p. 31 au sujet de l‟absence provinciale.
31

chef d‟état-major du président Kabila. (IPIS, 2008) Ainsi, la quotité des „pas de porte‟ à
répartir entre le Gouvernement et les entreprises publiques concernées, se voit aussi régulée
au plus haut niveau. La renégociation des contrats avec, entre autres, la société Gécamines,
dont des parties ont été privatisées et des partenariats conclus dans des conditions obscures30,
n‟a pas été faite en concertation avec le niveau de pouvoir provincial. Bien que ces contrats
soient cruciaux dans le cadre d‟une politique minière, le ministre en question n‟a pas été
consulté.

Toutefois, la loi organique portant sur la Conférence des Gouverneurs de provinces a


été promulguée conformément à l'article 200 de la Constitution. Cette „Conférence‟ est une
instance de concertation et d‟harmonisation entre le pouvoir exécutif national et les
Gouverneurs de provinces. Le Gouverneur du Katanga peut y suggérer la politique (minière) à
mener et la législation à édicter par la RDC. Encore une fois, si cette Conférence qui donne
une voix à la province existe de forme, on peut se poser des questions sur sa portée dans la
réalité.
L‟Exécutif provincial se voit donc limité dans sa politique minière. La cause se trouve dans le
manque de clarté concernant les compétences dû à la non application de la Constitution et ses
lois organiques encore trop souvent incomplètes, que dans l‟implication limitée de la province
dans les contrats miniers de taille.

En principe, la décentralisation a pour but de d‟améliorer les conditions sociales et


économiques de la population en général et des travailleurs en particulier. Le ministre des
Mines provincial, par exemple, est plus proche que son homologue national de la réalité des
ouvriers (artisanaux) katangais. En tant que responsable élu de sa province, il met plus de
pression sur les employeurs pour que les normes et conditions de travail selon le code minier
soient respectées. Cela se passe souvent par le biais du chef Exécutif de la province, qui jouit
de plus d‟influence et de pouvoir que le ministre.

Cependant, la réalisation des résultats concrets en termes d‟amélioration des


conditions de travailleurs – aussi bien dans le secteur informel et formel – dénote le contraire.
Malgré la législation existante et certaines tentatives de mesures d‟amélioration, il existe une

30
Trois rapports du ‘UN Panel on the Illegal Exploitation of Natural ressources in the DRC’ décrivent comment
des officiels proches de la Présidence ont aidé des sociétés étrangères à l’accès des concessions de la
Gécamines en termes lucratifs. (International Crisis Group, 2006)
32

forte absence de l‟Etat sur le terrain dans ce secteur. (Okenda & Ngoy, 2009, resp. interview
3.2. et 2.4)

7.3. L‟agriculture : secteur d‟avenir pour la province !

En avril 2008, le Gouverneur a mis sur pied une obligation pour les sociétés minières
de développer le secteur agricole. Elles ne peuvent plus se cantonner exclusivement sur le
secteur industriel. Toute entreprise minière implantée au Katanga doit aménager une
superficie de 500 hectares, chaque saison agricole, en vue de contribuer aux efforts
d‟autosuffisance alimentaire. (www.digitalcongo.net, 09/04/2009) Faute d‟infrastructures
routières ou ferroviaires, le Katanga se voit obligé d‟importer ses aliments de Zambie et
d‟ailleurs, ce qui est tout juste bon à nous endetter, ajoute le professeur Mota (2009 : 12) lors
d‟un séminaire sur la situation économique de la province, Alors que nous avons tout le
nécessaire dans notre pays, ainsi que dans notre province !

Si le secteur minier est prisé par les acteurs de pouvoirs centraux sous l‟appât des
multinationales, le secteur agricole, quant à lui, connaît un essor de liberté de compétences.
L‟Exécutif veut et peut y mener sa propre politique. Il s‟agit pourtant également d‟une
compétence „concurrente‟, mais la pratique de „l‟argent facilement gagné‟ pour les
administrateurs corrompus y est nettement moins d‟usage.

Le Katanga a toujours été présenté comme « la province minière », alors que plusieurs
parties ne sont pas dotées de mines, mais de sols fertiles, idéals pour l‟agriculture.
Au lieu d‟exploiter ses greniers agricoles la province a fait bouger la population des régions
rurales pour travailler dans l‟industrie minière, ce qui a créé une invasion dans les villes.
Enormément de gens dépendent du secteur minier, or, la situation sociale est dramatique
quand la demande du minerais diminue et lorsque les prix chutent sur le marché international
suite à la crise économique. Grand nombres d‟experts économiques conseillent fortement la
diversification de son économie. Il faut diversifier vers autre chose qui n‟attire pas l‟attention
des entreprises étrangères ayant l‟intention de faire des bénéfices le plus rapidement possible
au détriment de la population. Elles viennent puiser les ressources minérales et exploiter les
gens, pour finalement laisser une terre poluée. (Carrere, 2004 ; Keita, 2001)
33

Le président Kabila (4 avril 2009) constate que le secteur minier a été cruellement touché -
très, très durement. Mais, nous croyons que nous avons d'autres secteurs à développer, et
nous pouvons les développer rapidement. À l'instar de l'agriculture.

Certaines ONG concernant le secteur agricole disent clairement sentir l‟élan de la


décentralisation depuis fin 2006, début 2007. (Kapend, 2009, interview 3.1.)
Ceci sous forme de formations, d‟informations et de sensibilisations. Beaucoup d‟associations
(95%) qui ont vu le jour ont le secteur agricole comme première thématique. Les associations
de sociétés civiles peuvent contribuer pertinemment au contrôle démocratique des dirigeants
(Scholte, 2004 ; Beke, 2001) Le ministre provincial31 de l‟Agriculture, de la Pêche et du
Développement rural serait plus proche des communautés de base. Selon Kapend (2009),
représentante de la voix des femmes dans ce „secteur porteur de croissance‟, elles se sentent
enfin valorisées dans de plus en plus de zones du Katanga.

Depuis octobre 2008, la crise financière, devenue une crise économique mondiale,
frappe particulièrement fort la province cuprifère causant un immense chaos socio-
économique. Cette crise est peut-être une „chance‟ pour déjouer la „malédiction des
ressources naturelles‟, pour scruter dorénavant les horizons oubliés de l‟agriculture, axées sur
le long terme et le développement durable au bénéfice du congolais.

31
Juvénal KITUNGWA LUGOMA Ministre de l'Agriculture, Pêche, Elevage et Développement rural
34

8. Conclusion

Presque trois ans après le lancement du processus de réformes de l‟Etat congolais,


nous pouvons noter que l‟intensité des efforts menés n‟est guère de bon augure pour la suite
de la décentralisation en RDC et pour le Katanga en particulier.

L‟hypothèse formulée, qui sous-tend ma question de recherche, est appuyée par la


littérature concernant l‟Etat en faillite et la théorie de l‟Etat rentier. Les obstacles et défis
financiers et politiques que se posent à cette jeune démocratie en pleine phase de
reconstruction de ses institutions (Kabila, 2009), sont effectivement colossaux.

La supposition primaire avancée – qu‟à ce jour, la « décentralisation poussée » n‟est


en pratique pas appliquée dans l‟esprit de la Constitution – se voit partiellement confirmée.
Les résultats de la recherche de l‟état des lieux juridique, contrôlées par les faits à l‟aide des
interviews, démontrent que les défis susmentionnés bloquent la décentralisation comme
voulue dans la Constitution. Il subsiste bien un écart entre le cadre juridique établi concernant
la décentralisation et la réalité appliquée dans ce cadre. Même si le gouvernement provincial
en RDC possède sur papier les moyens d‟exercer ses compétences, il reste en pratique
souvent dépendant de l‟Etat qui exerce une grande pression sur les décisions
d‟investissements et sur le fonctionnement quotidien via les dotations allouées. L‟autonomie
financière dont jouit le Katanga n‟est donc pas, encore, si poussée que le stipulent les textes
juridiques.

Notamment, la mise en œuvre de l‟article 175 de la Constitution stipulant la retenue à la


source des 40 % des recettes à caractère national, fait défaut. En l‟absence de cet élément
financier crucial de la décentralisation, l‟autorité katangaise est effectivement incapable de
mener une politique qui répond aux besoins et aux problèmes de la province. Malgré leurs
moyens limités, les élus provinciaux jouent un rôle relativement plus important dans le
secteur minier „artisanal‟ informel, que dans le secteur formel. Avant que la crise économique
mondiale ne frappe de plein fouet ce secteur fragile, ils jouaient également un rôle clé dans la
transition vers l‟exploitation formelle.

En outre, là où les dirigeants provinciaux font bel et bien usage des compétences,
notamment fiscales, dont ils jouissent, nous avons remarqué que l‟Exécutif provincial est
35

encore souvent bloqué sur le plan juridique dans son élan visant à mener une politique
minière suite aux lacunes du dispositif législatif.

Deux indicateurs issus de ce travail illustrent qu‟outre les défis financiers bien réels,
l‟énonciation initiale que Kinshasa n‟a pas la volonté politique de faire progresser la
décentralisation, est le facteur sous-jacent principal pour la non application intégrale de la
décentralisation fiscale.

Premièrement, contrastant avec le secteur minier formel encore dominé et relativement régulé
par Kinshasa, nous avons pu observer dans le secteur agricole une application du processus de
réforme plus conséquente, résultant en une marge de manœuvre considérable pour le ministre
provincial compétent. Si c‟est possible d‟aboutir à une décentralisation dans le secteur
agricole, on comprend – en suivant la théorie de l‟Etat rentier – pourquoi c‟est plus
difficilement réalisable dans l‟exploitation minière plus lucrative sur le court terme.

Deuxièmement, la littérature relative à la décentralisation fiscale dans les pays en voie de


développement d‟une part, et, tous les témoignages des personnes interviewées d‟autre part,
vont entièrement dans le même sens : la problématique de l‟agenda de la réforme
décentralisatrice, des moyens et des volontés politiques mobilisés semble être abordée de
manière insuffisante par le pouvoir central.

Puisque le législateur de ces textes formalisant les idées de la Constitution se trouve au


niveau national, nous pouvons conclure qu‟il s‟agit donc également d‟un problème de volonté
politique. Cela implique que l‟Etat congolais est en défaut par rapport à la vision cruciale,
partagée par tous les acteurs sur le processus de la décentralisation. En ce sens, on a
l‟impression que les autorités centrales, premières responsables de la médiocre avancée de la
réforme de l‟Etat, s‟accommodent d‟une situation de statu quo.

Avec la crise économique qui est désormais bien installée et dans laquelle le monde
politique, ainsi que celui des bailleurs de fonds, sont totalement désorientés, il sera
vraisemblablement encore plus difficile en matière de planification de savoir par où
commencer et financièrement impossible de répondre simultanément à l‟ensemble des défis
qui se posent en RDC. Les perspectives prometteuses qu‟apporterait la décentralisation pour
la population katangaise ne demeurent pour l‟instant qu‟une illusion.
36

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 Braeckman, Colette (2009) « Katumbi, le héros qui dérange », article paru dans Le
Soir le 4 avril 2009

 Kabila, Joseph (2009) « Les vérités de Joseph Kabila au NY Times : cas Nkunda,
MONUC, contrats chinois, crise financière, Obama, BDK,.. », extraits de l'entrevue de
Jeffrey Gettleman, correspondant pour l'Afrique de l'est du journal américain The New
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Kabila. Publiée par le New-York Times le 4 avril
2009,http://www.mediacongo.net/show.asp?doc=12296, 10/4/2009

 Kienge, Dyashi (2009) speech intégral du député national à Kinshasa le 19/1/2009,


„Edifiantes suggestions du député Kienge Dyashi dans les conclusions de sa question
orale avec débat autour de la problématique minière en RDC‟, Le Potentiel,
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 X (2009) « Les entreprises minières implantées au Katanga sommées de cultiver 500


hectares », article paru le 9/4/2009, digitalcongo.net,
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 X (2009) Lubumbashi : clôture de la session, des députés provinciaux réclament une


prolongation, article paru le 174/2009, radio okapi,
http://www.radiookapi.net/index.php?i=66&l=0&c=1&a=22990&da=&of=11&s=&m
=2&k=0&r=all, 18/4/2009

 „Le Katanga plonge le secteur minier dans la panique‟, paru le 16/5/2008 dans Le
Potentiel, http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=85678, 12/3/2009

 Munsala, Didier (2009) „Convention de collaboration entre la RDC et le Groupement


d'entreprises chinoises relative au développement d'un projet minier et d'un projet
d'infrastructures en RDC‟, dans l‟article „Avantages commerciaux et fiscaux et
d‟autres avantages accordés par la RDC‟, paru le 12/5/2008 à Kinshasa dans
„L‟Observateur via http://www.mediacongo.net/show.asp?doc=9218, 12/3/2009
44

10. ANNEXE

Interviews effectuées à Lubumbashi –parfois complétées par e-mails– par Samuel Lietaer (21
ans) en vue de son mémoire en sciences politiques à la VUB traitant « la décentralisation en
RDC, et les conséquences pour la politique katangaise dans le secteur minier ».

Audience :

1. Députés provinciaux du Katanga

1.1. Honorable Kapend-A-Kapend, député provincial ; indépendant élu de


Kolwezi ; cofondateur de l‟association des Exploitants miniers Artisanaux ;
Fédération du Katanga ; [email protected]

1.2. Honorable Aimé Kasongo Mande ; député provincial, indépendant élu,


[email protected]

1.3. Honorable Monga Banza Tutu, député pour le parti: RCD Rassemblement
Congolais Démocratique, juriste spécialisé dans le secteur minier, [email protected]

1.4. Moïse Katumbi Chapwe, gouverneur du Katanga, interview Bruxelles le 28


mars 2009 à l‟avant-première du documentaire « Katanga Business » de Thiery
Michel.

2. Professeurs et chercheurs

2.1. Rhukan Kayombo, chercheur au CEDemol (Centre pour la Démocratie


locale) ; interview le 17 février 2009, [email protected]

2.2. Kawele Musevu, chercheur au CEDemol ; interview le 17 février 2009,


[email protected]

2.3. Professeur Mota, Economie du développement, recherche Petites et Moyennes


Entreprises (PME), travaille actuellement sur l‟artisanat minier et l‟économie
katangaise ; interview orale pendant un séminaire à l‟UNILU sur „la situation
économique actuel du Katanga‟, le 6 février 2009

2.4. Professeur Balthazar Ngoy, département sciences politique et administration,


UNILU, réponses par e-mail reçu le 10 mars 2009.

3. ONG

3.1. Mme Bernadette M. Kapend, directrice de REFED-Katanga (Réseau Femme


et Développement) et Délégué du Katanga au Forum National ; interview mardi 10
février à Kipushi, RDC. Tél : 243 81 8152771 E-mail: [email protected]
45

3.2. Jean-Pierre Okenda ONG DAF/ACIDH (Action Contre l‟Impunité pour les
droits humains), Juriste et Chercheur en droits economiques, sociaux et culturels,
interview par e-mail le 2 mars, Tél:+243995227821, Email: [email protected]

4. Députés provinciaux

4.1. Honorable Kapend-A-Kapend, député provincial; indépendant élu de


Kolwezi ; cofondateur de l‟association des Exploitants miniers Artisanaux ;
Fédération du Katanga; interview le 12 février à l‟Assemblée Provinciale,
Lubumbashi ; e-mail : [email protected]

Honorable Kapend-A-Kapend, êtes-vous d’accord quand je vous dis que la


décentralisation est une évolution qui est rarement contestée par les provinces ? Et
pourquoi (pas) ?
Tout-à-fait d‟accord. La décentralisation est voulue par toutes les provinces. Toutes les
Provinces sont pro-décentralisation. Pourquoi est-ce que je vous dis toutes les provinces ?
Parce qu‟elle a été soumise à un référendum et que toutes les provinces ont voté
favorablement à la décentralisation. Mais par contre il y a des intentions qu‟on prête aux
katangais, parce que l‟histoire étant, il y a eu des tentatives de sécession à cause des
richesses dont regorgent le sol du Katanga. Donc à chaque fois que le Katanga pose un
acte, on est en train de créer pratiquement un parallélisme entre ce qui devait être, c‟est-à-
dire la sécession et ce qui se passe maintenant. C‟est pour ca que ces « veninosités » sont
souvent prêtées aux katangais et du coup on a l‟impression que les katangais sont friands
de cette décentralisation (pour des raisons bien connues). Par contre, pour ce qui est de
l‟actuelle décentralisation, elle est voulue de tous. Pourquoi ? Parce qu‟on a remarqué que
la concentration de pouvoir à Kinshasa était un frein, vu l‟immensité du territoire
congolais, et que la décentralisation rendrait possible le développement de toutes ses
régions.
Merci beaucoup. Dans la littérature on retrouve que pour que la décentralisation
aille loin et soit réellement appliquée, il faut une décentralisation fiscale. Seulement
une fois qu’il y a ce facteur clé, les provinces auront les moyens et sauront subvenir
aux besoins des habitants de la province. Par contre, on sait que par rapport à cette
décentralisation fiscale, les 40% des recettes provincial qui, selon la constitution,
doivent être retenues à la source, ne sont pas d’application. On commence même à
46

changer les termes : on va de ‘retenues’ à ‘rétrocession’,… Quels sont vos sentiments


par rapport à cette non-application de principe de la constitution ?
Je suis catégorique: c‟est de la légèreté ! La constitution est la loi fondamentale, donc je
crois qu‟elle doit être appliquée dans toute son intégralité sans tergiversations. Mais je
crois que Kinshasa, qui est la capitale et le grand bénéficiaire de toutes les recettes des
provinces, souhaite que le climat reste comme il a toujours existé pour qu‟il puisse vivre
dans l‟opulence habituelle. Ca c‟est un. De deux, nous pensons que la décentralisation
fiscale dont tu parles, elle est effective, car des recettes à caractères provinciales il y en a.
Il y a aussi des recettes à caractère national. Je peux dire qu‟il y a une fiscalité provinciale
et une fiscalité nationale.
Ceci depuis 2006 ?
Oui, tout-à-fait.
Nous avons une caisse de péréquation. On a d‟abord les 40%. Parce que les 40 % de
recettes du Katanga, ne sont pas les 40% de recettes de Bandungu, par exemple. Alors,
pour rétablir l‟équilibre, on a créée une caisse de péréquation, pour qu‟il y ait une
solidarité entre les provinces plus nantis et les moins nantis. Ainsi, il y aura moyen de
créer plusieurs centres d‟impulsion et il y aura moyen de développer vite notre pays. Voilà
pourquoi nous voulons cette décentralisation à tout prix.
Croyez-vous que la retenue à la source-ou la rétrocession- sera appliquée un jour. Si
oui, ce sera pour quand, selon vous ?
D‟abord, je m‟insurge en faux pour ceux qui disent „rétrocession‟. La constitution stipule
la retenue à la source, donc c‟est comme ça ! Mais on est en train de prétexter que la loi
organique n‟était pas encore mise sur pied, ainsi que la loi financière pour mettre en place
le mécanisme de la retenue à la source. Moi, je crois que tout ça c‟est un amalgame de
prétexte pour faire perdurer la chose.
Parlez-vous de la loi organique d’octobre 2008 ?
Oui.
Et la loi financière est toujours en chantier ?
Oui, c‟est ça. Elle n‟est toujours pas publiée, ce qui est un excellent prétexte pour
Kinshasa pour garder le status quo. Ainsi la situation perdure et la confusion est établie, ce
qui profite aux opposants du régime. Les opposants pointent du doigt toutes ces
irrégularités et je crois qu‟ à la longue on (la population) risquerait de leur donner raison.
Quelle est alors la situation actuelle, en pratique ?
Actuellement Kinshasa nous rétrocède une histoire de 17, 18, 19 à 20 %.
47

Ca n’a pas l’air très transparent…


Exactement ! C‟est nébuleux, c‟est très opaque jusque-là. Et je crois qu‟il n‟ y a que la
retenue à la source qui peut éclairer toute la lanterne. Parce qu‟alors ce seront de recettes
connues : autant de pourcent de tel montant, c‟est autant d‟argent. Ainsi le suivi sera
beaucoup plus facile. Je crois que le constituant de l‟époque il avait très bien réfléchi :
parce que pour pondre un texte constitutionnel, on prend toutes les précautions et
garanties. On s‟assure que tout ce qu‟on est entrain de dire et écrire et défendable et
vérifiable. Je ne crois pas qu‟ils aient fait tout ce travail-là pour qu‟on vienne nous
raconter aujourd‟hui qu‟il manque tel et tel loi d‟accompagnement, la loi financière, etc.
Tout ceci est juste bon pour semer la confusion. Et puis il y en avait même qui prétextait
que la dette étrangère n‟était pas prise en compte. Ils prétendent qu‟avec la retenue à la
source il est impossible de rembourser ces dettes internationales. Moi, je dis que pour
résoudre ce problème, il serait encore mieux de se mettre autour d‟une table et de dire que
chaque province rétrocède tous les X temps, selon l‟échéancier, un pourcentage pour
rembourser les dettes extérieures du Congo, après avoir retenu à la source les 40% des
recettes provinciales. Je crois que ce sera plus efficace que ce qu‟on est en train de faire
pour l‟instant.
Donc vous sentez clairement un blocage des compétences fiscales de la part de
Kinshasa, en fait ?
Oui, c‟est tout-à-fait clair. Quand on voit l‟opulence financière dont le centre est
Kinshasa, c‟est tout-à-fait normal qu‟il y a toute une série de gens qui ne veulent pas
changer cela.
A quand croyez-vous que la division du Katanga en 4 provinces sera un fait ?
Ah non, nous voulons que cette décentralisation se fasse tout de suite ! Malheureusement
on est en train de parler de septembre ou novembre 2009.
Parce que tout est déjà mis en place ?
Oui, tout est mis en place. On est en train de prétexter un faux débat portant sur le manque
d‟infrastructure. Alors que del‟infrastructure, partout, il y en a ! Même dans les petites
villes et les villages retirées : la banque mondiale aussi a participé à la construction de
salles où les représentants des nouvelles provinces et des entités décentralisées peuvent se
réunir pour tenir leurs conférérences et réaliser leurs promesses.
Alors qu’en décentralisant, ces infrastructures vont voir le jour d’elles-mêmes ?
Oui, d‟elles-mêmes, car il y aura des fonds locaux qui se seront créés. Si on doit attendre
que l‟affaire est réglée, il n‟y aura jamais rien.
48

La prochaine question porte sur le secteur minier. Est-ce que le ministère provincial
des Mines a pu mener sa propre politique minière, malgré le fait qu’il existe aussi un
ministère national des Mines ?
Non, c‟est très difficile, parce que la gestion des mines est de compétence nationale. Donc
sa marge de manœuvre est très réduite.
Est-ce qu’il y a une grande différence par rapport au secteur de l’agriculture ?
Oui, une très grande différence parce que pour cultiver un champ tu n‟as pas besoin de
l‟accord du ministère national de l‟agriculture. Donc chacun peut faire son champ, de
n‟importe quelle dimension, où il veut, avec ce qu‟il veut, avec n‟importe quel matériel.
Contrairement aux mines, où il faut l‟autorisation du ministère national. Donc le même
problème ne se pose pas.
Pourtant, il existe un ministre national et provincial de l’agriculture, n’est-ce pas ?
Oui, mais le ministre national s‟occupe seulement de la politique de l‟agriculture du pays
et non de la gestion des espaces à cultiver. C‟est un secteur tellement lié au vécu quotidien
du congolais, qu‟il n‟ y a pas de contraintes quant à l‟octroi ou l‟obtention de l‟espace,
contrairement au secteur minier.
Vous confirmez donc que les mines sont tellement importantes pour les revenus du
pays entier, qu’on a peur de laisser les clés et compétences fiscales sur ces revenus
cruciaux, seulement aux mains des provinces ?
Oui, mais prenons comme exemple la province du Lualaba, qui est la (future) région phare
du Congo, car elle détient dans son sein toutes les grandes mines et la plus grande réserve
de cuivre et de cobalt dans le monde. Ça fait déjà peur à certains…
Quelle influence est-ce que la mise en pratique de la taxation provinciale sur le
secteur minier aurait sur la politique provinciale minière ?
Dans le code minier il y déjà presque 10% qui doit être retenu dans la fiscalité par rapport
aux mines qui reviennent de droit aux provinces, à l‟entité où l‟activité est faite. Si le
minerais est traité à Likasi, Likasi a droit à 10 % de la valeur de tout ce qui sort de Likasi.
Déjà d‟office. ça, ça ne dépend pas des 40% . C‟est taxé directement sur place, des
retenues sur place.
Donc il y aurait un grand changement si la taxation provinciale est implémentée?
Oui, un très grand changement, c‟est sûr.
Quelles sont les initiatives qui ont été prises au niveau provincial, grâce à la taxation
provinciale ?
49

Après les tumultes qu‟on a eu dans notre pays, il y a eu un nouveau code minier, qui
porte le nom de „code minier‟. Ce dernier est un code minier incitateur, c‟est-à-dire qu‟il
incitait les investisseurs à venir et investir au Congo. C‟est ce qui a créée cette
prolifération de toutes ces entreprises minières qui sont venues. On leur a donné des
conditions d‟établissements très avantageuses. Mais c‟était nécessaire parce que notre
pays était un pays à grand risque. Alors les gens trainaient les pattes pour venir. Ca a été
avantageux pour nous. Au stade de la production en 2010, 2011 on sentira plus l‟impact
minier sur la province que maintenant.
Le code minier a été établi au niveau national. Or, j’aimerais savoir si au niveau
provincial des décisions importantes ont été prises pour gérer le secteur minier. A -t-
il pu prendre des décision importantes ?
Dans le secteur minier on a essayé de réduire le taux de taxation à l‟exportation à 1% pour
essayer de réduire la pression sur les entreprises dans la crise financière que nous
connaissons actuellement
Est-ce que cette mesure a eu son effet espérée ?
Oui, ils ont ressenti l‟effet positif, car de nombreuses entreprises voulaient fermer et
quitter le pays, mais sont finalement restés ouverts, grâce à cette mesure fiscale
provinciale.
Et Kinshasa a accepté cette mesure provinciale ?
Disons que…oui oui, ils ont accepté.

Merci beaucoup pour cette interview !

4.2. Honorable Aimé Kasongo Mande ; député provincial, élu indépendant;


interview le 12 février à l‟Assemblée Provinciale, Lubumbashi

Honorable Kasongo, après la guerre le code minier a été établi. Pourquoi ?


Le code minier était incitateur, parce qu‟on devait avoir des capitaux. Il fallait attirer les
investisseurs. Et si vous regardez bien, c‟est le code minier canadien qu‟on a presque
adopté. Nous avons fait beaucoup de faveurs aux entreprises minières et c‟est alors
qu‟elles sont venues en masse.
La province a-telle eu son mot à dire ?
50

C‟est ça le problème : Kinshasa régente tout. Nous, le Katanga, on aurait bien voulu tirer
gain de cette exploitation minière de manière à se développer. Si vous regardez les
infrastructures routières, elles sont abîmées par les gros poids lourds transportant les
minerais. Mais comme Kinshasa prend tout, nous n‟avons pas assez de moyens pour
réfectionner les routes.

Ne croyez-vous pas que si Kinshasa refuse de laisser la province gérer ses revenus,
c’est parce que Kinshasa craint que les provinces plus pauvres, qui n’ont pas la
chance d’avoir des minerais dans le sol, n’aient plus du tout de moyens. En d’autres
mots que : c’est une question de solidarité ?
Oui, mais je crois que la constitution prévoit une caisse de péréquation qui est suffisante
pour aider à l‟épanouissement des autres provinces. De plus, toutes ces provinces-là ont
quand même des spécificités, des richesses autres que des minerais, mais qu‟on pourrait
quand même bien exploiter. Même au Katanga, l‟opinion publique est d‟avis que les
mines ne profitent qu‟aux investisseurs. Donc ils veulent aussi plus diversifier l‟économie.
Une idée que je soutiens complètement. La diversification est depuis quelques temps notre
cheval de bataille. Prenez même le nord du Katanga avec le lac Tanganyika, où les
poissons meurent de vieillesse. Là-bas, il n‟ y a pas d‟exploitation industrielle de
poissons. Dans l‟autre partie nord, c‟est vraiment le fief agricole, à vocation pastorale.
Mais il n‟y a pas de routes convenables pour exporter les produits cultivés de là à ailleurs.
Ils pourrissent avant-même d‟arriver à bon port. De plus, il n‟y pas d‟initiatives, de
travaux à grande échelle pour mécaniser et industrialiser l‟agriculture. Hors, il faut
diversifier pour que le développement du Katanga soit vraiment total. Mais le problème
c‟est que Kinshasa ne veut pas voir la province s‟épanouir au détriment des autres
provinces. J‟ose croire que la cause principale, est dû au fait que la RDC vient d‟avoir des
élections démocratiques, grâce aux fond étrangers : de états unis, d‟Europe,…On a donc
eu des prêts par-ci par-là, mais il faut le rembourser…Et si on va dans la décentralisation
et si les provinces peuvent retenir leurs 40% à la source, cela signifie que Kinshasa n‟aura
pas assez d‟argent pour payer ces dettes-là. Je pense que c‟est cela la raison principale
pour laquelle on gèle la disposition de l‟article 175 de la constitution qui prévoit qu‟on
retient 40% à la source. Cette difficulté-là est réelle. Ce ne sont pas des mensonges, mais
c‟est aussi politique. On pourrait trouver des solutions.
En tant que politicien, j‟analyse le problème en profondeur et je constate qu‟il y a
plusieurs réalités qui bloquent, ce que l‟opinion populaire à peut-être du mal à
51

comprendre. Les politiciens du Katanga tapent avec leurs poings sur la table, parce qu‟il y
a viol de la constitution tant que nos 40% ne sont pas appliqués. Nous voulons pouvoir
développer le Katanga et réaliser les promesses que nous avons donné à nos électeurs.
Mais pour cela, il faut que Kinshasa nous donne nos 40%. Si le Katanga se développe,
qu‟il y ait des railles partout jusque Kinshasa, tout le monde en tirerait profit, c‟est
certain! Les autres provinces agricoles pourraient exporter leurs produits vers les grosses
villes du Katanga comme Lubumbashi, et ainsi de suite…Il ne faut pas attendre que toutes
les provinces se développent en même temps et de la même manière et au même moment.
On peut aller par étape, ça irait.

Merci beaucoup.

4.3. Honorable Monga Banza Tutu, député pour le parti: RCD Rassemblement
Congolais Démocratique, juriste spécialisé dans le secteur minier; interview le 12
février à l‟Assemblée Provinciale, Lubumbashi ; e-mail : [email protected]

Croyez-vous que la loi, financière, qui est toujours en cours de route et dont la
ratification traîne, est un prétexte de Kinshasa pour bloquer la délégation de
compétences provinciales, surtout au niveau du secteur minier, puisque ce secteur-là
est un secteur clé pour la décentralisation fiscale ? Est-ce que la ratification de la loi
financière est retardée par Kinshasa ?
Je pense que par rapport à la loi financière, qui est encore en cours, aussi en vertu de la
constitution qui prévoit 40% de retenue à la source-donc chaque province devrait pouvoir
retenir 40% sur les recettes à caractère national- j‟estime que d‟une part il y a une
mauvaise foi de la part du pouvoir central à Kinshasa, qui ne veut pas toujours voir les
provinces se développer. Kinshasa s‟accroche beaucoup plus à l‟ancien régime qui
consacrait à la centralisation une grande importance, et qui ne veut pas que les entités
décentralisées, ou les entités autonomes que sont les provinces, se gèrent et se prennent en
charge pour un développement éventuel. Je pense que c‟est fait sciemment parce qu‟il y a
des lois que le parlement ainsi que le sénat ont voté, mais qui ne sont vraiment pas
primordiales. Prenons par exemple la loi sur les personnes vivant avec un handicap, la loi
sur la CI qui doit devenir CNI,… donc ce sont des lois qui ne priment pas du tout !
52

Manque-t-il donc toujours des lois d’accompagnement pour mettre en pratique la


décentralisation ?
Effectivement, il y a toujours des lois organiques qui doivent être votés afin que la
constitution puisse être appliquée dans toute sa totalité.

Combien de lois manque-t-il, alors ?


Il y a d‟abord la loi sur la Cour Constitutionnelle, il y a la loi financière,…il y a d‟autres
lois qui sont prévues dans la constitution. Ce sont surtout ces deux lois-là qui sont encore
au labo, pour l‟élaboration. On se demande pourquoi le pouvoir de Kinshasa n‟a pas
commencé par ces lois-là, pour se permettre de s‟autofinancer et puis de s‟autogérer. Or,
dans la constitution on a prévu le découpage territorial. Normalement il était prévu pour
ce mois-ci (février 2009), mais il ne sera pas mis en vigueur ce mois-ci, ni peut-être même
l‟année prochaine…On sent que…Malheureusement vous êtes à Lubumbashi, mais si
vous étiez à l‟intérieur des provinces, c‟est déplorable. Vous sentirez qu‟il y a une
mauvaise foi : il y a même l‟absence de l‟administration du pouvoir central dans nos
territoires respectifs. On est bloqués par les manœuvres de Kinshasa.
Par rapport au secteur minier : y a-t-il là aussi certaines lacunes qui persistent, c’est-
à-dire certaines lois qui devraient être votés, afin que le ministre provincial puisse
exercer toutes ces compétences ?
Effectivement, vous sentirez qu‟avec le code minier actuel, c‟est un code minier qui
n‟était pas du tout favorable au développement de la nation congolaise. Et dans ce
domaine-là les ministres provinciaux sont complètements déplumés : ils n‟ont aucune
compétence, aucune compétence ! Et là, c‟est le pouvoir central qui doit tout gérer. Toutes
les entreprises minières du Katanga sont gérées par Kinshasa. Vous sentez maintenant
pourquoi on a commencé la « révistation » du contrat minier.
Est-ce que les ministres provinciaux, et surtout alors le ministre provincial des
Mines, est impliqué dans la revisitation des contrats miniers ?
Pas du tout ! Ils ne sont pas du tout impliqués. A moins que ça m‟échappe…D‟autant plus
qu‟il n‟est pas compétént dans la matière, puisque les ressources naturelles sont gérées au
niveau national.
Comment définiriez-vous la coopération entre le ministre provincial des mines et son
homologue du pouvoir central ?
53

Il y a très peu de coopération. Le ministre provincial des Mines tient son titre de nom,
parce qu‟il gère aussi les affaires foncières. Pour ce qui à voir avec les taxes provinciales,
il exerce vraiment son pouvoir de ministre.
Est-ce selon vous incorrecte de parler d’une décentralisation fiscale ?
Jusqu‟à ce jour, il s‟agit seulement d‟une décentralisation administrative. Il n‟est donc pas
juste de parler d‟une décentralisation fiscale.
Quels sont les lois fiscales de compétences provinciales ? Est-ce qu’elles sont
d’application tel que stipulé dans la constitution ?
Effectivement, en dehors des 40% que la province ne retient pas, les autres taxes et
impôts sont appliqués au niveau de la province. C‟est notamment le cas pour les impôts
sur les revenus locatifs, l‟impôt foncier et l‟impôt sur le véhicule (les vignettes).
La province a la compétence d‟appliquer ses impôts et elle les applique à cet instant
même.

4.4. Moïse Katumbi Chapwe, gouverneur du Katanga, interview Bruxelles le 28


mars 2009 à l‟avant-première du documentaire « Katanga Business » de Thiery
Michel.

Est-ce que la province a été consultée à la revisitation des contrats miniers ?


Non, tout s‟est fait à Kinshasa, avec le pouvoir central. Pareil pour la loi financière : on
n‟a pas participé aux négociations.

Pourtant il y a un ministre provincial des Mines au Katanga (Gama), n’est-ce pas ?


Aaah oui, nous en avons un, mais il n‟est pas consulté. Il existe juste pour la forme.

5. Professeurs et chercheurs

5.1. Rhukan Kayombo, chercheur au CEDemol (Centre pour la Démocratie


locale) ; interview le 17 février 2009 à Lubumbashi
54

Pourquoi est-ce que l’instauration de la Direcetion Générale des Recettes est en


débat ?
La Direction Générale des Recettes du Katanga est en débat parce qu‟on veut retenir les
40% des recettes de la province à la source. Cela existe déjà et est fonctionnel à Kinshasa.
Le Katanga aimerait établir ce même organisme pour empêcher que les recettes du
Katanga se volatilisent à Kinshasa. Il faut savoir qu‟il y a une difficuté au niveau de
l‟administration : le fait que le gouverneur soit responsable d‟une entité décentralisée,
ainsi que représentant du gouvernement central. Comme il représente le gouvernement
central au Katanga, le ministre des Affaires Intérieures est son chef, ainsi que le président
de la république. Le gouverneur est donc vraiment sous la tutelle du ministre des Affaires
Intérieur. Le gouverneur a toujours besoin d‟une autorisation préalable du ministre des
Affaires de l‟Intérieur pour tous ses actes.

Est-ce réellement nécessaire que Moïse ait l’autorisation du ministre, car il est
tellement puissant financièrement....
C‟est-à-dire que Moïse sait coopérer. Il ne sait rien faire sans que le ministre des Affaires
Intérieures puisse être au courant. Tous ses mouvements, tous ses actes,… Tout est réglé à
l‟avance. Il est obligé de prévenir de ce qu‟il va faire. Nombreuses de ses décisions ont été
annulées ainsi.

Kinshasa ne s’est jamais opposé au « vignettes » (impôts sur les véhicules) ?


Non, car ça leur rapporte beaucoup d‟argent, aussi à Kinshasa.

Les recettes sont destinées à la province, non ?


Oui, mais est-ce que tu es sûr que Kinshasa n‟aura pas quelque chose ? (il rit)
Mais normalement l‟argent reste à la province. Kinshasa a commencé à trouver des
taxations dont les recettes resteront à la province. C‟est-à-dire qu‟il y a des taxes propres
à la province, il y a des taxes propres au trésor public. Voilà pourquoi c‟est difficile de
dire qu‟il n‟y pas de décentralisation (fiscale) ou de développement tant qu‟il n‟ y a pas
les 40 % qui sont retenus à la source. Il y a donc beaucoup d‟argent qui est récolté au
niveau de la province du Katanga. Et c‟est déjà possible de se développer avec le peu
qu‟on a. L‟argent des vignettes, c‟est beaucoup d‟argent. En 2006 et 2007, il y a vraiment
eu beaucoup d‟argent. C‟était encore la période du boom minier, donc il y avait beaucoup
de véhicules. Le gouverneur a communiqué vaguement les recettes des vignettes, mais il
55

y a clairement un problème de transparence. C‟est sûr que les montants nationaux sont
bien plus importants, mais ce que le Katanga possède actuellement n‟est pas rien non plus.
Pour que la décentralisation soit complète, qu’est-ce qui manque encore ?
Ce qui manque, c‟est les moyens, l‟argent.
Et pour qu’on puisse parler de la décentralisation fiscale, qu’est-ce qu’il manque ?
Quel écart y a-t-il entre les lois et règles sur papier d’un côté et l’application de
l’autre ?
L‟écart qu‟il y a, c‟est la notion de l‟impôt, qui n‟est pas encore bien intégrée. C‟est-à-dire
qu‟on perçoit les impôts seulement dans les trois grandes villes du Katanga (Lubumbashi,
Likasi, Kolwezi). La culture fiscale n‟est pas encore acquise dans les milieux ruraux. Les
2/3 de la population du Katanga ne paye pas d‟impôts. Je peux te donner un exemple : en
milieu rural, il ya une taxe qui est populaire, notamment la taxe de l‟eau. Au moment ou la
personne achète de l‟eau, elle est aussitôt taxée. Mais depuis que Moïse est au poste de
gouverneur, il a interdit formellement la taxe de l‟eau. Le problème avec cette mesure,
c‟est que la chefferie et le territoire n‟ont plus de revenus, vu que c‟était sa seule taxe.
Donc il n‟y a plus de recettes locales. Il n‟y a comme revenus que l‟enregistrement civil
(la défense,…), la taxe de l‟eau et un peu d‟amendes judiciaires. Moïse prétend donner 25
000 dollars par territoire, mais je peux t‟assurer qu‟il y a encore des territoires qui n‟ont
toujours pas reçu cet argent. Comment vivent-ils ? C‟est vraiment un calvaire.
A part l’impôt, selon vous, tout est appliqué comme stipulé dans la loi ?
Loin de là, Il y a à l‟heure actuelle encore toujours des territoires qui n‟ont pas de textes
de lois . C‟est grave !
Ecoute le cas des taxes : la plupart des agents qui travaillent au FISC, ne sont pas des
fonctionnaires. Ils n‟ont pas de statut de fonctionnaire, mais ce sont des contractuels, ils
ont un contrat à durée déterminé et ils n‟ont pas de numéros. Ils ne sont pas reconnus par
l‟état. Une personne qui n‟a pas de garanties, car pas de salaire fixe : ou va l‟argent ?
(rigole). Il y a toujours des dérapages. L‟administration ne va vraiment pas bien. On peut
dire que l‟état vit à ras-du-sol. C‟est la population qui fait vivre l‟état, en particulier en
milieu rural. Jusque-là, depuis 2006, on ne sent pas de changement dans le
fonctionnement de l‟administration. Peut-être que dans les années à venir ça changera.
Espérons-le !
Quelles seront les conséquences de la décentralisation fiscale sur le secteur minier
artisanal ?
56

Il y a des carrières minières artisanales où les creuseurs artisanaux payent quelque chose.
Le droit d‟entrée , etc. Et cet argent va où ? Imagine: il doit payer l‟argent pour une
association de creuseurs, l‟EMAK32. Mais cet argent n‟arrive pas à l‟état, mon cher. Il y a
un service, le SAESSCAM (Service Assistant d‟Encadrement du Small Scale Mining),
établi pour l‟encadrement des creuseurs. Ce service n‟encadre plus tout le temps bien ses
creuseurs, donc l‟argent ne va pas où il doit arriver. Il y a des zones d‟exploitations
minières artisanales, qui sont consacrées par la loi. Dans une telle zone, chacun et
n‟importe qui peut y aller acheter des produits. Il y a des sociétés de négociants qui y
achètent des minerais à leurs risques et périls. Y a des taxes, parce qu‟il y a des services
étatiques sur ces lieu : la division des mines, le service des mines, la police minière, le
SAESSCAM,… Ce dernier doit veiller à la sécurité des travailleurs artisanaux. Si‟l y a
risque d‟effondrements, par exemple, c‟est à eux de dire STOP. Mais l‟encadrement n‟est
pas efficace. Finalement ces services ne sont que des services générateurs de recettes. SI
tu as récolté pour autant de tonnes, ils te demandent autant d‟argent. Ils prennent l‟argent
et seulement un petit pourcentage va dans le trésor public.
Combien d’organismes d’Etat travaillent dans le secteur artisanal ?
Ils ne sont pas tellement nombreux. Il y a l‟ANR (Agence national de Renseignement),
qui assiste au chargement et déchargement de minerais afin de contrôler le tout. On doit
payer pour cela. Il y a le SAESSCAM, la PMEA (petites et moyennes entreprises
artisanales) est aussi un service de l‟état, il y a le service des Mines et géologie qui sont
sur site et se disent patron : ils supervise les transactions, combien on importe et exporte,
combien on produit,..ils font les statistiques et centralisent presque l‟activité minière, il y a
la police minière,…
Les creuseurs artisanaux dans les mines doivent payer un pourcentage de la valeur de leur
„récolte de minerais‟, afin de payer tous ces services. Par exemple pour un kilo de Cobalt,
on leur retient 100 FC, qui est divisé sur tous ces services (25 FC pour l‟ANR, 25 FC pour
la SAESSCAM, etc) Après ça les négociants payent aussi à la sortie de la mine un
montant, puis lorsqu‟il veut vendre son minerais il doit aller à un laboratoire,…
Est-ce que le ministre provincial des mines a des plans pour changer cette situation ?
C‟est très complexe, comme je te l‟ai expliqué. Le ministre provincial des mines peut dire
qu‟il veut réduire les coûts des services de mines, mais il n‟est pas le patron des Petites et

32
Asbl créée le 07 août 2000 pour encadrer et défendre les intérêts des exploitants artisanaux et les représenter dans
tous les rapports avec Nouco. Emak assume globalement, pour le compte de ces affiliés, les charges de stockage,
transport, facturation et vente des produits à Nouco et a signé avec la Gecamines un protocole d’accord pour la
livraison des minerais cobaltifères à la Gecamines.
57

Moyennes Entreprises Artisanales. C‟est un autre ministre qui est compétent de cela. Il
peut dire : « mais mon cher, mes yeux et mes oreilles ce sont mes agents qui sont en
province et doivent être partout. Pareil pour l‟ANR : ils ne recoivent pas d‟ordre de
l‟autorité provinciale. Il dépend directement de la présidence. C‟est-à-dire que personne
ne peut les contrôler. Ils n‟ hésitent pas à arrêter ceux qui ne coopèrent pas, donc tout le
monde est obligé de coopérer. Pourtant on dit toujours que l‟autorité locale a un droit de
regard et d‟injonction à tous les services étatiques. Mais il y a des services qui y
échappent absolument, notamment le service de la sécurité (l‟ANR et la DGM : Direction
Générale de la Migration, ils opèrent souvent ensemble et parfois avec la police minière)..
Il y a des propositions de loi pour que l‟ANR et la DGM dépende des ministres des
Affaires Intérieurs et non pas de la présidence. Au moment où ils dépendent des Affaires
intérieurs, ils peuvent dépendre du gouverneur aussi. Parce que le gouverneur est le patron
des Affaires Intérieurs en province.
Pourtant il existe un ministre des Affaires Intérieurs provincial…
Oui, mais il ne s‟est pas encore bien imposé. Parce qu‟il y a un chef de division à la tête
de l‟administration en province. Ce chef de division de l‟intérieur est nommé par
Kinshasa. Il ne dépend donc pas du ministre provincial. Le ministre provincial de
l‟intérieur n‟a plus d‟ordre à donner à un chef de division. Ce dernier peut dire : « écoute,
je suis nommé, révoqué, etc par Kinshasa. Donc son rapport, il l‟adresse immédiatement
à Kinshasa et non au ministre provincial. IL donne juste une copie afin d‟informer le
ministre provincial, mais il n‟est pas obligé de lui rendre compte. La réforme actuelle de
l‟administration est très compliquée.
Il faut qu‟il y ait des lois claires qui puissent définir les compétences d‟un ministre en
province. Sinon il y aura toujours des problèmes !

5.2. Kawele Musevu, juriste et criminologue, chercheur au CEDemol ; interview le


17 février 2009 à Lubumbashi

Quelles coopératives minières connaissez-vous ?

Comme coopératives minières il y a l‟EMAK (les représentants des creuseurs


artisanauxà vérifier si ce n‟est pas la SAESSCAM, car il ne connaissait plus les
58

acronymes…). Sa fonction est de prendre en charge les soins médicaux lorsqu‟il y a un


accident de travail, de gérer les cercueils, quand il y a des accidents mortels dans le cadre
du travail (et d‟indemniser une petite partie à la famille du disparu), de représenter les
creuseurs au niveau provincial. C‟est la première coopérative pour encadrer les creuseurs
artisanaux au Katanga. L‟EMAK tient grâce au support de grands hommes, comme le
gouverneur du Katanga, qui y est membre d‟honneur. Il est membre d‟honneur parce qu‟il
a des activités minières dans la province.

5.3. Professeur Mota, Economie du développement, recherche Petites et Moyennes


Entreprises (PME), travaille actuellement sur l‟artisanat minier et l‟économie
katangaise ; interview orale pendant un séminaire à l‟UNILU sur „la situation
économique actuel du Katanga‟, le 6 février 2009

Il n‟y a même pas 50000 employés officiels, la Gécamines incluse. Or, au Katanga il y a au
moins 300 000 personnes actives dans la recherche de minerais. Donc, il y a plus ou moins
250 000 creuseurs. Donc, en fait le revenu sur les entreprises minières n‟engendrent presque
pas d‟argent dans les caisses. La preuve : vous sortez à Likasi ou même à 10 km de
Lubumbashi et vous allez voir que c‟est la misère noire. Il n‟y a pas d‟eau et pas d‟électricité :
les gens vivent de la chasse et de la ceuillette. Les enfants vont rarement à l‟école. Les soins
de santés sont quasi inexistantes. On est ramenés à la médecine traditionnelle des feuilles et
des plantes. Si les entreprises font quelque chose c‟est pour leur propre rendement, pour leurs
propres structures. Pour la construction de l‟infrastructure, les entreprises emploient des
chinois, qui malgré les 14000 km parcourus, coûtent moins chers que la main d‟œuvre
congolaise. C‟est incroyable ! Alors que la main d‟œuvre de base –pousser des brouettes et
creuser des tranchées- est destinée au congolais. Ils arrivent quand-même à venir ici comme
expatriés pour exploiter. Mais c‟est dû à la faiblesse de notre législation. Nous avons une
législation du travail minier qui dit Il ya des activités qui sont réservées propres aux
congolais. Sur 100% de travailleurs, il ne peut y avoir que 2% de travailleurs étrangers. Or, ce
n‟est pas le cas en pratique. Les chinois qui travaillent ici vivent dans des containers à côté de
leur endroit de travail. Tout ceci pour dire que les entreprises minières n‟ont pas d‟impact
immédiat sur l‟économie katangaise en dehors des taxes qu‟elles payent, mais, compte tenu
de la crise financière, ont encore fortement diminué. Le gouverneur a été obligé de diminuer
59

les taxes à 1% de la valeur déclarée des minerais, svp ! Ici, en RDC, c‟est aussi un problème
politique. Il nous faut un plan. Que les hommes politiques décident d‟un plan de vision et
mette tout en place pour le mener à bien.

En RDC, il n‟y a plus que 2 provinces qui s‟en sortent plus ou moins : Kinshasa et le Katanga.
On connaît un exode de la population vers ces deux provinces-là. Mais évidemment elles ne
peuvent pas continuer à accueillir toute la RDC, donc il y a des plans pour faire halte à cette
immigration interprovinciale. Comment va-t-on nourrir tous ces nouveaux venus ? Dans le
Kivu, il y a la guerre, donc n‟en parlons même pas…Même au Kassaï, actuellement il faut
investir dans la recherche pour trouver du diamant, ce qui ne se fait pas.
Depuis l‟indépendance de la RDC, il n‟y que 2 routes qui ont été complètement finies et il ne
reste plus que deux locomotives pour 2700 km de chemins de fer, rarement partout en
suffisamment en bon état que pour faire rouler des trains dessus. Mais ils roulent à du
15km/h, donc le maïs qui est cultivé dans nos terres fertiles, a juste le temps de pourrir avant
d‟arriver dans nos villes. Nous voilà donc obligé d‟importer nos aliments de Zambie et
ailleurs, ce qui est tout juste bon à nous endetter. Alors que nous avons tout le nécessaire dans
notre pays, ainsi que dans notre province !

Question d’Anthony : Est-ce que la commission qui s’occupe depuis 2 ans de la


« revisitation » des contrats miniers, peut changer la situation actuelle et est-ce qu’elle
s’occupe vraiment d’une amélioration de la situation sociale des travailleurs dans le
secteur minier ?
Guy rajoute une question : Est-ce que c’est uniquement une problématique pour la
politique provinciale, ou est-ce que Kinshasa est impliqué aussi ?

Réponse à la première question : la constitution en RDC a prévu des compétences locales,


provinciales et nationales. La gestion minière est une matière qui doit être géré au niveau
national. La politique locale se fait par la province. Voilà pourquoi il y a eu des édits
provinciaux par le gouverneur traitants sur la problématique des creuseurs, etc. Mais la
finission des concessions minières s‟est fait par Kinshasa. Il se fait que les grandes entreprises
sont gérées par Kinshasa et les petites entreprises par la province. La politique minière est
gérée par Kinshasa, mais la politique locale par la province.

Pour revenir à la question des contrats miniers,


60

Voyez les document que j‟ai ici, signé par le ministre des mines. Quel est le problème de la
revisitation des contrats miniers ? Quand les gens viennent ici, en RDC, pour négocier, par
exemple avec la Gécamines, la loi dit…imaginons que vous êtes une entreprise privée 100 %
étrangère. La Gécamines doit avoir un pourcentage dans l‟entreprise. On considère que le
gouvernement précédent a mal négocié les parts…
La plupart des entreprises minières ont plus de 75% des parts.
Prenez par exemple une entreprise comme KMT, la Gécamines a seulement 12 %. C‟est cette
disproportion qui a fait que le (gouvernement) congolais ne s‟y retrouvait pas. Quand on
donne un contrat, il fait 500 millions d‟investissement, il ne peut plier les dividents (à l‟état
congolais, la Gécamines qui est actionnaire) qu‟au moment ou les remboursements du capital
investi. Don si ca prend 10 ans, l‟état congolais est privé de recettes pendant 10 ans !. On a
mis en place une structure qui s‟appelle le pas-de-porte. Avant-même que l‟entreprise
commence à extraire le minerais, elle nous doit déjà quelque chose. Pour être sûr que la
Gécamines et le gouvernement touche quelque chose, les géologues qui ont fait de la
recherche sur le montant de cuivre et de cobalt dans certaines régions et carrières, on a mis un
prix à la tonne (35 dollar la tonne et il y a 250 millions de tonne, et 25 % de cuivre contenu),
qu‟ils doivent nous retourner de toute manière. Donc tous ces partenariats où la Gécamines et
le gouvernement congolais à moins de 25 % des parts, on doit ramener ça à 40 %, et c‟est ce
qui a été conclu dans la revisitation du contrat minier. Il faut aussi que l‟état congolais soit
participant dans la négociation des finances. Parce que qu‟est-ce qu‟on a constaté : les gens
prennent des financements de dépenses, font coter leurs actions en bourse. Dès que l‟action
chute, ils revendent à des partenaires qui attendent un peu avant de reprendre les activités,
mais dès que ça remonte ils revendent. Beaucoup d‟entreprises ont connu cela. On a changé
d‟actionnaires en très peu de temps. Pourquoi est-ce qu‟on a changé ? Les gens venaient pour
faire du business ici. Ils prennent une concession, font miroiter, et disent « voilà, il y a autant
de tonnes de cobalt et de cuivre ici, donc vous pouvez vous faire autant de milliards de dollars
là-dessus », puis les taxes montent, ils vendent leurs actions en bourse, ils se font du magot et
ils se cassent. La plupart des entreprises ont fermé de cette manière.
Il faut absolument revoir le code minier, car il y a des messieurs qui ont des concessions qui
vont encore durer 100 ans, sans que ça ne rapporte à l‟état congolais. Au départ, il paye 1%
entre la production et l‟exportation du chiffre d‟affaire déclaré.
La « revisitation » est terminée, mais maintenant les gens deviennent réticents, parce qu‟ils
doivent corriger le pas-de-porte, comme on a revu la participation gouvernementale à la
hausse. C‟est le gros problème actuellement. Beaucoup d‟entreprises partent actuellement. Ils
61

ont comme motif la crise financière et sa répercussion sur les prix des métaux sur le marché
international. Les cours de métaux en bourse ont chuté. Or, il faut regarder les choses en face :
ces entreprises sont arrivées ici en 2004, ils ses ont présentés en 2000 au président Kabila. Je
vous rapporte que j‟étais son conseiller à l‟époque. C‟était des contrats de 10 ans. On estimait
à l‟époque entre 2000 et 4000 dollars la tonne, or en octobre 2008, nous arrivions à 9000
dollars la tonne.

Le contrat minier avec les chinois est le suivant : la RDC va demander aux entreprises
chinoises de lui confectionner toute une série d‟ouvrages, d‟infrastructure, en compensation
de l‟exploitation minière. C‟est la Gécamines qui donnent 5 concessions minières (près de
Kolwezi) aux chinois et qui évalue sa valeur. On estime ces gisements de valeur de 90
milliards de dollars. En échange, la RDC aura des routes, des hôpitaux, des écoles,… qui
seront construites par ces grandes sociétés chinoises. Les entreprises chinoises doivent aussi
payer un pas-de-porte de 350 millions de dollars.
Les cours ou les taux du cuivre, n‟ont pas empêché le contrat social, mais ce sont les
négociations qui sont parties du gouvernement congolais vers la Gécamines avec ces
entreprises chinoises. C‟est la Gécamines qui a négocié. C‟est à ce niveau-là maintenant que
se situe le problème. Dès qu‟ils auront négocié et finalisé le contrat, c‟est difficile de
retourner en arrière.

Est-ce que des réalisations infrastructurelles sont déjà là ? Et la qualité a satisfait vos
attentes ?

Disons qu‟il y a une première livraison de matériel qui est déjà arrivée. Le niveau de ce
contrat est peu fiable. Mais concrètement sur le terrain on n‟a pas encore commencé les
travaux, parce que le contrat n‟est d‟ailleurs pas encore complètement finalisé par la
Gécamines. La Gécamines attend qu‟on lui paye le pas-de-porte avant de commencer toute
sorte d‟activité. La route Kasumbalesa-Lubumbashi, c‟est du fond propre du gouvernement
provincial. Mais elle est déjà en reconstruction. Les politiciens katangais ont voulu aller trop
vite, pour montrer à la population qu‟avec la venue des chinois ca allait changer. C‟était juste
une affaire politique. Mais on oublie qu‟il y a 100 à 200 camions par jour de près de 80
tonnes qui passent sur cette route. Si elle n‟est pas bien faite dans les règles de l‟art, elle ne
peut pas faire long feu. L‟année prochaine on prévoit un ring autour de la ville…
62

Il n‟y avait pas eu de carnet de charges pour les travaux de la route dont je vous parlais. On la
construite pour des besoins de publicités politiques. L‟argent est venu de « nulle part ». Ces
travaux n‟étaient même pas considérés comme dépenses publics. Car cela devait aller vite, et
si c‟était considéré comme travaux publics, il est impératif de construire selon des normes
officielles qui garantissent la qualité. Mais cela prendrait trop de temps. Pareil pour une autre
route : on a omis de d‟abord d‟occuper du dégagement de la route avant de commencer la
construction de la route. Aussi quand une société est choisie pour construire des routes, elle
ne respecte pas les délais. Elle va traîner et rallonger les travaux pour se faire un maximum
d‟argent ! Et c‟est à peu près cela qui tue à chaque fois nos contrats ici, en RDC.

Est-ce que le ministre provincial des mines est sur la même longueur d’onde que le
ministre national des mines ?
En 2006, il y a eu la nouvelle constitution qui stipulait qu‟en 2009 on devait passer au
découpage territorial. Le problème c‟est qu‟il n‟y a que deux provinces qui donnent des
ressources au pouvoir central : le Katanga et Kinshasa. Si nous devions procéder aujourd‟hui
au découpage territorial, alors qu‟on a pas encore bien mis en place la caisse de péréquation,
les provinces qui produisent ce surplus pour la caisse de péréquation…Mais Kinshasa est
réticent de couper ces province qui lui rapportent gros, en plus petites entités. Si vous lisez
l‟actualité, le Katanga réclame depuis longtemps les 40 % de retenu à la source, mais
Kinshasa fait tout pour éviter la mise en place de ce mécanisme-là. Kinshasa s‟es rebellé entre
guillemet et a mis en place la DGRK (Direction Générale des Ressources à Kinshasa) pour
récupérer à la source tous les impôts et taxes fiscales et non-fiscales qui reviennent de droit
aux provinces. Et maintenant, suite à une proposition d‟un député de l‟assemblée provinciale,
ce qui a été approuvé par le gouverneur, une DGRKatanga est en train de se mettre en place.
A partir du mois de mars, cette nouvelle institution devrait retenir 40 % des recettes à la
source, comme prévu dans la constitution. Voilà qui serait un début de la mise en place de la
décentralisation. Symboliquement très important. La vérité c‟est cela : Kinshasa ne veut pas
lâcher ses provinces et encore moins le Katanga, qui est sa vache à lait. Sans le Katanga,
Kinshasa ne pourrait plus fonctionner de la même manière. C‟est ça le conflit entre Kinshasa
et le Katanga. Mais le découpage politique n‟est pas encore envisagé. Pourquoi ? Parce que
vous savez qu‟il était question qu‟on ait les élections municipales ce février-ci. Ce mois-
même, donc. Mais il n‟y a pas d‟argent, c‟est la crise financière, ainsi que dans le secteur
63

minier, la communauté internationale ne veut pas financer les élections. On doit se débrouiller
nous-mêmes pour trouver l‟argent pour financer les élections. Donc on retarde la date…

Dernièrement on a arraché un arrêté, après 12 mois, l‟exonération du marché sur les entrants
de produits agricoles. Tout ça pour nous embêter ! Ils disent, vous êtes exonérés d‟impôts,
mais vous avez quand même la crise alimentaire !? Le gouverneur a exposé ses engins dans
l‟avenue principale, place de la Poste, comme vous avez dû voir. Ça fait 6 à 8 mois que ces
engins sont interdits de quitter Lubumbashi, parce qu‟ils n‟ont pas payé le droit de mise en
route. Pourtant c‟est prévu dans la législation douanière et d‟autres réglementations que les
provinces peuvent avoir leurs propres équipements de travail. L‟action faite là est une action
d‟éclat pour dire « si vous ne voulez pas qu‟on sorte les engins, nous on va les affecter, là où
on devrait les faire travailler, en dépit de la législation douanière. » Vous comprenez bien que
c‟est ce conflit-là qui bloque la décentralisation. Chaque régie (institution) financière qui
fonctionne à la province doit rétrocéder 5% à la province, mais ça ne se fait pas. Alors on est
en obligé de mettre en place des taxes provinciales, or si vous mettez en place une telle taxe
vous alourdissez la dette fiscale de ces opérateurs économiques. Je vous informe que si vous
produisez un produit fini, du pastis, par exemple à Lubumbashi, avant que votre produit va
sortir à l‟aéroport vous aurez payé 376 taxes différentes. Soit 70 % de votre chiffre d‟affaire
va passe dans ces histoires. Evidemment, ceci décourage les opérateurs économiques. C‟est
pour ça que dans le secteur minier le code minier est préci: on ne peut pas payer ce qui n‟a pas
été déclaré. Mais dans d‟autres secteurs vous êtes à la merci de tous petits fonctionnaires et
autres.

Le Katanga connaît une immense immigration de la population des provinces voisinent, qui
viennent trouver du travail dans le secteur minier. L‟impact est énorme. C‟est souvent dans le
secteur artisanal qu‟ils trouvent une source de revenu. On dit que les faits précèdent le droit.
Ces creuseurs et ces activités artisanales existent et donc il faut trouver des légalismes pour
les encadrer et les orienter au mieux. Avec le gouverneur du Katanga, nous mettons en place
une bourse d‟achat des produits artisanaux des creuseurs artisanaux. Ceci sera financé par la
Banque Mondiale. Le ministre national des Mines est déjà d‟accord. Donc on doit amélioré la
traçabilité des produits miniers et mettre en place une structure qui va récupérer tous ces
produits artisanaux. Il faut des entreprises de transformation locales ou bien que la province
achète des minerais immédiatement aux creuseurs artisanaux de manière à ce que le minerais
reste dans les sites, les carrières artisanales, afin de les transformer sur place. La province a
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déjà mis en place des mécanismes pour que cela se passe de cette manière-là. Il faut savoir
que la criminalité est souvent dûe aux creuseurs qui remontent en ville ou dans la banlieue ou
la brousse. Donc si on veut diminuer la criminalité il faut garder les creuseurs dans les sites en
leur donnant des activités. Plus de travail là-bas. Ceci est la stratégie de sécurité. Pour ce faire
le gouvernement provincial s‟est engagé pour racheter les produits bruts à des prix
compétitifs, puis nous les travaillerions, puis nous les revendrions à des grandes entreprises
qui les exporteraient. Cela ferait plus d‟emplois et plus de revenus pour l‟état congolais. Il y a
beaucoup de fours dans les environs de carrières qui ne fonctionnent plus, faute
d‟approvisionnement. Enormément de concessions minières ont déjà fermé parce qu‟elles ont
déjà été morcelées, même la Frénésie. Mais maintenant les entreprises reviennent et
revendiquent leurs concessions. Mais ils sont d‟abord obligés de chasser les creuseurs qui y
travaillent. Heureusement pour l‟état congolais, beaucoup de comités de recherches viennent
d‟expirer et les concessions reviennent de droit à l‟état congolais. Comme état digne on vient
de répertorier au moins 10 concessions minières. L‟état congolais s‟est donc engagé à racheter
ces produits, la banque mondiale finance la bourse. A ce moment-là la répartition des revenus
sera plus étendue sur toute la province. Et avec le programme du gouverneur, qui va remettre
en place une politique routière, la situation économique et donc financière du Katanga devrait
s‟améliorer.

Il est très important qu‟on diversifie notre économie, qu‟on ne soit plus que le Katanga
minier, mais aussi agricole. Le gouvernement provincial a mis en place un programme pour
développer l‟agriculture au Katanga. Actuellement, l‟économie katangaise est strictement
tournée vers l‟importation. Chaque mois, il y a une inflation de 5 à 7 %. Nous sommes
complètements tributaires de l‟agriculture à l‟étranger et donc nous ne maîtrisons pas les prix.
Cela va changer avec le nouveau plan. Les engins (tracteurs pour l‟agriculture, machine pour
la construction de routes,…) qui attendent place de la Poste vont se mettre au travail, dès que
la saison de pluie sera terminée, c‟est-à-dire au mois de mars-avril pour l‟infrastructure
routière, puis il faut attendre septembre pour commencer le travail agricole. Le programme est
donc en cours et je crois que ça ira.

Le plus grand problème, c‟est de lancer les gens dans l‟agriculture : cela prend 3 à 6 mois
pour pouvoir cultiver ce qu‟on a semé. Quels revenus entre temps pour ces agriculteurs ? On
ne peut pas les payer à l‟avance, avant-même qu‟ils aient cultivé quelque chose. Nous ne
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sommes pas une ASBL. En plus, si les routes ne sont pas convenables, le maîs pourrit avant
d‟atteindre les villes…

5.4. Balthazar Ngoy, professeur et chercheur au département sciences politique et


administration, UNILU, réponses par e-mail reçu le 10 mars 2009.

1) Quelles sont les conséquences principales de la décentralisation (fiscale) en RDC pour


la politique provinciale du Katanga ? Et plus particulièrement pour le secteur minier ?

(Etes-vous d’accord qu’il n’ y a pas ou très peu de conséquences, puisque toute la


décentralisation fiscale -qui est un facteur clé pour une décentralisation approfondie-
n’est pas encore d’application, comme par exemple les 40 % de recettes à caractères
nationales, qui devrait être retenu à la source ?)

-Réponse : La décentralisation n‟est pas encore totalement effective, surtout en matière des
finances. Certes, les provinces perçoivent certaines taxes et certains impôts tels que l‟impôt
sur les véhicules et bientôt elles vont percevoir l‟impôt foncier et l‟impôt sur les revenus
locatifs. Si les recettes provenant de ces impôts ne couvrent pas suffisamment ne fut-ce que
les charges de fonctionnement des institutions provinciales, comment peuvent-elles servir au
financement du secteur miniers ? D‟ailleurs avec la libéralisation de ce secteur et la création
des entreprises minières mixtes, c‟est la province qui espère recevoir de ces investissements
des taxes régulières devant lui permettre de remplir sa caisse. Quelques entreprises de ce
secteur accomplissent quelques oeuvres à caractère social (aménagement ou construction des
infrastructures de santé, de l‟éducation?), cependant le gros est perçu au
niveau central puisque c‟est le gouvernement national qui octroie les titres miniers.

2) Selon vous, est-ce que le gouvernement provincial arrive -depuis la Constitution de


2006- à mener sa propre politique provinciale comme elle le souhaite? (ou est-elle,
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malgré certaines compétences exclusives, encore trop restreinte par le pouvoir central ?)

-Réponse : C‟est connu de tout le monde que toutes les provinces se plaignent au sujet de la
non application de la Constitution en matière de répartition des recettes à caractère national.
Cette situation constitue certes, un obstacle majeur pour la réalisation des entreprises ou
initiatives de développement propres à la province. Cependant, même pour des provinces
dirigées par des animateurs incompétents en matière de management, cette situation constitue
un alibi favorable pour camoufler l‟inaptitude en matière de gestion. Au Katanga, les
difficultés financières handicapent la réalisation de la politique de développement telle que
définie dans le programme d‟action du gouvernement provincial. A défaut de la retenue des
40% à la source, la province est condamnée de se contenter d‟une rétrocession des frais dont,
malheureusement, le taux est aussi très faible par rapport au volume réel des réalisations au
niveau des régies financières en province. Ce taux est de l‟ordre de 4% soit dix fois moins que
ce qui est défini par la loi ( lire à ce sujet le Budget de la province de l‟exercice 2008, p.VI).

3) Y a-t-il moins ou plus de réalisations (provinciales) après 2006 ? Grâce à la


décentralisation ?

-Réponse : Par rapport à l‟ambitieux programme présenté et poursuivi par le gouvernement


provincial du Katanga, les réalisations effectuées sont de loin minimes. Cela, eu égard à la
profondeur de la destruction des infrastructures de base opérée sous le règne de la dictature et
pendant la longue et tumultueuse période de transition. Disons que les quelques réalisations
manifestes se focalisent essentiellement à Lubumbashi et à dans le territoire de Kasenga où
quelques ouvrages à caractère social (centres de santé, écoles, éclairage public?) et quelques
infrastructures (bâtiments, voiries, canalisations, travaux d‟assainissement?) sont bien
perceptibles. Sinon, pour le reste de la province, les choses demeurent encore statiques.

4) Quel est l’impact du ministre provincial des Mines sur le secteur minier au Katanga,
sachant qu’il a un homologue supérieur à Kinshasa ?

-Réponse : Les deux instances se situent nettement sur un plan vertical, à telle enseigne que
le ministère national se trouve au-dessus du ministère provincial. C‟est au premier que revient
la tâche de gérer tout le secteur minier sur l‟ensemble du territoire national. Le ministère
provincial n‟intervient que relativement aux compétences reconnues à la province. En cette
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matière, la Constitution reconnaît à la province, la latitude d‟élaborer et d‟exécuter des


programmes miniers d‟intérêt provincial dans l‟esprit du planning national. IL veille aussi au
respect de l‟exécution des mesures prises par le gouvernement central avec l‟appui de la
Division provinciale des mines. Comme on peut le constater, le Ministère provincial des
Mines a un regard sur ce secteur cependant, ses initiatives et actions ne peuvent pas contrarier
celles du gouvernement central.

6. ONG

6.1. Mme Bernadette M. Kapend, directrice de REFED-Katanga (Réseau Femme


et Développement) et Délégué du Katanga au Forum National ; interview mardi 10
février à Kipushi, RDC. Tél : 243 81 8152771 E-mail: [email protected]

Donc, selon vous, il y a pas mal de projets d’agriculture au Katanga qui ont vu le jour
après 2006. En quoi est-ce que la décentralisation y est pour quelque chose ?

La décentralisation apporte pour la RDC et plus particulièrement au Katanga un apport


nouveau. Pourquoi un apport ? Parce qu‟elle va permettre aux communautés de bases d‟être
mieux informées de la chose publique, des ressources humaines et naturelles, dont chaque
partie de la RDC regorge. Evidemment, de manière différente d‟une partie à l‟autre. Comme
au Katanga, qui a toujours été présenté comme la province minière, il y a aussi autre chose.
Plusieurs parties ne sont pas dotées de mines, mais de sols fertiles, idéals pour l‟agriculture.
Depuis des années il y a des parties qui sont de véritables greniers agricoles : il y a l‟huile de
palmier, le manioc, le riz, une énorme variété de fruits,…Or, les fruits qu‟on mange à
Lubumbashi ne viennent pas du Katanga, mais ils sont importés de la Zambie. C‟est
incroyable, non ?! Ces greniers agricoles n‟ont pas été exploités. A la place d‟exploiter nos
greniers agricoles on a fait venir la population des régions rurales pour travailler dans
l‟industrie minière, ce qui a créé une invasion dans les villes. Le Katanga doit absolument
diversifier son économie. Pas tous les habitants doivent dépendre du secteur minier, car quand
arrive la crise…c‟est la catastrophe.
68

Aujourd‟hui, la décentralisation va amener la la participation active à la gouvernance locale.


Chaque gouvernant locale va voir ce qu‟il peut apporter pour gouverner. On dit que la
décentralisation c‟est approché le pouvoir aux bénéficiaires. Ce dernier va comprendre le
pouvoir et savoir comment produire des richesses. Avec ça, chaque société va vouloir
partager son savoir traditionnel, ancestral ou paysan pour pouvoir le transformer en richesse
facilement.
Quand le pouvoir était centralisé on voyait ce qui était palpable, ce qui était facilement
visible. On ne voyait pas le communautaire, contrairement à la décentralisation.

D’accord, mais là vous parlez dans la forme du futur. Y a-t-il eu un changement après
2006 au niveau de la politique agricole ? Si oui, lesquels ?

Oui, c‟est parce que j‟ai d‟abord voulu expliquer la thématique de la décentralisation, qui est
nouvelle pour nous. Même si elle a commencé en 1982 sous le règne de Mobutu, mais n‟a
jamais abouti. Depuis lors j‟ai participé dans le forum provincial, ainsi que représentante de la
femme et déléguée du Katanga au Forum national de Kinshasa. Voilà pourquoi j‟ai utilisé le
futur : la décentralisation doit faire face à de nombreux problèmes et défis pour asseoir la
décentralisation au pays. Mais depuis 2006, fin 2006, début 2007 on sent clairement l‟élan de
la décentralisation. Ceci sous forme de formations, d‟informations et de sensibilisations. Les
gens se disent maintenant que „tiens, nous aussi ce que nous faisons et tenu en compte. Nous
participons au mouvement, à la gouvernance ils sont même partie prenante, grâce à la
décentralisation. Si vous allez visiter les gens dans leurs champs, ils vont se dire maintenant
qu‟ils vont contribuer au développement des gens de leurs coins. C‟est pareil pour la pêche :
ils veulent aussi attirer des investisseurs pour contribuer au développement du coin. Vous
comprenez l‟idée ?

Comment les gens sentent le rapprochement politique par le ministre provincial de


l’agriculture ?
Ils sentent que le ministre et ses acolytes sont plus proches de la base et que le ministre
pourra répondre plus précisément à leurs besoins.
Il y a un changement clair à ce niveau-là depuis 2006, surtout avec le ministre provincial de
l‟élevage, agriculture et pêche. Depuis ses compétences prévues dans la constitution il est plus
à l‟écoute que ses prédécesseurs. IL veut comprendre, apprendre de la base et mettre ce qu‟il a
appris en décisions politiques. Les communautés de base se sentent enfin valorisées. C‟est un
69

véritable stimulus. Nous sommes enfin des contribuables à notre développement et bien-être.
Le gouvernant va nous accompagner dans ce processus avec la rétrocession, la bonne
redistribution des ressources générées dans notre province. Mais on attend toujours ces
fameux 40%. Moi je dis toujours…vous voyez, on dit que le Katanga est minier, mais les
mines ont tellement d‟effets néfastes. Et qu‟est-ce que le Katanga reçoit en retour pour tous
ces effets néfastes qu‟il est en train d‟absorber depuis tellement d‟années ? Il ne reçoit rien !
Alors pourquoi crie-t-on à chaque fois „le Katanga minier‟ si ça ne profite pas aux Katangais ?
Il faut diversifier vers autre chose qui n‟attire pas l‟attention de tout le monde. Littéralement
l‟attention des grandes entreprises du monde entier, qui viennent puiser nos ressources et
exploiter les gens, pour finalement laisser une terre polluée. Les mines sont une vache à lait
pour tout le monde. Et ça ne va pas.
Moi, en tant que femme qui parle pour les communautés à la base et qui a longtemps travaillé
dans le social, je vois clairement une évolution quand je regarde ce que le ministre de
l‟agriculture arrive à faire pour l‟instant. Il arrive à donner une voix aux communautés rurales
de base. A l‟époque, avant 2006, c‟était impensable. Il fallait attendre tout de Kinshasa.
Pouvez-vous citer quelques organismes qui ont vu le jour, après 2006 ?
Beaucoup d‟associations qui ont vu le jour ont la thématique agricole comme première
thématique. La REFED, par exemple est l‟une de celles-là. Quand vous voyez les tableaux
avec les activités des femmes au Katanga, la grande majorité à l‟agriculture comme première
activité. Il y a aussi le Conseil national des ONG s. Quand vous regardez l‟activité principale
de 95 % des ONG s, vous verrez qu‟elles s‟alignent dans la thématique de l‟agriculture.
Un énorme acquis pour notre pays est qu‟actuellement le ministre demande tout le temps
l‟avis de la société civile, qu‟il veut impliquer dans ses décisions. C‟est un changement
radical pour un pays qui a connu la dictature. Quelqu‟un qui n‟était pas nommé à Kinshasa
n‟avait pas le droit de s‟exprimer à la télévision. Ce qui n‟est plus le cas aujourd‟hui. On sent
que les gens peuvent se sentir plus à l‟aise et qu‟ils peuvent déclarer ce qu‟ils veulent déclarer
(à la télévision).
De deux, il y a eu effet d‟autopromotion. Plein d‟organisations apparaissent qui forment les
autres, par exemple les centre d‟alphabétisation, de professionnalisation,
N‟oublions pas que 72% de la population katangaise est rurale et vit principalement de
l‟agriculture et le para-agriculture. Mais il y a des problèmes énormes d‟infrastructures, de
routes,…ce qui fait que d‟énormes greniers agricoles pourrissent avant d‟atteindre les centres
de consommation.
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6.2. Jean-Pierre Okenda ONG DAF/ACIDH (Action Contre l‟Impunité pour les
droits humains), Juriste et Chercheur en droits economiques, sociaux et culturels,
interview par e-mail le 2 mars, Tél:+243995227821, Email: [email protected]

Lors de ta présentation à ACIDH le mois passé, vous aviez parlé de la situation de


sécurité sociale lamentable des creuseurs, ainsi que des employés dans des entreprises
minières. La première catégorie informelle peut compter sur des services d'état, et la
deuxième sur des 'syndicats', bien souvent créée par l'entreprise.

1° Pensez-vous que la décentralisation (avec le ministre provincial des mines) a déjà


changé quelque chose à la situation des travailleurs minier (informel+formel)? Si oui,
qu'est-ce qui a changé?
Pourquoi (pas)? Quelles sont les raisons?

Réponse
a) Depuis 1990, le fonctionnement des institutions publiques de l‟Etat était devenu
quasiment inexistant. Avec l‟organisation des élections libre et pluraliste, la refonte
des institutions en général et en particulier l‟administration publique n‟était plus que
jamais démise. Pour ce faire, la mobilisation des ressources humaines et financières
sont d‟une importance capitale pour la mise en application des reformes
constitutionnelles entamées. A ce jour, avec les pratiques de corruptions, de
détournement et le trafic d‟influence qui gangrènent les institutions de l‟Etat, ces
ressources ne sont toujours pas mobilisées. C‟est dans ce cadre qu‟il convient de
placer la difficulté de fonctionnement auxquelles se trouvent confrontées les
institutions décentralisées actuellement. En principe, la décentralisation a pour but de
changer et/ou d‟améliorer les conditions sociales et économiques de la population en
général et en particulier des travailleurs. Cependant, la réalisation des résultats
concrets en termes d‟amélioration des conditions de travailleurs aussi bien dans le
secteur informel et formel dénote le contraire. Il y a absence totale de l‟Etat dans ce
secteur.

b) Les raisons sont les suivantes :

- Le fonctionnement harmonieux d‟un Etat est consécutif au fonctionnement normal


de l‟administration publique locale et ses services techniques locaux. Pourtant,
71

malgré la mise en place de la décentralisation, elle est restée limitative qu‟aux


seuls ministères provinciaux. C‟est dire que les services de l‟Etat de base chargé
d‟appliquer les lois du pays ne bénéficient que guère des conditions nécessaires
pour faire leur travail. Il s‟agit notamment des frais de fonctionnement sans
lesquels, on ne peut attendre un miracle pour le fonctionnement harmonieux de
l‟administration publique. A cela, s‟ajoute la modicité de salaire alloué aux
fonctionnaires de l‟Etat. Considérons le secteur de l‟emploi, l‟Office National de
l‟Emploi (ONEM) qui est un service technique en matière de validation et de la
légalité des contrats de travail n‟est pas fonctionnel pour défaut des frais de
fonctionnement. A partir de ce moment là, on ne peut pas espérer des emplois
sécurisants susceptibles d‟améliorer les conditions des travailleurs, c‟est une
véritable jungle. Il faut dire aussi que certaines structures prévues pour mettre en
application la législation du travail de la RDC n‟existe toujours pas ou soit existe
qu‟à peine.

- Absence des ressources financières nécessaire pouvant garantir le bon


fonctionnement des jeunes institutions, des services techniques et de
l‟administration publique locale. La retenu à la source de 40% prévue par la
constitution de la République n‟est pas effectivement octroyée par le pouvoir
central de Kinshasa. Actuellement, la rétrocession accordée est trop faible et ne
permet pas aux provinces de renforcer les capacités des agents locaux en vue
d‟optimiser le rendement des services escomptés.

- L‟apprentissage de l‟exercice de la décentralisation. Certes, la constitution de la


RDC de 1964 a eu consacré cette forte décentralisation mais elle n‟a pas été
d‟application. Ainsi donc, l‟expérience actuelle, il faut l‟avouer est expérimentale.
En revanche, comme partout ailleurs, nous nous attendions d‟assister au
tâtonnement dans la mise en place des institutions provinciales.

2° Est-ce que la tutelle du ministre national des mines sur son homologue
provincial bloque la politique minière que le Katanga voudrait mener?
R) Evidement, comme susmentionné, la constitution consacre les compétences exclusives et
concurrentielles entre le pouvoir central et le pouvoir provincial. A cet effet, l‟adoption des
lois organiques était démise dans la répartition pragmatique des compétences. A ce jour,
l‟adoption de certaines de ces lois fait toujours défaut. En revanche, on a assiste à un
72

empiétement des compétences entre les deux ministres. Bien de fois, les décisions prises par
le gouvernement provincial dans le secteur des mines ont été souvent annulées par le
gouvernement central. Mais aussi, il faut dire que ce secteur attire l‟attention des toutes les
autorités de Kinshasa d‟autant plus qu‟ils y trouvent tous des comptes. Il y a une forte
implication des autorités de Kinshasa dans les entreprises minières au katanga, soit on y est
membres de conseil d‟administration dans certaines mining, soit on y est actionnaire et/ou on
y participe à quelque degré que ce soit. Cela est l‟un des facteurs faisant que le ministre
provincial des mines voit ses prérogatives constitutionnelles parfois estropiées.

3° Quelles sont, selon vous, les raisons pour le blocage de Kinshasa sur le développement
de la province, ainsi que le refus de rétrocession des 40% de recettes à caractères
nationales?
Pour ma part, il n‟existe aucune raison ni objective ni légale pour la quelle le pouvoir de
Kinshasa handicape la retenu de 40% au bénéfice de la population congolaise. Contrairement
à ce que soutient le pouvoir de Kinshasa, la constitution de la RDC ne parle même pas de
rétrocession mais plutôt de la retenu, c'est-à-dire que les provinces devraient retenir ce
fameux 40% à la source.
Par ailleurs, le plante forme au pouvoir à Kinshasa viole délibérément la constitution de la
République adoptée par voie référendaire en invoquant des prétextes dilatoires entre autres
l‟inégalité des ressources en recettes entre provinces c'est-à-dire qu‟il y aurait un certain
déséquilibre entre provinces. Pourtant, la lecture de la constitution laisse entrevoir que les
dispositions ont été prises pour contourner ce déséquilibre notamment en préconisant une
caisse de péréquation. Cette caisse a pour but garantir l‟équilibre entre les provinces qui ont
moins des ressources et celles qui en ont plus.
En tant que juriste, aucune raison, bonne soit-elle ne peut justifier la violation d‟une
disposition constitutionnelle, expression de la volonté générale de la population congolaise.
Je pense que le refus de Kinshasa de laisser les provinces procéder à la retenue de 40% ne
relève tout simplement que de la logique égoïste et malveillante des tenant de pouvoir actuel.
4° Si Kinshasa veut plus de revenus, il a tout intérêt à ce que le Katanga puisse se
développer, puisque cela signifierait plus de taxes au Katanga, donc plus d'argent pour
l'infrastructure, donc plus attirants pour les entreprises,...un véritable cercle vertueux!

Est-ce la peur de sécession? La peur d'une trop grande popularité de Moïse, qui
augmente ses chances pour les présidentielles en 2011? Alors que Moïse n'aspire pas à la
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présidence, puisqu'il a plus de pouvoir en tant que gouverneur vu que ces entreprises
minières se trouvent au Katanga....

Je ne pense pas que la peur de la sécession soit à la base du refus de Kinshasa de


faire appliquer la disposition constitutionnelle relative à la retenu de 40% à la source, encore
plus actuellement, il n‟existe pas de plus à plus de Katangais qui sous entende la scission de
la province. Vraisemblablement, la réalité est restée un argument politique que se serve une
faible minorité de politicien Katanga comme de pression sur Kinshasa. Certes, la popularité
de Moise peut susciter la peur de Kinshasa, mais ce n‟est pas une raison suffisante. Il est tout
simplement question de l‟absence d‟une volonté réelle de procéder à la distribution équitable
des revenus du Trésor public et ce, depuis toujours.
Je pense que pour mieux appréhender cette question, il sied de faire une rétrospection pour
comprendre le contexte de transition politique qui prévalu la rédaction de la constitution
actuelle impliquant l‟esprit de la gestion décentralisée du pouvoir, ipso facto la retenu de 40%
à la source. Tu remarqueras qu‟il y avait plusieurs forces politiques dans la gestion du pouvoir
politique d‟alors, la gestion qu‟on qualifiée de 1 +4 (RDC Goma d‟Asarias, MLC de jean
pierre Bemba et oppositions politiques avec Artur Zaidi Ngoma et gouvernement avec Joseph
Kabila).
L‟analyse profonde de la question laisse entrevoir qu‟excepté le camp gouvernement ;
actuellement au pouvoir, les trois autres forces politiques ont milité pour la gestion
décentralisée du pouvoir. Cette gestion répondait effectivement au besoin ressenti par la
population congolaise. Par contre, il se dégage clairement que la majorité au pouvoir actuelle
n‟ont pas été d‟accord pour la gestion décentralisée du pouvoir et qu‟à son temps le contexte
politique ne leur a pas permis de s‟y opposer. Actuellement qu‟ils sont au pouvoir, ils ont tous
les moyens d‟obstruer l‟application de cette disposition.
De plus, de prime à bord, les politiques de Kinshasa sont de nature à être les maitres des
revenus du trésor public et les gèrent en leur propre guise pour accroitre leurs fortunes.
Ainsi donc, il est tout claire qu‟en accordant la retenu à la source aux populations vivant en
province, leurs fortunes décroitraient. Voilà mon point de vue par rapport à cette dernière
question.
5) Le code minier est-il appliqué ?

Revenant au code minier de 2002, après sa promulgation, le règlement minier qui était
nécessaire pour son application fut promulgué à 2003. Son problème, c'est le manque de la
74

création des certains organes crées par le règlement minier qui devrait faciliter sa mise en
application qui manquent, si non les deux lois sont suffisants pour son application.

6) La nouvelle constitution prévoit que le pouvoir de l’état s’exerce à trois niveaux : le


gouvernement central, les provinces et, enfin, les Entités territoriales décentralisées
(ETD). Les ETDs sont-elles déjà opérationnelles? (même si les élections locales au
suffrage universel n'ont pas encore eu lieu?)
Ou bien elles existent, mais elles ne fonctionnent pas encore correctement, comme le
veut la constitution ?

Par rapport à ta question, il faut avouer que les dispositions de la constitution relative à
l'exercice du pouvoir sont jusque-là inopérationnels. Les entités qui existaient suivant la
configuration de l'ancienne République existent et fonctionnent comme telles, c'est dire que
selon les règles de gestion de l'ancien système qui n'accordait pas de l'autonomie
administrative et financière prévue par l'actuelle constitution. En revanche, nous disons que
les entités décentralisées ne sont pas opérationnelles au sens exprimé par la constitution
actuelle. A ce jour, chaque province essaie de s'organiser de sa manière.
Par exemple au Katanga, le gouvernement provincial accorde une subvention de 25 milles
dollars à chaque territoire pour son fonctionnement; tu peux comprendre toi même! Te disais
que je provenais d'une mission à l'intérieur de la province. Il n 'y a rien d'existant en terme
d'entité décentralisée.

En principe, la constitution prévoit le découpage territorial. En effet, certaines entités


décentralisées ne peuvent naîtrent que de l'application de cette disposition constitutionnelle.
Il est vrai que certaines lois organiques sont déjà promulguées par le président Kabila, mais
dans l'ensemble, elles sont insuffisantes pour l'opérationalisation des entités décentralisées
telle que les chefferies pour n'en citer que çà.

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