La Decentralisation en RDC Quelles Conse
La Decentralisation en RDC Quelles Conse
E c on omi s ch e, P ol i ti ek e en S o ci al e W et en s ch app e n
VAK GR O EP P OL IT IE K E W E T E NS C HA PP E N
LA DECENTRALISATION EN REPUBLIQUE
DEMOCRATIQUE DU CONG O (RDC).
Quelles conséquences pour la politique katangaise dans le secteur minier ?
S A M U E L L I E T AE R
Ma st e rp r o ef t ot h et beh al en v an d e g r aa d van ma st e r i n d e P ol i ti ek e
w et en s ch app en
Pr o m ot o r: P r o f. D r . Jan G o ru s
2
Remerciements
Samuel Lietaer
Bruxelles, 10 mai 2008
3
1. Introduction
Kinshasa ne veut pas déléguer de pouvoir aux provinces. C’est une question de manque de
volonté politique, affirme un doctorant de l‟université de Lubumbashi au Congo. Cette
énonciation forme le point de départ de ce travail : quelles sont, alors, les conséquences de la
décentralisation stipulée dans la Constitution de 2006 pour la politique provinciale du
Katanga ?
L‟article est structuré en cinq parties. La première présente un aperçu du contexte dans
lequel la décentralisation en RDC a vu le jour, ainsi que le caractère de son contenu, comme
prévu dans la Constitution. La deuxième partie est une étude de la littérature sur l‟Etat fragile
et l‟Etat rentier qu‟est la RDC soutenant mon hypothèse de la réticence de Kinshasa à la mise
en œuvre de la décentralisation en général et de la décentralisation fiscale en particulier.
Ensuite, nous abordons entre autres les défis politiques que comporte la décentralisation
fiscale. Dans la quatrième section il s‟agit de mettre en avant la différence entre le cadre
juridique établi, concernant la décentralisation, et la réalité appliquée dans ce cadre. L‟état des
5
lieux juridique basé sur les textes juridiques, d‟une part, et des interviews qualitatives, d‟autre
part, confirme en grande partie l‟hypothèse avancée. Nous proposons un plongeon sur le
territoire, dans cette même section, afin d‟y analyser le rôle et l‟implication politique et
juridique de l‟autorité provinciale dans le secteur minier. Cette analyse sera nuancée en
faisant un crochet par le secteur agricole ré-émergent au Katanga. Enfin, la conclusion tente
d‟apporter une réponse à la question de recherche.
L‟objectif de cette étude n‟est pas d‟évaluer la politique menée par le gouvernement
katangais, mais bien d‟analyser si le pouvoir provincial ressent effectivement cette
décentralisation et si elle fait l‟expérience d‟un changement au niveau de la politique qu‟elle
est capable de mener.
Pour ce faire, le terme „politique‟ (policy) dans le sens de stratégie, nécessite notre attention.
Afin de pouvoir mener sa propre politique (provinciale), la province doit disposer de
suffisamment de compétences fiscales. Il donc est impératif qu‟elle jouisse d‟un niveau
adéquat de ressources, générées localement ou transférées du gouvernement central, ainsi que
d‟un transfert d‟autorité afin de prendre des décisions au sujet des dépenses. (Smoke, 2001)
A cet effet, l‟autorité katangaise doit collecter ces moyens financiers par l‟imposition de
taxes. La manière et la mesure dans laquelle les citoyens et les entreprises (minières)
contribuent à ces taxes, ont des conséquences directes sur la vie économique de la province
d‟une part, et sur la réussite de la décentralisation d‟autre part. (Kaiser, 2006; Rapeval, 2006;
et. al.). C‟est pourquoi, la décentralisation fiscale, et le secteur minier qui est le plus important
contribuable, retiennent particulièrement notre attention.
3. Hypothèse
littérature plus complexe, est simple: la décentralisation (fiscale), comme prévue dans la
Constitution, reste sans portée pratique. Les dirigeants centraux ne veulent pas transférer de
pouvoirs (fiscaux) – sous la forme de compétences effectives – aux provinces. Et
particulièrement aux provinces riches en ressources naturelles, ou actives dans les secteurs
lucratifs, comme le secteur minier. Par conséquent, je m‟attends à un écart entre le cadre
juridique établi concernant la décentralisation et la réalité appliquée dans ce cadre.
La recherche de l‟existence d‟un “écart juridique”, dont la méthode sera précisée plus loin, va
permettre de confirmer ou infirmer cette hypothèse.
Depuis l'indépendance le système centralisé a démontré son incapacité à rencontrer les défis
posés par l'immensité du territoire. (Marysse, 2005; et.al.)
Pourtant, déjà avec la Constitution dite de „Luluabourg‟ de 1964, ainsi que par six
(ordonnance ou décret-) lois de 1977 à 1998, le Congo/Zaïre sous Mobutu a tenté d‟instaurer
la décentralisation. En 1982, le pays a connu une réforme décentralisatrice essentiellement
administrative et politique ayant pour objectif le développement économique du pays avec la
7
Les motifs pour la décentralisation de l‟époque étaient, en grandes lignes, pareils à ceux
d‟aujourd‟hui. De la capitale, il est difficile de comprendre certaines réalités économiques,
sociologiques et politiques locales. Il est encore moins facile de porter des solutions
satisfaisantes et différenciées aux problèmes qui s‟y posent.
En situation post-conflit dans les États fragiles, la décentralisation a souvent pour principal
objet de combler le déficit de légitimité de l'appareil de l'Etat, lequel a perdu une part
importante de sa crédibilité auprès des citoyens. (Liègeois, 2008; Ndela, 2008)
Aujourd‟hui, les dirigeants du Congo se trouvent face à un nouveau défi colossal : construire
un nouveau Congo, sous la forme d‟un Etat capable d‟assurer à tous ses résidents, d‟origines,
d‟histoires et de cultures si diverses, de meilleures conditions de vie, de sécurité et de
développement économique, social et culturel.
1
L’intégralité des dix interviews effectuées à Lubumbashi se trouve numérotées en annexe.
2
Pour un bon aperçu sur la littérature de la bonne gouvernance, lire Tennekes (2005)
8
des responsabilités et bonne gouvernance: des services de meilleures qualités car plus proches
des administrés; (2) amélioration de la démocratie à la base et une participation accrue ; (3)
reconnaissance et prise en compte des identités locales ; (4) aide à la transformation des
conflits. (Liègeois, 2008 ; Faletti, 2004; Kaiser, 2006)
Toutes ces vertus ont aussi un impact positif sur la libéralisation de l‟économie
nationale et du secteur minier en particulier. Voilà pourquoi en 2000, la Banque mondiale et
le FMI retournent au pays, venant rompre l’isolement international3 auquel le pays était
soumis depuis plus d‟une décennie. Rapidement, les bailleurs de fonds suggèrent (en contre
partie d‟une annulation de la majeure partie la dette), une réforme rapide et en profondeur de
l‟État et des législations nationales sectorielles afin que le pays devienne une destination
privilégiée par les investisseurs. Actuellement, le pays est doté d‟un cadre institutionnel et de
normes alignées sur des standards internationaux de développement (Objectifs du Millénaire,
Stratégie de lutte contre la pauvreté) (Mazalto, 2004 ; 2008)
Les critiques, de l‟autre côté, soutiennent que la décentralisation mène à des soft–
budget constraints, à l‟instabilité macroéconomique, au clientélisme et à l‟élargissement des
bureaucraties (Rodden & Wibbels, 2002; Stein, 1998).
Quoiqu‟il n‟y ait pas de consensus sur les vertus ou les vices de la décentralisation, les deux
approches admettent que la décentralisation cause une augmentation du pouvoir des officiels
subnationaux avec des bons ou mauvais résultats.
Cependant, Faletti (2004)4 démontre qu‟une analyse plus approfondie des conséquences de la
décentralisation à travers les pays, révèle que, malgré l‟implémentation de réformes
similaires, leur impact sur la distribution de pouvoir entre les niveaux de gouvernement varie
largement d‟un pays à l‟autre.
De plus, les pays ont tendance à adopter des interprétations sélectives de la décentralisation et
à opter pour des politiques de décentralisation pour se rallier à l’idéologie dominante en
matière de développement. (Hussein, 2004 :112)
3
Expression reprise de Stefaan Marysse : « Besoins de Financement pour la reconstruction de l‟économie
congolaise : ampleur et conditions préalables », dans Reyntjens, F. & S. Marysse (dir.), L’Afrique des Grands
Lacs, Annuaire 2001-2002, Paris, l‟Harmattan, 2002.
4
Faletti (2004) a comparé 4 pays d’Amérique latine pour sa recherche doctorale.
9
- Politique : dévolution de pouvoirs à des entités politiques décentralisées. Elle repose sur
l‟hypothèse que les décisions prises avec une plus grande participation des citoyens sont plus
justes et qu‟ils répondent mieux aux intérêts des divers groupes dans la société, que celles que
le gouvernement central aurait prises seul. Son introduction suppose des réformes statutaires
et constitutionnelles, ainsi que l‟existence d‟un système de partis pluralistes.
trop souvent traitées séparément par les décideurs et analystes politiques, alors qu’elles sont
intrinsèquement liées.
Les provinces ont été mises en place avant que le dispositif législatif relatif à la
décentralisation en général et les ETD en particulier n‟ait été finalisé. Ainsi, la RDC se trouve
devant un espace politique et territorial à gérer selon de nouvelles logiques qui ne sont pas
12
toujours précisées, mais dont les acteurs sont en place. De facto, les trois niveaux de pouvoirs
se retrouvent dans une situation de „concurrence‟, de „négociation‟ et même de „rapport de
force‟ avec l‟administration centrale qui n‟a pas fini, avec le législateur, de définir le contour
du dispositif. (Liègeois, 2008)
Les dangers de crispations et de discordances sont nombreux, d‟autant que s‟y rattachent des
logiques de pouvoirs et de ressources, spécialement au Katanga. En évoquant d‟abord ces
dangers et risques, les défis politiques et financiers seront analysés en détail, après quelques
précisions méthodologiques sur la recherche.
Politiques :
- Capture du pouvoir local par des forces politiques qui n'ont pas intérêt à la réussite du
processus ;
- Dispersion du pouvoir ;
- Évidement du pouvoir central ;
- Tensions sécessionnistes au Katanga et Bas-Congo;
Financiers :
- Capacité insuffisante des mandataires et des administrations décentralisées ;
- Correction insuffisante des différentiels de développement entre entités décentralisées ;
- Concurrence fiscale et réglementaire entre entités décentralisées ;
-Incohésion macroéconomique et finances publiques en difficulté ;
- Accroissement du coût de la gouvernance ;
13
5. Précisions méthodologiques
Méthode et données
Après avoir évoqué les dangers et risques, nous allons placer le projet de la
décentralisation et ses défis dans un contexte sociopolitique plus large des notions théoriques.
Plus particulièrement, la littérature concernant les notions de l‟Etat en faillite et de l‟Etat
rentier sera concernée. Cette approche (socio)constructiviste5 nous permet de mieux
interpréter et de comprendre pourquoi le pouvoir central traînerait dans ce chantier
institutionnel.
Ensuite, l‟hypothèse sur la décentralisation fiscale sera contrôlée par les faits : un état des
lieux des lois existantes à ce sujet, qui sera vérifié par des interviews d‟experts sur le terrain.
Ainsi sera „mesuré‟ – de manière „positiviste‟ sans pour le moins exclure le contexte
théorique – l‟écart entre le cadre juridique et la réalité juridique appliquée sur le terrain. Si
l‟hypothèse est confirmée par les constats, alors cet indicateur nous permet d‟exprimer de
faibles chances à de conséquences significatives de la décentralisation pour la politique
katangaise.
Les données utilisées pour l‟état des lieux juridiques sont issues de sources différentes.
Je me limite à une analyse de contenu de la Constitution actuelle mise en vigueur en 2006 et
des lois nationales ayant de majeures implications pour la fiscalité de la province katangaise.
Les textes juridiques sont publics, mais les dispositions ne sont pas toujours aussi claires et
complètes. Certains députés provinciaux y voient déjà une préméditation du législateur central
afin de pouvoir remettre perpétuellement la mise en pratique des législations incomplètes.
55
Le constructivisme rompt avec la conception moderniste (ou positiviste) de la connaissance : la connaissance
est une construction sociale. Il n’y a donc pas de manière objective de savoir, car le savoir ne peut être
découplé de notre savoir subjectif.
14
questionnaire ouvert semi-structuré, tantôt en posant des questions bien précises. Des
questions ouvertes ont aussi été posées par mail. D‟autres sources d‟informations de discours
de politiciens nationaux dans la presse seront également considérées.
Le Fund for Peace a établi un instrument permettant de mesurer le Failed State Index
en considérant plusieurs indicateurs politiques, sociaux et économiques. Avec son très haut
score, la RDC y occupe la sixième place au monde. (www.fundforpeace.org, 8/12/2008) La
planète compte entre quarante et soixante Etats en faillite, qui abritent un milliard de
personnes. (Ghani & Lockhart, 2008)
Bien que la littérature concernant le sujet de recherche repose sur la notion de „l‟Etat
en faillite‟, une définition absolue et un terme unique référant à ce phénomène sont vains. Le
terme d’Etat en faillite sert plutôt comme large étiquette pour un phénomène qui peut être
interprété de différentes manières. Entendu dans un sens empirique, la RDC a cessé d‟exister
en tant qu‟Etat. (Reyntjens, 2007) Ainsi, alors que Gros (1996) parle d‟un „Etat fantôme‟ et
Migdal (1988) d‟un „Weak State‟, Liègeois (2008 : 20) préfère qualifier le Congo comme un
„Etat fragile, quasi failli‟. Trefon (2007) nuance que, contrairement à d‟autres Etats en faillites
comme le Libéria, Sierra Leone et la Somalie, l‟implosion de l‟Etat ne s‟est pas passée de la
même manière. En RDC, l‟Etat reste omniprésent dans le paysage social, économique et
politique. L‟Etat et ses acteurs continuent à influencer les stratégies élaborées et
implémentées sur le terrain. De plus, la société congolaise a évité la faillite en inventant et
s‟appropriant un certain mode de fonctionnement dans l‟informel et la débrouille. Ainsi,
comme l‟a souligné René Lemarchand, l’Etat en faillite est un concept relatif (2001: 16).
Par contre, la grande majorité des auteurs s‟accordent à reconnaître que la RDC n’a pas les
moyens d’assurer ses fonctions de base (Zartman, 1995:5; Fukuyama, 2005; Trefon, 2007 ; et.
al.). Comme tant d‟autres Etats en faillite, le gouvernement congolais n‟assume plus ses
responsabilités. Cette faillite peut être comprise en regardant la large faillite du modèle post-
colonial de l‟Etat-nation en Afrique. Ce modèle est mis en échec par « au-dessus » (un
leadership généralement faible), par « en bas » (déconnecté des attentes des citoyens) et par
l‟extérieur (politiques de la guerre froide et nouvelles guerres) (Migdal, 1988; Zartman 1995;
Young, 1999)
15
Cependant, dans un Etat en faillite, le respect de la loi (Rule of Law) qu‟est censé
assurer l‟Etat, n‟est plus garanti. Difficile, alors, de parler d‟un Etat de droit, qui signifie qu'il
existe une loi supérieure à n' importe quelle puissance politique. (Ndela, 2008 :2) Dans un
contexte où la responsabilité politique est quasi inexistante et les politiciens aux pouvoirs
pratiquent de manière opportuniste le rent-seeking, les principes de la „ Rule of Law‟ et de la
séparation des pouvoirs ne sont pas d‟application. Le droit public économique congolais est
en voie de formation et la fonction publique fonctionne souvent en marge de la légalité.
(Moudoudou, 2003 : 14 ; Trefon, 2007). En conséquence, ce raisonnement justifie les doutes
sur l‟application de la nouvelle Constitution démocratique et autres législations concernant la
décentralisation.
6
Le Gouvernement de transition, mis en place le 30 juin 2003, est dirigé par le Président de la république et
quatre vice-présidents. Il s'agit d'un gouvernement d'union nationale établi suite aux accords liés à la fin de la
Deuxième guerre du Congo. Il est chargé de l'établissement d'une transition démocratique dans le pays.
7
Le Katanga connaît une certaine division entre le nord et le sud. Le nord, plus turbulent a encore connu des
guerres à petite échelle après les accords de Sun City en 2002. Jusqu’ en mars 2006, le chef des milices Mai
Mai (cannibales) Gédéon terrorisait la région. (International Crisis Group, 2006)
16
L’Etat rentier
Sur le plan politique, cet argent facilement gagné („unearned income’) crée un niveau
disproportionné de rent-seeking, qui engendre une instabilité démocratique et des conflits
armés. Ces ressources naturelles abondantes seraient aussi la cause d‟une augmentation de la
corruption et d‟une baisse de capacité bureaucratique. Avec peu de présence bureaucratique
dans le domaine de la collection de taxes, et une information limitée sur ce qui se passe au
niveau de base, l‟Etat est vulnérable à des prédateurs organisés. (Bannon & Collier, 2003)
La théorie et la recherche sur les finances publiques dans les Etats fragiles – hors des
études de cas – incluent peu de travail sur le rôle et la performance du gouvernement local.
La théorie sur la décentralisation fiscale place, elle aussi, la responsabilité principale pour la
distribution des ressources au gouvernement central. Seul le gouvernement central est en
position de redistribuer les ressources de juridictions plus riches aux plus pauvres. En
conséquence, les gouvernements décentralisés sont typiquement plus contraints que le
gouvernement central au changement de la distribution de revenu. (Smoke, 2001)
Nonobstant, dans le cas de la RDC, ce changement est appréhendé avec crainte au niveau du
pouvoir central et des provinces plus pauvres. Par contre, au Katanga actuel la réforme est
acclamée.
8
La RDC est classée au 174ème rang dans le monde des affaires sur 180 pays répertoriés par la Banque
Mondiale à cause de la lourdeur administrative et des tracasseries fiscales.
18
Il ressort de l‟analyse effectuée en 2003 sur les budgets de régions et communes congolaises
qu‟elles n‟ont jamais eu les moyens financiers nécessaires pour atteindre les objectifs fixés.
N‟ayant pratiquement pas de ressources financières propres, elles attendent tout de l‟Etat. Or,
comme le disait déjà en 1997, le ministre chargé de la décentralisation : « un Etat qui est en
crise depuis 15 ans a (…) d‟autres priorités que de soutenir l‟action des collectivités locales. Il
a de grands équilibres macroéconomiques à rétablir, des problèmes d‟endettement à régler
(…) pour que l‟économie redémarre. » (Moudoudou, 2003)
19
Une douzaine d‟années plus tard, la même explication est donnée par Kinshasa. (Kapend-A-
Kapend, 2009)9. Pourtant, en son article 175, la Constitution stipule que 40% des recettes
fiscales à caractère national seront attribués aux provinces et 50% à l'Etat central. Les 10%
restants alimenteront une caisse de péréquation destinée à compenser les inégalités
économiques entre les provinces. L‟argument de Kinshasa est que la dette internationale de la
RDC, suite aux élections en 2006, et l‟héritage financier catastrophique de Mobutu10, ne
permettent pas de dépenses d‟importances secondaires. Le président Kabila a précisé au NY
Times en avril 2009 que La RDC est asservie par une dette de près de 12 milliards USD, qui
lui coûte entre 50 et 60 millions de dollars par mois.
(http://www.mediacongo.net/show.asp?doc=12296, 4/4/2009)
Certes, la finance publique et de la cohésion macro-économique sont elles aussi des défis pour
la RDC. Le pouvoir central risque de rencontrer de grandes difficultés budgétaires dès
lorsqu'il sera privé de 40% de ses recettes fiscales sans voir ses charges diminuer dans les
mêmes proportions. Le risque de voir déraper son déficit budgétaire est donc réel. Au niveau
des dépenses, en l'absence de mécanismes de limitation des déficits des entités
décentralisées11, les perspectives ne sont guère meilleures. Le déficit global des pouvoirs
publics pourrait donc très vite se trouver hors de tout contrôle et faire replonger le pays dans
les affres d'une inflation galopante. (Liègeois, 2008) Evidemment, vu la différence régionale
en densité de minerais, le découpage provincial du Katanga en 4 provinces amènerait
d‟énormes disparités de recettes fiscales provinciales.
De l‟autre côté, la retenue à la source de 40% des recettes à caractère national, créerait entre
autres des centres d’impulsion économique, ce qui développerait plus vite le pays. (Kapend-
A-Kapend, 2009 : 2 ; Forum National, 2007) D‟ailleurs, les députés katangais interviewés
réclament que chaque province dispose d‟une certaine richesse naturelle qu‟elle pourrait
exploiter, telle que la foresterie, l‟agriculture, le tourisme, etc.
9
député provincial : interview 1.1. en annexe
10
La RDC est sur la liste du FMI des „Pays pauvres très endettés‟ ( PPTE)
11
Les lois organiques portant sur la décentralisation promulguées jusqu‟à présent (avril 2009) en
sont dépourvues. Ils semblent renvoyer cette question à une autre loi organique consacrée aux aspects
budgétaires.
20
12
Okenda, Jean-Pierre ; Rhukan ; Kawele (voir les interviews en annexe)
21
partagée permet de dégager un consensus durable entre acteurs sur les grands sujets. (Kalume
Numbi, 2006)
Or, la raison principale pour laquelle les gouvernements locaux ont été négligés dans les pays
en voie de développement est que les gouvernements centraux forts s‟opposent à la
décentralisation. (Marysse, 2005) Au Zimbabwe, Botswana, Lesotho et en Tanzanie comme
ailleurs, la décentralisation fait face à des défis d‟une part dus à l‟incapacité des structures
locales de fonctionner sans guidance du centre, et d‟autre part à l‟incapacité de ces mêmes
structures de prendre des décisions. (Munro 1995:107; Oyugi 2000:12)
13
Les deux quasi-homologues Denis Kalume Numbi (Ministre national de l’Intérieur, de la Décentralisation et
de la Sécurité et Jean-Marie Dikanga Kazadi (Ministre provincial de l'Intérieur, Décentralisation et Affaires
coutumières) se sont régulièrement retrouvés en confrontation sur diverses questions, souvent ayant comme
sujet de discorde les compétences de pouvoir du poste et la décentralisation. Lire par exemple l’article « RDC :
Dikanga KAZADI défie le Chef de L’Etat et inflige un camouflet à l’Etat Congolais ! », publié par imagazinefr le
25/8/2008, (http://imagazinefr.wordpress.com/2008/08/25/dikanga-kazadi-defie-le-chef-de-letat-et-inflige-
un-camouflet-a-letat-congolais/, 20/3/2009)
22
Une des raisons qui explique cette réticence politique est que l‟élite au pouvoir, qui
peut être dominée par des groupes ethniques particuliers, craint la perte – inhérente à une
décentralisation poussée – de pouvoir et de richesse. De plus, les ministres centraux et partis
politiques qui contrôlent les ressources substantielles veulent rarement les partager avec des
gouvernements (semi-)autononomes. Ceci est la base de la frustration katangaise, qui
alimente les tensions fédéralistes ou même sécessionnistes. Une minorité de la classe
politique Katangaise fait appel à ces vieilles craintes lors des négociations avec Kinshasa.
Rappelons que juste après l‟indépendance sous l‟impulsion de Moïse Tshombe et des milieux
d‟affaires pro-occidentaux, le Katanga a connu une courte période d‟indépendance de trois
ans.
Bien sûr, certaines raisons à cette réticence du gouvernement central sont légitimes, comme le
besoin de la construction de la nation (nation building) dans des sociétés ethniquement
fragmentées et le contrôle macroéconomique dans des économies fragiles. La décentralisation
comporte, notamment, un risque d‟éclatement de l‟unité nationale. La décentralisation est une
idée forte quand l’Etat est fort, elle doit être examinée avec discernement si l’Etat est en
situation de faiblesse, prétendent les experts (Hussein, 2004).
Notons aussi que Moïse Katumbi Chapwe, riche homme d‟affaires -reconverti à la politique-
et Gouverneur du Katanga depuis février 2007, jouit d‟une énorme popularité. Vu que la RDC
connait une forte tendance au culte de la personnalité politique (Gankama et. al, 2008),
certains politiques à Kinshasa craignent que le champion national des voix de préférence lors
des élections en 2006 se magnifie encore plus. C‟est un scénario fort probable avec les
progrès socio-économiques que feraient vraisemblablement la province si la décentralisation
23
fiscale était appliquée. Si ce dernier est membre du même parti que le président Kabila
(PPRD) et qu‟il a appelé récemment a voté pour ce dernier aux présidentielles de 2011, il ne
reste pas moins le „héros qui dérange14‟. Ce n‟est pas étonnant que le Katanga soit à la pointe
des polémiques, puisqu‟elle est avec le Bas-Congo l‟une des provinces aux perspectives
économiques les plus prometteuses.
7. Recherche
14
C’est ainsi que Colette Braeckman, journaliste spécialiste du Congo a qualifié Moïse Katumbi Chapwe dans
une analyse commentée du film « Katanga Business » dans le Soir du 4 avril 2009.
15
http://www.digitalcongo.net/article/56541, article paru dans Le Potentiel, « Loi financière : débat autour des
capacités mobilisatrices et contributrices », 14/2/2009
24
le climat de suspicion dans lequel elle a été légiférée. Or jusqu‟à ce jour, à défaut de la
retenue des 40% à la source, la province est condamnée de se contenter d‟une „rétrocession‟
des recettes dont le taux est très faible par rapport au volume réel des réalisations au niveau
des régies financières en province. Ce taux est de l‟ordre de 4% 17, soit dix fois moins que ce
qui est défini par la loi18. Il dépend complètement du bon vouloir de Kinshasa. (Ngoy, 2009,
interview) La grande majorité des élus katangais critiquent sévèrement la confusion
délibérément entretenue autour des notions de capacité mobilisatrice portant sur les ressources
propres des provinces et la capacité contributrice qui a un rapport direct avec les ressources à
caractère national.
Il ressort effectivement des interviews qu‟il n‟y a pas de mécanismes efficaces et transparents
de transferts de ressources. Ni la rétrocession de la capitale vers la province d‟une part, ni les
recettes à caractère national collectées à la province renvoyées à Kinshasa d‟autre part, se
dérouleraient de manière transparente. Différents dossiers intrinsèques de la réforme ne sont
pas encore gérés de manière concomitante. A titre d‟exemple, le député provincial Kasongo
Mande, déclare avoir reçu des menaces du président lorsqu‟il a demandé de prolonger par une
pétition la session ordinaire afin de traiter des dossiers « très sensible » concernant le contrôle
budgétaire et l‟adoption d‟une rectification du budget 200819. (www.radiookapi.net,
17/4/2009)
Le vaste champ de la décentralisation comporte non seulement une série d‟autres lois
„en progrès‟ devant régir des matières particulières20, mais aussi certaines lois organiques
cruciales.
Notamment la ratification de la loi sur la Cour Constitutionnelle et la loi financière traînent.
Cette dernière est perçue par les députés questionnés (2009) comme un prétexte pour
Kinshasa de bloquer le développement de la province. En cas de conflit de compétence entre
le pouvoir central et les provinces, la Cour constitutionnelle est la seule autorité habilitée à les
17
Le député Kapend-A-Kapend, quant à lui, parlait de « 17, 18 ou 19 % de rétrocession à la province ».
18
Lire à ce sujet le Budget de la province de l’Exercice 2008, p.VI
19
Cette déclaration à ‘radio Okapi’ a été faite deux mois après son interview pour ce papier à Lubumbashi.
20
Tel est notamment le cas des lois fixant les limites des provinces ainsi que celles de la ville de Kinshasa, et de
celle portant subdivision territoriale à l‟intérieur des provinces.
26
départager. Comme elle n‟est pas encore fonctionnelle, le pouvoir central impose sa politique
au détriment de la province.
Des experts en gestion des finances publiques pensent que le retard dans la promulgation de
ces lois crée un dysfonctionnement de l‟appareil de l‟Etat, voire même un blocage.
Certains experts, comme Tutu (2009) se posent la question critique de savoir pourquoi
le législateur central n‟a pas commencé par celle-là pour permettre aux provinces de
s‟autofinancer et finalement de s‟autogérer.
portefeuille du Ministère des Mines, est une compétence concurrentielle, où l‟on assiste à un
empiétement de compétences. Bien de fois, les décisions prises par le gouvernement
provincial dans le secteur des mines ont été annulées par le gouvernement central. La
législation nationale prime sur l‟édit provincial. (art. 62)21. De plus, sachant que les recettes
issues de ressources naturelles – à caractère national- constituent toujours le gros des recettes
nationales, on se doute qu‟il doit y avoir des limites ou contraintes dans les compétences
provinciales. Le développement économique de la province (et du pays) pourrait entre autres
se passer par le biais du secteur minier katangais22. (RDC, 2006 ; Mazalto, 2004)
Il subsiste une forte implication des autorités de Kinshasa dans les entreprises minières au
Katanga. Elles y participent à quelque degré que ce soit : soit en tant que membre de conseil
d‟administration dans certaines minings, soit en tant qu‟actionnaire. Cela est l‟un des facteurs
faisant que le ministre provincial des mines voit ses prérogatives constitutionnelles parfois
amputées. (Ngoy, 2009, interview 2.4.)
Ce serait donc illusoire de croire que le pouvoir central préfère garder la „mainmise‟ sur le
secteur afin de financer le long chantier institutionnel et national qu‟implique la
décentralisation. Les sceptiques -dont la théorie de l‟Etat rentier- n‟y voient pas de volonté la
„bien faire‟ dans l‟intérêt commun, mais plutôt une volonté de profiter personnellement de la
„guerre économique‟ que connaît ce secteur lucratif „non transparent'. Dans les deux secteurs
21
Loi du 31 juillet 2008, n°08/012 portant principes fondamentaux relatifs à la libre administration des
provinces.
22
Le „Document de la Stratégie de Croissance et de Réduction de la Pauvreté (DSCRP)‟(2007), qualifie les
mines, l‟agriculture, la foresterie et les transports comme des « secteurs porteurs de croissance ».
23
Le CAMI est un Etablissement Public à caractère administratif et technique doté de la personnalité juridique
et jouissant de l'autonomie administrative et financière. II est placé sous la tutelle des Ministres ayant les Mines
et les Finances dans leurs attributions, chacun y intervenant dans la sphère de ses attributions.
28
parallèles (formel et informel) dont se compose l‟industrie minière du Katanga il subsiste une
forte corruption (Global Witness, 2007).
Cette véritable culture de la corruption et de l‟impunité ne peut certainement pas être attribuée
au seul pouvoir central. Malgré les engagements pris dans le « contrat de gouvernance »
(République Démocratique du Congo, 2007) elle existe à tous les niveaux, tant dans la sphère
politique qu‟au sein des services publiques. Cette „mauvaise gouvernance‟ est entretenue par
le manque de moyens dont dispose l‟Etat pour rémunérer, former et encadrer ses
fonctionnaires. Toutefois, l‟absence de mise en œuvre de certaines mesures légales aux plus
hauts sommets de l‟Etat laisse envisager des accords d‟intérêts entre les élites politiques et
financières du pays. (Mazalto, 2008)
Le rôle du pouvoir provincial est plus important dans le secteur „artisanal‟. Bien que
ce secteur soit largement informel, il reste dominant depuis la déconfiture des entreprises
publiques. L‟influence de la province y a un plus grand impact que dans le secteur formel. Le
secteur « artisanal », au sein duquel des dizaines de milliers de « creuseurs24 » cherchent à
extraire des minéraux de manière autonome, dans un environnement exempt de (presque)
toute réglementation25, représente une partie importante et épineuse de la politique minière
katangaise.
Depuis le retour de la „paix‟ les IFI, menées par la Banque mondiale (2001) ont initié
un processus de réforme de grande envergure dans le secteur minier. Cette réforme est basée
sur une stratégie de privatisation des entreprises minières d‟Etat et la libéralisation des cadres
légaux résultant à l‟adoption du code minier (2002). Dès lors, le Katanga attire des
investisseurs étrangers qui s‟emparent des carrières exploitées par les „creuseurs‟ artisanaux.
Ces citoyens privés d‟alternatives d‟embauche dans les entreprises minières d‟Etats sont
remplacés par des méthodes d‟exploitation industrielles. (Ndela, 2008) Celles-ci n‟ont pas la
capacité suffisante pour réabsorber les „creuseurs‟ « expulsés », se retrouvant dès lors
24
Les mineurs artisanaux sont communément appelés « creuseurs ».
25
La loi minière (2002) congolaise reconnaît l’existence des creuseurs artisanaux. La législation prévoit la
création de périmètres dits ‘artisanaux’, dans lesquels des personnes majeures de nationalité congolaise et
munies d’une carte d’exploitant sont habilitées à travailler. Aussi existe-t-il des organismes d’appui et
d’encadrement (SAESSCAM, EMAK, CMKK) et règlementations pour les comptoirs, syndicats…Mais la loi est
généralement ignorée par les détenteurs de pouvoirs et inconnue par les creuseurs. (Mazalto, 2008)
29
chômeurs sans revenu. Le ministre des Mines national évoque d‟ailleurs la coexistence
difficile entre les détenteurs des titres miniers et les exploitants miniers artisanaux.
(Kabwelulu, 2008) C‟est lui qui a le droit d‟octroyer les titres miniers – et tout ce que cela
implique – aux entreprises. La spéculation des entreprises qui préfèrent utiliser les titres
miniers pour investir „en bourse plutôt qu‟en brousse‟, fait objet de polémiques
intergouvernementales. Malgré la non reconversion des permis de recherche en permis
d‟exploitation, l‟exploitation est rendue possible grâce à des stratégies de sous-traitance, voire
à un recours illégal aux mineurs « artisanaux »26.
26
Selon les estimations de 2008 produites par le Cadastre minier (Cami) au Katanga les exploitations actuelles
proviendraient à près de 80% de zones de recherche interdites d’extraction et qui sont louées à 2, 55 USD le
carré minier (85 ha). Cette taxe est dite taxe superficiaire annuelle, alors que pour accéder à un permis en zone
d’exploitation, les investisseurs doivent payer une taxe de 424, 78 USD le carré minier de 85 ha. (Cadastre
minier du Congo, 2008)
30
pouvoir central. (Constitution 2006, art. 202) La province a été rappelée à l‟ordre en 2007
pour qu‟elle renvoie à la capitale ses recettes et redevances minières27.
Les dirigeants provinciaux insistent sur la responsabilisation sociale de ces entreprises dans le
développement du secteur minier. Dans son plan triennal, le Gouverneur a profité du boom
minier pour mettre en œuvre de petites actions locales à caractère sociale ad hoc. A la place
d‟impôts en USD des deals sont conclus en nature. Ainsi la taxe n‟est pas d‟abord écrémée à
Kinshasa, mais immédiatement utilisé à la source au profit de la population.
Absence provinciale
Les sociétés étrangères et multinationales signent les gros contrats miniers –souvent
dépassant la frontière du Katanga- avec le Ministre des Mines national. Le Gouverneur
katangais (2009) affirme que le ministre provincial ne pèse pas lourd dans les négociations de
contrats d‟envergures. A titre d‟exemple, la joint-venture fort contestée entre l‟entreprise
public congolaise Gécamines et le Groupement des Entreprises Chinoises.28 Ce deal monstre
„infrastructure en échange de minerais‟, apporterait 10 milliard USD en développement
d‟infrastructure dans le pays. (Munsala, 2009)
27
Lire par exemple à ce sujet le conflit débuté en novembre 2008 par rapport aux engins au centre d'un
tiraillement entre le gouvernement central et provincial du Katanga au sujet d'exonération à la
douane (http://www.radiookapi.net/index.php?i=53&a=22118, 4/2/2009)
28
Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale trouvent que cette convention octroie un
financement non concessionnel, non compétitif, et non transparent.
29
Une Commission Spéciale de l‟Assemblée Nationale s‟est chargée de l‟examen de validité des conventions à
caractère économique et financiers conclues pendant les guerres de 1996-1997 et de 1998-2003. Lire les
rapports de la « Commission Lutundula » p. 31 au sujet de l‟absence provinciale.
31
chef d‟état-major du président Kabila. (IPIS, 2008) Ainsi, la quotité des „pas de porte‟ à
répartir entre le Gouvernement et les entreprises publiques concernées, se voit aussi régulée
au plus haut niveau. La renégociation des contrats avec, entre autres, la société Gécamines,
dont des parties ont été privatisées et des partenariats conclus dans des conditions obscures30,
n‟a pas été faite en concertation avec le niveau de pouvoir provincial. Bien que ces contrats
soient cruciaux dans le cadre d‟une politique minière, le ministre en question n‟a pas été
consulté.
30
Trois rapports du ‘UN Panel on the Illegal Exploitation of Natural ressources in the DRC’ décrivent comment
des officiels proches de la Présidence ont aidé des sociétés étrangères à l’accès des concessions de la
Gécamines en termes lucratifs. (International Crisis Group, 2006)
32
forte absence de l‟Etat sur le terrain dans ce secteur. (Okenda & Ngoy, 2009, resp. interview
3.2. et 2.4)
En avril 2008, le Gouverneur a mis sur pied une obligation pour les sociétés minières
de développer le secteur agricole. Elles ne peuvent plus se cantonner exclusivement sur le
secteur industriel. Toute entreprise minière implantée au Katanga doit aménager une
superficie de 500 hectares, chaque saison agricole, en vue de contribuer aux efforts
d‟autosuffisance alimentaire. (www.digitalcongo.net, 09/04/2009) Faute d‟infrastructures
routières ou ferroviaires, le Katanga se voit obligé d‟importer ses aliments de Zambie et
d‟ailleurs, ce qui est tout juste bon à nous endetter, ajoute le professeur Mota (2009 : 12) lors
d‟un séminaire sur la situation économique de la province, Alors que nous avons tout le
nécessaire dans notre pays, ainsi que dans notre province !
Si le secteur minier est prisé par les acteurs de pouvoirs centraux sous l‟appât des
multinationales, le secteur agricole, quant à lui, connaît un essor de liberté de compétences.
L‟Exécutif veut et peut y mener sa propre politique. Il s‟agit pourtant également d‟une
compétence „concurrente‟, mais la pratique de „l‟argent facilement gagné‟ pour les
administrateurs corrompus y est nettement moins d‟usage.
Le Katanga a toujours été présenté comme « la province minière », alors que plusieurs
parties ne sont pas dotées de mines, mais de sols fertiles, idéals pour l‟agriculture.
Au lieu d‟exploiter ses greniers agricoles la province a fait bouger la population des régions
rurales pour travailler dans l‟industrie minière, ce qui a créé une invasion dans les villes.
Enormément de gens dépendent du secteur minier, or, la situation sociale est dramatique
quand la demande du minerais diminue et lorsque les prix chutent sur le marché international
suite à la crise économique. Grand nombres d‟experts économiques conseillent fortement la
diversification de son économie. Il faut diversifier vers autre chose qui n‟attire pas l‟attention
des entreprises étrangères ayant l‟intention de faire des bénéfices le plus rapidement possible
au détriment de la population. Elles viennent puiser les ressources minérales et exploiter les
gens, pour finalement laisser une terre poluée. (Carrere, 2004 ; Keita, 2001)
33
Le président Kabila (4 avril 2009) constate que le secteur minier a été cruellement touché -
très, très durement. Mais, nous croyons que nous avons d'autres secteurs à développer, et
nous pouvons les développer rapidement. À l'instar de l'agriculture.
Depuis octobre 2008, la crise financière, devenue une crise économique mondiale,
frappe particulièrement fort la province cuprifère causant un immense chaos socio-
économique. Cette crise est peut-être une „chance‟ pour déjouer la „malédiction des
ressources naturelles‟, pour scruter dorénavant les horizons oubliés de l‟agriculture, axées sur
le long terme et le développement durable au bénéfice du congolais.
31
Juvénal KITUNGWA LUGOMA Ministre de l'Agriculture, Pêche, Elevage et Développement rural
34
8. Conclusion
En outre, là où les dirigeants provinciaux font bel et bien usage des compétences,
notamment fiscales, dont ils jouissent, nous avons remarqué que l‟Exécutif provincial est
35
encore souvent bloqué sur le plan juridique dans son élan visant à mener une politique
minière suite aux lacunes du dispositif législatif.
Deux indicateurs issus de ce travail illustrent qu‟outre les défis financiers bien réels,
l‟énonciation initiale que Kinshasa n‟a pas la volonté politique de faire progresser la
décentralisation, est le facteur sous-jacent principal pour la non application intégrale de la
décentralisation fiscale.
Premièrement, contrastant avec le secteur minier formel encore dominé et relativement régulé
par Kinshasa, nous avons pu observer dans le secteur agricole une application du processus de
réforme plus conséquente, résultant en une marge de manœuvre considérable pour le ministre
provincial compétent. Si c‟est possible d‟aboutir à une décentralisation dans le secteur
agricole, on comprend – en suivant la théorie de l‟Etat rentier – pourquoi c‟est plus
difficilement réalisable dans l‟exploitation minière plus lucrative sur le court terme.
Avec la crise économique qui est désormais bien installée et dans laquelle le monde
politique, ainsi que celui des bailleurs de fonds, sont totalement désorientés, il sera
vraisemblablement encore plus difficile en matière de planification de savoir par où
commencer et financièrement impossible de répondre simultanément à l‟ensemble des défis
qui se posent en RDC. Les perspectives prometteuses qu‟apporterait la décentralisation pour
la population katangaise ne demeurent pour l‟instant qu‟une illusion.
36
9. Bibliographie
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L‟Afrique des Grands Lacs, Annuaire 2000-2001, Paris, L‟Harmattan.
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Kabila. Publiée par le New-York Times le 4 avril
2009,http://www.mediacongo.net/show.asp?doc=12296, 10/4/2009
„Le Katanga plonge le secteur minier dans la panique‟, paru le 16/5/2008 dans Le
Potentiel, http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=85678, 12/3/2009
10. ANNEXE
Interviews effectuées à Lubumbashi –parfois complétées par e-mails– par Samuel Lietaer (21
ans) en vue de son mémoire en sciences politiques à la VUB traitant « la décentralisation en
RDC, et les conséquences pour la politique katangaise dans le secteur minier ».
Audience :
1.3. Honorable Monga Banza Tutu, député pour le parti: RCD Rassemblement
Congolais Démocratique, juriste spécialisé dans le secteur minier, [email protected]
2. Professeurs et chercheurs
3. ONG
3.2. Jean-Pierre Okenda ONG DAF/ACIDH (Action Contre l‟Impunité pour les
droits humains), Juriste et Chercheur en droits economiques, sociaux et culturels,
interview par e-mail le 2 mars, Tél:+243995227821, Email: [email protected]
4. Députés provinciaux
La prochaine question porte sur le secteur minier. Est-ce que le ministère provincial
des Mines a pu mener sa propre politique minière, malgré le fait qu’il existe aussi un
ministère national des Mines ?
Non, c‟est très difficile, parce que la gestion des mines est de compétence nationale. Donc
sa marge de manœuvre est très réduite.
Est-ce qu’il y a une grande différence par rapport au secteur de l’agriculture ?
Oui, une très grande différence parce que pour cultiver un champ tu n‟as pas besoin de
l‟accord du ministère national de l‟agriculture. Donc chacun peut faire son champ, de
n‟importe quelle dimension, où il veut, avec ce qu‟il veut, avec n‟importe quel matériel.
Contrairement aux mines, où il faut l‟autorisation du ministère national. Donc le même
problème ne se pose pas.
Pourtant, il existe un ministre national et provincial de l’agriculture, n’est-ce pas ?
Oui, mais le ministre national s‟occupe seulement de la politique de l‟agriculture du pays
et non de la gestion des espaces à cultiver. C‟est un secteur tellement lié au vécu quotidien
du congolais, qu‟il n‟ y a pas de contraintes quant à l‟octroi ou l‟obtention de l‟espace,
contrairement au secteur minier.
Vous confirmez donc que les mines sont tellement importantes pour les revenus du
pays entier, qu’on a peur de laisser les clés et compétences fiscales sur ces revenus
cruciaux, seulement aux mains des provinces ?
Oui, mais prenons comme exemple la province du Lualaba, qui est la (future) région phare
du Congo, car elle détient dans son sein toutes les grandes mines et la plus grande réserve
de cuivre et de cobalt dans le monde. Ça fait déjà peur à certains…
Quelle influence est-ce que la mise en pratique de la taxation provinciale sur le
secteur minier aurait sur la politique provinciale minière ?
Dans le code minier il y déjà presque 10% qui doit être retenu dans la fiscalité par rapport
aux mines qui reviennent de droit aux provinces, à l‟entité où l‟activité est faite. Si le
minerais est traité à Likasi, Likasi a droit à 10 % de la valeur de tout ce qui sort de Likasi.
Déjà d‟office. ça, ça ne dépend pas des 40% . C‟est taxé directement sur place, des
retenues sur place.
Donc il y aurait un grand changement si la taxation provinciale est implémentée?
Oui, un très grand changement, c‟est sûr.
Quelles sont les initiatives qui ont été prises au niveau provincial, grâce à la taxation
provinciale ?
49
Après les tumultes qu‟on a eu dans notre pays, il y a eu un nouveau code minier, qui
porte le nom de „code minier‟. Ce dernier est un code minier incitateur, c‟est-à-dire qu‟il
incitait les investisseurs à venir et investir au Congo. C‟est ce qui a créée cette
prolifération de toutes ces entreprises minières qui sont venues. On leur a donné des
conditions d‟établissements très avantageuses. Mais c‟était nécessaire parce que notre
pays était un pays à grand risque. Alors les gens trainaient les pattes pour venir. Ca a été
avantageux pour nous. Au stade de la production en 2010, 2011 on sentira plus l‟impact
minier sur la province que maintenant.
Le code minier a été établi au niveau national. Or, j’aimerais savoir si au niveau
provincial des décisions importantes ont été prises pour gérer le secteur minier. A -t-
il pu prendre des décision importantes ?
Dans le secteur minier on a essayé de réduire le taux de taxation à l‟exportation à 1% pour
essayer de réduire la pression sur les entreprises dans la crise financière que nous
connaissons actuellement
Est-ce que cette mesure a eu son effet espérée ?
Oui, ils ont ressenti l‟effet positif, car de nombreuses entreprises voulaient fermer et
quitter le pays, mais sont finalement restés ouverts, grâce à cette mesure fiscale
provinciale.
Et Kinshasa a accepté cette mesure provinciale ?
Disons que…oui oui, ils ont accepté.
C‟est ça le problème : Kinshasa régente tout. Nous, le Katanga, on aurait bien voulu tirer
gain de cette exploitation minière de manière à se développer. Si vous regardez les
infrastructures routières, elles sont abîmées par les gros poids lourds transportant les
minerais. Mais comme Kinshasa prend tout, nous n‟avons pas assez de moyens pour
réfectionner les routes.
Ne croyez-vous pas que si Kinshasa refuse de laisser la province gérer ses revenus,
c’est parce que Kinshasa craint que les provinces plus pauvres, qui n’ont pas la
chance d’avoir des minerais dans le sol, n’aient plus du tout de moyens. En d’autres
mots que : c’est une question de solidarité ?
Oui, mais je crois que la constitution prévoit une caisse de péréquation qui est suffisante
pour aider à l‟épanouissement des autres provinces. De plus, toutes ces provinces-là ont
quand même des spécificités, des richesses autres que des minerais, mais qu‟on pourrait
quand même bien exploiter. Même au Katanga, l‟opinion publique est d‟avis que les
mines ne profitent qu‟aux investisseurs. Donc ils veulent aussi plus diversifier l‟économie.
Une idée que je soutiens complètement. La diversification est depuis quelques temps notre
cheval de bataille. Prenez même le nord du Katanga avec le lac Tanganyika, où les
poissons meurent de vieillesse. Là-bas, il n‟ y a pas d‟exploitation industrielle de
poissons. Dans l‟autre partie nord, c‟est vraiment le fief agricole, à vocation pastorale.
Mais il n‟y a pas de routes convenables pour exporter les produits cultivés de là à ailleurs.
Ils pourrissent avant-même d‟arriver à bon port. De plus, il n‟y pas d‟initiatives, de
travaux à grande échelle pour mécaniser et industrialiser l‟agriculture. Hors, il faut
diversifier pour que le développement du Katanga soit vraiment total. Mais le problème
c‟est que Kinshasa ne veut pas voir la province s‟épanouir au détriment des autres
provinces. J‟ose croire que la cause principale, est dû au fait que la RDC vient d‟avoir des
élections démocratiques, grâce aux fond étrangers : de états unis, d‟Europe,…On a donc
eu des prêts par-ci par-là, mais il faut le rembourser…Et si on va dans la décentralisation
et si les provinces peuvent retenir leurs 40% à la source, cela signifie que Kinshasa n‟aura
pas assez d‟argent pour payer ces dettes-là. Je pense que c‟est cela la raison principale
pour laquelle on gèle la disposition de l‟article 175 de la constitution qui prévoit qu‟on
retient 40% à la source. Cette difficulté-là est réelle. Ce ne sont pas des mensonges, mais
c‟est aussi politique. On pourrait trouver des solutions.
En tant que politicien, j‟analyse le problème en profondeur et je constate qu‟il y a
plusieurs réalités qui bloquent, ce que l‟opinion populaire à peut-être du mal à
51
comprendre. Les politiciens du Katanga tapent avec leurs poings sur la table, parce qu‟il y
a viol de la constitution tant que nos 40% ne sont pas appliqués. Nous voulons pouvoir
développer le Katanga et réaliser les promesses que nous avons donné à nos électeurs.
Mais pour cela, il faut que Kinshasa nous donne nos 40%. Si le Katanga se développe,
qu‟il y ait des railles partout jusque Kinshasa, tout le monde en tirerait profit, c‟est
certain! Les autres provinces agricoles pourraient exporter leurs produits vers les grosses
villes du Katanga comme Lubumbashi, et ainsi de suite…Il ne faut pas attendre que toutes
les provinces se développent en même temps et de la même manière et au même moment.
On peut aller par étape, ça irait.
Merci beaucoup.
4.3. Honorable Monga Banza Tutu, député pour le parti: RCD Rassemblement
Congolais Démocratique, juriste spécialisé dans le secteur minier; interview le 12
février à l‟Assemblée Provinciale, Lubumbashi ; e-mail : [email protected]
Croyez-vous que la loi, financière, qui est toujours en cours de route et dont la
ratification traîne, est un prétexte de Kinshasa pour bloquer la délégation de
compétences provinciales, surtout au niveau du secteur minier, puisque ce secteur-là
est un secteur clé pour la décentralisation fiscale ? Est-ce que la ratification de la loi
financière est retardée par Kinshasa ?
Je pense que par rapport à la loi financière, qui est encore en cours, aussi en vertu de la
constitution qui prévoit 40% de retenue à la source-donc chaque province devrait pouvoir
retenir 40% sur les recettes à caractère national- j‟estime que d‟une part il y a une
mauvaise foi de la part du pouvoir central à Kinshasa, qui ne veut pas toujours voir les
provinces se développer. Kinshasa s‟accroche beaucoup plus à l‟ancien régime qui
consacrait à la centralisation une grande importance, et qui ne veut pas que les entités
décentralisées, ou les entités autonomes que sont les provinces, se gèrent et se prennent en
charge pour un développement éventuel. Je pense que c‟est fait sciemment parce qu‟il y a
des lois que le parlement ainsi que le sénat ont voté, mais qui ne sont vraiment pas
primordiales. Prenons par exemple la loi sur les personnes vivant avec un handicap, la loi
sur la CI qui doit devenir CNI,… donc ce sont des lois qui ne priment pas du tout !
52
Il y a très peu de coopération. Le ministre provincial des Mines tient son titre de nom,
parce qu‟il gère aussi les affaires foncières. Pour ce qui à voir avec les taxes provinciales,
il exerce vraiment son pouvoir de ministre.
Est-ce selon vous incorrecte de parler d’une décentralisation fiscale ?
Jusqu‟à ce jour, il s‟agit seulement d‟une décentralisation administrative. Il n‟est donc pas
juste de parler d‟une décentralisation fiscale.
Quels sont les lois fiscales de compétences provinciales ? Est-ce qu’elles sont
d’application tel que stipulé dans la constitution ?
Effectivement, en dehors des 40% que la province ne retient pas, les autres taxes et
impôts sont appliqués au niveau de la province. C‟est notamment le cas pour les impôts
sur les revenus locatifs, l‟impôt foncier et l‟impôt sur le véhicule (les vignettes).
La province a la compétence d‟appliquer ses impôts et elle les applique à cet instant
même.
5. Professeurs et chercheurs
Est-ce réellement nécessaire que Moïse ait l’autorisation du ministre, car il est
tellement puissant financièrement....
C‟est-à-dire que Moïse sait coopérer. Il ne sait rien faire sans que le ministre des Affaires
Intérieures puisse être au courant. Tous ses mouvements, tous ses actes,… Tout est réglé à
l‟avance. Il est obligé de prévenir de ce qu‟il va faire. Nombreuses de ses décisions ont été
annulées ainsi.
y a clairement un problème de transparence. C‟est sûr que les montants nationaux sont
bien plus importants, mais ce que le Katanga possède actuellement n‟est pas rien non plus.
Pour que la décentralisation soit complète, qu’est-ce qui manque encore ?
Ce qui manque, c‟est les moyens, l‟argent.
Et pour qu’on puisse parler de la décentralisation fiscale, qu’est-ce qu’il manque ?
Quel écart y a-t-il entre les lois et règles sur papier d’un côté et l’application de
l’autre ?
L‟écart qu‟il y a, c‟est la notion de l‟impôt, qui n‟est pas encore bien intégrée. C‟est-à-dire
qu‟on perçoit les impôts seulement dans les trois grandes villes du Katanga (Lubumbashi,
Likasi, Kolwezi). La culture fiscale n‟est pas encore acquise dans les milieux ruraux. Les
2/3 de la population du Katanga ne paye pas d‟impôts. Je peux te donner un exemple : en
milieu rural, il ya une taxe qui est populaire, notamment la taxe de l‟eau. Au moment ou la
personne achète de l‟eau, elle est aussitôt taxée. Mais depuis que Moïse est au poste de
gouverneur, il a interdit formellement la taxe de l‟eau. Le problème avec cette mesure,
c‟est que la chefferie et le territoire n‟ont plus de revenus, vu que c‟était sa seule taxe.
Donc il n‟y a plus de recettes locales. Il n‟y a comme revenus que l‟enregistrement civil
(la défense,…), la taxe de l‟eau et un peu d‟amendes judiciaires. Moïse prétend donner 25
000 dollars par territoire, mais je peux t‟assurer qu‟il y a encore des territoires qui n‟ont
toujours pas reçu cet argent. Comment vivent-ils ? C‟est vraiment un calvaire.
A part l’impôt, selon vous, tout est appliqué comme stipulé dans la loi ?
Loin de là, Il y a à l‟heure actuelle encore toujours des territoires qui n‟ont pas de textes
de lois . C‟est grave !
Ecoute le cas des taxes : la plupart des agents qui travaillent au FISC, ne sont pas des
fonctionnaires. Ils n‟ont pas de statut de fonctionnaire, mais ce sont des contractuels, ils
ont un contrat à durée déterminé et ils n‟ont pas de numéros. Ils ne sont pas reconnus par
l‟état. Une personne qui n‟a pas de garanties, car pas de salaire fixe : ou va l‟argent ?
(rigole). Il y a toujours des dérapages. L‟administration ne va vraiment pas bien. On peut
dire que l‟état vit à ras-du-sol. C‟est la population qui fait vivre l‟état, en particulier en
milieu rural. Jusque-là, depuis 2006, on ne sent pas de changement dans le
fonctionnement de l‟administration. Peut-être que dans les années à venir ça changera.
Espérons-le !
Quelles seront les conséquences de la décentralisation fiscale sur le secteur minier
artisanal ?
56
Il y a des carrières minières artisanales où les creuseurs artisanaux payent quelque chose.
Le droit d‟entrée , etc. Et cet argent va où ? Imagine: il doit payer l‟argent pour une
association de creuseurs, l‟EMAK32. Mais cet argent n‟arrive pas à l‟état, mon cher. Il y a
un service, le SAESSCAM (Service Assistant d‟Encadrement du Small Scale Mining),
établi pour l‟encadrement des creuseurs. Ce service n‟encadre plus tout le temps bien ses
creuseurs, donc l‟argent ne va pas où il doit arriver. Il y a des zones d‟exploitations
minières artisanales, qui sont consacrées par la loi. Dans une telle zone, chacun et
n‟importe qui peut y aller acheter des produits. Il y a des sociétés de négociants qui y
achètent des minerais à leurs risques et périls. Y a des taxes, parce qu‟il y a des services
étatiques sur ces lieu : la division des mines, le service des mines, la police minière, le
SAESSCAM,… Ce dernier doit veiller à la sécurité des travailleurs artisanaux. Si‟l y a
risque d‟effondrements, par exemple, c‟est à eux de dire STOP. Mais l‟encadrement n‟est
pas efficace. Finalement ces services ne sont que des services générateurs de recettes. SI
tu as récolté pour autant de tonnes, ils te demandent autant d‟argent. Ils prennent l‟argent
et seulement un petit pourcentage va dans le trésor public.
Combien d’organismes d’Etat travaillent dans le secteur artisanal ?
Ils ne sont pas tellement nombreux. Il y a l‟ANR (Agence national de Renseignement),
qui assiste au chargement et déchargement de minerais afin de contrôler le tout. On doit
payer pour cela. Il y a le SAESSCAM, la PMEA (petites et moyennes entreprises
artisanales) est aussi un service de l‟état, il y a le service des Mines et géologie qui sont
sur site et se disent patron : ils supervise les transactions, combien on importe et exporte,
combien on produit,..ils font les statistiques et centralisent presque l‟activité minière, il y a
la police minière,…
Les creuseurs artisanaux dans les mines doivent payer un pourcentage de la valeur de leur
„récolte de minerais‟, afin de payer tous ces services. Par exemple pour un kilo de Cobalt,
on leur retient 100 FC, qui est divisé sur tous ces services (25 FC pour l‟ANR, 25 FC pour
la SAESSCAM, etc) Après ça les négociants payent aussi à la sortie de la mine un
montant, puis lorsqu‟il veut vendre son minerais il doit aller à un laboratoire,…
Est-ce que le ministre provincial des mines a des plans pour changer cette situation ?
C‟est très complexe, comme je te l‟ai expliqué. Le ministre provincial des mines peut dire
qu‟il veut réduire les coûts des services de mines, mais il n‟est pas le patron des Petites et
32
Asbl créée le 07 août 2000 pour encadrer et défendre les intérêts des exploitants artisanaux et les représenter dans
tous les rapports avec Nouco. Emak assume globalement, pour le compte de ces affiliés, les charges de stockage,
transport, facturation et vente des produits à Nouco et a signé avec la Gecamines un protocole d’accord pour la
livraison des minerais cobaltifères à la Gecamines.
57
Moyennes Entreprises Artisanales. C‟est un autre ministre qui est compétent de cela. Il
peut dire : « mais mon cher, mes yeux et mes oreilles ce sont mes agents qui sont en
province et doivent être partout. Pareil pour l‟ANR : ils ne recoivent pas d‟ordre de
l‟autorité provinciale. Il dépend directement de la présidence. C‟est-à-dire que personne
ne peut les contrôler. Ils n‟ hésitent pas à arrêter ceux qui ne coopèrent pas, donc tout le
monde est obligé de coopérer. Pourtant on dit toujours que l‟autorité locale a un droit de
regard et d‟injonction à tous les services étatiques. Mais il y a des services qui y
échappent absolument, notamment le service de la sécurité (l‟ANR et la DGM : Direction
Générale de la Migration, ils opèrent souvent ensemble et parfois avec la police minière)..
Il y a des propositions de loi pour que l‟ANR et la DGM dépende des ministres des
Affaires Intérieurs et non pas de la présidence. Au moment où ils dépendent des Affaires
intérieurs, ils peuvent dépendre du gouverneur aussi. Parce que le gouverneur est le patron
des Affaires Intérieurs en province.
Pourtant il existe un ministre des Affaires Intérieurs provincial…
Oui, mais il ne s‟est pas encore bien imposé. Parce qu‟il y a un chef de division à la tête
de l‟administration en province. Ce chef de division de l‟intérieur est nommé par
Kinshasa. Il ne dépend donc pas du ministre provincial. Le ministre provincial de
l‟intérieur n‟a plus d‟ordre à donner à un chef de division. Ce dernier peut dire : « écoute,
je suis nommé, révoqué, etc par Kinshasa. Donc son rapport, il l‟adresse immédiatement
à Kinshasa et non au ministre provincial. IL donne juste une copie afin d‟informer le
ministre provincial, mais il n‟est pas obligé de lui rendre compte. La réforme actuelle de
l‟administration est très compliquée.
Il faut qu‟il y ait des lois claires qui puissent définir les compétences d‟un ministre en
province. Sinon il y aura toujours des problèmes !
Il n‟y a même pas 50000 employés officiels, la Gécamines incluse. Or, au Katanga il y a au
moins 300 000 personnes actives dans la recherche de minerais. Donc, il y a plus ou moins
250 000 creuseurs. Donc, en fait le revenu sur les entreprises minières n‟engendrent presque
pas d‟argent dans les caisses. La preuve : vous sortez à Likasi ou même à 10 km de
Lubumbashi et vous allez voir que c‟est la misère noire. Il n‟y a pas d‟eau et pas d‟électricité :
les gens vivent de la chasse et de la ceuillette. Les enfants vont rarement à l‟école. Les soins
de santés sont quasi inexistantes. On est ramenés à la médecine traditionnelle des feuilles et
des plantes. Si les entreprises font quelque chose c‟est pour leur propre rendement, pour leurs
propres structures. Pour la construction de l‟infrastructure, les entreprises emploient des
chinois, qui malgré les 14000 km parcourus, coûtent moins chers que la main d‟œuvre
congolaise. C‟est incroyable ! Alors que la main d‟œuvre de base –pousser des brouettes et
creuser des tranchées- est destinée au congolais. Ils arrivent quand-même à venir ici comme
expatriés pour exploiter. Mais c‟est dû à la faiblesse de notre législation. Nous avons une
législation du travail minier qui dit Il ya des activités qui sont réservées propres aux
congolais. Sur 100% de travailleurs, il ne peut y avoir que 2% de travailleurs étrangers. Or, ce
n‟est pas le cas en pratique. Les chinois qui travaillent ici vivent dans des containers à côté de
leur endroit de travail. Tout ceci pour dire que les entreprises minières n‟ont pas d‟impact
immédiat sur l‟économie katangaise en dehors des taxes qu‟elles payent, mais, compte tenu
de la crise financière, ont encore fortement diminué. Le gouverneur a été obligé de diminuer
59
les taxes à 1% de la valeur déclarée des minerais, svp ! Ici, en RDC, c‟est aussi un problème
politique. Il nous faut un plan. Que les hommes politiques décident d‟un plan de vision et
mette tout en place pour le mener à bien.
En RDC, il n‟y a plus que 2 provinces qui s‟en sortent plus ou moins : Kinshasa et le Katanga.
On connaît un exode de la population vers ces deux provinces-là. Mais évidemment elles ne
peuvent pas continuer à accueillir toute la RDC, donc il y a des plans pour faire halte à cette
immigration interprovinciale. Comment va-t-on nourrir tous ces nouveaux venus ? Dans le
Kivu, il y a la guerre, donc n‟en parlons même pas…Même au Kassaï, actuellement il faut
investir dans la recherche pour trouver du diamant, ce qui ne se fait pas.
Depuis l‟indépendance de la RDC, il n‟y que 2 routes qui ont été complètement finies et il ne
reste plus que deux locomotives pour 2700 km de chemins de fer, rarement partout en
suffisamment en bon état que pour faire rouler des trains dessus. Mais ils roulent à du
15km/h, donc le maïs qui est cultivé dans nos terres fertiles, a juste le temps de pourrir avant
d‟arriver dans nos villes. Nous voilà donc obligé d‟importer nos aliments de Zambie et
ailleurs, ce qui est tout juste bon à nous endetter. Alors que nous avons tout le nécessaire dans
notre pays, ainsi que dans notre province !
Voyez les document que j‟ai ici, signé par le ministre des mines. Quel est le problème de la
revisitation des contrats miniers ? Quand les gens viennent ici, en RDC, pour négocier, par
exemple avec la Gécamines, la loi dit…imaginons que vous êtes une entreprise privée 100 %
étrangère. La Gécamines doit avoir un pourcentage dans l‟entreprise. On considère que le
gouvernement précédent a mal négocié les parts…
La plupart des entreprises minières ont plus de 75% des parts.
Prenez par exemple une entreprise comme KMT, la Gécamines a seulement 12 %. C‟est cette
disproportion qui a fait que le (gouvernement) congolais ne s‟y retrouvait pas. Quand on
donne un contrat, il fait 500 millions d‟investissement, il ne peut plier les dividents (à l‟état
congolais, la Gécamines qui est actionnaire) qu‟au moment ou les remboursements du capital
investi. Don si ca prend 10 ans, l‟état congolais est privé de recettes pendant 10 ans !. On a
mis en place une structure qui s‟appelle le pas-de-porte. Avant-même que l‟entreprise
commence à extraire le minerais, elle nous doit déjà quelque chose. Pour être sûr que la
Gécamines et le gouvernement touche quelque chose, les géologues qui ont fait de la
recherche sur le montant de cuivre et de cobalt dans certaines régions et carrières, on a mis un
prix à la tonne (35 dollar la tonne et il y a 250 millions de tonne, et 25 % de cuivre contenu),
qu‟ils doivent nous retourner de toute manière. Donc tous ces partenariats où la Gécamines et
le gouvernement congolais à moins de 25 % des parts, on doit ramener ça à 40 %, et c‟est ce
qui a été conclu dans la revisitation du contrat minier. Il faut aussi que l‟état congolais soit
participant dans la négociation des finances. Parce que qu‟est-ce qu‟on a constaté : les gens
prennent des financements de dépenses, font coter leurs actions en bourse. Dès que l‟action
chute, ils revendent à des partenaires qui attendent un peu avant de reprendre les activités,
mais dès que ça remonte ils revendent. Beaucoup d‟entreprises ont connu cela. On a changé
d‟actionnaires en très peu de temps. Pourquoi est-ce qu‟on a changé ? Les gens venaient pour
faire du business ici. Ils prennent une concession, font miroiter, et disent « voilà, il y a autant
de tonnes de cobalt et de cuivre ici, donc vous pouvez vous faire autant de milliards de dollars
là-dessus », puis les taxes montent, ils vendent leurs actions en bourse, ils se font du magot et
ils se cassent. La plupart des entreprises ont fermé de cette manière.
Il faut absolument revoir le code minier, car il y a des messieurs qui ont des concessions qui
vont encore durer 100 ans, sans que ça ne rapporte à l‟état congolais. Au départ, il paye 1%
entre la production et l‟exportation du chiffre d‟affaire déclaré.
La « revisitation » est terminée, mais maintenant les gens deviennent réticents, parce qu‟ils
doivent corriger le pas-de-porte, comme on a revu la participation gouvernementale à la
hausse. C‟est le gros problème actuellement. Beaucoup d‟entreprises partent actuellement. Ils
61
ont comme motif la crise financière et sa répercussion sur les prix des métaux sur le marché
international. Les cours de métaux en bourse ont chuté. Or, il faut regarder les choses en face :
ces entreprises sont arrivées ici en 2004, ils ses ont présentés en 2000 au président Kabila. Je
vous rapporte que j‟étais son conseiller à l‟époque. C‟était des contrats de 10 ans. On estimait
à l‟époque entre 2000 et 4000 dollars la tonne, or en octobre 2008, nous arrivions à 9000
dollars la tonne.
Le contrat minier avec les chinois est le suivant : la RDC va demander aux entreprises
chinoises de lui confectionner toute une série d‟ouvrages, d‟infrastructure, en compensation
de l‟exploitation minière. C‟est la Gécamines qui donnent 5 concessions minières (près de
Kolwezi) aux chinois et qui évalue sa valeur. On estime ces gisements de valeur de 90
milliards de dollars. En échange, la RDC aura des routes, des hôpitaux, des écoles,… qui
seront construites par ces grandes sociétés chinoises. Les entreprises chinoises doivent aussi
payer un pas-de-porte de 350 millions de dollars.
Les cours ou les taux du cuivre, n‟ont pas empêché le contrat social, mais ce sont les
négociations qui sont parties du gouvernement congolais vers la Gécamines avec ces
entreprises chinoises. C‟est la Gécamines qui a négocié. C‟est à ce niveau-là maintenant que
se situe le problème. Dès qu‟ils auront négocié et finalisé le contrat, c‟est difficile de
retourner en arrière.
Est-ce que des réalisations infrastructurelles sont déjà là ? Et la qualité a satisfait vos
attentes ?
Disons qu‟il y a une première livraison de matériel qui est déjà arrivée. Le niveau de ce
contrat est peu fiable. Mais concrètement sur le terrain on n‟a pas encore commencé les
travaux, parce que le contrat n‟est d‟ailleurs pas encore complètement finalisé par la
Gécamines. La Gécamines attend qu‟on lui paye le pas-de-porte avant de commencer toute
sorte d‟activité. La route Kasumbalesa-Lubumbashi, c‟est du fond propre du gouvernement
provincial. Mais elle est déjà en reconstruction. Les politiciens katangais ont voulu aller trop
vite, pour montrer à la population qu‟avec la venue des chinois ca allait changer. C‟était juste
une affaire politique. Mais on oublie qu‟il y a 100 à 200 camions par jour de près de 80
tonnes qui passent sur cette route. Si elle n‟est pas bien faite dans les règles de l‟art, elle ne
peut pas faire long feu. L‟année prochaine on prévoit un ring autour de la ville…
62
Il n‟y avait pas eu de carnet de charges pour les travaux de la route dont je vous parlais. On la
construite pour des besoins de publicités politiques. L‟argent est venu de « nulle part ». Ces
travaux n‟étaient même pas considérés comme dépenses publics. Car cela devait aller vite, et
si c‟était considéré comme travaux publics, il est impératif de construire selon des normes
officielles qui garantissent la qualité. Mais cela prendrait trop de temps. Pareil pour une autre
route : on a omis de d‟abord d‟occuper du dégagement de la route avant de commencer la
construction de la route. Aussi quand une société est choisie pour construire des routes, elle
ne respecte pas les délais. Elle va traîner et rallonger les travaux pour se faire un maximum
d‟argent ! Et c‟est à peu près cela qui tue à chaque fois nos contrats ici, en RDC.
Est-ce que le ministre provincial des mines est sur la même longueur d’onde que le
ministre national des mines ?
En 2006, il y a eu la nouvelle constitution qui stipulait qu‟en 2009 on devait passer au
découpage territorial. Le problème c‟est qu‟il n‟y a que deux provinces qui donnent des
ressources au pouvoir central : le Katanga et Kinshasa. Si nous devions procéder aujourd‟hui
au découpage territorial, alors qu‟on a pas encore bien mis en place la caisse de péréquation,
les provinces qui produisent ce surplus pour la caisse de péréquation…Mais Kinshasa est
réticent de couper ces province qui lui rapportent gros, en plus petites entités. Si vous lisez
l‟actualité, le Katanga réclame depuis longtemps les 40 % de retenu à la source, mais
Kinshasa fait tout pour éviter la mise en place de ce mécanisme-là. Kinshasa s‟es rebellé entre
guillemet et a mis en place la DGRK (Direction Générale des Ressources à Kinshasa) pour
récupérer à la source tous les impôts et taxes fiscales et non-fiscales qui reviennent de droit
aux provinces. Et maintenant, suite à une proposition d‟un député de l‟assemblée provinciale,
ce qui a été approuvé par le gouverneur, une DGRKatanga est en train de se mettre en place.
A partir du mois de mars, cette nouvelle institution devrait retenir 40 % des recettes à la
source, comme prévu dans la constitution. Voilà qui serait un début de la mise en place de la
décentralisation. Symboliquement très important. La vérité c‟est cela : Kinshasa ne veut pas
lâcher ses provinces et encore moins le Katanga, qui est sa vache à lait. Sans le Katanga,
Kinshasa ne pourrait plus fonctionner de la même manière. C‟est ça le conflit entre Kinshasa
et le Katanga. Mais le découpage politique n‟est pas encore envisagé. Pourquoi ? Parce que
vous savez qu‟il était question qu‟on ait les élections municipales ce février-ci. Ce mois-
même, donc. Mais il n‟y a pas d‟argent, c‟est la crise financière, ainsi que dans le secteur
63
minier, la communauté internationale ne veut pas financer les élections. On doit se débrouiller
nous-mêmes pour trouver l‟argent pour financer les élections. Donc on retarde la date…
Dernièrement on a arraché un arrêté, après 12 mois, l‟exonération du marché sur les entrants
de produits agricoles. Tout ça pour nous embêter ! Ils disent, vous êtes exonérés d‟impôts,
mais vous avez quand même la crise alimentaire !? Le gouverneur a exposé ses engins dans
l‟avenue principale, place de la Poste, comme vous avez dû voir. Ça fait 6 à 8 mois que ces
engins sont interdits de quitter Lubumbashi, parce qu‟ils n‟ont pas payé le droit de mise en
route. Pourtant c‟est prévu dans la législation douanière et d‟autres réglementations que les
provinces peuvent avoir leurs propres équipements de travail. L‟action faite là est une action
d‟éclat pour dire « si vous ne voulez pas qu‟on sorte les engins, nous on va les affecter, là où
on devrait les faire travailler, en dépit de la législation douanière. » Vous comprenez bien que
c‟est ce conflit-là qui bloque la décentralisation. Chaque régie (institution) financière qui
fonctionne à la province doit rétrocéder 5% à la province, mais ça ne se fait pas. Alors on est
en obligé de mettre en place des taxes provinciales, or si vous mettez en place une telle taxe
vous alourdissez la dette fiscale de ces opérateurs économiques. Je vous informe que si vous
produisez un produit fini, du pastis, par exemple à Lubumbashi, avant que votre produit va
sortir à l‟aéroport vous aurez payé 376 taxes différentes. Soit 70 % de votre chiffre d‟affaire
va passe dans ces histoires. Evidemment, ceci décourage les opérateurs économiques. C‟est
pour ça que dans le secteur minier le code minier est préci: on ne peut pas payer ce qui n‟a pas
été déclaré. Mais dans d‟autres secteurs vous êtes à la merci de tous petits fonctionnaires et
autres.
Le Katanga connaît une immense immigration de la population des provinces voisinent, qui
viennent trouver du travail dans le secteur minier. L‟impact est énorme. C‟est souvent dans le
secteur artisanal qu‟ils trouvent une source de revenu. On dit que les faits précèdent le droit.
Ces creuseurs et ces activités artisanales existent et donc il faut trouver des légalismes pour
les encadrer et les orienter au mieux. Avec le gouverneur du Katanga, nous mettons en place
une bourse d‟achat des produits artisanaux des creuseurs artisanaux. Ceci sera financé par la
Banque Mondiale. Le ministre national des Mines est déjà d‟accord. Donc on doit amélioré la
traçabilité des produits miniers et mettre en place une structure qui va récupérer tous ces
produits artisanaux. Il faut des entreprises de transformation locales ou bien que la province
achète des minerais immédiatement aux creuseurs artisanaux de manière à ce que le minerais
reste dans les sites, les carrières artisanales, afin de les transformer sur place. La province a
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déjà mis en place des mécanismes pour que cela se passe de cette manière-là. Il faut savoir
que la criminalité est souvent dûe aux creuseurs qui remontent en ville ou dans la banlieue ou
la brousse. Donc si on veut diminuer la criminalité il faut garder les creuseurs dans les sites en
leur donnant des activités. Plus de travail là-bas. Ceci est la stratégie de sécurité. Pour ce faire
le gouvernement provincial s‟est engagé pour racheter les produits bruts à des prix
compétitifs, puis nous les travaillerions, puis nous les revendrions à des grandes entreprises
qui les exporteraient. Cela ferait plus d‟emplois et plus de revenus pour l‟état congolais. Il y a
beaucoup de fours dans les environs de carrières qui ne fonctionnent plus, faute
d‟approvisionnement. Enormément de concessions minières ont déjà fermé parce qu‟elles ont
déjà été morcelées, même la Frénésie. Mais maintenant les entreprises reviennent et
revendiquent leurs concessions. Mais ils sont d‟abord obligés de chasser les creuseurs qui y
travaillent. Heureusement pour l‟état congolais, beaucoup de comités de recherches viennent
d‟expirer et les concessions reviennent de droit à l‟état congolais. Comme état digne on vient
de répertorier au moins 10 concessions minières. L‟état congolais s‟est donc engagé à racheter
ces produits, la banque mondiale finance la bourse. A ce moment-là la répartition des revenus
sera plus étendue sur toute la province. Et avec le programme du gouverneur, qui va remettre
en place une politique routière, la situation économique et donc financière du Katanga devrait
s‟améliorer.
Il est très important qu‟on diversifie notre économie, qu‟on ne soit plus que le Katanga
minier, mais aussi agricole. Le gouvernement provincial a mis en place un programme pour
développer l‟agriculture au Katanga. Actuellement, l‟économie katangaise est strictement
tournée vers l‟importation. Chaque mois, il y a une inflation de 5 à 7 %. Nous sommes
complètements tributaires de l‟agriculture à l‟étranger et donc nous ne maîtrisons pas les prix.
Cela va changer avec le nouveau plan. Les engins (tracteurs pour l‟agriculture, machine pour
la construction de routes,…) qui attendent place de la Poste vont se mettre au travail, dès que
la saison de pluie sera terminée, c‟est-à-dire au mois de mars-avril pour l‟infrastructure
routière, puis il faut attendre septembre pour commencer le travail agricole. Le programme est
donc en cours et je crois que ça ira.
Le plus grand problème, c‟est de lancer les gens dans l‟agriculture : cela prend 3 à 6 mois
pour pouvoir cultiver ce qu‟on a semé. Quels revenus entre temps pour ces agriculteurs ? On
ne peut pas les payer à l‟avance, avant-même qu‟ils aient cultivé quelque chose. Nous ne
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sommes pas une ASBL. En plus, si les routes ne sont pas convenables, le maîs pourrit avant
d‟atteindre les villes…
-Réponse : La décentralisation n‟est pas encore totalement effective, surtout en matière des
finances. Certes, les provinces perçoivent certaines taxes et certains impôts tels que l‟impôt
sur les véhicules et bientôt elles vont percevoir l‟impôt foncier et l‟impôt sur les revenus
locatifs. Si les recettes provenant de ces impôts ne couvrent pas suffisamment ne fut-ce que
les charges de fonctionnement des institutions provinciales, comment peuvent-elles servir au
financement du secteur miniers ? D‟ailleurs avec la libéralisation de ce secteur et la création
des entreprises minières mixtes, c‟est la province qui espère recevoir de ces investissements
des taxes régulières devant lui permettre de remplir sa caisse. Quelques entreprises de ce
secteur accomplissent quelques oeuvres à caractère social (aménagement ou construction des
infrastructures de santé, de l‟éducation?), cependant le gros est perçu au
niveau central puisque c‟est le gouvernement national qui octroie les titres miniers.
malgré certaines compétences exclusives, encore trop restreinte par le pouvoir central ?)
-Réponse : C‟est connu de tout le monde que toutes les provinces se plaignent au sujet de la
non application de la Constitution en matière de répartition des recettes à caractère national.
Cette situation constitue certes, un obstacle majeur pour la réalisation des entreprises ou
initiatives de développement propres à la province. Cependant, même pour des provinces
dirigées par des animateurs incompétents en matière de management, cette situation constitue
un alibi favorable pour camoufler l‟inaptitude en matière de gestion. Au Katanga, les
difficultés financières handicapent la réalisation de la politique de développement telle que
définie dans le programme d‟action du gouvernement provincial. A défaut de la retenue des
40% à la source, la province est condamnée de se contenter d‟une rétrocession des frais dont,
malheureusement, le taux est aussi très faible par rapport au volume réel des réalisations au
niveau des régies financières en province. Ce taux est de l‟ordre de 4% soit dix fois moins que
ce qui est défini par la loi ( lire à ce sujet le Budget de la province de l‟exercice 2008, p.VI).
4) Quel est l’impact du ministre provincial des Mines sur le secteur minier au Katanga,
sachant qu’il a un homologue supérieur à Kinshasa ?
-Réponse : Les deux instances se situent nettement sur un plan vertical, à telle enseigne que
le ministère national se trouve au-dessus du ministère provincial. C‟est au premier que revient
la tâche de gérer tout le secteur minier sur l‟ensemble du territoire national. Le ministère
provincial n‟intervient que relativement aux compétences reconnues à la province. En cette
67
6. ONG
Donc, selon vous, il y a pas mal de projets d’agriculture au Katanga qui ont vu le jour
après 2006. En quoi est-ce que la décentralisation y est pour quelque chose ?
D’accord, mais là vous parlez dans la forme du futur. Y a-t-il eu un changement après
2006 au niveau de la politique agricole ? Si oui, lesquels ?
Oui, c‟est parce que j‟ai d‟abord voulu expliquer la thématique de la décentralisation, qui est
nouvelle pour nous. Même si elle a commencé en 1982 sous le règne de Mobutu, mais n‟a
jamais abouti. Depuis lors j‟ai participé dans le forum provincial, ainsi que représentante de la
femme et déléguée du Katanga au Forum national de Kinshasa. Voilà pourquoi j‟ai utilisé le
futur : la décentralisation doit faire face à de nombreux problèmes et défis pour asseoir la
décentralisation au pays. Mais depuis 2006, fin 2006, début 2007 on sent clairement l‟élan de
la décentralisation. Ceci sous forme de formations, d‟informations et de sensibilisations. Les
gens se disent maintenant que „tiens, nous aussi ce que nous faisons et tenu en compte. Nous
participons au mouvement, à la gouvernance ils sont même partie prenante, grâce à la
décentralisation. Si vous allez visiter les gens dans leurs champs, ils vont se dire maintenant
qu‟ils vont contribuer au développement des gens de leurs coins. C‟est pareil pour la pêche :
ils veulent aussi attirer des investisseurs pour contribuer au développement du coin. Vous
comprenez l‟idée ?
véritable stimulus. Nous sommes enfin des contribuables à notre développement et bien-être.
Le gouvernant va nous accompagner dans ce processus avec la rétrocession, la bonne
redistribution des ressources générées dans notre province. Mais on attend toujours ces
fameux 40%. Moi je dis toujours…vous voyez, on dit que le Katanga est minier, mais les
mines ont tellement d‟effets néfastes. Et qu‟est-ce que le Katanga reçoit en retour pour tous
ces effets néfastes qu‟il est en train d‟absorber depuis tellement d‟années ? Il ne reçoit rien !
Alors pourquoi crie-t-on à chaque fois „le Katanga minier‟ si ça ne profite pas aux Katangais ?
Il faut diversifier vers autre chose qui n‟attire pas l‟attention de tout le monde. Littéralement
l‟attention des grandes entreprises du monde entier, qui viennent puiser nos ressources et
exploiter les gens, pour finalement laisser une terre polluée. Les mines sont une vache à lait
pour tout le monde. Et ça ne va pas.
Moi, en tant que femme qui parle pour les communautés à la base et qui a longtemps travaillé
dans le social, je vois clairement une évolution quand je regarde ce que le ministre de
l‟agriculture arrive à faire pour l‟instant. Il arrive à donner une voix aux communautés rurales
de base. A l‟époque, avant 2006, c‟était impensable. Il fallait attendre tout de Kinshasa.
Pouvez-vous citer quelques organismes qui ont vu le jour, après 2006 ?
Beaucoup d‟associations qui ont vu le jour ont la thématique agricole comme première
thématique. La REFED, par exemple est l‟une de celles-là. Quand vous voyez les tableaux
avec les activités des femmes au Katanga, la grande majorité à l‟agriculture comme première
activité. Il y a aussi le Conseil national des ONG s. Quand vous regardez l‟activité principale
de 95 % des ONG s, vous verrez qu‟elles s‟alignent dans la thématique de l‟agriculture.
Un énorme acquis pour notre pays est qu‟actuellement le ministre demande tout le temps
l‟avis de la société civile, qu‟il veut impliquer dans ses décisions. C‟est un changement
radical pour un pays qui a connu la dictature. Quelqu‟un qui n‟était pas nommé à Kinshasa
n‟avait pas le droit de s‟exprimer à la télévision. Ce qui n‟est plus le cas aujourd‟hui. On sent
que les gens peuvent se sentir plus à l‟aise et qu‟ils peuvent déclarer ce qu‟ils veulent déclarer
(à la télévision).
De deux, il y a eu effet d‟autopromotion. Plein d‟organisations apparaissent qui forment les
autres, par exemple les centre d‟alphabétisation, de professionnalisation,
N‟oublions pas que 72% de la population katangaise est rurale et vit principalement de
l‟agriculture et le para-agriculture. Mais il y a des problèmes énormes d‟infrastructures, de
routes,…ce qui fait que d‟énormes greniers agricoles pourrissent avant d‟atteindre les centres
de consommation.
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6.2. Jean-Pierre Okenda ONG DAF/ACIDH (Action Contre l‟Impunité pour les
droits humains), Juriste et Chercheur en droits economiques, sociaux et culturels,
interview par e-mail le 2 mars, Tél:+243995227821, Email: [email protected]
Réponse
a) Depuis 1990, le fonctionnement des institutions publiques de l‟Etat était devenu
quasiment inexistant. Avec l‟organisation des élections libre et pluraliste, la refonte
des institutions en général et en particulier l‟administration publique n‟était plus que
jamais démise. Pour ce faire, la mobilisation des ressources humaines et financières
sont d‟une importance capitale pour la mise en application des reformes
constitutionnelles entamées. A ce jour, avec les pratiques de corruptions, de
détournement et le trafic d‟influence qui gangrènent les institutions de l‟Etat, ces
ressources ne sont toujours pas mobilisées. C‟est dans ce cadre qu‟il convient de
placer la difficulté de fonctionnement auxquelles se trouvent confrontées les
institutions décentralisées actuellement. En principe, la décentralisation a pour but de
changer et/ou d‟améliorer les conditions sociales et économiques de la population en
général et en particulier des travailleurs. Cependant, la réalisation des résultats
concrets en termes d‟amélioration des conditions de travailleurs aussi bien dans le
secteur informel et formel dénote le contraire. Il y a absence totale de l‟Etat dans ce
secteur.
2° Est-ce que la tutelle du ministre national des mines sur son homologue
provincial bloque la politique minière que le Katanga voudrait mener?
R) Evidement, comme susmentionné, la constitution consacre les compétences exclusives et
concurrentielles entre le pouvoir central et le pouvoir provincial. A cet effet, l‟adoption des
lois organiques était démise dans la répartition pragmatique des compétences. A ce jour,
l‟adoption de certaines de ces lois fait toujours défaut. En revanche, on a assiste à un
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empiétement des compétences entre les deux ministres. Bien de fois, les décisions prises par
le gouvernement provincial dans le secteur des mines ont été souvent annulées par le
gouvernement central. Mais aussi, il faut dire que ce secteur attire l‟attention des toutes les
autorités de Kinshasa d‟autant plus qu‟ils y trouvent tous des comptes. Il y a une forte
implication des autorités de Kinshasa dans les entreprises minières au katanga, soit on y est
membres de conseil d‟administration dans certaines mining, soit on y est actionnaire et/ou on
y participe à quelque degré que ce soit. Cela est l‟un des facteurs faisant que le ministre
provincial des mines voit ses prérogatives constitutionnelles parfois estropiées.
3° Quelles sont, selon vous, les raisons pour le blocage de Kinshasa sur le développement
de la province, ainsi que le refus de rétrocession des 40% de recettes à caractères
nationales?
Pour ma part, il n‟existe aucune raison ni objective ni légale pour la quelle le pouvoir de
Kinshasa handicape la retenu de 40% au bénéfice de la population congolaise. Contrairement
à ce que soutient le pouvoir de Kinshasa, la constitution de la RDC ne parle même pas de
rétrocession mais plutôt de la retenu, c'est-à-dire que les provinces devraient retenir ce
fameux 40% à la source.
Par ailleurs, le plante forme au pouvoir à Kinshasa viole délibérément la constitution de la
République adoptée par voie référendaire en invoquant des prétextes dilatoires entre autres
l‟inégalité des ressources en recettes entre provinces c'est-à-dire qu‟il y aurait un certain
déséquilibre entre provinces. Pourtant, la lecture de la constitution laisse entrevoir que les
dispositions ont été prises pour contourner ce déséquilibre notamment en préconisant une
caisse de péréquation. Cette caisse a pour but garantir l‟équilibre entre les provinces qui ont
moins des ressources et celles qui en ont plus.
En tant que juriste, aucune raison, bonne soit-elle ne peut justifier la violation d‟une
disposition constitutionnelle, expression de la volonté générale de la population congolaise.
Je pense que le refus de Kinshasa de laisser les provinces procéder à la retenue de 40% ne
relève tout simplement que de la logique égoïste et malveillante des tenant de pouvoir actuel.
4° Si Kinshasa veut plus de revenus, il a tout intérêt à ce que le Katanga puisse se
développer, puisque cela signifierait plus de taxes au Katanga, donc plus d'argent pour
l'infrastructure, donc plus attirants pour les entreprises,...un véritable cercle vertueux!
Est-ce la peur de sécession? La peur d'une trop grande popularité de Moïse, qui
augmente ses chances pour les présidentielles en 2011? Alors que Moïse n'aspire pas à la
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présidence, puisqu'il a plus de pouvoir en tant que gouverneur vu que ces entreprises
minières se trouvent au Katanga....
Revenant au code minier de 2002, après sa promulgation, le règlement minier qui était
nécessaire pour son application fut promulgué à 2003. Son problème, c'est le manque de la
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création des certains organes crées par le règlement minier qui devrait faciliter sa mise en
application qui manquent, si non les deux lois sont suffisants pour son application.
Par rapport à ta question, il faut avouer que les dispositions de la constitution relative à
l'exercice du pouvoir sont jusque-là inopérationnels. Les entités qui existaient suivant la
configuration de l'ancienne République existent et fonctionnent comme telles, c'est dire que
selon les règles de gestion de l'ancien système qui n'accordait pas de l'autonomie
administrative et financière prévue par l'actuelle constitution. En revanche, nous disons que
les entités décentralisées ne sont pas opérationnelles au sens exprimé par la constitution
actuelle. A ce jour, chaque province essaie de s'organiser de sa manière.
Par exemple au Katanga, le gouvernement provincial accorde une subvention de 25 milles
dollars à chaque territoire pour son fonctionnement; tu peux comprendre toi même! Te disais
que je provenais d'une mission à l'intérieur de la province. Il n 'y a rien d'existant en terme
d'entité décentralisée.