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Écriture de combat d'Olympe de Gouges

L'écriture d'Olympe de Gouges pour l'égalité des sexes combine des arguments philosophiques inspirés des Lumières avec des propositions concrètes. Elle utilise une rhétorique incisive et persuasive, avec des formules percutantes, pour attirer l'attention sur les injustices faites aux femmes et provoquer un changement.

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Écriture de combat d'Olympe de Gouges

L'écriture d'Olympe de Gouges pour l'égalité des sexes combine des arguments philosophiques inspirés des Lumières avec des propositions concrètes. Elle utilise une rhétorique incisive et persuasive, avec des formules percutantes, pour attirer l'attention sur les injustices faites aux femmes et provoquer un changement.

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Dans son introduction à l’édition des textes politiques d’Olympe de Gouges, Benoite Groult écrit au

sujet de l’autrice : « Elle savait parfois allier le génie des formules à l’audace de la pensée sans jamais
négliger l’aspect concret » Ces caractéristiques vous semblent-elles participer à une écriture de
combat pour l’égalité et en garantir l’efficacité ? Vous répondrez à cette question dans un
développement organisé. Votre réflexion prendra appui sur la ddfc et sur le travail mené sur le
parcours.

I. L'écriture de combat : une écriture argumentée


1.1 Les arguments philosophiques pour justifier l'égalité

Olympe de Gouges s'inspire largement des idées des Lumières pour construire ses arguments
en faveur de l'égalité des sexes. L'éloge des idéaux des Lumières traverse l'œuvre de Gouges.
Elle loue l'ère de la raison et de la sagacité comme une période d'éveil intellectuel et moral.
Dans cet élan, elle affirme que les progrès de la raison humaine exigent une égalité totale
entre les sexes. En s'appuyant sur les enseignements des philosophes des Lumières, elle
revendique l'égalité comme un principe universel, fondé sur la liberté et la dignité de chaque
individu. Par exemple, dans l'article premier de sa Déclaration, elle affirme que "La Femme
naît libre et demeure égale à l’homme en droits". Cette formulation reprend directement le
langage de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, mais en y incluant
explicitement les femmes. Au cœur de sa pensée, Gouges avance que l'égalité entre les
hommes et les femmes est un principe naturel, inhérent à la condition humaine. Pour elle,
toute forme de discrimination basée sur le genre est une perversion de cette égalité naturelle.
Elle s'inscrit ainsi dans une tradition de pensée humaniste qui cherche à révéler et à rétablir
les droits fondamentaux de tous les individus. Pour renforcer son argumentaire, Gouges fait
également appel à une dimension spirituelle, invoquant "l'Être suprême" comme garant de la
justice et de l'égalité. Cette référence souligne que l'égalité entre les hommes et les femmes
dépasse le simple cadre des lois humaines ; elle est enracinée dans un ordre divin supérieur,
où chacun est digne de respect et de considération, indépendamment de son sexe.

Enfin, Gouges adopte une position critique envers la Révolution française, qu'elle voit
comme une opportunité manquée pour les femmes. Elle dénonce vigoureusement l'exclusion
des femmes des sphères politiques et sociales, affirmant que la Révolution devrait être une
"révolution dans la révolution". Cette vision audacieuse révèle son désir ardent de voir les
femmes non seulement participer pleinement à la transformation de la société, mais aussi
réclamer leur juste place dans l'histoire.

Condorcet, un autre penseur des Lumières, a également plaidé en faveur de l'égalité des
sexes. Dans son "Essai sur l'admission des femmes au droit de cité" (1790), il soutient que la
raison et la justice exigent l'égalité des droits entre hommes et femmes. Condorcet et de
Gouges partagent la conviction que l'injustice envers les femmes est contraire aux principes
rationnels et moraux des Lumières. Toutefois, Olympe de Gouges va plus loin en proposant
des mesures concrètes pour atteindre cette égalité, notamment en réclamant le droit de vote et
l'accès aux charges publiques pour les femmes.

1.2 Les idées et arguments pour atteindre l'égalité sociale

Olympe de Gouges met en avant plusieurs arguments pour justifier l'égalité sociale entre
hommes et femmes. Elle proclame dès le préambule de sa "Déclaration des droits de la
femme et de la citoyenne" : "les mères, les filles, les représentantes de la nation, demandent
d'être constituées en Assemblée nationale". Cette demande audacieuse met en lumière son
désir ardent de voir les femmes participer activement à la vie politique et législative de la
nation, affirmant ainsi leur droit fondamental à la représentation et à la participation
démocratique.

Elle dénonce de plus, l'hypocrisie de la société qui proclame des valeurs universelles tout en
excluant la moitié de l'humanité. Par exemple, dans son Préambule, elle écrit : "Homme, es-tu
capable d’être juste ? C’est une femme qui t’en fait la question ; tu ne lui ôteras pas du moins
ce droit." Cette interpellation directe vise à mettre en lumière l'incohérence et l'injustice du
système patriarcal.

Elle propose également des réformes concrètes pour améliorer la condition des femmes. Dans
l'article 2 de sa déclaration, elle établit le droit à la liberté comme l'un des fondements de
l'égalité sociale, déclarant que "ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et surtout la
résistance à l'oppression". Cette affirmation souligne l'importance de la liberté individuelle
dans la lutte contre les injustices et les oppressions, y compris celles basées sur le genre. De
manière similaire, dans l'article 6, elle insiste sur le caractère démocratique de la loi,
affirmant que "la loi doit être l'expression de la volonté générale de toutes les citoyennes et
citoyens". Cette assertion met en avant la nécessité d'une législation égalitaire, élaborée avec
la participation de toutes les composantes de la société, sans distinction de sexe. Dans l'article
XI, elle revendique le droit des femmes à la liberté d'expression et d'opinion : "La libre
communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de la femme."
De Gouges utilise une rhétorique directe et sans concession pour éveiller les consciences et
provoquer une prise de conscience collective. Olympe de Gouges articule également une
vision économique de l'égalité. Dans l'article XIII, elle stipule que les contributions
financières doivent être équitablement réparties entre les sexes : « Pour l’entretien de la force
publique et pour les dépenses d'administration, les contributions de la femme et de l’homme
sont égales. ». Cet argument économique renforce l'idée que l'exclusion des femmes de la vie
politique et publique est non seulement injuste mais également irrationnelle sur le plan
économique. Olympe de Gouges critique également la structure patriarcale et familiale
traditionnelle qui maintient les femmes dans une position subordonnée. Elle écrit dans
l'article VI : "La loi doit être l'expression de la volonté générale ; toutes les citoyennes et
citoyens doivent concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation." En
réclamant une participation égale des femmes à l'élaboration des lois, elle conteste
directement le monopole masculin sur le pouvoir législatif et exécutif. Cette revendication est
révolutionnaire car elle exige non seulement une égalité formelle mais aussi une
transformation profonde des institutions politiques. Cette position rejoint celle de Mary
Wollstonecraft, qui dans "A Vindication of the Rights of Woman" (1792), plaide également
pour une éducation égalitaire comme fondement d'une société juste.

L'argumentation d'Olympe de Gouges est ainsi riche et complexe. Elle combine des
revendications philosophiques inspirées des Lumières avec des propositions concrètes et
pratiques, ce qui renforce la crédibilité et l'efficacité de son écriture de combat.

1.3 La stratégie et la rhétorique d'Olympe de Gouges

La stratégie d'Olympe de Gouges repose sur une rhétorique à la fois incisive et persuasive.
Elle utilise des formules percutantes et provocatrices pour attirer l'attention sur les injustices
subies par les femmes. Par exemple, elle écrit : "La femme a le droit de monter sur l’échafaud
; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune." Cette phrase, qui juxtapose la peine
de mort et le droit de parole politique, met en évidence l'absurdité de priver les femmes de
leurs droits civiques alors qu'elles sont sujettes aux mêmes peines que les hommes.

Olympe de Gouges utilise également des procédés d'écriture variés qui relèvent de la
rhétorique, cet art de s'exprimer pour engager au combat. Résolue à convaincre ses lecteurs
comme ses adversaires, elle entre dans un dialogue avec ses interlocuteurs, qu'ils soient réels
ou imaginaires. Elle s'adresse directement à la reine, aux hommes, aux femmes et à ses
accusateurs, créant ainsi une écriture vivante et orale. Ce dialogue vise à susciter l'énergie et
la volonté du combat chez les victimes, tout en provoquant un sentiment de culpabilité chez
les dominants. Elle multiplie les impératifs et les tournures injonctives ou interrogatives pour
déclencher à la fois un sursaut moral et un appel au combat : "Homme, es-tu capable d’être
juste ?", "Femme, réveille-toi, reconnais tes droits", "Ô femmes! Femmes, quand cesserez-
vous d'être aveugles?". Ces questions et injonctions sont destinées à secouer les consciences
et à inciter à l'action. La chanson "Faute à Ève" d'Anne Sylvestre est un autre exemple de
lutte contre les préjugés patriarcaux. Dans cette chanson, Sylvestre critique les mythes
religieux qui ont longtemps servi à justifier l'infériorité des femmes. En reprenant le mythe de
la faute originelle d'Ève, elle en dénonce l'injustice et l'utilisation pour maintenir les femmes
dans un état de soumission.

Olympe de Gouges peint également des tableaux pathétiques pour révéler les injustices dont
sont victimes les femmes et les esclaves. Elle décrit avec émotion les souffrances et les
privations imposées par la domination masculine. Par exemple, elle compare la situation des
femmes à celle des esclaves, soulignant que la liberté et l'égalité proclamées par la
Révolution française doivent s'appliquer à tous, sans distinction de sexe. Cette approche vise
à provoquer une réaction émotionnelle et à mobiliser l'opinion publique en faveur de la cause
féminine.

L'objectif du pamphlet est de détruire l'adversaire et sa cause en les discréditant de façon


agressive. Les cibles privilégiées d'Olympe de Gouges sont les hommes dans leur ensemble,
qu'elle accuse de maintenir une domination injuste et arbitraire. Dans un passage
particulièrement virulent, elle écrit : "L'homme seul s'est fagoté un principe de cette
exception bizarre, aveugle, boursouflée de science et dégénérée dans ce siècle de lumière et
de sagacité dont l'ignorance la plus crasse. Il prétend jouir de la révolution et réclamer ses
droits à l'égalité pour ne rien dire de plus." Tout est fait pour exagérer la position de la
domination des hommes sur les femmes. Le vocabulaire y est extrêmement dévalorisant,
voire insultant ; les mots ne sont pas trop forts pour crier à l'injustice de ce siècle d'exception
d'un homme seul tyran de la nature. En parallèle, Marie d'Agoult a également été une figure
importante dans la lutte pour les droits des femmes. Sous le pseudonyme de Daniel Stern, elle
a écrit des œuvres qui critiquaient les injustices sociales et défendaient l'émancipation des
femmes notamment dans « Essai sur la liberté considérée comme principe et fin de l’égalité
de l’activité humaine ». Dans ses écrits, d'Agoult s'attaque aux structures patriarcales de son
époque et plaide pour une éducation égale pour les femmes, un thème également cher à
Olympe de Gouges.

II. Les difficultés d'une écriture qui doit lutter contre les
préjugés et les structures patriarcales
2.1 Un texte audacieux et choquant pour son époque
La "Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne" est un texte audacieux qui défie
ouvertement les normes et les valeurs patriarcales de l'époque. Olympe de Gouges n'hésite
pas à critiquer les institutions et les figures d'autorité, y compris les hommes politiques et les
philosophes qui, tout en prônant la liberté et l'égalité, perpétuent les inégalités de genre. Par
exemple, elle accuse les hommes de ne pas être capables de justice envers les femmes et de
maintenir un système d'oppression basé sur la force et la domination.

Cette audace est particulièrement choquante pour son époque, où les femmes sont largement
perçues comme inférieures et destinées à un rôle domestique et subordonné. En remettant en
question ces préjugés et en revendiquant des droits égaux pour les femmes, de Gouges
s'expose à la critique et au ridicule. Son texte, par sa radicalité, a choqué de nombreux
contemporains, y compris parmi les révolutionnaires. La société de son temps, encore
profondément ancrée dans des valeurs patriarcales, n'était pas prête à accepter une telle
remise en question de l'ordre établi.

Un des aspects les plus audacieux de la pensée d'Olympe de Gouges est son opposition à la
religion et au mariage, qu'elle perçoit comme des instruments de contrôle patriarcal. Dans sa
"Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne", elle critique ouvertement les dogmes
religieux qui justifient l'infériorité des femmes et leur soumission aux hommes.

De Gouges conteste également l'institution du mariage, qu'elle considère comme une forme
de servitude légalisée pour les femmes. Elle propose des réformes radicales pour libérer les
femmes de cette servitude. Dans son "Projet de contrat social", elle envisage une union basée
sur l'égalité et le respect mutuel, où les femmes auraient les mêmes droits que les hommes.
Son opposition à la religion et au mariage renforce son image de radicale et contribue à
l'ostracisation dont elle fait l'objet. En remettant en question ces institutions fondamentales,
Olympe de Gouges attaque les bases mêmes de l'ordre social de son époque. Ses propositions
pour un mariage égalitaire et la séparation des droits civiques des doctrines religieuses sont
des idées avant-gardistes qui anticipent de nombreux débats contemporains sur la laïcité et les
droits des femmes.

2.2 La réception et l'impact de la Déclaration

Le texte de Gouges a été largement ignoré à son époque, et elle-même a été souvent
ridiculisée et marginalisée. Cette marginalisation est en partie due à la résistance des hommes
au changement des structures patriarcales qui leur conféraient des avantages. La réception de
la "Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne" est un témoignage des difficultés
auxquelles sont confrontées les femmes qui osent défier le statu quo. Cette déclaration met en
lumière l'idée que les droits et privilèges masculins sont des usurpations fondées sur la force
et non sur la justice ou la nature ainsi que de « vaines prétentions de supériorité ». L'impact
de la "Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne" a été limité à son époque, mais
elle a posé les jalons pour les futures luttes féministes. Olympe de Gouges est aujourd'hui
reconnue comme une pionnière de la pensée féministe et son œuvre a inspiré de nombreux
mouvements pour l'égalité des sexes.

2.3 Les obstacles sociaux et politiques

Les obstacles auxquels Olympe de Gouges a été confrontée étaient nombreux. Les structures
sociales et politiques de l'époque étaient profondément patriarcales et excluaient
systématiquement les femmes des sphères de pouvoir et de décision. Les femmes étaient
largement confinées à des rôles domestiques et n'avaient que peu ou pas de droits légaux.
Cette exclusion systématique des femmes de la vie publique et politique était renforcée par
des lois et des normes sociales qui limitaient leurs libertés et leurs opportunités.

De plus, l'éducation des femmes était généralement limitée, ce qui les rendait moins
préparées à participer aux débats politiques et intellectuels. Olympe de Gouges elle-même a
souvent été attaquée pour son manque de formation formelle, bien qu'elle ait compensé par
son autodidactisme et son intelligence. Sa position en tant que femme sans éducation formelle
et de basse extraction sociale la rendait particulièrement vulnérable aux attaques et au mépris
des hommes instruits de son époque. Enfin, la Révolution française, bien qu'elle ait proclamé
des idéaux de liberté et d'égalité, a souvent exclu les femmes de ces idéaux. Les femmes qui
ont essayé de s'impliquer dans la politique révolutionnaire ont été systématiquement écartées
et leurs contributions minimisées. Par exemple, les clubs de femmes ont été fermés par décret
en 1793, et de nombreuses femmes révolutionnaires ont été arrêtées ou exécutées, y compris
Olympe de Gouges elle-même, qui a été guillotinée en 1793.

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