REPUBLIQUE DU SENEGAL
UN PEUPLE-UN BUT-UNE FOI
MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR, DE LA
RECHERCHE ET DE L’INNOVATION
UNIVERSITE GASTON BERGER DE SAINT-LOUIS
FACULTE DES SCIENCES JURIDIQUES ET POLITIQUES
Master 2/ Décentralisation et Gestion des Collectivités locales
Sujet : Les transferts financiers de l’Etat
Présenté par : Sous la direction de
- Boubakrine DIAKHATE Prof. MOUSSA ZAKI
- Mame Awa DIOP
- Oulèye SARR
-Balla Mamadou KEITA
- Cheikh NDIAYE
ANNEE ACADEMIQUE 2022-2023
INTRODUCTION
Dans le cadre du désengorgement des affaires centrales et dans le souci de faciliter la
mise en place de services adaptés aux besoins locaux, l’État a mis en avant la
décentralisation pour répondre à ces questions. Cette situation de fait a exhorté le
Sénégal, à travers l’article 102 de la constitution, a consacré le principe de la libre
administration des collectivités territoriales. Ainsi, pour exercer pleinement les
missions qui leurs sont assignées, les collectivités territoriales ont besoin de moyens
humains, matériels et surtout financiers. Ainsi, au de-là des ressources qui leurs sont
propres, les collectivités territoriales perçoivent en outre un certain nombre de
ressources financières allouées par l’État. Pour le professeur Sadikou KOUFEDJI,
« l’apport des transferts financiers de l’État constituent sans nul doute la contribution
financière la plus importante destinée au fonctionnement et à l’investissement des
collectivités territoriales »1. C’est d’ailleurs dans cette logique que s’inscrit le sujet
soumis à notre appréciation qui porte sur les transferts financiers de l’État.
En réalité, les transferts financiers de l’État aux collectivités territoriales traduisent
« la participation financière de l’État au fonctionnement et à l’investissement des
collectivités territoriales pour booster le développement local »2.
L’élucidation de ce sujet parait à bien des égards complexe. En fait, les transferts
financiers de l’État aux collectivités territoriales, qui apparemment simple dans la
théorie, laisse planer des difficultés dans sa mise en œuvre. Dès lors, même si de
multiples champs de compréhension peuvent se dégager, par soucis de concision, notre
travail sera accentué sur deux axes essentiellement. Le premier nous permettra de nous
pencher sur les catégories de transferts financiers de l’État aux collectivités et le
second nous amènera à étudier l’impact mitigé desdits transferts.
L’étude de ce sujet est très intéressante. En effet, elle nous permet de mieux connaitre
les relations surtout financières entre l’État et les collectivités territoriales.
1
Sadikou KOUFEDJI Contribution « l’apport des transferts financiers de l’Etat aux collectivités territoriales au
Sénégal », https://ceracle.com
2
H. AKEREKORO., Communication 1 « La création du Fonds d’Appui au Développement des Communes et
Régions au Bénin », Colloque international de Saint-Louis sur l’acte 3 de la décentralisation au Sénégal : Enjeux
et défis, Saint-Louis, UGB, 2015.
Ainsi, force est de constater qu’en dehors du financement habituel des collectivités
territoriales par voie d’impôts locaux, supportés par les contribuables, celles-ci
admettent d’autres moyens de financement tels que les transferts financiers de l’État. A
cela s’ajoute, le fait que les transferts financiers occupent une place non négligeable
dans le droit des finances locales ; car les dépenses locales sont en train de connaître
un accroissement. Alors, il est normal que les collectivités territoriales disposent de
ressources suffisantes, non seulement, pour respecter le principe de l’équilibre réel du
budget local, mais également, pour faire face efficacement auxdites dépenses.
Eu égard à toutes ces considérations, il conviendra de s’interroger sur la question
suivante : Quelle finalité peut-on assigner aux transferts financiers de l’État
susceptible d'influer sur l'état financier des collectivités territoriales ?
Pour répondre à une telle interrogation, il faut d’ores et déjà accepter qu’il existe une
pluralité de sources à travers lesquels l’État fait des transferts financiers aux
collectivités territoriales. Bien qu’utiles et nécessaires pour renforcer l’équilibre des
comptes locaux, ces transferts financiers tendent néanmoins à remettre en cause
l’autonomie financière des collectivités territoriales.
Dès lors, pour bien traiter ce sujet, nous aborderons en premier lieu la catégorisation
de transferts financiers suivant leurs finalités (I) et en second lieu, nous déterminerons
l’impact mitigé desdits transferts (II).
I. Une catégorisation des transferts financiers suivant leurs finalités
« Tout transfert de compétences à une collectivité doit être accompagnée du transfert
concomitant par l’État à celle-ci des ressources et moyens nécessaires à l’exercice
normal de cette compétence ». A ce titre les financements mis en place par l’État, sont
destinés essentiellement au fonctionnement (A), mais aussi à l’investissement (B)
A. Les transferts financiers destinés au fonctionnement des collectivités
territoriales
l’ État du Sénégal accompagne, dans sa politique de décentralisation, les collectivités
territoriales à exercer leurs compétences conformément aux dispositions de la loi
2013-10 du 28 Décembre 2013 à ses articles 281 et 282 du code général des
collectivités territoriales.
De ce fait pour le respect de ces dispositions législatives l’ État du Sénégal prévoit , un
transfert de ressources financières aux départements, communes et les services de
l’Etat pour qu’ils puissent faire face d’une part aux charges résultant de ce transfert de
compétences et d’autre part d’assurer leur fonctionnement.
Ainsi parmi ces fonds mis en place par l’État en vue d’appuyer le fonctionnement des
collectivités territoriales nous pouvons citer : le fonds de dotation de la
décentralisation (FDD), le fonds national d’appui à l’éclairage public, les avances des
trésoriers et les ristournes de l’État.
D’abord le fonds de dotation de la décentralisation est alimenté par un prélèvement sur
la TVA à l’ ordre de 3,5 % est soumis à des critères suivant le décret 2008- 209 du 4
mars 2008 fixant les critères de répartition du fonds de dotation de la décentralisation
tels que: la dotation de compensation, la dotation de fonctionnement et la dotation
d’appuie aux services de l’ État .
Par ailleurs ce fonds de dotation apporte aux départements l’essentiel de leurs
ressources et complètera très largement celles des communes.
De ce fait ce fonds leur aide à faire face des dépenses tels que la rémunération des
agents, prestations des biens et services ainsi que les fournitures d’équipements mais
également pour qu’elles puissent exercer librement leurs responsabilités, en
s’appuyant à la fois sur des moyens propres et sur les dotations budgétaires de l’État à
un niveau garantit par la loi.
C’est donc dans ce même ordre d’idées que s’aligne, le défunt professeur Mayacine
Diagne en affirmant qu’« au Sénégal, l’État a certes pris conscience des besoins
énormes des collectivités locales et a donc dû prévoir dans son budget un fonds de
dotation de la décentralisation qui a d’ailleurs servi à financer pour près de 78% les
dépenses de fonctionnement des collectivités territoriales. Par exemple la prise en
charge des policiers municipaux.
En outre cette opération de transfert de fonds de l’Etat vers les services techniques,
départements et communes a un objectif essentiel:
Servir de compensation aux charges résultantes du transfert de compétences,
Doter les services de l’ État les moyens financiers nécessaires au fonctionnement de
leurs organes et services propres ,
Prendre en charge les indemnités de fonction de maire et le président du conseil
départemental,
Doter les agences régionales de développement des ressources nécessaires au
fonctionnement de leurs organes et services propres .
En somme la répartition des fonds de dotation est certes très évolutive
néanmoins elle est très critiquée car en dehors des municipalités ce fonds est répartis
entre les services déconcentrés , les agences régionales de développement, les agences
de la sécurités et de proximité ainsi que l’association des maires comme l’exemple de
l’année 2015 alors que l’ article 321 du code général ne prévoit qu’en dehors des
collectivités locales que les services déconcentrés pour la répartition des fonds
Ensuite, depuis 2002, l’État Sénégal dégage sur son budget un fonds destiné à appuyer
les communes dans la prise en charge des factures d’éclairages publics en partant du
principe selon lequel l’éclairage public participe à la sécurité publique, laquelle relève
encore de sa compétence.
Ainsi chaque année 1. 500.000.000f sont transférées par l’État aux communes.
En 2004 ce montant a représenté 54% de dettes des communes vis à vis de la
SENELEC.
Par ailleurs, vu les difficultés récurrentes rencontrées par les collectivités territoriales
pour les factures d’électricités non payées l’État à décider d’augmenter
considérablement ce fonds jusqu’à 30 milliards en 2014.
Enfin les transferts financiers de sources mixtes notamment les avances de trésorerie
étant particulières, sont considérées comme des transferts financiers extrabudgétaires.
Ainsi elles sont des concours financiers à caractère non budgétaire qui se caractérisent
par le fait qu’ils n’affectent pas le budget des collectivités territoriales allocataires
c’est à dire que la prise en compte de ces transferts financiers ne fait recours à aucune
écriture budgétaire de la part des collectivités territoriales bénéficiaires. De même,
pour assurer « la trésorerie des communes, l’État leur consent au début de chacun des
deux premiers trimestres de l’année financière, une avance égale à 25% des
recouvrements effectués au cours de la dernière gestion connues au titre des impôts
directs énumérés au paragraphe 1 de l’article 195 du code général des collectivités
territoriales. Les transferts financiers ne sont pas uniquement destinés au
fonctionnement mais également aux investissements.
B) les transferts financiers destinés à l’investissement local
Les transferts financiers liés à l'investissement des collectivités territoriales sont souve
nt un élément clé pour soutenir le développement local. En effet, ils jouent un rôle esse
ntiel dans la promotion du développement local en fournissant les ressources nécessair
es à la mise en œuvre de projets structurants pour les collectivités concernées. Ainsi, c
e sont des mécanismes régis par des lois et des politiques spécifiques, visant à assurer
la transparence, l'efficacité et l'équité dans la distribution des ressources publiques. Ils
jouent un rôle crucial dans la gestion financière globale, permettant d’optimiser l'utilis
ation des ressources disponibles. Ils peuvent revêtir plusieurs formes, notamment le B
udget Consolidé d'Investissement, le Fonds de Péréquation et d'Appui aux Collectivité
s Territoriales et le fonds d’équipement des collectivités territoriales. Ce dernier a été c
réé par la loi n°77-07 du 4 Juin 1977 portant loi de finances pour l’année financière 19
77/1978. Il a pour objectif d'appuyer les collectivités territoriales dans le cadre de la ré
alisation d'investissements locaux. En effet, Il a été créé pour renforcer les capacités fi
nancières des collectivités territoriales afin qu'elles puissent réaliser des projets d'infras
tructures et de développement au niveau local. Le fonds d’équipements des
Collectivités Territoriales est une dotation budgétaire qui doit être indexée à la Taxe su
r la
Valeur ajoutée (T.V.A). C’est ce qui ressort de l’article 328 de la loi 2013-10 portant
CGCT qui dispose que :«Le Fonds d’équipements des Collectivités locales reçoit une
dotation équivalant à 2% de la Taxe sur la Valeur ajoutée au profit du budget de l’État
de la dernière gestion connue». Cependant, à l’origine, le caractère de compte spécial
du Trésor a été donné au fonds, ce qui suppose naturellement l’existence de recettes bi
en déterminées affectées à la couverture ou à la réalisation de dépenses tout aussi déter
minées et clairement spécifiées et le fonds devait être alimenté par le produit des centi
mes additionnels sur la taxe sur les chiffres d’affaires et par un prélèvement sur ladite
taxe. Mais, les problèmes économiques conjoncturels ont conduit à l’échec mais égale
ment à l’abandon de tels schémas de dotation et le choix d’une simple inscription au b
udget d’équipement du Ministère chargé des collectivités territoriales, du montant à all
ouer au fonds. Ce qui fait que dès 1991, le Fonds d’équipements des Collectivités Terr
itoriales a été intégré au budget général de l’État.
En 2006, l'État a mis en place un nouveau mécanisme de financement qui consiste à dé
centraliser au niveau des collectivités la gestion des finances et l'exécution de ses dépe
nses à travers le Budget consolidé d'investissement (BCI). De ce fait, les collectivités t
erritoriales sont inclus dans l'exécution financière et technique des dépenses en capital
inscrites dans la loi de finances et qui relèvent des missions traditionnelles des ministèr
es sectoriels. En effet, il y’a une certaine décentralisation qui s’opère et qui consiste à
mettre à la disposition des collectivités territoriales des ressources financières que l’Ét
at utilisait pour effectuer lui-même certains investissements. Il s'agissait donc d'un cha
ngement de paradigme par l'État dans l'exécution de ces crédits, qui devait participer a
u renforcement des capacités des collectivités territoriales et particulièrement de l'exer
cice des compétences transférées ; tant il est vrai que malgré l'énoncé du transfert par l
es textes de la Décentralisation, sa mise en œuvre effective rencontre les réticences des
ministères sectoriels.
Il y’a aussi en dernier ressort, le fonds de péréquation et d’appui aux collectivités terr
itoriales institué par la loi n°2003-36 du 24 novembre 2003 portant Code minier, en so
n article 55 est affecté essentiellement, à l’équipement des collectivités locales, et est a
limentée par un prélèvement à hauteur de 20% des redevances minières.
En outre ces transferts destinés à l’investissement local ont des finalités distinctes suiv
ant la collectivité concernée. Pour ce qui est du département, ces transferts visent souv
ent à soutenir le développement économique, social et infrastructurel des départements
en finançant des projets tels que la construction d'écoles, de routes, d'équipements spo
rtifs, de centres culturels, ou encore des actions en faveur de l'emploi, du logement et d
e l'environnement. Ils sont généralement alloués en fonction des besoins et des priorité
s identifiés par les autorités locales, mais peuvent également être conditionnés par des
critères de performance ou de respect de certaines politiques publiques nationales. Et p
our les communes, les transferts financiers de l'État destinés à l'investissement local s
uivent une logique similaire que celle du département à quelques détails près. En effet,
Ils sont souvent destinés à financer des infrastructures locales telles que la réhabilitatio
n des écoles, les routes, les équipements municipaux, les parcs, les espaces verts, les se
rvices sociaux, les équipements culturels, etc. Ces transferts sont généralement détermi
nés en fonction de critères tels que la taille de la commune, ses besoins spécifiques, sa
population, son niveau de développement, et parfois sa capacité financière propre.
Par ailleurs, le soutien financier de l'État envers les collectivités territoriales n'est pas u
ne énigme, mais plutôt une facette tangible inscrite dans le cadre financier local du Sén
égal. Cependant, ce principe a des limites dans la mesure où il présente des effets mitig
és avec une prépondérance négative sur la libre administration des collectivités territor
iales.
II- L’impact mitigé des transferts financiers de l’État sur les collectivités
territoriales
La contribution financière de l’État aux collectivités territoriales revêt une importance
capitale dans le cadre du respect du principe de compensation des charges induites par
les compétences dévolues aux collectivités territoriales. Ce principe impliquant le
transfert concomitant des compétences et des ressources, permettant ainsi le
renforcement de l’état financier des collectivités territoriales (A), cependant, force est
de constater que l’accroissement important du poids des financements provenant de
l’État peut se révéler néfaste du point de vue de l’indépendance financière des
collectivités territoriales (B)
A. Un renforcement de l’état des comptes locaux
La contribution financière de l’État est un mécanisme pertinent, car il permet non
seulement le renforcement de l'état des comptes des collectivités territoriales, mais
aussi de réduire les déséquilibres entre les collectivités territoriales. De ce fait, il faut
noter que les collectivités territoriales jouent un rôle très important dans la vie
quotidienne des citoyens en fournissant des services essentiels tels que l'éducation, les
transports, la santé, et l'aménagement du territoire.
Pour assurer une gestion efficace des dépenses, il est essentiel d'avoir des comptes
fiables et bien tenus. En effet, il faut noter que les collectivités territoriales sont
assujetties à une obligation de voter leurs budgets en équilibre, cette obligation légale
est prévue à travers les articles 255 et 256 du code général des collectivités territoriales
et par conséquent les concours financiers étatiques au même titre que les autres apports
extérieurs leur permettent de réduire considérablement l’écart entre la section de
fonctionnement et la section d’investissement. Ainsi, le texte législatif en son article
255 dispose que « Le budget d’une collectivité en équilibre réel lorsque la section de
fonctionnement et la section d’investissement sont respectivement votées en
équilibre, les recettes et les dépenses ayant été évaluées de façon sincère, et lorsque les
prélèvement sur la section de fonctionnement au profit de la section d’investissement,
ajouté aux recettes propres de cette section, à l’exclusion du produit des emprunts et
éventuellement aux dotations des comptes d’amortissement et de provision fournit des
ressources suffisantes pour couvrir le remboursement en capital des annuités
d’emprunt à échoir au cour de l’exécution ».
Par ailleurs, l’exercice effectif des compétences transférées aux collectivités
territoriales est conditionné par le transfert des moyens financiers sinon la
décentralisation s’analyserait en une débudgétisation, c’est-à-dire reviendrait à un
transfert des charges permanentes de l’État aux collectivités territoriales sans
ressources correspondantes. Celles-ci verraient alors leurs charges financières
augmenter. C’est pour cela que l’article 4 de la loi 2013-10 du 28 décembre 2013
portant code général des collectivités territoriales au Sénégal dispose que tout transfert
de compétences à une collectivité territoriale doit être accompagné du transfert
concomitant des ressources et moyens nécessaires à l’exercice normal de leurs
compétences.
En effet, les collectivités territoriales sont responsables de la gestion de leur budget, de
l'exécution des dépenses et des recettes, ainsi que de l'établissement de leurs comptes
annuels. Elles doivent de ce fait respecter des principes comptables et des règles de
transparence afin d'assurer une bonne gouvernance financière. En plus, pour améliorer
l'état des comptes des collectivités territoriales, plusieurs mesures peuvent être prises.
Cela inclut l'adoption de logiciels de gestion financière performante, la formation du
personnel aux règles comptables et budgétaires, ainsi que la mise en place de
procédures de contrôle interne efficaces.
En outre, on peut noter que le renforcement de l’état financier des collectivités
territoriales par la compensation vise à promouvoir la solidarité et l'équité entre les
collectivités territoriales en redistribuant les ressources financières de manière
équilibrée, dans le but de garantir un accès équitable aux services publics et de
favoriser le développement harmonieux des territoires.
Enfin, on peut noter que le principe d’équilibre est essentiel pour garantir la pérennité
des services publics locaux et éviter des difficultés financières qui pourraient
compromettre le fonctionnement des administrations locales. Le principe d'équilibre
entre les collectivités territoriales vise également à promouvoir l'égalité des territoires
en garantissant un accès équitable aux services publics et aux infrastructures, quel que
soit le lieu de résidence des citoyens. Cela peut nécessiter des mécanismes de
péréquation financière ou des politiques de développement territorial visant à réduire
les écarts de développement entre les différentes régions ou communes. Toutefois, il
convient de noter que la prédominance des financements verticaux peut être un facteur
d’affaiblissement de l’autonomie financière des collectivités.
B. L’affaiblissement de l’autonomie financière des collectivités territoriales
Aux dires de certains experts et décideurs, une autonomie financière est parfaitement
compatible avec des ressources essentiellement externes, car ce qui importe, en
définitive, ce n’est pas l’origine des ressources mais leur volume 3. L’exemple qui est
souvent présenté, à l’appui de cette thèse, est celui des collectivités locales allemandes
dont les ressources financières proviennent pour une part essentielle des dotations de
l’État fédéral ou des Landers4. Cette vue est cependant erronée compte tenu du poids
important des transferts financiers de l’État dans la détermination des dépenses
locales.
En effet, l’autonomie financière réelle suppose que les collectivités locales disposent
d’un niveau suffisant de ressources financières et qu’elles aient une maitrise de leurs
charges.
Cette autonomie ne se définie plus ici en termes de capacité juridique, mais plutôt
d’indépendance financière des collectivités locales par rapport aux subsides de l’État.
On passe du registre du pouvoir à celui de l’avoir.
Dès lors, à quoi servirait-il d’avoir des compétences financières importantes si les
collectivités locales n’ont accès qu’à des ressources financières virtuelles ou si elles ne
peuvent les affecter à des dépenses de leur choix ? On peut donc affirmer que si
l’autonomie formelle et l’autonomie réelle sont étroitement liées, c’est la seconde qui
donne tout son sens à la première. Comme le précise Robert HERTZOG, « avoir un
3
Cette conception fut, par exemple, celle du gouvernement de L. JOSPIN en France qui avait procédé à une
série de suppression d’impôts locaux donnant lieu au versement de dotations et compensations de la part de
l’État entre 1999 et 2001.
4
En effet, dans ce pays, les dotations de l’État fédéral et des Landers représentent 51% des ressources des
collectivités locales. CF, Les finances locales dans les quinze pays de l’union européenne, Dexia, 1997.
patrimoine, avoir des agents, avoir des ressources financières suffisantes, voilà qui est
déterminant pour l’autonomie ainsi entendue. La capacité de produire des règles est,
au mieux, accessoire ».
Or, l’analyse des ressources financières des collectivités territoriales conduit à une
double observation : la première amène à constater que ces ressources sont
insuffisamment diversifiées et évolutives, la seconde que par rapport à l’ensemble des
ressources locales, les ressources provenant de l’État sont significatives. Cette
prédominance des dotations Étatiques réduit considérablement les marges de
manœuvres financières des collectivités territoriales en termes de l’efficacité des
dépenses locales. Comme le souligne André ROUX, « la quantité des ressources n’est
pas un élément suffisant et leur qualité, leur origine, permet mieux de qualifier le
degré d’autonomie financière des collectivités locales car le risque existe, si les
financements étatiques sont importants, qu’ils soient attribués sous conditions, limitant
la liberté des collectivités »5.
Autrement dit, les collectivités locales ne doivent dépendre pour l’essentiel des
concours financiers de l’État. Dans le même ordre d’idée, le professeur Loïc PHILP
prône l’effectivité de la libre administration des entités décentralisées par la
mobilisation des ressources suffisantes pour exercer effectivement leurs
responsabilités.
En réalité une autonomie obtenue par un financement indirect s’apparente à un lien de
subordination. Cette conception est également confirmée par la doctrine juridique qui
a estimé depuis longtemps que « l’autonomie financière n’est réelle que si les
collectivités parviennent à des recettes propres abondantes… et que si elles disposent
d’une grande liberté dans leurs dépenses sans être entravées par des dépenses
obligatoires ou par des dépenses interdites ou soumises à approbation ». En effet, les
budgets des collectivités territoriales sont essentiellement alimentés par d’autres
budgets dont celui de l’État avec les transferts financiers.
De ce fait, si l’alimentation des budgets locaux par les transferts financiers n’exclut
par le pouvoir financier des collectivités territoriales, il est toutefois évident que ces
dernières ne décident ni du principe, ni du montant, encore moins des modalités de
versement de ces ressources. Ce qui apparaît ainsi symptomatique d’une absence
d’indépendance financière des collectivités territoriales. De surcroit, une montée
5
A. Roux, ``L’autonomie financière des collectivités territoriales en Europe``, Annuaire international de justice
constitutionnelle, 2006, paris, Economica-PUAM, p.505.
croissante de ces ressources explique l’attention portée au risque d’ingérence dû à ce
mode de financement dans l’orientation des politiques locales. Elle explique également
que les collectivités territoriales ne peuvent pas faire face à leurs besoins réels en
investissements et fonctionnement sans appui externe. Il s’y ajoute que le niveau trop
élevé de ressources externes semble dissuader les collectivités territoriales de mettre
en œuvre des politiques actives de développement local dans la mesure ou l’incitation
à accroitre leurs bases fiscales diminue progressivement.
De même la recentralisation fiscale ou les niveaux trop élevé de péréquation portent
atteinte à l’autonomie financière réelle des collectivités territoriales. Celles-ci pouvant
ainsi créer des pièges de la pauvreté. Tout bien considéré, les collectivités n’exploitant
pas suffisamment leurs propres ressources6.
Compte tenu également de la forte contrainte qui affecte les finances étatiques, les
ressources propres des collectivités territoriales présentent deux avantages : d’abord,
elles sont prévisibles et régulières, contrairement aux concours financiers de l’État ;
ensuite, elles permettent de relier directement l’offre de services à leurs coûts ; ce qui
poussent les collectivités locales à une gestion financière efficace.
Au Sénégal, en dépit de la consécration constitutionnelle et législative du principe de
la libre administration qui inclut par conséquent, celui de l’autonomie financière des
collectivités territoriales, notamment dans la constitution du 22 janvier 2001 et repris
par le code général des collectivités territoriales de 2013. Il est ainsi prévu, pour
accompagner le transfert de compétences par la loi 2013-10 du 28 décembre 2013 en
son article 4, que les ressources nécessaires à l’exercice normal des compétences des
collectivités territoriales soient dévolues soit par transfert de fiscalité, soit par
dotations ou par les deux à la fois, force est de constater que dans la pratique,
l’autonomie financière est remise en cause car les ressources propres et les transferts
financiers de l’État sont non seulement insuffisants pour prendre en charge les besoins
financiers locaux, mais aussi les concours financiers en ce qui les concerne sont en
réalité inadéquats.
Étant le principal mécanisme de compensation des charges de transferts, le fond de
dotation par exemple présente deux insuffisances notoires : son enveloppe est jugée
6
BEYE, Modou. L’introuvable autonomie financière des collectivités territoriales, Ceracle [en ligne], 2020.
[consulté le 14 Mars 2024]. Disponible à l’adresse :
www.ceracle.com
très largement insuffisante et sa répartition n’obéit à aucun critère pertinent, toute
chose que révèle la plume du professeur Moussa ZAKI, dans son article intitulé « les
entraves à l’autonomie financière des collectivités locales au Sénégal ».
qui souligne d’abord que le transfert de compétences est financièrement mal compensé
lié d’une part au caractère injuste du mode d’évaluation et un niveau de prise en
charge décevant par les transferts financiers de l’État, avant de mettre l’accent sur
l’inexistence d’un vrai mécanisme de compensation avec l’État en termes notamment
de pertes de recettes occasionnées par la lourdeur des exonérations et exemptions
accordées par la loi ainsi que les charges de la TVA supportées par les collectivités
territoriales au profit du budget de l’État, notamment dans leurs opérations
d’investissement.
Selon lui la mise en œuvre du principe de compensation fait injustice aux collectivités
territoriales.
Ainsi, le mode d’évaluation et de compensation retenu a eu pour effet de creuser
l’écart entre les charges transférées et les ressources versées par l’État en guise de
compensation. En prenant comme base de calcul « les dépenses effectuées par l’État
pendant l’année précédant le transfert de compétences », le législateur Sénégalais a
pris le risque d’une compensation a minima7.
En définitive, les transferts financiers de l’État aux collectivités territoriales restent
insuffisants malgré leur augmentation durant les 8 dernières années. Le fond de
dotation de la décentralisation est passé de 16 822 910 000 en 2012 à 24 950 000 000
de francs CFA, quant au fond d’équipement des collectivités territoriales, il a connu
une forte baisse, de 13 398 000 000 en 2012, il est passé à 23 945 885 en 2020 (voir le
tableau de repère des FDD et FECT dans le cours de finances locales du professeur
Moussa Zaki). De plus la fiscalité locale est encore embryonnaire et peu de
collectivités en particulier les communes disposent d’infrastructures et d’équipements
marchands pourvoyeurs de ressources financières importantes. Donc, le triple enjeu
(forte urbanisation, transferts de compétences et insuffisance de moyens financiers)
constitue un défi d’où la nécessité impérieuse de trouver des systèmes innovants de
financement tels que le partenariat public privé et l’emprunt. Ce dernier constitue une
7
ZAKI, Moussa. Les entraves à l’autonomie financière des collectivités locales au Sénégal, Afrilex [en ligne],
2014. [consulté le 14 Mars 2024]. Disponible à l’adresse :
www.afrilex.u-bordeaux.fr
voie pour soutenir les efforts d’investissement des autorités locales.