Chapitre 2.
Les expressions de la sensibilité1
Introduction
a. Comprenons le titre « Les expressions de la sensibilité »
- L’étymologie du terme « expression » signifie « action de faire sortir quelque
chose en pressant ». Il s’agit donc de faire sortir quelque chose de soi, ce qui
nous appelle à nous interroger sur comment faire pour exprimer ses sentiments
et sa sensibilité. Le terme ici est au pluriel. Quelles sont ces expressions ? Le
langage est-il le seul moyen d’exprimer sa sensibilité, ses sentiments ?
- Que signifie le terme « sensibilité » ?
Le mot « sensibilité »
Du latin sensibilitas, (« sensibilité », « faculté de sentir », « sens », « signification »), qui
vient de « sensibilis » (qui tombe sous les sens), qui lui-même vient de « sentio » (percevoir
par les sens et par extension « percevoir par l’intelligence et donc sentir, se rendre
compte).
Selon l’encyclopédie Universalis, le dictionnaire Le Robert et le Gaffio, voici ses différentes
significations :
a. Propriété d’un être vivant, d’un organe d’être informé des modifications du
milieu (intérieur ou extérieur) et d’y réagir par des sensations ;
1
Vous pourrez compléter notre étude avec les deux chapitres de votre manuel : L’écrivain est-il doué d’une
sensibilité particulière ? (des pages 110 à 121) / Comment restituer le flux du vécu ? (des pages 86 à 97).
b. Propriété de l’être humain sensible, traditionnellement distinguée de
l’intelligence et de la volonté. Aptitude à l’émotion ;
c. Opinion, tendance, courant ;
d. Aptitude (pour un capteur, par exemple) à déterminer de faibles variations ;
e. Familièrement, faculté d'éprouver de la compassion.
D’autres mots formés sur le même radical : sens, sensation, sensationnel, sensé,
sensibilisateur, sensibilisation, sensiblerie, sensitif, sensoriel, sensualité … Liens entre
sensations et intelligence.
Synonymes de « sensibilité » : excitabilité, impression, réceptivité, sensation, affectivité,
amour, attendrissement, cœur, compassion, émotion, émotivité, humanité, pitié,
sensiblerie (péjoratif), sentiment, sentimentalité, sympathie, tendresse. Par extension :
amabilité, attention, bon goût, courtoisie, délicatesse, discrétion, élégance, finesse,
gentillesse, obligeance, soin, tact.
Antonymes de « sensibilité » : Insensibilité, froideur, dureté, anesthésie, apathie,
engourdissement, assoupissement, inconscience, indolence, léthargie, neutralité,
paralysie, aridité, cruauté, être de marbre, détachement, égoïsme, endurcissement,
impassibilité, implacabilité, indifférence, inhumanité.
Au-delà de cette étymologie qui relie la sensibilité aux sens et donc à la perception du
monde, on voit naître en Europe, dès le milieu du XVIIIème siècle la notion d’« âme
sensible ». La sensibilité est alors liée aux émotions.
Les expressions de la sensibilité se trouvent alors associées à différentes notions :
- L’expression des émotions (de celles qui sont fugitives aux plus intenses) ;
- La sensibilité se trouve alors en contact avec la nature et les deux sont
intimement liés, dans l’harmonie comme dans la disharmonie. De plus, les aléas
de la météorologie et les phénomènes naturels sont ressentis en accord avec
sa propre sensibilité ;
- La Révolution française et ses conséquences sur la société vont transformer la
perception que les individus ont d’eux-mêmes ;
- La sensibilité et les émotions sont en lien avec un mouvement littéraire et
artistique européen : le Romantisme ;
- Une réflexion sur les expressions de la sensibilité se met alors en place.
Comment exprimer sa sensibilité ? Peut-on l’exprimer autrement que par le
langage ? par l’art ? Doit-on trouver de nouveaux procédés littéraires pour
l’exprimer ?
b. Commentaire d’une citation
Baudelaire : "Ne méprisez la sensibilité de personne ; la sensibilité de chacun, c’est son
génie".
Journaux intimes (1887)
Ecoute de l’émission en replay sur France culture, « 3 minutes de philosophie pour
redevenir humain », par Fabrice Midal :
https://www.franceculture.fr/emissions/3-minutes-de-philosophie-pour-redevenir-
humain/baudelaire-ne-meprisez-la-sensibilite-de-personne-la-sensibilite-de-chacun-cest-son-
genie
c. Activité d’écriture
Quelle est votre sensibilité propre ? Ecriture d’un « J’aime / J’aime pas » à la manière de
Roland Barthes et de Jean-Pierre Jeunet, réalisateur du court-métrage « Foutaises ».
Avant le « Foutaises » cinématographique de Genet en 1990, voici comment Roland
Barthes (1915-1980) se décrivait lui-même en faisant une liste poétique de ce qu’il aime
et ce qu’il n’aime pas :
J’AIME :
la salade, la cannelle, le fromage,
les piments, la pâte d’amandes,
l’odeur du foin coupé (j’aimerais qu’un « nez » fabriquât un tel parfum),
le roses, les pivoines, la lavande, le champagne,
des positions légères en politique,
Glenn Gould, la bière excessivement glacée,
les oreillers plats, le pain grillé, les cigares de Havane, Haendel,
les promenades mesurées, les poires, les pêches blanches ou de vigne, les cerises,
les couleurs,
les montres, les stylos, les plumes à écrire,
les entremets, le sel cru, les romans réalistes, le piano, le café, [...]
JE N’AIME PAS :
les loulous blancs, les femmes en pantalon,
les géraniums, les fraises, le clavecin,
Miro,
les tautologies, les dessins animés, Arthur Rubinstein,
les villas,
les après-midi, Satie, Bartok, Vivaldi,
téléphoner, [...]
A la manière de Roland Barthes dans son poème, lancez-vous dans un « J’aime / Je n’aime
pas » en complétant les domaines suivants que vous serez amenés à modifier, à compléter
en fonction des expressions particulières de votre sensibilité.
J’aime Je n’aime pas
Une activité - -
Un plat culinaire - -
Dans la famille… - -
Une sensation visuelle - -
Une sensation tactile - -
Une sensation gustative - -
Une sensation auditive - -
Une sensation olfactive - -
Entre amis… - -
Autres domaines ?
Première partie – La sensibilité et l’imagination au cœur du
Romantisme
Si on réduit souvent le siècle des Lumières à la consécration et à la diffusion du savoir
universel, l’époque se traduit également par l’essor de la sensibilité et l’expression du
moi. Elle annonce ainsi le culte de la sensibilité romantique.
A. Première approche – Caspar David Friedrich
Comment pourriez-vous caractériser le Romantisme à partir des œuvres de Friedrich ?
B. Parcours de lecture - Les Rêveries du promeneur solitaire (1778) – voir
document annexe
Le mot « romantique » apparaît pour la première fois vers 1730 en anglais (« romantic »)
et signifie « romanesque ». Lorsque Rousseau l’emploie pour la première fois, en français,
dans Les Rêveries du promeneur solitaire, il l’associe à « sauvage » à propos d’un paysage.
Il suggère ainsi que le mot est, dans son esprit, lié au sentiment de la nature primitive et
à une manière de sentir instinctive, empreinte de spontanéité et peut-être de violence
passionnelle.
Comment Rousseau exprime sa sensibilité au travers de son dernier ouvrage, Les
Rêveries du promeneur solitaire ?
Ce parcours suit l’émission « Les Chemins de la philosophie », par Adèle Van Reeth, sur
France culture, du 27 au 30 novembre 2017 (et en replay sur le site de France culture).
Extrait 1 - (lecture à partir de 10.49 sur https://www.franceculture.fr/emissions/les-
chemins-de-la-philosophie/rousseau-les-reveries-du-promeneur-solitaire-14-seul-sur-
terre)
Extrait 2 - (lecture à partir de 26.15 sur https://www.franceculture.fr/emissions/les-
chemins-de-la-philosophie/rousseau-les-reveries-du-promeneur-solitaire-14-seul-sur-
terre)
Extrait 3 - lecture à partir de 38.49 sur https://www.franceculture.fr/emissions/les-
chemins-de-la-philosophie/rousseau-les-reveries-du-promeneur-solitaire-14-seul-sur-
terre)
Extrait 4 - Lecture à partir de 7.00 sur https://www.franceculture.fr/emissions/les-
chemins-de-la-philosophie/rousseau-les-reveries-du-promeneur-solitaire-34-le-
sentiment-de-lexistence
Comment Rousseau exprime sa sensibilité au travers de son dernier ouvrage, Les
Rêveries du promeneur solitaire ?
Jean-Jacques Rousseau, philosophe dont Emmanuel Kant souligna l’esprit
pénétrant, est un écrivain qui montre l’importance des élans du cœur, des sentiments et
de la subjectivité. Outre le fait qu’il est le premier à employer en français l’adjectif
« romantique », dans la cinquième promenade des Rêveries du promeneur solitaire, il est
l’un des premiers à exprimer sa sensibilité avec autant d’acuité. Quand il entreprend les
rêveries, Rousseau est très connu mais également très critiqué. Il est sous la menace d’une
arrestation depuis sa Profession de foi du vicaire savoyard, extrait du livre IV de Émile ou
De l'éducation, souvent publié à part, et où il critique la religion établie. Pour Rousseau,
la religion impose des dogmes et des systèmes de pouvoir qui éloignent du véritable
bien. Depuis ce scandale, sa présence à Paris est juste tolérée mais on a fini par lui
interdire de lire ses Confessions dans les Salons. S’il continue d’écrire, il a promis de ne
plus rien imprimer. L’opinion publique se passionne pour les rumeurs et controverses
autour de lui. Les Rêveries du promeneur solitaire sont donc rédigées à un moment de
sa vie où il sait qu’il n’a plus rien à prouver. Il déjà essayé de le faire avec ses Confessions
mais rien n’y fait. Promeneur invétéré, il a l’habitude de penser en marchant. C’est ainsi
que naissent ces dix promenades, dont il rédige les premières notes sur des cartes à jouer
ou des petits carnets durant ses pérégrinations. Nous nous demanderons donc ici
comment Rousseau exprime sa sensibilité particulière dans cette dernière œuvre.
Afin d’exprimer sa sensibilité, son premier mouvement est de se retirer du monde
et de se mettre à l’écoute de son intériorité profonde. On peut ainsi remarquer la présence
du « je » au début et à la fin de la première phrase du livre : « Me voici donc seul sur la
terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société, que moi-même. » Si cet
isolement semble résulter de la haine que les autres éprouvent envers lui, cette solitude
qu’il subit depuis quinze ans doit devenir maintenant l’opportunité de s’interroger sur lui-
même, comme il le formule explicitement dans une question : « Que suis-je moi-même ? ».
Son univers intérieur est désormais au centre de son attention puisque la terre est
caractérisée de « planète étrangère ». Sa sensibilité va alors pouvoir se concentrer sur ses
propres émotions et sensations. Cette introspection apparaît dès lors harmonieuse, («
Livrons-nous tout entier à la douceur de converser avec mon âme ») face à la cruauté du
monde extérieur, synthétisée dans l’énumération : « mes malheurs, mes persécuteurs, mes
opprobres ».
Ainsi, c’est dans l’acceptation du présent qu’il trouvera la paix de l’âme. L’épisode
de l’accident de Ménilmontant en est un bon exemple, non sans un certain humour qui
tend à relativiser le registre pathétique jusqu’alors très présent dans le texte. Dans ce
petit récit, il s’arrête sur ses sensations lors de son retour à la conscience, après son
évanouissement. La légèreté qu’il éprouve alors et qu’on retrouve dans la syntaxe même
des phrases (parataxe marquée par les points-virgules et emploi très présent de la
négation) s’apparente à un état de bonheur extrême (« je ne trouve rien de comparable
dans toute l’activité des plaisirs connus »). C’est à partir du moment où la notion du moi
lui échappe qu’il trouve la sensation de calme qu’il recherchait. C’est ce que les mystiques
appellent la désappropriation. Le moi s’envole. Chez Mme Guyon, une mystique du début
du XVIIIème siècle, c’est l’image de la goutte d’eau dans la mer. La goutte d’eau cesse de
dire qu’elle est la plus belle goutte d’eau lorsqu’elle se rend compte qu’elle est bien plus
belle lorsqu’elle se mélange à toute la mer. Il reste ici à Rousseau uniquement la
conscience d’exister. Il est à l’écoute de ses sensations et de son rapport en tant qu’être
vivant à la nature qui l’environne (« J’aperçus le ciel, quelques étoiles, et un peu de
verdure. Cette première sensation fut un moment délicieux »).
Sa sensibilité s’exprime en effet avec bonheur lorsqu’elle entre en écho avec la
nature. Elle épouse son rythme. Corps et âme sont reliés alors dans une même sensibilité.
Cette harmonie se retrouve particulièrement dans notre dernier extrait : « harmonie des
trois règnes », « accord », « ravissements inexprimables à me fondre dans le système des
êtres ». Rousseau se caractérise alors comme un « contemplateur à l’âme sensible ». Son
écriture épouse dès lors le rythme de ses émotions, de ses sensations, en un mot de sa
sensibilité. La cinquième promenade sera en ce sens fondatrice. Dans cet extrait, il raconte
son séjour à l’île Saint-Pierre, quinze ans auparavant. Il s’y était réfugié après avoir vécu
une persécution intense : sa maison, à Neufchâtel, avait été bombardée de pierres. Il
goûte, sur cette île suisse, ce qui ressemble au bonheur, le « sentiment de l’existence ».
Le calme et l’apaisement sont ressentis et permettent une « rêverie délicieuse ». Ses
rêveries épousent alors le rythme de l’eau, donnant au narrateur un sentiment de
plénitude : « Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles
frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que
la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence,
sans prendre la peine de penser. Nous pouvons remarquer dans cette citation le rythme
de la phrase. Elle marque l’influence des sensations extérieures (le bruit de l’eau) sur « les
mouvements internes » de la pensée. Rousseau écrit ainsi que « Tout est dans un flux
continuel sur la terre. Rien n’y garde une forme constante et arrêtée, et nos affections qui
s’attachent aux choses extérieures passent et changent nécessairement comme elles. »
Selon lui, l’accès au bonheur serait alors dans la perception des sensations présentes,
dans un monde en mouvement où rien ne dure
Ainsi, l’expression de la sensibilité est particulièrement marquée dans Les Rêveries
du promeneur solitaire, où Rousseau fait se succéder dix « méditations » pour évoquer
aussi bien le présent que des souvenirs de son passé. Il analyse ses promenades, ses
émotions face à la nature, face aux hommes. La nature devient un miroir de la subjectivité
de l’artiste, un refuge contre la dureté de l’existence et un lieu de méditation. Marqué par
ses désillusions dans ses relations humaines, il aspire à retrouver une relation
harmonieuse à soi, aux autres et à la nature. Ses rêveries influenceront considérablement
les Romantiques et seront fondatrices dans l’expression du « moi sensible » dans un
monde de plus en plus fermé. Très influencés par la lecture de Rousseau, des auteurs
comme Chateaubriand et Musset exprimeront cependant davantage leur rapport
conflictuel au monde, ce qu’on nommera « le mal du siècle ». Ainsi, Chateaubriand écrira,
dans le Génie du christianisme », en 1802 : « On habite, avec un cœur plein, un monde
vide ; et, sans avoir usé de rien, on est désabusé de tout ».
b. Trois œuvres marquantes du pré-romantisme
- Paul et Virginie
- Les Souffrances du jeune Werther
- Faust
1. Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie (1788)
A la fin du XVIIIème siècle, dans un climat politique et social
tendu, c’est cette même passion qui s’empare de Virginie,
l’héroïne de Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre.
Deux jeunes femmes (une aristocrate et une paysanne) se sont
réfugiées sur l’île Maurice pour cacher leur déshonneur et
accoucher.
Elles y élèvent comme frère et sœur leur progéniture, Paul et
Virginie, tout en exploitant une petite plantation à l’aide d’un
couple de noirs. C’est une période idyllique, surtout pour les deux
enfants. Mais cet Eden s’effrite à l’adolescence. Un ouragan
dévaste les récoltes, une esclave martyrisée par son maître y
cherche refuge, et surtout l’éveil de la sensualité trouble leur
amour innocent, simple et pur. Profitant de la demande d’une tante de faire venir Virginie
en Europe pour éventuellement lui léguer sa fortune, sa mère l’éloigne de Paul. Tandis
que ce dernier s’ouvre au monde par la lecture, Virginie tente de s’accoutumer aux mœurs
corrompues du continent. En vain. Pendant le voyage de retour, son bateau est pris dans
un ouragan en vue de l’île. Refusant de quitter ses habits devant les marins pour se mettre
à l’eau, Virginie préfère sombrer avec le navire. Sous les yeux de Paul, qui l’attendait sur
la grève. Celui-ci en meurt de chagrin, bientôt suivi par les deux mères. Ainsi termine le
vieillard, dont la douleur semble imprégner le paysage : « Ces bois qui vous donnaient
leurs ombrages, ces fontaines qui coulaient pour vous, ces coteaux où vous reposiez
ensemble déplorent encore votre perte. »
https://gallica.bnf.fr/essentiels/bernardin-saint-pierre/paul-virginie/oeuvre-images
2. Les Souffrances du jeune Werther
Jeune homme rêveur, Werther rencontre Charlotte. Il en tombe éperdument amoureux ;
mais celle-ci est fiancée à un autre. Partagé entre son amour et son sens de l’honneur,
Werther refuse tout compromis et sombre dans le désespoir. Se heurtant de toutes parts
à une société hostile, aspirant à un bonheur interdit, quelle issue peut-il s’inventer pour
sortir de ce dilemme ?
Hymne à la jeunesse et à ses ardeurs, texte fondateur du romantisme allemand, Les
Souffrances du jeune Werther est le premier roman de Goethe. Celui qui deviendra le chef
de file du classicisme de Weimar est encore, en 1774, un jeune homme exalté, partisan
du Sturm und Drang (tempêtes et passions). Intense et passionné, son roman emporte
l’Europe dans une fièvre sans précédent : une génération entière se retrouve dans ce
héros ardent, embarqué dans une quête impossible. Recherche de l’absolu, célébration
de la souffrance, lyrisme enflammé : Werther, brûlant d’une lumière noire, est le premier
héros romantique. (source : présentation du livre par les éditions Gallimard)
https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i00017223/claude-santelli-sur-les-souffrances-du-jeune-
werther
3. Faust
Goethe avait déjà ébranlé la sensibilité européenne, en 1774, avec Les souffrances du
jeune Werther.
Au travers de deux pièces de théâtre (en 1808 et en 1832), il va influencer
considérablement l’imaginaire romantique avec le personnage de Faust.
https://youtu.be/XXJ3Jhc51IE
Résumé de l’intrigue :
Dans la quête du savoir, Faust a brûlé ses plus belles années. C’est un vieillard amer qui
découvre qu’il n’a rien acquis, qui puisse compenser cette perte. Faust est tenté par le
suicide ; Méphistophélès lui apparaît et lui propose en échange de son âme de lui rendre
sa jeunesse, et avec elle les mille plaisirs qui combleront ses sens. Méphistophélès
emporte alors Faust pour un grand voyage. Ils s’attardent dans une taverne, lieu de
plaisirs paillards. Mais Faust répugne à de telles bassesses. Les scènes d’orgie le laissent
froid jusqu’au moment où une vision de la beauté le ravit. C’est la rencontre avec
Marguerite. Ils tombent amoureux l’un de l’autre. Le frère de celle-ci, sentant sa famille
« déshonorée », provoque Faust en duel. Aidé des pouvoirs de Méphistophélès, Faust le
blesse à mort. Alors qu’il agonise, le frère maudit sa sœur. Devenue mère, Marguerite
est délaissée par Faust, puis abandonnée de tous comme une « fille perdue ». Durant ce
temps, Méphistophélès entraîne Faust au milieu des démons et des sorcières en folie.
Mais Faust se sent étranger à ces orgies ; il est saisi par une apparition : « une adolescente
aux yeux de morte » et il pressent la fin tragique de Marguerite. Faust se déchaîne contre
Méphistophélès. Dans une course infernale, ils passent devant un gibet entouré de
sorcières. C’est celui qu’on prépare pour Marguerite, accusée d’avoir tué son enfant. Dans
la scène suivante, la jeune femme est découverte hébétée sur son lit de prison. D’abord,
elle ne reconnaît pas Faust qui vient lui rendre visite. Elle est la proie de cauchemars. Ce
n’est que lorsque Faust retrouve le ton de son amour passé qu’elle se réveille et lui tend
les bras. Mais elle refuse de le suivre et repousse les offres de Méphistophélès ; elle veut
expier son crime et implore l’assistance de Dieu qui la sauve. Faust quitte la prison en
compagnie de Méphistophélès. (source : Wikipédia).
a. Avec qui Faust passe-t-il un pacte ?
b. Quelle œuvre d’Oscar Wilde est directement inspirée par le mythe de Faust ?
c. Quel film de Brian de Palma est une adaptation du mythe de Faust ?
d. Quel auteur romantique rend le personnage de Faust célèbre ?
a. Avec qui Faust passe-t-il un pacte ? Il passe un pacte avec le Diable pour conserver la
jeunesse éternelle.
b. Quelle œuvre d’Oscar Wilde est directement inspirée par le mythe de Faust ?
Le portrait de Dorian Gray, d’Oscar Wilde.
c. Quel film de Brian de Palma est une adaptation du mythe de Faust ? Phantom of the
paradise (1974)
d. Quel auteur romantique rend le personnage de Faust célèbre ? Goethe le transforme
en un personnage romantique et tragique.
En quoi ces personnages correspondent, selon vous, à l’expression de la sensibilité
romantique ?
Ces trois personnages s’inscrivent dans notre imaginaire collectif et soulignent l’unité du
romantisme à travers toute l’Europe et une nouvelle sensibilité qui exprime la
condamnation radicale de tout rationalisme, la glorification de l’intuition, du sentiment et
de la passion, le recours au rêve et à l’imaginaire comme seules forces rédemptrices face
à un monde et à une société voués à la médiocrité.
Deuxième partie - L’âme romantique au XIXème siècle
Baudelaire, en 1846, pose la question « Qu’est-ce que le romantisme ?» et apporte cette
réponse : « Le romantisme n’est précisément ni dans le choix des sujets, ni dans la vérité
exacte, mais dans la manière de sentir »2.
a. Quelques notions importantes à connaître :
Les artistes romantiques sont souvent considérés comme des êtres mélancoliques qui
expriment leur mal-être, ce qui a donné l'expression « mal du siècle ».
La mélancolie est une profonde tristesse sans raison apparente, qui occupe toutes les
pensées de celui qui en est atteint. On a longtemps associé « l'humeur noire » à la
mélancolie. D'un point de vue étymologique, la mélancolie signifie « la bile noire »
(melaïna kolè en grec).
L'expression « mal du siècle » désigne la souffrance ressentie par toute une génération au
XIXe siècle. Il s'agit d'une souffrance sociale et politique à cause de la période d'instabilité
que connaît la France suite à la Révolution de 1789. Cette souffrance est également
psychologique, marquée par l'inquiétude, l'incertitude, la solitude, ainsi qu'une grande
mélancolie.
- Chateaubriand définira dans le Génie du Christianisme, en 1802, le « vague
des passions » : « Il reste à parler d’un état de l’âme qui, ce nous semble, n’a
pas encore été bien observé ; c’est celui qui précède le développement des
passions, lorsque nos facultés, jeunes, actives, entières, mais renfermées, ne
sont exercées que sur elles-mêmes, sans but et sans objet (…). On habite, avec
2
Curiosités esthétiques, Salon de 1846
un cœur plein, un monde vide ; et, sans avoir usé de rien, on est désabusé de
tout. » ;
- Musset reprendra dans la Confession d’un enfant du siècle, en 1836, des
accents similaires lorsqu’il se plaindra du « mal du siècle » : « Tout ce qui était
n'est plus. Tout ce qui sera n'est pas encore. Ne cherchez pas ailleurs le secret
de nos maux. ».
Lire à la page 116 du manuel sur le mal du siècle
b. L’expression du « je » et des émotions
Au XIXème siècle, Poèmes romantiques, romans d’apprentissage, romans sentimentaux,
lyrisme de l’intime dans les correspondances, les mémoires, les confessions : des
générations de lecteurs vont apprendre, dans les livres, à formuler et à éprouver des
émotions intimes.
La pratique du journal intime se développe (Musset, George Sand, Benjamin Constant,
Stendhal …)
Ainsi, Benjamin Constant, écrivain romantique, est un diariste assidu. Le journal, « cette
espèce de secret ignoré de tout le monde », se fait exercice de lucidité :
« Je veux concilier deux choses inconciliables, note-t-il en décembre 1804, le bonheur de
Minette (Madame de Staël), qui a besoin d’un homme entièrement à ses ordres, et mon
bonheur à moi, que toute gêne rend malheureux, mon besoin physique des femmes et
une liaison avec une personne qui n’est pas sous ce rapport que je désire ».
En 1805, il met au point un codage numérique qui quadrille sa géographie intime en dix-
sept points : « 1 signifie jouissance physique », « 2 désir de rompre mon éternel lien », sa
liaison avec Mme de Staël, « 3 retour à ce lien, par des souvenirs ou quelque charme
momentané », « 4 travail … » Les points suivants concernent ses projets de voyage (7),
de mariage (8), son amour hésitant pour Charlotte qu’il espère épouser (12).
« 30 mars 1806. Mauvaise nuit ; mal à la poitrine ; tristesse. 2. 3. 8. Projets pour 1 La
vie m’est insupportable. 4 inutilement. »
D’autres diaristes s’appliquent à verser sur le papier les moindres pulsations de leur âme.
Maurice Guérin tient, entre 1831 et 1834, « un carnet de paysages et d’impressions au
jour le jour ». « Qui ne s’est pas surpris à regarder courir sur la campagne l’ombre des
nuages d’été ? Je ne fais pas autre chose en écrivant. Je regarde courir sur le papier
l’ombre de mes imaginations, flocons épars balayés par le vent ».
c. La représentation des émotions de lecture
Dans Les Souffrances du jeune Werther, le héros apprend à aimer Charlotte en la
regardant distribuer du pain à des petits enfants, puis en l’écoutant parler « avec la plus
touchante vérité » des livres qu’elle aime.
William Amberg, Lecture du roman Les Souffrances du jeune Werther, huile sur toile, 1870,
Berlin, NationalGalerie
Charlotte parle dans le livre de ses émotions de lecture, créant avec ses proches une
communauté autour des livres préférés : c’est cette communauté, suscitée par le roman
de Goethe, près d’un siècle après sa publication, que représente le peintre berlinois
Wilhem Amberg. La lecture orale, au milieu des bois, permet l’épanchement des larmes,
tout en soudant le groupe des jeunes filles autour d’une émotion partagée.
Cette sensibilité romantique à la lecture sera reprise dans Madame Bovary de Flaubert,
en 1857. Il représente avec beaucoup d’ironie les effets de la lecture de romans
sentimentaux sur la jeune Emma. Lors du deuil de sa mère, elle est alors emplie
d’émotions romantiques mais qui perdent en sincérité :
« Elle se laissa donc glisser dans les méandres lamartiniens, écouta les harpes sur les lacs,
tous les chants de cygne mourants, toutes les chutes de feuilles, les vierges pures qui
montent au ciel, et la voix de l’Eternel discourant dans les vallons. Elle s’en ennuya, n’en
voulut point convenir, continua par habitude, ensuite par vanité, et fut enfin surprise de
se sentir apaisée, sans plus de tristesse au cœur que de rides sur le front. »
Troisième partie – Sensibilité et liens avec la nature
(Essai littéraire à partir du corpus donné en classe)
Quatrième partie
Des créations littéraires pour mieux exprimer la sensibilité
Comment l’écrivain parvient-il à exprimer la sensibilité dans toute sa complexité ?
Du monologue intérieur au courant de conscience :
1. Qu’est-ce que le monologue intérieur ? (page 92)
2. Que parvient à exprimer Marcel Proust ? (page 86)
3. Comment Virginia Woolf parvient-elle à transcrire le « courant de conscience » de
son personnage ? (page 87)
4. Comment Samuel Beckett parvient-il à adopter le rythme du flux de conscience de
son narrateur, dans l’extrait de son roman L’Innommable (1953) ? (page 89)