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Analyse littéraire : Balzac et Flaubert

Ce document contient 4 extraits de textes littéraires français accompagnés de leur contexte. Les extraits proviennent de romans et pièces de théâtre des 17e-19e siècles et sont proposés dans le cadre d'une séquence pédagogique.

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DESCRIPTIF PG4 - PG5

Grammaire :

- L’interrogation
- Les propositions subordonnées circonstancielles

SEQUENCE I : La Peau de chagrin, H de Balzac, Ed. Belin-Gallimard. Objet


d’étude : Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle Parcours : « les romans
de l'énergie : création et destruction »

Texte 1 : Le « Talisman », Partie I, de « Ceci, dit-il » à « peu m’importe ! ». Texte 2 : La «


Femme sans cœur », Partie II, de « Le monde lui appartenait » à « tousser ».
Texte 3 : « L’Agonie », Partie III, de « Pauline, viens ! » à « dans un coin ». Texte 4 :
L’éducation sentimentale, Flaubert, de « Alors commencèrent » à « vent tiède ».

SEQUENCE II : Gargantua, F. Rabelais, 1534, Ed. G. Flammarion. Objet


d’étude : La littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle Parcours : « Rire et
savoir »

Texte 1 : Prologue, de « Buveurs très illustres » à « bataillent tant ». Texte 2 :


Chapitre 14, de « De fait on lui indiqua » à « enfourné autant ».
Texte 3 : Chapitre 57, de « Leur vie tout entière » à « autant qu’au premier jour de leurs
noces »
Texte 4 : Chapitre 3, Candide, Voltaire, 1759.

SEQUENCE III : Les Fausses confidences, Marivaux, 1737. Objet


d'étude : Le théâtre du XVIIe au XXIe siècle.
Parcours : « théâtre et stratagème ».

Texte 1 : Acte I, scène 2, de « Laissons cela » à la fin de la scène. Texte 2 : Acte II,
scène 13, de « toute réflexion faite » à « Je ne me trouve pas bien, Madame ».
Séquence I – texte 1 TEXTE 1
Ceci, dit-il d’une voix éclatante en montrant la Peau de chagrin, est le pouvoir et
le vouloir réunis. Là sont vos idées sociales, vos désirs excessifs, vos
intempérances, vos joies qui tuent, vos douleurs qui font trop vivre ; car le mal
n’est peut-être qu’un violent plaisir. Qui pourrait déterminer le point où la volupté
devient un mal et celui où le mal est encore la volupté ? Les plus vives lumières
du monde idéal ne caressent elles pas la vue, tandis que les plus douces ténèbres
du monde physique la blessent toujours ; le mot de Sagesse ne vient-il pas de
savoir ? et qu’est-ce que la folie, sinon l’excès d’un vouloir ou d’un pouvoir ?
— Eh ! bien, oui, je veux vivre avec excès, dit l’inconnu en saisissant la Peau de
chagrin.
— Jeune homme, prenez garde, s’écria le vieillard avec une incroyable
vivacité.
— J’avais résolu ma vie par l’étude et par la pensée ; mais elles ne m’ont même pas
nourri, répliqua l’inconnu. Je ne veux être la dupe ni d’une prédication digne de
Swedenborg, ni de votre amulette oriental, ni des charitables efforts que vous faites,
monsieur, pour me retenir dans un monde où mon existence est désormais
impossible. Voyons ! ajouta-t-il en serrant le talisman d’une main convulsive et
regardant le vieillard. Je veux un dîner royalement splendide, quelque bacchanale
digne du siècle où tout s’est, dit-on, perfectionné ! Que mes convives soient jeunes,
spirituels et sans préjugés, joyeux jusqu’à la folie ! Que les vins se succèdent
toujours plus incisifs, plus pétillants, et soient de force à nous enivrer pour trois jours
! Que la nuit soit parée de femmes ardentes ! Je veux que la Débauche en délire et
rugissante nous emporte dans son char à quatre chevaux, par-delà les bornes du
monde, pour nous verser sur des plages inconnues : que les âmes montent dans
les cieux ou se plongent dans la boue, je ne sais si alors elles s’élèvent ou
s’abaissent, peu m’importe !
La Peau de chagrin, H. de Balzac, Partie I, 1831.
Séquence I – Texte 2 TEXTE 2

Le monde lui appartenait, il pouvait tout et ne voulait plus rien. Comme un


voyageur au milieu du désert, il avait un peu d’eau pour la soif et devait mesurer sa
vie au nombre des gorgées. Il voyait ce que chaque désir devait lui coûter de jours.
Puis il croyait à la Peau de chagrin, il
s’écoutait respirer, il se sentait déjà malade, il se demandait : Ne suis-je pas
pulmonique ? Ma mère n’est-elle pas morte de la poitrine ?
— Ah ! ah ! Raphaël, vous allez bien vous amuser ! Que me donnerez vous ?
disait Aquilina.
— Buvons à la mort de son oncle, le major Martin O’Flaharty ? Voilà un homme.
— Il sera pair de France.
— Bah ! qu’est-ce qu’un pair de France après Juillet ? dit le jugeur. —
Auras-tu loge aux Bouffons ?

— J’espère que vous nous régalerez tous, dit Bixiou.


— Un homme comme lui sait faire grandement les choses, dit Émile.
Le hourra de cette assemblée rieuse résonnait aux oreilles de Valentin sans qu’il
pût saisir le sens d’un seul mot ; il pensait vaguement à l’existence mécanique et
sans désirs d’un paysan de Bretagne, chargé d’enfants, labourant son champ,
mangeant du sarrazin, buvant du cidre à même son piché, croyant à la Vierge et au
roi, communiant à Pâques, dansant le dimanche sur une pelouse verte et ne
comprenant pas le sermon de son recteur. Le spectacle offert en ce moment à ses
regards, ces lambris dorés, ces courtisanes, ce repas, ce luxe, le prenaient à la
gorge et le faisaient tousser.
La Peau de chagrin, H. de Balzac, Partie II, 1831.
Séquence I – Texte 3 TEXTE 3

— Pauline, viens ! Pauline !


Un cri terrible sortit du gosier de la jeune fille, ses yeux se dilatèrent, ses sourcils
violemment tirés par une douleur inouïe, s’écartèrent avec horreur, elle lisait dans
les yeux de Raphaël un de ces désirs furieux, jadis sa gloire à elle ; et à mesure
que grandissait ce désir, la Peau en se
contractant, lui chatouillait la main. Sans réfléchir, elle s’enfuit dans le salon
voisin dont elle ferma la porte.
— Pauline ! Pauline ! cria le moribond en courant après elle, je t’aime, je t’adore, je
te veux ! Je te maudis, si tu ne m’ouvres ! Je veux mourir à toi !
Par une force singulière, dernier éclat de vie, il jeta la porte à terre, et vit sa
maîtresse à demi nue se roulant sur un canapé. Pauline avait tenté vainement de se
déchirer le sein, et pour se donner une prompte mort, elle cherchait à s’étrangler
avec son châle. — Si je meurs, il vivra, disait elle en tâchant vainement de serrer le
nœud. Ses cheveux étaient épars, ses épaules nues, ses vêtements en désordre, et
dans cette lutte avec la mort, les yeux en pleurs, le visage enflammé, se tordant
sous un horrible désespoir, elle présentait à Raphaël, ivre d’amour, mille beautés
qui augmentèrent son délire ; il se jeta sur elle avec la légèreté d’un oiseau de proie,
brisa le châle, et voulut la prendre dans ses bras.
Le moribond chercha des paroles pour exprimer le désir qui dévorait toutes ses
forces ; mais il ne trouva que les sons étranglés du râle dans sa poitrine, dont
chaque respiration creusée plus avant, semblait partir de ses entrailles. Enfin, ne
pouvant bientôt plus former de sons, il mordit Pauline au sein. Jonathas se présenta
tout épouvanté des cris qu’il entendait, et tenta d’arracher à la jeune fille le cadavre
sur lequel elle s’était accroupie dans un coin.
La Peau de chagrin, H. de Balzac, Partie III, 1831.
Séquence I – Texte 4 TEXTE 4

Alors commencèrent trois mois d’ennui. Comme il n’avait aucun travail, son
désœuvrement renforçait sa tristesse.
Il passait des heures à regarder, du haut de son balcon, la rivière qui coulait
entre les quais grisâtres, noircis, de place en place, par la bavure des égouts, avec
un ponton de blanchisseuses amarré contre le bord, où des gamins quelquefois
s’amusaient, dans la vase, à faire baigner un caniche. Ses yeux, délaissant à gauche
le pont de pierre de Notre-Dame et trois ponts suspendus, se dirigeaient toujours
vers le quai aux Ormes, sur
un massif de vieux arbres, pareils aux tilleuls du port de Montereau. La tour
Saint-Jacques, l’hôtel de ville, Saint-Gervais, Saint-Louis, Saint-Paul se levaient en
face, parmi les toits confondus, et le génie de la colonne de Juillet resplendissait à
l’orient comme une large étoile d’or, tandis qu’à l’autre extrémité le dôme des
Tuileries arrondissait, sur le ciel, sa lourde masse bleue. […]
Il rentrait dans sa chambre ; puis, couché sur son divan, s’abandonnait à une
méditation désordonnée : plans d’ouvrage, projets de conduite, élancements vers
l’avenir. Enfin, pour se débarrasser de lui-même, il sortait.
Il remontait, au hasard, le quartier latin, si tumultueux d’habitude, mais désert à
cette époque, car les étudiants étaient partis dans leurs familles. Les grands murs
des collèges, comme allongés par le silence, avaient un aspect plus morne encore ;
on entendait toutes sortes de bruits paisibles, des battements d’ailes dans des
cages, le ronflement d’un tour, le marteau d’un savetier ; et les marchands d’habits,
au milieu des rues, interrogeaient de l’œil chaque fenêtre, inutilement. Au fond des
cafés solitaires, la dame du comptoir bâillait entre ses carafons remplis ; les journaux
demeuraient en ordre sur la table des cabinets de lecture ; dans l’atelier des
repasseuses, des linges frissonnaient sous les bouffées du vent tiède.

L’Education sentimentale, Gustave Flaubert, I, 5,


1869.
SEQUENCE II – Texte 1 TEXTE 5

PROLOGUE DE L’AUTEUR

Buveurs très illustres, et vous vérolés très précieux (car c’est à vous et non à
d’autres que sont dédiés mes écrits), Alcibiade, dans le dialogue de Platon intitulé
Le Banquet, faisant la louange de son précepteur Socrate, sans conteste prince
des philosophes, le déclara, entre autres propos, semblable aux silènes. Les
silènes étaient jadis de petites boîtes
comme celles que nous voyons aujourd’hui dans les boutiques des apothicaires,
peintes sur le dessus de figures joyeuses et frivoles, telles que harpies, satyres,
oisons bridés, lièvres cornus, canes bâtées, boucs volants, cerfs harnachés, et
autres semblables peintures inventées par fantaisie pour inciter le monde à rire. Tel
fut Silène, le maître du bon Bacchus. Mais au-dedans l’on y conservait de fines
drogues comme le baume, l’ambre gris, l’amome, le musc, la civette, les pierreries,
et autres choses précieuses. Tel était Socrate, selon Alcibiade : car en voyant son
physique, et en le jugeant d’après son apparence extérieure, on n’en aurait pas
donné une pelure d’oignon, tant il était laid de corps et ridicule d’allure, le nez
pointu, le regard d’un taureau, le visage d’un fou, simple de mœurs, rustique en
vêtements, pauvre sans fortune, malheureux en amour, inapte en tout office de la
république, toujours riant, toujours buvant à tous et à chacun, toujours se moquant,
toujours dissimulant son divin savoir. Mais ouvrant cette boîte, vous auriez
au-dedans trouvé une céleste et inestimable drogue, un entendement plus
qu’humain, une vertu merveilleuse, un courage invincible, une sobriété sans pareille,
un contentement certain, une assurance parfaite, un mépris incroyable de tout ce
pour quoi les humains perdent le sommeil, courent, travaillent, naviguent et
bataillent tant.

Gargantua, Rabelais, Prologue, 1534.


Séquence II – texte 2 TEXTE 6

De fait, on lui indiqua un grand docteur sophiste, nommé Maître Thubal


Holopherne qui lui apprit son alphabet si bien qu'il le disait par cœur et à rebours,
ce qui lui prit cinq ans et trois mois. Puis il lui lut Donat, le Facetus, Théodolet, et
Alanus en ses Paraboles : il y mit treize ans, six mois et deux semaines.
Mais notez que pendant ce temps, il lui apprenait à écrire en gothiques, et il
copiait tous ses livres, car l'art de l'imprimerie n'était pas encore en usage.
Et il portait ordinairement une grosse écritoire, pesant plus de sept mille quintaux,
dont le plumier était aussi gros et grand que les gros piliers de Saint-Martin d'Ainay
; l'encrier, de la taille d’un tonneau de marchandises, y pendait à de grosses
chaînes de fer. […]
Puis il lui lut l'Almanach, où il passa bien seize ans et deux mois, lorsque son
fameux précepteur mourut (c'était en l'an mille quatre cent vingt), de la vérole qui lui
vint.
Ensuite, il eut un autre vieux tousseux, nommé Maître Jobelin Bridé, qui lui lut
Hugutio, le Grécisme d'Evrard, le Doctrinal, les Parties, le Quid, le Supplément,
Marmotret, Comment se tenir à table, de Sénèque Les Quatre Vertus cardinales,
Passavant avec commentaire, le Dors en paix pour les fêtes, et quelques autres de
semblable farine, à la lecture desquels il devint si sage que jamais, depuis lors,
nous n'en avons enfourné autant.

Gargantua, Rabelais, Chapitre XIV, 1534.

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Séquence II- texte 3 TEXTE 7

Toute leur vie était régie non par des lois, des statuts ou des règles, mais
selon leur volonté et leur libre arbitre. Ils se levaient du lit quand bon leur semblait ;
buvaient, mangeaient, travaillaient, dormaient quand le désir leur en venait. Nul ne
les éveillait, nul ne les forçait ni à boire, ni à manger, ni à faire quoi que ce fût
d’autre. Gargantua l'avait établi ainsi. Leur règle tenait en cette unique clause : "Fais
ce que tu voudras". Parce que les gens libres, de bonne nature, bien instruits,
conversant en nobles compagnies, ont par nature un instinct, un aiguillon (qu’ils
nommaient « honneur ») qui toujours les pousse à agir vertueusement et les
détourne du vice. Et si une vile et contraignante oppression les affaiblit et les
asservit, ils sont obligés de se détourner de ce noble penchant qui les guidait
spontanément vers la vertu pour déposer et briser le joug de servitude. Car nous
entreprenons toujours ce qui est défendu, et convoitons ce dont nous sommes
privés.
Par cette liberté, ils rivalisèrent de louable émulation pour faire, tous, ce qu'ils
voyaient plaire à un seul. Si quelqu'un ou quelqu'une disait « Buvons », tous
buvaient. Si l’un disait « jouons », tous jouaient. Si un
autre disait « allons batifoler dans les champs », tous y allaient. […] Ils étaient tous
si noblement instruits, qu'il n'y en avait aucun parmi eux qui ne sache l’art de lire,
d’écrire, de chanter, de jouer d’harmonieux instruments, de parler cinq ou six
langues ; tous savaient en chaque langue composer des vers ou des textes en
prose. […]
Dès lors, quand le temps était venu qu'un membre de cette abbaye veuille, soit à la
requête de ses parents, soit pour une autre raison, en sortir, il emmenait avec lui une
des dames en serait tombée amoureuse, et ils étaient mariés ensemble. Et ils
avaient si bien vécu à Thélème, tout en dévotion et amitié, qu’ils continuaient mieux
encore étant mariés, s’aimant l’un l’autre jusqu’à la fin de leurs jours autant qu’au
premier moment de leurs noces.

Gargantua, Rabelais, Chapitre LVII, 1534.


SEQUENCE II – Texte 4 TEXTE 8

Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les
trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une
harmonie telle qu'il n'y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d'abord à
peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur
des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. La
baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d'hommes.
Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait
comme un philosophe, se cacha du mieux qu'il put pendant cette boucherie
héroïque.
Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum chacun dans son
camp, il prit le parti d'aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa
par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna
d'abord un village voisin ; il était en cendres : c'était un village abare que les
Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de
coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs
mamelles sanglantes ; là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins
naturels de quelques héros rendaient les derniers soupirs ; d'autres, à demi brûlées,
criaient qu'on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la
terre à côté de bras et de jambes coupés.
Candide s'enfuit au plus vite dans un autre village : il appartenait à des Bulgares, et
des héros abares l'avaient traité de même. Candide, toujours marchant sur des
membres palpitants ou à travers des ruines, arriva enfin hors du théâtre de la
guerre, portant quelques petites provisions dans son bissac, et n'oubliant jamais Mlle
Cunégonde.

Candide, Voltaire, Chapitre 3, 1759.


Séquence III - Texte 1 TEXTE 9

Dubois.
Laissons cela, Monsieur ; tenez, en un mot, je suis content de vous ; vous m’avez toujours
plu ; vous êtes un excellent homme, un homme que j’aime ; et si j’avais bien de l’argent, il
serait encore à votre service.
Dorante.

Quand pourrai-je reconnaître tes sentiments pour moi ? Ma fortune serait la tienne ; mais
je n’attends rien de notre entreprise, que la honte d’être renvoyé demain.
Dubois.

Eh bien, vous vous en retournerez.


Dorante.
Cette femme-ci a un rang dans le monde ; elle est liée avec tout ce qu’il y a de mieux,
veuve d’un mari qui avait une grande charge dans les finances ; et tu crois qu’elle fera
quelque attention à moi, que je l’épouserai, moi qui ne suis rien, moi qui n’ai point de bien ?
Dubois.

Point de bien ! votre bonne mine est un Pérou. Tournez-vous un peu, que je vous
considère encore ; allons, monsieur, vous vous moquez ; il n’y a point de plus grand
seigneur que vous à Paris : voilà une taille qui vaut toutes les dignités possibles, et notre
affaire est infaillible, absolument infaillible. Il me semble que je vous vois déjà en déshabillé
dans l’appartement de madame.
Dorante.

Quelle chimère !
Dubois.

Oui, je le soutiens ; vous êtes actuellement dans votre salle et vos équipages sont sous
la remise.
Dorante.

Elle a plus de cinquante mille livres de rente, Dubois.


Dubois.
Ah ! vous en avez bien soixante pour le moins.
Dorante.
Et tu me dis qu’elle est extrêmement raisonnable.
Dubois.
Tant mieux pour vous, et tant pis pour elle. Si vous lui plaisez, elle en sera si honteuse, elle
se débattra tant, elle deviendra si faible, qu’elle ne pourra se soutenir qu’en épousant ; vous
m’en direz des nouvelles. Vous l’avez vue et vous l’aimez ?
Dorante.

Je l’aime avec passion ; et c’est ce qui fait que je tremble.


Dubois.
Oh ! vous m’impatientez avec vos terreurs. Eh ! que diantre ! un peu de confiance ; vous
réussirez, vous dis-je. Je m’en charge, je le veux ; je l’ai mis là. Nous sommes convenus de
toutes nos actions, toutes nos mesures sont prises ; je connais l’humeur de ma maîtresse ;
je sais votre mérite, je sais mes talents, je vous conduis ; et on vous aimera, toute
raisonnable qu’on est ; on vous épousera, toute fière qu’on est ; et on vous enrichira, tout
ruiné que vous êtes ; entendez vous ? Fierté, raison et richesse, il faudra que tout se rende.
Quand l’amour parle, il est le maître ; et il parlera. Adieu ; je vous quitte ; j’entends quelqu’un,
c’est peut-être M. Remy ; nous voilà embarqués, poursuivons. (Il fait quelques pas, et
revient.) À propos, tâchez que Marton prenne un peu de goût pour vous. L’amour et moi,
nous ferons le reste.

Les Fausses confidences, Marivaux, Acte I, scène 2, 1737.


Séquence III – Texte 2
TEXTE 10

Araminte.
[…] toute réflexion faite, je suis déterminée à épouser le comte.
Dorante, d’un ton ému.

Déterminée, madame ?
Araminte.
Oui, tout à fait résolue. Le comte croira que vous y avez contribué ; je le lui dirai
même, et je vous garantis que vous resterez ici ; je vous le promets. (À part.) Il
change de couleur.
Dorante.
Quelle différence pour moi, madame !
Araminte, d’un air délibéré.
Il n’y en aura aucune. Ne vous embarrassez pas, et écrivez le billet que je vais
vous dicter ; il y a tout ce qu’il faut sur cette table.
Dorante.
Eh ! pour qui, madame ?
Araminte.
Pour le comte, qui est sorti d’ici extrêmement inquiet, et que je vais surprendre bien
agréablement par le petit mot que vous allez lui écrire en mon nom. (Dorante reste
rêveur, et, par distraction, ne va point à la table.) Eh ! vous n’allez pas à la table ! À
quoi rêvez-vous ?
Dorante, toujours distrait.
Oui, madame.
Araminte, à part, pendant qu’il se place.
Il ne sait ce qu’il fait ; voyons si cela continuera.
Dorante, à part, cherchant du papier.
Ah ! Dubois m’a trompé.
Araminte, poursuivant.
Êtes-vous prêt à écrire ?
Dorante.
Madame, je ne trouve point de papier.
Araminte, allant elle-même.
Vous n’en trouvez point ! En voilà devant vous.
Dorante.
Il est vrai.
Araminte.
Écrivez. « Hâtez-vous de venir, monsieur ; votre mariage est sûr… » Avez vous
écrit ?
Dorante.
Comment, madame ?
Araminte.
Vous ne m’écoutez donc pas ? « Votre mariage est sûr ; madame veut que je vous
l’écrive, et vous attend pour vous le dire. » (À part.) Il souffre, mais il ne dit mot ;
est-ce qu’il ne parlera pas ? « N’attribuez point cette résolution à la crainte que
madame pourrait avoir des suites d’un procès douteux. »
Dorante.
Je vous ai assuré que vous le gagneriez, madame. Douteux ! il ne l’est point.
Araminte.
N’importe, achevez. « Non, monsieur, je suis chargé de sa part de vous assurer
que la seule justice qu’elle rend à votre mérite la détermine. »
Dorante, à part.
Ciel ! Je suis perdu. (Haut.) Mais, madame, vous n’aviez aucune inclination pour lui.
Araminte.
Achevez, vous dis-je. « …qu’elle rend à votre mérite la détermine. » Je crois
que la main vous tremble ; vous paraissez changé. Qu’est-ce que cela signifie ?
Vous trouvez-vous mal ?
Dorante.
Je ne me trouve pas bien, madame.
Araminte.
Quoi ! si subitement ! cela est singulier. Pliez la lettre et mettez : « À Monsieur
le comte Dorimont. » Vous direz à Dubois qu’il la lui porte. (À part.) Le cœur me
bat ! Il n’y a pas encore là de quoi le convaincre.
Dorante, à part.
Ne serait-ce point aussi pour m’éprouver ? Dubois ne m’a averti de rien. Les

Fausses confidences, Marivaux, acte II, scène 13, 1737.

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