INTRODUCTION
Pour la dissertation
Il y a trois moments dans l’introduction : l’accroche, la formulation de votre
problématique, l’annonce du plan. On y va dans l’ordre.
1) L’accroche
C’est la première phrase de votre copie. Elle donne le style, le ton de votre dissertation.
Autant la réussir. Retenez trois principes de base :
● Évitez l’entrée en matière « bateau », paresseuse, hyper-banale, la phrase qui
pourrait s’appliquer à tous les sujets, du genre : « Depuis toujours, l’homme se
demande pourquoi il travaille » ; « L’argent fait-il le bonheur ? C’est la question
qu’on peut se poser en lisant le sujet », etc. Ne vous contentez pas de répéter le sujet :
« Que gagne-t-on à travailler ?, se demande-t-on souvent. » Bof.
● Si vous trouvez une bonne accroche, n’hésitez pas. Une accroche, c’est une entrée
en matière qui illustre une situation dans laquelle on se pose la question du sujet, tirée
de la vie courante, d’un exemple littéraire ou artistique que vous connaissez ou avez
étudié durant votre scolarité, voire de l’actualité (pas interdite, mais à aborder de
manière dépassionnée).
● Faites simple. Si, après vous être creusé la tête, vous ne trouvez pas d’exemple
artistique, tiré de la vie quotidienne ou de l’actualité, ce n’est pas grave. L’accroche
n’est pas le moment le plus important de votre introduction. Dans ce cas, allez
directement au cœur de la question.
▶︎ Pour le sujet « Que gagne-t-on à travailler ? », ce pourrait être, par exemple :
“Dans Germinal, Émile Zola décrit la vie pénible et dangereuse des mineurs du Nord de la
France. Ils sont très mal payés, disposent de très peu de temps pour leurs loisirs et leurs
familles, sont réprimés s’ils font la grève. Ils usent leur vie sous la terre. L’on peut se
demander ce qu’ils reçoivent vraiment, pour leur humanité, pour le fruit de leur labeur.”
Ou encore :
“La question du pouvoir d’achat taraude les Français. Beaucoup d’entre eux ont du mal à bien
vivre avec le fruit de leur travail. Mais les conditions de travail sont également remises en
cause par de nombreux employés, par exemple par les personnels des hôpitaux. Mal payés,
mais surtout épuisés, ayant le sentiment de ne pas pouvoir exercer leur profession dans des
conditions acceptables, ils ont parfois le sentiment de ne pas savoir pour quoi ni pour qui ils
travaillent.”
Enfin, lorsqu’on vous conseille de « faire simple » – si vraiment, ne vous vient à l’esprit
aucun exemple précis où s’appliquerait la question posée par le sujet –, ça veut dire : abordez
directement la dimension problématique de la question. En montrant, par exemple, les
contradictions qui la sous-tendent, ou ce qui rend la réponse tout sauf évidente !
“On entend souvent dire qu’on travaille pour gagner de l’argent. Mais ce n’est pas si simple,
car dans notre vie professionnelle, nous sommes aussi à la recherche d’autre chose, comme la
compagnie de nos collègues, la reconnaissance de nos pairs et de nos supérieurs, un
épanouissement personnel. Peut-être que l’on travaille, donc, pour davantage qu’un salaire.”
2) La formulation de votre problématique
C’est le moment vraiment crucial de votre introduction. Elle montre que vous ne vous êtes
pas contenté de recopier le sujet tel qu’il est formulé, mais que vous en avez déployé les
enjeux philosophiques. Car avant de vous mettre à rédiger, vous avez, sur une feuille de
brouillon, analysé les termes du sujet et réfléchi aux problèmes qu’il pose (d’où le terme de
« problématique »). Durant cette phase préparatoire au brouillon, vous tirez les conséquences
des diverses réponses spontanées possibles au sujet. Pour cela, essayez de soulever les
présupposés contenus dans le sujet, développez-en les tenants et les aboutissants.
▶︎ Par exemple, si l’on vous demande « L’inconscient échappe-t-il à toute forme de
connaissance ? », vous vous dites : si, effectivement, l’inconscient ne peut jamais être connu,
alors il détermine certaines de nos pensées et de nos actions, nous n’y pouvons rien, donc
inutile de chercher à le connaître. Mais inversement, si l’on peut tenter de connaître ses
souvenirs ou ses désirs inconscients, alors ceux-ci deviennent conscients… et ne sont donc
plus inconscients. Logique, mais problématique. La problématique serait donc, après avoir
développé ce paradoxe :
“Existe-t-il des méthodes spécifiques, qui passent par exemple par l’analyse de ses rêves, de
ses lapsus, de paroles apparemment sans importance, qui nous permettraient d’avoir accès à
l’inconscient sans pour autant l’épuiser ?”
3) L’annonce du plan
C’est assez simple : vous résumez les trois (ou deux si vous n’en trouvez pas trois, mais
trois, c’est mieux !) étapes principales de l’argumentation qui vont guider votre copie,
histoire de montrer qu’elles s’enchaînent bien et répondent chacune, de mieux en mieux, à la
question posée.
▶︎ Par exemple, toujours pour le sujet sur l’inconscient :
“Dans un premier temps, nous verrons que l’inconscient, par définition, ne peut jamais
accéder à la conscience, alors qu’il commande une bonne partie de nos existences. Puis, dans
un deuxième moment, nous nous demanderons si, en mettant en lumière les mouvements
inconscients de notre esprit, par exemple grâce à la littérature, la notion d’inconscient ne perd
pas sa signification. Enfin, dans une troisième partie, nous verrons que seule une approche
indirecte, par l’analyse des rêves, des actes manqués, des associations verbales que nous
faisons sans y penser, nous n’avons pas une voie d’accès à l’inconscient qui nous aide à y voir
plus clair sans rendre ce continent inconscient parfaitement transparent.”
Là encore, soyez le plus simple et le plus précis possible.
Pour l’explication de texte
L’introduction comporte également trois moments.
1) L’accroche
Si vous connaissez un peu l’auteur du texte, dites-en un peu, mais n’en faites pas des tartines.
L’épreuve consiste à vérifier si vous êtes en mesure de comprendre un texte argumentatif, pas
de savoir si vous avez bien révisé vos fiches auteur ! Bref, évitez les six lignes de biographie,
qui font un peu remplissage. Si vous ne connaissez pas l’auteur, aucun problème, ce n’est pas
ce qui est demandé en priorité. Dans ce cas, allez directement au fait, et résumez en quelques
mots la question précise que traite l’auteur.
▶︎ Par exemple :
“Dans ce texte, Descartes se pose la question de savoir si l’on peut accéder à une vérité
première et indubitable, et surtout quelle méthode suivre pour y accéder.”
2) L’enjeu du texte
Comme la problématique pour la dissertation, c’est le passage important. Il faut dégager
l’enjeu philosophique du texte, la question générale qu’il nous pose à nous tous, aujourd’hui.
Bref, en quoi l’analyse de ce passage nous aide à progresser pour résoudre un grand
problème.
▶︎ Par exemple :
“Descartes déploie un paradoxe : c’est en doutant de tout ce qui existe, de la réalité sensible,
des vérités mathématiques, de l’existence même de notre identité, qu’il tire une première
vérité indubitable et universelle, qui pourra servir de base à toutes les connaissances. Si je
doute de tout ce qui est, par le fait même de douter, je suis en train de penser, donc j’existe en
tant que substance pensante. Toute la question est de comprendre comment on passe ainsi de
l’absolue ignorance du doute à la certitude d’un savoir.”
3) La structure de l’argumentation
Après plusieurs lectures du texte, vous avez repéré plusieurs étapes de la pensée de l’auteur. Il
peut y en avoir deux, trois, quatre, cinq (pas sept non plus !). Il faut simplement montrer
qu’on a compris cet enchaînement.
▶︎ Par exemple :
“Tout d’abord, Descartes (de la ligne 1 à 4), pose son idée principale. Puis, de la ligne 4 à 9, il
donne un exemple particulièrement frappant. Cela lui permet, de la ligne 10 à 16, de dévoiler
la solution à son problème : c’est parce que je doute que je suis certain de penser en même
temps. Enfin, de la ligne 16 à 22, il donne un nom à cette première vérité, c’est celui de la
‘substance pensante’.”