0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
221 vues17 pages

Surliquidité bancaire en RDC et asymétries

Ce document traite de l'asymétrie d'information sur le marché bancaire et de ses conséquences comme le rationnement du crédit. Il présente les notions clés d'anti-sélection et d'aléa moral et explique comment ils peuvent conduire à une sélection adverse et un rationnement du crédit selon les modèles de Stiglitz et Weiss (1981) et Williamson (1986, 1987).

Transféré par

Dannykanku
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
221 vues17 pages

Surliquidité bancaire en RDC et asymétries

Ce document traite de l'asymétrie d'information sur le marché bancaire et de ses conséquences comme le rationnement du crédit. Il présente les notions clés d'anti-sélection et d'aléa moral et explique comment ils peuvent conduire à une sélection adverse et un rationnement du crédit selon les modèles de Stiglitz et Weiss (1981) et Williamson (1986, 1987).

Transféré par

Dannykanku
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

1

INTRODUCTION
0.1.Problématique
Dans un monde rationnel, sans friction où l’information entre les agents est parfaite
(Modigliani et Miller, 1958) toutes les sources de financement sont équivalentes. Dans ce
monde des échanges directs peuvent s’effectuer entre les agents à besoin de financement et les
agents à capacités de financement, sans avoir recours à un intermédiaire. Cependant, ce monde
est loin de la réalité car il néglige les problèmes d’asymétrie d’information sur le marché. A cet
égard, la littérature a largement souligné le rôle de la banque en tant qu’intermédiaire financier
et a justifié cette intermédiation par les coûts de transaction élevés (Benston et Smith, 1976 ;
Diamond, 1984) et les coûts induits par les asymétries d’information sur le marché (Leland et
Pyle, 1977 ; Diamond, 1984 ; Diamond et Dybvig, 1983 ; Ramakrishnan et Thakor, 1984 et
Boyd et Prescott, 1986).
Cependant, la structure financière de l’activité bancaire et l’existence d’une imperfection du
marché notamment l’asymétrie d’information expose les banques à plusieurs risques et ainsi
ces dernières conservent une quantité de liquidité grandement supérieure à ce dont elles ont
besoin pour couvrir les demandes de liquidités potentielles de leurs clients, d’où le terme de
“surliquidité” du secteur bancaire.
Plusieurs auteurs se sont penchés sur le phénomène de la surliquidité en cherchant à déterminer
les principaux facteurs qui l’engendrent. Dollar et Hallward-Driemeier (2000) affirment que la
surliquidité, en Asie de l’Est, résulte de la baisse de la demande de crédit qui est due à la
contraction de la demande agrégée engendrée par la crise. Par contre, pour Agénor, Aizenman,
et Hoffmaister (2004), le phénomène dérive plutôt de la contraction de l’offre de crédit par les
banques commerciales. Le débat se situe finalement sur la volonté des banques commerciales à
accorder du crédit ou à détenir des réserves peu ou pas rémunérés.
En République Démocratique du Congo, l’étroitesse du marché interbancaire, les faibles
niveaux de bancarisation et des marchés financiers peuvent permettre de comprendre que la
surliquidité serait indépendante de la volonté des Banques Commerciales.
Ainsi dans le cadre de cette étude, notre questionnement consiste à savoir comment il est
possible de résoudre le problème de la surliquidité bancaire en République Démocratique du
Congo en s’appuyant sur la gestion efficiente des asymétries de l’information ?
2

CHAPITRE PREMIER. APPROCHE THEORIQUE


SECTION 1. NOTIONS RELATIVES A L’ASYMETRIE DE L’INFORMATION
1.1. Asymétrie de l’information : anti sélection et aléa moral
En économie, l’asymétrie d’information caractérise un échange dans lequel certains
participants disposent des informations que d’autres n’ont pas.
C’est un cas particulier d’information imparfaite sur le marché dans lequel les agents
économiques ne disposent pas du même niveau d’information.
L’information est asymétrique lorsqu’un seul des deux coéchangistes dispose d’une
information complète.
Sur le marché bancaire ce manque d’information, peut susciter chez la banque l’instinct de
prudence et se traduire par des taux élevés afin de se prémunir du risque. Cette stratégie, aussi
bien réfléchie soit-elle, peut faire fuir les bons emprunteurs.
Il faut donc trouver une procédure permettant d’obtenir les informations rigoureuses sur la
qualité intrinsèque d’un produit ou un client, sans lui faire subir une anti-sélection, ni un aléa
moral.
L’asymétrie de l’information peut conduire à la sélection adverse ou l’anti sélection et l’alea
moral.
1.1.1. Anti sélection
Suivant le modèle de Stiglitz et Weiss (1981), avant la signature du contrat, on peut rencontrer
de la sélection adverse, appelé aussi anti-sélection. Il s’agit d’une forme ex-ante
d’opportunisme (ou opportunisme précontractuel). En effet, dans ce cas de figure, il y a
tromperie avant la passation d’un contrat (par exemple, dans la fourniture de faux
renseignements de l’une des parties sur l’objet de la transaction) et l’asymétrie d’information
porte sur le risque a priori du projet. Les petites entreprises sont davantage exposées à ce type
de constat en raison des exigences règlementaires réduites en matière de publication de leurs
données financières, ce qui entraîne une certaine opacité.
Concernant le secteur bancaire, le phénomène de la sélection adverse apparaît lorsque
l’emprunteur cache certaines informations fiables à son banquier, ce qui conduit ce dernier à
mener une évaluation inexacte sur le risque de défaillance lié au projet. Ainsi, à défaut de
pouvoir appliquer un taux d’intérêt correspondant au risque réel, la banque fixe un taux qui
reflète la qualité moyenne des projets. Suite à ce comportement bancaire, les bons emprunteurs
seront punis, le banquier leur faisant payer un taux plus élevé, et ils préfèreront se retirer du
marché au profit des mauvais emprunteurs qui resteront avec des projets plus risqués.
3

La sélection adverse (anti-sélection), se matérialise lorsque la banque prête des fonds à des
entreprises plus risquées ou lorsqu’elle refuse le financement aux firmes les moins risquées et
ayant de bonnes perspectives.
1.1.2. Aléa moral
L’aléa moral, appelé aussi le hasard moral, est la situation où l’incomplétude au niveau de
l’information résulte des actions et attitudes de l’emprunteur qui sont survenus après la
signature du contrat. En d’autres termes, suivant le modèle de Williamson (1986, 1987), par le
manque d’information, un risque d’aléa moral sera identifié. Il s’agit de la forme ex-post
d’opportunisme (ou opportunisme post-contractuel).
1.2. Conséquences de l’asymétrie de l’information sur le marché de crédit : rationnement
de crédit
En effet, lorsque l’imperfection de l’information est prise en compte, il devient difficile, voire
impossible, pour le prêteur de déterminer la qualité de l’emprunteur et de son projet. Les taux
réclamés à certains emprunteurs sont plus élevés dans la mesure où la banque doit faire face à
des coûts d’évaluation et de surveillance plus importants ou si le risque de faillite est plus grand
(Janssen, 1998).
Dans ce cas, la prise en compte des coûts liés surtout à l’information ouvre la porte à deux
types de rationnement : un rationnement sur le nombre d’emprunteurs et un rationnement sur la
quantité ou les montants de crédits octroyés.
Selon Stiglitz et Weiss (1981), l’asymétrie d’information entre les offreurs et demandeurs sur le
marché du crédit est à l’origine du rationnement du crédit.
1.2.1. Les principaux modèles de rationnement
Les deux modèles de rationnement du crédit les plus cités sont ceux de Stiglitz et Weiss (1981),
et de Williamson (1986, 1987).
 Modèle de Stiglitz et Weiss (1981)
Dans leur modèle, Stiglitz et Weiss (1981), avancent ce qui suit : « Il est difficile d'identifier les
bons emprunteurs et, pour le faire, il faut obliger la banque à utiliser une variété de dispositifs
de dépistage. Le taux d'intérêt qu’un individu est prêt à payer peut agir comme un tel dispositif
de dépistage : ceux qui sont prêts à payer des taux d'intérêt élevés peuvent former, souvent, les
risques les plus élevés : ils sont prêts à emprunter à des taux d'intérêt élevés, car ils perçoivent
que leur probabilité de rembourser le prêt est très faible ».
En d’autres termes, l’augmentation des taux d’intérêt décourage les investisseurs à faible risque
et attire les investisseurs prêts à prendre des risques plus importants (effet de sélection adverse).
4

Ce phénomène, qualifié d’ « anti-sélection» peut conduire les banques à se retirer de ce marché.


On parle alors de « credit crunch ».
Aussi, une augmentation des taux d’intérêt peut également pousser les emprunteurs à investir
dans des projets plus risqués (effet de hasard moral). Cette inefficacité se produit dès lors que
les banques ne sont pas capables d’identifier parfaitement le profil de leurs clients et ne peuvent
donc pas tarifer correctement le crédit au regard du risque.
D’une manière générale, le phénomène de rationnement du crédit touche plus particulièrement
les entreprises les plus opaques et les plus dépendantes du financement bancaire (Berger et
Udell, 1988).
Le rationnement du crédit peut porter sur le nombre de crédits qui sera adopté lorsque les
banques connaissent parfaitement la rentabilité des projets à financer.
Il peut porter aussi sur la qualité du crédit qui sera adoptée lorsque les banques refusent
catégoriquement les projets qui présentent un risque très élevé et qui seront exclus quelles que
soient les conditions de crédit et quel que soit le degré de liquidités existant.
Dans leur optique, Stiglitz et Weiss (1981) supposent l’existence de n groupes d’emprunteurs
identifiables par la banque en fonction d’un ensemble de critères connus, comme la taille de
l’entreprise. La banque va appliquer un taux d’intérêt ri à chacun de ses groupes i afin de
maximiser son profit après la prise en compte bien évidemment des risques d’anti-sélection et
d’aléa de moralité précédemment décrits. La fonction de profit fi de la banque correspondante à
chaque catégorie d’emprunteurs i est représentée en fonction du taux d’intérêt ri.
Stiglitz et Weiss (1981) considèrent trois catégories d’entreprises emprunteuses sur la figure :
1, 2 et 3. Ces dernières, sont ordonnées en fonction de l’espérance de profit anticipée par la
banque pour chacune d’elles : si i ˃ j alors max fi (ri) ˃ fj (rj).
Figure 01 : Le redlining sur le marché de crédit

Source : Stiglitz et Weiss (1981)


5

Les auteurs démontrent que si i ˃ j, les entreprises appartenant à j ne recevront de crédits que si
les emprunteurs de la catégorie i ont été totalement servis. Si le taux de refinancement de la
banque est f**, on constate que tous les emprunteurs de la catégorie 3 qui sont prêts à s’endetter
au taux r3 *, reçoivent les crédits qu’ils demandent (f3(r3 *)˃ f**). Les emprunteurs de la
catégorie 2 souhaitant s’endetter au taux r2 * seront servis seulement après la catégorie 3,
(f3(r3 *) ˃ f2 (r2 *) ˃ f**). Enfin, aucun emprunteur de la catégorie 1 ne reçoit de crédit quel
que soit le taux d’intérêt qu’ils acceptent de payer (f1 (r1 *) ˂ f**. Ces emprunteurs sont donc
exclus du marché du crédit et dits « red-lined » (Stiglitz et Weiss, 1981, p.407).
 Modèle de Williamson (1986, 1987)
A la suite de l’analyse de Stiglitz et Weiss (1981), Williamson (1986, 1987) a proposé un autre
modèle dont le fondement est basé sur l’existence d’asymétrie d’information ex-post sans pour
autant permettre de spécifier la nature des entreprises affectées par le rationnement du crédit.

Dans son modèle, Williamson a argumenté que le dirigeant a intérêt à cacher les résultats de
son entreprise afin de minimiser ses remboursements. Dans ce cas, le rationnement qui en
découle, est le refus de la banque de financer une telle entreprise, même si elle est prête à payer
des charges d’intérêts très élevées. L’apport de ce modèle est de montrer l’influence des coûts
de contrôle sur le rationnement du crédit.
Dans cette situation, la banque est confrontée à un comportement opportuniste du dirigeant, une
fois que son projet a été financé. La banque contrôle l’entreprise (le monitoring) une fois le
défaut de paiement prouvé, pour vérifier les résultats déclarés et pour récupérer, le cas échéant,
le montant requis ou engager une procédure de mise en liquidation.
Toutefois, dans le cas où les coûts de contrôle excèdent les montants requis, la banque peut
préférer limiter le financement aux entreprises. On dit alors que le marché du crédit est
rationné.

SECTION 2. NOTIONS RELATIVES A LA SURLIQUIDITE DES BANQUES


2.1. Les Banques
En réalité, il est difficile de trouver une définition commune de la profession bancaire, en
raison de la multiplicité des activités exercées.
Les auteurs économistes se convergent sur la définition selon laquelle, la banque est un
établissement financier qui, recevant des fonds du public, les emploie pour effectuer des
opérations de crédit et des opérations financières. Elle est chargée de l’offre et de la gestion des
moyens de paiement.
6

2.1.1. Rôle des banques

L’intervention de la banque est d’une importance capitale, qui va au-delà même de ses intérêts
qu’elle projette réaliser sur les avoirs de ses clients, en ce sens que la banque ou les
établissements de crédit en général met à la disposition des opérateurs économiques à besoin de
financement les liquidités monétaires et quasi monétaires.

Elle mobilise également des provisions pour assurer le paiement des importations à l’étranger.
De manière plus détaillée, le rôle de la banque se résume aux étapes suivantes :

o La gestion des moyens de paiement ;


o La transformation des échéances ;
o Le conseil et l'expertise ;
o Le relais de la politique monétaire ;
o La diversification des risques, etc.
2.1.3. Classification des banques
Suivant la nature de leurs activités principales, nous pouvons énumérer les types des
banques ci-après : 
o Les banques de dépôt ou commerciales ;
o Les banques d’affaires ;
o Les banques d’émission ;
o Banque d’investissement ;
o La Banque de développement ;
o Les banques de crédit agricole, etc.

2.2. Liquidité bancaire

La liquidité est un terme économique désignant une somme d’argent immédiatement


disponible. Par extension, elle désigne la vitesse avec laquelle un actif peut être converti en
cash.

La liquidité bancaire correspond à la capacité d’une banque à honorer ses obligations de


trésorerie. Les établissements de crédit sont confrontés à un risque lorsque le montant des
retraits l’emporte sur celui des dépôts.
7

2.3. Surliquidité bancaire


La surliquidité bancaire traduit le fait que les établissements bancaires préfèrent conserver les
liquidités dont elles disposent, souvent très importantes, plutôt que de prêter une partie de
l’épargne collectée pour financer les projets d’investissement des entreprises.
Vue sous l’angle macroéconomique, la surliquidité bancaire peut être appréhendée par la
somme des avoirs des banques auprès de la Banque centrale. Partant de cette définition, on
parlera de surliquidité du système bancaire lorsque le niveau de crédit bancaire à l’économie,
pour un niveau de transformation, n’augmente pas dans la même proportion près au niveau des
dépôts.
2.3.1. Effet de la surliquidité sur l’économie et la politique monétaire
L’abondante surliquidité des secteurs bancaires contraste très fortement avec le fort besoin de
financement de l’économie. Les difficultés qu’éprouvent les entreprises pour se financer auprès
du secteur bancaire contraignent fortement leur émergence et leur développement, ce qui
constitue un frein majeur au développement économique.
Au-delà de cet aspect, la surliquidité bancaire est également source de tensions inflationnistes,
et a des répercussions importantes sur l’efficacité de la politique monétaire. En effet, du fait de
leur caractère sur liquides, les banques commerciales éprouvent un besoin de refinancement
relativement faible, et se tournent par conséquent rarement vers le marché interbancaire pour
satisfaire leur besoin de liquidité. Les modifications du taux directeur de la banque centrale se
transmettent alors très difficilement aux taux bancaires.
2.3.2. Mesure de la surliquidité
La Banque Centrale du Congo, dans le cadre de sa réglementation prudentielle, a mis en place
un seuil minimum de liquidité appelé « coefficient de liquidité » que toute banque doit
respecter.
Chaque banque doit respecter en permanence un ratio de liquidité de 100% entre ses différents
éléments de l’actif et du passif. Une banque qui détient de la liquidité au-delà de ce ratio peut
être considérée comme sur liquide.
La surliquidité bancaire peut également être estimée par le niveau des réserves excédentaires
(RE) qui découle de la différence entre les réserves constituées (RC) par les banques et les
réserves requises (RR) ou réserves obligatoires. Cette mesure, simple à mettre en œuvre, est
souvent utilisée dans les pays en développement. Le niveau de ces réserves excédentaires
rapporté à la masse monétaire M2 permet d’apprécier l’ampleur du phénomène de surliquidité.
8

2.4. Présentation du système bancaire congolais


Un système est un ensemble des banques et d’autres établissements financiers et d’une banque
centrale qui entretiennent des relations financières des créances et d’engagements les uns vis-à-
vis des autres ainsi que vis-à-vis des agents non financiers.

Outres les autres établissements financiers et la banque centrale, le système bancaire congolais
est constitué des banques commerciales agrées ci-après :

1. Equity BCDC 9. Accès Bank RDC


2. FBN Bank DRC SA 10. Solidaire Banque SA
3. Citi Group Congo SA 11. Sofi Banque SA
4. Standard Bank Congo SA 12. Advans Bank Congo
5. Rawbank 13. Bank of Africa RDC SA
6. Ecobank 14. United for Africa DRC SA
7. Trust Merchant Bank 15. BGFI Bank
8. Afriland First Bank
9

CHAPITRE DEUXIEME. APPROCHE EMPIRIQUE

Section 1. Surliquidité des banques en République Démocratique du Congo

D’abord cette question : les banques commerciales en RD Congo sont-elles oui ou non en
situation de surliquidité ? La notion de « surliquidité bancaire » supposant l’augmentation à
taux croissant, pour un niveau donné de crédit, de l’excès de liquidité bancaire de l’ensemble
des banques. Ce concept s’applique donc au système bancaire. En effet, il ne suffit pas
d’observer l’existence de l’excès de surliquidité dans une banque pour conclure à la surliquidité
du système en soi. C’est ainsi que sur base des données issues des bilans monétaires des
banques commerciales, la surliquidité bancaire se présente de la manière suivante en
République Démocratique du Congo :
Tableau 01. Evolution des dépôts et crédits des banques en RDC

ANNEES DEPOTS PRETS RATIO


2017 6413156 2896522 221,40885
2018 8241261 3 790 900 217,3959
2019 10 472 809 5 490 437 190,74637
2020 15 826 574 7 670 762 206,32336
2021 22 217 951 7 907 815 280,96195
2022 23 298 416 9 172 815 253,99418
Source : bilan monétaire, rapport annuel de la BCC 2022
total dépots
Ratio de liquidité =
total prêts
Figure 02. Evolution du ratio de liquidité bancaire en RDC de 2017 à 2022

Ratio de liquidité
300%

250%

200%

150%

100%

50%

0%
2017 2018 2019 2020 2021 2022
10

Source : élaboré sur base du bilan monétaire, rapport annuel de la BCC 2022

La lecture du graphique ci haut renseigne que le secteur bancaire congolais est fortement sur
liquide car, durant la période sous étude, soit de 2017 à 2022, le ratio de liquidité est resté
supérieur à 100%. Par ailleurs, Il convient de souligner qu’au cours de l’année 2019, il s’est
observé une baisse du ratio de liquidité qui peut être expliqué par la contraction des dépôts des
clients, diminuant ainsi les réserves des banques.
Ce même graphique ressort clairement que le secteur bancaire congolais a en grande partie
financé l’économie par des ressources stables collectées auprès de la clientèle, considérées
comme des ressources traditionnelles à moindre coût.

SECTION 2. GESTION EFFICIENTE DE L’ASYMETRIE DE L’INFORMATION ET


REDUCTION DE LA SURLIQUIDITE BANCAIRE EN RDC

Afin de réduire les asymétries d’information entre prêteurs (banques) et emprunteurs


(entreprises), de nombreux mécanismes sont proposés par la littérature financière. Ces
mécanismes existants dans la littérature sont étudiés particulièrement dans les cadres théoriques
de l’agence et du signal. Dans le cadre de la théorie de l’agence, les problèmes d’informations
sont des données externes sur lesquelles l’entreprise ne peut agir. Ils peuvent être surmontés par
un contrôle de l’agent par le principal, inciter l’agent à agir dans l’intérêt du principal. En
complément à la théorie de l’agence, la théorie du signal met l’accent sur les efforts de l’agent
(partie informée) pour réduire les problèmes d’information.
Notre objectif à travers cette recherche est de tirer l’important de cette littérature en vue
d’établir un cadre théorique à des fins relatives à la réduction de la surliquidité des banques.
2.1. MECANISMES DE GESTION DE L’ASYMETRIE DE L’INFORMATION

Le rôle premier des banques consiste à atténuer l’asymétrie d’information qui caractérise leur
relation avec les entreprises. Pour atténuer ce risque, les banques disposent de plusieurs
mécanismes.

2.1.1. Collectes d’informations financières nécessaires


Le marché de crédit est fortement tributaire de l’information. On considère que les prêteurs se
trouvent dans une situation d’asymétries d’information par rapport aux emprunteurs. Ils
cherchent, à priori, à réduire leur position d’asymétries d’information en collectant
suffisamment d’informations sur les emprunteurs.
11

La littérature financière met l’accent sur deux principales catégories d’informations financières
: l’information hard et l’information soft (Stein 2002 ; Peterson 2004, Peterson et Rajan 2002 ;
Godbillon et Godlewski, 2005 ; Liberti et Peterson 2018, etc.).
L’information hard est objective et quantitative, enregistrée sous forme de nombres ou chiffres
(comme les états financiers, historiques des paiements, l’évolution de la rentabilité des titres,
etc.) ; alors que l’information soft est subjective et qualitative, communiquée le plus souvent
sous forme de textes (opinions, idées, rumeurs, déclarations sur les plans futurs, etc.).
2.1.2. Le rationnement de crédit
Suivant Cieply et Le Pape (2006), la théorie du rationnement sur le marché du crédit suppose
un désajustement entre l’offre et la demande de crédit. Ce désajustement est, en effet,
commenté par l’approche théorique du rationnement d'équilibre qui explique le désajustement
entre l'offre et la demande de crédit par l’existence de causes endogènes au marché du crédit,
notamment, l’existence de l'imperfection de l'information entre les offreurs et les demandeurs
de crédit, Jaffee et Russel (1976), Keeton (1979) et surtout Stiglitz et Weiss (1981).
Pour ces auteurs, l’imperfection de l’information entre prêteurs et emprunteurs conduit à un
équilibre avec rationnement.
Suivant Stiglitz et Weiss (1981), il s’agit d’un rationnement par la quantité qui s’applique
lorsque les risques d’anti sélection et d’aléa moral des emprunteurs sont moins importants, et
d’un rationnement « d’exclusion » lorsque ces risques sont importants.
Dans le prolongement des travaux de Stiglitz et Weiss, les travaux d’Anne (2000) permettent
de distinguer quatre types de rationnement :
 La banque accorde le crédit pour un montant inférieur à celui demandé par l’emprunteur
(rationnement de type 1),
 La banque refuse de s’engager avec certains emprunteurs contrairement aux
emprunteurs qui sont disposés à payer des taux et des garanties requis (rationnement de
type 2),
 La banque refuse de prêter au taux désiré par l’emprunteur jugeant ainsi la rentabilité du
projet trop faible (rationnement de type 3),
 La banque exclut du marché les emprunteurs qu’elle estime risqués même si ces
derniers sont prêts à payer des taux élevés d’intérêts (rationnement de type 4).
2.1.3. Les clauses restrictives
Face aux aléas moraux des emprunteurs, les contrats de dettes prévoient des clauses
restrictives. La présence de ces clauses est le moyen le plus direct de limiter les aléas moraux
des actionnaires.
12

Rajan et Winton (1995) estiment que les covenants obligent les emprunteurs à s’abstenir de
diverses actions après la conclusion des contrats de dettes. Dans Vernimmen et al. (2018), il est
écrit que les covenants sont des engagements de faire ou de ne pas faire dont le non-respect
entraîne l'exigibilité immédiate d'une dette. Ces auteurs distinguent principalement quatre types
de covenants à savoir :
 Les covenants concernant la politique d'investissement, de désinvestissement et de
production
Selon ces covenants, les possibilités de prise de participation dans d'autres firmes, de fusion,
d'absorption ou de cession d'actifs sont alors restreintes, c'est-à-dire en pratique soumises à
l'agrément des créanciers au-delà de certains seuils.
 Les covenants concernant le niveau d’endettement et l’émission ultérieure de
dettes
Les émissions de dettes ont pour conséquence de provoquer la perte de valeur pour les anciens
créanciers. Cependant, il n'est pas optimal, ni pour les créanciers actuels ni pour les
actionnaires, de s'interdire l'émission d'une dette supplémentaire. Afin de se protéger contre une
perte de valeur, les anciens créanciers peuvent imposer des clauses qui limitent le montant de
certains ratios d’endettement. Si les limites, appréciées au moins une fois par an à la clôture des
comptes, sont dépassées, alors l'emprunt devient immédiatement exigible.
 Les covenants concernant la politique de dividendes
Ces clauses permettent d'éviter une distribution massive de dividendes financée par
augmentation de l'endettement ou par vente d'actifs, qui appauvrissent le prêteur.
 Les covenants concernant le changement de contrôle de l'entreprise
En cas de changement du contrôle de l'entreprise, les prêteurs peuvent se réserver le droit de
demander l'exigibilité de leurs concours. Leur objectif est de se mettre en position de
négociation au cas où ce changement d'actionnaires se traduirait par une dégradation du risque
de leurs crédits afin d'en renégocier les conditions, voire d'en sortir tout à fait.
2.1.4. Le contrôle des emprunteurs
Le contrôle vise à atténuer l’opportunisme de l’emprunteur après la signature du contrat de prêt
(Williamson, 1987). Il permet, en effet, de limiter les dissimulations que les emprunteurs font
sur les résultats de leurs projets, réduisant ainsi leurs obligations contractuelles de
remboursement. Nakamura (1999) de son côté, considère que les activités de contrôles
engagées par les prêteurs englobent la surveillance des emprunteurs et de leurs flux de
trésorerie ainsi que la surveillance des covenants liés aux prêts.
13

Selon Fama (1985), le contrôle de la banque est efficace lorsque les emprunteurs possèdent un
compte de dépôt dans la banque. De même, pour Van (1993), la gestion des comptes clients
permet à la banque d’améliorer sa sélection des clients.

2..1.5. L’apport personnel de l’emprunteur :


L'apport de l’emprunteur désigne la proportion des capitaux investis par l’emprunteur dans le
projet à financer, son apport personnel. Plus la part du capital investi par l’emprunteur dans
son projet est importante, plus ce projet est de bonne qualité. Les emprunteurs qui ont de
meilleurs projets d’investissement doivent alors le signaler aux banques en apportant une partie
du montant à investir.
2.1.6. Le signal de l’endettement :
Ross suggère de considérer l’endettement comme un signal positif, notamment pour les firmes
performantes. Une firme qui est capable de supporter un niveau d’endettement élevé et ses
charges financières montre que ces résultats futurs sont importants et certains. Ainsi, les
potentiels prêteurs pourraient utiliser l’endettement pour distinguer les bonnes et les mauvaises
firmes.
2.1.7. Le signal par les garanties :
Bester (1985) affirme que les banques décident simultanément du taux d'intérêt et de la garantie
plutôt que séparément. Ainsi, afin d’inciter les clients à révéler leur type (bons ou mauvais
risque), l’analyse de Bester suggère à la banque de proposer deux types de contrats : un contrat
avec un taux d’intérêt faible, mais exigeant des garanties élevées et un autre contrat exigeant un
taux d’intérêt élevé contre des garanties moins élevées.
En choisissant son contrat de crédit, le client révèle son risque de défaut à la banque. En
général, les bons risques ont tendance à opter pour le premier contrat et les mauvais risques
pour le second contrat.
2.1.8. Le signal par la durée de la relation
Dans leur modèle à deux périodes de 1983, Stiglitz et Weiss postulent que l’emprunteur sera
financé sur la deuxième période à condition qu’il effectue un remboursement à la fin de la
première période. Autrement dit, l’emprunteur ne peut obtenir un autre crédit que s’il s’est
acquitté de tous les engagements pris pendant la première période. Ce qui laisse entendre que
l’insertion dans le long terme de la relation de crédit diminue l’aléa de moralité en incitant
l’emprunteur à être honnête (Rivaud-Danset, 1996).
Ces relations permettent aux bons clients de se forger une bonne réputation, ce qui peut faciliter
leur accès aux services bancaires, mais aussi réduire les coûts de ces services.
14

2.1.9. Le signal du profil de l’emprunteur


Ce signal est surtout évoqué dans le contexte des petites entreprises. De nombreux auteurs
attirent l’attention sur le rôle central du propriétaire-dirigeant au sein des PME. Dès lors, on
peut admettre que les caractéristiques propres du propriétaire sont susceptibles d’influencer le
fonctionnement et les résultats de son entreprise (Niyungeko, 1993 ; Chapellier, 1997 ; St-
Pierre, 2018).
Dans leur synthèse de travaux sur l’influence des caractéristiques du dirigeant de PME, Ang,
Cole et Lawson (2010) notent que les dirigeants les plus âgés prennent moins de risque par
rapport aux plus jeunes. De plus, les dirigeants ayant une formation élevée utilisent des outils et
pratiques de gestion. Ils sont les mieux informés des difficultés que peut présenter une
information imparfaite.
2.1.10. Le signal contenu dans la distance :
D’après Argawal et Hauswald (2010), la littérature bancaire permet d’identifier deux grands
canaux par lesquels la proximité géographique (distance emprunteur-prêteur) affecte les
décisions de prêts :
 Le premier canal soutient que la distance favorise la collecte d’informations soft. Les
prêteurs à proximité qui collectent ces informations soft ont un avantage informationnel
sur des concurrents plus éloignés.
 Le deuxième canal par lequel la distance agit sur les décisions de prêt est le coût du
transport encouru par les demandeurs de prêt et les banques (Argawal et Hauswald,
2010).
En effet, les banques peuvent engager d’importants frais de transport lors des recherches
d’information sur les emprunteurs potentiels et le suivi de leurs prêts (Sussman et Zeira, 1995).
Ainsi, ces modèles basés sur les coûts de transports prédisent que tous les emprunteurs réputés
solvables sont susceptibles d’obtenir le crédit lorsqu’ils sont situés à proximité de la banque.
Ainsi, si théoriquement l'asymétrie de l'information augmente avec la distance, les banques
devront intégrer la distance dans leur règle de décision d'octroi des prêts ou, alternativement,
laisser les conditions du prêt dépendre de la distance géographique.
15

CONCLUSION

Cette étude qui porte sur surliquidité des banques et asymétrie de l’information en RDC avait
pour objectif de démontrer par quelle manière la gestion efficiente des asymétries de
l’information pourrait contribuer à la réduction de la surliquidité des banques.

Ainsi pour atteindre cet objectif, deux chapitres ont constitué l’essentiel de cette étude hormis
l’introduction et la conclusion :

Le premier chapitre a abordé les approches théoriques relatives à l’asymétrie de l’information


et la surliquidité des banques et le second chapitre présente l’approche empirique.

Il ressort de cette analyse que la gestion efficiente des asymétries de l’information par la
collecte et l’analyse d’informations financières, le rationnement de crédit, les clauses
restrictives, le contrôle des emprunteurs, l’apport personnel de l’emprunteur, le signal de
l’endettement, le signal par les garanties, le signal par la durée de la relation, le signal par le
profil de l’emprunteur ainsi que le signal par contenu dans la distance peut contribuer à
l’absorption de cette masse des liquidités oisives détenues par les banques en finançant
davantage l’activité économique et ainsi promouvoir le développement économique du pays.
16

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
1. Benston, G. J., and Smith W.S., 1976. A Transactions Cost Approach to the Theory of
Financial Intermediation. Journal of Finance,31, 2: 215-231.

2. Bester, H. (1985). «Screening versus Rationing in Credit Markets with Imperfect


Information», American Economic Review, vol. 75, p. 850-855.

3. Boyd, J.H, and Prescott, E.C., 1986. Financial Intermediary-Coalitions. Journal of


Economic Theory,38, 2: 211‑32.

4. Cieply, S., et Le Pape, N. (2006), «La théorie du rationnement du crédit atelle négligé
Anne Robert Jacques TURGOT ? », Revue Cahiers d'économie Politique, n° 50, p.103-
121.

5. Diamond, D. W., 1984. Financial Intermediation and Delegated Monitoring. Review of


Economic Studies,51: 393–414.

6. Fama, E.F. (1985), «What’s Different about Banks?», Journal of Monetary Economics,
vol. 15, n°1, pp. 29-39.

7. Godbillon-C-B., et Godlewski, J.C. (2005), «Gestion du Risque de Crédit dans la


Banque: Information hard, Information Soft et Manipulation», Laboratoire de
Recherche et Gestion et Économie, Université Robert Schuman de Strasbourg III, 30p.

8. Leland, H.E., and Pyle, D.H. 1977. Informational Asymmetries, Financial Structure,
and Financial Intermediation. The Journal of Finance,32, 2: 371387.

9. Modigliani, F., Miller M.H., 1958. The cost of capital, corporation finance and the
theory of investment. American Economic Review, 48: 261-297. 187

10. Nakamura, JL. (1999), «La relation banque PME», Revue d'Économie Financière, n°54,
p.39-58.

11. Niyungeko, P. (1993), «Profil personnel, pratiques de gestion des


propriétairesdirigeants et performance des PME : le cas du Burundi», Mémoire de
Maîtrise en Gestion des PMO, Université du Québec à Chicoutimi, Canada, 164 pages.
17

12. Petersen, M., and Rajan, R. (2002), « Does Distance Geography Still Mater? The
Information Revolution in Small Business Lending », Journal of Finance, 57(6), p. 25-
332-570.

13. Ramakrishnan, T. S., and Thakor, A.V., 1984. Information Reliability and a Theory of
Financial Intermediation. The Review of Economic Studies,51 3: 415‑32.

14. Stein, J.C. (2002), « Information Production and Capital Allocation: Decentralized

15. Stiglitz, J., et Weiss, A. (1981). Credit Rationing in markets with imperfect information.
The American Economic Review, 71 (3), 393-409.

16. Stiglitz, J., et Weiss, A. (1983). Incentive effects of terminations: Applications to the
credit and labour markets. American Economic Review, 73 (5), 912-927.

17. TSHIANI MUADIAMVITA N (2023). Cours de comptabilité bancaire, L1 Economie,


UOM.
18. Van Pham, Thi-H., Audet, J., et St-Pierre, J. (2009), «Les déterminants de l’accès au
financement bancaire des PME dans un pays en transition: le cas du Vietnam», Actes de
colloque: la vulnérabilité des TPE et des PME dans un environnement mondialisé, 11è
journée scientifique du Réseau entreprenariat.

19. Williamson, S. D. (1986). Costly monitoring, financial intermediation, and equilibrium


credit-rationing. Journal of Monetary Economics, 18 (2), pp 159-179. 3

Vous aimerez peut-être aussi