Profil de pauvreté au Niger 2006
Profil de pauvreté au Niger 2006
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Fraternité – Travail – Progrès
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Ministère de l’Economie et des Finances
Rapport d’analyse
2006
1
CHAPITRE 1 : CONTEXTE ET JUSTIFICATION ............................................................. 3
1.1 Contexte et objectifs ........................................................................................................ 2
1.2. Objectifs .......................................................................................................................... 4
1.2.1 Objectifs généraux ..................................................................................................... 4
1.2.2 Objectifs spécifiques ................................................................................................. 4
1.2.3 Présentation du questionnaire................................................................................... 5
CHAPITRE II : APPROCHE METHODOLOGIQUE POUR LA MESURE DU BIEN
ETRE ET LA CONSTRUCTION DU SEUIL DE PAUVRETE ......................................... 8
2.1 Définition de l’indicateur de mesure du bien être ............................................................ 8
2.1.1 Regroupement des dépenses de consommation ........................................................ 9
2.1.2 Harmonisation des dépenses des ménages selon le milieu de résidence................. 10
2.1.3 Ajustement selon la taille des ménages ................................................................... 10
2.2 Estimation du seuil de pauvreté .................................................................................... 11
2.2.1 Seuil de pauvreté alimentaire .................................................................................. 11
2.2.2 Seuil de pauvreté non alimentaire ........................................................................... 12
2.3 Les indices de pauvreté et d’inégalités ........................................................................... 13
2.3.1 Les indices de pauvreté ........................................................................................... 13
2.3.1 Les indices d’inégalités ........................................................................................... 13
CHAPITRE III : RESULTATS .............................................................................................. 15
3.1 Résultats globaux ........................................................................................................... 17
3.1.1 Pauvreté selon le milieu de résidence ..................................................................... 17
3.1.2 Pauvreté selon la région de résidence ..................................................................... 17
Régions ................................................................................................................................. 18
3.2 Caractéristiques socio démographiques des pauvres ..................................................... 20
3.2.1 Pauvreté selon le sexe du chef de ménage .............................................................. 20
3.2.2 Pauvreté selon la taille du ménage .......................................................................... 21
3.2.2 Pauvreté selon l’âge du chef du ménage ................................................................. 21
3.2.3 Pauvreté et statut matrimonial du chef de ménage .................................................. 25
3.3 Caractéristiques socioculturelles et économiques .......................................................... 27
3.3.1 Pauvreté et niveau d'instruction du chef de ménage ............................................... 31
3.3.2 Pauvreté et emploi ................................................................................................... 35
3.3.3. Pauvreté et caractéristiques du logement .............................................................. 39
3.3.4 Pauvreté et accès aux services essentiels de base ................................................... 41
CHAPITRE IV : ANALYSE DES DEPENSES ............................................................... 42
4.1. Niveau des dépenses de consommation selon le statut de pauvreté .......................... 43
4.2. La part des dépenses de consommation des ménages pauvres ...................................... 44
4.3. Niveau des dépenses selon le milieu de résidence ........................................................ 46
4.4 Analyse des dépenses d’éducation et de santé .............................................................. 48
CHAPITRE V: INEGALITES ET REPARTITION DES DEPENSES AU
NIGER………………………………………………………………………………………..52
5.1 Répartition des dépenses de consommation nationale entre les différentes classes….. 52
5.2 Analyse de l'inégalité selon le milieu de résidence et les régions…………………… 53
5.3 Analyse de l'inégalité selon les caractéristiques démographiques et socioéconomiques
des chefs de ménages…………………………………………………………………………54
CHAPITRE VI: LES MICRODETERMINANTS DE PAUVRETE… ………………......55
ANNEXES ............................................................................................................................... 64
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ............................................................................. 68
2
CHAPITRE I : CONTEXTE ET JUSTIFICATION
D’une part, les conditions climatiques drastiques, la forte pression démographique, la baisse de
la fertilité des sols, la dégradation des ressources naturelles (eau, terre, pâturage, forêt) ont fortement
contribué à accroître la vulnérabilité des ménages nigériens et, d’autre part, l’évolution économique du
pays, pendant la décennie 1990-2000, a été caractérisée par une faible croissance avec un taux réel
annuel moyen de 1,9%2.
L’interaction de ces facteurs a eu comme conséquence une précarité des conditions de vie des
populations.
Le diagnostic établi dans le cadre de la préparation de la table ronde sur la pauvreté au Niger a
montré que le phénomène de la pauvreté revêt un caractère général, multidimensionnel et se manifeste
à tous les niveaux :
1. au niveau de l’Etat : les ressources budgétaires, en stagnation depuis de nombreuses
années, face à une croissance rapide de la population dans le même temps, ne permettent
plus de dégager les moyens de fonctionnement et d’investissement qu’exigent le maintien de
la qualité des taux de scolarisation et de couverture sanitaire, demeurés parmi les plus bas du
monde. Selon le rapport sur le développement humain dans le monde de 2003, le Niger a un
PIB/habitant de 890 $ en 2001.
2. au niveau de la population : selon le profil de la pauvreté au Niger, une forte proportion des
populations n’arrive pas à satisfaire ses besoins essentiels en nourriture, logement, en soins
de santé pour ne citer que ceux – là. Avec un IDH de 0,281 le Niger est classé 177ème sur
177 pays en 20033.
Pour appréhender les conditions de vie des ménages, plusieurs études et enquêtes ont été
réalisées. L’examen de l’ensemble de ces travaux montre que le système d’information actuel a fourni
un important effort de collecte. Cependant, les données disponibles permettant de cerner le niveau de
vie des populations sont soit vétustes, soit parcellaires. En effet, les données ayant servi de base à la
réalisation, en 1994, de la première étude sur le « Profil de la Pauvreté » au Niger datent de 1989/1990
(pour le milieu urbain) et de 1992/1993 (pour le milieu rural).
Eu égard aux efforts déployés par les différents Gouvernements qui se sont succédés depuis
1992 pour alléger la souffrance des populations, et surtout aux actions concrètes dans le cadre de la
Stratégie de Réduction de la Pauvreté, il est probable qu’il soit aujourd’hui opéré un changement
structurel de ce profil de pauvreté. Dès lors, il s’avère nécessaire de disposer de données récentes qui
puissent, entre autres, rendre compte non seulement de l’ampleur du phénomène et de ses facteurs,
mais aussi permettre d’identifier la population cible. Ces données doivent permettre de produire
plusieurs indicateurs traduisant les conditions de vie des ménages.
1
Enquête à indicateurs multiples de la fin de la décennie, décembre 2000
2
Stratégie de Réduction de la Pauvreté : SRP complète, janvier 2002
3
Rapport mondial sur le Développement humain dans le monde, PNUD 2005 ;
3
Aussi, pour un meilleur suivi/évaluation des projets et programmes de développement, les
décideurs, tout comme les chercheurs ont besoin d’indicateurs appropriés du niveau de développement
de différents sous-groupes de population. Les indicateurs au niveau national sont globaux et
généralement insuffisants pour les besoins de la planification. Par ailleurs, la collecte des données pour
le calcul des indicateurs d’impact traditionnels mesurant les changements de niveau de développement
(par exemple, le pourcentage de population en dessous du seuil de pauvreté, le nombre d’enfants
atteint de malnutrition, etc.) doit être régulière, mais coûte cher et s’avère fastidieuse. Pour pallier en
partie à ces diverses contraintes, en particulier le long délai de traitement des données, un groupe de
partenaires au développement dont la Banque mondiale a mis au point une nouvelle technologie de
traitement des données d’enquête (lecture optique, tableaux standards générés automatiquement)
appelée Questionnaire des Indicateurs de Base de Bien-être (QUIBB). Il est conçu, essentiellement
pour permettre le suivi des indicateurs de pauvreté et des effets des politiques, programmes et projets
de développement sur les niveaux de vie des ménages. Il utilise des indicateurs simples ayant pour
objectif principal l’identification des groupes de populations face aux diverses actions conçues pour
améliorer la situation sociale et économique. C’est un puissant outil de suivi quantitatif des indicateurs
et qualitatif (perception des usagers sur les prestations de services d’éducation et de santé). Plusieurs
indicateurs du QUIBB peuvent être utilisés pour le suivi de la SRP et des indicateurs des OMD. Il
s’agit des indicateurs de niveau de vie, des indicateurs d’accès, d’utilisation et de satisfaction des
services publics.
La période pendant laquelle la collecte des données a eu lieu, appelle des commentaires sur la
situation alimentaire du pays. En effet, l’arrêt prématuré des précipitations en 2004 et les dégâts causés
par l’invasion acridienne aux cultures et aux pâturages dans certaines parties du Niger ont provoqué
une crise alimentaire aiguë, d’abord dans les zones pastorales et agro-pastorales, avant de se
généraliser à l’ensemble du pays. Pour cette saison agricole 2004, le Gouvernement du Niger avait
évalué le déficit céréalier à 223 500 tonnes et le déficit fourrager à 4,6 millions de tonnes. En outre, le
bétail, principale richesse des ménages ruraux des zones pastorales et agro-pastorales, est également
menacé du fait de l`insuffisance des pâturages et du déficit fourrager.
Cette crise alimentaire a provoqué une hausse inattendue des prix sur les marchés locaux,
amenant le Gouvernement à procéder à une vente des produits céréaliers à prix modéré (prix inférieur
à celui pratiqué sur le marché) et à une distribution gratuite dans certaines localités.
Dans les zones fortement touchées par la sécheresse et l’invasion acridienne, il a été enregistré
des niveaux de malnutrition et de mortalité supérieurs aux seuils internationaux auxquels la situation
est qualifiée d’urgente.
Les différents résultats qui découlent de cette étude doivent alors être situés dans ce cadre
conjoncturel.
a. Cadre institutionnel
Le QUIBB s’inscrit dans le cadre des efforts déployés par l’Institut National de la Statistique
et la Banque Mondiale pour fournir des indicateurs nécessaires à la gestion économique et sociale.
L’enquête a été réalisée par l’Institut National de la Statistique, placé sous tutelle du Ministère
de l’Economie et des Finances.
L’encadrement du projet est assuré par :
4
b. Sources de financement
L’opération est entièrement financée par la Banque Mondiale sur Fond fiduciaire britannique
(TF-CWIQ) et belge (TF-Belge).
L’enquête pilote et les différentes consultations internationales, entre autres, ont été financées sur le
TF-CWIQ, directement géré par la Banque Mondiale. L’enveloppe allouée à l’enquête principale
prélevée sur le TF-Belge, est gérée par l’Institut National de la Statistique conformément au protocole
d’accord signé entre l’INS et la Banque Mondiale.
c. Dates de réalisation
- L’enquête pilote a été réalisée du 5 au 9 avril 2004 et avait pour objectif principal de tester les
documents techniques, le matériel de traitement informatique et surtout d’initier les cadres de
l’Institut National de la Statistique à la nouvelle technologie (lecture optique des questionnaires)
du traitement des données. Cette enquête a touché 500 ménages, tous milieux confondus.
- L’enquête principale a commencé par la formation du personnel de collecte et de traitement des
données. Cette formation a duré 3 semaines allant du 21 mars au 09 avril 2005. La collecte des
données sur le terrain a débuté effectivement le 14 avril 2005 avec 53 agents enquêteurs, 14
contrôleurs et deux équipes de supervision et a pris fin le 11 juillet 2005 soit une durée de 3 mois.
- La saisie par lecture optique des données a démarré le 3 mai 2005. Cette opération a consisté à
scanner les questionnaires venus du terrain et à effectuer des corrections avant la validation. Elle a
été menée sur six postes mis en réseau. Les questionnaires validés sont envoyés vers un poste
central tenu par deux contrôleurs et un responsable informaticien. Les activités de saisie ont pris
fin le 5 août 2005.
1.2. Objectifs
Les objectifs assignés à l’enquête sont :
5
- Possibilité de répéter l’enquête annuellement et;
- Possibilité d’adjoindre de nouveaux modules comme c’est le cas au Niger.
Module QUIBB
Elle fournit des renseignements sur les biens durables du ménage. Seuls sont pris en compte
les biens qui sont en état de marche. Un bien est ici défini comme bien durable s’il coûte généralement
cher, dure plusieurs années et peut être revendu. Pour les biens durables acquis au cours des 12
derniers mois précédents l’enquête, la valeur d’acquisition est demandée. Ces biens sont : les moyens
de transport, les articles personnels de valeur, les appareils ménagers ou de loisir et les meubles.
Elle permet de saisir et de valoriser les produits qui ont fait objet d’autoconsommation et de
transferts reçus en nature au cours des 12 derniers mois avant l’enquête. Les produits concernés sont :
les céréales (graine ou farine), les tubercules, les légumineuses, les fruits, les légumes, la volaille, la
viande, le poisson, d’autres produits animaliers et des produits de cueillette.
Elle traite des achats monétaires et des trocs sur les 12 derniers mois avant le passage de
l’agent enquêteur dans le ménage. Les produits de cette section sont ceux que le ménage achète le plus
souvent (tous les jours ou toutes les semaines). Ce sont : les journaux, la location ou achat de CD, les
produits de toilette, le carburant, les frais de taxis, les céréales, les tubercules, les fruits, les
légumineuses, les légumes, les aliments préparés hors du ménage, les viandes, les huiles alimentaires,
le sucre et les produits sucrés, les condiments et les conserves.
Elle collecte des informations sur les dépenses des ménages concernant l’éducation, la santé,
le logement et les services domestiques, le transport, l’habilement, les loisirs et cultures, les fêtes
religieuses et les événements familiaux ou sociaux et d’autres dépenses non alimentaires.
6
- Section O: Revenu du ménage
Cette section a pour objectif principal de cerner les sources de revenu des ménages puis
d’estimer le revenu annuel total du ménage. Elle capte toutes les entrées légales d’argent dans le
ménage. Les revenus peuvent provenir de la vente des produits agricoles ou de l’élevage, d’un salaire,
d’un bénéfice tiré d’une transaction commerciale, de la vente d’un patrimoine ou d’un transfert reçu
d’autres ménages.
7
CHAPITRE II : APPROCHE METHODOLOGIQUE POUR LA MESURE
DU BIEN ETRE ET LA CONSTRUCTION DU SEUIL DE PAUVRETE
La notion de bien être repose sur plusieurs définitions notamment les concepts de pauvreté et
d’inégalités.
L’approche la plus conventionnelle considère la pauvreté comme « l’absence d’un revenu adéquat
pour faire face aux besoins fondamentaux minimaux en terme de nutrition, de sécurité alimentaire, de
santé, d’éducation, et de l’accès aux infrastructures de base ». Cette approche monétaire du bien être
permet de mesurer la pauvreté en comparant le revenu ou la consommation des individus avec un
certain seuil pré-défini en dessous duquel ils sont considérés comme pauvres.
La mesure de la pauvreté monétaire se fait, soit dans une optique de pauvreté absolue soit dans une
optique de pauvreté relative. La pauvreté relative se base sur le choix d’une ligne à partir de la
distribution de consommation alors que la ligne absolue est associée à certaines normes minimales
définies en dehors de la distribution. Généralement, les pays en voie de développement utilisent
l’approche de pauvreté absolue qui implique la définition d’un seuil absolu car il existe des larges
proportions d’individus qui survivent avec le strict minimum.
Ainsi, les travaux de mesure de la pauvreté incluent les trois étapes suivantes : (i) le choix d’un
indicateur de mesure de bien-être et son évaluation; (ii) l’estimation d’un seuil de pauvreté; et (iii) le
calcul d’un indice (statistiques synthétiques) qui caractérise les ménages pauvres et non pauvres sur la
base du seuil de pauvreté.
L’inégalité repose sur l’idée selon laquelle la perception que les individus ou les ménages ont de leur
position relative au sein de la société est un aspect important du bien être. Contrairement aux mesures
de la pauvreté qui dépendent essentiellement du niveau moyen et de la distribution du revenu ou de la
consommation, les mesures de l’inégalité englobent l’ensemble de la distribution.
Les sections qui suivent présentent les différentes étapes suivies pour la mesure de la pauvreté et des
inégalités dans le cadre de l’analyse des données de l’enquête QUIBB 2005.
8
2.1.1 Regroupement des dépenses de consommation
La consommation des ménages du QUIBB se compose des trois (3) postes suivants :
l’autoconsommation, les dépenses courantes et les dépenses occasionnelles.
Ces dépenses de consommation se repartissent également en consommations alimentaires et en
consommations non alimentaires. Les dépenses alimentaires sont composées des estimations des
consommations de la production agricole des ménages (autoconsommation) et des consommations
alimentaires achetées sur un marché. Les dépenses non alimentaires comprennent les dépenses de
santé, d’éducation, d’habillement, de logement, de loisir, de transport et communication, de transfert et
les autres dépenses non mentionnées dans la liste.
Il convient toutefois de signaler que les dépenses d’hospitalisation classées par beaucoup de travaux
comme des dépenses exceptionnelles ont été exclues du poste des dépenses en santé. De même, les
dépenses exceptionnelles effectuées lors des fêtes religieuses ou des événements familiaux ou sociaux
qui occasionnent la participation d’autres personnes non membres du ménage, n’ont pas été prises en
compte dans la dépense totale.
Les dépenses de logement incluent outre les dépenses liées à l’occupation et à l’entretien du logement,
les frais occasionnés par les loyers (loyers payés directement pour les ménages locataires et les loyers
estimés ou imputés pour les ménages qui habitent leurs propres maisons). L’imputation des loyers a
été faite pour les ménages propriétaires de leur logement. Si le ménage est locataire de la maison qu’il
habite, la valeur du loyer qu’il déclare est retenue. Cependant, si le ménage habite son propre
logement, une estimation du loyer est faite. Cette estimation est basée sur un modèle de régression log
linéaire qui estime la valeur du logarithme des loyers payés par les ménages locataires sur les
caractéristiques des maisons habitées.4 Les coefficients obtenus sont ensuite utilisés pour l’estimation
des loyers des ménages habitant leurs propres maisons.5 Certaines valeurs aberrantes constatées en
milieu rural ont été corrigées par la moyenne des loyers dans la région et le milieu de résidence.
Au cours de l’analyse, les biens durables n’ont pas été pris en compte car l’estimation de leurs valeurs
pose aussi bien un problème de mesure du taux de dépréciation que de l’estimation de la valeur sur
laquelle s’applique ce taux. Le problème est que les biens durables tels que les téléviseurs sont achetés
à un moment donné puis consommés sur plusieurs années. Or la consommation doit uniquement
inclure la quantité utilisée au cours d’une année. Cette quantité est estimée sur la base de la
dépréciation. La présente enquête n’ayant pas pris ces aspects en compte, le poste a été supprimé de
l’indicateur du niveau de vie. Ce choix aura pour effet de sous estimer la consommation des ménages
dans certains cas mais aussi de mettre au même niveau de bien être, les ménages qui disposent par
exemple d’une télévision ou d’une voiture avec les ménages qui n’en possèdent pas mais qui ont un
niveau de consommation alimentaire et pour les autres biens non alimentaires équivalent. Cependant,
il est aussi établi que ces biens soient plus la propriété des ménages riches que des ménages pauvres ;
par conséquent ce choix méthodologique ne devrait pas avoir une grande incidence sur les taux de
pauvreté.
Les dépenses totales de consommation sont calculées pour une période d’une année basée sur les
informations collectées par l’enquête. Pour les achats alimentaires fréquents, les dépenses ont été
recueillies pour une moyenne mensuelle et la fréquence des achats au cours des douze mois puis
extrapolées en dépenses annuelles. Les consommations achetées sur un marché ont été déclarées en
valeur monétaire mais leurs prix unitaires ou quantités/volumes n’ont pas été saisis par l’enquête. En
absence de prix individuel, l’estimation des quantités de la consommation alimentaire courante
achetées sur le marché s’est faite en utilisant les prix moyens de la capitale. Quant à
l’autoconsommation alimentaire, l’enquête fournit la fréquence d’autoconsommation, le nombre
moyen d’unités consommées ainsi que les prix unitaires déclarés par les ménages. Cette
4
Le modèle utilisé n’est pas un modèle économique mais seulement économétrique.
5
En théorie, cette estimation devrait se faire par région ou localité afin d’avoir des coefficients issus d’observations les plus homogènes
possibles. Cependant, dans le cas du Niger, cela n’a pas été possible et un seul modèle a été estimé pour l’ensemble du pays. En effet, en
considérant seulement les milieux urbain et rural, les observations sont insuffisantes pour toute estimation statistiquement significative (27
ménages en milieu rural sont locataires de la maison qu’ils habitent).
9
consommation inclut les produits alimentaires reçus en cadeau et exclut la production agricole offerte
ou vendue. Cette estimation a été finalement valorisée en consommation annuelle. Les dépenses non
alimentaires (éducation, santé, logement, habillement, loisirs et cérémonies, transport et
communication, etc.) ont été collectées sur une période plus longue (12 mois).
Finalement, la somme de tous les éléments décrits ci-dessus donne une estimation des dépenses totales
des ménages, en terme nominal.
Il existe une certaine différence entre les niveaux de vie selon le milieu de résidence ou selon la
région. Dès lors, il s’avère nécessaire d’effectuer une conversion des dépenses nominales en dépenses
à prix constant (ou réelles) qui corrige ces différences.
L’harmonisation de niveau de vie régional peut se faire en deux étapes. La première consiste à estimer
pour chacune des régions du pays, un indice du coût de la vie ou déflateur régional du coût de la vie.
Ce déflateur est le ratio entre l’indice du coût de la vie de la région considérée sur l’indice du coût de
la vie de la région de référence (en général, celui de la capitale ou de la principale région). Les
dépenses réelles sont obtenues en divisant les dépenses totales d’une région donnée par le déflateur du
coût de la vie approprié. Dans ces conditions, l’on détermine un seul seuil de pauvreté pour tout le
pays. Cet indice régional doit être basé sur un questionnaire prix de l’enquête et doit tenir compte des
différences géographiques des niveaux de vie des ménages. Cependant, dans le cas du Niger, les
éléments nécessaires au calcul de ces indices régionaux n’ont pas été collectés. Cette méthode n’est
donc pas applicable.
Par conséquent, les ajustements n’ont été faits que selon les milieux de résidence (urbain et rural). Les
prix utilisés proviennent des données des relevés des prix moyens à la consommation effectués par
l’Institut National de la Statistique (INS) uniquement dans la capitale (Niamey). Ainsi, les données
fournies par le relevé des prix moyens de la période couverte par l’enquête ont été utilisées comme
vecteur de prix pour le milieu urbain. En milieu rural, l’exercice a consisté à utiliser comme prix la
moyenne pour chaque produit autoconsommé. Pour les produits achetés sur le marché, le prix de la
capitale a été considéré avec l’hypothèse d’une absence des coûts de transport notamment en milieu
rural.
10
2.2 Estimation du seuil de pauvreté
Le seuil absolu (normatif) de pauvreté est communément défini comme la valeur monétaire de la
consommation minimale nécessaire pour satisfaire les besoins de subsistance d’une personne pendant
une période donnée (en général la journée).
Le seuil de pauvreté comprend deux éléments essentiels : le seuil de pauvreté alimentaire et le seuil de
pauvreté non alimentaire. La construction d’une ligne de pauvreté pour un pays est un exercice délicat.
Deux difficultés immédiates sont le choix de ce niveau minimum de subsistance et le moyen de le
mesurer. Dans le cas de la consommation alimentaire, les besoins nutritionnels sont utilisés comme
base de calcul. Dans la pratique, ces besoins nutritionnels sont limités au nombre de calories
nécessaires à un adulte pour survivre pendant un jour6. Cela impose donc de choisir le panier de biens
nécessaires pour évaluer ce niveau de calories. De même, la détermination des besoins minimaux non
alimentaires recouvre une part d’arbitraire.
(i) Construction du panier de biens : Le panier de biens alimentaires représente les biens
les plus consommés par les ménages. Sur la base des données de l’enquête, les dépenses
alimentaires des ménages – déciles de 2 à 9 pour le Niger7 - sont agrégées. Ces biens sont
ensuite ordonnés par ordre décroissant de consommation. Seuls les biens les plus
consommés seront retenus dans le panier. Dans le cas du Niger, dix huit (18) biens
représentant plus de 90 % de la consommation alimentaire totale des ménages. Le tableau
suivant donne le panier de biens ainsi que les poids du bien dans la consommation totale.
Ainsi, les céréales en particulier le mil représentent plus de 61% des dépenses journalières
de consommation.
6
Le seuil de pauvreté alimentaire peut être aussi défini comme le nombre de calories minimales dont a besoin un individu adulte pour
assurer sa subsistance journalière. Pour le Niger, ce seuil n’a jamais été calculé. Le standard international est de 2100 calories par jour mais
pour le Niger nous l’avons fixé à 2100 calories par jour, comme cela s’est fait dans plusieurs pays africains.
7
Plusieurs tests ont été faits avec différents déciles (déciles de 3 à 8, de 4 à 7 et toute la population) mais seuls les déciles de 2 à 9 donnent
des résultats assez réalistes par rapport au contenu du panier alimentaire et ont l’avantage de retenir le maximum de ménages tout en excluant
les ménages des déciles extrêmes (parce que trop pauvres ou trop riches).
11
Lait local 4,3 65,7
Viande de Mouton/chèvre 3,9 69,6
(ii) calcul de la valeur calorifique du panier de biens : Une fois le panier de biens connu, la
valeur de la consommation de chaque bien est convertie en quantité, puis en calories. En
utilisant les prix moyens des biens provenant de la liste de l’INS pour la période de
l’enquête et les unités de conversion en quantité et les valeurs calorifiques associées
fournies par la table des calories de la FAO-. Le niveau total de consommation calorifique
pour tous les biens du panier est ensuite calculé, puis ramené au niveau du seuil de
substance calorifique de 2400 calories8 dans le cas du Niger. Utilisant cette échelle, la
quantité de chaque bien est recalculée afin d’avoir le niveau minimal de subsistance en
terme de la consommation totale.
(iii) Estimation du seuil de pauvreté alimentaire : En dernier lieu, les quantités calorifiques
calculées précédemment sont transformées en valeurs monétaires et la somme de ces
valeurs pour tous les biens du panier constitue le seuil de pauvreté alimentaire.
Le seuil de pauvreté non alimentaire, suivant une pratique commune aux pays en
développement, est basé sur les dépenses non alimentaires des ménages dont les dépenses alimentaires
sont autour du seuil de pauvreté alimentaire. Il est estimé à partir de la ligne de pauvreté alimentaire.
Le seuil de pauvreté non alimentaire est simplement la moyenne des dépenses non alimentaires des
ménages dont les dépenses alimentaires se situent autour de la ligne de pauvreté alimentaire. Pour cela,
un groupe de ménages dont les dépenses alimentaires se trouvent à plus ou moins 10 % du seuil de
pauvreté alimentaire, est constitué. La moyenne des dépenses non alimentaires de ce groupe est
utilisée comme ligne de pauvreté non alimentaire.
8
Le seuil de pauvreté alimentaire est le nombre de calories minimal dont a besoin un individu adulte pour assurer sa subsistance. Le standard
international est de 2100 calories par jour/adulte. Pour le Niger, ce seuil n’a jamais été calculé; nous le fixons ici à 2100 calories par
jour/équivalent adulte comme cela a été dans d’autres pays en développement.
12
La somme de la ligne de pauvreté alimentaire et du seuil de pauvreté non alimentaire donne la ligne
de pauvreté du Niger en 2005 sur la base de la méthode du coût des besoins essentiels. Le tableau de la
section suivante présente ces résultats. Les mesures de la pauvreté peuvent dès lors être obtenues.
Les indices de la pauvreté sont des fonctions statistiques qui comparent l’indicateur de bien être du
ménage (la dépense totale de consommation par exemple) à la ligne de pauvreté alors que les indices
d’inégalités ne dépendent pas nécessairement de la ligne.
La sévérité de la pauvreté tient compte non seulement de la distance à la ligne de pauvreté mais
également des inégalités entre les pauvres en donnant une pondération plus importante aux plus
pauvres. L’indice est obtenu par la formule :
Cependant, ces mesures de la pauvreté se focalisent sur la situation des individus se situant en dessous
du seuil de pauvreté. Pour compléter l’analyse de la pauvreté, il est parfois utile de s’intéresser aux
mesures d’inégalités qui sont définies sur l’ensemble de la distribution et qui permettent de mieux
concevoir les politiques.
Les mesures d’inégalités les plus couramment utilisées sont le coefficient de Gini, les indices
de Theil, le ratio de dispersion des déciles et la part de la consommation des x% les plus pauvres ou
les plus riches.
13
- Coefficient d'inégalité de Gini. Il s'agit de la mesure de l'inégalité la plus couramment utilisée. Le
coefficient varie entre 0, qui traduit une égalité complète, et 1, qui indique une inégalité totale (une
seule personne dispose du revenu et de la consommation ; toutes les autres n'ont rien). Sur un plan
graphique, le coefficient de Gini peut aisément être représenté par la surface entre la courbe de Lorenz
et la ligne d'égalité. Si le revenu est distribué de manière équitable, la courbe de Lorenz et la ligne
d'égalité absolue coïncident, et le coefficient de Gini est égal à 0. En revanche, si l'un des individus
reçoit tout le revenu, la courbe de Lorenz passerait par les points (0, 0), (100, 0), et (100, 100), ce qui
aboutirait à une valeur 1 pour le coefficient de Gini.
- Ratio de dispersion des déciles. Le ratio de dispersion des déciles est aussi utilisé dans certaines
occasions. Il correspond au ratio de la consommation ou du revenu moyen des 10 pour cent les plus
riches de la population divisé par celui des 10 pour cent les plus pauvres. Ce ratio est interprété
comme l'expression du revenu des plus riches en multiples du revenu des plus pauvres.
- Part du revenu et de la consommation des x pour cent les plus pauvres. Un des inconvénients
partagés par les coefficients de Gini et les indices de Theil est le fait qu'ils varient en même temps que
la distribution, que le changement se produise en haut, en bas ou au milieu de celle-ci (tout transfert de
revenu entre deux individus exerce un effet sur les indices, qu'il ait lieu parmi les riches ou les
pauvres ou entre riches et pauvres). Si une société est surtout concernée par la part de revenu des
individus situés au bas de l'échelle sociale, un meilleur indicateur peut être une mesure directe telle
que la part de revenu qui parvient aux 10 à 20 % les plus pauvres. Elle ne serait pas affectée, par
exemple, par des changements de tarification fiscale produisant une réduction du revenu disponible
des 20 % les plus riches au profit de la classe moyenne plutôt que des pauvres.
14
CHAPITRE III : RESULTATS
La proportion de pauvres dans une population est certes un indicateur important, mais pouvoir les
localiser est d’une extrême nécessité car, selon des études portant sur le sujet, parmi les facteurs qui
influencent la pauvreté figure le milieu de résidence. La location des pauvres permet de mieux asseoir
une politique allégeant la souffrance de cette tranche de la population en menant des actions concrètes
et ciblées sur le terrain.
Statut de pauvreté
Régions Pauvre Non pauvre Ensemble
15
Le Tableau ci-dessus montre que la pauvreté est générale au Niger, mais présente des disparités
régionales très marquées. La population de la région de Maradi est à 79,7% pauvre soit près de 8
personnes sur 10 sont des pauvres. Cette région abrite à elle seule plus du quart (20,5%) de la
population nigérienne. Les régions de Zinder et de Diffa, avec 21,9% de la population nationale se
caractérisent par une proportion de pauvres à hauteur de 63,1%.
Graphique 3.1
Pauvre
Staut de pauvreté selon la région
Non pauvre
90
80
70
60
pourcentage
50
40
30
20
10
0
Agadez Dosso Maradi Tahoua Tillaberi Zinder- Niamey Niger
Diffa
Régions
A la Communauté Urbaine de Niamey, 27,1% de la population est pauvre. Cela pourrait s’expliquer en
partie par le mouvement des populations rurales vers la capitale vues les opportunités d’emploi qu’elle
offre par rapport au milieu rural. Ces ménages ruraux qui viennent s’installer dans la Communauté
Urbaine de Niamey sont, non seulement démunis de toute ressource financière leur permettant de faire
face à leur besoin alimentaire, mais aussi n’ont aucune qualification professionnelle leur garantissant
un lendemain meilleur.
Les actions à mener pour lutter contre la pauvreté ne doivent pas pour autant être concentrées dans les
seules régions plus peuplées sous peine de créer d’autres foyers de pauvreté. Les actions déjà
entreprises doivent être renforcées et soutenues. Les activités génératrices de revenus déjà initiées dans
plusieurs localités doivent réduire l’exode des populations rurales vers les centres urbains.
16
Tableau 3.3: Indices de pauvreté selon les régions
P0 P1 P2
Agadez 45,9 16,1 8,8
Dosso 67,3 28,8 15,3
Maradi 79,7 35,1 19,0
Tahoua 45,9 14,5 6,2
Tillabéri 68,9 26,8 13,9
Zinder-Diffa 63,1 23,0 11,3
Niamey 27,1 7,2 2,8
Il ressort du tableau qui précède que, quelque soit l’indice considéré, la région de Maradi est plus
touchée par la pauvreté. Ce tableau met en évidence une très forte intensité de la pauvreté dans la
région de Maradi (P1= 35,1%), de Dosso (P1= 28,8%), de Tillabéri (26,8%) et de Zinder-Diffa (23%).
Il met aussi, la sévérité du phénomène particulièrement à Maradi (19%) ensuite Dosso avec 15,3%.
Ces statistiques montrent que la région de Maradi doit, être à tout point de vue, faire objet d’une
attention particulière en matière de stratégie de lutte contre la pauvreté.
Statut de pauvreté
Milieu de résidence Non pauvre Pauvre Ensemble
Niamey 72,9 27,1 100
Autres Villes 44,5 55,5 100
Rural 34,3 65,7 100
Ce tableau montre qu’au Niger, la pauvreté n’est pas seulement rurale, elle est aussi urbaine.
En effet, 55,5% des personnes vivant dans les centres urbains autres que la capitale sont pauvres.
17
Graphique 3.2 : Statut de pauvreté selon le milieu
70
60
Pourcentage
50
40
30
20
10
0
Niamey Autres Villes Rural Niger
Milieu de résidence
En d’autres termes, il ressort de ce graphique que plus de six (5) personnes sur dix (10) de cette sous
population sont pauvres. En milieu rural nigérien, plus de six personnes sur 10 sont pauvres. Cette
situation générale de la pauvreté au Niger, interpelle tous les nigériens. En effet, malgré les multiples
efforts déployés par les différents Gouvernements depuis 1992, et l’accent particulier mis sur la lutte
contre la pauvreté ces dernières années, le phénomène continue à s’amplifier. Les actions menées en
direction du monde rural, n’ont pas encore réussi les résultats escomptés. Un des obstacles aux effets
escomptés est sans nul doute le rythme de l’accroissement de la population. La réduction de la
pauvreté sera hors de portée, tant que le niveau actuel de fécondité se maintient.
Il s’agit de s’intéresser à la relation qui pourrait exister entre la pauvreté des ménages et les
caractéristiques socio-démographiques telles que la taille du ménage, le sexe du chef de ménage, sa
situation matrimoniale, son âge. L’appréhension du phénomène de pauvreté à travers ces
caractéristiques peut fournir des éléments utiles pour cibler les actions visant à améliorer les
conditions de vie des pauvres. En effet, pour proposer des politiques qui peuvent aider à réduire la
pauvreté, il faut dans une première phase, spécifier les caractéristiques qui peuvent être corrélées avec
le phénomène, et dans une seconde phase, proposer des politiques efficientes à tous les niveaux.
Il faut tout d’abord signaler que selon les résultats de l’enquête, la population nigérienne est
estimée à 12.627.063 en 2005 dont 6.294.349 hommes (49,8 %) et 6.332.714 femmes (50,2%).
L’enquête QUIBB a estimé le nombre de ménages au Niger à 1.983.460 dont 142.562 dirigés par des
femmes soit 7,2 % et 1.840.898 soit 92,8% dirigés par des hommes.
Le tableau 3.5 montre que la pauvreté touche plus les ménages ayant à leur tête un homme que les
ménages dirigés par une femme. En effet, 53,8 % des ménages dirigés par un homme sont pauvres
alors que ce sont 43,4% de ceux dirigés par les femmes qui sont pauvres.
18
Tableau 3.5 : Répartition des ménages selon le statut de pauvreté et le sexe du chef
de ménage
Ratio de pauvreté
Sexe du ménage Non pauvres Pauvres
Masculin 46,2 53,8
Féminin 56,6 43,4
Cela peut s’expliquer en partie par le fait que les femmes chefs de ménages représentent un groupe
fortement réduit. En effet, les pratiques sociales font que, la femme, surtout en milieu rural est intégrée
et connaît rarement une vie de célibataire ou de veuve. C’est en général en milieu urbain qu’on
dénombre beaucoup de femmes chefs de ménages, or, celles-ci sont soit des femmes célibataires, soit
des femmes divorcées, soit des femmes veuves ou des femmes en mariage polygamique mais vivant
sous un toit séparé de celui de leur conjoint. Dans ce milieu, ces femmes connaissent généralement des
conditions de vie meilleures que celles de la moyenne des chefs de ménages. Ainsi, dans l’ensemble,
la proportion de ménages pauvres est plus élevée parmi ceux dirigés par les hommes que ceux dirigés
par les femmes.
Ratio de
Sexe du ménage Non pauvres Pauvres
Masculin 38,1 61,9
Féminin 37,7 62,3
Le tableau 3.6 montre que dans l’ensemble, il n’existe pas de différence significative en terme de
pauvreté entre un ménage dirigé par un homme ou une femme. En effet, la proportion des pauvres est
de 62,3 % chez les ménages ayant à leur tête une femme contre 61,9 % dans les ménages ayant à leur
tête un homme.
Il est souvent admis que la taille du ménage peut être un élément déterminant de son statut de
pauvreté. En effet, la taille du ménage donne non seulement une idée de la promiscuité au sein du
ménage mais elle est aussi souvent corrélée avec le niveau de vie. La taille moyenne des ménages
nigériens dans le cadre de l’enquête nationale sur les conditions de vie des ménages est de 6,2
personnes. Elle est de 6,6 personnes dans les ménages dirigés par un homme et 4,1 personnes dans
les ménages dont le chef est une femme.
19
Tableau 3.7 : Répartition de la population selon statut de pauvreté selon la taille du ménage
Ratio de
Taille du ménage Non pauvres Pauvres
1 à 2 personnes 80,9 19,1
3 à 4 personnes 65,2 34,8
5 à 6 personnes 42,0 58,0
7 à 9 personnes 33,6 66,4
10 à 12 personnes 27,0 73,0
13 à 15 personnes 17,0 83
16 personnes et plus 23,0 77
Ensemble du pays 37,9 62,1
Le tableau 3.7 ci-dessus montre que plus la taille du ménage est grande, plus la proportion des pauvres
augmente. Ainsi, le pourcentage des pauvres dans les ménages de 1 à 2 personnes est près de 2 fois
moins nombreux que dans les ménages de 3 à 4 personnes, la proportion des pauvres dans les ménages
de 5 à 6 personnes est 3 fois plus nombreuse que dans les ménages qui affichent moins de 3 personnes.
Ainsi, la pauvreté croit avec la taille du ménage. Cette situation est due sans doute au fait de
l’homogénéité socio-économique des ménages de grande taille. Ce sont en général des ménages de
revenus modestes. En effet, le contexte socioculturel nigérien fait de sociabilité et d’entraide familiale
peut expliquer que plusieurs personnes soient à la charge du chef de ménage, ce qui ne peut
qu’influencer à la baisse le niveau des dépenses par tête. En d’autres termes, dans les ménages de
grande taille, le taux de dépendance (nombre de personnes à charge par actif) est généralement élevé.
Alors que la taille moyenne des ménages non pauvres est de 5 personnes, elle est près de 7 personnes
dans les ménages pauvres (tableau 3.11). Cette situation réduit considérablement le niveau de revenu
du ménage. Tous ces facteurs socio-économiques pourraient expliquer en grande partie la pauvreté
plus importante dans les ménages de grande taille en terme d’effectifs . Il ressort que la taille est un
des facteurs de la pauvreté.
20
Tableau 3.8 : Répartition des ménages et de la population par statut de pauvreté selon le
groupe d’âges du CM et de la taille du ménage
Groupes Statut
d'âges de pauvreté (Populations) Taille des ménages
Non
Non pauvre Pauvre Total pauvres Pauvres Total
15-24 3,3 1,6 2,2 2,7 4,0 3,2
25-29 10,0 6,5 7,8 3,6 5,4 4,3
30-34 10,8 9,1 9,7 4,3 6,2 5,2
35-39 13,9 14,1 14,0 5,3 7,3 6,4
40-44 13,4 12,7 13,0 6,2 7,7 7,0
45-49 9,8 13,0 11,8 6,9 8,3 7,8
50-54 11,3 13,1 12,4 6,4 8,3 7,5
55-59 7,5 8,3 8,0 6,1 8,5 7,5
60-64 7,5 7,1 7,3 5,3 7,7 6,5
65-69 5,0 6,4 5,9 6,0 9,7 8,1
70-74 4,0 4,6 4,4 4,9 7,5 6,3
75-79 1,6 1,6 1,6 5,5 9,0 7,3
80 et plus 1,9 1,9 1,9 4,8 7,6 6,2
Total 100 100 100 5,1 6,6 6,2
L’analyse du tableau n°12 ci-dessous montre des variations dans le statut de pauvreté selon l’âge
de chef de ménage.
21
Tableau 3.9 : Statut de pauvreté selon l’âge du chef de ménage (%)
Groupe d’âge Non pauvre Pauvre Total
Du C.M
15-24 65,5 34,5 100
25-29 58,5 41,5 100
30-34 51,1 48,9 100
35-39 45,2 54,8 100
40-44 44,4 55,6 100
45-49 35,6 64,4 100
50-54 40,5 59,5 100
55-59 43,6 56,4 100
60-64 48,3 51,7 100
65-69 43,6 56,4 100
70-74 44,9 55,1 100
75-79 50,4 49,6 100
80 et + 49,0 51,0 100
Total 47,0 53,0 100
L’importance de la pauvreté des ménages augmente au fur et à mesure que l’âge des chefs de
ménages augmente. En effet, ce sont 34,5% des ménages dont le chef est âgé de 15-24 ans et 64,4%
des ménages dont le chef appartient à la tranche d’âge 45 – 49 ans qui sont pauvres. Une baisse
significative mais de manière irrégulière de la proportion des ménages pauvres est observée à partir de
cet âge pour se situer à 49,6% pour les ménages dont le chef est âgé de 75-79 ans. Un contrôle de cette
donnée par d’autres variables permettra une meilleure compréhension de la situation. Toutefois, on
retient que le degré de pauvreté des ménages est en corrélation avec l’âge du chef de ménage.
Dans la partie précédente, l’accent a été mis sur le statut de pauvreté des ménages selon le groupe
d’âges des chefs de ménage. Il s’agit ici de voir la contribution de chaque groupe d’âges à la
constitution des pauvres.
Tableau 3.10 : Statut de pauvreté selon le groupe d’âge du chef de ménage (%)
22
Une observation de ce tableau fait ressortir les constats suivants :
- Une augmentation régulière des proportions des ménages pauvres selon le groupe d’âges
du CM (15-24 ans à 35-39 ans)
- Les proportions des ménages pauvres enregistrent une baisse régulière à partir du groupe
d’âges 40-44 ans.
- Proportionnellement, les ménages pauvres sont numériquement moins importants lorsque
le CM à moins de 35 ans.
A la lumière de ces constats, on peut tirer la conclusion que plus les chefs de ménages avancent en
âge, plus leurs ménages sont exposés à la pauvreté.
Dans les précédentes parties, l’accent a été mis sur l’importance des ménages pauvres. Cet
indicateur présente l’inconvénient de ne pas donner la mesure exacte des personnes affectées par la
pauvreté. Cette partie se donne alors cet objectif.
Il a été dénombré en 2005, 12.627.063 habitants au Niger dont 4.789.222 de non pauvres et
7.837.841 de pauvres soit respectivement 37,9% et 62,1%. Indicateurs qui traduisent mieux le degré
de pauvreté que celui déterminé à partir du statut de pauvreté des ménages qui était de 53%.
Tableau 3.11 : Statut de pauvreté de la population selon le groupe d’âges des chefs de
ménage
Groupe d’âge Non Pauvres Total
Du CM Pauvres % %
15-24 56,5 43,5 100
25-29 48,4 51,6 100
30-34 42,0 58,0 100
35-39 37,5 62,5 100
40-44 39,2 60,8 100
45-49 31,4 68,6 100
50-54 34,5 65,5 100
55-59 35,7 64,3 100
60-64 39,2 60,8 100
65-69 32,4 67,6 100
70-74 34,7 65,3 100
75-79 38,3 61,7 100
80 et + 38,1 61,9 100
Total 37,9 62,1 100
Il ressort du tableau ci-dessus que les proportions de pauvres augmentent de manière régulière
en fonction de l’âge du chef de ménage jusqu’à 50 ans, passant ainsi de 43,5% à 15-24 ans à 68,6% à
45-49 ans. On constate, cependant une rupture de l’évolution de la courbe lorsque l’âge du chef de
ménage se situe entre 40-44 ans. Au delà de 50 ans, on observe une baisse continue de la proportion
des pauvres au fur et à mesure que l’âge augmente.
Toutefois, excepté le groupe d’âges 15-24 ans du chef de ménage, la pauvreté affecte plus de
la moitié de la population. L’évolution de la courbe des proportions des pauvres selon l’âge des chefs
de ménages est analogue à celle des proportions des ménages selon le statut de pauvreté et l’âge du
chef de ménage.
23
3.2.3 Pauvreté et statut matrimonial du chef de ménage
L’effet matrimonial ou la situation matrimoniale d’une personne est sa situation par rapport au
mariage selon les lois et coutumes en vigueur dans le pays. Les modalités ci-après sont retenues :
jamais marié, marié monogame, marié polygame, divorcé/séparé, veuf.
Tableau 3.12 : Répartition des ménages pauvres selon la situation matrimoniale du chef de
ménage (%)
Total 100
De ce tableau, il ressort une inégale répartition des ménages pauvres selon la situation
matrimoniale des chefs. Les chefs de ménage en union conjugale rassemblent environ 93% (66,8%
mariés monogames et 26,1% mariés polygames) de l’ensemble des ménages pauvres. Les ménages
des veufs/Divorcés et célibataires regroupent respectivement 6,8% et 0,3% des pauvres.
Tableau 3.16 : Répartition de la population selon la situation matrimoniale des chefs de ménage et le
statut de pauvreté
Ratio de
Statut matrimonial du CM Non pauvres Pauvres
Célibataires 80,5 19,5
Monogames 39,9 60,1
Polygames 31,8 68,2
Veufs/Divorcés/séparés 48,3 51,7
Ensemble du pays 37,9 62,1
Comme il a été noté plus haut, 62,1% de la population est pauvre. Le statut matrimonial du chef de
ménage semble être un élément déterminant dans le statut de pauvreté. Ainsi, la proportion des
pauvres est respectivement plus de 2 fois plus importante dans les ménages dirigés par des
divorcés/séparés, des veufs , des monogames, plus de 3,5 fois plus importante dans les ménages dont
le chef est polygame que dans ceux dirigés par des célibataires. Autrement dit, Les ménages des
24
célibataires sont les moins exposés à la pauvreté avec seulement 19,5% de pauvres et c’est dans les
ménages dirigés par les mariés qu’on rencontre le plus de pauvres : 68,2% chez les polygames et
60,1% chez les monogames. En effet, il est couramment admis surtout en campagne que plus le
ménage est polygame, plus il est élargi et rassemble beaucoup d’inactifs, le taux de dépendance
(nombre de personnes à charge par actif) y est généralement élevé. En ville, les femmes de ces
familles polygames sont généralement analphabètes n’exerçant pas ou peu d’activités génératrices de
revenus.
Tableau 3.17: Répartition de la population pauvre selon la situation matrimoniale des chefs de
ménages (%)
Ce tableau confirme les constats faits plus haut, à savoir que le statut matrimonial détermine
l’importance de la pauvreté : à l’image de la répartition des ménages pauvres selon la situation
matrimoniale du chef de ménage, c’est dans les ménages dirigés par des chefs de ménages mariés que
sont concentrées les plus fortes proportions de personnes soit 92,9% de la population. D’autre part,
pour toutes les situations matrimoniales, l’importance relative des chefs de ménage pauvres est
supérieure à celle de la population sauf chez les mariés polygames où on rencontre l’inverse; alors que
les chefs de ménages polygames constituent 26,1% de chefs de ménages pauvres, les populations qui
dépendent d’eux sont 36,1% soit une différence de 10 points.
De ce qui précède, on peut retenir que la situation matrimoniale des chefs de ménages
influence leur statut de pauvreté ainsi que celui des populations qui en dépendent. Alors que 11,2%
des ménages dirigés par des célibataires sont pauvres, cet indicateur mesure 62,9% chez les ménages
mariés polygames. Aussi la même tendance s’observe en ce qui concerne les populations; 19,5 % des
personnes vivant dans des ménages dont le chef est célibataire sont considérés comme pauvres contre
68,2% des personnes vivant dans ces ménages dont le chef est un marié polygame.
25
3.3 Caractéristiques socioculturelles
En effet, avec un taux brut de scolarisation dans l’enseignement primaire de 41,7 % en 2001-
2002, le Niger demeure l’un des pays les moins scolarisés de l’Afrique et du monde.
Le Niger est d'ailleurs l'un des pays ayant le plus faible taux de scolarisation au monde avec des
disparités très marquées d'une région à une autre, la moyenne nationale est de 34% en 2002. Le dernier
Recensement Général de la Population et de l'Habitat (RGPH-2001) montre que 50% de la population
a presque moins de 15 ans, ce qui démontre non seulement l'importance numérique de la jeunesse,
mais aussi la demande d'éducation. Le pays doit s'atteler pour donner une solution adéquate et urgente.
Les indicateurs sur l’éducation occupent également une place centrale dans les OMD, et ce, autant
en termes absolus (accroissement du niveau d'instruction générale, en particulier dans l'enseignement
primaire) qu'en termes relatifs (réduction de l'écart hommes–femmes dans l'alphabétisation des adultes
et dans l'instruction à tous les niveaux).
Au cours de l'enquête sur le questionnaire des indicateurs de base du bien-être (QUIBB), cette
information relative au niveau d'instruction a été captée.
Selon les résultats de cette enquête, 62,1% des personnes sont pauvres. A priori, ce taux élevé
de pauvres peut s'expliquer, entre autres, par la faiblesse du taux de scolarisation car selon le RGP/H
2001, moins de 40% de la population est scolarisée et dans le dernier rapport de l'annuaire statistique
du Ministère de l'éducation de base et de l'alphabétisation, le taux brut de scolarisation est de 52%.
Il ressort de l’enquête que 61,4% des chefs de ménages n’ont aucun niveau d'instruction au
Niger et seulement 0,9% d’entre eux ont un niveau supérieur.
La pauvreté varie selon le niveau d'instruction et au fur à mesure que ce dernier augmente, la
probabilité d’être pauvre devient faible. Ceci nous amène à émettre l'hypothèse selon laquelle le
niveau d'instruction a une influence sur la pauvreté. Autrement dit, une augmentation du taux de
scolarisation ou une diminution du taux d'analphabétisme, conduira sans nul doute à une réduction
sensible de la pauvreté.
9
La Conférence internationale sur la population et le développement du Caire (5-13 septembre 1994),
Beijing (4-15 septembre 1995), Copenhague (6 au 12 mars 1995).
26
Le tableau ci-dessus montre que parmi les pauvres, 64,4% des chefs de ménages sont sans
aucun niveau, 23,8% ont le niveau coranique, seulement 2,3% sont des alphabétisés; le primaire, le
secondaire et le supérieur totalisent un score de 9,5%. Ainsi, la pauvreté sévit beaucoup plus dans les
ménages où le chef n’a aucun niveau d'instruction que dans ceux dont le chef a reçu une instruction.
L’analyse des résultats de cette enquête montre que le taux de pauvreté baisse avec le niveau
d’instruction comme le montre le tableau suivant.
Tableau 3.18 : Répartition des ménages par statut de pauvreté selon le niveau d'instruction du chef
de ménage au Niger
Niveau d'instruction
Forme
Statut de pauvreté Aucun Coranique Alphabétisé Primaire Secondaire prof Supérieur
Pauvre 64,4 23,8 2,3 7,4 1,5 0,4 0,1
Non pauvre 56,5 20,8 2,2 8,2 5,3 4,9 2,1
Les taux de pauvreté des chefs de ménage sans niveau instruction restent largement supérieurs
à la moyenne nationale. Parmi les personnes membres des ménages dont le chef a un niveau d’études
supérieures, la prévalence de la pauvreté est faible: ceci montre l’importance du facteur éducatif dans
la valorisation du capital humain et donc de la lutte contre la pauvreté.
En milieu rural 65,7% de la population est pauvre. Cette proportion est de 44,1% en milieu
urbain. Ceci confirme que la pauvreté reste un phénomène rural. Aussi, quel que soit le milieu de
résidence considéré, les chefs de ménages pauvres sont surtout caractérisés par l'analphabétisme
(65,4% pour le rural et 56,9% pour l'urbain).
D'une manière générale, quelle que soit la région, les constats précédents sont les mêmes, c'est-à-
dire que la proportion des chefs de ménages n’ayant aucun niveau, pauvres ou non pauvres demeure
élevée. Les résultats de l'enquête sur le questionnaire unifié de base sur les indicateurs du bien être
révèlent que seuls 28,7% des personnes âgées de 15 ans et plus sont alphabétisées au niveau national.
27
Tableau 3.19: Répartition des pauvres par niveau d'instruction du CM selon la région
Niveau d'instruction (%)
Forme
Aucun Coranique Alphabétisé Primaire Secondaire prof Supérieur
Agadez Pauvre 58,3 19,6 1,3 16,2 4,7 0,0 0,0
Non pauvre 45,9 11,9 1,3 15,9 16,7 5,9 2,6
Dosso Pauvre 58,3 31,2 3,4 5,7 1,4 0,1 0,0
Non pauvre 46,2 36,1 2,4 7,6 4,2 2,6 1,0
Maradi Pauvre 60,7 24,1 3,2 10,5 1,1 0,4 0,0
Non pauvre 54,1 18,9 4,8 9,4 7,0 4,8 1,1
Tahoua Pauvre 69,4 23,9 0,9 4,5 0,9 0,5 0,0
Non pauvre 66,2 22,1 2,0 5,8 1,9 2,1 0,0
Tillabéri Pauvre 71,7 19,1 1,5 5,8 1,6 0,2 0,1
Non pauvre 66,2 19,5 2,7 4,4 3,1 3,4 0,7
Zinder- Pauvre 65 ,0 23,6 2,2 6,5 1,5 0,8 0,4
Diffa Non pauvre 57,9 20,0 1,2 9,4 4,6 5,2 1,6
Niamey Pauvre 60,9 19,1 0,7 12,1 5,8 1,4 0,0
Non pauvre 39,6 12,0 1,5 11,8 11,5 13,4 10,3
Ce tableau montre que la pauvreté varie d'une région à une autre, et à l'intérieur d'une région,
selon le niveau d'instruction. On constate que parmi les chefs de ménages pauvres, plus de la moitié
n'ont aucun niveau d'instruction et les régions où ces proportions sont les plus élevées sont Tillabéri et
Tahoua (avec respectivement 74,2% et 69,4% des chefs ménages pauvres sans niveau d’instruction).
Hormis le milieu rural où la proportion des chefs de ménages pauvres n'ayant aucun niveau
d'instruction demeure très élevée (presque 2/3), Niamey et les autres villes présentent un visage moins
triste. Néanmoins la situation dans les grandes villes reste critique, car parmi les chefs de ménages
pauvres, plus de la moitié sont analphabètes. Là encore, les disparités existent dans ces villes et cela
suivant le niveau d'instruction.
Les résultats de l'enquête QUIBB sur l'alphabétisation, montrent que 42,9% des personnes
alphabétisées sont des hommes contre 15,1% pour les femmes, en d’autres termes, sur presque 4
personnes alphabétisées, trois sont de sexe masculin. Remarquons que plus le chef de ménage est
alphabétisé, plus est grande sa chance d’échapper à la pauvreté. Concernant les autres niveaux
d'instruction, la disparité homme/femme persiste et d'une manière générale, les chefs de ménages
pauvres sont moins alphabétisés que les non pauvres.
Le choix de l’emploi comme l’un des axes pour l’analyse de la pauvreté est guidé par le fait qu’il
constitue un élément fondamental pour le bien-être de l’individu. En effet, l’emploi, en procurant un
revenu à un individu, lui permet de vivre décemment. Cela lui permet aussi de satisfaire ses besoins
28
essentiels et échapper ainsi à la pauvreté. D’ailleurs, avec les difficultés actuelles de l’emploi, de
nombreuses organisations internationales, notamment l’Organisation Internationale du Travail (OIT)
et le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) ont entrepris de sensibiliser les
gouvernements des différents pays, surtout ceux en développement sur l’importance de l’exercice d’un
emploi rémunérateur, comme facteur d’épanouissement de l’homme. De même, il a été démontré que
le chômage (et le sous-emploi) constitue l’une des principales causes de la pauvreté, des déviances et
l’exclusion sociale.
Statut de pauvreté
Situation d’activité Pauvre Non pauvre Total
Actif occupé 62,8 37,8 100
Actif non occupé 60,8 39,2 100
Ensemble 62,1 37,9 100
L’analyse de la pauvreté à travers la situation d’activité du chef du ménage fait ressortir qu’elle touche
aussi bien les ménages dont le chef est actif occupé que ceux dont le chef est actif non occupé. En
effet, 62,8% des personnes vivant des les ménages dont les chef de ménage est actif occupé sont
pauvres contre 60,8% au niveau des ménages dont le chef est actif non occupé. On devrait s’attendre à
ce qu’on ait plus de pauvres dans les ménages dont le chef de ménage est actif non occupé que dans
ceux dont le chef est actif occupé. Cette situation pourrait être liée à la période de référence choisie
qui est de 7 jours précédant l’enquête.
70,0
60,0
50,0
40,0
Pourcentage pauvre
non pauvre
30,0
20,0
10,0
0,0
Actif occupé Actif non occupé Ensemble
Situation d'activité
On pourrait expliquer cette situation, en examinant le statut dans l’emploi et la branche d’activité du
chef de ménage.
29
b) Pauvreté et statut dans l’emploi du chef de ménage
Statut de pauvreté
Statut dans l’emploi Pauvre Non pauvre Total
Employeur 45,9 54,1 100
Travail à son propre compte 65,0 35,0 100
Salarié/e 23,0 77,0 100
Employé/e de maison 54,3 45,7 100
Apprentie non payé/e 61,3 38,7 100
Autres 51,6 48,4 100
Ensemble 62,2 37,8 100
Il a été indiqué au point précédent que la pauvreté touche aussi bien les ménages dont le chef est actif
occupé que ceux dont le chef est actif non occupé. En ne considérant que les actifs occupés, l’analyse
fait ressortir que la pauvreté toucherait beaucoup plus les personnes dont le chef de ménage travaille
pour son propre compte avec 65,0% de cas, suivis des apprentis non payés (61,3%), des employés de
maison (54,3%) et dans une moindre mesure les employeurs (45,9%). Cette situation pourrait
s’expliquer par le fait que, le plus souvent, les personnes qui travaillent pour leur propre compte sont
des agriculteurs et ceux exerçant d’autres petits métiers du secteur informel (tabliers, petits
commerçants, etc.) et dont le revenu est relativement faible. Les employés de maison, constitués
notamment de «bonnes», n’ont guère un revenu leur permettant d’échapper à la pauvreté. Par contre,
lorsque le chef de ménage est salarié ou employeur les conditions de vie semblent être meilleures avec
respectivement 23,0% et 45,9% de pauvres.
Statut de pauvreté
Branche d’activité principale Pauvre Non pauvre Ensemble
Agriculture 68,8 31,2 100
Mines/carrières 56,2 43,8 100
Production/transformation 51,0 49,0 100
Construction 64,0 36,0 100
Transport 32,3 67,7 100
Commerce/vente 53,9 46,1 100
Services 49,5 50,5 100
Éducation/santé 22,7 77,3 100
Administration 22,4 77,6 100
Autre 60,3 39,7 100
Ensemble 62,2 37,8 100
L’analyse de la pauvreté selon la branche d’activité principale du chef de ménage conforte ce qui vient
d’être affirmé précédemment. En effet, la pauvreté toucherait beaucoup plus les personnes dont le chef
de ménage exerce dans l’agriculture (68,8%), suivie de la construction (64,0%), les mines et les
carrières (56,2%), le commerce/vente (53,9%), la production et la transformation (51,0%) et dans une
moindre mesure les services (49,52%). Il est à constater que la pauvreté touche aussi les personnes
dont le chef le ménage exerce une activité autre que celles préalablement identifiées avec 60,3%. Par
contre, les conditions de vie semblent être meilleures dans les ménages dont le chef travaille dans
30
l’administration (22,4% de pauvres) ou dans le secteur de l’éducation et de la santé (22,7% de
pauvres) et, dans une moindre mesure, dans la branche des transports (32,3% de pauvres).
80,0
70,0
60,0
50,0
Pourcentage 40,0
30,0
pauvre
20,0
non pauvre
10,0
0,0
Services
Agriculture
Construction
Éducation/santé
Autre
Mines/carrières
Transport
Administration
Commerce/vente
Production/transformation
L’agriculture, occupant plus de 80,0% de la population nigérienne, devrait permettre à cette dernière
de s’épanouir avec une véritable politique de prix rémunérateur aux paysans. Sa modernisation
permettrait d’améliorer les rendements, la productivité et ainsi lutter contre l’insécurité alimentaire.
Statut de pauvreté
Pauvre Non pauvre Total
Chef de ménage 93,1 94,0 93,4
Conjoint du chef de ménage 0,9 1,1 1,0
Enfant 0,7 0,7 0,7
Personne extérieur du ménage 2,1 2,5 2,3
Autres membres du ménage 3,2 1,7 2,6
Ensemble 100 100 100
L’analyse de la pauvreté, à travers la contribution au revenu du ménage, fait ressortir que la quasi-
totalité des individus qui contribuent beaucoup plus au revenu du ménage sont les chefs de ménages
avec 93,4%. Cette contribution se fait principalement par les chefs de ménages quel que soit leur statut
de pauvreté. En effet, dans 93,1% des ménages non pauvres et dans 93,6% des ménages pauvres. Les
autres personnes ne représentent, dans leur ensemble, que moins de 7,0%.
31
e) Raison principale de non activité
Pourcentage
Pas de travail disponible 8,9
Inactivité saisonnière 33,7
Étudiant 1,6
Obligations familiales/ménage 11,0
Trop âgé/trop jeune 34,5
Infirmité 5,6
Autre 4,7
Total 100
Selon les résultats, au niveau des ménages pauvres, les raisons principales avancées, pour lesquelles le
chef de ménage ne travaillait pas au cours des 7 derniers jours précédant l’enquête, sont l’inactivité
saisonnière (33,7%), la vieillesse (34,5%), les obligations familiales (11,0%) et l’indisponibilité de
travail (8,9%). L’ensemble de ces quatre modalités totalise plus de 4/5 des réponses fournies par les
chefs de ménage, soit 88,1%. La première raison évoquée par les chefs de ménage pourrait être liée
effectivement à la période pendant laquelle s’est déroulée l’enquête, notamment celle de la « saison
morte », surtout en milieu rural. En effet, dans beaucoup de régions du Niger, après les travaux
champêtres, les paysans n’ont aucune autre activité. A ce niveau, il serait intéressant de trouver des
stratégies permettant d’occuper ces personnes à travers des activités génératrices de revenu dans le
cadre de la mise en oeuvre des actions de réduction de la pauvreté.
En milieu rural nigérien, la presque totalité des ménages est propriétaire de leurs logements.
Même en milieu urbain, la majorité des ménages vit dans un logement leur appartenant. Il n’existe pas
une différence fondamentale entre ménages pauvres et non pauvres du point de vue statut de logement,
et ceci dans toutes les régions du Niger.
La majorité des ménages pauvres vit dans des logements dont le mur est principalement en terre ou en
briques de terre c’est à dire en banco. Plus d’un tiers des ménages pauvres de la Communauté Urbaine
32
de Niamey ont des logements dont le mur est en paille. Ce qui dénote une persistance de la précarité
du logement.
Tableau 3.26 : Répartition des ménages pauvres selon la nature du mur du logement
Le tableau montre que plus de la moitié des ménages pauvres du milieu rural s’approvisionnent à des
puits non protégés. Des efforts ont été faits dans ce milieu, puisque plus de 45% des ménages pauvres
consomment de l’eau potable (robinet et puits protégés). Dans les autres centres urbains plus de 93%
des ménages pauvres utilisent de l’eau potable pour la boisson.
Tableau 3.27 : Répartition des ménages pauvres selon la source d’approvisionnement en eau
de boisson
Le principal type de lieu d’aisance des ménages pauvres en milieu urbain reste les latrines,
quelles soient couvertes ou non. Les latrines présentent l’avantage de rendre moins insalubres
l’environnement.
Il ressort également de ce tableau, que même à Niamey, plus de 35% des ménages pauvres utilisent la
nature comme lieu d’aisance. C’est le plus souvent le comportement de la population des quartiers
périphériques. Dans ces quartiers, le comportement de la population ne diffère en rien de celui du
milieu rural. C’est dire que dans ces quartiers, le problème de santé reste encore réel et que les
toilettes publiques mises en places par les municipalités doivent être étendues aux quartiers
périphériques.
33
Tableau 3.28 : Répartition des ménages pauvres selon le type de lieu d’aisance
On assiste depuis les années 1970 à l’émergence de deux courants de pensée pour lutter contre
la pauvreté. D’un côté ceux qui suggèrent de se concentrer sur l’augmentation des revenus et laisser
les personnes choisir l’allocation optimale de ressources selon leurs préférences personnelles et de
l’autres côté les défenseurs de l’approche des besoins essentiels privilégient la fourniture de service
sociaux de base de la manière la plus large possible.
Depuis les travaux de MARTYA Sen (1981), il est admis que la pauvreté est
multidimensionnelle. Elle peut, dés lors, être vue sous différents angles : soit sous l’angle monétaire,
soit sous l’angle des conditions de vie ou sous l’angle de potentialités. Cette dernière notion, introduite
par Sen, traduit une insuffisance de dotation en capital (capital humain, capital social). Aussi, les
politiques en matière de développement, en particulier l’atteinte des objectifs d’action 21 en matière de
développement, visent l’amélioration du cadre de vie des populations en leur permettant de satisfaire
un certain nombre de besoins fondamentaux. Parmi ces derniers, figurent l’alimentation saine,
l’éducation, la santé, le logement décent, la communication.
Cette partie traite de l’accès des ménages pauvres aux services de base, c’est à dire les
ménages pauvres dans leur environnement social.
Le QUIBB considère un ménage comme ayant accès à un marché si un membre qui s’y rend
met moins de 30 minutes pour y aller quel qu’en soit le moyen de déplacement habituellement utilisé.
34
Niger 31,7 17,0 51,3 100
Plus de la moitié des ménages pauvres mettent plus d’une heure de temps pour atteindre le
marché de produits de consommation courante le plus proche. L’existence d’un marché incite les
agents économiques à produire et à commercialiser leur production. Cette incitation à la production
pourrait se traduire par la réalisation d’un surplus. Et, depuis les années 1950, des études ont démontré
comment le surplus dégagé de l’agriculture avait contribué à la croissance d’autres secteurs
(Mahalanobis 1963, Domar 1957).
Tableau 3.30: Répartition des ménages pauvres selon le temps nécessaire pour accéder à l’école
primaire la plus proche
Ce tableau montre qu’au Niger, près de 9 ménages pauvres sur 10 sont situés à moins de 30 minutes de
route d’une école primaire. Les niveaux relativement bas du taux net de scolarisation (41,0%) ou et du
taux d’alphabétisation des adultes (28,7) observés, ne sont pas lié à l’accès physique à l’école
primaire. Les obstacles pourraient être d’ordre financier ou l’insatisfaction des services éducatifs. En
effet, plus de 53% des élèves du primaire ne sont pas satisfaits des services fournis par l’école. Parmi
ces élèves, 6,4% ont avancé le manque de livres ou de fournitures. Pour 1,1%, c’est le manque
35
d’enseignants et pour 2,0% c’est parce que l’établissement est en mauvais état
(ME/F/INS/QUIBB_2005, Rapport sur les indicateurs sociaux).
b- Accès physique des ménages pauvres à la case ou au centre de santé le plus proche
La santé, selon l’OMS, est un état de complet de bien être physique, mental et social qui ne consiste
pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. La santé est l’un des principaux facteurs du
bien être. Les liens directs entre la santé et la pauvreté sont mis en évidence à partir des enquêtes
démographiques. C’est ainsi que l’accès, pour toute la population du Niger à un centre de santé ou à
une case de santé est considéré comme une des priorités de l’action gouvernementale.
Tableau 3.31 : Répartition des ménages pauvres selon le temps nécessaire pour accéder au centre de
santé communautaire/case de santé le plus proche
Il ressort de ce tableau que, plus de la moitié des ménages pauvres du Niger, sont au plus à une heure
de route d’une case de santé ou d’un centre de santé communautaire. Le principal handicap est la
qualité des services fournis. En effet, sur l’ensemble des personnes ayant consulté ayant sollicité un
service de santé au cours des 4 dernières semaines avant le passage de l’agent enquêteur, seulement
6,2% ont estimé être satisfaites de la prestation des services de santé reçus. Elles sont légèrement plus
nombreuses en milieu rural (6,5%) qu’en milieu urbain (4,6%).
La non satisfaction concerne les femmes (93,5 %) comme les hommes (94,1%). C’est dans les régions
d’Agadez (97,3% d’insatisfaits) et Niamey (96,6%) que les proportions d’individus non satisfaits des
prestations des services de santé sont les plus élevées. Dans les régions de Dosso et Maradi, ces taux
sont respectivement de 87,9% et 93,9% (MEF/INS/QUIBB_2005).
L’accès physique à un centre de santé est indispensable, mais ne suffit pas. Il faut donc créer les
conditions permettant aux centres de santé de remplir leurs missions.
Il est unanimement admis que la voie de communication est un facteur de développement. L’accès à
un service de transport public ou à une voie de communication permet aux producteurs d’écouler
aisément les produits, permet les échanges commerciaux et, de ce fait favorise l’accès des ménages à
certains produits de première nécessité. En résumé, elle désenclave la région.
36
Tableau 3.32 : Répartition des ménages pauvres selon le temps nécessaire pour accéder au service de
transport public le plus proche
Ce tableau montre que dans le domaine des transports publics, beaucoup reste encore à faire. Plus de la
moitié des ménages ont au moins une heure avant d’atteindre un service de transport public. La
situation des régions de d’Agadez et de Diffa est tributaire du désert. Dans les régions de Maradi et de
Diffa plus des deux cinquième (2/5) des ménages pauvres font moins de 30 minutes de route pour
accéder à un service de transport public tandis qu’à Tillabéri, seulement un peu plus du quart de des
ménages pauvres ont accès cet service.
Des études menées sur la pauvreté, ont montré que la non possession de certains biens est une autre
dimension de la pauvreté. La présence de certains biens dans un ménage, le rend moins vulnérable car
ces biens peuvent être, toutefois, vendus pour assurer la survie des membres.
Tableau 3.33: Proportion de ménages pauvres possédant un type de bien par région et par milieu
Radio ou cassette
Téléviseur radio Bicyclette Motocyclette Voiture Charrette
Urbain 12,6 40,6 12,8 2,5 0,0 3,2
Agadez Rural 0,0 36,7 1,6 0,0 0,3 0,0
Urbain 13,2 59,5 23,8 9,4 1,2 42,6
Dosso Rural 2,2 57,8 12,9 1,7 1,2 26,3
Urbain 4,8 65,4 14,9 5,3 1,6 19,8
Maradi Rural 1,0 52,4 6,2 1,7 0,4 25,3
Urbain 5,2 62,8 4,6 0,0 0,0 7,6
Tahoua Rural 1,3 45,1 3,4 0,3 0,0 6,2
Urbain 4,7 34,3 11,9 7,3 0,3 20,6
Tillabéri Rural 1,4 50,5 12,5 0,8 0,3 17,7
Zinder- Urbain 16,3 64,8 22,1 6,6 0,6 12,3
Diffa Rural 1,3 44,3 3,2 1,5 0,2 30,8
37
L’accès à l’information se retrouve chez Virginia Henderson parmi les 14 besoins fondamentaux d’une
personne et les variables qui le mesurent sont le téléphone, la radio et le téléviseur.
Ce tableau montre que dans les centres urbains d’Agadez, de Dosso et de Tillabéri, plus de 12% des
ménages pauvres disposent d’un poste téléviseur. La proportion de ménages pauvres possédant ce bien
est très faible dans toutes les régions. Le poste radio, au contraire, est possédé par une forte proportion
de ménages pauvres, aussi bien dans le milieu urbain que dans le milieu rural. Cela signifie qu’au
Niger une forte proportion des ménages a accès à l’information.
La charrette est possédée par les pauvres dans des proportions relativement élevées dans les régions de
Dosso, Maradi, Tillabéri et Zinder-Diffa tant dans le milieu urbain que dans le milieu rural. C’est le
principal moyen de déplacement et de transport en milieu rural nigérien.
38
CHAPITRE 4 : ANALYSE DES DEPENSES
Au cours des décennies 80 et 90, la pauvreté a connu au Niger une expansion sans précédant. Le
revenu par tête a baissé, passant de 391 Dollars US en 1997 à 180 Dollars US en 2002. Ainsi après
plusieurs années de récession, l’économie nigérienne a amorcé, à partir de 1996, une reprise
insuffisante pour réduire significativement la pauvreté. En termes cumulés, la baisse tendancielle du
revenu par tête entre 1975 et 2002 a atteint 53%.
La sécurité alimentaire a toujours été une préoccupation politique permanente au Niger. Elle se définit
comme la capacité des particuliers et des ménages à satisfaire, à tout moment, leurs besoins
alimentaires de base grâce à la production familiale, au marché national et aux importations. L’analyse
de la sécurité alimentaire traite de l’offre et de toute une série de facteurs qui influent sur la demande
de nourriture. Aussi, la politique de sécurité alimentaire part elle du principe que la pauvreté ou
l’insuffisance de la demande résulte de la faiblesse du pouvoir d’achat et à l’origine même de la
malnutrition. L’agriculture demeure, sans doute, au cœur de la problématique pour la sécurité
alimentaire. C’est pourquoi, les céréales (mil, sorgho, etc.) et le niébé ont toujours été des cibles
privilégiés de la politique de sécurité alimentaire.
Selon les données issues des dernières enquêtes sur le niveau de vie des ménages, 72% des pauvres au
Niger vivent en milieu rural.
Ainsi, l’élaboration d’un indicateur de bien être des ménages s’effectue à partir de l’analyse des
dépenses issues des enquêtes quantitatives et qualitatives. La présente repose sur le cas d’enquêtes
quantitatives principalement celles de l’Enquête sur le Questionnaire unifié des Indicateurs de Base de
Bien-Etre dont l’objectif est de fournir des informations permettant le suivi et l’évaluation des
politiques, programmes et projets de réduction de la pauvreté dans le cadre de la mise en œuvre de la
SRP et des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).
Cet indicateur repose sur l’analyse de la dépense de consommation des ménages à partir des
estimations des dépenses de consommations. Celles-ci se répartissent en consommations alimentaires
et non alimentaires.
Les dépenses alimentaires sont composées des estimations des consommations de la production
agricole des ménages (autoconsommation) et des consommations alimentaires achetées sur un marché.
Quant aux dépenses de consommations non alimentaires, elles regroupent les dépenses de santé,
d’éducation, d’habillement, de logement, de transport et communication, de transfert et les autres
dépenses.
Les dépenses de logement incluent outre les dépenses liées à l’occupation et à l’entretien du logement,
les frais occasionnés par les loyers (loyers payés directement pour les ménages locataires et les loyers
estimés ou imputés pour les ménages qui habitent leurs propres maisons).
Les autres types de dépenses telles que les dépenses d’hospitalisation sont souvent exclues des
dépenses de santé. De même les dépenses exceptionnelles effectuées lors de cérémonies des fêtes
religieuses ou des évènements familiaux ou sociaux qui occasionnent la participation d’autres
personnes non membres du ménage n’ont pas été prises en compte dans la dépense totale.
39
Les résultats de l’enquête QUIBB font ressortir une baisse tendancielle de la pauvreté au Niger malgré
ces cris d’alarme de famine au cours de la fin de l’année 2005. Ainsi de 63,1%, dernière estimation de
ce taux courant 1993, il tombe à 62,1% en 2005 : ce qui montre en fait une amélioration des conditions
de vie des ménages nigériens!
Deux éléments entrent dans la détermination d’un seuil de pauvreté basé sur la consommation. Il s’agit
d’une part des dépenses nécessaires pour assurer le minimum de nutrition et d’autre part d’un
minimum de dépenses non alimentaires nécessaires pour pouvoir participer à la vie quotidienne de la
société. Suivant la loi d’Engel, le pourcentage des dépenses totales consacrées aux produits
alimentaires diminue à mesure que le niveau de vie augmente. En d’autres termes, les personnes
relativement plus aisées consacrent en moyenne un pourcentage plus faible dans leurs dépenses totales
à l’alimentation.
Tableau 4.1 : Dépense annuelle moyenne au niveau national par tête (FCFA) et par statut de pauvreté
L’analyse du tableau ci-dessus fait ressortir que l’alimentation tout statut confondu occupe une place
importante dans le foyer nigérien. Celles-ci sont d’ailleurs plus élevées dans les ménages non pauvres
que les ménages pauvres. Ainsi, il en ressort que le montant des dépenses annuelles consacrées à
l’alimentation représente chez les ménages non pauvres le triple de celles des ménages pauvres
Comme partout ailleurs, elles sont prédominantes par rapport aux autres dépenses quelque soit le statut
de pauvreté.
Les dépenses totales de consommations (alimentaires, non alimentaires) des ménages non pauvres sont
largement plus élevées que celles des pauvres. Elles représentent presque le triple des dépenses des
ménages non pauvres, 225 265 FCFA contre 63 316 FCFA (respectivement 77,4% contre 22,6%).
L’examen de la structure des dépenses de consommation fait ressortir une prédominance des dépenses
alimentaires par rapport aux dépenses non alimentaires. Ainsi, elles représentent 45,2% des dépenses
totales de consommation contre 27,6% pour les non alimentaires.
40
Graphique 4.1: Répartition des dépenses de consommation
Transport Loisir
Santé
1% 0%
Communication 2% Auto consommation
0% 25%
Loyer
11%
Education
0%
Concernant les types de dépenses, deux occupent un choix important chez les ménages, il s’agit du
loyer qui prédomine avec 7,5% suivi de l’habillement, 5,6% et des autres dépenses non alimentaires
(transferts et facture) pour 5,8%. Et cela quelque soit le statut du ménage.
Par rapport à cette variable, les ménages pauvres dépensent plus en matière de logement (11,4%) que
les ménages non pauvres (6,5%) compte tenu du fait que ces derniers logent dans leurs propres
maisons ; ce qui est aussi valable pour les dépenses d’habillement (7,5% contre 5,0%). Le contraire se
trouve au niveau des dépenses de santé (3,6% contre 2,3%), de transport (4,1% contre 1,1%) et de
communication (1,0% contre 0,1%) qui présentent en matière de satisfaction des éléments
caractéristiques des ménages non pauvres.
L’analyse de ce chapitre porte sur celle des dépenses de consommation des pauvres afin d’y évaluer de
manière significative leur véritable problème de non satisfaction des besoins essentiels.
Le tableau ci-dessous, montre que les dépenses de consommation au sein des ménages pauvres
présentent une prédominance des dépenses alimentaires (71,3%) contre 28,7% pour les dépenses non
alimentaires. Cela se traduit particulièrement à l’endroit des dépenses d’achats alimentaires (46,5%) et
à celles de l’autoconsommation (24.8%). Cette situation prédit donc l’insuffisance de possession de
terres de moyens de travail notamment la terre qui devrait leur permettre de produire leur propre
alimentation.
41
Tableau 4.2 : Part des dépenses de consommation chez les ménages pauvres
Quant aux autres dépenses non alimentaires, l’incapacité des ménages pauvres de disposer de fonds
nécessaires pour la satisfaction de leurs besoins essentiels pour la survie, montre la faiblesse des
montants alloués à certaines dépenses de consommation particulièrement l’éducation (0,3%), la
communication (0,1%) et le loisir (0,1%). De plus, la précarité de leur condition d’existence fait en
sorte qu’ils dépensent plus dans le loyer et l’habillement que dans les autres dépenses. Ainsi, les
ménages pauvres dépensent plus dans le logement (11,4%) que dans les autres dépenses. Il est suivi
des dépenses d’habillement (7,4%) et des autres dépenses (transferts et factures, 5,9%).
42
Graphique 4.2
PART DES DEPENSES DE CONSOMMATION DANS LES
MENAGES PAUVRES
santé
education loyer 1% transfert
transport
0% 6% 1%
1%
habillement Alimentaire
4% 36%
Non alimentaire
14%
achalimentaire autoconsommatio
23% 12%
Les dépenses de consommation selon le milieu de résidence des ménages présentent une dominance
dans le milieu urbain composé de la capitale et des autres villes par rapport au milieu rural composé
des villages et hameaux.
Les résultats de l’enquête font ressortir une prédominance des dépenses alimentaires chez les ménages
ruraux que chez les citadins. Ainsi, le milieu rural à lui présente 78,3% des dépenses de consommation
alimentaires contre respectivement 62.9% dans les autres villes et 53,6% dans la capitale. Ainsi, le
milieu urbain (ville de Niamey et autres villes) présente une situation, où la pauvreté même si elle
existe, de dépenses de consommation alimentaire plus élevée que dans le milieu rural.
43
Tableau 4.3 : Répartition des dépenses de consommation selon le milieu de résidence
Par rapport à la disparité régionale qui caractérise la pauvreté, la capitale est la grande dépensière de
consommation compte tenu de sa place de privilégiée dans la société avec un montant de dépenses
moyennes annuelles par tête de 270221FCFA contre 172829FCFA pour les ‘Autres villes’ et
107221FCFA pour le milieu rural.
A l’intérieur même des milieux, les dépenses de consommation sont distinctes. Ainsi, les dépenses de
loyer (10,3%) et de transport (9,9%) occupent les premières places pour la ville de Niamey contre
4,6% pour la santé et 2,7% pour la communication. Contrairement aux ‘Autres villes’ où les premières
places sont occupées par l’habillement (6,5%) et le transport (4,6% (suivi de la santé, 4,4%) et au
milieu rural où, ce sont le loyer (7,5%) et l’habillement (5,8%) qui occupent les premières places suivi
des dépenses de santé (2,6%).
44
4.4 ANALYSE DES DEPENSES D’EDUCATION ET DE SANTE
A / Education
Tableau 4.4 : Dépenses moyennes annuelles d’Education par tête et par région
Les dépenses totales pour des ménages nigériens pour l’Education s’établissent à un peu plus
de dix milliards (10,28 milliards).
On note également que la part des dépenses des non pauvres au niveau de chaque région se
situe dans une fourchette de 65,4% pour Dosso à 95,2% pour les Régions d’Agadez et la
Communauté Urbaine de Niamey. Par contre, pour la région de Tillabéri, la tendance est
quelque peu inversée avec les dépenses des pauvres qui représentent 52,1% des dépenses
totales d’éducation contre seulement 47,9% pour les non pauvres.
2000 1830,5
1500 Dépenses
1000 moyennes
500 193,23 annuelles
0 d'Education par
Pauvres Non
Pauvres
45
Les non pauvres dépensent 9 fois plus que les pauvres, avec des dépenses moyennes par tête
de 1830 francs contre seulement un peu moins de deux cent francs pour les pauvres.
Tableau 4.5 : Dépenses moyennes d’Education par tête par région et selon le milieu de résidence
L’examen du tableau 4.5 montre que les dépenses moyennes d’éducation en milieu urbain se situent
dans une fourchette de 806 (Tillabéri) à 6051 (Niamey). En milieu urbain de Niamey, les dépenses par
tête font près de huit fois les mêmes types de dépenses à Tillabéri.
On note également des différences notables selon le milieu de résidence. Les dépenses les moins
importantes s’observent au niveau du milieu rural d’Agadez, avec une dépense moyenne par tête de
l’ordre de 34 F. C’est là également que l’écart entre le milieu urbain et rural est le plus grand.
L’examen du tableau sur les dépenses annuelles moyennes d’éducation par tête montre que plus la
taille du ménage est grande plus les dépenses sont importantes. On observe également à ce niveau que
les ménages de 1 à 2 personnes ont des dépenses annuelles moyennes par tête assez élevées. Ceci
pourrait s’expliquer par le fait que des étudiants vivant seuls et qui ont été tirés dans l’échantillon.
Tableau 4.7: Dépenses moyennes par personne et par an, par type de consommation et
selon le milieu de résidence
46
Loyer 27 861,8 10,3 14 596,0 8,4 8 014,5 7,5
Santé 12 527,8 4,6 7 600,0 4,4 2 799,6 2,6
Transport 26 784,6 9,9 8 019,2 4,6 1 554,6 1,4
Communication 7 359,3 2,7 2 311,6 1,3 137,2 0,1
Loisir 2 308,1 0,9 1 870,3 1,1 318,4 0,3
Facture 26 351,4 9,8 16 075,1 9,3 3 472,3 3,2
Transfert 1 413,8 0,5 1 498,3 0,9 818,6 0,8
Tableau 4.8 : Dépenses annuelles moyennes par tête selon le statut de pauvreté et la
branche d’activité du chef de ménage
On constate que les dépenses de consommation consacrées à l’éducation sont plus élevées pour les
ménages dont le chef travaille dans une administration pour l’ensemble et chez les non pauvres. Pour
les pauvres, ce sont les ménages dont le chef travaille dans le secteur des transports qui présente des
dépenses par tête les plus élevées. Les dépenses par tête les moins élevées s’observent au niveau des
ménages dont le chef travaille dans l’agriculture pour l’ensemble et selon le statut de pauvreté.
B / Santé
47
Tahoua 9 418 161 101 19,0 1 338 897 048 14,2 8 079 264 054 85,8
Tillabéri 6 344 208 933 12,8 2 286 290 991 36,0 4 057 917 942 64,0
Zinder-Diffa 8 609 026 268 17,3 2 059 404 031 25,0 6 453 116 237 75,0
Niamey 10 596 846 923 21,3 366 686 373 3,5 10 230 160 551 96,5
Total 49 677 855 245 100,0 11 275 617 345 22,7 38 401 337 904 77,3
Le montant total des dépenses de santé se chiffre à 49,7 milliards de francs. Là également on
observe des inégalités selon les régions. La part de la CUN est la plus importante avec 21,3 % (soit
près de 10,6 milliards). Ensuite, nous avons la part de Tahoua (19,0%), Zinder-Diffa (17,3%) et
Maradi (16,4%). Les parts des régions de Dosso et Tillabéri sont respectivement de 11,6% à 12,8 %.
La région d’Agadez a le plus faible part avec 1,6 %.
Graphique 2 :
9000 8018,28
8000
7000
6000
4000
3000
1438,61
2000
1000
0
Pauvres Non Pauvres
Les dépenses annuelles moyennes de santé s’élèvent à près de 12527,78 F à Niamey et 7600 F dans les
autres villes. En milieu rural, les dépenses annuelles moyennes de santé sont de l’ordre de 2799,55 F
soit près de quatre fois moins et deux fois moins que les mêmes dépenses par personne à Niamey et les
autres villes respectivement.
Le coefficient budgétaire des dépenses de santé se situe à 4% pour le milieu urbain (4,6% pour la CUN
et 4,4% pour les autres villes) contre 2,6% pour le milieu rural.
Les non pauvres consacrent près de 8018,28 francs pour les dépenses de santé tandis que les
pauvres ne consacrent que 1438,61 francs par tête, soit quatre fois moins que les non pauvres. Ce qui
représente 3,6% des dépenses totales de consommation par tête chez les non pauvres contre 2,3% chez
les pauvres.
48
Tableau 4.10 : Dépenses annuelles moyennes par tête (en F CFA) selon le milieu de
résidence
Les dépenses moyennes en milieu urbain varient de 3729 F CFA (à Zinder-Diffa) à 12621 F CFA à
Maradi. C’est dire que dans les régions de Zinder–Diffa, les dépenses par tête en milieu urbain ne font
que le quart des mêmes types de dépenses dans la seule Maradi. Par Contre en milieu rural, les
dépenses les moins élevées s’observent à Agadez (1047 F) et les plus élevées à Tahoua avec 3475 F
par tête.
Tableau 4.11 : Dépense annuelle moyenne par tête (en F CFA) selon la taille du ménage
Nombre de personne
par ménage Santé
1 à 2 pers 6 351,7
3 à 4 pers 5 537,4
5 à 6 pers 3 830,5
7 à 9 pers 3 459,0
10 à 12 pers 3 940,0
13 à 15 pers 2 912,8
16 pers et plus 3 327,8
On observe à ce niveau que plus la taille du ménage est grande moins les gens dépensent par
personne pour la santé. Ainsi, les célibataires et les personnes vivant à deux dépensent deux fois plus
pour les dépenses de santé que les ménages de 16 personnes et plus.
49
CHAPITRE 5 : Inégalités et répartition des dépenses au Niger
La notion de bien être dans une société donnée peut être liée à la position de l’individu dans cette
société et comme cité dans le rapport mondial sur le développement humain 2005, «l’inégalité extrême
n’est pas seulement mauvaise pour la réduction de la pauvreté, mais aussi pour la croissance». A cet
effet, le diagnostic de la situation pour l’élaboration des politiques de réduction de la pauvreté doit être
complétée par une analyse de la position de tous les individus afin de prendre en compte les disparités
dans la distribution des revenus et améliorer le ciblage.
Les indicateurs de pauvreté sont donc insuffisants pour appréhender les conditions de vie des ménages
ou des individus dans une perspective de lutte contre la pauvreté et de développement. Une analyse
parallèle de l’inégalité au sein du pays s’avère nécessaire.
La présente partie fournit les résultats de l’analyse des inégalités au Niger sur la base des différentes
mesures présentées dans le chapitre I. Rappelons que ces mesures sont effectuées sur la distribution
des dépenses de consommation.
5.1 Répartition des dépenses de consommation nationale entre les différentes classes
La part de la dépense d’un groupe (quintile) dans la dépense totale fait partie des critères d’évaluation
de l’ampleur de l’inégalité dans un pays. On note que les 20% les plus pauvres ne disposent que de
8,58 % des dépenses totales alors que les 20% les plus riches consomment 42,53% des dépenses
totales. On remarque également que le 40% les plus pauvres représentent approximativement 20% de
la dépense totale alors que les 40% les plus riches consomment plus de 60%. Les dépenses de
consommation des 20% les plus pauvres ne représentent qu’un cinquième des dépenses de
consommation des 20% les plus riches.
Tableau 5.1 : Part des dépenses de consommation dans la dépense totale selon le quintile
2ième 4ième
1er quintile 3ième quintile 5ième quintile Ensemble
quintile quintile
Dépenses totales
144 000 209 000 264 000 348 000 714 000 1 679 000
(millions)
Au Niger, l’inégalité est plus forte entre les ménages qu’entre les individus contrairement au Burkina
Faso. Le tableau 5.2 présente l’indice de Gini entre les ménages du Bénin, Burkina Faso et Niger.
Selon les résultats qui y sont rapportés, l’inégalité est plus forte au Niger qu’au Bénin quels que soient
la mesure du niveau de vie choisi mais les indices de Gini pour le Niger au niveau des ménages
(0,4376) et des individus (0,4384) sont moins élevés que ceux du Burkina Faso.
50
Tableau 5.2 : Comparaison de l’indice de Gini pour la consommation par tête et par ménage pour le
Niger, le Bénin et le Burkina Faso
L’examen par milieu de résidence au Niger montre que les inégalités sont pratiquement les mêmes
selon qu’on utilise les dépenses des ménages ou des individus. On constate également que les
inégalités sont plus prononcées dans les villes intermédiaires avec un coefficient de Gini de 0,42 entre
ménages contre 0,41 en milieu rural. La capitale enregistre moins d’inégalités que les autres villes. Ce
point de vue doit cependant être nuancé avec l’analyse de courbes de Lorentz. En effet, la comparaison
des inégalités entre différents sous groupes est d’ailleurs plus robuste qu’avec les indices simples. On
constate qu’à la lumière de l’analyse selon les courbes de Lorenz de la dépense par tête de la capitale,
des autres villes et du milieu rural se croisent à différents points. Par conséquent, on ne peut juger de
la dominance en inégalités entre les milieux.
Graphique 5.1
Tableau 5.3 : Coefficient de Gini selon le milieu de résidence pour les ménages et pour les individus
Ménages Individus
Niamey 0,404 0,401
Autres villes 0,416 0,411
Milieu rural 0,406 0,407
Niger 0,437 0,438
Le tableau suivant montre les coefficients de Gini selon les régions. A l’aide de ce tableau on
remarque que la région d’Agadez enregistre de fortes inégalités respectivement entre individus (0,52)
et ménages (0,54) alors que Diffa se présente comme la région la plus équitable du Niger. Agadez est
suivi par les régions de Dosso (0,435), Tahoua (0,406) et Niamey (0,404) avec les indices d’inégalités
51
basé sur les dépenses des ménages. Le classement change légèrement entre les régions de Niamey et
Tahoua lorsqu’on utilise comme mesure du bien être les dépenses par individus. Ainsi, même si la
région de Maradi est la plus pauvre du Niger, du point de vue de la répartition des richesses, cette
région est relativement bien classée.
Tableau 5.4 : Coefficient de Gini selon les régions pour les dépenses de consommation par ménages
et par individus
Région Ménages Individus
Agadez 0,5445 0,5244
Diffa 0,3557 0,3469
Dosso 0,4352 0,4477
Maradi 0,3589 0,3526
Tahoua 0,4060 0,3983
Tillabéri 0,3663 0,3719
Zinder 0,3973 0,3845
Niamey 0,4041 0,4017
Niger 0,4376 0,4384
Le tableau 5.5 montre l’importance de l’inégalité pour les ménages dirigés par les hommes et les
ménages dirigés par les femmes. On peut retenir que les ménages dont les chefs sont de sexe féminins
(0,495) sont plus inégalitaires que les ménages dirigés par les hommes (0,432).
Le tableau5.6 montre les indices de Gini selon le niveau d’instruction du chef de ménage. L’examen
de ce tableau montre que les inégalités sont globalement les mêmes pour les ménages dont les chefs
sont sans niveau d’instruction jusqu’au primaire. Cependant les inégalités sont plus faibles entre les
ménages dont les chefs ont un niveau d’instruction supérieur ou formation professionnelle et
technique.
52
CHAPITRE 6 : Les microdéterminants de pauvreté
L’analyse descriptive permet d’établir un profil de pauvreté. Pour identifier les déterminants de la
pauvreté, il convient d’utiliser les modèles économétriques adéquats. Les résultats d’une telle analyse
permettront essentiellement de suggérer certaines politiques qui pourraient aider dans la réduction la
pauvreté. Compte tenu de la nature des données disponibles, on emploie une analyse au niveau du
ménage des déterminants micro-économiques à la fois de la pauvreté objective (comme mesurée par la
consommation) et de la pauvreté subjective (comme déclarée par le ménage). La justaposition des
déterminants de la pauvreté objective et de ceux de la pauvreté subjective est importante. Afin
d’assurer une bonne appropriation des programmes de lutte contre la pauvreté, les décideurs doivent
tenir compte de ces deux dimensions de la pauvreté.
De façon classique, tout rapport sur la pauvreté insiste sur la valeur que prennent certaines mesures de
pauvreté (FGT, Watts, etc.) et d’inégalité (Gini, Theil, etc.) selon différentes caractéristiques de la
population étudiée. Les caractéristiques les plus pertinentes pour établir un profil de pauvreté sont : le
milieu de résidence, la région de résidence, le groupe socio-économique du chef de ménage, le niveau
d’instruction du chef de ménage. Cette méthode quoi que très utile, présente des limites évidentes
lorsqu’il s’agit de distinguer les leviers sur lesquelles les décideurs devront agir pour lutter
efficacement contre la pauvreté. Le problème avec un profil de pauvreté est que, tandis qu'il fournit
l'information sur qui sont les pauvres, il ne peut pas être employé pour évaluer avec précision les
déterminants de la pauvreté. Par exemple, le fait que les ménages dans certaines zones d’habitation
présentent une probabilité de pauvreté inférieure aux ménages d’autres zones peut ne rien avoir à faire
avec les caractéristiques des zones d’habitation des ménages. Les différences dans des taux de
pauvreté entre les zones d’habitation peuvent être dues aux différences dans les caractéristiques des
ménages vivant dans les diverses zones, plutôt qu'aux différences dans les caractéristiques des zones
d’habitation elles-mêmes. Pour faire ressortir les déterminants de la pauvreté et l'impact de variations
diverses sur la probabilité d'être pauvre, les régressions sont nécessaires. Dans ce travail, nous
fournissons les résultats de telles régressions.
L’utilisation des régressions permet d’évaluer de façon efficace l’impact des diverses caractéristiques
sur la probabilité d’être pauvre. Dans la littérature, la tendance a longtemps consisté à utiliser les
modèles des variables qualitatives (probit et logit) pour étudier tant la pauvreté objective que la
pauvreté subjective. Mais, ces régressions induisent une perte de l’information disponible, notamment
pour ce qui est de la pauvreté objective. Elles supposent en effet que l'on n'observe pas la
consommation par tête du ménage (qui est une variable continue). L’utilisation de ces régressions
catégorielles sous entend que la seule information disponible c’est : le ménage est pauvre ou est non
pauvre. Il y a trois problèmes avec ces régressions. Premièrement, l'analyste détruit l'information
appropriée (la distribution de la consommation par tête). Deuxièmement, les coefficients de régression
sont plus susceptibles d’être biaisés avec des régressions catégoriques qu'avec des régressions
linéaires. Troisièmement, lorsque les régressions catégoriques sont employées, il est impossible de
prévoir le changement dans la probabilité d'être pauvres suivant un changement de la ligne de
pauvreté.
Pour comprendre les déterminants de la pauvreté, nous utilisons ici la méthode des moindres carrés
ordinaires qui a l’avantage d’être robuste aux trois lacunes évoquées précédemment. La variable
dépendante est le logarithme de la consommation par tête du ménage divisée par la ligne de pauvreté,
de sorte que 1 représente un ménage qui est au niveau de la ligne de pauvreté. Pour éviter des biais
d’hétérogénéité, des régressions séparées ont été estimées pour chacune des grands zones de résidence
du Niger que sont : Niamey, les autres villes du milieu urbain, le milieu rural. Les variables
explicatives retenues sont : (a) la taille du ménage et sa composition (nombre d’enfants, nombre
d’adolescents, nombre d’adulte hommes, nombre d’adulte femmes, nombre de vieillards), l’âge du
chef de ménage, si le chef de ménage est une femme, si le chef de famille a un conjoint ou pas ; (b) le
53
niveau d’instruction du chef de ménage et de son conjoint ; (c) la principale source de revenu du
ménage telle que retenue pour la construction de la MCS. Et le fait que le chef ou son conjoint
contribuent au revenu du ménage ; (c) la région de résidence selon les 8 régions géographiques du
Niger ; (d) l’enclavement, mesurée ici par le temps qui sépare le ménage des principales
infrastructures nécessaires pour toute activité économique et le bien être (école, route, hôpital, marché,
etc.) ; (e) le nombre de champs possédés. Les données utilisées sont celles du QUIBB de 2005. Dans
les ménages polygames, on a retenu un seul conjoint pour l’analyse. Le critère utilisé étant le fait que
le conjoint contribue au revenu du ménage et a le niveau d’instruction le plus élevé parmi les
conjoints. Au niveau du temps d’accès aux infrastructures, les données manquantes ont été remplacées
par la moyenne de la grappe. Les résultats de la régression linéaire sont présentés respectivement dans
les colonnes 1 à 3 (pour Niamey, Autre urbain et Rural).
Pour comprendre la pauvreté subjective, l’utilisation des modèles de variables qualitatives s’impose.
En effet, l’information sur la pauvreté subjective est codée sur une échelle entre 0 et 9 (9
correspondant à un ménage qui se sent le plus pauvre). Deux approches complémentaires sont alors
utilisées pour, d’une part, comprendre les déterminants de la pauvreté subjective, et d’autre part,
comparer la pauvreté subjective et la pauvreté objective. Dans un premier temps, un modèle probit
ordonné est appliqué à la position qu’un ménage se donne sur l’échelle de niveau de vie (variable
indépendante). Dans un second temps le modèle probit est utilisé afin de rendre comparable les
déterminants de la pauvreté objective et ceux de la pauvreté subjective. Comme variable indépendante
ici, une variable dichotomique est créée pour chaque cas. Pour la pauvreté objective, la variable
dichotomique correspond au statut de pauvreté du ménage. Pour la pauvreté subjective, on a essaye
d’avoir un taux le plus proche de la pauvreté objective. Ainsi, un ménage se sent pauvre lorsque sont
échelle de niveau de vie est supérieur ou égal à 6. Les variables explicatives sont les mêmes que celles
utilisées pour les MCO. Les résultats de la régression catégorique sur la pauvreté objective sont
présenté aux colonnes 4 à 6 (probit) et ceux sur la pauvreté subjective aux colonnes 7 à 9 (probit
ordonné) et 10 à 12 (probit).
Les estimations faites pour prédire la consommation par tête sont indépendantes du choix de la ligne
de pauvreté. Comme on l’a déjà expliqué, un des avantages d’utiliser des régressions linéaires est que,
lorsque les lignes de pauvreté sont spécifiques à chaque strate ou région (ce qu’elles sont d’habitude),
seule la constante et/ou les coefficients des variables géographiques dans les régressions vont changer
(ceci se fait automatiquement). Avec des régressions linéaires, il est donc possible de prédire la
pauvreté pour n’importe quelle ligne de pauvreté choisie par l’analyste, sans devoir ré-estimer le
modèle pour chaque ligne de pauvreté différente (ce qui n’est pas le cas pour des probits ou des logits
où une nouvelle régression est nécessaire chaque fois que la ligne de pauvreté change).
Ci-dessous, nous nous concentrons sur le pourcentage d’augmentation de la consommation par tête
associée avec les caractéristiques du ménage, plutôt que sur l’impact sur la pauvreté parce que cet
impact dépend de la position initiale du ménage. Par exemple, l’impact d’une meilleure éducation sur
la probabilité d’être pauvre sera plus basse pour un ménage qui est loin en dessous de la ligne de
pauvreté que pour un ménage qui est proche de la ligne de pauvreté. Le fait que nous nous
concentrons sur l’impact sur la consommation par tête entraîne aussi que les résultats pour la pauvreté
objective ne vont pas dépendre du choix de la ligne de pauvreté.
Les coefficients des modèles probits ordonnés s’interprètent comme ceux des MCO. Par contre, pour
les modèles probits, les chiffres présentés mesurent l’impact marginal de la variable sur le changement
discret de la variable latente de zéro à un (des non pauvres aux pauvres). En effet, l’ampleur des
coefficients qui résultent d’une régression probit n’a pas d’interprétation immédiate. Par conséquent,
une alternative est de présenter l’effet marginal qu’une variable donnée peut avoir sur la probabilité de
faire passer un ménage moyen du statut de pauvre au statut de non pauvre. A cet égard, une valeur de
54
0.15 pour la variable X, par exemple, signifie que en augmentant X d’une unité, la probabilité de
passer du statut de pauvre à celui de non pauvre changerait d’approximativement 15%.
La consommation par tête diminue avec la taille du ménage. Les estimations suggèrent que les
ménages avec un nombre plus grand d’enfants ont des niveaux de consommation par tête plus bas et
corrélativement une probabilité plus élevée d’être pauvres. Un enfant supplémentaire diminue la
consommation d’un montant variant entre 18 et 28 pourcent. Avec un impact plus fort dans Niamey et
dans les autres villes. L’ampleur de l’effet sur la consommation d’un adolescent supplémentaire est
presque le même à travers les zones de résidence, et est moins important que celui d’un enfants
supplémentaire (autour de 15%). Par ailleurs, un plus grand nombre d’adultes (et dans une certaine
mesure de vieillard) dans le ménage est lié à une consommation par tête moins élevée et à une
probabilité d’être non pauvre plus élevée. Ce phénomène s’explique par des déséconomies d’échelle
(i.e., la part du revenu rendu possible par la présence d’un adulte supplémentaire dans le ménage est
moindre que la part de cet adulte dans les dépenses du ménage). Sur le plan subjectif, selon les
régressions sur les mesures subjectives, la composition du ménage n’a aucun impact sur la probabilité
de se sentir pauvre.
Les résultats suggèrent que toutes choses étant égales par ailleurs, un ménage dirigé par une femme a
plus de chance d’avoir un niveau de vie inférieur à un ménage dirigé par un homme. L’écart le plus
important est enregistré dans les autres villes où le fait que le chef de ménage soit de sexe féminin
réduit le niveau de la consommation de 47 pourcent. Sur le plan de la pauvreté subjective, le sexe du
chef de ménage n’a pas d’importance. Par contre, on note un contraste entre Niamey et le milieu rural.
A Niamey, les ménages dirigés par les femmes tendent à se sentir non pauvres, tandis que les ménages
ruraux dirigés par les femmes ont une plus forte propension à se sentir pauvre.
En contrôlant pour toutes les autres variables, les ménages dont le chef est sans conjoint ont une
consommation plus élevée. Cela s’explique en partie certainement par le fait que ces chefs de ménage
célibataires ne doivent probablement pas avoir à partager leur revenu avec d’autres membres.
L’ampleur de cet effet est plus importante à Niamey (37%) que dans les autres villes (28%) et le
milieu rural (15%). Sur le plan subjectif, le fait d’avoir un conjoint ou pas ne joue pas sur la
probabilité de se sentir pauvre dans le milieu urbain (Niamey et autres villes). Par contre, dans le
milieu rural, le fait d’être sans conjoint augmente de 11% la probabilité de se sentir pauvre.
Quelle que soit la strate, les gains de la formation professionnelle et de l’éducation supérieure sont
substantiels. En effet, un ménage dont le chef a une formation professionnelle ou technique a une
consommation espérée de loin plus élevée qu’un ménage où le chef n’a aucune éducation. Il en est de
même des ménages dont le conjoint du chef a une formation professionnelle ou technique. Ceci
s’explique certainement par le fait que ces formations permettent d’accéder plus facilement au marché
de l’emploi, ce qui induit donc des niveaux de revenus importants. Le même raisonnement tient pour
ce qui est de l’enseignement supérieur. Les rendements de l’éducation supérieure sont considérables et
s’élèvent environ au double (sinon plus du double) des rendements de l’enseignement secondaire. Les
rendements des enseignements secondaire et primaire, bien que moins importants que les deux
mentionnés ci-haut sont positivement significatifs. De même, plus on est instruit, moins on se sent
pauvre. Le niveau d’éducation apparaît ainsi comme un déterminant clé à la fois de la pauvreté
objective et de la pauvreté subjective. Le comportement de la modalité enseignement supérieur dans
les régressions catégorielles s’explique par la faible taille de l’échantillon concerné.
La principale source de revenu du ménage a également un impact majeur sur la consommation par tête
et la probabilité de se sentir pauvre. La modalité de référence c’est l’administration publique. Il
apparaît que, quelle que soit la strate, les ménages dont la principale source de revenu est le salaire du
public formel, ont un niveau de vie supérieur ou égal à celui des autres. A Niamey, les ménages
vivants essentiellement de l’agriculture vivrière et de l’élevage ont un niveau de consommation
inférieur à celui des autres ménages. Dans les autres villes, les ménages tirant le gros de leur revenu de
l’élevage ont plus de chance d’être pauvre que les autres ménages. Les ménages dont la principale
source de revenu provient soit de l’agriculture vivrière soit du privé formel ont une propension à se
55
sentir plus pauvres que les autres. En milieu rural, les fonctionnaires sont les mieux nantis, les
ménages dont les sources de revenus sont autres que les salaires du public ont une plus grande
probabilité d’être pauvre. Les ménages dont le revenu provient essentiellement du privé formel, des
revenus mixtes (rentes, dividendes, etc.) et de l’informel ont une plus grande probabilité d’être pauvre,
avec des niveaux de consommation par tête qui sont à un peu plus de 40% inférieurs à ceux des
ménages vivants principalement des salaires du public. La mauvaise condition de ceux appartenant au
privé formel tient du fait qu’il s’agit essentiellement du travail non qualifié. Cela témoigne une fois de
plus de l’importance à accorder à l’éducation. En milieu rural, le faible rendement de l’agriculture
d’exportation et de l’élevage posent la question de l’encadrement des agriculteurs afin d’améliorer leur
productivité.
L’accessibilité aux infrastructures, la route et le marché notamment jouent un rôle important dans
l’accumulation de revenus et donc l’amélioration du bien être des ménages. Au Niger, l’existence et
surtout la proximité des infrastructures ne semble pas être important dans la détermination du niveau
de vie des ménages et encore moins de la pauvreté subjective. Le temps mis pour atteindre une
infrastructure est un bon indicateur d’accessibilité, car il résume à la fois la distance, et le moyen que
le ménage utilise pour y accéder. A Niamey, seul le temps mis pour atteindre la route est négativement
corrélé au niveau de vie. Dans les autres villes, seul le temps nécessaire pour atteindre l’hôpital est
négativement et significativement corrélé au niveau de vie objectif. En milieu rural, il n’y a aucune
corrélation entre l’accessibilité aux infrastructures et la pauvreté objective. Cela traduit certainement
une rareté des infrastructures, notamment des routes praticables en toute saison.
La localisation géographique est un déterminant important du niveau de vie. Dans les autres villes, on
distingue une échelle à trois niveaux. Au bas de l’échelle se trouvent les ménages de Zinder dont le
niveau de consommation par tête est inférieur (-25 pourcent) à celui des ménages du milieu de
l’échelle, soit ceux qui vivent à Maradi et Tillabéri. Les plus fortunés sont ceux des autres régions
(Diffa, Tahoua, Dosso, Agadez dans l’ordre). En milieu rural, Maradi se présente comme la région la
plus défavorisée. Les ménages des régions de Diffa, Tahoua, Agadez, Dosso, Tillabéri, Zinder (dans
l’ordre) présentent des consommations espérées les plus élevées que Maradi. Quel que soit le milieu
de résidence, la région de Diffa se présente donc comme la région dont les habitants ont une plus
faible propension à être pauvres. Un constat majeur c’est que les ménages de Maradi se considère
largement moins pauvres qu’Ils ne le sont (Figure 1). Dans une telle région, pour inciter les
populations à participer à l’effort de développement, une attention particulière devra être accordée à la
prise de conscience des difficultés existantes.
On note une forte corrélation entre la pauvreté objective et la pauvreté subjective. Pour capter cela, le
résidu de la régression linéaire a été introduit dans les régressions catégorielles de la pauvreté
subjective. On constate que le coefficient de celui-ci est fortement significatif dans toutes les
régressions. Cela traduit le fait que la probabilité de se sentir pauvre dépend du niveau de ménage du
ménage. On note aussi que cette corrélation est positive. Ainsi, plus un ménage a un niveau de
consommation par tête élevée, moins grande sera sa probabilité de se sentir pauvre.
56
Figure 1 : Différence entre pauvreté subjective et pauvreté objective selon la région
Subjectif-Objectif
50,0%
40,0%
30,0%
20,0%
10,0%
0,0%
-10,0%
-20,0%
agadez diffa/zinder dosso maradi tahoua tillaberi niamey Niger
Source: Estimations de la Banque mondiale, à partir des données du QUIBB, Niger 2005
57
Tableau 2 : Pourcentage d’augmentation marginale de la consommation par tête ou de la probabilité d’être ou de sentir pauvre due aux variables
démographiques
[Les modalités de références sont : Madari, chef de ménage masculin, chef de ménage non handicapé, le chef de ménage a un conjoint]
58
Tableau 3 : Pourcentage d’augmentation marginale de la consommation par équivalent adulte (ou sur la probabilité d’être ou de sentir pauvre) due à
l’éducation du chef de ménage ou de son conjoint
[La modalité de référence est aucune éducation]
Source: Estimations de la Banque mondiale, à partir des données du QUIBB, Niger 2005. Log EC: Log de la consommation par équivalent adulte divisée par le seuil de
pauvreté (régression linéaire, MCO). * significatif au seuil de 10%; ** significatif au seuil de 5%; *** significatif au seuil de 1%.
59
Tableau 4 : Pourcentage d’augmentation marginale de la consommation par équivalent adulte (ou sur la probabilité d’être ou de sentir pauvre) due à
la principale source de revenu et aux autres variables exogènes
[Les modalités de références sont : Le chef ne contribue pas au revenu du ménage, le conjoint ne contribue pas au revenu du ménage, public formel]
60
ANNEXES
61
Tirage de l’échantillon :
La base de sondage de l’enquête QUIBB est issue de la liste des Zones de Dénombrement
(ZD) du Recensement Général de la Population et de l’Habitat organisé en mai 2001. Avant le tirage
de l’échantillon, les ZD du département de Bilma ont été mises à part, compte tenu de la position
géographique de ce département qui se situe en plein désert nigérien et n’a pas été couvert par
l’enquête pour des raisons de coût.
L’échantillon a d’abord été stratifié en régions, ensuite chaque région stratifiée en milieu rural
et en milieu urbain à l’exception de la Communauté Urbaine de Niamey qui est composée uniquement
de milieu urbain. Dans chaque strate ainsi constituée, ont été tirées au premier degré des ZD
proportionnellement à leur nombre de ménages au RGP/H2001. Une zone de dénombrement en milieu
rural nigérien est composée d’un ou de plusieurs villages. Dans le cas où elle se composerait de
plusieurs villages, un seul de ces villages serait sélectionné pour l’enquête. Au total 335 ZD ont été
sélectionnées au niveau national. La répartition des ZD par région est fondée d’une part, sur la taille de
la région en terme de ménages et d’autre part, sur la proportion de ménages pauvres dans la région
(selon le profil de pauvreté au Niger élaboré en 1994 avec les données de l’Enquête Nationale sur le
Budget et la Consommation des ménages (ENBC) de 99/90 et 92/93).
Le milieu urbain de la région d’Agadez étant sur-échantillonné par cette méthode, la taille a été réduite
du fait que les 2 centres urbains (Arlit et Tchirozérine) sur les 3 que compte la région, sont peuplés en
majorité de travailleurs des mines ayant de comportements de consommation peu différents.
Les 335 ZD se répartissent dans les différentes régions comme suit :
Un échantillon de 20 ménages par ZD est tiré pour l’enquête. Au total 6 700 ménages ont
constitué l’échantillon de cette enquête.
10
Non comprises les ZD de la région de Bilma et leur population.
62
Tillabéri 7 49 0 56
Zinder 9 48 0 57
CUN 51 0 0 51
Ensemble 101 222 12 335
Les résultats de l’enquête QUIBB peuvent être distribués également par groupe socio-
économique du chef de ménage et par niveau de pauvreté du ménage. La taille de l’échantillon est
suffisamment grande pour obtenir un niveau de signification statistique acceptable au niveau de
chaque domaine analytique (milieu et régions).
Couverture de l’échantillon
Les ménages qui ont effectivement été enquêtés se chiffrent à 6690 au lieu de 6 700 prévus.
Cette différence est due au fait que dans toute une zone de dénombrement de la région d’Agadez, seuls
10 ménages ont été trouvés par l’équipe de collecte pour raison de mobilité des populations nomades
dans cette ZD. On note que sur les 6690 ménages enquêtés, 254 et 365 ménages ont été remplacés
respectivement pour avoir refusé l’interview et pour ne pas avoir été présents dans le ménage au
moment de l’enquête (soit 10% de remplacement) comme le montre le tableau 1.3 ci-après.
Coefficient de pondération :
Soit à estimer par exemple la consommation annuelle d’un produit de l’ensemble des ménages
ruraux sédentaires d’une strate h donnée. Soit Y cette masse.
2005
M V N
Y Y
1
1 1
Où
63
Y = consommation annuelle céréalière du ménage numéro δ du village β de la ZD numéro α
N
2005
= Nombre de ménages dans le village β de la ZD α.
V= Nombre de villages dans la ZD α.
M = Nombre de ZD dans la strate.
Les ménages échantillons sont tirés dans le village avec probabilité égale. L’estimateur de la masse de
consommation céréalière au niveau de la ZDi est donné par l’expression :
2005 n
N i2001 N ij
yijk
i
Ai= mPi où m étant la taille de l’échantillon des unités primaires dans la strate.
N i2001
Pi Probabilité de sort à chaque tirage où :
N 2001
N i2001= le nombre de ménages dans la ZD i en 2001
N 2001= le nombre de ménages dans la strate en 2001
ni= nombre de ménages enquêtés dans la ZD échantillon.
L’estimateur sans biais de la masse de consommation annuelle d’un produit dans la strate est donné
par la formule suivante :
m
1
y' y'
i 1 Ai i
2005 n
1 m N 2001 N ij
y'
i
yijk
m i 1 N ij2001 ni k 1
D’où le coefficient d’extrapolation de tout ménage échantillon k du village j tiré dans la ZDi
est donné par la formule :
2005
1 N 2001 N ij
Cijk
m N ij2001 ni
En milieu urbain, toute la ZD échantillon est dénombrée avant le tirage des ménages à
enquêter. Ainsi le coefficient de pondération sera donné par la formule ci-après :
2005
1 N 2001 N j
Cij
m N 2001
j ni
64
où m= nombre de ZD échantillon dans la strate
N2001 = nombre de ménages dans la strate en 2001
N 2001
j = nombre de ménages dans la ZD en 2001
N 2005
j = nombre de ménages enquêtés dans la ZD échantillon.
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Tableaux annexes :
66
Tableau a2 : Répartition des ménages pauvres selon le principal matériaux du mur du
logement
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Ciment/béton 1,9 0,0 0,2
Tôles en métal 0,9 0,6 0,6
Paille 0,6 25,3 22,4
100 100 100
Niamey Terre/briques en terre 31,4 31,4
Pierres 1,2 1,2
Briques cuites 1,4 1,4
Ciment/béton 19,4 19,4
Bois/bambou 3,8 3,8
Tôles en métal 0,7 0,7
Paille 41,4 41,4
Autres 0,7 0,7
100 100
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REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
1. Banque Mondiale, Rapport sur le développement dans le monde 2004, Des services pour
les
pauvres, Abrégé, Washington.
69