Unification Projet Final
Unification Projet Final
Semestre 2
Préparé par :
Kholoud Bachou
Mohamed Boughaz
1
Sommaire
Introduction
Partie 2 : La réalité, les défis et les enjeux de l’unification des règles du droit
international privé dans l’espace africain
CONCLUSION
2
Introduction
Le droit international privé est une branche de droit privé qui concerne
les relations internationales nouées entre personnes privées. Ces relations
peuvent être familiales, commerciales. La présence d’un élément
d’extranéité dans les relations privées englobe la multiplicité des ordres
juridiques susceptibles d’être appliqué à celles-ci ; or, à défaut de lois
internationales et de juridictions internationales, il convient de rechercher
les règles qui détermineront quelle est la loi qui régit ces relations privées
internationales et quel est le juge compétent pour connaître ces relations1.
1
Laurence Caroline Henry, L’essentiel du droit international privé, p :11. Gualino, Lextenso 1, Parvis de La
Défense 2020.
2
Le traité de l’UEMOA (union économique et monétaire ouest africaine) a été signé le 10 janvier 1994, et ratifié
en juin de la même année, en remplacement de l’UMOA (union monétaire ouest africaine) créée en 1962 et la
3
Ce sujet de construction de l'unité juridique, la volonté de dépasser la
diversité du droit pour imposer un seul corps de règles, est une donnée
permanente en Afrique qui se poursuit jusqu’aujourd'hui ; Il constitue ainsi
l’objet d’un large débat en raison de l’absence d’une solution efficiente,
définitive en la matière ; et provoque à ce titre une panoplie
d’interrogations dont la majeure problématique peut être soulevée comme
suit :
- Quelles sont les enjeux de l’unification du droit international privé dans
l’espace africain ?
En vue de répondre à cette problématique il serait opportun d’adopter le plan
suivant :
Partie 2 : La réalité, les défis et les enjeux de l’unification des règles du droit
international privé dans l’espace africain
CONCLUSION
CEAO (communauté économique d’Afrique de l’ouest) créée en 1973. L’UEMOA compte 8 Etats à savoir :
Benin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo.
3
La CEMAC (communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) a été créée en 1994 en
remplacement de l’ancienne UDEAC (union douanière des Etats d’Afrique centrale). Elle compte six Etats
membres qui sont : Cameroun, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale, République Centrafricaine et Tchad. Elle a
mis en place deux unions que sont l’UEAC (union économique en Afrique centrale) et l’UMAC (union
monétaire en Afrique centrale).
4
Le traité de l’OAPI (organisation africaine de la propriété intellectuelle) a été signé le 22 mars 1977 à Bangui
en Centrafrique. Les Etats membres de l’OAPI sont : Benin, Burkina Faso, Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire,
Djibouti, Gabon, Guinée (Conakry), Guinée-Bissau, Guinée Equatoriale, Mali, Niger, Mauritanie, République
Centrafricaine, Sénégal, Tchad et Togo.
5
Le traité de la CIMA (conférence interafricaine des marchés d’assurance) a été signé le 10 juillet 1992. Il
regroupe quatorze Etats : Benin, Burkina, Cameroun, Comores, Congo, Côte d’Ivoire, Guinée Equatoriale,
Gabon, Mali, Niger, République Centrafricaine, Sénégal, Tchad et Togo.
6
Le traité OHADA (organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires) a été signé le 17 octobre
1993 à Port Louis (Ile Maurice) et a pris effet le 18 septembre 1995. Il compte jusqu’à ce jour 17 Etats membres
: Benin, Burkina Faso, Cameroun, Congo (Brazzaville), Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée
Equatoriale, La république démocratique du Congo, Mali, Niger, République Centrafricaine, Sénégal, Tchad,
Togo et Union des Comores. La république démocratique du Congo n’a pas encore achevé son adhésion.
4
Partie 1 : La notion de l’unification de droit :
Le terme « unification », dérive des mots latins unus qui signifie «un» et
facere qui veut dire «faire», elle se présente comme l’action de rendre
semblables plusieurs éléments rassemblés pour former un tout unique. De
ce fait, l’unification consiste à instaurer, dans une matière juridique donnée,
une réglementation détaillée et identique en tous points pour tous les États
membres tout en leur laissant le choix de la modalité de mise en œuvre des
normes communes. En conséquence, l’unification vise une unité législative
de second degré enchâssée dans un support souple. Par ailleurs,
l’unification peut être présentée dans un double sens ; tantôt comme un
processus, c’est l’unification-processus ; tantôt comme un résultat, c’est
l’unification-résultat. La première se manifeste dans l’élaboration par le
législateur d’un texte au contenu unificateur. Après l’adoption du texte
unifié, le processus se poursuit et s’achève devant les organes chargés de
l’interpréter et de l’appliquer et de le concrétiser. Lorsqu’à l’issue de cette
phase de confrontation de l’unité législative de départ aux réalités
humaines, survit cette unité perceptible dans une certaine uniformité de
sens normatif, il y a lieu de parler d’unification-résultat. Dans ce cas précis,
le distinguo entre unification et uniformisation prend tout son sens8.
7
Innocent Fetze KAMDEM, « Harmonisation, unification et uniformisation. Plaidoyer pour un discours affiné
sur les moyens d’intégration juridique », [Consulté le :25.03.2023]. Disponible sur :
https://ssl.editionsthemis.com/uploaded/revue/article/17965_kamdem.pdf
8
Ibid., p :618.
5
L’uniformisation, située dans un cran plus haut que l’unification, est
composée des mots latins unus qui signifie «un» et forma qui veut dire
«forme», l’uniformisation consiste à donner la même forme à un ensemble
d’éléments «dont toutes les parties se ressemblent entre elles». Elle
consiste que, pour une matière précise, soit minutieusement élaboré un
cadre normatif (unité de second degré) contenu dans un instrument unique
; les parties prenantes adhèrent à cet effet sans pouvoir n’y déroger ni sur le
fond, ni sur la forme. Sur le plan pratique, l’uniformisation suppose par
exemple que les États impliqués dans une intégration se dotent d’un corps
de normes uniformes et détaillées contenu dans un instrument unique.
Cette communauté de support à tous les intervenants à une intégration
juridique qui fait la particularité de l’uniformisation et la différencie de
l’unification9.
9
Ibid., p :619.
10
Idem.
11
Ibid., p :617.
6
Grosso modo, les moyens d’harmonisation, d’unification et
d’uniformisation diffèrent principalement en deux points. Le premier réside
dans le degré de similitude du contenu législatif ou réglementaire qu’ils
produisent. Le second se trouve dans le support de mise en œuvre du
résultat d’une entreprise d’intégration juridique12.
D’après ce qui est démontré, force est de constater que chacun des
moyens d’harmonisation, d’unification ou d’uniformisation a une
signification particulière. L’option des états prenantes pour l’une ou l’autre
12
Ibid., p :620.
13
Idem.
14
Ibid., p :622.
15
Idem.
7
dépendra des conditions qui prévalent dans les divers États parties à
l’intégration juridique16.
Les concepts ainsi clarifiés demandent encore à être établis dans les
pratiques d’intégration juridique. Sans nous y confiner, certains textes
élaborés sous les auspices de la CNUDCI17, de l’OHADA18, de la NCCUL19,
révèlent un usage inapproprié des concepts d’harmonisation, d’unification
et d’uniformisation20.
Aux fins de notre propos, nous nous en tiendrons ici à l’unification que
vise en principe la Convention des Nations Unies sur les contrats de vente
internationale de marchandises (ci-après « CVIM 21») cette unification
semble en pratique atténuée ; d’une part, cette convention porte certes sur
la vente internationale de marchandises. Cependant, ses auteurs se sont
abstenus d’y traiter de la validité du contrat et de ses clauses, de la validité
des usages ainsi que des effets que le contrat peut avoir sur la propriété des
marchandises vendues. D’autre part, la CVIM permet notamment aux États
parties de n’y souscrire que partiellement en formulant des réserves. Aussi,
plusieurs États se sont déjà prévalus de cette opportunité. Qui pis est, il est
permis à certains États d’en soumettre l’application au respect par les
parties contractantes de la forme écrite du contrat de vente. Une distorsion
supplémentaire qui concourt à entamer l’unité législative de la CVIM, en
dénaturant ipso facto l’unification souhaitée. Par conséquent, la CVIM se
situe plutôt dans le cadre d’une harmonisation22.
16
Ibid., p :623.
17
CNUDCI : La Commission des Nations unies pour le droit commercial international a été créée par
l'Assemblée générale des Nations unies par sa résolution 2205 du 7 décembre 1966 pour promouvoir
l'harmonisation et l'unification progressives du droit commercial international.
18
OHADA : L'Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires (en abrégé OHADA) est
une organisation intergouvernementale d'intégration juridique. Instituée par le traité du 17 octobre 1993 signé
à Port-Louis, tel que révisé le 17 octobre 2008 à Québec, cette organisation regroupe à ce jour 17 pays africains
et reste ouverte à tout État membre de l'Union africaine, voire à tout État non membre de l'Union africaine qui
serait invité à y adhérer du commun accord des États membres.
19
NCCUL :
20
Innocent Fetze KAMDEM, op. cit., p :624.
21
CVIM : La Convention des Nations unies sur les contrats de vente internationale de marchandises est un traité
international proposant un droit international des contrats de vente, qui a été ratifiée par 89 pays qui représentent
plus des trois-quarts des échanges internationaux.
22
Innocent Fetze KAMDEM, op. cit., p :624.
8
différents États fédérés crée le flou qui, a priori, règne autour du moyen
qu’il promeut. Le professeur Rosett soulignait à ce propos « qu’en dépit du
procédé de mise en œuvre des lois qui, non seulement varie d’un État à un
autre, mais aussi évolue à des vitesses différentes, le processus
d’harmonisation est bien enclenché dans plusieurs États où, en général, le
niveau d’indépendance du législateur est très élevé. Tout ceci aboutit à un
degré d’identité considérable sans uniformité ». Aussi, contrairement à ce
que suggère sa dénomination, le Uniform Commercial Code ne recherche
guère une uniformisation. En effet, dès sa conception, il fut convenu que son
adoption se ferait sous la forme choisie par chacun des États américains
auxquels le Congrès a abandonné sa compétence en matière commerciale. À
l’origine, il ne s’agissait donc que d’une unification que les législatures
fédérées ont transformée au moyen d’adaptations de fond et autres
atermoiements. En conséquence, le UCC ne participe ni d’une
uniformisation, ni d’une unification. Il véhicule seulement une
harmonisation juridique23.
23
Innocent Fetze KAMDEM, ibid., p :627.
24
Innocent Fetze KAMDEM, ibid., pp :626,627.
9
Chapitre 2 : Les moyens de l’unification de droit :
« Est nul tout traité qui, au moment de sa conclusion, est en conflit avec une
norme impérative du droit international général. Aux fins de la présente
Convention, une norme impérative du droit international général est une
norme acceptée et reconnue par la communauté internationale des États
dans son ensemble en tant que norme à laquelle aucune dérogation n’est
permise et qui ne peut être modifiée que par une nouvelle norme du droit
international général ayant le même caractère. 25»
25
Michel PAQUETT, « La mondialisation des règles de droit : coercition ou liberté ? » : Conférence des juristes
de l’état. *Consulté le :29.03.2023]. Disponible sur : https://www.conferencedesjuristes.gouv.qc.ca/wp-
content/uploads/atelier3-lamondialisationdesreglesdedroit.pdf
26
Ibid., p :192.
10
la lune et les corps célestes ainsi que des conventions internationales dans
le domaine de la protection des droits de l’homme27.
Cette dernière méthode est illustrée par la Convention des Nations Unies
sur les contrats de vente internationale de marchandises. En effet, le
paragraphe 1 de l’article premier de la Convention prévoit ce qui suit :
27
Idem.
28
Idem.
29
Ibid., p :193.
30
Idem.
11
Communauté économique européenne prévoit, à l’article 189, la possibilité
de créer, par voie de règlement, un droit communautaire uniforme,
directement applicable ou, en d’autres termes, qui se substitue aux lois
nationales applicables en l’espèce31.
31
Ibid., p :195.
32
Idem.
12
Partie 2 la réalité les défis et les enjeux des règles du droit international privé
dans l’espace africain
Dans cette deuxième partie, nous allons évoquer lors du premier chapitre la
réalité de l’unification des règles du droit international privé dans l’espace
africain et le deuxième chapitre sera consacré aux défis et aux enjeux de
l’unification des règles du droit international privé dans l’espace africain
L’idée est donc bien ancrer que l’uniformisation des règles de fond entre
plusieurs Etats conduit nécessairement à l’abolition, à l’élimination ou à la
suppression des conflits de lois, objet principal du droit international privé. La
réalité est que « l’objet du droit uniforme est, en effet, de supprimer la
33
Position de l’institut de droit international privé rapportée par Antonio MALINTOPPI dans son article intitulé
« les rapports entre droit uniforme et droit international privé », Rec. Acad.La Haye, 1965, III, p.4 et s.
34
Thèse dirigée par M. Denis POHE, Maître de Conférences, H.D.R., Soutenue le 17 décembre 2013 page 1
13
diversité des lois et d’exclure leurs conflits. Mais la diversité des lois est une
richesse ou une malédiction qui frappe notre monde juridique depuis la tour de
Babel .
par chemin de fer a estimé que ce droit uniforme « constitue une législation
commune aux pays signataires et supprime donc les conflits de lois entre ces
pays.». Toute œuvre ou politique d’uniformisation poursuit explicitement ou
implicitement l’élimination des problèmes de droit international privé, suscités
par la diversité des lois. Malheureusement, quel que soit le degré de
l’uniformisation, les règles uniformes se révèlent inaptes à atteindre le but de
la suppression de la diversité des lois qui est inhérente à la vie en société. Des
exigences peuvent empêcher au départ que l’acte d’uniformisation soit total
ou parfait. De même l’uniformisation originelle, si par extraordinaire elle a pu
se réaliser, s’effrite, se modifie par la suite lors de son application, notamment
par les disparités d’interprétation par les tribunaux ou par la doctrine
(enseignant de droit).
35
Il naquit à Paris le 16 février 1905 d’une famille d’universitaires catholiques. Son père, Louis Batiffol,
chartiste et historien de Louis XIII, était administrateur de la bibliothèque de l’Arsenal. Son oncle, Mgr
Pierre Batiffol, était un historien et un théologien qui fut impliqué au début du siècle dans la crise
moderniste. Bien qu’il eût combattu les thèses de Loisy, excommunié en 1908, un de ses ouvrages,
sur l’eucharistie, fut mis à l’index en 1907 par le pape Pie X. Ce milieu familial a pu expliquer
l’attirance d’Henri Batiffol pour l’histoire et la philosophie (il fut lauréat du concours général de
philosophie) et, plus tard dans ses écrits, son attachement à la tradition coutumière judéo-chrétienne,
en même temps que sa recherche, toute thomiste, du bien commun dans l’interprétation du droit
positif.
14
L’attraction des investissements occupant une place de choix dans les
objectifs économiques, il importe de rappeler que « tout opérateur dont le
champ d’action est régional n’est pas seulement intéressé à l’uniformisation de
la règle en la matière impuissante à résoudre par elle-même les problèmes
spécifiques posés par l’extranéité.36 Compte tenu de l’imbrication
géographique de ses intérêts et de ses activités, il est nécessairement attentif
aux aspects transnationaux de la règle de droit notamment la recevabilité des
actions, la compétence des officiers ministériels, la publication et l’opposabilité
des décisions de justice, la force exécutoire dont l’efficience peut être
géographiquement limitée par le simple effet mécanique du principe de
souveraineté nationale, quelle que soit par ailleurs l’uniformisation du droit
positif » Le droit international privé se présente alors comme un allié
indispensable du droit uniforme dans la poursuite des objectifs économiques
dans le cadre communautaire. .
Pour saisir ce qu’est le droit uniforme africain, il faut partir de l’origine des
mouvements d’intégration juridique en Afrique, notamment au sein des Etats
francophones subsahariens. Réalité apparue timidement, aux lendemains des
indépendances, dans le cadre d’organisations sous régionales à vocation
purement économique , aujourd’hui la production d’une loi n’ayant de titre à
s’appliquer qu’en s’appuyant sur un ordre juridique précis, par diversité des lois
nous visons la diversité d’ordres juridiques.
36
L'élément d'extranéité est nécessaire pour invoquer le droit international privé. Il peut s'agir
de la nationalité d'une personne, du lieu de conclusion d'un contrat, de son lieu d'exécution
ou de son contenu même. Il justifie l'application simultanée de plusieurs lois et peut donc
engendrer un conflit de lois.
15
Le constat final à propos du contexte législatif africain avant l’OHADA est
qu’il y avait une véritable insécurité juridique pour quiconque aurait voulu
connaitre la législation applicable dans l’un de ces pays et à plus forte raison
dans l’ensemble des pays concernés. Eparpillement des textes, législations
disparates et inadaptées, vétusté et archaïsme des textes : tels sont les maux
qui caractérisaient les législations d’Afrique à la veille de l’OHADA.
37
La Conférence interafricaine des marchés d'assurance (CIMA) est un organisme communautaire du
secteur des assurances.
38
L'Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) est un organisme
intergouvernemental regroupant dix-sept États africains, chargé de protéger de manière uniforme
les droits de propriété intellectuelle sur les territoires de ces États, notamment par la délivrance
de titres de protection des droits de propriété industrielle en tant qu'office des brevets.
16
de même des traités d’intégration juridique stricto sensu. Certains, la CIMA et
l’OAPI notamment, répondent à des objectifs économiques par secteurs
d’activités (assurance pour la CIMA, propriété littéraire et industrielle pour
l’OAPI) tandis que d’autres (l’OHADA en l’occurrence) ont un objectif
comparable à celui des traités d’intégration économique.
17
tiers. Toutefois, notre objectif étant de démontrer l’importance du droit
international privé au cœur du droit uniforme africain, nous nous placerons
principalement sur le terrain des rapports intracommunautaires.
18
d’origine communautaire soit pour en apprécier l’opportunité, les mérites et
les avantages pour les justiciables, soit au contraire pour l’analyser dans sa
conception ou dans son application afin d’en dégager les lacunes et les
insuffisances. Quoique pouvant s’inscrire dans l’un ou l’autre de ces axes
d’étude, l’analyse du droit uniforme africain sous l’angle du droit international
privé, a été peu ou insuffisamment abordée dans la doctrine, pourtant
abondante, sur le droit uniforme africain. Les difficultés suscitées par le
maniement d’une discipline telle que le droit international privé dans un
espace communautaire ou dans un ordre juridique communautaire ont été
suffisamment abordées en droit européen
19
Section 3- le droit communautaire africain
41A. SALL, La justice de l’intégration. Réflexion sur les institutions judiciaires de la CEDEAO et de l’UEMOA,
Dakar, éd. CREDILLA, 2011, p. 77
20
dans la sous-région ouest-africaine. Les Universités tout comme les Instituts
d’enseignement servent rarement de tremplin pour une meilleure diffusion des
normes de l’intégration 9. Le droit communautaire ouest-africain reste à cet
égard, mal connu par les populations autant que pour les étudiants et les
professionnels de justice. Assez souvent en Afrique, l’esprit intégrateur
intéresse moins le corps social pour être à l’apanage des administrations
publiques et des dirigeants politiques. A ce propos, le professeur E. Cerexhe,
constatant la faible connaissance des normes communautaires par les citoyens
ouest-africains, affirme : « Une des faiblesses des phénomènes d’intégration
*en Afrique+ c’est leur peu de perception par les citoyens. Or, un phénomène
d’intégration ne peut réussir que s’il a un enracinement populaire et un
ancrage dans les milieux professionnels » . 42
21
pris dans des domaines dans lesquels la communauté ne dispose pas de
compétence normative …
L’intérêt de leur analyse réside dès lors dans le traitement que leur réserve
le législateur supranational. En prenant donc pour champ d’investigation
l’espace même du droit uniforme africain, les intérêts qu’il y a à étudier les
interactions entre les règles uniformes et le droit international privé peuvent
être situés à un tas de niveaux. Le premier groupe d’intérêts s’observe au plan
de la divulgation du droit uniforme africain, de son enseignement de même
43
Le Droit issu de l'Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA)
découle principalement des Actes uniformes pris par le Conseil des Ministres dans différentes
matières. Ils instaurent une législation commune aux États-membres et régissent les matières
identifiées comme faisant partie du « droit des affaires ».
Les Actes uniformes issus de l'OHADA sont directement applicables et obligatoires dans les États-
membres, nonobstant toute disposition contraire de droit interne, antérieure ou postérieure.
22
que son application par les juridictions ou sa mise en œuvre par les praticiens.
L’attention des législateurs supranationaux principalement mais aussi celle de
l’ensemble des praticiens du droit et des justiciables sur la nécessité de tenir
compte des aspects de droit international privé dans la conception et la mise
en œuvre du droit uniforme africain. le champ d’application spatial du droit
uniforme africain se révèle complexe et hétérogène.
44
https://www.ahjucaf.org/ohada-cour-commune -
À l’instar d’autres pays du monde qui ont entrepris des regroupements politiques et/ou économiques
pour faire face à la mondialisation des réalités économiques, des États de la Zone Franc CFA, rejoints
par les Comores la Guinée et la République démocratique du Congo, ont décidé d’harmoniser leur
droit des affaires pour offrir aux opérateurs économiques, étrangers et locaux, une législation moderne,
adaptée aux nouveaux défis de l’économie. Ils ont pour ce faire créé par le Traité de Port-Louis du 17
octobre 1993 (révisé le 17 octobre 2008 à Québec, Canada), l’Organisation pour l’harmonisation en
23
En effet, le droit uniforme africain (droit OHADA en particulier) accorde
une large place à l’arbitrage dans le règlement du contentieux relevant du
domaine des règles uniformes. Or l’arbitrage (international) exerce non
seulement une certaine influence sur la compétence des juridictions étatiques
mais aussi, et à l’image de celles-ci, il pose le problème de la reconnaissance et
de l’exécution des sentences dans l’ordre communautaire. L’extension de
l’objet du droit international privé à la condition des étrangers et la nationalité
se justifie par le fait qu’elles suscitent, à l’instar des conflits de lois et des
conflits de juridictions, des difficultés d’ordre international qui intéressent les
relations de droit privé. « [la condition des étrangers] sert à déterminer les
prérogatives dont peuvent bénéficier les étrangers sur *… le+ territoire *d’un
Etat dont ils ne sont pas les nationaux] » à savoir le droit d’entrée et de séjour,
le droit de vote et d’exercice des mandats électifs, le droit de propriété, le droit
de faire du commerce. En général, la condition de l’étranger quant à l’exercice
de ces droits est subordonnée à la réciprocité, faute de quoi l’étranger fait
l’objet de nombreuses restrictions.
Afrique du droit des affaires (OHADA). L’OHADA comprend actuellement 17 États Parties : le
Bénin, le Burkina-Faso, le Cameroun, la Centrafrique, la Côte d'Ivoire, le Congo, les Comores, le
Gabon, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Guinée-Equatoriale, le Mali, le Niger, la République
démocratique du Congo, le Sénégal, le Tchad et le Togo.
Le système juridique et judiciaire de l’OHADA vise à garantir la sécurité juridique des affaires en
adoptant un droit commun des affaires dont l’interprétation est confiée à une seule instance
juridictionnelle, la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA).
La CCJA est l’institution juridictionnelle de l’organisation. Installée depuis 1998, elle assure une
cohérence dans l’interprétation et l’application des actes uniformes. Ses premières décisions ont été
rendues en 2001.
45
http://www.uemoa.int/fr/presentation-de-l-uemoa
Créée le 10 janvier 1994 à Dakar, l’Union économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) a pour objectif
essentiel, l’édification, en Afrique de l’Ouest, d’un espace économique harmonisé et intégré, au sein duquel est
assurée une totale liberté de circulation des personnes, des capitaux, des biens, des services et des facteurs de
24
En tant que communauté de droit, à l’image de l’État fédéral, la constitution de
l’organisation communautaire esquisse les trois pouvoirs constitutionnels
classiques d’un État de droit, à savoir le législatif, le judiciaire et l’exécutif avec
cette nuance notable, qu’est le Conseil des Ministres qui est censé représenter
l’exécutif qui exerce l’essentiel du pouvoir normatif.
S’agissant du pouvoir judiciaire, qui englobe les juridictions
communautaires en l’occurrence la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage de
l’OHADA et la Cour de justice de l’UEMOA et les juridictions nationales des
États membres jugés de droit commun dans l’espace intégré, il va assurer
l’application et l’interprétation uniformes des normes communautaires.
Ainsi, les droits communautaires de l’UEMOA et de l’OHADA partagent les
mêmes caractères étudiés en supra, ce qui justifie que ces deux normes sont
d’égale valeur devant les Cours de justice, ce qui entraînera des risques de
conflits au cas où les deux normes s’appliqueraient à une même matière.46
C’est dans cette saisine des deux Hautes juridictions que les risques de conflits
sont perceptibles, car l’UEMOA et l’OHADA, couvrent des domaines d’activités
similaires.
Les normes juridiques sécrétées par les deux organisations sont
nombreuses et couvrent des matières diverses tel que le droit des affaires, le
droit économique et le droit de l’entreprise
L’application et l’interprétation de ces normes sont soit du ressort des
juridictions qui sont considérées comme des juridictions de droit commun en
matière communautaire soit, par la Cour de Justice de l’UEMOA 47ou la Cour
Commune de Justice et d’Arbitrage de l’OHADA.
production, ainsi que la jouissance effective du droit d’exercice et d’établissement pour les professions libérales,
de résidence pour les citoyens sur l’ensemble du territoire communautaire.
Huit Etats côtiers et sahéliens, liés par l’usage d’une monnaie commune, le FCFA et bénéficiant de traditions
culturelles communes, composent l’UEMOA : le Bénin, le Burkina, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le
Niger, le Sénégal et le Togo. L’UEMOA couvre une superficie de 3 506 126 km2 et compte 123,6 millions
d’habitants. Le taux de croissance du PIB, à prix constant, est de 6,1% en 2019. (Source: INS/C. UEMOA : RSM
juin 2020)
L’UEMOA est représentée par un logo symbolisant la croissance, l’union, la solidarité et la complémentarité entre
les Etats côtiers et les Etats sahéliens
46
M. KIRSCH, « Historique de l’OHADA », Recueil Penant, n°827, 1998, p. 129 et s.
47
La Cour de Justice veille à l'interprétation uniforme du droit communautaire et à son
application et juge, notamment, les manquements des Etats à leurs "obligations
communautaires" .Elle arbitre les conflits entre les Etats membres ou entre l'Union et ses
25
Ces deux Cours du fait de leur compétence d’attribution sont de véritables
juridictions constitutionnelles.
Chargées d’assurer le respect du droit dans l’interprétation et dans
l’application des traités UEMOA et OHADA, les deux Cours de justice doivent
contribuer dans cette mission au développement du processus d’intégration,
afin de permettre l’atteinte des objectifs.
Les spécialistes du droit communautaire tiennent dans leur grande
majorité, à mettre en avant le rôle de la jurisprudence des Hautes juridictions
communautaires en tant que facteur d’intégration de premier degré.
Les Hautes cours de justice de l’UEMOA et de l’OHADA doivent jouer un
rôle important dans la contribution à la mise en évidence et au développement
de l’ordre juridique communautaire.
Dans le cadre du droit communautaire européen, la Cour de justice a joué
un rôle prépondérant.
agents, Elle est composée de juges, un par État, nommés pour un mandat de six ans
renouvelable, Elle siège à Ouagadougou au Burkina Faso.
26
quatre langues de travail – il serait souhaitable de compléter cette nouvelle
rédaction en posant deux règles : – avant traduction dans les autres langues,
les documents publiés en français produisent tous leurs effets. – en cas de
divergence entre les différentes traductions, seule fait foi la version publiée
dans la langue originelle de l’OHADA.
48
J. LOHOUES-OBLE, « L’apparition d’un droit international des affaires en Afrique », Revue internationale de
droit comparé, 1999, p.543. À ce propos, le Professeur Gérard Farjat parle de « refondation sociale », voir G.
FARJAT, « Les pouvoirs privés économiques », in Mélanges offerts à Philippe Kahn, Litec, Paris, 2000, p.622.
27
droit …) et que les Etats adoptent les lois pénales relatives aux sanctions des
infractions portées par les Actes uniformes (article 5, alinéa 2 du Traité).
49
J. ISSA-SAYEGH, « Aspects techniques de l’intégration juridique des États africains de zone franc »,
communication à la session de formation du CFJ de Dakar du 27 au 30 avril 1998, sur le thème : « L’OHADA, un
droit régional en gestation ».
50
J.-P. RAYNAL, « Intégration et souveraineté : le problème de la constitutionnalité du traité OHADA », Recueil
Penant, 2000, p. 5-22. Cf. Cour constitutionnelle du Sénégal, arrêt n° 3/C93 du 16 décembre 1996 ; le Président
de la Cour a motivé sa décision en rappelant que « le Sénégal ne ménagera aucun effort pour la réalisation de
l’objectif d’intégration ».
29
pourra faire école que s’il est enseigné au-delà des frontières de l’espace
OHADA, notamment par la création d’enseignements de droit comparé avec
le droit de Common law, autre espace juridique d’envergure, tout cela
préparant à une fusion ou un rapprochement entre ces deux systèmes à
plus ou moins long terme. En effet, pour coopérer et faire des affaires
ensemble, les Etats de l’espace OHADA doivent connaître le droit des autres
Etats africains, souvent inspiré du droit de Common law et ces derniers
doivent s’imprégner du droit OHADA. C’est dire toute l’importance qu’il faut
accorder au droit comparé.
30
Conclusion
En définitive, Cette étude nous aura permis de faire une synthèse sur
la question de l'uniformisation ou plus particulièrement de l'unification du
droit, de l'harmonisation des droits ou de tout autre terme équivalent, tel le
rapprochement des législations. Ainsi, avons-nous établi que le distinguo entre
ces notions ne tient pas de leur nature mais procède au contraire du degré
d'uniformisation qu'elles réalisent. Cela dit, même si l'on a préféré
l'harmonisation des droits dans le cadre de I'OHADA au rapprochement des
Législations prôné dans la Communauté Économique Européenne, l'objectif est
resté le même : l'uniformisation. Mais il reste un départ fondamental dans les
démarches. La première? c'est-à-dire l'approche européenne, a permis de
choisir des instruments impliquant très souvent l'intervention des États à
l’occasion de l'introduction du droit communautaire dans leurs droits internes.
Autrement dit, il est permis aux États de procéder à des "retouches" des
règles arrêtées en commun pour assurer leur insertion dans les ordres internes.
L'inconvénient en cela est sans doute les distorsions que peuvent provoquer
ces "retouches". Mais comme on l'a vu, la jurisprudence a su plus ou moins les
obvier. Tout compte fait, la CÉE a l'avantage d'être restée assez fidèle à son
choix qui est de rapprocher les législations. En Afrique, les États membres de
I'OHADA ont choisi l'adoption d'Actes uniformes directement applicables dans
leurs législations internes. Ici, l'on n'a plus besoin desdites "retouches". 51
51
A. SERGE KABLAN L'UNIFORMISATION RÉGIoNALE DU DROIT : PROCESSUS COMPARÉS ET PRO JET
DE L'OHADA EN TRANSPORT ROUTIER
31
Références bibliographiques
I - OUVRAGES GÉNÉRAUX
ANCEL (B.) & LEQUETTE (Y.), Grands Arrêts de la jurisprudence française de Droit
International Privé, DALLOZ, 3e édition.
BATIFFOL (H.) & LAGARDE (P.), Droit International Privé tome 1, 8e édition.
-Laurence Caroline Henry, L’essentiel du droit international privé, p :11. Gualino, Lextenso 1, Parvis
de La Défense 2020.
II - OUVRAGES SPÉCIALISÉS
AKUETE (P. S.) Foe (J.Y.), Droit commercial Général collection droit uniforme Africain
(OHADA) Bruyant Bruxelles 2002.
ANOUKAHA (F.) & Dieudonné (A. T.J.), Les procédures simplifiées de recouvrement
des créances et les voies d’exécutions OHADA, collection Droit Uniforme, PUA
Yaoundé, 1998.
DIOP (C.A.), Les Fondements Economiques et Culturels d’un État Fédéral Africain
édition présence africaine Paris 1974.
III - THÈSES
32
ALBERTON (G), Les interactions normatives entre Droit Communautaire et le Droit
Français, l’exemple caractéristique de l’accès des ressortissants communautaire à la
fonction publique Française, Thèse Montpellier, 1985.
DE ROQUE FEVEILLE (A.), Marché Commun Centre Américain (MCCA), crise régionale
et Perspective d’intégration économique, Paris 1992.
DEH (F.), Coopération Monétaire au sein de la Zone Franc face aux crises du FF, Paris
1986.
DEMBELE (Y), L’Intégration Monétaire des Economies Ouest Africaines les exemples
de CEAO et de CDEAO. Université Cheikh Anta DIOP Faculté des Sciences
Economiques Août 1984.
MON KONTAN (J. B. K.), Information et Intégration Africaine, Quel rôle pour une
agence continentale, Université Cheikh Anta DIOP 1993.
OBEN ABIE (M.), Charte Africaine des Droits de l’homme, des peuples et de
l’Intégration Régionale Université Cheikh Anta DIOP 20 Novembre 1998.
IV - MÉMOIRES
BA (E. H.) Diolgué, Le contentieux des actes uniformes devant le juge et l’arbitre.
Mémoire DEA Saint Louis, UGB 2000
NIANE (A.), L’arbitrage commercial international, mémoire DEA Saint Lois, UGB1999
SISSOKHO (O.), Le droit pénal des Affaires à l’épreuve du traité et les actes
uniformes de l’OHADA, mémoire DEA, Saint Louis, UGB 2000
V - REVUES ET JOURNAUX
- Revue Sénégalaise des entreprises, 1er semestre 1998 spécial UEMOA : le Traité de
l’avenir
33
CEDEAO Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest
VIII-Sites web :
-https://ssl.editionsthemis.com/uploaded/revue/article/17965_kamdem.pdf
-https://www.conferencedesjuristes.gouv.qc.ca/wp-content/uploads/atelier3-
lamondialisationdesreglesdedroit.pdf
IX-Conférence :
Michel PAQUETT, « La mondialisation des règles de droit : coercition ou liberté ? » : Conférence des
juristes de l’état, pp :179-208.
34
Tables des matières
Introduction………………………………………………………………………………………………………………………… 3
Partie 2 la réalité les défis et les enjeux des règles du droit international privé dans l’espace
africain………………………………………………………………………………………………………………………………. 13
Chapitre 1 –la réalité de l’unification des règles du droit international privé dans l’espace
africain………………………………………………………………………………………………………………………………..13
Section 1- la réalité et les défis de l’unification des règles du droit international privé dans
l’espace africain…………………………………………………………………………………………………………………..13
Chapitre 2- Les défis et les enjeux de l’unification des règles du droit international privé dans
l’espace africain…………………………………………………………………………………………………………………..24
Conclusion…………………………………………………………………………………………………………………………. 31
Reference bibliographique…………………………………………………………………………………………………. 32
35