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Unification Projet Final

Ce document traite de la notion d'unification du droit international privé dans l'espace africain. Il présente la définition de l'unification des règles de droit et les moyens pour y parvenir, puis aborde la réalité, les défis et les enjeux de l'unification du droit international privé en Afrique.

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Unification Projet Final

Ce document traite de la notion d'unification du droit international privé dans l'espace africain. Il présente la définition de l'unification des règles de droit et les moyens pour y parvenir, puis aborde la réalité, les défis et les enjeux de l'unification du droit international privé en Afrique.

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Master : Droit Privé Comparé

Espace Afrique Francophone et Commonwealth

Module : Droit international privé comparé

Semestre 2

Sous la direction du Professeur :

Pr. Bouchra Jdaini

Enjeux de l’unification du Droit


international privé dans l’espace
africain

Préparé par :

Kholoud Bachou

Mohamed Boughaz

Année universitaire : 2022-2023

1
Sommaire
Introduction

Partie 1 : La notion de l’unification des règles de droit

Chapitre 1 : La définition de l’unification des règles de droit

Chapitre 2 : Les moyens de l’unification des règles de droit

Partie 2 : La réalité, les défis et les enjeux de l’unification des règles du droit
international privé dans l’espace africain

Chapitre 1 : La réalité de l’unification du droit international privé dans


l’espace africain

Chapitre 2 : les défis et les enjeux de l’unification du droit international privé


dans l’espace africain

CONCLUSION

2
Introduction

Le droit international privé est une branche de droit privé qui concerne
les relations internationales nouées entre personnes privées. Ces relations
peuvent être familiales, commerciales. La présence d’un élément
d’extranéité dans les relations privées englobe la multiplicité des ordres
juridiques susceptibles d’être appliqué à celles-ci ; or, à défaut de lois
internationales et de juridictions internationales, il convient de rechercher
les règles qui détermineront quelle est la loi qui régit ces relations privées
internationales et quel est le juge compétent pour connaître ces relations1.

Ainsi le droit international privé semble avoir pour principaux objets la


résolution des conflits de lois, de juridictions, la nationalité, ainsi que la
détermination des conditions des étrangers sur les différents territoires.
Par ailleurs, chaque état dispose de son propre droit international privé,
chose qui créé plusieurs défis et un véritable obstacle devant l’évolution et
l’amélioration des liens politiques, économiques et autres entre les divers
états surtout dans un contexte d’universalisation et de globalisation
croissante ou les systèmes nationaux ont démontré leurs insuffisances et
leurs minorités face à la société internationale ; à ce titre l’unification des
multiples arsenaux juridiques en matière de droit international privé
semble une nécessité de plus en plus criante spécifiquement dans le milieu
africain qui se caractérise par la diversité des régimes juridiques naissante
de leurs origines colonisatrices multiples et reposant sur une variété de
principes, en parallèle le continent africain se caractérise par sa richesse ce
qui fait de l'unification du droit international privé un enjeu important
pour l'espace africain. Elle peut offrir des avantages considérables pour les
pays constituants, manifestés principalement dans le renforcement de la
sécurité juridique et l’encouragement du commerce et des investissements
transfrontaliers.

Ce défi de l’uniformisation du droit international privé en Afrique semble


le souci majeur de plusieurs organisations l’UEMOA2 en Afrique de l’ouest,
la CEMAC3 en Afrique centrale, l’OAPI4, CIMA5 ainsi que l’OHADA6.

1
Laurence Caroline Henry, L’essentiel du droit international privé, p :11. Gualino, Lextenso 1, Parvis de La
Défense 2020.
2
Le traité de l’UEMOA (union économique et monétaire ouest africaine) a été signé le 10 janvier 1994, et ratifié
en juin de la même année, en remplacement de l’UMOA (union monétaire ouest africaine) créée en 1962 et la

3
Ce sujet de construction de l'unité juridique, la volonté de dépasser la
diversité du droit pour imposer un seul corps de règles, est une donnée
permanente en Afrique qui se poursuit jusqu’aujourd'hui ; Il constitue ainsi
l’objet d’un large débat en raison de l’absence d’une solution efficiente,
définitive en la matière ; et provoque à ce titre une panoplie
d’interrogations dont la majeure problématique peut être soulevée comme
suit :
- Quelles sont les enjeux de l’unification du droit international privé dans
l’espace africain ?
En vue de répondre à cette problématique il serait opportun d’adopter le plan
suivant :

Partie 1 : La notion de l’unification des règles de droit

Chapitre 1 : La définition de l’unification des règles de droit

Chapitre 2 : Les moyens de l’unification des règles de droit

Partie 2 : La réalité, les défis et les enjeux de l’unification des règles du droit
international privé dans l’espace africain

Chapitre 1 : La réalité de l’unification du droit international privé dans l’espace


africain

Chapitre 2 : es défis et les enjeux de l’unification du droit international privé dans


l’espace africain

CONCLUSION

CEAO (communauté économique d’Afrique de l’ouest) créée en 1973. L’UEMOA compte 8 Etats à savoir :
Benin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo.
3
La CEMAC (communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) a été créée en 1994 en
remplacement de l’ancienne UDEAC (union douanière des Etats d’Afrique centrale). Elle compte six Etats
membres qui sont : Cameroun, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale, République Centrafricaine et Tchad. Elle a
mis en place deux unions que sont l’UEAC (union économique en Afrique centrale) et l’UMAC (union
monétaire en Afrique centrale).
4
Le traité de l’OAPI (organisation africaine de la propriété intellectuelle) a été signé le 22 mars 1977 à Bangui
en Centrafrique. Les Etats membres de l’OAPI sont : Benin, Burkina Faso, Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire,
Djibouti, Gabon, Guinée (Conakry), Guinée-Bissau, Guinée Equatoriale, Mali, Niger, Mauritanie, République
Centrafricaine, Sénégal, Tchad et Togo.
5
Le traité de la CIMA (conférence interafricaine des marchés d’assurance) a été signé le 10 juillet 1992. Il
regroupe quatorze Etats : Benin, Burkina, Cameroun, Comores, Congo, Côte d’Ivoire, Guinée Equatoriale,
Gabon, Mali, Niger, République Centrafricaine, Sénégal, Tchad et Togo.
6
Le traité OHADA (organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires) a été signé le 17 octobre
1993 à Port Louis (Ile Maurice) et a pris effet le 18 septembre 1995. Il compte jusqu’à ce jour 17 Etats membres
: Benin, Burkina Faso, Cameroun, Congo (Brazzaville), Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée
Equatoriale, La république démocratique du Congo, Mali, Niger, République Centrafricaine, Sénégal, Tchad,
Togo et Union des Comores. La république démocratique du Congo n’a pas encore achevé son adhésion.

4
Partie 1 : La notion de l’unification de droit :

L’unification des règles juridiques est une notion souvent confondue et


utilisée d’une manière interchangeable avec d’autres qui lui semblent
rapprochées alors qu’elles sont différentes et chacune dispose d’une nature
bien précise tel que l’harmonisation et l’uniformisation (chapitre 1), hors
l’unification de droit autant que technique juridique nécessite des moyens
et des outils dénommés les moyens de l’unification de droit (chapitre 2).

Chapitre 1 : La définition de l’unification de droit :

Une bonne partie des auteurs de la doctrine contemporaine utilise


fréquemment les termes harmonisation, unification et uniformisation sans
vraiment en circonscrire la nature exacte alors qu’une distinction entre ces
trois notions s’impose vue leurs natures bien précise7.

Le terme « unification », dérive des mots latins unus qui signifie «un» et
facere qui veut dire «faire», elle se présente comme l’action de rendre
semblables plusieurs éléments rassemblés pour former un tout unique. De
ce fait, l’unification consiste à instaurer, dans une matière juridique donnée,
une réglementation détaillée et identique en tous points pour tous les États
membres tout en leur laissant le choix de la modalité de mise en œuvre des
normes communes. En conséquence, l’unification vise une unité législative
de second degré enchâssée dans un support souple. Par ailleurs,
l’unification peut être présentée dans un double sens ; tantôt comme un
processus, c’est l’unification-processus ; tantôt comme un résultat, c’est
l’unification-résultat. La première se manifeste dans l’élaboration par le
législateur d’un texte au contenu unificateur. Après l’adoption du texte
unifié, le processus se poursuit et s’achève devant les organes chargés de
l’interpréter et de l’appliquer et de le concrétiser. Lorsqu’à l’issue de cette
phase de confrontation de l’unité législative de départ aux réalités
humaines, survit cette unité perceptible dans une certaine uniformité de
sens normatif, il y a lieu de parler d’unification-résultat. Dans ce cas précis,
le distinguo entre unification et uniformisation prend tout son sens8.

7
Innocent Fetze KAMDEM, « Harmonisation, unification et uniformisation. Plaidoyer pour un discours affiné
sur les moyens d’intégration juridique », [Consulté le :25.03.2023]. Disponible sur :
https://ssl.editionsthemis.com/uploaded/revue/article/17965_kamdem.pdf
8
Ibid., p :618.

5
L’uniformisation, située dans un cran plus haut que l’unification, est
composée des mots latins unus qui signifie «un» et forma qui veut dire
«forme», l’uniformisation consiste à donner la même forme à un ensemble
d’éléments «dont toutes les parties se ressemblent entre elles». Elle
consiste que, pour une matière précise, soit minutieusement élaboré un
cadre normatif (unité de second degré) contenu dans un instrument unique
; les parties prenantes adhèrent à cet effet sans pouvoir n’y déroger ni sur le
fond, ni sur la forme. Sur le plan pratique, l’uniformisation suppose par
exemple que les États impliqués dans une intégration se dotent d’un corps
de normes uniformes et détaillées contenu dans un instrument unique.
Cette communauté de support à tous les intervenants à une intégration
juridique qui fait la particularité de l’uniformisation et la différencie de
l’unification9.

Pareil à l’unification, l’uniformisation peut être conçue sous deux formes


; une uniformisation-processus qui débute par l’instauration d’un corpus
juridique détaillé et étoffé. Par la suite, reste apprécier le sort que les
juridictions réservent à un tel texte pour savoir s’il convient de parler en
termes d’uniformisation-résultat. La forme d’uniformisation qui aide
davantage à atteindre une uniformisation-résultat est la codification10.

Découlant du latin harmonia, l’harmonisation désigne «un simple


rapprochement entre deux ou plusieurs systèmes juridiques» afin d’en
réduire ou d’en supprimer certaines contradictions. Ce mécanisme sert
principalement à dessiner les grandes lignes d’un cadre juridique (unité
législative de premier degré) tout en permettant aux différentes parties
prenantes à l’intégration le soin de d’adapter l’ossature commune à leurs
valeurs, à leurs préférences ou à leur niveau de développement par des
dispositions qui correspondent. L’harmonisation se présente également
comme le résultat de l’entreprise précédemment décrite : c’est
l’harmonisation-résultat. Toutefois, de par sa nature, l’harmonisation est
essentiellement un processus. Contrairement à l’unification et
l’uniformisation qui s’apprécient davantage en termes de résultats11.

9
Ibid., p :619.
10
Idem.
11
Ibid., p :617.

6
Grosso modo, les moyens d’harmonisation, d’unification et
d’uniformisation diffèrent principalement en deux points. Le premier réside
dans le degré de similitude du contenu législatif ou réglementaire qu’ils
produisent. Le second se trouve dans le support de mise en œuvre du
résultat d’une entreprise d’intégration juridique12.

Concernant le premier point de distinction, qu’est le critère substantiel ;


l’unification et l’uniformisation ne procurent aucune liberté aux autorités
législatives nationales sur la substance des les domaines qu’elle encadre. Or,
l’harmonisation, ayant pour fin primordial de supprimer les divergences,
donne aux autorités nationales la main de sur certains points de droit qui
apparaissent parfois des pierres d’achoppement lors d’une entreprise
d’intégration juridique vue qu’elle n’exige pas un niveau d’unité législative
ou réglementaire tel qu’aux standards de l’unification et de
l’uniformisation13.

Le second élément de distinction tient à la forme de mise en œuvre du


résultat d’une entreprise d’intégration juridique. Contrairement à
l’uniformisation qui suppose aussi bien un fond législatif ou réglementaire
commun qu’une forme unique erga omnes, l’harmonisation et l’unification
formes des entreprises d’intégration juridique octroyant une marge de
choix du support ainsi que de la procédure d’adoption des normes par les
différentes parties intéressées14.

D’une autre manière, l’uniformisation représente l’approche moniste qui,


ne nécessite pas suite à la ratification d’un texte international sa reprise
dans des dispositions dans la loi interne afin qu’il constitue une source
directe de droit. L’harmonisation et l’unification quant à elles, incarnent une
approche dualise selon laquelle une règle internationale est une règle
internationale ne peut produire d’effet que si elle a été au préalable
incorporé dans une législation nationale15.

D’après ce qui est démontré, force est de constater que chacun des
moyens d’harmonisation, d’unification ou d’uniformisation a une
signification particulière. L’option des états prenantes pour l’une ou l’autre

12
Ibid., p :620.
13
Idem.
14
Ibid., p :622.
15
Idem.

7
dépendra des conditions qui prévalent dans les divers États parties à
l’intégration juridique16.

Les concepts ainsi clarifiés demandent encore à être établis dans les
pratiques d’intégration juridique. Sans nous y confiner, certains textes
élaborés sous les auspices de la CNUDCI17, de l’OHADA18, de la NCCUL19,
révèlent un usage inapproprié des concepts d’harmonisation, d’unification
et d’uniformisation20.

Aux fins de notre propos, nous nous en tiendrons ici à l’unification que
vise en principe la Convention des Nations Unies sur les contrats de vente
internationale de marchandises (ci-après « CVIM 21») cette unification
semble en pratique atténuée ; d’une part, cette convention porte certes sur
la vente internationale de marchandises. Cependant, ses auteurs se sont
abstenus d’y traiter de la validité du contrat et de ses clauses, de la validité
des usages ainsi que des effets que le contrat peut avoir sur la propriété des
marchandises vendues. D’autre part, la CVIM permet notamment aux États
parties de n’y souscrire que partiellement en formulant des réserves. Aussi,
plusieurs États se sont déjà prévalus de cette opportunité. Qui pis est, il est
permis à certains États d’en soumettre l’application au respect par les
parties contractantes de la forme écrite du contrat de vente. Une distorsion
supplémentaire qui concourt à entamer l’unité législative de la CVIM, en
dénaturant ipso facto l’unification souhaitée. Par conséquent, la CVIM se
situe plutôt dans le cadre d’une harmonisation22.

Quant au Uniform Commercial Code (ci-après « UCC ») élaboré par la


NCCUL des États-Unis d’Amérique, le traitement législatif qu’en font les

16
Ibid., p :623.
17
CNUDCI : La Commission des Nations unies pour le droit commercial international a été créée par
l'Assemblée générale des Nations unies par sa résolution 2205 du 7 décembre 1966 pour promouvoir
l'harmonisation et l'unification progressives du droit commercial international.
18
OHADA : L'Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires (en abrégé OHADA) est
une organisation intergouvernementale d'intégration juridique. Instituée par le traité du 17 octobre 1993 signé
à Port-Louis, tel que révisé le 17 octobre 2008 à Québec, cette organisation regroupe à ce jour 17 pays africains
et reste ouverte à tout État membre de l'Union africaine, voire à tout État non membre de l'Union africaine qui
serait invité à y adhérer du commun accord des États membres.
19
NCCUL :
20
Innocent Fetze KAMDEM, op. cit., p :624.
21
CVIM : La Convention des Nations unies sur les contrats de vente internationale de marchandises est un traité
international proposant un droit international des contrats de vente, qui a été ratifiée par 89 pays qui représentent
plus des trois-quarts des échanges internationaux.
22
Innocent Fetze KAMDEM, op. cit., p :624.

8
différents États fédérés crée le flou qui, a priori, règne autour du moyen
qu’il promeut. Le professeur Rosett soulignait à ce propos « qu’en dépit du
procédé de mise en œuvre des lois qui, non seulement varie d’un État à un
autre, mais aussi évolue à des vitesses différentes, le processus
d’harmonisation est bien enclenché dans plusieurs États où, en général, le
niveau d’indépendance du législateur est très élevé. Tout ceci aboutit à un
degré d’identité considérable sans uniformité ». Aussi, contrairement à ce
que suggère sa dénomination, le Uniform Commercial Code ne recherche
guère une uniformisation. En effet, dès sa conception, il fut convenu que son
adoption se ferait sous la forme choisie par chacun des États américains
auxquels le Congrès a abandonné sa compétence en matière commerciale. À
l’origine, il ne s’agissait donc que d’une unification que les législatures
fédérées ont transformée au moyen d’adaptations de fond et autres
atermoiements. En conséquence, le UCC ne participe ni d’une
uniformisation, ni d’une unification. Il véhicule seulement une
harmonisation juridique23.

Relativement à l’OHADA, il est étonnant de constater que l’essentiel de


ses œuvres déborde le cadre de sa mission qui est « l’harmonisation du
droit des affaires dans les États Parties ». Il en est ainsi de l’Acte uniforme
portant sur le droit commercial général (ci-après « Acte uniforme »). D’une
part, le style loquace et la formulation minutieuse de cet Acte uniforme
marquent plus une unité législative de second degré qui caractérise une
unification ou une uniformisation qu’une unité législative de premier degré
que véhicule une harmonisation. Par conséquent, le niveau d’unité
législative de l’Acte uniforme de l’OHADA ne diffère que peu ou prou de
celui des Principes d’UNIDROIT. D’autre part, l’entrée en vigueur de l’Acte
uniforme n’a pas été assujettie à la sanction des diverses autorités
législatives nationales comme l’exigeraient une unification et a fortiori une
harmonisation. En faisant fi d’un certain principe démocratique et par souci
d’efficacité, elle fut subordonnée à sa seule adoption par le Conseil des
ministres, un organe de l’OHADA. Il semble donc que le procédé
d’intégration de l’OHADA participe non pas d’une unification et encore
moins d’une harmonisation comme annoncée, mais plutôt d’une
uniformisation24.

23
Innocent Fetze KAMDEM, ibid., p :627.
24
Innocent Fetze KAMDEM, ibid., pp :626,627.

9
Chapitre 2 : Les moyens de l’unification de droit :

 Le droit international public


Certes il n’existe pas une autorité mondiale ayant le pouvoir d’adopter des
normes régissant la société internationale, toutefois, il existe des normes de
droit international public dénommés des normes impératives dont les États
doivent se conformer (Jus cogens), comme le prévoit l’article 53 de la
Convention de Vienne sur le droit des traités qui se lit comme suit:

« Est nul tout traité qui, au moment de sa conclusion, est en conflit avec une
norme impérative du droit international général. Aux fins de la présente
Convention, une norme impérative du droit international général est une
norme acceptée et reconnue par la communauté internationale des États
dans son ensemble en tant que norme à laquelle aucune dérogation n’est
permise et qui ne peut être modifiée que par une nouvelle norme du droit
international général ayant le même caractère. 25»

Il convient de souligner toutefois qu’il y a peu de règles qui peuvent être


qualifiées de normes impératives au sens de cet article. Parmi ces règles,
notons la prohibition d’atteintes aux droits de l’homme, la liberté des mers
et la coexistence pacifique26.

A côté des règles impératives s’ajoute un autre moyen prépondérant qu’est


les traités internationaux qui créent des situations objectives qui
produisent des effets même à l’égard des États non parties à ces traités.
Ceux-ci, qu’on appelle « traités-lois », établissent des lois internationales
objectivement valables pour tous, lorsqu’ils sont conclus avec la
participation d’un ensemble d’États suffisamment représentatifs des
intérêts en cause. Ces États jouent alors un rôle de législateur international.
Ainsi en est-il, par exemple, de la Convention de Vienne sur le droit des
traités, de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, du Traité
sur les principes régissant l’activité des États dans le domaine de
l’exploration et de l’utilisation de l’espace extra-atmosphérique, y compris

25
Michel PAQUETT, « La mondialisation des règles de droit : coercition ou liberté ? » : Conférence des juristes
de l’état. *Consulté le :29.03.2023]. Disponible sur : https://www.conferencedesjuristes.gouv.qc.ca/wp-
content/uploads/atelier3-lamondialisationdesreglesdedroit.pdf
26
Ibid., p :192.

10
la lune et les corps célestes ainsi que des conventions internationales dans
le domaine de la protection des droits de l’homme27.

Pas loin du moyen susmentionné, les « traité-contrat » crée à son tour un


moyen unificateur, sauf que ces traités auraient pour objectif exclusif la
création entre les parties de droits et d'obligations comme on pourrait le
constater en droit interne à propos des normes contractuelles. L’unification
peut résulter de tout « traité-contrat », dans la mesure où les États
acceptent de le ratifier ou d’y adhérer. Évidemment, cette unification sera
universelle ou régionale, selon le nombre d’États parties au traité28.

 Les règles de droit international privé matérielles conventionnelles


L’une des techniques du droit international privé consiste à tenter
d’uniformiser le droit matériel par la conclusion de traités d’unification du
droit. Cette méthode peut s’opérer via deux voies : soit à travers la
substitution du droit uniforme aux dispositions internes correspondantes
des États ayant participé au mouvement d’unification, soit à limiter le
domaine d’application territorial de ce droit uniforme à des situations se
rattachant aux États contractants, selon des critères définis dans
l’instrument d’unification29.

Cette dernière méthode est illustrée par la Convention des Nations Unies
sur les contrats de vente internationale de marchandises. En effet, le
paragraphe 1 de l’article premier de la Convention prévoit ce qui suit :

La présente Convention s’applique aux contrats de vente de marchandises


entre des parties ayant leur établissement dans des États différents :

a) lorsque ces États sont des États contractants ;

b) lorsque les règles du droit international privé mènent à l’application de


la loi d’un État contractant30.

 Le règlement de droit communautaire :


Le règlement de droit communautaire a pour fonction de réaliser une
véritable unification des règles de droit. En effet, le Traité instituant la

27
Idem.
28
Idem.
29
Ibid., p :193.
30
Idem.

11
Communauté économique européenne prévoit, à l’article 189, la possibilité
de créer, par voie de règlement, un droit communautaire uniforme,
directement applicable ou, en d’autres termes, qui se substitue aux lois
nationales applicables en l’espèce31.

Le recours au règlement de droit communautaire, considéré de toute façon


comme exceptionnel, est critiqué, car son application directe le rend
inapproprié pour entamer un rapprochement des législations dans des
domaines complexes et politiquement sensibles, qui exigent plutôt une
technique souple et graduelle32.

31
Ibid., p :195.
32
Idem.

12
Partie 2 la réalité les défis et les enjeux des règles du droit international privé
dans l’espace africain

Dans cette deuxième partie, nous allons évoquer lors du premier chapitre la
réalité de l’unification des règles du droit international privé dans l’espace
africain et le deuxième chapitre sera consacré aux défis et aux enjeux de
l’unification des règles du droit international privé dans l’espace africain

Chapitre 1 –la réalité de l’unification des règles du droit international privé


dans l’espace africain

Section 1-l’intérêt de l’uniformisation du droit

L’uniformisation du droit est « le moyen le plus radical et le plus efficace


de faire disparaître les conflits de lois »33 . Telle est la conception la plus
étendue quand il s’agit d’établir un lien entre une règle juridique uniforme et
le droit international privé. Selon cette idée, tout travail ou stratégie
d’unification, quels que soient les objectifs affichés par les Etats qui l’initient,
aurait des liens avec le droit international privé. Les règles uniformes
emporteraient nécessairement l’effet d’élimination de l’objet du droit
international privé, science de la diversité des lois. Le choix des règles
uniformes comme modèle juridique propose par conséquent que les buts
poursuivis ne peuvent s’accommoder de la diversité des lois, objet du droit
international privé.

Dans ce sens, l’uniformisation des droits nationaux, consécutive au vaste


mouvement d’intégration juridique réalisé en Afrique subsaharienne, a été vue
comme une méthode ou un moyen d’annulation de la diversité des lois dans les
rapports impliquant les ordres juridiques des pays membres. A ce propos, il a
été notamment affirmé que « l’unité des règles de droit applicables élimine les
conflits de lois et leurs fâcheuses conséquences pour les plaideurs .34

L’idée est donc bien ancrer que l’uniformisation des règles de fond entre
plusieurs Etats conduit nécessairement à l’abolition, à l’élimination ou à la
suppression des conflits de lois, objet principal du droit international privé. La
réalité est que « l’objet du droit uniforme est, en effet, de supprimer la
33
Position de l’institut de droit international privé rapportée par Antonio MALINTOPPI dans son article intitulé
« les rapports entre droit uniforme et droit international privé », Rec. Acad.La Haye, 1965, III, p.4 et s.
34
Thèse dirigée par M. Denis POHE, Maître de Conférences, H.D.R., Soutenue le 17 décembre 2013 page 1

13
diversité des lois et d’exclure leurs conflits. Mais la diversité des lois est une
richesse ou une malédiction qui frappe notre monde juridique depuis la tour de
Babel .

Le professeur BATIFFOL35 se prononçant sur le droit uniforme des transports

par chemin de fer a estimé que ce droit uniforme « constitue une législation
commune aux pays signataires et supprime donc les conflits de lois entre ces
pays.». Toute œuvre ou politique d’uniformisation poursuit explicitement ou
implicitement l’élimination des problèmes de droit international privé, suscités
par la diversité des lois. Malheureusement, quel que soit le degré de
l’uniformisation, les règles uniformes se révèlent inaptes à atteindre le but de
la suppression de la diversité des lois qui est inhérente à la vie en société. Des
exigences peuvent empêcher au départ que l’acte d’uniformisation soit total
ou parfait. De même l’uniformisation originelle, si par extraordinaire elle a pu
se réaliser, s’effrite, se modifie par la suite lors de son application, notamment
par les disparités d’interprétation par les tribunaux ou par la doctrine
(enseignant de droit).

De plus , les incidences de la diversité des lois ne se résumant pas aux


conflits de lois, les conflits de juridictions, la question de la condition des
étrangers, constituent autant de questions propres au droit international privé
qui peuvent perturber la mise en œuvre des règles uniformes, les objectifs qui
leur sont assignés. Les liens entre le droit uniforme et le droit international
privé sont donc plus fertiles et ne se réduisent pas l’idée d’exclusion. Un autre
d’intérêt se situe au plan de la technique du droit. Le but du droit international
privé est de fournir les solutions aux difficultés suscitées par la diversité des
lois, par la compétence des juridictions et l’exécution de leurs décisions lorsque
les rapports qui se présentent cachent des éléments d’extranéité.

35
Il naquit à Paris le 16 février 1905 d’une famille d’universitaires catholiques. Son père, Louis Batiffol,
chartiste et historien de Louis XIII, était administrateur de la bibliothèque de l’Arsenal. Son oncle, Mgr
Pierre Batiffol, était un historien et un théologien qui fut impliqué au début du siècle dans la crise
moderniste. Bien qu’il eût combattu les thèses de Loisy, excommunié en 1908, un de ses ouvrages,
sur l’eucharistie, fut mis à l’index en 1907 par le pape Pie X. Ce milieu familial a pu expliquer
l’attirance d’Henri Batiffol pour l’histoire et la philosophie (il fut lauréat du concours général de
philosophie) et, plus tard dans ses écrits, son attachement à la tradition coutumière judéo-chrétienne,
en même temps que sa recherche, toute thomiste, du bien commun dans l’interprétation du droit
positif.

14
L’attraction des investissements occupant une place de choix dans les
objectifs économiques, il importe de rappeler que « tout opérateur dont le
champ d’action est régional n’est pas seulement intéressé à l’uniformisation de
la règle en la matière impuissante à résoudre par elle-même les problèmes
spécifiques posés par l’extranéité.36 Compte tenu de l’imbrication
géographique de ses intérêts et de ses activités, il est nécessairement attentif
aux aspects transnationaux de la règle de droit notamment la recevabilité des
actions, la compétence des officiers ministériels, la publication et l’opposabilité
des décisions de justice, la force exécutoire dont l’efficience peut être
géographiquement limitée par le simple effet mécanique du principe de
souveraineté nationale, quelle que soit par ailleurs l’uniformisation du droit
positif » Le droit international privé se présente alors comme un allié
indispensable du droit uniforme dans la poursuite des objectifs économiques
dans le cadre communautaire. .

Section 2- Le droit uniforme africain

Pour saisir ce qu’est le droit uniforme africain, il faut partir de l’origine des
mouvements d’intégration juridique en Afrique, notamment au sein des Etats
francophones subsahariens. Réalité apparue timidement, aux lendemains des
indépendances, dans le cadre d’organisations sous régionales à vocation
purement économique , aujourd’hui la production d’une loi n’ayant de titre à
s’appliquer qu’en s’appuyant sur un ordre juridique précis, par diversité des lois
nous visons la diversité d’ordres juridiques.

À l’exception de la Guinée-Bissau, tous les autres Etats membres des


organisations africaines d’intégration juridique ayant contribué à l’avènement
du droit uniforme africain sont des Etats francophones. Il y a, en général, dans
ces Etats Africains une stagnation législative, les textes étant obsolètes, ne
collant plus aux réalités sociales, économiques …

36
L'élément d'extranéité est nécessaire pour invoquer le droit international privé. Il peut s'agir
de la nationalité d'une personne, du lieu de conclusion d'un contrat, de son lieu d'exécution
ou de son contenu même. Il justifie l'application simultanée de plusieurs lois et peut donc
engendrer un conflit de lois.
15
Le constat final à propos du contexte législatif africain avant l’OHADA est
qu’il y avait une véritable insécurité juridique pour quiconque aurait voulu
connaitre la législation applicable dans l’un de ces pays et à plus forte raison
dans l’ensemble des pays concernés. Eparpillement des textes, législations
disparates et inadaptées, vétusté et archaïsme des textes : tels sont les maux
qui caractérisaient les législations d’Afrique à la veille de l’OHADA.

Le droit cesse progressivement d’être émergé au plan interne. Les procédés


d’intégration ou de communautarisation du droit, à la disposition des
législateurs supranationaux, sont divers parmi lesquels l’uniformisation ou le
droit uniforme prend systématiquement de l’importance. . Même si le travail
d’uniformisation réalisée en Afrique est inégalable, il importe de souligner que
l’idée des règles de droit au niveau international par la technique des règles
uniformes n’est ni récente, ni une innovation réalisée par les Etats africains.

A cet effet, qu’au plan mondial, l’adoption de conventions internationales


de droit uniforme, quoique les règles élaborées dans le cadre desdites
conventions se distinguent en certains points des règles du droit uniforme
africain, remonte à la fin du 19e siècle . Nous citerons notamment l’union de
Paris de 1883, en matière de propriété intellectuelle, l’union de Berne de 1890
en matière de transport ferroviaire, la convention de Bruxelles de 1924 en
matière de transport maritime, la CIMA37, OAPI38, OHADA … Non seulement, le
projet d’uniformisation, notamment celui réalisé dans le cadre de l’OHADA, se
révèle plus ambitieux puisqu’il n’est pas limité, comme c’est le cas pour les
autres traités portant loi uniforme, à une ou deux matières mais vise plutôt à
uniformiser tout le droit des affaires dans son ensemble.

L’analyse du droit uniforme africain sous l’angle du droit international privé


présente également un intérêt économique .Les traités à l’origine du droit
uniforme africain répondent tous à des objectifs économiques. Il en est ainsi de
l’UEMOA et de la CEMAC qui réalisent principalement une intégration
économique générale, au plan sous-régional , de leurs Etats membres. Il en est

37
La Conférence interafricaine des marchés d'assurance (CIMA) est un organisme communautaire du
secteur des assurances.
38
L'Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) est un organisme
intergouvernemental regroupant dix-sept États africains, chargé de protéger de manière uniforme
les droits de propriété intellectuelle sur les territoires de ces États, notamment par la délivrance
de titres de protection des droits de propriété industrielle en tant qu'office des brevets.

16
de même des traités d’intégration juridique stricto sensu. Certains, la CIMA et
l’OAPI notamment, répondent à des objectifs économiques par secteurs
d’activités (assurance pour la CIMA, propriété littéraire et industrielle pour
l’OAPI) tandis que d’autres (l’OHADA en l’occurrence) ont un objectif
comparable à celui des traités d’intégration économique.

De même, dans leur conception, les règles uniformes en droit uniforme


africain se distinguent par le fait qu’elles sont de deux ordres. Par opposition
aux règles uniformes issues des conventions portant lois uniformes que le droit
positif a permis jusque là d’observer, on distingue en droit uniforme africain
d’un côté des règles visant uniquement à régir les rapports internes dans les
Etats membres , des règles visant à la fois les rapports internes et les rapports
internationaux et d’autre côté des normes visant exclusivement les relations
internationales .

Le droit uniforme africain travaille sous l’angle du droit international privé de


même que le droit international privé sous l’angle communautaire, au regard
de l’ordre juridique communautaire ou au regard des ordres juridiques internes
des différents Etats membres. En se plaçant dans l’ordre juridique
communautaire, le droit uniforme africain offre non seulement l’aubaine de
mesurer l’efficacité de l’uniformisation comme moyen de résolution des
problèmes de droit international privé mais aussi, et surtout, de découvrir les
transformations subies par cette discipline lorsqu’elle est appréhendée au
niveau supranational pour servir des objectifs communautaires. En se plaçant,
en revanche, dans l’ordre juridique interne d’un Etat membre quelconque, on
mesurera les incidences produites par la réception du droit international privé
sécrété par le droit uniforme africain dans les Etats membres de même que
l’impact des règles nationales de droit international privé sur l’application des
règles uniformes en général

Les interactions entre le droit uniforme africain et le droit international


privé sont multiformes et peuvent autant s’étudier au regard des rapports
entièrement communautaires, c'est-à-dire les rapports transfrontaliers entre
Etats membres, qu’au regard des rapports semicommunautaires, lorsque l’on
envisage l’application des règles uniformes aux rapports impliquant des Etats

17
tiers. Toutefois, notre objectif étant de démontrer l’importance du droit
international privé au cœur du droit uniforme africain, nous nous placerons
principalement sur le terrain des rapports intracommunautaires.

Quoique visant la matière du droit international privé, nous n’évoquerons


pas les règles issues des conventions internationales d’unification des règles de
conflit, notamment celles de la Haye, car elles ne visent pas à introduire dans
les Etats membres des règles substantielles. L’appellation de convention ou de
traité portant loi uniforme étant réservée aux seules traités dont l’objectif est
d’introduire dans les Etats membres des règles uniformes (peu importe que
celles-ci visent uniquement les rapports internes à chaque Etat membre ou
qu’elles aient la nature de règles matérielles ou substantielles de droit
international privé), l’on distinguera les traités visant à introduire dans les Etats
membres les mêmes règles de conflit en leur réservant l’appellation de
conventions portant uniformisation des règles de conflit .

A défaut de pouvoir réaliser une unification de tous les droits internes de


par le monde, l’unification des règles de conflit de lois ou de juridiction se
révèle plus réaliste. Au titre de ces conventions visant l’unification des règles
de conflit, l’on évoquera celles signées dans le cadre de la conférence de la
Haye 39au nombre d’une trentaine et visant notamment le droit de la famille
(protection des mineurs, obligations alimentaires, adoption, régimes
matrimoniaux, enlèvement international d’enfants, forme de testaments …), le
droit économique (vente de meubles corporels, accident de la circulation,
responsabilité des fabricants, contrats d’intermédiaires, trust …), les conflits de
juridictions (légalisation des actes, reconnaissance et exécution des jugements
étrangers …).

Ce phénomène de communautarisation du droit, et l’avènement d’un droit


uniforme en particulier dans l’Afrique subsaharienne, n’a pas laissé indifférent
le monde des juristes. De nombreux écrits ont été consacrés au nouveau droit
39
La Conférence de La Haye de droit international privé (en anglais : Hague Conference on Private International
Law, ou HCCH), organisation qui a précisément pour but l'harmonisation des règles de droit international
privé au niveau mondial, a élaboré une trentaine de conventions internationales dont une vingtaine est
actuellement en vigueur et dont une grande partie porte exclusivement sur les règles de conflit de lois, par
exemple en matière de loi applicable aux obligations alimentaires, aux accidents de la circulation routière, à la
responsabilité du fait des produits, aux régimes matrimoniaux ou encore aux successions.

18
d’origine communautaire soit pour en apprécier l’opportunité, les mérites et
les avantages pour les justiciables, soit au contraire pour l’analyser dans sa
conception ou dans son application afin d’en dégager les lacunes et les
insuffisances. Quoique pouvant s’inscrire dans l’un ou l’autre de ces axes
d’étude, l’analyse du droit uniforme africain sous l’angle du droit international
privé, a été peu ou insuffisamment abordée dans la doctrine, pourtant
abondante, sur le droit uniforme africain. Les difficultés suscitées par le
maniement d’une discipline telle que le droit international privé dans un
espace communautaire ou dans un ordre juridique communautaire ont été
suffisamment abordées en droit européen

Les difficultés recensées et les solutions proposées valent en certains points


pour le droit communautaire africain c'est-à-dire le droit conçu, en Afrique, à
un niveau supranational sans distinction des normes dérivées devant servir de
champ d’étude qu’il s’agisse de directives, de décisions, d’avis, de
recommandations ou de règles destinées à intégrer directement les ordres
juridiques des Etats membres. . Toutefois, lorsque l’on se propose d’analyser
dans l’ensemble du droit élaboré au niveau supranational, les interactions
entre les seules règles uniformes et le droit international privé, l’importation
des solutions sécrétées à partir du droit européen ne semble plus convenir.

Du moins, sur plusieurs points, des difficultés spécifiques se révèlent et


nécessitent des analyses spécifiques ou plus spéciales. En effet, le droit
européen n’a pas encore conduit à une uniformisation du droit interne des
Etats membres à la dimension du droit uniforme africain. Il existe, il est vrai,
des règles uniformes en droit européen mais jusque là, il ne s’est agi que d’une
unification des règles de conflit ou d’une uniformisation des règles matérielles
de droit international privé. De plus, la plupart des règles de conflit sont
contenues dans des directives. . Il est important de frôler les différents rapports
que le droit uniforme africain entretiendrait avec cette branche particulière du
droit. Le droit uniforme est une notion dont la définition implique de la
distinguer d’autres notions voisines telles que l’intégration, l’harmonisation, la
coordination, le droit communautaire.

19
Section 3- le droit communautaire africain

Le droit communautaire,40 par opposition au droit interne, regroupe


toute œuvre normative émanant d’organisations communautaires ou
l’ensemble des règles de droit conçues dans le cadre communautaire . Il résulte
de la mise en œuvre d’une politique d’intégration juridique entre plusieurs
Etats. L’intégration juridique, elle-même, consiste en un ensemble de normes
dérivées conçues à un niveau supranational et destinées à intégrer directement
et de façon identique les ordres juridiques des Etats membres.

La promotion du droit communautaire est d’une urgence absolue dans toute


la sous-région ouest-africaine. Cette promotion passe nécessairement par
l’insertion de ce droit dans les programmes d’enseignement supérieur et par la
diffusion des mêmes règles dans le monde judiciaire. En ce sens, former les
acteurs judiciaires et les populations est un préalable pour découvrir les «
virtualités bénéfiques » de ce droit et pour faciliter son invocation en justice.
Sans conteste, c’est par le biais de l’enseignement et de la diffusion que les
citoyens et les acteurs judiciaires pourront se réapproprier des normes de
l’intégration « pour en revendiquer l’application directe à leur situation »5.
Pour autant, la diffusion du droit communautaire, comme l’a remarqué le
professeur A. Sall, est une nécessité impérieuse « que l’on ne peut pas se
permettre d’ignorer en comptant que le temps y pourvoie ».41

Conscients de la nécessité d’associer les citoyens communautaires aux


processus de l’intégration régionale, les Etats membres de la CEDEAO
conviennent dans l’acte de fondation de cette organisation de mettre en place
une politique d’information visant à encourager et à faciliter l’accès aux
sources d’information, l’enseignement d’une langue ouest-africaine comme
facteurs incubateurs d’intégration communautaire . Or, à l’analyse de la
situation, c’est souvent l’impression inverse qui se dégage : la faible perception
des organisations ouest-africaines d’intégration est un argument suffisant pour
dénoncer l’absence d’une culture d’information et d’une politique de diffusion

40 L’INTÉGRATION JURIDIQUE DANS L’UNION ÉCONOMIQUE ET MONÉTAIRE OUEST AFRICAINE

(UEMOA) ET DANS L’ORGANISATION POUR L’HARMONISATION DU DROIT DES AFFAIRES EN AFRIQUES


(OHADA)Amadou Yaya Sarr

41A. SALL, La justice de l’intégration. Réflexion sur les institutions judiciaires de la CEDEAO et de l’UEMOA,
Dakar, éd. CREDILLA, 2011, p. 77

20
dans la sous-région ouest-africaine. Les Universités tout comme les Instituts
d’enseignement servent rarement de tremplin pour une meilleure diffusion des
normes de l’intégration 9. Le droit communautaire ouest-africain reste à cet
égard, mal connu par les populations autant que pour les étudiants et les
professionnels de justice. Assez souvent en Afrique, l’esprit intégrateur
intéresse moins le corps social pour être à l’apanage des administrations
publiques et des dirigeants politiques. A ce propos, le professeur E. Cerexhe,
constatant la faible connaissance des normes communautaires par les citoyens
ouest-africains, affirme : « Une des faiblesses des phénomènes d’intégration
*en Afrique+ c’est leur peu de perception par les citoyens. Or, un phénomène
d’intégration ne peut réussir que s’il a un enracinement populaire et un
ancrage dans les milieux professionnels » . 42

En comparaison avec l’UE, la situation est nettement différente. Par


exemple, pour soutenir la recherche universitaire en matière d’intégration
européenne, la Commission européenne a lancé en 1989, l’action Jean Monnet
qui est non seulement présentée comme l’aboutissement de la « politique
d’information universitaire », mais aussi qui a pour ambition de « motiver les
universités à institutionnaliser les enseignements sur l’intégration européenne
en les inscrivant dans les cursus » de droit, de sciences politiques et d’histoire.
Ainsi, l’action Jean Monnet qui était destinée à l’origine à soutenir et à
accompagner la mise en place du grand marché intérieur16 est, sans aucun
doute, l’une des formes de soutien, les plus déterminantes et les plus
fructueuses initiées par l’Union européenne (UE) pour renforcer et
accompagner l’enseignement et la recherche sur l’intégration européenne. En
ce sens, l’action Jean Monnet se donne pour but de promouvoir l’excellence
dans la recherche sur l’intégration européenne, de renforcer les liens entre les
milieux universitaires et les décideurs politiques, de diversifier les études sur
l’UE et d’augmenter les ressources financières consacrées à l’enseignement et
à la recherche sur la construction européenne

Il s’agit, en réalité, d’instruments d’orientation des comportements et des


législations invitant leur destinataire à adopter une ligne de conduite
déterminée. Sortes, de directives non obligatoires, ces actes ont vocation à être
42
J. LASTENOUSE, « Les milieux universitaires : des partenaires privilégiés de la politique d’infor - mation de la
Commission européenne », in J. MIRANDA, Estudos em homenagem ao Professor Doutor Paulo de Pitta e
cunha : Assuntos Europeus e integraçao economica, coimbra, Almedina, 2010, pp. 261-275.

21
pris dans des domaines dans lesquels la communauté ne dispose pas de
compétence normative …

Les règles produites par le législateur OHADA sont désignées sous


l’appellation d’Actes uniformes.43 On compte à ce jour neuf Actes uniformes
auxquels il faut ajouter certains Règlements . En résumé, les Actes uniformes
de l’OHADA et ses Règlements, les lois uniformes de l’OAPI, de la CIMA de
même que les Règlements de l’UEMOA et de la CEMAC constituent la
substance du droit uniforme africain et constitueront les repères de nos
investigations. .Le droit uniforme africain est appréhendé comme un ensemble
homogène de règles uniformes formant un bloc et coupées des traités qui les
ont sécrétées ; c'est-à-dire sans distinction de l’origine des textes et sans égard
à la diversité des législateurs supranationaux. D’ailleurs, les différents
législateurs supranationaux disparaissent au profit d’un seul, notamment celui
de l’OHADA. Les ordres juridiques supranationaux n’entrent pas par eux-
mêmes en contact avec les Etats tiers. Dans les rapports qualifiés de semi-
communautaires, c’est nécessairement l’ordre juridique spécifique d’un Etat
membre (ou plusieurs Etats membres) qui entre en concurrence avec celui d’un
Etat tiers. A propos de ces rapports dits extracommunautaires ou semi-
communautaires, il ne fait guère de doute que les problèmes classiques de
droit international privé existent. Ceux-ci ne subissent aucune transformation
du fait de l’uniformisation.

L’intérêt de leur analyse réside dès lors dans le traitement que leur réserve
le législateur supranational. En prenant donc pour champ d’investigation
l’espace même du droit uniforme africain, les intérêts qu’il y a à étudier les
interactions entre les règles uniformes et le droit international privé peuvent
être situés à un tas de niveaux. Le premier groupe d’intérêts s’observe au plan
de la divulgation du droit uniforme africain, de son enseignement de même

43
Le Droit issu de l'Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA)
découle principalement des Actes uniformes pris par le Conseil des Ministres dans différentes
matières. Ils instaurent une législation commune aux États-membres et régissent les matières
identifiées comme faisant partie du « droit des affaires ».

Les Actes uniformes issus de l'OHADA sont directement applicables et obligatoires dans les États-
membres, nonobstant toute disposition contraire de droit interne, antérieure ou postérieure.

22
que son application par les juridictions ou sa mise en œuvre par les praticiens.
L’attention des législateurs supranationaux principalement mais aussi celle de
l’ensemble des praticiens du droit et des justiciables sur la nécessité de tenir
compte des aspects de droit international privé dans la conception et la mise
en œuvre du droit uniforme africain. le champ d’application spatial du droit
uniforme africain se révèle complexe et hétérogène.

Section 4- Le traité OHADA

Le traité OHADA (organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des


affaires) a été signé le 17 octobre 1993 à Port Louis (Ile Maurice) et a pris effet
le 18 septembre 1995. Il compte jusqu’à ce jour 17 Etats membres : Benin,
Burkina Faso, Cameroun, Congo(Brazzaville), Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée,
Guinée-Bissau, Guinée Equatoriale, La république démocratique du Congo,
Mali, Niger, République Centrafricaine, Sénégal, Tchad, Togo et Union des
Comores. La république démocratique du Congo n’a pas encore achevé son
adhésion. Quant à son domaine, l’OHADA vise tout le droit des affaires, lequel
domaine est par ailleurs extensible avec quatre Actes uniformes en l’état de
projet qui sont relatifs au droit des obligations, au droit du travail, au droit des
sociétés coopératives ou mutualistes, au droit de la

Quant à son étendue géographique, l’OHADA regroupe la quasi-totalité des


Etats membres des autres organisations. Ces neuf Actes uniformes portent sur
l’arbitrage, le droit commercial général, les sociétés commerciales et le
groupement d’intérêts économiques, le droit comptable, les sûretés, les
procédures simplifiées de recouvrement des créances et voies d’exécution, les
procédures collectives d’apurement du passif, le droit des transports et les
coopératives. Les deux Règlements sont le Règlement de procédure de la CCJA
et le règlement d’arbitrage de la CCJA. Des projets d’Actes uniformes sont en
cours et portent sur les contrats, le droit du travail, le droit de la consommation
.44

44
https://www.ahjucaf.org/ohada-cour-commune -
À l’instar d’autres pays du monde qui ont entrepris des regroupements politiques et/ou économiques
pour faire face à la mondialisation des réalités économiques, des États de la Zone Franc CFA, rejoints
par les Comores la Guinée et la République démocratique du Congo, ont décidé d’harmoniser leur
droit des affaires pour offrir aux opérateurs économiques, étrangers et locaux, une législation moderne,
adaptée aux nouveaux défis de l’économie. Ils ont pour ce faire créé par le Traité de Port-Louis du 17
octobre 1993 (révisé le 17 octobre 2008 à Québec, Canada), l’Organisation pour l’harmonisation en
23
En effet, le droit uniforme africain (droit OHADA en particulier) accorde
une large place à l’arbitrage dans le règlement du contentieux relevant du
domaine des règles uniformes. Or l’arbitrage (international) exerce non
seulement une certaine influence sur la compétence des juridictions étatiques
mais aussi, et à l’image de celles-ci, il pose le problème de la reconnaissance et
de l’exécution des sentences dans l’ordre communautaire. L’extension de
l’objet du droit international privé à la condition des étrangers et la nationalité
se justifie par le fait qu’elles suscitent, à l’instar des conflits de lois et des
conflits de juridictions, des difficultés d’ordre international qui intéressent les
relations de droit privé. « [la condition des étrangers] sert à déterminer les
prérogatives dont peuvent bénéficier les étrangers sur *… le+ territoire *d’un
Etat dont ils ne sont pas les nationaux] » à savoir le droit d’entrée et de séjour,
le droit de vote et d’exercice des mandats électifs, le droit de propriété, le droit
de faire du commerce. En général, la condition de l’étranger quant à l’exercice
de ces droits est subordonnée à la réciprocité, faute de quoi l’étranger fait
l’objet de nombreuses restrictions.

Chapitre 2- Les défis et les enjeux de l’unification des règles du droit


international privé dans l’espace africain

Section 1. Les risques de conflits résultant de l’application et l’interprétation


du droit uniforme.
Le système constitutionnel communautaire de l’UEMOA45 et de l’OHADA
repose sur la collaboration fonctionnelle des organes des deux organisations.

Afrique du droit des affaires (OHADA). L’OHADA comprend actuellement 17 États Parties : le
Bénin, le Burkina-Faso, le Cameroun, la Centrafrique, la Côte d'Ivoire, le Congo, les Comores, le
Gabon, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Guinée-Equatoriale, le Mali, le Niger, la République
démocratique du Congo, le Sénégal, le Tchad et le Togo.
Le système juridique et judiciaire de l’OHADA vise à garantir la sécurité juridique des affaires en
adoptant un droit commun des affaires dont l’interprétation est confiée à une seule instance
juridictionnelle, la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA).
La CCJA est l’institution juridictionnelle de l’organisation. Installée depuis 1998, elle assure une
cohérence dans l’interprétation et l’application des actes uniformes. Ses premières décisions ont été
rendues en 2001.
45
http://www.uemoa.int/fr/presentation-de-l-uemoa
Créée le 10 janvier 1994 à Dakar, l’Union économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) a pour objectif
essentiel, l’édification, en Afrique de l’Ouest, d’un espace économique harmonisé et intégré, au sein duquel est
assurée une totale liberté de circulation des personnes, des capitaux, des biens, des services et des facteurs de

24
En tant que communauté de droit, à l’image de l’État fédéral, la constitution de
l’organisation communautaire esquisse les trois pouvoirs constitutionnels
classiques d’un État de droit, à savoir le législatif, le judiciaire et l’exécutif avec
cette nuance notable, qu’est le Conseil des Ministres qui est censé représenter
l’exécutif qui exerce l’essentiel du pouvoir normatif.
S’agissant du pouvoir judiciaire, qui englobe les juridictions
communautaires en l’occurrence la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage de
l’OHADA et la Cour de justice de l’UEMOA et les juridictions nationales des
États membres jugés de droit commun dans l’espace intégré, il va assurer
l’application et l’interprétation uniformes des normes communautaires.
Ainsi, les droits communautaires de l’UEMOA et de l’OHADA partagent les
mêmes caractères étudiés en supra, ce qui justifie que ces deux normes sont
d’égale valeur devant les Cours de justice, ce qui entraînera des risques de
conflits au cas où les deux normes s’appliqueraient à une même matière.46
C’est dans cette saisine des deux Hautes juridictions que les risques de conflits
sont perceptibles, car l’UEMOA et l’OHADA, couvrent des domaines d’activités
similaires.
Les normes juridiques sécrétées par les deux organisations sont
nombreuses et couvrent des matières diverses tel que le droit des affaires, le
droit économique et le droit de l’entreprise
L’application et l’interprétation de ces normes sont soit du ressort des
juridictions qui sont considérées comme des juridictions de droit commun en
matière communautaire soit, par la Cour de Justice de l’UEMOA 47ou la Cour
Commune de Justice et d’Arbitrage de l’OHADA.

production, ainsi que la jouissance effective du droit d’exercice et d’établissement pour les professions libérales,
de résidence pour les citoyens sur l’ensemble du territoire communautaire.

Huit Etats côtiers et sahéliens, liés par l’usage d’une monnaie commune, le FCFA et bénéficiant de traditions
culturelles communes, composent l’UEMOA : le Bénin, le Burkina, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le
Niger, le Sénégal et le Togo. L’UEMOA couvre une superficie de 3 506 126 km2 et compte 123,6 millions
d’habitants. Le taux de croissance du PIB, à prix constant, est de 6,1% en 2019. (Source: INS/C. UEMOA : RSM
juin 2020)

L’UEMOA est représentée par un logo symbolisant la croissance, l’union, la solidarité et la complémentarité entre
les Etats côtiers et les Etats sahéliens

46
M. KIRSCH, « Historique de l’OHADA », Recueil Penant, n°827, 1998, p. 129 et s.
47
La Cour de Justice veille à l'interprétation uniforme du droit communautaire et à son
application et juge, notamment, les manquements des Etats à leurs "obligations
communautaires" .Elle arbitre les conflits entre les Etats membres ou entre l'Union et ses
25
Ces deux Cours du fait de leur compétence d’attribution sont de véritables
juridictions constitutionnelles.
Chargées d’assurer le respect du droit dans l’interprétation et dans
l’application des traités UEMOA et OHADA, les deux Cours de justice doivent
contribuer dans cette mission au développement du processus d’intégration,
afin de permettre l’atteinte des objectifs.
Les spécialistes du droit communautaire tiennent dans leur grande
majorité, à mettre en avant le rôle de la jurisprudence des Hautes juridictions
communautaires en tant que facteur d’intégration de premier degré.
Les Hautes cours de justice de l’UEMOA et de l’OHADA doivent jouer un
rôle important dans la contribution à la mise en évidence et au développement
de l’ordre juridique communautaire.
Dans le cadre du droit communautaire européen, la Cour de justice a joué
un rôle prépondérant.

Section 2. Le projet d’instituer quatre langues de travail

Le projet de révision du Traité contient une réécriture de l’article 42 qui


comporte désormais, en plus du français, trois autres langues de travail :
l’anglais, le portugais et l’espagnol. La décision d’instaurer quatre langues de
travail au sein de l’OHADA est éminemment politique. Si on peut parfaitement
comprendre qu’elle ait été prise dans un souci d’ouverture de l’OHADA, on
peut néanmoins faire remarquer que la plupart des grandes organisations
internationales ne retiennent pas comme langues de travail la totalité des
langues officielles de leurs Etats membres.

De plus, sans remettre en question le bien-fondé de cette décision, il faut


être conscient que l’instauration de quatre langues de travail sera un important
facteur de ralentissement des travaux, d’augmentation des coûts de
fonctionnement et de conflits juridiques complexes. Elle peut même déboucher
sur de véritables blocages dans le fonctionnement de l’OHADA et la mise en
œuvre des Actes uniformes. C’est pourquoi – pour tenter, au moins, de
résoudre les difficultés juridiques susceptibles de résulter de l’utilisation de

agents, Elle est composée de juges, un par État, nommés pour un mandat de six ans
renouvelable, Elle siège à Ouagadougou au Burkina Faso.

26
quatre langues de travail – il serait souhaitable de compléter cette nouvelle
rédaction en posant deux règles : – avant traduction dans les autres langues,
les documents publiés en français produisent tous leurs effets. – en cas de
divergence entre les différentes traductions, seule fait foi la version publiée
dans la langue originelle de l’OHADA.

Section 3. La problématique de l’application des Actes uniformes

La problématique de ce volet réside dans le suivi de l’insertion du droit


uniforme dans l’ordre juridique interne des Etats parties, dans le contrôle de
son application dans ces Etats et dans son extension à d’autres Etats que ceux
composant actuellement l’espace OHADA. . Le suivi de l’insertion dans l’ordre
juridique des Etats L’article 10 du Traité qui décide une insertion automatique
du droit uniforme dans l’ordre juridique interne des Etats parties suffit à
assurer cette insertion et à l’y rendre applicable . Cependant, sur le plan
pratique et pour faciliter l’application des Actes uniformes, l’insertion doit être
accompagnée de quatre opérations utiles .48

En premier lieu, il s’agit de recenser toutes les dispositions du droit interne


qui sont abrogées par l’acte uniforme. Ensuite, tous les termes génériques
utilisés dans les Actes uniformes doivent être remplacés par les termes
spécifiques du droit national de l’Etat partie (juridiction compétente ; décision
de justice …). Troisièmement, il faut que toutes les dispositions des Actes
uniformes instituant des infractions pénales soient assorties de leurs sanctions
; celles-ci peuvent être déterminées par renvoi aux infractions homologues si
elles existent ou, le cas échéant, créées ex nihilo par un texte spécialement pris
à cet effet . Chaque Etat doit faire cette démarche pour rendre effectif le droit
pénal des affaires de l’OHADA. Enfin, lorsqu’une disposition renvoie à un texte
de droit interne, il faut identifier ou faire figurer ladite disposition dans l’acte
uniforme à l’endroit qui convient. Il est évident que le Secrétariat permanent
est l’organe le plus indiqué pour s’assurer que cette mise en conformité a bien
été effectuée par chacun des Etats parties, que les travaux y afférents sont mis
à la disposition des praticiens du droit (magistrats, avocats, professeurs de

48
J. LOHOUES-OBLE, « L’apparition d’un droit international des affaires en Afrique », Revue internationale de
droit comparé, 1999, p.543. À ce propos, le Professeur Gérard Farjat parle de « refondation sociale », voir G.
FARJAT, « Les pouvoirs privés économiques », in Mélanges offerts à Philippe Kahn, Litec, Paris, 2000, p.622.

27
droit …) et que les Etats adoptent les lois pénales relatives aux sanctions des
infractions portées par les Actes uniformes (article 5, alinéa 2 du Traité).

Le contrôle de l’application et de l’interprétation a. Un des outils


incontournables pour évaluer l’application des Actes uniformes est la CCJA qui
peut fournir annuellement un rapport sur le nombre des décisions rendues, les
pays d’où les recours proviennent le plus souvent, signaler les dispositions des
Actes uniformes qui font le plus de difficultés et proposer des solutions sous
forme d’avis informels ou d’office. b. Sur le plan national, cette évaluation peut
être faite par les cours d’appel et/ou par l’ERSUMA avec le concours des
Centres nationaux de formation judiciaire. Cette perception judiciaire de
l’application des Actes uniformes permettra au Secrétariat permanent
d’organiser la révision des Actes uniformes. Il est d’ailleurs très indiqué, après
10 années d’application des Actes uniformes qu’une telle révision soit
entreprise. c. Outre l’appareil judiciaire, il ne faut pas hésiter à relever et
dénoncer toutes les mesures qui, sur le plan national, entravent le succès des
Actes uniformes : fiscalité trop lourde ; complexité et lenteurs des formalités
administratives ou des procédures judiciaires internes ; décisions injustifiables
… . C. L’extension de l’espace OHADA Cette problématique repose sur la
question de savoir s’il est souhaitable, opportun et possible d’étendre l’espace
OHADA à l’ensemble de l’Afrique par une politique ouverte d’adhésions
massives. Nous ne le pensons pas car une telle politique serait porteuse de
risques en l’état actuel des choses. Mais cela ne doit pas empêcher
d’entreprendre la promotion du droit OHADA.

Section 4-Les risques d’une adhésion massive et non préparée

Ces risques tiennent à deux dangers évidents : pareille expansion


alourdirait le fonctionnement de l’OHADA .En outre, elle provoquerait une
fracture dans le droit uniforme. L’alourdissement du fonctionnement de
l’OHADA .Cet alourdissement résultera inévitablement de la participation de
nouveaux Etats parties aux institutions de l’OHADA telles que le Conseil des
ministres et la CCJA. Déjà, avec 16 Etats les exigences d’une plus grande
représentation à la CCJA sont pressantes, qu’en sera-t-il lorsque leur
nombre passera à 20 ou 30 ? Le coût du fonctionnement s’en trouvera
également augmenté surtout si on y ajoute celui des traductions des
documents en quatre langues.
28
A cet alourdissement, s’ajoutera un ralentissement des procédures de
concertation et de négociation pour l’élaboration et l’adoption des Actes
uniformes. La fracture du droit uniforme Jusqu’à présent, l’homogénéité du
droit uniforme et la cohérence des décisions prises par l’OHADA ont été
assurées et préservées malgré la différence linguistique des Etats parties
(français, anglais, portugais, espagnol).49 Ce résultat est certainement dû à la
commune appartenance de ces pays au système juridique romano-
germanique qui y prédomine et en assure la cohésion. Pour ces raisons,
l’extension nous paraît encore possible aux Etats tels que la République
démocratique du Congo, le Rwanda, le Burundi, Sao Tomé et Principe mais
difficilement aux Etats anglophones (Ghana ; Nigeria ; Kenya …) dont de
nombreux concepts juridiques sont loin d’être communs avec ceux du droit
OHADA ou leur font défaut sans parler de ceux qui peuvent être
antinomiques.

Cette distorsion amènerait, en cas d’accueil de tels pays au sein de


l’OHADA, à revoir complètement les Actes uniformes déjà adoptés (plus de
2000 articles) et déstabiliserait totalement les praticiens du droit et les
justiciables de cet espace. C’est pourquoi, il nous semble que l’adhésion des
Etats dont le système est inspiré du Common law doit être sérieusement et
longuement préparée par une réduction ou une suppression de toutes les
différences qui peuvent empêcher cette adhésion avant.

La promotion du droit OHADA en mobilisant et en développant le droit


uniforme de l’OHADA peut exercer en Afrique et en Europe. Il constitue une
œuvre immense d’unification de droit sur le plan matériel et sur le plan
territorial. De ce fait, il constitue un pare-feu à l’éclatement du droit des
affaires, à l’isolement des Etats parties et réalise un espace juridique intégré
propice à générer un espace économique viable et vivant. 50Par là même, il
peut constituer un modèle à suivre en Afrique et au-delà puisque les pays
des Caraïbes caressent déjà un projet comparable. Mais ce modèle ne

49
J. ISSA-SAYEGH, « Aspects techniques de l’intégration juridique des États africains de zone franc »,
communication à la session de formation du CFJ de Dakar du 27 au 30 avril 1998, sur le thème : « L’OHADA, un
droit régional en gestation ».
50
J.-P. RAYNAL, « Intégration et souveraineté : le problème de la constitutionnalité du traité OHADA », Recueil
Penant, 2000, p. 5-22. Cf. Cour constitutionnelle du Sénégal, arrêt n° 3/C93 du 16 décembre 1996 ; le Président
de la Cour a motivé sa décision en rappelant que « le Sénégal ne ménagera aucun effort pour la réalisation de
l’objectif d’intégration ».

29
pourra faire école que s’il est enseigné au-delà des frontières de l’espace
OHADA, notamment par la création d’enseignements de droit comparé avec
le droit de Common law, autre espace juridique d’envergure, tout cela
préparant à une fusion ou un rapprochement entre ces deux systèmes à
plus ou moins long terme. En effet, pour coopérer et faire des affaires
ensemble, les Etats de l’espace OHADA doivent connaître le droit des autres
Etats africains, souvent inspiré du droit de Common law et ces derniers
doivent s’imprégner du droit OHADA. C’est dire toute l’importance qu’il faut
accorder au droit comparé.

30
Conclusion

En définitive, Cette étude nous aura permis de faire une synthèse sur
la question de l'uniformisation ou plus particulièrement de l'unification du
droit, de l'harmonisation des droits ou de tout autre terme équivalent, tel le
rapprochement des législations. Ainsi, avons-nous établi que le distinguo entre
ces notions ne tient pas de leur nature mais procède au contraire du degré
d'uniformisation qu'elles réalisent. Cela dit, même si l'on a préféré
l'harmonisation des droits dans le cadre de I'OHADA au rapprochement des
Législations prôné dans la Communauté Économique Européenne, l'objectif est
resté le même : l'uniformisation. Mais il reste un départ fondamental dans les
démarches. La première? c'est-à-dire l'approche européenne, a permis de
choisir des instruments impliquant très souvent l'intervention des États à
l’occasion de l'introduction du droit communautaire dans leurs droits internes.

Autrement dit, il est permis aux États de procéder à des "retouches" des
règles arrêtées en commun pour assurer leur insertion dans les ordres internes.
L'inconvénient en cela est sans doute les distorsions que peuvent provoquer
ces "retouches". Mais comme on l'a vu, la jurisprudence a su plus ou moins les
obvier. Tout compte fait, la CÉE a l'avantage d'être restée assez fidèle à son
choix qui est de rapprocher les législations. En Afrique, les États membres de
I'OHADA ont choisi l'adoption d'Actes uniformes directement applicables dans
leurs législations internes. Ici, l'on n'a plus besoin desdites "retouches". 51

Est-il possible de rallier harmonisation et Acte uniforme directement


applicable dans les droits internes, quand on sait que l'harmonisation offre
normalement la possibilité aux États de déterminer eux-mêmes le contenu
des règles internes ?

51
A. SERGE KABLAN L'UNIFORMISATION RÉGIoNALE DU DROIT : PROCESSUS COMPARÉS ET PRO JET
DE L'OHADA EN TRANSPORT ROUTIER
31
Références bibliographiques
I - OUVRAGES GÉNÉRAUX

ABRAHAM (D), Droit International, Droit communautaire, Droit français, Paris,


Hachette, 1989.

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International Privé, DALLOZ, 3e édition.

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BENCHIKM (MR.), CHARVINET & DE MICHEL (F), Introduction critique au droit


international, collection critique, Puf. 1986.

BLAISE (J. B.), Droit des affaires 2e édition LGDJ 2000.

GHANI (All M.), Droit Privé International édition CERES 1991

-Laurence Caroline Henry, L’essentiel du droit international privé, p :11. Gualino, Lextenso 1, Parvis
de La Défense 2020.

II - OUVRAGES SPÉCIALISÉS

ABBAYIETTAN, Quel développement pour l’intégration ? L’expérience et suggestion


pour UDEAC- Dakar 1983.

ABRAHAM (R), Droit Communautaire, Droit International et Droit Français, Paris


Hachette, 1983.

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ANOUKAHA (F.) & Dieudonné (A. T.J.), Les procédures simplifiées de recouvrement
des créances et les voies d’exécutions OHADA, collection Droit Uniforme, PUA
Yaoundé, 1998.

DIEYE (A.), OHADA régime juridique des Sociétés Commerciales et du Groupement


d’Intérêt Economique 2e édition 2000.

DIOP (C.A.), Les Fondements Economiques et Culturels d’un État Fédéral Africain
édition présence africaine Paris 1974.

DIOUF (M.), Intégration Economique et Perspective Africaine édition NEA /Publisud,


1984.

III - THÈSES

32
ALBERTON (G), Les interactions normatives entre Droit Communautaire et le Droit
Français, l’exemple caractéristique de l’accès des ressortissants communautaire à la
fonction publique Française, Thèse Montpellier, 1985.

BERETE (O.), Contribution à la recherche d’une stratégie d’intégration en Afrique de


l’ouest Université Cheikh Anta DIOP Faculté des Sciences Economiques Novembre
1985.

COLIN (J. P.), Le gouvernement des juges dans la communauté Européenne,


Université de Nancy, Faculté de Droit et des Sciences Economique 1963.

DE MEUSE (R.), La diversité des dispositions des traités internationaux, Université de


Paris.

DE ROQUE FEVEILLE (A.), Marché Commun Centre Américain (MCCA), crise régionale
et Perspective d’intégration économique, Paris 1992.

DEH (F.), Coopération Monétaire au sein de la Zone Franc face aux crises du FF, Paris
1986.

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de CEAO et de CDEAO. Université Cheikh Anta DIOP Faculté des Sciences
Economiques Août 1984.

MON KONTAN (J. B. K.), Information et Intégration Africaine, Quel rôle pour une
agence continentale, Université Cheikh Anta DIOP 1993.

OBEN ABIE (M.), Charte Africaine des Droits de l’homme, des peuples et de
l’Intégration Régionale Université Cheikh Anta DIOP 20 Novembre 1998.

IV - MÉMOIRES

BA (E. H.) Diolgué, Le contentieux des actes uniformes devant le juge et l’arbitre.
Mémoire DEA Saint Louis, UGB 2000

NIANE (A.), L’arbitrage commercial international, mémoire DEA Saint Lois, UGB1999

SISSOKHO (O.), Le droit pénal des Affaires à l’épreuve du traité et les actes
uniformes de l’OHADA, mémoire DEA, Saint Louis, UGB 2000

V - REVUES ET JOURNAUX

- Le Monde Maritime, Spécial UEMOA, 1er semestre 1998

- Revue Sénégalaise des entreprises, 1er semestre 1998 spécial UEMOA : le Traité de
l’avenir

VI - LES TRAITÉS Autres que l’UEMOA et l’OHADA

CEA Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest

CEAO Communauté Economique de l’Afrique de l’Ouest

33
CEDEAO Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest

CEMAC Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest


VII-Articles :

-Innocent Fetze KAMDEM, (2009). « Harmonisation, unification et uniformisation. Plaidoyer pour un


discours affiné sur les moyens d’intégration juridique », Revue de droit uniforme ,709, pp :606-649.

VIII-Sites web :

-https://ssl.editionsthemis.com/uploaded/revue/article/17965_kamdem.pdf

-https://www.conferencedesjuristes.gouv.qc.ca/wp-content/uploads/atelier3-
lamondialisationdesreglesdedroit.pdf

IX-Conférence :

Michel PAQUETT, « La mondialisation des règles de droit : coercition ou liberté ? » : Conférence des
juristes de l’état, pp :179-208.

34
Tables des matières
Introduction………………………………………………………………………………………………………………………… 3

Partie 1 : La notion de l’unification de droit………………………………………………………………………… 6

Chapitre 1 : La définition de l’unification de droit……………………………………………………………….. 6

Chapitre 2 : Les moyens de l’unification de droit……………………………………………………………….. 12

Partie 2 la réalité les défis et les enjeux des règles du droit international privé dans l’espace
africain………………………………………………………………………………………………………………………………. 13

Chapitre 1 –la réalité de l’unification des règles du droit international privé dans l’espace
africain………………………………………………………………………………………………………………………………..13

Section 1- la réalité et les défis de l’unification des règles du droit international privé dans
l’espace africain…………………………………………………………………………………………………………………..13

Section 2- Le droit uniforme africain………………………………………………………………………………… 16

Section 3- le droit communautaire africain………………………………………………………………………… 21

Section 4- Le traité OHADA………………………………………………………………………………………………….23

Chapitre 2- Les défis et les enjeux de l’unification des règles du droit international privé dans
l’espace africain…………………………………………………………………………………………………………………..24

Section 1. Les risques de conflits résultant de l’application et l’interprétation du droit


uniforme……………………………………………………………………………………………………………………………..26
Section 2. Le projet d’instituer quatre langues de travail…………………………………………………… 28

Section 3. La problématique de l’application des Actes uniformes………………………………………29

Section 4-Les risques d’une adhésion massive et non préparée…………………………………………..30

Conclusion…………………………………………………………………………………………………………………………. 31

Reference bibliographique…………………………………………………………………………………………………. 32

Table des matières ……………………………………………………………………………………………………………..35

35

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