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B 28123335

Ce document historique résume les connaissances sur la gynécomastie et l'hermaphrodisme depuis l'Antiquité jusqu'à la fin du XIXe siècle. Il mentionne notamment les premières observations détaillées sur la gynécomastie par des auteurs comme Bédor au début du XIXe siècle, puis les travaux de plusieurs autres auteurs dans la deuxième moitié du siècle.

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B 28123335

Ce document historique résume les connaissances sur la gynécomastie et l'hermaphrodisme depuis l'Antiquité jusqu'à la fin du XIXe siècle. Il mentionne notamment les premières observations détaillées sur la gynécomastie par des auteurs comme Bédor au début du XIXe siècle, puis les travaux de plusieurs autres auteurs dans la deuxième moitié du siècle.

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EX BIBLIOTHECA

CAR. I. TAB O RI S.

22102139299
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in 2016

[Link]
LES

GÎNÉCOMASTES ET HERMAPHRODITES

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Le D r Émile LAURENT '

PARIS
GEORGES CARRÉ, ÉDITEUR’
3, RUE RACINE, 3

1894

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GYNÉCOMASTES ET HERMAPHRODITES
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LES

BISEXUÉS
GYNÉCOMASTES ET HERMAPHRODITES

Le D r Emile LAURENT

PARIS
GEORGES CARRÉ, ÉDITEUR
3, RUE RACINE, 3

1894
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Coll. welMOmec
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No.
AVANT-PROPOS

Les gynécomastes et les hermaphrodites ne sont pas


seulement des êtres curieux à étudier pour le biologiste

et le philosophe tératologue; ce sont encore des êtres


appelés à vivre en société ;
ils sont, par conséquent,

dignes de fixer l’attention du psychiatre et du psycho-

logue.

Ils constituent aussi pour le médecin légiste et le ma-


gistrat un important problème. J’ai pensé qu’il ne serait

pas sans intérêt de condenser dans un volume unique


tous les documents épars publiés sur ces malformations.

Je n’ai réservé qu’une petite place à la question mé-


dico-légale de l’hermaphrodisme, qui est bien connue.

Je me suis préoccupé par-dessus tout du côté psychique,


que les auteurs avaient, jusqu’ici, laissé un peu dans
l’ombre.

J’ai envisagé l’hermaphrodite, non pas comme une


pièce anatomique, mais comme un individu vivant de la

vie psychique et sociale.


6 AVANT-PROPOS
Je me suis arrêté avec trop de complaisance peut-être
à l’étude de la gynécomastie.

Voici pourquoi.

J’ai, en quelque sorte, fait mienne celte curieuse


question. En l’abordant pour la première fois, lors de

ma thèse inaugurale, je rappelais, en me les appliquant,


les vers de Lucrèce :

Avia Pieridum peragro loca nullius ante ,

Trita solo : juvat integros accedere fontes


Alque haurire...

J’étais, en effet, un des premiers. Depuis, je suis re-

venu, à plusieurs reprises, sur le même sujet 1


.

Je n’ai pas la prétention d’avoir résolu ces délicates

questions; mais j’ai fait de mon mieux. Si j'ai pu jeter

un peu de lumière sur la psychologie des hermaphro-


dites et des gynécomastes, je me tiendrai pour satisfait.

Février 1894.
Émile Laurent.

Voyez
1. Émile Laurent. De la Mammite douloureuse hypertro-
:

phique chez l'homme. In Gazette médicale de Paris 1888. ,

Émile Laurent. Les Gynécomastes Thèse Paris, 1888. .


,

Émile Laurent. De la Mammite des adolescents et des adultes. lu


Gazette médicale de Paris ,
1889.
Émile Laurent. De l'Hérédité des Gynécomastes. lu Annales d'hygiène
publique et de médecine légale 1890. ,
PREMIÈRE PARTIE

F
CHAPITRE PREMIER

HISTORIQUE

La gynécomastie semble avoir été connue même dans les

temps anciens, puisque le terme de gynécomastie appar-


tiendrait à Galien, qui l’emploie le premier dans sa
403 e définition.
Aristote 1
raconte qu'il a vu des hommes à mamelles. Paul
d’Egine parle des mamelles hypertrophiées et il décrit
même un procédé opératoire pour les enlever. Il est égale-
ment question de cette anomalie dans les ouvrages d'Albu-
casis. Plus près de nous, Buffon, dans son histoire natu-
relle de l’homme, prétend en avoir observé quelques cas.
De même Schacher dans son traité De lacté virorum et vir-

ginum.
Mais aucun de ces auteurs ne fournit d’observation
détaillée ni même de fait précis. Le premier cas que nous
trouvions signalé d’une façon un peu plus scientifique est
celui du vigneron champenois Martineau, dont l’histoire
est rapportée en quelques lignes dans le Journal de Verdun
du mois d’octobre 1771.

1. Histoire des animaux. Liv. III, chap. xx.


10 LES BISEXUÉS

II

Bédor médecin de la marine, donne la première obser-


l
,

vation vraiment complète et intéressante que nous possé-


dions sur ce sujet. Un peu plus tard, Villeneuve expose
assez bien les idées de l’époque .

En 1836, Bédor, alors chirurgien de l’ Hôtel-Dieu de


Troyes, revient sur le même sujet et rapporte brièvement
5
trois faits nouveaux .

En 1852, Robelin en dit quelques mots dans sa thèse;


Horteloup y consacre quelques pages dans la sienne, en 1872.
En 1877, nous trouvons les remarquables observations
4
publiées par Lacassagne, Lereboullet, Martin et Jagot .

III

En 1880, Olphan, dans sa thèse inaugurale, étudie le

premier la gynécomastie avec quelques détails 5


.

Tout en reconnaissant la valeur incontestable de ce tra-


vail, je dois avouer que plusieurs des observations d’Olphan
ne sont pas des observations de gynécomastie, qu'il a con-
fondu la gynécomastie avec d’autres lésions, en particulier
avec l’hypertrophie douloureuse de la mamelle, ce qui l’a

amené à tirer des déductions étiologiques et pathogéniques


que je crois erronées. De plus Olphan, en étudiant la gyné-

1 . Journal de médecine de chirurgie et de pharmacie octobre 1812.


, ,

2. Art. Gynécomastie du Dictionnaire en 60 volumes.


3. Gazette médicale de Paris.
4. Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie.
5. Un mot sur la gynécomastie ou hypertrophie de la glande mammaire
chez l'homme. Th. de Paris.
HISTORIQUE II

comastie seulement au point de vue étiologique et anatomo-


pathologique, a laissé dans l’ombre plusieurs points impor-
tants de cette intéressante et délicate question.

Enfin, j’ai encore trouvé, disséminées çà et là, quelques


notes ou quelques observations dans les journaux français
et surtout dans les journaux anglais et allemands.
CHAPITRE II

DÉFINITION DE LA GYNÉCOMASTIE

Presque tous les auteurs qui ont parlé plus ou moins


longuement de ce sujet, se basant sur la simple étymologie
(yuvv) ,
femme — ixocaTo;, mamelle), ont défini le gynécomaste :

un homme qui a des mamelles comme une femme. Cette


définition est vague et incomplète. On cite en effet des
exemples d'hommes ayant eu de grosses mamelles et qui
cependant n’étaient pas des gynécomastes.
De plus, en lisant les observations d’hermaphrodisme,
j’ai remarqué que la gynécomastie était très fréquente chez
les hermaphrodites mâles. Le D r Mottet me citait derniè-
rement encore l’observation d’un individu muni d’un rudi-
ment de verge perforée, encastrée entre deux grandes
lèvres, avec cul-de-sac au-dessous, individu qui a joué le
rôle des deux sexes et qui présentait des mamelles très
développées. J’en ai moi-même observé un cas à l’asile
d’aliénés de Sainte-Anne.

II

Le gynécomaste proprement dit, comme l’ont compris


14 LES BISEXUÉS

presque tous les auteurs anciens et modernes qui ont écrit


sur ce sujet, n’est pas un hermaphrodite. Le gynécomaste
estun mâle chez qui les organes sexuels ne sont pas arrivés
à leur développement normal et parfait, et les mamelles
sont le seul attribut physique de la femme qu’il possède.
Chez l’hermaphrodite, comme chez le gynécomaste sans
doute, y a déviation du type spécifique; mais chez
il le

premier cette déviation est congénitale, tandis que chez le

second, au contraire, elle ne se manifeste qu’à l’époque de


la puberté. Chez le gynécomaste, la nature hésite au moment
de la puberté. Chez l’hermaphrodite, c'est pendant la vie

intra-utérine que la nature hésite et dévie de ses lois

habituelles.

III

Sans parler du développement des testicules et des ovaires,


dans les premiers temps de leur existence, tous les fœtus
humains ont leurs organes génitaux externes conformés de
la même manière, et le type uniforme de cette conformation
est celui de l’organe féminin. Les fœtus mâles comme les
fœtus femelles offrent également l'apparence extérieure
d’une vulve quand ils sont très jeunes : ce qui a permis à
Dutrochet de dire que tout homme a été femme dans le

principe. Mais, suivant la théorie du développement excen-


trique de Serres et suivant « les phases successives d'un
développement qui tend des parties latérales vers la ligne
moyenne », chez les mâles cette vulve se soude pour for-
mer le scrotum et le un excès
pénis; cependant un arrêt ou
de développement d’une des parties peut faire un mâle appa-
rent ou imparfait d’une femelle effective et réciproquement
d’un mâle effectif une femelle apparente : de là de nom-
breuses variétés d’hermaphrodites.
DÉFINITION DE LA GYNÉCOMASTIE 15

IV

liien de tout cela ne se produit chez le gynécomaste qui


naît avec des organes génitaux internes et externes nor-
maux. La gynécomastie est peut-être, si Ton veut, le pre-
mier degré de l'hermaphrodisme, comme les efféminés,

pédérastes passifs, dont parle M. le professeur Brouardel,


ces êtres aux formes adoucies, à la face glabre, au bassin
élargi, à la poitrine arrondie, aux allures féminines, pour-
raient être regardés comme le premier degré de la gynéco-
mastie. Mais ces efféminés ne sont pas plus des gynéco-
mastes que des hermaphrodites.
D'ailleurs j’ai consulté Geoffroy Saint-Hilaire et je n’ai

point trouvé les gynécomastes rangés dans la classification


des hermaphrodites.
La gynécomastie est une anomalie qui consiste dans le
développement exagéré et persistant des mamelles chez
l'homme, au moment de la puberté, avec arrêt de dévelop-
pement plus ou moins complet des organes génitaux externes
et particulièrement des testicules.

Si la délinition des auteurs anciens me semble trop vague


et trop incertaine, je
ne saurais non plus accepter celle que
propose Horteloup, qui ne considérait comme gynécomastes
que ceux qui ont deux seins développés et qui, par la
«

lactation et 1 anatomie pathologique, ont prouvé que ces


seins étaient tonnés d’éléments glandulaires ». Évidemment
Horteloup définit la gynécomastie d'une façon encore plus
16 LES BISEXUÉS

strictement étymologique que les anciens, mais sa défini-


tion est trop étroite; car alors la gynécomastie n’existerait
pas ou, dans ce cas, il faudrait donner un autre nom aux
individus que nous étudions.

VI

Je ne saurais encore moins accepter la définition donn ée


par Olphan. « Le gynécomaste, dit-il, est un individu du
sexe masculin présentant, dans l’immense majorité des cas,
les attributs extérieurs de la virilité dans les formes cor-
porelles, le visage, la voix; ayant assez souvent les organes
génilaux intacts, présentant l’aptitude à la fécondation et

ayant avec cela, ordinairement sur deux côtés de la poi-


les

trine, quelquefois sur un seul, une tumeur dont la grosseur


varie depuis le volume d’un œuf de poule jusqu’à celui de

la tête d’un fœtus à terme. »

VII

Cette définition me semble absolument fausse, contraire


à toutes les données étiologiques, et en contradiction avec
les faits cliniques.

Ces préliminaires posés, j’essaierai de compléter et de


délimiter la définition trop vague ou trop étroite des
auteurs, et je dirai :

La gynécomastie est une anomalie qui consiste dans le déve-


loppement exagéré et permanent des mamelles chez l'homme ,

au moment de la puberté ,
avec arrêt de développement des
testicules.
CHAPITRE III

L’ÉVOLUTION SEXUELLE ET MAMMAIRE


DE LA PUBERTÉ

Jusqu’à l’époque de la puberté, les individus des deux


sexes ne présentent en général aucune différence sous le

rapport du volume et de la forme des mamelles. Chez le

jeune homme impubère, comme chez la jeune fille qui n’est


pas encore développée, les mamelles ne consistent qu’en
deux espèces de tubercules rougeâtres, les mamelons, et

une aréole couleur brunâtre et à surface inégale. Mais,


vers l’époque de la puberté, cette parité entre l’un et l’autre
sexe cesse complètement; chez le jeune homme, cette
époque ne détermine aucun phénomène sensible, si ce n’est,
disent quelques auteurs, un engorgement passager du tissu
cellulaire, quelquefois accompagné de légères douleurs;
tandis que, chez la jeune hile, en même temps que les
menstrues s’établissent, le sein se développe, s’élève,
s’arrondit, le mamelon prend une couleur rosée, la peau
s’amincit et devient fine et blanche.
Telle est la marche habituelle de la nature. Mais il est

2
18 LES BISEXUÉS

des cas exceptionnels où, obéissant à des causes inconnues


et s’écartant des lois uniformes qui président au développe-
ment des êtrhs, elle produit ces anomalies qui confondent
l’esprit de l’observateur et le raisonnement du philosophe.

II

Un jeune garçon, sans avoir rien présenté de particulier


dans sa conformation physique ou morale, si ce n'est un
peu de timidité, des allures et des goûts un peu féminins,
arrive à l’âge de la puberté. On croit que, comme tous ses
camarades, cet enfant va devenir un homme que ;
ses
formes vont prendre un rapide développement, ses muscles
faire saillie sous la peau de ses membres, les traits de son
visage devenir énergiques, son menton se recouvrir de
barbe ;
que son épithélium génital va se développer et

qu’en même temps ses testicules et sa verge vont prendre


un accroissement remarquable ;
on croit que ses goûts vont
changer et qu’un instinct secret va le pousser à la recherche
du sexe opposé. Eh bien ! chez ce garçon, il n’en sera rien.
Arrivé à la puberté, il semble que chez lui la nature hésite.
Ses membres restent grêles, ses formes adoucies, son visage
reste glabre et ses testicules cessent de s’accroître; il fuit
le bruit et la société de ses semblables, sans avoir d’attrait
pour l’autre sexe, puis sa poilrine s’arrondit et ses seins se

développent comme ceux d’une fille pubère. Sans être ce


qu’on est convenu d’appeler un hermaphrodite, ce n’est
qu’un homme incomplet et une femme manquée; c’est ce
qu’on appelle un gynécomaste.
CHAPITRE IY

LES CAUSES DE LA GYNÉCOMASTIE

Au dire d’Aristote, la gynécomastie serait surtout fré-

quente chez deux espèces : l’homme et la chèvre. On cite

en effet plusieurs exemples de gynécomastie chez le bouc.


Aristote lui-même en rapporte un cas. A Lemnos, dit-il, un
bouc donnait par les mamelles du lait assez abondamment
pour en faire de petits fromages. Ce bouc couvrit une
femelle et donna naissance à un autre mâle qui eut égale-
ment du lait; mais ces faits sont extrêmement rares, et ces
singularités, ajoute-t-il, sont regardées comme des pré-
sages : l’oracle ayant été consulté sur le bouc de Lemnos,
le dieu répondit qu’il annonçait un accroissement de for-
tune b
Néanmoins, le D Weickard, médecin du prince de Fulde,
r

a fait imprimer à Francfort, en 1775, des Observationes


medicæ où il rapporte avoir vu un bouc qui donnait du lait

dont on fit du beurre et des fromages.


Geoffroy Saint Hilaire rapporte un fait semblable, observé

1. Aristote. Histoire des animaux, livre III, [Link], p. 163. Traduction


Camus.
20 LES BISEXUÉS

au Jardin des Plantes, et Georges Pouchet a vu aussi un


bouc allaiter ses jeunes. On ne cite aucun exemple dans les

autres espèces animales, ce qui semblerait donner raison à


Aristote.

II
»
\

« Il n’est pas extrêmement rare, dit Villeneuve, de ren-


contrer dans le monde de ces hommes à mamelles plus ou
moins volumineuses, montrées par les uns avec une sorte
d'ostentation, cachées par d’autres avec une réserve toute
particulière. » Malgré cette affirmation, Olphan croit que
« lesbeaux spécimens du genre sont rares ».
Néanmoins, Krafft-Ebing prétend que la gynécomastie est
assez fréquente, et il rapporte le fait suivant.
Un médecin, atteint d’inversion du sens génital, a constaté
que, chez les six cents invertis avec lesquels il avait eu des
relations, le développement des seins n’était pas chose
rare. Il affirme qu’il a eu lui-même, de treize à quinze ans,
du lait dans ses glandes mammaires, lait que son amant
suçait.
•>

III

Mais pourquoi certains hommes ont-ils des mamelles?


Question éminemment obscure, et encore irrésolue. « On
ignore absolument pourquoi quelques hommes ont des
mamelles, dit encore Villeneuve, comme on ignore pour-
quoi certaines femmes ont le visage couvert de barbe. »

Quelques auteurs ont cru à l’influence ethnique. Pline


l’Ancien fait allusion quelque part à certaines races afri-
caines qui avaient une mamelle femelle d’un coté, et une
mamelle mâle de l’autre; d’autre part, d'après la thèse de
LES CAUSES DE LA GYNÉCOMASTIE 21

Robelin, « si l’on en croit quelques voyageurs, le bas peuple


de la Russie présenterait souvent cette anomalie, et il est

écrit quelque part qu'il en est de meme chez les Brésiliens.


Dans ces cas, la mamelle présente tous les caractères d’un

sein de femme bien conformé. Le développement commence


vers l’âge de la puberté, souvent il ne tarde pas à s’arrêter,
mais d’autres fois il continue à se faire, et l'on voit alors
des mamelles saillantes, avec une aréole et un mamelon bien
développé. Point de gêne, point de douleur dans l’organe
hypertrophié ».

11 semble bien qu’il s’agisse là de gynécomastie, mais ces


faits trop succincts auraient besoin d'être contrôlés, et on
ne saurait encore en tirer aucune déduction.

IV

Mais il est un point sur lequel presque tous les auteurs se


sont entendus : c’est que les gynécomastes sont très sou-
vent lymphatiques ou scrofuleux. Villeneuve insiste sur ce
point, et Bédor va plus loin encore, puisqu’il déclare que la

gynécomastie est un signe pathognomonique de la scrofule.


Je crois cette affirmation un peu hasardée; mais, quoi qu’en
dise Olphan, je crois qu’elle contient une part de vérité.
En effet, Bédor a observé quatre fois la gynécomastie chez
des scrofuleux ou des lymphatiques, Villeneuve deux fois;
on trouve encore ce fait fréquemment noté dans les obser-
vations des autres auteurs.

Peut-on incriminer l’hérédité? La gynécomastie est-elle


héréditaire ?
oo
— LES BISEXUÉS

Sans être constante, la chose n’est pas douteuse. Pour-


quoi un dégénéré ne transmettrait-il pas à sa descendance
ce stigmate de dégénérescence physique, pourquoi n’engen-
drerait-il pas des gynécomastes à son image, comme le stra-

bique engendre des strabiques, comme le prognathe et le

plagiocéphale engendrent des prognathes et des plagiocé-


phales? Cependant cette transmission de la gynécomastie
du père au fils est relativement peu fréquente. La raison
en est des plus simples. Le gynécomaste est souvent un
infécond, un être impropre à la reproduction : alors sa race
s'éteint avec lui. Néanmoins, si son système génital est peu
atteint, si ses testicules sécrètent un sperme fécondant, il

pourra engendrer des individus atteints de la même ano-


malie que lui, mais avec un pas de plus peut-être vers la

déchéance complète, au point de vue sexuel.


Handyside d’Edimbourg 1
rapporte l'histoire d’une famille
de cinq enfants, dont trois étaient des gynécomastes poly-
mastes. Or leur père avait présenté, à l’âge de cinquante ans,
une hypertrophie de la mamelle. Hypertrophie de quelle
nature ? L’auteur ne le dit pas.

Le sujet observé par Bédor avait également un frère


atteint de la même anomalie.
Enfin, voici un fait fort curieux, qui m’est personnel. On
y voit la gynécomastie se transmettre successivement à trois
générations.
D..., trente-cinq ans, métreur, né à Rouen. Son grand-
père paternel avait des seins volumineux. C'était un homme
sobre et avare. Son père buvait de grandes quantités de vin
sans s’enivrer. Le volume de ses seins était encore plus
exagéré que chez le grand-père. Son grand-père maternel
est mort à soixante-douze un alcoo-
ans, paralysé. C’était
lique. 11 buvait des quantités énormes d’eau-de-vie du

Calvados. Sa mère est encore vivante. C’est une femme peu

1. Ilandyside. Journal of Anatomy and Physiology novembre


,
1S70.
LES CAUSES DE LA GYNÉCOMASTIE 23

nerveuse, mais ayant souvent des préoccupations hypochon-


driaques.
Tous ses oncles, ses tantes, ses cousins, sont des indivi-
dus très robustes et très bien musclés. Une de ses tantes
est alcoolique.
Sa famille se composait de neuf enfants; il est le seul qui

ait survécu. Tous sont morts en bas âge, quelques-uns de


méningite.
D... avait les seins volumineux en naissant; ils ont en-
suite augmenté petit à petit.

Dès son enfance, ils’adonna aux pratiques de l’onanisme.


A douze ans et demi, il avait l m ,53 de taille, pesait 04 kilo-
grammes et se payait sa première femme. Au moment du
tirage au sort, il pesait 93 kilos ;
il fut réformé pour obésité
(il
y a plusieurs obèses dans sa famille, et une de ses tantes
pèse, dit-il, plus de 100 kilogrammes).
D... a fait beaucoup d’excès de boisson dans son pays.
Cependant il n’a jamais eu de pituites. Depuis quelque
temps, d’ailleurs, il a dû supprimer l’alcool et se mettre au
régime du café, pour lutter contre son obésité.
D... se maria vers l’âge de vingt-quatre ans. Il remplis-
sait ses devoirs conjugaux très brillamment, m’a-t-il dit,

suffisamment, m’a dit sa femme. Il eut trois enfants.


1° Un garçon, mort â trois ans de méningite. Il était gyné-
comaste. De plus, c’était un enfant déjà plein de mauvais
instincts. A la naissance de son petit frère, il fut pris d’une
telle jalousie et d’une telle colère qu’il voulait qu’on le jetât
à l’eau, refusant de parler et de manger;
Un autre garçon, mort en bas âge de péritonite;
3° Un garçon aujourd’hui âgé de sept ans. En naissant, il

avait déjà % les seins


volumineux; au dire de sa mère, ils
étaient gros comme des noix et, dans les jours qui suivirent
la naissance, le mamelon laissait suinter un liquide lactes-
cent. Aujourd hui, comme j’ai pu le constater moi-même,
ses seins ont le volume d’une mandarine. A la palpation,
24 LES BISEXUÉS
on sent une masse lobulée, nullement douloureuse. Aucun
liquide ne suinte plus par le mamelon. Chez cet enfant, le
tissu adipeux est déjà très développé, et il marche, comme
son père, vers l’obésité. Son intelligence, déjà médiocre,
aurait encore été amoindrie par une affection récente que
ses parents qualifient de méningite. Sa mémoire a beaucoup
diminué; il savait lire, il atout oublié. Écervelé, étourdi,
il se livre à la masturbation plusieurs fois par jour.
D... sait lire et écrire. C’est un homme très vigoureux,
aux muscles solides, de l m ,63 de taille, au dos large, au
ventre un peu gros, au visage couvert de barbe. Les
membres et la poitrine sont également très velus. Il a de
bonnes dents, mais très écartées, en forme de grille d’égout.

Ses seins ont le volume d’une orange. A la palpation, on


sent une épaisse couche de graisse et dessous un gâteau
glanduleux, gros comme une mandarine. Les mamelles sont
tlasques et pendantes. La peau qui les recouvre n’est ni
plus mince, ni plus douce, ni plus blanche que dans les
parties environnantes. Il existe une aréole brune assez
colorée, avec de petits tubercules saillants. Le mamelon est
petit et plus semblable à celui de l’homme qu’à celui de la

femme.
Le volume des testicules est un peu au-dessous de la
normale. La verge, à l’état flasque, n’a que 4 centimètres et
demi de long et 8 centimètres de circonférence. Les poils du
pubis sont longs, mais peu fournis.
Chez cet individu, la gynécomastie est évidemment héré-
ditaire. Seulement l’anomalie, au lieu d’attendre la puberté

pour se manifester, est apparue dès la naissance. Ce n’en


est pas moins un stigmate de dégénérescence. Le dernier
rejeton en est la preuve.
LES CAUSES DE LA GYNÉCOMASTIE 25

YI

Mais ce qu'il est beaucoup plus fréquent de rencontrer


chez les ascendants des gynécomastes, ce sont ces tares ner-
veuses qu’on rencontre à l’origine de toutes les dégéné-

rescences. Un vésanique, un épileptique, un hystérique, un


alcoolique engendrent des dégénérés; parmi ceux-ci, 1 un
sera un un névrosé ou un détraqué, l’autre
aliéné, l’autre

un criminel peut-être, l’autre enfin, mal conformé physi-


quement, un prognathe, un plagiocéphale, un strabique, un
hypospade, un gynécomaste.
Voici emprunté à Magnan Nous voyons
un premier fait
1
.

naître, d’un père déséquilibré et d’une mère hystérique, un


gynécomaste, un débile qui présente des accès délirants.
S..., âgé de trente ans, est issu de germains; sa grand'-
mère maternelle et sa mère sont hystériques; son père, mal
équilibré, se faisait remarquer par des accès de colère et

des emportements que rien ne justifiait.

Sa sœur est mélancolique.


Quant à lui, venu à terme,, il a eu des convulsions dans
l’enfance; d’une intelligence au-dessous de la moyenne, il a
acquis avec difficulté une instruction élémentaire; il sait

toutefois lire, écrire et compter d’une manière satisfaisante.


Il a appris, au sortir de l’école, le métier de peintre sur por-
celaine et, au bout de plusieurs années, il a fini par devenir
un ouvrier ordinaire.
Il est habituellement très impressionnable, irritable ;
dans
les rues, il est souvent pris de craintes ^vagues, il redoute
des accidents dans l’enfance,
;
il croyait parfois, en mar-

Magnan. Communication faite à la Société médico-psychologique.


1.

Séance du 28 février 1887. Archives de neurologie, t. III, p. 416,


mai 1888.
26 LES BISEXUÉS

chant, qu'il allait perdre l’équilibre; il lui semblait par


moments qu'il s’enlevait au-dessus du sol. 11 s'est senti à
diverses reprises poussé à frapper; il prenait tout à coup
des objets et les brisait: « Je deviens enragé, disait-il, je
briserai tout. » Il avait confié à son frère un revolver qu'il

ne voulait plus garder, ne se sentant plus maître de lui et

redoutant de faire usage de cette arme, soit contre les autres,

soit contre lui-même.


Dans les derniers temps, en proie à des préoccupations
hypochondriaques, il avait rapidement présenté des halluci-
nations, des troubles de la sensibilité générale et des idées
de persécution; très excité sous l’influence de ce délire, il

avait été amené à l’asile le 28 février 1885; il en est sorti au


bout de trois mois, guéri de son accès délirant, mais non
de sa déséquilibration mentale.
Il présente une atrophie considérable des testicules, qui
sont réduits au volume d’un haricot; les bourses et le scro-
tum sont très peu développés; la verge est petite, mais
l’extrémité antérieure relativement volumineuse, probable-
ment à la suite des manœuvres de masturbation. Il a du
penchant pour les femmes, recherche leur société, et il

vivait avec une maîtresse quand il a été pris de délire. Ses


seins sont du volume d’une grosse mandarine, l'aréole est

assez étendue, mais le mamelon est petit comme celui de


l’homme. Le ventre est proéminent, arrondi, mais le bassin
a les apparences masculines. Le larynx est peu saillant, la
voix féminine. Les poils, d’un blond pâle, sont fins et peu
abondants.
Voici maintenant un autre fait qui m'est personnel. Un
épileptique engendre des gynécomastes et des hermaphro-
dites. Je crois qu'il faut invoquer comme cause de ces dé-
générescences la tare épileptique chez le père.
J... ne peut donner de détails sur ses grands-parents. Il

sait seulement que son grand-père paternel s’est marié trois

fois : lors de son dernier mariage, il avait soixante-douze


LES CAUSES DE LA GYNÉCOMASTIE 27

ans et sa femme vingt-six. Un an après, celle-ci lui donna


un fils qui, de l’avis général, serait de lui : c’est le père de
notre sujet.
Son père, qui était gardien à la Roquette, était un homme
sobre, et sujet à des attaques nerveuses pendant lesquelles
il perdait connaissance ;
il s'agit probablement d’attaques
d’épilepsie. 11 est mort tuberculeux.
Sa mère est une honnête femme, encore vivante et bien
portante.
La famille se compose de neuf enfants.
1° Une fille âgée de trente-huit ans, mariée et bien por-
tante, mais nerveuse, violente et coléreuse. Elle vit séparée
de son mari, qui l'a abandonnée pour une autre, gagnant
laborieusement sa vie comme dentellière et élevant péni-
blement ses cinq enfants. Un de ces enfants, le plus jeune,
est déclaré sur les registres de l’état civil comme fille, mais

on serait maintenant très embarrassé pour se prononcer


sur son sexe et on pourrait tout aussi bien le prendre pour
un garçon. Les quatre autres sont bien portants et ne pré-
sentent rien de semblable.
2° Un enfant mort en bas âge. J... ne sait pas de quoi, et
il a même oublié son sexe.
3° Un garçon mort à trois ans et demi, présentant des
malformations des organes génitaux.
4° Une fille âgée de trente ans, nerveuse, violente, mais
bonne au lond. Elle a eu des attaques de nerfs jusqu’à vingt-
deux ans, époque de sa première couche. Ces attaques se
manifestèrent pour la première fois à la suite d’une peur.
Elle n est point mariée et a eu trois enfants morts en bas

âge, probablement de méningite tuberculeuse. Actuellement


elle est encore enceinte.
3° Un garçon sobre, marié, père de deux enfants bien
conformés.
fi° et 7° Deux petites filles mortes en bas âge; on ne sait
pas de quoi.
28 LES BISEXUÉS
8° Une
âgée de vingt-six ou vingt-sept ans, également
fille

mal conformée. C’est un être vicieux, débauché et ivrogne.


Elle commença d’abord par se montrer comme curiosité
dans les fêtes foraines; puis elle se fit actrice d’ordre infé-
rieur, jouant aux Bouffes-du-Nord ou accompagnant les
troupes en tournées. Elle s’habille tantôt en homme, tantôt
en femme, servant indistinctement d’amant ou d’amante,
également recherchée des matrones lubriques et des vieux
libertins. En ce moment, elle vit « collée » avec une femme
et, au dire de J..., « elles ont de quoi se satisfaire large-
ment l’une l’autre, et de mille façons ».

9° Enfin notre gynécomaste.


J... a une tante maternelle très sujette aux migraines.
De plus sa mère leur a souvent raconté qu’une de ses petites-
cousines était probablement mal conformée. On prenait,
dit-il, toutes sortes de précautions pour lui rabattre ses
jupons quand elle jouait ou quand elle urinait. On a cru
que cette pudeur exagérée n’avait d’autre but que de dissi-
muler une infirmité.
Je donnerai l’observation personnelle et détaillée de cet
individu dans un des chapitres suivants.
Enfin le D r
Guillot me citait l’exemple d’un jeune homme
de vingt- trois ans, fils d'une névropathe, qui, à l’âge de
quinze ans et demi, a vu ses mamelles prendre un accrois-
sement considérable; au bout de dix mois, elles avaient
acquis le volume de celles d’une fille pubère, volume
qu’elles ont toujours conservé depuis. Cet accroissement
s’est fait sans douleur et sans amener aucune espèce de
sécrétion. Ces mamelles présentent un mamelon rosé aux
environs duquel sont implantés quelques poils longs et
isolés.

La verge normalement développée; cependant les tes-


est
ticules sont un peu plus petits que d’habitude, le pubis est

garni de poils, mais ils remontent moins haut que chez la


plupart des hommes de cet âge. Le bassin est large et évasé.
LES CAUSES DE LA GYNÉCOMASTIE 29

Les saillies musculaires sont peu prononcées et le tissu

adipeux très développé.


On voit sur la poitrine un léger duvet, mais pas de poils.

H... a une figure imberbe, juvénile ;


il paraît à peine dix--

sept ou dix-huit ans. Le timbre de sa voix est élevé; c’est


un garçon coquet, efféminé, à démarche nonchalante,
la

aimant passionnément les fleurs et les odeurs. Il a la manie

de l’ordre et chez lui il range tout avec une exagération


ridicule.

YII

L’alcoolisme, qu’on retrouve toujours et partout, l’alcoo-


lisme, l’alpha et l’oméga de toutes les dégénérescences, se
retrouve aussi à l’origine de la gynécomastie.
Voici un fait où cette influence ne saurait être douteuse.
Un alcoolique mort de delirium tremens engendre un dé-
bile gynécomaste.
D..., vingt ans, né à Puteaux (Seine), sans profession.
Son père était un ivrogne; il est mort dans un accès de deli-

rium tremens. Sa mère est morte d’une affection cardiaque.


Bien qu’âgé de vingt ans, D... n'en paraît guère plus de
seize. Il est d’une taille peu élevée. Ses formes sont effé-

minées; cependant, il est assez bien musclé, mais plutôt


comme une femme que comme un homme. Le panicule adi-
peux sous-cutané n'est pas développé d’une façon exagérée.
La tête est petite, les yeux sont vifs, la bouche grande, le
teint coloré.

Le système pileux est peu développé. Le visage est


imberbe; on distingue à peine quelques poils de barbe sur
la lèvre supérieure. Les membres sont complètement
glabres. y a quelques poils follets sur la région sternale.
Il

Le pubis est assez bien garni, mais, comme chez la femme,


les poils s’arrêtent brusquement et forment un triangle très
30 LES BISEXUÉS

nettement délimité. La peau est blanche et manifestement


plus délicate que chez la plupart des hommes de cet âge.
Chose assez singulière chez un individu de cette espèce,
D... n’est pas tatoué.

La voix a un timbre caractéristique. On fait chanter le

sujet: on croirait entendre la voix grêle et aiguë d’une


fillette de douze ou treize ans.
En examinant la bouche, on s’aperçoit qu’il existe encore
des dents de la première dentition, qui aurait été retardée,
au dire du sujet. La seconde dentition aurait été également
retardée. A la mâchoire supérieure, il existe des intervalles
entre les incisives et les canines; lorsqu’il rit, sa bouche
ressemble, pour employer une comparaison un peu triviale
mais juste, à une grille d’égout.

La verge est normalement conformée, mais elle est très

courte et plus petite que d’habitude. Les bourses sont


larges; les testicules sont manifestement plus petits que
chez la plupart des adolescents de cet âge. L’épididyme est
normalement placé; il ne mesure que 2 millimètres dans
son plus grand diamètre. Le crémaster fonctionne bien ;

nous le voyons se contracter sous nos yeux. D... prétend


qu’il n’a jamais vu de femmes. Mais il a des érections fré-
quentes et il avoue que, depuis l’âge de seize ans, il se mas-
turbe environ deux fois par semaine. 11 a des éjaculations.
La poitrine est arrondie et fait saillir un peu la chemise.
Les mamelles, grosses comme des oranges, sont développées
à peu près comme celles d’une fille de quinze ans. La peau
qui recouvre la glande est blanche, fine, et présente quelques
poils longs et durs. A la palpation, on a la sensation de la
graisse.
Les deux mamelles sont d’égal volume.
Le mamelon est très bien développé, d’une couleur rosée ;

autour on aperçoit quelques petites saillies rappelant les


tubercules de Montgomery. On ne voit pas le lacis de veines

bleues sous-cutané, comme chez la femme.


LES CAUSES DE LA GYNÉCOMASTIE 31

D... est peu intelligent. Bien qu’il soit allé longtemps à


l’école, il sait à peine lire et compter; il ne connaît même
pas la table de Pythagore; il ne sait pas écrire. On n'a

jamais pu lui apprendre aucun métier. A la prison de la

Santé où je l’ai vu, on l'occupe à faire du papier de dentelle,


travail qui ne demande aucune intelligence ni aucune
adresse. 11 suffit de poser une feuille de papier sur une
matrice où est gravé un dessin quelconque et de frapper
avec un marteau en plomb jusqu’à ce que le dessin se soit
découpé dans la feuille de papier.
De plus, D... est un vagabond et un habitué des prisons.
Il a déjà subi cinq condamnations pour maraudage,
vagabondage, vol à l’étalage. Il ne témoigne aucun regret;
aussitôt sorti, il recommencera et se fera enfermer de
nouveau.

VIII

A côté de ces causes puissantes de dégénérescence, on


en trouve d’autres moins actives, mais néanmoins encore
singulièrement efficaces. On les retrouve aussi dans Pétio-
logie de la gynécomastie. Faneau de Lacour 1
a montré que
les tuberculeux, et surtout les issus de tuberculeux, sont
souvent des efféminés, et que chez eux les mamelles
acquièrent quelquefois un développement anormal. 11 cite

en particulier deux faits où il s’agit manifestement de


gynécomastes.
R... (Emile), vingt-deux ans, parqueteur.
Famille. — Sa mère est morte d'une hypertrophie du
cœur, à l’âge de vingt-trois ans. Son père existe encore: il a
cinquante-six ans.

1. Faneau de Lacour. Du féminisme et de l'infantilisme chez les


tuberculeux. Paris, 1871. Thèse inaugurale.
32 LES BISEXUÉS

Antécédents. — Il a eu une jeunesse maladive.


Début. — Tousse depuis quatre mois.
Etat actuel. — Poumon droit: respiration prolongée.
Poumon gauche. — Craquements; crachats nummulaires
caractéristiques. Sueurs assez abondantes la nuit.
Système pileux. — Cheveux bruns, remarquablement longs
et fins, abondants sourcils
;
très fournis ;
cils très longs et très

fins.

Barbe. — Moustaches médiocrement fournies; absence


presque complète de poils sur les autres parties de la face.
A peine quelques poils sur la poitrine.
Poilsdu pubis suffisamment développés et bien fournis.

Dents normales et très belles.


Ongles légèrement courbés, mais pas d’une façon caracté-
ristique.
Organes génitaux. — Testicules manifestement moins
développés qu'à l’état normal, de la grosseur d’un œuf de
moineau; véritable microrchidie ;
verge peu développée.
Bourses tombantes, longues. Mamelles très développées.

Le mamelon est aussi très saillant et très développé ;


l’aréole,

fortement pigmentée, tranche, par sa couleur brune, sur la

décoloration de la peau qui recouvre la glande.


La glande mammaire présente un développement exagéré.
Le malade nous dit qu’à l’âge de quatorze ou quinze ans, il
eut les mamelles douloureuses, surtout celle du côté gauche.
Cet état dura six mois, pendant lesquels les seins, surtout
le gauche, se développèrent considérablement.
La douleur disparut, mais le gonflement persista.
Aspect général. — Ce malade présente une gracilité de
formes tout à fait remarquable; il a le pannicule adipeux
sous-cutané très développé ;
ce que nous n’avons pas trouvé
chez la plupart des autres individus de sa catégorie.
La cause en est due apparemment à l’époque récente du
début; nul doute que, lorsque quelques mois auront passé
sur sa tête, les sueurs profuses et les expectorations auront
LES CAUSES DE LA GYNÉCOMASTIE 33

fait disparaître cette couche graisseuse qui, actuellement,


imprime au malade un cachet féminin si caractéristique.
Yoici maintenant la seconde observation.
M... (Jules), vingt-cinq ans, ferblantier à Paris.

Famille .
— Son père est mort à vingt-deux ans de la suette
miliaire; sa mère est morte à vingt-cinq ans, tuberculeuse.
Antécédents. — Pendant son enfance, il était délicat,

malingre, fuyant tous les exercices fatigants.


A cette époque, sans tousser continuellement, il avait

cependant tous les hivers un rhume qui durait jusqu’au


printemps.
Début. — H y a quatre ans que la toux est devenue conti-
nuelle. Il eut une pleurésie, y a deux ans.
il

État actuel. — Craquements et gargouillements à droite


et à gauche au sommet.
Système pileux. — Cheveux abondants, fins et souples ;

sourcils noirs, fournis, tranchant sur la pâleur du visage.


Cils d’une longueur remarquable.
Le visage, malgré l’âge du malade (vingt-cinq ans), est
presque glabre, et a l’expression très juvénile. La moustache
est à peine indiquée par quelques poils follets courts; il en
existe également sur le menton et les joues une très petite
quantité.
Poils de la poitrine absents. Poils du pubis normaux en
quantité et en longueur.
Les bras et les jambes sont remarquablement glabres.
Peau. — La peau est blanche, fine, souple comme la peau
d’une femme, le pannicule adipeux sous-cutané est très déve-
loppé; d’où une mollesse remarquable de tous les contours.
Dents. — Le malade nous apprend qu’à l’âge de deux ans,
il n’avait pas encore de dents de lait, du moins c’est ce qu'il
a entendu dire par sa mère.
Même retard dans la seconde dentition, qui n’a eu lieu
qu’à douze ans, et d’une façon incomplète, ainsi que nous
pouvons le constater.

3
34 LES BISEXUÉS

Nous observons en effet plusieurs dents de la première


dentition sur le malade.
La mâchoire supérieure présente trois dents de lait: la

seconde incisive droite, la canine et la seconde incisive


gauches (la canine est cariée, mais il est facile de la recon-

naître pour une dent de lait).

Les autres dents sont pour la plupart cariées, quelques


autres sont complètement détruites.
Ongles.— Légèrement hippocratiques.
Organes génitaux. — Les organes génitaux sont aussi
remarquables que les autres parties de l’organisme chez ce
sujet, qui est véritablement un type du genre.
La verge est microscopique ;
considérée pendant l’état de
flaccidité, elle ne mesure, depuis sa hase jusqu’à son sommet,
que 5 cent. 1/2; sa circonférence à la hase est de 4 centi-
mètres et, à la base du gland, de 3 centimètres environ, toutes
dimensions qui sont celles de l’organe d’un enfant de dix à

douze ans.
Les testicules sont très petits, gros à peine comme des
œufs de moineau, et le scrotum qui les recouvre est lui-

même adapté aces dimensions exiguës.


Mamelles. — Les mamelles sont très développées, l’aréole
fortement pigmentée, saillante comme chez les femmes : on
sent à la main les grains glanduleux de l’organe. Le malade
rapporte qu’à l'âge de quatorze à quinze ans, il a éprouvé
dans les deux seins des douleurs assez vives qui ont duré
cinq à six mois. C’est à cette époque, dit le malade, que les

mamelles ont pris le développement que nous observons


aujourd’hui.
Le développement est remarquable, l’organe présente un
diamètre horizontal d’environ 8 centimètres et un diamètre
vertical d’environ 7 centimètres.
Le segment de sphère que forme la mamelle mesure à
peu près 10 à 11 centimètres d’arc.
Appétits vénériens nuis.
LES CAUSES DE LA GYNÉCOMASTIE 35

Féminisme très prononcé. L’aspect général de cet indi-


vidu est celui d’un jeune homme de dix-sept ans.
Enfin, voici un dernier fait qui m’est personnel, et où l’on
pourrait encore remarquer l’influence héréditaire de la
tuberculose.
A..., vingt-six ans, cordonnier, né à Bordeaux. Son père
est mort tuberculeux. Sa mère est encore vivante et bien

portante.
C’est un vagabond peu intelligent, à la parole lente et

embarrassée, à la physionomie sournoise, sachant néan-


moins lire et écrire. Il prétend s’être peu masturbé et il a
commencé à voir des femmes à l’âge de dix-sept ans. Il

avoue avoir fait pas mal d’excès de boisson.


Il ne se rappelle pas avoir souffert des seins, qui ont grossi
petit à petit. Ils sont à peu près gros comme de petites
oranges, avec une forme conique. La peau qui les recouvre
ne diffère pas sensiblement de celle des régions environ-
nantes. Il existe une aréole brune, très nettement marquée.
Le mamelon est volumineux, saillant, rosé et long d’au
moins 1 centimètre. On dirait qu’il est dans un état d’érec-
tion constant.
La verge est assez longue, mais comme volume elle

paraît au-dessous de la normale.

IX

A côté de la tuberculose, de la scrofule, du lymphatisme,


comme le veulent Villeneuve, Bédor et les anciens auteurs,
je crois qu’on pourrait invoquer l’obésité.
L’obésité, à mon sens, n’est point une cause de gynéco-
mastie, parce qu’elle surcharge de graisse la poitrine et
exagère un peu le volume du sein. Non, car dans ce cas, il

ne s’agirait plus de gynécomastie. En effet, outre cette sur-


36 LES BISEXUÉS

charge graisseuse, on peut observer chez les obèses des


mamelles dont le tissu glandulaire est hypertrophié, hyper-
trophie facile à sentir par la palpation et rendue encore plus
perceptible à la vue par l’exagération du tissu adipeux.
L’obésité agirait alors comme cause dégénératrice.
En voici un exemple.
L..., trente-cinq ans, ferblantier, né à Avranches. Son
père, qui était obèse, est mort d’une congestion cérébrale.
Sa mère est morte d’une pneumonie. Sa sœur est obèse.
L... est un garçon peu intelligent, bavard, querelleur,
sachant néanmoins lire et écrire et gagnant bien sa vie.

D’un caractère nerveux et impressionnable, il se livre


quelquefois à des actes de violence, il est emprisonné pour
avoir cassé la jambe, dans une rixe, à un individu avec qui
il s’était pris de querelle.
Le jour de son entrée en cellule à la prison de la Santé,
L... a été pris d’une sorte d’émotion angoissante et s’est mis
à cracher sang à pleine bouche. Ce phénomène lui était
le

déjà arrivé une autre fois, à la suite d’une vive contrariété.


C’est un de ces faits assez communs d’hystérie pulmo-
naire.
L. .. est obèse. Les seins sont volumineux comme des
oranges, un peu pendants et grossis encore par le tissu

adipeux qui les environne.


Ce développement exagéré des seins se produisit vers
l’àge de seize ans; L... éprouvait alors souvent des dou-
leurs. Mais depuis longtemps il ne ressent plus rien.
Le système pileux est bien développé.
Les organes génitaux sont très au-dessous de la moyenne.
La verge, à l’état flasque, ne mesure que 0 centimètres.
L... aime femmes, mais sans exagération.
les

M. Variot a observé un cas analogue.


C’était un homme obèse, mais ses mamelles étaient déve-

loppées comme celles d’une femme. Ses testicules avaient


la grosseur de petits haricots. Sa verge était également
LES CAUSES DE LA GYNÉCOMASTIE 37

atrophiée. Le pubis était recouvert de rares poils. Le


visage était glabre. La lèvre supérieure était légèrement
velue comme chez les femmes du même âge. La voix était

grêle.
D’après les renseignements fournis par cet homme, il

était carrier, avait été marié une fois, mais très malheu-
reux en ménage: sa femme le trompait avec un voisin, il

l’avait abandonnée.
Il avouait du reste que ses aptitudes génitales étaient
très réduites. De là, peut-être, ses infortunes matrimoniales.

En résumé, toutes les causes de dégénérescence peuvent


être causes de gynécomastie.
En tète marchent la folie, l’épilepsie, l’hystérie, les
névroses, l’alcoolisme et, en seconde ligne, la tuberculose,
la scrofule, l'obésité.

Ainsi donc, de par son hérédité, le gynécomaste est un


dégénéré. Et il en porte en lui les stigmates physiques et
psychiques.

/
CHAPITRE Y

ORIGINES PATHOGÉNIQUES DE LA
GYNÉCOMASTIE

Nous avons dit que, chez le gynécomaste, la mamelle


sTiypertrophie, que le testicule s’arrête dans sa marche
croissante et s’atrophie. Il semble que la nature retire
d’une main ce qu’elle a donné de l’autre. Il semble qu'il

y ait un des deux organes, mamelle ou testicule, qui, com-


mençant son évolution en avant, amène ou accompagne la

régression de l’autre organe.


Ne pourrait-on pas reconnaître là une manifestation de
cette loi du balancement des organes dont parle Geoffroy
Saint-Hilaire? « On peut regarder, dit-il, comme une consé-
quence de cet antagonisme du développement de certains
organes, la possibilité de la réunion chez le même sujet
de deux anomalies de volume : l’une par diminution, l’autre
par augmentation. On a souvent observé ce genre particu-
lier de balancement des organes 1 .» C’est ce que Goethe
avait déjà dit : « Une somme dépensée dans le budget de

i. I. Geoffroy Saint-Hilaire. Histoire des anomalies de l'organisme ,

t. I, p. 216 .
40 LES BISEXUÉS

la nature en faveur de la mamelle exige de l’économie


dans l’organe de la génération ».

Selon Olphan, cetle idée de balancement ou de force


compensatrice entre les deux organes doit être rejetée; elle
ne satisfait pas l’esprit.

Nous croyons cependant que la théorie de Goethe et


de Geoffroy Saint-Hilaire est vraie, au moins en partie, et
que Olphan s’est trompé. Et, en effet, Olphan refuse
d'admettre cette idée parce que, dit-il, elle est en contra-
diction avec les faits. Selon lui, beaucoup de gynécomastes
ont des organes génitaux normaux et tous les caractères
de la virilité. Donc il n’y a pas de balancement.
Mais, si on passe en revue les observations rapportées
par Olphan, on s’aperçoit vite que, dans tous les cas de
vraie gynécomastie, il
y a atrophie plus ou moins complète
des organes génitaux.

II

Il me semble donc de nier qu'il y ait des rap-


difficile

ports entre le développement des mamelles et celui des


testicules. Cependant, je vois immédiatement surgir une
objection.
Pourquoi, me dira-t-on, les individus adultes qui per-
dent leurs testicules, soit par mutilation, soit par atrophie,
soit par orchite, ne voient-ils pas leurs formes viriles se
féminiser et deux mamelles s’arrondir sur leur poitrine?
On pourrait peut-être réduire l’objection par le simple
raisonnement. En l’homme a dépassé la puberté,
effet, si

cet âge où il se produit pour ainsi dire une poussée de vie


sur les mamelles et les organes génitaux, si chez lui le
développement est complet, la nature ne pourra reporter
sur un organe la force de vie et d’accroissement qu'elle
destinait à l’autre. Il n’y a pas deux évolutions dans le
ORIGINES PATHOGÉNIQUES 41

développement de notre être, et la nature, qui suit une

marche toujours la même, ne revient pas sur ses pas pour


répandre sur le même individu une vie nouvelle.
Aussi rien d’étonnant à ce qu’un adulte qui perd ses
testicules ne voie pas toujours des mamelles venir les rem-
placer. Néanmoins, tant la nature est fidèle aux grandes
lois du développement, et quelque étrange que la chose
puisse paraître, plusieurs faits de ce genre ont été observés.
Nous verrons, dans le chapitre suivant, qu’il existe des
cas authentiques de gynécomastie accidentelle, par suite
d’atrophie ou de mutilation des testicules.

111

11 est encore une objection que l’on ne manquera certai-


nement pas de me faire. Pourquoi, me dira-t-on encore, les
eunuques ne sont-ils pas toujours, ou du moins souvent,
des gynécomastes? Mais l'eunuque a été castré dans sa
première enfance. Il n’a pu avoir, au moment de la puberté,
cette éclosion qui met des testicules dans le scrotum du
jeune homme et des mamelles sur la poitrine de la jeune
lille, puisque le germe qui devait amener cette éclosion
a été tué dès le principe. Et puis, je crois que la gynéco-
mastie complète ou incomplète n’est pas très rare chez eux.
Une des grandes objections d’Olphan contre la théorie
du balancement des organes est précisément l’eunuchisme
ou, dit-il, on ne rencontre pas la gynécomastie, et il

s’appuie sur des notes du médecin turc Sevastopoulo.


« J ai examiné, dit ce dernier, un grand nombre d'eu-
nuques devenus des adultes; leurs formes sont viriles;
aucun ne présente rien qui ressemble à l'hypertrophie
glandulaire des seins. Je m’en suis assuré de
mes propres
mains. Quelques-uns, en prenant de l’embonpoint, ont un
42 LES BISEXUÉS

développement assez considérable du pannicule graisseux,


mais pas la moindre trace de glande. » .le ne doute pas de
la compétence ni de la véracité du U r Sevastopoulo ;
néan-
moins, beaucoup d’auteurs se sont plu à reconnaître que
les eunuques étaient souvent des efféminés. 11 n’est pas
jusqu’à Ambroise Paré qui ne soit de cet avis.
« Les eunuques et chastrez, dit-il, dégénèrent en nature
féminine; en signe de quoi ils n’ont pas de barbe, leur voix
change, le courage leur fait défaut; ils deviennent timides
et honteux; bref, sont inhabiles à plusieurs bonnes actions
humaines et leur vie n’est que misérable » 1
.

Bédor a vu à la cathédrale de Cadix un eunuque gyné-


comaste. « J’ai moi-même, dit-il, souvent contemplé avec
compassion, mais délectablement entendu un jeune castrat
d’Italie attaché à la cathédrale de Cadix. Sa voix était
comparable à celle de la plus brillante cantatrice. Il allait

par la ville, donnant des leçons de musique aux demoi-


selles. Eh bien! au travers du tissu souple et distendu de
la longue et étroite soutane qu’il portait, il était aussi
remarquable par la volumineuse rondeur saillante de ses
régions mammaires que par les diverses excroissances
implantées de longs poils isolés qui parsemaient sa grosse
face blême, entièrement privée de barbe et rendue encore
plus étrange par un immense chapeau à la Bazile dont il

était coiffé. »

IY

Mais si, chez l’homme, l'arrêt du développement des


testicules ou leur mutilation féminise l’individu et fait ses

mamelles s’hypertrophier, ne verra-t-on pas l’inverse se


produire chez la femme qui n’a plus d’ovaires ?

1. Liv. VIII, chap. 23.


ORIGINES PATHOGÉNIQUES 4.‘*

Onne possède pas de documents sur ce sujet; néanmoins,


Milne-Edwards 1
dit : « L’extirpation des ovaires exerce sur
la constitution une influence remarquable : pratiquée dans
le jeune âge, cette opération empêche le bassin de s’élargir
et les mamelles de se développer; le pubis reste dénudé;
les règles ne s’établissent pas. Il paraît que, dans quelques
contrées de l’Asie, on a souvent occasion de rencontrer de
ces eunuques femelles et qu’elles ont quelque chose de
viril dans leur aspect et dans le timbre de leur voix. »

Selon Adelon 2
,
« la femme castrée revêt la constitution
de l’homme; les fonctions sexuelles s’anéantissent; les

règles cessent; les seins s’affaissent; en même temps la

peau perd sa blancheur; les formes deviennent viriles;


le menton se recouvre de barbe et la voix devient rauque
et grave ».

Je ne rapporterai pas ici cette histoire d’un châtreur de


porcs qui exerça son art sur sa fille que ses débauches'
avaient irrité et qu’aucun moyen n’avait pu empêcher de
forniquer. Le succès de l’opération aurait été complet,
selon Frankins.
Virchow lui-même, paraphrasant la parole de Van Hel-
mon, proper solum uterum mulier est id quod est n’a-t-il ,

pas dit : « La femme n’est femme que par les ovaires ;

toutes les propriétés spécifiques de son corps et de son


esprit, de sa nutrition et de sa sensibilité nerveuse, la déli-
catesse et la rondeur de ses membres, tout cela et toutes
les autres qualités caractéristiques de la femme sont dans
la dépendance de l’ovaire. »

Il est bien peu de personnes qui n’aient pas vu, au moins


une fois dans leur vie, une de ces femmes à barbe que l’on
exhibe comme curiosité dans les fêtes foraines. 11 suffit
d’en avoir vu une pour se souvenir toujours de sa voix
rauque, de ses formes masculines, de sa poitrine plate et

1. Anatomie physiologie comparées, t. IX.


et
2. Art. Castration du Dictionnaire en 60 volumes.
44 LES BISEXUÉS

musculeuse. Eh bien, des autopsies de femmes à barbe ont


été faites, et on a constaté quelquefois l’absence des ovaires

Il est une opération moderne qui aurait peut-être pu


donner quelques éclaircissements là-dessus. Je veux parler
de l’ovariotomie. Mais il est rare qu’on enlève les deux
ovaires, et, si on l’a fait, c’était presque toujours après la

puberté. Or, je l’ai dit, la nature revient difficilement sur


ses pas. Souvent même, l’ovariotomie se pratique après la
ménopause ;
alors on n'enlève plus qu’un organe mort.
Et puis, n’a-t-on pas vu aussi l’ovariotomie pratiquée plus
tôt amener quelquefois presque immédiatement les trans-
formations de la ménopause, y compris l’affaissement des
seins ?

VI

Tout le monde sait quelle relation existe entre les orga-


nes génitaux et la voix. Il suffit, pour en être convaincu,
d’avoir entendu chanter une fois à la chapelle Sixtine les
eunuques du Vatican.
Ce phénomène se rencontre même chez les animaux.
Nous retrouvons dans les discussions de la Société zoolo-
gique de Londres le fait suivant: on voit quelquefois une
poule faisanne prendre le plumage et la voix du mâle or, ;

ces poules ont presque toujours des tumeurs de l’ovaire.


Pourquoi refuserait-on d’admettre une relation analogue
entre les organes génitaux et les mamelles?

1. Art. Ovaires du Dictionnaire de médecine et de chirurgie


pratiques.
ORIGINES P A T II O G É N I Q U E S 4-i»

VII

Enfin, on sait que les nouveau-nés des deux sexes présen-


tent, dans les premiers jours de la naissance, une sécrétion
qui s’échappe par le mamelon quand on vient à le presser,
et à laquelle les chimistes ont reconnu toutes les qualités
du lait normal.
Ne sont-ce pas ces nouveau-nés qui, ayant une sécrétion
lactée, l’ayant plus abondante ou plus longtemps continue,
formeraient les futurs gynécomastes ?

Nathalis Guillot, Gubler, Depaul, ont démontré qu’elle dis-


paraissait vers le vingtième jour, et nous verrons, dans un
des chapitres suivants, à quelles causes on doit l’attribuer.
CHAPITRE VI

LA GYNÉCOMASTIE ACCIDENTELLE

J’ai dit, dans le précédent chapitre, qu'on pouvait voir la

gynécomastie se développer accidentellement, à la suite


d’une atrophie des testicules ou de leur mutilation, comme
dans l’orchite ourlienne, par exemple. Lereboullet présenta
en effet, en 1877, à la Société médicale des hôpitaux, un
jeune soldat qui se trouvait dans ces conditions h
Cet homme, âgé de vingt-deux ans, d’une constitution
très robuste, était très bien conformé et présentait tous les
caractères physiques et physiologiques de la virilité, lors-
qu’il fut atteint d’oreillons. La maladie sembla bénigne, et,

au début de son évolution, on ne constata aucune réaction


fébrile, aucune complication. Au bout de quatre jours, sans

que le gonflement parotidien ait disparu, survint une orchite


double. En deux jours, chacun des deux testicules atteignit
le triple de son volume primitif. Les douleurs cependant
restaient modérées, l’épididyme était intact.
La maladie évolua assez rapidement. Au moment où il
fut admis à 1 hôpital du Val-de-Grâce, le malade présentait

1. Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 1817.


48 LES BISEXUÉS

encore du gonflement péri-parotidien, et cependant l’atro-


phie du testicule était déjà en voie d’évolution. En vingt
jours, les testicules s’atrophièrent au point de ne plus offrir
que le volume d’un petit haricot. Mais, en même temps que
survenait cette atrophie testiculaire et que la puissance vi-
rile et les appétits vénériens disparaissaient, les mamelles,
jusqu'alors identiques à celles d’un jeune homme adulte et
bien conformé (le fait a été constaté, alors que le malade
avait été précédemment admis à l’hôpital pour une simple
bronchite), se développaient lentement et progressivement.
Aujourd’hui, sans qu’il existe cependant aucun autre
symptôme pouvant donner au malade des apparences exté-
rieures qui caractérisent le féminisme, on peut constater
très nettement le développement notable des seins, qui
donnent à la palpation la. sensation d’une glande à lobules
hypertrophiés et non celle d’un pannicule adipeux plus
abondant que de coutume, un lacis veineux sous-cutané
très apparent et qui un mamelon
augmente de jour en jour,
qui s’érige sous l'influence d’une excitation un peu pro-
longée enfin l’absence de barbe, alors que les poils du
;

pubis restent très abondants et que le pénis a un dévelop-


pement normal.
Ces symptômes, dont on put constater très nettement l’évo-

lution graduellement et lentement progressive, s’accompa-


gnèrent d’une perte absolue du sens génésique.
Tout dernièrement, M. Charvot communiquait à la Société

de chirurgie l’observation d’un jeune soldat qui, à la suite


d’une orchite ourlienne double, vit ses testicules s’atrophier,
devenir du volume d’un haricot. En même temps, les désirs

vénériens ne se faisaient plus sentir et il restait impuissant.

Bientôt après, les seins mirent à grossir, prenant le


se

volume d’une orange, avec développement d’une aréole


bleuâtre 1
.

1. Semaine médicale 18 mars 1891.


LA GYNÉCOMASTIE ACCIDENTELLE 40

II

L’orchite blennorrhagique peut produire des effets ana-


logues. J’eu trouve un exemple dans une observation d’Ol-
phan, qui ne semble pas s'en être rendu compte 1
. Ce malade
était entré à l'hôpital pour une blennorrhagie compliquée
d'une orchite droite.
Un jour, au cours de la visite, le chef de service remarque
une tumeur au sein gauche, interroge le malade, qui répond
qu’il a cette tumeur depuis onze mois; elle a grossi peu à
peu et sans le faire souffrir. A l'époque où il s’en est aperçu,
il avait déjà eu des rapports sexuels, et ses organes géni-
taux n’offraient rien de particulier.
Cette tumeur siège immédiatement sous le mamelon, qui
n'est pas proéminent et ne présente pas d’aréole colorée ;

elle est ovoïde, de la grosseur d’un gros œuf de poule par ;

le palper, on sent le tissu glandulaire.


La peau n’est pas adhérente, et les ganglions du voisinage
n'offrent rien de particulier. Elle est absolument indolente
aux pressions même assez fortes. Jamais le moindre écou-
lement n’est sorti du mamelon.

III

L’orchite traumatique peut amener des effets semblables.


Je n’en veux' pour preuve que la curieuse observation rap-
2
portée par Lacassagne .

B..., âgé de vingt-deux ans, était d'une constitution très

1. Loc. cit.
2. Gazette hebdomadaire de médecine et chirurgie 1877.
,

4
50 LES BISEXUES

robuste, et, à lïige de quinze ans, exerçant la profession de


bateleur et soulevant fréquemment des poids très lourds, il

présentait tous les attributs de la virilité, lorsqu’il fut atteint

d’une orchite traumatique gauche.


Durant un mois, l’hypertrophie du testicule, très gros,
très dur, (rès douloureux, fut combattue par un traitement
antiphlogistique. Au bout de deux mois, B... reprenait ses
exercices, mais le testicule fondait peu à peu, et cette atro-

phie progressive n’entravait en rien ni les fonctions géné-


siques, ni la force musculaire. Le malade déclare, en effet,

avoir de fréquentes érections; il réclame pour lui seul la


paternité d’un enfant vivant et bien constitué, qu’il a eu au
mois d’octobre dernier. Condamné pour voies de fait envers
un supérieur et admis à l’hôpital dans le service des détenus
que dirige M. Lacassagne, il présente en ce moment les symp-
tômes suivants : le testicule droit est volumineux et d’une
consistance normale; le testicule gauche est atrophié, plus
petit qu’une noisette ;
la verge est bien conformée; les érec-
tions sont faciles et fréquentes. Le malade avoue que, depuis
qu’il est prisonnier, il se masturbe de temps en temps. Les
poils sont bruns, abondants au pubis.
Mais les seins, qui (le malade est très affirmatif à ce sujet)

se sont développés à l’âge de quinze ans et au moment même


où survenait l’atrophie testiculaire, présentaient en ce mo-
ment le volume d’une grosse orange.
Ils sont durs et fermes, en tout semblables à ceux d’une
femme bien développée. L’aréole est brunâtre, du diamètre
d’une pièce de deux francs.
Le mamelon, peu volumineux, s’érige facilement, sans pro-
duire aucune sensation spéciale. Autour des deux aréoles
on voit une couronne de poils; à la palpation, on sent très
nettement les lobules de la glande. La circonférence thora-
cique est de 91 centimètres au niveau de la ligne sous-pec-
torale, de 90 centimètres au niveau de la ligne bi-mammaire,
et de 95 au niveau de la ligne axillaire.
LA GYNÉCOMASTIE ACCIDENTELLE 51

1Y

La castration peut également amener le développement


exagéré des seins.
Gaillet, de Reims, rapporte qu’en 1830 il enleva un testi-

cule à un jeune homme de vingt-huit ans pour un cancer de


l’épididyme. Alors, dit l’auteur, la région mammaire se mit
à saillir comme celle d’une jeune fille sur le point d’être
réglée; au centre se trouvait un mamelon bien conformé,
avec une aérole brune présentant quelques poils. Le même
phénomène s’est remarqué sur un individu de vingt ans,
grand, bien conformé, à qui Gaillet avait également enlevé
une tumeur de l’épididyme.
Ces sujets étant morts, on put faire l’examen anatomique
et histologique de leurs mamelles.

Une mutilation accidentelle des organes génitaux a été


aussi quelquefois la cause de l’hypertrophie des mamelles
masculines.
Martin, médecin militaire, cite le fait suivant L
Un homme marié, père de famille, est atteint, dans un
combat, d’un éclat d’obus qui lui enlève la verge et les tes-
ticules. Cet homme guérit, mais bientôt sa barbe tombe, sa
voix change de timbre et ses mamelles s’hypertrophient.
2
Cotfin dit avoir vu un ancien sergent subir ces mêmes
transformations. Cet homme était vigoureux ;
il avait une

1. Gazette hebdomadaire de médecine et chirurgie 1877.


,

2. Gazette hebdomadaire 1877. ,


LES BISEXUÉS

barbe touffue ;
il commandait d’une voix forte et virile à ses
hommes; il avait une verge et des testicules volumineux. Il

contracte une orchite syphilitique double; ses testicules


s’atrophient et deviennent petits comme des haricots. Alors
les formes s’adoucissent, la voix se féminise, la barbe tombe,
les cheveux deviennent longs et fins, la peau devient blan-
che, la force musculaire diminue; il n’y a plus d’érections
ni d’émission spermatique; la verge devient comme celle
d’un enfant de sept à huit ans; la poitrine s’arrondit et les

seins grossissent.

VI

D'autres fois, la marche des accidents est inverse. Un


homme, à la suite d’un traumatisme sur la région mam-
maire, voit ses seins se développer et ses testicules s’atro-
phier.
En 1837, Thomson rapporte àla Wesminsler medical Society *

l’histoire d’un homme de quarante ans qui, dans un combat,


fit une chute sur la poitrine. Quelques semaines après, ses
mamelles deviennent grosses comme celles d'une femme,
avec une aréole et un lacis de veines bleues. En même
temps le testicule droit s’atrophiait presque complètement,
et le gauche diminuait de moitié de son volume. Depuis, cet
homme n’a plus éprouvé de désir sexuel, quoiqu'il eu t, au-
paravant, beaucoup de goût pour les femmes, much addicted
to woman ,
dit l’auteur anglais, et qu'il ait eu trois enfants.
Bergess, le même jour, prenant part à la discussion, rap-
porta aussi l’exemple d’un homme dont les testicules s’atro-

phièrent à la suite de l’absorption d’une grande quantité


d’iode, et dont les mamelles prirent ensuite un accroisse-
ment considérable.

1. The Lancet ,
1837.
LA GYNÉCOMASTIE ACCIDENTELLE 83

VII

Il est impossible (le ne voir dans ces faits qu’une simple


coïncidence et de nier l'antagonisme qui existe entre les

deux organes, mamelle et testicule.


CHAPITRE YII

LA MAMMITE DE LA PUBERTÉ

La mammite de la puberté est une chose essentiellement


différente de la gynécomastie; cependant, comme les deux
affections apparaissent souvent au même âge, il m’a paru
indispensable de lui consacrer quelques pages dans le cours
de cette étude. De plus, elles ne sont pas sans avoir quelque
analogie. On pourrait presque dire que la mammite de la

puberté est une gynécomastie aiguë, et la gynécomastie


une mammite chronique.
Voyons d’abord comment se comporte la mammite de la

puberté.

II

Chez l’enfant, on trouve dans la mamelle l’élément glan-


dulaire au complet, avec les acini et les conduits excréteurs.
Puis, les acini disparaissent, et les canaux galactophores
deviennent de moins en moins visibles et de moins en moins
nombreux, à mesure qu’on examine des mamelles de sujets
\

56 LES BISEXUÉS

plus âgés. En un mot, la glande s’atrophie avec l’âge.


Néanmoins, au moment de la puberté, alors que l’enfant se
modifie pour devenir un homme, il semble que la mamelle
se ranime, subissant le retentissement de cette transforma-
tion générale. Aussi, c’est à cette époque que se montre la

mammite de la puberté, c’est-à-dire entre seize et dix-huit


ans, le plus ordinairement vers quatorze ou quinze ans*

III

Est-ce là une affection rare? Plusieurs auteurs le pensent.


Je ne le crois pas. Sans doute les observations ne sont pas
très nombreuses dans la littérature médicale, mais cela
tient très probablement, pour ne pas dire certainement, à
ce que, l'affection étant peu grave et peu douloureuse, la

plupart des malades négligent de consulter le médecin.


Chez beaucoup même la maladie ne consiste qu’en quelques
picotements douloureux des seins, mais sans attirer autre-
ment l’attention. « Ce n’est, dit Moizard, qu’une hyperhémie
temporaire d’une glande encore incomplètement atrophiée
dans laquelle, sous l’influence d’un mouvement général de
l’organisme, on voit apparaître une dernière lueur de vita-
lité. »

IV

Les symptômes de la mammite de la puberté sont bien


connus; je n’y insisterai pas longuement.
Généralementmalade ressent des picotements doulou-
le

reux, des élancements dans les seins, qui deviennent un


peu sensibles à la pression. Assez souvent, comme je viens

de le dire, tout se borne à cela, et la maladie passe inaperçue.


LA M A M MITE DE LA PUBERTÉ 57

D’autres fois les symptômes douloureux acquièrent plus

d’intensité. Le sein devient très sensible à la pression et les

frottements de la chemise sont très pénibles. La glande est


rouge, gonflée, grosse comme une mandarine ou une petite

orange ;
le mamelon est saillant et l’aréole d’un rouge foncé.
A la palpation on sent une sorte de gâteau glandulaire induré.
Généralement unilatérale, quelquefois bilatérale, cette
mammite ne s’accompagne d’aucun symptôme général.
Ordinairement la maladie se termine par résolution, au
bout de deux ou trois septénaires. Néanmoins, dans quel-
ques cas exceptionnels, on a vu le sein suppurer. Velpeau
en cite un exemple, et Moizard en rapporte un autre dans
sa thèse.
D’autres fois enfin, les symptômes inflammatoires et les

douleurs disparaissent assez rapidement, mais le sein reste

dur et gros très longtemps, et cette induration peut même


persister indéfiniment.

Quelles sont les causes de la mammite de la puberté?


On a bien pu dans quelques cas invoquer des trauma-
tismes, des coups, des chutes, des frottements, etc...; mais
ces cas sont exceptionnels, et généralement la mammite
apparaît sans cause appréciable.
Quelques auteurs, le professeur Lacassagne de Lyon, en
particulier, ont cru remarquer que la mammite de la

puberté était souvent causée par la masturbation. Les


enfants qui se masturbent, me disait M. Lacassagne, ont le
sein douloureux; c’est même un signe précieux pour recon-
naître l’existence des mauvaises habitudes chez les enfants.
Il suffit de leur presser un peu la poitrine avec la paume de
la main; s’il existe un point mammaire douloureux, c’est

qu’ils se masturbent.
58 LES BISEXUÉS

J’ai fait des recherches dans ce sens, et je dois dire que,


chez nombre d’enfants masturbateurs, je n’ai point trouvé
ce point mammaire douloureux. J’ai également interrogé à
ce point de vue des adolescents atteints de mammite, et
cette étiologie ne ma pas paru absolument nette, même
dans les cas où ils avouaient se masturber.
Prenons un exemple.
L..., quinze ans, employé de commerce, se présente
le 17 septembre 1888 à la consultation du D Bouchereau, à
r

Sainte-Anne.
Son père était un homme violent et très nerveux; il est
mort tuberculeux. Sa mère est encore vivante et bien por-
tante.

y a trois semaines,
Il L... s’est aperçu que son sein droit
devenait douloureux à la pression. Le frottement de sa
chemise lui semblait pénible. Le sein s’est mis alors à gon-
fler. Actuellement, il est douloureux à la moindre pression
et gros à peu près comme une noix. En comparant avec le

coté gauche, qui est indemne, on constate une saillie

notable. En palpant le sein, on sent un petit gâteau induré,


grand environ comme une pièce de cinquante centimes. Le
mamelon, qui semble érigé, a une teinte rouge foncé.
L... n’a pas reçu de coups dans la région mammaire. Il

avoue, avec beaucoup de réticences et en rougissant, qu’il

se masturbe en moyenne deux fois par semaine, mais je ne


serais pas étonné qu'il en usât avec plus de largesse.
L... est un garçon assez intelligent et assez instruit.

Ses organes génitaux sont normaux et son pubis est


garni de poils. Sa figure est imberbe et ses membres sont
glabres.
Rien d’efféminé dans les formes.
Ainsi L... avoue bien se livrer à l'onanisme, mais ses
habitudes ne semblent avoir rien d’exagéré. Or, la plupart
des enfants en font autant, et cependant ils échappent à la

mammite.
LA M A M MITE DE LA PUBERTÉ o9

Bien plus, Stumcke, un auteur allemand


1

,
soutient que

les jeunes gens qui se livrent à l’onanisme, ou qui usent des


plaisirs sexuels, sont épargnés par la maladie. Il va même

jusqu’à se demander s’il ne serait pas possible, dans les


cas où l’inflammation prend un caractère d intensité consi-
dérable, d’user avec mesure de la satisfaction de l’instinct
sexuel pour amener la résolution.
Mon collègue, le D r Mayer S. Diamant-Berger, ancien
interne à l’hôpital Rothschild, me communique un fait

inédit, qui semblerait venir corroborer cette théorie du


médecin allemand.
R..., clix-sept ans, apprenti tailleur, entre à l’hôpital

Rothschild au mois de novembre 1887, pour des accidents


de tuberculose pulmonaire au début.
Dans le courant de janvier 1888, il ressentit des picote-
ments douloureux dans le sein droit, qui augmentait de
volume et accusait bientôt la grosseur d'une mandarine, et
cela sans réaction fébrile ni modification aucune de l'état

général.
Cette mammite resta stationnaire pendant cinq mois,
malgré les traitements divers mis en œuvre (compression
ouatée, élastique, onguent mercuriel belladoné, etc.).
R... sortit de l'hôpital, en juin 1888, sensiblement amé-
lioré au point de vue des signes pulmonaires.
N’ayant jamais eu de rapports sexuels antérieurement, il

pratiqua alors le coït, en moyenne une fois par semaine.


Au bout d’un mois la mammite disparaissait progressive-
ment, et, peu de temps après, le sein était revenu à son état
normal.
R... rentre à l’hôpital au mois de décembre 1888, tou-
jours pour des accidents de tuberculose pulmonaire. Un
mois après, la mammite reparaît. 11 va sans dire que le

[Link]. Ueber zwei formen von mastilis der Kinder. Journal der
Kinder krankheiten. Décembre 1847.
60 LES BISEXUÉS

malade avait dû cesser tout rapport sexuel. Cette seconde


poussée présenta absolument les mêmes caractères que la
première même localisation à
: droite, même augmentation
de volume, même sensation de chaleur locale et de picote-
ments continuels.
R... quitte l'hôpital au mois de février 1889 et recom-
mence à avoir des rapports sexuels. En moins d’un mois, sa
mammite avait complètement disparu.
La corrélation entre la satisfaction des fonctions géné-
siques et le développement de la mammite semble bien
évidente chez cet individu.

VI

J’ai tenu à citer ce fait et surtout à le rapprocher du pré-


cédent où la masturbation aurait produit un résultat inverse.
Ils prouvent qu’il faut invoquer ces deux raisons à la fois,

la continence et la masturbation, ou mieux qu’il ne faut les

invoquer ni l’une ni l’autre. La puberté seule doit être mise


en cause, avec les modifications organiques puissantes
qu’elle entraîne et qui retentissent aussi bien sur la mamelle
que sur le système génital.
Comme je l’ai dit, la mamelle est, à cette époque, un or-
gane qui va disparaître et qui jette une dernière lueur de
vie. Il se produit une hyperhémie que la moindre cause
pourra venir augmenter et, par conséquent, qui pourra ame-
ner la mammite un traumatisme léger chez
: ce sera l’un,

la masturbation chez l’autre, la continence chez un troi-

sième.
CHAPITRE VIII

LES FAUSSES GYNÉCOMASTIES

Il existe quelques affections du sein qui présentent avec

la gynécomastie des ressemblances plus ou moins frap-


pantes, et qui ont amené des confusions de la part des au-
teurs.
L’hypertrophie douloureuse des mamelles est une affec-
tion de ce genre, et José Maria Sojo Carmonalui a consacré
quelques lignes dans sa thèse 1
.

Un individu, n’importe à quel âge, voit un de ses seins ou


même tous les deux, gonfler rapidement. Ils deviennent
douloureux : quelquefois la peau est un peu rouge; les seins
restent plus ou moins longtemps dans cet état; puis, cette
hypertrophie disparaît lentement et progressivement, sans
qu’on ait remarqué aucun trouble du côté des organes géni-
taux.

II

Cruveilhier cite un cas de ce genre 2


.

C..., vingt-quatre ans, cordonnier, entré dans mon ser-

1. Su r le sein douloureux. Th. de Paris, 1887.


2. Analomie pathologique t. III, p.
,
55.
G2 LES BISEXUÉS

vice en octobre 1850pour une variole, m’a présenté une


mamelle droite qui avait le volume moyen de la glande
mammaire d’une femme. C’est du tissu glandulaire noueux,
et non de la graisse. Cet homme que son sein n’avait
disait

commencé à se développer qu’à vingt et un ans, et qu’il avait


mis six mois à acquérir son développement actuel. Pendant
tout ce temps, cet organe était tellement douloureux, que le
malade en avait sollicité plusieurs fois l’extirpation. Aucun
liquide ne suinte par le mamelon. Depuis cette époque, il

n’éprouve aucune douleur.


Nélaton a publié un cas analogue L Il s’agissait d’un indi-

vidu de vingt-trois ans qui avait le sein gauche hypertrophié


et très douloureux. La mamelle avait même fini par prendre
une consistance lobulée et le mamelon laissait échapper un
liquide séreux et blanchâtre. Cette hypertrophie était sur-
venue subitement, sans causes appréciables. Les organes
génitaux étaient bien développés et le malade ne présentait
aucun des caractères du féminisme.
Voici maintenant deux faits qui me sont personnels.
L..., trente-cinq ans, mécanicien, né à Tourcoing. Nous
relevons dans ses antécédents héréditaires l’alcoolisme chez
le père. Un de ses frères a eu des convulsions pendant son
enfance et est resté infirme.
L... a fait lui-même des excès de boisson, buvant chaque
jour trois ou quatre litres de vin et plusieurs petits verres
de rhum.
Il
y a trois mois, il a commencé à ressentir des élance-
ments douloureux dans les seins, qui se mirent à gonfler.
Lorsque j’examine le malade, qui se trouvait alors à 1 in-

firmerie de la Santé, dans le service de M. le D r


Petit, je

trouve ses mamelles développées comme celles d'une fille

de quinze ans. Au-dessous du mamelon et au-dessous de la


peau ambiante, on sent un gâteau grand comme la paume de

1. Gazette des hôpitaux, 188G.


LES FAUSSES GYNÉCOMASTIES 63

la main, dur, douloureux, rappelant la forme et la consis-

tance d’une mamelle de femme.


Les mamelons sont un peu saillants et les glandes du
pourtour de l’aréole un peu plus développées que de cou-
tume. Il ne suinte pas de liquide par mamelon. Les seins
le

sont très douloureux à la pression et le malade souffre


beaucoup.
Cet homme un système pileux bien déve-
a de la barbe,
loppé, des membres bien musclés, des formes viriles, une
voix d’un timbre grave et des organes génitaux normale-
ment développés. D’ailleurs, il a été marié ;
il remplissait
bien ses devoirs conjugaux, et il prétend qu’il a tout lieu de

se croire le père d’un enfant que sa femme lui a laissé.


B..., vingt-quatre ans, jardinier.
Son père était un ivrogne ;
il est mort d’une fluxion de
poitrine. Sa mère, une femme très nerveuse, est encore
vivante. Une de ses sœurs louche et est également très ner-

veuse. •

un garçon au front un peu étroit, sachant lire et


B... est

écrire, mais d’un caractère nerveux et emporté. 11 a passé

presque toute sa vie en prison pour vagabondage, vio-


lences, vols.
11 raconte que ses seins ont commencé à augmenter de
volume vers l’âge de seize ans. Ils furent pendant assez
longtemps très douloureux. A dix-neuf ans, les douleurs
avaient disparu et le volume exagéré de ces organes faillit

le faire réformer. Il fut néanmoins soldat.


Actuellement, ses seins ont à peu près le volume d’une
orange. A la palpation, on sent une masse glandulaire
grosse comme une mandarine. L’aréole est colorée en rouge-
brun assez foncé et on y voit quelques poils longs et durs.
Le mamelon est saillant, rosé.
La poitrine et les membres sont complètement glabres.
Le triangle pileux pubien est mal développé. Les organes
génitaux sont normalement conformés.
61 LES BISEXUÉS

B...commencé à voir des femmes vers l’âge de dix-neuf


a
ans, mais Une fit pas d’excès dans ce sens. Il reconnaît s’être
beaucoup masturbé dans sa jeunesse, principalement au
moment de la puberté.
Comme on le voit, ce qui caractérise cette affection, c’est
son invasion en quelque sorte subaiguë, sa marche lente,
sa durée presque indéfinie, son apparition spontanée, sans
cause appréciable.
Dans aucun des cas observés, il n’a été possible d'invo-
quer un traumatisme ou toute autre raison étiologique tout ;

ce que l’on a pu constater, c’est que, dans quelques cas, cette


maladie a été la suite d’une mammite de la puberté passée
à l’état chronique.
Quelques auteurs, Olphan en particulier, 1
l’ont confondue
avec la gynécomastie. Et cependant, elle en diffère essen-
tiellement. La gynécomastie est, en effet, une affection indo-
lore et persistante, apparaissant généralement à l’époque
de la puberté, et s’accompagnant d’un certain degré de fémi-
nisme et d’une atrophie plus ou moins prononcée des orga-
nes génitaux. Le gynécomaste est déjà presque un homme
incomplet, il est au seuil de l’hermaphrodisme. Rien de
tout cela ne se rencontre chez mes malades. Leurs mamelles
grossissent accidentellement et à une époque souvent loin-
taine de la puberté; cette hypertrophie est douloureuse;
enfin, ces individus ont des formes viriles ;
ils sont bien
constitués au point de vue génital, anatomiquement et phy-
siquement.
11 s’agit donc dans ces cas d’une mammite spéciale, lésion
mal connue, peut-être d’une inflammation débutant chro-
niquement, comme le pense Robelin, peut-être d’un pro-
cessus pathologique propre au tissu mammaire, comme le

donne à entendre Horteloup.

1 . Un mot sur la Gynécomastie. Thèse de Paris, 1880 .


LES FAUSSES GYNÉCOMASTIES 05

III

Dernièrement, Leudet a décrit une affection spéciale de


la mamelle chez les phthisiques, affection essentiellement

différente de la tuberculose mammaire et présentant tous


les symptômes d’une mammite.
Ordinairement unilatérale, quelquefois bilatérale, « cette

affection se développe à la suite de douleurs accusées par


les malades dans la paroi thoracique correspondante :

elle se présente sous la forme d’une augmentation de vo-


lume de la totalité de la glande, sans induration partielle,
sans coloration rougeâtre de la peau, sans adhérences aux
tissus sous-jacents ni empâtement du tissu cellulaire sous-

cutané. Le volume de la glande peut être relativement con-


sidérable. Celle-ci est le siège de douleurs spontanées,
mais surtout de douleurs au contact ou à la pression, dou-
leurs en général locales, ne s’irradiant pas dans les organes
1
voisins ».

Cette mammite peut durer plusieurs mois. « La période


de décroissance de l’engorgement s’annonce d’abord par
une modification des douleurs. On voit la douleur spontanée
disparaître ;
le malade peut supporter le contact de ses vête-
ments, puis la glande devient presque insensible à la pres-
2
sion Dans aucun cas Leudet n’a constaté d’induration
».

partielle dans la glande ni d’engorgement des ganglions


lymphatiques. Dans aucun cas la terminaison ne s’est faite

par suppuration.
Aux quatre faits observés par Leudet on doit en ajouter

1. Leudet. De V hypertrophie mamelles chez les hommes atteints


clés

de tuberculose pulmonaire. (. Avch gén. de médecine janvier 1836.)


. ,

2. Leudet. Loc. cil.

5
G6 LES BISEXUÉS

un cinquième, observé par Blomfield presque au même


moment 1
.

Quelle est la nature de cette mammite, qui apparaît


presque toujours au milieu des accidents graves de la tuber-

culose pulmonaire? Pour Leudet, il s’agit d’une irritation


de voisinage causée par les lésions du poumon et de la
plèvre.
Blomfield fait remarquer que, dans le cas qu’il a observé,
le malade avait subi à différentes reprises des frictions sur
la poitrine; ces manipulations répétées pourraient, selon
lui, rappeler à la vie la glande mammaire, et telle pourrait
être l’origine du processus inflammatoire. La théorie pro-
posée par Leudet semble plus conforme aux faits et par
conséquent plus admissible.

IV

Ce sont là, en somme, des affections qu'on pourrait con-


fondre avec la gynécomastie, mais qui en diffèrent essen-
tiellement. Ce sont, si l’on veut, de fausses gynécomasties.

1. James E. Blomfield. Hypertrophy of the male mammary during


phthisis. ( The Practitioner mai 1886,
,
p. 336.)
? r

CHAPITRE IX

i \

STRUCTURE ANATOMIQUE DE LA MAMELLE


CHEZ LE GYNÉCOMASTE

La mamelle de l’homme, selon Luschka, comprend, à


l’état normal, un parenchyme très peu abondant composé
d'un stroma fibreux formé de tissu cellulaire, de fibres élas-
tiques et de fibres musculaires. Le tissu glandulaire ne
se reconnaît qu’à quelques vésicules glandulaires ;
Luschka
n’a trouvé que quelques acini, unis par leurs prolongements
tubuleux en un conduit plus long, qui se perd dans le mame-
lon; les vésicules sont recouvertes par une fine membrane,
un épithélium polygonal pourvu de noyaux granuleux.
Lesquels de ces éléments s’hypertrophient dans la gyné-
comastie?

II

Selon Villeneuve, les mamelles du gynécomaste « sont


absolument privées de l’organe sécréteur du lait, et ne sont
composées que de tissu cellulaire abreuvé de sucs geais-
68 LES BISEXUES

seux et lymphatiques qui y ont afflué dans des proportions


extraordinaires ».

Le professeur Mayer, de Bonn, fit lautopsie de l’individu


qui s’appela d’abord Marie-Dorothée Durgé et ensuite
Charles Durgé, ce castrat de la cathédrale de Cadix dont
parle Bédor. « On ne peut distinguer dans ses seins, dit-il,

de granulations glanduleuses; à leur place on trouve une


quantité de petits globules d’une graisse rouge jaunâtre. »

III

J. Cloque t a pratiqué l’autopsie d’un infirmier de Saint-


Louis, âgé de soixante ans, qui avait des mamelles aussi
développées que celles d’une femme. On n’y trouva qu’un
amas de graisse, sans nul rudiment de glande mammaire.
Lereboullet pense au contraire que souvent il ne s’agit pas
d'une accumulation de graisse, mais d’une véritable hyper-
trophie glandulaire. Il appuie son opinion sur deux faits de
Gaillet, de Reims, dont j’ai déjà parlé.
Voici ce qu’a donné l’examen cadavérique dans le pre-
mier cas : « La substance qui forme la mamelle offre la

même densité que chez la femme grosse; couleur blanc rosé


à la circonférence, blanc opaque, un peu laiteux au centre
et vers le mamelon. A la coupe, on voit de petites saillies

de la grosseur d’une tête d’épingle, présentant une couleur


rosée qui paraît due à l’injection sanguine. En pressant, on
fait sortir de ces petites saillies ouvertes un liquide blanc
jaunâtre, opaque, épais, un peu visqueux; si on perce celles
de ces petites saillies qui ne sont pas ouvertes, on peut faire
suinter le même liquide.
« Le microscope fait reconnaître du colostrum avec ses
corps granuleux, ses globules laiteux d’un volume varié, et
STRUCTURE ANATOMIQUE DE LA MAMELLE 69

enfin de l’épithélium propre aux culs-de-sac de la glande


mammaire 1
. »

Dans le second cas, on retrouve encore la structure glan-


duleuse. « La pression faisait suinter par le mamelon un
peu de liquide blanc jaunâtre, visqueux, ayant tous les
caractères du colostrum. Sur la peau on voyait deux con-
duits galactophores qui se dirigeaient de l’épaisseur de la
glande vers le mamelon. »

D’autre part, Lereboullet dit qu’il a lui-méme constaté que


souvent les mamelles du gynécomaste donnent, à la palpa-
tion, la sensation d’une « glande à lobules hypertrophiés et
non celle d’un pannicule adipeux plus abondant que de
coutume ».

Lacassagne et Olphan font la même remarque.


Comme on le voit, il est impossible de tirer une conclu-
sion d’un aussi petit nombre de faits contradictoires. Néan-
moins, les observations microscopiques ont une très grande
valeur, et on ne saurait nier, après ces faits, que certains
gynécomastes n’aient pas une véritable glande mammaire ;

les cas de sécrétion lactée chez l'homme, dont je rapporterai


quelques exemples authentiques un peu plus loin, sont éga-
lement en faveur de cette théorie. Mais, d’autre part, on est
forcé d’admettre que la mamelle du gynécomaste n’est assez
souvent composée que de tissu adipeux. Nous avons
quelques examens microscopiques en faveur de cette idée;
•en outre, souvent on n’a pas cette sensation lobulée dont
parle Lacassagne et à laquelle Olphan attache une valeur
de premier ordre.
En résumé, on peut dire que la mamelle du gynécomaste
est composée, tantôt d’un tissu glandulaire analogue à celui
de la mamelle de la femme, tantôt de tissu adipeux.

1. Société de Biologie ,
1850.
CHAPITRE X

ROLE PHYSIOLOGIQUE DES MAMELLES


CHEZ LE GYNÉCOMASTE

A quoi servent les mamelles chez l’homme?


Dionis ne leur assigne qu’un seul usage, qui est cle

défendre le cœur.
Nous préférerions voir là simplement l’une des expres-
sions de l’unité du type d’après lequel les deux sexes ont
reçu leur organisation.
Mais, chez le gynécomaste, n’auraient-elles pas un autre
rôle? Ne seraient-elles pas propres à sécréter du lait comme
celles de la femme?
« Les mamelles des hommes peuvent former du lait comme
celles des femmes, ditBuffon; on a plusieurs exemples de
ce fait, et c’est surtout à l’âge de la puberté que cela arrive;
j’ai vu un jeune homme de quinze ans faire sortir d'une de
ses mamelles plus d’une cuillerée d’un liquide laiteux ou
plutôt de véritable lait 1
. »

On cite un assez grand nombre de faits de ce genre.

1. Histoire naturelle de l’homme.


72 LES BISEXUÉS

En voici un, que j’ai trouvé consigné dans le Journal de


Verdun de 1771, et qui m’a paru curieux.
« Le nommé Martineau, vigneron de la paroisse de Sain t-
Thierri, près de Reims, homme d'une taille ramassée, riche
en embonpoint, d’un tempérament mélancolique, et grand
mangeur, rendait naturellement par le sein gauche une
liqueur laiteuse. Ce sein commença à se développer à l’âge
de puberté par les seuls efforts de la nature et parvint peu
à peu à égaler en volume celui d’iine nourrice. Les chaleurs
rendaient plus fréquent l’écoulement, qui augmentait au
point de jaillir par le mamelon et de ruisseler de lui-même
entre les sillons des seins. Des sueurs abondantes et fétides,
soit aux aisselles, soit aux pieds, soit aux parties naturelles,
même un flux séreux provenant de l’anus ou de l’urèthre,
évacuations qu’il éprouvait surtout dans les temps froids, y
suppléaient, au rapport de ce vigneron. Ces phénomènes ont
suivi les lois et l’ordre de l’économie animale depuis leur
apparition jusqu’à leur cessation, arrivée à l’âge de cin-
quante-cinq ans. »

Ansiaux dit que l’individu qu’il a observé, bien qu’il

n’eût qu’une mamelle, avait un écoulement, depuis l’âge

de douze ou treize ans, par le mamelon, écoulement qui


tachait le linge en jaune et empesait la chemise. Il s’accrut
beaucoup vers l’âge de quinze ans et revenait toutes les
semaines, s’accompagnant d’un prurit très vif.

L’un des sujets d’Handyside rendait également un liquide


laiteux par les mamelles.
On cite des faits plus étranges encore.
De Humboldt raconte qu'il vit, dans ses voyages, un cer-
tain Francesco Lozano, d’Arénas, âgé de trente-deux ans,
qui put donner deux ou trois fois par jour à téter, pendant
cinq mois, à un enfant; la mère était tombée malade, et le

père, pour distraire cet enfant, lui aurait présenté les seins
qui se mirent à grossir, et il s’en écoula bientôt un lait

épais et sucré.
ROLE PHYSIOLOGIQUE DES MAMELLES 73

Carpentier de Méricourt, dans son Traité des maladies des


mamelles ,
un cas à peu près semblable.
cite

Un matelot, ayant perdu en pleine mer sa femme dont


l’enfant tétait, lui présenta le sein pour calmer ses cris il ;

fut surpris de voir qu’à force de succion l’enfant put se


nourrir pendant toute la traversée.
Villeneuve refuse énergiquement de croire à ces faits
sans les avoir vus.
Bédor, moins incrédule, dit : « Je me persuade pourtant
quune telle succion, sur les gynécomastes, aurait, plus vite
que chez les autres hommes, pour . résultat d’amener la

sécrétion lactée. Je m’incline aussi à croire qu’on l'obtien-


drait d’autant plus tôt que leurs caractères sexuels seraient
plus défectueux. »

Virey croit également que certains hommes ont pu


rendre par les mamelons une sérosité laiteuse. « Ces
hommes, ajoute -t-il, étaient d’une complexion molle,
pauvres en barbe, et presque des eunuques. »

Il est impossible de nier ce fait, que des gynécomastes


ont rendu par le mamelon un liquide ayant la consistance
et la couleur du lait; mais, comme aucune analyse chimique
ni aucun examen microscopique n’ont été faits, on ne
pourrait affirmer que ce fût véritablement du lait, bien que
logiquement la chose soit possible, puisque l’on a constaté,
dans quelques cas, une glande très analogue à celle de la
femme.

Il

Le mamelon du gynécomaste entre en érection comme


celui de la femme, et cette érection peut amener des sensa-
tions voluptueuses. Ce fait d’ailleurs n’a rien d’extraordi-
naire, puisqu il se produit normalement chez beaucoup
d’hommes.
74 LES BISEXUÉS

III

Chez la femme arrivée à l’époque de la ménopause, le

sein, devenu inutile, comme l’utérus et les ovaires, subit


avec eux une régression. La glande mammaire s’atrophie,
subit une sorte de dégénérescence graisseuse ;
le sein
s’affaisse et devient flasque.

Le même phénomène se produit-il chez le gynécomaste


arrivé à un certain âge?
Peu d’observateurs ont suivi leurs malades assez long-
temps pour pouvoir répondre à cette question. Chez le

nommé Martineau, dont j’ai rapporté l'histoire plus haut,


les mamelles ont subi une espèce de régression vers cin-
quante-cinq ans. On cite encore un ou deux faits de ce
genre.
Malgré ce petit nombre de cas, je suis porté à croire que,

chez l’homme, le sein obéit plus ou moins aux mêmes lois

que chez la femme, et qu'il s’atrophie quand disparaissent


les spermatozoïdes dans le testicule. Cette idée est du

moins logique et rationnelle.


CHAPITRE XI

MORPHOLOGIE DES GYNÉCOMASTES

D’après Sappey, le mamelon, chez l'homme, répond en


général à l’espace compris entre la 4 e et 5 e cote.
Chez le gynécomaste, la glande occupe à peu près la
même situation, mais le volume en est considérablement
augmenté. En effet, chez l’homme normalement constitué,
la glande njammaire « a pour limite un espace circulaire
dont le mamelon serait pris comme centre, et qui aurait
2 ou 3 centimètres de diamètre 1
». Or, Jagot donne une
observation recueillie dans le service du professeur Forge,
à l’Hôtel-Dieu d’Angers, où on a pris des mesures sur un
sein hypertrophié. « La base, dit-il, mesure 8 cent. 1/2 de
diamètre et le seinproémine de 5 centimètres au-dessus de
la poitrine du malade couché horizontalement. » En par-

courant les observations, nous avons remarqué que les


auteurs assignent au sein du gynécomaste, tantôt le volume
d’une petite orange ou du poing, tantôt le volume d’une
tête de fœtus à terme.

1. Thèse de Chenet.
76 LES BISEXUÉS

cependant trouvé un cas de grandes mamelles pen-


J’ai

dantes rapporté par Petrequin « J’en ai vu un cas remar-


1
:

quable à Pavie, dit-il, chez un homme de quarante-cinq


ans, gros de taille, fort d’embonpoint, et qui n’avait pu se
marier à cause de cette difformité des mamelles, qui, sem-
blables à une longue courge bouteille, pendaient comme
celles des Hottentotes ;
l’une d’elles avait 405 à 487 milli-
mètres d’étendue. »

Sans vouloir faire ici une étude esthétique des mamelles


chez le gynécomaste, je dois cependant décrire leur forme
et leur aspect.

Sous ce rapport, elles diffèrent un peu de celles de la

femme, et je crois que Villeneuve fait erreur quand il les


dit « moins bien circonscrites et moins bien dessinées ».

Généralement la mamelle est à peu près régulièrement


ovoïde : elle présente un sillon à son point de réunion avec
les parties voisines, et ne se continue pas en s’étalant sur
une large base. «On dirait une orange coupée par le milieu
et appliquée contre le thorax 2 . »

Le mamelon est ordinairement saillant comme chez la

jeune fille vierge et pubère; il est entouré d’une aréole plus

ou moins brune, suivant les sujets. On trouve assez souvent


des tubercules de Montgomery sur cette aréole. La peau
qui recouvre la glande mammaire chez le gynécomaste n’a
généralement pas cette blancheur nacrée, cette finesse, que
l’on rencontre chez la femme, et surtout « cette douceur au
*

toucher, qu’on ne retrouve nulle part ailleurs 3 ».

Au lieu de ce duvet fin, soyeux et presque imperceptible,

1. Annal, méd.-chirurg ., p. 231.


2. Olphan. Loc. cit.

3. Tripier. Art. Mamelles du Dictionnaire encyclopédique.


MORPHOLOGIE DES GYNÉCOMASTES 77

qui se voit sur la mamelle de la femme, on trouve sou-


vent sur celle du gynécomaste des poils rares, isolés, longs
et durs.

Quant à ce lacis de veines bleues, ce réseau sous-cutané


qui, vu par transparence, donne à la peau une teinte mar-
brée et légèrement bleuâtre, plusieurs observateurs Font
rencontré. Mais il peut souvent manquer.
Pour donner une idée plus exacte de l’état des seins chez
le gynécomaste, je crois qu’il vaut mieux citer quelques
faits.

Voici d’abord l’histoire d’un sujet dont j’ai déjà parlé


dans un des précédents chapitres, à propos de son
hérédité.
J... n’a jamais été malade. Il se rappelle seulement que,
l'an passé, étant à la Santé, il a eu, pendant un mois, des
maux de tête très violents. Il avoue avoir fait quelques
excès de boisson ,mais, ;
dit-il, l’alcool agit peu sur lui, et il

est obligé de boire de grandes quantités pour se « soûler».


J... a vingt-huit ans. C’est un garçon assez instruit, d’une
intelligence ordinaire, d’un esprit même assez éveillé, mais
attaché surtout aux choses futiles, incapable d'un grand
effort ou d’une attention soutenue. Il répond clairement à
toutes les questions et sa mémoire est excellente; il se rap-
pelle parfaitement toute son enfance, ses jeux avec ses
petits camarades, leurs premières plaisanteries. Il n’est que
médiocrement préoccupé par son état : seulement les plai-
santeries de ses camarades l’agacent, et il est contrarié par
cette idée qu’il ne pourra jamais se marier ni avoir d’enfants.
Au point de vue religieux, c’est un indifférent.
J... a subi deux condamnations : à vingt et un ans, il se
fait enfermer une première fois pour complicité de vol. Un
mauvais sujet, qui avait volé 1,000 francs chez ses parents,
lui proposa de les manger avec lui, ce que J... accepta. Une
seconde fois, il s’est fait condamner pour avoir insulté les

agents et comme bonne teur.


78 LES BISEXUÉS

J... a l
m ,59 de taille. Sa physionomie est vive, son visage
plutôt joli; Tare sourcilier, en particulier, est des plus har-
monieux; le nez est aquilin et très correct, les yeux noirs,
les cheveux noirs et assez abondants, les arcades sourci-
lières sont un peu saillantes, le front est étroit, l’oreille

bien faite, avec un hélix complet et un peu d’exagération de


l’angle auriculo-temporal, le visage complètement imberbe.
La mensuration du crâne donne :

Diamètre antéro-postérieur : 171 millimètres.


Diamètre transverse : 151 millimètres.
Diamètre bizygomatique : 120 millimètres.
J... n’a plus de dents de lait, mais ses dents sont mal
faites, inégales, écartées, surtout à la mâchoire supérieure.
La voix est douce, un peu tremblée, agréable, sonore, et

d’une tonalité assez élevée sans être criarde, mais plutôt


celle d’un homme que d'une femme. D'ailleurs, J... a chanté

avec quelque succès dans certains cafés-concerts.


J... a commencé à marcher à un an et à parler à quatorze
mois. Ses seins ont commencé à gonfler vers l’âge de douze
ou treize ans, et leur développement ne lui occasionna que
de très légères douleurs. 11 se rappelle qu’à cette époque
il était plutôt attiré vers les petites tilles, leurs jeux et leurs

travaux.
Les seins augmentèrent petit à pelit et, à quinze ans, ils

avaient acquis le volume qu’ils ont maintenant.


Actuellement, ils ont à peu près le volume d'une tête de
fœtus. Un peu flasques, ils tombent comme ceux d’une
femme qui a allaité. La longueur du sein, mesuré aussi exac-
tement que possible de la base de l’organe au sommet du
mamelon, est de 13 cent. 1/2, et la circonférence, prise à la
base, de 30 centimètres. (Vov. pi. I.)

La peau qui recouvre les seins est fine, blanche, satinée,


très douce au toucher, et sans le moindre poil. On voit sous

la peau, par transparence, un très beau lacis de veines


bleues, comme chez la femme.
PLANCHE I
MORPHOLOGIE DES GYNÉCOMASTES 81

Le mamelon, peu saillant, légèrement rosé, s’érige sous


l’influence d’un chatouillement ou d’une titillation. 11 est

alors long d’environ 1 centimètre. 11 existe autour une


aréole également très peu colorée et présentant quelques
petits tubercules saillants, rappelant les tubercules de Mont-
gomery chez la femme. Aucun liquide n’aurait jamais
suinté par le mamelon.
En palpant le sein, on sent très nettement une masse
glandulaire, du volume d’une orange.
La membres, qui sont
poitrine est glabre, ainsi que les
arrondis et sans saillies musculeuses. La peau est blanche
et délicate comme celle d'une femme. Le bassin est élargi,
et sa circonférence, en passant par les épines iliaques anté-
rieures et supérieures, est de 87 centimètres.
La verge est peu volumineuse et très courte : elle ne me-
sure que 2 centimètres de longueur et une circonférence de
7 centimètres; pendant l’érection, elle acquiert 5 ou (> cen-
timètres de longueur. Le gland est petit comme une noisette,
bien recouvert par un rudiment de prépuce qu’on peut
relever.
Au-dessous de la verge il existe deux petits replis cutanés,
longs environ d’un centimètre et demi et larges d’un demi.
Ces replis simulent un embryon de grandes lèvres et de
vulve; mais il n’existe pas de cul-de-sac.
Les testicules sont gros à peine comme des œufs de moi-
neau. Le gauche est mou, plus petit que le droit, et on peut
le faire remonter dans l'abdomen.
Le triangle pubien est très nettement délimité et bien
garni de poils.
J... a commence à se masturbera l'âge de sept ans; mais,
à cette époque, il n’avait pas d’éjaculations, et celles-ci n’ap-
parurent qu’à dix-sept ans. Aujourd'hui même, il lui arrive
fréquemment de se masturber sans obtenir de résultat.
Pendant son dernier séjour à la prison, comme je le ques-
tionnais sur ses habitudes d’onanisme et le priais de m’en-

6
82 LES BISEXUÉS

voyer quelque jour un échantillon de son sperme pour l’exa-


miner au microscope, il m’avoua qu’il s’était, à plusieurs
reprises, longuement masturbé sans avoir pu obtenir une
seule goutte de semence. Néanmoins, il assure qu’en pré-
sence d’une femme la grâce ne lui a jamais manqué et que
l’éjaculation s’est toujours produite. Depuis l’âge de dix-huit
ans, il se livre assez régulièrement au coït. Dans ces der-
niers temps, il avait une maîtresse avec laquelle il avait deux
ou trois rapports tous les lundis. Seulement, cela le fatiguait

beaucoup, et il était pris ensuite d’une envie presque invin-


cible de dormir. Il ne lui répugnait point de toucher la poi-

trine de sa maîtresse, et celle-ci aimait, assure-t-il, à pré-

luder aux autres caresses amoureuses en lui touchant les

seins ou bien en les frottant contre les siens ou encore en


lui titillant le mamelon avec la langue.

J... ne s’est jamais senti de goût pour les hommes. Il a


toujours refusé de s’habiller en femme. Des hommes lui ont
proposé de l’entretenir avec largesse ;
il a toujours refusé
ces propositions.
C’est, en somme, un être incomplet, au physique au moins,
un être que la nature a mal servi.
Voici maintenant un autre fait, emprunté à Olphan.
D..., dix-sept ans, né à Clermont-Ferrand.
Ce jeune homme présente une taille ordinaire, des formes
masculines, une corpulence bien normale; la face n’a pas de
poils, ce qui n’a rien d’extraordinaire à cet âge; îe timbre

de sa voix n’a pas encore subi la mue de la puberté.


La tête est bien développée, autant qu’on peut en juger
sans prendre les mensurations craniométriques. Les épaules
sont même larges.
Les deux seins présentent une tumeur de la grosseur
d’une orange. Ces éminences se distinguent très nettement
de ce que l’on remarque chez les hommes d'un certain âge,
et qui ont un développement du pannicule graisseux ;
au
lieu de se continuer insensiblement avec les parties voi-
MORPHOLOGIE DES GYNÉCOMASTES 83

sines, elles forment lin relief circulaire; on dirait que, cou-


pant une pomme par le milieu, on l'a appliquée sur la poi-
trine; si ces seins ne se tenaient très droits, on remar-
querait très bien le sillon qui existait en Ire la paroi pecto-
rale et la glande, comme chez les femmes dont les seins

retombent.
Ces tumeurs se sont développées, depuis huit mois, d une
façon insidieuse et indolente. Si bon enloure leur base d'un
lac et qu’on prenne la mesure, on trouve 12 à 14 centimètres ;

elles paraissent hautes de 5 à G centimètres. La peau a sa


coloration et sa mobilité normales ;
pas de lacis veineux
sous-cutané apparent ;
le mamelon est saillant et l’aréole
rose, sans tubercules ni poils.
On sent parfaitement, par le toucher, les lobes glandu-
laires.

Jamais d’écoulement d’aucune sorte. Le malade n’a pas su


nous dire si, à certains moments, les mamelles entraient
en érection.
Ces seins sont absolument semblables à ceux d'une jeune
fille de cet âge, et si, cachant le reste de la personne, on les

montrait seuls à quelqu'un, il commettrait sûrement une


erreur de sexe.
Les deux testicules sont descendus; le droit est même
plus volumineux que d’ordinaire; le gauche, au contraire,
est assez fortement réduit dans son volume; l’épididyme
paraît moins atrophié que la glande elle-même.
Le pubis est garni de poils. Le pénis est de forme ordi-
naire et présente un phimosis. Le malade a des désirs véné-
riens et il entre en érection pendant l’examen de ses organes
génitaux; prétend n’avoir jamais vu de femme, mais avoue
il

des habitudes vicieuses.


84 LES BISEXUES

III

Il n’est pas rare de ne rencontrer qu’un seul sein hyper-


trophié chez l’homme.
Cruveilhier en rapporte un cas dont j’ai déjà parlé.
Anciaux, dans sa clinique chirurgicale, cite un homme
qui avait la mamelle gauche aussi développée que celle
d’une femme, mais sans vice de conformation des organes
génitaux.
Dans une lecture faite à la Société obstétricale de Dublin
par Foot et rapportée par The quaterly Journal of medical
Science ,
il est question d’un garçon de quatorze ans qui
avait une hypertrophie de la mamelle gauche, mais toujours
sans arrêt de développement des organes génitaux, ni fémi-
nisme.
O 11 trouve aussi dans The medical Times and Gazette ,
de
Londres, l'histoire d’un enfant de treize ans, qui avait la
mamelle droite volumineuse. Mais cet enfant paraissait au-
dessous de son âge ;
il était, dit l’auteur anglais, « of rat hcr
délicat aspect ».

Morgan, dans The Lancet de 1875, rapporte encore le cas


d’un marin qui, à seize ans, eut une hypertrophie de la
mamelle droite, avec une aréole brune et lobulée comme
celle d’une femme. Les organes génitaux étaient bien déve-
loppés, a fully and ivell developed ».

Enfin, tout dernièrement, le docteur Folenfant, médecin


militaire, nous racontait avoir vu une mamelle hypertrophiée
chez un jeune conscrit, que l'on avait dû réformer pour
cette raison.
Olphan cite aussi un fait du même genre.
R..., quinze ans, ouvrier en bronze, né à Paris.
Ce jeune homme est d’une taille au-dessus delà moyenne,
MORPHOLOGIE DES GYNÉCOMASTES 85

pour son âge; ses formes extérieures et l’expression de son


visage sont celles des jeunes garçons de son âge.
Sa voix ne présente pas de timbre particulier. Il paraît

avoir, de toute manière, le développement normal de son


sexe et de son âge.
Depuis un an et demi, il s’est aperçu d'une grosseur qui
se développait d’une façon lente et indolente au sein

gauche.
Il mamelon une tumeur cle la grosseur
présente autour du
d’une orange moyenne. On sent, par la pression, les cana-
licules glandulaires.

Le mamelon n’est pas saillant, l'aréole n'est pas colorée.


Cette petite masse hypertrophiée est assez mobile et

parfaitement ind-olore, même aux pressions assez fortes.


Rien de particulier à l’autre sein.
Les deux testicules sont descendus dans les bourses et
présentent absolument un volume normal à cet âge.
La verge présente un développement qui n’offre rien de
particulier. Le pubis commence à se garnir de poils. Ce
jeune homme affirme n’avoir jamais vu de femmes; mais il

a des érections et des désirs vénériens, et accuse des habi-


tudes contre nature.
Nous reportons encore nos regards vers son habitus
extérieur; nous constatons et faisons constater par des
personnes présentes qu’il n’offre absolument rien de par-
ticulier, et que, si on le plaçait dans une école, par exemple,
au milieu des jeunes gens de son âge, il ne s’en distingue-
rait absolument en rien.

1Y

La polymastie se rencontre de temps en temps chez la


femme; et, depuis Junia, fille de Junius Avilus et mère
d’Alexandre Sévère, Junia qu’on avait surnommée « Main-
86 LES BISEXUÉS

mea », jusqu’à Anne de Bolen, mère d’Henri VIII, et la belle


madame Vitres de Trêves, les exemples en sont nombreux.
Mais ce phénomène est très rare chez l’homme. Nous ne
connaissons qu’un fait de gynéco-polymastie, et encore deux
mamelles seulement étaient hypertrophiées; les autres
étaient rudimentaires. Ce fait curieux est rapporté par
Handyside d’Edimbourg, dans le Journal of anatomy and
phgsiologg . Sur cinq enfants d’une même famille, trois pré-
sentaient cette anomalie (nous en avons déjà parlé à propos
de l’hérédité). Le premier de ces enfants avait quatre
mamelles sur la poitrine, les deux inférieures étant rudi-
mentaires. Les deux mamelles supérieures étaient normale-
ment situées, à exacte distance de la ligne médiane, et elles

étaient plus développées que de coutume, more fullxj deve-


loped than usual ; elles avaient un mamelon avec plusieurs
papilles proéminentes. Elles s’étaient développées à seize
ans. Cet homme était bien musclé, avait de belles formes, et

ses organes génitaux étaient normalement développés, fulhj


developcd and natural..
Le deuxième enfant avait deux mamelles seulement,
mais développées d’une façon tout à fait anormale, et laissant

exsuder un liquide laiteux.


Enfin, le troisième enfant avait, comme le premier, quatre
mamelles, les deux supérieures hypertrophiées.
Les deux autres enfants ne présentaient rien d’anormal
sous ce rapport.
L’auteur ajoute que, dans la suite de leurs années, ces
cinq enfants devinrent grands, forts, bien musclés, big ,

strong ,
muscular and masculine. Néanmoins il reconnaît qu’il

y avait chez eux un mélange des traits des deux sexes,


blindig of the sexual features .
MORPHOLOGIE DES G YNÉCOM ASTES 87

Généralement, et à de rares exceptions prés, le gynéco-


maste a des testicules d’un volume au-dessous de l’état

normal, gros comme une noisette, disent la plupart des


auteurs. La verge est aussi généralement plus petite qu'à
l’état normal. On cite même des cas où elle existait à peine.
Bédor prétend avoir vu un sujet dont « le pénis était d’une
telle brièveté qu’entre le scrotum et le gland, il présentait

à peine la longueur de ce dernier ».

Fanaglio a vu aussi un jeune soldat qui, avec un dévelop-


pement exagéré des mamelles, avait un pénis rudimentaire
et un scrotum bifide 1
.

Néanmoins, je dois reconnaître que, chez les individus qui


n’ont qu'une seule mamelle hypertrophiée, il est beaucoup
plus fréquent de rencontrer des organes génitaux normaux.

VI

Nous avons dit que les gynécomastes étaient le plus sou-


vent efféminés. Nous retrouvons en effet chez eux quelques
signes fréquents, pour ne pas dire constants, de féminisme
ou de dégénérescence.
D’abord la voix, au lieu de ce timbre mâle qu’elle prend
chez l’homme après la puberté, reste grêle comme celle
d’un enfant, ou douce comme celle d’une femme. J’ai fait
chanter un jour devant moi un gynécomastc. Une personne
qui l’aurait entendu sans le voir, aurait affirmé que c’était
la voix d’une fdlette de treize à quatorze ans.

1. Journal de médecine de Turin.


8 S* LES III SEXUÉS
Le système pileux est peu développé chez les hommes
à mamelles: beaucoup n’ont pas de barbe ou ont un fin

duvet sur la lèvre supérieure; les membres et la poitrine


sont glabres; le pubis est généralement bien garni, mais,
comme chez la femme, les poils forment un triangle et
s’arrêtent b r u sque men t

La dentition est généralement retardée ;


assez souvent
même ils conservent, jusqu’à l’âge de quinze et vingt ans, des
#
dents de lait. Un des individus que j'ai observés présentait
en effet ce phénomène. Ses dents étaient légèrement diver-
gentes; il existait des intervalles entre les canines et les
incisives, et sa bouche ressemblait à une grille d’égout,

pour employer une comparaison un peu triviale.

Voici du resteune observation de Jagot, où toutes ces par-


ticularités sont notées avec beaucoup de soin h
Jacques Gouillet, âgé de ving-cinq ans, est né à Saint-
Brandon (Côtes-du-Nord). Depuis son enfance, il se livre à

des travaux pénibles et est aujourd’hui homme de peine


dans une fonderie. Gouillet a la taille élevée, l m ,72, l’ha-
*

bitus viril, le teint brun, mais il paraît timide.


Le tissu cellulaire est peu développé, tandis que les poils

sont plutôt abondants que rares à la face et au pubis.


Tète. — La tête est petite, le front peu élevé. Voici la

mesure des diamètres:


1° Occipito-bregmatique, 14 centimètres.
2° Occipito-frontal, 17 centimètres et demi.
3° Occipito-mentonnier, 19 centimètres;
4° Bi-pariétal, 14 centimètres et demi;
3° Bi-mastoïdien, 13 centimètres et demi.
La voix est mâle et le larynx suffisamment développé.
Thorax. — Le thorax est large; la circonférence, au niveau
de la ligne axillaire, est de 92 centimètres; elle est de
90 au niveau de la ligne bi-mammaire.

1. Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie ,


14 sep-
tembre 1877.
MORPHOLOGIE DES GYNÉCOMASTES 89

Seins. — Le volume des seins est assez considérable pour


avoir été remarqué, à l’auscultation, par-dessus la chemise;
ils présentent une forme hémisphérique bien limitée, dont
la base mesure 8 centimètres et demi de diamètre.
Ils proéminent de 5 centimètres au-dessus de la poitrine

du malade, couché horizontalement ;


l’aréole est entourée

de poils assez nombreux, les tubercules de Montgomery y


sont bien plus accentués qu’ils ne le sont en général chez
l’homme. Sous une mince couche de tissu cellulaire, on sent
une glande volumineuse, dont les acini sont très percep-
tibles. Au dire du malade, ces organes auraient été plus

volumineux au début de la puberté et d’une fermeté telle

que la moindre pression était douloureuse.


Bassin. — Le bassin présente une largeur remarquable :

28 centimètres et demi d’une épine iliaque à l’autre. Sept


autres malades adultes, mesurant de l m ,70 à l m ,75, ont
donné, pour le même diamètre du bassin, une moyenne de
20 centimètres. Aucun ne dépassait 27 centimètres.
Membres. — Les membres sont vigoureux, le tissu cellu-

laire y est assez peu abondant pour que les saillies muscu-
laires soient très accusées. Les pieds et les mains sont ceux
d’un travailleur.
Organes génitaux. — La verge est plutôt petite que grosse.
Le scrotum contient, à droite, un testicule normal, mais qui
ne serait descendu dans le scrotum que vers l’âge de vingt-
trois ans, le malade ayant éprouvé, à cette époque, dans le

trajet du cordon, des douleurs assez vives. A gauche, au


contraire, on trouve un testicule lisse, petit, dur, gros
comme une petite olive. L’épididyme est mou et semble
normal, ainsi que le cordon. Ce testicule n’a jamais été plus
développé; le malade l’affirme.
Gouillet n’a pas d’instruction; il ne sait ni lire ni écrire,

mais il n’a jamais été à l’école et semble aussi intelligent qu’un


autre. Les questions qu’on lui fait sur sa difformité lui sem-
blent désagréables, et il pleurerait volontiers à ce moment.
90 LES BISEXUÉS

Il a peu de désirs vénériens, mais l’érection se fait cepen-


dant très bien. Il a contracté, à dix-huit ans, une blennor-
rhagie légère; c’était la première fois qu’il avait des rapports
sexuels. Il a été réformé au conseil de révision des Côtes-du-
Nord. Mais, à l’époque de la guerre, il a cependant servi
comme mobile.

y ii

Outre ces signes de dégénérescence, le gynécomaste pré-


sente encore, lorsque l’on prend la peine de l’examiner
dans son ensemble, quelque chose de particulier.
Chez lui, le pannicule adipeux est généralement très dé-
veloppé, la peau est blanche, les cheveux longs et fins; le

bassin est élargi, les hanches développées; les membres


sont ronds comme ceux de la femme, les muscles ne font
point de saillies vigoureuses sous la peau; les lignes de
son corps sont pleines d’harmonie; ses contours affec-

tent une mollesse remarquable, en même temps que les

articulations et les muscles combinent leur action pour


donner aux mouvements cette souplesse, ce je ne sais quoi
d’onduleux et de gracieux, qui est le propre de la chatte et

de la femme. « Nous avons tous connu, dit P. Lorain, pen-


dant les années de notre enfance, et plus tard grandissant
avec nous, des enfants, des adolescents, puis des hommes,
qui ne subissaient pas les mêmes transformations que les
diverses étapes de l’âge amènent chez leurs camarades;
c’est ainsi qu’enfants, ils ressemblent plus à des filles qu'à
des garçons; adolescents, ils ressemblent à des enfants;
hommes, ils n’étaient qu’adolescents. Êtres singuliers, fémi-
nisés ou indéfiniment juvéniles, personnages imberbes, à
longs cils, à cheveux fins, à teint pâle, à hanches très déve-
loppées, souvent gras, ayant la voix grêle et présentant
plusieurs des caractères de l’eunuchisme. »
MORPHOLOGIE DES GYNÉCOMASTES 91

Ce portrait saisissant que trace Lorain des efféminés


s'applique admirablement aux gynécomastes qui, 8 fois
sur 10*au moins, présentent tous les caractères du fémi-
nisme, ce premier pas vers l’hermaphrodisme. Pour com-
pléter ce portrait, je ne saurais mieux comparer les gyné-
comastes qu’à ces Apollons Musagètes, que l’on voit au
musée du Vatican, et auxquels, selon Winkelmann, il fau-
drait bien peu ajouter pour en faire des Minerves guerrières ;

ou mieux encore à cet hermaphrodite, mollement étendu


sur une peau de panthère, qui dort de son sommeil de
pierre dans le palais des Offices, à Florence.
CHAPITRE XII

APTITUDES GÉNITALES DES GYNÉCOMASTES

Nous venons de voir que les organes génitaux des gyné-


comastes étaient souvent atrophiés. Dans ce cas, que devien-
nent leurs aptitudes génitales? Sont-ils impuissants ?

Je ne le crois pas. Presque tous ceux que j’ai observés


avaient des érections suivies d'éjaculations. C’étaient, sans
doute, des inférieurs sous ce rapport mais enfin,;
ils n'étaient
pas impuissants. Du reste, beaucoup d'eunuques sont ca-
pables d’entrer en érection. Ils étaient même très recher-
chés des dames romaines, au dire de Juvénal :

Sunt quas eunuchi imbelles ac mollia semper


,

Oscula delectent ac clesesperatio barbæ.

Brantôme, dans sa crudité naturaliste, raconte aussi de


drolatiques histoires qui ne laissent aucun doute à cet
égard. Et Frank assure que, dans une ville qu’il ne nomme
pas, quatre castrats pervertirent tellement les mœurs du
sexe, que la police fut contrainte d’interposer son autorité
pour taire cesser des excès trop scandaleux. . .
94 LES BISEXUÉS

Voici, d’autre part, une observation de Robelin *, qui nous


donnera une idée assez exacte des aptitudes génitales des
gynécomastes.
Le nommé Laiset, âgé de vingt-quatre ans, charretier,
d’une taille de cinq pieds trois pouces, entre au Val-de-
Grâce, pour y être soigné d’un abcès dont il guérit en peu
de temps.
Chargé de lui donner des soins, je m’aperçus un jour que
ses mamelles étaient plus volumineuses qu’un homme ne
les a ordinairement.
Cette particularité ayant fixé mon attention, j’explorai
soigneusement les autres parties du corps, et voici ce que je
remarquai. Les mamelles, très bien séparées, d'une forme
demi-sphérique et d’une consistance assez molle, ressem-
blaient parfaitement à celles d’une femme. On sentait dis-
tinctement, comme chez le sexe, le corps glanduleux dont
ces organes sont composés.
La poitrine était étroite, les épaules saillantes, la voix
féminine et le visage enfantin et imberbe.
Les parties génitales, quanta leur conformation, ne diffé-

raient de l’homme que par leur petitesse. La


celles de

verge, semblable à un petit tubercule, pouvait avoir, pen-


dant l’érection, suivant ce que m’a dit l’individu lui-même,
un pouce et demi de longueur; les testicules étaient compa-
rables, par leur volume, à une petite noisette.
Je lui trouvai le bassin très évasé, le pubis proéminent et
peu garni de poils; ceux-ci manquaient aux jambes et aux
bras, et se remarquaient en petite quantité à la région
axillaire.

Du reste, le sujet avait peu d’embonpoint, il était même


assez grêle. Je tirai de lui les détails suivants : né à Paris
de parents bien constitués, il n’éprouva rien de remarquable
depuis sa naissance jusqu’à l’âge de quatorze ans, époque à

1. Loc. cit.
APTITUDES DES G YNÉC0IY1 ASTES 95

laquelle s’annonça chez lui la puberté, dont il ne tarda pas


à faire usage.
Ce fut à seize ans que se développa sa taille, qui passe
aujourd’hui cinq pieds trois pouces, et qu’il vit ses mamelles
prendre de l’accroissement.
A dix-huit ans, celles-ci se gontlèrent considérablement,
jusqu’à devenir deux fois plus volumineuses qu’à l’ordi-
naire, et, dans cet état, elles distillaient une humeur séreuse,
semblable à du lait. Obligé d’aller fréquemment à cheval, il

éprouvait des secousses fort incommodes. Il essaya, pour se


soulager, d’appliquer sur sa poitrine une plaque de liège afin
de soutenir ses mamelles dont le poids le gênait extrême
ment, et ce moyen lui réussit.

L’engorgement séreux subsista pendant deux années


entières, c’est-à-dire jusqu'à l’âge de vingt ans, et depuis
cette époque il ne reparut pas davantage. Cette singulière
conformation ne l’empêche pas d’être gai et d’avoir toutes

les habitudes qui se remarquent chez les autres hommes.


Il faut cependant en excepter sa répugnance à toucher le

sein des femmes, pour lesquelles il a d’ailleurs un goût


prononcé, quoique assez mal partagé par la nature, du côté
des parties de la génération.

II

Quant à savoir si le gynécomaste est fécond, la question


est beaucoup plus délicate. Je crois que beaucoup d’entre
eux doivent être stériles, sans cependant oser être trop
affirmatif sur ce point, puisqu’au dire des anciens, on a vu
des eunuques engendrer. Pythias, amie d’Aristote, était
fille d’un eunuque, selon Suidas. Les Scythes, dit Hippo-
crate, qui devenaient eunuques à force de monter à cheval
sans selle ni étriers, se perpétuaient cependant. Malheu-
Û6 LES BISEXUÉS

reusement, personne n’a fait l’examen du liquide séminal


chez les gynécomastes. Un des malades que j’ai observés à
la prison de la Santé, ayant des éjaculations, on voulut pro-
fiter de cette occasion. Un administrateur malveillant et à
vues étroites dénonça M. Variot au préfet de police, comme
excitant les détenus à la masturbation.
Et l’honnête M. Herbette, le plus brouillon et le plus
verbeux des bureaucrates, s’empressa d’enregistrer cette
accusation idiote, cette calomnie, contre un homme qui
jouit, parmi ses collègues des hôpitaux, de la plus haute
estime.

III

Je me suis encore demandé si les gynécomastes, de par


leur constitution physique, de par leurs instincts, ne seraient
pas portés à la pédérastie.

On sait que les eunuques, dans l’antiquité, étaient


presque fatalement voués à ce vice honteux.
Pétrone dit d’eux :

Omnibus erao
O

Scorta placent fradique enervo corpore gressus


, ,

Et Iaxis crines et lot nova nomina vestis ,

Quæque virum quærunt 1


.

Ce que Héguin de Guerle a traduit de la sorte :

Brillant efféminé,compose ton sourire;


Livre tes longs cheveux aux baisers du zéphyre,
Adonis et Vénus, d’un impudique amour,
A tes autels douteux vont brûler tour à tour.

Tout le monde connaît l'histoire d’Eu trope, le premier


eunuque qui osa exercer la fonction de magistrat romain

d. Satyi'icon, CXIX, p. 196.


APTITUDES DES GYNÉCOM ASTES 97

et de général. Il fut plusieurs années l’amant de Ptolémée,


qui le donna au général Aristée, pour lequel il exerça les

fonctions d^ pourvoyeur. Il passa ensuite au service de la

fille d’Aristée lorsqu’elle se maria, et le futur consul était


alors employé à la coiffer, à lui présenter l'aiguière d’argent,
à la baigner et à l’éventer pendant l’été. J’ai interrogé tous
mes gynécomastes sur leurs habitudes génitales. Malgré
leurs dénégations, et sans néanmoins avoir de preuves cer-
taines, j’en ai fortement soupçonné deux d’entre eux d’avoir
été pécher à Sodome.

7
CHAPITRE XIII

L’AME DES GYNÉCOMASTES

« L'état de dégénérescence mentale, dit Legrain, est

constitué par le fait d’une accumulation plus ou moins


considérable dans les antécédents héréditaires d’un indi-
vidu, d’affections cérébro-spinales ou de maladies géné-
rales, retentissant sur le système nerveux, susceptibles
toutes deux d’influencer la descendance 1
. »

C'est d’ailleurs ce que Morel avait déjà dit, en définissant


les ; dégénérescences « des déviations maladives du type
2
primitif ou normal de L humanité ».

Maintenant, voici pourquoi je range les gynécomastes


parmi les dégénérés, ces rameaux flétris du grand arbre
social, comme disait Bufïon dans son style imagé.

II

Il existe, en effet, chez les dégénérés un état physique

1. Du délire chez les dégénérés. Th. Paris, 1886.


2. Les dégénérescences.
100 LES BISEXUÉS

particulier et un état mental particulier. « Aux difformités


cérébrales qui se révèlent par des stigmates d’ordre psychi-
que, correspondent des malformations nombreuses des autres
organes, qui se révèlent par des stigmates d’ordre physique. »

Legrain énumère les principaux stigmates physiques qui


marquent le dégénéré d’un cachet indélébile, et nous notons
les suivants : implantation vicieuse des dents, développe-
ment exagéré des glandes mammaires, bassin élargi,
féminin, atrophie des testicules.
11 suffit de parcourir mes observations pour voir que tous
les sujets présentent plusieurs de ces signes caractéris-
tiques. D’autre part, j’ai prouvé que ce sont presque tous
des héréditaires, lorsque j’ai étudié les causes de la gyné-
comastie.

III

Mais à quelle classe de dégénérés appartiennent les

gynécomastes ?

Je n'hésite pas à les ranger parmi les débiles, ces êtres à


intelligence peu développée, qui possèdent peut-être
quelque mémoire, mais peu ou point la faculté d’assimila-

tion; chez qui les impulsions souvent paralysent la volonté.

Enfants, ils ont eu toutes les peines du monde à apprendre


à parler; adolescents, ils font le désespoir de leurs maîtres

et de leurs parents par leur inaptitude à tout travail et à


toute étude, par l’ingratitude de leur mémoire, leur impos-
sibilité de fixer leur attention, et souvent par leurs vices
précoces et leurs mauvais instincts.
Le nommé Guimart, observé par Bédor, était manifeste-
ment un débile.
l
Voici d’ailleurs son histoire .

1. Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacie, t. XXV, p. 171,

octobre 1812.
L’AME DES GYNÉGOMASTES 101

J. -B. Guimart, âgé de vingt et un ans, natif de Ginabat,

canton de l’Ain, département de l’Auvergne, est l'individu


dont il s’agit. Chargé de le visiter, je m’aperçus avec sur-
prise,en lui découvrant larégion épigastrique, que sa poitrine
avait le même aspect que celle d’une fille bien constituée
de quinze à seize ans, ce qui me porta de suite à véri-
fier le sexe du sujet dans son organe le plus caractéristique.
J’y rencontrai tous les signes extérieurs du sexe masculin
dans l’état naturel ;
mais la verge, d’après l’aveu du malade,
n’a jamais éprouvé la turgescence propre à l’acte vénérien ;

et les testicules, quoique dans le nombre et la position qui

leur sont le plus ordinaires, sont réduits pour le volume à

celui d’une petite noisette. Reportant mes regards sur le

premier phénomène que j’avais remarqué, je vis deux


éminences hémisphériques très distinctes, circonscrites dans
un espace d’environ quatre pouces, de chaque côté de la

poitrine, sur l’épanouissement des grands pectoraux, et

se perdant doucement du côté de leur jonction, comme vers


le cou, les épaules et les hypocondres. Ces éminences ont
une consistance et une mobilité exactement semblables à
celle qui est déterminée chez les femmes par le développe-
ment des glandes mammaires. Elles sont de même revêtues
d’un tissu plus blanc et plus fin que le reste du corps; sur-
montées chacune d’un mamelon dont le chatouillement
excite l'érection, et qui est entouré d’une aréole exempte
de poils et ayant une couleur vermeille. Le toucher de ces
parties lui cause une sensation douloureuse, principalement
la tumeur gauche, qui estplus volumineuse que la droite, et
dont il paraît ne supporter qu’avec peine le plus léger
contact.
Lejeune homme est d’une faible complexion ;
sa peau
est blanche ;
ses cheveux sont châtain clair ;
il a le poil ras
et un fin duvet se montre à peine sur son menton. Son
idiosyncrasie se rapporte au
tempérament pituiteux et
flegmatique des physiologistes. Son air est humble et lan-
1 02 LES BISEXUÉS

guissant; son visage est rond, pâle et bouffi ;


ses yeux, cou-
verts et enfoncés, paraissent n’oser soutenir les regards des
autres. La taille est d’environ 3 pieds 3 pouces ;
ses mem-
bres grêles, mais droits; toutes les formes généralement
adoucies, mais les hanches pas plus évasées qu’à l’ordi-
naire. Les chairs sont lâches et molles, ses gencives sont
décolorées, et l’émail de la plupart des dents gâté vers la
couronne.
Le costume de notre sexe l’incommode, autant que les
manières lui en paraissent étrangères; car une cravate, un
gilet fermé pour se garantir du froid, gênent sa poitrine el

lui causent de fréquentes oppressions, qu'il ne peut sou-


lager qu’en se dépouillant le haut du corps.
Il m’a dit que son frère, Jean Guimart, de trois ans plus
âgé, avait aussi une gorge, et encore plus considérable,
mais que ses sœurs n’avaient rien de plus ni de moins que
les autres femmes.
L’époque à laquelle ses mamelles se sont développées a
précédé de plusieurs années l’âge où la puberté les fait

s’arrondir chez les filles ;


car il m’a dit qu’elles s’étaient
formées vers la septième année.
Son langage est obscur, très incorrect, et quoique ayant
vécu dans les casernes ou, dit-il, il n’était pas mal, il n'a
rien contracté de la jactance soldatesque.
Guimart, du plus loin qu’il s’en rappelle, fuyait toujours

la lutte, la course, le saut, le jet de pierre, et avait de


l’éloignement non seulement pour la gymnastique, premier
plaisir des petits garçons, mais encore pour leur société.

En grandissant, son humeur nonchalante ne changea


point. Il ne s’est, dit-il, jamais battu, mais seulement dis-

puté de loin en gardant les moutons sur la montagne.


L’habit de soldat qu’il porte maintenant ne semble guère
l’avoir rendu plus belliqueux. Il craint les morts et surtout
l’obscurité. Il a ce naturel timide qu'on ne doit qualifier du
titre flétrissant de lâcheté que lorsqu'il fait manquer à ce
L’AME DES GYNÉCOMASTES 103

que l'on se doit, et trahir les devoirs d’une place occupée


volontairement dans la société. 11 donna un trait de ce
caractère le soir de l’incendie d'une maison. Il était si fort

saisi de terreur qu’il ne savait où se mettre et pensait, à ce


qu’il m’a dit, que les Anglais s’étaient emparés de la ville.

Apathique, de son propre aveu, il n'a jamais eu d’attache-


ment pour personne, même dans sa famille; je le crois

aussi incapable d’aversion. Mort à toutes les jouissances, la


musique ne l’amuse pas, et il n'a jamais eu même l'idée de

chanter.
Incapable d’aucun excès, un verre de vin lui suffit et

davantage l'incommode au même instant.


Les deux sexes lui sont également indifférents et même
étrangers; l’infortuné ignore et ne doit jamais connaître ce
besoin qui sollicite de rechercher une cohabitation dont
l’attrait dédommage à lui seul de tous les maux de la vie, et
dont le résultat est si important pour la société. Enfin, on
pourrait dire de cet être misérable qu’il offre l’exemple
tout à la fois d’un homme manqué et d’une femme incom-
plète.

On n’a qu’à lire les autres observations que j’ai citées au


cours de cette étude, et on n'aura pas de peine à se con-
vaincre que presque tous les gynécomastes sont des êtres
inférieurs au point de vue intellectuel, en un mot des
débiles.
B..., un de ceux que j’ai observés à la Santé, bien qu'il
soit allé à l’école assez longtemps, sait à peine écrire et
ne connaît pas la table de Pythagore. Ses réponses, obscures
et enfantines quelquefois, révèlent une intelligence très peu
ouverte. D’ailleurs, il n’a jamais pu apprendre aucun mé-
tier. Chez lui la volonté est paralysée par les instincts :

bien qu’il n’ait que vingt ans, il a déjà subi cinq condamna-
tions pour vagabondage, maraudage, vol à l’étalage. Ce
n’est pas un criminel dangereux; il reculerait devant la
moindre violence, mais il est absolument incorrigible; il ne
104 LES BISEXUÉS

témoigne aucun regret de ce qu’il a fait, et il est probable


qu'aussitot sorti recommencera. Ce cas est des plus nets.
il

Ce gynécomaste est non seulement un faible d’esprit, mais


c’est aussi un impuissant de volonté, un instinctif.

Seul le sujet observé par le I)


1

Guillot pourrait être rangé


parmi dégénérés supérieurs. C’est un être bizarre, un
les

garçon paresseux, très préoccupé de sa personne, sans


énergie, ayant la manie de l'ordre.

IV

Nous avons dit combien les eunuques se rapprochaient


des gynécomastes. Eh bien, tous les auteurs ne se plaisent-
ils pas à reconnaître le peu d’intelligence, les vices et les

mauvais instincts des eunuques? Tous ne les peignent-ils


pas comme des êtres vils, méchants et pusillanimes?

C’est à peine si, en parcourant l’histoire ancienne, on


trouve quelques eunuques doués d’une intelligence supé-
rieure, tant il est vrai que la dignité de l'homme réside en
grande partie dans ses testicules.

On n'en cite que quelques-uns : Phavorinus, le philo-


sophe; Aristonicus, général de Ptolémée; Narcès, cham-
bellan de Justinien, qui commanda en chef et battit les

Goths à Nocera ;
Aly, grand vizir de Soliman II ;
Kaffour,
qui gouverna l’Égypte pendant vingt ans; Hassan, qui dé-
fendit Alger contre Charles-Quint; Sarou-Taki-Khan, pre-
mier ministre du schah de Perse.
D’autres ne furent élevés par les rois que pour de crimi-
nelles complaisances et pour le malheur des peuples :

Sporus, sous Néron; Plotin, sous Ptolémée ;


Farinelli, sous

Ferdinand III.

Les Romains avaient un tel mépris pour les castrats qu’ils

refusaient leur témoignage en justice.


L’AME DES GYNÉCOMASTES 105

Tous ces faits historiques sont pleins d’enseignements,

et il me semble bien difficile de ne pas faire des eunuques


et des gynécomastes des dégénérés, des débiles et souvent
des instinctifs.

Avant de terminer ce chapitre, je tiens à faire remarquer


que ce que je viens de dire ne saurait s’appliquer à ces
gynécomasties que j’ai appelées accidentelles. Dans ces cas,
bien qu’il y ait déviation du type spécifique, elle est simple-
ment accidentelle, et l’état mental de ces sujets ne pré-

sente absolument rien de particulier. Néanmoins, il n’est

pas rare de les voir devenir lypémaniaques, lorsqu’ils ont


perdu les attributs de la virilité.

Le docteur Martin cite le cas de trois soldats qui avaient


eu les parties génitales externes complètement détruites
par des éclats d’obus. On parvint à les guérir, mais tous
trois tombèrent dans une tristesse profonde et peu après se

suicidèrent.
Ces hommes, en effet, avaient gardé dans le cœur des pas-
sions avec le désespoir éternel de ne pouvoir les assouvir.
Ils avaient conservé dans un des replis de leur encéphale
le souvenir des ébranlements éprouvés à une époque anté-
rieure, souvenirs assez puissants pour allumer en eux des
désirs qui provoquaient un état d’éréthisme comparable à
celui qu’ils éprouvaient autrefois. Mais ces souvenirs s’ar-
rêtaient au seuil de l’organe anéanti; la vie alors leur
devint intolérable et ils se suicidèrent.
On peut bien retrancher les organes extérieurs, mais on
ne tue pas les désirs intérieurs. Ce fut là l’erreur d’Origène,
de Léonce d'Antioche et de leurs sectateurs ;
ils se trom-
pèrent en se rendant eunuques ;
leur chasteté n’était qu’in
volontaire, et ils s'ôtaient la gloire de résister par leurs
106 LES BISEXUÉS

propres efforts ;
ils se créèrent des regrets sans se donner
une vertu.
Tout le monde a lu aussi, dans je ne sais plus quel roman
de Voltaire, l’histoire piquante de cette jeune fdle qui s’en-
dort sous un arbre et se réveille avec un homme à côté
d’elle. Il la dévore des yeux et gémit douloureusement :

Que chiagura d’essere sema coglia !

« Lorsque mon premier maître eut formé le cruel projet


de me confier ses femmes, écrit un eunuque, et m’eut
obligé, par des séductions soutenues de mille menaces, de
me séparer pour jamais de moi-même, las de servir dans
les emplois les plus pénibles, je comptai sacrifier mes pas-
sions à mon repos et à ma fortune.
« Malheureux que j’étais! Mon esprit préoccupé me fai-

sait voir le dédommagement et non la perte :


j’espérais que
je serais délivré des atteintes de l'amour par l’impuissance
de le satisfaire. Hélas! on éteignit en moi l’effet des pas-
sions sans en éteindre la cause ;
et, bien loin d’en être sou-
lagé, je me trouvai environné d'objets qui les irritaient
sans cesse. J'entrai dans le sérail où tout m’inspirait le
regret de ce que j'avais perdu : je me sentais animé à

chaque instant; mille grâces naturelles semblaient ne se

découvrir à ma vue que pour me désoler ;


pour comble de
malheur, j'avais toujours devant les yeux un homme
heureux. Dans ce temps de trouble, je n’ai jamais conduit
une femme dans le lit de mon maître, je ne l'ai jamais
déshabillée, que je ne sois rentré chez moi la rage dans le
cœur, et un affreux désespoir dans l’âme.
« Voilà comment j’ai passé ma misérable jeunesse. Je
n’avais confident que moi-même. Chargé d’ennuis et de
chagrins, il me les fallait dévorer, et ces mêmes femmes
que j’étais tenté de regarder avec des yeux si tendres, je

ne les envisageais qu’avec des regards sévères ;


j’étais

perdu si elles m’avaient pénétré. Quels avantages n en


auraient-elles pas pris!
L’AME DES GYNÉCOMASTES 107

« Je me souviens qu’un jour que je mettais une femme


dans le bain, je me sentis si transporté, que je perdis entiè-
rement la raison, et que j’osai porter ma main dans un
lieu redoutable. Je crus que ce jour était le dernier de mes
1
jours ... »

1. Montesquieu. Lettres persanes, lettre IX.


CHAPITRE XIY

LES GYNÉCOMASTES DANS LA SOCIÉTÉ

Le gynécomaste est-il apte au mariage?


Bédor n’hésite pas La gynécomastie, dit-il,' établit,
: «

sinon une preuve assurée, au moins une assez forte pré-


somption d’impuissance pour devoir détourner de tout
mariage dont le but serait de ne pas rester sans postérité.
La réponse d'un médecin devra être dans ce sens lors-
qu'il se trouvera requis d’éclairer une famille sur ce point. »

Si un gynécomaste venait me demander s’il peut se


marier, je lui demanderais à faire l’examen microscopique
du liquide spermatique, et c’est de cet examen que dépen-
drait ma réponse.

II

Enfin, dernier point : les gynécomastes peuvent-ils être


soldats?
Larrey et Roblin n'hésitent pas à les réformer. Je suis
110 LES BISEXUÉS

absolument de leur avis. Il est évident, bien que les ma-


melles soient indolentes, qu’il leur est très diflicile et très

pénible de porter le sac avec cette difformité. D’ailleurs,


le sujet cité par le D r
Follenfant, dont j’ai déjà parlé, a
dû être renvoyé après un passage de quelques semaines à
la caserne. Il ne pouvait supporter la bretelle du sac.
j'ajouterai que, placer un jeune homme avec des ma-
melles et des grâces de femme dans une chambrée, serait
presque un encouragement à la pédérastie.
CHAPITRE XY

TRAITEMENT DE LA GYNÉCOMASTIE

« On doit considérer la gynécomastie comme un mou-


vement de la nature et la respecter », dit Olphan.
Aussi, les procédés de Paul d'Égine et d’Albucasis doi-
vent être complètement rejetés. Voici, simplement à titre

de document historique, celui que conseillait Paul d’Égine :

« Il est bon d’opérer, dit-il, cette difformité naissante qui


donne l’air efféminé. Faisant donc une incision en crois-
sant, à la partie inférieure de la mamelle, nous disséquons
et nous enlevons la graisse, puis nous réunissons par des
points de suture 1
. »

II

On pourrait peut-être, chez certains gynécomastes, pour


éviter les frottements, et, par suite, les inflammations, sou-
tenir les seins avec une ceinture de laine ou même avec

1. Paul d’Égine. Trad. Briou, XLYI.


112 LES BISEXUÉS

un corset. « C’est le seul cas, dit Villeneuve, où les hommes


puissent porter sans honte cette espèce de vêtement dont
quelques efféminés de nos jours font un usage grand ement
ridicule, pour ne pas dire plus. »
SECONDE PARTIE
ê

CHAPITRE PREMIER

HISTORIQUE

S'il faut en croire la Genèse, le premier hermaphrodite


aurait été Adam : « Et creavit Deus hominem ad imaginem
suam ; ad imaginem Del creavit ilium ,
masculum et feminam
creavit eos h »
En Egypte, on considérait Astarté, la déesse de la lune,

comme étant à la fois mâle et femelle ;


et on retrouve dans
les poètes anciens des traces de cette légende.
D’après la mythologie, Hermaphroditus, fils d’Hermès
ou Mercure et de Vénus Aphrodite, était, au dire d’Ausone,
un hybride qui tenait à la fois des traits de son père et de
sa mère. Cujus erat faciès in quà pater que mater que cognosci
possint ,
nomen traxit ab illis.

Ovide raconte, dans ses Métamorphoses nymphe ,


que la

Salmacis demanda à s’unir à Hermaphroditus d’une ma-


nière indissoluble. Nulla dies, dit-elle, a me nec me diducat
ab illo. Ses vœux furent exaucés, et ils ne formèrent plus
qu’un seul individu. Vota suos habuere Deos nam mixta duo- ,

i. Genèse ch.
,
i, y. 27.
11 fi LES BISEXUES

rum corpora jungunlur, faciesqne inducilur illis. Salmacis


optato juncta est nympha mari/o ; felix virgo sibi si scit ,

inesse virum. Et Ausone félicite Hermaphroditus de son bon-


heur: Et tu, formosœ juvenis per mixte pueüæ ,
bis felix ,
*

unum si licet esse duos.

Ovide se demande quel être étrange a formé leur réunion :

Nec duo simt, sed forma duplex, nec femina dici,

Nec puer ut possent, neulrumque et utrumque videnlur.

Ovide contestait ainsi aux hermaphrodites cette préro-


gative si enviée d'une double puissance génitale. Ausone
était du même avis. Concrètes sexu ,
dit-il, sed non perfectus

utroque ambigvæ Veneris


, ,
neulro patïundus amore. Lucrèce
les déclare également impuissants : androgynum neutrum ,

inter utrumque ab utroque remotum.


Les anciens croyaient aussi aux changements de sexe.
Telle est la fable de Tirésias. 11 avaitmarché sur des
serpents accouplés et avait tué le mâle il était devenu
:

femme. Sept ans après, à la suite d’une même rencontre, il


tua la femelle et redevinthomme. Schyton, au dire d'Ovide,
fut également homme et femme tour à tour :

Nec loquor, ut quondam naturel jure novato


Ambiguus fuerit modo vir, modo femina, Schyton.

Cœneus fut homme et femme, assure Virgile : Et juvenis


quondarn nunc femina Cæneus rursus ,
et in veterem fato revo-
tât a figuram.
Ausone a vu un oiseau mâle qui est devenu femelle pava- :

que de pavo constitit ante oculos. En Campanie, un éphèhe


devint tout â coup jeune fille : unus epheborum virgo repente
fuit. Mais, cette fois, il n’a pas été témoin du fait et n’est pas
loin de le considérer comme une légende : nova res ,
dit-il,

et vix credenda poetis.


HISTORIQUE 117

II

Les anciens considéraient la naissance d’un hermaphro-


dite comme un mauvais présage. A Athènes, on les précipi-

tait dans la mer ;


à Rome, dans le Tibre.
Tite-Livc rapporte que, sous le consulat de Messalus et de
Licinius, en Ombrie, un hermaphrodite fut mis à mort, sur
avis des aruspices, et un autre à Lune, en Etrurie, sous le

consulat de Metellus et Fabius Maximus. *

Cicéron lui-même considère la naissance des hermaphro-


dites comme un des prodiges qui annoncent de grandes
calamités publiques: Quid ortus androgyni, nonne fatale
quoddam momlrum fuit ?

Lucrèce voit aussi dans la naissance d'un androgyne, un


signe de malheur: Multaque tune tellus etiam 'port enta creare
conata est.

Les notions scientifiques que l’on possédait alors sur


l’hermaphroditisme étaient bien vagues et bien incertaines.
Aristote l’avait observé chez les chèvres. Strabon en avait
vu quelques exemples dans l’espèce humaine. Pline est un
peu plus complet, mais guère plus sérieux. Il admet l’exis-

tence des hermaphrodites : Gignuntur et utriusque sexus


quos hermaphrodites vocamus olim androgynos vocatos , ,
et in

prodigiis hahitos ,
nuneveroin deliciis.

Il assure qu’il existe un peuple hermaphrodite au pays


d’Afrique, peu au delà des Nausamones, à côté des Mos-
cliens. Il admet aussi les changements de sexe. Ex feminis
mutari in mares non est fabulosum, dit-il. Invenimus in anna-
libus ,
Licinio Crasso et C. Cassio Lopino consulibus ,
Casini
puerum factum ex virgine. Il a même été témoin d'un fait

semblable : Ipse in Africa vidi mutât am in marem nuptiarum


die L. Cassicium f ciuem thyrdritanum. C'est le jour de son
118 LES BISEXUÉS

mariage que l’infortuné Cassicius vit cette transformation


s’accomplir. A Argos, un hermaphrodite, marié comme
femme, eut ensuite de la barbe et tous les signes de la viri-

lité ;
il prit même une épouse.

III

On a voulu voir dans l’hermaphrodisme une allégorie


correspondant aux deux grands vices de l’antiquité : la pédé-
rastie et le tribadisme. y a là, à mon sens, une grande
Il

erreur et une fausse interprétation des textes anciens. Tous


les historiens ont dépeint Néron comme un pédéraste
éhonté :
personne n’a jamais songé à en faire un herma-
phrodite.
Nul doute que les pédérastes et les tribades recherchaient,
pour leurs plaisirs contre nature, ces êtres au sexe en
apparence indécis, et qui pouvaient leur donner tour à tour
l’illusion du mâle et de la femelle. Mais, de là à conclure
que l’hermaphroditisme était la même chose que le triba-
disme y a loin. Seule une épigramme de
et la pédérastie, il

Martial indique que quelques femmes pouvaient remplir


incomplètement auprès d’autres femmes le rôle d'un
homme: mentiturque virum prodiyiosa Venus.

IV

Le droit romain s’est préoccupé en plus d’un endroit des


hermaphrodites.
D’abord, Ulpien se demande quel sexe il faut leur attribuer.
Quæritur hermaphroditum cui comparamns ? et mugis puto ejus
HISTORIQUE 119

sexus æslimandum qui in eo prævalet. Nous ne nous pronon-


çons pas autrement maintenant encore.
Ulpien se demande ensuite si l’hermaphrodite est capable
de la puissance paternelle, et s il a le droit d hériter. Le
jurisconsulte latin admet l’affirmative, si les organes mas-
culins prédominent. Ilermaphrodilus plane ,
si in eo virilia

prævalebunt posthumum heredem inslituere poterit.


,

Enfin, l’hermaphrodite peut-il être témoin d'un testament?


A Rome, cette capacité n’appartenait qu’au mâle. La ques-
tion se résout encore par la considération du sexe qui pré-
domine Ilermaphrodilus an ad
: test amen tum adhiberi possit
qualitas sexus incalescentis ostendit.

Le moyen âge, si ami du merveilleux, vit dans les herma-


phrodites des monstres envoyés par Dieu dans sa colère, et
présageant les plus grands malheurs.
L'hermaphrodisme donna même lieu à une hérésie. Une
opinion s’était établie, d’après ce passage de la Genèse que
j'ai cité plus haut, qu’Adam était hermaphrodite. Une pieuse
T
dame, dit \ oltaire dans son Dictionnaire philosophique ,

« qu’Adam avait été hermaphrodite comme les


était sûre

premiers hommes du divin Platon ».


S'appuyant sur un ancien édit de l'empereur Constantin,
qui avait ordonné de faire périr les hermaphrodites : Hoc
tcrlium hominis genus e vita lolli et auferri consliluit, — pres-
que tous les théologiens de l’époque voulaient qu'on les mit
à mort.
Bauhin écrit, à la fin du xvi° siècle : « Quant à l’être,

moitié homme et moitié femme, qui fait injure à la nature,


il doit être mis à mort. »
120 LES BISEXUÉS

Schenkins, Zaunschleifer, Mollerius, Teichmeyer, parta-


gent la même opinion.
An xyii e siècle, Iliolan reproduit encore l'opinion de
Bauhin.
Pourtant, on ne tarda pas à faire grâce de la vie à ces
misérables, tout en leur enlevant la plupart de leurs droits
civils et religieux. Mollerius discutait gravement, pour
savoir si on devait les baptiser.

Quant au mariage, on le refusait, si aucun sexe n'était


distinct; si l’un des sexes prévalait, le mariage avait lieu
suivant ce sexe. Dans le doute, dit Baldi, on laissait le

choix du sexe à l’hermaphrodite, mais en lui faisant jurer


de s’en tenir au sexe choisi.
« A ceux-ci, dit Ambroise Paré, qui ont les deux sexes
bien formés et s’en peuvent aider et servir pour la géné-
ration, les lois anciennes et modernes ont fait et font
encore élire de quel sexe ils veulent user, avec défense,
sous peine de perdre la vie, de ne se servir que de celui
duquel ils auront fait élection. » Il ajoute : <( Et aucuns en
ont abusé, de telle sorte que, par un usage mutuel et réci-

proque, paillardaient de l’un et de l’autre sexe, tantôt


d’homme, tantôt de femme, à cause qu’ils avaient nature
d’homme et de femme proportionnée à tel acte. »

Zacchias a vu des faits du même genre : Ilabes hislorias

nonnullcis hermaphroditoram qui et pro viris habebaniur et

uxorem duxernnt ,
vel monasticam vitam cum monachis ,
tan-

quam viri vivebant ,


qui tamen in feminas post modum abierunt,

jilios pepererunt et in posteruni pro feminis habili sunt.


Montaigne parle d’un hermaphrodite des environs de
Plombières qui, marié comme femme, fut condamné à être

pendu, parce qu’il avait fait un mauvais usage de ses


organes. 11 rapporte aussi l’histoire du moine d'issoire qui
accoucha dans son couvent.
« J’ai cogneu un hermaphrodict, lit-on dans Montanus,
lequel e^ toi t du sexe obséquieux des femmes, occasion
HISTORIQUE 12!

pour laquelle il fut marié à un homme, auquel il engendra


quelque fils et fille, et ce nonobstant il avait accoustume
monter sur les chambrières et engendrer en icelles. »

En 1612, Marin le Marcis fut condamné à mort pour


avoir abusé de son sexe. Il ne fut sauvé que grâce au rap-
port de Duval.
En 1G93, Marguerite Malaure fut reconnue comme ayant
les parties naturelles des deux sexes. Une sentence des
/

capitouls de Toulouse lui enjoignit de porter des habits


d’homme. Saviard lui rendit instantanément son sexe, en
réduisant une descente de matrice dont le col, qui faisait
saillie, avait été pris pour le membre viril.

En 1765, le parlement de Lyon condamna Anne Grand-


jean, qui s’était mariée comme garçon, à être attachée au
carcan avec un écriteau portant ces mots : « Profanateur
du sacrement du mariage, » et à être ensuite fouettée par
l’exécuteur de la haute justice. Sur appel de la sentence,
Anne Grandjean fut transférée à Paris, où Ton examina
ses organes. Elle avait une mentule qui sortait des grandes
lèvres, au-dessus du méat urinaire, avec un gland imper-
foré et deux espèces de testicules vers l’orifice. Le parle-
ment de Paris, considérant l'état de l'accusé et sa bonne
foi, n’aperçut en lui qu'un individu que la nature elle-
même avait trompé, et, par arrêt du 10 janvier 1765, la
sentence de la sénéchaussée de Lyon fut infirmée, quant
aux peines prononcées contre Grandjean; le mariage fut
déclaré nul et abusif, et il lui fut enjoint de reprendre
l'habit de femme.
Les mutations subites du sexe étaient encore admises au
moyen âge. A. Paré cite un certain nombre de faits.
A l’époque des menstrues, une fille vit un membre viril

lui pousser.
A Reims, chez une tille de quatorze ans, qui couchait
avec une chambrière, des parties génitales d'homme vinrent
â se développer.
122 LES BISEXUÉS

A Vitry-le-François, un individu que, jusqu’à quinze ans,


on avait tenu pour fille, sentit, après avoir sauté un fossé,
qu'une verge et des testicules venaient de lui pousser au
ventre. « Il s’en retourna, larmoyant, à la maison, disant
que les tripes lui étaient sorties du ventre. »

Paré remarque que « nous ne trouvons jamais, en his-


toire véritable, que d’homme aucun soit devenu femme,
parce que la nature tend toujours à ce qu’il y a de plus
parfait ».

Malgré toutes ces erreurs, A. Paré n'en fut pas moins,


avec Zacchias, Bauhin, Duval, Riolan, Saviard, le précurseur
et l'initiateur des grands physiologistes* dont les noms vont
revenir sans cesse sous ma plume dans les chapitres suivants,
depuis Haller, Ruysch, Morand, Ferrein, Hunier, Parsons,
Arnaud, Blumenback, Hufeland, Ackermann, Ewerard,
Home, Mayer, Rudolphi, Béclard, Marc, Duguès, Meckell,
jusqu’à Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, Serres, Cosle, Bouil-
laud, Follin, Ricco, Holmes, Simpson, Rokitanski, Luigi de
Grecchio, Laugier et Ambroise Tardieu.
CHAPITRE II

DÉFINITION

Le mot hermaphrodisme tire son étymologie des deux


mots grecs Eparjç (Mercure), et AcppoSmr) (Vénus). Les Aile-,
mands l’appellent Zicitlerbildung
L’Académie définit l'hermaphrodisme : « La réunion de
certains caractères des deux sexes dans un seul individu. »

Littré le définit: « La réunion de quelques-uns des carac-


tères des deux sexes chez le même individu. »

Zacchias disait : Dicuntur hermaphroditi qui sexu sunt


indistinct i, nempe qui neutrum vel utr unique habere videntur

et hoc nomine comprehendi volo quoscumque qui aliquo modo


in sexus qualitate dubium excilare possunt. Rajoute ailleurs :

Dici eos hermaphroditos qui partim habent membra viri ,


parti
mulieris.
Pour les canonistes, la définition est beaucoup plus abso-
lue. L'hermaphrodite, disent-ils, est celui qui peut, ianquam
mas, generare ex cilio ,
et, tanquam femina, generare ex se ipso.
Pour Geoffroy-Saint-Hilaire, l'hermaphrodisme est la réu-
nion apparente ou réelle, complète ou incomplète, des deux
sexes sur le même individu. Cette définition est, en somme,
celle qui boite le moins.
CHAPITRE III

LES CAUSES DE L’HERMAPHRODISME

Quelles sont les causes de l’hermaphrodisme ? Pourquoi


un individu naît-il incomplet an point de vue du sexe?
Pourquoi ces ébauches d’organes dissemblables réunis ?

Ce sont là des questions éminemment obscures et aux-


quelles il est bien difficile de répondre, en l’état actuel de
la science.

Pourtant, semble à peu près démontré que l’hérédité


il

morbide a une influence sur la production de cette anomalie.


Sans doute, un hermaphrodite ne pourra engendrer un
autre hermaphrodite, puisqu’ils sont dans la majorité des cas
inféconds, sinon impuissants. Mais, un individu qui présente
une tare pathologique quelconque, physique ou psychique,
risque fort, non pas de transmettre toujours cette tare à sa
descendance, mais de créer un produit qui présentera
quelque défectuosité, quelque anomalie. Comme je l’ai déjà
dit à propos des gynécomastes, un épileptique pourra
engendrer un épileptique, il est vrai; mais il pourra aussi
engendrer un être disgracié au point de vue physique, un
1

126 LES BISEXUÉS

hypospade aussi bien qu’un strabique, un hermaphrodite


aussi bien qu’un microcéphale.
J’ai observé fréquemment les differentes formes d'hypo-
spadias chez les dégénérés criminels .

J’ai montré également, dans la première partie de cet


ouvrage, que les hommes à mamelles donnaient fréquem-
ment le jour à des alcooliques et à des dégénérés. J'ai

même cité l'exemple d’une famille composée presque exclu-


sivement de gynécomastes et d'hermaphrodites.
L’hermaphroditisme ne serait plus ainsi, dans bien des
cas, qu’un stygmate physique de dégénérescence, ainsi que
l'ont signalé déjà Magnan. Nous verrons, dans
Morel et les

chapitres suivants, combien celte théorie concorde avec les


faits.

Il

Pour le D r
Cleisz, l’alimentation est un facteur puissant
dont il faut tenir compte dans la détermination sexuelle de
l’embryon -.

Il admet quand bien même les parties génitales


aussi que,
auraient commencé leur développement dans un sexe
défini, l’influence de l’alimentation peut être assez forte
pour déterminer un développement dans le sens opposé,
de façon à former un hermaphrodisme partiel ou complet,
formation hybride, dont le caractère sera celui d’une double
sexualité. Ces formations hybrides se produisent générale-
ment lorsque survient un changement soudain dans
l’alimentation, particulièrement dans le cas de disette

1. Voyez à ce propos un article que j'ai publié dans les Archives de


l'anthropologie criminelle du 16 janvier 1892: Observations sur quelques
anomalies de la verge chez les dégénérés criminels.
2. Cleisz. Recherches des lois qui président à la création des sexes.
Thèse de Paris, 1889.
LES CAUSES DE L’HERMAPHRODISME 127

subite, qui exerce une influence pernicieuse, surtout sur le

développement du sexe féminin; aussi, la. plupart des


hybrides sont-ils du genre masculin.
Ptlüger a noté chez les grenouilles cette particularité,
qu’un tiers environ se transforme en mâles naturellement;
le reste est composé de femelles ou d’hybrides. On trouve
encore beaucoup de ces derniers après trois mois. On est
presque autorisé à penser que, chez ces animaux, les

qualités de l’œuf et du sperme se sont balancées dans la

formation primordiale de l’embryon, et que ce n'est que


l'influence de l’alimentation qui, dans la suite, aurait fait

pencher la balance.
CHAPITRE IV

L’HERMAPHRODISME DANS LE RÈGNE


VÉGÉTAL

Tous les procédés mis enjeu parles végétaux, pour multi-


plier les individus et perpétuer les variétés et les espèces,
peuvent être divisés en deux grands groupes: ceux de la
multiplication asexuée et ceux de la multiplication sexuée.
Dans le premier cas, une partie plus ou moins consi-
dérable d’un individu se détache de lui, vit d’une vie indé-
pendante, et se développe en un individu nouveau qui
possède tous les caractères spécifiques de celui dont il

provient, que le phénomène se produise par bourgeonne-


ment, par segmentation, ou par sporulation.

Il

La reproduction sexuée est caractérisée par ce fait

qu’une cellule, dite mâle, se fond dans une autre cellule,


dite femelle, qui se développe en un végétal nouveau.
9
130 LES BISEXUÉS

Dans les plantes dites dioïques, les organes mâles et les


organes femelles sont portés par des pieds différents. Dans
ce cas, si les cellules mâles sont mobiles, elles iront elles-

mêmes à la rencontre de l’individu femelle; si elles ne sont


pas mobiles, elles seront portées à l’organe femelle par
des agents extérieurs, tels que l’eau, le vent ou les insectes.

III

Dans les plantes dites monoïques, les organes produc-


teurs des cellules mâles et des organes femelles sont réunis
sur le même individu. Mais, dans ces cas, l’hermaphro-
disme n’est pas parfait, parce que l’auto-fécondation est le
plus souvent impossible. Ainsi, dans un grand nombre de
plantes, les organes mâles et les organes femelles, quoique
situés dans un même appareil hermaphrodite, dans une
même fleur, par exemple, ne se développent pas en même
temps, de sorte que les cellules mâles et les cellules
femelles, qui sont proches parentes, ne peuvent pas se
fusionner les unes avec les autres.
Dans d’autres plantes, quoique les cellules mâles puissent
facilement être mises en contact des organes femelles
situés dans un même appareil hermaphrodite, elles sont
naturellement, pour un motif que nous ignorons, incapables
de féconder les cellules femelles produites par ce même
appareil, et n’ont d’action que sur les cellules femelles

d’un appareil différent.


D’autres fois enfin, les organes mâles et les organes
femelles étant réunis dans un même appareil hermaphro-
dite et arrivant à la maturité en même temps, l’auto-fécon-
dation est cependant rendue impossible, parce que les

organes sont disposés de telle sorte que les cellules mâles


L’IIERMAPIIRODISME DANS LE RÈGNE VÉGÉTAL J3I

sont mécaniquement dans l'impossibilité de se mettre en


contact avec l’organe femelle.
Pourtant, on observe chez certains végétaux des cas
d’hermaphrodisme parfait et d’auto-fécondation. Ainsi,
chez quelques espèces phanérogames où les organes
mâles et les organes femelles sont réunis sur un même
individu et sur une même fleur, bien souvent la féconda-
tion s’effectue directement entre les organes voisins, par
exemple entre les mâles et les femelles renfermés dans
une même fleur.
CHAPITRE Y

L HERMAPHRODISME CHEZ LES ÊTRES


INFÉRIEURS

Quand on descend l’échelle des êtres, on trouve des


animaux inférieurs réellement hermaphrodites, produisant
les œufs et le sperme, se fécondant eux-mêmes.

Chez les protozoaires, la reproduction est asexuée et se


fait selon les modes que j’ai indiqués dans le chapitre
précédent. Chez les éponges, les astéries et presque tous
les cœlentérés, les œufs et les spermatozoïdes se déve-
loppent chez le même individu, dans l’épaisseur des mé-
sentères ;
ils tombent dans la cavité intestinale, où s’opère
la fécondation.
Chez les cestoïdes, dont l’organisation anatomique et phy-
siologique est déjà bien supérieure, les organes reproduc-
teurs mâles et femelles sont également réunis chez le même
anneaux des tæniadés sont hermaphro-
individu. Ainsi, les
dites et renferment chacun un appareil générateur mâle
complet et un appareil générateur femelle complet. Mais
ces deux ordres d’organes n’arrivent pas à maturité en
134 LES BISEXUÉS

même temps. Les organes mâles se développent en premier


lien et versent les spermatozoïdes dans une sorte de poche
vaginale où ils attendent la maturation des œufs.
Les trématodes sont aussi hermaphrodites, et la réunion
des éléments mâles et femelles se fait sur un individu
unique, au moyen d’un organe qu’on a appelé sinus génital.

II

Les hirudinés et les gastéropodes sont hermaphrodites ;

cependant, deux individus sont nécessaires à la fécondation,


ils se fécondent l'un l'autre et se servent à la fois de mâle
et de femelle. Ainsi, chez l’escargot (Hélix pomatia), il existe
une mutuelle copulation entre deux individus. Chacun des
deux dégaine d’abord son dard et l’enfonce dans les tissus de
l’autre, soit pour le fixer, soit pour l'exciter. Puis, chacun
dégaine son pénis et l’introduit dans l’atrium génital pour y
déverser les spermatozoïdes.
CHAPITRE VI

LA DIFFÉRENCIATION DES SEXES

A mesure qu’on s’élève dans la série animale, on voit le

travail génésique se répartir sur deux individus. De cette


division résulte la différence des sexes. De ces deux êtres,

l’un est destiné à produire les œufs, l’autre à élaborer le

sperme. La différence entre ces deux êtres est d’autant plus


manifeste, leur accouplement d’autant plus parfait, qu’on
remonte la chaîne des êtres vers le genus liorno.

Mais il
y a encore bien des degrés dans la génération
dioïque.
Chez les crustacés, et en particulier chez l’écrevisse (As-
lacus fluvial ilis ), le mâle se contente de déposer ses sper-
matozoïdes sur le ventre de la femelle.
Chez les arachnides et les myriapodes, il n’y a pas non
plus de copulation véritable. Le mâle recueille ses sperma-
tozoïdes avec ses pédipulpes et les introduit dans l’organe
femelle avec les plus grandes précautions, car la femelle
cherche à s’emparer de lui pour le dévorer.
136 LES BISEXUÉS

II

Chez certains insectes, tels que les papillons ët les can-

tharides, les mâles ne naissent que pour féconder et mourir.


Chez les cantharides, l'accouplement est le signal de la
mort; c’est le chant du départ. « Le mâle, dit Audouin,
harcèle la femelle, laquelle oppose d’abord de l’apathie, et

plus tard de la résistance. 11 monte sur son dos et saisit ses

deux antennes avec le? pattes de devant. Il existe au pre-


mier article du tarse de ses pattes une profonde échancrure,
et à la jambe une forte épine ou crochet qui, en se repliant,
vient fermer cette échancrure et la convertir en véritable
trou. C’est avec ces espèces de pinces que le mâle accroche
les antennes de la femelle, qu’il les tiraille et les manie
comme deux rênes. Leur accouplement a bientôt lieu. Il

dure quatre heures environ. Après ce temps, la femelle,

jusqu’alors immobile et comme indifférente, s’agite avec

force. Le mâle, affaibli, tombe, mais son pénis s’est rompu


et demeure engagé dans le vagin. » La fin de la copulation
est le signal de la mort du mâle, qui ne se relève plus après

être tombé du dos de sa femelle. Celle-ci ne tarde pas à s’en-

foncer dans la terre, où elle dépose ses œufs, puis meurt


à son tour.

III

Chez la plupart des poissons, la fécondation est fortuite.


Les femelles déposent leurs œufs dans les bas-fonds et
s’éloignent le mâle passe plus ou moins tôt dans le même
;

lieu et y verse sa laitance.

Chez les batraciens, il


y a un degré de perfectionnement.
LA DIFFÉRENCIATION DES SEXES 137

Chez la grenouille, le mâle s’attache à la femelle et arrose


les œufs à mesure qu’elle les pond. Dans d’autres espèces,
le mâle se contente de suivre la femelle et d’arroser les œufs
qu’elle pond sur sa route.

IY

Dans les espèces plus élevées, la fécondation est mieux


assurée, car elle s’opère avant la ponte et dans le corps de
la femelle. y a alors un véritable accouplement, très
Il

imparfait encore chez les reptiles et chez les oiseaux. Chez


ces derniers, il
y a simplement abouchement ou juxtaposi-
tion de deux cloaques.

Chez les mammifères, les sexes se différencient de plus en


plus. Les organes reproducteurs internes sont de plus en
plus dissemblables, pendant que les organes externes pren-
nent, eux aussi, une forme tout à fait différente chez le mâle
et la femelle. L’accouplement est complet et devient une
fonction des plus importantes.
Dans certaines espèces, certaines parties du corps même
se différencient. Dans quelques cas, on voit les mâles se

caractériser par la présence de crinières et de cornes, alors


que leurs femelles en sont dépourvues.

Chez les bimanes, cette différenciation des sexes est encore


plus prolonde etplus tranchée. L’homme diffère delà femme,
1 38 LES BISEXUÉS

non seulement par ses testicules et son pénis, mais encore


par la forme pies rude de ses muscles et de ses membres,
par son système pileux plus abondant, par le timbre plus
grave de sa voix, par sa stature en général plus élevée. La
femme diffère de l’homme non seulement par ses ovaires et
sa vulve, mais encore par la forme plus gracieuse de son
corps, par ses contours plus délicatement arrondis, par
son visage glabre, par ses cheveux plus longs, plus soyeux
et plus fins, par la grâce délectable de ses seins et de ses
hanches molles et rondes, par ses goûts même et ses incli-

nations, fruits de l’hérédité mûris àpointpar l’éducation.


Alors, l’accouplement devient cette chose harmonieuse et

parfaite qui se compose d’un acte physiologique qu'on


appelle le coït, et ordinairement aussi d’un sentiment qu’on
appelle l’amour.
Nous allons voir, dans les chapitres suivants, par quelles
mystérieuses déviations certains individus restent incom-
plets ou bien tendent à retourner aux formes inférieures de
l’hermaphrodisme, à redevenir des êtres monoïques.
Nous envisagerons ensuite ce que peuvent être ces indi-

vidus au point de vue morphologique, physiologique et


psychique.
CHAPITRE YII

LA PÉRIODE PRÉSEXUELLE DE LA VIE


FŒTALE

« Chez l’homme, Fauteur inconnu des Eléments of


dit

social science, les organes du sexe masculin ont atteint leur


complet développement et les organes du sexe féminin sont
restés à l’état embryonnaire; l’opposé se rencontre dans la

femme : le pénis de l’homme se retrouve dans le clitoris de


la femme. Chez le fœtus, les deux organes se ressemblent au
point qu’on ne peut les distinguer l’un de l’autre. Le déve-
loppement de l’un est arrêté dès les premiers mois, tandis
que celui de l’autre continue sa marche régulière. L’utérus
est représenté, chez l’homme, par une légère dépression de
la prostate. Il en résulte que la séparation des sexes est
plus apparente que réelle; en réalité, nous sommes tous des
hermaphrodites. »

II

Dutrochet écrivait également, en 1833 :

a Dans les premiers temps de leur existence, tous les


140 LES BISEXUÉS

fœtus humains ont leurs organes génitaux externes con-


formés de la même manière, et le type uniforme de cette
conformation apparente est celui de l’organe féminin. Les
fœtus mâles, comme les fœtus femelles, offrent également
l’apparence extérieure d’une vulve, quand ils sont très
jeunes, mais bientôt, chez les mâles, cette vulve apparente
disparaît par la soudure de ses deux parties latérales, par
le développement de sa partie postérieure qui se gonfle pour
former les deux poches scrotales, lesquelles, dans le prin-
cipe, sont séparées par une fissure; par le développement
enfin du pénis, à la partie inférieure duquel il n'existe
d'abord qu’une simple gouttière, laquelle ne tarde pas à se
transformer en canal par la soudure de ses bords. Il résulte
de là que les deux formes sexuelles extérieures, femelle et

mâle, sont les deux phases successives d'un développement


qui tend des parties latérales vers la ligne moyenne, ainsi
que l’a du développement excentrique, due
établi la théorie
à M. Serres. La première phase offre la séparation des deux
parties latérales, en outre plus développées; ainsi, la forme
extérieure féminine précède la forme extérieure masculine.
« On sait qu’à une époque plus avancée du développe-
ment, les fœtus femelles paraissent être mâles, en raison de
l’accroissement disproportionné de leur clitoris. Ainsi, il est
vrai de dire que, relativement à la conformation apparente
des organes génitaux externes, tout homme a été femme dans
le principe. On conçoit, d’après cela, comment un arrêt de

développement dans les organes externes peut faire d’un


mâle effectif une femelle apparente, et comment, au con-
traire,un excès de développement, ou si l'on veut, le déve-
«

loppement inopportun de ces mêmes organes externes, peut


faire un mâle apparent, mais cependant toujours imparfait,

d’une femelle effecti ve. »


CHAPITRE VIII

PATHOGÉNIE DE L’HERMAPHRODISME

Quelques mots d’embryogénie me paraissent indispen-


sables pour comprendre comment se produit l’hermaphro-
disme.
Vers le deuxième mois de la vie intra-utérine, l’ébauche
des organes de la génération est représentée par les glandes
génitales primitives qui deviendront testicules ou ovaires,
par le corps de Wolffet son canal excréteur, qui formerales
voies génitales mâles, et par les conduits de Muller, qui
formeront les voies génitales femelles.

Tous ces conduits débouchent dans le cloaque par l’inter-


médiaire du sinus uro-génital. C’est à l’extrémité antérieure
de la fente cloacale qu’apparaissent ultérieurement les

rudiments des organes génitaux externes : l’éminence géni-


tale, qui forme le pénis ou le clitoris, le sillon génital, qui
forme la portion terminale de l’urèthre ou les petites lèvres,

et les replis génitaux, qui forment le scrotum ou les grandes


lèvres.
Chez le mâle, les glandes génitales deviennent les testi-
cules, et les canaux de Wolff les canaux déférents. Les con-
142 LES BISEXUÉS

duils de Millier disparaissent. Les corps de Wolff s’atrophient


aussi, sauf la partie moyenne, qui s’accole de chaque côté au
testicule et se transforme en épididyme. Le tubercule génital
se change en pénis. Le sillon génital se ferme, pour consti-
tuer la portion spongieuse de l’urèthre, tandis que le sillon
uro-génital forme la portion membraneuse. Les replis géni-
taux se soudent sur la ligne médiane et donnent ainsi nais-
sance au scrotum.
Chez la femelle, les glandes génitales développées repré-
sentent les ovaires. Les conduits de Müller fournissent les
trompes, l’utérus et le vagin. Les canaux et les corps de
Wolff disparaissent, à l’exception de la portion qui corres-
pond à L épididyme et qui forme l’organe de Ilosenmüller
ou parovarium du ligament large. Le tubercule génital,
beaucoup moins développé que chez le mâle, devient le

clitoris. La gouttière génitale reste ouverte et ses bords


forment les petites lèvres. Enfin, les replis génitaux restent
séparés et se renflent pour constituer les grandes lèvres.

II

Telle est, d’après G. Herrmann, la marche du développe-


ment embryogénique des organes génitaux chez le fœtus.
En somme, le jeune embryon a tout ce qu’il faut pour
devenir à la fois mâle et femelle dans ses organes génitaux
internes, mais seulement mâle ou femelle dans ses organes
génitaux externes.
« Partant de ce stade très jeune, continue G. Herrmann,
on voit les sexes se différencier progressivement par la suite,
d’après un plan général parfaitement établi. Le dimor-
phisme sexuel ne porte pas seulement sur les organes géni-
taux, mais aussi sur l’habitus général du corps : port,

barbe, voix, mamelles, conformation du squelette, du bassin


PATHOGÉNIE DE L’HERMAPHRODISME 143

en particulier, etc. La différenciation physiologique est


complète après la puberté, une fois que la sécrétion du
sperme d'une part, l’ovulation et les menstrues de l’autre,

se montrent régulièrement. 11 se fait en même temps dans


la personnalité morale des individus une différenciation,
qui se manifeste aussi bien par l’orientation générale des
idées, des goûts et des habitudes, que par les penchants
sexuels proprement dits b »

Mais il peut se produire dans le développement des dévia-


tions qui se traduisent par un mélange en proportions
variables, sur un même individu, de caractères mâles et

femelles.
Ces quelques explications données, il est facile de com-
prendre dès maintenant la possibilité de vices ou de modi-
fications de développement consistant dans l’évolution
simultanée d’un ovaire et d’un testicule, d’une trompe et

d’un canal déférent. De même des monstruosités peuvent se


produire par arrêt de développement des différentes parties
de l’organe génital externe.

1. G. Herrmann. Art. Hermaphrodisme, in. Dict. encyclop. des sciences


médic ., 4 e
série, t. XIII, p. 612.
/
CHAPITRE IX

CLASSIFICATION DES HERMAPHRODITES

I
9

Ambroise Paré avait divisé les hermaphrodites en quatre


groupes, suivant qu’ils étaient mâles, femelles ou bisexués.
Pierquin a suivi le même procédé, en les divisant en mono-
games, androgynes et gynanthropes, agames et digames.

11

Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire avait adopté la classifi-

cation suivante :

1° Hermaphrodisme sans excès où ,


le nombre normal des
parties constitutives de l’appareil génital n’est pas changé.
a. Masculin ,
quand l’appareil génital, essentiellement
mâle, offre dans quelques-unes de ses parties la forme
femelle.
b. Féminin, quand l’appareil génital, essentiellement
femelle, offre dans quelques-unes de ses parties la forme
mâle.
10
146 LES BISEXUÉS

c. Neutre quand ,
les organes génitaux offrent un mélange
des deux sexes. Il est dit superposé quand les organes
profonds sont d’un sexe et les organes externes d’un autre;
latéral,quand il est mâle d’un côté et femelle de l’autre;
semi-latéral quand les organes profonds et moyens étant,
,

d’un côté, du même sexe, ceux du côté opposé appartien-


nent à deux sexes différents; croisé, quand les organes
profonds sont mâles à droite et femelles à gauche, tandis
que organes moyens sont mâles à gauche
les et femelles à

droite, et réciproquement.
Hermaphrodisme avec excès y a augmentation du
o Ci il

nombre normal des parties constitutives de l’appareil


génital.
a. Masculin complexe, quand l’appareil génital, essentiel-
lement masculin, se trouve associé à certains organes fémi-
nins.
h. Féminin complexe quand l’appareil génital, essentiel-
,

lement féminin, se trouve associé à certains organes mas-


culins.
c. quand il existe un appareil mâle et
Bisexuel parfait,
un appareil femelle, tous deux complets.
d. Bisexuel imparfait, quand il existe un appareil mâle

et un appareil femelle, tous deux incomplets, ou dont l’un

seulement est incomplet.

III

Depuis Meckel, on admet généralement la division en


hermaphrodisme vrai et en hermaphrodisme apparent.
Ainsi, Ivlebs admet
1
:

1° V hermaphrodisme vrai où ,
il
y a coexistence d’ovaires
et de testicules.

1 . Uandb. d. path. Anat., 1873 .


CLASSIFICATION DES HERMAPHRODITES 147

Il le subdivise en :

a. Hermaphrodisme vrai bilatéral;

b. Hermaphrodisme vrai unilatéral ;


c. Hermaphrodisme vrai latéral ou alterne.
2° Le pseudo-hermaphrodisme, où il n'existe des glandes
génitales que d’un seul sexe.
Il le subdivise en masculin et féminin.
Suivant que l'anomalie porte sur les organes externes,
ou sur les internes, ou sur les deux à la fois, le pseudo-her-
maphrodisme dans chaque sexe est subdivisé en pseudo-her-
maphrodisme externe, interne ou complet.
C’est cette classification que j'adopterai dans les cha-
pitres suivants.
\

CHAPITRE X

L’HERMAPHRODISME VRAI

L’hermaphrodisme vrai ou hermaphrodisme bisexuel im-


parfait est l'hermaphrodisme du segment profond de l'appa-
reil génital : c'est la forme qui se rapproche le plus de
The rm aph r o d i s me par fai t
Suivant nombre et la disposition des glandes génitales,
le

G. Herrmann le distingue en :

1° Hermaphrodisme vrai bilatéral où il y a un testicule ,

et un ovaire de chaque côté ;

y a un testicule
2° Hermaphrodisme vrai unilatéral où ,
il

et un ovaire d’un seul côté, le côté opposé ne présentant


qu’une glande génitale, ou en étant complètement dé-
pourvu ;

3° Hermaphrodisme vrai latéral ou externe ,


où il
y a un
testicule d’un côté et un ovaire de l’autre.

Il

Il existe chez l’homme des cas manifestes d’hermaphro-


150 LES BISEXUÉS

disme vrai ;
et personne ne songe maintenant à révoquer
la chose en doute.
D’ailleurs, ce phénomène avait déjà été observé sur les
animaux. Stelladi, Mayer, Gurlt, l’ont observé sur des chiens

et des boucs; Hunter, sur une ânesse et sur une vache;


Karlan, chez un singe; de Mascagni, sur une vache; Delle
Chiaie, Schnopf, Et. Geoffroy-Saint-Hilaire, Martin Saint-
Ange, I. Geoffroy-Saint-Hilaire et Meckel, sur la chèvre ;

de Valmont de Bomare et Brilloet, chez le daim ;


Hettlin-
ger, Scopoli, Duméril, Rudolphi, lvlug, chez différentes
variétés d’insectes; Nicholls, chez le homard; Pallas, chez
l’esturgeon; Schwalbe et Morand, chez la carpe; Starke et
Réaumur, chez le brochet; lïeide et Bechtein, chez la poule;
Faber, chez le rat; Thomas Borckhausen, Mascagni et

Scriba, chez le bélier; Schlumpf, chez le veau, etc...


Je vais citer brièvement quelques faits irréfutables

observés chez l'homme.

III

Les cas d’hermaphrodisme vrai bilatéral sont les plus

rares.
Cœlius Rhodigin raconte qu’à Ferrare, en Lombardie,
naquit un corps monstrueux qui, outre qu'il avait deux

testicules, « se trouvait fourni des natures tant d’homme


1
que de femme, situées costé à costé l’une de l’autre ».
Vrolik 2 a décrit les organes d’un hypospade mort à cin-

quante-huit ans. Il avait, à gauche et à droite, un ovaire et

un testicule.

H. Millier 3
a également étudié un cryptorchide avec pénis,

I. Cœlius Rhodigin. Leçons antiques, liv. XXIV, ch. ni.

2. Vrolik. Tabulæ ad illustr. embryogin ., tab. 94 et 95. Lipsiæ, 1854,


3. In Cannstatts Jaresb ., Bd IV, p. 12, 1854.
L’HERMAPHRODISME VRAI loi

qui avait un vagin, un utérus, des trompes, deux testicules

et deux ovaires.
Arthur Durham un hypospade féminin, qui
1
a vu aussi
avait de chaque coté un testicule normal avec épididymc
et cordon spermatique’; au-dessus de chaque testicule exis-

taitun ovaire ayant subi la dégénérescence graisseuse.


Heppner 2 a examiné un jeune hypospade masculin qui,

avec un utérus, avait deux testicules et deux ovaires.

IV

On cite aussi quelques cas d’hermaphrodisme vrai uni-


latéral. Pourtant, celui rapporté par Lilienfeld 3
me parait
très douteux.
Mais O. Gast 4,
a manifestement observé sur un fœtus
monstrueux mort-né un utérus avec testicule d’un côté et
ovaire de l’autre.

Les cas d’hermaphrodisme vrai alterne sont beaucoup


plus nombreux.
Luc Morand ont vu, chez un hypospade avec vagin
et :i

et utérus, un ovaire à droite et un testicule à gauche.


Même fait observé parVaroder en 1 7 54
6
.

L Guy' s Uos j). Reports, 3


e
s., t. V, p. 424, 1 8G0

far Anat ., 1870, p. 702.


2. Beicherl's arc/i.

3. Beitr. zur Morphologie u. Etilwickelungsgesch. Inaug. Diss., Mnr-

burg, 1836.
Beitrage zur Lehre von den Bciuch-Blasen-Genitalspalte u. von den
4.

hermaphroditismus verus. Inaug. Diss., Berlin-Greifswald, 1884.


5. De hermaphrodite. Th. de Paris, 1749.
6. Pinel. Mém. de la Soc. méd. d' Emulation ,
t. IV, p. 342, Paris, 1801.
152 LES BISEXUÉS

En 1707, Mont 1
fit l’autopsie, à l’hôpital de Dijon, de Jean-

Pierre Hubert, qui avait des mamelles, une fente vulvaire,


un vagin rétréci et un rudiment de matrice avec ovaire à
droite. La lèvre vulvaire gauche contenait un testicule bien
conformé dont le canal déférent débouchait dans une vési-
cule séminale contenant du sperme.
Mêmes faits observés par Rudolphi 2
et Berthold
Marie-Dorothée Décrier avait tous les instincts sexuels
d’un homme, avec éreclions et pollutions. A l’autopsie,
Mayer 4 lui trouva un vagin, un utérus avec deux trompes
aboutissant à droite à un testicule et à gauche à un ovaire.
Les faits rapportés par Barkow 5
,
Banon r>

,
Cramer 7
,

Gruber 8
,
lvlotz
9
,
peuvent être considérés également comme
des exemples d’hermaphrodisme vrai alterne.
10
J. Reuter a eu l’occasion d’examiner trois jeunes frères
provenant tous trois de la même mère. Ils étaient affectés
d’hypospadias et présentaient un ovaire d’un côté et un
testicule de l’autre.
11 va sans dire que cet hermaphrodisme profond s’accom-
pagne toujours d’hermaphrodisme externe.

VI

Plusieurs auteurs nient l’existence des individus insexués,

1. Mém. de l'Académie de Dijon, t. Il, p. 157, 1767.


2. Abh. [Link].d. Wissensch. zu Berlin L823.

3. Abh. der K. Gesellsch. d. Wissensch. zu GÔltingen, Bd H, p. 104,


1845.
4. Casper's Wochenschr. ,
1835, n° 50.
5. Anal. Abh. Breslau, 1851, p. 60.
6. Dublin Journal t. XIV, p. 73, 1852.
,

7. Ein Fail von hermaphroditismus lateralis. Zürich, 1857.]


8. Mém. de l Acad, impériale des Sciences de Saint-Pétersbourg, 1859.
9. Centralbl. für Chir ., 1880.
Ein Beitrag sur Lehre von hermaphroditismus.
10. In. Verhand. d.

phys. med. Gesellsch. zu Würtzburg 1885.


L II E II M A P II R 0 D I S M E Y R A I 153

des hermaphrodites neutres, ne présentant profondément


les attributs d’aucun sexe. Pourtant Polaillon a rapporté à
la Société obstétricale et gynécologique de Paris (séance du
12 mai 1887) 2 un fait qui paraît être un cas indiscutable
d'hermaphrodisme neutre.
Il s'agit d’un individu qui succomba à la Pitié, dans son

service, et dont il put faire l’autopsie.


Pendant sa vie, dit M. Polaillon, j’avais été frappé de ses
caractères de fémininité. Sa peau était blanche, fine,

dépourvue de poils. Ses formes étaient arrondies comme


celles d’une femme. Ses bras et ses mains étaient grêles,

allongés, pourvus d’attaches très fines. Sa figure avait des


traits réguliers, délicats, avec absence complète de barbe,
bien qu’il fut arrivé à l’âge de trente et un ans. Ses épaules
étaient tombantes. La partie antérieure de sa poitrine por-
tait deux mamelons bien formés, surmontant deux légères

saillies mammaires, saillies plus marquées qu'elles ne le

sont habituellement chez un homme.


Le bassin paraissait très large. Mais N... ne me permit
pas, tout d’abord, d’examiner ses organes génitaux.
N... était peu robuste et n’avait jamais exercé d'état
pénible. Il avait débuté par être tailleur. Puis il s’était mis
dans une entreprise de marchand de bière, où il n’avait pas
fait fortune.

11 paraissait avoir des goûts sédentaires et un caractère


faible. Il était d’une grande pusillanimité. L'ouverture d'un
abcès lui avait donné une appréhension excessive, et
chaque fois qu’il fallait le panser, c’étaient des cris et des
plaintes exagérés.
Sa voixavaitun timbre singulier, assez aigu, ressemblant
à celui d’une voix féminine.
N... était d'une taille au-dessus de la moyenne.
Je n’ai eu aucun renseignement sur ses fonctions géni-

1. Journal de médecine de Paris, t. XII, p. 850, 1887.


154 LES BISEXUÉS

taies. Un jour que je lui demandais pourquoi il ne s’était

pas marié, il me répondit avec mauvaise humeur : Com-


ment voulez-vous que je me sois marié dans l'état où je suis ?

Le bassin est large, excavé comme un bassin de femme.


La région pubienne est saillante, arrondie, proéminente
comme un mont de Vénus. De la partie inférieure de cette
région partent deux replis cutanés, épais, représentant très
exactement les grandes lèvres d’une vulve. En se rejoignant,
ces deux replis forment, en haut, une sorte de capuchon,
en bas, une véritable fourchette. Au-dessous du capuchon
se trouveun appendice qui est un pénis en miniature. Cet
organe mesure à peine 4 centimètres de longueur. Il est
très grêle, mais parfaitement normal, et terminé par un
gland, qui porte à son extrémité un méat urinaire. Ce gland
est recouvert parun long prépuce qui forme un phimosis.
Au-dessous du pénis, entre les deux replis que nous avons
comparés à des grandes lèvres, se trouve un petit scrotum
ridé, ne contenant point de testicules. Les grandes lèvres
ne renferment, non plus, aucun organe pouvant être pris
pour des testicules. Enfin, au-dessous de ce scrotum, il n’v
a pas de dépression simulant un orifice vulvaire et un
vagin.
11 fut impossible de trouver la moindre trace d'utérus,
d’ovaires ou de testicules.
En somme, un hermaphrodite
V... était essentiellement

neutre. Par son pénis rudimentaire, mais normalement


conformé et traversé par un canal de l’urèthre, par son
scrotum à l’état d’ébauche, il appartenait au sexe masculin.
Mais il tenait au sexe féminin par la présence des grandes
lèvres, par la conformation de son squelette et par tout son
habitus extérieur.
CHAPITRE XI

LE PSEUDO-HERMAPHRODISME INTERNE

Lorsqu’il y a persistance des conduits de Müller chez un


individu mâle, on dit que le pseudo-hermaphrodisme interne
est masculin. Dans un premier degré, peut y avoir ano-
il

malie des organes profonds, sans anomalie notable des


organes génitaux externes.
Leukart 1
cite l’exemple d’un mâle, pourvu d’une verge
petite et de deux testicules, dont la prostate était remplacée
par une vésicule, qui pouvait simuler un vagin rudimen-
taire.
2 3
Betz et Eppinger ont vu chacun un individu, pourvu
de verge et de testicules, présenter un utérus avec un vagin
rudimentaire.
Le cas que Petit (de Namur) communiqua en 1728 à l’Aca-
démie des sciences est célèbre. Un soldat muni d’une verge
ordinaire, d’un scrotum avec deux testicules non descendus,
fut cependant trouvé porteur d’un vagin et d’un utérus
bicorne.

1. Illustr. med. Zeit., I., 1852.


2. Müller s Archiv 1850.
,

3. Prager Vier teljahresschrift. Bd. CXXV.


156 LES BISEXUÉS

Mêmes faits ont été observés par Mayer 1


et Hyrtl 2
.

Franqui 3 a observé un cryptorchide qui avait un vagin


5

et un utérus avec trompes.


Mais ces cas sont rares, et on rencontre bien plus sou-
vent cette forme de l’hermaphrodisme avec malformation
concomitante des organes génitaux externes. Il
y a alors
pseudo-hermaphrodisme complet.
Ackermann 4 a vu un hypospade qui avait un simulacre
de vulve, avec vagin et utérus. Les testicules et les voies
spermatiques existaient cependant d’une façon normale.
Günther et Godard 0
ont noté des faits analogues.
Mayer 7
a vu un hypospade d’aspect féminin, avec utérus
et vagin, présenter des testicules débouchant dans ce der-
nier par leurs conduits déférents.
Angélique Courtois n’avait point eu de règles pendant sa
vie, et n’avait présenté de tendances sexuelles d’aucune
sorte. A l'autopsie, Follin trouva : un utérus et un vagin
rudimentaire s’ouvrant dans l’urèthre; à droite, une trompe
sans ovaire; à gauche, une trompe avec un testicule; une
8
petite verge hypospade .

10
Hesselbach 9 ,
Langer et Arânyi 11
ont relaté des faits

semblables.
12
Reuter en a également décrit un cas typique observé
chez le porc.

1. Mayer. Icônes selcctœ. Bonn, 1831.


2. (JEsterr. med. Vochenschr., 1851.
3. Scanzonïs Beitrage IV, 1859. ,

4. Infantis androgyni historia et iconographie! Iéna, 1805.


5. Comm. de hennaphr. Lipsiæ, 1846.
6. Recherches tératol. sur V appareil séminal de l'homme. Paris, 1860.
7. Icônes selectœ. 1831.
8. Gazette des hôpitaux, 1851.
9. Beitrage zur natur u. Ileilkunde, von Friedreich u. Hesselbach.
Wtirtzburg, 1825.
10 Zeitchr. d. k. Gssellsch. d. Aerzte zu Wien ,
1855.
11. Ungar. Zeitschr .
,
1853.
12. Loc. cit.
PSEUDO-HERMAPHRODISME INTERNE 157

II

Lorsqu’il y a persistance des conduits de Wolff chez un


individu femelle, on dit que le pseudo-hermaphrodisme
interne est féminin.
Comme dans le pseudo-hermaphrodisme féminin, les

conduits de Wolff peuvent persister sans anomalie des


organes génitaux externes; mais le phénomène est rare.

Realdus Colombus a cité un cas très douteux, et Kôberlé


un autre.
Il est bien plus fréquent de rencontrer en même temps
des anomalies des organes génitaux externes.
Le cas le mieux connu de ce genre est celui rapporté par'
Luigi de Creechio l
.

Le nommé Giuseppe Marzo fut baptisé comme fille, puis


élevé comme garçon, dont manifesta tous les penchants
il

lors de la puberté, bien qu'il n’eût jamais d’excrétion sper-


matique. Il n’eut d'ailleurs pas davantage de menstrues. Il

vécut toujours comme homme, eut une série d’aventures


galantes, et contracta même des blennorrhagies à deux
reprises.
L’habitus général était nettement masculin : larges
épaules, visage couvert d’une barbe abondante, absence
de seins; mais les extrémités étaient fines et le bassin un
peu large.
A l’autopsie, on trouva une verge longue de 6 centimètres
avec gland volumineux, urèthre s’ouvrant au niveau du
frein; un vagin, un utérus avec trompes et ovaires, une
prostate, et des canaux éjaculateurs.

1. So/ira un caso di apparenze virili in una donna lu


. II Morga-
gni, 1865.
CHAPITRE XII

LE PSEUDO-HERMAPHRODISME EXTERNE

Le groupe des pseudo-hermaphrodites externes comprend


des formes qui confinent à celles qui ont été étudiées dans
les chapitres précédents, surtout au pseudo-hermaphro-
disme interne. Mais, dans tous ces cas, c’est toujours l’ano-

malie des organes externes qui prédomine.

Chez le mâle, les premières formes de l’hermaphrodisme


externe sont constituées par l’hypospadias et la cryptor-
chidie ou non-descente des testicules.
A un degré plus élevé, l’hypospadias se complique et un
vagin plus ou moins rudimentaire apparaît.
Tel le cas signalé par Stegbhner 1
. Chez une jeune fille qui
avait des organes génitaux entièrement féminins, on trouva,
à l'autopsie, des testicules, et nulle trace d’ovaires.

1. De hermaphrodit. natura. Bamberg u. Leipzig, 1817.


160 LES BISEXUES
5
Schneider 1
,
Sommering 2
,
Grenther 3
,
Pech 4
,
Otto ,

Girand 6 ,
Ricco 7
,
Martini 8
,
J. Arnold 9
,
Àvery 10
,
Wood 11
,

12 13 14 15
Gzarda ,
Dohrn ,
Marchand ,
Zinsser Schœnberg l6
, ,

Léopold 17
,
Sippel 18
,
Pozzi 10
,
Wermann 20
,
Max Simon 21 ont ,

rapporté des faits analogues.


22
Les mieux étudiés sont ceux d’Alexina B. ,. et de Catherine
Hohmann 23
. Alexina fut élevée comme fille dans un couvent
jusqu’à Page de vingt-deux ans. A son autopsie, on trouva
les dipositions suivantes :
pénis rudimentaire ;
infundibu-
lum simulant le vagin, dans lequel s’ouvraient les’ canaux
éjaculateurs ;
orifice uréthral situé comme chez la femme;
testicules descendus, complètement à droite, incomplète-
ment à gauche ;
vésicules séminales contenant du sperme.
A quarante ans, Catherine avait des mamelles très déve-
loppées et pendantes, une verge hypospade, un scrotum

1. Kopp's Jahrb. f. Staatsarzneik. X.


2. lllustr. med. Zeit ., I, 1817.
3. Comm. de hermaphroditismo. Leipzig, 1846.
4. Auswahl einiget seltener u. lerreicher Faite. Dresden, 1858.
5. Neue seltene Beobacht ., 1824.
6. Recueil périodique de la Soc. de méd. de Paris ,
II.

7. Cenno storico di un neutrouomo.


8. Vier teljahresschr. fiir gerichtl. med., Bd XIX.
9. Virch. Arch., 1869.
10. Philadelph. med. and surg. Rep., XVI.
11. Trans. of. an il. and pathol., 1872.
12. Wiener med. Wochenschr., 1876.
13. Arch. fiir Gynækol ., 1877.

IL Virch. Arch., Bd XCII.


15. Diss. Giessen., 1803.
16. Berl. klin. Wochenschr., 1875.
17. Arch. fiir Gynækol., 1873 et 1877.
18. Id., 1879.
19. Soc. de biologie, 1884 et 1885.
20. Pseudo-hcrmaphr. rnasculinus completus In Virch. Arch., 1886.
21. Inaug. Diss. Erlangen, 1886.
Goujon. Elude d'un cas d' hermaphrodisme bisexuel imparfait
22.
chez l'homme. In Jour, de l' Anal., 1869.
23. Rokitanski. Wiener med. Wochenschr ., 1868.
LE PSEUDO-HERMAPHRODISME EXTERNE 161

divisé, simulant une vulve, un vagin court et un utérus


rudimentaire avec deux testicules.
En 1884, Gérin-Rose a présenté un cas à peu près sem-
blable à la Société médicale des hôpitaux.
Julie D..., âgée de vingt-six ans, est restée à Lariboisière,
du 6 septembre au 8 octobre, pour une fièvre typhoïde.

Elle est sortie guérie; mais, avant son départ, M. Gérin-


Rose ayant été frappé de la singulière anomalie de ses par-
ties génitales, en a fait prendre un moule exact. C’est une
personne qui, par la longueur des cheveux, la finesse et la

douceur des traits, le développement des seins, l’absence

de poils sur le corps, ressemble parfaitement à une femme.


La vulve paraît au premier aspect normale. Mais on est
bientôt étonné de la dimension exagérée du clitoris, qui a
35 millimètres de long, est curviligne et ressemble à un
gland avec sa couronne préputiale. Ce gland est imperforé;
on voit cependant une petite dépression linéaire à la place
où devrait se trouver le méat urinaire. Celui-ci, auquel fait
suite un urèthre très court, s’ouvre en réalité à 1 centimètre
au-dessous du pénis clitoriforme ou du clitoris péniforme,
qui augmente de volume pendant l’érection, en se recour-
bant comme une verge. A l’orifice vaginal ne se trouvent ni
hymen, ni caroncules myrtiformes. Le vagin, de 9 centimè-
tres de long, se termine par un cul-de-sac derrière lequel le

doigt qui s’y meut à l’aise ne perçoit aucune saillie pouvant


faire admettre la présence d’un col utérin. La palpation pro-
fonde de la région hypogastrique et des fosses iliaques n’y ren-
contre aucun organe pouvant être un utérus ou des ovaires.
Cette femme n’a jamais eu de règles, ni aucun symptôme
qui ressemble aune fluxion utéro-ovarienne périodique. En
revanche, dans l’épaisseur des grandes lèvres, sur les par-
ties latérales de ce pénis ébauché ou clitoris gigantesque,
se sentent par la palpation et se voient par le relief deux
saillies qui doivent être des testicules. Cet être anormal ne
s’est jamais senti attiré que vers le sexe masculin; Julie a
il
162 LES BISEXUÉS

eu des relations sexuelles avec un homme, mais n’a éprouvé


de sensation voluptueuse que par la friction de la muqueuse
vaginale; les attouchements du pseudo-clitoris lui sont
indifférents.
Tel est encore le cas signalé par Magitot à la Société de
chirurgie en 1881.
,

Il s’agit d’une personne âgée de quarante ans, enregis-


trée, à sa naissance, dans la catégorie des individus appar-
tenant au sexe féminin, et dont l’éducation a été dirigée
dans ce sens. Vers l’âge de quatorze ans, est survenu, à

trois reprises différentes et à trois mois d’intervalle chaque


fois,un écoulement sanguin par les organes génitaux, mais
qui ne s’est plus reproduit. En même temps les seins ont
augmenté sensiblement de volume. Ayant alors du pen-
chant pour les hommes, elle se maria à dix-sept ans; les
rapports sexuels furent très incomplets.
Après son mariage, une révolution complète s’est opérée
dans ses instincts génésiques, c’est vers les femmes que se
sont décidément portés depuis lors ses penchants; si bien
que, devenue veuve depuis une dizaine d’années, elle a été
l’amant de plusieurs femmes.
Sa taille est demètre 78; les cheveux sont noirs, ainsi
1

que la barbe, qui est assez abondante; la voix et les allures


sont efféminées; les mains sont charnues et vigoureuses.
Les seins sont assez volumineux; le bassin manque d’am-
pleur. Le volume de la verge est celui du pénis d’un enfant
d’une douzaine d’années; y a hypospadias, scrotum bifide,
il

et contenant un testicule dans chacune de ses parties. Au

fond du sillon de séparation des parties scro taies existe un


infundibulum admettant à peine le petit doigt, et dans
lequel on ne constate pas trace de col utérin.
Le pénis est susceptible d’érection; il se produit des éja-

culations spermatiques; le sperme a les apparences du


liquide normal, mais le microscope n'y découvre pas de
spermatozoïdes.
LE PSEUDO-HERMAPHRODISME EXTERNE
2 1 63

Je ne citerai que pour mémoire les observations anciennes


de Columbus, Faroni, Seul te t, Fabricius d Aquapendente,
Diemerbrœck, Corigliani, Pinel, Duguès et Toussaint, Des-
genettes, Wrisberg, Vallisneri, Sabatier, Breschet, et celles
plus récentes de G. Underhill ,Forest Willard
l

,
Rodriguez ',

P. Garnier
4
,
J. Godlee 5 Cummings
,
6
.

Enfin, je terminerai en citant le cas où Porro est intervenu

si heureusement 7
.

Le 15 novembre 1882 se présente au dispensaire de M. le

professeur Porro, la nommée T. G. F..., âgée de vingt-deux

ans, à l'effet de savoir à quel sexe elle appartenait réelle-


ment. Elevée depuis son enfance comme une fille, T... n’en
a jamais eu les goûts; au contraire, tout décelait dans scs
instincts des idées masculines; sa taille est de 1 mètre 59,
son poids de 51 kil. 400; les traits du visage sont virils, la

lèvre supérieure et les joues sont ombragées de quelques


poils noirs. Le thorax est celui d'un homme, les seins sont
développés comme chez les jeunes filles vierges, le mamelon
n'est pas érectile. Le ventre est plat, mais la conformation
du bassin est celle d'une femme ;
les bras sont secs et non
arrondis; les membres inférieurs, par contre, offrent la
conformation féminine, ils convergent vers les genoux.
Le pénil est peu proéminent; il est garni de poils durs et
a l'aspect ordinaire de celui de toute femme adulte, les
jambes étant rapprochées. Si on écarte celles-ci, on découvre
une vulve avec un clitoris très développé, dont le gland
dépasse seulement de 1 cent. 1/2 le prépuce ou capuchon.
A la base du gland, partent deux replis de la muqueuse vul-
vaire qui simulent les petites lèvres; en les entrouvrant,

1. Edinburgh. med. Journal 1870, p. 966.


,

2. Amer. Journal of Obstetrics New-York, 1877, p. 500.


,

3. Escuela medica, Caracas, sept. 1879.


4. Ann. d'hyg. publ. et de méd. légale t. XIV, 3 e série, 1885,
, p. 291.
5. The Lancet, 25 avril 1885.
6. Boston medical and surgical Journal ,
1883.
7. Gaz. med. ilal. Lombardia n° 51. ,
164 LES BISEXUÉS

on rencontre un canal de 4 centimètres environ, qui s’étend


de la base du gland jusqu'à une ouverture pratiquée sur la

ligne médiane, distante de G centimètres de la marge anté-


rieure de l’anus. Cette ouverture conduit à un nouveau
canal, qui, après un trajet de 4 cent. 1/2, s’ouvre dans la
vessie.
Deux replis cutanés, de dimensions plus grandes que les

précédents, se développent de chaque côté du corps péni-


forme, parallèlement aux petites lèvres; ils sont couverts
de poils et peuvent passer pour les grandes lèvres. On trouve
à leur sommet, vers la région inguinale, deux corps durs
appliqués à l’anneau. A la pression de ces corps, le sujet
n’accuse aucune sensation douloureuse, ni spéciale au frois-
sement testiculaire. S’agit-il là des ovaires ou des testicules?
Tel est le problème à résoudre et le seul moyen de faire un
diagnostic exact.
Le toucher rectal démontre que la prostate n’existe pas;
l’utérus n’est pas rencontré davantage.
Le 9 décembre 1882, M. le professeur Porro ouvre le pli

génito-crural du côté droit et met à découvert son contenu,


que tous médecins assistant à l’opération reconnaissent
les

être le testicule coiffé de son épididyme; le cordon sperma-

tique est reconnu dans le cordon de soutien et d'attache du


testicule. Quelques points de suture au catgut et un Lister
s

furent appliqués, et, quinze jours après, l’opéré quittait le

service avec un nouvel état civil, enchanté du résultat de


cette investigation.

Il

Iiéaldo Colomb, de Crémone, raconte, au livre XV de son


Anatomie: y avait une Ethiopienne ou Moresque, la-
« 11

quelle ne pouvait agir ny patir commodément, car l’un et


l’autre sexe lu y estoit venu imparfaict, à son grand regret
LE PSEUDO-HERMAPHRODISME EXTERNE 165

et détriment. Car la verge n’excédait la grandeur et la gros-


seur du petit doigt, l'ovale du sein de pudicité estoit si

estroite, qu’à peine pouvait admettre le petit bout du doigt


aussi. Elle désirait que je lui coupasse ladicte verge, mais je
n’osay, craignant d’être blasmé et réprimé de justice, d'au-
tant que j’estimais que ladicte abcission ne pouvait se faire

sans péril de sa vie. »

« Durant le temps que j’estois au pays d’Anjou, dit Jac-


ques Duval 1
,
il
y a quarante-cinq ans, un gentilhomme et sa

femme plaidaient devant l'Official du dit lieu, tendant à fin


le demandeur, que le mariage qu’il avait contracté avec sa
femme fust solust, et déclaré nul, et qu’il lui fust permis de
se remarier. La cause du divorce prétendu était que cette
demoiselle avait un membre viril, long de deux travers de
doigt, en la partie supérieure de l’ovale mulièbre, lieu au-
quel devoit estre le clitoris, qui se dressait alors que son
mari voulait avoir sa compagnie, et le blessoit, de sorte
qu’il n’avoit encore eu décente habitation et copulation avec
elle.

« La visitation faite, le fait cognu véritable et ouï l'offre


jugé pertinent du mari : c’est que si elle vouloit permettre
qu’on luy coupast ladicte partie superflue et inutile en une
femme, il accorderoit que le mariage persévérast comme il

avait été célébré; et le refus de ladicte demoiselle, qui


accordoit plustot la solution du mariage, que de permettre
1amputation de cette partie qu’elle vouloit réserver, ainsi
que nature l’avoit formée, le mariage fut du consentement
des deux parties déclaré solut et cassé, l’homme permis de
reprendre telle femme qu’il adviseroit bien estre. »

« Il ma esté référé, dit encore Jacques Duval, qu’en


ladicte ville de Paris y avait un jeune homme d’église,
il

prestre, lequel est gros d'enfant; et recognu pour lel, il a


esté enfermé prisonnier aux prisons de la cour ecclésias-

(1) Traité des hermaphrodites, p. 331.


16 G LES BISEXUÉS

1 1
(
J ue ,
pour là attendre la fin de sa grossesse, et que la

nature ait produit ses effets, pour recevoir peu après puni-
tion digne de sa faute. »

Hector le Nu, « appelé pour tailler la fille de Guillaume


5

Frérot, de Ronfleur, aagée de six ans, lui trouva parties de


femme bien conformées et de plus un clytoris long comme
la verge d'un enfant masle du même aage et possédant au
surplus deux espèces de testicules, renfermez sous la motte,
des deux costez de l’ovale ».

C’est à des exemples analogues qu’il faut penser enlisant


dans Montaigne les histoires de ce soldat hongrois et de ce
moine d'Issoire qui accouchèrent l’un en plein camp, l’autre

dans une cellule du couvent auquel il appartenait.


Schneider l
,
Virchorw 2
,
Eschricht 3
,
Burdach 4 Hofmann
, ,

c 7 8
Schauta ,
Steimann ,
Litten ,
ont rapporté des faits plus
scientifiques.
Mais le cas le plus connu et le mieux étudié est celui de
Marie-Madeleine Lefort, qui fut examinée par Béclard, à
l’age de seize ans. Réglée depuis l’âge de huit ans, elle pré-
sentait un cl i to ris long de 27 millimètres, dont le grand im-
perforé était recouvert dans les trois quarts de sa circonfé-
rence d’un prépuce mobile. Au-dessous se trouvait une fente
vulvaire garnie de deux lèvres étroites et courtes. Vers la

partie supérieure de la fente, à la racine du clitoris, était

un orifice arrondi admettant facilement une sonde d’un


calibre moyen.
Marie Lefort éprouvait des penchants féminins et les
mamelles étaient bien développées, mais fhabifus général

1. Jahrb. cl. Staalsarzneik. von Kopp., 1809.


2. Würtzburger Verhand. III.

3. Millier s Archiv ,
1836.
4. Anat. Unters. Leipzig, LS 14.
5. Med. Jahrb von Stric/cer, 1877.
. .

6. Wiener med. Wochenschrift 1881. ,

7. Deutsche med. Wochenschrift, 1881.


8. Virchorw Archiv LXXV. ,
LE PSEUDO-llERMAPIIRODISME EXTERNE 167

du corps était celui d’un adolescent du même âge : larynx


saillant, voix forte, barbe naissante, peau des membres
velue.
L’autopsie montra que cette femme ne présentait d’autre

anomalie qu’un développement exagéré du clitoris et une


atrésie du vagin. Celle-ci était due à la présence d’une cloi-
son qu’il aurait suffi d’inciser pour rendre le sujet à son

sexe.

III

J'ai trouvé dans la littérature un fait qui n’a point été


classé et auquel j’ai peine à croire, n’ayant pas en mains les

documents suffisants. Pourtant je le citerai à titre de cu-


riosité.

Le docteur D. Tsortsis, médecin militaire dans l’armée


hellénique, membre de la Commission de recrutement du
département de Négrepont (île d’Eubée), a observé, parmi
les recrues de cette année de la province de Karystia, un
jeune homme de vingt et un ans, ayant une bosse sur la-
quelle il portait, tout à fait au-dessous de l’angle inférieur

de l'omoplate gauche, perpendiculairement, un organe géni-


tal féminin, petit et presque entièrement développé. Cet
organe était de deux centimètres et demi environ, et avait
ses grandes lèvres un peu écartées; celles-ci présentaient
une face externe, recouverte de poils noirs d’une longueur
d’un centimètre et demi, et d’une face interne rosée, humide
et lisse, ayant l’apparence d’une muqueuse sans poils et qui
se continuait en haut et en bas avec la grande lèvre du côté
opposé, et enfin une extrémité antérieure qui se continuait
en haut avec lemont de Vénus, pour ainsi dire, recouvert
de poils plus épais et plus longs. A l’écartement des grandes
lèvres, l’auteur a observé une petite cavité montrant l’en-
1G8 LES BISEXUÉS

Lrée du vagin et, vers son angle supérieur, un petit tuber-


cule lenticulaire, présentant très probablement le clitoris.

Les petites lèvres manquaient complètement. Sur la face de


la membrane muqueuse de cet organe génital, le docteur
Tsortsis n’a observé d’autre sécrétion que celle de la sueur.
CHAPITRE XIII

MORPHOLOGIE DES HERMAPHRODITES


f

Quel est l'aspect physique extérieur des hermaphrodites?


En général, les caractères propres à chaque sexe sont
atténués, mais les caractères d’un sexe prédominent pres-
que toujours sur ceux de l’autre sexe.
L'homme conserve sa structure générale plus solide, ses
formes plus accentuées, sa voix plus mâle, sa poitrine large,
son système pileux plus développé. Quanta la femme, Zac-
chias décrit ainsi ses apparences : « Habitus corporis mulie-
bris mollis et delicatus ;
vox exilis ,
animus demissus et passio-
nibus muliere dignis implicitus j pili in mento ,
in ano, in
perineo nulli ,
’mammæ lumidæ et pectus carnosum ,
capilli
capitis promixti ,
tenues molles. »
,

Les dimensions du thorax, sa forme, celle des clavicules


et des cotes, seront différentes chez l’hermaphrodite mas-
culin et l’hermaphrodite féminin. La forme des hanches et
des cuisses, la direction des genoux, la marche, l’attitude,
les dimensions du larynx, la saillie du cartilage thyroïde, le
timbre et la force de la voix présenteront également des
différences notables.
no LES BISEXUÉS

II

Mais, comme je viens de le dire plus haut, il peut se faire


que tous ces caractères soient atténués ou même mélangés .

On obtient ainsi des types d’efféminés et de viragos.


« En même temps que les organes sexuels prennent une
ressemblance plus ou moins marquée avec ceux de la

femme, l’organisation tout entière se modifie dans le même


sens et s’empreint véritablement d’un caractère féminin.
Ainsi, le larynx est peu saillant et la voix peu grave. La
barbe est rare et quelquefois manque presque entièrement.
Une peau douce, délicate, portant à peine quelques poils,
et soutenue par un tissu adipeux bien développé, recouvre
des muscles peu saillants. La poitrine étroite, le bassin
élargi, les membres petits rappellent par leurs proportions

ceux de femme. Enfin les mamelles arrondies, plus ou


la

moins volumineuses, pourvues de mamelons bien pronon-


cés, viennent compléter une ressemblance qui, souvent,

s’étend jusqu’au moral » On pourra se rendre compte de


'.

ces phénomènes en jetant un coup d’œil sur la planche IL

Alexina, le pseudo-hermaphrodite mâle, si bien étudié


m de Les
par Tardieu 2
,
était brun et avait l ,5t) taille. traits

du visage n’avaient rien de bien caractéristique et res-


taient indécis entre ceux de l’homme et ceux de la femme.
La voix était douce, avec quelques sons graves et mascu-
lins. Un léger duvet recouvrait la lèvre supérieure. La poi-
trine était plate comme celle d’un homme el sans appa-

rence de mamelles. Les membres supérieurs n’avaient rien


des formes arrondies qui caractérisent ceux des femmes
bien faites ils étaient très bruns et légèrement velus. Le
;

bassin et les hanches étaient ceux d’un homme


1. Is. Geoffroy-Saint-IIilaire.
2. Question médico-légale de l'identité. Paris, 1874.
PLANCHE II
MORPHOLOGIE DES HERMAPHRODITES 113

III

L’hermaphrodisme chez la femme peut également s’ac-

compagner de modifications de l’habitus extérieur qui les


rapproche du type masculin. Mais ces phénomènes sont
moins constants et moins accusés que dans l’hermaphro-
disme masculin. Pourtant, on rencontre fréquemment chez
ces femmes une voix forte et d’un timbre grave, comme
chez l’homme. Ainsi, selon Home 1

,
la voix des négresses
mandingues, qui ont un clitoris très volumineux, est grave
et rude.

IV

La barbe est généralement un attribut du sexe masculin;


mais elle peut manquer dans les cas d’atrophie des testi-
cules, et, par contre, se développer chez la femme par suite
de l’atrophie des ovaires.
La longueur de la chevelure peut s’observer aussi bien
chez les hermaphrodites mâles que chez les hermaphro-
dites femelles. Pourtant, chez ceux-ci, les cheveux sont
généralement plus fins et plus soyeux.
Quant aux poils du pubis, ils forment un triangle cir-
conscrit chez la femme, tandis que, chez l’homme, ils se
prolongent jusqu’au nombril. Chez les femmes gynandres,
le système pileux peut être beaucoup plus développé.
Hoffmann a vu, sur une femme très brune, les poils
remonter jusque entre les seins. Ruggieri cite également
un cas où l’abondance de poils sur le ventre motiva une
séparation.

L Lectures on comparative Anatomy ,


t. III, p. 317.
17 i LES BISEXUÉS

Chez le pseudo-hermaphrodite reproduit ci-contre, le

triangle pileux pubien est très nettement délimité.

En tin, la démarche et les attitudes des hermaphrodites


sont en grande partie sous l’influence de l'éducation. Un
hermaphrodite mâle qu’une erreur de sexe aura fait revêtir

du costume féminin, prendra vite les allures et la démarche


d'une femme, et, inversement, une pseudo-femme habillée
en homme, marchera et se tiendra comme un homme.
4

CHAPITRE XIV

L’HERMAPHRODISME ARTIFICIEL

J’ai déjà décrit une forme de dégénérescence physique,


l’infantilisme et l’effémination, qui estpresque de l’herma-
phrodisme, si on envisage l’individu au point de vue des
formés générales : petit, maigre, fluet, le visage imberbe,
le pubis glabre, la verge et les testicules comme ceux d’un
enfant, la voix aiguë.
J'ai observé dans le temps, à la prison de la Santé, un
petitSavoyard âgé de vingt-cinq ans, qui en paraissait bien
quatorze ou quinze avec sa petite taille (l m ,49), son visage
complètement imberbe, ses oreilles volumineuses, larges
et écartées. C’était un être très inférieur au point de vue

génital, ignorant encore les femmes (Voyez planche 1 II).

J'en ai vu deux ou trois autres qui, à vingt ans, avaient


des testicules et une verge comme des enfants de dix ans 1
.

D’autres sont encore plus féminisés avec leur voix grêle,


leurs cheveux fins, leurs longs cils et leurs hanches déve-
loppées.

1. \oyez, à ce propos, mon livre : Les habitués des prisons de


Paris.
I7G LES JJ1SEXUÉS

On m’a montré, toujours à la prison de la Santé, un pétit


voleur de seize ans et demi. Il avait un joli visage frais et
imberbe, un pubis glabre, un bassin élargi, des cheveux
lins, des yeux bleus ombragés, de longs cils, une voix douce
et flûtée. Il ressemblait à une gracieuse fillette de onze ou
douze ans (Voyez la planche IV).
« Vous connaissez tous, dit Brouardel, le type du petit

gavroche, ce type essentiellement parisien, de l’enfant qui


passe pour un prodige dans ses classes jusqu’à douze ou
treize ans, et qu’on entend parfois dans la rue faire de ces
répliques étonnantes qui nous font retourner la tête en
souriant. J’ai eu l'occasion d’en observer plusieurs à Sainte-
Barbe. A douze ou treize ans, ils venaient me consulter
pour une inflammation du sein, et je remarquais que
leurs organes génitaux ne se développaient pas, que ces
enfants devenaient grassouillets, restaient souvent petits
et glabres. En même temps, leur intelligence s’atténuait
beaucoup, et ils passaient rapidement de la tête à la queue
de leur classe.
« Lorsqu’on dissèque un de ces individus, on trouve une
vessie très petite, un rudiment de prostate, pas de muscles
ischio et bulbo-caverneux, une toute petite verge, un bassin
très étroit.

u Un jeune homme, entré le premier dans une des


grandes écoles du gouvernement, en était sorti également
dans les premiers. Son père vient un jour me trouver pour
me communiquer ses craintes au sujet de son fils qui, à

vingt-quatre ans, est aussi innocent qu’une jeune fille. Il

ajoute qu'il ne peut pas arriver à monter à cheval, tombant


chaque fois qu’il essaye. Je fais venir le jeune homme et je

m’aperçois que les adducteurs sont complètement atrophiés.


Ce garçon s’asseyait en charnière, comme une poupée de
Nuremberg. Je l’ai fait électriser : il peut maintenant aller
à cheval doucement. D’un autre côté, nous avons réussi à
vaincre son obstination et ses craintes au sujet de son
«

PLANCHE III

12
9
I y,

PLANCHE IY
L’HERMAPHRODISME ARTIFICIEL 181

impuissance; il est marié, père de deux enfants'. Il a


quelques actes génitaux, mais tellement rares qu’on peut
le considérer malgré tout comme impuissant 1
. »

II

Les individus que je viens d’esquisser sont à peine des


hommes physiquement. Au point de vue psychique, ce sont
presque des femmes, et c’est parmi eux que se recrutent
les pédérastes de profession, les pédérastes passifs, ceux
qu'on appelle les « petits jésus ».

Leurs formes et leurs allures déjà féminines le deviennen t


plus encore par l’éducation. Leur âme devient féminine
aussi.

Je pourrais citer des exemples innombrables de ces her-


maphrodites accidentels.
Un jour, on amena un drôle de
à l’infirmerie de la Santé
dix-sep ans, qui en paraissait à peine quatorze ou quinze.
t

Immédiatement, il fut l'objet de nombreuses propositions et


les rendez-vous étaient déjà donnés pour la nuit dans les
cabinets. De crainte de quelque rixe sanglante, je dus le

faire réintégrer dans sa cellule.


Comme je tentais de
expliquer l'intérêt qu'il y avait
lui

pour lui à quitter l'infirmerie, il me répondit avec un


cynisme rare :

— Oh! il
y a longtemps que j’y suis passé pour la pre-
mière fois! Allez, quand je serai en centrale, je ne mour-
rai pas de faim : je choisirai mon petit homme.
J’en ai observé un autre dont l’histoire est bien curieuse
et vaut la peine d’être rapportée un peu plus longuement.

1. Gazette des hôpitaux 1887, p. 59.


182 LES BISEXUÉS

Henri a dix-huit ans. Il a été amené jeune à Paris par sa


mère, qui était venue se placer comme cuisinière. Il fré-

quenta peu l’école où les leçons l’ennuyaient, préférant


l’école buissonnière, courant après les omnibus avec des
polissons de son âge, dévastant les plates-bandes des
squares ou faisant des niches aux sergents de ville. Néan-
moins, il sait lire et écrire d’une façon satisfaisante.
A l’âge de quatorze ans, il entra comme groom au ser-
vice de la comtesse de X.., qui prit également sa mère
comme cuisinière. La comtesse n’était qu’une comtesse de
contrebande, une horizontale de haute marque. Henri la

charma par ses grâces d’éphèbe, et il devint bientôt son


page favori. Juché derrière son huit-ressorts quand elle

allait au Bois, à la porte de son antichambre pour prendre


la carte des visiteurs, en ville, au théâtre, partout enfin il

était présent aux côtés de sa maitresse. Là il fut témoin de


scènes qui ne manquèrent pas de développer les mauvais
instincts qu’il portait en lui.

Pourtant, bien qu’il fut choyé par la comtesse, bien qu'il


n’eût pour ainsi dire rien à faire, cet état ne convenait pas
à son humeur vagabonde de gavroche parisien. Il eût pré-
féré courir nu-pieds dans la rue et n’être au service de per-
sonne. Un soir il accompagna sa maîtresse au Châtelet, où
l'on donnait une première. 11 abandonna furtivement son
poste auprès du coupé pour s’en aller rôder autour des voi-
tures ambulantes des marchands d’oranges. Là, il rencon-
tra quelques anciens camarades d’école et de fredaines. 11

renoua connaissance avec eux sur le comptoir d’un mar-


chand de vins.
Le lendemain, le groom désertait la maison de la com-
tesse pour venir retrouver ses anciens amis. C’était une
bande d’une douzaine de jeunes gens de quatorze à
vingt ans, vivant tous de pédérastie, sous la protection de
sinistres gaillards ayant la plupart le double de leur âge,
formant ainsi des ménages où le mari était un homme et
L'HERMAPHRODISME ARTIFICIEL 183

la femme un adolescent, le premier faisant fructifier le der-

nier qu’il considérait comme sa chose et qu’il appelait sa


« travailleuse », sa « persilleuse », sa « honteuse ».

Au bout de deux jours, Henri le Blondin, comme on l’ap-

pelait, était lié avec un de ces don Juan de pissotière qui


en fit rapidement une « fleur fauchée » et se [Link] son
éducation. L’élève fit de rapides progrès. Il apprit vite à

rendre sa démarche lascive, ses gestes provocants, ses


prunelles inviteuses. Il rôdait place du Châtelet, autour des
vespasiennes des Halles, autour des stations d’omnibus,
endroits où l’on a le plus de chances de rencontrer des
« rivettes » (amateurs), satisfaisant le plus souvent ses
clients sur place ou bien dans un hôtel borgne du voisi-

nage.
Henri ne resta pas très longtemps avec ces individus.
Ses grâces juvéniles le firent remarquer d’autres spécula-
teurs à mise plus élégante et d'un ordre plus élevé dans le
vice. Il se trouva un jour confortablement installé dans un
hôtel meublé du faubourg Montmartre. Alors il ne fréquenta
plus que les cafés des boulevards, se promenant dans le

passage Joufïfoy, dans la galerie Vivienne, au Palais-Royal


ou au jardin des Tuileries les jours de musique.
A cette époque, il fut pendant quelque temps la perle
d’un établissement particulier situé rue Tronchet, et dont
je tairai le numéro. Le rez-de-chaussée est un cabaret où
les clients font un instant antichambre. Si vous connaissez
le mot de passe, on vous apporte un album contenant un
certain nombre de photographies de jeunes gens et de
jeunes filles; le client n’a qu’à choisir, et, au bout d’un
instant, on l’introduit dans une chambre où il trouve l’objet
de son choix.
Un jour, Henri fut blessé à l’anus dans un coït violent et
disproportionné. D’énormes végétations se mirent alors à
se développer autour de cet orifice.
Le développement de ces excroissances aurait dû,
184 LES BISEXUÉS

semble-t-il, lui faire cesser le commerce de son corps, il

n’en fut rien. Cela fut, au contraire, chez lui, une grâce de
plus, et, quelque étrange que le fait puisse paraître, de
jeunes débauchés et de vieux libertins le recherchaient
pour cette unique raison.
D ailleurs, ce fait est loin d’être unique. Ch. Mauriac rap-
porte 1
avoir soigné un malade qui avait le gland couvert
d’une couche épaisse de végétations, et qui ne se décida
que tardivement à se faire traiter, parce que, pour des rai-
sons faciles à deviner, sa maîtresse le préférait ainsi.
Mauriac ajoute Peut-être y a-t-il des hommes qui sont
: «

loin de se plaindre des végétations vulvo-vaginales. »

Mais, si cette ornementation était une source de volupté


pour sa clientèle, elle devint bientôt, sous l’influence de
l’accroissement progressif et aussi sous l’influence d’irrita-
tions répétées, une source de souffrances pour lui, au point
de l’obliger à renoncer à la pédérastie. Il s’associa alors
avec un fabricant d'allumettes de contrebande de la rue
Sainte-Marguerite. Il se fit condamner quatre fois pour ce
commerce illicite, ce qui amena son arrestation.
J’ai pu l’observer tout à mon aise pendant son séjour à
l’infirmerie de la Santé, où il se fit opérer de ses végéta-
tions.

C’était un garçon de toute petite taille, à la physionomie


douce, aux yeux bleus, aux cheveux blonds et fins, aux cils
longs, à la figure féminine, aux formes grêles, à la figure
glabre. Son arc sourcilier présentait une courbe des plus
harmonieuses. Ses oreilles étaient un peu larges et écartées,
mais l’ourlet était bien marqué. (Voyez la planche Y.) Ses
membres étaient arrondis, glabres, presque sans saillies
musculaires. Ses organes génitaux étaient ceux d’un enfant.
Henri était une vraie femmelette, presque une fillette.

Un détenu, qui s’était épris de lui, le dépeignait ainsi,

1. Art. Végétations du Dict. de méd. et chirurg. pratiques.


L'HERMAPHRODISME ARTIFICIEL 185

dans une lettre que j’ai pu surprendre : « 11 est blond comme


les blés, avec deux yeux d’azur presque innocents et noyés
quelquefois comme en une mystérieuse rêverie. A le voir

au repos, lorsqu’aucune passion ne l’agite et que sa tête

de chérubin repose sur l’oreiller, on se prend involontaire-


ment à rêver aux ravissantes créations de Murillo ou aux
jolis personnages qui peuplent les fresques de Lebrun. » Et
l’énamouré ajoute tristement : « Cette fleur est sans parfum ;

ces yeux ne se sont jamais ouverts que devant d’immondes


tableaux; et cette bouche mutine et rieuse n’a jamais parlé
d’autre langage que l’idiome affreux de la pègre et de la
canaille. »

III

Plus encore que les pédérastes de profession et les infan-


tiles, les individus atteints d’inversion sexuelle, ceux que
l’Allemand Karl Heinrich-Ulrichs a appelés uranistes, se
font hermaphrodites artificiellement.
Avec des organes génitaux masculins à peu près ré-
guliers et à peu près complets, ils se font femmes dans
leur habitus extérieur, et quelquefois même dans leur cos-
tume.
Taylor 1
rapporte l’observation d’une célèbre artiste an-
glaise, Élise Edwards, qui joua sur plusieurs scènes d’Eu-
rope et ne fut reconnue pour un homme qu’après sa mort.
Dès sa plus tendre jeunesse, cette personne avait adopté des
manières féminines et aimait à s’habiller en femme. Les
organes génitaux étaient fixés au corps par un appareil
spécial, de sorte qu’on ne pouvait les reconnaître à pre-
mière vue.

1. Medical Jurisprudence ,
1873, vol. II.
1 86 LES BISEXUÉS

Albert Moll 1
affirme qu’un uraniste berlinois a longtemps
servi dans un hôtel comme femme de chambre, trouvant ce
moyen très commode pour jouer jusqu’au bout son rôle de
femme.
Pour pouvoir s’accoupler avec des hommes normaux, ces
individus ont recours à des subterfuges. Ainsi, dans la
rue, un uraniste, costumé en femme, cherche à attirer l'at-
tention des hommes qui lui plaisent. Ceux-ci, le voyant vêtu
comme une femme, croient réellement avoir aflaire à une
femme. Lorsque la connaissance est faite et les pourparlers
engagés, l’uraniste persuade à l’autre que le coitus vulgaris
non tantam voluptatem offert quantam immissio membri in os.
Ensuite, mernbrum suum occulit en le retenant entre ses
cuisses, tant que l’érection n’est pas complète; et, par sur-
croît de précaution, il le recouvre avec sa chemise ou avec
ses mains. Deux seins postiches en caoutchouc achèvent de
tromper son partenaire.
Du reste, les uranistes présentent assez souvent un déve-
loppement considérable des glandes mammaires. R. von
Krafft-Ebing rapporte l’histoire d’un uraniste qui affirmait
avoir eu dans les seins, à l’âge de treize à quinze ans, du
lait qu’un de ses amis avait tété.

A. Moll assure avoir rencontré, chez certains uranistes,


au niveau de la région mammaire, une accumulation de
tissu adipeux, qui donnait aux seins l’aspect arrondi de
ceux d’une femme. J’ai vu des individus de ce genre à la

prison de la Santé, où ils étaient presque des femmes.


« J’ai toujours eu une répugnance marquée pour la

femme, me disait l’un d’eux. Du reste, j’avais, en quelque


sorte, honte de faire voir mes organes génitaux, étant, sous

ce rapport, peu favorisé. »

Cet individu fut, pendant un certain temps, entretenu par

1. Les Perversions de l'instinct génital. Traduction française des doc-


teurs Pactet et Romme. Carré, Paris, 1893.
I

PLANCHE Y
L’HERMAPHRODISME ARTIFICIEL 180

un autre pédéraste, qui le faisait habiller en femme et le

possédait ainsi. « Si j’étais riche, concluait-il, je voudrais

avoir quatre ou cinq domestiques nègres, parce qu’ils sont


généralement très membrés, et me faire voir par eux suc-
cessivement et tous les jours. »

J’ai observé, toujours à la prison de la Santé, un autre


uraniste qui s’était donné le langage, les manières et la
tournure de la femme. D’un visage agréable, avec des traits
réguliers, des cheveux fins, des yeux bleus et doux, il a des
attitudes câlines, une voix caressante de demoiselle. A l’in-

firmerie centrale des prisons, où je pus l’étudier à loisir, il

passait tout son temps à se bichonner et à se pommader.


« Je ne puis et n’ai jamais pu, disait-il à un de ses co-
détenus, voir une femme; j’ai essayé une seule fois dans ma
vie. L’attouchement, le contact de la femme me font l’effet
contraire. Près d’un homme qui me convient, surtout lors-
qu’il est jeune et joli garçon, sans qu'il me touche, rien
que de l'examiner, je suis en érection, et je ressens, lorsque
j’ai des rapports avec un homme, peut-être plus de plaisir
que la femme elle-même, et des deux côtés à la fois. » Un
jour, il m’avoua qu’étant dernièrement à l’hôpital de la
Pitié, pour je ne sais plus quelle raison, il était tombé
amoureux d’un interne. Il dut demander à en sortir, parce
qu'il n’osait avouer sa passion à l'interne et qu'il souffrait
trop de ne pouvoir la satisfaire.
Le désir de se sentir entièrement femme va si loin chez
ces individus, qu’un malade observé par Hammond 1
vou-
lut à différentes reprises se couper les organes génitaux et
se faire ainsi hermaphrodite.

I. Hammond. L'impuissance chez l'homme et la femme.


190 LES BISEXUÉS

IV

Ce que nous venons d’observer chez l’homme s’observe


aussi chez la femme.
R. von Krafft-Ebing a décrit des femmes gynandre s

atteintes d'inversion sexuelle, et qui, femelles par le bas-


ventre, sont mâles par la forme générale du squelette, par
le du visage, par les goûts et les allures.
type
Voici, du reste, comment il dépeint la virago, la femme-
homme « Le penchant homo-sexuel se déclare chez elle de
:

bonne heure toute petite fdle, ses jeux favoris sont ceux
:

des garçons; elle méprise les poupées et se passionne pour


le cheval de bois; elle joue aux soldats et aux brigands. Elle
n’aime pas les travaux à l’aiguille, y est maladroite. Sa toi-
lette négligée lui donne l’air d’un gamin. Elle montre plus
de dispositions pour les sciences que pour les arts d'agré-
ment. Elle s’essaye à fumer et à boire ;
elle a les parfums et
les friandises en horreur. Elle songe avec amertume qu’elle
est une femme, et qu'elle ne connaîtra ni l’existence libre
de l’étudiant, ni la vie du soldat. Elle se livre avec l’ardeur
d’une amazone aux sports des jeunes gens; cette âme mas-
culine, enfermée dans une poitrine de femme, donne car-
rière, dans ces exercices violents, à son courage et à ses
sentiments virils. Les cheveux sont coupés courts; la coupe
de sa robe rappelle les vêtements d’hommes; son plus
grand désir serait de prendre complètement le costume
masculin 1
. »

J’ai observé à Sainte-Anne une femme qui, depuis des

années, s’est cristallisée dans son délire. Elle assure que


Napoléon III a eu des relations avec sa mère. Napoléon IV
ayant été tué par les Zoulous, elle se croit appelée à régner

1. Y. Ivrafft-Ebing. Psychopathia sexiictlis.


L’HERMAPHRODISME ARTIFICIEL 191
'

sur la France. Elle se figure, par conséquent, être un homme .

Elle a pris une démarche et des manières absolument mas-


[Link] coupe de ses cheveux donne également à son
visage une apparence virile. Elle n’est jamais aussi heu-
reuse que quand on l’autorise à revêtir des habits d’hommes
car ainsi l’illusion est complète, comme on pourra en juger
en examinant la planche VI. On croirait absolument voir
un homme. Par contre, si on n'était prévenu, on n’ose-
rait pas non plus affirmer que les trois pédérastes alle-
mands costumés, reproduits planches VII, VIII et IX, sont
des hommes. Ces photographies, que le professeur Lacas-
sagne a rapportées de Berlin, sont bien curieuses.
CHAPITRE XY

SEXUALITÉ DES HERMAPHRODITES

« Rudimentaire dans le jeune âge, disait Farabœuf à un


de ses cours, l’épithélium génital laisse les petits des deux
sexes se rassembler impunément. Chargé de sauvegarder
les intérêts de l’espèce, de la perpétuer, il sommeille jus-
qu’à la puberté. Alors cet épithélium s’éveille, imprègne les
individus, et transforme en eux la tête, le cœur et le corps.

Ils étaient enfants, indifférents et égoïstes; ils se sentent


adolescents, solidaires de leurs semblables, deviennent
généreux, sincères, obligeants ;
ils veulent se sacrifier pour
leur famille, pour leur patrie, prier ou combattre pour le
monde entier. Les épithéliums génitaux exigent davantage
et commandent de perpétuer l’espèce. Si leurs ordres sont

énergiques, si l’individu qui les reçoit n'a pas été entraîné,


préparé, mis en garde, rendu opportuniste par l’éducation
et l'hérédité, la recherche et la possession immédiate d’un
individu du sexe opposé devient le seul et unique but de la
vie. Pour l’atteindre, les animaux en rut se livrent à des
combats épouvantables, s’exposant à tous les dangers. Le
jeune homme, même éclairé, n’a quelquefois plus le sens

13
194 LES BISEXUÉS

commun. Il compromet son avenir, sa santé, sa fortune,


son honneur, et va jusqu’à sacrifier sa vie pour montrer, par-
le suicide, que l’individu n’est rien, s’il ne peut obéir à la
voix de l’espèce. Chez l’adulte, peut-être habitué au poison,
les organes génitaux fonctionnent moins énergiquement; le

dieu de l’espèce, satisfait ou trompé, se fait entendre


moins haut. L’individu reprend ses droits, l’altruisme
effervescent de la jeunesse est balancé par un retour à
F égoïsme. »

11

Comment vont comporter ces phénomènes psycho-


se
physiologiques chez l’hermaphrodite? L’éveil de la puberté
va-t-il se faire sentir chez lui?
En général, la puberté fera son installation chez l'herma-
phrodite ;
mais, dans bien des cas, l’épithélium génital
parlera moins haut que chez la plupart des sujets normaux.
D’autres fois, s'il parle, il ne sera pas toujours compris, et

l’adolescent ne se rendra pas compte des transformations


qu’il subit et des sentiments qui l’agitent.
Alexina B..., dont l’histoire nous a été conservée précieu-

sement et dans tous ses détails par Tardieu, sentit se lever

en elle une puberté presque orageuse. En rapport tous les

jours avec des jeunes filles de quinze à seize ans, elle éprou-
vait des émotions dont elle avait peine à se défendre. Plus
d’une fois, la nuit, ses rêves étaient accompagnés d'une sen-
sation indéfinissable; elle se sentait mouillée et trouvait le
matin sur son linge des taches grisâtres et comme empesées.
Elle a essayé d’analyser ses premières sensations dans le

mémoire qu’a publié, Tardieu après son suicide.

« A cet âge où se développent toutes les grâces de la jeu-

nesse, dit-elle, je n’avais ni cette allure pleine d’abandon,


ni cette rondeur de membres qui révèlent la jeunesse dans
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PLANCHE YI
I
PLANCHE VIT
PLANCHE VIII

•<
PLANCHE IX
SEXUALITE DES HERMAPHRODITES 203

toute sa fleur. Mon teint, d’une pâleur maladive, dénotait


un état de souffrance habituelle. Mes traits avaient une
certaine dureté qu’on ne pouvait s’empêcher de remarquer.
Un léger duvet qui s’accroissait tous les jours, couvrait ma
lèvre supérieure et une partie de mes joues. On le comprend,
cette particularité m’attirait souvent des plaisanteries que
je voulus éviter en faisant un fréquent usage de ciseaux en
guise de rasoir. Je ne réussis, comme cela devait être, qu’à
l’épaissir davantage et à le rendre plus visible encore.
« J’en avais le corps littéralement couvert; aussi évitais-je
soigneusement de me découvrir les bras, même dans les
plus fortes chaleurs, comme le faisaient mes compagnes.
Quant à ma taille, elle restait d’une maigreur vraiment
ridicule. Tout cela frappait l’œil ;
je m’en apercevais tous
les jours... Pourtant j'étais née pour aimer. Toutes les
facultés de mon âme m’y poussaient; sous une apparence
de froideur et presque d'indifférence, j’avais un cœur de
feu.

« Je me liai bientôt d'une étroite amitié avec une char-


mante jeune fille nommée Thécla, plus âgée quemoi d’une
année. Certes rien n’était plus opposé extérieurement que
notre physique. Mon amie était aussi fraîche, aussi gracieuse,
que je l’étais peu. On ne nous appela que les inséparables :

et, en effet, nous ne nous perdions pas de vue un seul


instant. »
Un peu plus tard, Alexina s’éprit d’une autre de ses
compagnes qu’elle appelle Sara. Mais cette seconde passion
fut beaucoup moins platonique que la première; les sens y
entraient pour une large part.
« Une lois la prière faite, dit-elle, j’allais la trouver à son
lit, et mon bonheur était de lui rendre ces petits soins
qu une mère donne à son enfant. Peu à peu je pris l'habitude
de la déshabiller. Otait-elle une épingle sans moi, j’en étais
presque jalouse! Ces détails paraîtront futiles, sans doute,
mais ils sont nécessaires.
204 LES BISEXUÉS

« Après l’avoir étendue sur sa couche, je m’agenouillais


près d’elle, mon front effleurant le sien. Ses yeux se
fermaient bientôt sous mes baisers. Elle dormait, je la

regardais avec amour, ne pouvant me résoudre à m’arracher


de là.

« Ce que j’éprouvais pour Sara, ce n’était pas de l’amitié,


c’était une véritable passion !

« Je ne l’aimais pas, je l’adorais !

« Souvent, je me réveillais au milieu de la nuit. Alors, je

me glissais furtivement près de mon amie, me promettant


bien de ne pas troubler son sommeil d’ange ;
mais pouvais-
je contempler ce beau visage sans en approcher mes
lèvres !

« Il en résultait que, après une nuit agitée, j’avais peine


à me trouver éveillée, lorsque sonnait le réveil.
<(Un peu avant huit heures, Sara montait au dortoir pour
échanger son peignoir contre d’autres vêtements. Je ne
souffrais pas qu’elle le fit -sans [Link] étions seules
alors. Je la laçais, je lissais avec un bonheur indicible les
boucles gracieuses de ses cheveux naturellement ondulés,
appuyant mes lèvres, tantôt sur son cœur, tantôt sur sa

belle poitrine nue.


« Pauvre et chère enfant! Que de fois je iis monter à
son front la rougeur de l'étonnement et de la honte!
Tandis que sa main écartait la mienne, son œil clair et

limpide s’attachait sur moi comme pour pénétrer la cause


d’une conduite qui lui paraissait le comble de l’égarement,
et cela devait être.

« Je priai un soir mon amie de partager mon lit. Elle

accepta avec plaisir. Dire le bonheur que je ressentis de sa

présence à mes côtés, serait chose impossible! J'étais folle

de joie! Nous causâmes longuement avant de nous endor-


mir, moi, les deux bras passés autour de sa taille, elle, son
visage reposant auprès du mien. Sara m’appartenait désor-
mais ! Elle était à moi! »
SEXUALITÉ DES HERMAPHRODITES 205

Il s’en faut de beaucoup que l’éveil de la puberté se


fasse sentir d’une façon aussi nette chez les hermaphro-
dites. Dans bien des cas l’instinct sexuel est lent à s’éta-

blir; le sujet hésite, ne sachant vers quel sexe il doit

tourner ses aspirations.

III

La plupart des hermaphrodites sont indifférents au point


de vue sexuel.
T. Galland a rapporté l’histoire d’un hermaphrodite
féminin qui s’est mariée deux fois. Non seulement elle n’a

jamais éprouvé la moindre sensation voluptueuse pendant


le coït, mais toutes les tentatives faites pour accomplir
cet acte lui ont été pénibles et douloureuses, quoiqu’elle
s’y prêtât volontiers. Elle ne demandait ni ne désirait les
rapprochements sexuels; elle subissait les caresses de son
mari pour lui être agréable. Jamais, suivant ce dernier,

elle n’a fait auprès de lui la moindre tentative provoca-


trice. Elle n’a jamais eu le moindre désir érotique, même
en rêve.
Le nommé Hohmann, observé par Rokitanski, était d’une^
indifférence sexuelle absolue.
Quelques hermaphrodites ne sont pas éloignés du com-
merce des femmes, et, comme le fait observer Tardieu, peu-
vent ressentir des désirs, des excitations et des jouissances
complètes, en même temps qu’un orgasme vénérien qui
peut aller jusqu’à l’émission de la liqueur spermatique.
On voit aussi des hermaphrodites qui, après avoir mani-
festé un goût très vif pour le commerce des hommes, sont
ramenés, par la descente des testicules, à des instincts tout
opposés qui les portent vers la femme.
Assez souvent aussi on voit des hermaphrodites verser
20(3 LES BISEXUÉS

dans la prostitution et jouer le rôle d’homme et le rôle de


femme.

IV

L’éducation peut, dans bien des cas, pousser l’instinct


sexuel dans un sens opposé à ce qu’il devrait être, et pro-
duire ainsi une sorte d’inversion sexuelle.
On en cite plusieurs exemples.
Magitot. a rapporté, en 1881, l’histoire d’un individu,
homme en réalité, qui fut enregistré comme femme. Il se
maria avec un homme, mais en entretenant toutefois en
même temps des rapports avec des femmes.
Tortual a également cité le cas d’un hermaphrodite mâle
qui, marié à un homme, se complaisait dans cette union et

y éprouvait des jouissances charnelles.


Maria Arsano, reconnu homme après sa mort, avait été
marié comme femme. Clara Meyer, hypospade et homme
bien caractérisé, avait tenu le rôle de femme et ne se sou-
mettait qu’avec une pudeur effarouchée à la visite qui
dévoila son véritable sexe.
Marzo, dont les organes internes étaient féminins, se
sentait très porté pour les femmes. Il avait même contracté
deux blennorrhagies.

Mais, si les hermaphrodites sont souvent des quasi impuis-


sants, ils sont souvent aussi des individus très salaces. Les
sensations très incomplètes qu’ils peuvent ressentir les

poussent sans doute à s’en procurer d’autres par des moyens


plus ou moins naturels.
SEXUALITÉ DES HERMAPHRODITES 207

Le D r E. Lévy a observé à Grispalsheim deux sœurs her-


maphrodites qui étaient connues dans toute la région pour
leur lubricité. Elles avaient des rapports aussi bienavecdes
hommes qu’avec des femmes.
« Les castrats, dit Brouardel, les eunuques, et les quatre
ou cinq cent mille adeptes d’une secte religieuse du sud de
la Russie, qui s’enlèvent entièrement les parties génitales,

ne passent pas pour être mélancoliques, mais extrêmement


salaces et débauchés. »

VI

Les hermaphrodites sont-ils féconds? Je n’hésite pas à


résoudre la question par la négative; car leurs malforma-
tions tendent toutes à entraver les fonctions reproductrices.
Loin de jouir d’une double puissance génératrice, ils sont
presque tous inféconds. En général, les testicules sont atro-

phiés et la sécrétion spermatique manque. Pourtant, on a


cité des cas où il
y avait une éjaculation spermatique bien
caractérisée ;
on a même quelquefois constaté la présence
de spermatozoïdes.
« Il Hermann, aucune observation
n’y a jusqu’ici, dit G.
authentique d’un hermaphrodite humain au sujet duquel
on doive se poser la question de la possibilité d’une auto-
fécondation, bien que la chose ne soit pas absolument
impossible a priori L »

VII

On voit de temps en temps l’hermaphrodisme porter cer-

I. Art. Hermaphrodite du Dict. encyclopédique des scienc. méd


p. 632.
208 LES BISEXUÉS

tains individus réellement mâles à la pédérastie, soit par un


entraînement peu explicable, soit dans un but de lucre.
Tardieu a pu voir à Saint-Lazare un individu de seize ans
arreté sous des vêtements féminins, se livrant à la prosti-
tution clandestine. C’était un jeune garçon mal conformé
et livré dès l’enfance aux habitudes les plus crapuleuses,
servant aux plaisirs des hommes de la plus basse classe.
Le pénis n’avait pas plus de 3 centimètres de longueur et

était gros comme l’extrémité du doigt indicateur. Il était

encapuchonné par des replis qui descendaient de manière à


simuler les petites lèvres, et les deux moitiés du scrotum
non réunies servaient à compléter l’apparence d’une vulve
et circonscrivaient une ouverture en forme d’infundi-
bulum, assez large pour admettre le membre viril, et dont
le fond refoulé donnait à ce faux vagin une longueur de 7

à 8 centimètres. On sentait manifestement dans l’aine

gauche un testicule facilement reconnaissable. L'anus dilaté

et enfoncé reproduisait en arrière exactement la forme de


l’infundibulum qui existait en avant. U était évident que
ce malheureux individu s’était prêté depuis longtemps à
des actes deux fois contre nature 1
.

Magnan a également rapporté l’histoire non moins cu-


rieuse d’un hypospade scrotal, à forme vulvaire, pseudo-
2
hermaphrodite mâle, qui s’adonna à la pédérastie .

comme tille sur les registres de


Cet individu fut inscrit
l’état civil. Considéré comme telle, on lui mit des vêtements

féminins et on l’envoya à l’école des filles. A sept ans, ses


petitescamarades ayant remarqué une conformation extra-
ordinaire de ses organes génitaux, se moquèrent déjà de
lui. On le plaça alors dans un couvent dirigé par des reli-

gieuses. A treize ans, il quitta le pensionnat et entra dans


un couvent de Bénédictines, où l’une de ses tantes, reli-

1. Tardieu. Question médico-légale de V identité, p. 53.


2. Magnan. Communication à la Société médico-psychologique ,
28 fé-
vrier 1887. Archives de neurologie ,
t. XIII, n° 39. Mai 1887, p. 419.
SEXUALITÉ DES HERMAPHRODITES 200

gieuse, le destinait au noviciat. Son peu d’aptitude au tra-

vail, la lenteur de son intelligence et l’apparition d'un peu


de barbe au menton en firent, peu à peu, la risée de ses
camarades. Il quitta le couvent et rentra à la maison, au-
près de sa mère, s’occupant du ménage, faisant la cuisine,
cousant, tricotant. A la mort de son père, il s’éloigna de sa
famille pour suivre, en qualité de domestique, un homme
âgé de soixante-dix ans, qui l’emmena à la Martinique. A
peine arrivé en Amérique, il devint l’objet des assiduités de
son vieux patron; il lui céda; mais, comme aucun rapport
sexuel ne pouvait s’effectuer, cet homme se livra sur lui à
des actes contre nature, qui finissaient par l’onanisme buc-
cal réciproque. Cependant, une négresse, domestique dans
la même maison, s’étant aperçue de sa conformation, le

prit pour un homme, en devint amoureuse et lui demanda


à partager son lit. Une mulâtresse fit à son tour sa conquête ;

mais, ni avec l’une ni avec l’autre de ces deux femmes il

n’éprouva les sensations que lui procurait son vieux patron.


Cet individu revint en France, fît rétablir son véritable
sexe, et s’engagea comme infirmier dans une communauté
religieuse.
On cite aussi des exemples non moins nombreux d’her-
maphrodites femmes, qui se livrèrent au tribadisme. J’en ai
rapporté un cas dans la première partie de cette étude.
On m’a encore montré ,
aux fêtes aquatiques de l’Élysée-
Montmartre, deux femmes à la voix grave, aux traits forte-
ment accentués, qui se livrent aux plaisirs vénériens avec
des hommes et des femmes, alternativement, et avec la plus
vive ardeur (Voir les planches X et XI).

14
CHAPITRE XVI

L’HERMAPHRODISME PSYCHIQUE

R. V. Krafft-Ebing a décrit une sorte d’hermaphrodisme


psycho-sexuel qui fait que, chez certains individus, le désir
sexuel se manifeste tantôt pour l’homme, tantôt pour la
femme.
Un individu, qui était en proie à cette forme d’inversion
sexuelle, a fait à Albert Moll la confession suivante :

« ...Mon mal consistait en ce que j’étais continuellement


lancé des sensations féminines aux sensations masculines,
et inversement. Le corps d’un homme exerçait sur moi une
influence irrésistible et surexcitait mon imagination; mais,
en même temps, j’éprouvais le désir d’embrasser une femme.
Pendant mon enfance, j’étais déjà excité par la beauté de
l'homme et de la femme. Depuis l’âge de sept ans, je me
suis adonné à une masturbation effrénée, en pensant, pen-
dant 1 acte, à des hommes. Par deux fois, je suis parvenu à
m’échapper de cet enfer; maintenant, cela ne m’est plus
possible. Mon imagination maladive me fait considérer
comme particulièrement désirables les hommes blonds, vi-
goureux, en pleine santé. Cet état m’est très pénible, mais
je ne puis y résister. Ce qui me fait surtout perdre la tête,
212 LES BISEXUÉS

ce sont les cuisses et les hanches des hommes ;


de même un
pénis très volumineux 1
. .. »

Y. Krafft-Ebing a cité l’observation d’un médecin qui,


toutes les quatre semaines, éprouve pendant cinq jours
les phénomènes physiques et psychologiques des règles,
sauf l’hémorrhagie ;
il a le sentiment de posséder des or-
ganes génitaux féminins.
Krafft-Ebing désigne ce phénomène sous le nom d'eviratio
et sous celui de deferninatio le processus analogue observé
chez femme.
la

Blumenstock a également observé un individu qui avait


voulu fonder une religion en Gallicie, et qui était persuadé
qu’il accoucherait de deux jumeaux.
Dans ces cas, il s’agit simplement d’un phénomène psy-
chique, mais d’un phénomène qui transforme l’individu et
atteint son sexe, sinon morphologiquement, tout au moins
P h ysiologiquement.
Marandon de Montyel a voulu voir dans
%J
la maladie des
Scythes une sorte d 'eviralio, en un mot une folie para-
noïque.

1. Alb. Moll. Les Verversions de V instinct génital. Traduct. franc.,


p. 190.
XI

ET

PLANCHES
CHAPITRE XVII

PSYCHOLOGIE DES HERMAPHRODITES

Au point de vue intellectuel, les hermaphrodites sont


presque toujours des êtres inférieurs. A la dégénérescence
physique correspond bien souvent la dégénérescence psy-
chique.
Le D r P. Loüet a observé plusieurs individus atteints de
monorchidie ou de cryptorchidie, qui étaient des imbéciles
ou des débiles L
lia vu en particulier un hvpospade scrotal à forme vul-
vaire qui était manifestement un déséquilibré.
Magnan a également signalé à la Société médico-psycholo-
gique deux cas d’individus plus ou moins hermaphrodites
et qui, au point de vue intellectuel, étaient des débiles.

A la même séance, Moreau de Tours a cité une observa-


tion analogue : un être âgé de douze ans, réputé fille, gar-
çon en réalité, et atteint de débilité mentale.

1. Pierre Loüet. Des anomalies des organes génitaux chez les dégé-
nérés. Thèse de Bordeaux, 1889.
21 LES BISEXUES

II

Les sentiments moraux sont peu développés


affectifs et

chez les hermaphrodites. On en cite peu qui aient eu,


comme Alexina B..., de grandes passions, et qui soient
allés comme elle jusqu’au suicide.
Ils sont bien plus souvent les victimes de la débauche et

de la prostitution que de l’amour. Souvent même le genre


d’éducation qu’on leur donne contribue encore à les étioler

et à détruire leurs dernières énergies morales.


« Élevé comme une fdle, dit Legrand du Saule, l’herma-
phrodite mâle en a pris et conservé la vaine apparence, la
timidité, la douceur, le caractère. »
Tardieu ajoute : « Élevés dès l’origine, vêtus, placés, par-
fois même mariés comme des femmes, ils conservent les
pensées, les habitudes, les manières d’agir féminines, et ce

n'est ni sans difficultés, ni sans troubles, ni sans péril, qu’ils


rentrent dans leur sexe véritable, quand leur état civil
vient à être vérifié. »
CHAPITRE XVIII

LES HERMAPHRODITES DANS LA SOCIÉTÉ

Dès sa naissance, l’hermaphrodite est mis à part dans la


société. Souvent même on ignore son véritable sexe et on
l’inscrit au hasard comme mâle ou comme femelle, suivant
les apparences bien trompeuses du moment. Il peut en ré-
sulter des erreurs déplorables* On a pu voir ainsi élever un
homme comme une femme, fausser tous ses sentiments et

toutes ses idées, l’obliger à vivre dans un milieu tout diffé-


rent de celui qui lui conviendrait.
Puis, les conséquences les plus graves
peuvent découler
de ces erreurs. Un hermaphrodite mâle peut être introduit
dans un pensionnat de jeunes filles ou dans une commu-
nauté de religieuses, et y être une cause de démoralisation
et de scandale.

Faut-il rappeler ici l’anecdote du


moine d’Issoire ? Mas,
mulier monachus, mundi mirabile monslrum
, ,
disait Bauliin.
Faut-il aussi rappeler cette autre anecdote du soldat
hongrois dont la maternité se déclara au milieu d’un camp?
« Les conséquences des erreurs de sexe, dit G. lourde,

sont trop souvent le malheur et la démoralisation des


218 LES BISEXUÉS

individus qui en sont l’objet; elles nuisent aux autres, et


l’erreur est surtout fâcheuse lorsque l’homme est pris pour
une femme, ce qui est le cas fréquent 1
. »
2
Aussi Ch. Dcbierre propose d’introduire la modification

suivante dans l’article 57 du Code civil 3 : « Tout nouveau-né


sera soumis à l’examen médical, l’acte de naissance énon-
cera le sexe, mais seulement quand celui-là sera de toute
évidence. Dans le cas de doute sur le sexe, il sera sursis
jusqu’à la puberté (quinze à dix-huit ans), époque à laquelle
le sujet sera soumis à une commission médico-judiciaire
qui statuera sur son sexe et sur son inscription comme
homme, femme ou neutre, sur les registres de l’état civil,

mais en attendant l’acte de naissance portera en marge les

signes S. D. (sexe douteux). »

II

Voilà l'hermaphrodite devenu homme. Devra-t-il être


soldat? A moins qu’il soit manifestement mâle, il ne peut
être appelé sous les drapeaux. On comprend sans peine
pourquoi.
Mais, si l’hermaphrodite ne peut être, dans la majorité

des cas, soldat, peut-il être électeur?


« Sans aucun doute, dit G, lourde, s'il est démontré
qu’il appartient au sexe mâle, et à la condition qu il aura
fait rectifier préalablement son acte de naissance, quand
par cet acte il a été déclaré fille. » Et il rapporte à ce sujet
l’aventure suivante.

1. G. Tourde. Art. Hermaphrodisme (médecine légale). In Dict.

encyclop. des Sc. méd ., p. 644.


2. Ch. Debierre. Li hermaphrodite devant le Code civil. In Archives

de l’Anthropologie criminelle, 1886, p. 338.


3. L’article 57 dit simplement que l’acte de naissance doit énoncer
le sexe de l’enfant.

\
LES HERMAPHRODITES DANS LA SOCIÉTÉ 219

En mars 1843, dans le Connecticut, à Salisbury, une


élection est contestée parce que le whig avait introduit
parti

une fdle parmi les électeurs. Le docteur Bary est chargé de


l’examen; il dit que le pénis est imperforé, mais qu’il a
trouvé un testicule: c’est un homme avec tous les droits de
son sexe. Le lendemain, au moment où l’électeur s’approche

de l’urne, le docteur Triknor s’oppose au vote, en affirmant


que c’est une femme. Les deux docteurs sont invités à une
consultation immédiate ;
le premier montre le testicule au
second; celui-ci se désiste, le vote est déposé. Quelques
jours après, on apprend que cet individu est marié à un
homme, qu’il a les goûts féminins; on constate des règles,
le docteur Bary finit par trouver l’utérus, et le testicule n'est

plus qu’un ovaire hernié: c’est un hermaphrodite féminin


qui a indûment usé du droit de suffrage.

III

Un hermaphrodite peut-il contracter mariage?


Pour Horteloup, on est toujours homme ou femme, jamais
ni l’un ni l’autre.

D’après cette doctrine, en épousant un hermaphrodite,


on épouse forcément un homme ou une femme. Par con-
séquent, et la jurisprudence est de cet avis, le mariage est
nul quand y a erreur de personne. Ce qui fait qu’un
il

individu, marié à un hermaphrodite, à un être incomplet,


impropre à l’amour et à la reproduction, peut être condamné
à passer sa vie entière à ses côtés, la nouvelle loi sur le

divorce ne prévoyant pas ce cas.


Pourtant, se demande Ch. Dehierre % « quel est le but du
mariage, le but suprême, si ce n’est la famille ? C’est bien là

1. Loc. cit., p. 340.


220 LES BISEXUÉS

une loi primordiale si jamais il en fut sur la terre; c’est plus


même, c’est une nécessité sociale qui aujourd’hui s’impose
à tout Français. Si donc une condition organique vicieuse
s’oppose à la réalisation de ce but, avec cette circonstance
aggravante qu’elle était inconnue du conjoint, est-il juste

que le mariage soit valable ? N’y a-t-il pas, sinon erreur de

personne civile, tout au moins erreur de personne anato-


mique, et la voix de la nature n’est-elle pas toujours celle
qui doit décider et passer avant les autres? »

En 1881, le tribunal civil de la Seine semble s'être rendu


à la justesse de ces idées; car, dans l’affaire de M lle
Mar-
tinez de Campos, le procureur général Banaston n’a pas
craint de dire 1
: « Qu’est-ce que M. le comte de San An-
tonio? Est-ce un homme, une femme, tous les deux à la
fois, comme ces êtres hybrides dont parle la mythologie ?

On n’en sait rien. Je sais bien qu’il est capitaine; mais,


dans l’espèce, ce n'est pas suffisant pour contracter ma-
riage. Ce qu'il faut savoir, c’est si le comte de San Antonio
est pourvu des organes nécessaires au mariage. Or, il n’y
a qu’une enquête qui puisse amener ce résultat, en admet-
»

tant toutefois que le comte consente à s'y soumettre. »

Aussi Ch. Debierre propose d’ajouter à l’article 180 du


Code civil le paragraphe additionnel suivant :

« Les vices de conformation des organes génitaux qui


constituent manifestement une impossibilité absolue dans
l'accouplement fructueux de l'acte sexuel et créent l’erreur
de la personne physique, sont une cause formelle de nullité
du mariage. »

1. Gaz. des Tribunaux déc. 1881. ,


CHAPITRE XIX

L’HERMAPHRODISME ET LA MÉDECINE
LÉGALE

L’hermaphrodite ne se trouve guère devant le médecin


légiste que dans deux ou trois circonstances : rarement au
moment de sa naissance, assez souvent lorsqu'il est appelé
sous les drapeaux, ou bien lorsqu'il se marie.
L’examen a toujours pour but d’établir quel est le sexe.

Je n’ai pas besoin de dire combien il est difficile et délicat

pour la plupart des cas. La lecture des chapitres précédents


indiquera suffisamment sur quel point doit porter cet exa-
men, et comment on pourra arriver à établir le diagnostic
du sexe, en se basant surtout sur les apparences et sur
l’état psychique. Car je n'hésite pas à déclarer que, dans ces
cas, la présence de testicules ou d’ovaires dans le ventre,
doit peu préoccuper le médecin-légiste. Il doit surtout
rechercher si l’individu est homme ou femme extérieure-
ment et physiquement. La vie anatomique est de peu d'im-
portance pour l’hermaphrodite ;
c’est à sa vie physiologique
et psychique qu’il faut surtout s’intéresser.

D’ailleurs, toutes ces questions ont été étudiées minutieu-

sement, aussi bien au point de vue pratique qu’au point de


222 LES BISEXUÉS

vue théorique, par les médecins légistes, ,1e me contenterai


de renvoyer aux travaux de Tardieu, Tourde, Debierre, etc.

Autrefois, l’examen des hermaphrodites et des impuissants


était beaucoup plus compliqué. A titre de curiosité, je cite-

rai, pour terminer, la fameuse épreuve du congrès, que


Vincent Tagereau 1
décrit dans une page très naïvement
écrite.

« Ap rès, dit-il, que les parties ont prêté serment qu’elles


tascheront, de bonne foy et sans dissimulation, d’accomplir
l’œuvre de mariage sans y apporter empeschement de part
ny d’autre; après aussi que les experts ont juré qu’ils feront
fidèle rapport de ce qui se passera au congrez,, les uns et
les autres se retirent en une chambre pour ce préparée, où
l’homme et la femme sont de rechef visitez, l’homme afin
de savoir s’il n’a point de mal, la femme pour considérer
l’état de sa partie honteuse, et, par ce moyen, cognoistre la
différence de son ouverture et dilatation avant et après le
congrez, et l’intromission y aura été faicte ou non. En
si

quelques procès les parties sont visitées nues, depuis le


sommet de la teste jusques à la plante des pieds, en toutes
parties de leur corps, etiam in podice, pour sçavoir s’ily a
rien sur elles qui puisse avancer ou empescher le congrez,
les parties honteuses de l'homme lavées à l’eau tiède (c’est

à sçavoir à quelle fin), et la femme mise en un demy bain,


où demeure quelque temps. Cela fait, l’homme et la
elle

femme se couchent en plein jour en un lict, et les rideaux


estant tirez, c’est à l’homme à se mettre en devoir de faire
preuve de sa puissance, habitant charnellement avec sa
partie et faisant intromission, où souvent adviennent des
altercations honteuses et ridicules, l’homme se plaignant

que sa partie ne le veut laisser faire et empesche l'intromis-


sion; elle le niant et disant qu'il y veut mettre le doigt et là

(1) Y. Tagereau. Discours de l'impuissance de l'homme et de la


femme ,
1612.
L’HERMAPHRODISME ET LA MÉDECINE LÉGALE 223

dilater et l’ouvrir par ce moyen : encore ne sçauroit-il,


quelque érection qu’il fasse, si sa partie veut l’empescher,
si on ne lui tenoit les mains et les genoux, ce qui ne se fait

pas. Enfin les parties ayant esté quelque temps au lict,

comme une heure ou deux, les experts appelez, ou de leur


propre mouvement quand ils s’ennuyent, — (! !) — en ayant
assez subject, si sint viri, s’approchent et, ouvrans les ri-

deaux, s’informent de qui s’est passé entre elles et visitent


la femme de rechef pour sçavoir si elle est plus ouverte et

dilatée que lorsqu’elle s’est mise au lict et si l’intromission


a esté faicte; aussi an facta sit emissio, ubi ,
quid et quale
emissum. Ce qui ne se fait pas sans bougies et lunettes à
gens qui s’en servent pour leur vieil âge, ny sans recherches
fort sales et odieuses. Et font leur procès-verbal de ce qui
est passé au congrez, ou (pour mieux dire) de ce qu'ils veu-
lent, qu’ils baillent aux juges estant au même logis, en une
salle ou chambre à part avec les procureurs et praticiens en
cour d 'Église, attendant la fin de cest acte. »
CHAPITRE XX

TRAITEMENT DE L’HERMAPHRODISME
\

Neuf fois sur dix ou ne peut rien pour remédier à l'her-


maphrodisme ;
aussi le traitement n'existe pour ainsi dire
pas.
Pourtant il est des cas, rares, il est vrai, où le chirurgien
peut, dans une certaine mesure, réformer les erreurs de la
nature.
11 peut arriver que le vagin existe dans sa partie profonde
et soit fermé à l’orifice par une cloison fibreuse. La section
de cette cloison peut faire une femme cohabitable d'un in-
dividu d'abord absolument impropre à l’acte sexuel.
De même certains hermaphrodites hypospades, munis
d'un rudiment de verge, sont souvent inaptes au coït parce
que cette verge se trouve déviée par une bride fibreuse
quand elle devient rigide. La section de cette bride fibreuse
suffitpour rendre à l'organe sa direction normale et per-
mettre ainsi l’intromission plus ou moins complète.
Tels sont, à peu près, les seuls cas ou le chirurgien puisse
intervenir raisonnablement. Car je considère comme con-
traires à la morale et à la science ces prétendues opérations
qui auraient pour but, en enlevant les clitoris péniformes de
certaines femmes, d’en faire des femelles plus parfaites et
plus aptes à l’amour.

15
TABLE DES MATIÈRES

Avant-propos

PREMIÈRE PARTIE

LES GYNÉCOMASTES

CHAPITRE PREMIER. — Historique 9

I. La gynécomastie selon Aristote et Galien, Albucasis, Buffon.

Première observation. — II. Travaux de Bédor, de Robelin,


Lacassagne, Lereboullet, etc. — III. La thèse d’OIphan.

CHAPITRE IL — Définition de la gynécomastie 13

I. Définition étymologique. — II. Différences entre le gynéco-


maste et l'hermaphrodite. — III. Analogie des organes génitaux
du fœtus mâle et du fœtus femelle. Loi du développement
excentrique.— IV. Différence entre efféminés et les les gyné-
comastes. — V. Définition d’Horteloup. — VI. Définition

d’OIphan. — VU. Définition de l'auteur.

CHAPITRE III. — L'évolution sexuelle et mammaire de la puberté. 17

I. Évolution normale. — II. Évolution chez le gynécomaste.


228 TABLE DES MATIERES
CHAPITRE IV. — Les causes de la gynécomastie

I. La gynécomastie chez les animaux. — IL Fréquence de la

gynécomastie. — 111. Influences ethniques. — IV. Influence du


lymphatisme et de la scrofule. — V. Influence de l’hérédité.

Gynécomastie héréditaire. Exemples. — VI. Influence de l'héré-


dité nerveuse. Exemples. — VIL Influence de l’alcoolisme chez
les ascendants. — VIII. Influence de la tuberculose héréditaire

ou acquise. — IX. Le rôle de l’obésité. — X. Conclusion.

CHAPITRE V. — Origines pathogéniques de la gynécomastie. . . 89

I. La mamelle et le testicule. Loi de balancement des deux


organes. Réfutation de la théorie d’OIphan. — IL La gynéco-
mastie accidentelle. — III. La gynécomastie chez les eunuques.
— IV. Effets de la castration chez la femme sur les mamelles. —
AL Les suites de l’ovariotomie à notre point de vue. — AT. Rela-
tions entre les organes génitaux et la voix. Analogies. — ATI. La
sécrétion lactée des nouveau-nés.

CHAPITRE VI. — La gynécomastie accidentelle 47

I. Gynécomastie par suite d’orchite ourlienne. Observations de


Lereboullet et Charvot. — 11. Gynécomastie par suite d’orchite
blennorrhagique. Observation d’OIphan. — III. Gynécomastie par
suite d’orchite traumatique. Observation de Lacassagne. —
TV. Gynécomastie par suile de castration. Observation de
Gaillet. — AL Gynécomastie par mutilation des organes géni-
taux. Observations de Alartin et Coffln. — AT. Marche inverse
des accidents. Hypertrophie traumatique de la mamelle et

ensuite atrophie des testicules. Observation de Thompson. —


ATI. Conclusion.

CHAPITRE VIL — La mammite de la puberté 55

I. Analogies pathogéniques entre la mammite de la puberté et la

gynécomastie. — II. La mamelle de l’enfant. Sa transformation


au moment de la puberté. — III. Fréquence de la mammite de

la puberté. — IV. Les symptômes. — V. Les causes. Rôle de la

masturbation. Opinion de Lacassagne. Opinion de Stumcke.


Exemples. — VL Conclusion. La mammite de la puberté est la
TABLE DES MATIÈRES 229

dernière lueur de vie que jette un organe qui va dispa-

raître.

CHAPITRE VIII. — Les fausses gynécomasties 61

I. Hypertrophie douloureuse de la mamelle chez l’homme.


Analogies et différences avec la gynécomastie. — II. Observa-

tions. — III. Mammite des phthisiques. — IV. Conclusion.

CHAPITRE IX. — Structure anatomique de la mamelle chez le gyné-


comaste 67


I

I. Structure de la mamelle chez l’homme normal. II. Examen


macroscopique de mamelles de gynécomastes. — III. Examen
microscopique.

CHAPITRE X. — Rôle physiologique des mamelles chez le gynéco-


MASTE 71

I. Le rôle de la mamelle chez l'homme. La mamelle du gynéco-


maste sécrète-t-elle du lait? Nature du liquide sécrété. —
II. Érectilité du mamelon chez le gynécomaste. — III. Le sein
du gynécomaste, arrivé à un certain âge, subit-il une régression
comme chez la femme?

CHAPITRE XI. — Morphologie des gynécomastes 75

î. Volume des mamelles chez les gynécomastes. — II. Forme et


f

aspect des mamelles. Etat de la peau environnante. Mamelon


et aréole. Observations. — III. Gynécomastie unilatérale.
Exemples. — IV. Polymastie. Exemples. — V. Organes génitaux
des gynécomastes. — VI. Voix des gynécomastes. Système
pileux. Dentition. Observation de Jagot. — VIL Formes effé-

minées des gynécomastes.

CHAPITRE XII. — Aptitudes génitales des gynécomastes. ... 93

I. Généralement les gynécomastes ne sont pas impuissants.


Observation de Robelin. — II. Sont-ils féconds? — III. La pédé-
rastie chez les eunuques et les gynécomastes.

CHAPITRE XIII, L’ame des gynécomastes 99


230 TABLE DES MATIÈRES
1. Théorie de la dégénérescence. — II. Les stigmates de dégéné
rescence physique chez les gynécomastes. — III. Les gynéco-
mastes sont des débiles. Observation de Bédor. — IV. L'intel-
ligence des eunuques. — Y. La lypémanie et le suicide chez les

gynécomastes accidentels.

CHAPITRE XIV. Les gynécomastes dans la société 109

I. Les gynécomastes sont-ils aptes au mariage? — II. Peuvent-ils


être soldats?

CHAPITRE XV. — Traitement de la gynécomastie 111

I. Procédés anciens. — - IL De l’usage du corset chez les gynêco-


mastes.

SECONDE PARTIE

LES HERMAPHRODITES

CHAPITRE PREMIER. — Historique 113

I. L’hermaphrodisme d’après la Genèse et d’après la mythologie.


Les changements de sexe. — II. La naissance des hermaphro-
dites et les prodiges chez les anciens. Tite-Live et Cicéron.
Aristote. — III. L’hermaphrodisme et la pédérastie dans l’anti-
quité. Les tribades. — IV. Les hermaphrodites devant la juris-

prudence romaine. — V. Les hermaphrodites au moyen âge.


Cruauté de la religion à leur égard. Les hermaphrodites et le

mariage au moyen âge; Ambroise Paré et Zacchias. Procès


célèbres. Les recherches modernes sur l'hermaphrodisme et

leurs auteurs.

CHAPITRE II. — Définition 123

Étymologie. Définition de l’Académie. Définition de Zacchias. Défi-


nition de 1. Geoffroy-Saint-IIilaire.

CHAPITRE III. Les causes de l’hermaphrodisme 125


TABLE DES MATIERES 231

]. Rôle de l’hérédité. — II. Rôle de l’alimentation maternelle.

Les disettes et l’hermaphrodisme.

CHAPITRE IV. — L’hermaphrodisme dans le règne végétal . . . 120

I. La multiplication asexuée. — II. La reproduction sexuée. Les


végétaux dioïques. — III. Les végétaux monoïques et herma-
phrodites. L’autofécondation des phanérogames.

CHAPITRE V. — L’hermaphrodisme chez les êtres inférieurs. . . 133

I. L’hermaphrodisme dans la série animale. La reproduction


asexuée des protozoaires. Les animaux monoïques. Cœlentérés
et cestoïdes. Les trématodes. — II. Les hirudinés et les gasté-

ropodes. La copulation et la fécondation chez l’escargot.

CHAPITRE VI. — La différenciation des sexes 133

I. Accouplements imparfaits. Les crustacés. Arachnides et myria-


podes. — II. La vie amoureuse des insectes. Cantharides et

papillons, — III. La vie amoureuse des poissons et des batra-


ciens. L’accouplement chez les grenouilles. — IV. La vie amou-
reuse chez les reptiles et les oiseaux. — V. Différenciation plus
parfaite des organes sexuels. L’accouplement’ des mammifères.
— VI. Différenciation complète des sexes dans le gémis homo.

Accouplement parfait.

CHAPITRE VIL — La période présexuelle de la vie fœtale. . . 139

I. Analogie sexuelle des fœtus masculins et féminins dans les

premiers mois de la vie fœtale. — II. Evolution fœtale des


sexes.
«

CHAPITRE VIII. — Pathogénie de l’hermaphrodisme 141

I. Quelques mots d’embryogénie. Evolution des corps de Wolff


et des conduits de Müller. — II. Evolution du dimorphisme
sexuel et ses déviations.

CHAPITRE IX. — Classification des hermaphrodites 145

I. Classification d’Ambroise Paré et Pierquin. — IL Classifica-


tion d I. Geoffroy-Saint-Ililaire. — III. Classification de Klebs.
232 TABLE DES MATIÈRES
CHAPITRE X. — L’hermaphrodisme vrai 149

I. Classification des hermaphrodites vrais. — II. L’hermaphrodisme


vrai chez l’homme et les animaux. — 111. Hermaphrodisme vrai
bilatéral. — IV. Hermaphrodisme vrai unilatéral. — V. Herma-
phrodisme alterne. — VL Hermaphrodisme neutre.

CHAPITRE XI. — Le PSEUDO-HERMAPHRODISME INTERNE 135

I. Pseudo-hermaphrodisme interne masculin. — 11. Pseudo-her-


maphrodisme interne féminin.

CHAPITRE XII. — Le PSEUDO-HERMAPHRODISME EXTERNE 159

I. Pseudo-hermaphrodisme externe masculin. — IL Pseudo-herma-


phrodisme externe féminin. — III. Cas rare et étrange d’her-
maphrodisme.

CHAPITRE XIII. — Morphologie des hermaphrodites 169

I. Structure générale. — II. Féminisation. — III. Viragos. —


IV. Système pileux. — V. Attitudes et démarche.

CHAPITRE XIV. — L’hermaphrodisme artificiel 175

I. Infantilisme et effémination. — II. Hermaphrodisme extérieur


des jeunes pédérastes. Un « petit jésus ». Histoire d’Henri le

Blondin. — III. Hermaphrodisme artificiel des uranistes. —


IV. Hermaphrodisme artificiel des tribades.

CHAPITRE XV. — Sexualité des hermaphrodites 193

I. Naissance et développement de l’instinct génésique. — IL La


puberté chez l’hermaphrodite. Premiers sentiments et premières
sensations d'Alexina. — III. Indifférence sexuelle des herma-
phrodites. — IV. Rôle de l’éducation sur l’orientation de l’instinct

sexuel chez les hermaphrodites. — V. Salacité des hermaphro-


dites. — VI. Fécondité des hermaphrodites. — VII. Hermaphro-
disme, pédérastie et tribadisme.

CHAPITRE XVI. — L'hermaphrodisme psychique 211

L’hermaphrodisme psycho-sexuel de Krafft-Ebing. Confession d’un


pédéraste à Alb. Moll. La maladie des Scythes.
TABLE DES MAT IEB ES 233

CHAPITRE XVII. — Psychologie des hermaphrodites 213

I. Valeur intellectuelle. II. — Valeur morale.

CHAPITRE XVIII. — Les hermaphrodites dans la société .... 217

I. Erreurs de sexe à la naissance de l'hermaphrodite. Consé-


quences. Proposition de Ch. Debierre. — II. L’hermaphrodite et

le service militaire. L’hermaphrodite électeur. — III. L'herma-


phrodite et le mariage. Insuffisance des lois. Proposition de
Ch. Debierre.

CHAPITRE XIX. — L’hermaphrodite et la médecine légale ... 221

Comment le médecin légiste doit faire son examen. La question


de l’impuissance. L’ancienne épreuve du Congrès.

CHAPITRE XX. — Traitement de l’hermaphrodisme 223

Cas où il est moralement et scientifiquement permis d’inter-

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