Apostolat des laïcs dans l'Église
Apostolat des laïcs dans l'Église
APOSTOLICAM ACTUOSITATEM
1 Le saint Concile, dans sa volonté de rendre plus intense l'activité apostolique du peuple de
Dieu (1), se tourne avec une grande attention vers les chrétiens laïcs, dont il a déjà rappelé en
d'autres documents le rôle propre et absolument nécessaire dans la mission de l'Eglise (2).
L'apostolat des laïcs, en effet, ne peut jamais manquer à l'Eglise, car il est une conséquence
de leur vocation chrétienne. L'Ecriture elle-même montre parfaitement (cf. Ac 11,19-21 18,26
Rm 16,1-16 Ph 4,3) combien cette activité se manifesta spontanément aux premiers jours de
l'Eglise et combien elle fut féconde.
Notre temps n'exige pas un moindre zèle de la part des laïcs ; les circonstances actuelles
réclament d'eux au contraire un apostolat toujours plus intense et plus étendu. En effet
l'augmentation constante de la population, le progrès des sciences et des techniques, la
solidarité étroite entre les hommes ont non seulement élargi à l'infini le champ de l'apostolat
des laïcs, en grande partie ouvert à eux seuls, mais ils ont fait surgir de nouveaux problèmes,
qui réclament de leur part une vigilance et une recherche toutes particulières. Cet apostolat
devient d'autant plus urgent que s'est affirmée, comme c'est normal, l'autonomie de nombreux
secteurs de la vie humaine, entraînant parfois un certain délaissement de l'ordre moral et
religieux, au grand péril de la vie chrétienne. Il faut ajouter qu'en de nombreuses régions les
prêtres sont très peu nombreux ou parfois privés de la liberté indispensable à leur ministère,
de sorte que, sans le travail des laïcs, l'Eglise et son action ne pourraient que difficilement
être présentes.
Le signe de cette urgente nécessité aux multiples aspects est l'action manifeste du Saint-Esprit
qui rend aujourd'hui les laïcs de plus en plus conscients de leur propre responsabilité et les
invite partout à servir le Christ et l'Eglise (3).
Dans ce décret le Concile se propose d'éclairer la nature de l'apostolat des laïcs, son
caractères et sa variété, d'en énoncer les principes fondamentaux et de donner des directives
pastorales pour qu'il s'exerce plus efficacement. La révision du droit canon concernant
l'apostolat des laïcs devra prendre pour règle tout ce qui est contenu dans ce décret.
(1) cf. Jean XXIII, const. apost. Humanae Salutis, 25/12/61: AAS 54 (1962), pp.7-10
(2) cf. Conc.Vat.II, Const. dogm. de Ecclesia, LG 33 ss. cf. etiam Const. de Sacra liturgia, SC
26-40. Decr. de instrumentis commun. socialis. Decr. de Oecumenismo. Decr. de pastorali
Episcop. munere in Ecclesia, CD 16 17 18. Declar. de educat. christ. GE 3 5 7.
(3) cf. Pie XII, alloc. aux Cardin. 18/02/46: AAS 38 (1946) pp.101-102. Idem, sermon aux
jeunes operarios catholi. 25/08:57: AAS 49 (1957), p. 843.
CHAPITRE PREMIER
VOCATIONS DES LAICS A L'APOSTOLAT
2 L'Eglise est faite pour étendre le règne du Christ à toute la terre, pour la gloire de Dieu le
Père ; elle fait ainsi participer tous les hommes à la rédemption et au salut (1) ; par eux elle
ordonne en vérité le monde entier au Christ. On appelle apostolat toute activité du Corps
mystique qui tend vers ce but: l'Eglise l'exerce par tous ses membres, toutefois de diverses
manières. En effet, la vocation chrétienne est aussi par nature vocation à l'apostolat. Dans
l'organisme d'un corps vivant aucun membre ne se comporte de manière purement passive,
mais participe à la vie et à l'activité générale du corps, ainsi dans le Corps du Christ qui est
l'Eglise, "tout le corps opère sa croissance selon le rôle de chaque partie" (Ep 4,16). Bien
plus, les membres de ce corps sont tellement unis et solidaires (cf. Ep 4,16) qu'un membre qui
ne travaille pas selon ses possibilités à la croissance du corps doit être réputé inutile à l'Eglise
et à lui-même.
Il y a dans l'Eglise diversité de ministères, mais unité de mission. Le Christ a confié aux
apôtres et à leurs successeurs la charge d'enseigner, de sanctifier et de gouverner en son nom
et par son pouvoir. Mais les laïcs rendus participants de la charge sacerdotale, prophétique et
royale du Christ assument, dans l'Eglise et dans le monde, leur part dans ce qui est la mission
du peuple de Dieu tout entier (2). Ils exercent concrètement leur apostolat en se dépensant à
l'évangélisation et à la sanctification des hommes ; il en est de même quand ils s'efforcent de
pénétrer l'ordre temporel d'esprit évangélique et travaillent à son progrès de telle manière
que, en ce domaine, leur action rende clairement témoignage au Christ et serve au salut des
hommes. Le propre de l'état des laïcs étant de mener leur vie au milieu du du monde et des
affaires profanes, ils sont appelés par Dieu à exercer leur apostolat dans le monde à la
manière d'un ferment, grâce à la vigueur de leur esprit chrétien.
(1) cf. Pie XI, encyc. Rerum Ecclesiae: AAS 18 (1926), p.65.
(2) cf. Conc. Vat.II, const. dogm. de Ecclesia, LG 31.
3 Les laïcs tiennent de leur union même avec le Christ Chef le devoir et le droit d'être
apôtres. Insérés qu'ils sont par le baptême dans le Corps mystique du Christ, fortifiés grâce à
la confirmation par la puissance du Saint-Esprit, c'est le Seigneur lui-même qui les députe à
l'apostolat. S'ils sont consacrés sacerdoce royal et nation sainte (cf. 1P 2,4-10), c'est pour
faire de toutes leurs actions des offrandes spirituelles, et pour rendre témoignage au Christ sur
toute la terre. Les sacrements et surtout la sainte Eucharistie leur communiquent et
nourrissent en eux cette charité qui est comme l'âme de tout apostolat (3).
L'apostolat se vit dans la foi, l'espérance et la charité que le Saint-Esprit répand dans les
coeurs de tous les membres de l'Eglise. Bien plus, le précepte de la charité, qui est le plus
grand commandement du Seigneur, presse tous les chrétiens de travailler à la gloire de Dieu
par la venue de son règne et à la communication de la vie éternelle à tous les hommes: "Qu'ils
connaissent le seul vrai Dieu et celui qu'il a envoyé, Jésus-Christ" (cf. Jn 17,3).
A tous les chrétiens donc incombe la très belle tâche de travailler sans cesse pour faire
connaître et accepter le message divin du salut par tous les hommes sur toute la terre.
Pour l'exercice de cet apostolat, le Saint-Esprit qui sanctifie le peuple de Dieu par les
sacrements et le ministère accorde en outre aux fidèles des dons particuliers (cf. 1Co 12,7),
les "répartissant à chacun comme il l'entend" (cf. 1Co 12,11) pour que tous et "chacun selon
la grâce reçue se mettant au service des autres" soient eux-mêmes "comme de bons intendants
de la grâce multiforme de Dieu" (1P 4,10), en vue de l'édification du Corps tout entier dans la
charité (cf. Ep 4,16). De la réception de ces charismes, même les plus simples, résulte pour
chacun des croyants le droit et le devoir d'exercer ces dons dans l'Eglise et dans le monde,
pour le bien des hommes et l'édification de l'Eglise, dans la liberté du Saint-Esprit qui
"souffle où il veut" (Jn 3,8), de même qu'en communion avec ses frères dans le Christ et très
particulièrement avec ses pasteurs. C'est à eux qu'il appartient de porter un jugement sur
l'authenticité et le bon usage de ces dons, non pas pour éteindre l'Esprit, mais pour éprouver
tout et retenir ce qui est bon (cf. 1Th 5,12 5,19 5,21) (4).
(3) cf. Conc. Vat.II, Const. dogm.de Ecclesia, LG 33, cf. etiam LG 10.
(4) cf. ibid, LG 8 12.
4 Le Christ envoyé par le Père étant la source et l'origine de tout l'apostolat de l'Eglise, il est
évident que la fécondité de l'apostolat des laïcs dépend de leur union vitale avec le Christ,
selon cette parole du Seigneur: "Celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-là porte
beaucoup de fruits. Car sans moi vous ne pouvez rien faire" (Jn 15,5). Cette vie d'intime
union avec le Christ dans l'Eglise est alimentée par des nourritures spirituelles communes à
tous les fidèles, en particulier par la participation active à la sainte liturgie (5). Les laïcs
doivent les employer de telle sorte que, remplissant parfaitement les obligations du monde
dans les conditions ordinaires de l'existence, ils ne séparent pas l'union du Christ et leur vie,
mais grandissent dans cette union en accomplissant leurs travaux selon la volonté de Dieu.
De cette manière les laïcs progresseront en sainteté avec ardeur et joie, s'efforçant de
surmonter les difficultés inévitables avec prudence et patience (6). Ni le soin de leur famille
ni les affaires temporelles ne doivent être étrangers à leur spiritualité, selon ce mot de
l'Apôtre: "Tout ce que vous faites, en paroles ou en oeuvres, faites-le au nom du Seigneur
Jésus-Christ, rendant grâces par lui à Dieu le Père" (Col 3,17).
Dans le pèlerinage qu'est cette vie, cachés en Dieu avec le Christ, délivrés de la servitude des
richesses, à la recherche des biens qui demeurent éternellement, ils mettent généreusement en
oeuvre toutes leurs forces pour étendre le règne de Dieu, animer et parfaire les réalités
temporelles selon l'esprit chrétien. Dans les difficultés de l'existence, ils puisent le courage
dans l'espérance, estimant que "les souffrances de cette vie ne sont proportionnées à la gloire
future qui doit se révéler en nous" (Rm 8,18).
Poussés par la charité qui vient de Dieu, ils pratiquent le bien à l'égard de tous, surtout de
leurs frères dans la foi (cf. Ga 6,10), rejetant "toute malice, toute fraude, hypocrisie, envie,
toute médisance" (1P 2,1), entraînant ainsi les hommes vers le Christ. Or, la charité divine,
qui "est répandue dans les coeurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné" (Rm 5,5), rend les
laïcs capables d'exprimer concrètement dans leur vie l'esprit des Béatitudes. Suivant Jésus
pauvre, ils ne connaissent ni dépression dans la privation, ni orgueil dans l'abondance ; imita,t
le Christ humble, ils ne deviennent pas avides d'une vaine gloire (cf. Ga 5,26), mais ils
s'efforcent de plaire à Dieu plutôt qu'aux hommes, toujours prêts à tout abandonner pour le
Christ (cf. Lc 14,26) et à souffrir persécution pour la justice (cf. Mt 5,10) se souvenant de la
parole du Seigneur: "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se
charge de sa croix et qu'il me suive" (Mt 16,24). Entretenant entre eux une amitié chrétienne,
ils se prêtent un mutuel appui en toutes nécessités.
Cette spiritualité des laïcs doit revêtir des caractéristiques particulières suivant les conditions
de vie de chacun: vie conjugale et familiale, célibat et veuvage, état de maladie, activité
professionnelle et sociale. Chacun doit donc développer sans cesse les qualités et les dons
reçus et en particulier ceux qui sont adaptés à ses conditions de vie et se servir des dons
personnels de l'Esprit-Saint.
Enfin les laïcs qui selon leur vocation particulière se sont agrégés à des associations ou
instituts approuvés par l'Eglise doivent s'efforcer de toujours mieux réaliser les caractères de
la spiritualité qui leur est propre.
La Bienheureuse Vierge Marie, Reine des Apôtres, est l'exemple parfait de cette vie
semblable à celle de tous, remplie par les soins et les labeurs familiaux, Marie demeurait
toujours intimement unie à son Fils et coopérait à l'oeuvre du Sauveur à un titre absolument
unique. Aujourd'hui où elle est au ciel, "son amour maternel la rend attentive aux frères de
son Fils dont le pèlerinage n'est pas achevé, et qui se trouvent engagés dans les peines et les
épreuves jusqu'à ce qu'ils parviennent à la patrie bienheureuse" (7). Tous doivent avoir envers
elle une vraie dévotion et confier leur vie et leur apostolat à sa sollicitude maternelle.
Introduction
6 La mission de l'Eglise concerne le salut des hommes, qui s'obtient par la foi au Christ et
par sa grâce. Par son apostolat l'Eglise et tous ses membres doivent donc d'abord annoncer au
monde le message du Christ par leurs paroles et leurs actes et lui communiquer sa grâce. Cela
s'accomplit principalement par le ministère de la parole et des sacrements. Confié
spécialement au clergé, il comporte pour des laïcs un rôle propre de grande importance, qui
fait d'eux les "coopérateurs de la vérité" (3Jn 8). Dans ce domaine surtout l'apostolat des laïcs
et le ministère pastoral se complètent mutuellement.
Cet apostolat cependant ne consiste pas dans le seul témoignage de la vie ; le véritable apôtre
cherche les occasions d'annoncer le Christ par la parole, soit aux incroyants pour les aider à
cheminer vers la foi, soit aux fidèles pour les instruire, les fortifier, les inciter à une vie plus
fervente, "car la charité du Christ nous presse" (2Co 5,14). C'est dans les coeurs de tous que
doivent résonner ces paroles de l'Apôtre: "Malheur à moi si je n'évangélise pas" (1Co 9,16)
(1).
A une époque où se posent des questions nouvelles et où se répandent de très graves erreurs
tendant à ruiner radicalement la religion, l'ordre moral et la société humaine elle-même, le
Concile exhorte instamment les laïcs, chacun suivant ses talents et sa formation doctrinale, à
prendre une part plus active selon l'esprit de l'Eglise, dans l'approfondissement et la défense
des principes chrétiens comme dans leur application adaptée aux problèmes de notre temps.
(1) cf. Pie XI, Ubi arcano, 23/2/22: AAS 14 (1922), p.659. Pie XII, encycl. Summi Pontific.
20/10/39:AAS 31 (1939), pp.42-443.
7 Tel est le dessein de Dieu sur le monde: que les hommes, d'un commun accord,
construisent l'ordre des réalités temporelles et le rendent sans cesse plus parfait.
Tout ce qui compose l'ordre temporel: les biens de la vie et de la famille, la culture, les
réalités économiques, les métiers et les professions, les institutions de la communauté
politique, les relations internationales et les autres réalités du même genre, leur évolution et
leur progrès, n'ont pas seulement valeur de moyen par rapport à la fin dernière de l'homme.
Ils possèdent une valeur propre, mise en eux par Dieu lui-même, soit qu'on regarde chacun
d'entre eux, soit qu'on les considère comme parties de l'ensemble de l'univers temporel: "Et
Dieu vit tout ce qu'il avait fait et c'était très bon" (Gn 1,31). Cette bonté naturelle qui est leur
reçoit une dignité particulière en raison de leur relation avec la personne humaine au service
de laquelle ils ont été créés. Enfin il a plu à Dieu de rassembler toutes les réalités, aussi bien
naturelles que surnaturelles, en un seul tout dans le Christ "pour que celui-ci ait la primauté
en tout" (Col 1,18). Cette destination, loin de priver l'ordre naturel de son autonomie, de ses
fins, de ses lois propres, de ses moyens, de son importance pour le bien des hommes, rend au
contraire plus parfaites sa force et sa valeur propre ; elle le hausse en même temps au niveau
de la vocation intégrale de l'homme ici-bas.
Au cours de l'histoire, l'usage des choses temporelles a été souillé par de graves aberrations.
Atteints par la faute originelle, les hommes sont tombés souvent en de nombreuses erreurs sur
le vrai Dieu, la nature humaine et les principes de la loi morale: alors les moeurs et les
institutions humaines s'en sont trouvées corrompues, la personne humaine elle-même bien
souvent méprisée. De nos jours encore certains, se fiant plus que de raison aux progrès de la
science et de la technique, sont enclins à une sorte d'idolâtrie des choses temporelles: ils en
deviennent les esclaves plutôt que les maîtres.
C'est le travail de toute l'Eglise de rendre les hommes capables de bien construire l'ordre
temporel et de l'orienter vers Dieu par le Christ. Il revient aux pasteurs d'énoncer clairement
les principes concernant la fin de la création et l'usage du monde et d'apporter une aide
morale et spirituelle pour que les réalités temporelles soient renouvelées dans le Christ.
Les laïcs doivent assumer comme leur tâche propre le renouvellement de l'ordre temporel.
Eclairés par la lumière de l'Evangile, conduits par l'esprit de l'Eglise, entraînés par la charité
chrétienne, ils doivent en ce domaine agir par eux-mêmes d'une manière bien déterminée.
Membres de la cité, ils ont à coopérer avec les autres citoyens suivant leur compétence
particulière en assumant leur propre responsabilité et à chercher partout et en tout la justice
du Royaume de Dieu. L'ordre temporel est à renouveler de telle manière que, dans le respect
de ses lois propres et en conformité avec elles, il devienne plus conforme aux principes
supérieurs de la vie chrétienne et soit adapté aux conditions diverses des lieux, des temps et
des peuples. Parmi les tâches de cet apostolat l'action sociale chrétienne a un rôle éminent à
jouer. Le Concile désire le voir s'étendre aujourd'hui à tout le secteur temporel sans oublier le
plan culturel (2).
(2) cf. Léon XIII, encycl. Rerum novarum: AAS 23 (1890-91), p.647. Pie XI, encyc.
Quadragesimo Anno: AAS 23 (1931), p.190. Pie XII, nuntius radioph.1/06/41: AAS 33
(1941), p.207.
8 Tout apostolat trouve dans la charité son origine et sa force, mais certaines oeuvres sont
par nature aptes à devenir une expression particulièrement parlante de cette charité: le Christ
a voulu qu'elles soient le signe de sa mission messianique (cf. Mt 11,4-5).
Le plus grand commandement de la loi est d'aimer Dieu de tout son coeur et le prochain
comme soi-même (Mt 22,37-40). De cette loi de l'amour du prochain, le Christ a fait son
commandement personnel. Il l'a enrichi d'un sens nouveau quand il voulut, s'identifiant à ses
frères, être l'objet de cette charité disant: "Dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus
petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait" (Mt 25,40). En assumant la nature
humaine c'est toute l'humanité qu'il s'est unie par une solidarité surnaturelle qui en fait une
seule famille: "A ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples: à cet amour que vous aurez
les uns pour les autres" (Jn 13,35).
En ses débuts, la sainte Eglise en joignant "l'agapé" à la Cène eucharistique la manifestait tout
entière réunie autour du Christ par le lien de la charité, ainsi en tout temps elle se fait
reconnaître à ce signe d'amour ; tout en se réjouissant des initiatives d'autrui, elle tient aux
oeuvres charitables comme à une partie de sa mission propre et comme à un droit inaliénable.
C'est pourquoi la miséricorde envers les pauvres et les faibles, les oeuvres dites de charité et
de secours mutuel pour le soulagement de toutes les souffrances humaines sont
particulièrement en honneur dans l'Eglise (3).
Aujourd'hui ces activités et ces oeuvres de charité sont beaucoup plus pressantes et doivent
davantage prendre les dimensions de l'univers, car les moyens de communications sont plus
aisés et plus rapides, la distance entre les hommes est pour ainsi dire vaincue, les habitants du
monde entier deviennent comme les membres d'une seule famille. L'action de la charité peut
et doit atteindre aujourd'hui tous les hommes et toutes les détresses. Partout où se trouvent
ceux qui souffrent du manque de nourriture et de boisson, de vêtements, de logement, de
remèdes, de travail, d'instruction, des moyens de mener une vie vraiment humaine, ceux qui
sont tourmentés par les épreuves ou la maladie, ceux qui subissent l'exil ou la prison, la
charité chrétienne doit les chercher et les découvrir, les réconforter avec un soin empressé, et
les soulager par une aide adaptée. Cette obligation s'impose en tout premier lieu aux hommes
et aux peuples qui sont les mieux pourvus (4).
Pour que cet exercice de la charité soit toujours au-dessus de toute critique et apparaisse
comme tel, il faut voir dans le prochain l'image de Dieu selon laquelle il a été créé et le Christ
notre Seigneur à qui est offert en réalité tout ce qui est donné au pauvre. La liberté et la
dignité de la personne secourue doivent être respectées avec la plus grande délicatesse. La
pureté d'intention ne doit être entachée d'aucune recherche d'intérêt propre ni d'aucun désir de
domination (5). Il faut satisfaire d'abord aux exigences de la justice de peut que l'on n'offre
comme don de la charité ce qui est déjà dû en justice. Que disparaissent la cause des maux et
pas seulement leurs effets et que l'aide apportée s'organise de telle sorte que les bénéficiaires
se libèrent peu à peu de leur dépendance à l'égard d'autrui et deviennent capables de se
suffire.
Les laïcs doivent donc estimer profondément et aider, selon leur pouvoir, les oeuvres de
charité et les initiatives concernant l'assistance sociale, qu'elles soient privées ou publiques,
sans oublier les initiatives internationales ; par elles on apporte un secours efficace aux
personnes et aux peuples qui souffrent. Qu'en cela ils collaborent avec tous les hommes de
bonne volonté (6).
(3) cf. Jean XXIII, encyc. Mater et Magistra: AAS 53 (1961), p. MM 402.
(4) cf. Ibid. pp. MM 440-441.
(5) cf. Ibid. pp. MM 442-443.
(6) cf. Pie XII, alloc. à "Pax Romana M.I.I.C." 25/04/57: AAS 49 (1957)pp.298-299 ; et
praesertim Jean XXIII, Ad Conventum Consilii "F.A.O."10/11/59: AAS 51 (1951), pp. 856,
866.
CHAPITRE III
Introduction
9 Les laïcs exercent leur apostolat multiforme tant dans l'Eglise que dans le monde. Dans
l'un et l'autre cas leur sont ouverts divers champs d'action apostolique. Nous nous proposons
de rappeler ici les principaux d'entre eux: les communautés ecclésiales, la famille, les jeunes,
les milieux sociaux, les secteurs nationaux et internationaux. Comme de nos ours les femmes
ont une part de plus en plus active dans toute la vie de la société, il est très important que
grandisse aussi leur participation dans les divers secteurs de l'apostolat de l'Eglise.
10 Participant à la fonction du Christ Prêtre, Prophète et Roi, les laïcs ont leur part active
dans la vie et l'action de l'Eglise. Dans les communautés ecclésiales, leur action est si
nécessaire que sans elle l'apostolat des pasteurs ne peut, la plupart du temps, obtenir son plein
effet. A l'image des hommes et des femmes qui aidaient Paul dans l'annonce de l'Evangile (cf.
Ac 18,18-26 Rm 16,3), les laïcs qui ont vraiment l'esprit apostolique viennent, en effet, en
aide à leurs frères, et réconfortent aussi bien les pasteurs que les autres membres du peuple
fidèle (cf. 1Co 16,17-18). Nourris par leur participation active à la vie liturgique de leur
communauté, ils s'emploient avec zèle à ses oeuvres apostoliques ; ils acheminent vers
l'Eglise des hommes qui en étaient peut-être fort éloignés ; ils collaborent avec ardeur à la
diffusion de la parole de Dieu, particulièrement par les catéchismes ; en apportant leur
compétence ils rendent plus efficace le ministère auprès des âmes de même que
l'administration des biens de l'Eglise.
Les laïcs développeront sans cesse le sens du diocèse, dont la paroisse est comme une
cellule ; ils seront toujours prompts à l'invitation de leur pasteur à participer aux initiatives du
diocèse. De plus, pour répondre aux nécessités des villes et des régions rurales (3), ils ne
borneront pas leur coopération aux limites de la paroisse ou du diocèse, mais ils s'efforceront
de l'élargir au plan interparoissial, interdiocésain, national et international: d'autant plus que
l'accroissement constant des migrations de population, la multiplication des liens mutuels, la
facilité des communications ne permettent plus à une partie de la société de demeurer repliée
sur elle-même. Les laïcs se préoccupent donc des exigences du peuple de Dieu répandu sur
toute la terre. Ils feront leurs en particulier les oeuvres missionnaires en leur apportant une
aide matérielle, voire même en concours personnel: c'est pour les chrétiens un devoir et un
honneur que de restituer à Dieu une partie des biens qu'ils reçoivent de lui.
(1) cf. Pie X, lettre apost. Creationis duarum novarum paroeciarum,1/06/05: AAS 38 (1905),
pp.65-67. Pie XII, alloc. aux fidèles paroisse St Saba 11/01/53: Discours radio du Pie XII 14
(1925-1953), pp. 449-454. Jean XXIII, alloc. aux clergé et fidèles du diocèse suburbicaria
Albanensi, ad Arcem Gandulfi habita, 26/08/62: AAS 54 (1962), pp. 565-660.
(2) cf. Léon XIII, alloc. du 28/01/94, Acte 14 (1894), pp. 424-425.
(3) cf. Pie XII, alloc. 6/012/51, Discours et Radiomes. de Pie XII (1950-1951), pp. 437-443 ;
8 /03/52: ibid, 14 (1952-1953), pp.5-10 ; 27/03/53: ibid 15 (1953-1954), pp. 27-35 ; 28/02/54:
ibid pp.585-590.
La famille
Les époux chrétiens sont l'un pour l'autre, pour leurs enfants et les autres membres de leur
famille, les coopérateurs de la grâce et les témoins de la foi. Ils sont les premiers à
transmettre la foi à leurs enfants et à en être auprès d'eux les éducateurs. Ils les forment par la
parole et l'exemple à une vie chrétienne et apostolique ; ils les aident avec sagesse dans le
choix de leur vocation et favorisent de leur mieux une vocation sacrée s'ils le découvrent en
eux.
Ce fut toujours le devoir des époux, mais c'est aujourd'hui l'aspect le plus important de leur
apostolat, de manifester et de prouver par toute leur vie l'indissolubilité et la sainteté du lien
matrimonial ; d'affirmer avec vigueur le droit et le devoir assignés aux parents et aux tuteurs
d'élever chrétiennement leurs enfants ; de défendre la dignité et l'autonomie de la famille. Ils
doivent donc collaborer, eux et tous les fidèles, avec les hommes de bonne volonté, pour que
ces droits soient parfaitement sauvegardés dans la législation civile ; pour qu'il soit tenu
compte, dans le gouvernement du pays, des exigences des familles concernant l'habitation,
l'éducation des enfants, les conditions de travail, la sécurité sociale et les impôts et que dans
les migrations la vie commune de la famille soit parfaitement respectée (4).
Cette mission d'être la cellule première et vitale de la société, la famille elle-même l'a reçue
de Dieu. Elle la remplira si par la piété de ses membres et la prière faite à Dieu en commun
elle se présenté comme un sanctuaire de l'Eglise à la maison ; si toute la famille s'insère dans
le culte liturgique de l'Eglise ; si enfin elle pratique une hospitalité active et devient
promotrice de la justice et de bons services à l'égard de tous les frères qui sont dans le
besoin. Parmi les diverses oeuvres d'apostolat familial, citons en particulier: adopter des
enfants abandonnés, accueillir aimablement les étrangers, aider à la bonne marche des écoles,
conseiller et aider les adolescents, aider les fiancés à se mieux préparer au mariage, donner
son concours au catéchisme, soutenir époux et familles dans leurs difficultés matérielles ou
morales, procurer aux vieillards non seulement l'indispensable mais les justes fruits du
progrès économique.
Toujours et partout mais spécialement dans les régions où commencent à se répandre les
premières semences de l'Evangile, dans celles où l'Eglise en est à ses débuts, dans celles aussi
où elle se heurte à de graves obstacles, les familles rendent au Christ un très précieux
témoignage face au monde en s'attachant par toute leur vie à l'Eglise et en présentant
l'exemple d'un foyer chrétien (5).
Afin d'atteindre plus facilement les buts de leur apostolat il peut être opportun pour les
familles de se constituer en associations (6).
(4)Cco 1. Pie XII, nunius radioph. 1/01/41: AAS 33 (194), p.203. Idem, Delegatis ad
Conventum unionis intern. sodalitatum ad lura familiae tuenda, 20/09/49: AAS 41 (1949),
p.552. Idem, Ad oatresfamilias et Gallia Romam peregrin. 18/089/51: AAS 43 (1951), p.731.
Idem , nuntius radiop. Noël 1952: AAS 45 (19545), p.41. Jean XXIII Mater et Magistra
15/05/61: AAS 53 (1961), pp. 429, 439.
(5) cf. Pie XII, encyc. Evangelii Praecones, 2/06/51: AAS 43 (1951), p. 514.
(6) cf. Pie XII, Delegatis ad Conventum Unionis internt. sodalit. ad iura familiae tuenda,
20/09/49: AAS 41 (1949), p.552.
Les jeunes
12 Les jeunes représentent dans la société moderne une force de grande importance (7). Les
circonstances de leur vie, leurs habitudes d'esprit, les rapports avec leurs propres familles se
sont complètement transformés. Ils accèdent souvent très rapidement à une nouvelle
condition sociale et économique. Alors que grandit de jour en jour leur importance sociale et
même politique, ils apparaissent assez peu préparés à porter convenablement le poids de ces
charges nouvelles.
Cet accroissement de leur importance sociale exige d'eux une plus grande activité
apostolique, et leur caractère naturel les y dispose. Lorsque mûrit la conscience de leur propre
personnalité, poussés par leur ardeur naturelle et leur activité débordante, ils prennent leurs
propres responsabilités et désirent être parties prenantes dans la vie sociale et culturelle ; si
cet élan est pénétré de l'esprit du Christ, animé par le sens de l'obéissance et l'amour envers
l'Eglise, on peut en espérer des fruits très riches. Les jeunes doivent devenir les premiers
apôtres des jeunes, en contact direct avec eux, exerçant l'apostolat par eux-mêmes et entre
eux, compte tenu du milieu social où ils vivent (8).
Les adultes auront soin d'engager avec les jeunes des dialogues amicaux qui permettent aux
uns et aux autres, en dépassant la différence d'âge, de se connaître mutuellement et de se
communiquer leurs propres richesses. C'est par l'exemple d'abord, et, à l'occasion, par un avis
judicieux et une aide efficace que les adultes pourront stimuler les jeunes à l'apostolat. De
leur côté les jeunes sauront garder le respect et la confiance à l'égard des adultes, et dans leur
désir naturel de renouvellement ils sauront apprécier comme elles le méritent les traditions
estimables.
Les enfants ont également une activité apostolique qui leur est propre. A la mesure de leurs
possibilités ils sont les témoins vivants du Christ au milieu de leurs camarades.
(7) cf. Pie X, alloc. ad catholicam Associat. Inventutis Gallicae de pietate, scientia et actione,
25/09/04: AAS 37 (1904-1905), pp. 296-300.
(8) cf. Pie XII, epist. Dans quelques semaines, ad Archiepiscopum Marianopolitanum, de
conventibus a iuvenibus operariis christianis canadiensibus indisctis 24/05/47: AAS 39
(1949), p.257 ; nuntius radioph. ad JOC Bruxelles, 3/09/50: AAS 42 (1950), pp. 640-641.
Le milieu social
13 L'apostolat dans le milieu social s'efforce de pénétrer d'esprit chrétien la mentalité et les
moeurs, les lois et les structures de la communauté où chacun vit. Il est tellement le travail
propre et la charge des laïcs que personne ne peut l'assumer comme il faut à leur place. Sur ce
terrain, les laïcs peuvent mener l'apostolat du semblable envers le semblable. Là ils
complètent le témoignage de la vie par celui de la parole (9). C'est là qu'ils sont le plus aptes
à aider leurs frères, dans leur milieu de travail, de profession, d'étude, d'habitation, de loisir,
de collectivé locale.
Les laïcs accomplissent cette mission de l'Eglise dans le monde avant tout par cet accord de
leur vie avec la foi qui fait d'eux la lumière du monde, et par cette honnêteté en toute activité
capable d'éveiller en chaque homme l'amour du vrai et du bien, et de les inciter à aller un jour
au Christ et à l'Eglise. Ils disposent insensiblement tous les coeurs à l'action de la grâce du sa
lut par cette vie de charité fraternelle qui leur fait partager les conditions de vie et de travail,
les souffrances et les aspirations de leurs frères. Enfin par cette pleine conscience de leur
responsabilité propre dans la vie de la société, ils s'efforcent d'accomplir leurs devoirs
familiaux, sociaux et professionnels avec une telle générosité chrétienne que leur manière
d'agir pénètre peu à peu leur milieu de vie et de travail.
Cet apostolat s'adresse à tous les hommes, aussi nombreux qu'ils soient, et n'a le droit
d'exclure aucun bien spirituel ou temporel qu'il est possible de leur procurer. Mais les apôtres
authentiques ne se contentent pas de cette seule action, ils ont le souci d'annoncer aussi le
Christ par la parole à ceux qui les entourent. Beaucoup d'hommes en effet ne peuvent
recevoir l'Evangile et reconnaître le Christ que par les laïcs qu'ils côtoient.
(9) cf. Pie XI, encyc. Quadreg. Anno, 15/05/31 ; AAS 23 (1931), pp. 225-226.
14 Immense est le champ d'apostolat, sur le plan national et international, où les laïcs surtout
sont les intendants de la sagesse chrétienne. Dans le dévouement envers la nation, dans le
fidèle accomplissement de leurs devoirs civiques les catholiques se sentiront tenus de
promouvoir le vrai bien commun ; c'est ainsi qu'ils pourront amener le pouvoir civil à tenir
compte de leur opinion afin qu'il s'exerce dans la justice et que les lois soient conformes aux
exigences morales et au bien commun. Que les catholiques compétents en matière politique,
affermis comme il convient dans la foi et la doctrine chrétienne, ne refusent pas la gestion des
affaires publiques, car ils peuvent par une bonne administration travailler au bien commun et
en même temps préparer la route à l'Evangile.
Les catholiques s'attacheront à collaborer avec tous les hommes de bonne volonté pour
promouvoir tout ce qui est vrai, juste, saint, digne d'être aimé (cf. Ph 4,9). Ils entreront en
dialogue avec eux, allant à eux avec intelligence et délicatesse, et rechercheront comment
améliorer les institutions sociales et publiques selon l'esprit de l'Evangile.
Parmi les signes de notre temps, il faut noter particulièrement ce sens toujours croissant et
inéluctable de la solidarité de tous les peuples, que l'apostolat des laïcs doit développer et
transformer en un désir sincère et effectif de fraternité. Enfin les laïcs doivent prendre
conscience de l'existence du secteur international, des questions et des solutions doctrinales
ou pratiques qui s'y font jour, en particulier en ce qui concerne les peuples qui font effort vers
le progrès (10).
Tous ceux qui travaillent dans des nations étrangères, ou leur apportent leur aide, se
rappelleront que les relations entre peuples doivent être un véritable échange fraternel dans
lequel les deux parties donnent et reçoivent à la fois. Ceux qui voyagent à l'étranger, pour
raison d'affaires ou de loisir, doivent se rappeler qu'ils sont également partout les messagers
itinérants du Christ et qu'ils ont à se conduire comme tels.
(10) cf. Jean XXIII, Mater et Magistra, 15/05/61: AAS 53 (1961), pp. MM 448-450.
CHAPITRE IV
Introduction
15 Les laïcs peuvent exercer leur action apostolique soit individuellement, soit groupés en
diverses communautés ou associations.
16 L'apostolat que chacun doit exercer personnellement et qui découle toujours d'une vie
vraiment chrétienne (cf. Jn 4,14) est le principe et la condition de tout apostolat des laïcs,
même collectif, et rien ne peut le remplacer.
Cet apostolat individuel est toujours et partout fécond ; il est ne certaines circonstances le
seul adapté et le seul possible. Tous les laïcs y sont appelés et en ont le devoir, quelle que soit
leur condition, même s'ils n'ont pas l'occasion ou la possibilité de collaborer dans des
mouvements.
La forme particulière de l'apostolat individuel des laïcs est le témoignage de toute une vie de
laïcs, inspirée par la foi, l'espérance et la charité: elle est d'ailleurs un signe très adapté à notre
temps et manifeste le Christ vivant en ses fidèles. Par l'apostolat de la parole, absolument
nécessaire en certaines circonstances, les laïcs annoncent le Christ. Par là ils expliquent et
répandent sa doctrine chacun selon sa condition, sa compétence et la professent avec fidélité.
En outre, parce qu'ils collaborent comme citoyens de ce monde à tout ce qui touche la
construction et la gestion de l'ordre temporel, les laïcs doivent chercher à approfondir dans la
vie familiale, professionnelle, culturelle et sociale, à la lumière de la foi leurs raisons d'agir et
à l'occasion les révéler aux autres, conscients ainsi d'être les coopérateurs du Dieu créateur,
rédempteur et sanctificateur, et de lui rendre gloire.
Enfin les laïcs animeront leur vie par la charité et l'exprimeront concrètement à la mesure de
leurs moyens.
Tous se souviendront que par le culte public et la prière personnelle, par la pénitence et la
libre acceptation des travaux et des peines de la vie qui les conforme au Christ souffrant (2Co
4,10 Col 1,24), ils peuvent atteindre tous les hommes et travailler au salut du monde entier.
17 Cet apostolat individuel est particulièrement nécessaire et urgent dans les régions où la
liberté de l'Eglise est gravement compromise. Dans ces circonstances très difficiles, les laïcs
remplaçant les prêtres dans la mesure où ils le peuvent, exposant leur propre liberté et parfois
leur vie, enseignent la doctrine chrétienne à ceux qui les entourent, les forment à la vie
religieuse et à l'esprit catholique, les incitent à la réception fréquente des sacrements et à la
piété surtout envers l'Eucharistie (1). Le Concile du fond du coeur rend grâces à Dieu qui,
encore aujourd'hui, ne cesse de susciter des laïcs au courage héroïque au milieu des
persécutions ; il les entoure de sa paternelle affection et leur exprime sa reconnaissance.
L'apostolat individuel trouve une grande place là où les catholiques sont peu nombreux et
dispersés. Dans ces circonstances, les laïcs qui n'exercent qu'un apostolat personnel, soit pour
les raisons mentionnées plus haut, soit pour des motifs particuliers venant parfois de leur
activité professionnelle, peuvent se rassembler utilement par petits groupes, sans aucune
forme rigide d'institution ou d'organisation pourvu que le signe de la communauté de l'Eglise
apparaisse toujours aux autres comme un témoignage authentique d'amour.
Ainsi, s'aidant mutuellement au plan spirituel par leur amitié et l'échange de leurs
expériences, ils se préparent à surmonter les inconvénients d'une vie et action trop isolées, et
à reproduire des fruits apostoliques plus abondants.
(1) cf. Pie XII, alloc. ad I Conventum ex Omnibus Gentibus laicorum Apost. provehendo
15/10/51: AAS 43 (1951), p. 788.
18 Les chrétiens sont donc appelés à exercer personnellement l'apostolat dans leurs diverses
conditions de vie ; il ne faut cependant pas oublier que l'homme est social par nature et qu'il a
plu à Dieu de rassembler ceux qui croient au Christ pour en faire le peuple de Dieu (cf. 1P
2,5-10) et les unir en un seul corps (cf. 1Co 12,12). L'apostolat organisé correspond donc bien
à la condition humaine et chrétienne des fidèles ; il présente en même temps le signe de la
communion et de l'unité de l'Eglise dans le Christ qui a dit: "Là où deux ou trois sont réunis
en mon nom, je suis au milieu d'eux" (Mt 18,20).
C'est pourquoi les chrétiens exerceront leur apostolat en s'accordant sur un même but (2).
Qu'ils soient apôtres, tant dans leurs communautés familiales que dans les paroisses et les
diocèses qui expriment en tant que tels le caractère communautaire de l'apostolat ; qu'ils le
soient aussi dans les groupements libres dans lesquels ils auront choisi de se réunir.
L'apostolat organisé est aussi très important parce que souvent, soit dans les communautés
ecclésiales, soit dans les divers milieux de vie, l'apostolat requiert une action d'ensemble. Les
organisations créées pour un apostolat collectif soutiennent leurs membres, les forment à
l'apostolat, ordonnent et dirigent leur action apostolique de telle sorte qu'on puisse en espérer
des résultats beaucoup plus importants que si chacun agissait isolément.
Dans la conjoncture actuelle il est souverainement nécessaire que là où s'exerce l'activité des
laïcs se développe l'apostolat sous sa forme collective et organisée ; seule en effet cette étroite
conjonction des efforts peut permettre d'atteindre complètement tous les buts de l'apostolat
d'aujourd'hui et d'en protéger efficacement les fruits (3). Dans cette perspective il est
particulièrement important que l'apostolat atteigne les mentalités collectives et les conditions
sociales de ceux dont il se préoccupe, sinon ceux-ci seront souvent incapables de résister à la
pression de l'opinion publique ou des institutions.
19 Il existe une grande variété dans les associations d'apostolat (4). Les unes se proposent
d'atteindre le but apostolique général de l'Eglise ; d'autres des buts d'évangélisation et de
sanctification envisagés sous un angle particulier ; d'autres rendent témoignage au Christ plus
spécialement par les oeuvres de miséricorde et de charité.
Parmi ces groupements, il faut en premier lieu considérer ceux qui favorisent et mettent en
valeur une union plus intime entre la vie concrète de leurs membres et leur foi. Les
organisations ne sont des fins en soi, mais elles doivent servir la mission de l'Eglise envers le
monde. Leur valeur apostolique dépend de leur conformité aux buts de l'Eglise, ainsi que de
la qualité chrétienne de leur témoignage et de l'esprit évangélique de chacun de leurs
membres et de l'association tout entière.
La mission universelle de l'Eglise, étant donné la mise en place progressive des structures et
l'évolution de la société actuelle, requiert de plus en plus le développement des associations
apostoliques des catholiques au plan international. Les organisations internationales
catholiques atteindront mieux leur but, si les groupes qu'elles rassemblent et leurs membres
leur sont plus étroitement unis.
Le lien nécessaire avec l'autorité ecclésiastique étant assuré (5), les laïcs ont le droit de fonder
des associations (6), de les diriger et d'adhérer à celles qui existent. Il faut cependant éviter la
dispersion des forces ; celle-ci se produirait si l'on fondait de nouvelles associations et
oeuvres sans raison suffisante, si l'on en conservait d'autres devenues inutiles, ou encore si
l'on gardait des méthodes périmées ; enfin il ne sera pas toujours opportun de transplanter
sans discernement dans un pays déterminé les formes d'apostolat organisé qui existent dans
un autre (7).
(4) cf. Pie XII, all. ad Consilium Foederationis intern. virorum cathol. 8/12/56: AAS 49
(1957), pp.26-27.
(5) cf. inra cap.V, n. AA 24.
(6) cf. S.C. CONCILII Resolutio Corrienten, 13/11/20: AAS 13 (1931), p.139.
(7) cf. Jean XXIII encyc. Princeps Pastorum, 10/12/59: AAS 51 (1959), p.856.
L'Action catholique
20 Depuis quelques dizaines d'années, dans un grand nombre de pays, des laïcs donnés de
plus en plus à l'apostolat, se sont réunis en des formes diverses d'action et d'associations qui,
en union particulièrement étroite avec la hiérarchie, ont poursuivi et poursuivent des buts
proprement apostoliques. Parmi ces institutions, comme parmi d'autres semblables et plus
anciennes, il faut mentionner en premier lieu celles qui, tout en suivant diverses méthodes,
ont été très fécondes pour le règne du Christ: recommandées et favorisées à juste titre par les
papes et de nombreux évêques, elles ont reçu d'eux le nom d'Action catholique ; elles ont été
le plus souvent décrites comme une collaboration des laïcs à l'apostolat hiérarchique (8).
Ces formes d'apostolat, qu'elles portent ou non le nom d'Action catholique, exercent
aujourd'hui un apostolat précieux. Elles sont constituées par la réunion des éléments suivants
qui les caractérisent:
a) Le but immédiat des organisations de ce genre est le but apostolique de l'Eglise dans
l'ordre de l'évangélisation, de la sanctification des hommes et de la formation chrétienne de
leur conscience, afin qu'ils soient en mesure de pénétrer de l'esprit de l'Evangile les diverses
communautés et les divers milieux.
b) Les laïcs collaborant, selon un mode qui leur est propre, avec la hiérarchie, apportent leur
expérience et assument leur responsabilité dans la direction de ces organisations, dans la
recherche des conditions de mise en oeuvre de la pastorale de l'Eglise, dans l'élaboration et la
poursuite de leur programme d'action.
c) Ces laïcs agissent unis à la manière d'un corps organisé, ce qui exprime de façon plus
parlante la communauté ecclésiale et rend l'apostolat plus fécond.
d) Ces laïcs, qu'ils soient venus à l'apostolat de leur propre mouvement ou en réponse à une
invitation pour l'action et la coopération directe avec l'apostolat hiérarchique, agissent sous la
haute direction de la hiérarchie elle-même, qui peut même authentifier cette collaboration par
un mandat explicite.
(8) cf. Pie XI, epist. Quae nobis, ad Card. Bertram, 13/11/28: AAS 20 (1928), p.385. Cf.
etiam Pie XII, alloc. ad. A;C; Italicam, 4/09/40: AAS 32 (1940) p.362.
21 Toutes les organisations d'apostolat sont à estimer comme il convient, mais celles que la
hiérarchie, selon les besoins des temps et des lieux, aura louées, recommandées, décidé de
fonder comme plus urgentes, doivent être mises en première place par les prêtres, les
religieux et les laïcs, et développées par chacun suivant sa mission. Parmi ces groupements, il
faut mentionner très spécialement aujourd'hui les associations ou groupes internationaux de
catholiques.
22 Sont dignes d'un respect et d'une estime particulière dans l'Eglise les laïcs célibataires ou
mariés qui de manière définitive ou pour un temps mettent leur personne, leur compétence
professionnelle au service des institutions et de leurs activités. C'est une grande joie de voir
s'augmenter de jour en jour le nombre des laïcs qui se consacrent aux associations et oeuvres
d'apostolat, soit à l'intérieur de leur pays, soit dans le secteur international, soit surtout dans
des communautés catholiques des missions et des églises naissantes.
Les pasteurs accueilleront ces laïcs avec joie et reconnaissance ; ils veilleront à ce que leur
condition satisfasse aussi parfaitement que possible aux exigences de la justice, de l'équité et
de la charité, surtout en ce qui concerne les ressources nécessaires à leur vie et à celles de leur
famille ; ils feront en sorte que ces laïcs disposent des moyens nécessaires de formation, de
soutien et de stimulant spirituels.
CHAPITRE V
Introduction
23 L'apostolat des laïcs, individuel ou collectif, doit s'insérer à sa vraie place dans
l'apostolat de toute l'Eglise. Qui plus est, son lien avec ceux que l'Esprit-Saint a constitués
pour paître l'Eglise de Dieu (cf. Ac 20,28), est un élément essentiel de l'apostolat chrétien.
Non moins nécessaire est la collaboration entre les diverses initiatives apostoliques qu'il est
du ressort de la hiérarchie d'organiser harmonieusement.
Une estime mutuelle et une bonne coordination de toutes les formes apostoliques de l'Eglise,
respectant le caractère particulier de chacune sont en effet absolument nécessaires pour
promouvoir l'esprit d'unité afin que la charité fraternelle éclate dans tout l'apostolat de
l'Eglise, que les buts communs soient atteints et que les rivalités dommageables soient évitées
(1).
Cela apparaît surtout nécessaire quand une action particulière exige dans l'Eglise, l'harmonie
et la coopération apostolique des deux clergé, des religieux et des laïcs.
(1) cf. Pie XI, encycl. Quamvis NOSTRA, 30/04/36:AAS 28 (1936), pp. 160-161.
Les liens de l'apostolat des laïcs avec la hiérarchie peuvent revêtir des modalités différentes
selon la diversité des formes et des buts de cet apostolat.
On trouve dans l'Eglise un certain nombre d'initiatives apostoliques qui doivent leur origine
au libre choix des laïcs et dont la gestion relève de leur propre jugement prudentiel. De telles
initiatives permettent à l'Eglise, en certaines circonstances, de mieux remplir sa mission ;
aussi n'est-il pas rare que la hiérarchie les loue et les recommande (2), mais aucune initiative
ne peut prétendre au nom de catholique, sans le consentement de l'autorité ecclésiastique
légitime.
Certaines formes de l'apostolat des laïcs sont reconnues explicitement par la hiérarchie sous
une forme ou sous une autre.
En outre, eu égard aux exigences du bien commun de l'Eglise, l'autorité ecclésiastique peut
choisir et promouvoir d'une façon spéciale certaines associations et institutions apostoliques,
visant directement un but spirituel, et assumer à leur égard une responsabilité particulière.
Ainsi la hiérarchie, organisant l'apostolat de diverses manières selon les circonstances, unit
plus étroitement à sa propre charge apostolique telle forme d'apostolat sans toutefois altérer la
nature propre et la distinction des deux tâches, et par conséquent sans enlever aux laïcs la
nécessaire faculté d'agir de leur propre initiative. Cet acte de la hiérarchie a reçu le nom de
"mandat" dans divers documents ecclésiastiques.
Enfin il arrive que la hiérarchie confie aux laïcs certaines charges touchant de plus près aux
devoirs des pasteurs: dans l'enseignement de la doctrine chrétienne, par exemple, dans
certains actes liturgiques et dans le soin des pâmes. Par cette mission, les laïcs sont
pleinement soumis à la direction du supérieur ecclésiastique pour l'exercice de ces charges.
(2) cf. S.C. Concilii resolutio corrienten, 13/1/20: AAS 13 (1921): pp.137-140.
(3) cf. Pie XII, alloc. ad II Conventum ex Omnibus Gentibus Laicorum Apostolatui
provehendo 5/10/57: AAS 49 (1957), p. 927.
25 Les évêques, les curés, et les autres prêtres du clergé séculier et du clergé régulier se
souviendront que le droit et le devoir d'exercer l'apostolat sont communs à tous les fidèles,
clercs ou laïcs , et que dans l'édification de l'Eglise les laïcs ont aussi un rôle propre" à jouer.
C'est pourquoi ils travailleront fraternellement avec les laïcs dans l'Eglise et pour l'Eglise et
prendront spécialement à coeur le soutien des laïcs dans leurs oeuvres d'apostolat (4).
Les évêques choisiront avec soin des prêtres capables et bien avertis pour s'occuper des
formes particulières de l'apostolat des laïcs (45). Ceux qui exercent ce ministère en vertu
d'une mission reçue de la hiérarchie, la représentent dans son action pastorale: toujours
attachés fidèlement à l'esprit et à la doctrine de l'Eglise, ils favoriseront entre les laïcs et la
hiérarchie les relations convenables ; ils se dépenseront pour nourrir la vie spirituelle et le
sens apostolique au sein des associations catholiques qui leur sont confiées ; ils seront
présents à leur action apostolique par leurs avis judicieux et favoriseront leurs projets ; en
dialogue constant avec les laïcs, ils rechercheront attentivement les formes les plus capables
de rendre l'action apostolique plus fructueuse ; ils développeront l'esprit d'unité au sein même
de l'association aussi bien qu'entre elle et les autre Enfin les religieux, frères ou soeurs,
estimeront l'action apostolique des laïcs, et, fidèles à l'esprit et aux règles de leur institut, ils
se dépenseront volontiers à la développer (6) ; ils s'appliqueront à soutenir, à aider et à
compléter l'action du prêtre.
26 Au plan des diocèses il faudrait autant que possible qu'il y ait des conseils qui
soutiennent la travail apostolique de l'Eglise tant sur le plan de l'évangélisation et de la
sanctification que sur le plan caritatif, social et autre: les clercs et les religieux y collaboreront
de manière appropriée avec les laïcs. Ces conseils pourront aider à la coordination mutuelle
des diverses associations ou initiatives des laïcs en respectant la nature propre et l'autonomie
de chacune (7).
Des conseils semblables, autant que faire se peut, devraient être constitués au plan paroissial,
interparoissial, interdiocésain, voire même au plan national et international (8).
(8) cf. Pie XI, encyc. Quamvis Nostra, 30/04/36: AAS 28 (1936), pp.160-161.
Par cette coopération dynamique et prudente (10), particulièrement importante dans les
activités temporelles, les laïcs apportent un témoignage au Christ Sauveur du monde et à
l'unité de la famille humaine.
CHAPITRE VI
FORMATION A L'APOSTOLAT
28 L'apostolat ne peut atteindre une pleine efficacité que grâce à une formation à la fois
différenciée et complète. C'est ce qu'exigent non seulement le constant progrès spirituel et
doctrinal du laïcs lui-même mais aussi diverses circonstances tenant aux réalités, aux
personnes et aux obligations auxquelles son activité doit pouvoir s'adapter. Cette formation à
l'apostolat s'appuiera comme sur des fondements sur les propositions et déclarations faites
ailleurs par le Concile (1). Un certain nombre de formes d'apostolat requièrent en plus de la
formation commune à tous les chrétiens une formation spécifique et particulière en raison de
la diversité des personnes et des circonstances.
(1) cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia, cap II, IV, V LG 9-17; 30-42. cf. etiam Decre.
de Oecumenismo, UR 4 6 7 12. cf. etiam supra, AA 4.
29 Les laïcs ayant leur manière à eux de participer à la mission de l'Eglise, leur formation
apostolique sera adaptée au caractère séculier propre au laïcat et à la vie spirituelle qui leur
convient.
Outre la formation spirituelle, une solide connaissance doctrinale est requise en matière
théologique, morale et philosophique ; cette connaissance devra être adaptée à l'âge, aux
conditions de vie ainsi qu'aux aptitudes de chacun. De plus, il ne faut aucunement oublier
l'importance d'une culture générale appropriée jointe à une formation pratique et technique.
Parce que la formation à l'apostolat ne peut consister dans la seule instruction théorique, il
faut apprendre graduellement et prudemment dès le début de cette formation, à voir toutes
choses, à juger, à agir à la lumière de la foi, à se former et à se perfectionner soi-même avec
les autres par l'action. C'est ainsi qu'on entrera activement dans le service de l'Eglise (2).
Cette formation est sans cesse à perfectionner à cause du développement progressif de la&
personne humaine et de l'évolution même des problèmes ; elle requiert une connaissance
toujours plus profonde et une adaptation constante de l'action. Tout en cherchant à répondre à
ses multiples exigences, on aura le souci constant de respecter l'unité et l'intégrité totale de la
personne humaine afin d'en préserver et d'en intensifier l'harmonieux équilibre.
De cette manière, le laïc peut s'insérer profondément et activement dans la réalité même de
l'ordre temporel et prendre part efficacement à la marche des choses ; en même temps,
comme membre vivant et témoin de l'Eglise, il rend celle-ci présente et agissante au coeur
même des réalités temporelles (3).
(2) cf. Pie XII, alloc. Ad I Confer. intern. "boys- scouts", 6/06/52: AAS 44 (1952), pp. 579-
580. Jean XXIII, ency. Mater et Magistra, 15/05/61: AAS 53 (1961), P. MM 456.
(3) cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia, LG 33.
30 La formation à l'apostolat doit commencer dès la première éducation des enfants, mais ce
sont plus spécialement les adolescents et les jeunes qui doivent être initiés à l'apostolat et
marqués de son esprit. Cette formation sera d'ailleurs à poursuivre tout au long de la vie en
fonction des exigences posées par de nouvelles tâches. Il est donc clair qu'il revient à ceux
qui ont la charge de l'éducation chrétienne de s'attacher à cette éducation apostolique.
C'est aux parents qu'il incombe, au sein même de la famille, de préparer leurs enfants dès
leur jeune âge à découvrir l'amour de Dieu envers tous les hommes ; ils leur apprendront peu
à peu - et surtout par leur exemple - à avoir le souci des besoins de leur prochain, tant au plan
matériel que spirituel. C'est la famille tout entière, dans sa communauté de vie, qui doit
réaliser ainsi le premier apprentissage de l'apostolat.
Mais il est par ailleurs nécessaire de former les enfants de telle manière que, dépassant le
cadre familial, ils ouvrent leur esprit à la vie des communautés, aussi bien ecclésiales que
temporelles. Leur intégration à la communauté paroissiale locale doit être faite de telle
manière qu'ils y prennent conscience d'être membres vivants et agissants du peuple de Dieu.
Les prêtres auront donc le souci constant de cette formation à l'apostolat: dans les
catéchismes, les prédications, la direction des âmes ainsi que dans les diverses autres
fonctions du ministère pastoral.
Ce sont également les écoles, les collèges et les diverses institutions catholiques consacrées
à l'éducation qui doivent susciter chez les jeunes le sens catholique et l'action apostolique. Si
ces moyens font défaut, soit que les jeunes ne fréquentent pas ces écoles, soit pour toute autre
raison, que les parents et les pasteurs, ainsi que les mouvements d'apostolat, prennent d'autant
plus soin d'y pourvoir. Quant aux maîtres et aux éducateurs, qui, par vocation et par devoir
d'état, exercent une excellente forme de l'apostolat des laïcs, il importe qu'ils soient pénétrés
de la doctrine et de la pédagogie nécessaires pour transmettre efficacement cette éducation.
Cette formation doit être poursuivie de façon telle qu'elle tienne compte de tout l'apostolat
qui incombe aux laïcs, car celui-ci ne doit pas s'exercer seulement à l'intérieur des
groupements et des associations mais dans toutes les circonstances de la vie, en particulier de
la vie professionnelle et sociale. Bien plus, c'est chaque laïc qui doit se préparer lui-même
activement à l'apostolat ; ceci est tout particulièrement vrai des adultes. En avançant en âge,
en effet, l'esprit s'ouvre davantage, et chacun est donc plus capable de découvrir les talents
qui lui ont été départis par Dieu et peut exercer plus efficacement les charismes que l'Esprit-
Saint lui a donnés pour le bien de ses frères.
(4) cf. Jean XXIII, encyc. Mater et Magistra, 15/05/61: AAS 53 (1961) p. MM 455.
b) En ce qui concerne la transformation chrétienne de l'ordre temporel les laïcs doivent être
instruits de la véritable signification et de la valeur des biens temporels considérés tant en
eux-mêmes que dans leurs rapports avec toutes les fins de la personne humaine; ils doivent
être entraînés à bien user des choses et acquérir l'expérience de l'organisation des institutions,
en restant attentifs au bien commun suivant les principes de la doctrine morale et sociale de
l'Eglise. Les laïcs doivent assimiler tout particulièrement les principes et les conclusions de
cette doctrine sociale, de sorte qu'ils deviennent capables de travailler pour leur part à son
développement aussi bien que de l'appliquer correctement aux cas particuliers (6).
(6) cf. Pie XII, alloc. ad congressum Univers. Foederat. Mundialis Iuventutis Feminae Cathol.
18/04/52 (AAS 44 (1952), pp.414-419. Idem, alloc. ad Associat. Christianam Operarior.
Italiae (A.C.L.I.)1/05/55: AAS 47 (1955), p.403-404.
(7) cf. Pie XII, Ad delegatos Conventus Sodalitatum Caritatis,27/4/52,p.470-471.
Moyens à prendre
Ces moyens de formation sont fonction des diverses formes d'apostolat à mettre en oeuvre
selon les milieux à atteindre.
Dans ce but ont même été créés des centres d'études ou des instituts supérieurs qui ont déjà
donné d'excellents résultats.
EXHORTATION
33 Le saint Concile adjure donc avec force au nom du Seigneur tous les laïcs de répondre
volontiers avec élan et générosité à l'appel du Christ qui, en ce moment même, les invite avec
plus d'insistance, et à l'impulsion de l'Esprit-Saint. Que les jeunes réalisent bien que cet appel
s'adresse très particulièrement à eux, qu'ils le reçoivent avec joie et de grand coeur. C'est le
Seigneur lui-même qui, par le Concile, presse à nouveau tous les laïcs de s'unir intimement à
lui de jour en jour, et de prendre à coeur ses intérêts comme leur propre affaire (cf. Ph 2,5),
de s'associer à sa mission de Sauveur ; il les envoie encore une fois en toute ville et en tout
lieu où il doit aller lui-même (cf. Lc 10,1) ; ainsi à travers la variété des formes et des moyens
du même et unique apostolat de l'Eglise, les laïcs se montreront ses collaborateurs, toujours
au fait des exigences du moment présent, "se dépensant sans cesse au service du Seigneur,
sachant qu'en lui leur travail ne saurait être vain" (cf. 1Co 15,58).
Tout l'ensemble et chacun des points qui ont été édictés dans ce décret ont plu aux Pères du
Concile. Et Nous, en vertu du pouvoir apostolique que Nous tenons du Christ, en union avec
les vénérables Pères, Nous les approuvons, arrêtons et décrétons dans le Saint-Esprit, et Nous
ordonnons que ce qui a été établi en Concile soit promulgué pour la gloire de Dieu.
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