II- L’OBLIGATION DE TENIR UNE COMPTABILITE :
La deuxième obligation qui incombe au commerçant est relative à la comptabilité
commerciale. C’est une caractéristique de l’entreprise commerciale.
La comptabilité commerciale constitue cette partie des sciences économiques qui consiste à
enregistrer les mouvements qui affectent constamment le patrimoine de l'entreprise, ainsi que la
détermination des résultats globaux de son exploitation au cours d'une période déterminée.
A : FONDEMENTS
La tenue d’une comptabilité est la deuxième obligation importante qui caractérise
l’entreprise commerciale. Elle trouve ses bases textuelles dans la loi 15-95 formant code de
commerce (art. 19 à 26) et dans le dahir formant code des obligations et contrats (art. 433 à 439).
La comptabilité commerciale qui traduit d’une part les opérations effectuées par l’entreprise
avec les tiers, d’autre part les mouvements de valeurs internes, a pris naissance dans les usages. La
comptabilité simple est née de nécessités élémentaires et c’est la généralisation du crédit et la tenue
des comptes de tiers qui ont provoqué l’intervention des signes et ces conventions ont facilité la
tenue des comptabilités. La technique comptable est née d’habitude, de traditions et de méthodes.
On définit aussi la comptabilité comme une technique qui permet d’enregistrer en unités
monétaires les mouvements de valeurs qui affectent continûment le patrimoine de l’entreprise ainsi
que de déterminer les résultats globaux de son exploitation au cours d’une période définie. Cet
enregistrement et cette détermination se réalisent à travers divers documents qui sont établis soit au
jour le jour : livre-journal, grand livre, soit annuellement : bilan, compte de résultat (loi n° 9-88
relative aux obligations comptables des commerçants publiée au Bulletin officiel du 30 décembre
1992, telle que modifiée et complétée par la loi n° 44-03).
La tenue d’une comptabilité présente un intérêt aussi bien pour l’Etat, pour l’entreprise que
les particuliers.
Pour l’Etat, la comptabilité est directement utilisée pour déterminer l’assiette des impôts
calculée sur le chiffre d’affaires. Le fisc pour imposer les entreprises en connaissance de cause, doit
pouvoir connaître les opérations traitées par les entreprises et les bénéfices réalisés par ces
entreprises.
Pour l’entreprise, la comptabilité permet de maîtriser le contrôle de l’état de sa caisse,
l’évolution de ses dettes et de ses créances, ou son passif et actif, des prix, de la conjoncture du
marché.
Pour les tiers, la comptabilité revêt une grande importance dans la mesure où elle sert à
informer tous ceux qui font partie de l’entreprise, vivent dans sa mouvance et ont intérêt à suivre la
marche de ses affaires : les associés ou les actionnaires qui lui ont apporté leur capitaux et leur
épargne ; les salariés qui contribuent de manière décisive à sa prospérité, mais qui sont les premiers
à souffrir de ses mauvais résultats ; les fournisseurs et les banquiers qui, avant de traiter avec
l’entreprise, ont besoin de renseigner sur sa solvabilité et ses capacité de développement.
L’article 19, alinéa premier du code de commerce dispose : « le commerçant tient une
comptabilité conformément aux dispositions de la loi n° 9-88 relative aux obligations comptables des
commerçants promulguée par le dahir du 25 décembre 1992 ».Il importe donc d’examiner l’objet de
la comptabilité et sa finalité.
B : L’OBJET DE LA COMPTABILITÉ
L’objet de la comptabilité est fixé par l’article premier de la loi n° 9-88 tel que modifiée qui
prévoit que les commerçants doivent procéder à l’enregistrement comptable des mouvements
affectant les actifs et les passifs de l’entreprise ; ces mouvements sont enregistrés
chronologiquement, opération, par opération et jour par jour. Les enregistrements comptables sont
portés sous forme d’écritures sur le livre-journal et le grand livre. Les commerçants ont l’obligation
de tenir un livre d’inventaire et de conserver les correspondances.
Toutefois, les personnes physiques dont le chiffre d’affaires annuel n’excède pas deux
millions de dirhams (2.000.000 DH), à l’exception des agents d’assurances, peuvent :
➢ Procéder à l’enregistrement chronologique et global, jour par jour, des opérations à leur date
d’encaissement ou de décaissement ;
➢ Enregistrer globalement les créances et les dettes à la clôture de l’exercice sur une liste
sommaire mentionnant l’identité des clients et des fournisseurs et le montant de leurs dettes
➢ Enregistrer, en cas de nécessité, les menues dépenses sur la base de pièces justificatives
internes signées par le commerçant concerné.
* LES LIVRES COMPTABLES
Le livre journal et le grand livre constituent les documents tenus au jour le jour dans lesquels
l’entreprise reporte toutes les opérations effectuées sans aucune exception. En vertu de l’article 2,
al. 3 de la loi n° 9-88, les écritures du livre-journal sont reportées sur le grand livre selon le plan de
comptes du commerçant.
Les personnes physiques dont le chiffre d’affaires annuel n’excède pas deux millions de
dirhams (2.000.000 DH), à l’exception des agents d’assurances sont dispensées de la tenue du grand-
livre si la balance récapitulative des comptes peut être établie directement du livre journal.
Le livre d’inventaire. Les commerçants sont tenus d’établir un inventaire à la fin de chaque
mois. L’obligation comporte l’élaboration d’un inventaire des effets mobiliers et immobiliers d’une
part, et un inventaire des dettes et des créances d’autre part (art. 6 de la loi n° 9-88).
La conservation de la correspondance est une obligation prévue par l’alinéa premier de
l’article 26 du code de commerce : « les originaux des correspondances reçues et les copies des
correspondances envoyées doivent être classés et conservés pendant dix ans à compter de leur
date».
* LA TENUE DES LIVRES COMPTABLES
Au moment de l’ouverture de l’entreprise, le livre-journal et livre d’inventaire doivent être
présentés au tribunal du commerce. Le greffier qui en est chargé va coter les feuilles en leur donnant
des numéros allant de la première à la dernière. Ensuite il les paraphe en y apposant le signe
susceptible de les identifier aisément en cas de besoin. Chaque livre reçoit un numéro répertorié par
le greffier sur un registre spécial (art. 8 de la loi n° 9-88).
Pendant la tenue des livres, le commerçant inscrit ses opérations d’une manière
chronologique et continue, c’est-à-dire sans altération ni blanc. En cas d’erreur, le commerçant ne
peut ni gratter, ni raturer ; il doit corriger par des écritures nouvelles.
Toutefois, les personnes physiques dont le chiffre d’affaires annuel n’excède pas deux
millions de dirhams (2.000.000 DH), ne sont pas tenues de faire coter et parapher par le greffier du
tribunal compétent le livre- journal et le livre d’inventaire, à condition de conserver lesdits livres ainsi
que le bilan et le compte de produits et charges pendant dix ans.
C : LA FINALITÉ DE LA TENUE D’UNE COMPTABILITÉ
Quelle est l'importance de cette comptabilité ? Et à quoi sert-elle ?
C'est essentiellement une source d'information nécessaire : information interne et externe.
1- Information interne pour le commerçant :
Les livres comptables sont nécessaires à tout commerçant qui veut connaître la situation
exacte de son entreprise. C'est un instrument de gestion.
2- information externe :
Pour les tiers tout d'abord, les livres comptables constituent également des instruments
privilégiés d'information des tiers (clients, fournisseurs, banques ...) sur la situation de l'entreprise.
Pour l’Etat, les livres s'imposent au point de vue fiscal en vue, notamment des déclarations
exigées par la loi les contrôleurs des impôts ont accès à ces livres.
- la comptabilité régulièrement tenue peut faire preuve en faveur de celui qui la tient mais
uniquement entre commerçants.
Les documents comptables remplissent une fonction probatoire.
L’article 19, alinéa 2 du code de commerce prévoit que si la comptabilité est régulièrement
tenue, elle est admise par le juge par le juge pour faire preuve entre commerçants à raison des faits
de commerce.
L’article 22 ajoute : « au cours d’une instance judiciaire, le tribunal peut ordonner d’office ou
à la requête de l’une des parties, la représentation ou la communication des documents comptables
».
La force probante de la comptabilité n’est pas uniforme, elle varie selon les personnes
en présence :d’abord, les documents comptables ne font pas preuve contre les non-commerçants ;
ces documents ne font pas foi en faveur de celui qui les a écrits (art.438, al.1 doc.) ; ces documents
en revanche font preuve contre le commerçant qui les tient, même s’ils sont irrégulièrement tenus
(art. 20 [Link]) ; enfin les documents comptables peuvent faire preuve en faveur de celui qui les tient
mais seulement entre commerçants et pour fait de commerce (art. 19, al. 2).
La portée de l’exigence légale ne doit pas cependant être exagérée. En effet les juges
apprécient souverainement le crédit qu’il convient d’accorder à de telles écritures ; au surplus rien ne
leur interdit d’y trouver des présomptions de fait même si elles sont tenues irrégulièrement. En
matière commerciale la preuve est recevable par tous les moyens.
L’utilisation des documents comptables à titre probatoire est possible selon deux modalités
distinctes : la représentation consiste à extraire de la comptabilité les seules écritures qui intéressent
le litige soumis au tribunal (art. 23 [Link]) ; la communication est la production intégrale des
documents comptables. Elle ne peut être ordonnée que dans les affaires de succession, de partage,
de redressement ou de liquidation judiciaire et dans les autres cas où ces documents sont communs
aux parties (art. 24, al. 1).
D : Les sanctions relatives au défaut de la tenue d’une comptabilité
commercial :
La Loi n°9-88 n’a rien pas prévu comme sanctions, même si l’article 1 a précisé que la tenue
de la comptabilité est obligatoire.
Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de sanctions.
Celles-ci sont contenues dans différentes Lois.
1) Les sanctions pénales :
Les sanctions pénales ont été prévues par différents textes.
L’article 357 du code pénal prévoit que: « toute personnes qui de l’une des manières prévues
à l’article 354 commet ou tente de commettre u faux en écriture de commerce ou de banque est
punie de l’emprisonnement d’un à cinq ans , et d’une amande de 250DH à 20.000 DH » .
Toute écriture, reportée dans les livres comptable qui peut avoir pour objet de constater une
opération commerciale doit reproduire fidèlement la réalité des transactions commerciales.
Le faux en écriture de commerce concerne la falsification des documents comptable en tant
que référence de base pour avoir une idée sur la vie professionnelle du commerçant.
L’article 754 du code de commerce a également prévu des sanctions pénales liées à la tenue
de la comptabilité.
D’après les dispositions de l’article, les dirigeants d’entreprise qui tiennent une comptabilité
fictive ou font disparaitre des documents comptables ou s’abstiennent de tenir une comptabilité
lorsque la Loi l’exige sont coupable de banqueroute.
L’article 755 du code prévoit : La banqueroute est punie d’un an à cinq ans
d’emprisonnement et d’une amende de 10.000 à 100.000 dirhams ou d’une de ces deux peines
seulement. Encourent les mêmes peines, les complices de banqueroute, même s’ils n’ont pas la
qualité de dirigeants d’entreprise.
La peine prévue au premier alinéa est portée au double lorsque le banqueroutier est
dirigeant, de droit ou de fait, d’une société dont les actions sont cotées à la bourse des valeurs.
L’article 386 de la loi 17-95 : Seront punis d’une amende de 40.000 à 400.000 dirhams, les
membres des organes d’administration, de direction ou de gestion d’une société anonyme :
- qui n'auront pas, pour chaque exercice, dressé l’inventaire, établi des états de
synthèse et un rapport de gestion ;
- qui n'auront pas déposé au greffe du tribunal, dans le délai prévu à l’article 158, les
états de synthèse et le rapport des commissaires aux comptes.
2) Les sanctions civiles :
D’après L’article 23 de la loi n°9-88 , l’administration fiscale a la possibilité de rejeter les
comptabilités qui n’ont pas été tenues suivant les formes exigées par la loi.
L’article 740, permet au tribunal d’ouvrir une procédure de redressement ou de liquidation
judiciaire à l’égard de tout dirigeant qui aurait tenu une comptabilité fictive ou fait disparaître des
documents comptables de la société ou s’être abstenu de tenir toute comptabilité conforme aux
règles légales
Une autre sanction, en relation avec la comptabilité commerciale, a été prévue par l’article
745 du code de commerce, celui-ci oblige le tribunal de prononcer la déchéance commerciale de
toute personne physique commerçante, qui aurait :
▪ omis de tenir une comptabilité conformément aux dispositions légales
▪ ou fait disparaître tout ou partie des documents comptables
III : Les autres obligations du commerçant
L’obligation d'ouvrir un compte :
Article 18 : Tout commerçant, pour les besoins de son commerce, a l'obligation d'ouvrir un
compte dans un établissement bancaire ou dans un centre de chèques postaux.
Article 306 : Entre commerçants et pour faits de commerce, tout paiement d'une valeur
supérieure à dix mille dirhams doit avoir lieu par chèque barré ou par virement.
L’obligation de facturation :
Aux termes de l’article 51 de la loi sur la liberté des prix et de la concurrence, cette obligation
doit être respectée pour tout achat de biens ou toute prestation de service dès lorsque ces
opérations sont réalisées pour l’exercice d’une activité professionnelle
Toute facture doit impérativement contenir certaines mentions : nom, la dénomination
sociale, la date de la vente du produit, les prix;….
La facture : est un écrit par lequel un commerçant rappelle à son client l’opération
qu’il a effectuée avec lui, détaille le montant des prestations qu’il lui a fournies et lui en demande le
règlement.
Elle constitue un moyen de preuve à la disposition du commerçant : son acceptation
par le client, le plus souvent tacite, équivaut à une reconnaissance de dette.
Elle est également utilisée comme instrument de crédit, car elle permet de tirer une
lettre de change sur un client- commerçant et de la faire accepter par lui.
Enfin, elle joue un rôle de recouvrement de la TVA en permettant la surveillance des prix.