CHAPITRE 4 : Instruments d’optique
I- Introduction
Un instrument d’optique est un système optique dont l’intérêt est d’améliorer la vision d’un objet. Si
l’objet est loin, l’instrument d’optique le rapproche, s’il est petit, il l’agrandit.
On distingue deux catégories d’instruments d’optiques :
Instruments objectifs ou de projection : ils donnent d’un objet réel une image réelle projetée sur un écran
de projection ou reçue par un détecteur. Exemple : rétroprojecteur - appareil photographique etc...
Instruments subjectifs ou oculaires : ce sont des instruments liés à l’œil, ils donnent d’un objet réel une
image virtuelle observée par l’œil. Exemple : loupe - Microscope - Lunette astronomique etc.…
L’utilisation d’un instrument d’optique étant associée à l’œil humain, une introduction sur cet organe est
nécessaire.
II- L’Œil humain – La vision
II-1- Description de l’œil
L’œil est considéré comme un globe de 25 mm environ de diamètre dont les parties essentielles sont
schématisées sur la figure suivante :
Les parties importantes de l’œil sont :
La cornée : c’est une fine membrane transparente par laquelle la lumière pénètre à l’intérieur de
l’œil (n ≈ 1,377).
La pupille : elle joue le rôle d’un diaphragme régularisant la quantité de la lumière admise dans
l’œil.
Le cristallin : il est assimilable à une lentille biconvexe non homogène maintenue par les muscles
ciliaires, il est constitué de plusieurs couches d’indices de réfraction différents (n ≈ 1,36 à 1,42).
La rétine : c’est un tissu mince sur lequel se forme une image ; elle est formée de cellules sensibles
à la lumière : les cônes et les bâtonnets; la fovea, située dans une partie appelée macula, étant la zone
de la rétine correspondant à la plus grande acuité visuelle de l’œil.
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Le cristallin sépare l’œil en deux compartiments d’indices différents : l’humeur vitrée (n ≈ 1,337) et l’humeur
aqueuse (n ≈ 1,336).
II-2- Œil modélisé ou réduit
L’œil, du point de vue optique est équivalent à une lentille mince convergente L et d’un écran de projection
E correspondant à la rétine placé à la distance d ≈ 2 cm du centre optique O de L (Figure ci-dessous) ; sa distance
focale f’ varie de 1,8 cm à 2 cm environ.
II-3- Caractéristiques de l’œil
a- Accommodation
Le phénomène d’accommodation est la faculté que possède l’œil de faire varier sa distance focale f’
lorsqu’il regarde un objet A éloigné ou proche de telle manière que l’image A’ se forme toujours sur la rétine.
Ce mécanisme est réalisé par la déformation du cristallin sous l’action des muscles ciliaires.
Il est intéressant de connaître la distance minimale au-delà de laquelle on peut voir net, ainsi que la distance
maximale en deçà de laquelle on peut voir net.
o Punctum remotum (point éloigné) PR : c’est le point (distance) le plus éloigné que l’on peut voir net.
Pour voir net au PR, l’œil est au repos, il n’a pas besoin d’accommoder. Pour un « œil normal », le
punctum remotum se trouve à l’infini. Au repos, l’œil voit net à l’infini : le plan focal image du
cristallin se trouve alors sur la rétine.
o Punctum proximum (point proche) PP: c’est le point (la distance) le plus proche que l’on peut voit
net. Pour voir net au PP, l’œil accommode au maximum. Pour un œil « normal », le PP correspondant
à la distance minimale de vision distincte dm, est de l’ordre de 25 cm.
Le champ en profondeur de l’œil est la zone située entre le PP et le PR de l’œil (Figure ci-dessous).
Remarque : Accommoder est fatiguant. C’est pourquoi les instruments d’optique qui aident l’œil « à mieux
voir » (lunette astronomique, télescope, microscope) fournissent de l’objet initial une image à l’infini. Cette
image est un objet pour l’œil, situé au PR de l’œil normal, et peut donc être observé sans accommoder, sans
fatigue.
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b- Acuité visuelle ou pouvoir séparateur
Le pouvoir séparateur caractérise la capacité d’un système optique à distinguer les détails d’un objet,
i.e. sa capacité à séparer deux points différents d’un objet. Un microscope est un instrument qui permet
d’augmenter le pouvoir séparateur de l’œil : on peut alors voir de plus petits détails. De la même façon, une
lunette astronomique ou un télescope permettent de distinguer deux étoiles très proches l’une de l’autre, là où
l’œil ne voit qu’un seul point brillant.
Ce sont les caractéristiques de la surface photosensible qui déterminent le pouvoir séparateur d’un instrument
d’optique :
les pixels pour les appareils photo et les caméras numériques
les grains de l’émulsion photographique sur une pellicule
les cellules de la rétine pour l’œil
On appelle pouvoir séparateur de l’œil, l’angle ε sous lequel le plus petit objet ABmin peut être vu
nettement à la distance minimale de vision distincte dm=25cm (Figure suivante).
Pour un œil normal : ε ≈ 3. 10-4 rad ≈ 1’ (une minute d’arc) ; ABmin ≈ ε. dm ≈ 0,07 mm.
II-4- Défauts de l’œil
Un œil normal est dit emmétrope. Un œil anormal est amétrope.
L’œil présente souvent des défauts de vision ou d’accommodation, les plus importants sont :
Myopie : le cristallin est trop convergent. Son PR n’est pas à l’infini, mais à distance finie. Son PP est aussi
plus proche. Un myope voit mal de loin. On corrige ce défaut grâce à une lentille divergente.
Hypermétropie : le cristallin n’est pas assez convergent. L’œil doit accommoder pour voir à l’infini. Son
PP est plus éloigné que celui d’un œil normal. Un hypermétrope voit mal de près. On corrige ce défaut à l’aide
d’une lentille convergente.
Presbytie : correspond au vieillissement du cristallin, qui se raidit et perd en partie sa faculté d’accommoder.
Pas de conséquences pour la vision de loin, mais un presbyte ne voit plus de près. On corrige ce défaut par une
lentille convergente.
Astigmatisme : correspond à un défaut de symétrie de l’œil. L’œil n’est alors pas un système centré, et n’est
pas un système stigmatique (l’image d’un point est une tâche). C’est un œil qui voit nettement suivant certaines
directions et flou dans des directions perpendiculaires à celles-ci. La correction n’est pas sphérique, mais se fait
avec des verres dits cylindriques présentant des défauts inverses.
III- Généralités sur les instruments d’optique
1- Grandeurs caractéristiques
La qualité de l’image obtenue à travers un instrument optique dépend des grandeurs suivantes:
o La taille ou grandeur : elle est donnée par le grandissement linéaire de l’instrument optique.
o Le champ de vision : la portion d’espace vue à travers l’instrument optique.
o La clarté : c’est le rendement photométrique de l’instrument optique.
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o Pouvoir de résolution : c’est la capacité de l’instrument optique à résoudre les détails d’un objet.
2- Latitude de mise au point d’un instrument subjectif
La mise au point consiste à amener l’image d’un objet par rapport à un instrument optique dans le
champ en profondeur de l’œil. Ainsi l’objet pour être visible à travers l’instrument, il doit être placé entre les
points AR et AP conjugués de PR et PP par rapport à l’instrument optique (Fig.ci-dessous) :
La latitude de mise au point est par définition la distance l = ARAP.
3- Performances des instruments optiques
o Grossissement
Il est défini par la grandeur :
𝛼′
𝐺=
𝛼
α' : est le diamètre apparent (angle) sous lequel l’image A’B’ est vue à travers le système optique ;
α : est le diamètre apparent sous lequel l’objet AB est vu à l’œil nu.
L’inconvénient de cette définition du grossissement est de dépendre des positions de l’objet AB, de l’instrument
optique et de l’œil. Ce n’est pas une grandeur intrinsèque au système optique ; elle ne peut pas indiquer de
manière fiable la performance d’un instrument optique.
o Grossissement commercial
C’est par définition le grossissement considéré dans des conditions particulières :
- (pour ’) l’image A’B’ formée par la loupe se situe à l’infini (PR de l’œil)
- (pour ) à l’œil nu, l’objet AB se situe à 25 cm (PP de l’œil)
Les conditions pour évaluer le grossissement commercial (noté Gc) étant fixées, c’est une
caractéristique intrinsèque de l’instrument optique.
o Puissance :
Par définition, la puissance P est le rapport entre l’angle ’ sous lequel est vu par l’œil l’image
A’B’ formée par l’instrument optique et la taille de l’objet AB :
α′
P=| |
̅̅̅̅
AB
On définit la puissance intrinsèque d’un instrument en se plaçant dans les conditions où l’on
observe l’image à travers l’instrument sans fatiguer l’œil. L’image doit être à l’infini et donc l’objet dans
le plan focal objet de l’instrument.
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IV- Exemples d’instruments d’optique
IV-1- Loupe
a) Modélisation d’une loupe :
On peut modéliser une loupe par une lentille convergente de distance focale f ’ de l’ordre de
quelques cm. Elle est destinée à donner une image virtuelle A’B’ agrandie d’un objet AB placé entre le
foyer F et le centre O de la loupe (figure ci-dessous).
C’est cette image que l’œil observe. Elle lui sert d’objet dont il forme l’image sur la rétine.
b) Grossissement de la loupe:
La loupe étant un instrument d’observation, la façon dont elle modifie cette observation est décrite
en optique en comparant le diamètre apparent de l’objet observé à l’œil nu et le diamètre apparent ' de
l’objet observé à la loupe.
'
Le grossissement G est défini par la relation : G=
G étant sans unité, et ' étant exprimés en radians et suffisamment petits pour que l’approximation
tan soit acceptable.
Le grossissement commercial :
Le grossissement commercial GC est défini pour les deux conditions d’observation particulières suivantes :
Observé à l’œil nu, l’objet est situé à la distance minimale de vision distincte dm.
AB
Dans ces conditions : .
dm
Observé à travers l’instrument, il est placé dans le plan focal objet de la lentille (figure ci-dessous).
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AB
AB f' dm
Dans ces conditions, ' = D’où GC = = .
f' AB f'
dm
Remarque : Si dm = 25 cm et f ’ = 5 cm, alors Gc = 5. Une telle loupe vendue dans le commerce porte
l’indication 5x, dm étant pris conventionnellement égal à 25 cm.
b) Grossissement de la loupe:
'
La puissance de la loupe est donnée par : P
AB
La puissance intrinsèque Pi est obtenue pour un objet placé dans le plan focal objet de la loupe ( A ≡ F ),
AB
soit pour '
f'
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La puissance intrinsèque Pi d’une loupe est donc égale à la vergence : Pi
f'
Remarque : Une loupe de 5 cm de distance focale a une puissance intrinsèque de 20 dioptries.
IV-2- Le microscope
Le grossissement commercial d’une loupe augmente lorsque sa distance focale diminue. Mais
une lentille de trop petite distance focale aurait des faces bombées, les angles d’incidence seraient trop
grands et les défauts introduits dans ce cas seraient importants. Le grossissement commercial d’une loupe
est donc limité (à environ 20).
Pour avoir de plus grands grossissements, il faut utiliser d’autres instruments comme le microscope.
a) Principe de l’instrument
Le microscope est constitué de deux systèmes optiques. Le premier, l’objectif, assimilé à une
lentille convergente, donne d’un petit objet une image très agrandie qui est observée à travers un second
système, l’oculaire, également assimilé à une lentille convergente ou loupe. L’image définitive est
beaucoup plus grande que l’objet.
L’objet AB est placé très près mais au-delà du foyer objet F1 de l’objectif. Celui-ci en donne
une image A1B1, réelle, renversée et très agrandie.
L’oculaire fonctionnant comme une loupe, A1B1 doit être entre son centre optique O2 et son foyer objet F2,
très près de celui-ci.
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L’image définitive A'B' est virtuelle, renversée par rapport à l’objet AB et encore agrandie par
rapport à A1B1. En particulier, si on veut voir cette image à l’infini, le point A1 doit être confondu avec F2.
Remarquons que si A1 se forme avant F2, l’image A'B' est réelle, droite par rapport à l’objet
et beaucoup plus grande que celui-ci. On peut alors la recevoir sur une plaque photographique.
b) Puissance du microscope
𝛼′
La puissance est par définition : 𝑃 = 𝐴𝐵
où α' est le diamètre apparent de l’image définitive A’B’ de l’objet AB. Cette expression peut s’écrire :
𝛼′ 𝐴1 𝐵1
𝑃=𝐴 .
1 𝐵1 𝐴𝐵
Le premier facteur est la puissance de l’oculaire, puisque A1B1 joue le rôle d’objet pour celui-
ci. Le deuxième facteur représente le grandissement linéaire transversal de l’objectif.
On a donc : Pmicroscope = Poculaire . γ objectif
La puissance intrinsèque est obtenue lorsque l’instrument est utilisé dans les conditions où
l’observateur vise à l’infini, c’est-à-dire lorsque l’image intermédiaire A1B1 est dans le plan focal objet de
l’oculaire.