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POESIE

Ce document traite de l'élément religieux dans la poésie symboliste. Il présente d'abord l'influence de la religion et de la Bible sur la poésie symboliste, puis analyse comment des poètes comme Baudelaire, Rimbaud et Verlaine ont développé des thèmes religieux de diverses manières, souvent en remettant en question la foi traditionnelle.

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POESIE

Ce document traite de l'élément religieux dans la poésie symboliste. Il présente d'abord l'influence de la religion et de la Bible sur la poésie symboliste, puis analyse comment des poètes comme Baudelaire, Rimbaud et Verlaine ont développé des thèmes religieux de diverses manières, souvent en remettant en question la foi traditionnelle.

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UNIVERSITÉ NATIONALE DE HO CHI MINH-VILLE

UNIVERSITÉ DES SCIENCES SOCIALES ET HUMAINES

FACULTÉ DE LETTRES FRANÇAISES

DOSSIER
LITTÉRATURE FRANÇAISE 2 - POÉSIE
Année universitaire 2023-2024

SUJET
L’élément religieux dans la poésie symboliste

Réalisé par : Huỳnh Thị Ngọc Thắm – 2057030137

Trịnh Thiên Tú Quyên – 2057030124

Nguyễn Vũ Diệu Linh – 2057030096

Hoàng Văn Long – 2057030100

Classe : [4B]

Ho Chi Minh-ville, le 4 janvier 2024


1. Introduction
La littérature symbolique est souvent préoccupée par l'exploration de la spiritualité et
des questions religieuses, c'est pourquoi la relation entre la poésie symbolique et la
religion était un thème persistant et une force créatrice dans la poésie française des deux
dernières décennies du XIXe siècle. La poésie spirituelle et la poésie en tant que
spiritualité ont suscité l'imagination des poètes et est en outre devenu le sujet durable
d'une série d'essais sur le sens et le rôle de la poésie. Dans ces textes créatifs et
programmatiques, la poésie est souvent considérée comme porteuse de vérité spirituelle
pour le présent et, plus important encore, pour l’avenir. À partir du XIXe siècle, les
langages religieux et poétiques sont conçus comme coïncident de plus en plus en ce qui
concerne le message lui-même et, plus encore, en ce qui concerne la manière dont le
message est énoncé. Mais qu’arrive-t-il à la poésie en tant que source d’orientation
morale et esthétique à une époque de laïcité croissante ? La poésie peut-elle fonctionner
comme une prière laïque ? L'article suivant discutera des éléments religieux et spirituels
dans la poésie symbolique et de la relation entre poésie et religion. Pour écrire cet
article, nous recherchons en profondeur l'inspiration religieuse et la formation de
l'inspiration religieuse dans la poésie de poètes symbolistes tels que Charles Baudelaire,
Arthur Rimbaud, Paul Verlaine, Stéphane Mallarmé, qui ont développé les thèmes
religieux de bien des manières différentes, et en tirent des conclusions à travers la
nécessité de l'élément religieux dans la poésie symbolique.
2. Inspiration religieuse et influence de la Bible
Il est indéniable que depuis le début des traditions littéraires en général et de la poésie
en particulier, les conteurs et les auteurs ont utilisé des thèmes religieux dans leurs
œuvres. Par exemple, dans de nombreux recueils de poésie tels que « Les Fleurs du Mal
» (Charles Baudelaire), « Les Illuminations » (Arthur Rimbaud), « Parallèlement » (Paul
Verlaine), etc. Les auteurs ont employé des thèmes religieux populaires et des questions
philosophiques tels que : le vrai sens de la vie, la vie après la mort, la souffrance
humaine, les injustices et le problème du mal, à travers les personnages principaux de
leurs poèmes dans le but d'éduquer et de réformer la société. La religion et la poésie
entretiennent une relation étroite. La religion est un objet d'intérêt et de description pour
la poésie, une source d'inspiration inépuisable pour la créativité artistique. La poésie sert
de forme à la religion pour exprimer ses enseignements et ses canons. Par exemple, le
poème « Abel et Caïn » est tiré de l'histoire de deux frères dans l'Ancien Testament sur
l'opposition et la jalousie qui ont ensuite donné la première mort de toute l'humanité : «
Race d’Abel, dors, bois et mange / Dieu te sourit complaisamment / Race de Caïn, dans
la fange / Rampe et meurs misérablement. » Dans cette perspective, la religion
contribue à accentuer des pensées et des émotions dans la poésie. La religion est à la
fois le matériel et la destination de l'art, et la poésie, en tant que forme d'expression, a
apporté une nouvelle vitalité et de nouvelles mélodies pour enrichir la vie spirituelle de
l'homme. Sous l'impulsion d'expériences profondes de catéchisme, le poète approche la
réalité d'un point de vue spirituel et la reflète dans son œuvre avec ses propres méthodes
d'expression, imprégnées de couleur religieuse. Ainsi, dans le poème « Les Litanies de
Satan », Charles Baudelaire évoque des personnages considérés comme des symboles
typiques de la religion : « Ô toi, le plus savant et le plus beau des Anges, / Dieu trahi
par le sort et privé de louanges, / Ô Satan, prends pitié de ma longue misère ! ». Le
contenu du poème est le rejet de la religion et en particulier du catholicisme. Le poète
1
affirme éprouver de la sympathie pour Satan, qui a lui aussi connu l'injustice et qui est
capable de compassion pour les exclus. Par ailleurs, il n'est pas étonnant de voir les
éléments religieux apparaître de manière abondante et spécifique dans la poésie de
Charles Baudelaire, notamment : « — Ah ! Jésus, souviens-toi du Jardin des Olives ! /
Dans ta simplicité tu priais à genoux / Celui qui dans son ciel riait au bruit des clous /
Que d'ignobles bourreaux plantaient dans tes chairs vives, » (Le Reniement de Saint
Pierre – Charles Baudelaire). Cela souligne que les éléments religieux et les
significations apparaissant dans les poèmes symboliques indiquent qu'il s'agit d'une
technique littéraire appliquée par les poètes pour transmettre des messages, des valeurs
plus profondes et évoquer des émotions par l'utilisation de symboles, qui sont des
objets, des actions ou des concepts apportant une sensation qui va au-delà de leur
signification littérale. L'interprétation des symboles peut varier en fonction du contexte
et du point de vue du lecteur. L'influence de la religion en général et de la Bible en
particulier se manifeste à travers de l’utilisation des images qui font référence à des
événements et des scènes bibliques, et de celle des images qui répètent et se basent sur
des images existantes dans la Bible.
3. Éléments religieux dans la poésie symboliste
Parmi les thèmes captivants abordés par les symbolistes, l'élément religieux a émergé
comme une source d'inspiration particulièrement riche et controversée. Ces poètes
visionnaires ont remis en question les croyances traditionnelles, subverti les symboles
sacrés et célébré la rébellion contre l'ordre établi. L'expression de la spiritualité dans la
poésie symboliste se caractérise par une diversité de perspectives, allant de la négation
de la foi à l'exploration de nouvelles formes de religion.
Premièrement, de nombreux poètes symbolistes ont utilisé des éléments religieux pour
nier la foi, s’opposer au divin ou même soutenir explicitement Satan.
« Les Litanies de Satan » de Charles Baudelaire est un exemple typique de cette
rébellion, employant une image religieuse subversive et des litanies blasphématoires
pour exprimer une rébellion contre Dieu et le rejet de la morale conventionnelle. Les
litanies – « Le Gloria in excelsis Deo », habituellement dédiées à Dieu dans la liturgie
catholique, sont détournées pour glorifier Satan comme un symbole de la liberté de
pensée et de la révolte contre les normes sociales oppressives : « Ô Satan, prends pitié
de ma longue misère ! ». Le poète poursuit son éloge de la rébellion en célébrant Satan
comme le rebelle par excellence « Ô toi, le plus savant et le plus beau des Anges - Dieu
trahi par le sort et privé de louanges ». L'utilisation délibérée de l'image religieuse de
manière négative dans les litanies de Baudelaire renforce la nature subversive du
poème, incitant les lecteurs à remettre en question les conventions morales et à explorer
des perspectives alternatives sur la spiritualité et la moralité. De plus, dans «
Parallèlement » (Invectives), Paul Verlaine adopte une tonalité satirique et critique
envers Dieu et la foi, dévoilant son scepticisme envers la nature divine. La citation «
Créateur, en la foi première, / Dieu, tu nous trompes comme une mer » incarne un rejet
audacieux de la foi première et suggère une vision de Dieu en tant qu'entité trompeuse,
comparable à une mer insaisissable. En outre, Stéphane Mallarmé, dans son poème « Le
Livre », aborde de manière subtile la mission spirituelle conventionnelle. La citation «
Ouvrir ce livre, et le refermer, c'est tout un » suggère une remise en question de l'impact
réel des écritures religieuses sur la vie quotidienne. Pour Arthur Rimbaud, dans

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« Mauvais Sang », il semble rejeter la morale traditionnelle basée sur la faute et la
rédemption. Il récuse le Dieu punitif de la Bible, remet en cause le concept du péché
originel, et refuse d'accepter la culpabilité humaine inhérente à ces dogmes religieux.
Arthur Rimbaud exprime un questionnement profond sur le manque d'aide de Christ, en
déclarant : « L’esprit est proche, pourquoi Christ ne m’aide-t-il pas, en donnant à mon
âme noblesse et liberté : Hélas ! L’Évangile a passé ! L’Évangile ! L’Évangile ! ».
Deuxièmement, les poètes symbolistes ont souvent exprimé leur mécontentement envers
l'Église, critiquant sa prétendue hypocrisie, sa cruauté, et la perception qu'elle était
dégoûtante. Ils ont utilisé des éléments religieux pour critiquer les dogmes rigides, les
pratiques jugées oppressives et la corruption qui pouvait découler du pouvoir
ecclésiastique.
Arthur Rimbaud, à travers son œuvre, dénonce une religion oppressante et une Église
idéologique qui exploite les pauvres au lieu de les secourir. Dans « Les Pauvres dans
l'Église », il dépeint les fidèles comme des victimes de cette foi, qualifiant ironiquement
les pauvres de « baveux de mendicité et de foi insensée. » Le poème décrit une scène de
prière où les fidèles, dans une « lamentation sans fin à Jésus » semblent adresser leurs
supplications à un Jésus indifférent qui « rêve en haut ». Rimbaud souligne ainsi
l'absurdité d'une foi qui semble éloignée des préoccupations réelles des pauvres. Par
ailleurs, dans « Le Mal » des Cahiers de Douai, Rimbaud utilise des images percutantes
pour mettre en évidence l'ironie de Dieu et de la religion. En soulignant le luxe de
l'église par rapport à la pauvreté du peuple, Rimbaud dénonce l'injustice sociale
perpétrée par l'Église catholique, soulignant que la richesse de l'église semble s'enrichir
de la misère de son peuple. Ces images poétiques sont des critiques percutantes de
l'injustice sociale et de l'hypocrisie religieuse qui préoccupaient profondément
Rimbaud. Dans son poème « Les Illuminations », il exprime son mécontentement
envers l'hypocrisie religieuse avec des images poignantes. Il écrit : « Les curés, poings
sur leurs bibles, qu'ils se gargarisent de dégoûts, / Les papes, vieillards au jeu de
l'Éternité, voix d'or, et d'azur, / Les cardinaux qui, les trois doigts levés sur les femmes,
chassent les anges ». Ces vers sont une critique acerbe des représentants religieux qui,
au lieu de transmettre la spiritualité et la bienveillance, semblent s'engager dans des
comportements condamnables. Arthur Rimbaud révèle sa vision provocante sur
l'autorité de l'Église. Il critique l'abus du pouvoir ecclésiastique pour maintenir l'autorité
comme un moyen de contrôle. Rimbaud exprime ainsi sa méfiance envers l'autorité
ecclésiastique, suggérant des motivations moins nobles derrière la façade sacrée, telles
que le pouvoir, la richesse et même l’éventuelle réalité corrompue au sein de
l'institution religieuse. C'est une manifestation de la perspective rebelle et critique de
Rimbaud envers les institutions religieuses de son époque.
Troisièmement, les poètes symbolistes ont souvent établi des liens hypertextuels avec la
Bible en incorporant des citations, des allusions et des références bibliques dans leurs
poèmes. « Le Reniement de Saint Pierre » de Charles Baudelaire est le premier poème
de la section « Révolte » de Les Fleurs du mal. Il établit des liens hypertextuels avec la
Bible en mettant en scène le reniement de Saint Pierre, un épisode évangélique crucial,
soulignant son lien profond avec les textes bibliques. De plus, le poème « Nuit de l'enfer
» d’Arthur Rimbaud peut également être associé à des références bibliques, notamment
le Psaume 67, Matthieu 18 et Marc 9. Ces liens hypertextuels témoignent de l'influence
profonde de la Bible sur le symbolisme poétique de l'époque.
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Quatrièmement, au-delà de la critique et de la satire, certains poètes symbolistes ont
choisi de mettre en avant les aspects positifs de la religion, soulignant comment la
spiritualité peut être une source de réconfort, de vérité et de bonheur, apportant un
équilibre spirituel dans une époque souvent marquée par des bouleversements sociaux et
intellectuels.
Dans ses poèmes regroupés sous le titre « Sagesse », Paul Verlaine exprime une louange
envers la sagesse divine, explorant les thèmes de la vérité et de la bonté inhérentes au
christianisme. Il écrit avec ferveur : « Vierge Marie, mère du Christ, protège / Par le
Sacré Cœur le désir de mes sens ». Ces vers illustrent son appel à la protection divine et
expriment son désir de guider ses sens vers des aspirations spirituelles élevées. Verlaine
témoigne également d'une expérience personnelle de conversion dans ses écrits,
notamment après sa sortie de prison. Son poème « Amour » témoigne de cette
transformation, exprimant une louange du pardon et de la grâce divine : « Seigneur,
ayez pitié des chrétiens / Qui ne marchent pas avec moi ». Ces vers reflètent sa
reconnaissance envers la miséricorde divine et son désir d'inclure les autres dans cette
expérience transformative.
Enfin, l'époque symboliste du XIXe siècle a été marquée par une profonde remise en
question des normes et des croyances établies, notamment dans le domaine spirituel.
Les poètes symbolistes ont souvent opté pour une exploration introspective de la
spiritualité, mettant en avant la recherche personnelle de sens plutôt que l'adhésion
rigide aux dogmes religieux conventionnels. De Baudelaire à Rimbaud, en passant par
Verlaine, Paul Valéry et Mallarmé, ces poètes ont contribué à façonner une nouvelle
conception de la spiritualité, empreinte de mystère, de symbolisme et d'une quête
incessante de compréhension personnelle.
Dans « Les Illuminations » d'Arthur Rimbaud, l’exploration de la spiritualité
personnelle est clairement exprimée dans la déclaration percutante : « Je n'ai pas
d’église ; et je n'ai pas de Dieu ». Rimbaud, par ces mots, rejette de manière
catégorique l'adhésion aux institutions religieuses conventionnelles et à leurs dogmes
rigides. En rejetant l'idée d'une église ou d'un Dieu prédéfini, le poète affirme la
nécessité de trouver sa propre voie, indépendamment des structures religieuses établies.
Cette approche symbolise la recherche d'une spiritualité authentique, basée sur
l'exploration intérieure plutôt que sur la conformité à des croyances prescrites. En outre,
Paul Valéry, figure éminente de la poésie symboliste, offre une perspective unique sur
la relation entre la poésie et la spiritualité. Dans son observation selon laquelle « Nous
avons eu, à cette époque, la sensation qu’une manière de religion eût pu naître, dont
l’émotion poétique de l’essence », quand la beauté ou la poésie se suffisent à elles-
mêmes « à l'égal d'une croyance définie » (« Existence du symbolisme », Variété),
Valéry suggère que la poésie symboliste portait en elle les germes d'une forme de
religiosité nouvelle, empreinte d'une émotion poétique profonde. L'un des aspects clés
de cette perspective religieuse était le fétichisme, une forme de vénération particulière
qui imprégnait la poésie symboliste. On considère la poésie comme un besoin
nécessaire de la société, soulignant ainsi son rôle vital dans la création et la transmission
d'une sorte de culte intellectuel. Ainsi, dans l'univers symboliste, la poésie devient un
langage sacré, réservé à ceux qui peuvent déchiffrer ses significations ésotériques.

4
4. Nature et élément religieux dans « Correspondances »
Correspondances est un poème étant fondateur dans l'esthétique de Baudelaire. Pour lui,
c’est le poète qui est capable de déchiffrer les signes cachés de l'univers. Cependant,
l'esthétique accompagne souvent des choses de mystérieux et de métissé, c’est pourquoi
il faut parler de la religion. Dans ce poème, Charles Baudelaire a proposé une esthétique
nouvelle faisant de la poésie un moyen privilégié de déchiffrement en utilisant des
éléments religieux à travers l'image de la Nature et de l'encens.
À propos de l'image de la Nature, le mot Nature a une lettre N majuscule, nous
indiquant que c’est un concept général. En réalité, depuis les antiquités, la Nature existe
en tant que concept littéraire. Ce concept se développe à travers l'histoire de la pensée
humaine. Dans les époques historiques antiques, la nature est à la fois une norme, une
menace et aussi un refuge. Mais au XIIe siècle la nature devient un principe de
mouvement où se perpétuent les traditions religieuses et au XVIIe siècle le concept grec
de la nature est bien adapté. Au mouvement romantique, les expressions « contempler la
nature », « célébrer la nature » ont connu, qui a poussé à l’extrême le sentiment de la
nature, perçue comme confidente et consolatrice. Jusqu'au 19e siècle où le symbolisme
est né, la nature est liée au sacré, contient le souffle de religion. Dans Correspondances,
Charles Baudelaire présente la Nature comme un lieu sacré. Elle est évoquée sous la
forme du temple, lieu de communication privilégié entre l'humain et le divin, entre notre
existence et l'au-delà. « La Nature est un temple où de vivants piliers / Laissent parfois
sortir de confuses paroles ; / L'homme y passe à travers des forêts de symboles / Qui
l'observent avec des regards familiers », dans cette strophe, il y a une métaphore filée
du temple et de la forêt avec « vivant piliers » qui nous permet d’assimiler la Nature à
une structure sacrée, religieuse, divine, un sanctuaire qui recèle un sens caché « de
confuses paroles ». Cependant, ces propos obscurs pour le commun des mortels étaient
compréhensibles seulement pour les prêtres (le poète) qui les traduisent à destination
des fidèles. Cette idée est reprise par toute une génération de poètes. Pour Stéphane
Mallarmé par exemple, la poésie doit rester hermétique, compréhensible uniquement
pour certains initiés. Ensuite, la Nature est mentionnée comme un lieu symbolique. En
effet, la Nature est non seulement sacrée mais également hermétique. Il n'est pas facile
de saisir son sens car la Nature est un monde mystérieux et énigmatique. Elle est comme
une forêt de symboles qui est habitée par une présence intelligente. Elle observe avec «
des regards familiers », accompagne de manière bienveillante et invite l'homme à entrer
dans le mystère.
À propos de l'encens, il est mentionné comme le synonyme de raffinement et d'élévation
spirituelle. En réalité, l'encens est attaché à la religion et à la prière. Dans le
christianisme, l'encens devient le symbole de la prière qui monte vers le ciel. Dans ce
poème, si le parfum est bien la porte qui ouvre aux « choses infinies » et l'un des
instruments de l'Idéale, capable de solliciter l'imagination pour quitter un moment la
prison terrestre, l'encens utilisé lors des cérémonies religieuses est le parfum le plus
spirituel, attaché à l'appel divin et à l'élévation spirituelle.
En résumé, la Nature est esthétisée dans le poème Correspondances. Elle devient
comme un lieu sacré et symbolique. C'est le poète qui a une mission pour déchiffrer les
signes de l’univers ; l'exercice de la poésie devient une activité essentielle, un
sacerdoce. C'est pourquoi on peut dire que la poésie a une fonction religieuse, elle relie

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les différents domaines de la réalité et nous dévoile une réalité spirituelle profonde et
invisible.
5. Conclusion
Le mot « symbole » est issu du grec ancien sumbolon, qui dérive du verbe sumbalein
(symballein) (de syn-, avec, et de -ballein, jeter) signifiant « mettre ensemble », «
joindre », « comparer », « échanger », « se rencontrer », « expliquer ». En Grèce, un
symbole était au sens propre et originel un tesson de poterie cassé en deux morceaux et
partagé entre deux contractants. Ces pièces identifient chacune une personne liée
(appelée symbola), donc un symbole représente non seulement quelque chose d'autre,
mais fait également référence à une partie perdue et invisible qui doit être achevée ou
complète. Ainsi, le symbole contiendra en lui à la fois ce qui est réellement présent et ce
qui est invisible, uniquement dans l'imagination. Autrement dit, le symbolisme n'est pas
seulement spiritualisation de la matière : il est aussi incarnation des réalités invisibles,
œuvre de l'imagination, c'est-à-dire, au sens qu'il donne à ce terme, des facultés qui
« revêtent les idées de la parure des images, » qui, « tournées vers l'infini, méditent
perpétuelle ment l'invisible et l'imaginent avec des images d'origine inconnue et de
forme ineffable. » Pourquoi une chose n'est pas seulement elle-même mais représente
autre chose ? Pourquoi les gens ne parlent-ils pas directement mais doivent-ils recourir à
des moyens compliqués, ce qui rend le destinataire confus et même difficile à
reconnaître le problème ? La réponse la plus simple repose probablement sur la nature
humaine elle-même. La plupart des gens sont gouvernés par des états émotionnels et
irrationnels ; chaque action et chaque choix proviennent du monde spirituel. Le symbole
est « La vie naturelle de l'esprit... Les actes symboliques trouvent leur origine dans
l'aspect fondamental de l'activité psychologique que Freud a appelé le processus primitif
». Et la religion est une partie indispensable et extrêmement importante de la vie
spirituelle de l’humanité depuis les temps primitifs jusqu’à nos jours. La religion dans la
poésie symbolique est donc inévitable, comme le disait un jour Huymans : «
symbolisme et liturgie sont inséparables ».
La religion est l'âme de la poésie symbolique, qui aide les poètes à expliquer les
mystères, les mythes, le rôle des poètes ou même celui de la poésie, par exemple avec
Baudelaire, dans ses pages sur Richard Wagner et Tannhäuser à Paris, cette perspicacité
l'a aidé à expliquer le mythe : « Le mythe est un arbre qui croît partout, en tout climat et
sans boutures, dit-il. Les religions et les poésies des quatre parties du monde nous
fournissent sur ce sujet des preuves surabondantes. Comme le péché est partout, la
rédemption est partout, le mythe est partout. Rien de plus cosmopolite que l'éternel. ».
Le monde matériel et le monde des esprits sont frères. Chaque homme, chaque être a sa
corrélation en haut. Dieu a établi une corrélation nécessaire entre tout ce qu'il a créé…,
et cette corrélation s'appelle « correspondance ».
Les poètes, voire la poésie, deviennent ainsi de nouveaux dieux, mais ils peuvent au
contraire devenir aussi de nouveaux démiurges, ceux qui créent des mondes, comme l'a
enseigné le Symbolisme. Autrement dit, ils sont avant tout les créateurs, les « voleurs de
feu » qui doivent nécessairement rivaliser avec le Créateur. Comme mentionné ci-
dessus, la poésie religieuse et symbolique a réellement contribué à créer une apparence
et une identité uniques dans la poésie humaine.

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Bibliographie
1. « Les Litanies de Satan », Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857
2. « Parallèlement », Paul Verlaine, Invectives, 1839
3. « Mauvais Sang », Arthur Rimbaud, Une Saison en enfer, 1873
4. « Les Pauvres dans l'Église », Arthur Rimbaud, Poésie, 1870
5. « Le Mal », Arthur Rimbaud, Cahier de Douai, 1870
6. « Les Illuminations », Arthur Rimbaud, 1895
7. « Le Reniement de Saint Pierre », Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857
8. « Nuit de l'enfer » d’Arthur Rimbaud, Une Saison en enfer, 1873
9. « Sagesse », Paul Verlaine, en novembre 1880 à la Société générale de librairie
catholique.
10. « Amour », Paul Verlaine, 1892
11. « Existence du symbolisme », Paul Valéry, Variété, 1939
12. « Abel et Caïn », Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, 1861
13. « Le Reniement de Saint Pierre », Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, 1861
14. « Richard Wagner et Tannhäuser à Paris », Charles Baudelaire, 1861
15. « Correspondances », Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, 1861

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