ECHOS DU NORD
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Bimensuel Gabonais d’informations — 17ère année L H
700 F.CFA 16 février 2024
Parait tous les 15 jours
EL
N Ces hommes et femmes
A U
L
autour du général-président Lire en page 2, 3, 4 &5
Sommaire
Cour constitutionnelle vs
Angue & Mborantsuo que
s’est-il réellement passé ?
Lire en pages 6 &7
Un congrès du
PDG en vue ?
Lire en pages 8 &9
BLA décortique des
pans des réalités du
pouvoir SBO-ABO-NBV
Lire en pages 10, 11&12
Assala revigore les
vautours
Lire en page 13
Le dernier coup du «
Parrain » : haro sur la
Banque nationale de dé-
veloppement pour l’en-
treprenariat des jeunes !
Lire en pages 14, 15&16
Vulgain Andzembe,
le nouveau commis-
saire général au Plan
Lire en pages 17 &18
LES COULISSES DU PALAIS
Ces hommes et femmes autour…
Ils et elles règlent les horloges de la chaine.
présidence de la République. Font et Le général-président a donné le ton dès
défont des carrières. Créent des cours, l’entame de la transition : une gouver-
les uns dans la discrétion et d’autres nance inclusive. Seul atout pour aider à
sans même s’en cacher ; accrochés à de reconstruire le vivre-ensemble mis en
vieux logiciels où la collection des pre- lambeaux sous les quatorze ans d’Ali
ébendes, le petit commerce financier, la Bongo Ondimba. Il y a aussi ces
promotion des fratries et des clans de- hommes et femmes du président. On
meurent leur occupation premieère. les compte sur les doigts d’une main. Ils
Certains n’ont pas compris les exi- sont alignés sur la vision du président
gences de la nouvelle ère. Il y a ceux-là. de la transition loin du reste aux agen-
On reviendra sur eux la semaine pro- das multiples et cachés. Qui sont-ils ?
Ulrich Manfoumbi
Manfoumbi, tout un
symbole pour les Ga-
bonais ! L’homme le
plus en vue du Co-
mité pour la transi-
tion et la
restauration des ins-
titutions (CTRI) et
de loin le plus jeune,
le ministre chargé
des Missions, porte-
parole du CTRI a été
la révélation du 30
août 2023. Il a été le
messager qui a porté
l’annonce de la libé-
ration aux Gabonais.
Depuis ce jour, ses
apparitions sont très
suivies surtout lors
de la publication des Maroc, le colonel Ulrich Manfoumbi
communications du CTRI. Discret et Manfoumbi a pris le commandement
travailleur. Dans les chaumières, une du camp Baraka, à Libreville, le 3
certitude est partagée : c’est son dé- mars 2020, succédant à Raymond
vouement indéfectible à la cause du Serge Makaga Maguga. S’il est une
CTRI et au général-président. Si la poignée d’hommes de confiance dans
communication présidentielle a de la le giron du général-président, il en
visibilité, c’est à lui qu’on la doit. fait partie et est aux premières loges.
Formé à Saint-Cyr, en France, et à
l’école de guerre de Meknès, au Suite en page 3
2
LES COULISSES DU PALAIS (SUITE)
…du général-président
Suite de la page 2
Victorine Tchicot n’est pas une bleue.
Elle cumule au bout de ses dix petits
doigts des années d’expérience des ar-
canes du pouvoir. Très jeune, elle a
commencé sa carrière au Palais sous
Bongo père et quelques années à
l’évènement d’Ali Bongo Ondimba
en 2009. Très vite aussi, elle sortira de
cet environnement rendu toxique par
Maixent Accrombessi. Femme dis-
crète et efficace, auprès d’Oligui
Nguema, elle assure la direction du
cabinet privé du chef de l’Etat, qui
est le lieu où passent de grands dos-
siers et de grandes décisions. On dit
d’elle qu’elle est la clé de voûte tant
des affaires privées que des affaires
officielles. Pour beaucoup de per- litique. Installée en France pendant
sonnes, Victorine Tchicot est l’une des quelque temps, elle sera une des fi-
voix les plus crédibles de la prési- gures les plus engagées dans la résis-
dence. Celle qui sait dire non au chef, tance à Paris à partir de 2016. Elle a
avec réserve et courtoisie. Son sens de milité au sein du Rassemblement Hé-
la franchise est connu. Pas étonnant ritage et Modernité dirigé par
qu’elle ait gagné en influence. Cela a Alexandre Barro Chambrier. Candi-
suffi pour taire toute l’acrimonie à la- date une première fois aux élections
quelle elle a fait face dès sa prise de législatives de 2018, sa candidature a
fonction, le 12 septembre dernier. Vic- été gommée au profit du PDG. Elle
torine Tchicot est aussi une figure po- rebelotte en 2023.
Jacques Lebama, le chef de départe- tion. Il a offert le flan à l’avocat Me
ment des affaires juridiques. L’on se Anges Kévin Nzigou, tout dernière-
demande toujours pourquoi, en par- ment en laissant le président de la
lant de lui au moment où il était transition signer un décret en viola-
nommé à la Cour constitutionnelle, tion de l’article 35 de la Charte. Tout
on l’a surnommé « le Caméléon ». dernièrement, il y a eu cette affaire
Cela reste une énigme. Car on n’a pas d’honorariat qui a créé un éboulement
l’impression qu’il a su se fondre dans alors qu’il avait apposé son blanc-
les tons mauves et brun clair du mar- seing sur le décret. On se demande si
bre de son bureau à la présidence. le chef de l’Etat ne devrait pas mieux
Des décrets du président de la Répu- s’équiper sur les affaires juridiques.
blique ont donné lieu à des saisines à
la Cour constitutionnelle de la transi- Suite en page 4
3
LES COULISSES DU PALAIS
Ces hommes et femmes autour…
Suite de la page 5
Guy Rossatanga
Rignault, un retour
dans la maison. Il
avait occupé le
même poste durant
un temps assez bref
sous Ali Bongo
Ondimba. Il faut
dire que ce dernier
avait la manie de
penser que les
hommes étaient in-
terchangeables. Or,
il est des postes où
la fossilisation est
plutôt conseillée.
C’est le cas du se-
crétariat général de
la présidence de la
République. Oui,
c’est le lieu de
l’homme de
confiance, de l’in-
crustation où l’on
fait corps avec les
ors et les verreries
du Palais. Vu sous
cet angle, ce poste a
connu ses icônes,
notamment Mama-
dou Diop et René
Radembino Coni-
quet. Il sera difficile
de mettre en cause
les qualités de tra-
vailleur et de com-
pétence de
Rossatanga Ri-
gnault. Toutefois, des discours du chef de l’Etat. Les
on le voudrait moins présent dans les sorties, lors des derniers sommets sur
voyages présidentiels. Mais aussi, on l’environnement, ont laissé un goût
voudrait qu’il mette en place une véri- d’inachevé.
table équipe outillée pour la rédaction Suite en page 5
4
LES COULISSES DU PALAIS (SUITE)
…du général-président
Suite de la page 4
François Epouta, on
voudrait simple-
ment accoler à ce
nom un terme : « la
grande classe », tant
il rappelle deux em-
blématiques direc-
teurs du protocole
d’Etat d’Omar
Bongo Ondimba :
Maurice Leflem et
Antoinette Ndo.
Monsieur Epouta
connaît son do-
maine de compé-
tence. Homme
d’affaires avant de
débarquer pleine-
ment à la prési-
dence, ce «
franc-maçon » bon
teint connaît le mi-
lieu, ses vibrations
et les hommes. Il se
dresse sur les traces
de celui qui incarna
cette fonction sous
Félix Houphouet
Bouagny, Georges
François Ouegnin.
Arthur Lemami, directeur de cabinet crétion. Toute chose qui tranche avec
du général-président. Avant la prési- les directeurs de cabinet tels que
dence de la République, cet homme a Maixent Accrombessi qui s’est com-
fait ses classes à la Cour constitution- porté en chef de l’exécutif bis. La dis-
nelle dans les départements juri- crétion est une excellente posture,
diques, en grande partie avant d’être mais contrôle-t-il le cabinet présiden-
promu directeur de cabinet de la pré- tiel ? L’on a l’impression d’une pétau-
sidente de la Cour constitutionnelle. dière, où tout le désordre est permis.
Un homme de l’ombre, effacé, et s’il Le spectacle des nominations est là
faut lui concevoir un tissu à sa me- pour l’illustrer.
sure, celui-ci sera frappé du mot dis-
5
LES COULISSES DES INSTITUTIONS
Cour constitutionnelle vs Angue
& Mborantsuo…
L’on a assisté à tout
un remue-ménage
ces derniers temps
au sujet de l’honora-
riat de Marie Made-
leine Mborantsuo
(3M). Un coup, 3M
et Louise Angue
sont hissées au rang
de présidente hono-
raire et de membre
honoraire de la
Cour constitution-
nelle, pour leurs
états des services.
D’un coup aussi,
l’on a une réaction
du collège des
conseillers sur le
rejet par la Cour
constitutionnelle de
transition de leur ho-
norariat, au prétexte
de vices de procé-
dures de forme et de
fond et que la délibé-
ration du 2 septem-
bre 2023 ne figurait
nulle part dans les
minutes du greffe de
la Cour. Et pourtant,
l’histoire donne des
faits autres. L’on se
souviendra qu’au
lendemain du coup
de la Libération, le
30 août 2023, les au-
Marie Madeleine Mborantsuo
torités de la transi-
tion, après avoir déclaré dissoutes les la transition. Il a fallu ce rétablissement
institutions de la République, avaient temporaire pour que, dans un premier
temporairement rétabli la Cour consti- temps, soit organisée la prestation de
tutionnelle. Cela jusqu’à la mise en serment des membres de la Cour de la
place de la Cour Constitutionnelle de
Suite en page 7
6
LES COULISSES DES INSTITUTIONS (SUITE)
… que s’est-il réellement passé ?
Suite de la page 6 le sens de l’honorariat, n’étant pas dans
transition. Et par la suite, que cette la même juridiction.
Cour reçoive le serment du président Des indiscrétions qui se sont échappées
de la transition, Brice Clotaire Oligui de la Haute juridiction, l’on apprend
Nguema. que les juges, à tour de rôle, jusqu’aux
Certains, pour expliquer ce qui s’était assistants, s’étaient bien prononcés,
produit, avaient renvoyé plus d’un vers chacun en ce qui concerne le travail co-
la loi organique de la Cour constitu- lossal que 3M et Louise Angue avaient
tionnelle. Or, celle-ci ne précise pas la abattu. L’on apprend aussi que le décret
forme de l’acte de reconnaissance de la querellé portait bien le contre-seing du
notoriété. Lorsque la Cour de la transi- département juridique de la prési-
tion argue que ladite délibération ne fi- dence de la République que dirige
gurait pas dans les minutes du greffe de Jacques Lebama, ancien de la Cour
la Cour, ignorait-elle aussi qu’elle constitutionnelle, ce qui témoigne de
n’avait qu’une forme administrative et sa régularité.
que dégarnie de sa forme juridiction- Alors, pourquoi la Cour constitution-
nelle, elle ne pouvait pas non plus être nelle n’a-t-elle pas expliqué tout ceci au
enregistrée dans les minutes du greffe ? peuple gabonais, préférant se faufiler
De même que les juges membres de la dans la brèche que lui offrait la critique
Cour de la transition n’étaient pas en populaire, enfreignant les fondements
mesure de reconnaître leur mérite dans juridiques de l’affaire ?
Louise Angue
7
LES COULISSES DES PARTIS POLITIQUES
Un congrès du…
Luc Oyoubi
A ce qu’il semble, comme la Grande A ce qu’il paraît, les hiérarques restés fi-
Loge du Gabon (GLG), qui se réorga- dèles au PDG veulent le restructurer
nise après la chute du grand maître Ali pour régler le problème du leadership
Bongo Ondimba, le Parti démocra- contesté du secrétaire général par inté-
tique gabonais (PDG) veut survivre au rim, Luc Oyoubi, et ainsi stopper la sai-
« distingué camarade président » gnée avant le dialogue national. Ils
(DCP). Pour le moment, l’information sont convaincus que la perspective de
circule sous cape : le PDG pourrait or- cette grand-messe attise les velléités
ganiser un congrès dans un mois, avant d’émancipation, comme en 1990 au
le dialogue national prévu théorique- moment de la conférence nationale,
ment pour avril prochain. La GLG, qui vit l’éclatement de ce qui était en-
elle, a tenu une assemblée générale le 10 core le parti unique. Ces derniers
février dernier, aux fins d’introniser le temps, de hauts cadres du PDG quit-
nouveau grand maître, en la personne tent la barque. Certains avec fracas, à
de Jacques Denis Tsanga, éphémère l’image de Mathias Otounga Ossibad-
ministre des Eaux et Forêts et actuelle- jouou, plusieurs fois ministre sous le
ment gouverneur (en sursis ?) de la DCP. D’autres sans faire de bruit, le cas
province du Haut-Ogooué.
Suite en page 9
8
LES COULISSES DES PARTIS POLITIQUES (SUITE)
… PDG en vue ?
Suite de la page 8
de Bernard Aperano, ancien
maire de Port-Gentil, la ca-
pitale économique, qui vient
de lancer sa propre forma-
tion politique.
Alors, semble-t-il, les nom-
breux pédégistes que le Co-
mité pour la transition et la
restauration des institutions
(CTRI) a nommés dans les
institutions, au gouverne-
ment, dans la haute adminis-
tration et dans les
délégations spéciales enten-
dent remettre la barque PDG
à flot. Eux et d’autres nababs
peuvent réunir le trésor de
guerre nécessaire pour les
échéances à venir. L’objectif
est de rendre incontournable
l’ancien parti au pouvoir et
Mathias Otounga Ossibadjouou
d’obliger le chef de l’Etat, le
général Brice Clotaire Oli-
gui Nguema, à s’appuyer sur
lui au cas où il se présenterait
à la présidentielle qui mar-
quera la fin de la transition
en 2025. Reste à savoir si la
résurrection du PDG au
sommet s’accompagnera
d’une nouvelle adhésion po-
pulaire. Ce que l’on peut
constater sur le terrain, c’est
que des cadres et des mili-
tants de base intègrent d’au-
tres écuries politiques qui
émergent avec le change-
ment intervenu à la tête du
pays le 30 août 2023. Les dé-
faites du DCP aux présiden-
tielles depuis 2009
renseignent amplement sur
la perte de vitesse de l’ancien
parti des masses.
Bernard Apérano
9
DECRYPTAGE
BLA décortique des pans des…
La communication présidentielle
est aphone et manque d’offensive
sur de nombreux sujets. L’at-
taque en règle des avocats de
l’ex-régente, Sylvie Aimée Marie
Valentin plus connue sous le
nom Sylvia Bongo Ondimba
(SBO), n’a pas eu de répondant.
Il a fallu l’interview à « Jeune
Afrique » de Brice Laccruche
Alihanga (BLA) pour remettre
les pendules à l’heure. SBO avait
été confortablement installée par
ses avocats dans la peau d’une
dame de cœur, maltraitée et hu-
miliée depuis son incarcération.
BLA, à la question de « Jeune
Afrique » sur ce fait, a réagi : « Je
considère cela comme une ru-
meur. Aujourd’hui, Sylvia Bongo
Ondimba ne peut pas avoir le
culot de se plaindre. J’ai une idée
de ses conditions de détention,
qui sont aux antipodes de ce période. »
qu’ont été les miennes. Tous les Gabo- De même qu’ils ont prétendu qu’elle
nais constatent que la justice fait son était éloignée de la décision et que
travail. À mon époque, c’était bien toutes les accusations portées contre
différent. Nos repas n’étaient pas elles relevaient de mensonges fabriqués
préparés par un cuisinier personnel, par ses détracteurs. Qui mieux que l’an-
comme je l’ai lu récemment à son sujet cien directeur de cabinet d’Ali Bongo
dans vos colonnes, nous n’avions ni lit Ondimba était bien placé pour remettre
ni ventilateur ni lumière du jour... Nos les pendules à l’heure ? BLA a été au
proches ont été soumis à des interroga- cœur du système Ali Bongo Ondimba
toires violents, et nos familles ont été où la première dame était la donneuse
détenues pendant des jours, voire des d’ordres.
années dans le cas de mon propre frère Les Gabonais n’étaient pas dupes. Et ce
de sang. que dit BLA était ressassé sous cape par
Au-delà de ma famille, que penser de de nombreux Gabonais. Passé l’année
mon aîné, Jean-Rémy Yama, qui n’a pu 2020, elle ne dissimulait plus son plan
aller se faire soigner ni enterrer sa com- pour son fils. Des témoignages sous
pagne, ou de mon autre frère, Renaud cape faisaient état de ses déclarations
Allogho, dont l’épouse est morte durant sur le sujet. Et pour ce faire, il fallait
sa période d’isolement ? Et je ne cite rassembler aussi bien les moyens poli-
que deux exemples parmi tant d’autres, tiques que financiers. Ce pan de la stra-
traités inhumainement durant cette Suite en page 11
10
DECRYPTAGE (SUITE)
…réalités du pouvoir SBO-ABO-NBV
Suite de la page 10
tégie, BLA le révèle dans cette inter-
view : « Dans l’exercice de ces fonc-
tions, que j’appréhendais avec
beaucoup d’enthousiasme, j’ai rapide-
ment découvert un système de capta-
tion des ressources, de relations entre
familles, de réseaux obscurs similaires
à ceux qui existent, d’ailleurs, dans de
nombreux pays du continent. Un
système bien huilé, à l’époque déjà
vieux d’un demi-siècle, et qui se protège
de tout élément déviant, surtout s’il se
sent en danger. J’ai perçu très rapide-
ment qu’au sommet de la hiérarchie le
couple Ali et Sylvia Bongo Ondimba
exerçait un contrôle total. »
Surtout, il ne fallait pas s’opposer à ses
plans. BLA et ses amis l’apprendront à qu’en donnant ma vérité sur l’inapti-
leurs dépens. A l’issue d’une réunion tude de Nour-Ed-Din Bongo-Valentin,
tenue dans les quartiers d’Angondje, un j’avais scellé mon sort. » Dans l’inter-
des amis de BLA, Renaud Allogo view de « Jeune Afrique », BLA déclare
Akue, marquera de manière limpide : « C’est un secret de polichinelle : Syl-
son opposition au projet. Il confiera via Bongo a toujours eu un réel ascen-
plus tard à des personnes : « Je savais dant sur le reste de sa famille. Il semble
qu’au fil du temps elle nous a
considérés, [mes proches] et moi en par-
ticulier, comme des obstacles à son pro-
jet de confiscation du pouvoir, lequel
était adossé à son fils, élément central
de sa stratégie. »
La poursuite de cet objectif a quasiment
déshumanisé l’ex-régente. En réalité, la
pomme de discorde était le refus de
BLA et des BLA boys de cautionner ce
plan de confiscation du pouvoir. Ce
d’autant plus que BLA et les BLA boys
ne donnent aucun signe de coopération
au projet. Mais bien au contraire. Il ex-
plique : « Après l’AVC du président, en
octobre 2018, il devenait clair que je de-
venais gênant : nous retardions autant
que possible la conclusion de contrats
qui semblaient désavantageux [pour le
Suite en page 12
11
DECRYPTAGE (SUITE)
BLA décortique des pans des
réalités du pouvoir SBO-ABO-NBV
Suitede de la page 11
pays] ; nous faisions des remarques, qui
n’étaient pas appréciées, sur l’état de
santé du chef de l’État, qui se dégradait
; nous déconseillions toute transmis-
sion héréditaire du pouvoir à son fils,
etc. » Leur message étant sans équi-
voque, la réaction de SBO allait égale-
ment l’être. Il fallait les mettre hors
d’état de nuire. La suite, on la connaît.
Ce sont les arrestations qui s’en sont
suivies. BLA a porté dans sa chair les
marques de l’univers carcéral. Ses amis
aussi. Le témoignage de BLA, au-delà
de sa conversion, a la particularité
d’avoir mis sur la table la réalité du
pouvoir d’Ali Bongo Ondimba. Un
pouvoir dont il avait perdu le contrôle
en totalité, n’existant que par le titre
dont il était affublé. Mais dans les faits,
Nour-Ed-Din Bongo Valentin avait
commencé le grand exercice durant ces
quatre dernières années. supplémentaires, car la justice, c’était
Mais au-delà de révéler ce qu’a été la eux. Pour l’anecdote, il m’a également
fin du règne d’Ali Bongo Ondimba, il a indiqué ce jour-là qu’il habitait dans
donné un aperçu global du système qui ma propre maison, que désormais
a régenté le Gabon, marqué par la c’était la sienne, et que je n’étais plus
haine et cette volonté d’humiliation qui qu’un cadavre en sursis. Il semblait évi-
va jusqu’à dépouiller totalement ceux dent que lui, Noureddin et leur bande
placés dans la visière. BLA, pour l’illus- prenaient un malin plaisir à nous voir
trer, relate un fait dans cette interview souffrir. »
survenu lors de son incarcération : « « L’arbre appelé haine a-t-il déjà donné
Régulièrement, des membres de la des fruits comestibles ? » dit un pro-
Young Team venaient nous voir en pri- verbe swahili. Le pouvoir d’Ali Bongo
son pour nous narguer. J’ai à l’esprit un Ondimba, de son épouse et de son fils,
épisode précis : Ian Ngoulou, qui était « habité de malveillance », dirait Toni
directeur de cabinet de Noureddin Morrison, ne pouvait produire que les
Bongo Valentin, m’a fait extraire de ma fruits de la désolation. BLA donne éga-
cellule, en mai 2023, pour me dire qu’il lement dans cette interview une leçon
était à l’origine de ma condamnation en d’amour et de bienveillance envers son
correctionnelle, et qu’après les élections prochain. Gage de reconstruction du
ils étaient convenus qu’ils me colle- vivre-ensemble. Que les Gabonais y
raient trente années de réclusion songent.
12
DECRYPTAGE (SUITE)
Les oiseaux de mauvais augure
tomberont le masque
Quels sont ceux qui sont à l’origine de qui brûle la syntaxe pour lui donner le
posts signés SOUVERAINISTES ET cachet du citoyen lambda, dont le ni-
DEMOCRATES GABONAIS ? Des veau d’instruction autorise à défier la
personnes qui se dissimulent derrière langue française. De quoi ont-ils peur ?
cette signature tels des danseurs mas- D’affronter le général-président ? Et
qués, mais qui finissent par tomber le qui leur a dit qu’il était intéressé ? C’est
masque. Leur objectif est bien connu, le peuple qui lui donnera la conduite à
meubler l’esprit des Gabonais que la tenir le moment venu. Et ce peuple, le
chose politique ne doit se jouer qu’entre vrai, le soutient. Rien à voir avec la mi-
les mêmes. Ces mêmes sont ceux qui in- norité populaire qui s’agite, manipulée
toxiquent sur les réseaux sociaux par qu’elle est par des mercenaires, nervis
des messages sur la non-participation et sicaires qui croient pouvoir trouver
du général Brice Clotaire Oligui une voie, pour retrouver les strapontins
Nguema aux prochaines élections. Ces qu’ils détenaient hier sous Ali Bongo
mêmes faisaient la pluie et le beau Ondimba. Voilà pourquoi ils ternissent
temps sous les mandats successifs d’Ali l’image du général-président, celle de
Bongo Ondimba. Lâches, ils sont inca- sa famille et de certains de ses proches.
pables aujourd’hui d’assumer leur dis- Cette façon de préparer et d’influencer
cours ouvertement. Ces l’opinion est une méthode bien connue,
néo-pouvoiristes qui, à une période, qui suscite automatiquement des
ont porté le masque du PDG, insul- doutes sur la crédibilité du message.
taient en payant des activistes qui le Mais cette fois-ci, le pli ne prendra. Ces
leur rendent bien, parce que mezza mercenaires d’un autre genre se dévoi-
voce, certains d’entre eux finissent la leront bientôt soit en créant tous azi-
journée en révélant le nom de leur com- muts des partis politiques, soit en
manditaire. Aujourd’hui, de façon su- annonçant leur candidature de manière
bliminale, ils passent un message en précoce. A ce moment, ils tomberont le
feignant une rédaction dans un style masque.
MILIEUX D’AFFAIRES
Assala revigore les vautours
Il a suffi de l’annonce du rachat des ac- gnation des prochains dirigeants d’As-
tifs d’Assala par l’Etat gabonais pour sala va être un autre test grandeur na-
que que les mêmes vautours commen- ture pour le Comité pour la transition
cent à affûter leurs becs pour bondir sur et la restauration des institutions
la Direction générale de la société. (CTRI). Ici, l’exigence des enquêtes de
Tout doit leur revenir. Comme si d’au- moralité est plus que vivace.
tres Gabonais n’existaient pas. La dési-
13
MILIEUX D’AFFAIRES (SUITE)
Le dernier coup du « Parrain » :
haro sur la Banque nationale…
« Le gouvernement devra
me soumettre très rapide-
ment les conditions de créa-
tion d’une banque
nationale de développe-
ment pour l’entrepreneuriat
des jeunes, capable d’ac-
compagner les PME et PMI
à travers les 9 provinces. »
C’était à la faveur de son
discours de fin d’année
2023. Le président de la
transition, Brice Clotaire
Oligui Nguema, y voyait
un outil pour détourner les
jeunes de la seule ambition
d’entrée à la fonction pu-
blique ou dans les orga-
nismes parapublics en leur
permettant de se prendre
en charge. Cela passait par
la création des petites et
moyennes entreprises et petites et caire. Notamment les banqueroutes et
moyennes industries (PME-PMI) avec liquidations de la Banque gabonaise de
la disponibilité des financements pour développement (BGD), de la Banque
leurs projets via cette banque. D’aucuns gabonaise de l’habitat (BHG) et de la
se demandent comment ce projet a été Postbank, il y a quelques années. Cela
détourné pour que sa mise en œuvre fait du Gabon un élève très peu exem-
soit assurée par le « Parrain de BGFI » ? plaire. « Le Parrain » se serait-il engouf-
De fins connaisseurs du milieu bancaire fré dans cette brèche, pour proposer son
ont émis l’hypothèse des contraintes modèle et influer sur la suite ? Par
liées à l’obtention des agréments auprès exemple, et tenez-vous bien, il préside-
des instances habilitées comme la Com- rait la commission d’appel à candida-
mission bancaire de l’Afrique centrale ture pour les postes de Directeur
(Cobac). C’est souvent une très longue général et Directeur général adjoint. Si
procédure avec l’inconvénient qu’elle c’est le cas, autant dire que la désigna-
cadrait mal avec l’urgence exprimée par tion de l’équipe dirigeante de cette «
le président de la transition. Un autre nouvelle » banque sera incontestable-
écueil est la possibilité que le Gabon de ment manipulée par… « Le Parrain ».
se heurte à un rejet sec de son dossier. Et de nouvelle banque, il n’en sera rien.
L’Etat gabonais ayant montré ses li- Et c’est à ce niveau qu’il y a un hic.
mites par le passé dans le domaine ban-
Suite en page 15
14
MILIEUX D’AFFAIRES (SUITE)
…de développement pour
l’entreprenariat des jeunes !
Suite de la page 14
Voire un gros hic. « Le Parrain »,
à ce qu’il ressort, va utiliser un
vieux fonds de commerce, en
perte de vitesse et en manque de
créativité stratégique depuis plus
de dix ans (surprenant pour
quelqu’un qui, chaque fois qu’il en a
l’occasion, se répand pompeusement
par voie de presse sur l’efficacité des
plans stratégiques qu’il conçoit) et
va en badigeonner l’enseigne et
gravera la nouvelle dénomina-
tion. Et quelle est cette vieille en-
seigne ? La moribonde Finatra.
En clair, l’Etat gabonais va sim-
plement injecter des fonds pour
ressusciter… Finatra. Un établis- quel point Finatra est un grand malade,
sement financier à bout de souffle, voire que « le Parrain », auto-proclamé meil-
à l’agonie depuis tant d’années et dont leur banquier devant l’Éternel, a lamen-
les pertes abyssales sont toujours dissi- tablement échoué à maintenir à flot,
mulées par des montages financiers sca- comme cela a d’ailleurs été le cas pour
breux (coup d’accordéon, réduction de Loxia, une autre entité du Groupe
capital, société de défaisance, abandon BGFIBank.
de créances, fusion, etc.), qui se sont Il est donc évident qu’on ne soit pas en
tous avérés être « un pansement sur situation de création d’une nouvelle
une jambe de bois ». C’est vous dire à banque. Mais il y a une autre entour-
loupe. C’est que « le Par-
rain » va s’assurer du
contrôle de la boîte. A ce
qu’il se susurre, il a fait un
tour d’horizon d’action-
naires pour la partie privée.
En commençant par « Ya
Pasco », la « braqueuse de
la République », actuelle-
ment en procès en France
pour corruption passive
d’agents étrangers. Une fois
il s’assure d’avoir le privé
avec lui, rien ne lui échap-
Suite en page 16
15
MILIEUX D’AFFAIRES (SUITE)
Le dernier coup du « Parrain » : haro
sur la Banque nationale de développe-
ment pour l’entreprenariat des jeunes !
Suite de la page 15
perait par la suite. Voilà ce qu’on
appelle un vrai dol. D’une pierre,
il a fait plusieurs coups : il recapi-
talise Finatra, en utilisant l’idée
du président de la transition ; il
s’assure du contrôle de la future
banque, ex-Finatra, en influen-
çant le choix de ses prochains pa-
trons ; il prend le contrôle de
l’actionnariat privé. Et le tour est
joué ! Il a mis un dribble, puis un
crochet et, pour clôturer le spec-
tacle, un petit pont et… but.
Mais comme il n’est jamais trop
tard pour bien faire, le CTRI se-
rait bien inspiré de ne pas utiliser les à son ego démesuré, incapable d’ad-
fonds publics pour assouvir la boulimie mettre qu’il est totalement largué par
de pouvoir du « Parrain », Henri- l’évolution du métier et les nouveaux
Claude Oyima, qui ne cesse de démon- mécanismes induits. Henri-Claude
trer qu’il est en réalité beaucoup plus à Oyima ou le pouvoir pour le pouvoir…
l’aise dans les arcanes de la manipula- Nous renvoyons donc les actionnaires
tion, du trafic d’influence et autres du Groupe BGFIBank, les pouvoirs
coups fourrés qu’il ne l’est en gestion publics et la Cobac à Montesquieu,
bancaire. Pour finir, pas étonnant que qui disait : « Pour qu’on ne puisse abu-
tous les vrais spécialistes chevronnés ser du pouvoir, il faut que, par la dispo-
qu’il a eu à ses côtés n’aient pas survécu sition des choses, le pouvoir arrête le
pouvoir. »
Le président de la transition, Brice
Clotaire Oligui Nguema, doit revoir
ses plans et confier le projet de création
de la Banque nationale de développe-
ment à son bras séculier financier : la
Caisse des dépôts et consignations
(CDC), qui du reste vient d’enregistrer
la nomination de Marius Nkori en qua-
lité d’administrateur directeur général
lors du Conseil des ministres du 7 fé-
vrier 2024.
16
LES GENS
Vulgain Andzembe, le nouveau
commissaire général au Plan
"Peu connu de
l’environnement
Gabonais, Vul-
gain Andzembe a
fait toute sa car-
rière à la Banque
de France (BDF).
Assis sur ses 16
ans d'expérience
professionnelle,
Vulgain au quoti-
dien s’est occupé
de la gestion d'ac-
tifs. On parle ici
d’actions euro-
péennes et améri-
caines, d'un
encours de ges-
tion moyen de
+1,5 milliards
d'euros et d'un
Ratio d'Informa-
tion moyen positif
sur la période, de
78% (dont 75%
sur les 4 dernières
années)".
Des années d’ac-
quisition d’exper-
tises diverses,
notamment en
gestion de porte-
feuille Equity ; en
analyse finan-
cière, en finance
de marché et en
analyse écono-
mique internationale (macro & micro). gérant confirmé). Consistant en l’ap-
Côté compétences, il en a développé au prentissage et formation sur le métier
sein de la BDF. Notamment dans le ma- de l’analyse financière et de la gestion ;
nagement de stagiaire, juniors et sé- sur le contrôle et suivi des missions (ex :
niors (analyste, assistant gérant et
Suite en page 18
17
LES GENS
Vulgain Andzembe, le nouveau
commissaire général au Plan
Suite de la page 19 o 2016 : création d’un fonds théma-
travaux d’automatisation de fiches va- tique basé sur la notation de style de
leurs et sectoriels ; travaux sur l’intégra- gestion (value, croissance, cyclique,
tion des notes ESG, 2° et controverse ; défensive, de dividende) d’un montant
travaux sur des projets de création de de 200 millions d’euros
fonds) ; sur l’aide à la rédaction des o 2020 : Création d’un fonds ISR
prospectus de fonds. Compétences Tout comme il a géré divers fonds sur
dans la préparation des comités finan- cette période de seize ans à la BDF.
ciers, notamment dans la partie ma- Ainsi, en 2008-2014 gérant de fonds
tières premières, avec comme activité français (FPA) avec pour indice de ré-
la création de la partie matières pre- férence le SBF 120 et d’un encours
mières avec suivi, actualisation et pré- moyen sur la période 600 millions
sentation ; en tant que force de d’euros. Depuis 2012 gérant fonds Eu-
proposition sur de nouveaux projets rope (FIAC en cogestion) d’un mon-
d’investissement ; l’organisation de tant de 500 millions avec pour indice
réunion avec les top management des de référence le STOXX600 (ESG/1,5°
entreprises internationales (TotalEner- depuis 2018). En 2013 : gérant d’un
gie, BNP, Apple, Air Liquide. J&J, Sa- fonds USA FIAC US d’un montant de
nofi, Vinci, etc. Au fil des ans, il a 400 millions d’euros avec pour indice
démontré des compétences dans la de référence le S&P500 et
mise en place de la stratégie macro & STOXXUS900. De 2014 à 2017, il est le
micro-économique et de la stratégie ac- gérant d’un fonds Euro (FPE) d’un
tion américaine et européenne. montant de 1.2 milliards avec pour in-
Au fil de ses années à la Banque de dice de référence EUROSTOXX300. De-
France, il a conduit et réalisé de nom- puis 2018, il gère un fonds sur
breux projets dont les plus marquants l’Europe (FPI ESP PLUS) avec pour in-
sont les suivants : dice le Stoxx600 ESG.
o 2012 : création d’un fonds théma- Vulgain Andzembe est à l’origine de la
tique de type GARP sur l’Europe d’un mise en place d’un screening de nota-
montant de 500 millions d’euros. tion des titres et de la Création d’un
o 2013 : création d’un fonds théma- fonds de type ESG, baptisé Fonds de
tique type GARP sur les Etats-Unis transition objectif 2030-50 (FTO 2030-
d’un montant sur la période de 1,2 mil- 50).
liards d’euros
tiel
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