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Princeton University Library
32101 074226000
HOVELACQUE
L'AVESTA
ZOROASTRE ET LE MAZDÉISME
V.1
LIBRARY
OF
PRINCETON UNIVERSITY
L'AVESTA
ZOROASTRE ET LE MAZDÉISME
PAR
HOVELACQUE
ABEL ...
PREMIÈRE PARTIE
INTRODUCTION
Découverte et interprétation de l'Avesta
PARIS
MAISONNEUVE & Cie, LIBRAIRES- ÉDITEURS
25 , quai Voltaire , 25
e
1878
E TI
ÉCOL D'AN
16 , QUE DE L'ÉCOr , JR
IS
PAIN
ORLÉANS , IMPRIMERIE DE G. JACOB , CLOÎTRE SAINT-ÉTIENNE, 4.
AVANT- PROPOS
Nous nous proposons d'étudier la doctrine reli-
gieuse , liturgique et morale des livres de l'Avesta ,
attribués à Zoroastre ou à ses disciples .
· On ne trouvera pas ici un ouvrage de mythologie
comparée ; nous ne rapprocherons pas l'Avesta des
stvid
Védas hindous, non plus que des anciennes tradi-
tions grecques, italiennes , celtiques , germaniques ,
Da
slaves , lithuaniennes .
Nous ne rechercherons pas, non plus, quelle a
2-20-53
été l'influence du mazdéisme sur la mythologie sé-
mitique, ou , inversement, quelle a été l'influence
s
du sémitisme sur les
o croyances mazdéennes . Nous
8 d
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4 2 6
2 4
2 3
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L
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A
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n'aborderons pas la question du zoroastrisme mo-
derne ; nous ne nous occuperons pas des faits et
des causes historiques qui ont réduit l'ancienne
doctrine de Zoroastre à ne plus compter aujour-
d'hui qu'un très- petit nombre de sectateurs .
Notre sujet est nettement délimité, et nous étu-
dions une période bien définie de la civilisation de
l'antique Éran l'époque durant laquelle furent
composés, enseignés et compris par les adhérents du
mazdéisme les textes zends que nous possédons .
Les précédents et la suite du zoroastrisme ancien
sont en dehors de nos recherches .
Décembre 1877.
INTRODUCTION
DÉCOUVERTE ET INTERPRÉTATION DE L'AVESTA
PREMIÈRE PARTIE
Opinion des anciens et des modernes sur le zoroastrisme ,
avant Anquetil - Duperron
L'Avesta est le recueil des livres sacrés attribués
communément à Zoroastre et à ses premiers disciples :
c'est la Bible du mazdéisme . On donne en général , à la
langue dans laquelle sont rédigés les textes de l'Avesta, le
nom tout conventionnel de langue zende.
Nous aurons à nous occuper un peu plus loin du
sens de ces mots : zend, Avesta, et nous rapporterons
1
-
les différentes explications qui en ont été données .
Nous dirons quelle place occupe la langue zende dans
le groupe des idiomes indo-européens , et à quelle époque
il semble raisonnable de placer les anciens textes rédigés
en cette langue . Nous aurons aussi à examiner la
composition même de l'Avesta .
Mais, auparavant, nous voulons exposer l'histoire de
la découverte de ce précieux monument, l'un des plus
importants que nous ait laissés l'antiquité, l'un de
ceux qui jouèrent un des plus grands rôles dans l'histoire
de la civilisation .
Ce serait trop dire que de donner l'Avesta pour le
livre religieux de la Perse ancienne . Dans cet empire,
il régnait sans doute, à l'ouest comme à l'est , un
ensemble de croyances et de mœurs dont le fond
commun se retrouve dans l'Avesta . Mais l'Avesta, tel
que nous le possédons , rédigé tel qu'il nous est par-
venu, n'était point le livre de la Perse proprement
dite, c'est-à-dire de la région occidentale de l'empire
éranien . C'est ce que nous prouve d'une façon con-
vaincante la comparaison de la langue que parlaient
les rois perses achéménides, l'ancien perse, et celle
qui a servi à la rédaction du texte qui fait le sujet
de notre étude , le zend . Un exemple ou deux explique-
ront la chose . Tandis que la principale des divinités
bienfaisantes reçoit en perse le nom d'Auramazda, elle
s'appelle en zend Ahura mazdâ ; tandis que le perse
des inscriptions cunéiformes de Béhistan , de Persépolis ,
de Naqs i Rustam , dit adam « je » , amiy « je suis » ,
daçta- « main » , martiya- « homme » , le zend ,
3 ---
l'idiome de l'Avesta, dit azem, ahmi, zaçta- , masya- , etc.
Cependant, répétons-le , le fond des croyances était le
même pour ceux qui se servaient de la langue perse
et ceux qui se servaient du zend ; aussi pouvons- nous ,
sans crainte d'erreur, considérer, comme reflétant suffi-
samment les doctrines et les préceptes de l'Avesta , les
passages que nous ont laissés les auteurs anciens sur
la religion et les coutumes des Perses .
Nous pourrions réunir ici ces différents passages ;
ils sont nombreux, et ne sont pas tous copiés l'un sur
l'autre . Si nous nous abstenons de les reproduire en
ce moment, c'est qu'ils trouveront place (les plus
importants au moins) dans le corps même de notre
livre, aux endroits où il y aura le plus d'opportu-
nité et d'avantage à les citer . Qu'il nous suffise de dire
qu'au premier livre de ses Histoires , Hérodote a con-
sacré un morceau très-important à la religion et aux
croyances des Perses, ses contemporains (450 ans avant
notre ère). Nous avons reproduit et commenté ailleurs
ce passage fort curieux du vieil et véridique histo-
rien (1) . A côté des relations d'Hérodote nous aurons
à citer les rapports plus ou moins étendus , plus ou
moins exacts, de Ctésias, de Théopompe, d'Hermippe,
de Strabon, de Pausanias , de bien d'autres encore .
Les sources mahométanes , purement asiatiques et
qui datent du moyen âge, ont également leur intérêt,
et nous les reproduirons à l'occasion .
(1) Observations sur un passage d'Hérodote concernant certaines
institutions perses, Paris, 1875. Cf. Rapp, Die religion und sitte
der Perser und übrigen Iranier nach den griechischen und rœmis-
chen quellen. ZDMG . xix , 1 ss .
4 ---
Mais arrivons aux études européennes , et voyons
comment la science occidentale a fait la découverte de
l'Avesta, l'a lu , l'a interprété.
4 anglais
On attribue généralement à l'orientaliste
Thomas Hyde le mérite d'avoir exposé le premier l'en-
semble des croyances religieuses des anciens Perses (1 ) .
Le livre de Hyde fut publié en l'année 1700 ; mais
plus d'un siècle auparavant avait déjà paru, à Paris,
un écrit analogue , et que l'on ne saurait sans injus-
tice passer sous silence. L'auteur de cet ouvrage est
Barnabé Brisson , jurisconsulte né en 1531 , mort en
1591. Brisson, avocat général au Parlement, puis pré-
sident à mortier , fut nommé premier président par la
Ligue, puis enfin pendu par les Seize .
La première édition de son livre , intitulé De regio
Persarum principatu libri tres, parut à Paris en 1590 .
C'est dans la seconde partie que Brisson traite du sujet
qui nous occupe : Liber II quo de religione, moribus
institutisque Persarum tractatur . Il commence par dire
que les Perses honoraient Jupiter (Jovem) ; nous verrons
plus tard que ce prétendu Jupiter n'est autre que
Thwasa, la voûte céleste ; le soleil, sous le nom de
Mithra ; « Oromaz » ou « Oromagda » , et parmi les
divinités malfaisantes « Ariman » ; la lune et Vénus (sic) ;
le feu (ignis in sacrificando princeps erat) ; l'eau , la
terre ; qu'ils ne possédaient point de temples ; qu'ils
(1) Haug, par exemple, dit dans ses Essays : « The first, who
attempted to give a complete description of the doctrine of the
Magi, was the celebrated Oxford Scholar Hyde » . Bombay, 1862 ,
p. 13.
1
5 -
sacrifiaient sur les hauteurs, dans un lieu pur ; que
les sacrifices commençaient par des invocations aux
dieux . Il parle enfin de Zoroastre, des jours de fête , de
la division des âges de la vie , des mariages entre
consanguins , puis de certaines coutumes funéraires .
Tout le livre de Brisson est aujourd'hui encore fort
intéressant à lire , et il est évident que l'auteur avait
dépouillé avec un grand soin les ouvrages de l'anti-
quité dans lesquels il espérait trouver des renseigne-
ments . Une seconde édition de son livre parut en 1595 :
Cum notis Sylburgii et tripl . indice ap. Commelin,
in-8 ; une troisième dans le recueil de ses œuvres , à
Paris , en 1606 , in-4 (1 ) ; une quatrième à Stras-
bourg (Argentorati), en 1710 , in-12, publiée par J. H.
Lederlin (2).
Du livre de Henri Lord , The religion of the Parsees ,
publié à Londres en 1630, et traduit par Briot en
1667 , à la suite de l'Histoire de la religion des Ba-
nians, sous le titre de Histoire de la religion des
anciens Persans qui sont à présent dans les Indes
orientales et que l'on appelle communément Parsis (3) ,
il y a peu de choses à tirer. Henri Lord avait séjourné
à Surate durant dix-huit ans ; dans son opuscule , il
rapporte ce qu'il a pu apprendre des prêtres parsis .
Après avoir parlé de la création , de Zertoost , législa-
teur des Persans , né en Chine , de la révelation que ce
Zertoost obtint de la divinité, il énumère certains pré-
(1) Inscrit à la Bibliothèque nationale F 2032 .
(2) Inscrit à la Bibliothèque nationale O 2 h, 80 E.
(3) Inscrit à la Bibliothèque nationale 0 2k, 382. Voyez d'ail-
leurs Curchill's collection of travels in six volumes, t. VI .
6 --
ceptes de la loi mazdéenne et certaines cérémonies ;
il relate l'adoration du feu et termine par un recueil
de passages extraits des anciens auteurs . Au point de
vue historique, ce petit livre peut avoir son intérêt ;
mais , en réalité, il est rédigé sans critique aucune (1 ).
Il n'y a rien d'original, d'autre part, dans la partie
du livre du théologien anglais Edouard Pocock (Spe-
cimen historia Arabum sive Gregorii Abulfarajii Mala-
tiensis de origine et moribus Arabum succincta narratio
in linguam latinam conversa, etc. ) qui concerne la
religion des Perses . La version occupe dans ce livre
une trentaine de pages, les notes trois cent soixante
environ. Si nous ne nous trompons, il a eu deux
éditions à Oxford , l'une en 1648, l'autre en 1650 .
Voyez particulièrement à la page 147 de cette der-
nière (2).
Dans l'histoire de la philosophie d'un autre écrivain
anglais , Thomas Stanley (3) , nous trouvons une compi-
lation de certains passages des auteurs anciens sur la
réforme organisée par Zoroastre dans la religion des
Perses , sur la doctrine de ces derniers, leur théologie
(1) L'ouvrage de Th . Herbert ne donne qu'une sorte d'abrégé
de Lord : A relation of some yeares travels ... Londres , 1634,
1638, 1665, 1677. Traduit en français en 1663.
(2) Inscrit à la Bibliothèque nationale J 244 .
(3) History of philosophy . La première partie de la première
édition parut à Londres en 1655. Il y a d'autres éditions anglaises
' de 1687, 1701 , 1743. Une traduction latine incomplète fut publiée
à Amsterdam en 1690 ; une autre, par Olearius, avec des additions,
å Leipzig, en 1711 ; une autre à Venise en 1731 : Historia philo-
sophia. C'est à cette dernière que nous renvoyons. Il existe une
traduction flamande du même ouvrage, éditée à Leyde en 1702.
- 7 ―
et leur cosmogonie, sur les rites de leurs sacrifices
et leurs divinités . Pars XIV, De Persarum philosophia,
t. III, p . 300.
L'opuscule de Burton, Veteris linguæ persica sifava
fere omnia quæ quidem apud priscos scriptores reperiri
poterant, parut à Londres en 1657. Il forme la seconde
partie (p . 61 à 104) du petit volume qui commence
par l'histoire de la langue grecque du même auteur .
Le commentaire des mots éraniens cités par les écri-
vains de l'antiquité est un sujet qui a attiré plusieurs
autres érudits . La huitième dissertation de Reland
(Hadriani Relandi dissertationum miscellanearum pars
altera, 1707 , p. 97) est intitulée : Dissertatio de reli-
quiis veteris linguæ persica. Reland cite tout d'abord
les travaux antérieurs aux siens, de Gesner, Waser ,
Brisson, Burton . En 1798 , Paulin de Saint-Barthélemi
traita, dans son ouvrage sur l'antiquité et l'affinité du
zend et du sanscrit ( voyez ci - dessous ) , de certains
mots perses cités par les auteurs anciens (p . xxxvI
et suiv. ).
Thomas Hyde, professeur de langues orientales (parti-
culièrement de langues sémitiques) à Oxford , vécut de
1636 à 1703. Son livre , bien connu, est intitulé :
Veterum Persarum et Parthorum et Medorum religionis
historia ; la première édition parut en 1700 , in-4 (1) ;
la seconde en 1760 (2) . La Bibliothèque nationale
possède l'exemplaire d'Anquetil -Duperron , signé par
lui au titre même, et enrichi çà et là de quelques notes.
(1) Inscrit à la Bibliothèque nationale Z anc. 803 .
(2) Inscrit Z anc . 803, 1 .
8-
manuscrites (1 ) . Hyde commence par distinguer les
Perses anciens des modernes ; il cherche à démontrer
leur monothéisme, et, dans ce but, s'efforce de prouver
que pour eux Mithra et le feu n'étaient pas de véri-
tables divinités . « Zoroastre , ajoute-t-il , leur réforma-
teur religieux , connaissait la doctrine des Juifs » ; puis
il expose l'objet de son ouvrage : In hoc opere quod
jam præ manibus est, in unum congessimus pleraque
(sive bona et orthodoxa, sive mala et hæretica) quæ
de Magorum religione sparsim apud autores leguntur.
Il parle ensuite des rapports de la religion perse et de
celle d'Abraham ; il revient sur ce que Mithra n'était
nullement une divinité ; il traite du soin de l'eau et du
feu ; des deux principes, celui de la lumière et celui
des ténèbres ; de la création , de l'origine du genre
humain, de l'année , des saisons et des mois, des jours
de fête , du pont Tchinvat (dont nous parlerons en trai-
tant du sort de l'homme après la mort) ; du mariage ,
de la lotion au moment de la naissance , des funérailles ;
puis de la langue perse et de ses dialectes . Le livre
contient plusieurs gravures différentes représentations
du Mithra, des prêtres procédant au sacrifice , des
cadavres exposés aux oiseaux de proie , etc. , etc. Cet
écrit de Hyde est sans doute une tentative très- hono-
rable, mais elle manque absolument de critique , et
nous ne pouvons en tirer que bien peu de profit.
Brisson s'était contenté de rassembler les témoignages
des anciens ; Hyde avait voulu faire plus et mieux ;
mais tout ce que lui apprenaient l'Orient du moyen
(1) Ce dernier exemplaire est inscrit Z anc. 803, I A.
9
âge et l'Orient contemporain , il ne pouvait l'inter-
préter, ne connaissant pas les textes de l'antiquité éra-
nienne elle-même .
Dans les fascicules de février et de mars 1701 des
Nouvelles de la République des Lettres publiées à Ams-
terdam , par J. Bernard , il y a un compte rendu de
l'ouvrage de Hyde ; c'est d'ailleurs une simple analyse .
Signalons ici les quelques pages que J.-Fr. Buddeus ,
vers la fin du second volume de son histoire ecclésias-
tique, consacre à Zoroastre : Historia ecclesiastica veteris
testamenti, ab orbe condito usque ad Christum natum,
variis observationibus illustrata . (Halle , 1709 , 2 vo-
lumes . ) Buddeus se fonde en tout sur l'ouvrage de
Hyde .
Bayle , dans l'article « Zoroastre » de son Dictionnaire
historique et critique ( édition d'Amsterdam, 1734, t. V,
p . 623, note) , Bayle cite le livre de Hyde, et rapporte
notamment l'opinion tout à fait erronée de ce dernier
que les deux principes , celui du bien et celui du mal ,
n'auraient pas été égaux tous les deux dans l'origine , et
même « qu'ils n'étaient à proprement parler que des
causes secondes et ne méritaient pas en rigueur le nom
de principes » . Après avoir rapporté la théorie de Hyde
(dont le traité, dit-il d'ailleurs , est excellent) , Bayle
ajoute « Nous ne saurions voir goutte dans ce chaos
de pensées , nous autres Occidentaux : il n'y a que des
Levantins, accoutumés à un langage mystique et contra-
dictoire, qui puissent souffrir sans dégoût et sans hor-
reur un si énorme galimatias » . (Ibid . ) Mais en parlant
ainsi, il jugeait le mazdéisme d'après les dires de Hyde ;
cent ans plus tard, il eût parlé tout différemment .
10
Dans ce même article sur Zoroastre, Bayle constate
que Hyde admet l'authenticité des livres attribués par
les Orientaux à ce personnage, mais il ajoute en même
temps que « bien des gens croient que tous les ouvrages
qui ont couru sous le nom de Zoroastre , et dont quel-
ques-uns subsistent encore, sont supposés » . Et il ajoute
en note : << Suidas assure que l'on avait quatre livres
de Zoroastre περί φύσεως, De natura ; un livre περὶ λίθων
Tipiwv, De gemmis , et cinq livres d'astrologie judiciaire ,
ἀστεροσκοπικὰ ἀποτελέσματα, Prædictiones ex inspectione stel-
larum . Il est fort apparent que ce que Pline rapporte
sous la citation de Zoroastre (Pline, I. XVIII, chap . xxiv ,
p . m . 501 ; et l . XXXVII , chap . x, p . 407 , 410 , 411 )
avait été pris de ces livres-là . Eusèbe (Præpar . evang.,
1. 1, sub fin. , p . 42) cite un passage qui contient
une magnifique description de Dieu , et il le donne
pour les propres termes de Zoroastre , ἐν τῇ ἱερᾷ συναγώγη
T☎v Пeρσix☎v, in sacro Persicorum rituum commentario .
Je ne vois personne qui ne croie que Clément d'Alexan-
drie a dit que les sectateurs de Prodicus se van-
taient d'avoir les livres occultes de Zoroastre (Clem .
Alexandrin . Strom. , 1. 1, p. 304) . Mais peut-être que
ses paroles ont un autre sens , et signifient qu'il se
vantait d'avoir les livres occultes de Pythagoras . On a
imprimé en dernier lieu , avec les vers des Sibylles , à
Amsterdam, 1689 , selon l'édition d'Opsopeus, Oracula
magica Zoroastris cum scholiis Plethonis et Pselli . Ces
prétendus oracles magiques ne contiennent pas deux
pages . Voici le jugement de M. Huet sur tous les livres.
en général qui ont couru sous le nom de Zoroastre . Il
les traite tous de supposés : « Ex cujus (Zoroastris) fama
1
11
<< et existimatione provenit eorum fallacia, qui sub ejus
« nomine oracula quædam magica græce scripta incautis
« obstruserunt . Edita illa sunt cum Pselli et Plethonis
<< scholiis sed si nares admoveris , fraus subolebit . Ve-
< tustiora quidem illa sunt, nihilo tamen yaripa (sin-
« ceriora) oracula , quæ Cræsi temporibus extitisse narrat
« Nicolaus Damascenus (Hist . , 1. VII, in exc. Const. Por-
« phyr.). Insinceros quoque eos dixerim libros, quos chal-
<< daice scriptos , et chaldaicis commentariis illustratos ,
<< et effata ac sententias complexos Johannem Picum ha-
« buisse ferunt ; insincerum et librum Zind , mihi de
<< nomine solo cognitum, quo ritus magicos et ignis co-
<< lendi disciplinam aiunt contineri ... Insinceros et quos
<< Hermippus , Plinio teste , ducentis versuum millibus sub
<< Zoroastris nomine conditos indicibus quoque positis
1 «
« explanavit. Ex iisdem falsariorum incudibus profectus
< est supra memoratus persicarum legum codex Zunda-
< vestaw, quem vetustissimum tamen conjicio, et eum-
« dem fortasse , qui ab Eusebio (Præp. ev . , 1. 1) . Col-
<< lectio sacra persicarum rerum appellatur . Indidem
<< profectus et quem se arcanis habere jactabant , qui
< Prodici philosophi doctrinam sectabantur , ut est apud
« Clementem Alexandrinum (Strom . 1) ; indidem et quos
<< commemorat Suidas (in Zwpoάoτpng) ; et qui de Ma-
<< gia, Zoroastris nomine , scripti circumferebantur, ut
<< habet Auctor Recognitionum (1. Iv, chap . XXVII ) ; et
« quem tradit Auctor Astrologiæ cujusdam persica,
« ebraice redditæ, ab eo lucubratum, et regnum dei
<< fuisse inscriptum, et manibus Persarum assidue ges-
<< tari esse solutum . » M. Huet ajoute que Porphyre
(in vita Plotini) a reproché aux chrétiens la supposition
12
de beaucoup d'ouvrages , et qu'il se vante d'avoir prouvé
que l'Apocalypse de Zoroastre était du nombre de ces
livres-là. >
Il s'agit ici de Huet, le célèbre évêque d'Avranches,
qui vécut de 1630 à 1721 , et le passage cité est extrait
de 6 sa Demonstratio evangelica, Paris, 1679 , in-folio .
(Autres éditions , ibidem 1687. 1690 ; une en Allemagne,
une autre à Amsterdam, 2 vol . in-8° , une à Naples
en 1731. )
Le théologien anglais Prideaux consacre quelques
pages à Zoroastre et aux Perses dans son livre bien
connu sur l'histoire des Juifs (1 ) . Après avoir constaté
le désaccord des auteurs anciens sur l'âge de Zoroastre ,
il admet qu'il n'y eut qu'un Perse illustre de ce nom .
D'ailleurs, ajoute-t- il , « à Mahomet près, Zoroastre a
été le plus grand imposteur qui ait paru dans le monde »
(t. II , p . 36) . « Il était très-versé dans la religion des
Juifs et dans l'Ancien Testament, ce qui donne lieu de
croire qu'il était Juif d'extraction » . Zoroastre n'aurait
pas fondé une religion nouvelle il n'aurait fait que
réformer celle des Mages , particulièrement en établis-
sant l'existence d'un principe unique supérieur aux
principes de la lumière et des ténèbres . Prideaux parle
des soins de l'entretien du feu ; du livre écrit par Zo-
roastre, le Zendavesta ou Zendavestow, l'allume- feu ,
(1) La première édition de cet ouvrage (en anglais) parut en
1715-1718 . Il eut plusieurs traductions françaises, 1722, etc. Celle
que nous citons est la seconde de ces dernières : Histoire des Juifs
et des peuples voisins... par M. Prideaux , doyen de Norwich, tra-
duite de l'anglais . Nouvelle édition corrigée et augmentée. Amster-
dam , 1728 ; 6 vol . in- 12.
13
ainsi nommé « pour insinuer que ceux qui le liraient
et le méditeraient avec soin sentiraient le feu d'un véri-
table amour pour Dieu et pour sa sainte religion s'allu-
mer dans leur cœur » (ibid. , p . 57) ; il contiendrait un
grand nombre de morceaux empruntés à l'Ancien Tes-
tament . En somme, tout ce passage du livre de Pri-
deaux est sans originalité aucune et sans critique ; il
est surtout rédigé d'après le travail de Hyde .
Dans l'Histoire critique de Manichée et du manichéisme
d'Isaac de Beausobre (tome I, Amsterdam, 1734 ;
tome II , ibid . , 1739 , in-4) , il est souvent parlé du zo-
roastrisme . Beausobre voit dans Zoroastre un contem-
porain de Pythagore : il est prouvé , dit-il, que Zoroastre
n'admettait qu'un seul principe suprême, dominant
deux principes subalternes , l'un auteur du bien , l'autre
auteur du mal (I , p . 31 ) . Plus loin il fait un exposé de
la religion des Perses ( p . 161 ) ; dit que réellement ils
n'adoraient pas le feu ; que Zoroastre réforma le « Ma-
gisme » ; que sa religion « consistait dans ces trois
articles dans la pureté de la foi , dans la sincérité et
l'honnêteté des paroles, dans la justice et la sainteté
des actions » ; que cette religion ne reconnaissait qu'un
dieu ; que les Perses la tenaient d'Abraham . Il parle
ensuite du « Zendavesta , mot composé et qui signifie
un instrument à allumer le feu, à la lettre l'allume-feu »
(p. 395) . C'est en somme, en ce qui concerne le zoroas-
trisme, un travail de second et de troisième main , dont
le livre de Hyde a fait presque tous les frais : l'auteur
y puise des erreurs nombreuses et considérables.
Nous trouvons, vers la même époque , dans l'Expli-
cation de divers monuments qui ont rapport à la reli-
---
- 14-
gion des plus anciens peuples, par le R. P. *** , religieux
bénédictin de la congrégation de Saint-Maur , Paris ,
1739 , in-40 (le nom de l'auteur est Jacques Martin) , un
chapitre intitulé « Du dieu Mithras » (p . 231-293) avec
un paragraphe particulier sur la véritable religion
des anciens Perses » . Martin ne fait d'ailleurs que résu-
mer les assertions de certains auteurs de l'antiquité .
La partie de l'histoire de la philosophie de Brücker
qui traite particulièrement des Perses présente un cer-
tain intérêt, au moins un intérêt historique . Le titre
du livre est celui-ci Historia critica philosophiæ ; il
fut publié à Leipzig en 1742 (cinq volumes in-4) . Dans
le troisième chapitre de son livre premier, Brücker
rapporte que Zoroastre est le fondateur de la religion
des Perses ; que l'on sait peu de choses sur l'époque à
laquelle il a vécu , mais qu'on ne peut certainement pas
le placer après Darius , fils d'Hystaspe . Il raconte la vie
de Zoroastre d'après les auteurs anciens et orientaux ,
et relate ce que les voyageurs modernes disent des
Parses adorateurs du feu . Il parle ensuite des livres
attribués à Zoroastre, notamment du Zendavesta ( « bre-
vius Zend ) , livre révélé à Zoroastre par le ciel, et
qui, à côté de la partie liturgique , contient des pré-
ceptes religieux . Brücker ajoute que Hyde avait entre
les mains le texte même de l'Avesta et que s'il mourut
sans l'avoir publié , ce fut qu'il n'avait point trouvé les
fonds nécessaires à cette édition . Il traite ensuite des
Mages , de leurs fonctions , du culte du soleil , d'Oro-
mazdes et d'Arimanius, et du système théologique gé-
néral de Zoroastre . En 1767 , un sixième volume fut
publié par Brücker pour servir d'appendice aux cinq
15
volumes précédents . Nous aurons occasion tout à l'heure
d'en reparler . Brücker , né à Augsbourg en 1696 , mou-
rut en 1770. En somme, son ouvrage est un écrit de
seconde main, et le principal mérite de cet écrit , en ce
qui concerne les institutions éraniennes, est peut-être
d'avoir fourni à Anquetil-Duperron l'occasion de dé-
montrer l'authenticité de l'Avesta .
Rien de plus intéressant que les écrits de Foucher
publiés de 1759 à 1772 dans les Mémoires de l'Aca-
démie des inscriptions et belles - lettres . Ces différents
articles furent inspirés par le livre de Hyde, dont les
vues parurent à Foucher (comme d'ailleurs à bien
d'autres) singulièrement subjectives et par trop dépour-
vues de critique . Dans la première partie de son
Traité historique de la religion des Perses (op . cit . ,
t. XXV, année 1759) , Foucher rend d'abord justice au
zèle de Hyde et à ses connaissances d'orientaliste , mais
il laisse voir de suite que son projet est de critiquer
sévèrement le docte anglais » . Et de fait, il démontre
immédiatement la fausseté de cette thèse de Hyde, que
les anciens Perses n'adoraient réellement pas le soleil
et le feu, et qu'ils n'étaient point sectateurs de deux
principes coéternels ; il lui reproche avec très-juste
raison de s'en rapporter exclusivement aux auteurs
orientaux du moyen âge, aux écrivains asiatiques , et
de négliger les renseignements fournis par les Grecs
de l'antiquité . Malheureusement Foucher se perd ici
dans des digressions apologétiques absolument hors de
propos , ou qui, du moins, nous paraissent aujourd'hui
tout à fait futiles . Dans son second mémoire , il traite
du dualisme ; il établit tout d'abord que cette doctrine
16 ---
a parfaitement existé chez les anciens Perses ; à vrai
dire, il s'indigne contre elle, en tant que système
philosophique et sous prétexte qu'elle est « destructive
des bonnes mœurs » ; mais ce jugement ne fait rien à
l'affaire le mérite de Foucher est qu'il comprend la
chose telle qu'elle était en réalité . Au tome XXIII , il
traite de la personnalité de Zoroastre . Il rassemble et
confronte les sources anciennes et conclut à ce qu'il a
existé deux individus de ce nom : l'un ayant vécu au
temps de Cyaxare Ier , et celui-là prophète ; l'autre ,
le second Zoroastre, un « Juif apostat » , non point
prophète, mais philosophe, contemporain de Cyrus et
de Darius, fils d'Hystaspe (soit 550 à 500 ans avant
notre ère) . Par la suite des temps on aurait confondu
ensemble prophète et philosophe, et il n'aurait plus
été question , à un moment donné, que d'un seul et
unique Zoroastre . Plusieurs des écrits attribués à
Zoroastre, ajoute Foucher, ont été sans doute composés
par des «< imposteurs » , mais les Mages avaient certai-
nement en leur possession des écrits qui provenaient
de leur législateur .
Ici vient une analyse, naturellement fort erronée , de
tout ce que l'Avesta était réputé contenir : c'est ainsi
qu'il y était parlé d'Adam et d'Eve, et qu'on y rèn-
contrait des psaumes de David ! Mais tout cela était dû
à Hyde . Foucher aurait pu se méfier davantage de ce
qu'avait écrit Hyde relativement au contenu des livres
mazdéens qu'il avait entre les mains , et dont il n'avait
certainement pas compris le premier mot (1) . Foucher
(1) Dans l'article Perses (Philosophie des) de l'Encyclopédie ,
Diderot expose naturellement les idées qui avaient cours, au temps
17
parle ensuite du système du second Zoroastre , le
« Juif apostat » . Ce dernier aurait eu pour but de
<< concilier la religion des Hébreux avec celle des
Perses ; de réunir ce que chacune d'elles avait de
dogmes essentiels ; de relever le magisme, afin qu'il
fût moins odieux à la nation sainte, et de propor-
tionner la religion judaïque à la faiblesse des Mèdes et
des Perses , en la dépouillant du caractère exclusif qui
la rendait insupportable aux autres peuples » (Mé-
moires de l'Académie des inscriptions et belles -lettres,
t . XXVII , p . 339 ) . Il revient d'ailleurs sur ce fait défi-
nitivement établi qu'on trouve dans ce système, à ne
pas s'y méprendre , une réelle adoration du soleil , des
astres , des divers éléments . Au tome XXIX , notre
auteur examine la doctrine des premiers secta-
teurs du mazdéisme ; il rapporte nombre de sources
anciennes et arrive à l'étude du zoroastrisme tel qu'il
était conçu et pratiqué sous la dynastie des Sassanides ,
c'est-à-dire du IIIe au VIIe siècle de notre ère . Au
tome XXXI , il s'occupe du manichéisme, puis des
croyances des Guèbres actuels . Enfin , dans le trente-
troisième volume , nous trouvons un dernier mémoire ,
inséré tardivement dans la publication de l'Académie,
où il écrivait, sur les livres attribués à Zoroastre : « Il faut, dit-il ,
en rapporter la supposition au temps d'Eusèbe. On y trouve des
psaumes de David ; on y raconte l'origine du monde d'après Moïse ; `
il y a les mêmes choses sur le déluge ; il y est parlé d'Abraham , de
Joseph et de Salomon . C'est une de ces productions telles qu'il en
parut une infinité dans ces siècles , où toutes les sectes, qui étaient
en grand nombre, cherchaient à prévaloir les unes sur les autres
par le titre d'ancienneté » . Euvres complètes de Diderot , édition
Assézat, t . XVI , p. 259 .
-- 18-
mais lu en 1772. La traduction d'Anquetil a paru :
Foucher l'accepte telle quelle, déclare qu'elle confirme
ses idées sur le dualisme des Perses, mais ajoute qu'il
s'est trompé sur plusieurs points de leurs doctrines , et
il se rectifie sans hésiter . Ce dernier mémoire est inti-
tulé Supplément au traité historique de la religion
des anciens Parses. Si l'on veut bien négliger les pas-
sages où Foucher prononce de haut, d'après ses propres
croyances , sur le plus ou moins de moralité de celles
des anciens Perses , ce long travail est assurément l'un
de ceux qui font honneur à cette époque de la seconde
partie du XVIIIe siècle , si riche en excellents travaux
d'érudition .
La Mythologie et les fables expliquées par l'histoire,
ouvrage de Banier, qui parut à Paris en 1764, s'occupe
naturellement des Perses et de leur religion . C'est au
chapitre douzième du septième livre , t . III , p . 148 et
suiv. C'est un écrit de seconde main ; l'auteur cite
particulièrement Hérodote, Strabon , Plutarque, Hyde ,
et, à propos du culte de Mithra , Della Torre , évêque
d'Adria, dont nous signalerons le travail lorsque nous
aurons à parler de cette divinité .
DEUXIÈME PARTIE
Anquetil-Duperron et ses contemporains
Une ère nouvelle allait s'ouvrir : Anquetil-Duperron
rapportait des Indes la collection des livres sacrés du
mazdéisme , et Eugène Burnouf devait bientôt lire et
interpréter ces textes précieux .
Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperron, frère cadet
d'Anquetil l'historien , naquit à Paris en 1731. Adonné
de bonne heure à l'étude de l'hébreu , de l'arabe , du
persan, il vit un jour , à Paris , quelques feuillets zends
calqués sur les manuscrits d'Oxford (1 ) et résolut , sans
tarder, de partir pour l'Inde pour se mettre en rap-
(1) Des manuscrits zends avaient été apportés en Europe avant
ceux d'Anquetil . En 1718 , l'Anglais G. Bourchier reçut des Parses
de Surate le Vendidad , le Yaçna et le Vispered, qui furent apportés
en Angleterre en 1723. Hyde ne put les déchiffrer, bien qu'il fût
maître de l'alphabet zend. Plus tard l'Ecossais Fraser acheta à
Surate le Yaçna et les Yests, mais il ne réussit point à se faire
initier aux doctrines des Parses. Consultez Anquetil-Duperron, t. I,
p. v de son Discours préliminaire . Lors de son retour de l'Inde en
France, Anquetil compara à ses propres manuscrits les manuscrits
qui se trouvaient en Angleterre.
20
port avec les établissements des Parses, et pour étudier
en même temps la littérature védique . N'ayant aucune
espèce de ressources pour entreprendre ce coûteux
voyage , Anquetil n'hésita pas à s'engager comme simple
soldat au service de la Compagnie des Indes . L'on put,
heureusement, le faire bientôt libérer de son engage-
ment. En août 1755, il débarqua à Pondichéry, et
peu de temps après gagna Chandernagor, où toutes
ses espérances ne tardèrent pas à être déçues . Nous le
retrouvons de nouveau à Pondichéry ; il y reste deux
mois et se rend par mer à Mahé . De Mahé il gagne
Goa, puis Surate.
Dans cette dernière ville, il se trouve enfin en rapport
avec les communautés de Parsis .
On sait que la conquête islamite avait chassé de
leur pays, au VIIe siècle de l'ère chrétienne , les secta-
teurs du mazdéisme , et que la plus grande partie de
ceux-ci allèrent s'établir dans l'Inde du nord- ouest .
Dans son premier volume , Anquetil rapporte l'histoire
de l'exode des Parsis , p . CCCXVIII . D'après Dosabhoy
Framjee, le nombre total des Parsis était, en 1854,
d'environ cent cinquante mille individus . La plupart
sont établis dans l'Inde septentrionale , à Bombay, à
Surate, à Baroda ; en Perse , à la même époque , on
en comptait six mille six cents à Yezd , à l'est d'Ispa-
han ; à Kirman , plus au sud , environ quatre cent cin-
quante ; enfin une cinquantaine à Téhéran . (Dosabhoy
Framjee, The Parsees : their history, manners, customs
and religion, Londres , 1858 , in- 8 ) (1 ) .
(1 ) Consultez également : Spiegel, Zur neuesten geschichte des
Parsismus dans le livre Erân ; Berlin , 1863, p . 371 ss. Du même
21 ―
Une fois établi à Surate , Anquetil parvint à force de
stratagèmes à gagner la confiance plus ou moins inté-
ressée du destour Darab, et le 24 mars 1759 (ainsi
qu'il le rapporte lui-même, et cette date marque un
jour heureux dans l'histoire des études éraniennes) , il
commença la version du Vendidad . Successivement il
traduisit les autres livres de l'Avesta , c'est-à- dire le
Yaçna et le Vispered, puis les invocations connues
sous le nom de Yests ou de Petit Avesta, enfin le
Boundehèche, livre cosmogonique postérieur aux écrits
zends, et écrit en langue huzvârèche (idiome éranien
parlé au moyen âge) , et plusieurs Rivaïets, espèces de
consultations données par les destours sur tels ou tels
points de la religion .
C'était en persan que le destour Darab interprétait à
Anquetil ces écrits religieux : « Le persan moderne ,
dit Anquetil, me servait de langue intermédiaire , parce
que Darab, de peur d'être entendu par mon domes-
tique, n'aurait pas voulu me développer en langue vul-
gaire les mystères de sa religion . J'écrivais tout ; j'avais
même l'attention de marquer la lecture du zend et du
pehlvi en caractères européens je comparais ensuite
les morceaux qui paraissaient les mêmes, pour m'as-
surer de l'exactitude des leçons de Darab » (tome I ,
auteur : Avesta (traduction allemande) , t . II , p . III de l'introduc-
tion ; t . I, p. 40, 46. Nous trouvons dans le premier volume du
Journal of the Bombay branch roy. asiatic Society une relation
indigène de l'exode des Parses , traduite en anglais par E.-B. East-
wick Translation from the persian of the Kissah-i-Sanjan : or
history of the arrival and settlement of the Parsis in India,
p. 167 ss.
22 -
p. cccxxx). Il réussit à se procurer un assez grand
nombre de manuscrits, et fut même assez heureux pour
assister au sacrifice des Parses, et , en partie, à l'une
de leurs cérémonies funéraires . Anquetil consacra les
derniers temps de son séjour dans l'Inde à la recherche
de documents purement hindous . En 1761 , le 28 avril ,
il quittait le continent asiatique , et débarquait en Eu-
rope au milieu du mois de novembre de la même an-
née . Enfin , au mois de mars suivant, il déposait à
Paris, à la Bibliothèque du roi , les « ouvrages de Zo-
roastre » et d'autres manuscrits .
Le premier volume de l'ouvrage d'Anquetil (1 ) est le
récit de ce voyage véritablement extraordinaire , récit
plein de bonne foi et de sincérité . Il apprend ce qu'un
homme de ferme volonté peut surmonter de misères et
de souffrances, lorsqu'il a devant les yeux un grand et
noble but. Quiconque n'a point lu ce Discours prélimi-
naire y trouvera un intérêt extrême ; quiconque l'a déja
lu voudra le relire encore . Il se termine par un petit
mémoire fort bien fait, dans lequel Anquetil démontre
très - évidemment que l'auteur anglais Hyde ne savait un
mot ni de zend, ni de pehlvi (huzvârèche) . Ce n'était
point l'opinion courante . Ainsi nous lisons à l'article
Zoroastre du Dictionnaire philosophique de Voltaire :
« Les voyageurs français Chardin et Tavernier nous ont
appris quelque chose de ce grand prophète, par le moyen
des Guèbres ou Parsis , qui sont encore répandus dans
l'Inde et dans la Perse, et qui sont excessivement igno-
(1) Zend-Avesta, ouvrage de Zoroastre, contenant les idées
théologiques, physiques et morales de ce législateur, Paris, 1771 .
3 vol. in-4.
- 23 .
rants. Le docteur Hyde , professeur en arabe dans Ox-
ford, nous en a appris cent fois davantage sans sortir
de chez lui . Il a fallu que dans l'ouest de l'Angleterre
il ait deviné la langue que parlaient les Perses du temps
de Cyrus , et qu'il l'ait confrontée avec la langue mo-
derne des adorateurs du feu » . Non , certes, Hyde n'avait
point deviné la langue que parlaient les Perses à l'époque
des Achéménides .
Le second volume d'Anquetil contient des notices sur
les manuscrits qu'il avait précédemment déposés à la
bibliothèque , puis une vie de Zoroastre (p . 1 à 70) sur
laquelle nous aurons à revenir en parlant du même su-
jet . Arrive ensuite sa fameuse version de l'Avesta , dans
l'ordre suivant : d'abord le Yaçna et le Vispered mé-
langés, puis le Vendidad . Dans le troisième volume nous
trouvons les Yests , le Boundehèche, un vocabulaire de
mots zends et huzvârèches souvent bien défigurés ; une
« exposition des usages civils et religieux des Parses >>
(p . 527 à 591 ) ; le « système cérémonial et moral des
livres zends et pehlvis » (p . 592 à 619) ; enfin les tables
de l'ouvrage (1) .
Si nous nous demandons maintenant ce que vaut en
(1 ) Il parut au XVIIIe siècle un certain nombre d'ouvrages où il
est plus ou moins directement question de Zoroastre , mais qui
n'ont absolument rien de scientifique et que par conséquent nous
passons sous silence . Citons seulement, entre autres , l'opuscule
(anonyme) de G.-A. de Méhégan : Zoroastre, histoire traduite du
chaldéen, à Berlin (?) , à l'enseigne du Roi philosophe, 1751. Get
écrit, qui fit envoyer son auteur à la Bastille , est un simple et pur
éloge de la religion naturelle et du déisme de l'époque . Il s'attira
une réponse non moins dénuée de tout intérêt : Lettre à un gen-
tilhomme de province , ou réfutation d'un libelle intitulé : Zoroastre,
24
réalité la version d'Anquetil, nous devons reconnaître
qu'elle ne donne de l'Avesta qu'une idée très-impar-
faite ; et certes il ne pouvait en être autrement. Anquetil
connaissait le persan ; mais du zend, mais du huzvâ-
rèche que savait-il ? Uniquement ce que ses maîtres de
l'Inde lui en avaient appris . Et eux-mêmes qu'en sa-
vaient-ils ?
Ce que le destour Darab communiquait à son élève ,
c'était le sens que lui-même attribuait en persan mo-
derne aux mots de la langue ancienne ; et , de fait, il ne
pouvait en être autrement, car Darab lui-même avait à
peu près tout à apprendre sur le sens primitif des an-
ciens écrits mazdéens . Anquetil avait ainsi , non pas une
véritable version , mais une suite de mots plus ou moins
exactement traduits , une suite de phrases plus ou moins
suivies, et sa tâche était de tirer un sens de tout cela
en s'en rapportant, pour point de comparaison, aux
coutumes et institutions des Parses modernes . En tous
cas , si la version d'Anquetil ne représente pas fidèle-
ment le texte ancien lui-même, elle n'est certainement
pas, non plus, un pur et simple tableau des pratiques
du parsisme contemporain . Ces dernières ne servirent
à Anquetil que d'une sorte de commentaire et d'inter-
prétation ; il n'avait point le dessein de les exposer mé-
thodiquement, doctrinalement, comme il y aurait eu
lieu de le faire dans un ouvrage spécial . Mais cette tra-
dition mazdéenne que Darab pouvait mettre, sans au-
cune critique d'ailleurs , à la disposition d'Anquetil,
histoire traduite du chaldeen , 1751. Barbier, dans son ouvrage
sur les anonymes , ne signale point le nom de l'auteur de ce dernier
écrit. (Inscrit X 936 k à la Bibliothèque de l'Institut. )
25 -
cette tradition était tellement obscurcie qu'elle avait le
plus grand besoin d'être elle-même interprétée . Or An-
quetil n'avait à sa disposition aucun de ces moyens
d'interprétation, qui permirent plus tard à Eugène Bur-
nouf de fonder la véritable méthode d'explication de
l'Avesta .
Quoi qu'il en soit, et comme l'a fort bien remarqué
M. Spiegel (1 ) , nous n'avons aucune assurance de ce
fait que la version d'Anquetil ait exactement représenté
l'idée que le destour Darab son maître se faisait des
livres de sa religion ; répétons-le , Anquetil cherchait à
rendre mot à mot le texte zend , non point à reproduire
la tradition contemporaine , que cette dernière fût plus
ou moins bien conservée.
Avant de publier sa version de l'Avesta, Anquetil avait
fait paraître dans les fascicules du Journal des Savants
de mai et de juin 1769 un Mémoire dans lequel on éta-
blit que les livres zends déposés à la Bibliothèque du Roi,
le 15 mars 1762 , sont les propres ouvrages de Zoroastre,
ou que du moins ils sont aussi anciens que ce législa-
teur. La question de l'authenticité de l'Avesta avait déjà
été abordée avant que le livre lui- même n'ait été pu-
blié . Nous verrons tout à l'heure qu'après la publica-
tion du texte l'hostilité allait redoubler. Dans la pre-
mière partie de son mémoire , Anquetil démontre la
fausseté de cette opinion de Hyde que la religion maz-
déenne aurait eu sa source dans celle d'Israël . Il ajoute
que plusieurs siècles avant et après l'ère chrétienne les
livres sacrés des Perses ont des témoins respectables de
(1) Commentar über das Avesta , t . I , p . viii . Vienne, 1864 .
26 -
leur existence, et qu'ils ne peuvent être l'œuvre des
gnostiques ou des Juifs hellénistes . Il montre combien
les Parses sont attachés à leurs livres religieux , com-
ment ces livres sont transmis depuis un nombre im-
mémorial de générations, et comment, d'autre part,
ils concordent pleinement avec les rapports qu'ont
laissés les auteurs de l'antiquité sur les institutions
perses .
Enfin, dans le second mémoire , Anquetil commence
par répondre aux objections qu'avait présentées Brücker,
en 1767 , dans l'Appendice à son ouvrage cité plus haut :
Historia critica philosophia. Ces objections contre l'au-
thenticité de l'Avesta, les principales du moins, sont
que les Perses ont emprunté leurs doctrines aux Juifs
et aux mahométans ; que les Grecs , au temps d'Alexandre ,
ignoraient l'existence des livres en question ; que si ces
livres eussent existé, les gnostiques , aux premiers siècles
de l'ère chrétienne, en eussent appelé à eux. Les ré-
ponses d'Anquetil sont concluantes, et on peut les lire ,
aujourd'hui encore , avec fruit ; op . cit . , p . 336 et suiv.
Il réfute ensuite , avec non moins de raison , une demi-
douzaine d'autres objections qu'il se pose à lui-même
par une sorte d'acquit de conscience par exemple,
qu'Alexandre , dans son expédition en Asie , aurait détruit
tous les écrits mazdéens ; que , par ce qu'il présente de
détails minutieux et de recommandations sans aucun
intérêt, l'Avesta ne peut guère être attribué à Zo-
roastre; etc., etc.
Anquetil avait à peine publié sa traduction que de
violentes attaques se produisirent contre l'authenticité
27 -
de l'Avesta. Il ne pouvait en être différemment , alors
que les attaques contre les prétendus livres de Zoroastre
s'étaient déjà fortement élevées au temps même où ces
livres étaient encore inconnus . En 1771 , le célèbre
orientaliste anglais, William Jones , publiait en français
une brochure anonyme d'une quarantaine de pages ,
intitulée : Lettre à M. A*** du P***, dans laquelle est
compris l'examen de sa traduction des livres attribués
à Zoroastre, Londres , chez P. Elmsly , dans le
Strand (1 ) . Cette brochure n'est certainement pas un
titre bien précieux pour William Jones ; elle est
dénuée de tout sentiment critique et en même temps
tout à fait grossière . La première plainte de William
Jones est d'avoir été endormi par le livre d'Anquetil ;
la seconde est celle d'y avoir trouvé « un style dur ,
bas, inélégant, souvent ampoulé » ; la troisième a trait
aux << notices assommantes » qu'Anquetil a données sur
ses manuscrits ; la quatrième est que le livre renferme
< cent pages de sommaires de tout l'ouvrage , que
personne ne lira » . Voici d'ailleurs un spécimen de la
discussion qui suit ce préambule : « Tout le collége
des Guèbres, dit William Jones , aurait beau nous
l'assurer, nous ne croirions jamais que le charlatan le
moins habile ait pu écrire les fadaises dont vos deux
derniers volumes sont remplis ..... Ou Zoroastre n'avait
pas le sens commun , ou il n'écrivit pas le livre que
vous lui attribuez s'il n'avait pas le sens commun , il
fallait le laisser dans la foule et dans l'obscurité ; s'il
(1) Elle est réimprimée à la fin du tome X des œuvres com-
plètes de l'auteur : The works of Sir William Jones ; Londres ,
1807 .
- 28 --
n'écrivit pas ce livre , il était impudent de le publier
sous son nom . Ainsi , ou vous avez insulté le goût du
public en lui présentant des sottises , ou vous l'avez
trompé en lui débitant des faussetés , et de chaque côté
vous méritez son mépris » . Un peu plus loin : « Votre
ouvrage a l'air d'un grimoire , mais on y voit bien que
vous n'êtes pas sorcier. On ne dira rien des obscénités
qui sont prodiguées dans quelques passages de vos
prétendues lois , lesquelles vous rendez plus dégoû-
tantes, s'il est possible, par vos notes..... Vous faites
dire au bon principe des Guèbres des saletés qu'une
sage-femme rougirait de répéter parmi ses commères » .
Plus loin encore : « Il résulte , Monsieur, de tout ceci :
ou que vous n'avez pas les connaissances que vous
vous vantez d'avoir, ou que ces connaissances sont
vaines , frivoles et indignes d'occuper l'esprit d'un
homme de quarante ans . Croyez-moi , Monsieur , em-
ployez mieux votre temps : cessez de médire et de
calomnier des hommes qui vous ont rendu service ;
cessez de vous infatuer des extravagances d'une misé-
rable secte d'enthousiastes ; mettez dans la bibliothèque
de votre roi tout ce qu'il vous plaira, mais ne pré-
sentez au public que l'extrait le plus pur de vos écrits .
Vous nous pardonnerez de n'avoir pas lu les mémoires
que vous avez insérés dans le Journal des Savants et
ailleurs . En vérité , nous n'en avons pas eu le courage .
Au reste , Monsieur , ne croyez pas que celui qui vous
écrit cette lettre ait l'intention de vous nuire en la
publiant. Il s'est cru obligé de répondre à vos satires ,
comme on chasse un frelon qu'on voit bourdonnant
autour d'un ami, sans pourtant aimer ni haïr le
29 -
pauvre insecte, qui est hors d'état d'être réellement
nuisible à personne (1) » .¨´
En 1777 , John Richardson publiait son vocabulaire
oriental bien connu A dictionary, Persian, Arabic
and English, à Oxford , in-4 . Comme le titre même
du livre l'indique au lecteur, ce dictionnaire est pré-
cédé d'une introduction d'environ cinquante pages ,
intitulée : A dissertation on the languages , literature ,
and manners of eastern nations (2) . A la page III de
ce mémoire, Richardson parle de l'ancienne langue des
Perses et prétend qu'il n'en existe plus aucun docu-
ment original . Voici d'ailleurs ses propres paroles ; on
va voir si elles sont assez formelles : « We are told,
indeed , that it was the language in which Zoroaster
promulgated his religion and laws ; but this advances
not our enquiry for where or when did Zoroaster
live ? and where do the works which have been attri-
buted to him exist ? The writers both of the East and
West speak so vaguely, and disser so pointedly, with
regard to this personage , that it is compleatly impos-
(1) En février 1789 , William Jones , alors président de la Société
du Bengale, poursuivait encore Anquetil et l'authenticité de l'Avesta.
Dans son discours On the Persians, il déclare que la langue sacrée
des Guèbres n'est qu'une pure invention de leurs prêtres : « The
dialects of the Gabrs , which they pretend to be that of Zeratusht ... is
a late invention of their priests , or subsequent at least to the
muselman invasion » . (Asiatic researches : or transactions of the
society, instituted in Bengal, for inquiring into the history... of
Asia. T. II , p. 43 ss . Calcutta, 1790) .
(2) Cette dissertation fut publiée à part en format in- 8, puis
traduite en allemand : Abhandlung über sprachen, literatur und
gebrauche morgenlændischer vælker, aus dem engl. übersetzt von
Federau. Lemgo , 1779 .
30
sible to fix either the country or the period which
gave him birth : whilst the Zeratusht of the Persians
bears so little resemblance to the Zoroaster of the
Greeks, that unless Dr. Hyde , and other Orientalists
had resolved, at all events, to reconcile the identity of
their persons, we should have much difficulty to dis-
cover a single similar feature . Those fragments of his
supposed works which the learned doctor has given
us, under the title of the Sadder, are the wretched
rhymes of a modern Parsi Destour (priest), who lived
about three centuries ago : from that work we cannot
" then have even the glimpse of an original tongue, nor
any thing authentic of the genius of the law-giver :
whilst the publications of M. Anquetil du Perron carry
such palpable marks of the total or partial fabrica-
tion of modern times ; as give great weight to the
opinion of Sir John Chardin , that the old dialect of
Persia (excepting what remains in the present lan-
guage) is entirely lost ; that no books now exist in it ;
and that the jargon and character of the Parsis of
Carmania and Guzerat are barbarous corruptions or
inventions of the Guebre priests ; without the least
similitude to the inscriptions still discernible on the
ancient ruins of Persepolis » . On sait quel démenti
l'avenir réservait aux assertions de Richardson . Quoi
qu'il en soit, dans les pages suivantes de son livre, il
cherche à démontrer l'inauthenticité de la langue de
l'Avesta par son lexique même, par la nature de son
système phonétique, par la différence de ses mots
d'avec les mots persans modernes . Enfin il argue de la
« stupidité inouïe » de l'ensemble de l'ouvrage : « The
31 .-
least reason I shall offer ; on this ground , is the
uncommon stupidity of the work itself » . William Jones
n'aurait pas mieux dit .
L'authenticité de l'Avesta fut également attaquée en
Allemagne . Nous citerons par exemple , les trois mé-
moires de Meiners publiés à Goettingen dans les Novi
commentarii societatis regiæ, sous le titre de De Zoroas-
tris vita, institutis, doctrina et libris . Le premier de
ces articles est inséré dans le tome VIII de la publica-
tion en question (année 1778) , lu en juin 1777 .
Meiners commence par exposer les opinions contradic-
toires qu'ont professées les auteurs grecs sur Zoroastre,
sur sa patrie, sur l'époque à laquelle il a vécu ; il
parle ensuite de ses institutions , puis des auteurs qui
ont admis l'authenticité de ses prétendus écrits : Her-
mippe, Nicolas Damascène et autres ; enfin de ceux qui
ne les ont pas acceptés : Clément d'Alexandrie , Por-
phyre , Jean Chrysostôme (In oratione de S. Babyla,
op. , t . II, p . 559, Ed . Par. 1719) . Dans le second
mémoire , lu au mois de juin 1778 , Meiners passe à la
critique proprement dite et nie d'une façon formelle
que Zoroastre soit l'auteur des écrits que lui attribue
l'antiquité : « Perseverandum igitur est in ea sententia,
Zoroastrem virum supra vulgus sapientem fuisse , qui
Magorum disciplinam plurimis quidem inventis auxerit ,
publicas vero religiones intactas ac illibatas reliquerit >>
(p. 87) . Au volume de 1779 , nous trouvons le troisième
mémoire . Ici Meiners expose ce que les auteurs orien-
taux anciens et modernes ont dit de Zoroastre , et il
cite Hyde , d'Herbelot , Chardin , Tavernier, Lord ,
Anquetil, William Jones . Voici ses propres paroles
32
en ce qui concerne la version d'Anquetil : « Postquam
Anquetilii laboribus ea volumina nobis communicata
sunt, quæ Persarum , uti ipse quidem testatur, opi-
nione et suo ipsius judicio, vel ipsum Zoroastrem
auctorem habent, vel ætatem saltem hujus viri attin-
gunt, fidentius sane pronunciare , et sine ulla dubita-
tione affirmare possumus, hæc saltem volumina neque
ad Zoroastrem aliumve ipsi æqualem scriptorem referri
posse, neque etiam illas opiniones et cærimonias conti-
nere, quæ sub antiquiorum gentis hujus regum imperio
in Perside obtinuerunt » (p . 37) . Tout cela est sans
doute fort affirmatif, mais les raisonnements qui précè-
dent cette conclusion sont d'une faiblesse extrême, et il
est évident que Meiners, lorsque parut la version
d'Anquetil, avait son opinion toute faite. Il était bon
toutefois de ne point passer son écrit sous silence .
L'Avesta ne rencontra pas en Allemagne que des
adversaires. Le théologien J.-Fr. Kleuker publiait dès
1776 une traduction de l'ouvrage d'Anquetil, sous ce
titre Zend-Avesta . Zoroasters lebendiges wort... nach
dem franzosischen des herrn Anquetil du Perron,
3 vol. in-4 (deuxième édition en 1786) . Après la pré-
face, le premier volume commence par un exposé
sommaire de la doctrine et de la liturgie des Perses
(Kurze darstellung des lehrbegrifs der alten Perser und
ihres heiligen dienstes nach den Zendbüchern) . En tête
du second volume se trouve un examen de l'authen-
ticité des livres de l'Avesta (Untersuchung über die
antike æchtheit der bücher Zend-Avesta's), où il est
démontré qu'il y a eu un Zoroastre et que certains
écrits doivent lui être attribués ; le troisième volume,
33
enfin , renferme la traduction de la vie de Zoroastre
d'après Anquetil .
En 1781 et 1783 , Kleuker publiait sous le titre de
« Supplément » (Anhang zum Zend - Avesta , Leipzig et
Riga, 2 vol . in-4) un ouvrage non moins important , et
qui contribua pour une bonne part à mettre en évi-
dence l'authenticité de l'Avesta . Le premier volume
contient différents traités d'Anquetil sur divers points
de la religion , de la philosophie et de l'histoire des
Perses ; de plus, le traité historique de Foucher sur
leur religion . Dans le second volume , nous trouvons
des travaux originaux : un traité critique où sont jugées
les principales relations sur les.écrits de Zoroastre , dues
aux auteurs anciens , aux orientaux et aux modernes ,
entre autres Lord , Herbert , Chinon , Tavernier , Chardin ,
Kæmpfer ; puis un mémoire sur la disposition même ,
l'âge et la valeur des livres zends . Ce dernier volume
de Kleuker a certainement son intérêt et mérite une
place dans l'historique de la question qui nous occupe .
Le volume de Pastoret , Zoroastre, Confucius et Ma-
homet comparés comme sectaires, législateurs et mora-
listes (Paris, 1786 (?), seconde édition , 1788) , contient
dans sa première partie une revue de ce qui avait été
écrit de plus important jusqu'alors (Hyde , Anquetil , etc. )
sur l'histoire de Zoroastre, sur les dogmes, les préceptes
et les pratiques du parsisme . C'est un ouvrage de seconde
main rédigé avec soin . Quant à la seconde partie du
livre , celle qui a trait à la comparaison des trois pro-
phètes , elle est peu scientifique .
Après Kleuker, Th . - Chr. Tychsen défendit à son tour
l'authenticité de l'Avesta . Il publia son travail De reli-
3
- 34 --
gionum zoroastricarum apud exteras gentes vestigiis
dans le recueil même où avaient paru les attaques de
Meiners , les Novi commentarii de la Société royale de
Goettingen. En janvier 1791 il lisait sa première com-
munication Commentatio prior observationes historico-
criticas de Zoroastre ejusque scriptis et placitis exhi-
bens. Après avoir cherché à établir que Zoroastre était
Mède et avait été l'auteur des nouvelles croyances des
Mèdes avant l'époque de Cyrus , il ajoute que le prophète
éranien vivait longtemps avant l'âge de Cyrus et de
Cambyse auquel le plaçait Anquetil . Quant aux écrits
rapportés de l'Inde par ce dernier, il proclame leur
antiquité « fateor me... non potuisse non eorum anti-
quitatem agnoscere » (page 123) , et il ajoute : « Sunt
enim in his libris, qui zendico sermone scripti sunt,
manifesta remotæ ætatis vestigia, nihil quod non
isti hominum ætati conveniat, aut quod ab homine
in ista mundi infantia philosophante sit alienum . Nam
quæ sibi reperisse visi sunt viri docti, recentioris ævi
indicia, aut e locis et verbis male intellectis ducta
erant, aut e particulis serioribus , quod egregie demons-
travit doctiss . Kleukerus (Append . ad Z. Av . , t. II) .
Porro in summa rerum mirus consensus cum iis , quæ
veteres de disciplina et institutis Magorum tradiderunt .
Sunt hymni in Deos , quales ad sacrificia cantatos fuisse.
Xenophon et Strabo memorant, et ipse Herodotus, qui
Beoyovíav éαeidet dicit ; est locus simillimus illi , quem
laudat Eusebius (Præp. , I, 10, cf. Jescht Ormuzd , t . II ,
Z. Av . , p . 145-148) ; quæ de Zoroastris placitis apud
Plutarchum leguntur , in loco celebri (De Is. et Osir. ,
t. II , 369) cum librorum zendicorum argumento ita
35 ---
conveniunt, ut vix putem, fore qui neget, simillima hæc
esse et ex eodem fonte manasse . Accedit ad hæc omnia
invictum argumentum, linguæ et scripturæ ratio , quam
esse antiquissimam ex hoc manifestum est, quod in lin-
guam pehlevicam, quæ jam sub Sassanidis in usu esse
desiit, necesse fuit convertere particulas zendicas ; scrip-
tura autem sive pehlevica sit sive zendica, quæ figuris
non multum differunt, in numis Sassanidarum cons-
tanter occurrit, certissimo indicio, hanc non esse recens
excogitatam, sed ex patrio more conservatam . Jam cum
negari non possit, Zoroastrem libros reliquisse , qui per
omnes ætates religionis magicæ fundamentum fuerunt ,
quos in Magorum ordine servatos esse, ab Hermippo
inde pluribus testimoniis constat ; sane non video, quidni
fides habenda sit nostræ ætatis Magis, cum libros sacros
sibi et a majoribus traditos ad Zoroastrem referunt, in
quibus nihil est, quod fraudem spiret aut seriorem æta-
tem » . Dans la seconde partie de ce premier article ,
intitulée De placitis Zoroastris, Tychsen insiste avec
beaucoup de sens sur la coéternité des deux principes
dans le mazdéisme . C'est là un point important et qui
nous occupera particulièrement un peu plus loin . Le
second article, lu en mars 1794, se divise également en
deux parties I. Vestigia placitorum zoroastricorum
apud Judæos ; II . ... apud Græcos et alios populos.
Peu de temps après paraissait dans le même recueil
un travail de A.-H.-L. Heeren , intitulé : Commentatio de
linguarum asiaticarum in antiquo Persarum imperio
varietate et cognitione, et lu en février 1795. Heeren y
défend l'authenticité de la langue zende : « quæ quum
ita sint (dit-il en forme de conclusion) , zendicam lin-
36
guam , quam in scriptis Zoroastris superstitem habe-
mus , vel ante vel adhuc sub Persarum imperio in Media
septentrionali regnasse, satis constare arbitror » . Nous
trouvons encore cette même opinion formulée d'une
façon très-expresse dans le livre du même auteur, inti-
tulé : Ideen über die politik, den verkehr und den han-
del der vornehmsten vælker der alten welt; Goettingen,
trois volumes in-8 . La première édition est de 1793. II
y en eut plusieurs autres . Dans celle de 1805 (très-aug-
mentée) , nous lisons : « Die æchtheit der hauptschrif-
ten, vorzüglich des Vendidat und des Izeschne ist gegen-
wærtig erwiesen » (t . I , p . 493) . Heeren ne travaillait
d'ailleurs que de seconde et de troisième main, parti-
culièrement d'après Hyde , Kleuker et Tychsen (1 ) .
Les travaux de Silvestre de Sacy sur le pehlvi doivent
ètre signalés ici . Ils ont paru dans les Mémoires de
l'Académie des inscriptions et belles-lettres de 1787 à
1791 , et furent réédités en 1818 sous le titre de Mé-
moires d'histoire et de littérature orientales (2) .
Avant la fin du dix-huitième siècle nous avons encore
à signaler l'opuscule de Paulin de Saint-Barthélemy : De
antiquitate et affinitate linguæ zendica samscredamicæ
et germanica (Rome , 1798) ; l'auteur fait preuve d'un
esprit assez ingénieux, mais ses comparaisons linguis-
(1 ) Nous citons ici, chronologiquement, la thèse académique de
Skaarmann Doctrinæ dualismi a Zoroastre medo-bactrico instau-
rati delineatio. Greifswald , 1811 , 16 p. in-4 . Nous n'avons pu mettre
la main sur cet opuscule.
(2) Voyez, au sujet des inscriptions pehlvies du Kirmanchâh,
traduites par Silvestre de Sacy, les articles de Boré, Journal
asiatique de juin 1841 , et de Dubeux , Journal asiatique de janvier
1843.
- 37 -
tiques pèchent par un défaut de méthode. A ses yeux
le zend dérive du sanscrit en ligne directe .
L'authenticité des anciens livres éraniens pouvait pas-
ser pour n'être plus combattue lorsque J.-G. Rhode,
professeur à Breslau , entreprit ses différentes publica-
tions Ueber alter und werth einiger morgenlændischen
urkunden, Breslau , 1817 ; Beitrage zur alterthumskunde
mit besonderer rücksicht auf das morgenland, Berlin ,
1819 et 1820 ; enfin , et surtout, Die heilige sage und
- das gesammte religionssystem der alten Baktrer, Meder
und Perser, oder des Zendvolks , Francfort, 1820 , un
volume in-8 de 550 pages. Il y a, pour nous , peu de
choses à tirer des deux premiers ouvrages ; le second
contient un chapitre sur le récit qu'à laissé Hérodote
concernant la religion des Perses .
Le titre du troisième ouvrage : le peuple zend , ou si
l'on veut, le peuple du zend , est tout à fait malheu-
reux . Jamais le nom de zend n'aurait dû être ap-
pliqué à un peuple ; ce n'est rien moins qu'une déno-
mination ethnique . Nous verrons un peu plus loin, à
temps voulu , quel est le véritable sens de ce mot .
Quoi qu'il en soit, après avoir donné au mot dont il
s'agit cette malencontreuse signification , Rhode déclare
dès sa préface que son écrit repose uniquement et
absolument sur la version d'Anquetil - Duperron , et
que les témoignages des auteurs anciens, ainsi que
ceux des Orientaux , ne doivent lui servir que lorsqu'il
sera besoin de commenter quelque passage obscur ou
trop incomplet . Il tient, d'ailleurs , pour parfaitement
démontrée l'authenticité des livres zends : non pas le
fait que ces livres ont été écrits par Zoroastre lui-
38
même, mais bien celui-ci que les livres en question
sont ceux que possédaient les anciens et qu'ils attri-
buaient à Zoroastre . Cette distinction est des plus
judicieuses , et, grâce à elle , la discussion est placée
sur le vrai terrain . Après un exposé géographique et
historique qui ne manque certainement pas d'intérêt ,
si l'on veut bien penser, surtout, à quelle époque il
a été écrit, Rhode trace le tableau général et parti-
culier du système religieux des anciens mazdéens . Il
est évident qu'il a tiré de la version d'Anquetil tout
ce qu'on en pouvait prendre . Pour faire un pas de
plus dans la connaissance du zoroastrisme , il était
besoin d'une réelle et profonde connaissance de la langue
zende , et les temps n'étaient pas encore venus .
L'étude du sanskrit et celle de la grammaire com-
parée des langues indo- européennes avaient fait à
l'époque où nous sommes arrivés (fin du premier quart
de notre siècle) des progrès considérables . La connais-
sance de l'Avesta devait y gagner d'une façon toute
particulière, et nous avons à parler ici des très-ingé-
nieux et très-solides travaux du Danois Rask. Placé
entre Anquetil - Duperron et Eugène Burnouf , Rask
confirma d'une façon absolument scientifique les dé-
couvertes du premier, et prépara les voies au se-
cond.
En démontrant l'étroite parenté de la langue de
l'Avesta avec celle de l'ancienne littérature hindoue ,
Rask mettait scientifiquement et définitivement hors de
doute l'authenticité de la langue zende et des écrits
qui la faisaient connaître. Son ouvrage sur l'âge et
l'authenticité de la langue zende parut en 1826 , à
39 -
Copenhague, sous le titre de Om Zendsprogels og
Zendavestas ælde og ægthet . La même année il fut
traduit en allemand sous ce titre : Ueber das alter und
die echtheit der Zend- sprache und des Zend-Avesta,
und herstellung des Zend-alphabets ; nebst einer über-
sicht des gesammten sprachstammes, übersebzt von
Fr.-H. von der Hagen, Berlin , 1826 , in-12 . Dans ce
court écrit, Rask démontre sans peine que le zend
n'est pas, comme quelques auteurs l'avaient prétendu ,
un simple dialecte du sanskrit , mais qu'il constitue,
au contraire , une langue bien caractérisée , encore que
les deux idiomes soient proches parents l'un de
l'autre (1) . Les preuves qu'il avance de ce fait pour-
raient sans doute être fort augmentées aujourd'hui ,
mais, en définitive , l'époque étant donnée où cet opus-
cule était rédigé, il faut reconnaître franchement la
grande perspicacité du savant danois et la saine critique
qu'il employa . Après un court exposé grammatical de
la langue zende , Rask établit que malgré le peu de
développement où en était encore l'étude du perse
ancien, ce dernier, l'idiome des Achéménides , était en
(1) C'est là un point qu'il était utile de bien établir . Ainsi le
moine Paulinus a S. Bartholomæo avait écrit dans son Voyage aux
Indes orientales : « Tutto questo mi persuade che la lingua zendica
persiana fu un antico dialetto samscredamico , che dal India passo
in Persia, e che ritorno nell' India con i Gauri o Gabri Indiani
(p. 268, t. II) ; et un peu plus loin : « La maggior parte dei libri
zendici è una pura e continua corruzione della lingua samscredana
e della dottrina indiana » . ( Viaggio alle Indie orientali, Rome,
1796.) Cet ouvrage a été traduit en français par Marchena, en 1808 ,
sous le titre de : Voyage aux Indes orientales . Le passage plus
haut cité se trouve, dans cette traduction , à la page 219 du tome II .
Il y a également une traduction allemande .
--- 40 -
connexion étroite avec le zend . Rien de plus exact ,
nous le savons aujourd'hui d'une façon certaine .
L'authenticité de la langue zende étant démontrée ,
il s'ensuit que l'authenticité des écrits rédigés en cette
langue l'est également ; toutefois Rask ne se contente
pas de cette preuve sommaire. Le pehlvi (huzvârèche)
et le parsi supposent, dit-il, la haute antiquité du
zend, et il est clair que la religion de Zoroastre exis-
tait longtemps avant la traduction des livres sacrés en
huzvârèche ; nombre des divinités de l'Avesta ont en
huzvârèche et en parsi des noms empruntés au zend,
et tandis que les formes de ces noms sont gâtées en
huzvârèche et en parsi, elles sont au contraire fort
bien conservées en langue zende , et dans ce dernier
idiome leur signification se saisit facilement . Ces der-
nières formes sont évidemment les plus anciennes . Ici
Rask compare les noms d'Ormuzd , d'Ahriman , de
Mithra, d'autres encore, en zend et en huzvârèche , et
établit clairement la priorité des formes zendes sur les
autres . Cela peut paraître aujourd'hui bien superflu ;
mais à l'époque où Rask écrivait, cette démonstration
très -méthodique avait une valeur considérable . En
somme , on peut dire de Rask qu'il a scientifiquement
placé sur son vrai terrain la question de l'âge et de
l'authenticité de la langue zende et de l'Avesta (1 ) .
(1) Nous avons rapporté , en note , l'opinion de Paulin de Saint-
Barthélemy sur l'origine de la langue zende. Ajoutons que dans son
volume De Persidis lingua et genio (Nuremberg, 1809) , Othm.
Frank fait provenir le sanskrit du perse, comme le plus compliqué
du plus simple (p. 121-152) : « In utriusque linguæ radicum ac
flexionum comparatione jam manifesto apparet, voces formasque
41
Nous ne citerons que pour mémoire les écrits de
Hoelty, qui sont dépourvus de valeur scientifique .
L'auteur chercha vainement à faire coïncider la légende
éranienne avec les relations des écrivains de l'anti-
quité. Voici d'ailleurs ce que dit Lassen de la tentative
persicas simplices per litterarum appositionem variamque muta-
tionem progressivam in samscredamicas esse versas » (p . 123) .
Link , dans la première édition de son ouvrage Die urwelt und das
alterthum erläutert durch die naturkunde, regardait le zend
comme la langue mère du sanskrit et des autres idiomes indo-
européens. Dans sa seconde édition (Berlin , 1834, p . 324), il
abandonna cette hypothèse . Par contre, Leyden supposa que le
prakrit, le pali et le zend dérivaient tous trois du sanskrit. Voici
d'ailleurs ses propres paroles : « These three dialects, the prakrit,
the pali and the zend , are probably the most ancient derivations
from the sanskrit. The great mass of vocables in all the three,
and even the forms of flection, both in verbs and nouns , are
derived from the sanskrit, according to regular laws of elision, con-
traction and permutation of letters » . Voyez son article On the
languages and literature of the indo- chinese nations, dans le
tome X des Asiatic researches, p. 282 .
En 1830, fut imprimée à Koenigsberg une thèse universitaire.
dont l'auteur acceptait franchement la suppositon de Leyden :
Commentatio de origine linguæ zendicæ e sanscrita repetenda
quam ... publice examinandam exhibet Petrus a Bohlen . L'auteur
s'exprime ainsi : « Jam devenimus ad acutissimi et de linguis
indicis , speciatim insularum dialectis meritissimi, Leydenii senten-
tiam , quam et nostram libenter facimus : tres dialectos affirmantis,
pracritam nimirum , palicam et zendiam, vetustissimas videri
linguæ sanscritæ propagines , quum in omnibus hisce linguis magna
non modo vocabulorum copia, sed flexionis etiam tam in verbis
quam in nominibus , formæ, juxta elisionis, contractionis et litte-
rarum permutationis regulas ex sanscrito sermone emanarint » .
L'erreur qui consistait à voir dans la langue zende un rejeton du
sanskrit pouvait être pardonnée à Paulinus a S. Bartholomæo , à
Leyden, à Erskine ; mais en 1831 , après l'écrit de Rask, elle s'explique
[Link].
- 42 ―
de Hoelty, dans le premier volume de son Indische
alterthumskunde : « Es wære zeit , nachdem uns die
æchten namen des Kai Kosru , Kâus u . s . w. durch Bur-
nouf wieder hergestellt sind , die unnütze mühe sich
zu ersparen, diese überlieferungen mit den historischen
nachrichten der Griechen in einklang bringen zu
wollen . Ein sehr erheiterndes beispiel von der sicher-
heit, welche man diesen jeder grundlage entbehrenden
vergleichungen zuschreibt, kann man in der kleinen
schrift von Arnold Hoelty, Zoroaster und sein zeitalter
(Lüneburg, 1836) finden , première édition , p . 517 ,
note, 1847. Un autre écrit du même auteur a été
publié à Hanovre en 1829 ; voir la Bibliothèque orientale
de Zenker.
La seconde période des études sur le mazdéisme
allait prendre fin avec l'écrit de J.-A. Vullers : Frag-
mente über die religion des Zoroaster . Aus dem persis-
chen übersetzt und mit einem ausführlichen commentar
versehen, Bonn, 1831. L'auteur rappelle dans l'avant-
propos de son livre les publications alors toutes récentes
du texte , ou du moins d'une partie du texte de
l'Avesta par Eugène Burnouf (1 ) et par Justus Olshau-
sen (2). Il rappelle encore que ce dernier et J. Mohl
(1 ) Vendidad sadé, l'un des livres de Zoroastre, lithographié
d'après le manuscrit zend de la Bibliothèque royale. Paris, 1829-
1843.
(2) Vendidad, Zend-Avesta pars XX adhuc superstes, Ham-
bourg, 1829. Dans ce premier fascicule de 48 pages, le seul que
l'auteur ait publié , nous trouvons les trois premiers chapitres du
Vendidad et une partie du quatrième .
- 43 -
avaient conçu le plan de réunir tous les écrits persans
sur la religion de Zoroastre , mais qu'ils se contentèrent
d'éditer une première livraison, en 1829, sous ce
titre : Fragments relatifs à la religion de Zoroastre,
extraits des manuscrits persans de la bibliothèque du
roi, sans traduction ni commentaire , et signée de Mohl
seul . On trouve dans ce cahier le traité théologique
« Ulemâi Islâm » , qui comprend une série de questions
faites par des docteurs musulmans et de réponses
données par les Parsis ; une notice sur les vingt-un
<
«< nosks » ou parties de l'Avesta et des extraits du
célèbre poème de Firdosi : « Le livre des rois » ( 1 ) .
Par sa traduction et ses explications, Vullers fit con-
naître ces différents morceaux aux personnes qui n'étaient
pas à même de lire le texte . Le travail de Vullers
est précédé d'une instructive préface de Windischmann ,
auquel nous aurons souvent à emprunter dans le cours
de notre ouvrage .
Si nous jetons à présent un coup d'œil en arrière ,
nous voyons que les études sur le zoroastrisme ont
parcouru , jusqu'à la fin du XVIIIe siècle , deux périodes
distinctes . Dans la première , après les rapports des
historiens de l'antiquité et des auteurs mahométans du
moyen âge, nous classerons les écrits européens, fondés
sur ces anciens documents, principalement les travaux
de Brisson (1590) , Lord ( 1630) , Pocock (1648) , Stan-
ley (1655) , Burton (1657), Reland , Hyde (1700) , Pri-
(1) On trouve dans le Journal des Savants de 1832 , p . 82 ss . ,
une notice de Silvestre de Sacy sur la publication de Mohl et celle
de Vullers.
- 44
deaux (1715), Bayle, Beausobre (1734), Brücker (1742),
Foucher (1759 ) . Dans la seconde , on possède enfin les
textes de l'Avesta ; Anquetil- Duperron les traduit et les
commente d'après les Parses qui les lui ont commu-
niqués, et la critique va s'exercer directement sur ces
précieux monuments . Vivement attaqué par William
Jones, par Richardson , par Meiners , l'Avesta est défendu
victorieusement par Anquetil , Kleuker, Tychsen , Heeren .
Les travaux de Rhode (1817) et de Rask (1826) terminent
cette seconde période .
TROISIÈME PARTIE
Eugène Burnouf et son œuvre . Exposé des différents
systèmes d'interprétation de l'Avesta
Une troisième période - et celle-ci, la période de
---
l'interprétation méthodique de l'Avesta s'ouvre avec
Eugène Burnouf, né en 1801 , et mort si prématuré-
ment en 1852.
Eugène Burnouf s'était adonné tout d'abord à l'étude
du sanskrit et du pali , et sa grande connaissance des
anciennes langues de l'Inde l'avait merveilleusement
préparé aux études sur l'Avesta . Anquetil avait écrit
dans son discours préliminaire : « Dans deux cents
ans, quand les langues zende et pehlvie seront deve-
nues en Europe familières aux savants, on pourra, en
rectifiant les endroits où je me serai trompé, donner
une traduction plus exacte du Zend-Avesta » (t. I,
p. xvII) . Ces paroles doivent être recueillies avec soin .
Elles montrent, en effet, qu'Anquetil voyait très-judi-
cieusement où était le nœud de la question : il ignorait
la langue zende, ou , du moins, n'en avait qu'une
connaissance très-vague ; celui-là devait corriger et
---- 46 -
refaire sa traduction , qui, grâce à quelque circons-
tance heureuse, aurait trouvé la clé de cet idiome.
Nous allons voir comment Burnouf réussit dans sa ten-
tative et fonda sur des bases inébranlables la science de
la grammaire zende et de l'interprétation des vieux textes
mazdéens .
Anquetil avait parlé d'un intervalle de deux siècles
entre la publication de sa traduction et les ouvrages
qui devaient la rectifier le génie de Burnouf abrégea
de près d'un siècle et demi ce délai (1).
Nous allons parler, avec quelques détails , de sa 8
méthode et de son œuvre ; mais, avant tout, nous
-
devons dire quels étaient à côté des ressources de
la linguistique et de la comparaison des mots zends
avec les mots sanskrits les secours qui s'offrent
1
à la critique moderne pour interpréter les livres de
l'Avesta .
Ces ressources précieuses résident dans la tradition ,
et cette tradition est constituée par les versions de
l'Avesta faites en d'autres langues éraniennes , au moyen
âge et à une époque encore plus rapprochée de
nous .
(1) La troisième période de l'œuvre d'Eugène Burnouf fut la
détermination définitive de l'idiome de la première colonne des
inscriptions cunéiformes , le perse ancien , la langue de Darius et
des autres rois achéménides . Cette grande découverte se place en
1836. Le célèbre orientaliste Christian Lassen arrivait de son
côté, la même année et à quelques jours près , à un résultat
presque identique . Cette concordance montre combien était rigou-
reuse et exacte la méthode qu'ils employaient l'un et l'autre, et
tout à fait indépendamment l'un de l'autre . La quatrième et dernière
période de la vie d'Eugène Burnouf fut consacrée en général à des
études sur le bouddhisme.
47
Les plus anciennes traductions de l'Avesta - ou, du
moins, d'une grande partie de l'Avesta - sont en
langue huzvârèche. Le mot huzvárèche voudrait dire ,
d'après Anquetil (t . II , pp . 427 , 429) , langue des
forts, langue des héros , ce qui est assez vraisemblable,
sinon parfaitement démontré (1 ) . On donne parfois au
huzvârèche le nom de pehlvi, mais il semble que ce
dernier terme est un peu trop général . Quoi qu'il en
soit, le huzvârèche paraît avoir été l'idiome de la partie
occidentale de l'Eran , ainsi que le pense M. Spiegel,
qui a appuyé cet avis de raisons très-acceptables (2) .
Ce même auteur a traité, dans un des appendices au
premier volume de sa version de l'Avesta, de l'âge du
huzvârèche ; et, suivant en cela Eugène Burnouf (3) ,
il place cette langue à l'époque des Sassanides , qui
régnèrent de l'an 226 jusqu'au milieu du VIIe siècle .
Nous ne pouvons rapporter ici les motifs que fait
valoir M. Spiegel à l'appui de son opinion ; nous ren-
voyons à son texte même (4), mais nous devons ajouter
que si le huzvârèche n'a pas survécu longtemps au
VIIe siècle, il est fort possible qu'il ait été formé avant
le troisième . Cela est même très-vraisemblable . Nous
nous garderons toutefois de croire avec le destour
(1 ) Consultez Spiegel, Commentar über das Avesta, t. 11 ,
p. xxxvI . D'après le destour Hoshengji Jamaspji, le mot véritable
serait huzvánache, et signifierait « langue de l'Assyrie » : An old
zand-pahlavi glossary, p . 1 , note. Bombay, 1867. Cette dernière
opinion rencontrera peu de créance .
(2) Grammatik der huzváreschsprache, t . 1 , p. 23.
(3) Commentaire sur le Yaçna, p . Ix .
(4) Op. cit., p . 277 (et p. 19) . Voyez aussi Grammatik der par-
sisprache nebst sprachproben, p . 117 .
48 --
Hoshengji Jamaspji (1 ) qu'il ait été parlé du XIIIe au
VIIIe siècle avant l'ère chrétienne (2) .
Le motif de la version des livres zends en langue
huzvârèche est facile à saisir . Le zend de l'Avesta et le
perse de la première colonne des inscriptions cunéi-
formes trilingues appartenaient à la première période
des idiomes éraniens . Le fait linguistique qui carac-
térise cette première période est la grande conservation
des désinences dans la déclinaison et la conjugaison .
Peu à peu le synthétisme fit place à une sorte d'analy-
tisme plus ou moins complet ; on se trouvait en pré-
sence des langues éraniennes de la seconde période ,
par exemple le huzvârèche (dans lequel s'étaient intro-
duits , d'ailleurs , de nombreux éléments sémitiques ) , et
le parsi qui survécut de plusieurs siècles au huzvâ-
rèche. A cette seconde période devait succéder une
troisième, celle de l'analytisme presque parfait, dont
le persan moderne est l'exemple le plus connu . Toutes
les langues éraniennes , si l'on ne consulte que le
linguiste , sont fort proches parentes les unes des
autres le persan, l'ossète et le kourde actuels , du
zend et du perse de l'antiquité . Toutefois , si l'on con-
sidère , non plus la pure et simple parenté des racines
et des différentes formes de tous ces idiomes , mais
bien les diversités qu'ils présentent dans le langage
(1 ) Op. cit., p. 11 et suiv.
(2) Haug, dans son Introduction à cet ouvrage, ne regarde pas
cette date comme invraisemblable : « It is (dit-il en concluant) it
is, according to this investigation, not at all improbable, that the
huzvânash language originated at such an early period as that one
assigned to it by destur Hoshengji » .
49
courant, on comprend sans peine qu'à un moment
donné les plus anciens textes aient dû être traduits en
langue moderne pour la très -grande masse de la popu-
lation . C'est ainsi que la foule qui se servait , en
France , aux XII , XIIIe et XIVe siècles , de la langue
d'oïl, ne comprenait plus le latin populaire parlé douze
ou quatorze cents ans auparavant, et que la langue
d'oïl est devenue , à son tour , lettre close pour les
Français de nos jours qui n'en ont pas fait une étude
particulière . Nous pensons donc que le désir de faire
entendre à la masse des sectateurs du mazdéisme les
paroles du texte saint fut la cause principale de leur
version en huzvârèche . Cette version avait d'ailleurs
un autre et très -sérieux avantage elle devait déter-
miner le sens même des vieux livres et prévenir les
interprétations erronées qui auraient pu se faire jour
par la suite . Il était évident que les nombreux change-
ments survenus dans la civilisation éranienne depuis
la rédaction du texte en langue zende, que les progrès
opérés dans toutes les conditions de la vie , dans les
relations intérieures et extérieures , constituaient autant
d'éléments très-capables de mettre en danger les tra-
ditions les plus fidèlement conservées . Nous ne plaçons
pas ce motif de la traduction huzvârèche tout à fait
en première ligne , ainsi que le veut M. Spiegel (1 ) ,
(1) Die traditionelle literatur der Parsen, in ihrem zusam-
menhange mit den angrænzenden literaturen . Vienne , 1860 ,
- Erán . Das land zwischen dem Indus und Tigris . Berlin ,
p. 29.
1863, p . 364. Eugène Burnouf dit très-formellement en parlant de
la version huzvârèche : « On ne peut expliquer un travail de ce
genre que par deux motifs : ou le besoin de communiquer à un
4
50
mais nous ne lui en accordons pas moins une valeur fort
réelle .
L'origine même de cette traduction de la langue
ancienne en langue moderne déterminait le procédé
que devaient employer ceux qui l'opéraient c'était le
mot à mot le plus rigoureux . Il ne s'agissait pas de
donner le sens plus ou moins général d'un chapitre ,
d'un fragment, d'une phrase : il fallait prendre à tour
de rôle chaque membre de phrase , et rendre servile-
ment chaque mot zend par son équivalent en huzvâ-
rèche. C'est ce qui eut lieu . Le décalque fut si rigou-
reux que dans plus d'une circonstance , ne trouvant pas
un mot huzvârèche bien exact pour rendre un mot zend,
on reproduisit simplement ce dernier par une trans-
cription plus ou moins heureuse.
Quoi qu'il en soit, la tradition avait déjà un peu
souffert, et il est évident que les traducteurs ont dù
plus d'une fois se trouver dans un embarras réel .
Cela n'est point une hypothèse . Il suffit d'avoir traduit
seulement trois ou quatre chapitres de l'un quelconque
des livres de l'Avesta, pour reconnaître qu'en plus
d'un cas la version huzvârèche , malgré son grand
désir d'être fidèle, n'exprime pas l'idée parfaite du
texte zend . Parfois les auteurs de cette version ont dû
intercaler dans leur travail quelques mots de commen-
taire . Ces petites notes sont précieuses, mais elles sont
loin de suffire à lever toutes les difficultés . C'est à la
peuple qui parle une autre langue que celle des livres originaux la
connaissance de ces livres mêmes, ou l'intention d'en sauver le
sens de l'oubli, en les traduisant dans un dialecte plus populaire. »
(Commentaire sur le Yaçna, p . vIII . )
- 51
critique moderne qu'il appartient de jeter le jour sur
les nombreux passages que la traduction huzvârèche
n'a laissés que trop obscurs .
Il est à peu près certain que tous les textes zends ,
qui n'avaient pas été précédemment anéantis, furent
traduits en huzvârèche. Les manuscrits zends du Ven-
didad sont ordinairement accompagnés de leur version ;
quant aux traductions du Vispered et du Yaçna, elles
sont plus rares . En ce qui concerne le reste de l'Avesta ,
«< le Petit Avesta » , les manuscrits de la traduction ne
sont ni nombreux , ni complets ; et , comme le fait
observer M. Spiegel, ils n'ont point l'autorité que pos-
sède la version des trois livres principaux (1) .
(1) Nous rappellerons ici en note - pour éviter un arrêt déplacé
dans le texte même que la littérature huzvârèche fournit à
ceux qui étudient la religion de l'Avesta d'autres écrits, moins
anciens sans doute que les traductions, mais où il y a beaucoup à
puiser si l'on veut tenir un compte légitime de la tradition . C'est
en premier lieu le livre du Boundehèche, ouvrage cosmogonique
très-important (consultez Joseph Müller, Untersuchungen über den
anfang des Bundehesch, 1843 ; Westergaard, Bundehesh liber
pehlvicus, 1851 , et particulièrement l'édition de M. Ferdinand
Justi, comprenant, avec le texte, une transcription, une traduction,
un glossaire, Leipzig, 1868) . La tradition mazdéenne du moyen
âge compte d'ailleurs un certain nombre d'autres ouvrages impor-
tants, l'Ardai Viraf namé, récit d'une vision céleste ; le Mino-
khired, qui raconte une révélation spirituelle, etc., etc.; nous
n'avons pas à en faire ici le catalogue, mais nous aurons plus d'une
fois l'occasion de citer tels ou tels de ces écrits .
Ce n'est pas ici, non plus , le lieu de dresser un catalogue des
écrits publiés sur le pehlvi . Toutefois, après les noms cités déjà
plus haut, de Silvestre de Sacy et de Joseph Müller, il faut rap-
peler , avec un juste tribut d'éloges, ceux de J. Olshausen (Copen-
hague), Dorn (Pétersbourg), Mordtmann, Spiegel (voyez ci- dessous ,
page 79), E.-W. West.
52 -
Après la traduction huzvârèche, nous rencontrons une
autre version dont l'importance est considérable . C'est
la traduction du Yaçna (ou , pour parler plus exactement,
d'une partie du Yaçna) , faite , en sanskrit, par les Parses
Nériosengh , fils de Daval, et Ormuzdiar, fils de Ramiar.
Anquetil parle de cette traduction et dit qu'elle fut faite
«< il y a environ trois cents ans, sur le pehlvi » . Ces
trois cens ans avant Anquetil reportent à la fin du quin-
zième siècle ; quelques auteurs penchent pour le qua-
torzième. Quoi qu'il en soit, et ainsi que Nériosengh le
dit lui-même (1 ) , sa version a été faite sur le texte huz-
vârèche. Ce n'est donc que la reproduction d'une tra-
duction, un travail de seconde main ; mais cet écrit est
précieux, à son tour, et nous pouvons dire fort pré-
cieux, pour l'intelligence du texte huzvârèche . Nous
verrons tout à l'heure combien il a été utile à Burnouf.
M. Spiegel l'a publié sous ce titre Neriosengh's sans-
krit-übersetzung des Yaçna, Leipzig, 1861. Nous ren-
voyons le lecteur à l'intéressante introduction de cet
ouvrage. Ajoutons toutefois que d'autres livres huzvâ-
rèches ont été aussi traduits en sanskrit vers la même
époque, par exemple certains yests et le Minokhired
(dont nous avons parlé en note, p . 51 ) . Nous savons
par Anquetil que la version des six premiers chapitres
du Vendidad a été également traduite en sanskrit ; ce
texte, malheureusement , ne nous est pas parvenu .
Ajoutons enfin qu'il existe des traductions de l'Avesta
( 1 ) Consultez Burnouf, Commentaire sur le Yaçna, Avant-pro-
pos, p . xv, XIX et suiv. Burnouf démontre l'authenticité de la
version de Nériosengh , la caractérise et relève son importance
considérable.
- 53
(c'est-à-dire, pour parler plus exactement, des tra-
ductions de la version huzvârèche) en goudjerati , la
langue du pays de Goudjerate, un des idiomes néo-
hindous.
Enfin , à côté de ces différentes traductions, et outre
les secours que peut offrir la connaissance sérieuse
de la langue zende , nous avons à mentionner cer-
tains écrits en langue plus moderne les Rivaiets,
sortes de dissertations, de consultations des prêtres
parses sur tels ou tels points de la religion ; le Sadder
(les « cent portes » , livre divisé en cent parties , tra-
duit en latin par Hyde), où sont exposés certains élé-
ments de la croyance mazdéenne et qui paraît dater
du seizième siècle ; d'autres écrits , enfin , plus ou moins
importants et que nous n'avons pas , d'ailleurs , à énu-
mérer ici (1 ) .
Quant à la tradition même des Parsis actuels , il ne
faut sans doute pas la négliger ; mais la suivre aveu-
glément serait une erreur complète . Malgré les rap-
ports qui ont eu lieu entre les sectateurs du zoroas-
trisme qui sont demeurés dans la Perse méridionale
et les descendants de ceux qui avaient émigré dans
l'Inde du nord-ouest, ―― rapports dont Anquetil-Du-
perron parle d'une façon très - expresse (2) , - l'intel-
(1 ) On peut consulter à ce sujet Spiegel, Die traditionelle lite-
ratur der Parsen, p . 151 et suiv. , et traduction allemande de
l'Avesta, t . I, p. 48.
(2) Il dit, par exemple, dans le premier volume de sa traduction
de l'Avesta, p . cccxxvi :
« Les divisions dont je viens de parler n'étaient que le prélude
de celles qui agitent maintenant les Parses de l'Inde. Lors de mon
arrivée à Surate, je les trouvai partagés en deux sectes , plus
54 --
ligence du texte sacré s'est oblitérée de jour en jour :
la tradition orale est aux versions de seconde main
ce que celles-ci sont à la traduction huzvârèche , et
cette dernière (nous l'avons dit plus haut) ne repro-
duit certainement pas d'une façon parfaitement exacte
le vieux texte zend . Les études exégétiques de l'Avesta
sont assez avancées pour avoir fourni depuis long-
temps la preuve de ce fait . C'est, d'ailleurs , ce qu'An-
quetil avait fort bien remarqué . Après avoir énuméré
les écrits mazdéens, il dit en effet au tome Ier de son
ouvrage, page ccclxxx : « Tels sont les livres sacrés
et liturgiques des Parses . Il n'est pas rare de ren-
contrer des prêtres qui sachent par cœur ceux qui
sont écrits en zend ; mais, en général, ils s'inquiètent
animées l'une contre l'autre que ne le sont chez les mahométans
celles d'Omar et d'Aali. Voici en peu de mots l'origine de ce
schisme.
« Il y a quarante-six ans, plus ou moins, qu'il vint du Kirman.
un destour fort habile nommé Djamasp . Il avait été envoyé pour
réunir les Parses divisés à l'occasion du Penom, linge double dont
les Parses, dans certaines circonstances, se couvrent une partie du
visage . Les uns voulaient qu'on le mît aux mourants ; d'autres ne le
voulaient pas. Djamasp décida en faveur des derniers , selon
l'usage du Kirman. Si ce destour n'avait pas fait le voyage
de l'Inde, cette frivole contestation aurait fait couler des ruisseaux
de sang .
<< Djamasp crut encore devoir examiner le Vendidad, qui avait
cours dans le Guzarate . Il en trouva la traduction pehlvie trop
longue et peu exacte en plusieurs endroits . L'ignorance était le vice
dominant des Parses de l'Inde . Pour y remédier, le destour du
Kirman forma quelques disciples , Darab à Surate , Djamasp à Nau-
cari, un troisième à Barotch, auxquels il apprit le zend et le pehlvi .
Quelque temps après, las des contradictions qu'il avait à essuyer, il
retourna dans le Kirman ».
55 -
peu de les entendre . Les ouvrages purement cérémo-
niaux fixent toute leur attention , et la plus petite
pratique religieuse fera naître de longs commentaires . »
Rien de plus exact . Au tome XXXI des Mémoires de
l'Académie des inscriptions et belles-lettres, p . 347, il
avait déjà écrit ceci : « Réciter le Zend-Avesta, prati-
quer scrupuleusement des cérémonies dont ils igno
rent le sens, communiquer à quelques disciples une
connaissance du pehlvi, reçue le plus souvent par
tradition ; telles étaient et telles sont encore les fonc-
tions du plus grand nombre des prêtres parses ».
Chinon avait déjà rapporté qu'après la conquête
d'Alexandre , les prêtres mazdéens, d'abord dissé-
minés , se rassemblèrent de nouveau , « et voyant
qu'ils n'avaient plus de livres , en écrivirent un de
ce qui leur était resté en mémoire de ceux qu'ils
avaient tant lus de fois . Celui-là leur est resté ; je
l'ai vu ; il est assez gros, et écrit en caractères fort
différents du persan, de l'arabe et des autres langues
du pays, et qui leur sont particuliers ; ils le savent
lire, mais ils disent qu'ils ne l'entendent pas. Pour
cela ils l'ont en plus grande vénération , disant qu'il
suffit que les paroles que nous adressons à Dieu
dans nos prières soient entendues de lui seul ; il
ont pourtant d'autres livres qui leur expliquent ce
qui est contenu en celui-là . » (Relat . nouv . du Lev. ,
p. 437. )
Nous pouvons nous rendre compte maintenant du
caractère et de la portée de l'œuvre d'Eugène Burnouf;
nous pouvons dire comment il usa des ressources qu'il
avait entre les mains, quel fut son plan et sa méthode .
56 -
Tout d'abord, voyons ce qu'il dit lui-même dans l'Avant-
propos de son livre (1) .
Burnouf commence par rappeler que c'est à An-
quetil-Duperron que sont dus les anciens manuscrits
de la Bibliothèque : Les soins, dit- il, qu'il se
se donna pour rassembler des copies de ces précieux
livres , pour obtenir des prêtres tous les renseigne-
ments qui pouvaient les éclaircir, pour en pénétrer le
sens , enfin pour les traduire d'une manière qu'il pût
croire exacte , sont sans contredit un exemple du plus
noble et du plus difficile usage qu'on puisse faire de la
patience et du savoir ; et le récit pourrait en paraître
peu vraisemblable, si ses peines n'avaient été récom-
pensées par le succès » . Tout cependant était loin
d'être fait pour l'intelligence et l'interprétation de ces
anciens textes , et c'était à peu près en vain que la
critique historique s'exerçait depuis trente ans et plus
sur la traduction d'Anquetil pour en tirer le dernier
mot relatif aux institutions des Perses, à leurs croyances
religieuses, à leurs coutumes . La langue du texte zend
lui-même était encore tout à fait inconnue : on ne
possédait que le très-court dictionnaire zend et huzvâ-
rèche joint par Anquetil à son dernier volume . Cela
était sans doute quelque chose, mais fort peu assuré-
ment : « 11 ne restait (nous reprenons les paroles
mêmes de Burnouf) , il ne restait à celui qui aurait
( 1) Commentaire sur le Yaçna , l'un des livres religieux des
Parses. Ouvrage contenant le texte zend expliqué pour la pre-
mière fois, les variantes des quatre manuscrits de la Bibliothèque
royale et la version sanscrite inédite de Nériosengh, t . I, Paris ,
1833-1835.
- 57
voulu apprendre la langue zende, lire le texte original
des livres de Zoroastre , et le faire connaître à l'Europe
d'une manière critique, d'autre secours que la traduc-
tion d'Anquetil, et d'autre méthode à suivre que la
comparaison attentive de cette traduction avec le texte .
On pouvait croire ce travail facile, et il ne faut rien
moins qu'une supposition de ce genre pour expliquer
pourquoi on n'a pas songé à s'en occuper plus tôt .
Les personnes qui voulaient s'ouvrir une route nou-
velle dans le vaste champ de la littérature orientale
devaient être plus empressées d'entreprendre l'étude
d'idiomes encore peu connus que l'interprétation d'un
texte qu'il était permis de regarder comme traduit, et
le déchiffrement d'une langue dont tous les monuments
existant en Europe étaient publiés en français. Il faut
convenir d'ailleurs que tout devait confirmer les savants
dans l'opinion qu'il ne restait presque rien à faire
après Anquetil : son dévoûment à des études qu'il
aimait et dont il avait dû atteindre le terme ; tant de
soins bien faits pour porter leurs fruits ; une confiance
qui ne pouvait naître que de la certitude du succès, et
qui devait être partagée par le lecteur ; enfin cette
bonne foi dont l'expression est aussi naturelle au vrai
savoir que l'imitation en est difficile au charlata-
nisme . Aussi éprouvai-je une surprise que les per-
sonnes accoutumées aux recherches philologiques con-
cevront sans peine, lorsque, comparant pour la première
fois la traduction d'Anquetil au texte original, je
m'aperçus que l'une était d'un faible secours pour
l'intelligence de l'autre . Un examen suivi me persuada
qu'avec le seul appui de son interprétation , ce ne
58
serait pas une entreprise aussi aisée que je l'avais
supposé d'abord, que d'acquérir la connaissance de la
langue dans laquelle était écrit le Zend-Avesta ; et je
reconnus bientôt que la traduction d'Anquetil était loin
d'être aussi rigoureusement exacte qu'on l'avait cru ;
et cela d'autant plus facilement que l'auteur, en dépo-
sant à la Bibliothèque du Roi les textes originaux, avait
lui-même livré à la critique les moyens de la juger.
Mais si cette épreuve fut peu favorable à la traduction
du Zend- Avesta, je dois me hâter d'affirmer qu'elle ne
diminua en aucune façon ma confiance dans la probité
littéraire de l'auteur . En donnant au public une ver-
sion que tout l'autorisait à croire fidèle, Anquetil a pu
se tromper, mais il n'a certainement voulu tromper
personne ; il croyait à l'exactitude de sa traduction,
parce qu'il avait foi dans la science des Parses, qui la
lui avaient dictée. Au moment où il la publiait , les
moyens de vérifier les assertions des Mobeds , ses
maîtres, étaient aussi rares que difficiles à rassembler.
L'étude du sanskrit commençait à peine , celle de la
philologie comparative n'existait pas encore , de sorte
que, quand même Anquetil , à la vue des obscurités
et des incohérences qui restaient dans l'interprétation
.
des Parses, eût éprouvé un sentiment de défiance que ,
nous osons le dire , rien ne devait éveiller en lui, il
n'eût pu aisément discuter leur témoignage avec
quelque espoir d'en découvrir la fausseté . Il n'est donc
pas responsable des imperfections de son ouvrage ; la
faute en est à ses maîtres, qui lui enseignaient ce
qu'ils ne savaient pas assez , circonstance d'autant plus
fâcheuse qu'il lui était impossible de s'adresser à
59
d'autres qu'à eux . Ses erreurs sont du genre de celles
qui sont inévitables dans un premier travail sur une
matière aussi difficile ; et, lors même qu'elles seraient
plus nombreuses, lors même qu'il devrait subsister
peu de chose de sa traduction, et que ce qui devrait
en subsister aurait besoin d'être vérifié de nouveau , il
resterait encore à Anquetil-Duperron le mérite d'avoir
osé commencer une aussi grande entreprise, et d'avoir
1
donné à ses successeurs le moyen de relever quelques-
unes de ses fautes . C'est d'ordinaire la seule gloire
que conserve celui qui explore le premier une science
nouvelle ; mais cette gloire est immense, et elle doit
être d'autant moins contestée par celui qui vient le
second, que lui-même n'aura vraisemblablement, aux
yeux de ceux qui plus tard s'occuperont du même
sujet, que le seul mérite de les avoir précédés . »
Ici Burnouf fait remarquer que rien ne s'explique
aussi facilement que les erreurs d'Anquetil, si l'on
songe au mauvais état dans lequel les livres zends
nous sont parvenus, et à ce fait qu'ils ne forment que
la plus petite partie d'un ensemble considérable ; il est
clair que la comparaison d'un plus grand nombre de
textes pourrait être d'un énorme secours. Il faut
ajouter, d'autre part, que la version d'Anquetil n'était
faite que sur une traduction , qui parfois n'avait pu
reproduire le texte d'une façon parfaitement littérale,
qui avait dû recourir à des circonlocutions et même à
des gloses, à un court commentaire . Burnouf montre
sans peine comment la connaissance du pehlvi (le huz-
vârèche) disparut rapidement de chez les Parses du
Goudjerate, et comment la traduction elle-même subit
60 --
de grandes modifications, ainsi que le constatèrent les
prêtres parses du Kirman , qui visitèrent au commence-
ment du XVIIIe siècle leurs coreligionnaires émigrés
dans l'Inde : « Non seulement, dit l'auteur du Commen-
taire sur le Yaçna, non seulement la tradition ne se.
conserva pas dans toute sa pureté parmi les Parses du
Guzarate , mais encore elle y fut quelque temps inter-
rompue ; non seulement la connaissance de la langue
pehlvie ne s'y perpétua pas d'une manière régulière ,
mais le souvenir s'en effaça complètement ; et, sans les
communications qui s'établirent dans des temps très-
modernes entre les Parses du Guzarate et ceux du
Kirman , il est vraisemblable qu'Anquetil , à son arrivée
dans l'Inde , n'aurait plus même trouvé de traces des
livres qu'il poursuivait avec tant de persévérance . Or,
si les Parses du Guzarate purent oublier une fois le
pehlvi, quelle garantie la critique possède -t-elle qu'ils
aient pu l'apprendre de nouveau d'une manière assez
complète et assez sûre pour être en état de donner de
la version pehlvie une traduction exacte ? » Heureuse-
ment pour la critique, ajoute-t-il, il existe deux sortes
de moyens pour rectifier l'interprétation d'Anquetil ,
c'est-à-dire que les Parses avaient
l'interprétation
donnée à Anquetil . Le premier de ces moyens , -
citons encore ici les paroles mêmes de Burnouf, car
cela est d'une grande importance en ce qui concerne
l'historique de la question de l'Avesta, le premier
de ces moyens , c'est « la tradition des Parses eux-
mêmes , puisée à une source plus ancienne que l'expli-
cation des maîtres d'Anquetil » ; le second , c'est l'ana-
lyse approfondie du texte zend « appuyée sur la
61
comparaison de cet ancien idiome avec les langues
auxquelles il est le plus intimement uni » . En fait,
Burnouf employa toujours , et simultanément, ces deux
moyens . Son point de départ fut la version sanskrite
du Yaçna faite par Nériosengh , dont nous avons parlé
ci-dessus et qui se trouvait en double exemplaire dans
les manuscrits déposés par Anquetil å la Bibliothèque .
Ainsi , avant tout, il s'adressait à la tradition ancienne,
représentée par une version sanskrite de la vieille tra-
duction huzvârèche. Puis il passe au second moyen
d'interprétation . La traduction d'Anquetil et celle de
Nériosengh n'éclaircissant pas suffisamment le sens du
texte zend, le problème à résoudre , dit Burnouf, était
celui-ci « Étant donné un mot zend, auquel les Parses
attribuent une signification que la comparaison des
textes et l'étude des langues qui appartiennent à la
même famille ne confirment ni n'expliquent , justifier
le sens donné par les Parses ou en trouver un autre .
J'ai commencé par détacher du mot à traduire les
désinences, formatives et suffixes , que l'analyse gram-
maticale m'avait fait reconnaître dans d'autres mots
sur lesquels le concours de Nériosengh , d'Anquetil et
de la comparaison des langues ne laissait aucune
incertitude . J'ai réduit ainsi à ses éléments les plus
simples , ou à ce qu'on appelle le radical, le mot sur
lequel portait la difficulté, et, une fois maître de ce
radical, j'ai cherché si les langues avec lesquelles le
zend a le plus de rapport, comme le sanscrit , le grec,
le latin, les dialectes germaniques, etc. , n'en offraient
pas quelques traces » . Burnouf reconnut ainsi des
radicaux zends appartenant à peu près exclusivement
62
au sanskrit le plus ancien ; des radicaux appartenant
à tous les âges du sanskrit et communs aux autres
langues indo - européennes ; enfin des radicaux qu'il
était difficile de ramener à quelque radical des autres
langues de la même famille (sanskrit, grec , latin , etc. ) ,
mais qui se retrouvent presque toujours en persan . De
là, il fut amené à comparer des mots à peu près
identiques en zend et en sanskrit, à reconnaître les
lois de permutations des consonnes et des voyelles ; en
un mot, à établir la grammaire scientifique du zend .
Tout ce qui a été publié sur ce sujet part sans excep-
tion (on peut le dire sans hésiter) du Commentaire
sur le Yaçna, de Burnouf : il est le véritable et seul
fondateur de la grammaire zende . Entre l'Avant-propos
de son livre et le Commentaire proprement dit, nous
trouvons une dissertation de cent dix à cent vingt pages ,
intitulée Observations préliminaires sur l'alphabet zend,
qui est certainement un des morceaux les plus métho-
diques , les plus remarquables qui aient été écrits sur
cette question . Quant au Commentaire lui- même , il est
loin d'embrasser tout le Yaçna ; il ne traite que du
premier chapitre, qui ne forme guère que la vingtième
partie de tout le livre, mais c'en était assez pour fixer
la méthode au moyen de laquelle on devait expliquer
et interpréter tous les anciens écrits mazdéens .
Cette méthode, nous l'avons vu , reposait avant tout
sur la tradition , non point la tradition cherchée uni-
quement parmi les Parses actuels, mais bien la tradi-
tion suivie aussi loin que possible , c'est-à-dire jusqu'à
l'ancienne version en langue huzvârèche, ou du moins
63 -
jusqu'à la version sanskrite de l'ancienne traduction
huzvârèche . Dans un long et fort intéressant article
intitulé : Burnoufs altbaktrische forschungen und ihr
verhaltniss zur tradition (inséré dans les Beitrage zur
vergleichenden sprachforschung, de M. Kuhn, t . VII ,
p. 257, Berlin , 1872) , M. Spiegel a surabondamment
démontré que l'interprétation de l'Avesta par Burnouf
reposait avant tout sur la tradition ancienne . Sur plus
d'un millier de mots par lui expliqués , Burnouf ne
s'éloigne pas plus de vingt-huit fois du sens que
donne la vieille tradition , c'est-à-dire qu'il l'admet
pour quatre-vingt-dix-sept mots environ sur cent . Il y
a là un point fort important à prendre en considération ,
et le relevé fait par M. Spiegel ne peut laisser place à
aucune incertitude .
Ce même auteur entrait, dès ses premiers écrits sur
l'Avesta , dans la voie féconde qu'avait ouverte Eugène
Burnouf. En 1848, dans son mémoire : Ueber die hand-
schriften des Vendidad und das verhaltniss der pehlvi-
übersetzung zum zendtext (1) , nous le voyons affirmer
et mettre en évidence ce fait qui , à nos yeux égale-
ment, ne saurait scientifiquement être révoqué en
doute, que la version huzvârèche est le principal moyen
d'interprétation du vieux texte mazdéen , moyen que
rend d'autant plus efficace l'annexion d'un certain
nombre de gloses à la traduction dont il s'agit . Mais
évidemment cette traduction huzvârèche n'est point
infaillible ; on peut admettre qu'elle ne rend pas tou-
(1) Bulletin der kænigl. akademie der wissenschaften, Munich,
4 et 8 août 1848.
64
jours d'une façon parfaite le texte primitif, et c'est
l'œuvre de la critique que de la soumettre à un perpé-
tuel et sévère examen ; nous en savons assez aujour-
d'hui pour assurer qu'elle s'en tire très-souvent à
son honneur , et qu'elle est fréquemment d'une grande
exactitude .
La méthode dont Burnouf avait jeté les fondements ,
et qui produisit entre ses mains des
résultats si
excellents , - et l'on peut dire si inattendus, -- ne
s'imposa pas à tous les auteurs qui étudièrent les
textes et la religion de l'Avesta . Nous ne devons pas le
regretter . Les contradictions qu'elle rencontra n'ont
abouti qu'à faire éclater, d'une façon plus évidente
encore, tout ce qu'elle possédait de valeur et de puis-
sance . Parmi ceux qui prétendirent arriver par d'autres
moyens que Burnouf à des résultats plus exacts , les
uns sacrifièrent les secours de la tradition à la pure et
simple étymologie ; d'autres cherchèrent l'interprétation
des textes mazdéens dans leur comparaison avec les
hymnes védiques ; d'autres enfin donnèrent le pas ,
non plus à la tradition ancienne, mais bien à la tra-
dition contemporaine , à la tradition des Parsis mo-
dernes .
Nous allons dire quelques mots de chacun de ces
différents systèmes .
Le représentant le plus connu de la première
théorie, celui qui a lutté le plus vivement pour le
mode de l'interprétation étymologique, fut Martin
Haug, professeur à Munich et indianiste distingué .
Haug, dans la préface de ses deux écrits principaux
--- 65 -
sur le zoroastrisme et la langue zende, expose très-
nettement lui-même les procédés qu'il employa pour
arriver à saisir le sens des textes mazdéens , et dans
tout ce qu'il dit, nous ne trouvons pas la moindre
allusion au bénéfice qu'il était possible de retirer des
anciennes traductions ( 1 ) . C'est avec l'aide du diction-
naire sanskrit que Haug opérait tout d'abord son
travail à ses yeux , le mot zend avait , en principe , le
sens que possédait le mot sanskrit correspondant.
Aucune voie n'était plus dangereuse que celle-là, et
Haug eut plus d'une fois l'occasion de se repentir d'y
être entré avec une ardeur extrême. Il était doué,
malheureusement, d'une telle présomption et d'un tel
dédain pour les découvertes de ses confrères, qu'il
maintint de parti pris nombre d'assertions auxquelles
il lui eût été possible de renoncer très-facilement, en
présence de la preuve éclatante de leur peu d'exacti-
tude . Dans l'opuscule de M. Justi , Abfertigung des
Dr. Martin Haug (Leipzig, 1868) , -- qui n'est d'ail-
leurs qu'une réponse , le plus souvent très-péremp-
toire, à un grossier libelle du savant bavarois (2) ,
nous trouvons une excellente critique de ce premier
procédé de Haug (nous disons « le premier » , car Haug
eut une seconde manière) , et la démonstration de la
(1) Die fünf Gatha's oder sammlungen von liedern und sprü-
chen Zarathustra's, seiner jünger und nachfolger, Leipzig, 1858-
1860. Voyez principalement page IX. - Essays on the sacred
language, writings and religion of the Parsees, Bombay, 1862.
Voyez principalement page 36.
(2) Ueber den gegenwärtigen stand der zendphilologie, mit
besonderer rücksicht auf Ferdinand Justi's sogenanntes altbak-
trisches wærterbuch, Stuttgart, 1868 .
5
--- 66
faiblesse d'une partie des étymologies qui servaient de
base à son interprétation et à ses commentaires. Nous
reviendrons tout à l'heure sur le plus ou moins de
valeur du premier procédé de Haug. Constatons, pour
l'instant, qu'il n'a absolument rien de commun avec la
méthode de Burnouf, qu'il en diffère même essentielle-
ment . En fait, il n'y a point lieu de s'étonner qu'il
n'ait pas produit les mêmes résultats : le point de
départ était tout à fait autre . Quelques auteurs sont
venus après Haug , qui ont donné comme lui le pas à
l'interprétation étymologique ; en tous cas , nous ne
devons pas ranger absolument parmi eux le célèbre
indianiste M. Weber . Ce dernier, sans doute, ne fait
pas toujours profession d'une grande estime pour la
tradition huzvârèche ( 1 ) , mais il est loin de vouloir la
sacrifier continuellement à l'explication par l'étymo-
logie (2) .
Il est à peine besoin de réfuter l'opinion des auteurs
pour lesquels les Éraniens auraient vécu en une sorte
de communauté avec les Hindous, durant l'ancienne
période védique . De deux choses l'une : ou bien les
Éraniens parlaient déjà un ou plusieurs idiomes réelle-
ment éraniens, et alors cette prétendue communauté
est impossible ; ou bien ils parlaient la même langue
(1) Literarisches centralblatt , Leipzig, 1858 , nº 52. Réimprimé
dans les Indische streifen, Berlin , 1869, t . II, p . 440 ; ibid .,
p. 439.
(2) « Er [Spiegel ] perhorrescirt nur und mit recht - die
methode , welche die sprachvergleichung, resp . das sanskrit,
allein als die suprema ratio für die erklærung des textes hinzu-
stelle versuchen wollte » . (Op. cit., t. II, p. 481.)
67 -
que les Hindous, et alors ce n'étaient pas å propre-
ment parler des Éraniens . Il nous semble impossible
de sortir de ce dilemme . Que le sanskrit et le prakrit,
d'une part, que , d'autre part, le perse et le zend pro-
viennent d'une seule et même langue mère (l'idiome
commun indo-européen) , cela n'est pas douteux ; mais
c'est à ce fait que se bornent les rapprochements
anciens des Éraniens et des Hindous. La religion
mazdéenne est éranienne ; la religion védique est hin-
doue . Toutes deux, sans doute , elles ont un fonds.
commun dans les croyances de la population ou , pour
mieux dire , des populations qui parlaient la langue
indo-européenne commune ; mais , tels qu'ils se pré-
sentent à nous, les Védas et l'Avesta possèdent chacun
leur individualité propre : ils ont eu chacun leur déve-
loppement tout à fait personnel . C'est ce qu'a démontré
surabondamment M. Spiegel dans l'introduction au
premier volume de sa version de l'Avesta (p . cx) : le
lexique, les coutumes, les institutions de toutes sortes
le démontrent de la façon la plus irrécusable . Il y a
longtemps déjà que l'illustre indianiste Lassen l'a
prouvé : les Hindous et les Éraniens étaient séparés
les uns des autres depuis longtemps, lorsque furent
rédigés , tout à fait indépendamment l'un de l'autre , les
Védas et l'Avesta (1 ) .
(1) Consultez l'importante dissertation de M. Spiegel, Avesta
und Veda oder die beziehungen der Erânier zu den Indiern,
publiée en 1858 dans la revue Ausland (nº 47), et rééditée dans le
volume Erán. Das land zwischen dem Indus und Tigris, Berlin,
1863. L'auteur fait valoir , entre autres, les considérations que
voici. Dans la religion védique, point d'ensemble systématique :
68 --
Le principal défenseur de l'interprétation de l'Avesta
par le sanskrit et les Védas est M. Roth, l'un des
auteurs du grand dictionnaire sanskrit de Pétersbourg .
Dans la Revue de la Société orientale allemande (1 ) ,
M. Roth n'a pas hésité à dire que ceux-là fermaient
les yeux à la lumière , qui n'admettaient point que le
sanskrit fut, est et sera la clé de l'Avesta : « Es hiesse
die augen dem licht verschliessen , wenn jemand .
læugnen wollte, dass das sanskrit der schüssel des
Avesta war, ist und bleibt ; und jetzt vollends das
sanskrit der Veden ! » . L'auteur, sur cette assertion , se
met à traduire en sanskrit un morceau de l'Avesta , et
la traduction de la version sanskrite donne , à ses
chaque dieu est invoqué lorsqu'on juge bon de le faire , et on lui
attribue alors la suprématie sur les autres . La religion mazdéenne
est, au contraire, une des plus rigoureusement systématiques de
toutes celles qui aient existé , et chaque divinité, ici, est classée
avec le plus grand soin . L'anthropomorphisme de la religion
védique est d'une naïveté frappante ; dans le mazdéisme, il est loin
d'en être ainsi les dieux sont dénués de presque toute réalité, et
ne sont représentés le plus souvent que par des idées abstraites .
Des catégories entières de dieux védiques manquent à l'Avesta : les
dieux de la tempête , Varuņa, les déesses de l'aurore , de la nuit,
bien d'autres encore ; le dieu du feu est différent à tous les points
de vue. Ajoutez que nombre de divinités mazdéennes ne se
retrouvent pas dans l'Avesta . « Ce qu'il y a de plus simple à
admettre ici, dit l'auteur, c'est que les formes religieuses com-
munes de l'Inde et de l'Erân remontent à une époque où il n'y
avait encore ni Hindous ni Éraniens , ni Véda ni Avesta » . C'est là
précisément ce que nous disions tout à l'heure, et nous pensons que
l'opinion très-formelle de Lassen, de Windischmann et de M. Spiegel
sur ce sujet est on ne peut plus justifiée .
(1) Zeitschrift der deutschen morgenlændischen gesellschaft,
t. XV, p. 1. Leipzig, 1871 .
69
yeux, le sens même du texte mazdéen . Certes, il serait
possible de rendre par tous mots français, étymologi-
quement équivalents , une ou deux phrases italiennes
ou espagnoles . Mais qui oserait affirmer que les mots
français , italiens , espagnols , aient conservé, chacun de
leur côté, la signification qu'avaient en latin le mot
dont ils sont tous issus ? Personne ne pourra le garantir
-
a priori. Il est certain l'expérience nous l'enseigne
- que souvent cette
signification a varié . En tous cas,
l'opinion des auteurs qui veulent chercher dans l'éty-
mologie sanskrite le sens des mots zends pèche essen-
tiellement par la base ; elle aurait encore quelque
raison d'être si le zend dérivait du sanskrit ... mais il
n'en est pas ainsi . Ces deux idiomes sont frères ; ils
dérivent de la langue commune indo-européenne , et
c'est alors dans cette dernière langue qu'il faudrait
rechercher le sens des mots zends , si l'on voulait
s'adresser avant tout à l'étymologie . Quant à demander
cette signification aux mots sanskrits , c'est une erreur
évidente, puisque les mots sanskrits peuvent ne plus
reproduire exactement le sens des formes organiques
qu'ils représentent. Ainsi , de quelque côté que l'on
veuille envisager la question , il demeure acquis que le
procédé de l'interprétation de l'Avesta par le sans-
krit et les Védas est du domaine de la fantaisie .
Ne craignons donc pas de le répéter, la scientifique
et logique méthode d'interprétation de l'Avesta réside ,
avant tout, dans l'usage critique de la tradition an-
cienne . Il est clair que Burnouf doit tous les résultats
de son travail sur les textes mazdéens au secours que
lui fournit la traduction sanskrite de Nériosengh. C'est
- 70-
ce qu'il a lui-même reconnu et proclamé de la façon
la plus formelle . L'aide de la linguistique ne vient
qu'en second lieu : Étant donné le sens de la version
ancienne, il s'agit de savoir si , au point de vue gram-
matical, cette version est admissible , et si elle rend
exactement la construction du texte zend : il faut voir,
par exemple, si les mêmes mots sont les sujets de la
phrase ; si les mêmes mots sont les régimes ; si la con-
cordance des nombres , des personnes, des temps et
des modes est bien exacte, et ainsi de suite . Si le mot
de la traduction ancienne n'éclaire point le sens du
mot zend , il faut alors recourir à la comparaison lin-
guistique avec des mots appartenant aux autres idiomes
éraniens , soit anciens, soit modernes, et, à défaut de
mots éraniens correspondants , à des mots tirés du
sanskrit ou des autres langues indo- européennes. Mais
ici la confiance de l'interprétateur doit singulièrement
diminuer, et ses conclusions ne sont plus que de simples
hypothèses .
Au surplus, de même que la tradition ancienne peut
expliquer le texte original, de même la tradition plus
récente peut aider à comprendre l'ancienne tradition .
Mais ici, il importe avant tout d'avoir toujours présent
à l'esprit ce principe, que la tradition du moyen âge
est plus pure , mieux conservée que celle des temps
modernes ; qu'elle est plus proche , en un mot , des
anciennes idées qu'elle avait mission de transmettre aux
générations futures .
C'est là un fait tellement évident qu'il serait å
peine utile d'en parler si Haug, à la suite de son
voyage dans l'Inde , n'avait inauguré (en dépit de tout
-- 71 -――
ce qu'il avait écrit jusqu'alors en faveur de la méthode
étymologique) un nouveau système d'interprétation . Ce
système consistait à adopter presque partout et presque
toujours la tradition des Parsis modernes . Nous avons
dit plus haut combien cette tradition récente est
altérée, combien elle s'écarte de la tradition du moyen
âge, et par conséquent du texte zend . Haug lui-
même, en 1862 , dans son volume d'Essays, avait écrit
que les Mazdéens modernes acceptent la version d'An-
quetil comme une sorte d'autorité : « The European
reader will not be a little astonished to learn , that
Anquetil's work was regarded afterwards as a kind of
authority by the Dustoors themselves » ( p . 21 , note).
Les derniers ouvrages de Haug, et particulièrement
son pamphlet Ueber den gegenwärtigen stand der zend-
philologie, reposent tout entiers sur cette singulière
idée de la fidélité et de l'excellence de la tradition
contemporaine . Ce que nous avons dit ci-dessus nous
dispense sans doute d'entreprendre la critique en règle
de cette opinion ; nous ne ferions rien autre chose que
nous répéter .
Cette question de la méthode d'interprétation de
l'Avesta nous a arrêté longtemps, et cela était indis-
pensable . Nous devions faire connaître, dès le commen-
cement de notre travail, le système que nous comptions
suivre pour expliquer les nombreux fragments maz-
déens que l'on y rencontrera . Nous sommes loin de
penser, sans aucun doute, qu'il n'y ait aucun profit à
tirer des tentatives isolées, individuelles, irrégulières ,
auxquelles a donné lieu l'examen des textes zends .
Leur premier mérite , leur grand service , est précisé-
72 -
ment de retenir et de confirmer de plus en plus dans
leurs procédés méthodiques les interprétateurs et com-
mentateurs aux yeux desquels Eugène Burnouf a fondé
la véritable exégèse des écrits zoroastriens . La critique
de Burnouf n'est certainement pas infaillible, mais
nous pensons que tous ceux qui se sont engagés
(comme l'a fait si brillamment M. Spiegel) dans la voie
qu'avait ouverte l'auteur du Commentaire sur le Yaçna
sont arrivés et arriveront à des résultats parfaitement
scientifiques.
QUATRIÈME PARTIE
Les études sur l'Avesta depuis Eugène Burnouf
jusqu'à nos jours.
L'œuvre capitale de Burnouf nous a amené à
traiter incidemment de la méthode applicable à l'inter-
prétation de l'Avesta . Nous reprenons maintenant
l'exposé historique que nous avons dû interrompre.
Nous avons dit qu'en 1829 Olshausen publiait à
Hambourg le commencement du texte du Vendidad , et
Eugène Burnouf, à Paris , le commencement de son
texte complet du Vendidad , du Yaçna et du Vispered .
Ces deux éditions constituèrent un des éléments les
plus importants qui permirent à Bopp de faire entrer
la langue zende dans son célèbre ouvrage sur la
grammaire comparée des idiomes indo - européens :
Vergleichende grammatik des sanskrit, zend , griechis-
chen, lateinischen, litthauischen, gothischen und deuts-
chen, Berlin, 1833 (première partie , contenant la pho-
nétique, la comparaison des racines et la formation des
cas) . Burnouf, dans le Journal des Savants, a publié
- 74 -
une excellente critique de la partie éranienne du livre
de Bopp, sous le titre de : Observations sur la partie·
de la grammaire comparative de M. F. Bopp, qui se
rapporte à la langue zende, Paris , 1833. Cet article
critique, long de près de cinquante pages in-4º , cons-
titue lui-même une contribution de première impor-
tance à l'étude grammaticale du zend ; on y trouve
sur le phénomène particulier de l'épenthèse d'un i
dans certains mots zends , sur les différents change-
ments de la sifflante organiques , sur la forme primi-
tive des racines , des observations qui révèlent chez
leur auteur un sens merveilleux de critique (1 ) .
Burnouf devait publier plus tard , de 1840 A à 1850 ,
ses magnifiques Études sur la langue et les textes
zends, dans le Journal asiatique de Paris, études sur
le sens ou la forme grammaticale de certains mots
zends , études sur le neuviè.ne chapitre du Vendidad .
Le livre de Nork, Mythen der alten Perser als
quellen christlicher glaubenslehren und ritualien (Leip-
zig, 1835) , ne peut être cité que pour mémoire .
L'auteur développe sans critique la thèse du parallèle de
Zoroastre et du Christ , du parsisme et du catholicisme.
MM . Benfey et Moriz A. Stern publiaient en 1836 , à
Berlin, leur très -intéressante dissertation : Ueber die
monatsnamen einiger alter voelker, insbesondere der
Perser, Cappadocier , Juden und Syrer. La partie éra-
nienne commence page 234. Nous aurons à rappeler
tout à l'heure d'autres écrits de M. Benfey.
(1) Bopp fit paraître en 1843 un mémoire intitulé : Die zahl-
wærter der zendsprache.
— 75 -
Nous citerons pour mémoire l'ouvrage de P.-F. Stuhr :
Die religions-systeme der heidnischen volker des Orients,
Berlin , 1836 , particulièrement tome premier, p . 339-
375. C'est un écrit de seconde main qui n'apporte point
d'éléments nouveaux à la question .
C'est peu de temps après la publication de Burnouf
sur le commencement du Yaçna que Joseph Müller
fit paraître ses excellents travaux sur le huzvârèche :
entre autres son Essai sur la langue pehlvie, publié
dans le Journal asiatique de 1839 ; son étude sur le
commencement du Boundehèche (Untersuchungen über
den anfang des Bundehesch), dont nous avons déjà
parlé ci-dessus . Les écrits de Joseph Müller ont con-
tribué pour une grande part à développer l'étude
de la langue dans laquelle est rédigée l'ancienne version.
de l'Avesta.
En 1841 , Pavie publiait dans le tome premier des
Mémoires de la Société ethnologique un court Mémoire
sur les Parsis ; il y traitait succinctement de leur ori-
gine, de leurs coutumes et de leurs croyances . C'est un
article fait avec soin , mais auquel l'auteur aurait dû
donner de tout autres proportions .
Le missionnaire de l'église d'Écosse , John Wilson ,
faisait paraître en 1843, à Bombay, un assez fort
volume intitulé : The parsi religion as contained in
Zand-Avasta and propounded and defended by the
Zoroastrians of India and Persia, unfolded, refuted
and contrasted with christianity. Nous ne signalons cet
ouvrage que pour mémoire . Le but de l'auteur était
d'accabler le parsisme par le christianisme ; vers la
fin de son volume, il signale à l'attention des Parsis
76
une cinquantaine d'ouvrages apologétiques de cette
dernière religion . Ce qui lui tient essentiellement à
cœur, c'est de prouver que l'Avesta n'est pas dû à une
révélation céleste, et que par contre les livres chrétiens
possèdent une autorité divine (1 ) .
(1 ) Ce livre fait partie d'une série d'écrits polémiques et apolo-
gétiques inaugurés par l'opuscule du même John Wilson, A
lecture on the Vendidad- Sade of the Parsis, qui parut à Bombay
en 1837. Dans son rapport de 1843 à la Société asiatique de Paris,
Mohl a parlé de cette polémique. Après avoir annoncé certaines
publications projetées par la Société de Bombay : « Tous ces ou-
vrages, ajoutait-il , sont destinés à servir à l'éclaircissement d'une
grande controverse religieuse qui s'est élevée , à Bombay, entre
les missionnaires protestants et les Parsis, et qui , dirigée du côté
chrétien par un homme savant et intelligent comme M. Wilson , a
donné naissance à plusieurs écrits remarquables dont la science
doit tirer profit. L'origine de cette discussion a été un savant
mémoire sur le Vendidad , lu en public et imprimé il y a quelques
années par M. Wilson . Les Parsis se sont vivement émus de cette
critique de leurs livres sacrés ; non seulement leurs journaux,
comme le Chabuk et le Durbin, ont été remplis d'articles de ĉon-
troverse, mais on a fondé , sous le titre de Rahnameni Zerdouschti,
un écrit périodique destiné uniquement à la défense du zoroas-
trisme contre les chrétiens . Outre cette polémique journalière , ils
ont composé un certain nombre d'ouvrages dans lesquels sont
exposées les doctrines de leurs différentes sectes . Le premier livre
de ce genre qui ait paru est le Talimi Zerdouscht ( Talimi- Zur-
toosth, or doctrine of Zoroaster in the guzrattee language for the
instruction of Parsi youths, with an answer to Dr Wilsons
lecture on Vendidad, compiled by a Porsi priest, Bombay, 1840),
écrit en guzurati par Dosabhaï Sohrabji . Cet auteur est de l'école
qu'on appellerait, dans une controverse chrétienne , rationaliste ; il
représente Ahriman comme la personnification des mauvais ins-
tincts innés dans l'homme, et le feu comme un symbole et non pas
comme un objet d'adoration directe . Il est l'organe des hommes
du monde parmi les Parsis ; toutes ses allures sont plutôt celles
d'un philosophe que d'un théologien ; et, ce qui est assez curieux,
77
M. Joachim Ménant publiait en 1844 (seconde édi-
tion en 1857 ) son opuscule : Zoroastre . Essai sur la
philosophie religieuse de la Perse, 28 pages in-8° . Ce
petit écrit est une sorte de notice sur certains livres
éraniens et sur les ouvrages les plus importants de
quelques auteurs européens : Anquetil , Burnouf, Spie-
gel, etc.
il se sert contre le christianisme surtout des arguments de Vol-
taire et de Gibbon. La partie orthodoxe de la secte n'ayant pas été
satisfaite de cette exposition de sa doctrine, et ayant compris que
cette manière d'argumenter était plus propre à détruire sa religion
qu'à l'étayer , l'homme le plus considérable parmi les Parsis, Sir
Jamsetji Jeejeebhoy, s'adressa à Edal Dara , chef de la secte des
Rasami. Ce vieux prêtre qui, depuis de longues années , vit retiré
du monde et en odeur de grande sainteté , composa un ouvrage
sous le titre de Mu'jizati Zerdouschti (le titre de ce livre est en
guzurati ; en voici la traduction : Mu'jizati Zerdouschti, c'est-à-
dire les Miracles indubitables de Zoroastre , dès le commencement
jusqu'à la fin, accompagnés d'une exposition de la foi zoroas-
trienne, par le destour Edalji Darabji Rustamji de Sanjana , l'an de
l'Yezdejird 1209, du Christ 1840. Bombay, in-4, 127 pages) , dans
lequel il se fonde surtout sur le Zerdouscht nameh, livre auquel il
attribue une grande autorité, et qu'il suppose avoir été écrit origi-
nairement, sous le titre de Wajer Kard, par Mediomah, frère
d'Arjasp et disciple de Zoroastre lui-même. Les attaques qui
avaient été dirigées contre M. Wilson , dans le journal intitulé
Durbin, ont été réunies dans un volume sous le titre de Nirangha,
par Kalam Kas. (Voici la traduction du titre, qui est en guzurati :
Nirangha par Kalidas , contenant les questions proposées à
M. Wilson dans le Durbin , par Kalidas. Bombay, 1841 , in- 12,
347 pages.) Enfin , Aspaudiarji Framji a publié un ouvrage en
guzurati et en anglais sous le titre de Guide de ceux qui se sont
égarés (The Hadie- Gum-Rahan, or a guide to those who have lost
their way, being a refutation of the lecture delivered by the Rev.
Dr Wilson, Bombay, 1841) ; c'est un commentaire polémique du
mémoire sur le Vendidad , et , à ce qu'il paraît, une nouvelle pro-
duction du parti rationaliste des Parsis » .
78 -
Sous le titre de Vendidad Sade. Die heiligen Zoroas-
ter's Yaçna, Vispered und Vendidad, nach den litho-
graphirten ausgaben von Paris und Bombay, mit
index und glossar, Hermann Brockhaus, professeur de
langues orientales à l'Université de Leipzig, faisait
paraître en cette ville , en 1850 , le texte des trois
grands livres de l'Avesta , transcrit en caractères latins .
Sans parler du grand soin avec lequel ce livre était
publié, il avait le mérite de répandre d'une façon bien
plus pratique que le coûteux ouvrage de Burnouf le
"
texte même des vieux écrits mazdéens , et le glossaire ,
malgré ses défectuosités, était d'une valeur inappré-
ciable.
Nous arrivons à parler ici de l'œuvre de M. Spiegel,
œuvre si étendue déjà et que son auteur pousse
chaque jour plus loin encore ; œuvre essentiellement
méthodique et qui procède d'une façon directe des
travaux d'Eugène Burnouf. Nous énumérerons tout
d'une suite , et sans nous interrompre pour citer les
ouvrages synchroniques d'autres auteurs, les principaux
écrits de M. Spiegel. Dès 1848 , il publiait le travail
que nous avons cité ci-dessus déjà sur les manuscrits
du Vendidad et le rapport de la version pehlvie au
texte zend ; en 1850, une critique de l'édition du Ven-
didad sade de Brockhaus , dans les Gelehrte anzeigen
de Munich ; en 1851 , les articles Ueber einige einge-
schobene stellen im Vendidad, dans le tome sixième des
Mémoires de l'Académie de Munich, et Die Alexander-
sage bei den Orientalen ; puis le premier article de
son explication du dix- neuvième chapitre du Vendidad ;
— 79 -
le second est de l'année 1852 , le troisième de 1854 :
ils ont paru dans les sixième et septième volumes des
Mémoires de l'Académie de Munich. Le premier volume
de la traduction de l'Avesta est de 1852 : Avesta, die
heiligen schriften der Parsen . Aus dem grundtext über-
setzt mit steter rücksicht auf die tradition . Il com-
prend, outre la version du Vendidad, une introduction
très-importante et différents appendices sur l'influence
du sémitisme, sur l'époque à laquelle fut parlé le huz-
vârèche, sur la composition du Vendidad . Le second
volume , qui date de 1859 , comprend une très-longue
préface et la traduction du Vispered et du Yaçna . Le
troisième est de 1863 ; avec une introduction égale-
ment importante, nous y trouvons la version des Yests ,
c'est-à-dire du Khorda Avesta ou Petit Avesta . Reve-
nant en arrière, nous avons à signaler en 1853 un
écrit sur l'interprétation du Vendidad ; en 1855 , dans
les Mémoires de l'Académie de Munich, l'article Die
erânische stammverfassung ; en 1856 , la grammaire
huzvârèche dont nous avons déjà parlé ; en 1858, dans
les Gelehrte anzeigen de Munich, un article de trois
numéros sur la version des Gâthâs de Haug ; en 1860 ,
le volume faisant suite à la grammaire huzvârèche :
Die traditionelle literatur der Parsen in ihrem zusam-
menhange mit den angrenzenden literaturen ; et, la
même année, dans la revue Ausland, l'article Die cul-
turgeschichtliche stellung des alten Erân ; en 1861 ,
l'édition, en caractères latins , de la version sanskrite du
Yaçna, par Nériosengh, et une Grammatik der pârsi-
sprache nebst sprachproben ; l'année suivante, dans la
revue Ausland, l'article Avesta und Veda . En 1863,
- 80
M. Spiegel publie , à Berlin , son volume Erân , das
land zwischen dem Indus und Tigris , formé d'un
certain nombre de dissertations simplement rééditées ,
mais comprenant aussi quelques écrits nouveaux :
Avesta und die Genesis, oder die beziehungen der Erâ-
nier zu den Semiten ; Zur neuesten geschichte des
Parsismus . En 1864 est publié , à Vienne, le premier
volume du Commentar über das Avesta, ouvrage d'une
importance capitale , et qui, avec la version dont il est
le complément, suffirait à donner à M. Spiegel la
grande place qu'il s'est conquise dans les études éra-
niennes ; le second volume du Commentaire est de
1868. L'année précédente avait paru , dans les Bulle-
tins de l'Académie de Munich, l'intéressant écrit sur la
vie de Zoroastre : Ueber das leben Zarathustra's . En
1867 également était éditée la Grammatik der altbak-
trischen sprache nebst einem anhange über den Gâthấ-
dialekt, l'ouvrage assurément le plus complet qui ait
été écrit sur cette matière . En 1871 , on publiait à
Leipzig le premier volume, et en 1873 le second , des
Erânische alterthumskunde, qui forment un digne pen-
dant au beau travail de Lassen sur l'antiquité hindoue.
Le premier volume (760 pages in-8°) comprend la
géographie, l'ethnographie et la plus ancienne histoire
de l'Eran ; le second (632 pages) traite de la reli-
gion éranienne et contient l'exposé historique depuis
l'empire médique jusqu'à la mort d'Alexandre le Grand .
En 1874, M. Spiegel fit paraître , à Leipzig, le pre-
mier fascicule de ses Arische studien , où il traite de
différentes questions purement grammaticales, mytholo-
giques ou exégétiques .
81 -
Quant à l'édition si utile du texte même de l'Avesta
et de l'ancienne version huzvârèche, M. Spiegel l'avait
publiée à Vienne en 1853 et en 1858. Le premier
volume contient le Vendidad, le second le Vispered et
le Yaçna Avesta , die heiligen schriften der Parsen.
Zum ersten male im grundtexte sammt der huzvâresch-
übersetzung herausgegeben .
Nous ne parlons ici ni des écrits de M. Spiegel sur
le perse ancien (parmi lesquels son travail de premier
ordre Die allpersischen keilinschriften im grundtexte .
mit übersetzung, grammatik und glossar, Leipzig, 1862) ,
ni de ses articles dans la Revue orientale allemande (1) ,
dans les deux revues de M. Kuhn (2) , dans d'autres
périodiques allemands (3) , dans la Revue de linguis-
tique de Paris (4).
Nous ne saurions trop le répéter, l'œuvre entière
(1) Zeitschrift der deutschen morgenlændischen gesellschaft,
Leipzig. Articles assez étendus sur la tradition des Parses et leur
eschatologie, sur le culte des étoiles et la conception du monde
chez les Parses, sur la rédaction et la composition de l'Avesta , sur le
premier chapitre du Boundehèche, sur différents passages de l'Avesta .
(2) Zeitschrift für vergleichende sprachforschung, principale-
ment tomes XIX , XX, XXIII . -Beitrage zur vergleichenden
sprachforschung. T. 1 : Arya, airya. Zur altbaktrischen syntax.
- - T. II : Kurzer abriss der geschichte der erânischen sprachen .
- T. IV : Uebersicht der neuesten erscheinungen auf dem gebiete
der eranischen philologie . - T. V : Die lehre von der majestæt im
Avesta. T. VII : Burnoufs altbaktrische forschungen und ihr
verhæltniss zur tradition , etc. , etc.
(3) Heidelberger jahrbücher der literatur, années 1866 , 1867,
1868, 1869 , 1872.
(4) Tome III : De la place occupée par les langues éraniennes
dans la famille linguistique indo-germanique. T. IV : Thwâsha ,
dieu de l'espace céleste .
6
82 ---
de M. Spiegel, cette véritable encyclopédie de la lin-
guistique et de la philologie zendes, repose sur l'œuvre
fondamentale d'Eugène Burnouf ; M. Spiegel a pour-
suivi, avec la même méthode et la même critique,
l'entreprise que la mort prématurée du savant français
avait laissée interrompue .
Les travaux sur le zend de M. Alb . Weber sont en
général des travaux d'ordre critique . On en trouvera
un certain nombre reproduits à la fin du second
volume des Indische streifen du savant indianiste
(p . 420-493 ) ; ils ont été écrits de 1849 à 1869 .
En mars 1849 et en février 1852, le révérend J.
Murray Mitchell communiquait à la Société asiatique de
Bombay, sous le titre de Recent investigations in zend lite-
rature, une sorte de rapport sur plusieurs ouvrages im-
portants concernant la langue et les textes zends . On peut
lire ce mémoire dans le Journal of the Bombay branch
of the roy. asiatic Society , t. IV, p . 216, Bombay, 1853 .
En 1850 , la nouvelle collection des moralistes an-
ciens, de Lefèvre , publie la Morale de Zoroastre extraite
du Zend-Avesta , traduction d'Anquetil-Duperron . Nous
n'avons pas à revenir sur la valeur de la version
d'Anquetil ; elle nécessite un commentaire et des recti-
fications de chaque instant . Quant à l'introduction
même du livre, un exposé du système théologique et
moral du zoroastrisme (p . IX-XLVII) , elle est assez bien
faite et donne une juste idée de l'ensemble des doctrines.
mazdéennes . L'auteur, malheureusement, regarde (à la
suite de tant d'autres) Ormuzd et Ahriman comme
des principes secondaires soumis au temps sans bornes,
à l'éternel .
83
En 1851 , le savant danois Westergaard publiait son
Bundehesh liber pehlvicus e vetustissimo codice hav-
niensi (Copenhague , 1851 , in-4º , 82 pages) . Peu de
temps après , le même auteur donnait son important
ouvrage : Zendavesta or the religions books of the
zoroastrians, vol . I (Copenhague , 1852-1854) . Le pre-
mier volume, contenant le texte zend, a seul paru .
L'auteur annonçait un dictionnaire et une grammaire
qui, malheureusement , n'ont pas vu le jour . Dans le
tome cinquième du Journal de la Société asiatique de
Bombay, nous trouvons un article de Westergaard sur
l'ancienne mythologie éranienne : The ancient iranian
mythology , p . 77-94 (1) . Cette notice était traduite du
texte danois original (Oversigt af det kgl . danske vi-
densk . selsk . forhandlinger, novembre 1852) , et il en
parut une version allemande, due à M. Spiegel , dans
le troisième volume des Indische studien, de M. Weber,
p . 402-440 . L'auteur traite particulièrement de l'his-
toire mythique de Yima, de Thraêtaona , de Kere-
садра.
En 1850 , dans le premier volume de ce même
recueil de M. Weber (p . 364-380) , M. Schlottmann
publie un mémoire critique sur la traduction du dix-
neuvième chapitre du Vendidad par M. Spiegel : Bei-
træge zur erlæuterung des von Spiegel bearbeiteten
anfangs des 19 fargard des Vendidad .
(1 ) Dans le même volume de ce recueil, M. Romer a publié un
travail intitulé Brief notices of persian, and of the language
called zend . Consultez à ce sujet, et dans le même volume de
cette revue , l'article de M. Spiegel : On the Avesta, and the zend
and pahlavi languages, p. 492 ss.
84
Christian Lassen, en 1852 , faisait paraître , à Bonn,
ses Vendidadi capita quinque priora .
La même année paraissait , à Berlin , le premier
volume de la Geschichte des alterthums, de Max Dunc-
ker. Le tome second, qui est de 1853, contient un
chapitre intitulé Die Baktrer, Meder und Perser,
p. 290 ss . (p . 297 du tome deuxième de la deuxième
édition) . C'est un intéressant travail de seconde main,
et dont le succès n'a rien de surprenant. Le second
volume de la quatrième édition a paru en 1875 .
M. Benfey a fait paraître depuis 1850 , dans le
journal scientifique de Goettingen (Goettingische gelehrte
anzeigen), un certain nombre de bibliographies sur les
travaux les plus importants auxquels ont donné lieu
la grammaire et l'interprétation de l'Avesta . Toutes
ces critiques sont à consulter . Plusieurs d'entre elles
ont été tirées à part sous le titre de Beitrage zur
erklærung des zend . (Göttingen, 2 vol . in-12, 1850-
1853. )
En 1868, parut dans les Nachrichten von der kænigl .
gesellschaft der wissenschaften (Goettingen) son mé-
moire mythologique ΤΡΙΤΩΝΙΔ ΑΘΑΝΑ femininum des
zendischen masculinum Thraêtâna âthwyâna . Nous en
parlerons plus loin, à temps opportun .
En 1853, nous trouvons au tome septième de la
Revue de la société orientale allemande le premier
article des Zendstudien de Haug : Uebersetzung und
erklærung von Jacna c. 44, p . 314 ss .; au tome
neuvième, en 1855, le second article : Die lehre Zo-
roasters nach den alten liedern des Zendawesta , p . 683
et ss .; et le troisième : Die namen Avesta , Zend und
85
Pâzend in ihrer litterarischen und religionsgeschich-
tlichen bedeutung .
L'année 1854 nous amène à son travail sur l'édition
du Boundehèche de Westergaard, dont nous avons
parlé ci- dessus . L'écrit de Haug parut dans le Journal
scientifique de Goettingen (1 ) . C'était un examen de l'édi-
tion du Boundehèche par Westergaard . Haug expose
ici quelques-unes de ses idées sur la langue huzvâ-
rèche, idées que nous sommes loin d'adopter, au
moins dans leur ensemble. A ses yeux, par exemple,
le pehlvi a un fond sémitique , et les éléments éraniens
qu'on y rencontre sont autant d'éléments empruntés .
Voici d'ailleurs ses propres paroles : « Der ursprün-
gliche bestandtheil ist ein semitischer dialekt ; diesem
mischten sich allmælig persische woerter bei, aber der
grammatische bau behielt immer noch ein vorwie-
gend semitisches gepræge » (Op . cit. , p . 1051 ) . Nous
pensons au contraire que le huzvârèche est une langue
foncièrement éranienne, foncièrement indo-européenne,
et que les éléments empruntés que l'on y rencontre
sont précisément les éléments sémitiques . Le huzvâ-
rèche n'est pas plus sémitique que l'anglais moderne
n'est latin , malgré ses nombreux emprunts à la langue
française .
En 1857 , Haug publiait , dans la Revue de la société
orientale allemande (t . XI , p . 526 ss . ) , son Erklærung
des ersten kapitels des Vêndidad ; puis en 1858 et
(1) Gættingische gelehrte anzeigen, 1854, p. 1001-1046. Il parut
également à part sous le titre de : Ueber die pehlwi-sprache und
den Bundehesch.
86
1860 son ouvrage capital : Die fünf gâtha's , oder
sammlungen von liedern und sprüchen Zarathustra's ,
seiner jünger und nachfolger . Nous aurons à parler
plus loin des cinq gâthâs ou cantiques que renferme
la seconde partie du Yaçna , et nous ne dissimulerons
point notre opinion , qu'aucune des traductions qui en
ont été proposées n'est satisfaisante . La méthode toute
personnelle de Haug pouvait, moins que toute autre ,
arriver ici à un résultat scientifique . Le fond même de
cette méthode reposait sur l'étymologie, puis (comme
il le dit lui- même) sur la comparaison avec les Védas :
<< Konnte die aus der vergleichung der parallelstellen
erschlossene bedeutung durch eine regelrechte etymo-
logie begründet werden , so schien mir das resultat
schon weit sicherer , aber doch nicht immer sicher
genug, um mich dabei beruhigen zu konnen . Ich
suchte weitere hilfe in den liedern des Rigweda , die
ebenso alt wie die Gâtha's und in einer nur dialektisch
verschiedenen sprache abgefasst sind » (p . Ix de la
préface) . C'est là exclure tous les secours de la tradi-
tion , et nous pensons avec Burnouf, avec M. Spiegel ,
que la tradition (avant tout la tradition ancienne ) est
la première donnée dont il faut tenir compte dans
toute tentative d'interprétation (1 ) . Nous nous sommes
expliqué plus haut sur ce sujet , et nous n'avons pas à
(1) M. Weber, au contraire, estime que Haug a suivi la seule
bonne et véritable voie dans sa version des gâthâs : Literarisches
centralblatt, nº 52 de 1858. A ses yeux, la tradition , dont il faut
tenir compte pour expliquer les autres morceaux de l'Avesta, est
tout à fait impuissante lorsqu'il s'agit d'interpréter ces anciens
cantiques.
- 87 ―
Y revenir en ce moment . Signalons seulement les
numéros 50, 51 , 52 des Gelehrte anzeigen de l'Aca-
démie de Munich pour l'année 1858, où M. Spiegel a
examiné la version des gâthâs de Haug et a clairement
montré ce qui avait amené cet auteur à négliger la
tradition ancienne .
Haug , en 1861 , fit paraître à Pouna , dans l'Inde,
où il enseignait le sanskrit, une Lecture on the origin
of the parsee religion, opuscule de dix-huit pages,
rédigé pour le public et destiné à propager le goût des
études zoroastriennes .
L'année suivante paraissaient à Bombay ses Essays on
the sacred language, writings and religion of the Par-
sees, livre très-complexe dans lequel nous trouvons en
premier lieu un aperçu historique (p . 1-41 ) sur les
relations des Grecs , des Romains, des Arméniens et
des Mahométans , concernant la religion des anciens
Éraniens ; un exposé (parfois bien écourté) des recher-
ches dues aux auteurs européens ; une esquisse de
grammaire zende (p . 42-119) ; enfin une série d'études
diverses sur la composition de l'Avesta, le Yaçna , les
gâthâs, certains yests , quelques fragments du Ven-
didad , les rapports du zoroastrisme et du brahma-
nisme , etc.
Dans le tome dix-neuvième de la Revue de la société
orientale allemande, nous trouvons un article de Haug :
Ueber die unzuverlässigkeit der pehlwiübersetzung des
Zendavesta , p . 578 à 593.´
En 1867 , Haug écrivit une préface et une introduc-
tion pour la publication, déjà citée ci -dessus, du destour
Hoshengji Jamaspji : An old zand-pahlavi glossary. Il
88
y reporte, avons -nous dit, l'origine de la langue huzvâ-
rèche à une époque beaucoup plus ancienne que celle
que l'on adopte communément .
En décembre 1868 , Haug communiqua à l'Académie
de Munich son mémoire sur un des chapitres les plus
importants du Vendidad : Ueber das XVIII. kapitel des
Wendidád (1 ) . C'était le spécimen d'une traduction
complète de l'Avesta , dont il promettait la publication
et que sa mort a malheureusement empêchée . Nous
aurons à reparler de ce fragment de version . Nous
verrons comment Haug avait définitivement renié
son ancienne méthode et avait pris pour point de
départ de son interprétation nouvelle la tradition des
Parsis contemporains . Ce nouveau système éclate
presque à chaque page du pamphlet Ueber den ge-
genwartigen stand der zendphilologie, qui parut la
même année et dont nous avons déjà eu l'occasion de
parler .
En 1855 , M. Thonnelier entreprit sa magnifique
reproduction autographique de la version ancienne de
l'Avesta : Vendidad sadé traduit en langue huzvaresch
ou pehlewie. Texte autographié d'après les manuscrits
zend-pehlewis de la Bibliothèque impériale de Paris.
Cette œuvre de luxe, et surtout de grande patience ,
n'est pas encore achevée .
Nous avons à mentionner ici les travaux importants
de Windischmann . Avant l'année à laquelle nous en
sommes arrivés , Windischmann avait déjà écrit sur le
mazdéisme . Ainsi , dès 1844 , dans son discours sur le
(1) Classe d'histoire et de philologie, 1868 , II, 4 , p. 509-560.
― 89
progrès de la science du langage (1) , il parlait d'une
façon très-compétente de la langue zende . Plus tard, il
publiait, dans les Mémoires de l'Académie bavaroise,
son étude Ueber den Somacultus der Arier (t . IV,
p . 125) ; en 1852 , dans son article Ursagen der aris-
chen vælker (ibid . , t. VII) , il touchait par certains
points la mythologie éranienne . Dans le même recueil
il fit paraître, en 1856 , son mémoire sur Anahita (2) ,
morceau de première importance dont nous parlerons
plus loin , en temps opportun .
En 1857 paraît à Leipzig son Mithra (3) , traduction
d'un yest spécial de l'Avesta , accompagnée du relevé
critique des passages des auteurs anciens où il est
parlé de cette divinité . Enfin , en 1863 , après la mort
de Windischmann , M. Spiegel publie, sous le titre de
Zoroastriche studien, abhandlungen zur mythologie und
sagengeschichte des alten Iran, un recueil de douze
pièces différentes , laissées plus ou moins achevées par
celui qui avait rendu déjà tant de service aux études
éraniennes et à qui cet ouvrage posthume allait créer
de nouveaux titres. Outre plusieurs morceaux tout à
fait mythologiques, on trouve dans ce volume une
géographie du Boundehèche, une version du même
livre , deux articles sur le nom et le lieu de naissance
de Zoroastre , une notice importante sur les passages
(1) Der fortschritt der sprachkunde und ihre gegenwärtige
aufgabe, Munich, 1844.
(2) Die persische Anahita oder Anaïtis. Ein beitrag zur mythen-
geschichte des orients, Munich, 1856 .
(3) De même que l'étude sur Anahita, cet ouvrage porte
comme sous-titre : Ein beitrag zur mythengeschichte des orients.
- 90
des auteurs anciens où il est traité de Zoroastre .
Windischmann était un homme d'église , et on a pu lui
reprocher en toute justice d'avoir laissé percer çà et là
ses croyances intimes (1 ) ; mais ces passages regretta-
bles sont extrêmement rares dans son livre , et ils
n'influent en rien, d'ailleurs, sur la conception que
l'auteur se faisait du système mazdéen et sur
l'exposé qu'il en a donné . Le nom de Windischmann
reviendra plus d'une fois sous notre plume .
En 1856, dans le cinquième volume du Journal de la
société orientale américaine, M. Whitney publiait un
article intitulé The Avesta, qui parut depuis, en 1873 ,
dans le tome premier des Oriental and linguistic
studies de l'auteur (New-York, p . 149-197) . C'est un
mémoire de vulgarisation . M. Whitney traite de l'exode
des Parses, expose l'historique de la découverte des
livres zends et les décrit rapidement , parle des princi-
paux travaux des auteurs contemporains , et donne ,
enfin, une idée générale du parsisme.
La Revue de la société orientale allemande contient
dans son treizième volume (année 1859) un long article
de M. Pott sur les noms propres perses : Ueber alt-
persische eigennamen (p . 359-444) ; on trouve dans ce
mémoire la foule d'observations et de renseignements
de toute espèce dont tous les travaux de M. Pott sont si
abondamment fournis .
Avant que M. Westergaard n'eut imprimé en vers ,
dans son édition de l'Avesta, une partie du Yaçna,
M. Westphal avait déjà reconnu qu'un certain nombre
(1) Voyez Weber, Indische streifen, t . II , p. 473.
- 91
des morceaux de ce livre étaient, en effet, des pièces
rhythmées . Il revint, en 1860, sur cet intéressant
sujet dans son article Zur vergleichenden metrik der
indogermanischen vælker (Zeitschrift de M. Kuhn, t . IX,
p . 437 ss . , particulièrement p . 444 ss .) . Personne
n'avait encore recherché en quoi consistait la métrique
de l'Avesta . M. Westphal arriva à ce résultat que
la métrique zende était intimement liée à la métrique
védique, en dépit de quelques dissemblances d'ordre.
secondaire .
L'excellent manuel de Schleicher sur la grammaire
comparée des langues indo- européennes, dont la pre-
mière édition parut en 1861 (1 ) , donna très-certaine-
ment une impulsion nouvelle aux études sur la langue
zende . On connut alors d'une façon parfaitement claire
les procédés qu'avait employés l'ancienne langue mère
indo -européenne pour se transformer ici en zend ou
vieux baktrien (pour nous servir du nom que Schlei-
cher avait adopté après d'autres auteurs) , tandis que
lå elle se transformait en hindou (sanskrit et prakrit) ,
ailleurs en grec, en lithuanien, etc. , etc. La partie
zende du manuel de Schleicher était d'abord assez peu
développée ; dans la quatrième édition, elle est tout à
fait au courant des travaux particuliers les plus récem-
ment publiés. Ce Compendium est, pour l'étude géné-
rale du zend, le livre le plus méthodique qui existe ,
comme il l'est , d'autre part, en ce qui concerne les
autres langues indo-européennes .
(1) Vergleichende grammatik der indogermanischen sprachen.
La quatrième édition (posthume) est de 1876.
92
Ebel publiait , à l'époque à laquelle nous sommes
arrivé , dans le tome troisième des Beiträge zur verglei-
chenden sprachforschung (Berlin , 1861 , p . 38 ss . ) , sous
le titre de Altbactrisches, une étude méthodique sur
quelques points de la phonologie zende .
Les publications de M. Kossowicz , professeur à
l'Université de Pétersbourg, ont largement contribué ,
elles aussi , à répandre le goût des études mazdéennes .
C'est d'abord, en 1861 , l'édition de quatre fragments
de l'Avesta : Четыре статьи изь Зендавесты , puis , en
1865, les Decem Sendavestæ excerpta, contenant, avec
le texte zend, une version latine accompagnée de
notes ; enfin (sans parler du magnifique volume sur les
Inscriptions perses des rois achéménides, Pétersbourg,
1872), la publication du texte et d'une version latine
des cinq cantiques, si difficiles à interpréter , qui se
trouvent dans la seconde partie du Yaçna : Gâtă
ahunavaiti saratcustrica carmina septem... Pétersbourg ,
1867 ; Gâtå ustavaiti ... 1869 ; Saratástrica Gâtæ
posteriores tres ... 1871. Les travaux de M. Kossowicz
sur les gâthâs nous occuperont au moment où nous
aurons à parler plus particulièrement de ces anciens
morceaux, et lorsque nous traiterons de l'importante
question du dualisme dans la religion mazdéenne .
M. Oppert, en dehors de ses grands travaux d'assy-
riologie et de quelques écrits moins importants sur
l'ancien perse , a fait paraître en 1862 , à Paris, un
commentaire ingénieux sur l'une des principales et à
la fois des plus obscures prières de l'Avesta : L'Hono-
ver, le verbe créateur de Zoroastre. Nous compare-
rons plus loin la version de M. Oppert avec celle
93
qu'ont donnée du même texte plusieurs autres éra-
nisants .
La même année , M. Michel Bréal publiait , dans le
Journal asiatique de Paris, ses Fragments de critique
zende, deux morceaux dont le plus important traite De
la géographie de l'Avesta .
Les études zendes de M. Fr. Müller, professeur à
l'Université de Vienne , sont purement grammaticales .
Elles ont paru pour la plupart dans les bulletins
(Sitzungsberichte) de l'Académie , sous le titre de Zend-
studien (1863-1877) . M. Fr. Müller a enrichi ce même
recueil d'une foule de mémoires sur les autres langues
éraniennes , notamment le persan, l'ossète , l'arménien ,
et il a promis, depuis longtemps déjà, une gram-
maire comparée des idiomes de cette famille, œuvre
considérable , dont le succès , en ses mains, ne peut
qu'être assuré .
M. Lepsius communiqua à l'Académie de Berlin , en
mars et en juillet 1862 , son important mémoire inti-
tulé Das ursprüngliche zendalphabet . Cet écrit constitue
une œuvre capitale, non seulement pour ce qui touche
à la paléographie du zend , mais encore en ce qui
concerne sa phonétique. M. Spiegel a examiné de
près le travail de M. Lepsius dans les Beitrage zur
vergleichende sprachforschung, t. IV, p . 294 ss .
En 1864 , M. Tiele fit paraître à Harlem son livre :
De Godsdienst van Zarathustra van haar ontstaan in
Baktrië tot den val van het oud-perzische rijk, un bon
écrit de vulgarisation . Consultez Justi, Gattingische
gelehrte anzeigen, 1866 , p . 1440.
Nous voici en présence d'un livre publié en 1864,
94
qui a fait faire aux études zendes un progrès considérable
et qui a singulièrement contribué à les faciliter . C'est le
manuel de M. Justi : Handbuch der zendsprache . Alt-
baktrisches werterbuch. Grammatik. Chrestomathie,
Leipzig, 1864. La première et la plus importante
partie de ce bel ouvrage (p . 1-335) est un dictionnaire
zend-allemand . L'auteur, s'aidant principalement des
travaux de Burnouf, de Windischmann , de M. Spiegel ,
parfaitement au courant , d'ailleurs, de tout ce qui
avait été écrit jusqu'à lui sur la langue et les textes
zends , l'auteur a classé alphabétiquement tous les
mots zends connus, a cité tous les passages de l'Avesta
où on les rencontrait et toutes les formes sous les-
quelles ils se présentaient dans ces différents passages ,
formes déclinées , formes conjuguées , formes inva-
riables. C'est un répertoire complet . Depuis l'année où
le manuel de M. Justi a été publié , l'étude de la gram-
maire zende et des textes de l'Avesta a fait sans doute
des progrès très -sensibles, et une nouvelle édition de
ce dictionnaire différerait en plus d'un point de l'édi-
tion primitive ; mais ce manuel , sous sa forme actuelle ,
rend chaque jour encore des services considérables .
La petite grammaire qui l'accompagne (p . 357 à 402)
n'est guère autre chose qu'une table analytique, classée
méthodiquement, mais l'utilité de ce minutieux relevé
est incontestable . M. Justi a publié , depuis son manuel,
plusieurs écrits concernant les langues et les littéra-
tures éraniennes . Son édition du Boundehèche est une
œuvre capitale (1 ) ; en dehors du mérite particulier de
(1) Der Bundehesh . Zum ersten male herausgegeben, transcri-
birt, übersetzt und mit glossar versehen, Leipzig, 1868. Le texte
95
la version (p . 1-47) et de la grande valeur critique du
dictionnaire qui l'accompagne (p . 51-288) , nous devons
reconnaître également l'importance de la préface (p . VII-
XXXII), dans laquelle l'auteur traite de l'époque à
laquelle fut composé le livre cosmogonique du Boun-
dehèche, de son authenticité, des manuscrits que l'on
en possède , des travaux antérieurs à sa propre publi-
cation , du meilleur système de transcription à appli-
quer à l'écriture huzvârèche , si obscure et si peu
pratique .
C'est en cette même année 1868 que M. Justi fit
paraître sa verte réponse au pamphlet de Haug, dont
nous avons parlé un peu plus haut (1 ) . Cette réponse
est sans doute d'une grande vivacité , mais les attaques
inqualifiables de Haug l'avaient largement provoquée .
Après avoir exposé les côtés fâcheux du caractère de
ce dernier et les erreurs générales de son système
d'interprétation , M. Justi cherche à établir par un
choix d'exemples (souvent très - décisifs , il faut le recon-
naître) , les erreurs de Haug en fait d'interprétation de
la traduction sanskrite de Nériosengh et de la version
huzvârèche ; ses erreurs, en fait de sanskrit, de gram-
maire comparée et de critique des textes ; ses fautes
contre les différentes parties de la grammaire zende .
La critique de M. Justi n'est certainement pas infailli-
ble, mais elle a pour elle cet avantage énorme d'être
est d'abord donné en caractères pehlvis, puis transcrit en carac-
tères persans. D'autres auteurs transcrivent, de préférence, en
caractères hébraïques.
(1) Abfertigung des dr Martin Haug, Leipzig, 1868. Avec le
moto suivant : Contra impudentem stulta est nimia ingenuitas.
96
fondée sur une saine et rigoureuse méthode , la
méthode grammaticale et exégétique d'Eugène Burnouf.
M. Justi a publié , d'autre part, des articles biblio-
graphiques dans différentes revues allemandes dans
le Literarisches centralblatt ( 1863 ss . ), dans les Gættin-
gische gelehrte anzeigen (1863 ss . ) , dans la Revue de la
société orientale allemande (t . XXII) .
Le mémoire très- intéressant de M. Rapp : Die reli-
gion der Perser und übrigen Iranier nach den grie-
chischen und ramischen quellen , a paru dans les
tomes XIX (p . 1 à 89) et XX ( p . 49 à 140) de la Revue
de la société orientale allemande.
M. Ascoli , de Milan, qui a rendu des services.
signalés dans l'étude de presque toutes les branches de
la linguistique indo- européenne , a consacré plusieurs
articles aux études zendes . Dans le tome X des Me-
morie del reale istituto lombardo (tome premier de la
troisième série), nous trouvons le premier article de
ses Studj irani, lu en décembre 1865 : Sfaldature dell'
antica aspirata . Au tome V des Beitrage zur verglei-
chenden sprachforschung, p . 210 (Berlin , 1866) , est
inséré l'excellent article du même auteur sur l'origine
du nom de Zoroastre ; nous aurons à reparler de ce
dernier mémoire . Dans la dissertation Intorno a un
gruppo di dezinenze indo-europee (Milan , 1868), M. As-
coli étudie les noms de nombre éraniens et diverses
formes linguistiques de la même famille , et dans
sa Fonologia comparata indo- italo-greca (Turin, 1870) ,
il cherche à reconstruire les formes indo - éraniennes .
Nous avons déjà parlé du dictionnaire zend -pehlvi ,
publié par le destour Hoshengji Jamaspji, avec une
97
introduction de Haug ( 1) . Nous nous contentons de
renvoyer le lecteur à ce que nous en avons dit précé-
demment. Il y a lieu aussi de tenir compte du juge-
ment qu'a porté M. Justi sur cet ouvrage , dans son
édition du Boundehèche, p . XXVII .
L'écrit de M. Kern, Over het woord Zarathustra en
den mythischen persoon van dien naam , publié à
Amsterdam en 1867 , a pour but de reléguer Zoroastre
dans le domaine purement fabuleux ; nous revien-
drons sur cette question de la personnalité du prophète
mazdéen .
En 1867 , on a publié , après la mort de l'auteur , les
Recherches sur le culte public et les mystères de Mithra
en Orient et en Occident, de Lajard . L'auteur avait fait
paraître en 1847 son atlas intitulé : Introduction à
l'étude du culte public et des mystères de Mithra (un
volume in-folio) , et précédemment plusieurs articles
dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions et
belles- lettres (1840-1847 ) . Lajard a fourni , sans doute,
d'utiles renseignements ; mais ses écrits , pris dans leur
ensemble, ne paraissent pas s'appuyer sur une base
parfaitement méthodique et scientifique . Lajard a vécu
trente ans trop tôt.
Dans son écrit intitulé Beitrage zur baktrischen lexi-
cographie (Leipzig , 1868 ) , M. Paul de Lagarde étudie
un assez grand nombre de mots zends , avec les
secours que peut apporter dans cet examen la langue
arménienne . Ce procédé a sans doute son bon côté , et
l'arménien peut apporter une aide légitime et efficace.
(1) An old zand-pahlavi glossary, Bombay, 1867
7
98
à l'interprétation du zend , comme peuvent le faire
toutes les autres langues éraniennes ; mais cette compa-
raison purement linguistique ne doit point prendre le
pas, d'une façon constante et absolue , sur l'aide capi-
tale de la tradition ancienne. Les recherches de M. Paul
de Lagarde sont pleines d'intérêt, mais il ne faudrait
pas donner à leurs résultats une valeur exagérée . Il y
a ici, avant tout, une question de méthode à ne point
perdre de vue (1).
L'auteur du présent écrit a publié en 1868 une
Grammaire de la langue zende, où il étudie particu-
lièrement cet idiome dans l'ensemble de la famille
linguistique indo -européenne (2) . Il a fait paraître dans
la Revue de linguistique et de philologie comparée des
Questions de grammaire zende (t . III , p . 156 ; t . V, p . 74
et 291 ) , et différents mémoires sur la Morale de l'Avesta
(1874) , sur le dix-huitième chapitre du Vendidad , sur
un Passage d'Hérodote concernant certaines institutions
perses (1875), sur Le chien dans l'Avesta (1876) , sur
Les deux principes dans l'Avesta (même année) .
M. Girard de Rialle a donné à la même revue plu-
sieurs articles de mythologie : Agni petit-fils des eaux
dans le Véda et l'Avesta (1869) , Les dieux du vent Vâyu
(1) Le même auteur avait fait paraître en 1851 , sous son pre-
mier nom de Paul Boetticher, son ouvrage Arica , réimprimé après
un nouveau travail, en 1866 , sous le titre de Gesammelte abhan-
dlungen. Dans ce volume, ce qui nous intéresse particulièrement ,
c'est le mémoire intitulé Die persischen glossen der alten, p . 147-
242 ; puis l'article Einige bemerkungen über êrûnische sprachen
ausserhalb Erán's, p . 243-295.
(2) Consultez Spiegel , Heidelberger jahrbücher, 1869 , p . 273 ;
Justi, Gættingische gelehrte anzeigen , 1869, p. 441 .
99
et Vâta dans le Rig- Véda et dans l'Avesta (1874), De la
science augurale dans le Véda et dans l'Avesta (1875) . Le
même auteur a publié en 1870 un discours d'ouverture
intitulé : Les études védiques et éraniennes dans l'histoire.
En 1868 , M. Fick publiait à Goettingen son Wœrter-
buch der indogermanischen grundsprache, réédité en
1870 , avec des additions considérables , sous le titre de
Vergleichendes wærterbuch der indogermanischen spra-
chen. Nous trouvons dans cet ouvrage une partie assez
importante consacrée au lexique de la langue soi-
disant commune indo -éranienne , c'est-à-dire de cette
forme secondaire du parler indo-européen , qui , par la
suite des temps , aurait donné naissance, d'un côté aux
langues hindoues , de l'autre aux langues éraniennes .
Quoi que l'on puisse penser de ces sortes de langues
intermédiaires , de ces groupes secondaires, le tableau
des formes lexiques équivalentes en zend et en sanskrit
est toujours d'un grand intérêt . Une nouvelle édition a
suivi la seconde .
Nous avons dit plus haut, en parlant des différents
modes d'interprétation de l'Avesta , quel était le carac-
tère particulier des travaux de M. Roth . Le savant
indianiste veut expliquer le zend par le sanskrit, l'Avesta
par les Védas . Nous n'avons pas à revenir sur ce
procédé d'interprétation ; signalons seulement ses Bei-
træge zur erklærung des Avesta . Ils ont paru dans le
tome XXV de la Revue de la société orientale allemande,
p. 1 et 215, en 1871 (1 ) .
(1) M. Roth a inséré d'ailleurs , dans le même recueil, d'autres
articles qui, pour être moins importants, demandent cependant à
ne pas être passés sous silence . Au tome II : Die sage von Feridun
100 ---
La même année, les Bulletins de l'Académie de
Vienne publient les Resultate der silbenzahlung aus
den vier ersten Gâthâs, de M. Aurel . Mayr (t . LXVIII ,
p . 751 ss . ) . L'auteur cherche dans cet écrit à resti-
tuer dans sa pureté primitive le texte des gâthâs ,
au moyen des indications que peut fournir la mé-
trique.
Nous trouvons dans le même volume du même
recueil les Neue beitrage zur kenntnis der zoroastrischen
litteratur, de M. Sachau (p . 805 ss . ) . Un peu plus loin ,
lorsque nous aurons à parler de l'origine des mots
zend , avesta, pazend et de quelques autres termes ,
nous reviendrons sur l'écrit de M. Sachau.
Citons encore les articles du même auteur qui ont
paru dans la Revue de la société orientale de Leipzig :
Zur erklærung des Vendidad I, t. XXVII , p . 147 ;
Conjectur zu Vendidad I 34, t. XXVIII , p . 448 .
M. Hübschmann a fait paraître à Munich , en 1872 ,
sous le titre de Ein zoroastrisches lied mit rücksicht
auf die tradition, une version et un commentaire du
trentième chapitre du Yaçna. L'auteur, dans ses pre-
mières pages, donne un exposé succinct de l'enseigne-
ment des gâthâs et traite de la question importante du
dualisme . Plus loin nous rapporterons l'opinion de
M. Hübschmann. Le sous-titre de son écrit ne doit
pas, d'ailleurs , donner le change sur la méthode qu'il
emploie . M. Hübschmann n'est point partisan, comme
in Indien und Iran, p . 216 ss .; au tome VI, en 1852 : Die
hæchsten gætter der arischen volker, p . 67 ss. , et Etymologisches
zum Avesta, p. 243 ss . - Du même auteur : Ueber Yaçna 31 ,
Tübingen, 1877 .
101 -
l'est M. Spiegel, de la tradition ancienne, c'est-à- dire.
qu'il n'accorde qu'une valeur toute secondaire à la
version huzvârèche de l'Avesta . Il proclame tout au
au contraire l'excellence de la méthode de Haug . Mais ,
tandis que ce dernier n'avait pas à sa disposition la
version dont il s'agit lorsqu'il traduisit les gâthâs ,
M. Hübschmann ne la perd point de vue , mais il est
tout disposé à la sacrifier à l'interprétation étymolo-
gique . Ajoutons d'ailleurs que la traduction de M. Hübs-
chmann est loin de suivre pas à pas celle de Haug ; il
y a le plus souvent entre les deux des différences
considérables . Nous dirons plus tard quel est le motif
qui nous pousse à n'accepter entièrement aucune des
versions qui ont été données jusqu'ici de tout ou partie
des gâthâs. L'écrit de M. Hübschmann a été étudié
de très-près , particulièrement au point de vue de
la méthode , par M. Spiegel, dans un recueil cri-
tique (1) .
Le même auteur a donné aux Bulletins de l'Aca-
démie de Munich ses intéressantes Avestastudien (2),
où il déclare d'une façon formelle qu'entre les auteurs
qui expliquent l'Avesta en se fondant avant tout sur la
tradition , et ceux qui cherchent à l'interpréter par
lui-même et à l'aide du sanskrit, il y a un milieu à
prendre la tradition , dans son ensemble , possède ,
dit- il , une valeur réelle ; il faut la prendre pour point
de départ, mais la rectifier par l'Avesta lui-même, puis
par la comparaison lexique et grammaticale avec le
(1) Heidelberger jahrbücher der literatur, 1872, nos 27 et 28 .
(2) Sitzungsberichte der philosophischen und historischen classe ,
1872 , fasc . 5, p. 639 ss .
102
sanskrit (1 ). Partant de ce point que la valeur de la
tradition est un fait acquis, il recherche quelle peut
être exactement cette valeur, et reconnaît qu'elle est
grande lorsqu'il s'agit de l'interprétation du Vendidad,
qu'elle est satisfaisante pour le Yaçna , mais qu'en ce
qui concerne les gâthâs elle ne fournit que de pauvres
ressources.
En 1873 , M. Hübschmann donne aux Beitrage de
M. Kuhn un article intitulé Etymologisches und gram-
matisches aus dem Avesta, t . VIII , p . 462 ss .
Dans la Revue de la société orientale allemande,
nous trouvons du même auteur plusieurs articles inti-
tulés Beitræge zur erklærung des Avesta, t . XXVI ,
p. 453-462 (1872) ; t . XXVIII , p . 77-87 (1874).
L'écrit de M. Jolly sur le conjonctif et l'optatif en
zend et en perse date de 1872 : Ein kapitel verglei-
chender syntax. Der conjunctiv und optativ und die
nebensætze im zend und altpersischen in vergleich mit
dem sanskrit und griechischen , Munich . Le même
auteur a donné au septième volume des Beitrage de
M. Kuhn (Berlin , 1873 , p . 416 ss . ) une étude sur l'infi-
nitif dans l'Avesta.
Dans le volume de 1874 de la revue Ausland, nous
trouvons une courte dissertation de M. Jolly : Kann man
die religion Zoroasters dualistisch nennen ? (p . 621 ss . )
(1) « Die wahrheit wird in der mitte der gegensätze liegen , und
die methode wird die richtige sein, die der tradition einen im
ganzen nicht geringen werth beilegt, und wenn sie von ihr bei der
erklærung des Avesta ausgeht, vor allem das Avesta selbst und
dann besonders das lexicalisch und grammatisch so wichtige sans-
krit als hauptcorrective der tradition benutzt. »
103
En 1873 , M. Orterer a publié à Munich une disser-
tation inaugurale sur certains points , de la syntaxe
zende Beitrage zur vergleichenden casuslehre des zend
und sanskrit.
M. H. Torpel a écrit sur la métrique de la partie
rhythmée de l'Avesta, et a annoncé à la fin de son
opuscule (une dissertation inaugurale) la suite de
ce travail : De metricis partibus zendavestæ, Halle ,
1874.
Nous avons à signaler, dans les Mémoires de la
société de linguistique de Paris , les Notes sur quelques
expressions zendes ( t . II , p . 300) , et les Notes sur
l'Avesta (t . III , p . 52) , de M. James Darmèsteter (1874,
1875) . Ces travaux lexicographiques ou exégétiques se
recommandent par leur saine méthode . Il faut en dire
autant de l'écrit plus important du même auteur,
intitulé Haurvatât et Ameretâț, essai sur la my-
thologie de l'Avesta , Paris, 1875. L'auteur a fait pa-
raître en 1877 une monographie très - détaillée sur
Ormuzd et Ahriman, dans laquelle il étudie parti-
ticulièrement les origines de ces deux divinités . La
littérature védique et la littérature éranienne du moyen
âge lui ont fourni une ample moisson de renseigne-
ments .
Le livre de M. Francisco Garcia Ayuso , Los pueblos
iranios y Zoroastro (Madrid, 1874), est un ouvrage de
vulgarisation, qui , sans doute , a son mérite, mais dans
lequel l'auteur à malencontreusement introduit ses
propres préoccupations théologiques .
Ces fàcheuses préoccupations sont aussi sensibles,
plus encore, peut-être, dans l'introduction de la version
.
104
de l'Avesta de M. de Harlez ( 1 ) . L'auteur va jusqu'à
dire que Zoroastre était privé des lumières de la
révélation » . De celle du dieu des Juifs , sans doute ,
mais non point de celle d'Ahura mazdâ ! Le mazdéisme ,
aux yeux de toute personne désintéressée , est précisé-
ment le type de la religion révélée . Nous traiterons
plus loin de ce sujet . Quoi qu'il en soit, abstraction
faite de cette fâcheuse introduction , le livre de
M. de Harlez est une œuvre scientifique . On peut dire,
sans doute, que cette nouvelle version est parfois un
peu large, un peu lâche ; qu'elle prête parfois au texte
obscur un sens dont l'exactitude n'est pas évidente ;
mais il est incontestable qu'elle a une valeur réelle et
que, fondée sur la traduction de M. Spiegel, elle lui a
apporté plus d'une rectification heureuse (2) . Le même
auteur a publié des Études avestiques dans le Journal
asiatique de 1876 et 1877 .
M. Geiger a publié à Erlangen, en 1877 , son opus-
cule Die pehleviversion des ersten capitels des Ven-
didad, herausgegeben nebst dem versuch einer ersten
übersetzung und erklærung. M. Geiger part de ce
point très-exact, que pour décider de la valeur de la
version huzvârèche de l'Avesta, il faut, avant tout,
l'avoir étudiée suffisamment. Si cette version fournit
çà et là quelques renseignements utiles , il y a lieu de
(1) Avesta . Livre sacré des sectateurs de Zoroastre, traduit du
texte, Liége (t. I , 1875 ; t . II , 1876) .
(2) Consultez les comptes rendus de M. Spiegel dans la Revue de
la société orientale allemande , t . XXX , p . 551 ss . , de M. James
Darmesteter, dans la Revue critique du 23 septembre 1876 , et
notre propre critique dans la Revue de linguistique, t. VIII,
p. 343 ss.
- 105 -
rechercher si ailleurs, également , il n'en est pas de
même. L'auteur promet, dans son introduction , une
traduction complète de la version huzvârèche , précédée
du texte transcrit en caractères hébraïques et suivie
d'un commentaire (qui est absolument indispensable) .
Ce que M. Geiger donne dans ce fascicule préliminaire
suffit déjà à mettre en relief toute l'importance que
possède la version dont il s'agit, et confirme pleine-
ment ce que nous avons dit précédemment du respect
que doit avoir tout interprétateur de l'Avesta pour la
tradition ancienne (1) .
La même année, M. Geldner a publié, à Tübingen,
un volume intitulé : Ueber die metrik des jüngeren
Avesta, nebst übersetzung ausgewählter abschnitte . Il
entend sous le nom de « plus récent avesta » tout ce
qui ne fait point partie des anciens cantiques ou gâthâs .
Nous trouvons dans la Revue déjà citée de M. Kuhn un
article de M. Geldner sur la lexicographie baktrienne :
Beitrage zur altbaktrischen lexicographie, t. XXIV,
p. 128-158 , 1877 .
Nous n'avons guère parlé jusqu'ici, à une exception
près, que des travaux dus à des auteurs européens ;
les Orientaux modernes ont droit, eux aussi , à être
cités . Leurs écrits ont souvent une réelle importance ,
et en tous cas, il ne faut jamais les négliger entière-
ment . Outre la version de Framji Aspandiarji (1823-
1825) ; celle du Khorda Avesta de Edalji Darabji San-
(1 ) Consultez le compte rendu de M. James Darmesteter, Revue
critique du 18 août 1877.
106 w windia.c .com
jana, publiée en 1811 et rééditée en 1848 ; celle d'As-
pandiarji Framji , version du Yaçna qui date de 1849 ,
signalons donc, entre bien d'autres écrits, la gram-
maire huzvârèche, en goudjerati , de Dhanjibhai Framji
(Bombay, 1855) ; l'essai sur les livres religieux de
Zoroastre , également en goudjerati , par Sorabji Sha-
purji (Bombay, 1858) ; l'écrit polémique de Dhanjibhai
Framji , On the origin and authenticity of the arian
family of languages, the Zand-Avesta and the huzva-
rash (Bombay, 1861 ) ; l'esquisse de grammaire de la
langue zende comparée avec le sanskrit, de Shehe-
ryarji Dadabhai , en goudjerati (Bombay, 1863) ; le
traité sur la religion parsie, de Dadabhai Naorōji
(Londres , 1864) ; la revue , en goudjerati , intitulée
Études zoroastriennes (Bombay, 1866 ss . ) ; le Guide de
la religion zoroastrienne , en goudjerati , de Sohrâbji
Mihrji Rânâ (Bombay, 1869) ; les Lectures sur des
objets relatifs à la religion zoroastrienne , également en
goudjerati, par Kâmâ (Bombay, 1869) ; le dictionnaire
goudjerati - huzvârèche et huzvârèche - goudjerati de
Sohrâbji Mihrji Rânâ (Bombay, 1869 ) ; la bibliographie
de Zoroastre, en goudjerati, par Khursedji Rustamji
Kâmâ (Bombay, 1870) ; une grammaire huzvârèche
avec glossaire, publiée à Bombay en 1871 , en goudje-
rati, par Behranji Sunjana ; la version de l'Avesta,
également en goudjerati , à l'usage des Parsis , éditée à
Bombay la même année ; l'année suivante, le Profes-
seur de zend , grainmaire zende , en goudjerati (Bombay) ;
en 1874, le Vendidad traduit en goudjerati avec des
notes et un glossaire, par Kavasji Edalji Kanga (Bom-
bay) ; la même année l'édition du Dinkard, texte
--- 107 ―
pehlvi , transcription en lettres zendes , version en
goudjerati et en anglais , avec commentaire et glossaire ,
par Behramji Sunjana (Bombay) . Ce dernier livre est
un recueil de notices et d'éclaircissements sur diffé-
rents points de la doctrine zoroastrienne . Signalons
également le dictionnaire pehlvi-goudjerati-anglais du
destour Jamaspji Minocheherji Jamasp Asana (Bombay,
1877) .
Nous sommes loin d'avoir signalé tous les écrits
qui ont paru , soit en Europe , soit en Asie, sur les
idiomes et les textes mazdéens, et, certes , nous ne
pensons à rien moins qu'à dresser une bibliographie
complète de cette matière . Le lecteur voudra bien
prendre note de cette observation , et croire que si
nous n'avons pas cité telle ou telle publication, tel ou
tel mémoire relatif à l'étude du zoroastrisme , c'est que ,
le plus souvent , il nous a paru peu utile d'en faire
mention . Quelques-uns , peut-être, trouveront que , loin
d'être par trop incomplète, notre énumération eût
gagnée à être restreinte . Il se peut . Mais nous avions
à rendre un hommage mérité à la plupart des auteurs
qui se sont engagés, après Anquetil-Duperron et
Eugène Burnouf, dans l'examen des textes et des ensei-
gnements mazdéens. La liste, un peu longue peut-
être, des écrits que nous avons signalés , en indiquant
leurs tendances principales , est en somme un rapide
historique des progrès de la science du mazdéisme ;
nous souhaitons que cet historique soit reconnu tout
à fait impartial .
TABLE ANALYTIQUE
distingué des Védas , 67. Pu-
blication , de l'Avesta par
Alphabet. Sur l'alphabet zend , Brockhaus, 78. Publication
93. et traduction de l'Avesta par
Anquetil-Duperron . Rapporte M. Spiegel, 79, 81. Version
des Indes les livres mazdéens , de l'Avesta par M. de Harlez ,
19. Sur l'exode des Parsis , 20. 104.
L'ouvrage d'Anquetil-Duper- Ayuso . Sur le zoroastrisme,
ron, 22. Valeur de la traduc- 103.
tion d'Anquetil -Duperron , 24.
Mémoire d'Anquetil- Duper-
ron sur l'authenticité de B
l'Avesta, 25. Opinion d'An-
quetil -Duperron sur sa propre Banier. Sur la religion des an-
version de l'Avesta, 45. Ju- ciens Perses, 18.
gement d'Anquetil -Duperron
Bayle. Sur le zoroastrisme, 9.
sur les prêtres parses , 54.
Eugène Burnouf explique les Beausobre Sur le zoroas-
erreurs d'Anquetil - Duperron , trisme, 13.
59. Accepté comme une au- Benfey. Sur les noms de mois
torité par les Mazdéens con- chez les anciens Eraniens, 74.
temporains, 71 . Bibliographies par Benfey, 84.
Ascoli. Sur la langue zende , 96. Sur Tritonid Athânâ, 84.
Avesta. Livre du mazdéisme , 1 . Boetticher (P.). Voyez Lagarde.
Traduction de l'Avesta par Bohlen . Sur l'origine de la
Anquetil-Duperron, 23. Au- langue zende, 41 .
thenticité de l'Avesta, 25 et
ss . , 37. Eug. Burnouf fonde Bopp. Traite de la langue zende
l'interprétation méthodique dans sa grammaire comparée ,
73.
de l'Avesta, 45. Traduit en
huzvârèche , 48. Motifs de Boundehèche. Livre pehlvi, 51 .
cette traduction, 49. Version Publication du Boundehèche ,
du « Petit Avesta, » 51. Tra- par Westergaard, 83. Publié
ductions de l'Avesta en goud- par Justi, 94. Géographie du
jerati, 53. Doit être bien Boundehèche, 89.
110
Bourchier. Est en possession Diderot. Sur la philosophie des
des anciens textes mazdéens , Perses, 16.
19. Djamasp. Cause de son voyage
Bréal. Sur la géographie de dans l'Inde , 54.
l'Avesta, 93. Dorn. Sur le pehlvi , 51 .
Brisson (Barnabé) . Son livre Dosabhoy Framjee. Sur les
sur les institutions de la Perse Parsis, 20.
ancienne, 4.
Dualisme . Sur le dualisme
Brockhaus. Publie le texte des
mazdéen, 98, 102.
trois grands livres de l'Avesta,
78. Duncker (Max) . Sur les Bak-
triens et les Perses , 84.
Brücker. Ecrit de Brücker sur
les anciens Perses, 14. Réfuté
par Anquetil-Duperron , 26. E
Buddeus. Sur le zoroastrisme ,
9. Eastwick. Sur l'exode des Par-
sis, 21.
Burnouf (Eugène) . Publie une
partie du texte de l'Avesta, 42. Ebel. Sur la phonétique zende,
92.
Fonde l'interprétation métho-
dique de l'Avesta, 44, 46. Eran . Ouvrage de M. Spiegel
Quatre périodes dans l'œuvre sur les antiquités de l'Eran,
de Burnouf (Eugène), 46 . 80.
Rend hommage à Anquetil- Etymologie. L'interprétation
Duperron, 56. Prend la tra-
dition ancienne pour point fondée sur l'étymologie ne
vient qu'en second lieu dans
de départ, 61. Différents la méthode de Burnouf, 61 .
écrits d'Eugène Burnouf, 62 . Interprétation de l'Avesta par
Sur Bopp , 74.
l'étymologie , 64.
Burton . Écrit sur la langue des Eusèbe. Sur Zoroastre, 10 .
anciens Perses , 7.
C F
Chrétiens. Polémique des chré- Foucher. Ecrit de Foucher sur
tiens avec les Parsis, 76 . la religion des Perses, 15 .
Accepte la traduction d'An-
Cunéiformes. Inscriptions cu- quetil - Duperron, 18 .
néiformes de la Perse , 46.
Frank . Sur la langue zende, 40.
Fraser. Est en possession d'an-
ciens textes mazdéens, 19 .
Darab. Le destour Darab et
Anquetil-Duperron, 21 , 24.
Darmesteter (J.) . Sur la lexi-
cographie et l'exégèse de Gathas. Haug sur les gàthàs,
l'Avesta, 103. Sur la mytho- 65, 86. Critique de M. Spiegel
logie éranienne, 103 . sur les gâthâs de Haug, 79.
111
Geiger. Sur la version huzvâ- Huet. Sur les livres du zoroas-
rèche de l'Avesta, 104. trisme, 10.
Geldner. Sur la métrique de Huzvârèche. Langue éranienne
l'Avesta, 105. Sur la lexico- du moyen âge, 40. Ancienne
graphie zende, 105. version de l'Avesta en huz-
Géographie. Géographie du vârèche, 47. Age du huzvà-
Boundehèche, 89. Géographie rèche, 47. Littérature huzvâ-
de l'Avesta, 93 . rèche, 51.
Girard de Rialle. Sur la my- Hyde. Son livre sur la religion
thologie éranienne , 98. des Perses, 4, 7. Réfuté en
partie par Foucher, 15. Igno-
H rait les langues de la Perse
ancienne , 22. Voltaire sur
Hyde, 23. Réfuté par Anque-
Hagen (v. d.) . Traduit Rask , til-Duperron, 25.
39.
Harlez (Ch. de) . Traduit l'A-
vesta, 104.
Haug . Sur Hyde, 4. Sur l'âge Jolly . Sur la langue zende, 102.
du huzvârèche, 48. Interprète Sur le dualisme mazdéen,
d'abord l'Avesta par l'étymo- 102 .
logie, 64. Polémique de Haug
et de M. Ferdinand Justi, 65. Jones (W. ) . Attaques de Jones
Seconde manière d'interpré- (W.) contre Anquetil-Duper-
tation de l'Avesta de Haug, ron, 27, 29.
65, 71. Différentes publica- Justi. Edite le Boundehèche ,
tions de Haug, 84 ss . Polé- 51. Polémique de M. Justi
mique de Haug avec M. Fer- avec Haug, 65, 95. Publie un
dinand Justi , 95. dictionnaire zend , 94.
Heeren. Défend l'authenticité
de la langue zende , 35. K
Herbert. Ecrit sur la religion
des Perses , 6. Kern. Sur Zoroastre, 97.
Hérodote. Traite de la religion Kleuker. Traduit la version
des Perses, 3. d'Anquetil - Duperron , 32.
Ecrits originaux de Kleuker,
Hoelty. Sur la légende éra- 33.
nienne , 41 .
Kossowicz . Sur l'ancien perse ,
Hoshengji Jamaspji . Sur le 92. Sur l'Avesta , 92.
huzvârèche, 47. Dictionnaire
zend-pehlvi , par Hoshengji
Jamaspji , 96 . L
Hovelacque. Sur la langue et
les textes zends , 98 . ·Lagarde (P. de). Sur la lexico-
Hübschmann . Ecrits de M. Hüb- graphie zende, 97.
schmann sur l'Avesta et la Lajard. Sur Mithra, 97.
langue zende, 100. Lassen . Sur Hælty, 41. Inter-
- 112 -
prète en même temps que Morale. Morale de l'Avesta, 82,
Burnouf les inscriptions cu- 98.
néiformes perses , 46. Sur la Mordtmann. Sur le pehlvi, 51 .
distinction à établir entre les
Védas et l'Avesta, 67. Edite Müller (Fr.). Sur la langue
les cinq premiers chapitres zende , 93. Sur d'autres lan-
du Vendidad, 84. gues éraniennes , 93 .
Lepsius. Sur l'alphabet zend, Müller (Joseph). Sur le Boun-
93. dehèche , 51. Sur la langue
Leyden. Sur l'origine de la pehlvie, 75 .
langue zende , 41 . Murray Mitchell . Ecrits de
Lord. Son livre sur la religion Murray Mitchell , 82.
des Perses, 5.
N
M
Nériosengh. Version sanskrite
Mages . Brücker sur les mages , du Yaçna par Nériosengh ,
14. Foucher sur les mages , 52. Edité par M. Spiegel,
16 . 52, 79.
Mahométans . Relations des Nork. Auteur d'un écrit sans
mahométans sur la religion valeur sur le zoroastrisme ,
des Perses , 3. 74.
Martin (Jacques) . Sur le dieu
Mithra, 14 .
Mayr. Sur la métrique de
P'Avesta, 100. Olearius. Traduit Stanley, 6.
Mazdéens. Chassés de l'Eran Olshausen. Publie une partie
par la conquête islamite, 20. du texte de l'Avesta, 42. Ses
travaux sur le pehlvi, 51 .
Méhégan . Sur le zoroastrisme,
23. Oppert. Sur un morceau im-
Meiners. Attaque l'authenticité portant de l'Avesta, 92.
de l'Avesta, 31. Orientaux. Ecrits des Orien-
taux sur la langue zende et
Métrique. Ecrits sur la métri-
que de l'Avesta, 91 , 100, 103 , sur le mazdéisme , 105 .
105. Orterer. Sur la langue zende,
Mithra . Ecrit de Jacques Mar- 103.
tin sur Mithra, 14. Della
Torre sur Mithra, 18. Ecrit P
de Windischmann sur Mithra,
89. Lajard sur Mithra , 97 . Parsi. Langue éranienne du
Mohl. Publie des textes éra- moyen âge, 39.
niens du moyen âge, 43. Sur Parsis . Anquetil - Duperron en
la polémique des auteurs rapport avec les communau-
chrétiens et mazdéens con- tés de Parsis, 20. Etablis
temporains, 76. dans l'Inde, 20. Valeur de la
113
tradition des Parsis , 53. Dis- Richardson . Sur la langue des
sentiments des Parsis , 53 . anciens Perses , 29.
Les prêtres parsis n'enten- Rivaiets. Dissertations des prê-
dent point leurs livres, 55 . tres parses, 53.
Polémique des Parsis con-
temporains avec les chré- Rhode. Ecrits de Rhode sur la
tiens , 76. langue zende et la religion
des Perses, 37.
Pastoret. Sur le zoroastrisme,
3. Romer. Sur la langue zende ,
83.
Paulin de Saint-Barthélemi.
Traite de l'affinité du zend et Roth. Explique le zend par le
sanskrit, 99. Euvre de Roth,
du sanskrit, 7 , 36, 39. 99. Interprète l'Avesta par
Pavie. Sur les Parsis , 75. les Védas , 68.
Pehlvi. Nom trop général donné
à la langue huzvârèche (voyez
ce mot), 47. Principaux au-
teurs qui ont écrit sur le Sachau . Sur la littérature maz-
pehlvi, 51 , 75. déenne , 100 .
Penom . Linge dont les Parses Sacy (Silvestre de). Sur le
se couvrent une partie du pehlvi , 36 , 51. Sur Mohl et
visage, 54. Vullers, 43.
Perse. La langue de la Perse Sudder. Livre éranien, 53.
ancienne, 2 . Schleicher. Sur la langue zende
Perse. Publications sur l'ancien dans l'unité indo-européenne ,
perse, 81, 92. 91 .
Pline. Sur Zoroastre, 10 . Schlottmann . Ecrit de Schlott-
mann sur un chapitre du
Porphyre. Sur Zoroastre , 11.
Vendidad , 83.
Prideaux. Sur Zoroastre, 12. Skaarman. Sur le zoroas-
Pocock. Ecrit sur la religion trisme, 36.
des Perses , 6.
Spiegel. Sur les Parsis, 20.
Pott. Sur les noms propres Sur l'œuvre d'Eugène Bur-
perses, 90. nouf, 63. Suit la méthode
de Burnouf, 63. ŒŒuvre de
R Spiegel, 78, 82, 93. Edite la
version de l'Avesta par Né-
riosengh, 79.
Rapp. Sur la religion des Per-
ses, 3. Sur les institutions Stanley. Ecrit sur la religion
des Perses , 6.
perses, 96.
Stern . Sur les noms de mois
Rask. Ecrits de Rask sur la
chez les anciens Eraniens, 74.
langue zende , 39.
Reland. Dissertation de Reland Suidas. Sur les livres du zo-
sur la langue des anciens roastrisme , 10.
Perses, 7. Stuhr. Sur le zoroastrisme, 75 .
8
114
T 66. Ecrits de Weber (Albr.)
sur le zend , 82 .
Thonnelier. Reproduit la ver- West (E. W.) . Sur le pehlvi , 51 .
sion ancienne de l'Avesta, 88.
Westergaard. Sur le Boundehè-
Tiele. Sur le zoroastrisme, 93. che, 51 , 83. Publie le texte
Torpel. Sur la métrique de de l'Avesta, 83. , Ecrit de
l'Avesta, 103 . Westergaard sur la mytholo-
gie éranienne , 83.
Torre (Della). Sur le culte de
Mithra, 18 . Westphal . Sur la métrique des
textes zends , 91 .
Tradition. Importance de la
tradition pour l'interprétation Whitney. Sur l'Avesta, 90.
de l'Avesta, 46. Insuffisance Wilson (J.) . Polémique de Wil-
de la tradition ancienne , 50 . son (J. ) contre les Parsis , 75.
Insuffisance plus grande en- Windischmann. Ecrit une pré-
core de la tradition des Par- face pour l'ouvrage de Vul-
sis, 53. Eugène Burnouf sur lers , 43. Euvre importante
la tradition , 60. La tradition de Windischmann , 88 .
ancienne sert de point de
départ à l'œuvre de Burnouf, YZ
61. Est le point de départ
d'une interprétation sérieuse Yaçna. Version sanskrite du
de l'Avesta, 69. La tradition Yaçna, 52.
récente peut aider à entendre Zend. Sens attribué à ce mot, 1 .
la tradition ancienne , 70 . Affinité du zend et du sans-
Tychsen. Défend l'authenticité krit, 7. Authenticité de la
de l'Avesta, 33 . langue zende , 35. Ecrits de
Rask sur la langue zende , 39.
Paulin de Saint-Barthélemi
sur le zend, 39. Ecrits de
Védas. Doivent être nettement M. Fr. Müller sur la langue
distingués de l'Avesta, 67 . zende , 93. Sur l'alphabet
Sur l'Avesta et les Védas , 80. zend, 93. Dictionnaire zend,
94.
Vendidad. Les manuscrits du
Zoroastre. On lui attribue com-
Vendidad accompagnés ordi- munément l'Avesta, 1. Opi-
nairement de leur version,
51 . nion de Hyde sur la réforme
de Zoroastre , 8. Opinions
Voltaire. Sur les Parsis , 22. d'auteurs anciens sur Zoroas-
Vullers. Ecrit sur le zoroas- tre, 10 ; d'auteurs modernes ,
trisme, 42 . 12. Le second Zoroastre,
d'après Foucher , 17. Vie de
W Zoroastre, par M. Spiegel, 80 .
1
Zoroastrisme . Différentes pé-
Weber (Albr.) . Son système riodes dans les études sur le
d'interprétation de l'Avesta , zoroastrisme, 43.
FIN DE LA TABLE ANALYTIQUE .
TABLE DES MATIÈRES
AVANT-PROPOS III
PREMIÈRE PARTIE. Opinion des anciens et des modernes
sur le zoroastrisme avant Anquetil-Duperron .. 1
DEUXIÈME PARTIE. Anquetil-Duperron et ses contempo-
rains .... 19
TROISIÈME PARTIE. ―― Eugène Burnouf et son œuvre. www
Exposé des différents systèmes d'interprétation de l'Avesta . 45
Table analytique . . . . 109
EN VENTE CHEZ LES MÊMES LIBRAIRES.
A. HOVELACQUE. Grammaire de la langue zende, 1868.
1 Morale de l'Avesta, 1874.
- Observations sur un passage d'Hérodote, concer-
nant certaines institutions perses, 1875.
Le chien dans l'Avesta, 1876.
Les deux principes dans l'Avesta, 1876.
GIRARD DE RIALLE. Agni , petit-fils des Eaux dans le
Véda et l'Avesta, 1869 .
FERDINAND JUSTI . Les noms d'animaux en kurde, 1878.
Orléans, imprimerie de Georges JACOB, cloître Saint-Étienne, 4.
Princeton University Library
32101 074226000