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Géoéconomie et géopolitique : Syllabus UCAD

Ce document présente un syllabus pour un cours sur la géopolitique et la géoéconomie. Le cours traitera des enjeux géopolitiques et géoéconomiques du monde contemporain et comprendra deux parties, l'une sur la géopolitique et l'autre sur la géoéconomie.

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Alexis Ndeye
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Géoéconomie et géopolitique : Syllabus UCAD

Ce document présente un syllabus pour un cours sur la géopolitique et la géoéconomie. Le cours traitera des enjeux géopolitiques et géoéconomiques du monde contemporain et comprendra deux parties, l'une sur la géopolitique et l'autre sur la géoéconomie.

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UNIVERSITÉ CHEIKH ANTA DIOP (UCAD)

Institut des Politiques Publiques (IPP)

BP : 5005 Dakar-Fann

COURS GÉOPOLITIQUE ET GÉO-ÉCONOMIE L1 S1

SYLLABUS DE COURS
Établissement Institut des Politiques Publiques (IPP)
Matière Les fondamentaux de la géo économie
Cycle Licence
Niveau d’étude L1
Semestre Semestre 1
Enseignante Dr Fama Gueye
Téléphone (+221 76 431 89 55)
Email [Link]@[Link]
Volume horaire CM : 20h
Modalités d’évaluation Contrôle continu : 20% / Examen final :80%

Ce cours traitera des enjeux géoéconomiques et géopolitiques du monde contemporain


Objectifs
✓ Donner une culture générale géopolitique internationale aux étudiants
✓ Comprendre/analyser les enjeux et les équilibres géoéconomiques et géopolitiques du monde
contemporain.
✓ Présenter les théories de base des relations internationales et les principes fondamentaux de la
géopolitique et de la géo économie.
✓ Développer la capacité d'analyser les raisons et les conséquences des décisions politiques et
économiques internationales.
✓ Développer la capacité de comprendre et d'analyser les raisons et les conséquences de tout
changement dans le système international.
✓ Développer les capacités des étudiants à utiliser les connaissances géopolitiques et géoéconomiques
afin de comprendre le marché mondial.
✓ Préparer les étudiants à leur futur engagement dans l'environnement politique et économique
international.
✓ Cultiver l’ouverture et la curiosité d’esprit des étudiants
Résultats de l'apprentissage
✓ Comment utiliser les connaissances de base de l'analyse géopolitique et géoéconomique
✓ Relations internationales
✓ Stratégies économiques nationales
✓ Théorie de la guerre économique
✓ Comment les sujets internationaux prennent leurs décisions
✓ Principes fondamentaux du marché mondial
✓ Comment utiliser leurs compétences analytiques pour mieux comprendre les tendances mondiales.
Introduction Générale
L'ordre économique mondial est en mutation. Alors que la mondialisation néolibérale a apparemment
survécu à la crise financière mondiale de 2008, beaucoup de ses caractéristiques ont été rendues obsolètes
par les évolutions politiques des années qui ont suivi. Entre autres, Trump, le Brexit1, la Chine sous Xi
Jinping, et la pandémie de COVID-19 ont tous contribué à la disparition des anciennes certitudes et des
modes familiers de gouvernance mondiale.
Le Trumpisme a démontré que le démantèlement d'institutions mondiales apparemment données comme
l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ou l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est possible
et souhaité par une partie importante de la population mondiale. La montée parallèle du "Xiisme2" (Mulvad,
2019) et de ses ambitions politiques mondiales a anéanti les espoirs libéraux d'une montée "pacifique" de la
Chine dans l'économie mondiale.
Ainsi, si les années 1990 ont marqué la première " fin de l'histoire " (Fukuyama, 1992), les années 2020 sont
là pour marquer la "fin de la fin de l'histoire" (Hochuli et al., 2021) telle que nous la connaissons.
Pour l'économie politique mondiale, cela signifie que le déclin d'une phase de stabilité hégémonique relative
au cours de la mondialisation néolibérale ouvre la voie à une nouvelle phase d'instabilité relative. La
concurrence et les conflits pour le pouvoir, la domination et les gains relatifs, longtemps négligés, deviennent
à nouveau plus pertinents pour comprendre l'orientation de la politique mondiale au cours de la prochaine
décennie. Il est soutenu qu’après des décennies de mondialisation néolibérale3, l'ordre économique mondial
est en train de se transformer. Il devient plus difficile à manier, plus complexe et plus antagoniste.
Depuis 2016, on observe une désintégration progressive de la phase relativement stable de la mondialisation
néolibérale qui régissait l'économie politique mondiale depuis le début des années 1990. L'avènement de
nouveaux affrontements hégémoniques entre les anciennes, les nouvelles et les aspirantes puissances n'est
pas seulement un phénomène théorique mais un phénomène de realpolitik.
Cependant, il est considéré que, contrairement aux rivalités mondiales précédentes, les batailles
actuelles pour la suprématie4 et l'hégémonie5 n'auront pas un caractère principalement
géopolitique, mais beaucoup plus géoéconomique.
Cela signifie qu'au-delà des formes militaires, centrées sur l'État, le paysage mondial actuel est régi par des
formes de confrontation, de concurrence et de coopération plus économiques, plus complexes et centrées
sur les réseaux.
Ce cours comprend deux parties : la première porte sur la géopolitique et la deuxième sur la géoéconomie.

1
Le retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne
2 Idéologie de Xi Jinping
3 Le néolibéralisme signifie : Croyance en la liberté de la production et de l'échange, en la libre concurrence, au libre fonctionnement

du mécanisme des prix et à la stabilité monétaire.


4 Situation dominante
5 Domination, supériorité
I. GEOPOLITIQUE
Introduction
C’est peu de dire que la géopolitique est redevenue à la mode. Il en est question dès que l’on parle de
l’actualité internationale, a fortiori si un conflit éclate, comme si le concept de géopolitique résumait tous les
éléments qui se trouvent à l’origine du conflit et en suggérerait la conclusion. La fin de la Guerre Froide6 et
les bouleversements de la carte du monde qui en ont découlé ont suscité un besoin de comprendre et de là,
un intérêt marqué pour les éléments d’explication des conflits, des mutations, des changements majeurs qui
prenaient forme. Pourtant il n’y a pas longtemps, son crédit scientifique comme sa notoriété étaient
sérieusement écornés. La géographie politique était « moribonde et dépassée » en 1969 (moribund and
backwater) selon Baker Berry, David Slater la trouve en plein développement à l’aube du XXIéme siècle.
En fait, la polyvalence de la géographie politique explique sans nul doute son retour en force, mais aussi le
désir du public de trouver un sens dans un environnement international aux règles plus complexes.
Cependant, les approches comme les concepts doivent aussi d’adapter aux réalités changeantes : le passage
d’une vision bipolaire de l’environnement international à une vision multipolaire a nécessité de réviser les
modes de pensée et les méthodologies mises en œuvre pendant un peu plus de quarante ans. Non pas que
la Guerre Froide ait produit un monde simple, régi par des prétendues « lois géopolitiques » que des adeptes
d’un discours simplificateur souhaitaient populariser : même si le terme recouvrait une approche différente
de celle d’aujourd’hui, il restait synonyme de moyen de compréhension ou d’explication d’une situation
complexe, en ce qu’elle ne se résumait pas à un simple jeu de société entre deux adversaires déplaçant pour
un seul avantage stratégique des pions affectés de valeurs équivalentes.
Les quinze premières années de la Guerre Froide ont sanctionné l’écart grandissant entre une représentation
bipolaire du monde et la réalité d’acteurs secondaires multiples, dotés d’une autonomie politique et
économique croissante. L’emprunt de terme de géopolitique aux militaires brésiliens pour lesquels il
désignait un acte de géographie volontaire, comprenant à la fois une dimension interne (une gestion de crises
sociale) et externe (une diplomatie traditionnelle de délimitation de frontières), convenait mieux pour
l’élaboration d’une Praxis prenant en compte les autres acteurs de l’affrontement Est-Ouest : le tiers-monde
et la Chine.

6
C’est est le nom donné à la période de fortes tensions géopolitiques durant la seconde moitié du xxe siècle, entre d'une part les États-
Unis et leurs alliés constitutifs du bloc de l'Ouest et d'autre part l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et ses États
satellites formant le bloc de l'Est. La chute du Mur de Berlin, en novembre 1989, met un terme à la Guerre froide et à ses divisions
héritées de la Seconde Guerre mondiale. La fin du glacis communiste emporte dans sa chute le monde bipolaire structuré autour de
la rivalité entre les États-Unis et l'Union soviétique.
1.1. Définition de la géopolitique
Par géopolitique, il faut entendre toute rivalité de pouvoirs sur ou pour du territoire. Pour qu’elle le soit, il
faut que les protagonistes (acteurs) se disputent au premier chef l’influence ou la souveraineté d’un
territoire. (Lacoste, 2019).
Héritière de l’histoire de la fin du siècle passé et de la première moitié du vingtième, la géopolitique a nourri
la controverse durant plusieurs décennies avant de connaître une soudaine popularité liée à certains travaux
de refondation. Géographe et fondateur de la revue Hérodote, Yves Lacoste souligne dans le préambule du
Géopolitique dont il a assuré la direction, que dans « les multiples cas où l’on parle de géopolitique
aujourd’hui, il s’agit en fait de rivalités de pouvoir sur des territoires et sur les hommes qui s’y trouvent; dans
ces confrontations de forces politiques », ajoute-t-il, « chacune d’entre elles use de divers moyens, et
notamment d’arguments, pour prouver qu’elle a raison de vouloir conserver ou conquérir tel territoire et
qu’inversement les prétentions de sa rivale sont illégitimes ». Plus précisément, écrit-il, « une situation
géopolitique à un moment donné d’une évolution historique se définit, par des rivalités de pouvoirs de plus
ou moins grande envergure, et par des rapports entre des forces qui se trouvent sur différentes parties du
territoire en question » (Pascal LOROT).
1.2. Les objets de la géopolitique
Si la géopolitique peut être un savoir scientifique, qui combine les apports de différentes disciplines, elle se
définit par son objet d’étude qui la distingue des autres branches de la géographie. Une formulation générale
consiste à définir la géopolitique comme l’étude des différents types d’enjeux de pouvoir et d’identité sur
des territoires, et sur les représentations qui leur sont associés. Une seconde définition, plus précise a été
proposée par Michel Foucher, dans une synthèse de ses travaux sur les frontières : « une géopolitique des
frontières s’attache à élucider les raisons, les acteurs et les effets des tracés, et analyse les interactions externes
et internes que les dirigeants des États et les peuples des frontières nouent autour d’elles, ainsi que des
discours et des représentations qui les accompagnent et les étayent. Quittant le champ particulier d’une
géographie des frontières, l’auteur avance une définition globale de la géopolitique, qu’il propose comme
« une méthode globale d’analyse géographique de situations sociopolitiques concrètes envisagées en tant
qu’elles sont localisées, et des représentations habituelles qui les décrivent. Elle procède à la détermination
des coordonnées géographiques d’une situation et d’un processus sociopolitique et au décryptage des
discours et des images cartographiques qui les accompagnent ». Foucher présente ici l’idée que tout
phénomène politique qui se déploie dans l’espace est un objet d’étude de la géopolitique. Ce déploiement
spatial du politique est incontournable, parce que nous sommes incarnés et que la communauté dans laquelle
nous vivons, et autour de laquelle s’organise la vie publique, est inscrite dans l’espace. Foucher insiste aussi
sur l’importance des discours et des représentations dans l’approche géopolitique, en particulier des discours
historiques, vrais ou non, qui ont tendance à devenir des instruments pour légitimer les positions politiques.
Ces définitions présente un double mérite ; le premier, de poser la géopolitique comme une méthode
d’analyse, et non pas comme un catalogue de qualités dont seraient affectés tel territoire en jeu ou telle
situation politique localisée, qualités conférées par de prétendues « lois de l’espace » ; le second, de la
rattacher à la discipline géographique, soit de mettre en avant le territoire comme élément central de l’analyse
géopolitique, instrumentalisé à des degrés divers par les acteurs selon leurs compétences effectives :
aménagé, quadrillé ou simplement rêvé faute de pouvoir le posséder. Encore faut –il que la dimension
territoriale des enjeux soit exprimée, révélée : il convient de notre sens d’évoquer le terme de crise que l’on
comprendra dans sa définition mathématique comme toute variation forte à une tendance donnée. La crise
peut être l’expression –manifeste- de représentations ou de revendications contradictoires affectant un
territoire donné. Il ne s’agit pas seulement de rendre compte de situations de crise ou de conflit, mais aussi,
et plus simplement, de situations ordinaires, qui peuvent ou non évoluer vers une telle forme : géopolitique
de guerre, mais surtout géopolitique de la paix, en ce que la situation de conflit n’est pas l’unique domaine
de mise en œuvre d’un raisonnement géopolitique.
Si le concept de géopolitique a été initialement marqué par la place centrale accordée à l’État, il importe de
ne pas oublier que l’État n’est pas le seul acteur possible en géopolitique. Toutes les communautés et
organisations politiques (communes, régions, institutions supra-étatiques, communautés territoriales à
diverses échelles) agissent également, dès lors qu’on prend en compte leurs capacités ou compétences à
raisonner, mais surtout à agir sur le territoire qu’ils gèrent. Ill en va de même des groupes sociaux, à
commencer par les sociétés dont les représentations ne coïncident pas nécessairement avec celles de l’État
englobant. Les groupes constitués, minorités ethniques, minorités sociales, groupes de pression, les
entreprises, les acteurs socio-économiques produisent, dès lors que leurs activités se déploient sur un
territoire, des représentations de ce territoire et peuvent souhaiter des changements dans la façon dont celui-
ci est organisé, changements qui peuvent à leur tour heurter les intérêts ou les représentations d’autres
groupes. Les luttes pour le partage de l’espace urbain, entre les gangs criminalisés et leurs méthodes
d’appropriation de ces espaces convoités, constituent des exemples de situations concrètes qui se déploient
à une échelle qui n’est que rarement explorée par les auteurs. Pourtant, il s’agit là d’autres illustrations de
rivalités de pouvoir portant sur des territoires ; les forces de police ne s’y trompent pas, qui ont généralement
intégré une approche géographique à leurs méthodes d’enquête dans la lutte au crime organisé. La méthode
géopolitique peut permettre de mettre en évidence les stratégies de prise de contrôle d’un territoire et de
développement de réseaux, stratégies qui, à leur tour, seront analysées par les forces de police afin de
contrôler les activités criminelles.
On est loin, désormais, d’une analyse d’une prétendue « influence » du milieu naturel sur les États. La
géopolitique se veut un discours structuré, étayé par des observations de terrain, destiné à expliciter des
enjeux de pouvoir sur les territoires, sans tomber sur les écueils de la généralisation abusive. (Lasserre et al.,
2016).
1.3. Les origines de la géopolitique traditionnelle
Ce sont des géographes qui ont lancé le mot géopolitique en Allemagne à la fin du XIXe siècle, tout d’abord
comme simple contraction de l’expression « géographie politique », avant de le combiner à des thèses
darwiniennes sur l’inégalité des espèces et des races : certaines, pour des raisons soi-disant génétiques,
devaient occuper bien plus d’espace que d’autres.
Ces théories furent malheureusement reprises et développées par l’idéologie hitlérienne pour justifier ses
ambitions et ses crimes. Le mot géopolitique fut donc banni après la Seconde Guerre mondiale. Il réapparut
en 1979 en France dans les médias au sujet d’un conflit territorial alors politiquement incompréhensible
entre deux États communistes, le Vietnam et le Cambodge. Ce furent alors de nouveau des géographes qui
reprirent la réflexion géopolitique, mais dans un tout autre état d’esprit et surtout instruits du danger de
certains discours géopolitiques (Lacoste, 2019).
1.4. La guerre froide Géopolitique
La guerre froide est une longue lutte entre les États-Unis et l'Union soviétique qui a commencé au lendemain
de la capitulation (défaite) de l'Allemagne d'Hitler. En 1941, l'agression nazie contre l'URSS7 a fait du régime
soviétique un allié des démocraties occidentales. Mais dans le monde de l'après-guerre, des points de vue de
plus en plus divergents ont creusé des fossés entre ceux qui avaient été alliés...
Les États-Unis et l'URSS ont progressivement construit leurs propres zones d'influence, divisant le monde
en deux camps opposés. La guerre froide n'était donc pas exclusivement une lutte entre les États-Unis et
l'URSS, mais un conflit mondial qui a touché de nombreux pays, notamment le continent européen. En
effet, l'Europe, divisée en deux blocs, est devenue l'un des principaux théâtres de la guerre. En Europe
occidentale, le processus d'intégration européenne commence avec le soutien des États-Unis, tandis que les
pays d'Europe orientale deviennent des satellites de l'URSS.
À partir de 1947, les deux adversaires, utilisant toutes les ressources à leur disposition pour l'intimidation et
la subversion, se sont affrontés dans un long conflit stratégique et idéologique, ponctué par de nombreux
événements et des crises d'intensité variable. Si les deux grandes puissances ne se sont jamais affrontées
directement, elles ont néanmoins poussé le monde au bord de la guerre nucléaire à plusieurs reprises. La
dissuasion nucléaire était le seul moyen efficace d'éviter une confrontation militaire. Ironiquement, cet

7
Union des républiques socialistes soviétiques
"équilibre de la terreur » a en fait servi de stimulant à la course aux armements. Les périodes de tension
alternaient avec des moments de détente ou d'amélioration des relations entre les deux camps.
La Seconde Guerre mondiale a complètement changé la face du monde. Le bilan, tant humain que matériel
humain et matériel est le plus lourd que l’humanité n’ait jamais connu. L'Europe était à genoux, en ruines et
réduite à une confusion totale : les usines et les voies de transport ont été détruites, les liens commerciaux
traditionnels ont été coupés et les pénuries de matières premières et de denrées alimentaires prévalaient. La
guerre froide a finalement pris fin en 1989 avec la chute du mur de Berlin et l'effondrement des régimes
communistes en Europe de l'Est (CVCE, 2016).
1.5. Les Relations Internationales (RI) sont nées des cendres de la guerre
Les relations internationales constituent un objet d’études extrêmement vaste puisqu’il englobe les rapports
de toute nature que les organismes publics et privés, les groupements de personnes et les individus des
divers États ont noués entre eux dans le passé, entretiennent dans le présent et prévoient de développer
dans le futur.
La croissance de l’enseignement de la RI dans les universités est directement liée au fait qu'au cours de la
première moitié du 20e siècle, le monde a connu deux conflits mondiaux dévastateurs et prolongés : la
Première Guerre mondiale (1914-1918) et la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945). Ces guerres ont coûté
des dizaines de millions de vies, ont conduit à des changements sociaux révolutionnaires dans le monde
entier, ont presque éliminé des populations humaines entières de la surface de la terre, ont facilité
l'émergence de nouvelles grandes puissances et ont conduit à la disparition d'autres. La tentative de donner
un sens de ces guerres extrêmement destructrices a été au cœur de la RI depuis qu'elle est devenue une
matière enseignée en 1920. Comprendre les causes de ces violences - et les solutions possibles - reste
l'un des principaux objectifs de la RI. Les théories clés des relations internationales sont :

Le libéralisme : le libéralisme considère le conflit militaire comme une preuve d'échec. En effet, les
libéraux pensent que toute forme d'ordre international doit être définie par la justice si elle veut survivre.
Les ordres injustes, soutiennent-ils, sont intrinsèquement instables car ils invitent les personnes qu'ils
oppriment à se rebeller. Pour les libéraux, la guerre est un mal qui doit être évité dans la mesure du possible.
Cela fait du libéralisme une théorie normative, qui se préoccupe de ce qui devrait être plutôt que de
simplement décrire ce qui est. Les libéraux affirment que les acteurs internationaux sont interdépendants,
les intérêts de tous les acteurs sont essentiellement similaires.
Le réalisme : Le réalisme est le nom donné à un groupe de théories qui ont vu le jour aux États-Unis après
la Seconde Guerre mondiale. Comme Thomas Hobbes, les réalistes pensent que l'anarchie est une condition
intrinsèquement instable qui exige que les acteurs internationaux garantissent leur propre survie par
l'accumulation de pouvoir. La recherche du pouvoir est donc un objectif primordial de la théorie
réaliste dans la mesure où elle aide les États à garantir leur survie dans un monde où la vie d'un acteur
international tend à être "solitaire, et courte".
Les réalistes tentent de répondre à leur question principale sur les relations internationales : "Pourquoi les
guerres persistent-elles ?" Sa focalisation sur les causes des conflits violents fait du réalisme une théorie
relativement étroite, elle tend à ignorer les bases de la paix et de la justice. En effet, il met en évidence
les racines des conflits violents sur la scène internationale. Cela limite la capacité du réalisme à analyser
les sociétés internationales pacifiques.
Le marxisme8 : Contrairement au réalisme, le marxisme se concentre sur les fondements économiques
des relations internationales. Il soutient que la distribution de la richesse a au moins autant d'impact sur les
RI que les relations politiques et militaires qui intéressent les libéraux et les réalistes. De nombreux marxistes
vont même plus loin, en affirmant que les relations économiques déterminent les résultats politiques.
Selon eux, l'argent fait tourner le monde. Le marxisme se concentre sur la façon dont les classes riches et
puissantes dominent les pauvres dans le monde. Il relègue les États au second plan dans le monde, les

8
Prône une société sans classes sociales
considérant comme le reflet des élites socio-économiques qui les dirigent. En tant que tel, le marxisme
renverse de nombreuses hypothèses libérales et réalistes - changeant ainsi l'orientation de l'analyse des RI et
présentant ainsi une image entièrement nouvelle des relations internationales.
1.6. Concepts fondamentaux de l’analyse géopolitique
De nombreux concepts utiles en géopolitique sont recensés, des concepts qui proviennent du champ de la
géographie, mais aussi des sciences politiques. Nous présentons ici quelques concepts centraux et
fondamentaux (Lasserre et al., 2016).
o Espaces et territoires
L’analyse géopolitique se penche bien évidemment sur des lieux, des espaces. Ces espaces sont vécus,
appréhendés, revendiqués, exploités par des acteurs, sans lesquels l’analyse géopolitique n’a pas de sens, car
sans acteur, il n’y a pas de dynamique des territoires, pas de rivalité de pouvoir sur ces territoires. La
géopolitique dépend donc étroitement des décisions des acteurs et non de qualités essentielles à
l’espace.
Ce sont des espaces appropriés, symboliquement ou concrètement, qui deviennent des territoires.
On peut distinguer les espaces légitimes, s’ils disposent d’une reconnaissance juridique (État, mais aussi
région, municipalité, territoires supra étatiques comme l’Union européenne) ; exploités, revendiqués,
représentés. (Lasserre et Lechaume, 2003).
L’espace mondial est ainsi divisé en territoires politiques, les États, fondement de l’approche réaliste en
géopolitique. Mais l’espace n’est pas discriminé uniquement en fonction de cette appropriation politique : il
est aussi marqué par des espaces socioculturels, linguistiques, sociales, religieuses, qui peuvent parfois
interagir avec les espaces politiques. L‘espace est aussi un ensemble de lieux, lieux de mémoire où la
construction de l’histoire de certains groupes ou acteurs s’incarne, et qui dès lors acquièrent une valeur
géopolitique ; mais aussi lieux de vie, lieux de production, lieux d’échanges, lieux de loisirs, lieux où
s’incarnent des valeurs d’un groupe : espaces protégés, villes, marchés, ports, zones industrielle….
Certains de ces lieux acquièrent plus d’importance (économique, politique, sociale) que d’autres : on parle
alors de pôles, lesquels structurent les relations entre les différents lieux et espaces d’un territoire, selon des
hiérarchies qui varient dans le temps (Lasserre et al., 2016).
o Des acteurs
Les acteurs agissent dans et sur l’espace. Un acteur n’est pas forcément un État : il peut être un
individu, un groupe, ou une structure. La cohérence de sa démarche est variable, dans le temps comme
vis-à-vis d’autres acteurs. Au-delà des acteurs directement liés à des territoires (État, collectivités locales), la
société produit aussi des espaces qui peuvent interagir avec les territoires politiques : des aires culturelles,
des espaces appropriés, des réseaux qui entrent en concurrence avec le maillage territorial.
Les acteurs, qu’ils soient sociaux, économiques ou politiques, forment un objet d’étude fondamental en
géographie politique. En effet, les acteurs développent des pratiques spatiales, qui découlent de stratégies
qui peuvent parfois les opposer. Ces pratiques spatiales renvoient aux modes de vie, donc à des aspects
sociaux et économiques, qu’aux techniques de production, de contrôle du territoire, voire au déploiement
des stratégies spatiales d’une organisation a priori non politique (Lasserre et al., 2016).
o La territorialité
Le concept de territorialité est une notion clef qui, avec le concept de territoire, est au cœur même de la
réflexion en géopolitique. La territorialité est le rapport, individuel ou collectif, à un territoire, autrement dit,
la somme des représentations qui lui sont associés et des pratiques dont il est l’objet. Ce concept
associe donc des pratiques objectives, mais aussi des représentations forcément subjectives et dont les
contours sont parfois difficiles à cerner, car les pratiques spatiales de chaque acteur procèdent
fondamentalement du rapport qu’il entretient à son territoire par le biais de sa raison et de ses sentiments.
Au début du XXe siècle, la décision de mettre systématiquement en valeur les ressources en eau de l’Ouest
américain par le biais de grands barrages et de canaux de transfert massif procède ainsi d’une territorialité
particulière, dans laquelle les aménagements technologiques majeurs en vue de développer l’irrigation
intensive (pratique spatiale) sont au service d’une représentation (l’eau au seul service de l’Homme ; le
territoire à exploiter comme signe de souveraineté) (Lasserre et al., 2016).
La territorialité est un concept vaste, englobant, qui synthétise les relations établies entre un acteur
et son territoire, relations qui peuvent parfois l’amener en compétition avec d’autres acteurs du fait de
pratiques antagonistes ou simplement différentes, ou du fait de représentations divergentes au sujet de ce
territoire (Lasserre et al., 2016).
1.7. La géopolitique des ressources
La mise en valeur des ressources naturelles par l’Homme a contribué à rendre leur contrôle stratégique. Très
tôt, leur existence a concouru à engendrer des rivalités territoriales en vue de leur possession, tant pour leur
valeur intrinsèque que pour le pouvoir qu’elles procurent. Ainsi, les ressources naturelles ont joué
un rôle important dans les conflits passés et contemporains. Encore aujourd’hui, par les revenus
qu’elles génèrent, elles contribuent à financer et à entretenir les rivalités de pouvoir portant sur le contrôle
de territoire. En effet, bien que ces richesses dotent leurs détenteurs d’importants pouvoirs politiques et
économiques susceptibles de soutenir leurs ambitions territoriales, elles nécessitent aussi une emprise sur
l’espace avoisinant ou limitrophe et ses points d’accès. L’exploitation et le contrôle des ressources
naturelles constituent un bon exemple d’enjeux géopolitiques à dimension économique, où la géo
économie rejoint bien la géopolitique.
En plus de constituer un atout économique, les ressources naturelles se révèlent être un double objet de
contrôle. D’abord, les revenus générés par leur exploitation peuvent servir à consolider et à circonscrire la
mainmise9 d’un État - ou une entité sur un territoire donné. Que ce soit les ressources pétrolières, minières
ou hydriques, une fois monnayées10, elles permettent à leurs détenteurs d’acquérir des devises, des armes et
des soldats. Cette maitrise de l’espace peut éventuellement se traduire par d’éventuelle projections externes
du pouvoir militaire et politique ainsi acquis (des ambitions d’expansion territoriale, par exemple). Les
ressources sont susceptibles de provoquer des rivalités de pouvoir en vue de leur contrôle. Les puissances
voisines peuvent être tentées de s’approprier les terres richement dotées, et subséquemment d’entrer en
conflit avec les États voisins en vue de la maitrise de celle-ci.
Il faut cependant noter que la disponibilité de certaines ressources naturelles est affectée par les effets du
changement climatique tels que la désertification, la sécheresse, les inondations, l'élévation du niveau de la
mer, mais aussi par les troubles politiques graves et les menaces islamistes radicales.
De nombreux conflits géopolitiques semblent se concentrer sur les pays riches en ressources. On peut
considérer la guerre des États-Unis en Irak, la guerre civile en Libye, ou l'impasse entre les États-Unis et
l'Iran au sujet du programme nucléaire iranien, qui a déclenché un nouvel embargo américain contre les
exportations de pétrole iranien. Pour expliquer pourquoi les pays riches en ressources semblent attirer les
conflits si souvent, les politologues et les économistes ont proposé deux explications concurrentes.
La première est l'école de pensée selon laquelle l'abondance des ressources entraîne un comportement plus
agressif et une probabilité accrue de conflit. L'impulsion principale de cette ce point de vue provient des
travaux précurseurs de Paul Collier et Anke Hoeffler, qui ont affirmé que les guerres civiles sont plus
susceptibles de se produire dans les pays riches en ressources naturelles (Collier et Hoeffler). Une autre
explication est que les pays riches en pétrole ont les moyens financiers de mener des guerres et que les
dirigeants révolutionnaires sont moins liés par les contrôles et les équilibres nationaux.

9
Action de saisir
10 Tirer de l’argent de.
Le pétrole : un exemple classique de géopolitique des ressources
La problématique de l’approvisionnement en pétrole repose sur quelques faits simples : il représente, en
2014, 33 % de la consommation globale d’énergie ; le gaz 24%, le charbon 30%. Près des deux tiers de
l’énergie consommée aujourd’hui sont non renouvelables11, concentrés en certains points du globe et
commencent à s’épuiser. Sa géopolitique se décline aussi simplement : il s’agit de s’assurer du contrôle de sa
production et de sa distribution.
Le début du XXIe siècle introduit une nouvelle rupture, celle d’une ressource désormais perçue comme en
voie d’épuisement, accroissant de fait la lutte pour le contrôle des gisements et des routes d’acheminement,
souvent au détriment de stratégies d’exploitation, car celle-ci se fait de plus en plus coûteuses.
Il est cependant difficile de déceler exactement le début du déclin de la production mondiale. Cette
incertitude s’inscrit dans un contexte de demande croissante d’hydrocarbures de la part de nombreux États
en développement. Par exemple la Chine ou l’Inde doivent satisfaire une demande tant industrielle que
sociale croissante alors que la consommation des pays industrialisés continue de croitre progressivement 12.
Or, si les hydrocarbures sont majoritairement utilisés pour le transport ou le chauffage, une part variable
selon les pays (de 15% à 30%) constitue la matière première de l’industrie pharmaceutique, ou celle des
plastiques, pour lesquelles aucun substitut n’a encore été trouvé (Lasserre et al.,2016). La Chine est devenue
est quelques années le second consommateur d’hydrocarbures de la planète avec plus de 11 millions de
barils/jour, après les États-Unis qui consomment 19 millions de barils par jour. Les plus grands
consommateurs sont : les États-Unis (20.8% de la consommation mondiale en 2013), l’Union Européenne
(14,9%), l’Arabie Saoudite (12,5%), la Chine (11,5%), etc.

11
Épuisables
12 La commission Européenne prévoyait une croissance de la demande énergétique de 1,8% par an d’ici 2030.

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