INTRODUCTION
A L’ETUDE DU DROIT
MAROCAIN
Pr. Abdelhalim LARBI
1
Introduction
De simple introduction au droit civil, l’introduction à l’étude du droit s’est
élargie pour devenir une introduction générale à toutes les disciplines juridiques,
aussi bien de Droit privé que de Droit public. A ce titre, elle constitue, une
importance primordiale, pour tous ceux qui veulent s’initier au Droit.
Comment peut-on, donc définir la notion de « Droit » ?
La notion de « Droit », globalement considérée, constitue un phénomène
éminemment social. Elle se rapporte, au fait que la société élabore des règles
(constituées de commandements, d’ordres, de prescriptions ou d’interdictions)
destinées à régir son fonctionnement et, par voie de conséquence, à organiser les
relations juridiques, économiques , sociales et autres, des personnes qui la
constituent1. Cette (première) acception, permet aux juristes de déduire que, le
mot « Droit » fait l’objet de deux significations distinctes mais complémentaires.
En premier lieu, le terme « Droit » peut-être défini comme un ensemble de
règles de conduite2 destinées à organiser la vie en société, et qui ont vocation à
s'appliquer à toutes les personnes qui forment le corps social. Ces règles qui sont
formulées de manière générale et impersonnelle, concernent chacun et ne
désignent personne en particulier (3).
Le mot « Droit » correspond, dans ce premier sens, à ce que les juristes
appellent le « Droit objectif ». The law.
Dans son second sens, le Droit désigne « les facultés, les pouvoirs et les
prérogatives individuelles que les personnes ont vocation à puiser dans le corps
de règles qui constitue le Droit objectif». On parle alors de « droits subjectifs ».
Right.
1
Cf. AUBERT (J-L) : « introduction au droit, et thèmes fondamentaux du droit civil », 8e édition,
Armand Colin, 2000, p.1.
2
En plus des règles de droit, l existe d’autres règles de conduite, tel : les règles qui découlent de la
religion, de la morale et des convenances.
3- J. L. Aubert, « introduction au droit et thèmes fondamentaux du droit civil », 8e édition Armand
Colin, Paris, 2000, page : 2.
2
I- Distinction entre le Droit objectif et les droits subjectifs.
A- le Droit objectif
Le Droit objectif est constitué par l'ensemble des règles générales,
impersonnelles et obligatoires (au caractère coercitif), ayant vocation à régir la
vie en société. Ce droit est destiné à réglementer les rapports qui s’établissent
entre la collectivité publique et les particuliers, ainsi que les rapports qui se nouent
entre les particuliers, dans le cadre de la famille, de l'entreprise ou dans le domaine
des contrats en général.
Le caractère général et impersonnel inhérent, à ces règles de droit, implique,
« qu’elles s’appliquent, sans distinction, à tout individu qui se trouve placé dans
telle situation déterminée ».
Il en est, ainsi- et ce n’est qu’un exemple – de l’article 774 du Code des
obligations et contrats, qui stipule que : « tout fait quelconque de l’homme qui,
sans l’autorité de la loi, cause sciemment et volontairement à autrui un dommage
matériel ou moral, oblige son auteur à réparer ledit dommage, lorsqu’il est établit
que ce fait en est la cause direct». Cette disposition porte sur le principe de
responsabilité dite du fait personnel. Principe, qui a vocation à s’appliquer sans
aucune distinction à toute personne se trouvant dans la situation indiquée.
B- Les droits subjectifs
Les droits subjectifs sont les facultés, les pouvoirs et les prérogatives
reconnus par le droit objectif aux sujets de droit. Ils sont opposables aux tiers.
Pour reprendre l’exemple de l’article 77 du DOC, c’est le droit pour celui
qui a subi un dommage par la faute d’un tiers, de lui en réclamer réparation.
Contrairement au « droit objectif qui est défini par son objet, les droits
subjectifs se définissent par la personne déterminée qui en est titulaire 5», le sujet
4
Même énoncé que l’article 1382 du code civil français.
5
- M. J. Essaid, « introduction à l'étude du droit », collection Connaissances, imprimerie Fedala,
Mohammedia, 1992, page : 41.
3
de droit. Ils lui permettent de jouir d’une chose, d’une valeur ou d’exiger d’autrui
une prestation.
Il en est, ainsi, du droit de créance, le droit de propriété, le droit au salaire,
le droit d’acquérir un bien, de louer.
Les caractères différents des deux significations du mot droit, n’empêchent,
cependant pas, quelles soient étroitement liées. En effet, les droits et prérogatives
reconnus aux particuliers découlent directement des règles générales posées par
le droit objectif.
Les deux sens du mot droit ne s’opposent- donc- pas, ils traduisent ainsi,
deux façons distinctes de rendre compte d’un même phénomène juridique : le
Droit.
L’unicité du Droit, n’exclut, en rien, qu’il soit profondément diversifié. En
effet, les branches du Droit sont multiples et tendent à une spécialisation de plus
en plus accentuée6.
II : les différentes branches du Droit
La distinction entre les règles de Droit régissant les différentes situations
de la vie sociale, dévoile l’existence de différentes branches de Droit. Celles-ci,
sont, en principe, regroupées en deux grandes catégories : celle du Droit privé, et
celle du Droit public.
Héritée du Droit romain, la distinction entre le Droit privé et le Droit public
se trouve aujourd’hui remise en cause, en raison de l’apparition de deux nouveaux
phénomènes :
-il s’agit d’un côté de la spécialisation excessive du Droit.
-de l'autre côté, on relève une interpénétration, progressive, du Droit public
et du Droit privé, qui s’est concrétisée par la mise en place de la branche de Droits
mixtes.
6
Aubert (J-L), op. cit, p.4
4
A- le Droit public et ses subdivisions.
Le Droit public est une branche du Droit objectif. Il englobe l’ensemble des
dispositions réglementant d’une part la constitution, le fonctionnement et
l’organisation des institutions publiques et d’autre part les rapports entre la
puissance publique et les particuliers.
*Quelles sont les différentes disciplines relevant du Droit public ?
Les principales branches de cette discipline sont : le Droit constitutionnel,
le Droit administratif, les libertés publiques, le Droit fiscal, le Droit international
public ...)
1. Le Droit constitutionnel :
Le Droit constitutionnel réunit les règles dont l’objet est d’organiser le
mode de fonctionnement de l’Etat et de l’ensemble des institutions publiques à
caractère politique. Il organise également les relations que ces institutions peuvent
entretenir entre elles.
Il s’attache, ainsi, aux trois organes de l’État : le pouvoir exécutif, le
pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire, pour fixer les modalités de leur
désignation, leurs compétences et leur fonctionnement.
La substance propre du Droit constitutionnel se trouve donc dans la
constitution et les différents textes qui s’y rattachent (lois constitutionnelles et
lois organiques7).
2. Le Droit administratif :
Proche parent du Droit constitutionnel, le Droit administratif, regroupe, les
règles qui ont pour objet essentiel, l’organisation et le fonctionnement des
administrations publiques, des personnes morales administratives, telles que les
communes, les provinces, les préfectures, les régions et les différents
établissements publics.
7
Les lois constitutionnelles : expression employée pour désigner la constitution elle-même, ou les lois
de révision de la constitution, selon la procédure prévue par cette dernière.
Les lois organiques : sont les lois votées par le parlement pour préciser ou compléter les dispositions de
la constitution.
5
Une partie importante du Droit administratif régie aussi les rapports que les
autorités administratives entretiennent avec les particuliers.
Le Droit public interne comporte également :
3. les libertés publiques : c’est la branche du Droit constituée de
règles qui définissent, sauvegardent les divers droits de l’individu dans la société
et précisent les modalités de leur application. (Liberté d’aller et venir, liberté
d’opinion, liberté de la presse, liberté d’association, liberté de réunion…).
4. les finances publiques : Il s’agit de la branche du Droit qui
détermine les modes d’utilisation de l’ensemble des ressources de l’Etat et des
collectivités locales.
5. le Droit fiscal : Il comporte les dispositions qui réglementent
toutes les questions juridiques liées aux impôts : détermination de l’assiette, du
montant et des modes de recouvrement des divers impôts ou taxes de toutes sortes.
6. Le Droit international public :
Le droit international public, ou droit des gens, regroupe, l’ensemble des
règles qui régissent les rapports des différents sujets de la société Internationale
(Etats, organisations internationales)8.
B- Le Droit privé et ses subdivisions :
Le Droit privé, a pour objectif de règlementer les rapports économiques ou
autres, qui s’établissent entre les particuliers (notamment les rapports de famille
et les rapports contractuels : le mariage, les contrats -de vente, de prêt…-
l’héritage…).
Les sujets de Droit, peuvent être soit des personnes physiques, les individus,
soit des personnes morales (un groupement comme une société, un syndicat ou un
service public).
8
Voir infra p.p. 47 et suite.
6
*Quelles sont les disciplines relevant du Droit privé ?
Le Droit civil et le Droit commercial constituent les principales matières du
Droit privé.
1. Le Droit civil :
En tant que plus ancienne branche du Droit9, le Droit civil constitue une sorte de
Droit commun privé.
Le domaine du Droit civil est important. Il concerne pour l’essentiel le Droit
des personnes, le Droit des biens, le Droit des successions, le Droit des
obligations, le Droit des contrats, etc.
Le Droit privé englobe d'autres disciplines qui dérivent du Droit civil : le
Droit commercial, le Droit du travail...
2. Le Droit commercial :
Le droit commercial, réglemente de façon générale, la profession
commerciale qu’elle soit exercée à titre individuel ou sous forme de société :
société anonyme, société à responsabilité limitée, etc.…
Le Droit commercial a subi la même évolution qui a touché auparavant le
Droit civil, puisque certaines matières s’en sont détachées.
Il s’agit entre autres, du Droit maritime, du Droit aérien, du Droit des
assurances, et de la propriété industrielle. Ces nouvelles matières, ont certes, gardé
leur appartenance au Droit privé, mais elles sont profondément influencées par le
Droit public.
Cette double dépendance, est plus explicite pour d’autres matières qui
semblent faire partie du Droit privé et du Droit public. Elles sont regroupées sous
l’appellation « Droits mixtes ».
C- Les Droits mixtes :
La notion de Droit mixte, s’étend à toute branche du Droit qui réalise une
combinaison de règles relevant, pour les unes du Droit public, et pour les autres
9
A Rome toutes les relations entre citoyens étaient régies par le Droit civil.
7
du Droit privé Il s’agit essentiellement : du Droit pénal, du Droit processuel, du
Droit social, et du Droit international privé.
1. Le Droit pénal :
Le Droit pénal est un droit de répression. Il peut être défini, de manière plus
large, comme « l'ensemble des règles juridiques qui organisent la réaction de l'Etat
vis-à-vis des infractions et des délinquants ».10
Le rôle éminent de la puissance publique dans la définition des
comportements constitutifs d'infractions et dans la fixation des sanctions qui leur
sont applicables, ainsi que dans le déroulement du procès pénal, lui attribue une
dimension qui dépasse le cadre strict du Droit privé. Il fait partie du Droit public
du fait qu’il défend la société contre les troubles que peuvent provoquer les
particuliers, et il fait partie du droit privé puisqu’il protège les intérêts des
personnes victimes des infractions. Par exemple en sanctionnant le vol, le Droit
pénal protège la propriété.
2. Le Droit processuel :
Le Droit processuel rassemble les règles qui ont pour objet commun
d’organiser la justice (civile, pénale et administrative) et son fonctionnement Il
s’agit de la procédure civile, de la procédure pénale, et de la procédure
administrative. (Règle l’organisation de la procédure à suivre devant les tribunaux
pour obtenir un jugement).
3. Le Droit social
Le Droit social recouvre le Droit du travail et de la sécurité sociale.
-Le Droit du travail regroupe l’ensemble des règles qui définissent la
condition des travailleurs salariés. Celles, d’abord, qui réglementent le contrat de
travail et les prestations qui en concrétisent l’exécution. Celles, ensuite, qui
régissent la situation du travailleur dans le cadre de son travail. Celles, enfin, qui
définissent les possibilités d’une action collective et concertée des travailleurs.
10- J. L. Aubert, « introduction au droit et thèmes fondamentaux du droit civil », op. cit., parage : 41.
8
-Le Droit de la sécurité sociale, réunit les règles qui ont pour vocation
d’assurer les travailleurs contre les risques sociaux (maladie, maternité,
invalidité, vieillesse, décès, accident du travail, maladie professionnelle).
Ainsi défini, le Droit social est principalement rattaché au Droit privé. Il est
toutefois, qualifié de Droit mixte, en raison des nombreux éléments de Droit
public qui y interviennent (comme l’inspection du travail et le mécanisme
d’extension des conventions collectives ; l’organisation administrative de la
sécurité sociale).
4. Le Droit international privé
A l’exemple du Droit pénal et du Droit social, le Droit international privé
revêt le caractère de Droit mixte. La cohabitation dans cette branche, entre des
aspects qui s’apparentent au Droit privé et d’autres au Droit public est explicite.
Le Droit international privé est principalement rattachée au Droit privé dans
la mesure ou sa fonction est de déterminer, pour les relations qui s’établissent
entre particuliers, l’étendue d’application de la loi marocaine (Pb des conflits de
lois, conflits qui peuvent opposer la loi nationale à une ou plusieurs lois
étrangères, en raison de la nationalité de l’une des parties, du lieu de l’accident ou
du lieu de situation des biens revendiquées).
La prolifération des branches de Droit n’occulte en rien, l’importance de
la distinction entre le Droit objectif et les droits subjectifs, tant du point de vue
théorique que pratique, comme nous le constaterons ensemble dans ce cours.
C’est, évidemment le Droit objectif qui retiendra le plus notre attention, en
raison du fait, que le droit subjectif a une signification plus limitée et peut être
réduit à un simple aspect de sa mise en œuvre.