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Cours Philo La Vérité

Ce document traite de la notion de vérité en philosophie. Il présente différentes définitions et conceptions de la vérité, notamment la vérité comme adéquation entre le discours et la réalité, l'existence de vérités de fait, de raison et subjectives, et les débats sur la possibilité et la nécessité de rechercher la vérité.

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Cours Philo La Vérité

Ce document traite de la notion de vérité en philosophie. Il présente différentes définitions et conceptions de la vérité, notamment la vérité comme adéquation entre le discours et la réalité, l'existence de vérités de fait, de raison et subjectives, et les débats sur la possibilité et la nécessité de rechercher la vérité.

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PHILOSOPHIE Lycée Célony

VERITE
RAISON ET CROYANCE
EXPERIENCE

Nom :
…………………………………………………………

Prénom :……………………………………………………..
Chapitre : LA VERITE

[Link] 1
Plan du chapitre
1 LA VERITE

VERITE
LA
1.1 1 QU’EST-CE QUE LA VERITE ?
ü Texte n°1 Spinoza

1.2 2 Y - A - T - IL U N E O U D E S V E R IT E S ?
ü Définitions

1.3 3 POURQUOI RECHERCHER LA VERI


TE ?
ü Texte n° 7 Nietzsche Le rationalisme

1.4 4 RAISON ET VERITE


ü Texte n° 8 : Descartes

1.5 5 PEUT-ON / DOIT-ON TOUJOURS DIRE LA VERITE ?


ü Texte n°9 : Constant
ü Texte n°10 : Kant
ü Texte n°11 : Jankélévitch

2 RAISON VERITE ET CROYANCE

2.1 1 CROYANCE, OPINION ET VERITE


ü Texte n°2 Platon, Allégorie de la caverne
Le scepticisme

2.2 2 LA CROYANCE, UNE NECESSITE ?


ü Texte n°3 Tocqueville
ü Texte n°4 : Bergson

2.3 3 PEUT-ON ECHAPPER A LA SUBJECTIVITE PERCEPTIVE ?


ü Texte n°5 : Goodman

2.4 4 VERITE ET FOI


ü Texte n° 6 : Alain

3 EXPERIENCE ET VERITE

3.1 1 QU’EST-CE QUE L’EXPERIENCE ?


ü Texte n°7 : Sartre - L’expérience de l’absurde

3.2 2 L’EXPERIENCE PERMET-ELLE D’ATTEINDRE LA VERIT


E ?
L’Empirisme

ü Texte n°8 e Locke


ü Texte n° 9 Hume
ü
4 EXPERIENCE SCIENTIFIQUE
ü Texte N° 10 : Popper

4.1 1 LES LIMITES DE L’EXPERIENCE


Chapitre : LA VERITE

ü Texte n°11 Kant


ü Texte n°12 Einstein

2
1 LA VERITE

3
1.1 QU’EST-CE QUE LA VERITE ?
D’abord, ce n’est pas la même chose que la réalité.
La vérité ne porte que sur les discours, les théories, les systèmes de croyance.

Ce que la vérité n’est pas : Ce qu’elle est…


La réalité, puisque celle-ci n’est ni Elle appartient au discours, aux théories,
vraie, ni fausse. Elle est. aux systèmes de croyance.
La sincérité, qui est d’ordre moral. La vérité est une correspondance,
une adéquation entre la chose et ce
qu’on en dit. Seuls nos énoncés sur
les choses, et non les choses
elles-mêmes, sont susceptibles d'être
vrais ou faux.
Une proposition serait donc vraie quand
elle décrit adéquatement la chose telle
qu'elle est.
Si je dis « ma voiture est verte » alors que
ma voiture est noire, il n’y a pas
d’adéquation entre la chose et ce que j’en
dis. Ce n’est donc pas vrai !

Mais il y a un os…
Pour que cette définition de la vérité soit valide, il faudrait que je
puisse comparer mes idées aux choses ; Or, je n'ai jamais affaire aux
choses en elles-mêmes, mais à ma représentation des choses…
Et rien ne m'assure que le monde est comme je le vois !
Tout cela n’est peut-être comme disait Descartes qu’ « songe bien
lié » ! et peut-être suis-je entrain de rêver tout ce que je crois
percevoir.

Que voyez-vous sur cette


image ?
Chapitre : LA VERITE

4
1.1.1 TEXTE N°1 SPINOZA
Baruch Spinoza (1632 - 1677) . Philosophe Hollandais. Sa pensée
eut une influence considérable sur ses contemporains et nombre de
penseurs postérieurs.
Issu d'une famille juive portugaise ayant fui l'Inquisition, Spinoza
devait devenir rabbin. Mais parce qu’il remettait en question les
dogmes religieux, il fut excommunié. C’est vers 1661 qu’il commence
à rédiger son ouvrage principal : l’Ethique. Dans ce livre, il prône
une liberté joyeuse, libérée des illusions et des superstitions car les
hommes ne peuvent être heureux et libres que s’ils « vivent sous la
conduite de la raison ». Il se battra toute sa vie contre le fanatisme et les préjugés
religieux.

« La première signification de Vrai et de Faux semble avoir son origine dans les
récits ; et l’on a dit vrai un récit, quand le fait raconté était réellement arrivé ; faux,
quand le fait raconté n’était arrivé nulle part. Plus tard, les philosophes ont employé
le mot pour désigner l’accord d’une idée avec son objet ; ainsi, l’on appelle idée
vraie celle qui montre une chose comme elle est en elle-même ; fausse, celle qui
montre une chose autrement qu’elle n’est en réalité. Les idées ne sont pas autre chose
en effet que des récits ou des histoires de la nature dans l’esprit.

B. Spinoza, Pensées métaphysiques, 1663 1re partie, chap. VI,( Gallimard, « La


Pléiade », trad. R. Caillois.)

A retenir

1 .2 Y-A-T-IL UN E O U D ES VERITES ?

Vérités de fait
« Il neige » est une vérité contingente* (Leibniz) ;
Puisqu’à certains moments, cela est faux et à d’autres
Chapitre : LA VERITE

c’est vrai !! Il faut qu’il y ait adéquation entre la


chose et ce que j’en dis : « ce n’est pas parce que
nous pensons d’une manière vraie que tu es

blanc, que tu es blanc, mais c’est parce que tu es


blanc, qu’en disant que tu l’es, nous disons la vérité » Aristote
Une vérité de fait c’est donc quand l’énoncé, le discours correspond au réel.
5
a) Vérités de raison ou de raisonnement
Elles ne sont pas contingentes mais nécessaires. Elles
ne peuvent pas être à la fois juste et fausse : 2+2 =4
est soit vrai soit faux mais pas tantôt l’un et tantôt
l’autre.
Une vérité de raison c’est donc lorsque une théorie,
un énoncé est vrai par ses relations logiques
internes.

b) Vérités subjectives :
Elles expriment notre point de vue
personnel de sujet sur une chose. C’est la
vérité artistique : l’œuvre est un « coin de
la création vu à travers un tempérament »
(Zola) ; c’est sa vision, son interprétation du
monde que l’artiste nous donne à voir.
Proust dit qu’ainsi il nous donne à découvrir
des mondes que nous n’aurions pas connus :
«Grâce à l’art, au lieu de voir un seul
monde le notre nous le voyons se multiplier
et autant qu’il y a d’artistes originaux
autant nous avons de mondes à notre
disposition ».
L’art devient alors un moyen de faire
varier les points de vue sur le réel et nous
« protège » de la vision univoque de la
science. Et il est vrai parce qu’il est sincère
pour celui qui voit. (Voir Kant)

Faire le point (1) !


Vérité

Vérité de fait
Chapitre : LA VERITE

Vérité de raison

Vérité subjective

6
1 .3 PO URQ UO I RECH ERCH ER LA VERITE ?

Les avis divergent… Pour Nietzche, il y a peut-être mieux à rechercher que la


vérité.
Car il voit dans la vérité une illusion, un danger majeur : elle masque l’apparence
changeante des choses et celui qui ne voit qu’elle ne peut plus multiplier les points de
vue et créer et le monde et lui-même. Il est figé.

1.3.1 TEXTE N°2 NIETZSCHE

Fréderic Nietzsche (1844-1900) Philosophe allemand…

"Pourquoi, dans la vie de tous les jours, les hommes disent-ils la


plupart du temps la vérité? _ Surement pas parce qu'un dieu a
interdit le mensonge.
Mais premièrement, parce que c'est plus commode; car le
mensonge réclame invention, dissimulation, et mémoire. Ensuite, parce qu'il est
avantageux quand tout se présente simplement, de parler sans détours: Je veux ceci,
j'ai fait cela et ainsi de suite; c'est à dire parce que les voies de la contrainte et de
l'autorité sont plus sûres que celles de la ruse. Mais s'il arrive qu'un enfant ait été
élevé au milieu de complications familiales, il maniera le mensonge tout aussi
naturellement et dira toujours involontairement ce qui répond à son intérêt; sens de la
vérité, répugnance pour le mensonge en tant que tel lui sont absolument étrangers, et
ainsi donc, il ment en toute innocence.
L'homme exige la vérité et la réalise dans le commerce moral avec les hommes ; c'est
là-dessus que repose toute vie en commun. On anticipe les suites malignes des
mensonges réciproques. C'est de là que naît le devoir de vérité. On permet le
mensonge au narrateur épique parce qu'ici aucun effet pernicieux n'est à craindre.
- Donc là où le mensonge a une valeur agréable, il est permis : la beauté et
l'agrément du mensonge à supposer qu'il ne nuise pas.
C'est ainsi que le prêtre imagine les mythes de ses dieux : le mensonge justifie la
grandeur. (…)
Là où l'on ne peut rien savoir de vrai, le mensonge est permis. Tout homme se laisse
continuellement tromper la nuit dans le rêve. La tendance à la vérité est une
acquisition infiniment plus lente que l'humanité. Notre sentiment historique est
quelque chose de tout nouveau dans le monde. Il serait possible qu'il opprime
totalement l'art ".

[Link], Humain trop humain, 1878-1879

retenir
Chapitre : LA VERITE

6
Mais pour un philosophe comme Descartes,
rechercher la vérité c’est un moyen d’atteindre la
connaissance de la réalité.
La plupart des philosophes depuis Platon voit dans
la recherche de la vérité le but même de la
philosophie…

1.4 RAISO N ET VERITE :

Aristote a caractérisé l'être humain comme un « animal doué de raison ».


Descartes, Kant sont rationalistes.

Mais la raison, c’est quoi ?


Considérée comme la faculté humaine par
excellence, la raison a pour tâche de lier nos
idées, que celles-ci proviennent de nos sens,
de notre imagination ou plus largement de
nos désirs.
Cette fonction de liaison ou de synthèse
s'exprime dans le raisonnement qui est un
enchaînement ordonné d'affirmations en vue
d'une conclusion valide.

Une simple phrase comme celle-ci : « les nuages arrivent, il faut se presser de rentrer »
montre que la raison construit des liens entre des réalités qui n'ont a priori rien à voir
: le temps qu'il fait et l'éloignement du domicile.
La raison sera donc la faculté qui permet de s’entendre sur la vérité…

La Raison dans tous ses états


[Link]

Notes perso
Chapitre : LA VERITE

7
[Link] LE RATIONALISME

Rationalisme vient de raison. Descartes,


Kant sont rationalistes.

Pour les rationalistes, l’expérience va s’avérer


insuffisante à fonder la connaissance. D’abord
parce qu’elle a tendance à généraliser de
manière excessive. Ainsi faute de pouvoir
expliquer correctement, scientifiquement
l’observation de certains phénomènes, nous
admettrons une explication qui relèvera non de
la raison mais du surnaturel. Or pour les
rationalistes, c’est par la raison que nous
pouvons décider si ce qui est apporté par
l’expérience est vrai ou non.
Dans le cas contraire nous sommes le jouet de
nos perceptions. La connaissance de ce que sont les
corps ne vient pas du corps, des sensations, mais de
l'esprit. Les sens nous informent seulement de
l'existence de l'objet.

[Link] DESCARTES

René Descartes, ( 1596 - 1650 ) est un mathématicien, physicien et


philosophe français. Il est considéré comme l'un des fondateurs de la
philosophie moderne

On dit de quelqu’un qu’il a un esprit « cartésien » pour signifier qu’il


s’agit d’une personne à esprit logique, rigoureux, qui n’admet rien sans
examen et sans preuves. Cet adjectif vient de Descartes et de sa démarche.
Pourquoi Descartes cherche-il la vérité ? Pour atteindre la connaissance de la
réalité, qui nous permettra de faire les bons choix, d’adhérer aux bonnes causes et de
vivre mieux.
Or pour Descartes, il n’est qu’un moyen de parvenir à la vérité, c’est la raison.
Elle est la faculté de réfléchir et de relier des propositions entre-elles de sorte
qu’elles forment un ensemble cohérent. La raison nous pousse à chercher des
raisons, c’est-à-dire des explications, des justifications, des preuves.
Chapitre : LA VERITE

Pour Descartes, c’est le doute lui-même qui est notre meilleur allié pour
atteindre la vérité.
La raison doit douter de tout, aussi loin que possible, jusqu’à ce que précisément, elle
ne puisse plus douter. C’est au doute systématique que nous invite Descartes. Et ce
doute systématique va paradoxalement aboutir à l’évidence de la vérité.

8
Pour douter de toutes les choses, il nous faut d’abord repérer les sources de la
connaissance. Il y en a trois :

Celles que j’acquière par ma Celles qui semblent venir


Les connaissances qui propre expérience par la du raisonnement pur (le
viennent des autres (entendu, perception directe de ce que raisonnement
lu …) je crois être la réalité (senti, mathématique).
vu, touché.)

MAIS
Je suis sujet à des erreurs C’est une évidence que je
de perception, à des peux remettre en cause.
Les autres peuvent se
illusions (d’optique par Peut-être existe-t-il
tromper et me donner de
exemple). l’hypothèse d’un Dieu
fausses informations. Ils Mes rêves me trompent trompeur qui m’aurait
peuvent même vouloir et ce que j’appelle réalité créé de telle sorte que je
volontairement me n’est peut-être rien me trompe alors même
tromper d’autre qu’un long rêve. que j’ai l’impression
Je peux être trompée par d’être devant une vérité
mes propres pensées, mes évidente.
perceptions. Peut-être que 2+2 ne font
pas quatre !!

La démarche de Descartes :
L’instrument que va utiliser Descartes est le doute. Doute systématique

a)D’abord douter des sens, dont il est aisé de


montrer l’ambigüité, me conduit à douter que les
objets sensibles existent vraiment. Tout n’est
peut-être qu’un « songe lié ».
Dans la 2ème Méditation Descartes écrit : « Je
suppose donc que toutes les choses que je vois
sont fausses ; je me persuade que rien n’a
jamais été de tout ce que ma mémoire remplie de
mensonges me représente ; je pense n’avoir
aucun sens ; je crois que le corps, la figure, le
mouvement et le lieu ne sont que des fictions de
mon esprit. Qu’est-ce donc qui pourra être
estimé véritable ? Peut-être rien autre chose,
sinon qu’il n’y a rien au monde de certain. »

b) Puis douter de l’évidence


rationnelle, mathématique : Il y
aurait de plus un être très puissant
qui ferait tout pour me tromper : un
TE

« malin génie ». Ce serait lui qui I


pourrait me convaincre que 2+2 E
R
=4 sans que cela soit… V
LA
:
er
ti
p
a
c) J’en suis donc au point où je doute de tout. MAIS …je Ch
doute ! Donc je pense ! Et si je pense, c’est que j’existe !!
9
J’existe par l’action même de douter. C’est l’évidence (la vérité première » du cogito :
« cogito ergo sum » ou « je pense donc je suis ». Ce qui est à comprendre au sens
« je » = « pense ».
A partir de cette vérité 1ère, Descartes pense pouvoir

Ainsi, à cause que nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer qu’il n’y
avait aucune chose qui fût telle qu’ils nous la font imaginer. Et parce qu’il y a des
hommes qui se méprennent en raisonnant, même touchant les plus simples matières
de géométrie, et y font des paralogismes, jugeant que j’étais sujet à faillir, autant
qu’aucun autre, je rejetai comme fausses toutes les raisons que j’avais prises
auparavant pour démonstrations. Et enfin, considérant que toutes les mêmes pensées,
que nous avons étant éveillés, nous peuvent aussi venir, quand nous dormons, sans
qu’il y en ait aucune, pour lors, qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les
choses qui m’étaient jamais entrées en l’esprit n’étaient non plus vraies que les
illusions de mes songes. Mais, aussitôt après, je pris garde que, pendant que je
voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi, qui le
pensais, fusse quelque chose. Et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis,
était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des
sceptiques n’étaient pas capables de l’ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir,
sans scrupule, pour le premier principe de la philosophie que je cherchais.

Descartes, Discours de la méthode (1637), quatrième partie

Retenir l’essentiel

Faire le point (2) ! Raison et vérité


Rationalisme

descartes

A quoi sert le doute ?

Comment comprendre
Chapitre : LA VERITE

« Je pense donc je suis


»?

1.5 PEUT-ON ET/OU FAUT-IL TOUJOURS DIRE LA VERITE ?

1
Mensonge : Affirmer volontairement le contraire de ce que l’on pense
Arte Enthoven, Le Mensonge 1 et 2
[Link]
[Link]

Kant considère que dire la vérité est un devoir absolu. Il a d’ailleurs


eu à ce propos une belle polémique avec Benjamin Constant.

1.5.1 TEXTE N°1 B. CONSTAN T


Benjamin Constant, Benjamin Constant de Rebecque, né à Lausanne
( 1767-) 1830, est un romancier, homme politique, et intellectuel
engagé français d'origine suisse.

« Le principe moral que dire la vérité est un devoir, s’il était pris
d’une manière absolue et isolée, rendrait toute société impossible.
Nous en avons la preuve dans les conséquences directes qu’a tirées de
ce premier principe un philosophe allemand, qui va jusqu’à prétendre qu’envers des
assassins qui vous demanderaient si votre ami qu’ils poursuivent n’est pas réfugié
dans votre maison, le mensonge serait un crime… »

B. Constant, Des réactions politiques,1796

Retenir l’essentiel

[Link] TEXTE N° 2 : E. KANT


Emmanuel Kant philosophe allemand (1724- 1804). Son œuvre est
considérable et diverse

La véracité dans les déclarations que l’on ne peut éviter est le devoir formel
de l’homme envers chacun, quelque grave inconvénient qu’il en puisse
résulter pour lui ou pour un autre(…). Il suffit donc de définir le mensonge
une déclaration volontairement fausse faite à un autre homme (…)
Il est possible qu’après que vous avez loyalement répondu oui au meurtrier qui vous
demandait si son ennemi était dans la maison, celui-ci en sorte inaperçu et échappe
ainsi aux mains de l’assassin, de telle sorte que le crime n’ait pas lieu ; mais, si vous
avez menti en disant qu’il n’était pas à la maison et qu’étant réellement sorti (à votre
insu) il soit rencontré par le meurtrier, qui commette son crime sur lui, alors vous
pouvez être justement accusé d’avoir causé sa mort. En effet, si vous aviez dit la
Chapitre : LA VERITE

vérité, comme vous la saviez, peut-être le meurtrier, en cherchant son ennemi dans la
maison, eût-il été saisi par des voisins accourus à temps, et le crime n’aurait-il pas eu
lieu. Celui donc qui ment, quelque généreuse que puisse être son intention, doit,
même devant le tribunal civil, encourir la responsabilité de son mensonge et porter la
peine des conséquences, si imprévues qu’elles puissent être. C’est que la véracité est
un devoir qui doit être regardé comme la base de tous les devoirs fondés sur un
contrat, et que, si l’on admet la moindre exception dans la loi de ces devoirs, on la
rend chancelante et inutile. 1
C’est donc un ordre sacré de la raison, un ordre qui n’admet pas de condition, et
qu’aucun inconvénient ne saurait restreindre, que celui qui nous prescrit d’être
véridiques (loyaux) dans toutes nos déclarations.

Emmanuel Kant, D’un prétendu droit de mentir par humanité, 1797

Retenir l’essentiel

1.5.2 TEXTE N°3 V. JANKÉLÉ VITCH

Vladimir Jankélévitch (1903-1985). Philosophe et musicologue


français

Toute vérité n'est pas bonne à dire ; on ne répond pas à toutes les
questions, du moins on ne dit pas n'importe quoi à n'importe qui
il y a des vérités qu'il faut manier avec des précautions infinies,
à travers toutes sortes d'euphémismes et d'astucieuses
périphrases ; l'esprit ne se pose sur elles qu'en décrivant de
grands cercles, comme un oiseau. Mais cela est encore peu dire : il y a un temps pour
chaque vérité, une loi d'opportunité qui est au principe même de l'initiation ; avant il
est trop tôt, après il est trop tard. (…) Ce n'est pas tout de dire la vérité, « toute la
vérité », n'importe quand, comme une brute : l'articulation de la vérité veut être
graduée ; on l'administre comme un élixir puissant et qui peut être mortel, en
augmentant la dose chaque jour, pour laisser à l'esprit le temps de s'habituer. La
première fois, par exemple, on racontera une histoire ; plus tard on dévoilera le sens
ésotérique1 de l'allégorie2. C'est ainsi qu'il y a une histoire de saint Louis pour les
enfants, une autre pour les adolescents et une troisième pour les chartistes3 ; à chaque
âge sa version ; car la pensée, en mûrissant, va de la lettre à l'esprit et traverse
successivement des plans de vérité de plus en plus ésotériques.

V. Jankélévitch, L’ironie,1936
Chapitre : LA VERITE

Retenir l’essentiel

1 Esotérique : XVIIIe siècle. Du grec esôterikos, « de l'intérieur, réservé aux seuls adeptes ».
1. ANTIQ. GRECQ. En parlant d'une doctrine philosophique. Qui est professé à l'intérieur de l'école et, à la différence de
l'enseignement public, ne s'adresse qu'aux disciples (s'oppose à Exotérique). . Par anal. Qui est réservé aux seuls initiés et doit
demeurer secret. Les mystères d'Éleusis, les traités des alchimistes étaient de nature ésotérique.
2. Par ext. Qui comporte ou qui concerne un sens caché, inaccessible aux profanes.
2
Allégorie : figure exprimant une idée abstraite La Liberté de Delacroix
3
Spécialiste des chartes anciennes. L'École nationale des chartes, qui forme ses élèves à l'étude des documents anciens.
1
Faire le point (3) : Faut-il toujours dire la vérité ?

Penseur Idée

Constant

Kant

Jankélévitch

2 RAISO N ,VERITE , CROYAN CE ET O PIN IO N

La croyance est une adhésion à une «


vérité » supposée … Une adhésion sans
preuves et qu’on prend pour vrai. On valide Chapitre : RAISON ,VERITE , CROYANCE et opinion
une représentation ou un état de choses,
malgré l’absence de preuves.
Paradoxalement, « la certitude est, à
proprement parler, ce qui constitue l’un des
aspects essentiels de la croyance ». Eric
Weil, Logique de la philosophie
Kant la définit comme un« principe
d’assentiment subjectivement suffisant, mais
objectivement insuffisant ».
L'adhésion à une opinion, en tant qu'elle ne
s'accompagne pas de certitude objective, est
une croyance.
Croire que est de l’ordre de l’opinion/ Croire
en est de l’ordre de la foi.
Dans la croyance – et dans l’acte de croire, je tiens pour vrai une proposition
non prouvée, à laquelle je donne une valeur de vérité.

1
Pour Platon l’opinion tient de l’ignorance (voir Allégorie Caverne)

2 .1 .1 PLATO N

Philosophe grec (428-427 av. J.-C., à 348-347 av. J.-C.1)


contemporain de la démocratie athénienne. Il reprit le travail
philosophique de certains de ses prédécesseurs, notamment
Socrate, afin d'élaborer sa propre pensé[Link] œuvre est
composée presque exclusivement de dialogues. Platon distingue
deux mondes :le monde sensible (monde des apparences) et le
monde intelligible.

[Link] L’ALLEGORIE 4 DE LA CAVERNE –PLATON

Les prisonniers de la caverne de Platon


( La République, livre VII)
représentent les hommes qui
s'enferment dans un monde
d'illusions, victimes de leurs préjugés
et de leur ignorance. Sortir
progressivement de la caverne, c’est
franchir les étapes de la
connaissance pour passer de
l’illusion à la vérité.

[Link] TEXTE A
- Maintenant représente toi de
la façon que voici l’état de
notre nature relativement à
l’instruction et à l’ignorance.
Figure toi des hommes dans Chapitre : RAISON ,VERITE , CROYANCE et opinion
une demeure souterraine, en
forme de caverne, ayant sur
toute sa largeur une entrée
ouverte à la lumière; ces
hommes sont là depuis leur
enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu’ils ne peuvent ni bouger ni voir
ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête; la lumière leur
vient d’un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux; entre le feu et les
prisonniers passe une route élevée : imagine que le long de cette route est construit
un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant
eux et au dessus desquelles ils font voir leurs merveilles. Figure toi maintenant le
long de ce petit mur des hommes portant des objets de toute sorte, qui dépassent le

4Récit imagé construit de façon à représenter des idées abstraites en leur faisant correspondre
systématiquement, termes à termes, des éléments d'un domaine concret selon des relations
analogiques (au sens étroit ou au sens large). Dans une allégorie, rien n'est gratuit. Tous les éléments

du récit concret renvoient à une signification abstraite et demandent à être interprétés.


1
mur, et des statuettes d’hommes et d’animaux, en pierre en bois et en toute espèce de
matière; naturellement parmi ces porteurs, les uns parlent et les autres se taisent.
- Voilà, s’écria Glaucon, un étrange tableau et d’étranges prisonniers.
- Ils nous ressemblent; et d’abord, penses-tu que dans une telle situation ils n’aient
jamais vu autre chose d’eux mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par
le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face ?
- Et comment, observa Glaucon, s’ils sont forcés de rester la tête immobile durant
toute leur vie
Et pour les objets qui défilent, n’en est-il pas de même ?
- Sans contredit.
- Si donc ils pouvaient s’entretenir ensemble ne penses-tu pas qu’ils prendraient
pour des objets réels les ombres qu’ils verraient ?
- Assurément.

Platon. La République, Livre VII

A. Le monde sensible :
Le monde de la caverne : un monde d’illusions
Le monde de la caverne, c’est le monde sensible
Ces prisonniers (les hommes) ne connaissent que « les ombres des choses » Ils sont donc
persuadés qu’il n’existe rien d’autre et que ce qu’ils voient autour d’eux est la réalité.
Ils vivent dans l’illusion.
Pour Platon le remède consiste à « sortir de la caverne » donc de l’illusion.

Illusion :
…………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………..

[Link] TEXTE B
- (…) Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement si on les délivre de
leurs chaînes et qu’on les guérisse de leur ignorance. Qu’on détache l’un de ces
prisonniers, qu’on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à
lever les yeux vers la lumière : en faisant tous ces mouvements, il souffrira et Chapitre : RAISON ,VERITE , CROYANCE et opinion
l’éblouissement l’empêchera de distinguer ces objets dont tout à l’heure il voyait les
ombres. Que crois-tu donc qu’il répondra si quelqu’un lui vient dire qu’il n’a vu
jusqu’alors que de vains fantômes, mais qu’à présent, plus près de la réalité et tourné
vers des objets plus réels, il voit plus juste ? Si, enfin, en lui montrant chacune des
choses qui passent, on l’oblige à force de questions, à dire ce que c’est ? Ne penses-
tu pas qu’il sera embarrassé, et que les ombres qu’il voyait tout à l’heure lui
paraîtront plus vraies que les objets qu’on lui montre maintenant ? Et si on le force à
regarder la lumière elle même, ses yeux n’en seront-ils pas blessés? N’en fuira-t-il
pas la vue pour retourner aux choses qu’il peut regarder, et ne croira-t-il pas que ces
dernières sont réellement plus distinctes que celles qu’on lui montre?
- Assurément !
- Et si on l’arrache de sa caverne par force, qu’on lui fasse gravir la montée rude
et
escarpée, et qu’on ne le lâche pas avant de l’avoir traîné jusqu’à la lumière du soleil,
ne souffrira-t-il pas vivement, et ne se plaindra-t-il pas de ces violences? Et lorsqu’il
sera parvenu à la lumière, pourra-t-il, les yeux tout éblouis par son éclat, distinguer
une seule des choses que maintenant nous appelons vraies ?
- Il ne le pourra pas, du moins dès l’abord.
1
- Il aura je pense besoin d’habitude pour voir les objets de la région supérieure.
D’abord, ce seront les ombres (…)A la fin j’imagine, ce sera le soleil – non ses
vaines images réfléchies dans les eaux ou en quelque autre endroit – mais le soleil
lui-même à sa vraie place, qu’il pourra voir et contempler tel qu’il est.
- Nécessairement !
- Après cela, il en viendra à conclure au sujet du soleil, que c’est lui qui fait les
saisons et les années, qui gouverne tout dans le monde visible, et qui, d’une certaine
manière est la cause de tout ce qu’il voyait avec ses compagnons dans la caverne. Or
donc, se souvenant de sa première demeure, de la sagesse que l’on y professe, et de
ceux qui furent ses compagnons de captivité, ne crois-tu pas qu’il se réjouira du
changement et plaindra ces derniers?
- Si, certes.

Platon. La République, Livre VII.

B. La sortie de la caverne ou la découverte de la vérité


Sortir de la caverne va être douloureux et temporairement aveuglant. Il faut se libérer des
préjugés, des idées reçues, des illusions qui nous bercent depuis notre enfance. Quand on
quitte l’obscurité, il est impossible de regarder le soleil (la vérité) en face. Il faut une
« accoutumance ». Et il s’agit bien sûr d’une métaphore du chemin que l’homme doit
parcourir pour arriver à sortir de l’illusion et à accéder à la vérité-réalité. Au départ
donc, les prisonniers continuent à considérer comme plus réel les ombres plutôt que ce
qu’ils découvrent. Est vrai ce qu’ils ont l’habitude de voir. Idem pour les hommes.
Ainsi à chaque étape de la sortie de la caverne correspond une étape du cheminement
humain pour atteindre la vérité.

[Link] TEXTE C
- (…)
- Imagine encore que cet homme redescende dans la caverne et aille s’asseoir à son
ancienne place : n’aura-t-il pas les yeux aveuglés par les ténèbres en venant
brusquement du plein soleil? Et s’il lui faut entrer de nouveau en compétition, pour
juger ces ombres, avec les prisonniers qui n’ont point quitté leurs chaînes, dans le
Chapitre : RAISON ,VERITE , CROYANCE et opinion
moment où sa vue est encore confuse et avant que ses yeux ne se soient remis (or
l’accoutumance à l’obscurité demandera un temps assez long), n’apprêtera-t-il pas à
rire à ses dépens, et ne diront-ils pas qu’étant allé là-haut, il en est revenu avec la vue
ruinée, de sorte que ce n’est même pas la peine d’essayer d’y monter? Et si
quelqu’un tente de les délier et de les conduire en haut, et qu’ils le puissent tenir en
leurs mains et tuer, ne le tueront-ils pas ?

Platon. La République, Livre VII.

C. Le retour dans la caverne : le rôle du philosophe


Pourquoi retourner dans la caverne ? A priori cela n’a aucun intérêt puisque celui qui en est
sorti :
- n’est plus dans l’illusion puisqu’il est devenu philosophe (il a découvert la vérité)
- ne partagera plus la même réalité avec les prisonniers et ceux-ci ne le croiront pas, le
prendront pour un fou ou voudront le tuer. (allusion à Socrate qui fut condamné au suicide en
buvant la ciguë car ses juges considéraient que ses idées menaçaient la Cité).
1
Mais justement, le rôle du philosophe sera de retourner dans la caverne pour servir de guide
aux autres prisonniers/homme et les libérer de l’illusion.
C’est donc guidé par la philosophie et le philosophe que l’homme pourra atteindre le monde
des idées – le seul dans lequel – pour Platon, se tient la vérité.

Synthèse
Intérieur de la caverne Extérieur de la caverne
Monde sensible Monde Intelligible
Reflet appauvri du monde sensible Monde des Idées. Elles sont l’essence 5 des
réalités
C’est ce que nous connaissons par les Soleil symbolise la vérité, la réalité
sens C(‘est ce que nous connaissons par
(images, objets) l’intelligence rationnelle (la raison)
Ombres symbolisent apparences et
illusions
du monde sensible (cf. art)
Ici règne l’ignorance, la croyance, Ici règne la Connaissance, l’Idée du Vrai
l’opinion (Vrai absolu)

Prisonnier Philosophe

Faire le point (3) : Faut-il toujours dire la vérité ?

Chapitre : RAISON ,VERITE , CROYANCE et opinion


La caverne …

2.2 PEUT-ON ECHAPPER A LA SUBJECTIVITE D E LA PERCEPTIO N

2.2.1 REALITE ET CERVEAU

5 appartient à l'essence d'une chose ce qui ne peut être ôté de cette chose sans en même temps la faire disparaître.
1
A chacun sa réalité
[Link]
3_news

[Link] TEXTE N°5

Il n’existe pas d’œil innocent. C’est toujours vieilli que l’œil aborde son activité,
obsédé par son propre passé et par les insinuations anciennes et récentes de l’oreille,
du nez, de la langue, des doigts, du cœur, du cerveau. Il ne fonctionne pas comme un
instrument solitaire et doté de sa propre énergie, mais comme un membre soumis
d’un organisme complexe et capricieux. Besoins et préjugés ne gouvernent pas
seulement sa manière de voir mais aussi le contenu de ce qu’il voit, il choisit, rejette,
organise, distingue, associe, classe, analyse, construit. Il saisit et fabrique plutôt qu’il
ne reflète ; et les choses qu’il saisit et reflète, il ne les voit pas nues comme autant
d’éléments privés d’attributs, mais comme des objets, comme de la nourriture,
comme des gens, comme des ennemis, comme des étoiles, comme des armes. Rien
n’est vu tout simplement à nu.

Nelson Goodman, Langages de l’art, 1968, Ed. Chambon

A retenir

Que
Chapitre : RAISON ,VERITE , CROYANCE et opinion
percevez-
vous sur
cette image ?

2.3 LA CRO YAN CE, UN E N EC ESSITE ?

2.3.1 LA VIE, UN PARI Q UI EXIG E D E CR OIRE


1
« Il faut croire avant toute preuve, il n’y a pas de preuve pour qui ne croit rien ».
Alain
Seul l’homme possède des
croyances. Une pierre ne croit en
rien. « Le caillou n’espère pas, car
il vit stupidement dans un perpétuel
présent » écrit Sartre.
Bergson, dans Les deux sources de
la morale et de la religion,
considère que la croyance est une
spécificité humaine en cela que
l’homme, à la différence de
l’animal, ne possède pas l’instinct
mais l’intelligence. La croyance
serait donc une fonction
fabulatrice, créatrice de
croyances religieuses, magiques,
superstitieuses et des mythes. (cf
texte Bergson)

Par ailleurs, la croyance est au


centre de la relation avec l’autre. Toute relation nait d’une croyance. Celle-ci peut-
être vraie ou fausse. Mais elle existe puisque nous ne pouvons pas tout connaitre de
l’autre…

La croyance en l’immortalité, ou plutôt en une prolongation de la vie après la mort,


est une croyance universelle. Pour Edgar Morin « Il est impossible de ne pas être
frappé par la force et peut-être par l’universalité de la croyance en l’immortalité ».
Pour vivre, il faut agir, et pour cela il faut croire, faire confiance. D’une manière
générale, toute action exigée par la vie est une forme de pari. Pendant toute notre vie
nous parions. Si je vais à la gare prendre un train je parie sur le fait que le train sera
à l’heure. Si je mange des champignons je parie sur le fait qu’ils ne sont pas
vénéneux » écrit Pascal Engel dans son article Les croyances.
Chapitre : RAISON ,VERITE , CROYANCE et opinion

2.3.2 TOCQUEVILLE :
Alexis-Henri-Charles Clérel, vicomte de Tocqueville, (1805-1859)1, est un
penseur politique, historien et écrivain français. Il est célèbre pour
ses analyses de la Révolution française, de la démocratie américaine
et de l'évolution des démocraties occidentales en général.

Si l'homme était forcé de se prouver à lui-même toutes les vérités


dont il se sert chaque jour, il n'en finirait point; il s'épuiserait en
démonstrations préliminaires sans avancer; comme il n'a pas le temps, à cause du
court espace de la vie, ni la faculté, à cause des bornes de son esprit, d'en agir ainsi, il
en est réduit à tenir pour assurés une foule de faits et d'opinions qu'il n'a eu ni le
loisir ni le pouvoir d'examiner et de vérifier par lui-même, mais que de plus habiles
ont trouvé ou que la foule adopte. C'est sur ce premier fondement qu'il élève lui-
même l'édifice de ses propres pensées. Ce n'est pas sa volonté qui l'amène à procéder
de cette manière; la loi inflexible de sa condition l'y contraint.
1
Il n'y a pas de si grand philosophe dans le monde qui ne croie un million de choses
sur la foi d'autrui, et ne suppose beaucoup plus de vérités qu'il n'en établit. Ceci est
non seulement nécessaire, mais désirable. (…) Il faut donc que, parmi les divers
objets des opinions humaines, il fasse un choix et qu'il adopte beaucoup de croyances
sans les discuter, afin d'en mieux approfondir un petit nombre dont il s'est réservé
l'examen.

TOCQUEVILLE, De la démocratie en Amérique (1835-1840), t. II, 1ère partie,


chap. 2.

A retenir

2.3.3 TEXTE N°6 BERGSON ENTRE FOI ET SUPERSTITION

Quand le primitif fait appel à une cause mystique pour expliquer la mort, la maladie
ou tout autre accident, quelle est au juste l’opération à laquelle il se livre ? Il voit par
exemple qu’un homme a été tué par un fragment de rocher qui s’est détaché au cours
d’une tempête. Nie-t-il que le rocher ait été déjà fendu, que le vent ait arraché la
pierre, que le choc ait brisé un crâne ? Évidemment non. Il constate comme nous
l’action de ces causes secondes. Pourquoi donc introduit-il une « cause mystique »,
telle que la volonté d’un esprit ou d’un sorcier, pour l’ériger en cause principale ?
Qu’on y regarde de près : on verra que ce que le primitif explique ici par une cause
« surnaturelle », ce n’est pas l’effet physique, c’est sa signification humaine, c’est
son importance pour l’homme et plus particulièrement pour un certain homme
déterminé, celui que la pierre écrase. Il n’y a rien d’illogique, ni par conséquent de
« prélogique », ni même qui témoigne d’une « imperméabilité à l’expérience », dans
la croyance qu’une cause doit être proportionnée à son effet, et qu’une fois
constatées la fêlure du rocher, la direction et la violence du vent — choses purement
physiques et insoucieuses de l’humanité — il reste à expliquer ce fait, capital pour Chapitre : RAISON ,VERITE , CROYANCE et opinion
nous, qu’est la mort d’un homme. (…) Si l’effet a une signification humaine
considérable, la cause doit avoir une signification au moins égale ; elle est en tout cas
de même ordre : c’est une intention. Que l’éducation scientifique de l’esprit le
déshabitue de cette manière de raisonner, ce n’est pas douteux. Mais elle est
naturelle ; elle persiste chez le civilise.

A retenir

2.4 VERITE ET FO I
La foi est une certitude non rationnelle. Ce n’est pas démontrable et pourtant on a
autant (sinon plus) confiance que si ça l’é[Link] foi est un engagement lucide. La
2
croyance non. La foi religieuse, c’est la confiance absolue qu’on accorde à Dieu. Au-
delà de la raison.

2.4.1 TEXTE N°7 ALAIN

Alain, de son vrai nom Émile-Auguste Chartier (1868 - 1951), est


un philosophe, journaliste, essayiste et professeur de français1.

Croyance : c’est le mot qui désigne toute certitude sans preuve.


La foi est la croyance volontaire. La croyance désigne au
contraire quelque disposition involontaire à accepter soit une
doctrine, soit un jugement, soit un fait. On nomme crédulité une disposition à croire
dans ce sens inférieur du mot.

Les degrés du croire sont les suivants. Au plus bas, croire par peur ou par désir (on
croit aisément ce qu'on désire et ce qu'on craint). Au- dessus, croire par coutume et
imitation (croire les rois, les orateurs, les riches). Au-dessus, croire les vieillards,
les anciennes coutumes, les traditions. Au-dessus, croire ce que tout le monde croit
(que Paris existe même quand on ne le voit pas, que l'Australie existe quoiqu'on ne
l'ait jamais vue). Au-dessus, croire ce que les plus savants affirment en accord
d'après des preuves que la terre tourne, que les étoiles sont des soleils, que la lune
est un astre mort, etc.). Tous ces degrés forment le domaine de la croyance. Quand
la croyance est volontaire et jurée d'après la haute idée que l'on se fait du devoir
humain, son vrai nom est foi.

A retenir

Faire le point ( ) :

Croyance, foi, opinion…

Croyance

Foi
Chapitre : Experience et verite

Opinion

3 EXPERIEN CE ET VERITE

2
3 .1 QU’EST-CE QUE L’EXPERIENCE ?

Peut-on acquérir la vérité au contact direct d’une


réalité qui serait inaccessible par la pensée théorique ?
Pas sûr ! L’expérience peut être trompeuse…Alors à
quelles conditions s’y fier ?

Qu’est-ce que l’expérience ?


Le mot « expérience » vient du latin experire, «
éprouver ».
L’expérience est à la fois le point de départ et le
point d’arrivée de nos connaissances. Mais est-elle
pour autant suffisante ? En effet, une expérience
même répétée, ne permet pas de dégager des lois générales. J’ai bien observé qu’au
mois d’aout, vers le 8-9, il y a beaucoup d’étoiles filantes…je ne peux pas pour
autant comprendre et expliquer pourquoi !
L’expérience est subjective, dépendantes des conditions de perception de l’observateur.
Or ces conditions de perceptions sont-elles fiables ? Au loin, deux objets peuvent paraitre
proches même s’ils ne le sont pas. Donc l’expérience n’est pas une « connaissance », n’en
déplaise aux empiristes.

L’Expérience
[Link]

3 .1 .1 TEXTE N° 8 SARTRE
Donc j'étais tout à l'heure au Jardin public. La racine du marronnier s’enfonçait dans
la terre, juste au-dessous de mon banc. Je ne me rappelais plus que c'était une racine.
Les mots s'étaient évanouis et, avec eux, la signification des choses, leurs modes
d'emploi, les faibles repères que les hommes ont tracés à leur surface. J'étais assis, un
peu voûté, la tête basse, seul en face de cette masse noire et noueuse, entièrement
brute et qui me faisait peur. Et puis j'ai eu cette illumination.
Ça m'a coupé le souffle. Jamais, avant ces derniers jours, je n'avais pressenti ce que
voulait dire « exister ». J'étais comme les autres, comme ceux qui se promènent au
bord de la mer dans leurs habits de printemps. Je disais comme eux « la mer est
verte; ce point blanc, là-haut, c'est une mouette », mais je ne sentais pas que ça
existait, que la mouette était une « mouette-existante »; à l'ordinaire l'existence se
cache. Et puis voilà: tout d'un coup, c'était là, c'était clair comme le jour: l'existence
s'était soudain dévoilée. Elle avait perdu son allure inoffensive de catégorie abstraite:
Chapitre : Experience et verite

c'était la pâte même des choses, cette racine était pétrie dans de l'existence. Ou plutôt
la racine, les grilles du jardin, le banc, le gazon rare de la pelouse, tout ça s'était
évanoui; la diversité des choses, leur individualité n'était qu'une apparence, un vernis.
Ce vernis avait fondu, il restait des masses monstrueuses et molles, en
désordre ;nues, d'une effrayante et obscène nudité.
(…) Tous ces objets... comment dire? Ils m'incommodaient; j'aurais souhaité qu'ils
existassent moins fort, d'une façon plus sèche, plus abstraite, avec plus de retenue. Le
marronnier se pressait contre mes yeux. Une rouille verte le couvrait jusqu'à mi-
hauteur; l'écorce, noire et boursouflée, semblait de cuir bouilli. (…) Toutes
choses, doucement, tendrement, se laissaient aller à l'existence comme ces femmes
2
lasses qui s'abandonnent au rire et disent: « C'est bon de rire » d'une voix mouillée;
elles s'étalaient, les unes en face des autres, elles se faisaient l'abjecte confidence de
leur existence. Je compris qu'il n'y avait pas de milieu entre l'inexistence et cette
abondance pâmée. Si l'on existait, il fallait exister jusque-là, jusqu'à la moisissure, à
la boursouflure, à l'obscénité. (…)
Et moi ;veule, alangui, obscène, digérant, ballottant de mornes pensées ; moi aussi
j'étais de trop. Heureusement je ne le sentais pas. je le comprenais surtout, mais
j'étais mal à l'aise parce que j'avais peur de le sentir (encore à présent j'en ai peur ;j'ai
peur que ça ne me prenne par le derrière de ma tête et que ça ne me soulève comme
une lame de fond). Je rêvais vaguement de me supprimer, pour anéantir au moins une
de ces existences superflues. Mais ma mort même eût été de trop. De trop, mon
cadavre, mon sang sur ces cailloux. entre ces plantes, au fond de ce jardin souriant.
Et la chair rongée eût été de trop dans la terre qui l'eût reçue et mes os. enfin.
nettoyés écorcés. propres et nets comme des dents eussent encore été de trop: j'étais
de trop pour l'éternité.
Le mot d'Absurdité naît à présent sous ma plume; tout à l'heure, au jardin, je ne l'ai
pas trouvé. mais je ne le cherchais pas non plus, je n'en avais pas besoin: je pensais
sans mots, sur les choses, avec les choses. L'absurdité, ce n'était pas une idée dans
ma tête, ni un souffle de voix, mais ce long serpent mort à mes pieds. ce serpent de
bois. Serpent ou griffe ou racine ou serre de vautour, peu importe. Et sans rien
formuler nettement, je comprenais que j'avais trouvé la clef de l'Existence, la clef de
mes Nausées, de ma propre vie.

J.P Sartre,La Nausée,1938

A retenir

Notes perso Chapitre : Experience et verite

2
3 .2 L’EXPERIEN CE PERM ET-ELLE DE CONNAITRE LA VERITE

3 .2 .1 LE POINT DE VUE EM PIRISTE

L’Empirisme : (empeiros vient du grec


et signifie « expérience »)
Si le XVIIème siècle a vu le triomphe du
rationalisme, le début du XVIIIème en voit
l’[Link] l'influence de John Locke
(qui remet en cause la doctrine cartésienne des
idées de Descartes) et de Isaac Newton nait un
courant de pensée qui s'oppose au rationalisme :
l’empirisme moderne dont les principaux
représentants sont Condillac et Hume.
L’empirisme considère que la connaissance est
fondée sur l’expérience (et non sur la raison) A
partir des données apportées par les sens et la
répétition de certains phénomènes, l’esprit
progresserait dans la vérité.

Mais l’expérience est un fait. Peut-elle alors


conduire à une vérité scientifique ?

3 .2 .2 TEXTE N° 9 LO CKE

John Locke ( 1632 - 1704) était un philosophe anglais, l'un des


principaux précurseurs des Lumières. Sa théorie de la
connaissance était qualifiée d'empiriste car il considérait que
l'expérience est l'origine de la connaissance. Sa théorie politique
est l'une de celles qui fondèrent le libéralisme

Locke Pour lui, nous naissons avec un « disque dur vierge » si l’on peut dire.
A la naissance, l’âme est « une page blanche »
Et tout ce que nous allons emmagasiner comme connaissances proviendra de
l’expérience.
Ces philosophes réfutent l’idée d’évidence de Descartes.
Tout vient des sens.
rite

e
Un homme d'expérience s'instruit au contact des « choses de la vie » sans vt
passer par des abstractions théoriques. Ce qu'il sait, il l'a appris par ses ee
perceptions, sa pratique et les épreuves auxquelles la réalité l'a confronté. Son nce
i
savoir d'expérience semble cumuler les deux dimensions de la raison : le savoir r
qui explique ou donne du sens, et la sagesse qui commande l'action p
e
raisonnable et sait trouver la bonne solution. Pour de nombreux philosophes, Ee:
l'expérience serait la source exclusive de nos connaissances et de nos rti x
p
principes d'action. Parmi eux figure le philosophe anglais John Locke, le a
fondateur de l'empirisme moderne. Ch

2
Si l'on demande donc : « quand un homme commence-t-il à avoir des idées
? », je crois que la bonne réponse est : dès qu'il a une sensation. »
John Locke, Essai sur l'entendement humain (1690).

A retenir

3.2.3 TEXTEN° 10 HUME :

David Hume, né David Home (1711- 1776), philosophe,


économiste et historien, est l'un des plus importants penseurs
des Lumières écossaises (avec Adam Smith ) et est considéré
comme l'un des plus grands philosophes et écrivains de langue
anglaise3. Fondateur de l'empirisme moderne (avec Locke et
Berkeley il s'opposa tout particulièrement à Descartes Son
importance dans le développement de la pensée
contemporaine est considérable .
Pour Hume la connaissance se construit sur le fait que nous généralisons ce que nous
observons (C‘est une démarche inductive)
Toutes nos idées simples sont la copie d'une impression ; elles proviennent donc toutes de
l'expérience :

"Ce qu'on n'a jamais vu, ce dont on n'a jamais entendu parler, on peut pourtant le
concevoir; et il n'y a rien au-dessus du pouvoir de la pensée, sauf ce qui implique une
absolue contradiction.
Mais, bien que notre pensée semble posséder cette liberté, nous trouverons, à l'examiner
de plus près, qu'elle est réellement resserrée en de très étroites limites et que tout ce
pouvoir créateur de l'esprit ne monte à rien de plus qu'à la faculté de composer, de
transposer, d'accroître ou de diminuer les matériaux que nous apportent les sens et
l'expérience. Quand nous pensons à une montagne d'or, nous joignons seulement deux
idées compatibles, or et montagne, que nous connaissions auparavant. Nous pouvonseti
r
concevoir un cheval vertueux; car le sentiment que nous avons de nous-mêmes nousev
permet de concevoir la vertu; et nous pouvons unir celle-ci à la figure et à la forme d'un et
cheval, animal qui nous est familier. Bref, tous les matériaux de la pensée sont tirés dence
nos sens, externes ou internes ; c'est seulement leur mélange et leur composition quieir
dépendent de l'esprit et de la volonté. Ou, pour m'exprimer en langage philosophique,pe
toutes nos idées ou perceptions plus faibles sont des copies de nos impressions, ouEx:
perceptions plus vives. er
t i
p
a
David Hume, Enquête sur l'entendement humain (1748), section II, trad. A. Leroy, Éd.
Ch
Aubier-Montaigne
2
A retenir

3.3 VALEUR DE L’EXPERIENCE

• Le temps n'est pas qu'une puissance d'usure et d'amoindrissement, car je peux


toujours tirer quelque chose des jours qui passent : l'expérience est alors cette
sédimentation en moi d'un passé me permettant de faire mieux et plus vite ce que
j'accomplissais auparavant péniblement. « C'est en forgeant qu'on devient forgeron »,
disait Aristote : l'expérience me livre un savoir qui n'est pas dans les livres et qui ne
s'enseigne pas.
• Mais cette expérience ne se réduit pas à la maîtrise technique d'un savoir-faire : un
homme d'expérience, ce n'est pas seulement celui qui connaît son métier, mais aussi
l'homme prudent qui s'est peu à peu instruit des affaires humaines.

[Link] LES LIMITES DE L’EMPIRISME

Le philosophe Russell (1872-1970),philosophe empiriste mais conscient des limites


de l’empirisme utilise le destin tragique d’une dinde pour montrer que celui qui croit
que l’expérience est la seule source de la connaissance se trompe :
« Une dinde arrive dans une ferme, est nourrie tous les jours à 9h. En bonne
inductiviste elle recueille un grand nombre de données (jour, climat,...) pour établir
une conclusion quant à l'heure des repas des dindes. Elle finit par conclure qu'elle
est toujours nourrie à 9h du matin,... jusqu'à la veille de Noël où on lui tranche le
cou. »
La dinde avait donc, à tort, pratiqué exclusivement la méthode inductive… et avait
sans doute pensé que le fermier est à son égard bien intentionné puisque chaque jour
il lui apporte du grain. Elle en a sans doute conclu que le retour quotidien d’une
ration alimentaire gentiment apportée par le fermier est une « loi de la nature ». Mais
bon…Les choses se sont passées autrement !
Chapitre : Experience et verite

Ce que dit Russel c’est que nous ne pouvons nous reposer sur la seule expérience
pour établir des certitudes indubitables. La nature, en effet, ne nous fournit pas la
réponse à la question : « Pourquoi les lois sont-elles constantes ? » Sur ce point, ce
sont Descartes et Kant qui ont raison. Si elle n’est pas éclairée par l’intelligence ni
soutenue par le raisonnement, l’expérience ne nous fournit que des informations
incertaines et foncièrement ambiguës. Car s’il y a bien une cause, celle que nous
voyons n’est pas nécessairement « la cause ».nous ne pouvons donc pas affirmer que
nous connaissons lacause de la cause, c'est-à-dire une loi de la nature.

2
La cause de la cause…
[Link]

Pour Kant, si on peut démontrer aisément que si « toute notre connaissance débute
par l’expérience, cela ne prouve pas qu’ « elle dérive toute de l expérience » .

3.3.2 TEXTE N°11 KAN T : L’EM PIRISM E N E SUFFIT PAS

Emmanuel Kant philosophe allemand (1724- 1804). Son œuvre est


considérable et diverse

Que toute notre connaissance commence avec l'expérience, cela ne


soulève aucun doute. En effet, par quoi notre pouvoir de connaître
pourrait-il être éveillé et mis en action, si ce n'est par des objets qui
frappent nos sens et qui, d'une part, produisent par eux-mêmes des
représentations et d'autre part, mettent en mouvement notre faculté
intellectuelle, afin qu'elle compare, lie ou sépare ces représentations, et travaille ainsi la
matière brute des impressions sensibles pour en tirer une connaissance des objets, celle
qu'on nomme l'expérience ? Ainsi, chronologiquement, aucune connaissance ne précède
en nous l'expérience, c'est avec elle que toutes commencent.

Mais si toute notre connaissance débute avec l'expérience, cela ne prouve pas qu'elle
dérive toute de l'expérience, car il se pourrait bien que même notre connaissance par
expérience fût un composé de ce que nous recevons des impressions sensibles et de ce
que notre propre pouvoir de connaître (simplement excité par des impressions sensibles)
produit de lui-même.

Emmanuel Kant, Critique de la Raison pure, 1787

A retenir

Chapitre : Experience et verite

2
4 EXPERIEN CE SCIEN TIFIQUE : L’EXPERIM EN TATIO N

On l’appelle expérimentation pour la différencier de l’expérience commune.

Expérience commune Expérimentation scientifique


Due au hasard, au vécu subjectif d’une personne Jamais due au hasard
Aux circonstances de son existence. On part d’une hypothèse et on fait une
expérimentation dans un cadre théorique, ave
des mesures…
L’expérience est un fait brut. Le fait expérimental est un fait construit, véri
soumettre une théorie à l'épreuve des faits
Se fait en laboratoire
Il s'agit de simplifier les mécanismes naturel
en restreignant les causes d'un phénomène po
ne retenir que celles qui seront testées dans le
protocole ; on compare ensuite les résultats
obtenus lorsqu'on fait varier un paramètre
donné.

Limites de l’expérience scientifique :


Alors que l'expérience sensible nous est donnée immédiatement, l'expérimentation,
elle, est construite.
Elle suppose au préalable un travail théorique (par la raison) : elle n'a en science
qu'une fonction de confirmation ou d'infirmation d'hypothèses théoriques
On pourrait alors soutenir, avec Karl Popper, que les sciences expérimentales ne
reçoivent qu'un enseignement négatif de l'expérience : l'expérimentation est
incapable de prouver qu'une théorie est vraie, elle pourra seulement montrer
qu'elle n'est pas fausse, c'est-à-dire qu'on ne lui a pas encore trouvé d'exception.
En d'autres termes, l'expérience a en science un rôle réfutateur de la théorie, qui
n'est jamais entièrement vérifiable : c'est la thèse de la « falsifiabilité » des théories
scientifiques.

4 .1 .1 TEXTE N ° 12 PO PPER : L’EXPERIEN CE FALSIFIABLE,


CONDITION DU PROGRES SCIEN TIFIQUE

Chapitre : Expérience scientifique : l’experimentation


Sir Karl Raimund Popper ( 1902 -1994) à Londres
(Croydon), est l'un des plus influents philosophes des
sciences du XXe siècle. Il critique la théorie vérificationniste
de la signification et invente la réfutabilité comme critère de
démarcation entre science et pseudo-science.

L'expérience scientifique est souvent conçue comme la


vérification d'une théorie.
Les théories scientifiques sont provisoires dans la mesure où
elles peuvent être remises en cause. Leur validité est relative puisque toute théorie
scientifique est « falsifiable », (Popper) car elle peut être contredite voire niée par
une observation ou une expérimentation postérieure ou parallèle. Et c’est
paradoxalement ce qui fait avancer la science

Qu’est-ce qu’une théorie scientifique ?


[Link]

2
Le progrès de la science consiste en essais, en élimination des erreurs, et en de
nouveaux essais guidés par l'expérience acquise au cours des essais et erreurs
précédents. Aucune théorie particulière ne peut jamais être considérée comme
absolument certaine : toute théorie peut devenir problématique, si bien corroborée
qu'elle puisse paraître aujourd'hui. Aucune théorie scientifique n'est sacro-sainte ni
au-dessus de toute critique. [... C'est la tâche du scientifique que de continuer toujours
de soumettre sa théorie à de nouveaux tests, et que l'on ne doit jamais déclarer qu'une
théorie est définitive. Tester consiste à choisir la théorie à tester, à la combiner avec
tous les types possibles de conditions initiales comme avec d'autres théories, et à
comparer alors les prédictions qui en résultent avec la réalité. Si ceci conduit au
désaveu de nos attentes, à des réfutations, il nous faut alors rebâtir notre théorie. Le
désaveu de certaines de nos attentes, à l'aide desquelles nous avons une fois déjà
passionnément tenté d'approcher la réalité, joue un rôle capital dans cette procédure.
On peut le comparer à l'expérience d'un aveugle qui touche, ou heurte, un obstacle et
prend ainsi conscience de son existence. C'est à travers la falsification de nos
suppositions que nous entrons en contact effectif avec la « réalité ». La
découverte et l'élimination de nos erreurs sont le seul moyen de constituer cette
expérience « positive » que nous retirons de la réalité.
Karl Popper, La Connaissance objective, « Appendice 1 » (1979 Éd. Flammarion)

A retenir

Theories scientifiques : [Link]

Chapitre : Expérience scientifique : l’experimentation

4 .1 .2 EIN STEIN

"C’est en réalité tout notre système de conjectures qui doit être prouvé ou
réfuté par l’expérience. Aucune de ces suppositions ne peut être isolée pour
être examinée séparément. Dans le cas des planètes qui se meuvent autour
du soleil, on trouve que le système de la mécanique est remarquablement
opérant. Nous pouvons néanmoins imaginer un autre système, basé sur des
suppositions différentes, qui soit opérant au même degré.
Les concepts physiques sont des créations libres de l’esprit humain et ne sont
pas, comme on pourrait le croire, uniquement déterminés par le monde
extérieur. Dans l’effort que nous faisons pour comprendre le monde, nous
ressemblons quelque peu à l’homme qui essaie de comprendre le mécanisme
2
d’une montre fermée. Il voit le cadran et les aiguilles en mouvement, il
entend le tic-tac, mais il n’a aucun moyen d’ouvrir le boîtier. S’il est
ingénieux il pourra se former quelque image du mécanisme, qu’il rendra
responsable de tout ce qu’il observe, mais il ne sera jamais sûr que son image
soit la seule capable d’expliquer ses observations. Il ne sera jamais en état de
comparer son image avec le mécanisme réel, et il ne peut même pas se
représenter la possibilité ou la signification d’une telle comparaison. Mais le
chercheur croit certainement qu’à mesure que ses connaissances
s’accroîtront, son image de la réalité deviendra de plus en plus simple et
expliquera des domaines de plus en plus étendus de ses impressions
sensibles. Il pourra aussi croire à l’existence d’une limite idéale de la
connaissance que l’esprit humain peut atteindre. Il pourra appeler cette
limite idéale la vérité objective."
Albert Einstein et Léopold Infeld L’évolution des idées en physique

A retenir

Faire le point ( ) : L’experience

L’Expérience

Expérience
Chapitre : Expérience scientifique : l’experimentation

Empirisme

Expérimentation

3
5 FICH E CIN EM A : MATRIX
« As-tu déjà fait un rêve qui te semblait plus vrai que la
réalité? Si tu ne sortais plus de ce rêve, comment ferais-tu
la différence entre le rêve et la réalité? » Morpheus à Neo «
As-tu déjà fait un rêve qui te semblait plus vrai que la
réalité? Si tu ne sortais plus de ce rêve, comment ferais-tu
la différence entre le rêve et la réalité? » Morpheus à Neo

Film de science-fiction réalisé par les frères


Andy et Larry Wachowski et sorti en 1999. Il
est le premier volet d'une trilogie qui se
poursuivra avec les films Matrix Reloaded et
Matrix Revolutions.

5.1 RESUM E :
Thomas Anderson, programmeur dans un
service administrateur, est également un grand
pirate informatique connu sous le nom de Neo. Il est hanté par ses rêves, qui le
forcent à se poser une question qu’il ne comprend pas : “Qu’est ce que la matrice ?”.
Mais voilà qu’un jour, Thomas a une réponse à sa question. Il rencontre un dénommé
Morpheus qui lui explique que le monde dans lequel il vit n’existe pas, que c’est un
monde virtuel appellé la Matrice, contrôlée par des machines. Persuadé que Neo est
l’Elu dont parle sa prophétie, Morpheus entame avec lui sa lutte contre la Matrice et
ses agents que rien ne semble pouvoir arrêter.
Le film exprime l’idée que les machines ont pris le pouvoir sur la Terre, et qu’elles
nous cultivent. Capables de nous mettre au monde sans avoir besoin d’autres
humains, elles créent des champs entiers d’humains et les contrôlent totalement. Pour
acquérir ce contrôle, rien de plus simple : elles nous font croire que le monde dans
lequel on vit est un monde irréprochable, une perfection illusoire qu’elles nous
mettent devant les yeux. C’est ce monde idéal, créé de toutes pièces, qui est appellé
Matrice. Le monde réel, quant à lui, est dévasté et une mince poignée de survivants
tentent vainement de rétablir la liberté dont les hommes ne jouissent plus. Mais ça
n’est pas si simple, car les humains n’ont aucune connaissance de ce fait, et surtout
ils se complaisent dans ce monde imaginaire où ils se sentent bien et protégés, en
sécurité.

« Bien sûr, je sais que ce steak


n’existe pas. Je sais que
lorsque je le porte à ma
bouche, la Matrice dit à mon
cerveau qu’il est juteux et
Chapitre : Fiche cinéma : MATRIX

délicieux. Mais au terme de


neuf années, savez-vous ce
que j’ai compris ? L’ignorance
c’est le bonheur. »

« La plupart ne supporteraient pas d’être débranchés, certains sont tellement


dépendants du système qu’ils iraient jusqu’à se battre pour le protéger. » Morpheus

[Link]

3
Extraits de Matrix

Extrait 1 Pilule rouge [Link]


Extrait 2 La cuillère n’existe pas
[Link]

extrait 3 : la matrice [Link]


du-film-matrix-expliquant-c_shortfilms

Personnages

L’oracle L’Oracle est une femme qui vit dans la Matrice, mais qui a connaissance de toute
l’histoire. Elle a le don de voyance et révèle des choses essentielles aux
personnages pour qu’ils puissent avancer. Ainsi, elle est à l’origine d’une
prophétie selon laquelle seul l’Elu pourra rétablir l’ordre des choses et mener les
humains à leur liberté.
Morphéus Morpheus qui a la lourde tâche de trouver cet Elu. Morpheus fait partie des rares
survivants qui sont toujours dans le monde réel et qui détiennent la vérité à propos
de la guerre contre les machines. Ils peuvent à leur guise aller dans la Matrice,
toujours sombrement vêtus avec des lunettes noires pour se protéger de la vive
lumière du Soleil qu’ils ne connaissent plus. Ainsi, persuadé que la prophétie de
l’Oracle va se réaliser, Morpheus s’impose en meneur de la rébellion. C’est alors
qu’il trouve Neo, un pirate informatique, et qu’il pense avoir enfin découvert
l’Elu.
Néo Thomas Anderson, dit Neo, a au fond de lui une certitude étrange : celle qui le
pousse à se demander “Qu’est-ce que la Matrice ?”. C’est alors qu’intervient
Trinity, une des rebelles qui le mène à Morpheus. Neo finit par accepter, avec
difficulté, que Morpheus dit vrai sur le mensonge de sa vie. C’est alors que
l’histoire débute.
La matrice la Matrice ? Comme je l’ai dit, c’est un gigantesque programme qui sert de leurre.
Elle obéit à des lois qui sont différentes des lois que nous connaissons. Seulement,
les humains étant conditionnés à obéir à certaines lois, ils ne peuvent pas exploiter
les incroyables pouvoirs que peut leur procurer la Matrice. En effet, la Matrice est
un monde totalement virtuel, c’est un programme informatique qui peut donc
être piraté ! Les personnes qui savent que cette dimension est virtuelle peuvent
alors repousser les limites des lois qui les entourent, comme la loi de gravitation.
Ainsi, ils sont capables (avec de l’entraînement) de faire des choses qui paraissent
impossible, comme sauter d’immeubles en immeubles ou encore se battre de
façon extraordinaire. Malheureusement, la douleur est également fictive mais
l’esprit, corrompu par ce monde qui semble si réel, croit que tout est vrai. Ainsi, il
faut posséder une très grande force mentale pour parvenir à faire de véritables
petits exploits et pirater le système. C’est ainsi qu’à la fin du film, on apprend que
Neo est bel et bien l’Elu, capable plus que quiconque de modifier le programme
de la Matrice.
Les agents Les agents, dont l’agent Smith, sont des programmes créés par la Matrice afin
éviter que des humains ne s’introduisent dans le monde réel. Ils sont là pour
empêcher une rébellion de s’y former, mais n’ont cependant pas le pouvoir de
sortir de la Matrice. Ils ont un contrôle parfait de la Matrice et parviennent à la
Chapitre : Fiche cinéma : MATRIX

transformer à leur guise, jusqu’à s’introduire dans le corps d’une autre personne.

Quels liens peut-on faire entre Matrix

et l’allégorie de la caverne de Platon ?

3
Votre réponse :

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Chapitre : Fiche cinéma : MATRIX

3
6 TABLE D ES M ATIÈRES

1 LA VERITE ...................................................................................................................... 2

1.1 Qu’est-ce que la vérité ? ........................................................................................ 2

1.2 Y-a-t-il une ou des vérités ? .................................................................................. 2

1.3 Pourquoi rechercher la vérité ? ............................................................................ 2

1.4 Raison et vérité ....................................................................................................... 2

1.5 Peut-on / doit-on toujours dire la vérité ? ......................................................... 2

2 RAISON VERITE ET CROYANCE ............................................................................... 2

2.1 Croyance, opinion et vérité ................................................................................... 2

2.2 La croyance, une nécessité ? ................................................................................. 2

2.3 Peut-on échapper à la subjectivité perceptive ? ............................................. 2

2.4 Vérité et foi .............................................................................................................. 2

3 EXPERIENCE et verité ..................................................................................................... 2

3.1 Qu’est-ce que l’expérience ? ................................................................................. 2

3.2 L’expérience permet-elle d’atteindre la vérité ? ................................................ 2

4 Experience scientifique ................................................................................................... 2

4.1 Les limites de l’expérience .................................................................................... 2

1 LA VERITE .................................................................................................................................. 2

1.1 Qu’est-ce que la vérité ? ..................................................................................................... 3

1.1.1 Texte n°1 Spinoza .............................................................................................................. 4

1.2 Y-a-t-il une ou des vérités ? ................................................................................. 4

1.3 Pourquoi rechercher la vérité ? ........................................................................... 6

1.3.1 Texte n°2 Nietzsche ........................................................................................................... 6

1.4 Raison et verite ...................................................................................................... 7

1.5 Peut-on et/ou faut-il toujours dire la vérité ? .................................................. 10


Chapitre : Fiche cinéma : MATRIX

1.5.1 Texte n°1 B. Constant ..................................................................................... 11

1.5.2 Texte n°3 V. Jankélévitch ................................................................................ 12

2 RAISON ,VERITE , CROYANCE et opinion .......................................................................... 13

2.1.1 Platon .............................................................................................................................. 14

2.2 Peut-on échapper à la subjectivité de la perception .................................... 17

2.2.1 Réalité et cerveau ............................................................................................ 17

2.3 La croyance, une nécessité ? .............................................................................. 18


3
2.3.1 La vie, un pari qui exige de croire ............................................................... 18

2.3.2 TOCQUEVILLE ............................................................................................... 19

2.3.3 TEXTE N°6 Bergson entre foi et superstition ................................................... 20

2.4 Verité et Foi ....................................................................................................................... 20

2.4.1 Texte N°7 Alain ............................................................................................................. 21

3 Experience et verite ........................................................................................................ 21

3.1 Qu’est-ce que l’experience ? ............................................................................... 22

3.1.1 Texte N° 8 Sartre .............................................................................................. 22

3.2 L’experience permet-elle de connaitre la vérité .............................................. 24

3.2.1 Le point de vue empiriste ............................................................................... 24

3.2.2 Texte N° 9 Locke .............................................................................................. 24

3.2.3 TexteN° 10 Hume ........................................................................................................... 25

3.3 Valeur de l’experience ......................................................................................................................... 26

3.3.2 Texte n°11 Kant : l’empirisme ne suffit pas ............................................................ 27

4 Expérience scientifique : l’experimentation ............................................................... 28

4.1.1 Texte N° 12 Popper : L’expérience falsifiable, condition du progrès scientifique


28

4.1.2 Einstein .............................................................................................................. 29

5 Fiche cinéma : MATRIX ................................................................................................. 31

5.1 Résumé ................................................................................................................... 31

6 Citations............................................................................................Erreur ! Signet non défini.

7 vocabulaire .......................................................................................Erreur ! Signet non défini.

8 entrainement ....................................................................................Erreur ! Signet non défini.

8.1 Sujet 1 ......................................................................................Erreur ! Signet non défini.


Chapitre : Fiche cinéma : MATRIX

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