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LES TECHNOLOGIES DE L'INFORMATION
ET DES COMMUNICATIONS
DANS LE SYSTÈME ÉDUCATIF GREC
Le difficile cheminement de l'intégration
Vassilis KOMIS, Panagiotis POLITIS
Dans cet article nous essayons de contribuer à l'étude de la place
des Technologies de l'Information et des Communications (TIC) dans le
système éducatif grec durant les dernières quinze années. Le modèle
d'analyse que nous utilisons est celui qui fait la distinction entre
l'informatique-objet (dominant dans les décennies précédentes) et l'infor-
matique-outil d'enseignement et d'apprentissage (approche quasi-unique
actuellement) en y ajoutant une approche intermédiaire qualifiée de
« pragmatique » ou « mixte ».
Les textes que nous avons utilisés dans le cadre de notre analyse
sont principalement les rapports officiels du Ministère grec de l'Éducation
nationale, des statistiques procurées par le Ministère, l'Institut Pédago-
gique Grec, les associations des enseignants, ainsi que des articles publiés
dans les conférences nationales grecques et sur les sites officiels des
organismes publics et des Instituts de Recherche.
1. INTRODUCTION
L'introduction de l'informatique dans le système éducatif grec a
commencé par les Lycées Techniques - Professionnels 1 et les Lycées
polyvalents pendant l'année 1985 comme un cycle de cours de spécia-
lisation (filière informatique). Elle a été suivie dans les Collèges pendant
les années 1992-1995 comme un cours d'alphabétisation. En revanche,
aucune mesure n'a été prise jusqu'à l'année 1997 pour les Lycées géné
1. Ces Lycées ont été supprimés par la réforme de 1998 et ils ont été reconvertis en Lycées
Uniques au même statut que les ex-Lycées généraux. En vérité, ils sont remplacés par des
établissements professionnels (les écoles technologiques et professionnelles) de type post-
obligatoire assurant la formation professionnelle initiale.
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raux (devenus des Lycées Uniques par une réforme récente) et
l'éducation élémentaire.
Les exigences établies par des pressions sociales relatives à l'infor-
matisation de l'école et les besoins prétendus de l'alphabétisation en
informatique ont été les critères utilisés pour situer le niveau scolaire
par lequel devrait commencer l'introduction de l'informatique ainsi que
les modalités de cette introduction. En revanche, aucun critère basé sur
une problématique pédagogique et didactique n'a été considéré. Cette
hypothèse que nous avançons est notamment fondée sur l'absence des
rapports officiels retraçant les politiques publiques en matière
d'éducation en informatique et par l'informatique. Les seuls textes s'y
référant pendant toute la période des années quatre-vingt - quatre-vingt-
dix sont ceux des programmes scolaires publiés dans le journal officiel.
Cependant, ils ne comportent aucune indication relative à la
problématique générale et ils contiennent uniquement le programme à
suivre (par cours et par heure) et de très brèves consignes
d'enseignement.
Il semble que la solution la plus facile à adapter était l'institution
d'une filière informatique dans les Lycées Techniques et Professionnels
qui nécessitait évidemment un équipement et un personnel spécialisé,
mais ne posait pas le problème du développement des logiciels éducatifs
appropriés et la formation des enseignants. De la même manière, au
niveau des collèges, la mise en place d'un cours d'Informatique a été
adoptée. Cela était également une solution facile, car dans un système
éducatif très centralisé comme celui de la Grèce, elle posait les moindres
problèmes d'instauration : il suffisait de disposer d'une heure par
semaine dans le cursus scolaire, de créer des laboratoires informatiques
dans les établissements et de recruter des enseignants en Informatique.
Cette approche a été suivie depuis l'année 1992-1993 et en trois ans, 80 %
des collèges ont été pourvus d'un laboratoire d'informatique et suivaient
un cours d'une heure par semaine et par classe. Les conséquences dans le
programme scolaire du collège seraient donc moins perturbatrices que
dans celui du lycée, très centré sur la préparation au concours d'accès à
l'enseignement universitaire 2. En revanche, pour le niveau élémentaire,
la situation est beaucoup plus complexe, car aucune formation des
2. Jusqu'à une très récente réforme qui a abolit ce concours, l'accès aux universités grec-
ques se faisait par le biais d'examens au niveau national qui permettaient à peu près au
tiers des bacheliers de trouver une place aux universités. Ce concours conduisait les élèves
à focaliser leurs efforts uniquement sur les quatre matières (différenciées selon l'option
suivie) examinées et dévalorisait le reste du cursus.
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maîtres sur les TIC n'a été effectuée et le développement des logiciels
éducatifs de qualité en grec était (et reste) très pauvre.
Dans ce contexte, le changement de perspective que l'on constate
dans les différents systèmes éducatifs sur les orientations principales
concernant la place des TIC dans l'éducation, dès la fin des années
quatre vingt (Baron & Bruillard, 1996), a lieu en Grèce avec une décen-
nie de retard. Les premiers efforts pour une politique nationale de
l'intégration des TIC dans l'éducation grecque se lancent effectivement
l'année 1997 avec un projet–pilote (appelé « Odyssée ») dont les objectifs
s'étendaient de la production des logiciels éducatifs, à la formation des
professeurs et à l'équipement des établissements scolaires. En même
temps, l'enseignement de l'Informatique comme objet (dans les collèges,
un cours obligatoire depuis l'année 1993) s'élargit aux lycées, comme un
cours optionnel dans toutes les filières et comme une option dans les
deux dernières classes de la filière technologique, appelée « cycle d'Infor-
matique et des Services ». Ce choix constitue en grande partie la
particularité du cas grec en ce qui concerne la place des TIC dans le
système scolaire : même si des efforts d'intégration sont entrepris, ils
restent toujours dans un statut d'épreuve, tandis que l'enseignement de
l'informatique s'établit à large échelle dans l'enseignement secondaire.
Cette particularité se renforce par l'absence quasi complète d'une politi-
que d'intégration des TIC dans l'enseignement primaire. Même si dans
les textes officiels on trouve des orientations concernant ce niveau
scolaire, aucune mesure pratique n'a été prise à l'exception de petits
programmes pilotes qui portaient sur quelques dizaines d'écoles.
2. UN CADRE CONCEPTUEL D'INTERPRÉTATION
2.1. Les TIC comme objet ou comme outil d'enseignement
et d'apprentissage
En une vingtaine d'années, les Technologies de l'Information et des
Communications (TIC) ont beaucoup évolué. Cette évolution ne concerne
pas uniquement les interfaces-utilisateurs, mais également les outils
logiciels qui sont devenus des classiques, ainsi que les systèmes de
communication, basés sur Internet (Baron & Bruillard, 1996). Le secteur
éducatif a été profondément touché par cette évolution et les politiques
éducatives tiennent de plus en plus en compte de ce phénomène (Papa-
doudi, 2000). L'introduction (au cours des dernières décennies) et l'inté-
gration (actuelle) des TIC (Baron & Bruillard, 1997a) dans les systèmes
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éducatifs des pays développés sont un événement d'envergure et consti-
tuent probablement l'un des plus importants changements survenus
dans l'éducation ces dernières années. Les principaux paramètres
composant cette évolution sont l'informatisation de la société et l'inter-
rogation sur la mission de l'école, la crise du système éducatif et
l'incitation au renouveau pédagogique (Nora & Minc, 1978 ; Simon,
1980 ; Schwartz, 1981 ; Grandbastien, 1990 ; Baron & Bruillard, 1996).
Dans ce contexte, les principales approches qui ont dominé chaque
expérience d'introduction sont au nombre de deux (Gabriel, 1998) : a) Les
TIC considérées comme discipline(s) autonome(s) (pouvant être
enseignée(s) à différents niveaux) (Baron, 1989). b) Les TIC considérées
comme des instruments de connaissance, de recherche et
d'apprentissage pratiquement dans toutes les disciplines (Simon, 1980,
Grandbastien, 1990 ; Baron & Bruillard, 1996). En parallèle de ces
approches qui sont complémentaires, les TIC sont également considérées
comme des éléments de culture générale (Linard, 1990), ainsi qu'un très
important phénomène de société (Nora & Minc, 1978 ; Schwartz, 1981) et
dans ce cadre, doivent préoccuper les institutions scolaires (Rapport de la
Commission Européenne, 2000).
2.2. Les trois modèles d'application des TIC
aux systèmes scolaires
Selon la problématique présentée auparavant, et en se basant sur
une analyse des pratiques scolaires des différents pays développés et des
propositions faites par des comités d'experts (Gérard, 1997 ; Glennan &
Melmed, 1996) trois semblent être les modèles relatifs à l'introduction et
à l'intégration des TIC dans les systèmes scolaires.
Chronologiquement, le premier modèle est caractérisé par une
approche TIC–objet d'enseignement (approche techno-centrée)
(Makrakis, 1988). Ce modèle est conforme à l'idée d'une culture informa-
tique solide devant être développée par les élèves. Par conséquent, il
suggérait un enseignement de l'informatique en considérant donc l'infor-
matique comme discipline scolaire à part entière et en promouvant une
démarche informatique (Baron, 1989). Ce modèle a été dominant
pendant la décennie soixante-dix, il a commencé par les plus hauts
niveaux scolaires, et a posé pour objectifs principaux le développement
des connaissances relatives au fonctionnement des ordinateurs et à la
programmation.
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Le second modèle est à l'antipode du premier et considère l'infor-
matique comme un outil d'enseignement et d'apprentissage dans toutes
les disciplines et un moyen pour une approche interdisciplinaire et inté-
grale des processus d'apprentissage (approche intégrée) (Makrakis,
1988). Ce modèle a fait son apparition plus récemment et il s'inspire
d'une utilisation de l'informatique dans toutes les disciplines, ainsi que
de l'intégration de l'enseignement des principaux concepts de l'infor-
matique dans les programmes des différentes disciplines. Ce modèle
comporte en soi des pratiques pédagogiques et didactiques très diversi-
fiées, tant sur les connaissances à construire, que la formation des
enseignants et les logiciels éducatifs appropriés. Les changements qu'il
pourrait provoquer dans les structures du système scolaire le font prati-
quement inapplicable à large échelle.
Un troisième modèle qui essaye d'agencer les deux précédents est
celui de l'approche pragmatique ou « mixte » (Makrakis, 1988).
L'impuissance d'une application à court terme de l'approche intégrée,
ainsi que l'acceptation du besoin d'une alphabétisation - au moins actuel-
lement - aux principaux concepts concernant l'usage raisonné de l'infor-
matique, légitiment ce modèle qui permet de considérer les avantages
pédagogiques du modèle intégré en termes de possible. Ce modèle est
caractérisé par l'existence d'un cours d'alphabétisation en informatique
et l'intégration progressive des TIC comme outil d'enseignement et
d'apprentissage dans les différentes disciplines.
3. LES ANNÉES DE L'INTRODUCTION DE L'INFORMATIQUE
DANS LE SYSTÈME SCOLAIRE GREC
3.1 Cours d'alphabétisation en informatique
L'introduction de l'enseignement de l'informatique dans le système
scolaire grec a commencé par les Lycées Techniques - Professionnels et
les Lycées Polyvalents 3 l'année 1984-1985 et ensuite par les Collèges à
partir de 1992. L'enseignement primaire ainsi que le Lycée général
(rassemblant la majorité des lycéens) de l'époque, avaient été mis à
l'écart de cette évolution. Ce n'est qu'en 1998 qu'un cours d'alphabé-
tisation en informatique est introduit dans le programme des Lycées,
devenus uniques entre temps, qui a un statut optionnel, de même qu'une
3. Ces lycées sont supprimés suite à une réforme de l'éducation.
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option informatique dans la filière technologique 4. C'est au niveau du
Ministère de l'Éducation nationale que la décision est prise d'introduire
le cours d'informatique en premier lieu dans les lycées techniques et
ensuite dans les collèges. La totalité de la planification concernant
l'informatique éducative ne prend aucunement en compte les modèles
appliqués au niveau international ni l'expérience accumulée par les
systèmes éducatifs d'autres pays développés depuis les programmes des
années soixante dix.
La filière informatique dans les Lycées Techniques et Polyvalents
s'est organisée autour d'un cursus assez poussé par rapport aux données
de l'époque, en essayant de s'adapter aux demandes du marché grec en
informatique, qui s'est constitué à un rythme de plus en plus croissant.
Le but de cette filière (d'une durée de deux ans) était de fournir des
droits professionnels garantissant un emploi d'informaticien auxiliaire de
services. Le cursus de cette filière est présenté dans le Tableau 1 5.
Tableau 1 :
Cursus suivi en Informatique dans les lycées techniques et professionnels
Cours Seconde année Troisième année
Programmation en BASIC 8 h en laboratoire
Traitement de données 3 h théorie
Technologie des ordinateurs 3 h théorie
Applications de l'informatique aux sociétés 2 h théorie
de service
Programmation en COBOL 7 h en laboratoire
Programmation en PASCAL 4 h en laboratoire
Développement des applications – logiciels 6 h en laboratoire
Thèmes spéciaux en Informatique 4 h théorie
Dans les Collèges aucun effort n'a été entrepris jusqu'à l'année
1986. À partir de cette année, un programme pilote a été appliqué en
commençant par vingt Collèges pour atteindre par la suite deux cents
(10 % des collèges du public) jusqu'en 1992. Au début, l'informatique a été
enseignée en dehors du programme normal, deux heures par semaine,
pour progressivement, à la fin de cette période, être incorporée dans le
programme officiel.
4. Le Lycée Unique comporte trois filières (scientifique, technologique et littéraire) qui
débouchent sur des filières universitaires équivalentes.
5. Le cursus des lycées polyvalents était à peu près équivalent.
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À partir de l'année 1993, une modification du programme des
Collèges institue l'informatique comme un cours d'une heure hebdoma-
daire dans chaque classe 6. Ce programme en forme de spirale est
présenté dans le Tableau 2.
Tableau 2 : Cursus suivi en Informatique dans les collèges grecs
Sections Heures / année
Introduction à l'informatique 6
Traitement de textes 8
Tableurs 6
Base des données 6
Programmation en LOGO ou en Basic 10
3.2. La constitution d'un corps d'enseignants d'informatique
L'introduction en masse de l'informatique dans les collèges grecs a
très vite créé des besoins urgents d'enseignants de cette matière. Ces
besoins ne pouvaient pas être couverts par les diplômés des facultés
d'informatique grecques car les études en informatique venaient de se
développer et généralement ces gens allaient travailler dans le secteur
privé 7. Cette impasse a été contournée par le Ministère de l'Éducation
qui a adopté une solution spécifique à ce problème : le recrutement des
enseignants d'autres branches (p.e. mathématiciens, physiciens, etc.) qui
disposaient de D.E.A. ou de thèses en informatique (un petit pourcen-
tage) ou qui avaient suivi des séminaires de longue durée (d'habitude
quelques centaines d'heures) en informatique.
De cette manière, pendant toute la période 1984-1992, l'infor-
matique a été enseignée par des enseignants d'autres filières que
l'informatique. En 1992, le Ministère crée un corps d'enseignants en
informatique et jusqu'à l'année 2000, 2 300 enseignants sont recrutés.
Néanmoins, la plupart d'entre eux n'ont pas suivi d'études en informati-
que, mais sont des diplômés reconvertis en informatique. Cette mesure
n'a résolu que précairement le problème, car elle a posé de sérieux ennuis
de formation continue pour ces enseignants.
6. Le Collège en Grèce se constitue en trois classes : la première, la seconde et la troisième.
7. Les premiers diplômés en informatique sont sortis en 1985. L'éducation n'était pas un
emploi attirant pour la plupart d'entre eux.
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3.3. Les questions d'équipement en ordinateurs
La question de l'équipement des laboratoires scolaires en ordina-
teurs, était posée au niveau national. Elle fut la cause de retards signifi-
catifs et a très vite conduit à des besoins de renouvellement. Au niveau
du collège (pendant les années 1992-1995), le logiciel système choisi était
MS-DOS et ensuite DOS avec Windows 3.1 sur réseau local en NOVEL.
Pour les lycées professionnels, le logiciel système choisi était UNIX.
Dernièrement, la question de l'équipement se résout au niveau de
l'établissement, ce qui rend le processus plus flexible.
4. LES ANNÉES DE L'INTÉGRATION
Jusqu'à 1997, toute l'approche de l'introduction et de l'intégration
de l'informatique dans l'enseignement grec est régie par le modèle
techno-centré, puisqu'en ce qui concerne les Lycées Techniques et
Professionnels, il n'est question que de l'enseignement de l'Informatique,
tandis qu'au niveau du collège, l'introduction d'un cours
d'alphabétisation informatique correspond plus à ce modèle là. Aucun
programme pilote d'intégration des nouvelles technologies dans les divers
objets cognitifs de l'enseignement secondaire n'a encore été réalisé.
À partir de l'année 1997, un changement significatif se passe au
niveau des décisions politiques de l'Éducation nationale : Un nouveau
Cadre du Programme d'Études en Informatique 8 (Institut Pédago-
gique Grec, Décembre 1997) se développe et un effort d'intégration des
TIC dans les autres disciplines se met en place.
Le nouveau Cadre du Programme d'Études en Informatique dans
l'enseignement grec a été établi en décembre 1997, et les spécifications
concernant les différents niveaux scolaires, en 1998. Ce cadre a com-
mencé à être appliqué à partir de l'année 1999-2000. Pour la première
fois, un effort de délimitation d'un mode unitaire d'intégration des
technologies de l'information et des communications dans la réalité
scolaire grecque a été fourni. Ce cadre, dans ses lignes directrices, essaye
de donner des réponses globales aux thèmes principaux relatifs à
l'intégration des TIC dans tous les niveaux du système scolaire grec. Il
8. Ce Cadre a été rédigé à la suite d'un appel de l'Institut Pédagogique par un groupe de
sept experts indépendants parmi lesquels était l'un des auteurs de cet article. D'autres
groupes d'experts par niveau d'enseignement et par cours spécifique (en ce qui concerne le
programme du Lycée) ont ensuite développé les programmes en Informatique au collège et
au Lycée ainsi que le cadre de l'intégration de l'Informatique à l'école élémentaire.
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s'occupe non seulement des programmes scolaires en informatique, mais
également des laboratoires, de la formation des enseignants en Informa-
tique, de la production des livres scolaires et du matériel multimédia.
En ce qui concerne l'intégration des TIC dans l'enseignement
secondaire, cette approche est inspirée par l'intégration de l'utilisation
des outils informatiques dans l'action pédagogique et se déroule dans le
cadre d'un programme pilote d'échelle moyenne appelé « Odyssée ».
4.1. Toujours des cours d'informatique
La politique lancée par le Ministère de l'Éducation, et pilotée par
l'Institut Pédagogique Grec en matière d'Informatique, lui trouve
toujours une place de discipline dans le programme scolaire des collèges
et prolonge cette perspective aux lycées. L'enseignement de l'informa-
tique comme objet autonome est considéré comme nécessaire au système
scolaire grec car « a. la définition contemporaine de la connaissance doit
prendre en considération la capacité de comprendre et d'utiliser la
technologie, b. l'exploitation des applications de l'informatique est liée à
un ensemble d'aptitudes qui sont nécessaires à l'élève d'aujourd'hui – le
citoyen de demain pour évoluer au niveau professionnel et s'adapter à un
monde qui change perpétuellement. » (Programme d'études en Informati-
que, Institut Pédagogique, Décembre 1997).
4.1.1. Principes concernant un enseignement de l'informatique
Dans ce contexte, il s'agit de déterminer ce qui est important pour
l'élève de connaître, pour faire un usage créatif des systèmes de traite-
ment de l'information. La détermination d'un cadre de l'éducation néces-
saire non seulement aux dispositifs informatiques, mais également aux
concepts et aux invariants diachroniques qui les déterminent, constitue
un problème important pour tous les chercheurs et les décideurs qui
organisent et proposent les programmes scolaires. Par conséquent, un
programme scolaire moderne en Informatique doit :
– être interdisciplinaire ;
– s'adapter aux capacités cognitives des élèves ;
– ne pas avoir comme objectif l'acquisition de connaissances techni-
ques spécifiques à des dispositifs et à des logiciels ;
– dessiner un noyau de connaissances et de compétences diachroni-
ques adaptables à l'évolution constante de la technologie ;
– comprendre un usage varié des technologies et des dispositifs ;
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– miser sur le développement des compétences de communication et
de recherche d'informations dans un système complexe et diversifié
comme le réseau Internet ;
– promouvoir le développement d'une position critique face aux évo-
lutions technologiques.
4.1.2. Le cas de l'éducation élémentaire
Le Cadre du Programme d'Études en Informatique comporte aussi
les lignes directrices concernant l'informatique dans l'école élémen-
taire. Comme objectif principal de l'introduction de l'informatique dans
l'école élémentaire grecque, est fixée une approche initiale globale, pour
tous les élèves de l'école élémentaire, des différents usages des TIC dans
leurs activités scolaires quotidiennes. Les élèves, avec le soutien de leurs
maîtres, conduisent des activités avec l'ordinateur, dans le but de
comprendre les principes régissant l'usage des TIC dans d'importantes
activités humaines : traitement de l'information, communication, diver-
tissement, connaissances. L'application de ce cadre comporte quatre axes
importants spécifiant l'usage de l'ordinateur dans la classe.
– Outil cognitif et exploratoire : utilisation des logiciels ouverts
d'apprentissage, comme des logiciels de simulation, d'hypermédia,
des jeux éducatifs, etc. L'ordinateur devient outil pour le dévelop-
pement des activités et l'organisation des connaissances et des
compétences.
– Outil de présentation et d'enseignement dans les disciplines de
base : usage effectif des progiciels courants (dessin, traitement de
texte, feuille de calcul, etc.) dans l'enseignement de l'expression
écrite, des mathématiques, des arts plastiques, etc.
– Outil de communication et de recherche d'informations : utilisation
de bases de données pour la recherche des informations, utilisation
du réseau Internet pour la communication avec d'autres classes et
d'autres élèves.
– Alphabétisation informatique et technologique : approche raisonnée
des principales fonctions des ordinateurs comme la mémoire, le
traitement de l'information et la communication de données, dans
une perspective d'alphabétisation technologique, d'appropriation
des outils techniques modernes et de la compréhension des possi-
bilités et des limites de la technologie.
Il faut noter que ce cadre pourrait être appliqué soit par l'insti-
tution d'une heure d'informatique dans le programme scolaire, soit par la
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création du coin de l'ordinateur dans la classe et son usage dans le cadre
des différentes disciplines, soit encore au quotidien pendant des activités
d'éveil à la technologie. Néanmoins, aucune mesure n'a été prise pour
procurer du matériel informatique aux écoles et pour former les maîtres,
par conséquent, ce cadre, à l'exception des écoles équipées par les parents
ou les mairies et des écoles privées, reste caduc.
4.1.3. Le cas des collèges
Au collège, un cours d'Informatique d'une heure par semaine dans
chaque classe est mis en place depuis 1993. Selon le nouveau Cadre du
Programme d'Études en Informatique l'objectif principal est de « donner
aux élèves tous les moyens de connaître les concepts de base en informati-
que, c'est-à-dire tous les dispositifs et les techniques qui sont utilisés pour
le traitement de l'information, acquérir une expérience pratique en s'exer-
çant avec un système informatique et les outils appropriés, être capables
de reconnaître les impacts des NTIC dans les divers domaines de l'activité
humaine ».
En grande partie donc il ne s'agit pas d'un enseignement de l'infor-
matique en tant que science mais d'un enseignement visant à favoriser
l'acquisition d'une culture générale aux usages des TIC. L'accom-
plissement de cet objectif général nécessite une approche systématique
des concepts, des savoir-faire et des compétences appropriées qui sont
articulées en quatre axes principaux.
– Connaître - communiquer avec l'ordinateur : les élèves apprennent
les concepts principaux concernant la structure des ordinateurs et
les principes diachroniques qui la régissent (architecture, program-
me, organisation des fichiers, etc.).
– Explorer - communiquer – découvrir : les élèves utilisent un sys-
tème d'exploitation courant et des progiciels de base (applications
de bureautique, de navigation, etc.) et développent des activités
dans le cadre d'une pédagogie de projet. Ils apprennent ainsi à
reconnaître les invariants et les caractéristiques des différentes
catégories des progiciels et développent des compétences méthodo-
logiques. Cet axe, en accord avec l'usage des TIC dans le cadre des
différentes disciplines, couvre la plus grande partie du rapport des
élèves aux TIC.
– Contrôler – programmer l'ordinateur : les élèves obtiennent des
connaissances relatives au processus de résolution des simples
problèmes dans un environnement de programmation.
LA REVUE DE L'EPI LES TICE EN GRÈCE
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– L'ordinateur dans notre vie : les élèves dans le cadre de leur
culture générale sont sensibilisés et critiquent les impacts des TIC
dans les différents secteurs de l'activité humaine. En même temps,
ils sont sensibilisés aux thèmes concernant les droits d'auteur, la
sécurité des informations, le comportement en réseau, etc.
Il faut noter que le collège constitue en ce moment le seul niveau
de l'éducation grecque où l'informatique a une place de discipline scolaire
(non optionnelle) depuis pratiquement dix ans. En revanche, les efforts
effectués dernièrement pour l'introduction de l'ordinateur dans le cadre
des autres disciplines ne concernent que peu de collèges et peu de disci-
plines. Ce sont les collèges qui font partie du programme « Odyssée ».
4.1.4. Le cas des lycées
En ce qui concerne les Lycées, ce n'est qu'à partir de l'année 1998
qu'un cours optionnel de deux heures par semaine a été instauré dans le
cursus scolaire. Ce cours peut être sélectionné pendant deux ans au cours
des études lycéennes. L'objectif général de ce cours est :
– le renforcement de la culture générale en informatique des élèves,
en mettant l'accent sur le développement des compétences concer-
nant l'usage des TIC comme outil de pensée et de connaissance ;
– le déploiement des connaissances des élèves sur les applications
des TIC dans le monde contemporain et plus spécialement les pos-
sibilités qu'elles offrent et les perspectives qu'elles créent pour la
filière qu'ils pensent suivre au cours de leurs études postérieures ;
– la sensibilisation et le développement d'une aptitude critique de la
part des élèves concernant les aspects sociaux, éthiques et cultu-
rels qui se posent à la suite de l'« envahissement » des TIC dans
tous les secteurs de l'activité humaine.
L'approche des concepts et le développement des compétences
nécessaires à l'accomplissement de l'objectif principal sont classés en
trois axes :
– le monde de l'Informatique : les élèves enrichissent leurs connais-
sances et leurs expériences par rapport aux applications de l'infor-
matique dans le monde contemporain et se familiarisent en plus
aux concepts, aux dispositifs et aux techniques des TIC ;
– explorer - créer - découvrir : les élèves travaillent dans le cadre des
projets, en utilisant des progiciels, des logiciels éducatifs, des
langages de programmation, du logiciel de développement des
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applications multimédia, des logiciels d'exploration et de création
sur Internet ;
– informatique et monde contemporain : les élèves s'informent à
propos des nouveaux secteurs technologiques et scientifiques, des
nouvelles perspectives professionnelles qui se créent, et discutent
des impacts des TIC dans les différents aspects de la vie humaine.
Ils se sensibilisent donc aux problèmes créés par les TIC et réflé-
chissent à leurs capacités tout comme à leurs limites.
4.1.5. L'option informatique des lycées (« Informatique et Services » de
la Filière Technologique)
L'informatique, depuis la réforme des lycées et le nouveau Cadre
du Programme d'Études en Informatique, trouve une place distincte dans
la filière technologique du Lycée Unique. Une option appelée « Informa-
tique et Services » est créée dans cette filière comportant cinq cours
(Tableau 3). L'objectif général de cette option est de donner aux élèves
toutes connaissances indispensables pour faire face aux exigences de
l'enseignement universitaire ou post-lycéen et à leur rôle de citoyen de la
société de l'information. Ce cadre permet aux élèves de cultiver leurs
talents sur les TIC et leur donne les outils nécessaires pour continuer
leurs études dans les filières informatiques universitaires ou dans
l'enseignement technologique post-lycéen.
Tableau 3 : Cours d'informatique de l'option « Informatique et Services »
de la filière technologique.
Cours Heures/semaines
I. Obligatoires
1. Développement des applications dans un environnement de 2
programmation
2. Technologie des systèmes informatiques et logiciels systèmes 2
II. Optionnels
1. Multimédia – Réseaux 2
2. Applications logicielles (base des données) 2
3. Applications de l'informatique 2
4.1.6. La situation scolaire actuelle
La situation actuelle, selon les informations procurées par le
Ministère de l'Éducation nationale pour l'année 2000 concernant l'infor-
matique dans les établissements publics (collèges, lycées et écoles
LA REVUE DE L'EPI LES TICE EN GRÈCE
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technologiques et professionnelles), est présentée dans le tableau suivant
(Tableau 4).
Tableau 4 : Informations concernant l'équipement en Informatique
des établissements scolaires grecs.
Lycées Écoles technologiques et
Collèges
Uniques professionnelles
Cours d'Informatique 91 % 45 % 81 %
Laboratoire d'Informatique 82 % 13 % 58 %
Équipement contemporain 29 % 73 % 45 %
Connexion Internet 31 % 24 % 33 %
Il est à noter que jusqu'à l'année 2000, aucun effort n'a été fait
pour introduire l'Informatique dans l'enseignement primaire et le Minis-
tère de l'Éducation ne dispose donc d'aucune information officielle
concernant l'équipement à ce niveau scolaire. Ceci explique pourquoi
dans le tableau précédent, il n'existe pas une colonne dédiée à l'ensei-
gnement primaire. Néanmoins, la situation du primaire devrait être
relativement différente, car certaines écoles sont équipées grâce à l'aide
des associations des parents ou des mairies.
Selon les données du Département des Études de l'Enseignement
Secondaire du Ministère de l'Éducation (pour l'année 2000), l'informa-
tique est enseignée à 91 % des collèges du pays et 82 % des collèges
disposent d'un laboratoire informatique (1 120 laboratoires) où l'infor-
matique est enseignée en tant qu'objet de connaissance. Parmi ces
laboratoires, 88 % sont équipés avec des ordinateurs relativement
contemporains (soit d'un processeur Pentium, soit d'un processeur 486) et
12 % avec des ordinateurs fonctionnant sous le logiciel système MS-DOS.
Selon le programme d'études existant, l'alphabétisation informa-
tique ainsi que l'utilisation des ordinateurs tiennent une place impor-
tante ; la programmation y occupe, également, une place significative.
420 collèges (31 %), environ, sont connectés à Internet grâce à l'instiga-
tion des agents locaux et des différents programmes du Ministère de
l'Éducation.
En ce qui concerne les lycées, pendant l'année 2000, 45 % de ceux-ci
ont une option informatique, mais seulement 13 % disposent un
laboratoire. Le reste des lycées couvre leurs besoins en utilisant des labo-
ratoires dans des établissements voisins. Les laboratoires existants sont
équipés d'ordinateurs de technologie récente et 24 % uniquement des
V. KOMIS, P. POLITIS LA REVUE DE L'EPI
85
lycées ont une connexion Internet. L'éducation technologique secondaire
(les écoles technologiques et professionnelles), bien qu'elle soit une insti-
tution très récente, présente au niveau de l'implantation de cours
d'informatique, une meilleure situation par rapport aux lycées (81 %
contre 45 % de cours d'informatique, 58 % contre 13 % de laboratoires).
4.2. Un changement de perspective : une vue plus globale
4.2.1. Le programme pilote « Odyssée »
Le programme pilote « Odyssée » (http://odysseia.cti.gr), financé par le
Ministère de l'Éducation, dont l'organisation a commencé en 1996 et la
réalisation à partir de 1997, semble pouvoir entraîner de profonds chan-
gements dans la situation existante. Pour la première fois, est mis au
point et est en cours de réalisation un programme pilote intégré, visant
l'intégration des TIC pratiquement à tous les niveaux de l'enseignement
grec et en particulier dans l'enseignement secondaire, ainsi que la forma-
tion professionnelle initiale.
Tableau 5 : Brève description de certains projets d'« Odyssée ».
Ulysse : Développement Pilote de l'infrastructure des réseaux et des ordinateurs dans les
régions d'Achaïe, Thrace et Égée.
Télémaque : Développement et fonctionnement de l'infrastructure informatique pour
des petites écoles éloignées et en voie de développement.
Sirènes : Des études d'intégration pilotes et des études d'évaluation et de développement
d'un logiciel éducatif des multimédias pour l'enseignement secondaire.
Nausicaa : Développement d'un logiciel éducatif et pilote des multimédias pour
l'enseignement secondaire.
Circé : Adaptation des logiciels éducatifs en langue grecque, pour l'enseignement
secondaire.
L'objectif principal du projet « Odyssée » est la mise en valeur des
technologies des ordinateurs et des réseaux, comme faisant partie des
activités de base de l'enseignement secondaire. Le projet « Odyssée »
comprend l'introduction des ordinateurs et de l'infrastructure des
réseaux dans les établissements scolaires, la formation des enseignants,
ainsi que le développement des logiciels et du matériel éducatif multimé-
dia. L'objectif est la mise en valeur de la technologie dans l'enseignement
de tous les cours, dans les activités qui complètent la vie scolaire, dans
l'administration de l'école, pour tous les enseignants et pour tous les
élèves 9. L'accent est donc mis sur l'introduction des TIC dans l'ensei-
gnement secondaire (collèges et lycées) et non pour l'enseignement
9. À partir du site web de « l'Odyssée » : http://odysseia.cti.gr
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86
élémentaire. Parmi les 19 projets lancés dans le cadre d'« Odyssée », un
seul (« l'île des Phéaces ») concerne l'école élémentaire.
4.2.2. Le logiciel éducatif
Le développement des logiciels éducatifs de qualité constitue un
paramètre très important pour l'intégration des TIC dans le système
scolaire (Pochon & Blanchet, 1997 ; Depover et al., 1998). Il est à noter
qu'actuellement, il n'existe pas un grand nombre de logiciels éducatifs
conformes aux récentes avancées des sciences cognitives (Linard, 1990 ;
Depover et al., 1998) et de la didactique des disciplines, et qui soient en
même temps facilement adaptables aux programmes scolaires. La plus
grande partie des logiciels existants sont soit des livres électroniques,
soit des productions multimédias (Pouts-Lajus & Magnier-Riché, 1998)
dont la qualité au niveau du contenu est très souvent inférieure aux
productions conventionnelles existantes (livres et matériel audiovisuel).
En ce qui concerne le système scolaire grec les choses sont encore plus
décevantes car le marché du logiciel éducatif est très peu développé (en
grande partie à cause de la langue grecque qui ne permet pas une diffu-
sion de ces produits à l'étranger) et les logiciels en une langue étrangère
(voire l'anglais) ne peuvent pas être intégrés facilement dans les écoles
ou les collèges. Les logiciels existants en grec sont soit des livres électro-
niques soit des productions multimédias basées sur des approches
inspirées par une conception béhavioriste d'enseignement et d'appren-
tissage et par conséquent peu utiles pour promouvoir une intégration des
TIC dans les différentes disciplines qui différencient les pratiques
pédagogiques.
Dernièrement, une politique volontariste (dans le cadre du
programme « Odyssée », décrit auparavant) a favorisé la subvention de la
production des logiciels éducatifs en grec qui sortent de cette tradition et
mettent l'accent sur une approche constructiviste des processus
éducatifs 10.
Parallèlement, dans le cadre du même projet, une action est enga-
gée pour l'adaptation en langue grecque d'une vingtaine de logiciels
reconnus au niveau international, basés en principe sur les conceptions
constructivistes ou social-constructivistes d'apprentissage, comme par
10. Il s'agit du projet « Sirènes » qui a visé au développement pilote des logiciels éducatifs et
du matériel de support pour la mise en valeur de la technologie des ordinateurs à tous les
niveaux du programme d'études de l'enseignement secondaire grec, l'activation du marché
grec de logiciel éducatif, et l'élaboration des études de planification et de mise en valeur
pédagogique du logiciel éducatif.
V. KOMIS, P. POLITIS LA REVUE DE L'EPI
87
exemple Cabri-Géomètre, Interactive Physics, Microworlds, Modellus,
etc. Néanmoins, l'existence de tel type de logiciels ne garantit pas leur
utilisation dans le processus éducatif car les efforts ayant pour but leur
intégration se heurtent au manque de formation des enseignants.
4.2.3. La formation des enseignants
La formation des enseignants aux nouvelles pratiques pédagogi-
ques susceptibles d'être mises en œuvre avec l'aide des TIC constitue un
autre paramètre extrêmement important pour la réussite de l'intégration
de celles-ci dans le système éducatif (Baron & Baudé, 1992 ; Baron &
Bruillard, 1997b). Même si dans la plupart des départements universi-
taires grecs qui préparent les futurs enseignants, il existe des cours
concernant l'usage des TIC dans le système éducatif, peu d'actions ont
été conduites jusqu'à présent pour la formation des enseignants en
service. Une action (nommée « E42 ») entreprise dans le projet
« Odyssée » a formé une centaine d'enseignants du secondaire dans le but
de jouer un rôle multiplicateur dans les établissements et une autre
action, appelée « Ulysse », a formé quelques centaines d'enseignants en
service pour utiliser les TIC dans leurs pratiques de classe. Ces efforts
n'ont pas donné de résultats significatifs, car ils n'étaient supportés par
aucune autre mesure accompagnatrice, comme des laboratoires appro-
priés, des logiciels convenables et une structure de support continu pour
faire face aux problèmes techniques. Une étude relative à l'évaluation de
ce programme montre pourtant que le principal problème (Politis et al.,
2000) de cette formation est le manque d'activités concernant l'usage des
logiciels éducatifs dans le programme scolaire.
À la fin de l'année 2000, le Ministère de l'Éducation a lancé un très
grand programme de formation des enseignants sur les TIC : « Prépa-
ration du Maître de la Société de l'Information – Formation Initiale de
tous les Enseignants aux TIC ». L'objectif est la formation de 75 000
enseignants (pratiquement tout le corps enseignant en Grèce) à l'usage
des TIC et leur utilisation dans les différentes disciplines. Ce programme
est sous la direction de l'Institut Pédagogique Grec et son financement
provient en grande partie de l'Union Européenne (troisième programme-
cadre communautaire).
Les objectifs de cette formation sont relatifs à la préparation des
enseignants à l'utilisation des TIC pour l'amélioration qualitative du
processus éducatif. Pour atteindre ces objectifs, des séminaires de forma-
tion seront organisés à un niveau national pour tous les enseignants du
primaire et du secondaire. Ces séminaires sont centrés sur deux axes.
LA REVUE DE L'EPI LES TICE EN GRÈCE
88
– Développement des connaissances de base tant à l'usage des TIC
qu'à leur intégration dans le processus éducatif.
– Développement des connaissances et des compétences appropriées
pour la planification et la production des activités éducatives et des
plans de cours en utilisant des TIC.
Dans ce cadre, la formation devrait donner aux enseignants tous
les éléments nécessaires
– Pour évaluer les applications et les ressources des TIC et par
conséquent, pour pouvoir choisir les plus appropriées pour leur
enseignement, pour l'évaluation des élèves, pour la gestion de la
classe et pour leur développement personnel et professionnel.
– Pour spécifier les compétences nécessaires des élèves, pour pouvoir
utiliser les TIC de manière effective et créative.
5. DISCUSSION - CONCLUSION
Les phases d'introduction des TIC dans l'éducation grecque par
ordre chronologique ainsi qu'une spécification qualitative des différentes
étapes sont présentées dans la Figure 1.
Informatique Collèges - Formation des
objet Lycées enseignants
Projet Odyssée
Informatique Lycées techniques Lycées Uniques
Collèges
outil - professionnels Formation Initiale
1985 1992 1995 1997 2001
Figure 1 : Les phases d'introduction des TIC dans l'éducation grecque
Au début des années quatre-vingt et pendant quinze ans à peu
près, l'Informatique a été introduite comme une option de spécialisation
dans les Lycées Techniques et Professionnels, ensuite dès le début des
années quatre-vingt-dix comme un cours d'alphabétisation dans les
Collèges. Ce n'est que très récemment que nous constatons un change-
ment d'orientation de la politique éducative qui considère dorénavant
l'Informatique et les TIC comme un moyen de connaissance, de recherche
et d'apprentissage dans le système scolaire grec, sans pour autant boule
V. KOMIS, P. POLITIS LA REVUE DE L'EPI
89
verser les mesures prises auparavant. Dans ce cadre, l'informatique
continue d'occuper une place d'objet d'enseignement dans les program-
mes scolaires du secondaire et de la formation initiale, tandis que les
projets d'une échelle moyenne s'occupent de la propagation des outils
informatiques dans les autres disciplines.
Il est clair qu'il y a une transition du modèle techno-centré à un
modèle comportant des éléments d'une approche intégrée, bien que cette
approche ne concerne qu'une petite partie des établissements et des
disciplines scolaires. En revanche, le cheminement vers le modèle intégré
généralisé à tous les niveaux scolaires et toutes les disciplines ne paraît
pas être à l'ordre du jour, car il se heurte à des problèmes constatés
depuis longtemps : absence d'un nombre appréciable de logiciels édu-
catifs de bonne qualité accompagnés d'activités d'intégration dans le
programme scolaire existant des différentes disciplines, manque de
formation des professeurs à l'usage de ces outils logiciels et à tous les
aspects éducatifs qu'entraîne cette innovation, et difficultés d'équipement
et de support des laboratoires informatiques destinés à un usage
pédagogique des TIC. Un modèle mixte (informatique outil - informatique
objet) de la place des TIC dans le système scolaire grec inspiré de
l'approche pragmatique peut donc être préconisé pour les années à venir.
Dans ce modèle, le poids spécifique de chaque élément constituant sa
structure (objet ou outil) ne pourrait se différencier que si les deux
paramètres (formation et développement du logiciel éducatif approprié)
notés auparavant étaient radicalement modifiés.
Vassilis KOMIS
Maître de Conférences
Département de l'Éducation
Université de Patras
26500, Rion, Patras, Grèce
[email protected]
Panagiotis POLITIS
Maître de Conférences
Dép. de l'Éducation Technologique
Université de Pirée
80, rue Karaoli-Dimitriou,
18534, Pirée, Grèce
[email protected]
LA REVUE DE L'EPI LES TICE EN GRÈCE
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