Fiche 4
Fiche 4
DROIT CONSTITUTIONNEL
Cours de M. Emmanuel Tawil
Fiches de TD de M. Q. Epron – Complétées et modifiées par M. E. Tawil
Documents :
I) La Constitution formelle au soutien d’une collaboration à l’exercice de la fonction
législative.
A) Les dispositions juridiques formelles.
Document n°1 : les dispositions constitutionnelles.
Document n°2 : la procédure législative.
B) Considérations théoriques.
Document n°3 : J. SOLAL-CELIGNY, Gouverner c’est légiférer.
Document n°4 : P. AVRIL, l’assemblée d’aujourd’hui.
II) La prévalence pratique du gouvernement dans l’exercice de la fonction législative ?
A) Le parlementarisme négatif.
Document n°5 : A. LE DIVELLEC, Le parlementarisme négatif.
Exercices :
- Dissertation n°1 : La fonction législative sous la Vème République.
- Dissertation n°2 : l’Assemblée nationale est-elle la « chambre d’enregistrement » des
volontés gouvernementales ?
- Dissertation n°3 : La révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 a-t-elle été un
bouleversement des équilibres institutionnels de la Vème république ?
- Commentaire de texte : commentaire du document n°8.
1
I) LA CONSTITUTION FORMELLE AU SOUTIEN D’UNE COLLABORATION A
L’EXERCICE DE LA FONCTION LEGISLATIVE.
Art. 20
Art. 39 al. 1
« L’initiative des lois appartient concurremment au Premier ministre et aux membres du Parlement »
Art. 31 al. 1
« Les membres du Gouvernement ont accès aux deux Assemblées. Ils sont entendus quand ils le
demandent. »
Art. 44 al. 1
Art. 10
« Le Président de la République promulgue les lois dans les quinze jours qui suivent la transmission
au Gouvernement de la loi définitivement adoptée.
Il peut, avant l'expiration de ce délai, demander au Parlement une nouvelle délibération de la loi ou de
certains de ses articles. Cette nouvelle délibération ne peut être refusée. »
Art 61
« Les lois organiques, avant leur promulgation, les propositions de loi mentionnées à l'article 11 avant
qu'elles ne soient soumises au référendum, et les règlements des assemblées parlementaires, avant
leur mise en application, doivent être soumis au Conseil constitutionnel, qui se prononce sur leur
conformité à la Constitution.
Aux mêmes fins, les lois peuvent être déférées au Conseil constitutionnel, avant leur promulgation,
par le Président de la République, le Premier ministre, le Président de l'Assemblée nationale, le
Président du Sénat ou soixante députés ou soixante sénateurs.
Dans les cas prévus aux deux alinéas précédents, le Conseil constitutionnel doit statuer dans le délai
d'un mois. Toutefois, à la demande du Gouvernement, s'il y a urgence, ce délai est ramené à huit
jours.
Dans ces mêmes cas, la saisine du Conseil constitutionnel suspend le délai de promulgation. »
2
(http://www.assemblee- nationale.fr/connaissance/collection/5.asp#P24_8564).
- Premier Ministre à projet de loi à délibération en Conseil des ministres après avis
du CE
o Remarque: pour certains textes, l’initiative appartient exclusivement au
Premier ministre (ex : les lois de finance et les lois de financement de la
Sécurité sociale, en vertu des articles 47 et 47-1 de la Constitution ; les lois
autorisant la ratification ou l’approbation des traités ou accords internationaux
en vertu de l’article 53 de la Constitution)
Les étapes suivantes sont identiques pour les projets de loi ou les propositions de loi.
- Dépôt sur le bureau de l’AN ou du Sénat
3
§ Seconde phase d’examen détaillé : l’Assemblée se prononce sur
chaque article et sur chaque amendement déposé, avant de statuer
sur l’ensemble du texte = vote.
- Navette : transmission à l'autre assemblée car l’adoption définitive d’un texte implique
son vote dans les même stermes par l’Assemblée nationale et par le Sénat.
o La seconde assemblée se prononce (la même procédure est alors suivie)
§ (1) Examen en première lecture par une commission permanente ou
une commission spéciale ; et publication d'un rapport écrit et du texte
de la commission
§ (2) Discussion en première lecture en séance publique et vote
B) CONSIDERATIONS THEORIQUES.
4
Source : J. SOLAL-CELIGNY, « Note relative à la séparation des pouvoirs et à la
fonction législative (2 juillet 1958) », in : Documents pour servir à l’histoire de
l’élaboration de la Constitution du 4 octobre 1958, Paris, La Documentation
française, 1987, vol. 1, p. 333-334.
5
réglementaire. Ce système est efficace. Son inconvénient réside dans sa rigidité et dans
la nécessité où l’on se trouve de confier à un organisme d’arbitrage le soin de décider, en
cas de conflit, si une matière déterminée relève du domaine de la loi ou du domaine du
règlement.
- La troisième solution est celle qui consiste à admettre les compétences concurrentes du
Parlement et du Gouvernement :
o Soit en toutes matières, le Gouvernement disposant constitutionnellement du
pouvoir réglementaire même dans les matières déjà réglées par la loi ou n’ayant
encore fait l’objet d’aucune réglementation,
o Soit dans les matières autres que celles réservées à la loi (technique de la
délégalisation), l’intervention éventuelle d’une loi dans l’une de ces matières ne
faisant pas obstacle à ce que cette matière soit à nouveau réglementée par le
Gouvernement.
L’expérience a montré que le Parlement est peu enclin, lors des débats de ratification, à
modifier les textes réglementaires déjà entrés en vigueur et dont l’application a créé des
situations juridiques. Cette troisième solution est donc viable. Elle devrait permettre au
Gouvernement d’agir seul de sa propre autorité toutes les fois que l’urgence d’un problème
ou le caractère aléatoire d’un débat au Parlement lui impose ou lui recommande d’éviter de
solliciter le vote d’une loi.
Cette possibilité laissée au Gouvernement, quelles que soient les modalités de son
aménagement technique, semble être, encore une fois, l’une des conditions de la valeur
pratique de toute réforme constitutionnelle, en même temps qu’elle paraît correspondre à la
seule interprétation valable et actuelle du vieux dogme de la séparation des pouvoirs.
L’option est inéluctable entre une séparation atténuée au profit du Parlement, dans laquelle
ce dernier participe à la fonction gouvernementale au prix d’une dégradation de l’autorité de
l’État et une séparation atténuée au profit du Gouvernement dans laquelle celui-ci est en
mesure, sous le contrôle du Parlement, de remplir sa mission.
L’Assemblée nationale n’est donc pas la Chambre d’enregistrement que l’on avait cru
et il faut examiner les raisons qui l’avaient fait penser. On interprétait la rupture de 1959-
1962 en termes de réaction aux déséquilibres antérieurs, réaction génératrice de
déséquilibres de sens contraire, alors qu’il s’agissait de la première phase d’un réalignement
beaucoup plus fondamental qui peut s’apprécier tant au regard des assemblées
contemporaines que dans la perspective de l’histoire constitutionnelle française.
Par rapport aux assemblées des régimes parlementaires voisins, celle de la IVe
République se singularisait parce qu’elle continuait à présenter des caractères hérités des
chambres du XIXe siècle. D’une part, les gouvernements y tombaient fréquemment à la suite
d’une décision des députés, alors que les crises ouvertes dans ces conditions sont d’ailleurs
exceptionnelles1. D’autre part, bien que déjà minoritaire par rapport aux projets du
Gouvernement, l’initiative législative de députés demeurait plus importante que la moyenne,
sans parler de son caractère envahissant2.
Sur ces deux points, le Palais-Bourbon s’est aligné sur les assemblées modernes.
Les députés n’ont censuré qu’un seul gouvernement, celui de Georges Pompidou en 1962,
1
J.-Cl. Colliard a observé que « la chute devant le Parlement apparaît statistiquement comme une situation
rare » : 34 cas sur les 314 démissions recensées, soit 10,8 %. Or, sur ces 34 cas, 12 concernaient la seule IVe
République… (Les régimes parlementaires contemporains, PFNSP, 1978, p. 269).
2
Seule l’Italie, avec une proportion avoisinant le tiers de la législation, offre l’exemple d’une initiative
parlementaire analogue à celle de la France d’avant 1958 qui s’établissait à 30 % de propositions par rapport au
total des lois.
6
parce qu’il existe normalement une majorité (en Grande Bretagne, lorsque M. Callaghan a
été renversé en 1979, le précédent vote de défiance remontait à 1924), et le Bundestag n’a
contraint depuis 1949 qu’un seul chancelier à démissionner, M. Schmidt en 1982. Quant à
l’initiative législative, elle s’établit à un taux voisin de celui du Bundestag3. Bref, l’Assemblée
nationale s’inscrit désormais dans le droit commun des chambres contemporaines.
Cet alignement, qui s’apparente à une modernisation, n’opère pas sur une table rase.
Pour l’apprécier, il faut en effet remonter aux sources de la conception française de la
représentation, ainsi que nous en offre l’occasion de la réédition de La loi expression de la
volonté générale4. Dans la magistrale définition qu’il y donne de la souveraineté
parlementaire, Carré de Malberg établit que cette conception, qui se forme dès 1791 (et qui
inspirera quatre Républiques) fait de la Chambre le représentant absolu et exclusif du
peuple : celui-ci n’a d’autres expressions que ses députés et leur volonté s’identifiant à la
sienne, l’Assemblée se trouve investie d’une puissance souveraine. Dès lors tous les autres
organes de l’État, à commencer par le Gouvernement, lui sont logiquement subordonnés et il
n’est pas jusqu’à la Constitution elle-même qui ne cède devant un pouvoir législatif
« identique à un pouvoir de souveraineté ».
Carré de Malberg, qui n’a pas de mots trop vigoureux pour dénoncer cette
« mystification », avait montré (dès 1931 !) quelles voies permettaient d’en sortir – et ce sont
les voies qu’empruntera la Ve République :
- voie politique, par l’institution d’une autre expression de la volonté populaire (l’élection
directe du Président de la République) ;
- voie juridique, par l’affirmation de la supériorité de la Constitution dont la Chambre
tiendra des compétences, au même titre que l’exécutif, et que sanctionnera un contrôle
juridictionnel.
En d’autres termes, la qualité de représentant cesse d’être attribuée exclusivement à
l’Assemblée, qui la partage désormais avec l’exécutif, le suffrage universel intervenant
comme le seul pouvoir véritablement souverain, notamment par l’arbitrage de la dissolution.
On observera que cette réforme prend moins le contre-pied de la tradition
républicaine que de l’héritage révolutionnaire, car elle rejoint la doctrine originelle des Pères
fondateurs de la IIIe République. Que disait Gambetta ? « Les Assemblées chez les peuples
libres sont un instrument, un rouage comme un autre destiné à faire connaître avec plus ou
moins de précision la volonté nationale »5. Et il ajoutait : « La souveraineté nationale repose
uniquement dans la généralité du peuple français. Cette souveraineté se délègue : elle se
confie passagèrement aux mandataires définis par les lois constitutionnelles. Ces pouvoirs
délégataires de la souveraineté nationale sont la Chambre des députés, le Sénat et le
Président de la République »6.
II) LA PREVALENCE GOUVERNEMENTALE DANS L’EXERCICE DE LA
FONCTION LEGISLATIVE ?
A) LE PARLEMENTARISME NEGATIF
3 e
Par ex., 13,7 % de propositions pendant la 5 législature (1973-1978), contre 12,2 au Bundestag pendant la
législature correspondante (1976-1980), cf. M. Fromont, Pouvoirs, n° 16, p. 145, V. aussi Union
interparlementaire, Les Parlements dans le monde, rec. de données comparatives présentées par M. Armeller,
PYF, 1977, et J.-Cl. Colliard, op. cit., p. 244
4
R. Carré de Malberg, La loi expression de la volonté générale, Sirey, 1931, rééd. Economica, 1984.
5
10 décembre 1872, cit. par O. Rudelle, La République absolue, Publication de la Sorbonne, 1982, p. 25.
6
Ibid., p. 89, Waldeck-Rousseau affirmait de même que le pouvoir législatif « n’est qu’un pouvoir et qu’il n’est pas
le pouvoir… qu’il lui faut un contrepoids nécessaire, que ce contrepoids réside dans cette autre délégation que le
pouvoir exécutif reçoit de la souveraineté nationale et que c’est seulement par une application sincère, intégrale
de notre Constitution, par le libre jeu et le libre fonctionnement de tous ses ressorts, que le régime parlementaire
peut être l’expression et non pas la contrefaçon d’un gouvernement véritablement démocratique », Discours de
Reims, 24 octobre 1897, Pour la République, Fasquelle, 1904, p. 373.
7
DOCUMENT N°5 : A. LE DIVELLEC, le parlementarisme négatif sous la Vème
République.
Source : Armel Le Divellec, « La chauve-souris. Quelques aspects du
parlementarisme sous la Vème République », in : La République. Mélanges Pierre
Avril, Paris, Montchrestien, 2001.
8
seules la fonction législative. Aussi faut-il porter au crédit des constituants de 1958, par-delà
une conception quelque peu « archaïque » qui sous-tendait la restauration du dualisme,
d'avoir su imaginer des techniques nouvelles destinées à permettre au gouvernement de
disposer des moyens d'exercer sa politique8.
C’est ainsi que la priorité des projets gouvernementaux à l'ordre du jour des assemblées
(art. 48-1 C) se présente comme la codification d'une nécessité logique pour un système de
gouvernement parlementaire. La Grande-Bretagne a commencé à introduire une telle priorité
dès l808, et celle-ci est progressivement devenue dominante depuis bien longtemps9. Il n'y a
pas lieu de refuser à un cabinet qui est en place pour traduire le programme de la majorité
parlementaire, le choix du calendrier des travaux de l'assemblée. On pourrait même être
réservé sur l'introduction, en 1995, d'une « fenêtre parlementaire », qui suggère que la
nostalgie de l'autonomie des travaux parlementaires n'a pas disparu. Certains événements
récents, notamment ceux relatifs à la législation sur la chasse, incitent à penser que le
système ne gagne rien à exonérer le gouvernement de son rôle directeur de la majorité et
des responsabilités qui en découlent.
De même, les mécanismes du « vote bloqué » et, plus encore, de l'article 49
représentent des instruments répondant en soi parfaitement aux exigences du
parlementarisme, qui sont précisément de permettre de relier l’existence d'un gouvernement
aux moyens de réaliser la politique pour laquelle il est censé avoir été institué.
Les phases de cohabitation ont d'ailleurs montré que, puissamment armé par la
Constitution, le Gouvernement peut tout à fait remplir efficacement son rôle sans le soutien
d'un « parapluie » présidentiel. N'assiste-t-on finalement pas, depuis 1986, à une revanche
posthume de Michel Debré et des ministres d'État sur le général de Gaulle ? La
rationalisation (dont ils détiennent la paternité) n'est-elle pas en train de démontrer son
importance plus grande pour le bon fonctionnement du gouvernement que la Présidence de
la République elle-même ? Sans doute, imaginées à l'intention d'une situation politique
instable, les commodités offertes aux gouvernements successifs ont conduit ceux-ci à
quelques dérives peu justifiées10. Mais on est tout de même tenté de penser qu'il était
pertinent d'avoir ainsi opéré cette rationalisation, qui revêt un aspect sécurisant, et limiterait,
le cas échéant, les inconvénients de turbulences parlementaires excessives.
Notons au passage que la rigueur de la rationalisation s'est un peu atténuée (« questions
au gouvernement » du mercredi – et, depuis 1999, du mardi –, résolutions de l'article 88-4,
session unique, développement des « missions parlementaires »...), sans remettre en cause
la philosophie « moderne ›› initiale.
8
Dans une note du 2 juillet 1958, consacrée à « la séparation des pouvoirs et la fonction législative », Jérôme
SOLAL-CÉLIGNY, « expert » auprès du Gouvernement, énonçait ainsi : « La séparation des fonctions législative
e
et exécutive apparaît dépourvue de signification dans le contexte politique du milieu du XX siècle. (...)
Gouverner, c'est édicter des dispositions de portée générale, c'est donc, au sens matériel du terme, légiférer. (...)
Il ne servirait à rien d'accroître le prestige et l'autorité du chef de l'État, si le chef du Gouvernement devait à
chaque instant poser d'une manière expresse ou implicite la question de confiance pour obtenir les moyens de sa
politique. Les moyens d'exercer un pouvoir font partie du contenu de ce pouvoir. » (Documents pour servir à
l'histoire de l’élaboration de la Constitution du 4 octobre 1958, 1987, vol. 1, p.333-334.)
9
J. REDLICH, The Procedure of the House of Commons, Londres, A. Constable, 1908, t. I, p. 70-71.
10
P. AVRIL, « Le parlementarisme rationalisé », RDP, 1998, n°5-6, p. 1507-1515.
11
G. CARCASSONNE, La Constitution, Le Seuil, 1999, p. 21.
9
« Nous n’avons de cesse d’osciller entre le parlementarisme par excès et le parlementarisme
par défaut », observait naguère Pierre Avril12. De fait, la pratique française aboutit, à
(presque) tous les points de vue, à ce que l'on pourrait nommer un « parlementarisme
négatif ». Naturellement, ceci résulte en partie directement de la « captation présidentielle »,
et certaines conséquences de cet « absolutisme inefficace » (Jean-François Revel) ont déjà
été dénoncées13. Il faut cependant tenter d'aller plus loin : l'explication par l'hégémonie
politique du chef de l'État n'explique pas tout, car le problème demeure en cas de
cohabitation.
Le problème de l'opposition
Commençons par le plus évident : l'opposition. Elle qui devrait être le « ministère public
de la démocratie »14 est toujours dans l’attente d'un « statut » digne d'une démocratie
mature15. Passons rapidement sur la question de l'attribution des présidences de commission
(et, à un degré moindre, des rapports), dont l'opposition est presque systématiquement
exclue16, ce qui se justifie d'autant moins que le gouvernement dispose de tous les moyens
juridiques pour exercer son rôle directeur. Plus grave, les opposants sont dans l'ensemble
bien maltraités par la rationalisation des travaux parlementaires, qui les a frappés par
ricochet. Si divers moyens existent pour compenser les restrictions, par exemple, au droit de
parole17, songeons que l'opposition ne peut même pas juridiquement imposer la présence
d'un ministre en séance ou en commission18.
Les commissions d'enquête constituent encore un exemple du « parlementarisme négatif
», où tout semble avoir été entrepris pour empêcher le contrôle parlementaire de s'exercer.
Sans doute, le problème qu'elles posent n'est pas simple19, mais il paraît difficile de contester
que cet instrument doit, dans un régime parlementaire, pouvoir être déclenché par la
minorité. Au lieu de quoi, l'Assemblée a institué depuis 1990 un « droit de tirage » qui
respecte l’égalité entre les groupes parlementaires, comme si la majorité se trouvait, face au
gouvernement, dans la même situation que l’opposition !
Il est beaucoup question de réformes de la Constitution depuis quelques années.
Pourtant, aucune d'elles n'a évoqué la place et les moyens reconnus à l'opposition
parlementaire. L’omission est significativement fâcheuse, alors que la mise à disposition à
son profit de moyens d'action, ne serait-ce que par le biais de droits de la minorité, devrait
constituer un aspect élémentaire dans une démocratie pluraliste. En la matière, il n'y a pas
lieu d'être timide, dès lors que l'on conserve les prérogatives gouvernementales existantes.
10
précisément sur ce point que pèche le plus le parlementarisme français. Sans doute, on l'a
vu, le gouvernement exerce, à bon droit, son leadership sur les travaux parlementaires.
Mais, depuis les premiers pas de la Ve République jusqu'à nos jours, il accepte mal les
sujétions qui représentent les contreparties de cette position constitutionnellement et
politiquement privilégiée : « Soutenez-moi, dit-il en substance aux parlementaires de la
majorité : nous sommes de la même sensibilité (je suis oiseau) ; mais, ajoute-t-il, laissez-moi
définir seul la politique de la Nation : je détiens le monopole de l'intérêt général (je suis
souris). » Pour le dire autrement, le gouvernement français tente sans cesse de minimiser le
caractère bilatéral de la relation de confiance caractérisant le principe d'un cabinet
parlementaire. Curieusement, cette dimension du système de gouvernement français, cette
« pratique a sens unique de la séparation des pouvoirs », semble largement échapper aux
analystes et, au milieu de cet assourdissant silence, Pierre Avril est bien seul à l'évoquer20.
Pour tenter de comprendre cet aspect, il faut d'abord relever avec Adolf Kimmel, qu'« en
France, la distance qui sépare le gouvernement de la majorité parlementaire est plus grande
qu'en Grande-Bretagne ou en R.F.A. »21. Le constat ne saurait surprendre, s'agissant d'un
observateur allemand : digne fille, sur ce point, de la Mater Parliamentorum, notre voisine
d'outre-Rhin a en effet su développer le lien politique reliant les organes formellement
distingués par le droit strict. Les éléments juridiques et politiques unissant l'exécutif et la
majorité parlementaire sont en effet nombreux en Allemagne (notamment), tandis qu'ils
apparaissent faibles et limités en nombre comme en qualité en France depuis 1958. Cette
faiblesse commence par le reliquat dualiste de l'absence d'investiture parlementaire du
gouvernement. On n'y insistera pas, mais il nous paraît fâcheux, car il occulte l'inévitable
« contrat » initial entre ministres et majorité22. Il faut ensuite noter que si les circuits de
communication entre gouvernement et majorité existent sous la Ve République, tout
simplement parce qu'ils sont inhérents au fonctionnement du gouvernement parlementaire,
ils sont beaucoup trop peu développés et organisés. Une grande opacité règne d'ailleurs sur
ces réseaux (la science politique hexagonale semble s'en désintéresser complètement
aujourd’hui, au rebours de son homologue allemande). Seules des recherches approfondies,
évidemment impossibles ici, permettraient de décrire la réalité de ces relations depuis
195823. On se contentera de rappeler qu'elles avaient pris une tournure presque caricaturale
sous le gouvernement Juppé : le manque de concertation entre ministres et majorité fut alors
particulièrement manifeste. Le cas de la cohabitation est évidemment spécialement
intéressant à cet égard, dans la mesure où le gouvernement ne dispose plus du soutien
présidentiel. Pour autant que l'on puisse le savoir, des progrès ont été accomplis sur ce point
depuis 1997, mais ils paraissent relativement timides : la gauche elle-même a largement
intériorisé la conception « négative » du parlementarisme.
En conséquence, le canal principal de l'influence des députés de la majorité est obstrué.
Le fait que les projets du gouvernement soient globalement peu modifiés par les
amendements des parlementaires de la majorité ne signifie pas encore que l'influence de
ceux-ci soit nulle. Le problème se situe en réalité surtout en amont : les textes déposés par
le gouvernement doivent peu aux députés, qui ne sont pas (ou trop peu) consultés au stade
préparlementaire. Dès lors, la propension française à déposer des centaines d'amendements
à un projet de loi, plus qu'un signe de dynamisme parlementaire, constitue bien plutôt un
palliatif (d'ailleurs le plus souvent assez inefficace) des déficiences de la concertation intra-
majoritaire.
Ce dysfonctionnement doit moins au droit qu'aux comportements ; il sera donc difficile à
rectifier, si ce n'est par une prise de conscience que l'on ne voit guère poindre chez les
20 e
Déjà dans Le régime politique de la V République, 1964, p. 147. Cf. également: « La majorité parlementaire »,
Pouvoirs. n°68, 1994, p. 45-55, et « Responsabilité et 'accountability' », in O. BEAUD, J.-M. BLANQUER (dir.), La
responsabilité des gouvernants, Descartes et Cie, 1999, p. 85-93 (88-89).
21
L’Assemblée nationale sous la Cinquième République, Presses de science Po, 1991, p. 139.
22
C’est d'ailleurs pourquoi, en 1993, le Comité Vedel proposa de rendre obligatoire le vote de confiance initial.
23
Cf. néanmoins ce qu'en disait René CAPITANT naguère (in AFSP, « Le parlementarisme peut-il être limité
sans être annihilé ? », Les entretiens du samedi, n°4, mai 1965, p. 8-9).
11
acteurs, parce que la participation des parlementaires à la politique générale reste largement
considérée comme illégitime24. Il existe toutefois un facteur institutionnel qui illustre en même
temps qu'il encourage la distance entre gouvernement et majorité : il s'agit de
l'incompatibilité entre les fonctions de ministre et de parlementaire (art. 23 C). Celle-ci
présente d'abord des inconvénients « théoriques » (disons : logiques) : toutes les
« servitudes » qu'acceptent à bon droit les députés dans un régime parlementaire sont
acceptables si l'on veut bien considérer qu'elles s'exercent au I profit de leurs « pairs » – les
ministres étant, en réalité, une partie du Parlement (dans sa fonction législative du moins) –
ce qui est tout différent des contraintes imposées au profit d'un exécutif non parlementaire
par son origine et sa composition. Or, le nombre des ministres non parlementaires reste
relativement élevé depuis 1959 (environ 19%, en moyenne)25. Certes, les chiffres ne sont
pas en eux-mêmes dramatiques, mais il faudrait les nuancer : nombreuses sont en effet les
personnalités formellement détentrices d'un mandat, mais ayant accédé immédiatement au
gouvernement, donc sans aucune expérience parlementaire (celle consistant à assister le
ministre en tant que conseiller – admis parfois en séance publique – ne pouvant en tenir
lieu)26.
Les inconvénients sont encore plus fâcheux sur le plan pratique, car l’administration
au sein de l'appareil d'État ne trouve guère de contre-poids. Une amnésie semble d'ailleurs
frapper les ministres ci-devant parlementaires : une fois parvenus au gouvernement, ils
paraissent chercher à tenir les députés à distance, bref ils adoptent les mêmes
comportements que ceux qu'ils vitupéraient hier depuis leur banc de représentant du peuple.
Enfin, en plus d'une occasion, notamment ces dernières années, s'est confirmée la justesse
d'intuition d'un Léon Blum : « Je doute qu'un ministre non parlementaire conçoive
pleinement ce que signifie la responsabilité devant le Parlement. »27
La « revalorisation » du Parlement français passera donc moins par l’accroissement
de ses compétences formelles (objectif superflu dans l'ensemble28) que par la suppression
de l’incompatibilité, qui ne présente aucun avantage sérieux, mais contribuerait certainement
à favoriser l’influence réelle de la majorité sur le gouvernement. Cependant, au-delà de ses
manifestations depuis l968, la conception « négative » du parlementarisme en France vient
peut-être de plus loin qu'on ne l'imagine.
24
Ce qu'ont aussi intériorisé de nombreux parlementaires eux-mêmes. Ainsi, lors des débats de 1992
introduisant les résolutions de l’article 88-4 C, où l'on évoqua le risque de « retour du régime d’assemblée » (cf.
P. AVRIL, J. GICQUEL, « L'apport de la révision à la procédure parlementaire », RFDC, n°11, 1992, p. 439-455
[453]).
25 e e
Il s'établissait à 9.8% sous la III République, et à 2,6% sous la IV (A. KIMMEL, L’Assemblée nationale…, op.
cit., 1991, p. 325-333).
26
Parmi les nombreux exemples, Mme E. Guigou en 1997, mais aussi J. Chirac en 1967...
27
La réforme gouvernementale, 1918. rééd. Grasset, 1936, p. 122.
28
On peut toutefois souhaiter un destin favorable au principe d'un « contrôle » parlementaire des services de
renseignements (cf. la proposition de loi des députés P. Quilès et autres, n°1497 du 25 mars 1999 et le rapport
n°1951 de M. Arthur Paecht, du 23 novembre 1999).
12
[…]C. La procédure législative
Un gigantesque mirage, aussi ancien que le gouvernement représentatif moderne lui-
même, continue de se dresser à l’horizon de l’opinion commune, qu’il s’agisse des citoyens,
des observateurs (censés être) « éclairés » ou même d’une bonne partie des gouvernants
eux-mêmes, et cela, en France comme ailleurs : l’idée selon laquelle la principale fonction
des assemblées parlementaires serait d’exercer la fonction législative et ce, de la façon la
plus autonome possible. […]
Le Gouvernement ne pourra plus engager officiellement sa responsabilité sur le vote
de n’importe quel texte de loi : désormais, il ne pourra le faire que pour un projet de loi de
finances ou de financement de la sécurité sociale ainsi que pour un seul texte (projet ou
proposition de loi) par session (art. 49 C, al. 3). […]
Les réformes intervenues en matière d’organisation des travaux parlementaires ont eu pour
objectif de faciliter l’exercice par le Parlement de ses missions constitutionnelles.
Ainsi a été instituée, en 1995, la session unique de neuf mois, pour que les activités
législatives mais surtout de contrôle – si l’on s’en tient à l’intention du constituant – puissent
s’exercer de façon plus permanente.
29
Pour les projets de loi constitutionnelle, de loi de finances ou de financement de la sécurité sociale.
13
En 2008 ont été approuvées de nouvelles règles de fixation de l’ordre du jour : deux
semaines sur quatre sont depuis lors réservées par priorité à l’examen des textes et aux
débats demandés par le Gouvernement ; l’ordre du jour des deux autres semaines est fixé
par l’Assemblée, l’une de ces deux semaines étant consacrée par priorité au contrôle de
l’action du Gouvernement et à l’évaluation des politiques publiques ; un jour de séance par
mois est réservé à un ordre du jour déterminé par les groupes d’opposition ou minoritaires.
Le Gouvernement dispose néanmoins de priorités : sur les semaines réservées au
Parlement, le Gouvernement peut ainsi inscrire les projets de loi de finances et de
financement de la sécurité sociale.
Le partage de l’ordre du jour a eu des conséquences au plan législatif : le dépôt d’une
proposition de loi n’est plus un acte symbolique. La part des propositions dans l’ensemble
des textes adoptés a progressé au point de s’élever à environ 40 %, hors conventions
internationales, au cours de la session 2013-2014, ce qui est notable, même si un décompte
par articles ou par caractères conduit plutôt à situer autour de 6 ou 7 % la place de ces
initiatives dans la législation. La possibilité de saisir le Conseil d’État sur des propositions de
loi, alors que celui-ci n’examinait auparavant que les projets de loi, a accompagné cette
évolution.
● En matière législative :
Depuis 1958, le constituant a étendu le domaine de la loi à l’égalité entre les femmes et les
hommes (1999), à la préservation de l’environnement (2005), à l’égal accès des femmes et
des hommes aux responsabilités professionnelles et sociales, à la garantie des expressions
pluralistes des opinions et de la participation des partis et groupements politiques à la vie
démocratique de la Nation, à la liberté, au pluralisme et à l’indépendance des médias, au
régime électoral des mandats électoraux et des fonctions électives des membres des
assemblées délibérantes des collectivités territoriales ainsi qu’aux orientations pluriannuelles
des finances publiques (2008).
La loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 a porté de six à huit le nombre des commissions
permanentes qui peuvent être créées dans chaque assemblée. Surtout a été modifié l’article
42 de la Constitution, qui dispose, désormais, qu’en règle générale, les projets de loi sont
examinés en séance publique sur la base du texte adopté en commission. Mme Céline
Vintzel a insisté, lors de son audition le 22 mai 2015, sur le caractère fondamental de cette
avancée. En effet, ce retour à la pratique antérieure à 1958 donne plus de poids aux
délibérations des commissions puisque le Gouvernement doit désormais déposer des
amendements s’il souhaite revenir sur des dispositions insérées dans ses projets, ce qui se
révèle moins aisé que de faire voter contre un amendement de la commission.
Il a résulté de cette règle deux conséquences. Le Conseil constitutionnel en a déduit, tout
d’abord, le 9 avril 2009, que le Gouvernement devait pouvoir « participer aux travaux des
commissions consacrés à l’examen des projets et propositions de loi ainsi que des
amendements dont ceux-ci font l’objet et assister aux votes destinés à arrêter le texte sur
lequel portera la discussion en séance » (1). Par ailleurs, les travaux des commissions sont
ouverts à la presse et retransmis sur le canal interne et sur le site Internet des assemblées
(2). Le Conseil avait d’ailleurs jugé, le 25 juin 2009, « que les exigences de clarté et de
sincérité du débat parlementaire, qui s'appliquent aux travaux des commissions, imposent
qu'il soit précisément rendu compte des interventions faites devant celles-ci, des motifs des
modifications proposées aux textes dont elles sont saisies et des votes émis en leur sein »
(3).
Des délais ont été instaurés afin que la fonction législative puisse s’exercer dans de
meilleures conditions. Ainsi, un délai, respectivement, de six ou quatre semaines a été prévu
entre le dépôt ou la transmission d’un texte et le début de son examen en séance, ces délais
ne s’appliquant pas, cependant, lorsque le Gouvernement engage la procédure accélérée. À
l’occasion de la réforme de son Règlement, en 2009, l’Assemblée a par ailleurs prévu, pour
14
le dépôt des amendements parlementaires, un délai de trois jours en commission (article 86)
et en séance (article 99).
Enfin, la Constitution et la loi organique du 15 avril 2009 relative à l'application des articles
34-1, 39 et 44 de la Constitution imposent au Gouvernement de déposer, en même temps
que la plupart des projets de loi, une étude d’impact. Ce document, mis en ligne et publié à
la suite du texte auquel il se rapporte, présente les objectifs poursuivis, justifie le recours à la
loi et évalue les résultats escomptés. […]
« L'ordre du jour des assemblées comporte, par priorité et dans l'ordre que le Gouvernement a fixé, la
discussion des projets de loi déposés par le Gouvernement et des propositions de loi acceptées par
lui.
Une séance par semaine au moins est réservée par priorité aux questions des membres du Parlement
et aux réponses du Gouvernement. »
Article 48 de la constitution
(à jour de la révision opérée par la loi constitutionnelle n° 95-880 du 4 août 1995)
« Sans préjudice de l'application des trois derniers alinéas de l'article 28, l'ordre du jour des
assemblées comporte, par priorité et dans l'ordre que le Gouvernement a fixé, la discussion des
projets de loi déposés par le Gouvernement et des propositions de loi acceptées par lui.
Une séance par semaine au moins est réservée par priorité aux questions des membres du Parlement
et aux réponses du Gouvernement.
Une séance par mois est réservée par priorité à l'ordre du jour fixé par chaque assemblée ».
Article 48 de la constitution
(à jour de la révision opérée par la loi constitutionnelle n° 2008-724 du 23 juillet 2008)
« Sans préjudice de l'application des trois derniers alinéas de l'article 28, l'ordre du jour est fixé par
chaque assemblée.
Deux semaines de séance sur quatre sont réservées par priorité, et dans l'ordre que le Gouvernement
a fixé, à l'examen des textes et aux débats dont il demande l'inscription à l'ordre du jour.
En outre, l'examen des projets de loi de finances, des projets de loi de financement de la sécurité
sociale et, sous réserve des dispositions de l'alinéa suivant, des textes transmis par l'autre assemblée
depuis six semaines au moins, des projets relatifs aux états de crise et des demandes d'autorisation
visées à l'article 35 est, à la demande du Gouvernement, inscrit à l'ordre du jour par priorité.
Une semaine de séance sur quatre est réservée par priorité et dans l'ordre fixé par chaque assemblée
au contrôle de l'action du Gouvernement et à l'évaluation des politiques publiques.
Un jour de séance par mois est réservé à un ordre du jour arrêté par chaque assemblée à l'initiative
des groupes d'opposition de l'assemblée intéressée ainsi qu'à celle des groupes minoritaires.
Une séance par semaine au moins, y compris pendant les sessions extraordinaires prévues à l'article
29, est réservée par priorité aux questions des membres du Parlement et aux réponses du
Gouvernement. »
Article 48
« Un jour de séance par mois est réservé à un ordre du jour arrêté par chaque assemblée à l'initiative
des groupes d'opposition de l'assemblée intéressée ainsi qu'à celle des groupes minoritaires. »
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Article 51-1
« Le règlement de chaque assemblée détermine les droits des groupes parlementaires constitués en
son sein. Il reconnaît des droits spécifiques aux groupes d'opposition de l'assemblée intéressée ainsi
qu'aux groupes minoritaires. »
- Loi organique n° 2009-403 du 15 avril 2009 relative à l'application des articles 34-1,
39 et 44 de la constitution (extrait)
Article 18
« Les règlements des assemblées, lorsqu'ils instituent une procédure impartissant des délais pour
l'examen d'un texte en séance, garantissent le droit d'expression de tous les groupes parlementaires,
en particulier celui des groupes d'opposition et des groupes minoritaires. »
Article 19
« 2. Les groupes se constituent en remettant à la Présidence une déclaration politique signée de leurs
membres, accompagnée de la liste de ces membres et des députés apparentés et du nom du
président du groupe. La déclaration peut mentionner l'appartenance du groupe à l'opposition. Ces
documents sont publiés au Journal officiel.
3. La déclaration d'appartenance d'un groupe à l'opposition peut également être faite ou, au contraire,
retirée, à tout moment. Cette déclaration est publiée au Journal officiel ; son retrait y est annoncé.
4. Sont considérés comme groupes minoritaires ceux qui ne se sont pas déclarés d'opposition, à
l'exception de celui d'entre eux qui compte l'effectif le plus élevé.
5. Les droits spécifiques reconnus par le présent Règlement aux groupes d'opposition ainsi qu'aux
groupes minoritaires sont attribués sur le fondement de la situation des groupes au début de la
législature, puis chaque année au début de la session ordinaire. »
Article 39
« 3. Ne peut être élu à la présidence de la Commission des finances, de l'économie générale et du
contrôle budgétaire qu'un député appartenant à un groupe s'étant déclaré d'opposition. »
Article 48
« 8. Chaque président de groupe d’opposition ou de groupe minoritaire obtient de droit l’inscription à
l’ordre du jour de la semaine prévue à l’article 48, alinéa 4, de la Constitution d’un débat sans vote ou
d’une séance de questions portant sur les conclusions du rapport d’une commission d’enquête ou
d’une mission d’information créée en application des chapitres IV ou V de la première partie du titre III
du présent Règlement, sur les conclusions d’un rapport d’information ou d’évaluation prévu aux
articles 145-7, 145-8 ou 146, alinéa 3, ou sur celles d’un rapport d’évaluation ou de suivi établi en
application de l’article 146-3. Dans le cadre de cette semaine, une séance est réservée par
priorité aux questions européennes. Les sujets d’évaluation ou de contrôle sont adressés au
16
Président de l’Assemblée au plus tard sept jours avant la réunion de la Conférence des
présidents qui précède la semaine au cours de laquelle ils seront discutés.
9. La conférence arrête, une fois par mois, l’ordre du jour de la journée de séance prévue par l’article
48, alinéa 5, de la Constitution. Les groupes d’opposition et les groupes minoritaires font connaître les
affaires qu’ils veulent voir inscrire à l’ordre du jour de cette journée au plus tard lors de la Conférence
des présidents qui suit la précédente journée réservée sur le fondement de l’article 48, alinéa 5, de la
Constitution. Les séances sont réparties, au début de chaque session ordinaire, entre les
groupes d’opposition et les groupes minoritaires, en proportion de leur importance
numérique. Chacun de ces groupes dispose de trois séances au moins par session ordinaire,
lesquelles peuvent, à la demande du groupe concerné, être réparties sur plusieurs jours du même
mois. »
.
Article 49
« 6. Un temps minimum est attribué à chaque groupe, ce temps étant supérieur pour les groupes
d'opposition. Le temps supplémentaire est attribué à 60 % aux groupes d'opposition et réparti entre
eux en proportion de leur importance numérique. Le reste du temps supplémentaire est réparti entre
les autres groupes en proportion de leur importance numérique. La conférence fixe également le
temps de parole réservé aux députés non inscrits, lesquels doivent disposer d'un temps global au
moins proportionnel à leur nombre. »
Article 132
« 2. Pour le débat auquel donne lieu la déclaration du Gouvernement mentionnée à l'alinéa précédent,
la Conférence des présidents fixe le temps global attribué aux groupes et aux députés n'appartenant à
aucun groupe. Le temps imparti aux groupes est attribué pour moitié aux groupes d'opposition. Il est
ensuite réparti entre les groupes d'opposition, d'une part, et les autres groupes, d'autre part, en
proportion de leur importance numérique. Chaque groupe dispose d'un temps minimum de dix
minutes. »
Article 133
« 2. Chaque semaine, la moitié des questions prévues dans le cadre de la ou des séances fixées en
application de l'alinéa précédent est posée par des députés membres d'un groupe d'opposition.
4. La première question posée est de droit attribuée à un groupe d'opposition ou minoritaire ou à un
député n'appartenant à aucun groupe. »
Article 141
« 2. Chaque président de groupe d'opposition ou de groupe minoritaire peut demander, une fois par
session ordinaire, à l'exception de celle précédant le renouvellement de l'Assemblée, en Conférence
des présidents, qu'un débat sur une proposition de résolution tendant à la création d'une commission
d'enquête et satisfaisant aux conditions fixées par les articles 137 à 139 soit inscrit d'office à l'ordre du
jour d'une séance de la première semaine tenue en application de l'article 48, alinéa 4, de la
Constitution. »
Article 143
« 2. La fonction de président ou de rapporteur (d’une commission d’enquête) revient de droit à un
député appartenant à un groupe d'opposition. »
Article 145
« 3. Une mission composée de deux membres doit comprendre un député appartenant à un groupe
d'opposition. Une mission composée de plus de deux membres doit s'efforcer de reproduire la
configuration politique de l'Assemblée (328).
4. Des missions d'information peuvent également être créées par la Conférence des présidents sur
proposition du Président de l'Assemblée. Le bureau de ces missions est constitué dans les conditions
prévues à l'article 143, alinéas 1 et 4. La fonction de président ou de rapporteur revient de droit à un
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député appartenant à un groupe d'opposition, si ces fonctions ne sont pas exercées par la même
personne. »
Article 145-7
« 1. Sans préjudice de la faculté ouverte par l'article 145, alinéa 2, à l'issue d'un délai de six mois
suivant l'entrée en vigueur d'une loi dont la mise en œuvre nécessite la publication de textes de nature
réglementaire, deux députés, dont l'un appartient à un groupe d'opposition et parmi lesquels figure de
droit le député qui en a été le rapporteur, présentent à la commission compétente un rapport sur la
mise en application de cette loi. Ce rapport fait état des textes réglementaires publiés et des
circulaires édictées pour la mise en œuvre de ladite loi, ainsi que de ses dispositions qui n'auraient
pas fait l'objet des textes d'application nécessaires. Dans ce cas, la commission entend ses
rapporteurs à l'issue d'un nouveau délai de six mois. »
Article 146-2
« 4. Le bureau du comité (d'évaluation et de contrôle des politiques publiques) comprend, outre le
Président de l'Assemblée et les présidents des groupes, quatre vice-présidents, dont l'un appartient à
un groupe d'opposition, et quatre secrétaires désignés parmi ses membres. »
Article 146-3
« 3. Chaque commission concernée par l'objet d'une étude d'évaluation désigne un ou plusieurs de
ses membres pour participer à celle-ci. Le comité désigne parmi eux, ou parmi ses propres membres,
deux rapporteurs, dont l'un appartient à un groupe d'opposition. »
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nécessite un temps de réflexion incompressible », ont pris l'initiative en février 2010 de créer
un groupe de travail commun pour définir les voies et moyens permettant d'améliorer la
qualité de la loi et les conditions de son élaboration. Mais qu'ils commencent déjà par utiliser
les voies et moyens existants !
Ce que cette abstention révèle n'est finalement pas nouveau. Le fait majoritaire a
toujours postulé la discipline ou, si l'on préfère, l'harmonie entre le gouvernement et sa
majorité et s'il arrive que la majorité puisse publiquement afficher un désaccord, par exemple
par la voie d'une tribune dans la presse, elle ne doit pas aller jusqu'à retourner ses
instruments d'action, aussi rénovés soient-ils, contre le gouvernement. Le Premier ministre
n'a d'ailleurs pas manqué de le rappeler chaque fois que nécessaire. « Il n'y a pas, déclarait-
il par exemple en septembre 2009, le gouvernement d'un côté et la majorité parlementaire de
l'autre. Il ne peut y avoir l'exécutif et le législatif qui tirent à hue et à dia. Nous sommes tous
au service de l'intérêt national. Entre nous, il n'y a donc pas de contre-pouvoirs » (Le Monde,
27-28 septembre 2009).
Et, de fait, si formellement les initiatives législatives émanent plus souvent de la
majorité, cette dernière joue en réalité la même partition que l'Exécutif à telle enseigne
d'ailleurs que certaines propositions de lois d'inspiration gouvernementale continuent, du
reste tout comme avant la révision, d'être inscrites à l'ordre du jour fixé par le gouvernement,
examinées en urgence ou reprises par voie d'amendement gouvernemental lorsqu'elles sont
frappées d'irrecevabilité. Songeons ici à la proposition de loi relative au travail dominical
clairement téléguidée par l'Elysée et qui, après déclaration de la procédure accélérée, a fait
l'objet de la première application du temps législatif programmé. Pour la dernière session, on
peut citer la proposition de loi pour le développement de l'alternance pour laquelle le
gouvernement a engagé la procédure accélérée ou la proposition relative à l'organisation de
la médecine du travail qui reprend des dispositions censurées par le Conseil constitutionnel
après avoir été introduites par voie d'amendement gouvernemental dans la loi portant
réforme des retraites. Autant d'initiatives parlementaires qui sont en réalité des sous-marins
gouvernementaux et dont la discussion a d'ailleurs été inscrite à l'ordre du jour de la session
extraordinaire de juillet 2011. Réciproquement, les semaines d'initiative parlementaire
accueillent des projets de loi, tant il devient difficile pour les ministres, du fait des nouvelles
règles de fixation de l'ordre du jour, de trouver des créneaux pour l'examen de leurs textes et
pour la majorité d'occuper utilement ceux dont elle dispose.
Les statistiques afférentes aux amendements sont de même à relativiser. Elles ne
disent finalement rien de la capacité des commissions à modifier la substance des textes
gouvernementaux, d'autant qu'elles sont à mesurer à l'aune du nouvel article 42 qui a
emporté mécaniquement une baisse des amendements rédactionnels des commissions,
toujours très nombreux. Alors qu'auparavant ils étaient déposés en séance, ces
amendements sont désormais directement intégrés dans le texte en commission.
Après tout, on pourrait trouver ici, dans ces initiatives partagées, les marques d'un
partenariat. Mais si ce partenariat existe en effet, il est aussi régulièrement rompu. Il l'est
lorsqu'un amendement émanant du groupe UMP sur la suppression de la taxe
professionnelle, après avoir été adopté en commission, est opportunément retiré en séance,
il l'est encore lorsque la majorité est appelée à voter en pleine nuit par voie d'amendement
gouvernemental le tableau de répartition des futurs conseillers territoriaux. Même au Sénat,
les mauvaises manières du gouvernement existent, lorsque par exemple une seconde
délibération est demandée revenant sur le vote d'amendements qui avaient retiré le
Défenseur des enfants du périmètre du Défenseur des droits. Et l'opposition de moquer à
l'Assemblée nationale cette « cocuproduction » pour reprendre l'expression sans doute
cavalière, mais très parlante d'un de ses membres.
2. Mais l'opposition n'est pas mieux traitée par la majorité. Leurs rapports continuent de
s'inscrire dans une logique de conflit, entretenue de part et d'autre, comme si ici au moins
existait une alliance objective des deux blocs, comme si toute normalisation de leurs
rapports risquait de passer pour de la connivence. D'ailleurs, dans son bilan de l'application
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de la révision constitutionnelle de 2008, le Comité Balladur n'a pas manqué de déplorer «
des mœurs politiques parlementaires trop marquées, aujourd'hui encore, par le conflit plutôt
que par le débat » (La réforme institutionnelle deux ans après, rapport remis au Président de
l'Assemblée nationale le 17 mai 2010). J'en donnerai simplement trois exemples.
Le premier, sans doute le plus emblématique, renvoie aux conditions dans lesquelles
ont été examinées à l'Assemblée nationale la loi organique du 15 avril 2009 et la résolution
du 27 mai 2009 modifiant le règlement de l'Assemblée nationale. Alors qu'au Sénat, un esprit
de consensus a dominé la discussion, celle-ci a pris à l'Assemblée un tour extrêmement
polémique, les conditions du débat autour de la réglementation nouvelle du droit
d'amendement ayant donné lieu au tumulte le plus formidable, des députés de l'opposition
se massant au pied de la tribune et entonnant La Marseillaise avant de quitter l'hémicycle
pour ne plus participer à la discussion.
Deuxième exemple, les journées mensuelles réservées à un ordre du jour fixé à
l'initiative des groupes d'opposition, dont l'intérêt a été purement neutralisé à l'Assemblée
nationale par le gouvernement et sa majorité. L'usage s'est établi, en effet, de dissocier
l'examen des textes de leur vote de manière à dispenser la majorité d'assister et de
participer au débat. Le gouvernement demande la réserve des votes le jeudi devant un
hémicycle quasi-déserté par la majorité, l'Assemblée étant appelée à se prononcer par un
scrutin unique le mardi suivant. Même les textes sur lesquels un dépassement du clivage
partisan aurait pu être obtenu (par exemple, la proposition de loi socialiste relative au droit
de finir sa vie dans la dignité) n'ont pas échappé à cette pratique franchement contestable
qui a marqué par ailleurs le retour en force du vote bloqué.
Enfin, troisième et dernier exemple, le « droit de tirage » des commissions d'enquête
qui offre à chaque groupe d'opposition d'obtenir une fois par session l'inscription d'office à
l'ordre du jour d'une proposition de résolution tendant à la création d'une commission
d'enquête, une telle demande ne pouvant être rejetée qu'à la majorité des 3/5e des membres
de l'Assemblée. Ici encore, la révision des textes n'a pas induit pour l'heure de changement
de comportements. Comme par le passé, la majorité à l'Assemblée nationale n'a pas hésité,
lorsque la proposition de résolution recélait un danger pour l'Exécutif, à vider de son contenu
le droit de tirage en modifiant substantiellement le champ de l'enquête amenant finalement
l'opposition à y renoncer. On se souvient ici de la proposition de création d'une commission
d'enquête sur les études d'opinion financées par la présidence de la République qui a été
rectifiée une première fois par Jean-Marc Ayrault (N.B.: qui était alors président du groupe
socialiste, dans l'opposition au gouvernement Fillon), après avoir été déclarée irrecevable, et
une seconde fois par la majorité en commission qui a décidé d'extraire les crédits de l'Elysée
du périmètre des investigations. On peut encore citer la proposition de création d'une
commission d'enquête sur les conséquences sur la santé des salariés des restructurations à
France Télécom, retirée elle aussi par le groupe de la Gauche démocrate et républicaine
après que son intitulé a été modifié en commission pour ne plus viser France Télécom.
La révision de 2008 a ouvert la voie sans conteste à un nouveau droit parlementaire.
Il reste, si l'on peut dire, aux acteurs à le faire vivre pleinement.
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