INTRODUCTION
L'apologie de Socrate, ouvrage écrit par Platon, disciple de Socrate, pour relater les
faits du procès de son maître comparu devant le tribunal célèbre d'Athènes, l'Héliée, en
399 avant Jésus Christ. Accusé par Mélétos, Anytos et Lycon d'impiété et de corruption
de la jeunesse. D'autres accusations qu'il qualifie de calomnies lui furent portées
d'antan par Aristophane qui l'accuse de professer l'incrédulité la plus complète à l'égard
des dieux de la religion grecque et de monnayer son enseignement comme un véritable
sophiste. Il contribuera largement au long processus de diffamation qui aboutit aux
accusations récentes. Dans sa plaidoirie Socrate entreprend de dissiper ce malentendu
en faisant comprendre que son originalité ne tient pas à des pratiques impies mais à la
profession d'un savoir d'un type très spécial puisqu'il consiste à ignorer et savoir ce que
l'on ignore. Car ayant été proclamé le plus sage des hommes par l'oracle de Delphes
(tradition rapportée par Chéréphon, ami d'enfance de Socrate), Socrate en fait une
mission pour comprendre ce qu'a bien pu vouloir dire l'oracle. Selon le philosophe
athénien, l'ignorance se présente comme sûre d'elle même alors que la reconnaissance
de son ignorance marque le début de la sagesse. En ce moment, nécessité se présente
pour Socrate de guider ses concitoyens dans un travail critique et philosophique. D'où
la méthode socratique qui est fondée sur l'ironie et qui vise par des interrogations
successives à faire reconnaître à l'interlocuteur son ignorance. Cela a suscité à bien
des égards une certaine antipathie de ceux sur lesquels il se livre à cet exercice. Cette
pratique à l'égard des croyances de son temps dérange et inquiète certains athéniens,
ce qui lui a valu injustement sous le double rapport de ses accusations anciennes et
récentes ce procès qu'il structura selon les pratiques que lui permettaient la
jurisprudence en trois discours
I. Présentation de l'œuvre
1. Présentation de l'auteur
- Biographie
Platon est né vers 128 / 427 av. J.-C à Athènes. Issu d'une famille aristocratique, Platon
reçoit de l’ éducation artistique et littéraire, et manifeste un intérêt pour la politique.
Mais, sa rencontre avec Socrate vers 408 / 407 av J.C finira par déterminer sa vocation
philosophique. Platon devient un de ses disciples le plus illustre. A cet `effet, l'entreprise
philosophique platonicienne sera toute entière empreinte de l'enseignement de Socrate
et pénétrée de la présence et de la personnalité de ce dernier. C'est pourquoi lorsque
celui-ci est condamné en 399, Platon s'indigne de la décision du tribunal qui révèle
l'échec de l'institution politique athénienne. Il est convaincu de la nécessité d'une
réforme de la théorie politique. Il voyage pendant quelque temps après la mort de
Socrate, et entreprend en 388 son premier périple en Sicile, sur l'invitation du tyran
Denys l, en lequel il croit apercevoir le roi-philosophe. Son séjour sera mouvementé, il
rentre à Athènes en 387 et fonde l'Académie, considérée comme la première école de
philosophie bien organisée. En 366, Platon se laisse convaincre d'effectuer un nouveau
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voyage en Sicile afin d'assurer l'éducation du nouveau monarque de Syracuse, Denys
le Jeune, et de lui enseigner l'art de gouverner en philosophe. Mais, l’expérience
échoue une fois encore et un dernier séjour en 361 dissuade définitivement Platon
d'appliquer ses théories en politique. Le philosophe consacre les dernières années de
sa vie à enseigner à l'Académie et à écrire. II meurt à l'âge de quatre-vingts ans environ
en 348 / 347 av J.C dans sa ville natale.
- Bibliographie
Nous constatons que la quasi-totalité des auvres de Platon sont écrites sous forme de
dialogues. Ceux-ci auraient été destinés à l'éducation du grand public, parallèlement, à
un enseignement dispensé oralement par Platon à l'Académie. Les dialogues sont
généralement menés par Socrate, qui incarne pour Platon la figure du philosophe,
homme libre animé du désir de savoir et qui voue un véritable amour à la vérité. Des
idées philosophiques y sont avancées, discutées et critiquées dans le cadre d'une
conversation ou d'un débat entre deux ou plusieurs personnes. Ce débat s'organise en
parfaite adéquation avec le modèle de la maïeutique socratique. Cette maieutique
devient un instrument permettant de s'approcher de la vérité et met en évidence tout ce
contre quoi trébuche la pensée pour l'atteindre. La production de Platon comprend
trente-cinq dialogues et treize lettres. L'authenticité de certains dialogues et de la
plupart des lettres a été contestée. On peut diviser les dialogues en trois périodes de
composition: -Les dialogues de jeunesse : L'Apologie de Socrate, Criton, Euthyphron
etc. Les premiers dialogues présentent la pensée socratique et la méthode de la
maïeutique:
- Les dialogues de maturité: Le Banquet, La République, Le Phédon, Le Ménon,
Le Phédre, dans lesquels est exposée la théorie des idées:
- Les dialogues de vieillesse: Le Théétète, Le Parménide, Le Timée, Critias, Les
lois etc. Dans ces dialogues la théorie des idées est discutée et approfondie.
2. Présentation de l'œuvre ( thème et ses personnages)
Socrate: Personnage principal accusé devant la justice. Fils d'un artisan sculpteur et
d'une sage femme, Socrate a très tôt été attiré par les questions morales. Citoyen
exemplaire il s'oppose à la démagogie qui règne alors à Athènes. Dans des discussions
qu'il dirige en maître avec les habitants de la ville il pousse chacun à dépasser le niveau
de vérité du sens commun et à partir d'une enquête de la connaissance vraie. De plus
puisque l'ignorance mène à l'injustice il tente d'abolir la séparation entre la raison et la
recherche du bien contrairement aux sophistes et aux défenseurs de la rhétorique.
Même s'iI n'a laissé aucune trace écrite Socrate est considéré comme le père de la
philosophie morale. Méletos: il est un auteur et poète tragique du cinquième siècle
avant J.C. Connu comme I'un des principaux accusateurs de Socrate. C'est lui qui a
déposé officiellement la plainte.
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Anytos: Faisant partie des accusateurs de Socrate c'est un homme d'Athènes et il se
montre farouche adversaire des sophistes et prend Socrate pour un ou un proche de
ces derniers.
Lycon : Homme politique athénien du cinquième siècle avant J.C c'est l'un des
personnages dont on sait peut de chose. Orateur il fait partie des accusateurs de
Socrate.
- Quelques thèmes abordés dans l'apologie de Socrate
La philosophie
L'écriture de Platon a permis de conserver la pensée socratique. Le thème essentiel de
la pensée socratique ne concerne plus la nature mais plutôt les problèmes de la
destinée humaine. C'est à dire le sort de I’homme au sein du monde. Pour Socrate, le
rôle de la philosophie constitue à conduire l'ignorance à la sagesse par l'intermédiaire
de la maïeutique ou l'art d’accoucher les esprits. Il ne se déclare pas détenteur du
savoir mais en saisissant les contradictions dans les prétendus détenteurs du savoir de
ses interlocuteurs, il les aide à redevenir sages et à redécouvrir la vérité en eux mêmes.
La maïeutique suppose que chacun de nous possède la connaissance à son issu. Cela
signifie en clair que l'âme humaine portait en elle-même la vérité. Cependant après
avoir bu leau du fleuve de l’oublie (fleuve Léthé). Selon Socrate ce que les hommes
appellent ignorance n'est que l'oublie alors que la connaissance est principalement
réminiscence souvenir et que la tâche du philosophe consiste à nous y aidé, d'où l'objet
de la maïeutique. En termes plus précis ce programme de connaissance de soi indique
que le rôle du philosophe ne consiste pas à fournir un savoir ni formules définitives mais
plutôt de faire naître en nous la vérité. Il convient donc de saisir que l’attitude de
Socrate qui se contente principalement de réveiller les consciences endormies dans les
idées reçues. Dans cette élan Socrate ne se conduit pas comme un être qui dispense
des connaissances toutes faites puisque lui même n’en possède pas traduisant ainsi le
caractère humble du philosophe d’où les paroles suivantes " tout ce que je sais c est
que je ne sais rien”
La mort
Socrate donne limpression de ne pas vouloir se défendre d'une mort certaine. Il suscite
même des questions telles que: la mort est elle bien ou mal et Face à une mort
indéniable Socrate sert la cité jusqu'au bout. Ce dernier ne craint pas la mort pour le
simple fait que il ne sait pas ce que c’est et que c’est une nécessité pour chacun des
mortels a un moment ou un autre mais s’éviter une mort honteux reste la chose la plus
essentielle.
La justice
La recherche de la justice constitue l'intérêt immédiat de Socrate auquel tous les autres
se subordonnent. Socrate perd sa réputation, I’estime des autres citoyens mais il le fait
en toute connaissance de cause parce que là l'intérêt de la justice prime sur tout. Ce
que souligne l’apologie de Socrate c'est la tension qui peut exister entre la loi (l'égalité)
et la justice. En effet lorsque Socrate demande a Méletos ce qui rend les jeunes
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meilleur il répond “les lois" et confond sans doute l'idée le la justice avec l'idée de
l'égalité. Ainsi le plus juste est parfois celui qui sait aller à l'encontre des lois écrites. Et
Socrate refuse d'exécuter une action objectivement injuste. Ainsi, selon Socrate mieux
vaut mourir que de se soustraire à son devoir.
II. Etude de l'ouvre
1. Première patie
Dans le préambule de son apologie Socrate dans une rhétorique tout à fait simpliste
insiste sur le caractère infondé des accusations portées à son encontre et affirme
d'ailleurs que de lui les juges n'entendrons que la vérité saine au nom de la justice
athénienne. Il s'en suit la réfutation des accusations lesquelles d'ailleurs selon Socrate
se subdivisent essentiellement en deux. D'une part les accusations récentes portées
par Mélotos, Lycon et Anythos à travers l'acte d'accusation et d'autre part les calomnies
qu'il juge d’ailleurs plus dangereuses. Il s'efforcera d'abord de répondre aux premières
accusations qui se propagent depuis un certain temps. En effet, il est accusé de sonder
les mystères de la nature, de faire d'une bonne cause une mauvaise et de pousser les
autres à en faire de même. C'est ainsi qu'il sera représenté par un poète comique du
nom “d'Aristophane" se promenant dans les aires et débitant toute sortes de sottises.
C'est dans ce sens que Socrate le considère comme l'un de ses calomniateurs ainsi il
se défendra dans son allocution en déclarant n'avoir une connaissance ni grande ni
petite de la nature. Également il fait remarquer qu'il n'a jamais fait payer ses
discussions aux gens qu'il croisait dans la rue et qu' 'il n'avait jamais eu de disciples; de
ce fait il prend d'ailleurs au public athénien comme témoin et leur demande de s'éclairer
mutuellement. D'où lui vient donc ce renom car si sa vie était aussi simple qu'il le
prétend, il n'aurait pas tellement fait parler de lui. Le fait en est qu'il a était déclaré
l'homme le plus sage par l'oracle de Delphe et depuis il s'emploie à peser la véracité de
ces propos. Ainsi il interroge les hommes censés être les plus sages et leur démontre
qu'en fait il ne l'étaient pas ce qui ne manquera pas s'offusquer certaines personnes. Ii
a ainsi reconnu un certain avantage sur eux dans la mesure où n'étant pas sage, il ne
prétendait pas non plus l'être. Les jeunes gens qui le fréquentaient n'hésitent pas à en
faire de même et c'est qu' 'il sera accusé de corruption de la jeunesse par Méletos qu'il
s'attellera d'ailleurs de réfuter. En ce qui concerne le grief de corruption de la jeunesse,
Méletos ne connait rien à ce qu'il reproche à Socrate et quant à accusation d'impiété, il
se trompe de cible" c'est Anaxagore qu'il croit accuser" et se contredit lui même en
prétendant que Socrate est athée tout en l'accusant de croire aux démons. Il s'auto
suffit de cette démonstration car pour lui ce sont les calomnies qui le condamneront et
non Méletos.
2. Deuxième partie
Socrate ne s'était pas trompé. En effet il a été reconnu coupable par les juges. Il sera
d'abord surpris de cette sentence mais se réjouit d'avoir été reconnu coupable à faible
majorité. La peine proposé par Méletos fut la mort et Socrate tenu aussi de fixer une
peine convenable c'est-à-dire à la mesure des actes qui lui son reproché au vu des
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efforts qu'il a généreusement fournis pour Athènes déclare mériter d'être nourris au
prytanée c'est-à-dire dire aux frais de l'Etat tel qu'il était l'usage pour les citoyens
modèles. Ce qui ne manquera pas de frustrer le jury. C'est par la suite qu'il proposera
de payer une amende d'une mine (tout ce qu'il pouvait payer à l'époque) et sous
l'instance de ses amis finira par proposer trente mines.
3. Troistème partie
La sentence fut. La peine de mort et Socrate avant de quitter l'Heliée clôt son procès
par une conversation informelle avec les juges qui l'ont condamné mais aussi avec ceux
qui l'ont acquitté. Cette péroraison sera l'occasion pour le philosophe athénien de
discourir sur la mort. Aux juges qui l’ont condamné, Socrate leur dira que ce qu'il a
perdu ce n'est point son incompétence à tenir un discours persuasif, qui saurait les
plaire, mais ce qu'il a perdu c'est son incapacité de se rabaisser à une dimension
pitoyable indécent d' un homme libre. Il l'asserta en ces termes. “Ce qui m'a manqué
pour être acquitté, ce ne sont pas les discours, c'est la volonté de vous faire entendre
ce qui vous aurait été le plus agréable, Socrate pleurant, gémissant, faisant et disant
des choses que j’estime indignes de moi”. A Socrate d'ajouter que cette sentence ne
peut en rien résoudre leurs problèmes et ils se nuisent plus à eux-mêmes qu'ils ne lui
ont accusé du tort. Car par leur faute, ils ont privé à la société athénienne de ce qui
pourrait la mener vers le bonheur. Il prédit également un sort terrible à ses accusateurs
qui ne sauraient échapper aux censures d'une jeunesse moins retenue que lui. Aux
juges qui l'ont acquitté il leur demanda de causer avec lui pour un instant afin
d'interpréter ce qui vient de se passer, c'est-à-dire sa condamnation. Tandis que le
public considère sa condamnation comme le plus grand des malheurs, Socrate ne
semble pas apeuré par son sort, au contraire profondement convaincu du fait que la
mort n'est pas un mal. Il affirma en outre que le signe divin ne l’a averti d'aucun mal (il
disait avoir une mission divine). Ainsi Socrate rappelle les deux représentations
populaires de la mort: "Ou bien effectivement celui qui est mort n'est plus rien et ne peut
avoir aucune conscience de rien, ou bien comme on le raconte c'est un changement, et
pour l'âme un changement de domicile qui fait qu'il passe d'un lieu à un autre ". Dans
l'une comme dans l'autre, la mort est quelque chose de profitable aux yeux de socrate.
Il reste convaincu qu'aucun mal ne peut toucher un homme de bien ni pendant sa vie ni
après sa mort. Enfin, il incombe aux juges la punition de ses enfants lorsqu'ils
préféreraient les richesses plutôt que la vertue. De cette façon ils seront justes envers
lui comme envers ses fils. Il prend congé d'eux en ces mots: “Mais Voici l’heure de nous
en aller, moi pour mourir, vous pour vivre. De mon sort ou du vôtre, lequel est le
meilleur ? Personne ne le sait si ce n'est la divinité".
CONCLUSION
L'apologie de Socrate est une de ses ceuvres qui ont incontestablement jeté les bases
de la philosophie moderne. Il est également intéressant de la lire de la plume d'une
personnalité aussi indiquée que Platon qui à travers son ouvrage met en exergue la
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rationalité philosophique à travers le personnage de Socrate. L'image du sage sera
celle d'une victime méprisée, incomprise et condamnée par l'ignorance de son public.
Remarquons qu'il est facile pour nous, avec du recul de percevoir immédiatement
l'injustice de ce procès. Socrate se distinguait peu des sophistes et il y avait dans son
entourage des individus plutôt opportunistes. Si Socrate apporte une défense peu
convaincante et ironique, peut-être est-ce dû à sa volonté de montrer que les idées sont
plus importantes que la vie. Cette thématique justice-philosophie se retrouve dans
plusieurs productions de l'auteur et celle-ci n'y fait pas exception et dans une visée
coutumière de donner à l'homme les valeurs morales les plus hautes. Ainsi à l'approche
de la mort Socrate semble être plus philosophe que jamais: "Seule la pratique de la
philosophie rend la vie digne d'être vécue, et en corollaire, permet d'accepter la mort"