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Croissance Endogène: Théories et Modèles

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Les théories de la croissance endogène / The Theories of Endogenous Growth

Author(s): Bruno Amable and Dominique Guellec


Source: Revue d'économie politique , mai-juin 1992, Vol. 102, No. 3 (mai-juin 1992), pp.
313-377
Published by: Editions Dalloz

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Bruno Amable S
INRA S
Unité de recherche H EDM
A
I
Dominique Guellec
INSEE S
Division des études économiques

Les théories de la
croissance endogène

The Theories of
Endogenous Growth

Croissance endogène - Rendements croissants - Innovation - Capi


tal humain - Politiques publiques
Endogenous Growth - Increasing Returns - Innovation - Human
Capital - Public Policies

Rev. écon. pot. 102 (3) mai-juin 1992

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314 Bruno Amab/e et Dominique Guellec

Résumé. La théorie de la croissance économique a lait l'objet dep


profonde rénovation avec l'apparition des «théories de la croissance
travaux de Paul Romer. Ces modèles se distinguent du schéma tradition
fait qu'ils endogénéisent la croissance de la productivité, en faisant appe
rendements croissants dans l'accumulation. Plusieurs familles de m
différenciant par le facteur accumulé qui est source de la croissance : c
d'apprentissage ou complémentarités), technologie (Recherche et Déve
ou infrastructures et services publics. Dans la plupart de ces modèles,
légitimant de ce fait certaines formes d'intervention publique.

Summary. The theory of economic growth has experienced a pro


appearance of the so-called « endogenous growth theories » following t
few years ago. The novelty of these models, compared to the traditional S
endogeneization of the growth of the productivity through the exist
increasing returns in the accumulation process. Several families of m
differentiated by the accumulated factor which acts as the source of grow
learning by doing or complementarities), technology (Research and De
or infrastructures and public services. In most of these models is the dec
optimal, a fact which provides a basis for public intervention.

Introduction
Après une période où la théorie de la croissance ne semblait plus
susciter l'intérêt des économistes, celui-ci s'est renouvelé à partir du
milieu des années 1980, notamment avec l'apparition des théories dites
« de la croissance endogène », qui procèdent à un réexamen du
problème des sources de la croissance. On peut rapprocher ce change
ment d'optique de celui qui s'est produit à la fin des années 70 et au
début des années 80 dans le domaine de l'économie internationale, avec
l'apparition de modèles prenant en compte des éléments issus de la
recherche en économie industrielle tels que les rendements d'échelle
non constants et la concurrence imparfaite.
Le texte qui suit tente de présenter la théorie de la croissance
endogène à partir des principales contributions. Étant donné que ce
domaine constitue l'un des plus actifs de la science économique à
l'heure actuelle, ce travail ne peut prétendre à l'exhaustivité. Il présente
néanmoins les fondements et principes de la croissance endogène ainsi
que les principales applications qui ont été développées à ce jour.
Les nouvelles approches dans le domaine de la croissance ont en
commun de mettre l'accent sur le rôle du progrès technique ainsi que
sur sa détermination. Contrairement au modèle de croissance néo
classique traditionnel, principalement celui de Solow [1956, 1957], où l
progrès technique est considéré comme exogène, représenté par une
tendance, les nouveaux modèles de croissance prennent en compte un
changement technique endogène, ce qui revient en fait à considérer un

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Les théories de la croissance endogène 315

source de la croissance véritablement endogène. En effet, le modèle


néo-classique de Solow se caractérise par une fonction de production à
rendements d'échelle constants — une hypothèse compatible avec un
cadre de concurrence parfaite — qui a pour arguments d'une part un
facteur accumulate, le capital, et d'autre part un facteur non accumula
ble, le travail. En l'absence d'un facteur exogène tel qu'un trend de
progrès technique ou une croissance régulière de la population, la
présence de rendements marginaux décroissants non bornés sur le
capital conduit à une efficacité moindre de celui-ci à mesure de son
accumulation, qui doit conduire à un tarissement des sources de la
croissance. Il ne peut donc y avoir de croissance à long terme dans un
modèle néo-classique que par la présence d'un facteur exogène. Dans
un tel cadre, le taux de croissance d'équilibre est lui aussi exogène, il est
notamment indépendant aussi bien de la politique fiscale que du taux
d'épargne.
Un dépassement de cette approche nécessitait d'avoir recours à une
endogénéisation du changement technique, que Kaldor [1957] et Arrow
[1962a] avaient déjà tentée, en s'intéressant aux effets macro-économi
ques des phénomènes d'apprentissage. Une partie des nouveaux
modèles de croissance poursuit cette approche, qui fait du changement
technique une sorte d'effet induit, par la croissance elle-même ou par
l'investissement. Cependant, certains des nouveaux modèles de crois
sance donnent un sens particulier au terme « endogène », en référence
à des fondements micro-économiques. Dans la poursuite de la tradition
néo-classique, le changement technique sera endogène parce que les
agents choisiront d'y consacrer une certaine quantité de ressources, par
exemple des dépenses de Recherche et Développement ou du temps de
formation. Dans ce dernier sens du terme, la théorie de la croissance
endogène peut s'appuyer sur de nombreux travaux issus de l'économie
industrielle ou de la micro-économie du changement technique.
La croissance perpétuelle est rendue possible par l'existence de
rendements d'échelle croissants ou d'externalités dans le processus
d'accumulation, qui garantissent que la productivité marginale dans
l'accumulation des facteurs ne s'annule pas lorsque leur quantité
s'accroît. Les modèles retiennent donc, pour la plupart, une spécifica
tion linéaire de l'accumulation : une certaine quantité de ressources
produit un pourcentage donné de facteur, et non une quantité. La
spécification de la fonction de production du bien final, lorsque celui-ci
est différent du facteur, n'intervient pas dans le caractère perpétuel ou
non de la croissance. Seule compte la technologie de production du ou
des facteurs accumulés à partir d'eux-mêmes.
Bien entendu, la présence de rendements d'échelle croissants se
heurte à l'obstacle traditionnel que pose la théorie économique : dans
un tel cadre, la concurrence pure et parfaite ne constitue pas un système
stable. Le fonctionnement du marché conduit spontanément au mono
pole, puisque l'entreprise initialement la plus grande, la plus perfor
mante, va croître encore pour conquérir tout le marché. Le comporte
ment concurrentiel, « price taker», de la firme n'est donc plus une
hypothèse recevable. Afin de concilier rendements croissants et concur

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316 Bruno Amable et Dominique Guellec

rence, les modèles de croissance endogène font appel à deux types de


mécanismes. Le premier, dans une tradition Marshallienne, invoque des
externalités : les rendements d'échelle sont non croissants pour chaque
agent, mais croissants à un niveau d'agrégation supérieur. L'agrégation
des firmes crée une « prime », qui n'est maîtrisable par aucun agent
individuel. Cette externalité peut éventuellement être intertemporelle. La
contrepartie de ce mécanisme est que l'équilibre décentralisé et l'opti
mum social ne coïncident pas. Le second mécanisme utilisé est, lui, issu
d'une tradition Chamberlinienne : il s'agit de la différenciation. Il y a
certes des rendements d'échelle croissants, mais ceux-ci s'exercent sur
chacun des biens appartenant à un ensemble de grande taille. Il y a donc
concurrence entre les biens, supposés substituables. C'est là un
système de concurrence imparfaite, qui est généralement stable.
Une première typologie de modèles de croissance endogène peut
donc être établie selon le mécanisme concurrentiel sur lequel ils
reposent. Une seconde concerne la notion de croissance qu'ils présen
tent. La plupart d'entre eux se limitent à la définition traditionnelle, à
savoir que la croissance est assimilée à une augmentation de la
productivité. Deux autres notions sont présentées dans certains modè
les : l'augmentation du nombre de biens différents disponibles, et
l'augmentation de la qualité de ces biens. Ces éléments influencent
l'utilité des consommateurs. La différence entre ces trois approches est
plus de forme que de fond, puisque les mécanismes sur lesquels elles
reposent ainsi que leur résultat, en terme d'utilité des consommateurs,
sont identiques.
Une troisième typologie de modèles repose sur les facteurs de la
croissance. La première source de croissance endogène examinée
réside dans l'investissement, le «modèle fondateur» de Romer [1986]
considère des rendements d'échelle non nécessairement constants,
mais dans lequel les économies d'échelle restent externes à la firme,
préservant ainsi le cadre de concurrence parfaite. Ce modèle se
caractérise par la sous-optimalité de l'équilibre concurrentiel. Trois
types de solution au modèle se distinguent selon la valeur des paramè
tres. L'un reproduit les propriétés du modèle néo-classique traditionnel :
la croissance s'annule dans le long terme. Un autre débouche sur une
croissance positive, mais à un taux qui augmente sans cesse. Dans un
cas limite enfin, il est possible d'obtenir une croissance positive à taux
constant.

Des modèles plus récents de la croissance endogène ont mis l'accent


sur le rôle particulier de l'innovation technologique et sur l'importance
des ressources consacrées à la recherche développement. Romer
[19906] présente un modèle multisectoriel, dont une particularité est
que le capital n'est pas considéré comme un bien homogène, mais
comme un ensemble d'inputs de production différents. Les nouveaux
inputs de production sont fabriqués avec des rendements croissants, en
utilisant un plan de fabrication qui est vendu par le secteur de la
recherche. La mise en œuvre d'un nouvel input de production permet
d'augmenter la productivité du secteur du bien final. Il s'agit d'une
représentation de l'idée d'Adam Smith selon laquelle la division sociale

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Les théories de la croissance endogène 317

du travail, qui est représentée dans le modèle par le nombre d'inputs de


production différents, accroît l'efficacité productive.
Dans ce modèle de Romer, tout nouvel input de production vient
s'ajouter aux précédents. En revanche, dans le modèle d'Aghion et
Howitt [1990], une innovation vient remplacer la précédente, mettant un
terme au pouvoir (et au profit) de monopole du fabricant du bien
intermédiaire qui y correspondait. La conséquence est que l'équilibre
décentralisé est toujours sous-optimal, comme dans Romer [19906],
mais qu'il peut aussi bien donner lieu à un taux de croissance inférieur
ou supérieur à l'optimum social, car il existe aussi une externaiité
négative liée à l'innovation, alors que seul le cas d'une externaiité
positive était admis dans le modèle de Romer.
Une troisième source de croissance endogène peut être trouvée dans
l'accumulation du capital humain. Le modèle de Lucas [1988] situe la
source de la croissance dans l'accumulation de capital humain qui est
effectuée par les individus dans le cadre de rendements croissants. De
plus, l'efficacité de chaque individu dans la production du bien final est
d'autant plus grande que le niveau moyen de capital humain est élevé,
ce qui constitue un effet externe positif relatif à l'accumulation indivi
duelle de capital humain. Selon que cette externaiité est prise en compte
ou non, on obtient comme résolution du modèle l'optimum social ou
l'équilibre décentralisé, ce dernier donnant lieu à une accumulation de
capital humain et un taux de croissance de l'économie inférieurs au cas
optimal.
Le modèle de Becker, Murphy et Tamura [1990] endogénéise la
seconde variable exogène du modèle de Solow : la croissance de la
population, afin de pouvoir étudier les causes et conséquences des
différences de fertilité sur la croissance économique. Dans ce modèle,
les parents ont à choisir entre avoir un grand nombre d'enfants
possédant un niveau faible de capital humain et un petit nombre
d'enfants possédant un niveau élevé de capital humain. La croissance
de l'économie sera d'autant plus forte que le niveau de capital humain
est élevé. Le modèle admet deux équilibres stables, l'un avec une forte
croissance démographique mais sans accumulation de capital humain,
l'autre avec une faible fertilité et une croissance du niveau de capital
humain.

Une quatrième source de croissance peut résider dans les biens et


infrastructures publiques : réseaux de communication ou de télécom
munication, services d'information, etc. Ces biens se caractérisent par le
fait qu'ils permettent d'accroître la productivité des facteurs privés. La
possibilité d'un usage simultané par un nombre élevé, voire infini,
d'agents fait d'eux des biens publics au sens traditionnel du terme. Ils
seront donc produits dans la plupart des cas par des institutions
sociales qui se financent par l'impôt. L'État est bien sur la principale de
ces institutions. La politique d'offre de biens et de services publics par
l'État aura donc un rôle important et positif pour la croissance. Plusieurs
modèles de Barro [1989, 1990] abordent ce problème.
L'application des modèles de croissance endogène à l'économie
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318 Bruno Amable et Dominique Guellec

internationale rejoint les efforts déployés quelques années auparavant


par la «nouvelle économie internationale» (Krugman [1990]). La prise
en compte d'éléments tels que les économies d'échelle ou la différencia
tion de produits avait permis à cette dernière de renouveler les
perspectives de l'analyse économique de l'échange international. De
même, les nouveaux modèles de croissance offrent la possibilité de
gains à l'échange différents de ceux du modèle traditionnel, mais
laissent aussi apparaître des risques de croissance divergentes en
raison de l'existence de processus cumulatifs liés aux économies
d'échelle dynamiques.
Les modèles de croissance endogène en économie ouverte considè
rent les conséquences de l'échange international non seulement sur le
niveau d'activité, mais aussi sur le taux de croissance. En effet, la
technologie peut se transférer en étant incorporée dans des biens
d'équipements qui permettront d'améliorer l'efficacité productive.
Cependant, les échanges de biens ou de facteurs ne sont pas les seuls
éléments à prendre en compte, les flux de technologies, brevets et
compétences, importent également car ils peuvent permettre d'accélérer
la croissance. La fusion de plusieurs pays, impliquant la libre circulation
des biens, des facteurs et des idées, aura donc des effets positifs sur le
niveau et la croissance du produit, d'autant plus qu'elle conduit en
général à une réaffectation des ressources qui est favorable à l'accumu
lation de la technologie. En effet, la part des chercheurs et des
enseignants dans la population augmente, du fait des économies
d'échelle liées à ces activités.

Ces bénéfices globaux issus de l'ouverture peuvent s'accompagner


d'une répartition inégalitaire entre pays, voire de pertes nettes dans
certains cas. Contrairement au modèle ricardien, il n'est pas garanti que
l'ouverture soit bénéfique pour tous, quelles que soient les conditions.
En effet, la croissance endogène induit une dissymétrie entre les
secteurs : le progrès technique n'est pas identique dans chacun de
ceux-ci et l'existence de rendements d'échelle croissants conduit à des
spécialisations sectorielles nationales. Il y aura donc des « bonnes » et
des « mauvaises » spécialisations et celles-ci tendront à se renforcer au
cours du temps par des mécanismes cumulatifs. L'échange international
peut donc dans certaines conditions tendre à accroître les inégalités de
développement. Ceci a deux conséquences. D'une part des chocs
transitoires, par exemple monétaires, peuvent avoir des effets de long
terme sur la croissance des nations. D'autre part des politiques stratégi
ques, industrielles et commerciales, peuvent se révéler bénéfiques pour
les pays qui les pratiquent. Le message traditionnel qui soutient
inconditionnellement le libre-échange est donc brouillé, permettant
d'expliquer les stratégies des États dans le commerce international
plutôt que de simplement les condamner.
En mettant en avant le rôle des rendements d'échelle et des externali
tés, la croissance endogène permet d'envisager les effets des politiques
publiques sous un nouvel angle. On l'a vu pour les politiques d'offre de
biens publics et pour les politiques commerciales, mais le problème est
plus général puisque dans ce contexte l'équilibre concurrentiel est
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Les théories de la croissance endogène 319

généralement différent de l'optimum social. D'une façon globale, une


politique de croissance efficace consistera à subventionner les facteurs
de la croissance, c'est-à-dire ceux qui sont sujets aux rendements
d'échelle croissants ou aux externalités. La possibilité de choisir entre
les différents modèles présentés précédemment et de cerner concrète
ment les mécanismes à l'œuvre sera donc décisive dans le choix des
politiques. Le même raisonnement peut être appliqué aux politiques
fiscales : le financement de l'État aura un impact d'autant moins négatif
sur la croissance qu'il se fera par un prélèvement sur les facteurs
n'engendrant pas d'externalités. Par exemple, dans un modèle où
capital humain et capital physique sont accumulés, le premier selon des
rendements constants et le second selon des rendements décroissants,
la politique optimale consistera à taxer les revenus du capital physique
et à subventionner l'éducation (Nerlove etalii [1990]). Dans le cas où
l'accumulation de technologie diffère entre secteurs, il pourra être
bénéfique pour la collectivité que l'État subventionne les secteurs de
haute technologie afin d'accélérer la croissance. Une politique secto
rielle peut donc aussi être justifiée.

1. Croissance néo-classique
et croissance endogène

1.1. Le modèle de croissance néo-classique et


ses limites

Avant d'exposer les différents modèles de la croissance endogène, il


est utile de rappeler brièvement les principaux traits du modèle de
croissance le plus connu, le modèle néo-classique de Solow [1956], Ce
modèle cherchait à exprimer dans un cadre de croissance macro
économique des idées issues de la formalisation de l'équilibre général à
la Walras, telles que la concurrence parfaite et les comportements de
« price-taker », les rendements non croissants ou encore les mécanis
mes d'incitations dans une économie décentralisée. L'objectif était de
présenter un modèle où il était possible d'obtenir un processus de
croissance stable. Dans sa version la plus simple, l'approche originale
pose une fonction de production à rendements constants avec deux
facteurs, la capital K et le travail L, Y représente l'output.

Y = F (K, L ). (1)

Il n'est donc pas tenu compte d'un


permettrait d'augmenter le volume
d'inputs. L est supposé croître à un
conjointement avec K, le niveau de Y.

Rev. écon pol. 102 (3) m

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320 Bruno Amable et Dominique Guellec

On ajoute une équation supplémentaire pour représenter l'évolution


du stock de capital. Le capital est supposé être homogène au produit, le
même bien est utilisé pour les deux usages. Les agents ont donc à faire
un choix entre l'investissement et la consommation pour l'utilisation du
produit. Hors dépréciation physique du capital, on peut alors poser (1) :

K = Y - C (2)

C est la consommation du bien final. Le niveau de la consommation


est fixé en référence à un taux d'épargne fixe dans le modèle simple de
Solow :

C = (1 - s) Y (3)

avec s le taux d'épargne. Cette s


modèles de croissance ultérieurs,
de l'optimisation intertemporelle
cela ne change pas les caractéristiq
On peut représenter le process
variation de K dépend de Y, donc
marginale de K décroît avec son n
moins une quantité supplémentair
et donc du capital. En spécifiant
Cobb-Douglas à rendements d'échel

Y = Ka L1 (4)
il est possible d'écrire l'accumulation

k
= ska ~1 — /?. (5)

Si l'économie possède un régime de croissance par tête à un taux


constant, on obtient alors en dérivant par rapport au temps :

0 = s(a-1)£ (6)
comme a est strictement inférieur à 1 et s est différent de zero

- est égal à zéro. Le seul taux de croissance de capital par tête que peut
posséder une telle économie est nul.
Ce résultat n'est pas dû à la spécification particulière de la croissance
du stock de capital, il est tout à fait en accord avec les principes
d'incitation qui sont au cœur de la théorie néo-classique. En effet, la
croissance se manifeste par l'accumulation du capital, laquelle fait

(1) Un point au-dessus d'une variable désigne la dérivée par rapport au temps.

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Les théories de la croissance endogène 321

baisser le rendement de celui-ci car les facteurs sont rémunérés à leur


productivité marginale, ce qui diminue alors l'incitation à investir autant
que la contribution du capital à la croissance. Ainsi le mécanisme qui
rend possible l'existence d'un équilibre concurrentiel — la décroissance
des productivités marginales des facteurs — est aussi celui qui inhibe la
croissance.

Le modèle néo-classique est alors inapte à expliquer la croissance par


les mécanismes sur lesquels il repose, il ne peut y avoir de croissance
soutenue et endogène du produit par tête. Le modèle de base de Solow,
sans progrès technique exogène, se présente dans ce cas plus comme
une représentation de la production et des ajustements de moyen terme
plutôt que comme une théorie de la croissance. En effet, la croissance
est limitée à la dynamique transitoire de l'économie, lorsqu'elle converge
vers le rapport capital/travail k* d'équilibre, et en supposant que le
k initial est inférieur à k*. La croissance de long terme, une fois que le
rapport capital/travail d'équilibre est atteint, n'existe qu'en présence de
facteurs exogènes.
Ce modèle aboutit à plusieurs autres conclusions paradoxales qui
justifient les tentatives de dépassement. Premièrement, le niveau du
taux d'épargne affecte le niveau du capital par tête, mais pas la
croissance. L'équation dynamique fondamentale de Solow (2), montre
qu'à l'équilibre (3), toute l'épargne est utilisée pour doter en capital les
travailleurs nouveaux et non pour accroître la dotation de chacun. Au
delà d'un effet en niveau, l'augmentation du k* d'équilibre, une politique
d'encouragment de l'épargne n'aura pas d'effet sur le taux de croissance
à long terme de l'économie. Elle aura aussi un effet transitoire dans la
mesure où elle accélérera la convergence de l'économie vers k*.
Deuxièmement, dans un cadre international, tous les pays doivent
converger vers un même niveau de capital et de produit par tête, sous
les hypothèses d'identité de préférences pour les agents de chaque
pays, c'est-à-dire avec un même taux d'épargne d'un pays à l'autre, et
avec une même croissance démographique, les pays pauvres vont donc
« rattraper » les pays riches. Il semble à première vue assez difficile de
raccorder cette prévision du modèle avec les faits observés au cours des
quarante dernières années, qui tendent plutôt à montrer un accroisse
ment de l'écart entre les niveaux de revenu, mais la considération
d'études empiriques nous amènera à examiner ce point plus en détail
dans ce qui suit.
En fait, l'obtention d'une croissance non bornée nécessite la prise en
compte d'un facteur extérieur qui augmente la productivité des facteurs
de production à long terme. L'intégration d'un progrès technique

(2) k=sf(k)-nk où s représente le taux d'épargne, n le taux de croissance de la


population et k le capital par tête.
(3) k = 0. Dans toute cette famille de modèles, ainsi que dans les modèles de croissance
endogène, l'étude est restreinte au sentier de croissance à taux constant. Les équilibres
évoqués sont donc tous des « états réguliers ».

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322 Bruno Amable et Dominique Guellec

exogène T (qui n'est pas un facteur de production) dans une fonction de


production :

Y = F(K, L ; T ) (7)
permet d'obtenir le résultat désiré, mais on reste alors avec une
description plutôt qu'avec une théorie de la croissance : d'où vient cette
technologie et à quelles lois obéit-elle ?
Si la technologie est représentée comme un facteur supplémentaire,
comme par exemple sous la forme d'un stock de recherche-développe
ment, l'adoption d'une fonction de production à rendements constants,
c'est-à-dire à rendements marginaux décroissants, empêche que le
changement technique puisse contribuer à la croissance de long terme.
Sous forme de facteur de production, le changement technique doit
nécessairement voir sa productivité marginale diminuer et l'accumula
tion de connaissances possède alors des effets de moins en moins
significatifs sur la production. La perte d'efficacité progressive de tout
facteur entrant comme argument d'une fonction de production à
rendements constants implique qu'il est nécessaire d'introduire dans
cette construction un élément exogène qui empêche l'extinction de la
croissance.

D'une façon plus simple encore, on peut représenter le progrès


technique comme une tendance, il est donc exogène et régulier :

Y = T0 e^'K" L1 ~a (8)
où (x représente le taux de croissance de l'efficacité tec
de croissance du produit par tête à l'équilibre est alors non

et il y a accumulation de capital au même taux g. En ef


technique a deux effets : il accroît directement la produ
accroît le rendement du capital entraînant un flux d'inv
donc de la production supplémentaire (le multiplica
1 - a
L'accumulation du capital est un résultat direct du progrès technique
exogène, qui est bien la seule source de croissance.
La croissance n'est donc pas engendrée par le système économique
lui-même, mais reste extérieure au modèle, comme exclue du champ de
la modélisation. Le changement technique n'est alors ni le résultat
d'effets d'apprentissage, ni la conséquence d'efforts spécifiques de
recherche-développement. C'est ce dernier aspect qui s'accorderait en
apparence le plus mal avec la tradition néo-classique, pour laquelle
l'endogénéisation doit concerner notamment les choix des agents.
Comme le progrès technique est ici un bien libre, il n'existe pas de
mécanisme incitatif à investir dans son développement. En effet, la
rémunération des deux facteurs de production à leur productivité
marginale épuise le produit :

Y = FK K + FL L (10)
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Les théories de la croissance endogène 323

ne laissant rien pour la rémunération du changement technique. Notons


cependant que le caractère endogène ou non de la croissance est
indépendant du fait que les agents aient ou non à investir dans le
changement technique en fonction d'incitations. Comme on le verra
plus loin, il est parfaitement possible d'obtenir une croissance endogène
avec un progrès technique gratuit.

1.2. Les «conditions techniques» d'obtention


d'une croissance endogène : le rôle des
rendements d'échelle

L'objet de cette section est d'isoler les mécanismes formels qui


permettent d'obtenir une croissance endogène. On a vu précédemment
que c'est l'annulation de la productivité marginale du capital qui tarit la
source de la croissance dans le modèle de Solow sans progrès
technique exogène. Pour empêcher l'extinction de la croissance à long
terme, il faut que les facteurs accumulates indispensables aient
globalement une élasticité de production au moins égale à un. Le
phénomène de la croissance endogène provient fondamentalement de
la présence d'un mécanisme qui empêche l'annulation de la productivité
marginale d'un facteur accumulate indispensable à la production. S'il
existe aussi des facteurs indispensables à la production qui ne sont pas
accumulates, une croissance endogène sera quand même possible,
mais uniquement en présence de rendements globaux croissants. Il
deviendrait alors nécessaire d'abandonner l'hypothèse de concurrence
parfaite et la rémunération des facteurs à leur productivité marginale. De
plus, l'obtention d'une croissance régulière ne serait pas garantie.

1.2.1. Le rôle des rendements d'échelle dans


l'accumulation

Certains modèles récents résolvent le problème en posant une


fonction de production où la productivité marginale du facteur accumu
late ne s'annule pas, sans avoir recours à des rendements croissants.
Un cas particulièrement simple est le modèle de Rebelo [1990] où la
fonction de production est :
Y = AK (11)

ce qui représente une solut


sous contrainte de rendeme
du capital ne s'annulant pas (4
rapport au seul facteur acc

(4) On retrouve alors une spécific


Harrod !

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324 Bruno Amable et Dominique Guellec

marginale est constante (égale à A), c'est-à-dire qu'il est possible


d'obtenir une croissance de long terme. De plus, il n'existe pas de
facteur non accumulate, dont l'introduction dans la fonction de
production, en plus du facteur K, poserait le problème des rendements
croissants et ceux relatifs à la concurrence imparfaite (5). Le travail est
assimilé à du capital humain, il est donc accumulate et il s'agrège au
capital physique pour former le concept élargi de capital, K, présenté
dans le modèle.

L'accumulation du capital, comme dans le modèle de Solow, est égale


à la différence entre le produit et la consommation :

K = Y-C. (12)

On suppose aussi qu'il n'y a pas de dépréciation du capital.


La résolution complète du modèle requiert simplement que soit
spécifiée l'épargne, qui finance l'investissement. On peut retenir,
comme dans le modèle de Solow, un taux d'épargne exogène. Cepen
dant, la plupart des modèles de croissance endogène préfèrent spécifier
la fonction d'utilité des consommateurs, d'où se déduit l'épargne. Ainsi
celle-ci est-elle endogène. Cette endogénéité n'est pas propre aux
nouvelles théories de la croissance et doit être distinguée de l'endogé
néité de la croissance qui provient d'autres mécanismes. Ces deux
mécanismes interfèrent dans certains modèles (créant par exemples des
« trappes de non-développement », voir plus loin), mais ce n'est pas le
cas ici.

On supposera ici que la fonction d'utilité de l'agent représentatif est à


élasticité de substitution intertemporelle constante :

U(c)= e~pTf—dx (13)


. n 1 - a

où p est le taux de préférence pour le présent et a l'élasticité de


substitution intertemporelle, qui est aussi égale à l'aversion pour le
risque. On pose que le produit se partage entre l'accumulation du
capital d'une part et la consommation d'autre part. La taille de la
population est fixe, de telle sorte qu'il n'existe aucune souce exogène de
croissance, et elle est normalisée à un. On recherche un équilibre de
croissance régulière où le produit, le capital et la consommation
croissent au même taux. Le taux de croissance g de l'économie est
alors :

(14)

L'économie possède un taux de croissance d'autant plus élevé que la


valeur de la productivité marginale du capital A, qui est supposée

(5) Ce modèle est en fait une version du modèle de ROMER [1986] dans le cas où
a + n = 1, mais sans les intéressantes considérations sur les externalités qui seront
examinées plus loin.

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Les théories de la croissance endogène 325

constante, est élevée et que les agents ont une faible préférence pour le
présent, ce qui les pousse naturellement à épargner plus. Dans le cadre
de ce modèle, il est donc possible d'obtenir une croissance à long terme
en conservant l'hypothèse de concurrence parfaite et en ayant l'égalité
entre le taux de croissance optimal et le taux de croissance de l'équilibre
concurrentiel. Il suffit pour cela de « supprimer » le facteur travail de la
fonction de production, ou encore de le transformer en un facteur
accumulate incorporate au capital, et de porter à 1 la valeur de
l'élasticité de production du seul facteur (accumulate) restant : le
capital.
La conclusion générale que Rebelo tire de ce modèle, ainsi que de
deux autres similaires à celui présenté ici, est que les rendements
d'échelle croissants ne sont nullement nécessaires pour engendrer un
processus de croissance endogène. De fait, on ne trouve de tels
rendements d'échelle dans aucun de ses propres modèles. Un examen
attentif permet cependant de nuancer cette conclusion. Le point
commun à tous ces modèles, ainsi qu'à tous les modèles de croissance
endogène, est la présence de rendements au moins constants sur les
biens reproductibles dans la production des biens reproductibles. Un
accroissement de 1 % de toutes les formes de capital doit permettre une
augmentation de 1 % de la production de capital. Si le capital est
homogène au produit final et que la production de celui-ci requiert des
facteurs non reproductibles (par exemple le travail ou la terre), comme
dans les modèles de Solow, alors des rendements globaux croissants
sont nécessaires. Mais si le capital est un bien différent du bien de
consommation, produit avec une technologie spécifique, ce sont les
caractéristiques de cette dernière qui importent et non celles du secteur
du bien de consommation. Le cœur de la croissance est la production
de capital par du capital et il ne peut y avoir de croissance endogène
sans que ce processus se fasse dans le cadre de rendements d'échelle
au moins constants (6). Les arguments présentés par Rebelo ne
répondent donc pas aux deux problèmes qui vont se poser à tous les
modèles de croissance endogène :
/) comment justifier les rendements d'échelle (même s'ils sont situés
seulement dans la production de capital) ?
//) quel processus concurrentiel peut soutenir un équilibre dans ce
cadre ?

1.2.2. Un modèle « élémentaire » de croissance


endogène
L'introduction de facteurs comme le « capital humain » ou la
« connaissance » (7) peut permettre de contourner le problème qui se

(6) REBELO considère aussi un modèle à trois secteurs et trois facteurs, dont deux biens
capitaux dont l'un est produit avec un facteur non accumulate. En fait, ce deuxième type de
bien capital n'intervient que dans sa propre production et dans celle du bien de consomma
tion.
(7) Voir UZAWA [1965).

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326 Bruno Amab/e et Dominique Gueiiec

pose dans un modèle avec une fonction de production de type Solow


car leur accumulation ne dépend pas du produit, où se situent les
rendements marginaux décroissants. Le progrès technique est alors
permis par l'accumulation de connaissance, variable dont le niveau par
tête peut croître sans limite, à la différence du capital physique.
La prise en compte de ce type de facteurs permet en outre de
conserver un aspect public au facteur responsable de l'accumulation et
donc de rester dans le cadre de la concurrence parfaite. Il est en effet
connu depuis Arrow [19626] que le progrès technique est une menace
pour le cadre concurrentiel le plus couramment adopté. En situation de
concurrence parfaite, la technologie doit être un bien public, personne
n'a donc d'incitation à la produire. Si l'innovateur peut s'approprier tout
ou partie d'une rente de monopole, il y a bien incitation au changement
technique mais plus concurrence parfaite. Les relations entre change
ment technique, appropriabilité de l'innovation et structures des mar
chés ont d'ailleurs suscité une importante littérature tant empirique que
théorique, mais dont les liens avec la théorie de la croissance restent
distants.

Nous pouvons alors présenter un modèle très simple de croissance


endogène sans capital physique. Les équations de base sont :

Y = A" L1 _a (15)

À = 5A^(L-L)P (16)
Y est le produit final, L est le travail et A représen
connaissance ou la technologie. Le modèle se place dans
population active fixe L. On notera que la fonction de p
rendements d'échelle constants et comporte un facteur
ble.

Le processus de production du facteur « connaissance » est différent


de celui du bien. Ce n'est pas du bien final qui est épargné (comme chez
Solow et le modèle de croissance à un seul secteur) mais du travail qui
est consacré à une activité non directement productive. Le consomma
teur-producteur répartit son travail entre la production du bien final (qui
lui procure une utilité immédiate par le biais de la consommation) et la
production de la technologie qui lui procurera une utilité future grâce au
surcroît de consommation permis par l'amélioration de la productivité.
La technologie entre simultanément dans la production du bien final et
d'elle-même. On ne peut pas l'assimiler au capital physique, dont
l'usage est dit « non-rival », c'est-à-dire qu'il ne peut être utilisé
simultanément en deux endroits. Il est également difficile de l'assimiler à
du capital humain puisqu'elle n'est visiblement pas incorporée au
facteur travail (elle entre dans la production du bien avec une élasticité
différente de celle du travail).

Une modification mineure du modèle permettrait d'interpréter A


comme du capital humain. C'est ce que fait Lucas [1988], Mais seule la
technologie peut remplir la condition de non-rivalité dans l'usage. C'est

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Les théories de la croissance endogène 327

donc l'accumulation de connaissances non incorporées aux individus


qui est au coeur du processus de croissance représenté ici.
Cependant, cette non-rivalité n'est pas suffisante pour engendrer la
croissance. En effet, on déduit de :

^ = §A7 ~1 (L - L )ß (17)
et donc :

A
Y < 8 A7 ~1 . (18)
À
On voit que si y < 1, alors - tend à s'annuler lorsque A croît.

Le processus d'accumulation de la connaissance tendra à s'épuiser.


Pour obtenir une croissance soutenue, il est nécessaire que y » 1.
Comme ß > 0, on a 7 + ß > 1 : la technologie est produite avec des
rendements croissants, sans quoi il n'y a pas de croissance à long terme
dans ce modèle. Afin d'éviter l'accélération du rythme de croissance qui
se produit si -y > 1, on choisit en général y = 1, ce qui donne l'équation
d'accumulation suivante pour la technologie (avec ß = 1 par simplifica
tion) :

J = 8(L-L). (19)
Cela signifie que la production d'une proportion donnée de A, et non
d'un montant, requiert toujours le même effort, quel que soit le niveau
de A. L'impact de L comme facteur de production essentiel et fixe est
neutralisé par son efficacité croissante dans la production de la
technologie. Ce type de rendement d'échelle peut également s'interpré
ter comme une externalité intertemporelle : en accumulant plus de
connaissances aujourd'hui, la société accroît l'efficacité de son effort
dans l'avenir et la connaissance (passée) utilisée dans la production de
connaissance n'est pas rémunérée ici.
On peut aussi se poser la question de la rémunération de la
technologie : elle est rémunérée lorsqu'elle sert à produire le bien (au
taux <*), mais pas lorsqu'elle sert à produire la technologie. Dans ce
dernier usage, elle apparaît comme un bien public. Il y a là une
dissymétrie dont on trouvera une interprétation dans le second modèle
de Romer.

Le taux de croissance de la connaissance à l'optimum est :

À = ot8L - p(1 - a)
A <x[1 — (1 — ct)(1 — a)]

le taux de croissance de l'économie est alors :

ot8L — p(1 - a)
9 1 - (1 — <r)(1-a) 1 1
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328 Bruno Amable et Dominique Guellec

On a ainsi obtenu une croissance endogène positive à partir d'un


modèle à rendements d'échelle constants dans la production du bien
final, laquelle nécessite aussi la présence d'un facteur non accumulable,
et ce grâce à la possibilité d'améliorer endogènement la technologie.
Cependant, la simplicité du modèle exposé ci-dessus ne permet pas une
véritable discussion des sources de la croissance endogène. C'est
pourquoi il est utile de présenter les « modèles fondateurs » de la
croissance endogène.

2. Les sources de la croissance


endogène

2.1. Investissement et croissance, le premier


modèle de Romer

Cette section examine une première source possible de croissance


endogène : les externalités positives liées à l'accumulation de connais
sances. La thèse selon laquelle la productivité d'une entreprise s'accroît
avec le volume de sa production remonte à Adam Smith [1776], qui le
développe dans sa fameuse parabole de la manufacture d'épingles. Le
mécanisme en est l'augmentation de la division du travail et l'accroisse
ment de la spécialisation des tâches, qui permet une augmentation de
l'expertise de chaque travailleur qui n'a plus à effectuer qu'un nombre
réduit de gestes. L'existence d'un coût fixe lié à l'apprentissage de
chaque tâche justifie ce phénomène (Stiglitz [1987]). Cette conception
des rendements croissants n'est pas compatible avec les hypothèses
traditionnelles de l'équilibre concurrentiel, qui suppose des unités de
production en nombre fixe. En effet, si la taille de production procure un
avantage de coût, une firme qui aurait profité d'une production supé
rieure aux autres pourrait écarter les autres firmes du marché par
accumulation de l'avantage compétitif. On s'orienterait alors vers une
structure monopolistique, à l'opposé du cadre de concurrence parfaite
qui est généralement retenu (Dasgupta et Stiglitz [1988]).
Certains auteurs ont exploré les possibilités d'un progrès technique
endogène. Kaldor [1957], dans un article paru à peu près en même
temps que les premiers papiers de Solow, avait déjà proposé une
fonction de progrès technique, dans laquelle la productivité (8) croît
avec le taux de renouvellement du capital l/K. Arrow [1962a] considérait
des effets d'apprentissage qui améliorait la productivité des nouveaux
équipements, s'inspirant d'ailleurs de la fonction de progrès technique

(8) En fait la production dans la première formulation de la loi, mais il est supposé que la
population est constante.

Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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Les théories de ta croissance endogène 329

de Kaldor. Sheshinski [1967] clarifia l'approche de Arrow et proposa une


fonction de production du type :
y= F (/c, A/) (22)

avec y la production d'une firme, / son input de travail, A une fonction de


la connaissance disponible dans l'économie. On la spécifie comme :

A = K"* -y < 1 (23)

avec K = N/r, N étant le nombre de firmes dans l'économie. Il y a donc


une externalité, chaque firme profite de la connaissance accumulée par
les autres firmes. Cependant, comme chez Arrow, le taux de croissance
de l'économie est nul si la population ne croît pas, de telle façon que la
croissance reste encore exogène — parce qu'il y a des rendements
décroissants dans l'accumulation de la connaissance — même si le
progrès technique ne l'est plus. Nous verrons plus loin qu'il restait à
Romer à modifier quelque peu les spécifications du type Arrow-Shes
hinski pour pouvoir proposer un véritable modèle de croissance endo
gène.

2.1.1. Les externalités liées à l'accumulation d'un


facteur : le modèle de Romer

La considération de rendements d'échelle externes à la firme, suivant


Alfred Marshall, permet de contourner les difficultés liées à la concur
rence imparfaite. Pour chaque firme individuelle, les conditions de
production sont celles des rendements non croissants, de telle façon
que la concurrence parfaite est préservée. En revanche, l'accroissement
de la taille du marché permet de faire bénéficier chaque firme d'externa
lités technologiques positives. Celles-ci peuvent se rapprocher de l'idée
d'approfondissement de la division sociale du travail, c'est-à-dire d'un
mécanisme du type de celui d'Adam Smith, mais étendu à l'ensemble de
l'économie. Allyn Young [1928] a en particulier effectué cette extension
du concept de Smith, et Kaldor reconsidérera par la suite l'importance
des économies d'échelle au plan macro-économique. Nous reviendrons
plus loin sur cet aspect. Cependant, un tel phénomène s'applique plutôt
au second modèle de Romer [1990b], qui sera exposé plus loin, qu'au
premier modèle de 1986, puisque dans ce dernier le nombre de firmes
est constant.

Romer considère un modèle où les externalités technologiques


positives sont le produit de l'accumulation d'un facteur K, qui n'est pas
nécessairement le capital physique. Romer emploie même l'expression
de « connaissance » et non de capital dans la formulation de son
modèle, mais la référence implicite est bien celle du capital physique.
Deux mécanismes distincts peuvent fonder les externalités sur le capital
physique. Le premier, invoqué par Romer, est le « learning spillover » :
accumulant du capital, la firme accumule par là même des connaissan
ces (apprentissage par la pratique), dont bénéficient les autres firmes
grâce à la circulation de l'information. Le second mécanisme concerne

Rev. écon. pot. 102 (3) mai-juin 1992

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330 Bruno Amable et Dominique Guellec

le capital lui-même et non la connaissance qu'il engendre. L'idée


(développée par Durlauf [1991], et fondée sur les travaux historiques de
Rosenberg [1982]) repose sur l'existence de complémentarités entre
activités et entre firmes, en présence d'incomplétude des marchés. Par
exemple, la construction de chemins de fer nécessite une industrie
sidérurgique, laquelle a besoin pour son activité de moyens de transport
efficaces. S'il n'existe pas de coordination entre les constructeurs de
chemin de fer et les sidérurgistes (par intégration des différentes firmes
ou par le marché), les deux activités auront un développement ralenti,
voire bloqué, le fonctionnement des marchés n'étant ni universel ni
toujours efficace, notamment dans un cadre intertemporel qui est ici
déterminant, des cas de ce type peuvent être courants. L'idée d'un
développement simultané de plusieurs activités nécessaire au dévelop
pement économique a été reprise et exprimée dans un modèle de
Murphy, Shleifer et Vishny [1989] (9).
L'externalité liée au capital produit des rendements croissants dans la
production de l'output. Si kj est le niveau de capital par tête de chaque
firme y, on a une fonction de production de la forme :

Y, = f(kj, K) (24)
avec :

K = £*,- (25)
i

on suppose que N, le nombre de firmes, est fixé. On se trouve bien dans


un cadre de concurrence parfaite. On peut aussi noter au passage la
similarité avec la fonction de production de Sheshinski [1967].
On peut résoudre plus facilement le modèle en prenant une forme
particulière de la fonction de production et de la fonction d'utilité. Si
c est la consommation, on prend :

u(c) = In (c) (26)

F(/c, K) = Ar-IC. (27)

La résolution du modèle laisse alors apparaître t


a) a + tï < 1. Ce cas correspond à des rendem
sants sur les facteurs accumulates, qui sont
et la connaissance globale, comme dans le mo
donc là un cas équivalent au modèle de cr
positive sur le capital. La croissance s'arrête
marginale (privée) du capital est égale au taux

(9) Il faut toutefois noter que dans le modèle de MURPHY


sont des externalités de demande qui entrent en jeu
technologiques.

Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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Les théories de la croissance endogène 331

lité positive sur le capital n'est pas suffisamment forte pour compenser
l'effet des rendements marginaux décroissants. Dans le long terme, ce
modèle se comporte alors comme le modèle simple de Solow, ou un
modèle à la Arrow-Sheshinski. L'arrêt de la croissance dans le long
terme dans cette configuration de paramètres n'est donc pas surprenant.

b) a + t) = 1. Ce cas correspond à une fonction de production à


rendements constants sur l'ensemble des facteurs accumulates. On
peut aussi remarquer que ce modèle se caractérise par l'absence de
dynamique transitoire. Toute trajectoire s'accomplit au taux constant
g, quel que soit la condition initiale.

0=aN"-p (28)

et la fonction de production peu

F(K, L) = T0 e5' K° L1 ~a . (29)


Sous cette forme réduite, le modèle est alors équivalent du point de
vue de l'observation et des tests empiriques à un modèle avec un
progrès technique exogène égal à g. Les propriétés du modèle à progrès
technique endogène sont cependant très différentes. Par exemple, une
taxe sur le facteur accumulate (la connaissance dans le modèle de
Romer, le capital dans le modèle de Solow) pénalise le taux de
croissance alors qu'elle n'a aucun effet sur l'équilibre dans le modèle
néo-classique de croissance exogène, mais seulement sur la dynamique
transitoire.

c) a + t| > 1. Ce cas correspond à une fonction de production à


rendements croissants sur les facteurs accumulates, le taux de crois
sance est alors en augmentation constante, g tend vers l'infini, le
modèle diverge. Cette caractéristique du modèle, avec la bifurcation
lorsque a + t) = 1 a rencontré le plus de critiques (voir les commentaires
de P.A. Chiappori, in Baldwin, [1989]). On la retrouve pourtant dans tous
les modèles de croissance endogène, plus ou moins bien dissimulée, y
compris ceux qui se fondent sur un progrès technique mu par des
dépenses spécifiques de RD et l'innovation de produits.
La croissance (les cas b et c) se manifeste par une augmentation du
stock de capital et donc par une augmentation du rapport capital/travail
puisqu'on a raisonné dans un modèle à population constante. Par
ailleurs, la productivité marginale du capital ne diminuant pas avec son
accumulation, on en déduit que la part du facteur travail doit tendre vers
zéro.

La présence d'une externalité positive liée à l'accumulation de


connaissance aura pour conséquence importante que l'équilibre décen
tralisé, c'est-à-dire l'équilibre concurrentiel, est sous-optimal. En effet,
chaque firme prévoit son plan de production en prenant en compte la
productivité marginale privée de la connaissance, qui est égale à
f'k dans le cadre d'une fonction de production f(k, K), alors qu'elle est
égale à f'k + dans le cas d'un calcul d'optimum social. L'équilibre de
Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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332 Bruno Amable et Dominique Guellec

marché conduit donc à un niveau d'investissement inférieur au niveau


de l'optimum social.
Dans le cas où a + Ti = 1, le taux de croissance de l'économie est alors
N"1 - p, ce qui est supérieur au taux obtenu dans le cas de l'équilibre
concurrentiel. Une économie dirigée de façon optimale investira donc
plus et croîtra plus vite qu'une économie décentralisée.
En retournant au modèle général, on doit constater que sauf cas
particulier, on n'obtient pas de sentier de croissance stable et soutenue
dans le long terme avec le premier modèle de croissance endogène
proposé par Paul Romer. Un cas correspond à l'extinction de la
croissance qu'on trouvait déjà dans le modèle néo-classique de Solow
sans progrès technique exogène. Un autre cas propose une croissance
explosive. Romer [1986] semble d'ailleurs plutôt attaché à justifier ce
troisième cas de figure (a + ti > 1 ) en présentant des séries statistiques
qui semblent indiquer une tendance à l'accélération du rythme de la
croissance économique au cours des trois derniers siècles.

2.1.2. Validations empiriques


Plusieurs types de tests statistiques ont été menés concernant les
relations entre investissement et croissance, portant sur différentes
hypothèses ou conséquences des modèles précédents. La première
famille de tests s'est développée autour de la question des relations
entre accumulation et croissance et des rendements d'échelle. Romer
[1987] régresse le taux de croissance de PIB sur celui du capital, pour
les États-Unis entre 1870 et 1980. Selon les formes choisies, il obtient un
coefficient de 0,87 à 1,01. Cette relation quasiment unitaire peut être
interprétée comme une validation de sa théorie. Cependant, la cons
tance du ratio produit/capital qu'elle implique est également prévue par
le modèle de Solow lorsque l'économie est à son équilibre de long
terme. Un coefficient de l'ordre de 0,3 (qui représente l'élasticité de
production au capital dans un modèle de type Solow) ne devrait
s'appliquer qu'à la dynamique transitoire. Ce test ne peut donc servir à
discriminer ces deux modèles. La différence entre ceux-ci réside dans
l'analyse du phénomène (l'accumulation est le véhicule du progrès
technique pour Romer, elle en est la conséquence pour Solow) et dans
la dynamique de court terme (élasticité unitaire pour Romer, de l'ordre
de 0,3 pour Solow). Un test vraiment structurel du modèle de Romer
demanderait à prendre en compte le nombre de firmes N, qui détermine
le rythme de croissance. Des obstacles méthodologiques (comment
prendre en compte le degré de concentration différent des économies)
et statistiques (il existe peu de sources internationales homogènes
concernant le nombre de firmes en séries longues) ont jusqu'à présent
empêché cela.
Des tests similaires aux précédents sont menés par Baldwin (1989) à
partir de l'équation suivante :

Y = Ka+ 6 L1 ~a (30)
Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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Les théories de la croissance endogène 333

où les rendements d'échelle ont pour valeur 1 + b. Estimant cette


relation pour cinq grands pays industriels, il obtient selon les pays un
coefficient 1+6 compris entre 1,1 et 1,6, accréditant l'idée que les
rendements sont croissants. Cependant, pour que la croissance soit
endogène, il est nécessaire dans ce modèle que a + b soit supérieur ou
égal à 1, ce que ne montrent pas les résultats de Baldwin.
Ce type d'estimation rejoint l'ensemble des travaux menés pour
estimer la « relation de Kaldor-Verdoorn », qui relie directement la
croissance de la productivité à la croissance de la production, au niveau
macro-économique (Kaldor [1966]). Un coefficient de Kaldor-Verdoorn
de l'ordre de 0,5 signifie qu'une augmentation de 1 % des inputs
entraîne une augmentation de 2 % de la production globale. De
nombreuses estimations de cette loi ont été effectuées, à la fois en
coupe internationale et sur séries temporelles nationales (10), tendant à
valider l'existence d'une liaison positive entre productivité et croissance
pour certains pays, compatible avec des spécifications de divers types
d'économies d'échelle dynamiques dans la production.
D'autres tests ont cherché à éclaircir les relations entre taux d'investis
sement et taux de croissance du produit. Cette relation est inexistante
dans le modèle de Solow en régime d'équilibre, où le taux d'investisse
ment détermine le niveau du produit mais non son évolution. En
revanche, dans un modèle simple de croissance endogène, du type

Y = AK, l'élasticité du produit au capital est unitaire

Y a K
- = A -. Le taux de croissance du produit est directement proportionnel
au taux d'investissement. Encore une fois, l'élasticité unitaire reliant Y à
K est aussi une prédiction du modèle de Solow une fois que celui-ci a
convergé vers son point stationnaire.
Barro [1991] et Romer [1990a] régressent en coupe internationale sur
certains pays le taux de croissance du produit (1960-1985) sur le taux
d'investissement (investissement public et privé divisé par le PIB). Ils
obtiennent tous deux un coefficient significativement positif (0,182 avec
un écart type de 0,027 pour Romer), peut-on en déduire que la
croissance est endogène ? Cela n'est pas si simple. En effet, ajoutant
dans son estimation, en plus du taux d'investissement, le carré de ce
taux, Romer obtient pour le premier un coefficient significatif et négatif
(le second étant encore positif). L'interprétation est que le taux d'inves
tissement a certes une influence positive sur le taux de croissance, mais
celle-ci décroît avec le niveau du taux d'investissement. Autrement dit la
productivité marginale de l'investissement est décroissante... ce qui
correspond au modèle de Solow I
Barro de son côté ajoute dans son équation un indicateur de capital
humain, le taux de scolarisation : le coefficient de ce dernier est positif,

(10) Voir AMABLE [1989],

Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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334 Bruno Amable et Dominique Guellec

mais celui du taux d'investissement devient alors négatif (et reste


significatif) : donc, pour un niveau donné de capital humain la relation
entre croissance et investissement est négative. De même, à une
équation montrant une relation négative entre taux de croissance et
niveau du PIB par tête (le test du « rattrapage »> : voir infra), Barro ajoute
le taux d'investissement. Celui-ci sort certes avec un signe positif, mais il
ne modifie pas le coefficient obtenu précédemment pour le niveau du
PIB. La conclusion qu'il en tire est que le ralentissement de la
croissance conséquent au niveau du PIB n'est pas dû à une baisse du
taux d'investissement, et que par conséquent seule une baisse de
l'efficacité de celui-ci peut expliquer le rattrapage... conformément à la
prédiction de Solow.
Cependant les estimations précédentes souffrent de deux biais. D'une
part, les taux d'investissement utilisés sont en valeur et non en volume :
ils prennent donc en compte le prix de l'investissement, qui peut être
très différent d'un pays à l'autre (du fait de rentes de situation ou de
taxes douanières). D'autre part, ils incorporent l'investissement en
structure au même titre que l'investissement en équipement, alors que
celui-ci est beaucoup plus porteur du progrès technique que celui-là.
Partant de cette critique, De Long et Summers [1990] proposent une
estimation en coupe internationale sur soixante pays, régressant le taux
de croissance du PIB par travailleur sur le taux d'investissement en
équipement en volume. Ils obtiennent un coefficient significatif de 0,3,
qui s'ajoute dans leur équation à « l'effet rattrapage » (influence négative
du niveau initial du PIB par travailleur sur son taux de croissance). En
revanche, l'investissement en structure n'a pas d'effet sur la croissance.
Ils procèdent à différents tests pour conclure qu'il y a bien causalité
allant du taux d'investissement en équipements vers le taux de crois
sance du PIB par travailleur.

Il est difficile de trancher dans ce débat à partir de ces résultats


contradictoires. Il apparaît cependant que l'investissement exerce une
influence sur la croissance plus forte que ne le prévoit Solow, mais
moins forte que ne le prévoient les modèles précédents de croissance
endogène. D'autres mécanismes doivent donc être invoqués pour
justifier pleinement celle-ci. Ils seront examinés plus loin.

Au-delà des prévisions de la croissance endogène, il y a les hypothè


ses, les mécanismes sur lesquels repose le phénomène. Concernant
l'investissement, on en a recensé deux : le « learning-by-doing »
(l'apprentissage) et les « spillovers » technologiques.

Le progrès technique lié à l'apprentissage provient du fait que la


productivité est fonction de l'expérience cumulée dans la production
(Arrow, [1962a]). Cette forme d'économies d'échelle a notamment été
observée lors de la production en série d'avions aux États-Unis
(Alchian [1959, 1963]) et a connu une grande popularité dans la
littérature managériale. Plus récemment, Ayres [1985] a construit une
« courbe d'expérience » qui met en relation pour un certain nombre de
secteurs la production cumulée et la productivité. Les principaux
secteurs concernés sont l'automobile, l'aéronautique et les composants
Rev. écon. pot. 102 (3) mai-juin 1992

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Les théories de ta croissance endogène 335

électroniques, une étude monographique réalisée sur les usines de


rayonne de Dupont (Hollander [1962]) montre que 90% des gains de
productivité qu'elles ont réalisés durant les années 50 provenaient
d'améliorations issues directement de l'expérience. De même, des
industriels japonais de l'automobile interrogés par S. Watanabe [1990]
estiment que l'apprentissage dans l'atelier est plus important que
l'automatisation pour accroître la productivité.
Les externalités technologiques ont été testées directement à un
niveau sectoriel par Caballero et Lyons [1989]. Ces auteurs procèdent à
des estimations de rendements d'échelle : ils arrivent au résultat qu'une
augmentation de 1 % des inputs dans un secteur seulement accroît sa
production de 0,8 %. Il y a donc des déséconomies d'échelle à l'intérieur
de chaque industrie. En revanche, lorsque tous les secteurs augmentent
leurs inputs de 1 %, leur production s'accroît de 1,3 % : il y a donc des
économies d'échelle au niveau global, pouvant provenir d'externalités
intersectorielles. Ce phénomène est parfois invoqué pour expliquer la
simultanéité des fluctuations conjoncturelles de la production dans
l'ensemble des secteurs. Mais il est possible que ce phénomène tienne à
des mécanismes keynésiens (demande et taux d'utilisation des facteurs)
plus qu'à des raisons d'ordre technologique.
Cette première famille de modèles de croissance endogène intègre
donc un ensemble de phénomènes avérés, même si l'absence de
mesure induit des doutes sur leur capacité à assumer, à eux seuls,
l'endogénéité de la croissance.

2.2. Innovation technologique et croissance


endogène

Les modèles précédents attribuent la croissance endogène à une


externalité due au capital physique, donc issue de l'investissement.
L'existence de rendements d'échelle est sous-jacente à ces externalités.
Une vision alternative et complémentaire a été proposée, attribuant la
croissance de la productivité à une activité spécifique, la Recherche et
Développement, les dépenses de R & D permettent la mise au point de
biens d'équipement nouveaux, plus productifs que les anciens, le
progrès technique s'incorpore principalement dans le capital physique
mais il ne résulte pas de l'investissement dans ce type de capital, les
modèles retenant un tel mécanisme comportent donc un secteur séparé
qui produit l'innovation. Les inputs nouveaux peuvent s'ajouter aux
anciens (modèle de Romer), ou s'y substituer (modèle d'Aghion et
Howitt). Dans le premier cas, la croissance est due à l'augmentation du
nombre d'inputs différents disponibles, donc à leur spécialisation
accrue. Dans le second cas, elle est due à l'accroissement de la qualité
des inputs effectivement utilisés. Alors que le premier modèle se
rapproche d'une problématique smithienne, le second est plutôt fondé
sur l'approche schumpétérienne de la destruction créatrice.

Rev. écon. pot. 102 (3) mai-juin 1992

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336 Bruno Amable et Dominique Guellec

2.2.1. Le « second modèle de Romer » [1990b]


Le second modèle de Romer est celui qu'il a le plus développé à ce
jour. Comme le premier, il situe la source de la croissance dans une
augmentation de la division sociale du travail. Celle-ci est cependant
explicite dans ce modèle, sous la forme d'un nombre croissant d'inputs
de production, différents et spécialisés. Contrairement au premier
modèle, l'augmentation de la spécialisation des inputs n'est pas un
produit-joint de l'investissement des firmes, mais le résultat d'une
activité spécifique et rémunérée : la Recherche-Développement. L'inno
vation technologique est donc au cœur de la croissance et résulte d'un
choix des agents. De plus, elle procure un pouvoir de monopole, qui est
l'incitation première à mettre en oeuvre les nouveaux procédés. Ainsi, le
modèle de Romer, comme ceux qui lui sont proches (Aghion et Howitt
[1990] ; Grossman et Helpman [1990, 1991]), s'inscrit dans une perspec
tive schumpeterienne de la dynamique économique.
L'économie possède trois secteurs : la recherche, les biens intermé
diaires et le bien final. Il existe quatre inputs de production, le capital
physique, le travail non qualifié L, le capital humain H et la technologie.
Le niveau technologique peut croître sans limite, mais le niveau de
capital humain H de toute l'économie est fixe. Cela tient au fait que le
capital humain est entièrement incarné dans les personnes physiques,
et qu'on considère une population fixe, afin de ne pas prendre en
compte une source exogène de croissance. Il existe donc une différence
importante entre cette conception du capital humain et celle qu'on
retrouve dans Lucas [1988]. Le capital humain ne sera pas la variable
dont le niveau par tête peut croître sans borne, c'est la connaissance
technique qui jouera ce rôle. Le capital humain peut être utilisé dans la
production de nouvelles connaissances (dans le secteur de la recherche)
et dans la production du bien final.
L'originalité principale du modèle réside dans la forme que prend le
capital physique. Il ne s'agit pas d'un bien homogène, mais d'un
ensemble d'inputs différents représenté sur un continuum :

(31)

où x(i) représente la quantité de l'input /' utilisé dans la production.


L'accroissement du stock de capital se fera par une augmentation du
nombre des inputs (donc une augmentation de A) et non par un
accroissement de la quantité de chacun d'entre eux. A l'équilibre, on
aura :

Donc, croissance du capital et progrès technique se font au même


rythme. Ce dernier consiste en une production d'inputs de plus en pl
spécialisés, traduisant une division sociale du travail qui s'accro
Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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Les théories de la croissance endogène 337

L'idée est alors la même que celle du premier modèle de Romer [1986],
mais elle est ici explicitée directement dans la formalisation.
Le bien final est produit avec du capital humain, du travail et du capital
physique selon :

Y(H,, L, Xj) = H° Lß l\(/)1 —d/. (33)


Jo

où H, est le capital humain consacré à l'activité productive.

Cette fonction de production, présentée dans Ethier [1982], est à


rendements constants. Cependant, une augmentation du nombre des
inputs utilisés dans la production, c'est-à-dire une augmentation de A,
augmente la production de bien final. Les inputs x(i) constitutifs du
capital ne sont pas consommés dans la production mais seulement
utilisés (leurs services sont consommés).
Les nouveaux biens intermédiaires sont produits d'une part avec un
plan (un « design ») acheté au secteur de la recherche et d'autre part ii
unités de biens intermédiaires. Ce secteur est donc à rendements
croissants en raison du coût fixe que représente l'achat de brevets au
secteur de la recherche nécessaire pour produire une quantité quelcon
que d'un nouveau bien intermédiaire.

c(x) = pA + f\rx. (34)

En fait, tous les biens intermédiaires sont p


conditions, ils ne diffèrent donc pas véritable
tous utilisés dans une même proportion et on
peut donc poser que x(i) = x pour tout /'. La fonc
alors s'écrire :

Y = AH" lp x1 _a~ß (35)


mais il faut bien remarquer que le terme en x n'est pas un fa
une constante, alors que A n'est pas une constante mais con
véritable moteur de la croissance endogène.
En raison des conditions de production, chaque producteur
de production possède un monopole sur la production du bien
acheté le plan de fabrication. On retrouve là une idée schump
les innovations garantissent un certain degré de monopole et
profit supplémentaire. En raison des améliorations appo
l'innovation et de l'exclusivité que possède l'innovateur (qui
l'inventeur), il peut demander un prix supérieur au coût marginal.
Le secteur de la recherche permet de trouver de nouvea
intermédiaires. Les firmes qui s'occupent de la recherche tro
nouvelles idées de biens intermédiaires et augmentent le nom
biens disponibles pour la production du bien final. Les ch
repoussent donc la « frontière » de ces biens A selon :

À = SH2 A (36)
où H2 est le capital humain consacré à la recherch

Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin

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338 Bruno Amable et Dominique Guellec

Ce secteur est donc à rendements dynamiques croissants. Plus on


consacre de ressources à la recherche, plus la productivité de ce
secteur s'accroît. Seule une telle hypothèse permet d'assurer une
À
croissance soutenue de la technologie : - ne s'annule pas quand A est
M

grand. On retrouve ici le même type de formulation que dans les


modèles précédents : une croissance soutenue dans l'activité d'accumu
lation, assise sur des rendements d'échelle croissants, est nécessaire à
une croissance soutenue du produit final.

Pour justifier ces rendements croissants, Romer invoque la nature


particulière de la connaissance comme bien économique. Elle est un
bien « non-rival » : l'utilisation d'une connaissance par un individu
n'exclut pas son utilisation simultanée pour un autre. Chaque chercheur
a accès aux découvertes de l'ensemble de ses collègues présents et
passés pour effectuer ses propres travaux. Le stock de connaissance
intervient donc directement dans la production des connaissances
nouvelles. Le coût économique attenant à l'utilisation de ce stock est
minime (abonnements, photocopies). Conforme à la tradition néo
classique, Romer considère donc la connaissance comme un bien
public.

Cependant, les firmes doivent payer pour acquérir le droit de produire


les inputs nouvellement découverts. Cela tient à l'existence d'un
système de brevets, qui fait de la connaissance un bien dont on peut
interdire juridiquement l'usage direct. En ce sens, la connaissance est
un bien « exclusif », c'est-à-dire qu'il est possible d'empêcher certaines
formes de son usage.

La production de connaissances présente donc un rendement privé


(vente des brevets) et, en plus, un rendement social lié à l'externalité
positive. La connaissance produite est non seulement utilisée pour
accroître la productivité du secteur du bien final, mais aussi (et ceci
gratuitement) pour accroître la productivité du secteur de la recherche.

Le marché du bien final est concurrentiel, en accord avec l'hypothèse


de rendements constants, alors que les biens intermédiaires sont
vendus au prix de monopole.

La fonction d'utilité du consommateur représentatif est à élasticité de


substitution constante, comme dans l'équation (13) du modèle « A/r».

L'équilibre est défini comme un sentier pour les prix et les quantités
tel que :

— les consommateurs épargnent et consomment en prenant le taux


d'intérêt r comme donné ;
— les détenteurs de capital humain décident de l'allocation de leurs
ressources (vers le secteur de la recherche ou celui de la production) en
prenant le stock de connaissance A, le prix des nouveaux plans de
fabrication PA et le taux de salaire wA comme donnés ;

Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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Les théories de la croissance endogène 339

— les producteurs de bien final choisissent leurs inp


tous les prix comme donnés ;
— les producteurs de biens intermédiaires maximise
prenant le taux d'intérêt et la courbe de demande de
comme donnés ;
— les firmes voulant produire de nouveaux biens int
prennent le prix des plans de fabrication comme donné ;
— les marchés sont en équilibre.
Il s'agit donc bien là de la résolution de l'équilibre déce
de l'optimum du planificateur social. La solution d'un se
est telle que A, K (c'est-à-dire l'ensemble des biens inte
croissent à taux constant, H, et H2 sont constants.
L'expression du taux de croissance est alors la suivante :

g= «37>
Aa + 1

avec :

A = . (38)
(1 — « — ß)(a + ß) V '
L'expression du taux de croissance appelle plusieurs remarques.
Contrairement à certains des modèles vus précédemment, g ne dépend
pas de la taille de la population active L, en considérant évidemment que
H ne dépende pas de L. Il ne dépend pas non plus de -n, c'est-à-dire de la
technologie pour produire les biens intermédiaires. En revanche, le taux
de croissance est d'autant plus élevé que H2, le capital humain consacré
à la recherche, est important. C'est donc l'allocation du capital humain
entre les secteurs de la production du bien final et la Recherche
Développement qui déterminera la valeur du taux de croissance d'équili
bre. Les paramètres de la fonction d'utilité du consommateur représen
tatif entrent dans la détermination du taux de croissance de la manière
habituelle.

H2, comme g, est croissant avec H :

H-pA
H* = Â^f (39)
Une économie fortement dotée en capital humain croîtra plus vit
elle consacrera plus, en part et en niveau, à l'accumulation de sa
Inversement, un niveau trop faible de H entraînera H2 = 0, la totalité
capital humain étant alors consacrée à la production, le tau
croissance g sera dans ce cas nul. On s'éloigne donc du modèl
classique, qui prévoyait une convergence internationale des taux
croissance des économies. La possibilité d'un non-développement
existe donc dans le modèle de Romer.

On montre par ailleurs que le taux de croissance optimal (c'est-à-dire


celui qui permet la maximisation de l'utilité intertemporelle du consom

Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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340 Bruno Amable et Dominique Guellec

mateur sous la seule contrainte de ressources, ce qui correspond au


programme du planificateur social) est supérieur au taux de croissance
d'équilibre : la fraction du capital humain consacrée à la recherche est
plus élevée à l'optimum qu'à l'équilibre. La raison en est que les agents
isolés ne prennent pas en compte l'externalité engendrée par les
produits de leur recherche, contrairement à ce que ferait un planifica
teur : le rendement privé de la recherche est inférieur à son rendement
social, un résultat traditionnel.

Les conclusions concernant la politique économique sont multiples :


— une politique de soutien à l'éducation (hausse de H) sera efficace ;
— une politique de subvention à la recherche (augmentation de 8)
sera également efficace ;
— en revanche, une politique d'aide à l'investissement (baisse de ti)
sera sans effet sur le taux de croissance de long terme puisque ^
n'intervient pas dans l'expression de g. Ceci provient du fait qu'à
l'équilibre, x est fixé, la croissance de l'output ne provenant pas d'une
hausse de la quantité utilisée de chaque input mais d'une augmentation
du nombre des inputs. La baisse du coût d'un input donné est donc sans
effet dynamique. Ceci est différent du résultat du premier modèle de
Romer, dans lequel une subvention à l'investissement permettait de
rapprocher le taux de croissance d'équilibre de l'optimum social.

On peut avancer deux remarques critiques au deuxième modèle de


Romer. D'une part, la dépendance directe du taux de croissance de la
production par rapport à la quantité de capital humain entraîne que la
taille du pays (mesurée par le nombre de travailleurs qualifiés et non par
la main-d'œuvre totale) influe fortement sur sa croissance. On peut alors
en tirer un message optimiste sur les effets de l'unification économique
de l'Europe en 1993. Mais on s'explique alors assez mal le repli des
États-Unis face à des concurrents plus petits, Japon et Allemagne par
exemple.

Romer considère que le stock global de capital humain est fixe, car
incarné dans la population, dont la taille est constante. Cependant, son
modèle s'accomoderait assez mal d'une croissance du capital humain,
qui, sans autre modification, engendrerait une croissance explosive.
Dans ce cas, la croissance observée du capital humain au cours du
temps dans les pays du Nord de la planète devrait aboutir à une
accélération tendancielle de la croissance économique, il ne semble pas
qu'on observe au cours du XXe siècle un tel phénomène. Certains
mécanismes fondamentaux de la croissance sont donc absents du
second modèle de Romer.

D'autre part, le changement technique est à ce point cumulatif que


tous les biens intermédiaires découverts restent en activité même après
la découverte de nouveaux biens. Le nombre de biens s'accroît sans
cesse et la part de chacun dans le capital tend vers zéro. L'aspect
schumpeterien de « destruction créatrice » (les nouveaux biens rendent
caduques les anciens) n'est donc pas présent dans ce modèle. En

Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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Les théories de ta croissance endogène 341

revanche un tel aspect figure bien dans le modèle de Aghion et Howitt


[1990] que nous exposons maintenant.

2.2.2. Le modèle d'Aghion et Howitt [1990]


Aghion et Howitt [1990] proposent un modèle de croissance et
d'innovation à trois secteurs (recherche, bien intermédiaire et bien de
consommation), où le nombre de biens intermédiaires est fixe, mais où
le progrès technique consiste en l'invention d'un nouveau bien intermé
diaire qui remplace celui qui était précédemment en place. L'innovation
remet alors en cause la rente de monopole du producteur de l'ancien
bien intermédiaire, tout en procurant une hausse de productivité pour
l'ensemble de l'économie et pour les périodes à venir. L'externalité
technologique est alors essentiellement intertemporelle, il existe aussi
dans ce modèle une externalité négative de l'innovation, du fait de la
perte que subit le producteur de l'ancien bien intermédiaire lorsqu'un
innovateur lui prend son marché. L'innovation présente donc un aspect
destructeur.

La croissance provient de l'innovation, elle-même permise par l'accu


mulation de la connaissance. La fonction de production du bien final est
extrêmement simple :

y= AF(x) F' > 0 F" < 0 (40)

x est le montant de biens de production utilisé dans le secteur du bien


de consommation.

Chaque innovation dans le secteur des biens de production améliore


la productivité dans le secteur du bien de consommation d'un facteur 7.
Ainsi, au bout de t innovations :

A, = A0 y'. (41)

Le bien de production (qui est ici unique, mais il est possible de passer
à une configuration multi-sectorielle) est produit par un monopole qui
fait face à une courbe de demande qui est :

p, = AF'Or,) (42)

il maximise alors son profit :

[A, F '(x,)-w,]xt (43)

tion s'écrit :

ù, = F'(x,) + x, F"(xt) (44)

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342 Bruno Amable et Dominique Guellec

d'où on peut alors tirer le montant de bien intermédiaire correspondant


à la /-ième innovation qui entrera dans la production du bien final :

*f = ù-1K). (45)

Le profit du monopole s'écrit alors :

it, = A,ü(ü>(). (46)

Les innovations surviennent à un momen


occurrence est fonction d'une loi de Poisso
temps écoulé entre deux innovations est do
note z est le montant de travail qualifié co
montant de travail spécialisé. L'objectif de la

M>(2,s)V/ + 1 - wtz- wfs (47)

avec V(+1 la valeur de la / + 1-ième innovation. Tout le travail sp


disponible dans l'économie, R, est consacré à la recherche. En p
<j>(/7,) = 4>(/7,, R) (4»(0) = 0, 4>'>0, <t>"<0), la condition de maximisa
pour n, # 0 peut s'écrire :

-w, = 0. (48)

La valeur de la t + 1 -ième innovati


firme monopoliste qui commercial
dant et de la durée probable de l'
pourra s'exercer :

IT/ L 1

V,+ 1= —^ : • (49)
r + X<p(/j,+ 1)

On peut alors déduire une relation qui égalise le coût marg


recherche (membre de gauche) à son bénéfice marginal (m
droite) :

5(N - nt) 7tt[(N - /7, + 1)]


— . (50)
W(nt) A + \ç(n(+1)

Cette relation fait dépendre le montant des ressources consacrées à la


découverte de la /-ième innovation, n„ du montant de ressources qui
sera consacré à la t+ 1-ième innovation, nt + v La relation dynamique
doit donc se lire comme :

n, = Mnt+1). (51)

Le producteur de biens intermédiaires


innovation prend en compte, par le biais
qui va suivre et qui signifiera pour lui
disparition de ses profits. Le bénéfice mar

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Les théories de la croissance endogène 343

ième innovation dépend négativement de nt + v le montant de recherche


qui sera consacré à la / + 1 -ième innovation, car un accroissement des
ressources consacrées à la recherche va à la fois faire augmenter les
salaires et diminuer l'espérance de vie de la /-ième innovation, ces deux
éléments diminuant le profit qu'un monopole pourra tirer d'une innova
tion.

Le modèle d'Aghion et Howitt peut admettre trois types de solutions.


Le premier est l'équilibre stationnaire : un point fixe, n = <\>(n), où un
montant constant de ressources est consacré à la recherche. Dans ce
cadre, du fait de la nature stochastique de l'innovation, le PIB suit une
marche aléatoire autour d'une tendance. Le taux moyen de croissance,
qui est une fonction croissante du montant de ressources consacré à
l'innovation et de la taille y des innovations. Comme le montant de
recherche engagé pour une innovation dépend négativement de celui
qui sera engagé pour l'innovation suivante, l'effet désincitatif d'un n
élevé à la période suivante peut, dans certaines configurations, découra
ger complètement d'engager des recherches, auquel cas l'économie
connaît une croissance nulle, ce qu'Aghion et Howitt appellent un «no
growth trap ». Enfin, dans un cas frontière entre les deux précédents,
l'économie peut aussi connaître un cycle à deux périodes, alternant un
fort montant de ressources consacré à la recherche avec un montant
plus faible. Dans ce dernier cas, c'est la perspective d'un n élevé à la
période suivante qui décourage d'engager des recherches importantes,
alors que l'effet inverse joue pour la période précédente.
Dans ce modèle, le montant de ressources consacrées à la recherche
dépend négativement du taux d'intérêt, positivement de la taille -y des
innovations et du paramètre \ d'arrivée des technologies, et, comme
dans le second modèle de Romer, positivement du nombre de travail
leurs qualifiés qui peuvent être employés dans le secteur de la recher
che. Dans ce modèle comme dans le second modèle de Romer,
l'éventualité d'une augmentation de la population des travailleurs
qualifiés n'est pas abordée. On peut en effet s'attendre à ce que, sans
autre modification, une augmentation régulière de la taille du « capital
humain » conduise à une croissance explosive.
Comme dans les autres modèles de croissance endogène, la présence
d'externalités implique une sous-optimalité de l'équilibre concurrentiel.
Il est à noter que les externalités ne sont pas exactement de même
nature que dans le second modèle de Romer. Notamment, il n'y a pas
d'externalité positive instantanée de la recherche, c'est-à-dire qu'il n'y a
pas de « spillovers » de la recherche à une période donnée, l'arrivée des
innovations suivant une loi de Poisson. Les considérations de Romer sur
le caractère exclusif ou non de la recherche sont donc absentes de ce
modèle. En revanche, l'externalité intertemporelle subsiste car chaque
innovateur améliore le niveau de productivité pour toujours.
La différence la plus importante par rapport au second modèle de
Romer est que les mécanismes décentralisés peuvent aussi bien
conduire à un rythme d'innovation inférieur à l'optimum social (comme
chez Romer) qu'à un rythme d'innovation supérieur à ce qui serait
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344 Bruno Amable et Dominique Guellec

optimal. Le taux de croissance de l'économie sera donc inférieur ou


supérieur à l'optimum social suivant les cas. En revanche, les modèles
où l'innovation accroît la gamme des produits disponibles, avec la
présence d'externalités positives instantanées de la recherche, condui
sent toujours à un rythme d'innovation inférieur à l'optimum dans le cas
de l'équilibre de marché. Ce n'est pas le cas dans les modèles où chaque
innovation rmplace l'innovation précédente, car il existe alors une
externalité négative : la nouvelle innovation supprime la rente du
précédent innovateur, non prise en compte par le nouvel innovateur. Ce
phénomène explique aussi pourquoi l'innovation sera toujours le fait
d'un agent externe au processus de production. Ce dernier ne prend en
compte que les profits que lui rapportera le monopole du nouveau bien
intermédiaire, alors qu'un producteur déjà installé devra en soustraire
les profits qu'il aurait pu réaliser à partir de l'ancien bien intermédiaire.
Remarquons aussi que lorsqu'il est possible de faire varier la taille des
innovations (-y), l'équilibre décentralisé conduit toujours à des innova
tions d'une taille inférieure à l'optimum social.
Une autre remarque concerne le mode de résolution du modèle, qui
correspond à la solution de prévision parfaite. Si on peut comprendre
les raisons qui amènent des formalisateurs à considérer ce type de
solution, il faut toutefois noter qu'un élément important de la problémati
que schumpeterienne, l'incertitude liée à l'innovation, est absent de la
représentation choisie. D'autres modes de formation des anticipations
donneraient peut-être d'autres types de solution.

2.2.3. L'innovation de produit


Les modèles précédents présentaient l'innovation dans le secteur des
biens de production, résultant en une augmentation de la productivité.
Le modèle qui suit (Guellec et Ralle [1991]) analyse l'innovation de
produit dans le secteur des biens de consommation. L'idée de départ est
que les consommateurs ont un goût pour la diversité : leur utilité
s'accroît plus avec le nombre de produits différents qu'ils consomment
qu'avec la quantité de chacun. Pour chacun des individus (qui sont en
nombre L) ceci peut s'écrire, à la suite de Dixit et Stiglitz [1977] :

(52)

Le paramètre e représente l'inverse du goût pour la diversité et p est la


préférence pour le présent. La formulation du modèle en temps discret,
alors que les précédents étaient en temps continu, ne change pas son
fonctionnement ni le sens de ses résultats.
Les biens sont produits selon une technologie identique et avec une
productivité supposée, par simplicité, constante au cours du temps. Le
seul facteur de production considéré est le travail. L'invention de
nouveaux biens requiert un coût de R&D, c'est-à-dire une certaine

Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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Les théories de la croissance endogène 345

quantité de travail, et se fait selon une spécification identique à celle de


Romer [1990b] :

ï,
(53)

où T, représente le nombre des travailleurs affectés à la recherche.


Le processus de croissance dans un tel contexte consiste en une
augmentation du nombre des biens différents disponibles, n, qui est la
variable technologique accumulée. Le financement des dépenses de
R&D est assuré par l'épargne des individus, qui est prêtée aux
entreprises innovatrices. Celles-ci vendent leurs découvertes aux entre
prises productrices de biens et remboursent ainsi les épargnants. Une
hypothèse essentielle du modèle est que ces entreprises ne jouissent de
l'exclusivité sur le brevet qu'elles ont acheté que durant une seule
période : au-delà la découverte entre dans le domaine public. En
conséquence à chaque instant coexistent sur le marché deux types de
biens. Les biens nouveaux d'une part, qui sont monopolisés chacun par
une entreprise qui peut ainsi fixer un prix lui assurant une rente et
remboursant le coût de l'invention. Les biens anciens d'autre part, qui
sont concurrentiels et dont le prix égale donc le coût marginal. La rente
liée à l'innovation est ainsi temporaire, ce qui rapproche ce modèle de la
vision schumpeterienne et l'éloigné de Romer [1990b], Et ce caractère
temporaire ne vient pas du remplacement du bien par un autre bien plus
performant, comme dans Aghion et Howitt [1990], mais du mécanisme
d'imitation, également invoqué par Schumpeter.
Le taux de croissance du nombre de biens est à l'équilibre concurren
tiel :

nt — nt~ ï _ (54)
n. 1 + p0

Le taux de croissance est d'autant plus élevé que la préférence des


consommateurs pour la diversité (1/e) est grande : ils sont d'autant plus
disposés à payer un prix élevé en échange d'un plus grand nombre de
biens. Il varie inversement à leur préférence pour le présent : car celle-ci
gouverne leur taux d'épargne, lequel détermine les ressources investies
dans la recherche. Enfin, le taux de croissance dépend aussi de la taille
de l'économie, représentée par la population L. Ce sont ici les écono
mies d'échelle (la R&D est un coût fixe) qui jouent, comme dans la
plupart des modèles de croissance endogène. Dans le cas où L est trop
petit il peut y avoir un équilibre avec croissance nulle.
On montre également que le taux de croissance à l'équilibre est
inférieur à l'optimum social. Une première raison est identique à celle
qui intervient dans Romer [1990b]: Pexternalité intertemporelle sur la
connaissance (les biens inventés aujourd'hui accroissent le nombre des
inventions dans le futur) n'est pas prise en compte par les entreprises.

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346 Bruno Amable et Dominique Guellec

Mais il y a aussi une raison supplémentaire qui tient au système de


propriété intellectuelle. La durée limitée à une seule période des brevets
entraîne que les consommateurs doivent payer dès aujourd'hui une
invention qui leur bénéficiera dans tout le futur : l'usage des techniques
anciennes est gratuit non seulement dans l'activité scientifique, mais
aussi dans l'activité de production. On peut aussi remarquer que la
différenciation des prix des biens selon leur ancienneté entraîne une
distorsion dans la structure de la consommation, au détriment des biens
nouveaux qui sont plus chers, ce qui est également sous-optimal.

2.2.4. Validations statistiques


Tester la forme structurelle des modèles précédents pose des problè
mes spécifiques, qui ne sont généralement pas résolus et conduisent à
tester des formes réduites relativement peu discriminantes. Un certain
nombre de travaux économétriques ont procédé à l'estimation de
l'influence des dépenses en Recherche et Développement sur certaines
variables telle la productivité (11). Les analyses ont porté sur des
entreprises ou sur des secteurs. Elles aboutissent à des résultats assez
divergents sur l'ampleur des effets de la R & D. Ainsi, l'élasticité estimée
de la production au stock de R & D varie de 0,06 à 0,1, et le taux de
rendement (la productivité marginale de la R & D) varie de 0,2 à 0,5, étant
généralement plus proche du bas de la fourchette. Cependant la plupart
de ces études reconnaissent l'existence d'une relation allant de la R & D
vers la productivité.
L'existence d'externalités liées à la R & D est par contre plus discutée.
De nombreux travaux ont tenté de les mesurer. Griliches et Lichtenber
ger [1982] estiment qu'elles sont réduites: l'effet sur la productivité de
chaque secteur de la R&D (de process) qu'il effectue lui-même est
largement plus significatif que la R & D incorporée dans les inputs qu'il
utilise. A l'opposé, Jaffe (1986) procède à une analyse au niveau des
entreprises : il trouve qu'un niveau plus élevé de R & D de la part des
« voisins technologiques » d'une entreprise accroît le nombre de brevets
par dollar dépensé en R & D de celle-ci. Ceci revient à un accroissement
de la productivité de la R & D, que Jaffe interprète comme résultant
d'une externalité technologique (les résultats des uns aident les recher
ches des autres). Griliches [1988] estime que: «alors que la présence
d'externalités devrait entraîner des coefficients [les élasticités de la
productivité à la R&D] sectoriels supérieurs aux coefficients individuels
des firmes, les études économétriques ne montrent pas cela d'une façon
convaincante ». Cependant des travaux plus récents (passés en revue
par Mairesse et Mohnen [1991]) utilisent des indicateurs plus sophisti
qués : la proximité entre secteurs est évaluée à l'aide de matrices input
output retraçant les flux de consommation intermédiaires, ou d'investis
sements, ou de brevets. La plupart de ces études concluent que, dans un

(11) Pour un panorama, voir GRILICHES [1988], MAIRESSE et MOHNEN [1991],

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Les théories de ta croissance endogène 347

certain nombre de secteurs, le taux de rendement de la recherche


effectuée dans les autres secteurs est significatif.
Il apparaît donc que la technologie circule entre les firmes et les
secteurs : une partie des transferts n'est pas prise en compte dans les
prix de vente des inputs, une partie s'effectue par le biais de revues
spécialisées et colloques. Dans tous les cas, conformément à la thèse de
Romer, une partie de ces transferts n'a pas de contrepartie monétaire. Il
y a donc des externalités, bien que leur ampleur soit difficile à mesurer
(et qu'elle varie fortement d'un secteur à l'autre).
Les trois modèles présentés font reposer la croissance endogène sur
une augmentation de la productivité de l'activité de R & D : le nombre ou
la qualité des découvertes, par chercheur ou par unité monétaire, croît
au cours du temps grâce au savoir accumulé auparavant. Cela est
nécessaire à l'obtention d'une croissance du stock de connaissances à
taux constant.

Englander, Evenson et Hazanaki [1988] ont procédé à des estimations


de la productivité de l'activité de recherche-développement. La produc
tion de la R & D est résumée par le nombre des demandes ou dépôts de
brevets. Les facteurs sont les dépenses en R & D ou le nombre de
chercheurs. Dans tous les cas, ils aboutissent à la conclusion que la
productivité de l'activité de recherche a sensiblement baissé depuis les
années 60, et cela dans tous les grands pays industriels. De plus, la
baisse est d'ampleur variable selon les secteurs (la construction électro
nique est moins touchée).
Même si cette conclusion est discutable (une moindre propension à
breveter peut refléter d'autres facteurs que la quantité des découvertes),
il apparaît en tous cas que la thèse d'une augmentation de la productivité
de la R & D est loin d'être prouvée.

2.3. Capital humain et croissance


La prise en compte du capital humain comme facteur de croissance
n'est pas spécifique aux modèles de croissance endogène, les travaux
d'analyse quantitative de la croissance (Maddison [1987]) menés dans la
tradition de Solow intègrent un indice de « qualité de la main-d'œuvre »
qui multiplie l'efficacité de celle-ci. Cependant les modèles de crois
sance endogène vont plus loin : ils font du capital humain une variable
accumulée (à un rythme endogène) et qui, dans nombre de cas, joue le
rôle de facteur moteur de la croissance, entraînant l'accumulation de
capital physique ou le progrès technique.
Le capital humain peut être défini comme la somme des capacités
ayant une efficience productive incorporées aux individus (ou aux
collectivités comme on le verra plus loin, mais ceci n'est pas pris en
compte dans les modèles suivants). Ces capacités peuvent être diver
ses : santé, force physique, connaissances générales ou techniques. Le
capital humain a donc la double caractéristique d'être de l'information,
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348 Bruno Amable et Dominique Guellec

du savoir (comme la technologie), et d'être appropriable par des


individus (comme le capital physique) puisqu'il leur est incorporé. Étant
du savoir, il est produit essentiellement avec lui-même. Les professeurs
forment les élèves, les élèves utilisent leurs connaissances présentes
pour en acquérir de nouvelles. Ceci apparente le capital humain à la
connaissance technique, et les règles d'accumulation avec rendements
d'échelle dynamiques peuvent donc lui être appliquées. Contrairement
au capital physique, supposé être sujet à des rendements décroissants
par rapport à lui-même, le capital humain peut donc engendrer un
processus de croissance endogène.
Un second argument, présenté par Lucas [1988], vise à privilégier le
capital humain sur la technologie comme facteur de croissance. Celle-ci
étant, selon Lucas, un bien public, accessible d'une façon identique à
toutes les nations, elle ne peut expliquer les différences internationales
de niveau et de taux de croissance du revenu. Le capital humain, en
revanche, est incorporé aux individus. Il est donc appropriable de par sa
nature même. A moins qu'il n'y ait circulation internationale des
individus, des pays les mieux dotés vers ceux qui le sont moins et
réciproquement, il n'y aura pas égalisation des niveaux de capital
humain entre nations.

De plus, le fait que le capital humain soit la propriété de l'individu qui


le porte permet de rester plus proche de la problématique néo-classi
que : les procédures standards de calcul individuel peuvent s'appliquer
sans restriction (le facteur accumulé n'est pas un bien public).

2.3.1. Le modèle de Lucas [1988]


Lucas [1988] propose un modèle formellement très similaire au
modèle présenté dans la section 1. Les différences essentielles sont :
l'introduction du capital physique, et surtout l'introduction d'une exter
nalité originale, issue du capital humain et portant sur la production.
Ces différences seront, on le verra, à l'origine des conclusions assez
spécifiques à ce modèle.
L'accumulation de capital humain par individu obéit à la loi suivante :

/7 = 8(1 - u)h (55)

où u représente le temps que l'individu c


final et donc (1 - u) celui qu'il consacre
ces (l'individu est doté d'un temps total
humain de l'individu.

La linéarité de l'accumulation en le niv


qu'on l'a vu, à une croissance persistante
accumulé est le capital humain, défier
apprend beaucoup plus au début de la v
fin, ce qui suggère une élasticité de h à
Lucas, cela provient plutôt d'une baisse

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Les théories de la croissance endogène 349

sage que d'une diminution de l'efficacité de celui-ci. Cette baisse


s'explique par la durée de vie limitée des individus, qui fait qu'un
investissement sera d'autant moins rentable qu'il est tardif : quel intérêt
aurait un retraité à accroître ses compétences professionnelles ?
Ce phénomène n'intervient pas ici, puisque l'individu considéré a une
durée de vie infinie : il s'agit plutôt d'une dynastie que d'un individu. Les
connaissances se transmettent de génération en génération : l'introduc
tion d'une certaine déperdition, analogue au taux d'usure du capital
physique, ne changera rien si elle est proportionnelle au niveau
accumulé. Par simplification, on suppose donc une transmission inter
générationnelle complète.
Il faut aussi noter que l'équation (55), malgré sa similitude avec (19),
présente une différence importante quant à la nature de l'externalité.
Dans le cas où le facteur accumulé est du capital humain, l'externalité
est purement intertemporelle et sera donc prise en compte par l'individu
dans son comportement d'accumulation. En revanche, lorsqu'il s'agit de
technologie, l'externalité n'est pas seulement intertemporelle, elle est
aussi interindividuelle : chaque individu bénéficie des efforts que les
autres ont effectués durant toutes les périodes antérieures, son propre
effort n'ayant que peu de poids dans le « pot commun ». L'individu dans
ce cas ne pourra internaliser l'externalité. Ainsi, le choix de la variable
accumulée a des conséquences importantes sur les comportements des
agents et donc sur la formation de l'équilibre.
La production de biens se fait selon la fonction de production, de type
Cobb-Douglas, suivante :

Q = AKß[ü/?]1 ~p /?a (56)


où K représente le capital physique et ha est le niveau moyen de ca
humain de l'ensemble des individus.

Puisque tous les individus sont supposés identiques, on obtiendra


équilibre symétrique avec ha = h. L'expression de la fonction de pr
tion présente clairement des rendements croissants, provenant d
présence de ha. Le niveau moyen de capital humain par tête agit co
une seconde externalité dans le modèle : celle-ci n'est pas nécessa
pour engendrer la croissance endogène, mais elle l'est pour obtenir
dépendance de la trajectoire du revenu par tête aux conditions init
et donc des différences internationales persistantes.
L'interprétation du rôle de ha proposée par Lucas fait intervenir
sorte de « compétence collective » liée aux échanges d'informatio
tous genres qu'opèrent les individus appartenant à une même col
vité. Un individu d'une compétence donnée sera plus ou moins eff
selon la compétence de ceux avec lesquels il entre en contact. Luc
met en avant l'existence et le rôle économique des grandes métrop
telle New York, et de leur périphérie, dans lesquelles se rassemblent ta
d'individus malgré le coût (notamment le logement) que cela représ
pour eux ; ils en tirent en contrepartie des rémunérations plus él
liées à leur plus grande productivité collective.

Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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350 Bruno Amable et Dominique Gue/lec

Le capital physique est accumulé selon la règle qui spécifie que tout
ce qui n'est pas consommé est épargné et consacré à l'investissement :

K = Q - c (57)

où c représente la consommation.
La fonction d'utilité est à élast
constante (équation (6)). Un sent
K, h, c et u qui sont solution
définition d'un sentier d'équilibre
de l'externalité. Elle rejoint celle
similaire. Les agents choisissen
c, u) en fonction d'un sentie
h coïncide avec ha, le système es
comportement réel et le comporte
La résolution du modèle se fai
les modèles précédents et fou
humain v (équilibre) et v* (optimu

V = (58)
<K1-ß + 7)-7 V '
v* = (1 — ß)(8 — p) + S'y
cr(1-ß + 7) [ '
et les taux de croissance du produit, de la c
par tête qui sont égaux :

9 = (1 + w ) ' (60)

g* = (i +^Tß ) "*■ (61)


La croissance sera donc d'autant plus rapide que l'efficacité 8 de
l'investissement en capital humain est élevée. Le taux de croissance
optimal est plus grand que le taux de croissance d'équilibre, et l'écart
augmente avec l'externalité -y. La présence de celle-ci n'est pas néces
saire à une croissance positive, et elle induit une progression plus
rapide du capital physique que du capital humain (g>f: la productivité
du capital humain augmente avec son niveau).
La principale originalité du modèle concerne l'explication des dispari
tés internationales de revenu par tête. Considérons deux pays ayant
initialement le même ratio « capital physique sur capital humain » (K/h).
le pays 1 est doté d'une plus grande quantité de chacun des deux
facteurs que le pays 2. En présence de rendements croissants, la
rentabilité du capital physique sera plus élevée dans le pays 1 : s'il n'y a
pas d'obstacle à la mobilité du capital physique, celui-ci tendra donc à
migrer du pays 2 (faiblement doté) vers le pays 1 (fortement doté). Loin
d'égaliser les niveaux de capital par tête entre pays, la mobilité des
capitaux l'accroît. Ce modèle rend donc compte du fait que l'accumula

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Les théories de la croissance endogène 351

tion de capital physique est plus dynamique au Nord de la planète qu'au


Sud, à l'inverse de la prévision du modèle néo-classique. De plus, du fait
de l'externalité sur le capital humain, un travailleur d'une qualification
donnée sera plus productif et donc mieux rémunéré dans un pays déjà
fortement doté en capital humain. Le modèle explique donc également
les fortes pressions migratoires du Sud vers le Nord.

2.3.2. Capital humain, R & D et travail non qualifié


Le modèle précédent introduit directement le capital humain comme
facteur de production des biens finaux. Le modèle de Romer [1990b], on
l'a vu, donne au capital humain un rôle un peu différent. Premièrement,
le capital humain est utilisé dans la production de la technologie. Il a
donc un effet direct sur le taux de croissance de celle-ci, et par
conséquent sur celui du revenu. Une augmentation du stock de capital
humain conduira, dans ce modèle, à une accélération de la croissance
due à une augmentation de la R & D. Mais cela n'est pas tout : une
variation du stock de capital humain ou de celui de main-d'œuvre non
qualifiée peut aussi, par des effets de substitution, avoir un impact
indirect sur la croissance de l'économie.

Pour mettre ce phénomène en évidence, Romer [1990a] présente une


version légèrement modifiée de son modèle. Il remplace la fonction de
production du bien final par :

(62)

avec

0(H,L)= [aH?+ (1 -a)Lß] " ß e [0,1 ]. (63)

Cette dernière fonction remplace donc la formulation Cobb-Douglas


du modèle initial (qui lui est équivalente si ß = 0). Supposons que, par
l'éducation, une partie du travail non qualifié se transforme en travail
qualifié. La baisse de L entraîne une diminution de la productivité
marginale du capital humain employé dans la production du bien : une
part plus faible du capital humain va donc s'employer dans cette activité.
L'ampleur de cette diminution dépend de l'élasticité de substitution
entre L et H, c'est-à-dire de l'efficacité de la formation. Si la diminution
est suffisamment faible, le niveau de H,, le capital humain consacré à la
production, augmentera, la production de biens augmentera, donc la
demande de capital, et en conséquence la rente associée à l'innovation.
Ceci jouera dans le même sens que la baisse de la productivité
marginale de H dans la production du bien : une plus grande part du
capital humain sera attirée vers l'activité d'innovation, et le taux de
croissance de l'économie en sera accru.

Ce modèle souligne donc deux mécanismes induisant une liaison


positive entre stock de capital humain et croissance de l'économie :
d'une part un effet direct en niveau, d'autre part un effet de substitution.

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352
Bruno Amable et Dominique Guellec

Plus les travailleurs qualifiés sont nombreux par rapport aux non
qualifiés, plus est grande la proportion d'entre eux qui se consacre à la
recherche plutôt qu'à la gestion.
Ce modèle permettrait donc d'expliquer pourquoi les pays les plus
dotés en capital humain, les grands pays de l'OCDE, sont aussi ceux qui
consacrent relativement le plus de ressources à la R&D, mais pas
pourquoi la Suède ou la Suisse (qui compte moins de chercheurs que la
Turquie) engagent des montants relatifs comparables à ceux du Japon
et des États-Unis.

Corollaire du raisonnement précédent, on voit qu'une croissance


démographique forte, se traduisant par une augmentation de la main
d'œuvre non qualifiée relativement à la main-d'œuvre qualifiée, entraî
nera une substitution en sens inverse : une plus grande part des
travailleurs qualifiés se consacrera à la gestion plutôt qu'à la recherche.
Une croissance démographique sans effort suffisant d'éducation
entraîne donc un ralentissement de la croissance.

2.3.3. Capital humain, démographie et sous


développement

Une extension explicite des modèles de croissance endogène vers la


démographie et l'économie du développement est proposée par Becker,
Murphy et Tamura [1990]. Ils visent à expliquer les différences de fertilité
entre les pays développés et les pays en développement en liaison avec
la croissance économique. Ils supposent d'une part une détermination
endogène de la fertilité et d'autre part une efficacité croissante de
l'apprentissage avec le niveau du stock de capital humain. Par rapport à
la fonction d'apprentissage retenue par Lucas (équation (55)), on aurait
ici un paramètre ô variable, fonction croissante de h.
Les parents investissent dans leurs enfants, par altruisme ou pour
s'assurer un revenu lorsqu'ils seront âgés. Cet investissement peut
porter alternativement sur le nombre des enfants ou dans la « qualité »
de chacun (leur capital humain). Le capital humain est accumulé selon
la même loi que dans le modèle de Lucas, avec des rendements
d'échelle dynamiques.
Lorsque le niveau initial du stock de capital humain est élevé,
l'accumulation peut se faire efficacement alors que l'accroissement de
la taille de la famille est coûteux (en temps) et peu rentable comparé à
l'éducation : les parents investiront donc en capital humain. Inverse
ment, quand le capital humain initial est rare, son accumulation est
coûteuse alors qu'une famille de taille élevée est rentable et coûte peu
car le temps de travail des parents est peu valorisé. En conséquence la
vigueur démographique des sociétés varie inversement par rapport à
leur niveau de développement économique. Plus précisément, Becker et
alii trouvent deux équilibres stables : un équilibre de croissance démo
graphique élevée et d'accumulation nulle du capital humain, et un
équilibre avec développement du capital humain et faible fertilité.

Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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Les théories de la croissance endogène 353

Le positionnement de l'économie sur l'une ou l'autre trajectoire sera


déterminé par sa dotation initiale en capital humain. Il existe un seuil en
deçà duquel l'économie s'enfonce dans la stagnation économique et la
croissance démographique et au-delà duquel elle entre dans un cercle
vertueux de croissance économique et de stagnation démographique, le
caractère cumulatif du développement et du non-développement écono
miques tient aux externalités intertemporelles introduites dans la fonc
tion d'apprentissage.
La conséquence est que « l'histoire compte », en ce sens que des
événements fortuits à un instant donné peuvent faire passer une
économie d'une trajectoire à l'autre et donc transformer toute son
évolution. Les auteurs invoquent par exemple de tels événements pour
résoudre cette grande énigme de l'histoire économique : pourquoi
l'Europe a-t-elle décollé au XVIIIe siècle, contrairement à d'autres
sociétés alors au moins aussi avancées (par exemple la Chine).
Un modèle proche est proposé par Azariadis et Drazen [1990]. Il se
différencie formellement du précédent par le fait qu'il est à générations :
chaque individu vit deux périodes seulement, il se forme et travaille
durant la première, il ne fait que travailler durant la seconde. Ceci
n'entraîne que des modifications dans la technique de résolution
mathématique. La seconde différence est que l'arbitrage pour les
individus se fait entre accumulation de capital humain, travail productif
et accumulation de capital physique (et non plus de descendants). Si le
stock initial de capital humain, hérité des générations précédentes, est
faible, alors l'efficacité de l'apprentissage est faible. Si elle est inférieure
au rendement du capital physique (lorsque celui-ci est tel que le ratio de
capital par tête est à l'équilibre, comme dans le modèle de Solow), alors
les individus préfèrent accumuler du capital physique (jusqu'à ce que
celui-ci atteigne son niveau d'équilibre) et travailler, plutôt qu'accumuler
du capital humain. L'économie est ainsi piégée dans une situation de
non-développement, avec stagnation du capital humain et du produit.
Il est aussi possible d'envisager une forme de la fonction d'apprentis
sage ô dépendant de h, le niveau de capital humain par individu, par
paliers : il existe des niveaux-seuils de capital humain qui font croître
l'efficacité de l'apprentissage de façon discontinue, et entre lesquels
celle-ci est stable. Le taux de croissance du revenu par tête, dans ce cas,
aura la même forme en escalier au cours du temps. Azariadis et Drazen
rendent ainsi compte des « étapes de la croissance économique »
analysées par Rostow. Une telle forme de la fonction d'apprentissage
peut être justifiée par l'existence de coûts fixes dans l'éducation. Par
exemple, il a fallu un certain niveau de capital humain des individus pour
qu'il soit rentable de mettre en place des universités qui constituent
pour une part un coût fixe. A leur tour, celles-ci ont accéléré l'accumula
tion du capital humain.

2.3.4. Validations statistiques


La rareté des statistiques concernant le capital humain fait que les
tests empiriques des théories précédentes sont rares. Faisant un bilan

Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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354 Bruno Amable et Dominique Guellec

des travaux menes depuis les années 60, Psacharopoulas [1984j estime
que le taux d'alphabétisation a un effet positif sur le taux de croissance
des économies en développement. Les tests menés plus récemment par
Barro [1991] montrent que, pour un niveau donné de PIB par tête en
1960, les pays qui avaient alors les taux de scolarisation les plus élevés
ont connu une croissance plus rapide que les autres. Barro [1991]
apporte aussi un appui au modèle de Becker et alii, en montrant une
relation économétrique (en coupe internationale) négative entre la
fertilité d'une part, et d'autre part le niveau de capital humain et le taux
de croissance du revenu par tête.

3. Les applications des modèles de


croissance endogène

3.1. Politique publique


et croissance endogène

Considérant les relations entre le comportement du gouvernement et


la croissance, les auteurs néo-classiques ont coutume de ne prendre en
compte que les prélèvements que fait l'État. Si l'État se finance par
emprunt, il pousse les taux d'intérêt à la hausse et par là évince les
emprunteurs privés. S'il se finance par des taxes sur la production, il
diminue le rendement privé du capital. Dans les deux cas, l'État a une
influence négative sur l'investissement privé et donc sur la production et
la croissance. Ceci est aggravé par les distorsions du système des prix et
de la concurrence qu'entraînent les impôts. Mais que fait l'État de ses
recettes ? Lorsque la question est posée, ce qui n'est pas toujours fait,
elle est éludée. Ainsi Rebelo [1990] écrit-il: «afin d'isoler les effets de
l'impôt de ceux des dépenses publiques, nous supposerons que ce
revenu sert à financer des biens qui n'affectent ni l'utilité marginale de la
consommation privée ni les conditions de production du secteur privé ».
L'impôt constitue alors simplement un tribut versé par des agents
productifs à une institution qui l'utilise uniquement à son propre
avantage, sans qu'elle possède elle-même de fonction d'utilité. L'État
est donc un non-agent qui vient ponctionner les recettes privées et
distordre le système de prix. Que dans ces conditions, il ne puisse avoir
qu'un rôle négatif dans la production et la croissance n'a rien de
surprenant.
La pertinence de l'hypothèse est cependant douteuse. Il est vraisem
olable qu'une partie des dépenses publiques puisse être qualifiée de
« somptuaire » ou d'« improductive » (12). Il n'en reste pas moins un

(12) Certains des biens de ce type peuvent entrer directement dans la fonction d'utilité des
consommateurs (musées, stades) et pas seulement dans celle des « bureaucrates ».

Rev écon pol 102 (3) mai-juin 1992

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Les théories de la croissance endogène 355

certain nombre de fonctions qui contribuent directement ou indirecte


ment à la productivité du secteur privé : la fourniture d'infrastructures
(routes, communications, réseaux urbains, ...), la contribution à la
formation ou l'entretien du capital humain (éducation, santé), la garantie
des droits de propriété (sécurité intérieure et extérieure). Certains de ces
biens et services ne peuvent être fournis que par les pouvoirs publics, ou
au moins sous leur contrôle : parce qu'il n'existe pas de possibilité d'en
empêcher l'usage par des agents privés (biens « non exclusifs », telle la
défense ou les routes), ou parce que le rendement privé qu'ils offrent est
inférieur au rendement social, ou parce qu'ils ne peuvent être financés
par les agents concernés malgré leur intérêt économique (éducation des
jeunes issus de catégories sociales défavorisées).
Le cadre de la croissance endogène se prête particulièrement à
l'intégration de ce type de phénomènes. L'idée de base est en effet la
suivante : les rendements d'échelle par rapport aux facteurs privés ne
sont pas croissants (ce qui sauve le cadre concurrentiel), mais la prise
en compte des facteurs fournis par l'État accroît les rendements
d'échelle, permettant alors à un processus de croissance endogène de
se mettre en place.
Deux modèles ont été proposés par Barro [1990], dans une formalisa
tion proche du « modèle AK » de Rebelo. Le premier modèle suppose un
bien public «pur», c'est-à-dire dont le fournisseur ne peut empêcher
l'usage gratuit par un agent, et dont l'usage par un agent n'exclut pas
l'usage par un autre. La protection de l'environnement, certaines
infrastructures, la sécurité peuvent correspondre à un tel cas. Chaque
agent bénéficie dont de l'ensemble de la dépense publique, puisque
l'effet de celle-ci est indivisible entre agents (la défense nationale ne
peut être que globale).
L'économie est constituée de N firmes, dont la fonction de production
est :

y=A/f,-aGa 0 < a < 1 (64)


où G est la dépense publique totale dans le domaine consid
Du point de vue de l'agent privé, G est fixé, et les rendeme
sont décroissants (seul k est pris en compte). En revanc
agrégé, la dépense publique entre en ligne de compte : le
d'échelle au niveau agrégé sont unitaires, et la croissa
endogène. Les dépenses publiques sont efficaces jusqu
fournissent une contribution nette positive à la pro
— =1, avec Y = Ny, ce qui s'écrit: G/Y = a dans le ca
d(j

fonction Cobb-Douglas.
Supposant cette condition remplie et supposant le finan
dépense publique par une taxe proportionnelle sur la
(G = ty), il apparaît que le rendement privé de l'investis
inférieur à son rendement social. En effet, le rendement
diminué de la taxe, alors même que l'investissement pri
sant le produit, permet d'augmenter la dépense publiqu
Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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356 Bruno Amable et Dominique Guellec

productivité sociale. Ainsi, le taux de croissance d'équilibre concurren


tiel sera inférieur au taux de croissance optimal socialement ; une taxe
forfaitaire ou une taxe sur la consommation permettrait de rétablir
l'équivalence des deux taux.
Le second modèle suppose la possibilité de congestion du service
public : si celui-ci est sous-dimensionné, sa productivité propre diminue.
Le réseau routier est un exemple parlant. Une hypothèse plausible est
que l'encombrement croît avec le niveau de richesse de la société (le
nombre de voitures, le kilométrage parcouru). On peut alors proposer la
formalisation suivante :

y=A/r[£]\ (65)
Les rendements d'échelle sont alors constants au niveau privé (où
seul k compte) comme au niveau social :
1 a

Y = N/=AK1+aG1+°'. (66)
En revanche, le rendement propre de l'investissemen
supérieur au niveau de l'entreprise (il est égal à 1) par rapp
social (il est égal
1 + a
à —î—). Par conséquent le taux de
d'équilibre concurrentiel est plus élevé que le taux de croissance
optimal. Un tel cas est relativement rare dans les modèles de croissance
endogène (on le retrouve chez Aghion et Howitt, pour des raisons très
différentes : voir supra). La différence sera annulée en imposant une
taxe proportionnelle sur la production, à un taux : t = —.
y
La conclusion essentielle de ces modèles est que les investissements
et services publics apportent une contribution primordiale à la crois
sance. Des services publics insuffisants (G petit comparativement à aY
ay
dans le premier modèle, à dans le second) nuisent à la rentabilité
1 + a
de l'investissement.

Une estimation économétrique portant sur ce point a été effectuée par


Ashauer [1989] pour les États-Unis. Il montre qu'une hausse de 1 % des
investissements publics accroît la productivité totale des facteurs
(travail et capital privé) de 0,34%. L'influence provient principalement
des investissements en infrastructures (routes, ponts, aéroports, etc...).
Il est donc possible que le ralentissement des investissements publics
au cours des années 70 et jusqu'au milieu des années 80 dans les pays
de l'OCDE soit une des causes du ralentissement observé de la
productivité. Des tests du même type effectués sur l'ensemble des pays
de l'OCDE (Ford et Poret [1991]) ne confirment qu'en partie les résultats
d'Ashauer, Barro [1989] teste en coupe internationale, sur 98 pays, la
relation entre part des dépenses publiques de différents types dans le
PIB et taux de croissance du PIB : le coefficient obtenu est significative
ment négatif en ce qui concerne les dépenses de consommation et non

Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juiri 1992

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Les théories de la croissance endogène 357

significatif en ce qui concerne les dépenses d'investissement. Le


concept d'investissement public retenu inclut l'éducation et la défense.
Compte tenu du poids de ce dernier poste dans le budget de nombreux
PVD et son effet vraisemblablement négatif sur leur croissance (n'y a-t-il
pas souvent détournement de ressources potentiellement productives ?)
le résultat n'est pas étonnant : mais il n'est pas non plus probant.

3.2. Croissance endogène


et économie internationale

L'économie internationale constitue l'un des plus importants domai


nes d'application des modèles de la croissance endogène. Ces derniers
proposent une nouvelle vision des problèmes traditionnels liés aux
spécialisations internationales, aux avantages comparatifs et au flux
d'échange entre pays, mais permettent aussi d'aborder des questions
telles que les conséquences de l'échange international sur les modes de
croissance nationaux. Les aspects endogènes qui sont au centre des
nouveaux modèles de croissance laissent entrevoir la possibilité d'une
cumulation d'avantages pouvant mener à des sentiers de croissance
très différents selon les pays, dans l'esprit de la « cumulative causation »
à la Myrdal-Kaldor (Kaldor [1966, 1981]).
Les théories de l'échange international ont connu un bouleversement
semblable à celui qu'on connu les théories de la croissance, et ce de
cinq à dix ans avant ces dernières. La « nouvelle économie internatio
nale » (Krugman [1990]) a introduit des éléments tels que les rendements
d'échelle non constants, la différenciation de produits et la concurrence
imparfaite, qui permettent de donner des interprétations nouvelles sur
les raisons qui font que des pays ayant des dotations factorielles à peu
près similaires trouvent un intérêt à l'échange. Dans cette optique, des
thèmes nouveaux (13) apparaissent, comme par exemple l'importance
de l'histoire en présence de rendements croissants, ou la reconsidéra
tion de la politique commerciale. Les nouvelles théories de la croissance
apportent une vision dynamique de ces problèmes, alors que la nouvelle
économie internationale est principalement statique.
Krugman [1981] s'intéressait déjà au problème de l'écart entre les
modes de croissances respectifs des pays riches et des pays pauvres,
ces derniers ne tendent pas à rattraper les premiers, faisant explicite
ment référence au problème du développement inégal. Dans son
modèle à deux pays et deux secteurs (agriculture et industrie), Krugman
suppose qu'il existe des économies d'échelle externes à la firme dans le
secteur de l'industrie. Ces rendements d'échelle n'existent qu'au niveau
du secteur, où les coefficients d'input travail et capital sectoriels sont
des fonctions décroissantes du stock de capital national, alors qu'ils
sont fixes pour une firme individuelle. Il est aussi supposé que la

(13) C'est-à-dire nouveaux pour l'économie d'inspiration néo-classique.

Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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358 Bruno Amable et Dominique Gueiiec

production agricole ne requiert pas de capital et ne donne donc pas lieu


à son accumulation.

Les deux pays sont au départ non spécialisés et échangent les


produits selon le principe de l'avantage comparatif. Or, du fait des
économies d'échelle, le pays qui possède au départ le stock de capital le
plus élevé bénéficie d'un avantage de coût, donc d'un taux de profit plus
élevé, ce qui lui permet d'accumuler du capital plus rapidement,
renforçant alors son avantage initial. Le modèle se résout de telle
manière que la solution « intérieure », où chaque pays produit des biens
industriels, n'est pas stable, un avantage, même faible, qu'un des pays
acquièrerait dans la production du bien industriel donnerait lieu à un
mécanisme cumulatif de croissance et de compétitivité conduisant ce
pays au monopole de production du bien industriel. Il ne peut donc
subsister que des équilibres « en coin », où un seul des deux pays
possède un stock de capital non nul alors que l'autre se spécialise dans
la production agricole.
Krugman [1987] examine un autre type d'effet cumulatif, portant sur le
mode de spécialisation en présence d'effets d'apprentissage et sur les
conséquences de « petits » chocs. Le modèle considère un monde à
deux pays, un seul facteur, le travail, et un continuum de biens. La
spécialisation entre les deux pays s'effectue en fonction de l'avantage
coût. La productivité dans chaque pays dépend de la production
cumulée nationale et, dans une moindre mesure, de la production
cumulée de l'autre pays car les effets d'apprentissage peuvent en partie
franchir les frontières. Le point essentiel est que les effets d'apprentis
sage tendent à figer les spécialisations de chaque pays, les différences
de productivité entre les pays au bien frontière de la spécialisation
s'accroissent, rendant de plus en plus difficiles les changements dans le
type de produit que chaque pays fabrique et exporte.
Dans un tel contexte, des mesures de protection peuvent être
efficaces car elles permettent à un pays de protéger une industrie le
temps que celle-ci ayant acquis suffisamment d'expérience, puisse être
compétitive vis-à-vis de la concurrence et même acquérir un avantage
de coût. Une protection temporaire peut donc avoir des effets durables
sur le mode de spécialisation internationale d'un pays. De même, tout
choc ayant une influence sur la spécialisation (des changements du taux
de change par exemple) qui, tout en étant transitoire, subsiste suffisam
ment longtemps pour que les effets d'apprentissage donnent lieu à des
différences internationales dans les niveaux de productivité, aura des
conséquences durables. Les phénomènes d'économies d'échelle dyna
miques jouent donc un rôle prépondérant dans la détermination de la
spécialisation internationale.
La prise en compte des phénomènes cumulatifs liés aux économies
d'échelle dynamiques ou plus généralement au changement technique
va se retrouver dans les modèles de croissance endogène dans un cadre
international. L'une des questions les plus importantes de l'économie
internationale est de savoir si l'échange favorise le développement.
Dans le cadre traditionnpi néo-classique. La réponse est presque
Hev. fi'" a. pu' 102 (3; nidi juin i 992

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Les théories de la croissance endogène 359

toujours positive, car les effets relatifs à l'efficacité


facteurs dominent. Les nouvelles théories ne remetten
ment en cause le libre-échange comme moyen d'amélio
mondial, mais elles mettent l'accent sur l'intérêt qu'il y a p
favoriser le développement d'activités à rendements c
productrices d'externalités positives. Les possibilités de
stratégiques entre pays apparaissent alors plus clairem
cadre du modèle traditionnel. C'est une des conclusions
du second modèle de Lucas [1988], où les spécialisation
tendance à se renforcer à la suite des effets d'apprentissag
Ce modèle comporte deux biens produits à partir de ca
deux pays. Le capital humain est issu de l'apprentissage
il est donc spécifique à la production de chaque bien, n
L'échange international amène chaque pays à se spécialiser dans la
production du bien pour lequel son allocation initiale de capital humain
l'avantage. Les mécanismes d'apprentissage renforcent l'avantage initial
et tendent à figer les spécialisations. Comme les possibilités d'apprentis
sage diffèrent entre les biens, la croissance, qui dépend du capital
humain, sera différente d'un pays à l'autre. On retrouve alors le
processus de différenciation des taux de croissance à partir des
caractéristiques de la spécialisation internationale analogue à celui
présenté, dans un autre cadre théorique, par Kaldor ou Dixon et Thirwall
[1975]. Le modèle de Lucas est aussi très proche de Krugman [1981 ou
1987], Young [1991] propose un modèle de croissance endogène avec
effets d'apprentissage bornés, où l'échange international amène un
pays développé se spécialiser dans les biens qui possèdent un plus fort
potentiel d'amélioration de la productivité due aux effets d'apprentis
sage, alors que le pays moins développé doit se spécialiser dans les
biens qui possèdent un potentiel d'amélioration de productivité infé
rieur. Dans ces conditions, l'ouverture peut provoquer une baisse du
rythme de croissance du pays le moins développé, bien que les effets
allocatifs permettent une hausse du niveau d'utilité des consommateurs
dans chacun des pays.
Cependant, tous les travaux d'économie internationale à partir de la
croissance endogène ne suivent pas cette voie. Le deuxième modèle de
Romer ayant ses origines dans un modèle d'économie internationale
(Ethier [1982]), il paraissait naturel d'en faire une version ouverte. Le
modèle vu précédemment est appliqué au cas de deux pays dans Rivera
Batiz et Romer [1989]. On a vu que le taux de croissance g est égal à

Si on intègre deux pays identiques, le stock de capital humain est


doublé, ce qui fait plus que doubler le taux de croissance g car
l'efficacité du capital humain croît avec sa taille.
Même sans intégration complète, si les flux d'information technologi
que sont libérés, le stock de connaissance disponible est également
accru pour chacun des deux pays. Le taux de croissance est donc le
Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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360 Bruno Amable et Dominique Guellec

même que celui de l'économie intégrée, bien que l


tion soit différent. Il peut y a voir redondance d
entreprises dans chacun des deux pays. Si la re
complète, il y a gain à l'échange d'information, le s
de chaque pays s'accroît, le taux de croissance aussi.
un effet d'allocation. Comme le stock de connaissance est accru, la
productivité du secteur de la recherche s'accroît, ce qui fait augmenter
la part du capital humain consacré à la recherche et donc le taux de
croissance.

On peut aussi supposer que les échanges se font sur les biens
intermédiaires et non plus sur les connaissances. Chaque pays peut
exporter les biens intermédiaires qu'il utilise pour sa propre production.
On suppose qu'il n'y a pas de redondance dans les productions de biens
intermédiaires des deux pays, c'est-à-dire qu'ils produisent chacun une
gamme différente de biens intermédiaires. Chaque pays applique un
tarif t sur les biens importés. On peut alors montrer que le taux de
croissance est :

«H-Ap/fc) (68)
1 + Aot/(t)
avec :
g+ß-1

1 X (1 J. T) a + P
f(t) = l±iI±lL__ . (69)
1 + (1 +7)"«^
Le terme en 2 8H exprime la possibilité de doubler la somme de
connaissances disponibles. L'effet de la restriction sur les importations
est représenté par le terme f{t).
Les conséquences de la restriction sur les échanges varient selon
l'ampleur du tarif. En effet, f{t) atteint un maximum en t. Si
t<ct, une augmentation du tarif est néfaste au taux de croissance. Si
t > t, elle favorise la croissance. De telle sorte que le choix de politique
commerciale est à faire entre le protectionnisme complet d'une part et le
libre-échange d'autre part. L'effet du tarif sur la croissance est en fait
double. Une hausse du tarif représente une taxe sur la rente de
monopole du fabricant d'un bien intermédiaire. Elle tend à faire baisser
le prix des nouveaux plans de fabrication, ce qui abaisse la profitabilité
du capital humain engagé dans la recherche. Il s'agit donc d'un effet
dépressif sur la croissance. Une hausse du tarif entraîne aussi une
baisse de la part des importations de biens intermédiaires par rapport
aux biens domestiques. Cela diminue le rendement du capital humain
dans la production, ce qui amène une substitution dans l'allocation du
capital humain en faveur du secteur de la recherche, laquelle exerce un
effet positif sur la croissance. La somme de ces deux effets détermine
l'effet global d'une hausse du tarif appliqué aux importations sur la
croissance.

Les possibles effets positifs des taxes ou subventions se retrouvent


aussi chez Grossman et Helpman [1989a], où ces mesures aident à se
rapprocher de l'optimum social pour l'économie mondiale. Le choix

Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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Les théories de la croissance endogène 361

radical recommandé par le modèle de Romer, entre libre échange et


protectionnisme intégral, ne se généralise donc pas nécessairement à
d'autres modèles, surtout lorsqu'il y a des asymétries dans les capacités
technologiques des pays.
En revenant au modèle de Romer, s'il est possible de consacrer une
partie des ressources nationales en capital humain à copier les plans de
fabrication de l'autre pays, tout en interdisant l'entrée des biens
étrangers qui ont été copiés, on obtient globalement une croissance
plus lente que dans le cas de l'intégration ou du libre échange. En effet,
la duplication dans les deux pays de recherches sur le même objet est
globalement un gaspillage de ressources qui nuit à la croissance.
Grossman et Helpman ont aussi élaboré un certain nombre de
modèles d'économie internationale à partir des formalisations de la
croissance endogène. Dans Grossman et Helpman [1990], ils reprennent
le type de fonction de production du second modèle de Romer et
supposent que les deux pays diffèrent à la fois dans les allocations de
facteurs (H, L, A) et dans les capacités techniques (les paramètres de
productivité dans les secteurs des biens et de la recherche). Remar
quons que dans ce modèle, le même taux de croissance s'applique aux
deux pays. Il ne peut donc y avoir de différenciation des sentiers de
croissance nationaux.

En général, les interventions publiques exercent un effet sur la


croissance. Par exemple, une taxe sur l'importation ou une subvention à
l'exportation du bien final aura pour conséquence de réduire la part du
pays qui l'applique dans la production des biens intermédiaires (le
capital) et dans la R & D mondiale. Dans la logique de la spécialisation
internationale, si le pays qui prend cette mesure possède un désavan
tage comparatif dans la R&D, la taxe à l'importation ou la subvention à
l'exportation augmente le taux de croissance de chacune des écono
mies. Dans ce cas, la politique commerciale ne fait qu'aider un
processus de spécialisation qui est compatible avec les avantages
comparatifs de chaque pays. Une subvention à la R & D identique dans
chaque pays augmente le taux de croissance des économies. Si la
subvention n'a lieu que dans un seul pays, les effets positifs sur la
croissance ne sont plus automatiques. Pour que la croissance augmente
inconditionnellement, il faut que la subvention ait lieu dans le pays qui
possède un avantage comparatif dans la R & D et que les produits finaux
de chacun des pays soient consommés en parts égales.
Un développement intéressant est l'introduction des différences
nationales dans la diffusion de la connaissance (les effets externes de
l'innovation). Dans ce cas, les avantages comparatifs deviennent endo
gènes. Un pays peut alors acquérir un avantage comparatif dans la
R&D bien qu'il n'en possède pas initialement, par exemple si l'autre
pays est plus petit, c'est-à-dire qu'il possède une population active
moins nombreuse, et qu'il impose une taxe sur les importations de bien
final.

Dans Grossman et Helpman [1991], c'est une amélioration de la


qualité des produits qui est considérée, suivant en cela Aghion et Howitt
Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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362 Bruno Amable et Dominique Guellec

[1990] (14). Dans la version ouverte de leur modèle, l'innovation peut se


produire dans chacune des deux pays, avec l'existence d'un commerce
intrabranche pour les produits intermédiaires. Grossman et Helpman
[1989b] considèrent une économie mondiale avec deux pays possédant
des capacités technologiques très différentes. Les producteurs d'un
pays (le Sud) peuvent imiter les produits découverts dans l'autre pays (le
Nord) et les producteurs de ce dernier pays peuvent aussi innover sur
ces mêmes produits. Il est alors possible d'obtenir une sorte de cycle
endogène du produit où un même produit, inventé dans un pays, est
imité par un autre pays qui se met donc à le produire, pendant que le
premier pays accomplit des efforts d'innovation pour le « regagner » et
donc rapatrier sa production. Les politiques de subventions à la
recherche exercent un effet sur les flux internationaux. Une subvention
à la recherche dans le Nord augmente le montant de ressources
consacrées à cette activité et donc la probabilité d'innover. Cela exerce
un effet négatif sur l'activité d'imitation du Sud. Si la subvention
s'applique à la recherche du Sud, elle favorise l'imitation et augmente
donc le nombre de produits copiés, mais le taux de croissance de
l'économie mondiale diminue car il dépend de l'innovation, qui est
accomplie dans le Nord.
De façon générale, les modèles de croissance endogène admettent un
rôle pour les interventions publiques, sous la forme de politiques
commerciales (restrictions au commerce international) ou industrielles
(politiques de subvention à la R&D). Les effets de ces politiques
diffèrent profondément selon qu'on considère le cas des échanges entre
deux pays possédant les mêmes capacités technologiques ou non, et
selon qu'on considère des avantages comparatifs fixes ou endogènes.

3.3. Validation empirique de la croissance


endogène : la question du rattrapage

Si, en l'absence des informations nécessaires, il n'est pas possible de


tester directement les modèles de croissance endogène, on peut en
revanche tester certaines de leurs prédictions. Ces modèles s'opposent
au modèle de Solow en ce qu'ils rejettent la nation de « rattrapage ». Un
examen statistique de cette question devrait donc permettre de clarifier
l'opposition entre les deux types de modèles.
Le modèle de Solow, on l'a vu, prévoit une baisse de la productivité du
capital lorsque le niveau (par tête) de celui-ci augmente, et donc un
ralentissement de la croissance avec le niveau de richesse de chaque
pays. Toutes choses égales par ailleurs, les pays croîtront d'autant plus
vite qu'ils sont pauvres. La notion de rattrapage désigne ce processus
de convergence des niveaux de revenu par tête entre pays. La vitesse de
convergence est le rythme auquel s'opère ce processus, c'est-à-dire la

(14) Du fait de leur spécification de la fonction de production, Grossman et Helpman ne


peuvent considérer que des innovations non drastiques, à la différence de Aghion et Howitt.

Rev. écon. pot 102 (3) mai-juin 1992

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Les théories de la croissance endogène 363

vitesse du rapprochement du niveau de revenu d'un pays vers son


niveau d'équilibre (pour un niveau technologique donné) :
9 In (y,)

x-mFPFF) (70)
où y, est le revenu courant et y* le revenu d'équilibre
taux d'épargne exogène. Mankiw, Romer et Weil [199
formule suivante :

\=(n + g+ 8)(1-a) (71)

où n est le taux de croissance de la popula


8 le taux de déclassement du capital et a
celui-ci. En imputant aux paramètres de
par an, g = 0,02, 8 = 0,05, a = 1 /3, part d
on obtient une vitesse \ = 0,06. De celle-
vie », c'est-à-dire la durée qu'il faut pour
elle est ici de 11 ans. Le modèle de Solo
qu'en 11 ans, un pays, quel que soit son n
combler la moitié de l'écart à son niveau
est endogène (Barro et Sala-i-Martin [199
ramenée à 5 ans et demi. Le processus est
A l'opposé, dans les modèles de croiss
croissance du revenu est indépendant
aucune raison pour que l'écart entre les p
se réduise, ceux-ci n'ayant pas a priori un
ceux-là.

La disponibilité récente d'une base de d


[1988]), contenant des niveaux et taux de croissance du PIB et des
informations sur les facteurs de production (investissement, démogra
phie, éducation) de 1960 à 1985 permet de procéder à des tests
statistiques en coupe internationale.
La régression directe du taux de croissance du PIB par tête sur son
niveau initial montre une relation nettement positive entre ces deux
variables lorsqu'on prend en compte tous les pays non producteurs de
pétrole (Mankiw et alii [1990]) : il n'y a donc pas de convergence à
l'échelle mondiale. En revanche, la relation est négative lorsqu'on prend
en compte les seuls pays de l'OCDE ou seulement les 48 États consti
tuant les États-Unis depuis le siècle dernier (Barro et Sala-i-Martin
[1990]). La réponse statistique est donc ambiguë: les pays pauvres ne
semblent pas se rapprocher du niveau de développement des pays
riches, mais les pays riches semblent se rapprocher les uns des autres.
Comment concilier ces résultats apparemment contradictoires ? La
réponse est double.
D'une part, le modèle de Solow prévoit que chaque pays va converger
vers son propre niveau de revenu d'équilibre, niveau qui sera différent
d'un pays à l'autre. Ce niveau d'équilibre dépend des paramètres tels

Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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364 Bruno Amable et Dominique Guellec

que le taux de croissance démographique, celui de la technologie ou le


taux d'épargne désiré par les agents. Mankiw et alii [1990] calculent ce
niveau :

lnL[7-I
L J=T^-|n (s)-T^-|n
1 - a 1 - a (n + g+h). (72)
Testant cette équation sur les mêmes panels de
ment, ils obtiennent des résultats assez fiables p
pays. En revanche, restreint aux pays de l'OC
invalidé. Cependant, les coefficients qu'ils obtienn
cas sont plus élevés que la théorie ne le prévoit (su
a 1 \
si a = 1/3 alors = - . Ils introduisent alors une variable supplé
1 - a 2 /
mentaire : le capital humain, représenté par des taux de scolarisatio
qui est supposé être à son niveau désiré pour tous les pays consid
Les coefficients obtenus sont alors proches de ceux que la thé
prévoit du moins pour le panel total où le modèle explique 80 %
variance internationale du revenu par tête (pas pour les pays de l'O
où le modèle n'en explique que 25%). La conclusion de Mankiw et
identique à celle de Barro et Sala-i-Martin, est la suivante : une gr
partie des disparités internationales de revenu par tête correspond
différences entre les niveaux d'équilibre (dues aux préférence
individus essentiellement) ; De plus, Barro et Sala-i-Martin montrent q
l'adjonction de variables telles que le capital humain pour expliqu
taux de croissance du PIB ne modifie pas significativement le param
estimé de vitesse de convergence pour les pays de l'OCDE entre eu
les 48 États des États-Unis entre eux, alors qu'elle inverse son sig
dans le cas du panel mondial. Leur conclusion est que les pay
l'OCDE, comme les États américains, ont des niveaux similair
PIB/tête d'équilibre, similarité qui ne se retrouve pas au niveau mondi
La seconde voie permettant d'expliquer l'apparente non-converge
à l'échelle mondiale consiste également à prendre en compte le cap
humain, mais cette fois dans son impact non pas sur le niveau de
revenu, mais sur la vitesse de rattrapage. En appelant ß la productivité
marginale du capital humain, on a :

X= (/j + flr+8)(1-op). (73)

Supposant ß de l'ordre de 1/3 à 1/2 (qui est l'écart


minimum et le salaire moyen aux États-Unis), le
précédemment prévoit une demi-vie proche de 35 an
nécessaire au rattrapage est d'autant plus long, ce q
difficulté de faire apparaître statistiquement de ph
période d'estimation restreinte à 25 ans. Ces estimat
interprétées comme validant une version élargie du
(Mankiw et alii [1990] intégrant le capital humain et
globale de la production aux facteurs accumulés à 0
modèles de croissance endogène prévoient une élasticité de 1 au
minimum.

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Les théories de la croissance endogène 365

On peut cependant s'interroger sur trois points. D'une part, la


précision faible des estimations permet difficilement de repousser
l'hypothèse d'une élasticité unitaire, même si elle n'est pas la plus
probable. D'autre part, la notion de « revenu par tête d'équilibre »
propre à chaque nation est discutable. Elle est en effet assise sur des
valeurs de « paramètres », le taux d'épargne et d'investissement, la
croissance démographique, le niveau de capital humain, etc., qui sont
endogènes — comme le montrent des modèles de croissance endogène
— et qui dépendent notamment du niveau actuel du revenu... Il n'est
donc pas possible d'en déduire un niveau d'équilibre du revenu si on
admet leur endogénéité. Ainsi, une partie des tests menés n'est pas
pertinente dans un cadre de croissance endogène. Enfin, ces tests ne
prennent pas en compte les transferts de technologie, qui vont des plus
riches vers les moins riches, qui passent par les machines, les brevets,
l'éducation, et qui entraînent un taux de croissance de la technologie
supérieur pour les pays initialement les moins dotés. Indépendamment
de toute notion de rattrapage, on peut donc admettre que les pays
pauvres, sous certaines conditions, croissent plus vite que les pays
riches. Les tests menés par ailleurs par De long et Summers [1990] (cf.
supra) montrent l'influence du taux d'investissement en équipements
sur le taux de croissance des pays et interprètent cela comme reflétant
le dynamisme technologique dans un cadre cohérent avec la croissance
endogène.

4. Un bilan provisoire des théories de


la croissance endogène

Il convient tout d'abord de relativiser la nouveauté de la problématique


de la croissance endogène. Pour reprendre l'expression de Victor
Norman commentant Baldwin [1989], toutes les interrogations récentes
dans le domaine de l'économie internationale et de la croissance
rappellent les préoccupations de Nicholas Kaldor il y a trente ans. Ce
dernier avait constaté des tendances à la divergence dans les niveaux de
revenu par tête entre pays bien avant que cela ne vienne frapper à leur
tour les économistes d'inspiration néo-classique, et la question de la
croissance cumulative à moyen et long terme était son principal sujet
d'étude dans les années 50 et 60. Comme le remarque Hahn [1989],
Kaldor était en avance à la fois sur le développement des outils
théoriques et sur l'état de la recherche empirique. En conséquence, si la
croissance endogène représente une innovation, c'est dans le domaine
de la formalisation. Rappelons aussi que la croissance était déjà
endogène avec Harrod (15) et qu'elle l'était toujours avec Goodwin

(15) Le modèle de Harrod n'est autre que le modèle «Ak» qui a été repopularisé par
REBELO.

Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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366 Bruno Amable et Dominique Guellec

[1967], En fait, ce n'est qu'avec Solow [1956] et le modèle néo-classique


que la croissance est devenue exogène. En ce sens, la croissance
endogène effectue un retour aux sources.
On pourrait aussi ajouter que la concurrence monopoliste de Cham
berlin, au cœur de nombreux modèles de croissance endogène, a été
inspirée par Allyn Young, dont les idées ont servi de base à l'analyse de
la croissance de N. Kaldor. De fait, toutes les discussions autour des
rendements croissants et de la forme de la concurrence font écho au
débat des années 20 sur le même sujet.
La croissance endogène constitue cependant un corps théorique
récent, donc encore très diversifié et en évolution. Elle s'oppose en cela
au modèle néo-classique, beaucoup plus unifié et stabilisé après trente
ans de débats. Malgré ce foisonnement, reflété dans les paragraphes
précédents, il semble possible d'établir un premier bilan.

4.1. Des avancées importantes...

Par rapport au modèle néo-classique, la croissance endogène pré


sente des avancées sur quatre points au moins. Le premier point
concerne les sources de la croissance. Le progrès technique exogène
constitue, en régime stationnaire, le seul facteur « en dernier ressort »
de la croissance dans le cadre néo-classique, il détermine l'accumula
tion du capital. A cette vision qui situe la source de la croissance hors du
champ économique, les théories nouvelles veulent substituer un cadre
plus riche, qui désigne les facteurs économiques de la croissance. Les
principaux sont les suivants :
— des rendements d'échelle constants ou croissants dans l'investis
sement. Ceux-ci peuvent provenir d'externalités ou de complémentarités
entre firmes ou de learning-by-doing,
— le savoir technique ou scientifique issu d'une activité spécifique, la
recherche et développement,
— les compétences des travailleurs (le capital humain), accumulées
par des investissements dans l'éducation,
— les infrastructures publiques, réseaux, etc., qui ont pour propriété
que chaque usager bénéficie pleinement de leurs effets tout en ne
payant qu'une fraction du coût.

Les second et troisième facteurs ne peuvent servir de moteur à une


croissance soutenue que si l'activité d'accumulation bénéficie entière
ment de la quantité déjà accumulée, par le biais d'une élasticité au
moins unitaire, et sans que cette quantité soit rémunérée. Ainsi ces
quatre facteurs ont-ils en commun un coût de l'accumulation inférieur à
son résultat (en termes d'efficacité dans la production de biens). Pour
lever le verrou de la productivité marginale décroissante imposé par le
cadre néo-classique, il est nécessaire d'exhiber un facteur de production
dont l'accumulation est, au moins partiellement, gratuite.

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Les théories de la croissance endogène 367

La seconde avancée est directement issue de la première. Le rôle-clé


des externalités et des biens publics rend sous-optimaux les mécanis
mes de marché. Il peut alors servir de justification à l'intervention
d'institutions situées en dehors du marché, agents dotés de pouvoirs et
de ressources ne cherchant pas à maximiser leur propre profit. De telles
institutions instaurant une coordination non marchande entre les agents
privés peuvent alors permettre de rapprocher l'équilibre concurrentiel
de l'optimum social.
D'une façon plus générale, le rôle des externalités dans le processus
de croissance donne une grande importance au contexte institutionnel
permettant la coordination entre agents en dehors du marché. Les
différences entre pays de ce point de vue peuvent contribuer à expliquer
les différences entre dynamismes techniques. Ainsi, le Japon se caracté
rise par une forte densité des échanges d'information et de contrats
stratégiques entre agents (Freeman, 1987). les firmes se coordonnent
autour de projets technologiques de grande ampleur, vendeurs et
acheteurs d'équipements définissent ensemble les produits. Le rôle du
MITI en tant que coordinateur, garant ou même planificateur, est dans
ce cadre souvent déterminant. Au sein des firmes également, la
circulation de l'information est très dense : entre salariés et employeurs,
entre salariés eux-mêmes, entre départements (le rôle important des
départements chargés de la vente et de la production, aux côtés des
services de recherche dans le processus d'innovation est souligné par
Watanabe [1990]). Il existe aussi en Allemagne une multiplicité d'institu
tions dont le rôle est de développer les échanges d'information concer
nant la technologie : associations d'ingénieurs, instituts publics ou
privés servant d'interface entre recherche fondamentale et appliquée,
centres de recherche communs à des firmes de taille moyenne, etc.
(Braunling [1990]). Ces deux pays bénéficient depuis plusieurs décen
nies d'une compétitivité croissante, notamment dans les produits à fort
contenu technologique ou à fort contenu en capital humain, alors que
des pays faisant beaucoup plus confiance au marché rencontrent des
difficultés croissantes à maintenir leur compétitivité.
Certaines formes de coopération peuvent émerger spontanément, par
exemple des alliances entre entreprises pour la recherche et développe
ment, pour la formation des personnels, pour la définition des produits
échangés (relations vendeurs-clients dans le secteur des biens d'inves
tissement). Certaines externalités concernent simultanément un trop
grand nombre d'agents pour que se mette en place un système de
contrats inter-individuels (problèmes d'information, de crédibilité, de
coût), il y a, dans ce cas, nécessité d'institutions publiques pouvant
s'imposer à tous les agents concernés, notamment pour le financement
de leurs activités. Il en est ainsi par exemple de l'éducation de base, des
infrastructures publiques ou des réseaux de transport.
Se pose alors la question de savoir quelle est le niveau d'agrégation
pertinent pour chaque problème : la collectivité mondiale, le continent,
l'État-nation, la région, la ville ? La réponse dépendra en fait de la
collectivité impliquée dans ces externalités (et aussi, au second ordre,
de la structure d'information liée au problème).

Rev. écon. pol. 102 (3) mai-juin 1992

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368 Bruno Amable et Dominique Guellec

La troisième avancée concerne la dynamique de la croissance. Elle est


moins décisive que les deux précédentes. Les modèles de croissance
endogène ont en commun avec le modèle néo-classique de se concen
trer sur l'étude de la « croissance équilibrée », c'est-à-dire à un taux
constant et en supposant fixes les rapports entre certaines grandeurs.
Ce cadre est évidemment limitatif et pose des problèmes de robustesse :
que se passe-t-il lorsque l'économie se situe en dehors de l'équilibre de
croissance régulière ?
L'existence de rendements d'échelle et d'externalités permet aussi
d'envisager assez naturellement des cas d'équilibres multiples (King et
Robson [1989]; Weil [1989]; Murphy, Shleifer et Vishny [1989]; Mat
suyama [1990]) et des interprétations en termes d'échec de développe
ment ou de cercles vicieux de croissance faible. Dans le même sens, des
effets de seuils peuvent être déterminants sur le choix des sentiers de
croissance. Les modèles de Barro, Murphy et Tamura [1990] et de
Azariadis et Drazen [1990] soulignent l'existence de valeurs-seuils du
capital humain : selon que l'économie est à un instant donné au-dessus
ou en dessous du seuil, le processus de croissance pourra ou non
s'enclencher. Le modèle de Romer [1990b] comporte aussi un seuil de
non-développement sur le capital humain en deçà duquel l'ensemble de
celui-ci est consacré à la production. L'accumulation de technologie et
par conséquent la croissance sont donc nulles. Krugman [1990] montre
que la localisation des activités productives est inégalitaire, favorisant
certaines régions ou pays au détriment des autres, du fait de la présence
d'externalités entre activités.

La prise en compte de rendements d'échelle croissants et d'externali


tés permet, dans une certaine mesure, aux modèles de rejoindre un fait
d'observation, à savoir que I'« histoire compte ». Des mécanismes
cumulatifs sont à l'œuvre, donnant à des perturbations qui peuvent être
de faible ampleur initialement une importance qui s'affirme progressive
ment.

Cependant, dans le cadre d'un modèle à équilibres multiples, la


détermination de l'équilibre peut ne pas être la seule conséquence du
passé. Dans le modèle de Weil, dont la spécification de la technologie
est directement inspiré de Romer [1986], l'équilibre qui sera effective
ment atteint par l'économie dépend des anticipations que fait chaque
agent sur le comportement des autres : cela parce que l'efficacité de
l'investissement individuel dépend de la masse de l'investissement de la
société. Les anticipations sont donc autoréalisatrices. On retrouve là
une idée keynésienne.
Les interprétations de ces modèles de croissance endogène à équili
bres multiples rejoignent aussi les travaux effectués autour de la « path
dependence » (Arthur, Ermoliev et Kaniovski [1987]; Arthur [1989]) dans
un cadre formel relativement différent : l'équilibre d'un système dépend
du chemin qui a été parcouru dans le passé, en l'occurrence la
chronique des aléas du système. Par exemple dans une situation où
existent des externalités de réseau, la technologie qui se diffuse la plus
rapidement augmente ses chances de prendre une position de mono

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Les théories de la croissance endogène 369

pole, même si une autre technique se serait révélée plus efficace à long
terme. Le système peut donc se trouver enfermé dans un équilibre
« inférieur ».

Cette mise à jour d'une dynamique beaucoup plus riche que celle des
modèles antérieurs a des prolongements directs dans des domaines de
l'analyse économique traditionnellement exclus du champ des théories
de la croissance (16). C'est là la quatrième avancée que nous retien
drons. Certains de ces domaines ont été évoqués dans les paragraphes
précédents : démographie, commerce international, politiques publi
ques d'offre. Sans prétendre à une liste exhaustive (puisqu'elle s'accroît
rapidement), citons aussi la géographie économique et la théorie des
cycles. L'analyse traditionnelle séparait la dynamique économique en
deux champs indépendants : la croissance (un trend) et le cycle
(fluctuations de court terme autour du trend). La croissance endogène
peut établir un lien avec les théories du cycle réel, les rendements
d'échelle engendrant des irréversibilités qui transforment des fluctua
tions transitoires (conjoncturelles) en modifications permanentes (voir
Stadler [1990] ; King et Rebelo [1986]).

4.2. ... mais le chantier reste ouvert

Les théories de la croissance endogène (ré)ouvrent donc des perspec


tives nouvelles à l'analyse économique du long terme, mais présentent
certaines faiblesses. Nous en recenserons trois. La première concerne
l'instabilité structurelle inhérente à ces modèles, qui tendent à enge
drer une croissance explosive dès lors que certaines hypothèses (les
valeurs de certains paramètres) sont modifiées, même marginalement
C'est évident pour le modèle de Romer [1986], qui ne fournit une
croissance à taux constant que si la fonction de production tenan
compte de la connaissance privée et du facteur producteur d'externali
tés (la connaissance globale) est à rendements d'échelle constants,
mais c'est aussi vrai pour tous les autres modèles de croissance
endogène. Il existe donc une configuration paramétrique précise qui
assure une croissance régulière, sans qu'aucun mécanisme vienne
justifier le bien fondé de l'adoption de cette configuration (17). On
notera de plus que les éléments empiriques présentés par Romer [1986]
tendraient à accréditer l'idée d'une croissance allant en s'accélérant,
c'est-à-dire un cas d'instabilité, de croissance explosive, pourtant peu
apprécié des théoriciens.
Dans le « modèle élémentaire » comme dans le second modèle de
Romer [1990b], tout accroissement du niveau de la population (pour peu
qu'il s'accompagne d'une augmentation du stock de capital humain
dans le second cas, ce qui est très probable) entraîne une accélération

(16) Voir un panorama plus complet de ces problèmes, voir LORDON [1991].
(17) Cette instabilité structurelle était aussi présente dans le modèle néo-classique de
SOLOW.

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370 Bruno Amabte et Dominique Guellec

de la croissance. Celle-ci sera plus que proportionnelle à l'accroisse


ment démographique (de par la forme analytique du taux de croissance).
Il peut aussi en être de même dans le modèle de Lucas [1988],
Supposons que l'externalité sur le capital humain soit telle que chaque
individu ne bénéficie pas du niveau moyen du capital humain des
individus qu'il côtoie, mais de leur niveau total. Ceci serait plus cohérent
avec l'argument de Lucas, qui justifie cette externalité empiriquement
par le regroupement des individus dans les villes : c'est dans ce cas le
nombre des individus que chacun côtoie qui augmente et non la qualité
de ces individus. En introduisant cet amendement dans le modèle, en
remplaçant ha (le capital humain par tête) par N h# où N est la taille de la
population, alors la croissance démographique entraîne bien une
accélération de la croissance économique.
Les théories de la croissance endogène ont réussi à engendrer la
croissance en reconsidérant le problème des rendements d'échelle,
mais elles ont par là même ouvert la possibilité d'une divergence dans le
processus de croissance. Il semble donc que l'introduction de mécanis
mes supplémentaires, amortisseurs ou régulateurs, soit nécessaire à
une plus grande robustesse. On pourrait par exemple les trouver du côté
de l'accumulation de la technologie dans le cadre des modèles prenant
explicitement en compte l'innovation de produits. On pourrait aussi
modifier la fonction d'utilité, celle-ci prendrait alors en compte le temps
libre, ce qui pourrait apporter une contretendance à l'augmentation
sans fin du taux de croissance dans le cadre de modèle où une
augmentation de la population implique une divergence.
La seconde interrogation concerne la formalisation du processus
d'accumulation technologique telle qu'elle est opérée dans les modèles
de croissance endogène. Elle repose sur une idée fondamentale : les
connaissances nouvelles naissent des anciennes, à un taux qui dépend
uniquement des ressources consacrées à la recherche. Aussi fondée
qu'elle soit à première vue, cette idée semble restrictive et nécessiterait
d'être complétée sur la base des travaux menés par les historiens de la
technique et les économistes spécialisés.
Ceux-ci soulignent d'abord l'existence de plusieurs types de découver
tes : certaines sont majeures (machines à vapeur, transistor) et vont
toucher peu ou prou l'ensemble du système productif, alors que la
plupart sont mineures, améliorant à la marge les précédentes ou ayant
un impact localisé. Ils montrent aussi l'existence de nombreuses
complémentarités entre techniques (Rosenberg [1982]). Nombre d'inno
vations ne sont concevables que simultanément (les machines nouvelles
nécessitent des matériaux nouveaux et réciproquement, l'automobile ne
roule que s'il existe des pompes à essence, ...). Le développement de
certaines techniques peut donc être bloqué par la stagnation d'autres
techniques, alors même que la demande existe.
Se fondant sur ces deux constats, des historiens (Gille [1978]) ont
avancé la notion de « système technique », défini comme un ensemble
de techniques complémentaires articulées autour d'une ou plusieurs
inventions majeures et qui domine certaines périodes historiques. Cette

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Les théories de la croissance endogène 371

analyse rejoint celle de Schumpeter [1937], selon laquelle apparaissent


périodiquement des grappes d'innovations qui accélèrent la croissance
avant de s'amortir progressivement. Les économistes néo-schumpete
riens enfin ont avancé le concept de paradigmes technologiques (Dosi
[1982]). Le progrès technique serait donc cyclique. L'histoire aurait ainsi
vu se succéder des périodes se distinguant par leur système technique :
ères de la machine à vapeur, de l'automobile, etc., (Freeman [1987]). Et à
ces ondes longues d'origine technologique correspondraient des ondes
longues de la croissance économique, similaires aux cycles de Kondra
tieff.

Le débat est en fait double. La première question posée est celle de la


régularité du progrès technique : suffit-il de consacrer un montant
constant de ressources à la recherche pour obtenir une croissance à
taux constant de la technologie ? Observe-t-on au cours du temps une
régularité du progrès technique ? Les travaux empiriques menés sur
cette question apportent des réponses divergentes : positive pour
Solomon [1986], par exemple, négative pour Kleinknecht [1990].
La seconde question est celle du lien entre technologie et économie :
les progrès de la technique poussent-ils la croissance économique
(« technology push »), ou inversement la demande issue de l'équilibre
économique appelle-t-elle le progrès technique («demand pull»).
L'interrogation peut certes paraître datée, mais la formalisation « d'équi
libre » de la technologie qu'ont adoptée les modèles de croissance
endogène ne permet même pas de la poser. Plus fondamentalement, ces
modèles, surtout ceux qui reposent sur l'innovation comme consé
quence de dépenses de recherche et développement, s'en tiennent à
une conception traditionnelle (pour ne pas dire dépassée) de l'innova
tion (18), qui néglige les effets d'interaction entre les différentes étapes
de développement d'une nouvelle technique, intégrant les processus de
découverte, les essais et erreurs, les effets d'apprentissage, etc.
Dans tous les cas, une formalisation de la dynamique technologique
qui intégrerait à la fois des innovations d'ampleur inégale et une
autocorrélation temporelle entre les innovations serait plus réaliste que
celle retenue par les modèles actuels. Elle permettrait aussi de montrer
les conditions d'émergence d'irrégularités dans le rythme du progrès
technique, voire de cycles longs. La prise en compte des problèmes de
diffusion technologique, donc du lien non automatique entre innovation
et productivité (Metcalfe, [1988]), qui est absente dans les modèles
actuels, irait dans le même sens : elle permettrait d'examiner de
l'intérieur la « boîte noire » que constitue la technologie pour les
économistes et donc d'analyser plus précisément les liens entre techno
logie et économie.
Une troisième interrogation concerne la capacité des modèles de
croissance endogène à rendre compte des grandes évolutions socio
économiques et l'usage qu'ils font de la notion d'externalité.

(18) Pour des raisons aisément compréhensibles de commodité de formalisation.

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372 Bruno Amable et Dominique Guellec

Des analyses empiriques sur longue période (Basle, Mazier et Vidal


[1984] ; Boyer [1988]) tendent à montrer que les modes de répartition du
revenu (la fixation des salaires) et les modes d'obtention des gains de
productivité varient au cours du temps. Ainsi, de l'entre-deux-guerres
jusqu'aux années 1960, les économies d'échelle liées à des formes
fordiennes d'organisation du travail auraient été une source continuelle
de progrès technique. Depuis la fin des années 1970, la R & D permettant
l'innovation de produit (dans les biens de production comme dans les
biens de consommation) serait devenue la source principale du progrès
technique. La forte croissance de la part des dépenses de R & D dans le
PIB des pays de l'OCDE (1,8% dans les années 1970, 2,4% dans les
années 1980) irait dans ce sens. Les modèles de croissance endogène
ne prennent pas explicitement en compte ces dimensions historiques et
institutionnelles de la croissance, bien qu'en mettant en avant la notion
d'externalité ils fournissent la possibilité de le faire. En effet, il est
probable que d'une période historique à l'autre, différents types d'exter
nalités jouent plus ou moins et que les liens non marchands que tissent
les agents entre eux pour les internaliser (les institutions) varient d'une
façon liée. La notion de paradigme socio-technique (Dosi [1988];
Freeman et Perez [1988]) tente de répondre à cette préoccupation, mais
dans un cadre théorique non formalisé.
La distanciation des modèles de croissance endogène par rapport aux
faits sociaux et historiques tient notamment à la faiblesse de leur
analyse des externalités. Comment s'opère la transmission de l'informa
tion entre les firmes (les externalités technologiques) ? A quelles
conditions, les interactions entre individus font-elles émerger un
« supplément social de compétence » ? Par quels canaux passe
l'influence des biens et services publics sur la productivité ? Les
réponses à ces questions requièreraient, entre autres, des analyses
micro-économiques précises, sans lesquelles les modèles de croissance
endogène apparaissent eux-mêmes comme des formes réduites de
modèles structurels plus complexes. En l'absence de ces fondements
micro-économiques, une interprétation claire de coefficients présents
dans les modèles, par exemple l'ampleur des externalités, n'est pas
possible.
De même, il est difficile d'en déduire des conseils de politique
économique : quels biens et services précisément définis l'État doit-il
fournir ? Quelles réformes structurelles mettre en place pour accroître
l'internalisation des externalités pour les agents ? On peut aussi
soumettre les modèles de croissance endogène à la « critique de
Lucas » : est-il certain que l'efficience de la recherche, paramètre
structurel, soit indépendante du niveau des inputs ? Que l'ampleur de
Pexternalité qui naît des relations sociales soit indépendante du niveau
de compétence des individus ? En effet, les externalités ouvrent la voie à
des comportements stratégiques de la part des agents, qui ne sont pas
pris en compte dans les modèles et qui peuvent avoir une grande
influence sur les paramètres macro-économiques.
Une appréhension plus précise des externalités permettrait d'appro
cher les mécanismes sociaux qui fondent la croissance et la compétiti

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Les théories de la croissance endogène 373

vité des nations, elle fournirait des fondements aux notions de « systè
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