Externalisation dans les cabinets comptables
Externalisation dans les cabinets comptables
L'externalisation des missions dans l’activité comptable libérale réglementée, assez peu
pratiquée jusqu'alors par rapport aux autres entreprises privées1, trouve son intérêt dans le
fait qu'elle touche aussi bien certaines missions à faible valeur ajoutée que d’autres à fort
caractère différenciateur et créateur de valeur pour un cabinet d’expertise comptable. En
s'appuyant sur la théorie des ressources et compétences et la théorie des coûts de transaction,
cette étude ambitionne d'identifier les déterminants de l'externalisation via une méthodologie
qualitative inspirée du protocole de l'analyse multi-sites de Huberman et Miles (2003). Il est
clair qu’en dehors de la taille des cabinets et du niveau de formation des collaborateurs,
d’autres éléments apparaissent comme des vecteurs majeurs de cette décision dans les cabinets
d'expertise comptable français.
Mots clés
Théorie des ressources et compétences, théorie des coûts de transaction, externalisation,
profession comptable libérale, cabinet d’expertise comptable.
Introduction
Les risques de dérèglementation qui pèsent sur la profession comptable libérale rendent la
question de l’externalisation des missions de plus en plus d’actualité. Même si ces pratiques
sont moins répandues dans la profession comptable libérale que dans les autres entreprises
privées, elles restent cependant une préoccupation majeure. Sujet stratégique très "brûlant" qui
focalise tant l'attention des managers, des chercheurs que des consultants, cette pratique prend
de l'ampleur au fil des années, comme le révèle le baromètre outsourcing d'Ernst et Young
(baromètre Ernst et Young, 2005). Si la réflexion sur l'externalisation dans les entreprises
suppose un découpage assez fin des processus à externaliser ou à internaliser, couplé à des
analyses visant à identifier le cœur de métier des entreprises, dans les cabinets d'expertise-
comptable (EC par la suite), l’externalisation touche d’une part les travaux de tenue comptable
1
Dans une entreprise privée, la question liée à la responsabilité et à l’appartenance de la clientèle ne revêtent pas la
même importance que dans le cas des professions réglementées.
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LES CHOIX D'EXTERNALISATION DES MISSIONS DANS LES CABINETS D'EXPERTISE COMPTABLE
et d’autre part les actes juridiques et la paie exercés de façon accessoire à la comptabilité2. Si
des raisons telles que les opportunités d'optimisation des dépenses budgétées (Bailleul, 2010),
le poids des institutions régulatrices et le comportement d'imitation face à l'incertitude
(Tondeur et Villarmois, 2003) sont régulièrement avancées pour justifier les choix
d'externalisation, des arguments tels que la faible ou forte valeur ajoutée, la concurrence de
plus en plus rude sur le prix des prestations, l'évolution de la demande des clients, prennent
généralement le pas lorsqu'il s'agit des cabinets d'EC (Tort, 2003). Malgré le nombre important
de recherches sur la question du faire ou faire-faire, force est de constater qu'il existe peu
d'essais pratiques en comptabilité (Huynh, 2010 ; Couvois, 2010; Angeli, 2010; Jmal et
Halioui, 2011; Tembely, 2011), et moins encore lorsque l'objet porte sur la profession
comptable libérale (Chanson, 2003; Gafford et Guéré, 2005). Quelques initiatives sans
véritable portée empirique sont par ailleurs réalisées (Lakshmi, 2009 ; Lavault et Benyakhlef,
2005). Elles concernent souvent le transfert des travaux de saisie comptable à des cabinets
situés dans des pays où le coût de la main d’œuvre est plus faible qu’en France3 (offshoring) et
l’externalisation du traitement de la paie (Lavault et Benyakhlef, 2005). D’autres prestations, à
plus forte valeur ajoutée, de nature juridique (droit des sociétés, droit social, droit civil) ou
exceptionnelles (mise en place d’une comptabilité analytique, implantation d’un ERP,…)
peuvent être sous-traitées lorsque le cabinet ne dispose pas des compétences en interne.
L’interdisciplinarité étant une réalité dans la profession comptable, les missions juridiques
externalisées sont généralement confiées à des avocats ou à des notaires. Cette recherche de
synergies est fructueuse pour les clients à la recherche de compétences (Eydoux, 2010). La
réduction des délais (Tort, 2003), le recentrage sur les tâches stratégiques (Tembery, 2011)
sont également à l’origine de la décision d’externalisation. Inversement, un cabinet peut
préférer réaliser lui-même une mission plutôt que de la sous-traiter pour des raisons liées à sa
responsabilité4. La quête de flexibilité organisationnelle (Franzil, 2006),
d’efficience conduisant à la minimisation des coûts (Williamson, 1985), ou de performance
(Couvois, 2010) justifient par ailleurs l'externalisation des activités traditionnelles ou de base5.
Il s'agit là d'un important levier de compétitivité qui a gagné du terrain (Binot, 2010).
Si la littérature est moins éloquente sur l'existence d'une véritable théorie de l'externalisation,
Bullen (2003) estime que ce concept est appréhendé par une douzaine de théories. Compte
tenu des spécificités inhérentes à la profession comptable libérale (obligation de respecter des
normes professionnelles et déontologiques), la théorie des coûts de transaction et l'approche
fondée sur les ressources apparaissent comme des cadres bien adaptés à cette étude. Ce qui
amène à s'interroger sur les contributions de ces courants à la compréhension de la décision
d'externalisation dans la profession comptable libérale réglementée. Cet article se propose
d'approfondir la question en s'appuyant sur les résultats empiriques d’une étude portant sur les
déterminants de l’externalisation des missions dans les cabinets d’EC français. En étudiant
trois monographies en adoptant le protocole de l’analyse multi-sites de Huberman et Miles
(2003), nous allons proposer des éléments de réponses à la problématique posée. L'ossature de
2
Les missions de l’expert-comptable sont régies par l’ordonnance de 1945 qui en fixe les contours. Généraliste de
l’entreprise, l’expert-comptable doit respecter un code de déontologie définie par sa profession. Le cœur de sa mission
reste la comptabilité couverte par un monopole des membres de l’Ordre. En vertu de l’article 22 de l’Ordonnance du 19
septembre 1945, il peut réaliser des missions accessoires à la comptabilité (conseil en gestion, établissement des
bulletins de paie et des déclarations sociales,…).
3
Dans ce cadre, les pays du Maghreb comme la Tunisie et le Maroc sont des destinations privilégiées.
4
L’Expert-comptable engage sa responsabilité par la signature qu’il appose sur ses travaux, dans le cadre et dans les
limites de la lettre de mission le liant contractuellement à son client. Il s’agit du droit commun de la responsabilité
défini à l’article 17 de l’Ordonnance du 19 septembre 1945. Par ailleurs, il est utile de rappeler que l’EC a une
obligation de moyens et non de résultats.
5
Paradoxalement, certains cabinets préfèrent conserver la saisie de la comptabilité, considérant qu’elle constitue une
« matière première » qui ouvre la porte aux missions de conseil.
91
LA REVUE DU FINANCIER
l'article comporte trois parties. La première fait une revue de la littérature et expose les
perspectives théoriques de la décision d’externalisation en l'appliquant au cadre spécifique des
professions comptables réglementées. Une fois l'évolution des professions comptables libérales
examinée, cette partie passe en revue les facteurs explicatifs de la décision d'externalisation. La
seconde partie de l'étude se propose de présenter et justifier l'approche méthodologique
adoptée, de détailler le processus de collecte des données, d'analyser le contenu thématique, et
de mettre en évidence les caractéristiques des cabinets étudiés. La troisième partie quant à elle
envisage de commenter et discuter les résultats.
6
L’ordonnance du 19 septembre 1945 a été modifiée en 2007 et en 2012 suite à la réforme du code de déontologie.
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LES CHOIX D'EXTERNALISATION DES MISSIONS DANS LES CABINETS D'EXPERTISE COMPTABLE
d’outils de pilotage de type tableaux de bord, calcul de coûts de revient, mise en place de
comptabilité analytique, budget de trésorerie …). Pour effectuer ces missions de conseil à forte
valeur ajoutée, l’EC reste l’interlocuteur privilégié, vers lequel le chef d’entreprise se tourne
naturellement. Afin de répondre aux attentes de ses clients, les professionnels comptables
libéraux doivent donc renforcer les compétences de leurs collaborateurs en contrôle de gestion,
analyse financière, comptabilité analytique. Selon OMECA, au-delà des compétences
techniques nécessaires pour accomplir ce type de missions, les cabinets devront également
« valoriser les compétences non techniques (relation client, écoute, travail en équipe,…) des
collaborateurs de front office ». L’étude OMECA insiste également sur l’opportunité de
« recrutement de collaborateurs non EC (exemple : profils plus généralistes type école de
commerce, expertise sectorielle ou expertise métier nouvelle) ».
Comme nous l’avons rappelé supra, le « cœur de métier » des cabinets d’expertise-comptable
reste la production des comptes annuels dans le cadre de l’obligation légale prévue à l’article
L122.12 du Code de commerce. Cependant, face à une génération de clients plus volatiles, les
cabinets ne peuvent plus se limiter à ce type de prestation standardisée, sous peine de créer de
l’insatisfaction. Certains auteurs relèvent qu’aujourd’hui, la seule compétence technique est
devenue insuffisante (Lavault et Benyakhlef, 2005). En plus des contrôles et des aspects
déclaratifs, les compétences des collaborateurs doivent s’élargir à de nouveaux domaines
(conseil en organisation, en informatique, développement durable,…). Dans un environnement
de plus en plus mondialisé, les collaborateurs doivent également être sensibilisés aux normes
comptables internationales. Comme nous venons de le voir, les problématiques et les
challenges à relever par la Profession sont donc nombreux.
Dans la mesure où les Experts-comptables bénéficient d’un monopole de la comptabilité7, les
missions « récurrentes » de production des comptes annuels représentent toujours la majorité
du chiffre d’affaires des cabinets. Cependant, on note de plus en plus une spécialisation des
cabinets par secteurs d’activités (pharmacie, secteur associatif, secteur public, BTP,
transports,…) et/ou par métier (création de départements dédiés au conseil en gestion, à
l’évaluation d’entreprise, à la recherche de subventions, au montage de dossiers de
financement,…). Cette dernière évolution est la plupart du temps développée dans les cabinets
de groupe (big four, cabinets en réseau) bénéficiant de ressources financières et humaines
suffisantes. Dans ce sens, l’étude OMECA susmentionnée a établi un lien entre la taille du
cabinet et son degré de spécialisation. Selon cette étude, plus le cabinet est grand, plus les
activités à forte valeur ajoutée sont réalisées par des spécialistes/experts (expert-comptable,
commissaire aux comptes, juriste social, gestionnaire de paie, etc.). Les auteurs de cette étude
expliquent que les grands cabinets créent des structures spécifiques : pôle paie, juridique,
conseil, audit, etc. Les activités de premier niveau (saisie, gestion courante, etc.) sont
déléguées sur des services de back office. Cette division du travail repose sur la présence de
différentes catégories de collaborateurs: les producteurs (comptables de back-office) et les
consultants (comptables de front office, tournés vers la relation client). Dans ce type de
cabinets, « l’industrialisation » de la tenue de comptabilité permet de minimiser les coûts sur
les tâches à faible valeur ajoutée.
Le développement des compétences des collaborateurs passe par la formation et par le
recrutement de nouveaux profils. Concernant cette première alternative, on note depuis une
dizaine d'années environ une évolution à la hausse du nombre de formations techniques. Cette
croissance de la demande de formation s’explique d’une part par le foisonnement des textes
7
Celui-ci est cependant de plus en plus menacé par la réglementation européenne. La commission européenne voudrait
supprimer les barrières à l’entrée de cette profession pour que le nombre de professionnels du chiffre augmente et que
la concurrence soit plus forte.
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LA REVUE DU FINANCIER
d’origine sociale, comptable, juridique et fiscale8 nécessitant une mise à jour régulière des
connaissances des collaborateurs et des experts comptables, et d’autre part, par la pression sur
les prix des prestations de base (production des comptes annuels) obligeant les EC à faire des
économies d’échelle grâce à des solutions informatiques intégrées et adaptées. A l’heure
d’internet, les clients des cabinets comparent de plus en plus les tarifs. Par ailleurs, ils
souhaitent avoir un service complet dans le délai le plus court possible (Eydoux, 2010). Selon
une étude Xerfi réalisée en Février 2011, « les évolutions réglementaires entraînent
inexorablement la profession vers une logique de marché9 » et les « petits cabinets se trouvent
face à des défis majeurs, compte tenu des bouleversements en cours : changement rapide des
attentes des entreprises, qui doivent affronter un environnement toujours plus complexe,
évolutions réglementaires d’envergure, avec, en ligne de mire, la suppression annoncée du
monopole des cabinets en matière de comptabilité,…». Dans ce contexte, le prix devient un
élément de différenciation déterminant pour des missions à faible valeur ajoutée.
Une seconde alternative pour les cabinets consiste à recruter de nouveaux profils de
collaborateurs. La connaissance d’un secteur d’activité peut constituer un avantage
concurrentiel pour un cabinet dont la notoriété se développe par la qualité des services
proposés, le « bouche à oreille » constituant la meilleure forme de publicité pour les
professions libérales et la qualité du service restant l’argument de fidélisation principal des
clients des cabinets (figure 1).
8
A titre d’illustration, l’année 2012 est marqué par un foisonnement de textes d’origine fiscale (deux lois de finances
rectificatives 2012 et quatre lois de finances rectificatives 2011).
9
Etude Xerfi - Les cabinets d’audit et d’expertise comptable, Défis et stratégies à l’heure du basculement vers une
logique de marché, Février 2011 – 320 pages.
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LES CHOIX D'EXTERNALISATION DES MISSIONS DANS LES CABINETS D'EXPERTISE COMPTABLE
Au-delà de ces deux choix d'organisation interne, il peut arriver qu'un cabinet ne puisse pas ou
ne souhaite pas réaliser en interne une mission. On peut citer l'exemple des missions juridiques
(procédure de licenciements, secrétariat juridique annuel, …), des missions de gestion (calcul
de coûts de revient, mise en place d’une comptabilité analytique,…) ou des missions à plus
faible valeur ajoutée (établissement de bulletins de paie,…). Une nécessité s'impose à cet effet:
faire appel à un prestataire externe pour la réalisation desdites missions.
10
Il s'agit de l'informatique, le nettoyage, la maintenance, les R&D, la logistique, etc.
95
LA REVUE DU FINANCIER
11
souligne Tort (2003) , il s'agit de confier à un prestataire extérieur, sur une période
pluriannuelle et à un prix convenu d'avance, tout ou partie des tâches administratives et
comptables traditionnellement assurées par l'entreprise. Le transfert d'actifs physiques et
humains, s'il se produit souvent au cours d'opérations d'externalisation, ne nous semble pas
nécessaire à la définition de l'externalisation. Le phénomène important étant que le donneur
d'ordre ait investi par le passé des moyens substantiels liés à l'exécution de l'activité, dont il
cherche à se désengager, tout en continuant de recevoir le service correspondant à la prestation
demandée, et que le prestataire dispose des moyens humains, financiers et physiques
correspondants pour assurer l'exécution de la prestation.
+ Compétences des
collaborateurs
Qualité des travaux du
sous-traitant
Responsabilité du
donneur d’ordre
Adhésion à un réseau
-
La gestion des compétences (knowledge management) devient une réalité dans les cabinets
d’expertise-comptable. En intégrant le capital humain dans leur démarche de développement,
par des pratiques de management interne renouvelées, les dirigeants de cabinets transforment
ainsi les menaces en opportunités (Lesprit et al., 2008). Dans la profession comptable libérale,
les problématiques liées aux ressources humaines sont nombreuses. Se pose alors le problème
du recrutement des collaborateurs. Malgré la dynamique de ladite Profession, les cabinets ne
sont pas épargnés par le "papy-boom" (Galland et al., 2008). Un grand nombre de départs en
retraite sont à prévoir durant les années à venir et le nombre de collaborateurs sur le marché de
97
LA REVUE DU FINANCIER
l’emploi se fait de plus en plus rare. Dans certaines fonctions, comme la gestion du social
(traitement de la paie, conseil en droit social), on constate une réelle pénurie de main d’œuvre
qualifiée. Ce qui amène Galland et al. (2008) à dire que les problématiques d’effectifs et de
pertes de compétences constituent un réel frein à l’activité des cabinets mais aussi à leur
développement économique. Dans ce contexte, certains cabinets accroissent leurs dépenses de
formation afin de combler leurs pertes de compétences. Dans les cabinets généralement non
dotés d’un département Ressources Humaines, la gestion de la formation est assurée par
l’expert-comptable lui-même. Celui-ci doit bâtir son plan de formation avec l’aide de son
institut régional de formation (IRF) : analyse des besoins des collaborateurs, choix des
formations, demande de prise en charge auprès de l’organisme paritaire collecteur agréé
(OPCA). La profession d’EC nécessite un renouvellement total des pratiques classiques de
gestion des compétences et de management du personnel afin d’anticiper les besoins en termes
de compétences et de métiers (Galland et al., 2008). La mise en place d’une gestion
prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) se traduit par une cartographie des
emplois et compétences du cabinet, la fidélisation des collaborateurs (favoriser leur
épanouissement professionnel, perspectives d’évolution, responsabilisation, autonomie,
rémunération), la mise en adéquation entre l’emploi et le profil des collaborateurs,
l’élaboration de plans de formation et de recrutement adaptés, le développement de la
polyvalence et la gestion des carrières. Dans un contexte concurrentiel de plus en plus
exacerbé, la gestion des compétences devient un avantage concurrentiel qui constitue un
facteur de différenciation entre cabinets.
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LES CHOIX D'EXTERNALISATION DES MISSIONS DANS LES CABINETS D'EXPERTISE COMPTABLE
effet que certaines illusions sur les conclusions peuvent néanmoins être évitées. Pour mieux
comprendre et expliquer les phénomènes observés, le choix des cabinets de l'échantillon
s’avère pertinent.
Toutefois, deux ou trois cas peuvent suffirent pour mener à bien une étude de cas selon
Huberman et Miles (1994). Le spectre s'agrandit à quatre cas minimum et dix maximum pour
Eisenhardt (1989) lorsqu’il s’agit d’une comparaison intersites. La saturation théorique de
l’information, c’est-à-dire une situation où un entretien supplémentaire n’apporte plus
véritablement de nouveaux renseignements sur l’objet de recherche (Bicknell et Liefooghe,
2006), est atteinte avec trois cas. L’échantillon étudié est constitué par un cabinet d’expertise
comptable multi-sites de deux cent salariés qui s’est développé par croissance externe, d’un
cabinet de quarante salariés avec une forte spécialisation sectorielle et d’un cabinet de trente
salariés. Ces cabinets proposent à la fois des missions d’expertise-comptable et de
commissariat aux comptes. Aucun d’entre eux n’a adhéré à un réseau. Les effectifs salariés
étant compris entre trente et deux cents personnes, il s’agit de cabinets structurés, dirigés par
plusieurs experts-comptables associés14. Ils sont situés dans la région d'aquitaine.
Conclusion
Les choix stratégiques d’externalisation apparaissent comme une forme d’organisation
particulière des missions dans les cabinets d’expertise comptable français. A la question de
savoir quelles contributions majeures les théories des coûts de transaction et des ressources
apportent à la compréhension de ce phénomène, cette étude théorique qui devra être complétée
par un volet empirique, montre que l’évolution des attentes des clients, de plus en plus
demandeurs d’un service globalisé et de missions à forte valeur ajoutée, pourrait à l’avenir
accélérer le phénomène d’externalisation dans les cabinets, même si des freins, liés au
caractère réglementé de la Profession, ont pu être identifiés: responsabilité liée aux missions
sous-traitées, effet « réputation » pour le cabinet donneur d’ordre. La décision d’externaliser
porte à la fois sur la nature des missions (à forte et/ou à faible valeur ajoutée) et sur les
motivations à l’origine de ce choix. Concernant ce second aspect, la compétence revêt une
dimension essentielle qui implique la mise en œuvre d’une politique de recrutement et/ou de
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LES CHOIX D'EXTERNALISATION DES MISSIONS DANS LES CABINETS D'EXPERTISE COMPTABLE
formation des collaborateurs des cabinets d’expertise-comptable. Dans un contexte
économique incertain, marqué par une intensification de la concurrence, un risque de future
déréglementation, la recherche d’avantages concurrentiels va devenir une nécessité et
constituer un facteur de différenciation très fort entre cabinets.
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LES CHOIX D'EXTERNALISATION DES MISSIONS DANS LES CABINETS D'EXPERTISE COMPTABLE
CA: Sage
Annexe
Les dates marquantes de l’ordre des experts-
comptables
Dates Evènements
1881 Création de la première organisation comptable : la Société de
Comptabilité de France
1912 Création de la Compagnie des Experts-Comptables de Paris
1927 Le brevet d’expert-comptable voit le jour
1931 Brevet professionnel comptable
1941 Une commission interministérielle se charge de la formation
professionnelle des experts-comptables et des futurs statuts de
l’Ordre
3 avril 1942 L’Ordre des Experts-Comptables et des Comptables Agréés est
institué, sous la tutelle du Ministère des Finances
Ordonnance du 19 Cette ordonnance régit l’organisation comptable en France
septembre 1945
31 octobre 1968 Loi modifiant la définition légale des missions de l’expert-
comptable et du comptable agréé, le recrutement des comptables
est par ailleurs supprimé
Loi du 8 août 1994 Cette loi supprime toute référence au comptable agréé et élargit le
champ d’intervention des experts-comptables
2007 Réforme du code de déontologie de la profession
Source : site du Conseil Supérieur de l’Ordre des Experts-Comptables ([Link]-
[Link]).
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