el de Bérénice) et les auteurs tragiques grecs (les sujets
: Bérén ice Andromaque, d' lphigénie et de Phèdre proviennent des
clans la carrière d'
tragédies d'Euripide). Ouant à la spiritualité de Port-Royal,
T cle Racine elle marquera profondément la vision du futur écrivain: on
verra dans son théâtre (et particulièrement dans Phèdre|
I l'homme tragiquement seul face à la divinité, et les ravages
de la passion aveugle.
T
Une jeunesse austère, puis la rupture avec ses maîtres La tentation litt6raire
T
chrétiens ; des succès littéraires et mondains, la gloire d'éclip- et rnondaine
ser Corneille et de voir ses tragédies jouées devant le roi ; En 1661, l'oncie de Racine tente de l'engager dans une
le renoncement au théâtre, une existence enfin de pieux carrière ecclésiastique : il le fait venir auprès de lui pour deux
courtisan : telles sont les étapes majeures de la vie de Jean années à Uzès, en Languedoc, et lui fait apprendre la théo-
Racine. logie, Vains efforts : le ieune homme, que toute sa forma-
tion promettait à la vie religieuse, préfère composer de la
poésie et essayer de vivre de sa plume. Mais cela suppose,
I FORMATION RELIGIEUSE à cette époque, d'être reconnu par les milieux mondains pari-
ET TENTATION siens et par la Cour, afin d'obtenir une pension du roi' En
MONDAINE (1639-16671 1663, le jeune Racine, auteur d'une Ode au roi, se voit attri-
buer une gratification par Louis XIV' ll se lie avec Boileau et
Jean Racine est issu d'une famille de la petite bourgeoi- La Fontaine, il est reçu dans les salons. La tentation mon-
sie de province : il est originaire de la modeste ville de La daine l'a emporté sur l'esprit de Port-Royal. D'ailleurs, après
Ferté-Milon, en Champagne. Oui aurait pu songer qu'il serait qu'il ait donné à la scène ses deux premtères tragédies (la
fêté un jour par la cour de Versailles ? Orphelin à trois ans, Thébaide et Alexandrel, Racine se brouille avec ses anciens
l'enfant est pris en charge par sa grand-mère paternelle, et maîtres de Port-Royal : les jansénistes sont hostiles au théâtre,
confié ensuite, par elle, aux Petites-Ecoles de l'abbaye de qu'ils accusent d'empoisonner les âmes, en peignant trop
Port-Royal-des-Champs, près de Paris. complaisamment le désordre des passions.
L'esprit de Port-Royal
Lesprit de l'abbaye de Port-Royal eut une influence consi- I LA GLORIEUSE DÉCENNIE
dérable sur le jeune Racine. ll était imprégné par le jansé- (16'67-16771
nisme, doctrine chrétienne austère et exigeante : les Voilà la décennie qui, commençant avec Andromaque
jansénistes soutenaient que la liberté de l'homme pécheur
(1667) et s'achevant sur Phèdre (1677\' voit éclore les sept
est limitée face à la toute-puissance de Dieu, et que d'autre grandes tragédies de Racine. Plusieurs d'entre elles, consé-
part la vie mondaine et ses tentations sont incompatibles
ératlon suprême, seront jouées devant le roi. En 1673. à
avec la recherche du salut. Les Écoles de Port-Royal assu-
trente-quatre ans, le poète est élu à l'Académie Française'
raient une formation intellectuelle remarquable : Racine ado-
Cependant, une carrière d'auteur dramatique est chose
lescent apprend à lire dans le texte les historiens latins Tacite
difficile à mener au xvlle siècle : Racine doit compter avec
et Suétone (d'où il tirera plus tard la matière de Britannicus des rivaux, dont le plus célèbre est Corneille. Ces rivaux
6 7
sont protégés par des coteries, qui organisent des cabales complète du monastère, ordonnée par Louis XIV ses cendres
pour faire échouer les pièces de Racine: on trouble les furent transférées en 1711 à Paris, à l'église Saint-Étienne_
représentations, on colporte des propos et des pamphlets du-Mont, aux côtés de celles de Pascal.
sarcastiques.
Le cas de Bérénice (1670) est exemplaire à cet égard:
Corneille rivalise avec Racine en donnant simultanément,
sur le même sujet, Iite et Bérénice. La pièce de Racine
I'emporte auprès du public, mais l'abbé de Villars, qui fait
partie des adversaires de notre auteur, publie deux ( LettresD
où il raille I'invraisemblable faiblesse de caractère de Ïtus, la
fadeur du personnage d'Antiochus et la pauvreté de l'action !
Finalement, le succès de Bérénice s'affirme, parce que la
pièce émeut le public, en dépit des critiques des < doctes rr ;
c'est ce qu'on appelait, au xvlle siècle, un ( succès de larmes >.
Ce sera encore le cas d' lphigénie, quatre ans plus tard
(1674). Mais, en 1677, une cabale acharnée fait tomber
Phèdre: le sujet même en est jugé scandaleux. Racine,
d'autre part, souffre de la réputation peu honorable qui
s'attache alors aux auteurs de théâtre (le théâtre étant en
soi considéré comme immoral) : il a entretenu des liaisons
avec des actrices, ce qui lui vaut d'être mal jugé. Aussi décide
t-il d'abandonner la scène; il se marie bourgeoisement et se
réconcilie avec Port-Royal. La même année, le roi fait de lui
son historiographe officiel : il est chargé de rédiger l'histoire
du règne de Louis XIV c'est-à-dire d'immortaliser sa gloire.
UNE FIN DE CARRIÈRE
ÉorptaruTE ( 1677-1G99)
- Racine devient pleinement un écrivain de cour, tout au ser-
vice du monarque. ll ne composera plus pour la scène
qu'Esther (1689) et Athalie (1691), parce qu'il en aura été
prié par Mme de Maintenon (seconde épouse de Louis XIV).
ll faut préciser qu'il s'agit de deux pièces d'inspiration biblique,
marquées par une piété lyrique très étrangère au reste de
ses tragédies. Promotion suprême, le roi fait de lui en 1695
son conseiller-secrétaire.
Le jeune mondain qui avait rompu avec le jansénisme dési-
rait tout de même être enterré dans le cimetière de l'Abbaye
de Port-Royal, ce qui fut fait en 1699. Après la destruction